Le Courrier de Russie

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1 En Russie depuis Le Courrier de Russie N 275 Du 27 février au 13 mars G R O U P E N O V Y I V E K M E D I A Journal russe en français La campagne, ça vous gagne Village d Osnopolye, dans la région de Vologda. (R-temx/Yandex.fotki) SUIVEZ L ACTUALITÉ EN RUSSIE CHAQUE JOUR SUR lecourrierderussie.com MERCURE ARBAT MOSCOW Smolenskaya square, 6, , Moscow Tel / Fax MERCURE MOSCOW BAUMANSKAYA Baumanskaya, 54, bld.1, , Moscow Tel / Fax

2 EMINENCE 2 Du 27 février au 13 mars 2015 Boris Akimov : «Le monde pense que la Russie est ivre mais non, elle a la gueule de bois! Après avoir été étudiant à Tacoma, dans l État de Washington, laveur de voitures à Moscou, accompagnateur de Russes qui partaient s installer au Canada, rédacteur en chef adjoint du Rolling Stone russe, journaliste chez Afisha et directeur artistique de la revue Snob, Boris Akimov a créé, en 2009, une chaîne de magasins de produits fermiers à Moscou, Lavka- Lavka, puis un restaurant éponyme en Boris Akimov soutient activement les fermiers locaux, leur mode de vie et leur production. Il fait la promotion de la vie rurale et du travail de la terre dans les médias et anime une émission à la télévision russe. Rencontre. Propos recueillis par JEAN-FÉLIX DE LA VILLE BAUGÉ Le Courrier de Russie : Parlez-nous de votre enfance. Boris Akimov : Je suis né en 1978, d un père scientifique et d une mère artiste-peintre. Quand j avais deux ans, ma mère a découvert un endroit, dans la région de Yaroslavl, et commencé à y vivre la moitié du temps, puis en permanence. Elle n était pas née à la campagne, elle était fille unique d une famille d universitaires, mais cette vie la passionnait, elle avait dix-sept chats! J y passais moi aussi toute l année, mais dès qu il a fallu aller à l école, je n ai pu y passer que les trois mois d été. Mon père aimait le Grand Nord russe, j ai découvert avec lui les lacs Onega, Ladoga, que j ai tellement aimés, à tel point que j ai acheté une maison sur une île au milieu du lac Onega. LCDR : Quels sont vos souvenirs d enfance les plus prégnants? B.A. : Je me suis passionné très jeune pour l histoire, je lisais des livres généralistes mais m intéressais aussi beaucoup à celle de ma famille, je collectionnais les photos, les témoignages, à dix ans, je faisais mon arbre généalogique. Puis en , je suis parti vivre aux États-Unis, d un côté, je souffrais d être séparé de ma famille, de l autre, j ai eu la chance de voyager, de découvrir New York, Boston, le Montana LCDR : Quelles impressions gardez-vous aujourd hui de votre séjour américain? B.A. : L impression d espace et de mobilité propre aux Américains, et je crois que cette mobilité nous manque en Russie. «Nous vivons l adolescence de l identité nationale» LCDR : Justement, quel regard portez-vous sur la Russie d aujourd hui? B.A. : J éprouve des sentiments positifs, l identité nationale a été détruite à l époque soviétique et est en train de se reconstruire, c est douloureux, c est difficile, c est une a-do-les-cence. Aucun pays n a souffert autant que la Russie au XX e siècle. Le problème est que les autres pays pensent toujours que la Russie est ivre, alors qu elle a la gueule de bois. Quand elle se met à prendre des décisions bizarres, on dit : «Elle est ivre» mais non, elle a la gueule de bois! LCDR : Que faut-il faire, alors? B.A. : La seule possibilité est de résister à cette gueule de bois, il faut attendre et le mal de tête passera. LCDR : Attendre combien de temps? B.A. : S il n y a pas de catastrophe, cinq ans environ. Il faut aussi que le monde comprenne que la Russie n est plus en état d ivresse alors que justement, le monde voudrait garder cette image. Il faut qu un nouveau dialogue se crée. Je voyage beaucoup en Russie, je vois des fermiers et je vois qu il y a beaucoup de gens qui s associent au destin de la Russie, qui regardent l avenir de façon optimiste, qui font passer l intérêt du pays avant leurs intérêts personnels. Il y a dix, vingt ans, ces gens n existaient pas. Bien sûr, certains disent dans les journaux que tout va mal, mais ces journalistes sont incapables de voir qu on est en train de sortir de la gueule de bois, ils croient qu il faut continuer à boire. 99 % des gens raisonnent par stéréotypes, ils estiment que Poutine est bien ou mal mais sont incapables de l apprécier par eux-mêmes, peu de gens réfléchissent par eux-mêmes. «En 2000, Poutine disait que la Russie s apprêtait à rejoindre l OTAN si l OTAN acceptait» LCDR : Et vous, Poutine, vous en pensez quoi? B.A. : C est une personne qui s est retrouvée dans des circonstances concrètes, des gens ont misé sur lui et la machine a tourné. Il a changé selon les circonstances en 2000, il disait que la Russie s apprêtait à rejoindre l OTAN si l OTAN acceptait, le pouvoir change fortement les gens. Poutine est venu pour répondre à une commande politique et sociale puis, peu à peu, ses intérêts ont coïncidé avec les intérêts géopolitiques du pays. Je ne crois pas en la politique, je n aime pas cette idée que les intérêts d un camp coïncident avec ceux du pays. La politique comme sphère professionnelle est un nid de parasites, un homme politique veut le pouvoir et veut le garder, qu il soit l élu des paysans, des mineurs ou des savants, il ne se bat pas pour eux, il fait en sorte d obéir à leurs intérêts pour garder le pouvoir. Ni le système russe ni le système européen ne me satisfont. LCDR : Quel est votre système politique idéal? B.A. : Pour faire bref, une monarchie populaire avec un pouvoir fort du citoyen grâce à un parlement composé de représentants locaux et syndicaux qui s occupent des hôpitaux, de l approvisionnement en médicaments, des écoles, des routes. Si vous parlez aux gens d un même village, ils vont avoir des intérêts communs et au premier chef les routes, de même au sein d une profession, il faut donc que ces communautés soient légitimement représentées au niveau fédéral et que leurs représentants fassent leur travail sur place, on s appuierait sur des fermiers dans leur village plutôt que sur des gens à la Douma. Ce système a l avantage de se préoccuper des intérêts personnels des gens, vous créez ainsi des communautés locales qui peuvent résoudre les problèmes sans l intervention du pouvoir suprême. LCDR : Comment votre idée est-elle accueillie par les Russes? B.A. : Par le sentiment que je devrais suivre un traitement psychiatrique, c est pour ça que je me méfie. LCDR : Avez-vous mis vos idées en pratique? B.A. : Dans ma campagne, on a tous les mêmes problèmes, la route, le déneigement que nous pouvons résoudre par nousmêmes. On montrera ainsi qu un village peut être agréable à vivre, LavkaLavka il faut avoir la volonté de vivre ensemble. C est ainsi qu est née l idée du projet La grande Terre : créer un réseau social en faisant communiquer à travers le pays des gens qui ont rencontré, et résolu, des problèmes dans leur communauté territoriale ou professionnelle. Nous avons commencé à notre échelle, en permettant aux clients de nos magasins de contacter directement nos fournisseurs, ça fidélise les clients mais c est aussi un outil de communication entre les habitants des villes et des villages, ça rapproche ces populations éloignées. Ce n est pas un grand projet, nous n avons pas encore les financements pour, mais nous espérons faire un pas vers un projet de grande envergure. LCDR : Combien de personnes employez-vous aujourd hui? B.A. : Cent dix dans les magasins et quarante dans le restaurant. «J aimerais que la Russie devienne une puissance écologique» LCDR : Qu est-ce qui vous paraît essentiel? B.A. : J aimerais que l économie russe repose plus sur les fermiers, que l État les aide et que la Russie devienne une puissance écologique. Aujourd hui, notre entreprise est un microbe sur le corps du pays mais, malgré tout, on a créé une affaire efficace et les représentants du pouvoir la regardent avec sympathie. Je veux que nos idées parviennent à un niveau plus élevé. LCDR : C est-à-dire? B.A. : Nous étions opposés aux OGM et venons d apprendre que la Douma a reçu un projet de loi visant à l interdiction des OGM en Russie, ce n est pas grâce à nous mais c est bien. La Russie peut être le plus grand pays sans OGM du monde, nous avons plus de 40 millions d hectares de terre qui n ont pas été utilisés pendant plusieurs décennies, qui n ont jamais reçu ni pesticide ni insecticide. LCDR : Vos regrets? B.A. : Il y a ceux dont je ne peux pas parler mais pour les autres, je regrette de ne pas avoir passé beaucoup plus de temps avec mon père, il est mort il y a dix ans et j aurais aimé apprendre plus de lui, j ai arrêté la natation quand j étais enfant et je le regrette toujours! Je voudrais déménager à la campagne et depuis deux ans, j hésite, mes enfants vont à l école à Moscou, je n arrive pas à prendre cette décision. NORMANDIE-NIEMEN 5 BLAGOVESCHENSKY PEREULOK REPAS DOMINICAL EN FAMILLE Poulet fermier rôti Gigot flageolets Menu et animations pour les enfants Réservations au +7 (495)

3 ÉDITORIAL/ACTUALITÉ 3 INNA DOULKINA L Europe et les États-Unis n ont pas la même vision du Mal : dans la culture européenne, le Mal n est jamais absolu, il peut être pénétré, décortiqué, dépassé. Le Mal a une nature et des origines. Il n est pas abstrait, il peut et doit passer par le bistouri impartial des psychologues, sociologues et autres spécialistes des sciences humaines. Ainsi examiné, le Mal perd son mystère et son attrait. Mis à nu, il peut être pardonné. C est ce travail d appréhension du Mal qu a entamé toute la nation française après le massacre de Charlie Hebdo. Au lieu de se laisser guider par des instincts primaires, les Français ont fait appel à leur arme favorite la raison. Ils se sont demandé comment le Mal avait pu pénétrer leur société? Quelles en étaient les racines? Dès le lendemain de la tragédie, la presse s interrogeait sur les motifs des frères Kouachi, publiait des reportages détaillés sur leur enfance, des textes reconstituant pas à pas leur chemin vers l islamisme radical, des études complètes sur leur entourage et le milieu d où ils venaient. Très peu de haine gratuite. Beaucoup d analyses froides et objectives. Pour les Français, le Mal ne pouvait rester méconnu. En dignes enfants de Descartes, ils croient dur comme fer que le Mal ne vient pas de Satan mais de l homme et que, comme l homme, il peut être appréhendé. Aux États-Unis, l approche est différente. Les Américains voient le Mal autrement. Il suffit de regarder n importe quel film hollywoodien pour s en convaincre : le Mal y est absolu, et le seul moyen de le combattre est d anéantir tous ceux qui le Le Mal autour de moi sèment. Dans l imaginaire américain, le Mal a les traits d un virus mortel : ses porteurs sont incurables et doivent être supprimés avant qu ils ne le transmettent. Si le Mal, pour les Européens, peut être éradiqué, il est, pour les Américains, une fatalité. Mais aussi une nécessité. Comme le dragon que le chevalier combat afin de prouver sa force et son courage. Le Bien que les États-Unis semblent vouloir incarner a naturellement besoin d un Mal face auquel il peut s affirmer et se connaître. Et, par un malheureux concours de circonstances, c est la Russie qui endosse depuis longtemps déjà, pour les États-Unis, le rôle du dragon. L URSS hier, et désormais la Fédération de Russie sont cet ennemi avec lequel il ne sert à rien de s entendre : la bête est méchante par nature et fera le mal tant qu elle sera en vie. Le seul moyen de l arrêter est de la terrasser. Non, les États-Unis n ont pas l intention de bombarder Moscou. Mais livrer des armes à l Ukraine qui, dans la perception américaine, ne se bat pas contre son peuple mais résiste à l agression de l armée russe toute entière oui, sans la moindre hésitation. «Nous vous avons offert des véhicules blindés, des jumelles de vision nocturne, des radars, de l équipement de chiffrage. Aujourd hui, ce qui nous semble le plus important, c est de vous aider à former les troupes des forces ukrainiennes», a déclaré récemment Geoffrey Pyatt, l ambassadeur américain à Kiev. «Nous devons livrer des armes à l Ukraine pour sa défense. Poutine ne veut pas de solution diplomatique, il veut contrôler l Ukraine, tout comme ses autres voisins», a encore déclaré, il y a quelques jours, le sénateur américain John McCain. Le contraste avec l approche européenne est saisissant. L UE est loin d approuver le Kremlin, et elle est très proche, dans ses analyses, de la vision américaine de la situation. Mais les chefs d État européens se gardent bien de proférer des menaces et de brandir le spectre de la guerre. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré début février que l Allemagne ne livrerait pas d armes à l Ukraine : «Je suis certaine que ce conflit ne peut être résolu par la voie militaire», a-t-elle martelé. La France n a pas non plus l intention d armer Kiev, ce qu a confirmé récemment le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius. À la différence des États-Unis qui se croient fermement investis de la mission de libérer les peuples de leurs dictateurs et tant pis si ces chanceux pays plongent ensuite dans le chaos le plus meurtrier, l Europe hésite. Elle n a pas oublié le prix de la guerre. Elle pèse le pour et le contre. Elle se demande si elle a réellement intérêt à attiser le conflit qui se joue à ses portes. L Europe se montre responsable, tente de se comporter en adulte. Pour les élites européennes aussi, la Russie est le Mal, mais un Mal qu elles tentent encore de comprendre et, si possible, de transformer en Bien : les 16 heures de négociations à Minsk le prouvent. Les États-Unis n ont pas la moindre hésitation. «Les Russes mentent. Ils ont menti plus d une fois sur ce qui se passe en Ukraine, à moi et à d autres, en nous regardant dans les yeux», a notamment déclaré John Kerry, le ministre américain des affaires étrangères. À l en croire, les Russes ne sont absolument pas fiables. Ils déforment la réalité et sont dans l erreur. La nation russe, dans cette vision, n est pas loin d être identifiée à la source même du mensonge. Et les Américains? Les Américains disent toujours la vérité, comme chacun sait! Les Européens, qui ont accompli au XX e siècle un éprouvant travail de mémoire, qui se sont remis plus d une fois en question, ne savent que trop que l humain est imparfait, que personne n est à l abri d une erreur, et que le dialogue demeure une valeur absolue. Et ils le poursuivent, malgré la pression de l imposant voisin outre-atlantique. Les Européens résistent à la tentation de simplifier les choses, de choisir des «gentils» et de désigner des «méchants». Ils s efforcent tant bien que mal d appréhender le conflit ukrainien dans sa complexité, ils se posent des questions. Et ils ont raison. Pourvu qu ils continuent. Car dans l hystérie ambiante, ils semblent être les seuls à freiner encore les États-Unis dans leur désir de terrasser le dragon. L Angleterre a déjà lâché la bride en déclarant son intention d envoyer des inspecteurs militaires en Ukraine ; et aujourd hui, il ne nous reste comme seul obstacle à une nouvelle grande guerre mondiale que Berlin et Paris. Le Courrier de Russie Rédactrice en chef Inna Doulkina Rédactrice en chef du site internet Nina Fasciaux Rédacteurs en chef adjoints du site internet Vera Gaufman,Thomas Gras Rédacteurs Rusina Shikhatova, Manon Masset Correctrices/traductrices Julia Breen, Maïlis Destrée Webmaster Marc Dobler Directrice artistique Galina Kouznetsova Contact rédaction Tél. (495) Pour s abonner Responsables des activités éditoriales Alina Reshetova Maria Trigubets Contacts publicité et édition Tél. (495) Directeur commercial Thomas Kerhuel Responsable communication et partenariats Tatiana Chveikina Edité par OOO Novyi Vek Media. Enregistré auprès du TsTU du ministère de la presse et des médias. ПИ ФС Directeur de la publication Jean-Félix de La Ville Baugé Fondateurs Philippe Pelé Clamour Jean-Luc Pipon Emmanuel Quidet Adresse du journal 10 Milioutinski per., bât.1 Moscou Le journal est distribué gratuitement et sur abonnement. Il est imprimé à partir de films au OAO Moskovskaia Gasetnaia Tipografiia, , Moscou, Oulitsa 1905 goda, dom 7. Kaspersky met à jour un des groupes de cyberattaques les plus sophistiqués du monde Volume 3 p.l. Tirage exemplaires Commande N 0297 Donné à imprimer le 25 février 2015 Kaspersky Lab, entreprise russe de sécurité des systèmes d information, a révélé dans un rapport publié le 15 février avoir mis à jour le collectif de pirates informatiques Equation Group, qui s'attaque à des structures étatiques, militaires et commerciales d'une trentaine de pays dont la Russie en première ligne. THOMAS GRAS Depuis près de 20 ans, Equation Group aurait infecté des dizaines de milliers d'utilisateurs dans plus de 30 pays, assure le rapport de Kaspersky Lab. Les pays les plus touchés sont l'iran, la Russie, le Pakistan, l'afghanistan, l'inde, la Chine, la Syrie et le Mali, les cibles allant des gouvernements aux antennes diplomatiques en passant par les structures étatiques, militaires, énergétiques, de télécommunication, médicales et scientifiques. «Ce que les experts de notre compagnie ont récemment mis à jour dépasse, en termes de complexité et de sophistication, toutes les attaques connues à ce jour», poursuit Kaspersky Lab, allant même jusqu'à surnommer le collectif de pirates d «Étoile de la Mort de la galaxie du Malware». Diffusant des virus connus sous le nom de «chevaux de Troie», le groupe Equation avait la particularité d'infecter les disques durs et les logiciels internes gérant leur fonctionnement. Les disques durs étaient même reprogrammés afin de rendre les virus quasi-indestructibles. Parmi ces «outils», Kaspersky relève principalement le virus «Fanny», connu pour sa capacité à s attaquer aux systèmes informatiques dits «Air Gap», totalement isolés de tout réseau physique ou sans fil. Fanny est ainsi en mesure de se propager via une clé USB infectée, où il crée une partition invisible contenant les commandes de contrôle ainsi que les données dérobées. Lorsque la clé USB est insérée dans un ordinateur relié à Internet, elle transmet automatiquement ces données et reçoit de nouvelles commandes. Selon les analyses de Kaspersky Lab, les hackers sont parvenus à pénétrer les systèmes de 12 grands fabricants informatiques, dont Western Digital Technologies, Maxtor, Samsung, Seagate Technology, Micron Technology, Toshiba Corporation et IBM. L'Equation Group regroupe plus de 300 domaines et 100 serveurs, hébergés dans différents pays comme les États-Unis, le Royaume- Uni, l'italie, l'allemagne, les Pays-Bas, le Costa Rica ou encore la République tchèque. Kaspersky affirme avoir pris le contrôle d'une vingtaine de ces serveurs. Le collectif de hackers a collaboré également avec les grands systèmes pirates Flame et Stuxnet. Stuxnet, découvert en 2010, est un ver informatique conçu par l'agence nationale de la sécurité américaine (NSA) en collaboration avec l'unité 8200 israélienne pour s'attaquer aux centrifugeuses iraniennes d enrichissement d'uranium. «L activité première d'equation Group est le vol d informations, et nous sommes en mesure d affirmer que ces malfrats ont échangé des données avec leurs collègues, responsables des attaques Flame et Stuxnet. Nous n'avons en revanche aucune preuve directe de liens entre Equation et des services secrets nationaux, ni de la nationalité de ses créateurs», souligne le rapport. Interrogé par l'agence Reuters, un ancien collaborateur de l'agence nationale de la sécurité américaine a assuré, sous couvert de l anonymat, que l'analyse de Kaspersky était «correcte» et que les collaborateurs de la NSA prêtent autant d'attention aux programmes d'equation qu à ceux de Stuxnet. Le porte-parole de l'agence américaine, Vanee Vines, a déclaré que la NSA avait bien pris connaissance du rapport de Kaspersky, mais se refusait à tout commentaire public. Pour leur part, les représentants de Western Digital, Seagate et Micron ont assuré à Reuters ne pas être au courant de l existence de tels programmes d'espionnage. Toshiba, Samsung et IBM ont préféré ne pas répondre. Ilya Satchkov, directeur général du Group- IB, un des leaders mondiaux de la prévention du cyber-crime, a expliqué au quotidien Kommersant n avoir jamais entendu parler de programmes d'espionnage par disques durs dirigés contre la Russie. «Nous n'avons rien relevé de tel, mais techniquement, ce serait tout à fait faisable», précise-t-il, ajoutant qu'il sera quasiment impossible d'arrêter les hackers d'equation suite à la publication du rapport Kaspersky, ces derniers ayant immédiatement «effacé toutes leurs traces». Les autorités russes s'étaient déjà plaintes de la croissance du nombre de cyber-attaques en En octobre, Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, avait déclaré que ces attaques visaient à dérober illégalement des informations. À l en croire, les sites russes ont subi 57 millions d'attaques au cours de l année dernière, alors qu on en avait dénombré un peu plus de 90 millions en tout de 2010 à 2014.

4 INTERNATIONAL 4 Du 27 février au 13 mars 2015 Vlast, revue de 56 pages publiée par les éditions Kommersant, est un des principaux hebdomadaires russes socio-politiques. Elle est tirée à plus de exemplaires et distribuée dans toute la Russie. Vlast est célèbre pour ses interviews des personnalités politiques russes, autant que pour ses analyses subtiles des rapports de forces au sein du gouvernement. La revue traite aussi régulièrement de sujets aussi douloureux pour la société russe que la situation des orphelins, des handicapés ou des personnes présentant des troubles psychiques. Vladimir Poutine visite le cimetière de Kerepesi. Tamas Kovacs/EPA/TASS Grande restauration Moscou et Budapest ouvrent une nouvelle page de leur histoire La semaine dernière, à Budapest, le mémorial soviétique du cimetière de Kerepesi rouvrait ses portes après une restauration de deux ans, financée par la Russie. Le président Vladimir Poutine, lors d une visite officielle en Hongrie le 17 février, a visité Kerepesi, avant de signer avec les autorités hongroises des contrats de fourniture de gaz et de développement de la coopération bilatérale dans les secteurs de l'agriculture et de l'énergie atomique. Olga Allenova s'est interrogée, pour la revue Kommersant Vlast, sur ce qui lie ces événements entre eux. OLGA ALLENOVA, Kommersant Vlast Traduit par JULIA BREEN Les travaux de restauration sur le secteur soviétique du cimetière de Kerepesi ont commencé en 2012, financés par le député de Russie Unie Andreï Skotch et sa fondation Génération. Avant cela, Skotch avait déjà financé la restauration de cimetières soviétiques dans les villes de Dalian, en Chine (ancienne Port Arthur) et de Szekesfehervar, en Hongrie. Le mémorial de Kerepesi est ainsi le troisième projet étranger de la fondation Génération. Tous les sites ont été restaurés par l'entreprise russe Resstroï. «Quand nous sommes arrivés, tout était sale, abandonné, maussade, se souvient la restauratrice en chef et PDG de Resstroï, Olga Tchoujikova. Les obélisques et les stèles tombaient en ruines, le béton se fissurait, les fondations étaient profondément enfouies. Le cimetière hongrois de Kerepesi, c est un panthéon au cœur de la capitale, des gens célèbres y sont enterrés, des héros nationaux de la Hongrie. Beaucoup de tombeaux sont de véritables œuvres d art. Et à côté de toute cette grandeur, vous aviez ce secteur soviétique en ruines qui présentait la Russie sous un jour peu enviable.» ( ) À Kerepesi reposent les combattants soviétiques morts dans les combats de Budapest en Après la guerre, les dépouilles des soldats soviétiques ayant péri dans d autres villes hongroises y ont aussi été transférées la majorité reposent dans des fosses communes. C est un des plus importants cimetières d Europe orientale, avec plus de tombes. Après guerre, le cimetière s est agrandi : on y enterrait les militaires et les membres de leurs familles du Front Sud cantonnés à Budapest : il y a aussi un secteur de tombes d enfants. En 1956, au moment de l écrasement de la révolution hongroise par les troupes soviétiques, le cimetière a encore significativement grossi : on y a enterré les soldats péris aux cours des plusieurs mois de combats. Et tout à côté, dans le secteur hongrois de Kerepesi, on peut voir les tombes des combattants pour la libération de la Hongrie, contre le régime soviétique. Autrefois, les tombes soviétiques étaient séparées des hongroises par une haute palissade, mais elle n existe plus. Il ne reste, à la place, qu une barrière basse, où les couronnes de lauriers s entrelacent avec les rubans de Saint-Georges. Un accord intergouvernemental russo-hongrois interdisait de retirer la séparation, mais les restaurateurs l ont rendue presque invisible, ce qui a permis de réunir visuellement le mémorial soviétique avec le panthéon hongrois de Kerepesi. Autre facteur de réunification : le matériau dont sont faits les monuments du cimetière est le calcaire hongrois avec lequel ont été construits presque tous les bâtiments anciens de Budapest. Olga Tchoujikova explique que c est une pierre solide, pouvant tenir des siècles. Son collègue hongrois, Csaba Tarshoj, directeur de la construction de l entreprise Renaissance, précise que sa société possède une technique particulière : les blocs de pierre sont taillés dans des carrières à 80 km de Budapest, puis chauffés dans des fours avant d être placés en couches. À l en croire, «une telle construction peut tenir des milliers d années sans nécessiter le moindre entretien» : elle ne craint ni la pluie, ni la neige, il faut simplement nettoyer de temps à autre le vert-de-gris. C est l entreprise Renaissance qui avait été, à l époque, chargée de restaurer le bâtiment du parlement de Hongrie, et la société a l habitude des gros projets. Mais le mémorial soviétique de Kerepesi constituait un site unique même pour les constructeurs hongrois : «Les délais étaient limités et le volume de travail colossal, nous avons travaillé pendant un an en mettant de côté toutes nos autres commandes, confie Tarshoj. 40 artisans travaillaient avec les pierres à l intérieur du cimetière, et 50 autres dans la carrière et aux fours.» Tchoujikova se déclare très satisfaite du travail de ses collègues hongrois : «En voyant comment leurs artisans tenaient les pierres, nous avons compris que ces gens aimaient leur travail. Nous n avions jamais travaillé avec cette pierre ces dix dernières années, chez nous, on sculpte tout en béton. Mais chez les Hongrois, nous avons appris à travailler la pierre.» «C est une histoire commune, une tragédie commune» Le père et le grand-père d Olga Tchoujikova ont combattu près de Voronej là précisément où, pendant la Seconde Guerre mondiale, a été décimée presque toute l armée hongroise, qui se battait du côté de l Allemagne près de soldats hongrois. Les pères et grands-pères des collègues d Olga de chez Renaissance Csaba, Miklasha, Ejefa ont combattu du côté de l Allemagne. Certains sont morts, certains ont été faits prisonniers par les soviétiques. «Un de mes grands-pères s est battu en Ukraine, raconte Csaba. Et six ans encore, il a été prisonnier en Sibérie. Il n en parlait jamais, et je ne sais même pas précisément où il s est battu. Il connaissait bien le russe et aidait souvent pour la traduction quand venaient des délégations.» La collaboration des Russes et des Hongrois sur ce cimetière a commencé dans des conditions émotionnelles difficiles. «Je n ai pas caché que mes parents s étaient battus à Voronej, dit Olga. Les collègues hongrois parlaient de leurs ancêtres à eux. Nous avons tout de suite mis les points sur les i : on n était pas là pour se faire des révérences, mais pour travailler. Pourtant, au fil du temps, la tension est partie. Nous avons fait un travail de qualité, et c est une chose que les gens, ici, estiment. J ai compris que nous avions gagné leur respect.» «Ce n était pas simple pour moi, j avais conscience de l histoire qui se tenait entre nous, se souvient pour sa part Csaba. Je regardais les tombes des soldats soviétiques, des officiers, de leurs enfants et je comprenais que chacun d eux était mort pour quelque chose. Certainement que dans un cimetière, il ne peut pas en être autrement c est un lieu qui unit. Et ensuite, nos artisans ont commencé de se comprendre les uns les autres, sans traducteur.» Le souvenir de la guerre, pour les Hongrois, demeure vif jusqu à présent non loin du bâtiment du parlement, sur la berge, est installé un mémorial aux victimes de l Holocauste, représentant un tas de chaussures : bottines d enfants, escarpins de femmes et sabots d hommes. Ici, sur les berges du Danube, près de Juifs ont été fusillés en En plein centre de Budapest, sur la place de la Liberté, se dresse une statue aux soldats soviétiques libérateurs. Et en face, de l autre côté de la place, un monument est apparu récemment, sur une initiative gouvernementale, représentant la Hongrie victime du fascisme : un aigle, symbole de l Allemagne nazie, fond sur un ange affligé. Le monument a été érigé l année dernière, et depuis lors, des tracts sont accrochés aux barbelés qui l entourent, rédigés par des activistes qui en contestent la conception. Pour eux, ce monument dégage la Hongrie, alliée de l Allemagne, de sa responsabilité dans les événements de la Seconde Guerre. Les autorités ne touchent pas à ces tracts et ils font désormais partie des curiosités locales. Si la mémoire de la guerre est faite de repentir, le rapport à la révolte hongroise de 1956 contre le pouvoir soviétique, ici, est toujours aussi ambigu. Les données officielles font état de morts parmi les citoyens hongrois et 700 parmi les militaires russes lors de l écrasement des émeutes. Beaucoup de Hongrois considèrent ces événements comme le début du mouvement indépendantiste de libération. Une loi hongroise sur l interdiction des régimes dictatoriaux interdit l utilisation des symboles soviétiques : armoiries de l URSS, drapeau rouge, étoile à cinq

5 INTERNATIONAL 5 branches. Le fait d afficher l un de ces symboles en public peut être puni en justice. Mais l interdiction ne concerne pas les cimetières militaires, où les symboles soviétiques sont considérés comme historiques, et non idéologiques. Pourtant, la visite de Vladimir Poutine à Kerepesi et le fait qu il dépose des fleurs aux pieds du monument représentant une étoile à cinq branches a indigné une partie des organisations civiles et politiques hongroises : les activistes du blog «Double standard» ont même porté plainte contre le président russe pour violation de la loi. Pour ces derniers, la venue de Poutine à Kerepesi, montrée sur toutes les télévisions du pays, est précisément liée à l idéologie et non à l histoire c est, pour la Russie, une façon d imposer à la société hongroise son point de vue sur les événements de l année Pour la restauratrice en chef du mémorial soviétique Olga Tchoujikova, il ne sert à rien de chercher dans les étoiles de Kerepesi un motif de discorde ce genre de lieux ne peuvent que réunir. «Il n y a pas de place pour les contradictions dans un cimetière, dit-elle. Quelques difficiles et terribles aient pu être les événements de 1956 pour les Hongrois, ce sont des petits gars soviétiques qui reposent ici, des gamins dont toute l enfance a été occupée par la guerre, et ensuite, ils sont morts ici, en exécutant les ordres. Et aussi difficiles qu aient pu être ces événements pour les Russes, de l autre côté de cette barrière reposent des petits gars hongrois. C est une histoire commune, une tragédie commune. Et elle peut devenir un prétexte à la paix pour toujours aussi bien qu à une nouvelle guerre ça ne dépend que de nous.» «Nous ne voulons pas faire la guerre à la Russie» Le 16 février, à la veille de la visite du président russe, une manifestation de soutien au choix européen de la Hongrie s est tenue à Budapest. Quelques dizaines de milliers de personnes, arborant des drapeaux de la Hongrie, de l UE et de l Ukraine, ont défilé depuis la gare de l Est de Budapest jusqu à celle de l Ouest, pour affirmer leur attachement aux valeurs occidentales. Il y avait, parmi les manifestants, des partisans de l indépendance de l Ukraine, qui considèrent que la politique ouvertement pro-russe du gouvernement hongrois et l élargissement des liens économiques avec la Russie au plus fort de la guerre en Ukraine font de la Hongrie un paria au sein de l Union européenne. «Alors même que des gens continuent de mourir en Ukraine, nous faisons semblant de ne rien savoir, de n y être pour rien, et nous accueillons amicalement le président russe», dénonçaient les participants à la marche. La manifestation comprenait aussi des représentants des minorités sexuelles, qui estiment que la politique du Premier ministre hongrois va à l encontre des principes européens des droits et libertés. Ils reprochent notamment au Premier ministre Viktor Orban d avoir fait pression pour que soient introduites des modifications à la Constitution : désormais, la loi suprême accorde un rôle particulier au christianisme, et le mariage est traité comme une alliance entre un homme et une femme. En outre, l opposition critique Orban pour sa «politique isolationniste» en Europe : par exemple, parce que la Banque nationale de Hongrie a, à un moment, exigé la fermeture de la représentation du FMI à Budapest. ( ) Le fait que cette action de protestation ait été vivement débattue dans les médias n a pas empêché le Premier ministre Orban d organiser un accueil chaleureux pour ses collègues russes, de prolonger le contrat de livraison de gaz russe à la Hongrie pour 2015 et de signer un certain nombre d accords importants de développement des liens commerciaux dans les secteurs de l agriculture et de l énergie atomique (Moscou participe par exemple à l élargissement de la seule centrale nucléaire hongroise, le site de Pakch). Parallèlement à la rencontre des dirigeants russe et hongrois au parlement, les partisans d un renforcement des liens russo-hongrois ont organisé un piquet face à l ambassade de Russie, sur l avenue Andrassy, à l initiative du Mouvement eurasiatique hongrois. Le soir même, les organisateurs de cette action en ont conduit une autre, de moins grande envergure, dans la rue piétonne Vaci : ils ont défilé le long des restaurants et magasins de souvenirs avec des flambeaux et des drapeaux russes et hongrois. «Je n apprécie pas ce qu ils font avec la Hongrie dans l UE, m explique un des leaders du Mouvement eurasiatique, Tomas Seres. Je suis un homme d affaires ; autrefois, il y avait 65 conserveries dans le pays, aujourd hui, il n en reste que quatre. Nous ne pouvons pas vendre notre production en Russie, les taxes sont trop élevées. En France, par exemple, personne ne veut de notre production, alors qu en Russie, le marché est immense». «Est-ce seulement une affaire de difficultés économiques?», je demande. «Pas seulement, répond Tomas. Beaucoup de Hongrois craignent que l Amérique n entraîne l Europe dans un conflit avec la Russie. Et nous, nous ne voulons pas faire la guerre à la Russie». ( ) Approche Ruslan, arrivé de Russie à Budapest à la fin des années Il estime que la Russie devient très populaire en Hongrie, et que les Unions douanière et eurasiatique sont «plus prometteuses que l UE pour la Hongrie». Avez-vous demandé l autorisation de la municipalité pour cette action?, je demande. Oui, la loi exige une notification 72 heures à l avance. En Russie, vous ne l auriez pas organisée en 72 heures, dis-je. Vous êtes au courant des problèmes qu il y a chez nous avec la liberté d expression et de réunion? Des problèmes, il y en a partout, intervient Andreï, un autre participant de l action. Vous voyez les vôtres, mais pas les nôtres. «Les pauvres vont vivre derrière de belles façades» Le restaurant Casablanca, rue Vaci, est un véritable nid familial pour Ruslan. Lui, son frère et ses parents Tamara et Fréderic y passent beaucoup de temps. C est aussi là qu ils m invitent. Tamara et Frédéric Rotkhart parlent de Kerepesi avec fierté : ils disent que c est une partie de la Russie, et que désormais, elle a une apparence digne de la Russie. «Mes deux grands-pères ont combattu ; ce cimetière, c est mon souvenir d eux», explique Tamara. Le père de Frédéric s est battu du côté de l Allemagne, mais ça ne l empêche pas de se sentir «russe d esprit» et, tous les 9 mai, d aller à Kerepesi avec sa femme et ses petits-enfants. Fréderic, après avoir travaillé de nombreuses années en Russie comme cadre supérieur chez Alpen Gold et vécu aux États-Unis et dans 18 autres pays du monde, s est installé à Budapest il y a 15 ans pour y ouvrir ce restaurant, baptisé en l honneur d un film qui l avait bouleversé dans sa jeunesse. Tamara est arrivée de Russie en Hongrie à la fin des années Elle se rappelle le chômage, le sentiment d impasse, la guerre en Tchétchénie. Ils se sont mariés, Fréderic s est converti à l orthodoxie. Le week-end, ils vont à l église russe principal lieu de rencontre pour les représentants de la diaspora. Les Rotkhart aident les écoles qui enseignent le russe et veulent ouvrir une école de ballet russe. Le couple est radicalement opposé à la politique européenne, soutient Poutine et est persuadé que «tous les habitants du monde occidental, à l exception des anglo-saxons, sont contre les sanctions visant la Russie». «C est l Occident qui est coupable de ce qui se passe en Ukraine, dit Fréderic. L Europe a décrété que l Ukraine devait choisir où aller à l Ouest ou à l Est. Alors qu il aurait fallu dire que l Ukraine est un pont entre l Ouest et l Est, et la laisser en paix. Quant à Poutine, sa plus grande erreur est de ne pas avoir acheté la Crimée plus tôt, quand il y avait un pouvoir convenable en Ukraine». «Mais si les Russes n avaient pas récupéré la Crimée, ce serait la guerre aujourd hui», dit Tamara. Fréderic acquiesce : «J ai vécu en Amérique. 250 millions de personnes ne savent carrément pas où situer l Ukraine sur une carte. Ce sont les politiques qui sont coupables. Quand la guerre a commencé, beaucoup de gens ont compris qu il y avait là l empreinte américaine». Comment vous informez-vous sur des événements en Russie?, je demande. Ici, beaucoup de gens regardent la télévision russe, répond Tamara. Je lis la presse allemande, et aussi américaine, dit Fréderic, en L UE a payé pour la restauration des maisons et des places en Hongrie, et ils ont fait ça très bien, c est beau. Mais c est terminé. Maintenant, les pauvres vont vivre derrière de belles façades. me montrant une pile de journaux sur la table. Et vous faites quand même confiance à la presse russe? Je sais ce que c est que la presse occidentale c est quand cent journaux appartiennent à une ou deux personnes. Ruslan est convaincu que la Russie et la Hongrie vont développer leur collaboration en contournant les sanctions en vigueur, parce que «dans l UE, la Hongrie est reléguée à un rôle de domestique.» Tamara lisse de la main une nappe sur une grande table : «Ça, c est une nappe hongroise, elle a plusieurs années, mais elle sert encore. Autrefois, nous produisions ces tissus, mais aujourd hui, les usines ont fermé. Maintenant, tous les tissus viennent d Italie. Ce n est plus la même qualité, et les producteurs locaux ont perdu. L industrie légère avait toujours été de haut niveau ici. Nous avions aussi la construction nautique, la production automobile, des cordonneries brillantes. La Hongrie était le plus prospère des pays du Pacte de Varsovie. Depuis l entrée dans l UE, nous avons fermé les usines Icarius et nous achetons des Volvo et des Mercedes ; notre production fermière a été évincée par Danone ; nos viticulteurs se sont effondrés et nous buvons du vin de France ; tout le secteur agro-alimentaire est en déclin : avant, sur dix pommes, il y en avait six hongroises, mais aujourd hui, vous en trouverez à peine une. Et tout ça, à cause des règles de l UE. La Grèce gémit, toute l Europe orientale gémit, l Italie, l Espagne. Nous aurions pu tout produire nous-mêmes, mais nous sommes obligés de jouer selon les règles de l Allemagne et de la France.» «Certes, l UE a payé pour la restauration des maisons et des places en Hongrie, et ils ont fait ça très bien, c est beau, nuance Fréderic. Mais c est terminé. Maintenant, les pauvres vont vivre derrière de belles façades. Les jeunes ont commencé de partir d ici. Les touristes laissent de l argent, mais il va aux entreprises étrangères qui ont envahi le marché local. Et c est la même situation dans toute l Europe orientale». Je rappelle qu en Russie, il y a aussi beaucoup de pauvres, une médecine de mauvaise qualité et des technologies désuètes. «Je me souviens de la Russie des années 1990, proteste ardemment Tamara. Les gens mouraient de faim. Ils partaient à l Ouest, et c est pour ça qu aujourd hui, la Russie a des technologies obsolètes. Mais la Russie va se relever, parce qu il va naître de nouvelles personnes, avec de nouveaux cerveaux». Beaucoup de gens ici sont convaincus que les Russes vivent bien. «Nous l avons vu avec les touristes russes qui venaient, explique Fréderic. 90 % des Hongrois ne sont carrément jamais sortis du pays. Et ceux qui partent, c est pour chercher du travail.» «Ici, il n y a pas de touristes espagnols, portugais ou italiens : ils n ont pas d argent, ils restent chez eux, affirme Tamara, soutenant son mari. Aujourd hui, il y a de moins en moins de Russes, et toutes les villes européennes où le tourisme était développé se plaignent à cause de ces sanctions». Tamara a deux belles-filles une Hongroise et une Ukrainienne. La femme de Ruslan, Nina, vient d Ukraine occidentale. Elle vit en Hongrie depuis 15 ans mais parle parfaitement le russe c était la langue de son père. Je lui demande comment c est, en ce moment, la vie dans une famille pro-russe. Nina sourit : «Vous comprenez bien, je suis d Ivano-Frankovsk. Je ne suis pas toujours d accord avec les membres de la famille, nous pouvons avoir des avis différents, mais nous ne nous disputons jamais. Nous comprenons que nous avons toute une vie à vivre ensemble.» Il me semble que Nina vient de dévoiler un secret non seulement familial, mais commun à toute l Europe. On est trop à l étroit, ici, pour se disputer. 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6 6 SECTEUR Du 27 février au 13 mars 2015 LA PRODUCTION D AUTOMOBILES ET DE WAGONS EST EN CRISE La production de matériel roulant ferroviaire a chuté de 15,3 % en Russie en 2014, et devrait encore baisser en 2015, selon les acteurs du secteur. Sur le marché des wagons de marchandises, l offre dépasse largement la demande. Les entreprises de logistique opérant en Russie ont renouvelé récemment leur parc de wagons et n ont pas besoin de véhicules neufs, d autant que le volume global du transport de marchandises diminue dans le pays. En revanche, le parc de wagons-lits et de locomotives existant est vétuste et nécessite d être renouvelé. Pourtant, la société des chemins de fer russe (RJD), qui détient le monopole du transport de voyageurs, ne s empresse pas de le faire, ce qui a contraint les constructeurs à diminuer la production, réduire le temps de travail et licencier du personnel. La société Transmashholding, principal fabricant de matériel ferroviaire en Russie, se prépare ainsi à licencier 20 % de ses employés. Deux des quinze usines du groupe celles de Novotcherkassk et Tver ont dû suspendre leur activité du fait de l absence de nouvelles commandes. Uralvagonzavod (UVZ), autre grand producteur de wagons-citernes, a dû mettre en congé forcé quelques milliers d ouvriers. Les producteurs plus petits rencontrent des problèmes du même ordre c est notamment le cas d Altaïwagonzavod, à Novoaltaïsk, qui envisage de licencier 34 % de ses effectifs, ou de Rouzkhimmach, en Mordovie, qui compte en renvoyer 31 %. La situation est tout aussi inquiétante pour les constructeurs automobiles étrangers implantés en Russie. La dévaluation du rouble a fait grimper le prix des pièces détachées importées, et, par conséquent, le coût final de fabrication des véhicules. Le pouvoir d achat des Russes ayant, dans le même temps, diminué, les fabricants ont constaté une baisse de la demande de voitures neuves de 12 % en Sur la même période, les ventes de véhicules d occasion ont en revanche augmenté de 19 %. Face à cette nouvelle conjoncture, plusieurs constructeurs automobiles ont dû réduire, voire suspendre le rendement de leurs chaînes de production. PCMA Rus (PSA Peugeot Citroën Mitsubishi, région de Kalouga), Ford (région de Saint-Pétersbourg) et Renault (Moscou) ont ainsi significativement limité leur production. Volkswagen a dû suspendre l activité de son usine de Kalouga entre le 22 décembre 2014 et le 12 janvier Volvo a été contraint de licencier 30 % du personnel de son usine de Kalouga. General Motors suspendra l activité d une partie des lignes de son usine de Saint-Pétersbourg entre le 23 mars et le 15 mai. Le groupe justifie cette décision par une baisse des ventes en Russie d un quart par-rapport à KALOUGA A LE GOUVERNEUR LE PLUS «PERFORMANT» Le responsable de la région de Kalouga, Anatoli Artamonov, a été reconnu «gouverneur le plus performant» de Russie dans une étude réalisée par l ONG russe Fondation du développement de la société civile. Le gouverneur de Yamal, Dmitri Kobylkine, et celui de Belgorod, Evgueni Savtchenko, se partagent à égalité la deuxième position. La troisième place revient à Vladimir Yakouchev, gouverneur de Tioumen, et Roustam Minnikhanov, président du Tatarstan. Le maire de Moscou Sergueï Sobianine arrive en huitième position, sur 83. Les dernières places du classement sont occupées par Timour Mamsourov (Ossétie du Nord), Viktor Bassarguine (Perm), Andreï Chevelev (Tver), Alexandre Vinnikov (oblast autonome juif) et Sergueï Yastrebov (Yaroslavl). La Fondation se base sur des enquêtes sociologiques et des statistiques officielles sur le rapport entre les revenus et les dépenses de la population. La Fondation tient également compte de la couverture médiatique de l activité de chacun des gouverneurs. Cette étude est réalisée pour la huitième année consécutive. Région de Kalouga PLUS D ÉTUDIANTS ÉTRANGERS EN RUSSIE En 2014, le nombre d étudiants étrangers accueillis dans les universités de Russie a augmenté de 14,1 %, pour atteindre personnes. En 2014, l État russe a financé entièrement les cursus de étudiants sur les venus étudier dans le pays en tout. Parmi les étrangers, les étudiants kazakhstanais sont les plus nombreux à choisir les universités russes ( personnes, ou 28,8 %), suivis par les Biélorusses ( personnes, ou 9,4 %), les Ukrainiens (15 631, ou 8,4 %), les Turkmènes (15 631, ou 8,4 %) et les Ouzbeks (15 025, ou 8 %). Après les azerbaïdjanais, les étudiants chinois occupent la septième position dans ce classement : ils ont été à choisir de venir étudier en Russie en d entre eux suivent actuellement leurs études à l Université fédérale d Extrême- Orient, à Vladivostok, qui, en 2014, a accueilli en tout étudiants étrangers originaires de 35 pays du monde (ils n étaient que en 2013). Les étudiants chinois choisissent majoritairement le mastère anglophone Russia in the Asia-Pacific : Politics, Economics and Security, mais aussi le double mastère russo-sinophone sur la construction, en coopération avec l Université technologique de Heilongjiang (UTH). L UTH entretient également des liens très étroits avec l Université de Novossibirsk, qui élabore actuellement un projet pilote de l Institut russo-chinois. tsu.ru LES VENTES DE VOITURES NEUVES EN RUSSIE EN CHUTE LIBRE voitures neuves ont été vendues en Russie en janvier 2015, soit un quart de moins qu en janvier 2014, indique l Association du business européen (AEB). La baisse des ventes la plus significative a été enregistrée chez les fabricants qui avaient décidé les plus importantes augmentations de prix. Il s agit notamment d Opel, Chevrolet et Ford, qui avaient augmenté le prix de leurs voitures de 45 à 56 % entre septembre 2014 et janvier Selon les données du cabinet d audit PwC, les ventes de voitures neuves en Russie ont chuté de 10 % en 2014 par-rapport à 2013, le volume du marché automobile se réduisant de 16 % pour atteindre 58,2 milliards de dollars. PwC suppose que le marché va rétrécir encore et les ventes continuer de diminuer. Ce sont les importateurs de voitures neuves qui pâtiront le plus du ralentissement ; la situation devrait être moins alarmante pour les fabricants implantés en Russie. Quant aux entreprises le moins dépendantes des pièces importées (UAZ et AvtoVAZ), elles ont toutes les chances de ressortir gagnantes de la crise : elles pourront récupérer les parts de marché des fabricants qui le quitteront. PwC précise en outre que les Russes achètent moins de voitures à crédit (la part de ces dernières n était plus que de 40,5 % en 2014, contre 48 % en 2013). LA RUSSIE VEND PLUS DE PÉTROLE À LA CHINE, AU JAPON ET À LA CORÉE DU SUD En 2014, la Russie a augmenté de 10 millions de tonnes soit de 25 % ses exportations de pétrole vers la Chine, le Japon et la Corée du Sud. La Russie a ainsi vendu 51 millions de tonnes de pétrole à ces trois pays de la région Asie-Pacifique en 2014, contre 41 millions de tonnes en La part de la Fédération sur le marché de la région Asie-Pacifique est passée de 7,2 % en 2013 à 8,7 % en 2014, précise l agence Bloomberg. Sur la même période, l Arabie saoudite OÙ GAGNE-T-ON LE MIEUX SA VIE EN SIBÉRIE? a réduit ses livraisons de pétrole dans cette région de 146 millions de tonnes à 142 millions, sa part de marché y passant de 26 à 24 %. Le Qatar y a également diminué ses exportations de pétrole de 7,4 % : en 2014, le pays a livré 30 millions de tonnes en Chine, au Japon et en Corée du Sud. Seul le Koweït a su maintenir son volume de livraisons en région Asie-Pacifique de 41 millions de tonnes, sa part de marché y baissant néanmoins pour atteindre actuellement 7 %. En 2015, la Chine devrait devenir le plus grand importateur de pétrole dans le monde. Ses principaux fournisseurs sont l Arabie saoudite, la Russie et l Angola. En 2014, la Russie a augmenté ses livraisons de pétrole à la Chine de 36 %, amenant sa part de marché jusqu à 11 %. LES RUSSES CONSOMMENT MOINS DE BANANES ET D ORANGES En 2014, le citoyen russe lambda a mangé 8,9 kilos de bananes, soit 5 % de moins qu en La consommation d oranges a également baissé : le Russe moyen thekonst.net a mangé 3,25 kilos d oranges en 2014, soit 9 % de moins qu en 2013, indique une étude de la société russe Technologies de croissance. Le prix des bananes a été multiplié par 2,2 en février 2015 par rapport à février 2014, pour atteindre entre 76 et 82 roubles le kilo. Les oranges sont passées de 52 roubles le kilo en janvier 2014 à 90 roubles en 2015, soit une hausse de 73 %. La consommation de fruits en Russie a augmenté progressivement de 1998 à 2013, passant de 30 à 64 kilos par habitant et par an. Ce chiffre a baissé de 5 % en 2014, soit une consommation annuelle de 61 kilos par personne. Parmi les villes sibériennes, ce sont Novossibirsk et Krasnoïarsk qui détiennent la palme de celles où l on gagne le mieux sa vie : le salaire moyen y atteint roubles (416 euros), selon l agence de recrutement HeadHunter. Si le salaire moyen est de roubles à Irkoutsk (389 euros), c est cette ville qui offre le plus de possibilités d emploi parmi les grandes agglomérations de Sibérie. On n y recense, notamment, que deux candidats pour une offre. Tomsk, ville universitaire de la région, affiche un salaire moyen de roubles (382 euros). Il est de roubles (375 euros) à Kemerovo et de roubles (347 euros) seulement à Omsk, Barnaoul (région Altaï) et Oulan-Oudé (Bouriatie). Omsk est aussi la ville présentant la concurrence la plus ardue sur le marché de l emploi, avec trois candidats pour une offre d emploi. Krasnoïarsk, Pavel Kosenko

7 SECTEUR 7 Gonzague de Pirey : «Nous sommes en Russie pour longtemps» En ces temps de ralentissement économique et de chute des cours du rouble et du pétrole, le producteur français de matériaux de construction Saint-Gobain a inauguré le 4 février une nouvelle usine de mortier dans la région de Moscou. Le Courrier de Russie a interviewé Gonzague de Pirey, délégué général de Saint-Gobain pour la Russie, l Ukraine et la CEI, sur la stratégie de développement et les investissements du groupe dans la région. Propos recueillis par VERA GAUFMAN Le Courrier de Russie : La situation économique actuelle oblige-t-elle Saint-Gobain à revoir sa stratégie de développement? Gonzague de Pirey : Saint-Gobain fête ses 350 ans cette année. Et je vous assure que quand le groupe prend des décisions, c est dans une perspective de long terme : ce ne sont pas des soubresauts conjoncturels qui vont modifier notre approche ou nos axes de développement. Il y a 20 ans, Saint-Gobain a décidé de venir en Russie, et, il y a 11 ans, d y construire sa première usine. Nous avons investi dans huit autres sites depuis : ce n est pas pour plier bagages du jour au lendemain! Nous sommes dans ce pays pour longtemps, car nous sommes convaincus du potentiel de ce marché, et nous continuerons donc de nous y développer. Évidemment, le rythme de notre développement s adaptera à la situation économique. Si la demande faiblit, nous attendrons pour lancer de nouvelles capacités mais dès qu elle reprendra, nous reprendrons aussi notre plan. Nous prenons en compte le contexte, mais il ne va pas nous faire changer radicalement d avis sur nos stratégies de long terme. LCDR : Avez-vous ressenti l effet des sanctions et du ralentissement économique? G.P. : Pour le moment, les effets des sanctions sont relativement limités dans le secteur de la construction, et, pour nous qui sommes dans le second œuvre, le ralentissement économique ne se fait pas encore sentir massivement. Les projets en cours se poursuivent. En revanche, nous ne lançons aucun nouveau projet. La crise va très certainement arriver dans notre secteur au cours des prochains mois. Mais ce ne sera pas la première ni la dernière que la Russie traversera, et nous nous y adapterons. LCDR : Quel est votre plan de développement pour 2015? G.P. : Après la nouvelle usine de mortiers industriels que nous avons inaugurée récemment à Yegoryevsk, dans la région de Moscou, nous prévoyons d ouvrir notre premier centre de R&D en «Nous avons huit usines en Russie» Le Courrier de Russie : Pourquoi avoir misé sur un développement dans les régions russes? G.P. : En Russie, Saint-Gobain fabrique essentiellement des matériaux de construction, ainsi que des conditionnements en verre. Ce sont des matériaux relativement peu onéreux, mais dont le transport coûte cher. Donc, schématiquement, si nous voulons vendre dans une région, nous devons produire sur place. C est pour cette raison que nous avons déjà huit usines sur le territoire russe : en Russie centrale, dans la Volga, dans l Oural et dans le Sud. LCDR : Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour vous implanter dans ces régions? G.P. : Vous savez, chaque implantation a constitué une aventure particulière, différente selon les régions et les villes. Le contexte n était jamais le même. Nous avons par exemple une usine à Mineralnye Vody, dans le Caucase, une région dont on dit souvent qu il est très difficile de s y implanter. Mais en réalité, au-delà des difficultés habituelles, rien ne nous a paru insurmontable. LCDR : Avez-vous constaté des spécificités des régions? G.P. : Je vous le disais : chacune de nos implantations a eu ses spécificités. Notre usine de la région de Tcheliabinsk, par exemple, est au cœur d une zone industrielle, à proximité de nombreux autres sites. C est l inverse de celle de Kamychine, dans la région de Volgograd : notre usine y paraît bien seule! Et naturellement, cette dernière a plus d importance dans la vie du collectif alentour, notamment en termes d emploi local et de soutien social, ne serait-ce que par les taxes que nous versons au budget régional. Notre usine de Gomzovo, dans la région de Nijni Novgorod, constitue encore un autre exemple : à la différence de celles de Tcheliabinsk ou de Mineralnye Vody, situées au cœur de villes, elle se trouve en pleine campagne, à une heure et demie de route et dans quel état! de Nijni. «Nous n entrons pas dans ce jeu de dépendance avec le pouvoir» LCDR : Les autorités locales vous imposent-elles une responsabilité sociale? G.P. : Non, nous n avons aucune obligation autre que celles directement liées à l investissement. Pour le site de Gomzovo, par exemple, une des conditions de l exploitation de la carrière de gypse était la construction d une route qui la relierait à l usine et bien entendu, nous l avons respectée. Mais au-delà de ce type d exemples, tout ce que nous faisons pour la communauté qui nous entoure, ce sont des choses que nous décidons. LCDR : Y a-t-il eu des tentatives de vous imposer quoi que ce soit? G.P. : Il a pu arriver que les autorités locales tentent de faire pression sur nous, concernant le choix de nos fournisseurs, par exemple. Mais nous refusons ces pratiques. Nous n entrons pas dans ce jeu de dépendance avec le pouvoir, car cela pourrait très vite dégénérer en affaires de corruption et il est hors de question que nous prenions le moindre risque. C est exactement la même chose pour la bienfaisance nous ne nous laissons rien imposer. En fait, ces tentatives surviennent quand les autorités ne nous connaissent pas encore. Mais très rapidement, dès qu elles comprennent nos règles de fonctionnement, les choses rentrent dans l ordre. Nous expliquons que ce n est pas la peine de revenir et ils ne nous demandent plus rien. LCDR : Diriez-vous que certaines régions russes sont plus «accueillantes» que d autres? G.P. : Depuis plus de deux ans que je travaille en Russie, je n ai pas eu de mauvaise expérience. Personnellement, je peux dire que l accueil de la région de Nijni Novgorod et de son gouverneur a été exceptionnel. Lors d une implantation, il y a toujours de nombreux problèmes à résoudre, et eux ont toujours répondu «présents» pour nous aider. C était une expérience très positive. En ce moment, nous travaillons sur un projet dans la région d Oulianovsk, et l accueil se passe aussi remarquablement bien. Dans le même temps, j étais en Chine avant cette expérience en Russie, et je constate une différence très claire entre les provinces chinoises et les régions russes. Les autorités locales russes sont «accueillantes», oui : c est-à-dire qu elles nous aident à résoudre les problèmes ou nous offrent des avantages fiscaux par ailleurs assez lourds à mettre en œuvre. Mais en Chine, lorsqu une administration locale décide de vous «aider», il s agit d un soutien massif : ils font travailler leur personnel jour et nuit (littéralement!) pour vous aider à réaliser le projet. L «aide à se connecter aux réseaux de gaz ou d électricité», par exemple, ne consiste pas seulement à jouer les intermédiaires : les Chinois, eux, vous aident à remplir tous les documents nécessaires et à négocier de bons tarifs pour les dix années à venir. Il y a évidemment aussi beaucoup de procédures administratives et bureaucratiques là-bas, mais l administration locale peut offrir de prendre absolument tout en charge et il ne vous reste qu à vous installer. Cela permet d aller très vite. En Chine, Saint-Gobain avait par exemple décidé d installer un site au mois de janvier : eh bien, en septembre, nous donnions le premier coup de pelle, et dès avril, l usine réalisait ses premières ventes! LCDR : Saint-Gobain est notamment implanté dans la zone économique spéciale d Alabouga, au Tatarstan. Notez-vous des avantages significatifs, comparé aux régions «classiques», en termes administratifs et bureaucratiques? G.P. : Les zones économiques spéciales offrent toute une infrastructure de soutien, et c est remarquable. Elles fonctionnent par exemple selon la politique du «guichet unique», qui est effectivement une structure très avantageuse pour un investisseur. LCDR : Quels conseils donneriez-vous à un investisseur étranger en Russie, concernant les rapports avec les administrations régionales? G.P. : Il faut être très ouvert. Face à la bureaucratie que représente une administration locale, on est tenté de se dire : «Moins j aurai affaire à eux, mieux je me porterai»! Mais c est une erreur. Les gouvernements des régions sont là pour aider, pour servir de guides dans ce labyrinthe. En ce qui nous concerne, nous avons rencontré dans la majorité des cas des gens de bonne volonté, et qui ont eux-mêmes intérêt à attirer les investisseurs. Même si au départ, vu le nombre de barrières administratives, on peut avoir du mal à y croire NOUVELLE VAGUE DE RESTRICTIONS FRAPPANT L ACCÈS DES FABRICANTS ÉTRANGERS AUX MARCHÉS PUBLICS RUSSES La trève implicite qui avait suivi la première vague des contre-sanctions russes affectant les marchés publics l été dernier (cf. nos commentaires dans LCDR No. 263 du 29 août 2014) a été rompue. Les cibles, à l époque, étaient certains types de véhicules, les matériels de transport et engins de chantier, ainsi que les produits de l industrie légère provenant de l étranger. Fin janvier, le gouvernement russe est passé à l offensive à moins qu il ne s agisse d une contreoffensive? avec deux décrets entrés en vigueur les 11 et 14 février, déjà suivis d autres initiatives allant dans le même sens dans les domaines de la santé et du textile. Le premier décret de cette nouvelle vague étend le champ des restrictions prévues par le Décret No. 656 de juillet Dorénavant, tous types de véhicules sont concernés et mention expresse a été notamment faite des engins de collecte d ordures, des engins de nettoyage et des équipements utilisés pour le traitement des minerais. Les décrets suivants s attaquent au secteur de la santé. Celui portant sur les équipements et fournitures médicaux est déjà en vigueur, et un projet de décret pouvant être adopté à tout instant concerne les médicaments. Dans ces domaines, les restrictions sont plus nuancées : toute offre d un fournisseur ne sera rejetée que si deux offres ou plus ont été déposées par des fournisseurs de l Union douanière eurasienne (dont l Arménie fait également partie depuis janvier 2015). Il est indéniable que les marchés publics constituent un débouché commercial attractif. Ce secteur permet aux fournisseurs d'établir un partenariat stable et mutuellement profitable à long terme. Bien que des portes se ferment indéniablement aux produits fabriqués à l étranger, l option de localisation de la production en Russie reste d actualité pour les fabricants étrangers. Cela est d autant plus vrai que l État russe a déjà pris et considère actuellement l adoption de mesures d encouragement aux investissements lourds dans les transferts de technologies à long terme. Les mesures d encouragement existantes concernent les automobiles sortant de sites d assemblage dit «industriel» au sens du droit russe ouverts par des constructeurs étrangers dans tout État membre de l Union douanière eurasienne. Sur initiative du ministère du développement économique, l introduction de certaines garanties de l acheteur public au régime juridique des contrats étatiques est actuellement discutée. Elles concerneraient les quantités, le prix et les délais de livraison des biens et produits. Étant donné que ce projet devra emprunter la voie parlementaire, il est trop tôt pour se prononcer sur l intérêt réel des mesures qui seront mises en place. Par contre, l existence même d une discussion sur ce thème constitue un petit rayon de soleil dans un horizon quelque peu bouché. Gayk Safaryan CMS, Russia

8 COMMENTAIRES 8 Du 27 février au 13 mars 2015 Faire des affaires avec la monnaie la plus volatile au monde! Accords de Minsk-2 : un grand pas vers la paix? Après 16 heures de négociations, les accords de Minsk-2 ont été finalement conclus le 12 février. Kiev et les insurgés du Donbass s engageaient à respecter la trêve et à retirer leurs troupes et armements de la ligne de front. Qu en est-il aujourd hui? Le directeur de l Observatoire franco-russe Arnaud Dubien et un membre du conseil scientifique du centre franco-russe, Fedor Loukianov, analysent la situation. Le rouble a été en 2014 la monnaie la plus volatile au monde triste record! Le taux de change EUR / RUB a augmenté de 57,4 % sur l'année : nous étions à 45,3 RUB pour 1 EUR début 2014 pour finir à 73,5. Les plus grandes variations au sein d une journée ont été enregistrées le 16 décembre : 37 % en un jour! (72,8 à 99,6). Impossible en Russie de faire abstraction des taux de change. Surtout à Moscou où, le long des grandes artères qui sillonnent la ville, des panneaux lumineux vous rappellent constamment ces chiffres Il faut dire qu ici, près de trois quart des exportations sont libellés en dollars (produits pétroliers, matières premières) et le prix des marchandises importées (qui représentent une part importante des produits de consommation courante) dépend fortement du cours du rouble. Ainsi, la volatilité du rouble a un impact important sur la population et les milieux d'affaires. La Banque centrale de Russie (CBR) publie des données sur la demande nette (achats ventes) des particuliers en «devises fortes» (EUR, USD). En décembre, cette demande nette a atteint $ 8,2 milliards! Et pour l'ensemble de 2014, $ 46,3 milliards, soit trois fois plus que l année précédente Parallèlement, de nombreuses entreprises importent des marchandises ou matières premières, et se sont retrouvées brutalement impactées par l évolution du rouble, surtout si elles n avaient pas couvert leur risque de change. Et dans un tel contexte, comment anticiper les taux de change pour les importations à venir? Comment s engager sur des budgets, et les suivre, dans un environnement aussi fluctuant? La Banque de Russie a pris des mesures drastiques contre cette dépréciation en augmentant son taux directeur à 17 % dans la nuit du 16 au 17 décembre. Rappelons que ce taux était de 5,5 % début Cela a stoppé la dépréciation du rouble certes, mais est venu alourdir d autant la facture des emprunts (à taux variable) pour les entreprises et les particuliers. Côté bancaire, il y a plusieurs façons d aider dans cet environnement. D'une part, en permettant aux entreprises de couvrir leur risque de change : elles peuvent ainsi figer ce taux pour des achats programmés, à horizon de 3 mois par exemple. D'autre part, les entreprises peuvent substituer de la dette libellée en EUR/USD en une dette libellée en devise locale. Cela donne une «couverture de change» intrinsèque, les remboursements de dette étant alors naturellement assurés par les revenus des ventes. Et en 2015? La volatilité du marché des changes reste élevée certes plus calme qu à la fin Mais les actions des autorités russes, couplées avec un rebond des prix du pétrole, ont contribué à la récente appréciation du rouble et à la «stabilisation» relative des taux de change. Néanmoins, dans la situation actuelle, compte tenu des mouvements du prix du pétrole et des développements imprévisibles de la situation géopolitique, il vaut mieux attacher sa ceinture de sécurité et se préparer à quelques autres secousses! Yuri Tulinov Rosbank Recherche Economique & François Rozycki Département Entreprises Fedor Loukianov : «Nous avons besoin, pour résoudre le problème ukrainien, d une diplomatie de très haute volée» Malgré les prévisions pessimistes, la trêve de Minsk-2 est respectée, même si personne n est réellement satisfait des accords conclus. Au moindre problème, Kiev menace de décréter la loi martiale et de reprendre l offensive. Donetsk, de son côté, promet d étendre géographiquement son influence. L UE durcit les sanctions contre la Russie. L atmosphère reste tendue. Washington ne cesse d exciter ses alliés, en prononçant des diatribes contre la Russie. Pourtant, le processus enclenché par les accords de Minsk-2 se poursuit et c est ce qui compte. Il n est pas exagéré de dire que nous avons affaire, ici, à un réel processus diplomatique au plus haut niveau, dont l objectif est d élaborer un modèle de régulation pacifique totalement nouveau. Depuis la fin de la Guerre froide, en effet, on n a jamais effectué ce genre de travail : dans tous les conflits locaux, le monde extérieur, guidé par l Occident, s est à chaque fois contenté de désigner des «gentils» et des «méchants», puis d aider les «gentils» puisqu ils se trouvaient «du bon côté de l histoire» tout en punissant les autres qui s étaient trompés de côté. C est ce à quoi nous avons assisté dans les Balkans, au Proche-Orient ou encore en Afrique. Et bien que les résultats de cette politique se soient révélés à chaque fois plus désastreux, l approche globale du problème ne changeait pas. C est en Syrie que le mécanisme s est enrayé pour la première fois : les deux forces en présence se sont révélées égales, et l intervention extérieure planifiée n a finalement pas eu lieu la Russie s y est clairement opposée, et Barack Obama a trop hésité. Il y a eu un moment de gêne, qui s est révélé bénéfique pour tout le monde : les diplomates ont réussi à s immiscer dans cette brèche et se sont mis en quête d une solution. Moscou a proposé l évacuation des armes chimiques de Syrie, ce qui a permis d éviter une intervention militaire. Depuis, même si la situation a radicalement changé sur place à cause de l apparition de l État islamique, les efforts diplomatiques se poursuivent. Si les consultations organisées en janvier, à Moscou, auprès des forces politiques syriennes n ont pas abouti, elles ont néanmoins ouvert la porte à des interactions futures. Et si les États-Unis ne saluent pas les efforts diplomatiques déployés par les Russes pour la résolution de la crise syrienne, ils ne les empêchent pas pour autant : les Américains sont conscients que la situation en Syrie est actuellement dans l impasse, et que la force n est pas une solution envisageable. L Ukraine est encore un sujet à part. Nous avons besoin, pour résoudre ce conflit, d une diplomatie de très haute volée, qui saura dénouer un par un les nœuds qui froissent le tissu des relations russo-ukrainiennes. Des problèmes de ce type ne peuvent pas être résolus d un seul coup : les diplomates l ont tenté en vain en avril dernier, à Genève. Les participants aux négociations espéraient alors qu il leur suffirait d enclencher le processus pour que tous les problèmes se résolvent d euxmêmes, naturellement. Mais en réalité, le processus lancé à l époque a entraîné une escalade du conflit, et non la paix. De nombreux analystes soulignent que les accords de Minsk-2, par leur contenu, sont quasiment identiques à ceux de Minsk-1. Et c est bien le cas. Mais ce qui distingue Minsk-2 de Minsk-1, c est d abord que c est désormais Angela Merkel en personne qui en assume la responsabilité. Un échec des accords serait un coup porté à la réputation de la chancelière allemande, ce qui laisse espérer qu ils seront respectés et aboutiront à un résultat positif. On peut aussi espérer que les acteurs feront désormais des efforts réels et que leur désir de résolution pacifique est sincère. Les 16 heures de négociations en sont déjà une preuve. Minsk-2, enfin, contient une autre composante importante : l esquisse d une réforme constitutionnelle pour l Ukraine. En négociant, les parties sont arrivées à la conclusion que la stabilité en Ukraine passait par un compromis fondamental ce qui est, en soi, une grande avancée. On ne sait pas encore si l État ukrainien pourra réellement être réformé : la question reste ouverte. Plus généralement, personne ne sait non plus à quoi aboutira en pratique le processus de Minsk mais c est là la caractéristique même d un véritable travail diplomatique. Arnaud Dubien : «Il n est pas exclu que les relations entre Bruxelles et Moscou s engagent dans une dynamique positive» Le simple fait que les négociations aient eu lieu et qu elles aient débouché sur la signature d accords, sous la forme de deux documents, constitue un signal positif, un pas vers une désescalade du conflit. Il faut souligner à quel point cela a été difficile. Toutefois, ces accords, les faits auxquels ils font référence et les déclarations des personnalités concernées soulèvent un certain nombre de questions. (...) Tout d abord, l'accord du 12 février prévoit d étirer dans le temps jusqu à la fin de l année 2015 la résolution des questions les plus problématiques : organisation d élections locales, réformes constitutionnelles et contrôle des frontières. De toute évidence, toutes ces questions sont étroitement liées. Ce report de délai révèle une absence totale de confiance entre les parties, et témoigne de ce que chacune d elles craint de perdre la face en faisant le premier pas. Ensuite, les documents ne comportent aucune allusion au statut «hors-bloc» de l Ukraine, ce qui constituait pourtant l une des principales sources du conflit. Il y a quelques jours, François Hollande a déclaré en conférence de presse qu il était opposé à une adhésion de l Ukraine à l OTAN, ce que la Russie a compris comme une promesse de veto français face à toute décision éventuelle en ce sens, comme ç avait été le cas en 2008 à Bucarest. Par ailleurs, les accords de Minsk-2 contiennent des mesures clairement contradictoires entre elles. Par exemple, l article 10 prévoit le «désarmement de tous les groupes illégaux». Sous-entendu, des insurgés. Mais dans le même temps, l avant-dernière annotation en annexe du document évoque la mise en place, sur décision des conseils locaux, de forces de police régionales. Ce qui reviendrait à légaliser de facto les formations armées pro-russes. On imagine mal Kiev, en effet, envoyer ses propres policiers dans le Donbass! Ces formulations contradictoires reflètent le fait que chacune des parties a été amenée à faire des concessions. Et il faut donc s attendre maintenant à ce que tous les signataires Porochenko, les rebelles et même Poutine tentent de prouver aux «leurs» que ce sont eux qui ont gagné. Qui a fait des concessions, et lesquelles? Porochenko a «gagné» en ce que les accords ne mentionnent ni une «fédéralisation de l Ukraine» ni un «statut non-aligné», alors qu ils insistent à plusieurs reprises sur l «intégrité territoriale» du pays. En outre, la pilote ukrainienne Nadejda Savtchenko va sans doute être libérée. Le président ukrainien, actuellement en position de faiblesse à Kiev, a besoin de ces symboles pour sauver la face. De leur côté, les rebelles ont «obtenu» pour leur région le rétablissement des services publics, le versement des pensions et divers avantages sociaux, ainsi que la levée du blocus économique. Qu a gagné Poutine? Avec la reconnaissance de Hollande et Merkel qu implique cette signature, son image pourrait s améliorer, ce qui pourrait ouvrir la voie à une normalisation des relations entre la Russie et l Union européenne je ne dis pas «l Occident», car le cas des États-Unis doit être considéré à part. Bien que cela reste un non-dit, il n est pas exclu qu un succès de ces accords engage les relations entre Bruxelles et Moscou dans une dynamique positive et que la question de la levée des sanctions soit reposée dès le printemps. Dans un tel scénario, les prévisions les plus pessimistes des acteurs économiques seraient écartées, et l on pourrait assister à un dégel des projets d'investissement. Ce qui aurait une incidence positive sur l'ensemble de l'économie russe. L octroi de nouveaux crédits du FMI à l Ukraine pourrait, par ailleurs, donner une chance au pays d éviter la catastrophe à court terme. Même si la question du développement économique du pays et de l avenir des relations dans le triangle «UE-Ukraine-Russie» reste entière. Enfin, mon attention a été tout particulièrement attirée par une formule dans le deuxième document, la déclaration conjointe de Poutine, Porochenko, Merkel et Hollande. Les leaders y mentionnent «la création d'un espace humain et économique commun, de l'atlantique au Pacifique». En d autres termes, l idée de «grande Europe». Il me semble que derrière cette formulation apparemment anodine se cache une scission majeure au sein des élites occidentales : entre ceux qui comme Hollande et Merkel croient en cette idée en dépit de la situation autour de l'ukraine, et ceux qui veulent isoler la Russie de l'ukraine et du reste de l'europe. La lutte entre ces deux visions est engagée depuis longtemps en Occident, et elle va se poursuivre : faut-il impliquer la Russie dans les processus européens ou la repousser toujours plus loin vers le Nord et l Est? Pour en savoir plus sur le contenu des accords de Minsk 2, rendez-vous sur lecourrierderussie.com : «Les treize travaux des accords de Minsk».

9 UKRAINE 9 Étudiants lors de la visite du secrétaire du Conseil de sécurité de la RPD, Khodakovski, à l Université technique de Donetsk, le 11 décembre Valeri Charifouline/TASS Lancé en 2007, l hebdomadaire Rousskiï Reporter (Russian Reporter Magazine) s est immédiatement distingué par une approche humaine et non-idéologique des problématiques de la société russe. Rousskiï Reporter privilégie les grands reportages dans les parties éloignées du pays et dresse des portraits d habitants qui permettent d appréhender la Russie en profondeur, tels ceux d un balayeur de Krasnoïarsk, d un chauffeur de minibus d Omsk ou encore de la maire d un village reculé de Sibérie. Le magazine accorde également une place de choix à la photographie, en collaborant avec de nombreux photographes célèbres. L'Université du Donbass Malgré la guerre, la vie universitaire et scientifique poursuit son cours à Donetsk. Les étudiants passent leurs examens et les chercheurs continuent leurs études, rédigent des publications et ouvrent de nouveaux laboratoires. Reportage du journaliste scientifique russe Grigori Tarasevitch. GRIGORI TARASEVITCH, Rousskiï Reporter Traduit par THOMAS GRAS Enseigner sous les bombes «Il n y a pas longtemps, une étudiante m'a appelé pour me demander si elle pouvait être absente à son examen de science hydraulique. Il avait lieu le jour même, et elle m'expliquait qu elle était réfugiée dans un sous-sol depuis bientôt 24h à cause des bombardements sur sa ville, à Makeïevka. Bien sûr!, ai-je répondu L essentiel était qu'elle reste en vie», raconte Vladislav Rousanov, enseignant-chercheur à l'université technique nationale de Donetsk, et accessoirement écrivain de fiction. Université technique nationale?.. Il est aujourd hui difficile de comprendre de quel pays on parle. De l'ukraine? C est peu probable, Kiev ayant décrété le transfert des établissements supérieurs de Donetsk dans d'autres villes du pays. De la république populaire de Donetsk (RPD)? Pas plus réaliste : cet État n'est reconnu par personne. De la Russie, peut-être? Des négociations sont effectivement en cours sur une reconnaissance des diplômes entre Moscou et la RPD, mais ça ne rend pas ces licences «russes» Une sonnerie retentit brusquement. Vladislav Rousanov se crispe. «Mais pourquoi ne débranchent-ils pas ce fichu son?! D'autant que la sonnerie ne signifie plus rien : la durée des cours a été réduite de 1h30 à 1h, afin que les étudiants et les professeurs puissent rentrer chez eux avant la nuit tombée», m'explique-t-il. La température à l'intérieur du bâtiment de l université est glaciale. Les fenêtres sont colmatées avec du film cellophane depuis les récents bombardements. Trois personnes y avaient trouvé la mort : une collaboratrice de l'université et deux passants. Ce bilan aurait pu être bien plus grave si, deux jours plus tôt, le recteur de l'université n'avait pas conseillé aux employés de rester chez eux, vu l'intensité des tirs. Certains ont néanmoins ignoré ces recommandations, comme Arthur Karakozov, doyen de la faculté de géologie et d'exploitation minière, rescapé de l'attaque. «J'avais de la paperasse à terminer. Une fois mon travail fini, alors que je m'apprêtais à sortir par la porte de derrière, plus proche de mon arrêt de bus, la mère d'un étudiant est arrivée pour récupérer des relevés de notes. Pendant que nous discutions, un obus est tombé sur notre bâtiment. Si cette femme n'était pas venue me voir, le projectile était pour moi», se souvient le doyen. Le chercheur n'est pas le seul à avoir frôlé la mort ce jour-là. Un autre obus s'est écrasé dans le bureau du vice-recteur pour la pédagogie, également présent. Habitué à ces attaques, l'homme s est immédiatement réfugié sous son imposant bureau, ce qui lui a valu de s'en sortir avec seulement quelques égratignures. La table de sa secrétaire, elle, était en morceaux. «Si elle avait été là, elle aurait été déchiquetée», commente Vladislav Rousanov, calmement. Pour les habitants de Donetsk, la guerre est devenue une routine. «Les tirs qui partent de chez nous, nous les qualifions d'envoyés, et ceux qui nous touchent, de reçus Comme dans une boîte mail, en quelque sorte. Ce que vous venez d'entendre, c est un envoyé il n'y a rien à craindre», poursuit l'enseignant-chercheur. Université de la RPD Jugeant qu'il était impossible d'étudier dans ces conditions, Kiev a demandé aux universités de Donetsk de déménager : l'université nationale de Donetsk devait partir à Vinnytsia, dans le centre du pays, et l'université technique nationale celle où je me trouve à Krasnoarmeïsk, à 70 kilomètres au nord de Donetsk. Mais seule une partie des professeurs et étudiants ont accepté de partir, ils ont été nombreux à choisir de rester. 15 à 20 % seulement des professeurs et étudiants ont quitté l'université technique nationale. Ainsi, les universités de Donetsk sont aujourd hui divisées en deux. «À l Université nationale, il y a eu un conflit, mais chez nous, la transition s'est faite dans le calme, assure Vladislav Rousanov. Le ministre de l'éducation de la république de Donetsk est venu, notre recteur a démissionné de l'université technique nationale de Donetsk d'ukraine et a demandé à être nommé à la tête de l'université technique nationale de la RPD. Cela n'a pas été plus compliqué que ça. Il faut dire que notre recteur n'était plus très jeune et a démissionné pour de bon deux semaines plus tard il ne pouvait plus travailler dans de telles conditions. C est le doyen de la faculté de sciences et de technologies informatiques qui a été nommé à sa place.» «Les économistes et les développeurs nous ont quitté. Mais tous les ingénieurs sont restés, poursuit Rousanov. Il faut que vous sachiez aussi que beaucoup se sont inscrits officiellement à Krasnoarmeïsk mais étudient en réalité chez nous. De nombreux étudiants reviennent, également : c est notre commission de réintégration qui se charge de leur statut. J'ai par exemple un étudiant qui était parti étudier à Kharkov. Mais là-bas, il a été mobilisé par l'armée ukrainienne. Tu viens de Donetsk? Eh bien, va combattre les tiens! : voilà ce qu ils lui ont dit. Il est revenu étudier chez nous», raconte Rousanov. Une jeune fille blonde, très maquillée, entre dans le bureau de l enseignant. Elle s'était inscrite à Krasnoarmeïsk mais a finalement décidé de revenir à Donetsk : «Annulons simplement votre demande, ce sera plus simple que de lancer une nouvelle procédure d'intégration», lui propose gentiment Vladislav Rousanov. Au même moment, un jeune homme en tenue de camouflage, arme à la ceinture, passe devant le bureau. Des papiers dans les mains, il se dirige vers le bureau du doyen. «Peu d'étudiants sont partis combattre, note Vladislav. Ceux qui étudient par correspondance, en revanche, sont nombreux à avoir rejoint l'insurrection. Un jour, en arrivant à l'université, je suis tombé nez à nez avec un groupe d'hommes armés en tenue de camouflage. J ai pensé qu'ils étaient là pour prendre le contrôle de l établissement. Mais en réalité, ils venaient simplement passer des examens. Parmi les enseignants, un seul s est engagé dans les milices populaires. Mais il assure ses cours : il arrive simplement dans sa salle en tenue et avec des grenades» «Unique au monde» Vladislav Rousanov ne fait pas la guerre. Sa base, à lui, c'est la faculté de géologie et d'exploration minière. «Au départ, je voulais m'occuper des mines, mais ma mauvaise vue ne m'a pas permis de réaliser ce rêve. J ai commencé mes études à la faculté de géologie. Et je ne le regrette pas : c'est vraiment captivant à la croisée de la construction mécanique et de la géologie», commente le chercheur. Nous nous dirigeons vers le laboratoire de technologie et technique d'exploration géologique, situé au sous-sol de l'université. Le lieu a piètre allure, mais constitue une excellente cachette en temps de guerre. «Pas besoin d'abri anti-bombe : quand les tirs étaient très soutenus, j ai fait entrer ici toutes mes premières années. Et nous avons survécu», explique Rousanov, avant de me montrer la fierté du laboratoire : le système UMB-130M, une machine destinée à forer les fonds sous-marins. Par-rapport aux systèmes traditionnels, capables de forer jusqu'à une profondeur de 10 mètres, l'umb-130m peut atteindre 50 mètres un avantage très utile pour travailler en mer Noire, par exemple, où la couche de vase au fond de l eau est épaisse d une vingtaine de mètres. L invention de la faculté a encore la grande supériorité de pouvoir être adaptée sur n'importe quel navire, à la différence des systèmes concurrents, qui exigent des bateaux spéciaux. D autant que la Russie ne possède que trois de ces derniers, et l'ukraine un seul, en fin de vie. Les chercheurs de Donetsk affirment que leur invention n a pas d analogue dans le monde. «Notre système a été utilisé sur tous les gisements d'hydrocarbures de Crimée!, se félicite le professeur Oleg Kalinitchenko. Juste hier, nous avons reçu un appel de Sakhaline : ils veulent une de nos machines. L'année dernière, nous leur en avions déjà fabriqué six» Soirées littéraires Le soir tombe. Avec Vladislav, nous quittons l'université et nous marchons dans le centre-ville. Alors que nous passons devant la bibliothèque, je décide de m'adresser non plus au chercheur mais à l'écrivain. «La guerre a-t-elle influé sur votre création?», lancé-je. «En 2014, j'ai publié un livre intitulé Improvisation. Le cœur du ménestrel. En ce moment, j'écris la suite, et à un moment du roman, la ville sera bombardée au canon», me répond-il. Vladislav organise aussi des soirées littéraires à Donetsk. Avant la guerre, m explique-t-il, il n'organisait qu'une rencontre par mois, à laquelle assistait une poignée d'intéressés, mais aujourd hui, il fait salle comble une fois par semaine. «Nous sommes à la recherche d un nouveau lieu : tout le monde ne rentre plus là où nous nous réunissons actuellement!, poursuit Vladislav. Vous savez, la guerre change profondément les gens, radicalement. Et parfois, c est en mieux.»

10 10 A LA UNE Du 27 février au 13 mars 2015 Ogoniok est un des plus anciens magazines d information générale russes. Fondé en 1899 à Saint-Pétersbourg, il a été relancé en 1923, après une pause de deux ans, par une équipe de journalistes moscovites. Racheté en 2009 par la maison d édition Kommersant, Ogoniok compte parmi les hebdomadaires les plus populaires du pays. Tiré à plus de exemplaires, Ogoniok est célèbre pour ses reportages sur la vie dans les régions russes et ses portraits très humains de personnalités politiques et culturelles. PLANNING DES CONFÉRENCES ET ÉVÉNEMENTS À VENIR MARS 5 mars - Séminaire pratique Finance : «Gestion de trésorerie pendant la crise : instruments bancaires, garanties juridiques, recouvrement des créances» AVRIL 22 avril - Conférence Régions russes : Perspectives de croissance et opportunités. MAI Semaine du 25 mai - Conférence ventes : stratégie et force de vente JUIN E-Days conference Semaine du 8 juin - Conférence Douanes 26 juin - Gala d été de la CCI France Russie JUILLET Semaine du 29 juin - Conférence Économique «Bilan intermédiaire sur la situation économique et politique» NATALIA RADOULOVA, Ogoniok Traduit par Maïlis Destrée «Ça, c est Manka la noire, voici Manka la blanche et Manka la grise, énumère Elena Stroïeva, ancienne gymnaste du cirque Nikouline à Moscou et reconvertie en fermière, en présentant ses chèvres. J en ai 40. Et pas seulement des Manka il y a aussi Marta, Caramel, Douska, Gouttelette Je viens les voir tous les matins, je leur dis bonjour, je leur parle comme ça, elles donnent plus de lait.» Une victoire pour Serebrovo Elena et son mari, Sergueï, sont arrivés il y a quelques années dans le village de Serebrovo, en région de Vladimir. Ils y ont acheté une maison pour l été. Des voisins leur ont donné une chèvre : «On n en veut plus. Et puis toi qui as de l asthme, Elena, le lait de chèvre te fera du bien.» Au printemps, l animal mettait bas. «C est comme ça que tout a commencé, se souvient la jeune femme en riant. C est moi qui l ai accouchée ça a été un véritable cirque! Je m étais renseignée auprès de fermiers sur Internet et j avais lu des manuels vétérinaires. Et puis, sans le remarquer nous-mêmes, nous avons eu peu à peu un petit troupeau. J ai dû m installer définitivement à la campagne où mon asthme a totalement disparu, d ailleurs. Mon mari continuait de travailler à Moscou, il venait passer le weekend.» Sergueï possédait une petite maison d édition : «Je publiais des ouvrages de référence. Mais l entreprise a progressivement coulé, et nous avons décidé de concentrer tous nos efforts ici : Serebrovo a battu Moscou! Et puis, la crise est une période inquiétante. Alors, où trouver un salut ailleurs que dans la terre? L année dernière a été extrêmement remplie pour nous, d ailleurs : nous avons construit un chemin d accès, installé des conduites d eau et loué près de 200 hectares de terrain. On peut dire que notre vie a changé du tout au tout. Nous étions des citadins jusqu au bout des ongles et, désormais, nous vivons de ce que nous produisons : nous avons acheté un tracteur, nous vendons notre fromage et notre lait. Pour tout vous dire, nous avons toujours du mal à croire que ça nous arrive à nous!» Les Stroïev ont remporté une bourse de quatre millions de roubles, offerte par la région de Vladimir dans le cadre d un programme de soutien aux fermes d élevage familiales pour Cet argent leur a servi à développer les infrastructures et à construire une nouvelle chèvrerie et leur propre atelier de traite. Ainsi, au printemps, toutes les Manka déménageront dans un bâtiment prévu pour 100 bêtes. Le couple de fermiers a encore le projet de cultiver des champs dans le cadre d un programme russo-biélorusse. «On nous a proposé une expérience : cultiver 15 variétés de topinambours, explique Sergueï. Il s avère que c est une culture tout simplement merveilleuse : les animaux adorent!» Car la ferme de la famille Stroïev, c est aussi des chevaux, des lapins, des poules, des oies et un bouc de race, Serfoucha cette année, tous les espoirs reposent sur lui pour agrandir le cheptel. Le couple a récemment commandé en République tchèque des chèvres Boer, connues pour leur viande. Ils prévoyaient d acheter un bouc et trois chevreaux, mais «l euro a tellement augmenté qu il nous Le goût de la terre Les citadins retournent dans les campagnes. Le goût du terroir et du travail de la terre a gagné ceux qui n avaient jamais manié la bêche ni trait de vache. Ils ont tenté l expérience et ne sont pas déçus. restait à peine assez pour un bouc et une chèvre.» Ici, tout le monde attend «les Tchèques» avec impatience les animaux se trouvent pour l heure en quarantaine. «Peut-être que nous pourrons créer une nouvelle race, la chèvre de Serebrovo!», s enthousiasme Sergueï. Au départ, la population locale restait de marbre face au dynamisme des Stroïev. Les habitants s étonnaient même de les rencontrer au magasin : «Vous êtes toujours vivants?» Sans se gêner, ils traversaient la cour de la ferme jusqu à l étang, poussaient la palissade et allaient cueillir des champignons et des baies sur le territoire des «Moscovites». Au fond, ils se fichaient bien de toute notion de propriété privée : «Nous nous sommes toujours promenés ici et nous continuerons à le faire. Vous, les citadins, vous partirez bientôt, de toute façon. Vous ne supporterez pas la vie ici», présumaient les locaux. Elena a longuement discuté avec ces hôtes importuns pour les convaincre qu elle et son mari étaient là pour rester. Et elle y est arrivée. Aujourd hui, les villageois les envient même : «Vous en gagnez des sous avec vos chèvres!» Des sous, ils n en ont pourtant pas tellement pour le moment. Mais les Stroïev ne meurent pas de faim non plus, et réussissent à nourrir toute leur famille. «Notre entreprise est à 100 % familiale!, affirme Elena, sans dissimuler sa fierté. Pour l instant, ma fille vit à Moscou avec sa famille, mais elle s occupe du développement de notre marque. Ma belle-mère est économiste, elle s occupe de tous les papiers et de la comptabilité. On peut dire qu aujourd hui, toute la famille place de grands espoirs dans notre ferme.» D autres citadins ont commencé de s installer à Serebrovo : il ne reste plus aucune maison inoccupée dans ce village, jadis presque éteint. «Et je constate qu ils sont tous devenus fermiers, observe Elena. Avant, même les locaux disaient : Oh, pourquoi s embêter à planter des patates si ça coûte moins cher de les acheter?! Mais ce printemps, les gens ont semé leurs potagers. C est un miracle! Même nos voisins aisés, qui ont une datcha, se sont mis à cultiver leur terre. Avant, ils organisaient des soirées, on les entendait beaucoup. Maintenant, tout est silencieux on n entend plus que les coqs et les dindons derrière la palissade. Apparemment, ils ont eu peur. D une certaine façon, tout est plus tranquille quand on élève ses poules et que l on cultive ses patates. C est rassurant pour l avenir.» Petit à petit, l oiseau fait son nid «Les autruches vivent 70 ans : ce sont des oiseaux très rentables!» : Vladimir Tchernych a un plan pour faire face à la crise : il a construit une autrucherie à 5 kilomètres de la ville de Kovrov, en région de Vladimir, et convaincu sa famille que, grâce à ces oiseaux exotiques, ils pourraient gagner de l argent, payer leurs dettes et, finalement, quitter leur appartement d une pièce pour une spacieuse maison de campagne. «Constatez vous-même : l œuf d autruche se vend roubles pièce, et une femelle peut en pondre jusqu à 50 par saison. Un autruchon d un an coûte roubles, et un adulte entre 70 et Quant à la viande, on peut préparer de la gelée avec le cou. Les plumes ont toujours de la valeur elles se vendent 50 roubles pièce et la graisse d autruche est le meilleur des cosmétiques. Sans oublier le cuir : les bottes en patte d autruche sont imperméables et gardent leur forme : exactement ce qu il nous faut ici», énumère Vladimir, ravi. Son épouse et ses enfants ont cru dans cette «autruche aux œufs d or», et Vladimir, ancien manœuvre, après avoir dressé son business-plan, s est vu accorder une bourse d un million de roubles pour développer sa ferme. «À Nijni Novgorod, j ai acheté des autruches et de l équipement : un granulateur, un hache-foin et un concasseur. Mais aujourd hui, je ne peux pas m en servir, nous n avons pas d électricité. J ai vendu neuf têtes de bétail pour déménager ici, mais ça n a pas suffi pour l électricité.» Une douzaine d autruches gèlent ainsi dans le bâtiment d été, plongé dans la pénombre : «Il leur faut au moins 4 C, mais pas - 4 C! Elles prennent froid ici, c est triste, je les soigne comme des humains : un cachet d aspirine dans un seau d eau. J ai même perdu un mâle... Ekaterina Kultaeva Évidemment, il faudrait construire un grand bâtiment avec un système de chauffage, mais, pfiout, l argent s est déjà envolé. J arrive à peine à joindre les deux bouts. Et j ai encore le crédit de ma camionnette Gazelle sur le dos», se plaint l éleveur. Seul éleveur d autruches de la région, Vladimir comptait vivre grâce à l agrotourisme au début, mais les candidats se sont révélés peu nombreux : «Des écoliers sont venus en excursion avec leur maîtresse, c est tout», confie-til. Les œufs ne donnent rien non plus pour le moment : «Les pontes sont mauvaises. Les autruches d Afrique déposent habituellement leurs œufs dans le sable chaud, et les mâles les couvent ensuite. Mais chez nous, même en été, le sable n est pas suffisamment chaud. Sans parler de l hiver! Si tu t assieds, tu restes collé au sol à cause du gel» Vladimir chauffe la ferme à l aide d une vieille cuisinière à gaz. Il est aidé par sa fille Katia, étudiante en faculté d économie de l Académie technique d État de Kovrov, qu il a engagée à mitemps : «La journée, je vais à l académie, puis je travaille ici jusqu au soir. C est intéressant», dit la jeune fille. Les oiseaux africains regardent avec intérêt l appareil photo, puis, lassés, se divertissent en regardant la vapeur sortir de leur bec. L éleveur soupire, lui aussi : «Je me suis un peu trompé dans mes calculs. Je dois de l argent à la banque j en dois à tout le monde. Et je n ai plus le temps, comme avant, de gagner des à-côtés. Mon épouse travaille dans un jardin d enfants, où elle gagne roubles, et notre appartement en coûte Donc pour le moment, c est ma belle-mère qui nous nourrit.» Cette dernière, Maria Vlassovna, a rapidement compris la situation et acheté une vache, qu elle a installée dans une petite grange située non loin de l immeuble de quatre étages où elle habite : «Ma vache coûte autant qu une autruche, mais elle présente plus d avantages : on peut vendre du lait tous les jours, et elle vient juste de mettre bas. Tandis que ces oiseaux Non, il faut fermer boutique.» Son gendre blêmit : «Jamais!» Pour pouvoir garder ses oiseaux, Vladimir envisage d acheter des oies et des porcs. «J abattrai les oies en été, quand elles auront trois mois, et les gorets en hiver», explique-t-il. En dépit de ses difficultés financières, le fermier continue de croire en un avenir radieux. «Je reste déterminé. Je l ai dit à ma famille : patientez jusqu en 2017, on devrait alors dégager des bénéfices. J ai tout un tas de projets. Là, par exemple, je vous parle et j ai déjà différents rêves dans la tête. J aimerais trouver un investisseur, que je rembourserais avec de la viande. On pourrait organiser des courses d autruches et des promenades à dos d autruche. Ou bien ouvrir un café, où on proposerait des brochettes d autruche. Pendant que les adultes mangeraient, ma femme qui est éducatrice s occuperait des enfants. Ma fille, grâce à ses cours d économie, se chargerait de la comptabilité, et mon fils, une fois plus âgé, organiserait des excursions Ou encore : à la campagne, nous avons un terrain, une part dans un ancien sovkhoze, qui s étend sur six hectares. On pourrait y construire une maison, une grande ferme, et y élever non, 500 autruches! Il faut juste passer la crise. Mais on va y arriver.»

11 CARRIÈRE 11 Bien joué, Madame le maire! Voilà déjà trente ans que Lioudmila Popova exerce les fonctions de maire du village de Nikonovo, dans la région de Novossibirsk. Les habitants du village ne veulent personne d autre à cette place et reconduisent Lioudmila à toutes les élections, à 70 % des suffrages. IGOR NAÏDENOV, Rousskiï Reporter Traduit par INNA DOULKINA Lioudmila Popova le reconnaît elle-même : elle n a pas un caractère facile. Chaque fois qu elle va voir les représentants des autorités régionales ou fédérales, elle se promet de rester calme mais sa nature l emporte toujours. Récemment, elle a participé à une réunion à l administration régionale sur les célébrations du 9 mai. Un des responsables a lancé : «Et vous, les maires, organisez au moins quelque chose pour la fête, vous aussi!». Les maires n ont rien répondu. Aucun, à l exception de Lioudmila. Elle s est levée immédiatement et a répliqué : «Nous le savons bien sans vous qu il faut faire quelque chose, et nous allons le faire. D ailleurs, vous n avez pas le droit de nous donner d ordres : nous sommes des élus!» Les responsables régionaux ont compris le message : depuis, quand ils ont quelque chose à demander aux maires, ils disent : «Chers amis, nous voudrions vous faire une recommandation» «Maintenant, ça va mieux, confirme Lioudmila. Une recommandation, je suis prête à l entendre.» «C est peut-être vrai que j ai toujours raison?» Lioudmila a son bureau dans l imposant bâtiment du conseil local de Nikonovo : l immeuble abrite aussi des boutiques, un club, un cabinet médical, un commissariat, une bibliothèque et un bureau de poste. Lioudmila Popova veille sur tout, s intéresse à tout contrôle tout. Le gros trousseau de clés qu elle emporte toujours avec elle symbolise à merveille ce pouvoir illimité que personne n ose lui contester. «Vous n en avez pas marre, parfois, de rester toujours au même endroit, de faire la même chose toute votre vie?», lui demandé-je. «Pas du tout, répond Lioudmila. Vous savez, j ai un petit péché : j aime être visible et c est ici qu on me voit le mieux. Je ne vois qu un seul problème : en occupant trop longtemps un poste de direction, on commence à penser qu on a toujours raison Mais en même temps, c est peut-être vrai, que j ai toujours raison?», lance-t-elle, rieuse. Malgré son caractère bien trempé, Lioudmila a une excellente réputation «dans les hauteurs» : les dirigeants régionaux la respectent et l apprécient. «Mon village est toujours parmi les mieux notés, explique-t-elle, je déteste être critiquée, et je dois donc en permanence être la meilleure. Ils savent que je travaille mieux que les autres. Et en même temps, je peux partir à tout moment je touche déjà ma retraite, je suis libre», commente-t-elle. Madame le maire est plongée dans ses papiers, quand une vieille dame entre dans son bureau. Le fils de celle-ci vit dans un village lointain et n a pas donné de nouvelles depuis longtemps. La mère s inquiète : et s il lui était arrivé malheur? La vieille dame demande à Lioudmila d appeler le maire du village où vit son fils. Lioudmila s exécute. Au bout d un moment, elle réussit à avoir l homme au bout du fil. Et, seulement après l avoir réprimandé, elle passe le récepteur à sa mère. Fonctionnaire, psychologue, policière?.. Lioudmila assume tous les rôles, porte toutes les casquettes. «Certains viennent me parler de leurs problèmes, d autres, me demander conseil il y en a même qui viennent juste comme ça, pour bavarder», explique-t-elle. Le flux de visiteurs ne s interrompt pas. «Ce sont vos horaires de réception?», demandé-je, un peu surpris. «Mais je n ai pas d horaires!, réplique Lioudmila. Les gens viennent me voir quand ils veulent : ici, chez moi, le jour, la nuit Parfois, ils me croisent dans la rue et me demandent de résoudre un problème. C est normal : c est un village, ici. Les gens ne comprendraient pas si j accrochais un tableau avec des horaires sur ma porte.» «Les gens boivent, c est vrai. Mais moins qu à l époque soviétique» Nikonovo compte 742 habitants. Lioudmila connaît tout le monde et les problèmes de tout le monde. «Les gens boivent, c est vrai. Mais moins qu à l époque soviétique», note-t-elle. La maire amène régulièrement dans sa voiture ceux qui en ont besoin à Berdsk, la ville la plus proche, chez le médecin addictologue. «J ai déjà emmené une dizaine de personnes, confiet-elle. Le médecin leur fait passer des séances d hypnose. Ça a marché pour beaucoup d entre eux.» Lioudmila explique avoir longtemps pensé que les gens buvaient par manque de volonté, mais être récemment arrivée à une autre conclusion : l alcoolisme est une maladie, qui nécessite un traitement. «Il faut de l aide, dit-elle avec conviction. Souvent, les gens veulent arrêter mais n y arrivent pas par eux-mêmes.» Lioudmila s occupe aussi des enfants de parents alcooliques. Alors que le département de la tutelle veut régulièrement les placer en orphelinat, la maire lutte pour que les jeunes restent dans leurs familles. «Récemment, ils voulaient priver trois couples de leurs droits parentaux, raconte-telle, mais j ai insisté pour que la tutelle n intente pas de procès.» Lioudmila en est convaincue : un enfant vit mieux dans sa famille, même imparfaite, que dans un orphelinat. «Tout peut arriver, une mère peut se mettre à boire, explique-t-elle. Mais c est une femme de chez nous : on va la voir, on va la gronder. Et elle peut se reprendre. Et puis ces gamins, on s en occupera de toute façon, on les nourrira et on les habillera. En ce moment même, dehors, des petits que je n ai pas laissé partir en orphelinat font de la luge. Certes, ce ne sont pas les enfants les plus heureux du monde mais ce ne sont pas les plus malheureux non plus, insiste la maire. Les gens sont faibles, la vie est dure : je dois être à la fois sévère et indulgente», conclut Lioudmila. «C est la Russie, les gens se débrouillent» La situation économique à Nikonovo, selon Lioudmila, est «satisfaisante». «Nous avons une grande ferme laitière dans la région, et tous ceux qui veulent travailler trouvent à s embaucher, poursuit-elle. Ici, même les chômeurs achètent des voitures je ne sais toujours pas comment ils font C est la Russie, les gens se débrouillent : vous vendez un veau, et vous en tirez assez pour une bagnole.» Autre indice que la vie s améliore à Nikonovo : voilà bientôt huit ans que les villageois ne volent plus de charbon à la chaudière. «Les gens volaient parce qu ils étaient dans la misère et c est nous, le pouvoir, qui en étions responsables, commente Lioudmila. C est pour ça que je n ai jamais porté plainte, les gens ne volaient pas le charbon pour le revendre mais pour se chauffer.» «Le repos, ce n est pas mon truc» De toute sa vie, Lioudmila n est partie qu une seule fois en vacances : au sanatorium d un village voisin. Mais manque de chance, une fois arrivée, elle a pris froid et eu des boutons dans le dos elle y a passé une semaine au lieu des deux prévues et est rentrée chez elle. «J ai guéri immédiatement, raconte-t-elle. Le repos, ce n est pas mon truc! On vous gave comme un cochon, vous n avez rien à faire non, ce n est pas pour moi.» Des passe-temps, au moins? «Je tricote un peu et je regarde des films policiers avec mon mari», dit Lioudmila. Un vieil homme entre dans le bureau de la maire et lui tend cent roubles. «Vous allez en ville, rapportez-moi du doliprane», demande-t-il. Lioudmila met le billet dans sa poche. Dehors, il fait moins trente. Lioudmila touche le radiateur. Pas parce qu elle a froid, mais pour vérifier que la chaudière fonctionne normalement. En Sibérie, l hiver, le chauffage est une question de vie ou de mort. Où que Lioudmila aille à l école, au foyer ou au jardin d enfants, elle touche les radiateurs. Chez elle aussi, elle dort près du radiateur et le touche de temps à autre, la nuit. S il n est pas assez chaud, elle se lève et va à la chaudière municipale, voir s il n y a pas de panne et si les ouvriers sont bien là. Elle déplore aussi le manque de générateurs d électricité. «Imaginez que les câbles soient rompus par la neige on va tous mourir de froid!, dit-elle. Je regarde les infos à la télé, je vois que le ministère des situations d urgence envoie des générateurs dans le Donbass ils auraient pu penser aux leurs aussi à nous, non?» Penser aux siens : Lioudmila s y attelle 24h sur 24 et trouve cela primordial dans la vie de tout responsable politique. «Je suis patriote, dit-elle. Il n y a pas de meilleur village au monde que Nikonovo! Et si quelqu un n est pas d accord, qu il s en aille.» Les étrangers? Elle ne les apprécie pas vraiment. Pourquoi? «Ils n aiment pas la Russie. Et puis, ils cherchent constamment à Kolkhozienne sur son vélo, un tableau d Alexandre Deïneka. triompher de quelqu un.» Lioudmila n est jamais allée à l étranger et n en a nulle envie. «Ce sont les étrangers qui viennent chez nous d eux-mêmes, dit-elle. Nous avons accueilli un Anglais récemment, un sociologue. Un pauvre petit bonhomme, chétif. Lui aussi, il voulait nous faire la leçon!» Et à quelles conclusions est-il arrivé? «Il a dit que nos villageois n avaient plus l expression de fatalité sur leur visages», répond Lioudmila. «Je ne connais pas un nom de parfum» Madame le maire, elle aussi, tire des conclusions de ses trente années de travail au même poste. D abord, Lioudmila a compris que les femmes ne sont pas faites pour occuper des postes dirigeants. «Je ne connais pas un nom de parfum, dit-elle, alors que je connais parfaitement tous les types de paliers dans notre chaudière ce n est tout de même pas normal!, dit cette mère de deux filles et grand-mère de deux petits-enfants qui ne produit absolument pas l impression, pourtant, de quelqu un qui ne serait pas heureux de sa vie. Lioudmila est aussi arrivée à la conclusion que la démocratie est une utopie et qu un village n a pas besoin de députés. «Un jour, nous étions réunis, les sept députés de notre conseil et moi, pour discuter des préparatifs de la nouvelle saison de chauffage. Chacun avait son avis à lui rien qu à s écouter, nous avons tous attrapé froid dans la salle de réunion!» De fait, Lioudmila a tous les pouvoirs dans son village. Elle est maire et chef du conseil des députés à la fois : la loi le permet dans les localités de moins de habitants. «Je suis persuadée que tous les responsables politiques devraient être désignés, et seul le président élu. Si un responsable ne s acquitte pas correctement des tâches qu on lui confie, on le vire, et on prend quelqu un de plus compétent. Les élections, c est du chaos, et ça attire un paquet d escrocs. On en a eu, nous aussi on a vu de tout : des candidats qui offraient de la vodka, qui avaient fait de la prison avant Merci bien, on n en veut plus!»

12 12 GUIDE Du 27 février au 13 mars 2015 Musées privés : au-delà des clichés Au Grand pays, la vie file plus vite qu ailleurs, et la réalité a toujours une longueur d avance sur les représentations. Les oligarques pilleurs des années 1990 sont déjà des personnages du passé. Les années 2010 ont vu naître une nouvelle génération de milliardaires à la morale et au patriotisme combattants. Ils font vivre leurs régions, restaurent des églises, font revenir au pays le patrimoine national et créent des lieux de culture contemporains, exigeants et ouverts. Ils renouent en cela avec une tradition russe du mécénat datant d avant la Révolution. Au pays du chaos ordonné où le pouvoir central, toujours lointain, est souvent perçu comme une menace, la solidarité et l initiative locales sont une nécessité. Le Courrier de Russie vous présente une sélection de cinq musées de qualité d hier et d aujourd hui fondés par des mécènes engagés. JULIA BREEN POUR UN SOBRE À l Institut d art réaliste russe, on cherche le piège. Son fondateur, d abord, le banquier Ananiev. Esprit brillant, 61 e fortune de Russie et à la fois parmi les plus importants mécènes de l Église orthodoxe du pays. Une enfance soviétique qui lui a imprimé des valeurs et le sens du devoir. Une nouvelle génération d oligarques honnêtes et sincèrement patriotes. Les collections, ensuite cet art réaliste boudé pendant 20 ans après l effondrement de l URSS au profit des productions dissidentes mais dont on redécouvre peu à peu le mérite et la qualité. Des artistes fabriqués par la révolution prolétarienne et qui avaient pour elle une réelle reconnaissance. Des représentations qui visent le beau et l idéal. Le musée lui-même, enfin de la modernité qui sait se faire oublier, demeure au service des pièces exposées et non l inverse, un savant dosage entre exigence et simplicité. À l Institut d art réaliste russe, on a beau chercher le piège et la faille c est en vain. Institut d art réaliste russe, Derbenevskaïa naberejnaïa, d. 7, str. 31. Moscou POUR UN JOUEUR Représentant d un tout autre type de mécènes, Alexeï Bakhrouchine a fait de la légèreté un engagement. Issu d une lignée de bourgeois moscovites philanthropes, c est sur un pari anodin avec un ami qu il s est lancé dans sa collection d objets de théâtre, une discipline alors mineure à la fin du XIX e et dont personne n imaginait la place essentielle qu elle prendrait dans la culture du siècle à venir. Les portraits de comédiens, manuscrits de pièces, esquisses de décors ou costumes emblématiques ont peu à peu envahi toutes les pièces de l hôtel particulier du quartier de Zamoskvoretche. Une collection faite d achats à trois sous sur les marchés locaux et de dons des personnages qui fréquentaient le salon de l industriel comédiens célèbres, metteurs en scène et auteurs d avantgarde tels Stanislawski ou Nemirovich-Danchenko Bakhrouchine, devant l importance que prenait sa collection démarrée à la légère, voulut l offrir aux autorités de la Ville de Moscou qui l envoyèrent promener. L Académie des Sciences eut toutefois l intelligence de l accepter pour en faire un musée du théâtre le premier et le meilleur du pays que Bakhrouchine dirigea même après la nationalisation bolchévique et jusqu à sa mort, en Musée du théâtre Bakhrouchine, oul. Bakhrouchina, 31/12. Moscou. POUR UN AVENTURIER Le musée Fabergé de Pétersbourg est sans doute le plus important en termes de dimensions, de qualité et de signification de tous ces nouveaux musées privés de Russie. Personnage complexe que ce Viktor Vekselberg, son fondateur, qui a bâti sa fortune et son empire sur l exploitation des matières premières aux heures les plus noires de la privatisation des années 1990, éminemment représentatif de ces oligarques russes si fameux capitaines d industrie talentueux et impitoyables, étroitement liés au pouvoir, seigneurs des temps modernes. Le juif originaire d Ukraine et résident suisse, avec le rachat de la collection Forbes et la création d un éblouissant musée dédié, a offert à la Russie bien plus qu un cadeau astronomiquement cher : un symbole et inestimable. Celui du retour des plus précieuses productions du savoir-faire national orfèvrerie et icônes au sein d un pays qui se relève, retrouve sa puissance, se tient de nouveau droit et digne après la tempête, le chaos et l humiliation qu avait provoqués l effondrement de l URSS. Musée Fabergé, Palais Shouvalov, Naberejnaïa reki Fontanki, d. 21. Saint-Pétersbourg POUR UN RÊVEUR POUR UN PRAGMATIQUE Industriel, marchand et bourgeois éclairé, Dmitri Bouriline était aussi un Vieux croyant. Et l implication dans la vie de sa ville d Ivanovo à la fin du XIX e siècle des repas gratuits pour les enfants des pauvres à la restauration d'églises en passant par sa carrière de député était pour lui une évidence, un devoir. Mais le sage Bouriline avait aussi son brin de folie : une passion de la collection dans une tradition familiale poursuivie et développée. L'industriel n'a cessé de parcourir le monde quitte à en revenir sans un sou à la recherche d'objets significatifs, rares ou anciens. En quête de traces des hommes plutôt que de tel ou tel type d objets, l'industriel a amassé une collection impressionnante de variété : de l archéologie avec la première momie rapportée d'égypte en Russie aux monnaies anciennes en passant par les tissus précieux, évidemment Ivanovo est une patrie du lin et du tissage, mais aussi inventions scientifiques de son temps ou documents d'archives des révolutionnaires de 1905 dont il pressentait l'importance. Sa collection d'objets maçonniques est exposée à l'ermitage. Et la ville d Ivanovo a conservé les collections personnelles dans le complexe «Musée d industrie et d art, d antiquités et de raretés» fondé par le mécène. Complexe muséal d histoire et d ethnographie Bouriline, Ivanovo. Vitali Vaviline, né au Kazakhstan, est de ceux qui, s'ils ont su faire face au grand bouleversement des années 1990, l'accompagner et même en profiter, ont pourtant toujours regretté le temps de l'idéologie, l ère d'un État qui proposait aussi un modèle moral. Le président de la banque Globex, décidément homme du Sud, a décidé de réinsuffler à sa ville de Togliatti l'esprit des fondateurs, pionniers de l'industrie automobile. Et pour la relever de la dépression qui a miné cette cité mono-industrielle après l effondrement, Vaviline savait que les millions fédéraux injectés dans le groupe AvtoVaz ne suffiraient pas que le rétablissement économique est une étape indispensable mais insuffisante, qu'il faut des espoirs et des projets communs capables de réapprendre à tous les citadins à se sentir responsables et parties du collectif. Il leur a donc offert un morceau d'identité avec la fondation d une «Galerie d'art réaliste actuel» qui fait la part belle aux réalistes soviétiques mais aussi contemporains, à des peintres qui connaissent leurs classiques et savent dessiner, aux antipodes d'un art contemporain «conceptuel» trop souvent usurpateur. Arcvolga, collection de réalisme actuel, bulvar Lenina, 23, Togliatti.

13 «Ya ne ponedelnik» : nous avons passé le test de culture russe à l'obtention du visa de travail Mouromtsevo : un château de la Loire au fin fond de la Russie CULTURE 13 Depuis le 1 er janvier 2015, tout immigré désirant vivre et travailler en Russie doit passer un examen de langue, d histoire et de droit russes. Notre journaliste Thomas Gras, migrant endurci, a participé à l une des premières sessions prévues par cette nouvelle législation. «Vous êtes des pionniers» : ces quelques mots prononcés par notre formateur en législation russe, un enseignant russe d une cinquantaine d années, avaient de quoi gonfler le moral des troupes. Nous sommes à trois jours de l examen, mi-février, et peu d informations circulent sur son déroulement. Certains immigrés européens, sûrs d eux, s amusent, racontent que «le copain d un pote, qui ne parle presque pas russe, l a passé en janvier les doigts dans le nez». D autres cowboys pensent qu il suffira de venir et signer, point. La vérité est quelque part entre les deux. La Russie est une fausse méchante. Elle prend un malin plaisir à vous faire souffrir en amont comme lors de la demande de visa avec ses règles d impression sans marges et ses documents «originaux-certifiés-tamponnés-pas-signés-au-stylo-noir» puis vous ouvre les portes de son territoire sans trop poser de questions. Ce test de culture ne fait pas exception. Dans la liste des questions d entraînement, l éventail des connaissances requises est aussi large que le pays : «Un étranger peut-il se déplacer librement en Russie?», «Quelles sont les raisons qui peuvent justifier l annulation d un mariage?», «Qui a remporté la bataille de Borodino?» (attention à la réponse ). Pour se retrouver finalement, le jour J, face à un bref QCM d une dizaine de questions par matière. Trente minutes, montre en main. Aucun doute sur le public cible. Vous vous retrouvez, dès les trois premiers exercices d écoute, dans la peau d un certain Makhmoud, originaire du Kirghizistan, venu en/dans/sur [entourer la réponse correcte] Russie pour travailler. L épreuve de grammaire vous fait ensuite un brin de morale «C est plus simple de trouver du travail à Moscou, si/comment/que tu parles bien russe», puis l on vous demande de remplir une candidature pour un emploi de caissier ou vendeur dans un supermarché discount. Espérons que les 4,5 millions d immigrés originaires d Asie centrale apprécient autant la plaisanterie que la dizaine de candidats français, privilégiés, présents dans les locaux de la CCI France Russie. Fruit du hasard ou clin d œil à notre promotion, les armoiries de la France faisaient partie des trois propositions de réponse à la question sur l emblème russe. Semblait-il, du moins, car l impression était si noire et illisible que l examinateur a fini, gentiment, par nous donner la bonne réponse. Vous l aurez compris, cette nouvelle formalité ne constitue en rien une nouvelle barrière à l entrée en Russie. Notre sympathique professeur de législation russe n avait d ailleurs pas caché son opinion sur le sujet. À roubles [environ 68 euros] le test du permis de travail et roubles [74 euros] celui du titre de séjour, le budget russe peut se frotter les mains : en 2014, un peu plus de deux millions d étrangers ont fait une demande pour ces documents. «Si tu vas dans la région de Vladimir, passe par Mouromtsevo! Tu y trouveras les ruines d un vrai château à la française, perdues en pleine campagne» m avait prévenu un ami russe passionné d architecture. SILVÈRE MILION Au bout de cinq heures de route depuis Moscou, nous apercevons enfin les cheminées fumantes des isbas du village. Sur la droite, un chemin chaotique et enneigé s enfonce dans la forêt. Au bout, au milieu des arbres nus, se dresse finalement la silhouette d un château abandonné, d aspect médiéval avec ses tours et ses ornements gothiques. L édifice est frappant de majesté, malgré son état de délabrement avancé. Un groupe de jeunes gens du coin, qui semble tuer le temps au milieu des ruines, s avance : «Vous arrivez de Moscou? Quoi, de France?! Alors vous avez fait le chemin inverse de celui du comte». Visiblement rodée à l exercice, une fille de la bande commence ainsi à nous conter l histoire du bâtiment et du destin tragique de son propriétaire. Né en 1858 à Saint-Pétersbourg, alors capitale impériale, le comte Vladimir Khrapovitski descendait d une vieille lignée aristocratique d ascendance polonaise, aux armoiries frappées d une fleur de lys. À la mort de son père, le comte reçut en héritage d immenses étendues de forêts anciennes, et fit rapidement fortune dans l industrie du bois : ses scieries produisaient les traverses des chemins de fer du tsar. C est alors qu il conçut l idée d utiliser ses richesses à la construction du château. À en croire notre guide improvisée, la légende dit que cette folie architecturale est le fruit d un pari. Alors qu il voyageait en France au début des années 1880, Khrapovitski fut frappé par la beauté des châteaux médiévaux. Ses amis français, rieurs, lui firent remarquer qu il n y avait sans doute rien de tel dans sa Russie natale. Piqué au vif, le comte se jura de bâtir sur ses terres un château d une égale splendeur. Et, quelques années plus tard, les Français fraîchement débarqués découvraient à Mouromtsevo, stupéfaits, l édifice. «Mes amis, leur dit le comte, ce ne sont que les écuries! Suivez-moi au château.» «Ce pastiche de château médiéval» Les travaux, conduits par l architecte moscovite Piotr Boïtsov, également à l origine des intérieurs de la maison Igoumnov (actuelle résidence de l ambassadeur de France en Russie) s étaient étalés de 1884 à Boïtsov a mêlé les styles gothiques français et anglais à des éléments Renaissance pour construire ce pastiche de château médiéval, selon une tendance alors à la mode en Russie : on la retrouve dans le château des Cheremetiev (en république de Mari El), dans celui des Ponizovkine (oblast de Iaroslavl) ou encore dans celui de Meyendorff, près de Moscou. Chacune des quatre-vingt chambres du château était fastueusement décorée, dans un luxe qu il est difficile de se figurer au regard des ruines actuelles. Les nombreux invités de Khrapovitski, passaient du salon des miroirs à la chambre d ambre puis au salon bleu, en admirant la collection d armes et d œuvres d art rassemblée par le maître des lieux, et dont une partie est aujourd hui exposée dans les galeries du musée d histoire et des beaux-arts de Vladimir-Souzdal. «Sans argent ni bagages» Le tourbillon de la Révolution de 1917 n épargna pas le comte Khrapovitski. Souhaitant préserver son château du pillage, il réalisa un inventaire complet de ses biens qu il remit de lui-même avec les clés du domaine aux nouvelles autorités, avant de partir avec sa femme, sans argent ni bagages, pour la France. Veuve en 1922, Elizaveta Khrapovitskaïa termina sa vie dans un hospice pour vieillards de Menton, dans le plus total dénuement. En mai 1928, les paysans locaux reçurent de leur ancienne maîtresse une lettre de France : «Mes chers paysans, je m adresse à vous avec une demande particulière : rassemblez autant d argent que vous le pourrez et envoyez-le moi. Vous avez pris possession des terres de mon mari Vladimir Khrapovitski, qui est mort dans la pauvreté. Je suis désormais seule et sans moyens de subsistance. À 68 ans, je suis une femme malade et âgée. Je suis heureuse que vous possédiez les terres, de toute façon, nous n avions pas d enfants et mon mari souhaitait vous les donner. Je fais appel à votre bon cœur. Aidez-moi, s il vous plaît. Que Dieu vous garde tous! Dites-moi ce qu il est advenu du château de Mouromtsevo. Écrivez-moi, je suis de toute mon âme avec vous.» À l occasion d une réunion des villageois, la lettre fit l objet d une lecture publique par le secrétaire des jeunesses communistes locales Vassili Gourov, à l issue de laquelle la réponse suivante fut envoyée à la comtesse : «Plus de dix ans ont passé depuis que nous vous avons expulsés, vous et vos semblables, de notre pays. Depuis, nous avons appris à diriger les affaires de l État et à construire une nouvelle vie. ( ) Votre lettre nous demandant de vous envoyer de l argent nous semble très étrange. Pourquoi ferions-nous une telle chose? Pour le simple fait que, pendant de nombreuses années, vous vous êtes reposée sur notre dos, menant une vie oisive de parasite, voyageant à l étranger en dépensant l argent que vous voliez aux paysans? ( ) Allez donc vous faire f ( ) Nous vous invitons à demander de l aide auprès de ceux chez qui vous avez fui en cherchant à vous protéger de la Révolution d Octobre. Ne nous écrivez plus. De la part de [suivent les noms des signataires], 26 mai 1928». Dès 1921, le château accueillit une école forestière, ce qui le sauva de la destruction jusqu au déménagement de l établissement de formation en Le bâtiment fut ensuite laissé à l abandon. Tout ce qui avait jusque-là échappé aux turpitudes de l histoire russe du XX e siècle fut alors livré aux voleurs, aux vandales et à deux incendies. «Il ne reste que des traces» Du domaine de quarante hectares qui entourait le château, il ne reste que des traces des anciennes allées et de la grande cascade d étangs, ainsi que les ruines des écuries. Les villageois l ont divisé en parcelles et y ont construit leurs maisons. Disparus, les parcs à la française, à l anglaise et à l italienne, les fontaines, l orangerie, les arbres exotiques et les pavillons divers. L ancien théâtre d été, qui accueillait des artistes vedettes venus de la capitale et autres tziganes errants, a disparu, de même que l école de musique où l épouse du comte enseignait aux enfants des paysans locaux. Seul élément à avoir été intégralement restauré, l église dont le style est hérité à la fois de l architecture slave et byzantine et qui accueille de nouveau les fastes de la liturgie orthodoxe. Au fil du temps, des volontaires toujours plus nombreux venus de Vladimir et d ailleurs ont commencé d organiser, via les réseaux sociaux, des soubbotniki ces journées de travail volontaire instaurées à l époque soviétique pour nettoyer et entretenir les abords de l édifice. Les autorités de la région de Vladimir se sont finalement décidées à prendre le problème à bras-le-corps, et à l été 2013, la directrice des musées de Vladimir-Souzdal Svetlana Melnikova annonçait la nouvelle : le château de Mouromtsevo allait être rénové, à condition d obtenir des financements de l État. Elle a également montré des esquisses tirées du projet de restauration d une étudiante en architecture de l université de Voronej, Alexandra Kouznetsova. Au même moment, des historiens locaux retrouvaient la tombe du comte Khrapovitski dans le cimetière orthodoxe russe de Wiesbaden, en Allemagne laquelle a été restaurée depuis. Enfin, le 14 février 2014, la décision est tombée : grâce au soutien du président Poutine, le ministère russe de la culture se chargerait de financer la restauration du château. Des études de projet sont en cours. En septembre dernier, des milliers de personnes ont pu assister dans le parc à un concert organisé par le célèbre musicien et chef d orchestre Vladimir Spivakov. Et, il y a quelques semaines, des barrières ont été installées tout autour du site en prévision du début des travaux. Comment y aller? Compter 240 kilomètres (quatre à cinq heures de route) depuis Moscou. Le château se situe dans le village de Mouromtsevo, à proximité du chef-lieu de district, Soudogda, et à une quarantaine de kilomètres au sud-est de la capitale régionale, Vladimir. Après avoir traversé Soudogda, tourner à droite dans le village de Krasniï Khimik pour atteindre Mouromtsevo. Silvère Milion

14 14 GRENOUILLES DANS LA VODKA Du 27 février au 13 mars 2015 Jean-Grégoire Sagbo : «Se sentir supérieur à l autre n est pas russe» Jean-Grégoire Sagbo est le premier élu noir de Russie. Arrivé à Moscou en 1982, il siège depuis cinq ans au conseil municipal de Novozavidovo, à une centaine de kilomètres de la capitale. On ne sait pas toujours, lorsqu il parle de «son pays», s il s agit de la Russie ou du Bénin mais il semble en tout cas plus à l aise dans la langue de Pouchkine que celle de Molière. Rencontre dans les locaux de l administration de sa ville. Propos recueillis par NINA FASCIAUX Arnaud Chiron Le Courrier de Russie : Comment avezvous atterri en Russie? Jean-Grégoire Sagbo : En 1972, il y avait au Bénin un mouvement de soutien à la guerre en Angola j ai alors commencé à militer dans un groupe communiste. J avais 18 ans. Le commandant Mathieu Kérékou a pris le pouvoir au Bénin et établi un gouvernement militaire révolutionnaire, indépendantiste. Nous voulions instaurer un véritable système socialiste dans mon pays, et j ai fait partie d un groupe d étudiants invités à l ambassade soviétique. C est là que j ai rencontré mes premiers Russes, et c est par cet intermédiaire que j ai obtenu une bourse pour aller poursuivre mes études d économie en Russie, au sein de l institut des coopératives de Mytichtchi, pour deux ans. C était en LCDR : Quelles ont été vos premières impressions? J-G.S. : Pour nous, au Bénin, il ne pouvait pas y avoir de racisme en Russie c était le pays de l amitié entre les peuples! Mais peu après mon arrivée, alors que je faisais la queue dans je ne sais plus quel magasin, on m a touché les cheveux... et on m a traité de singe. Je ne pouvais pas y croire, une chose pareille, ça ne pouvait pas arriver en Russie. Je suis devenu un peu plus méfiant Je me consolais en me disant que j étais venu ici pour apprendre du système, et pas pour les gens et que je repartirais faire la même chose chez moi. Mais alors, j ai rencontré ma femme, Svetlana, à l institut. Elle est originaire d ici, de Novozavidovo. J ai très vite oublié cette histoire de singe! «Le fait que je devienne dissident n a pas beaucoup plu» LCDR : Comment était perçue votre relation, à l époque? J-G.S. : L Union soviétique avait ses pays amis : l Afghanistan, Cuba, l Éthiopie... Mais nous, les Béninois, n étions pas des «frères», pas encore. Et donc, j étais considéré avant tout comme un étranger. Par conséquent, nous n avions pas le droit de nous fréquenter. Ça, c est du racisme! Il y avait des étrangers autorisés et d autres non! Quoi qu il en soit, Svetlana venait quand même me voir et a fini par être expulsée de la faculté. J étais sous le choc : un pays qui se disait progressiste! Je suis devenu récalcitrant Et vu que l on m avait accueilli pour que je contribue à établir le socialisme dans mon pays, le fait que je devienne dissident n a pas beaucoup plu Les autorités russes ont cherché à me renvoyer. LCDR : Comment? J-G.S. : Une nuit, je me suis levé et j ai perdu connaissance. À l hôpital, on m a passé une camisole de force Les autorités croyaient que j étais venu pour lutter contre le système dès le début, et on a tenté de me faire passer pour fou. Mais j ai menacé de faire appel à l ambassade de France pour vérifier le diagnostic, et ils m ont laissé tranquille. «Je suis resté deux ans en prison» LCDR : Et puis? J-G.S. : Ensuite, Svetlana est tombée enceinte pour moi, c était un drame, car je ne pouvais plus rentrer chez moi. Nous avons dû quitter le foyer étudiant pour prendre un appartement jusqu à la fin de mes études. À l époque, je ne pouvais pas m imaginer une seconde élever un enfant noir ici, à Novozavidovo. Nous sommes donc rentrés au pays où j ai été arrêté, à l aéroport de Cotonou. Je suis resté deux ans en prison ma femme vivait avec ma mère, mais elle s adaptait très mal, et elle est donc repartie avec mon fils au bout de six mois. Je les ai rejoints en J ai pu étudier une année supplémentaire malgré mon passé houleux. Puis, j ai rencontré un Français, j ai travaillé avec lui on vendait des chaussures. En 1990, il m a donné dollars pour que je prenne un appartement ici, à Novozavidovo. LCDR : Comment avez-vous été accueilli? J-G.S. : Quand je suis arrivé, j ai vu mon fils, ici les cheveux hirsutes, sales... Les autres enfants lui jetaient des pierres. J ai pleuré toute une journée. Je dois admettre que la première année, j ai été confronté à de la xénophobie. Mais j ai appris à mon fils à se défendre, et les gens, eux, ont appris à me connaître. LCDR : Comment? J-G.S. : Je gagnais de l argent dans le commerce et généralement, quand tu as de l argent, tu deviens arrogant. Mais, moi, je n ai pas changé. Ma femme, oui mais elle est russe... elle vit avec plaisir, elle profite. J ai tout fait pour compenser cela. Je suis resté et je reste disponible pour les habitants, afin de les aider au maximum. Il m est même arrivé de leur prêter de l argent. Ils ont compris que l important, ce n était pas ma couleur de peau, que ça ne compte pas. Vers 1995, je me sentais déjà plus en sécurité. «Je ne peux plus formuler mes idées dans ma langue maternelle» LCDR : Quand avez-vous appris le russe? En arrivant? J-G.S. : Le russe, on ne peut pas l apprendre, pour moi, c est du chinois! (Rires). Mon russe, c est de la kacha! LCDR : Pourtant, vous me parlez en russe. Le français ne vous vient plus. 22 AVRIL 2015, MOSCOU CONFÉRENCE RÉGIONS RUSSES : PERSPECTIVES DE CROISSANCE ET OPPORTUNITÉS - Potentiel des régions : futurs moteurs de la croissance - Approche stratégique du développement en régions +7 (495)

15 GRENOUILLES DANS LA VODKA 15 J-G.S. : Je suis bègue, et passer d une langue à une autre est donc un exercice très difficile pour moi je dois parler très vite pour ne pas bégayer, et je ne peux penser que dans une langue à la fois. Je ne peux plus formuler mes idées dans ma langue maternelle. LCDR : Quand avez-vous pris la nationalité russe? J-G.S. : En Puis, j ai dû renoncer à ma nationalité béninoise lorsque j ai été élu, il y a cinq ans. LCDR : Comment êtes-vous entré en politique? J-G.S. : On m a proposé de me présenter au conseil municipal et les gens ont voté pour moi. Nous sommes dix conseillers municipaux pour une ville de habitants : deux élus sont originaires d Ukraine, sept sont russes, et puis moi. Mais dans toute la communauté, si vous demandez le nom d un élu, ce sera toujours «Jean»! C est une sorte de reconnaissance pour moi tout le monde me connaît, parce que je m intéresse aux gens. «Je suis juste un Russe qui vit ici tranquillement» LCDR : Avez-vous été surpris que l on vous propose d entrer au conseil municipal? J-G.S. : Je n y croyais pas! J ai pensé à une plaisanterie. Et puis, je ne voulais pas chercher querelle aux autres candidats Mais finalement, je me suis dit : «Ok, essayons». Quand des Américains ou des Français viennent me voir, ils sont suspects : Bon, dites-nous franchement : vous l avez acheté, votre mandat? La Russie est raciste, et vous êtes noir ce n est pas possible. Mais ce n est pas le cas. Je suis juste un Russe qui vit ici tranquillement plus ou moins tranquillement. (Rires) LCDR : Vous êtes membre du parti au pouvoir, Russie Unie? J-G.S. : Je suis un simple sympathisant. Mais j ai dû le mettre par écrit pour être élu. LCDR : Vous êtes sacrément célèbre, pour un élu local J-G.S. : Oui et mes collègues me détestent pour ça! (Rires) J ai été invité plusieurs fois en Europe, à des conférences sur l intégration des étrangers en politique. Pour expliquer le phénomène «du- Noir-élu-en-Russie» «Le Russe est modeste» LCDR : Et que faut-il faire, selon vous, pour être «intégré»? J-G.S. : Je pense que peu importe que tu sois noir, rouge ou vert, pour être bien reçu par le pays qui t accueille, il y a un comportement à adopter. Tout d abord, chasser l arrogance. Être sociable. Quand un homme est raisonnable, peu importe sa couleur de peau ou sa religion. Il faut avoir le respect des nations autant que le respect de soi. Moi, je me sens russe parce que les Russes euxmêmes méprisent l arrogance se sentir supérieur à l autre n est pas russe. Les nouveaux Russes, ceux qui possèdent de grandes fortunes et s en vantent, ne sont pas à l image de leur pays car le Russe est modeste. Peut-être que je me trompe, à force de vivre ici et d écouter les histoires des plus anciens... mais j aime leurs histoires, j aime quand ils me racontent comment c était avant. LCDR : Vous êtes chez vous, ici? J-G.S. : Oui, surtout à Novozavidovo. Quand je vais à Moscou, que je suis assis dans le métro, je ressens un certain malaise. Je ne suis pas tranquille. Ici, je suis en sécurité ce qui n est même plus le cas chez moi, au Bénin. LCDR : Vous y allez souvent? J-G.S. : Je ne suis pas retourné au Bénin durant vingt ans. Je n ai même pas pu rentrer pour enterrer mes parents Désormais, j y passe tous les Noëls. Pourtant, le Bénin est devenu pour moi un pays étranger. C est l insécurité totale, il y a tellement de mendiants Les gens sont devenus (Soupir) ils ont perdu la valeur humaine. Ce n est pas mon pays. Je ne pourrais plus y vivre. «Chaque Russe a la possibilité d être ce qu il veut» LCDR : Et ici, qu en est-il? J-G.S. : Chaque Russe a la possibilité d être ce qu il veut. La Russie est un pays riche aux infinies possibilités, mais autour de moi, personne ne le voit, personne ne le sent. Je regrette de voir que la Russie, qui m est devenue si proche, élève en son sein des enfants qui se comportent comme en Occident. Je ne suis pas des leurs, et pourtant, j essaie de leur ouvrir les yeux. Il faut essayer de faire en sorte que la société ait besoin de toi. Aspirer à être socialement reconnu. Vous savez, un bon soldat, ce n est pas seulement celui qui tue. C est celui qui pardonne. LCDR : Vous accordez, dans votre programme politique, une attention toute particulière à la lutte contre la drogue J-G.S. : Oui. Car ici, nous avons chaque année sept ou huit jeunes qui en meurent. C est beaucoup. C est grave. Je veux qu ils prennent conscience qu ils sont le socle de la Russie, et que lorsqu ils meurent, la Russie perd sa plus grande richesse. Je leur explique que s ils le souhaitent, je peux les aider en les envoyant en cure de désintoxication à Moscou, j y ai un ami médecin qui m aide en mettant à disposition une centaine de places dans un centre spécialisé, car il comprend que je me bats pour son pays. Trois mois de cure coûtent roubles. Chaque semaine, j emmène quatre jeunes gratuitement à Moscou. Certains restent une semaine seulement et rentrent en disant : «Oh Jean, merci! Tout va très bien maintenant.» D autres reviennent agressifs : «Tu crois quoi, Jean? Que tu es mieux que les autres? Tu t imagines ce que c est, roubles?». Ils m accusent de toucher cet argent, à cause de ma femme qui s est offert une Audi A7 Ils menacent d écrire au président. LCDR : Que leur répondez-vous? J-G.S. : Je leur dis : Allez-y, écrivez-lui, moi je me bats pour vous! Sur les 48 personnes que j ai emmenées, trois ne touchent plus à aucune drogue, les autres vivent à peu près normalement, avec quelques rechutes. J ai aussi créé un groupe d alcooliques et toxicomanes anonymes, nous nous réunissons tous les dimanches. Je les surveille pendant plusieurs mois, et pour ceux qui souhaitent vraiment s en sortir, j essaie de les accompagner au maximum. Tous ceux que je peux aider à sortir de cette spirale sont autant de gens qui ne frapperont pas leur mère, qui ne voleront pas, qui vivront de manière pieuse. «Aimer son pays, c est aussi ne pas le voler» LCDR : Avez-vous songé à vous présenter à la mairie? J-G.S. : Non et je pense même qu après ce mandat, je ne me représenterai pas au conseil municipal. Vous savez, je travaille gratuitement comme député. Mais je dois sans cesse aller voir les gens et leur expliquer que je ne les vole pas. Que ceux qui font les lois et ceux qui les violent ne sont pas forcément les mêmes! Aimer son pays, c est aussi ne pas le voler. Les ennemis de la Russie, ce sont ceux qui volent l argent des babouchkas, l argent des retraites. Ils sont les ennemis de la Russie de la même façon que si les Américains bombardaient leurs terres. Certains volent sans avoir même peur des représailles, et les Russes se méfient de leurs propres élus! Moi, je veux représenter les gens humblement, et si je ne comprends pas ce qu ils veulent, cela ne m intéresse pas. L argent du pays n est pas le mien. Est-ce que cela fait de moi un député fascinant? Non je ne pense pas. LCDR : Qu est-ce qui vous plaît, au fond, chez les Russes? J-G.S. : Les gens ont cette bonhomie, ils sont très ouverts de vrais gens de la campagne. Ils sont purs comment dire? Pas comme les Américains. S ils vous détestent, eh bien c est tout ils vous détestent. Mais s ils vous apprécient, ils le font avec toute leur âme. Je connais les Français, et eux non plus n ont pas une attitude aussi pure, sincère. Les Russes sont des gens bien. Je suis fier de mon pays je veux dire, de la Russie. LCDR : Et que répondez-vous aux gens qui vous demandent si les Russes sont racistes? J-G.S. : Que s ils l étaient, je ne pourrais pas vivre ici. PETITES ANNONCES SERVICES Transferts de ou vers tous les aéroports Déplacements dans Moscou Excursions dans ou en dehors de Moscou Minivan 6 places Tél : HORAIRES DE CULTE MESSE CATHOLIQUE EN FRANÇAIS : - Samedi à 18h - Dimanche à 10h30 Lieu : Eglise Saint Louis des Français, 12 ulitsa Malaya Loubianka Métro : Kitaï Gorod ou Loubianka eglise.ru CULTE PROTESTANT EN FRANÇAIS : - Dimanche à 11h30 Lieu : petite chapelle Starosadskiy per. 7/10. Metro : Kitaï Gorod LANGUE FRANÇAISE Bonjour, je m appelle Rostislav. J ai 9 ans et j aimerais trouver un ami français. Je suis en 3 e année à l école 1231, où j ai des leçons de français approfondies. Pour le moment, j ai des diffi cultés en français, c est pourquoi j aimerais communiquer plus souvent dans cette langue. Je suis très sociable et on pourrait beaucoup jouer chez moi ou dehors, on pourrait aller se promener avec mes parents. Je ne parle pas très bien français mais mon papa le parle couramment et pourra nous aider au début. J habite dans le centre, près de la rue Plyushikha. Vous pouvez écrire à ma maman ce.ru) dans n importe quelle langue ou appeler le MOSCOU A l aéroport Cheremetievo : Terminal F (à l arrivée), Terminal D (au départ) ainsi que dans les zones duty free et les salons business Sur les vols Aeroflot CAFÉS, BARS, RESTAURANTS Accenti ArteFaq Beeftro Bianca Bilingua Bistrot Canaille Bouillabaisse Boulangerie les frères Karavaevy Milyutinskii Boulangerie François 2-ya Brestskaya ul., 39, bât.2, Moscou Bulka Bol.Gruzinskaia, Pokrovka Café Bouchon Café de Ville Café Gogol Café Michel Café Tchaikovsky Café Wolkonsky Bol.Sadovaia, Moroseika,Sretenka, Bol.Yakimanka, Valovaia Cappuccino Express Chemadan Chez Geraldine Coffee Bean Piatnitskaia, Pokrovka, Sretenka, Courvoisier Crêperie de Paris Ded Pikhto Daikon Piatnitskaia, Prospect mira,voikovskaia, Zoubovskii DOME Bar-Cafe-Cinema Eat and Talk Filial Où trouver Le Courrier de Russie? FM cafe Bol.Iakimanka Francuzskii chainii dom Funky Lime Gavroch Vinoteka Glazur Il Forno Il Fornetto Hugo (In Vino) Jitnaia 10 Khleb i vino KM-19 Krisis Janra Kvartira 44 Bol.Nikitskaia, Mal. Yakimanka La Maree Le Pain Quotidien Le voyage du the Leonchino Marseille Masterskaya Mio Montparnasse NaLestnitse Oblaka Restaurant&Bar Oblomov Osteria Numero Uno Osteria della Piazza Papa s place Parisienne Paul Arbat Petrovitch Propaganda Receptor Sindibad Cafe Skandinavia Squat Cafe Tchaika Tsiferblat Zavtra CENTRES MÉDICAUX ET SALONS DE BEAUTÉ Alliance Médicale Altosenso American Clinic American Medical Centers Alliance Française Dental Art Clinic EDC EMC FDC GMS Clinic International SOS JP Barbers Lanna Kamilina Bol. Kozikhinskii Medicentre US Dental Care Yves Rocher HÔTELS Akvarium Hotel Ararat Park Hyatt Aquamarine Baltchug Kempinski Budapest Hotel Cosmos Hotel Courtyard by Marriott Golden Apple Boutique Golden Ring Hilton Leningradskaya Holiday Inn Lesnaya Holiday Inn Souchtchevskiy Ibis Moscow Paveletskaya Intercontinental Kadashevskaya Katerina Hotel Kebur Palace Korston Lotte Plaza Mamaison Pokrovka Marriott Grand Marriott Royal Aurora Marriott Tverskaia Mercure Metropol National Nikitskaya Hotel Novotel Centre Novotel Cheremetievo President Hotel Radisson Royal Hotel Renaissance Hotel Renaissance Monarch Savoy Gostinitsa Sheraton Sofitel Iris Sovetskii Swissotel Krasnye Holmy Tverskaya Loft Volga ECOLES Ecole Supérieure d Administration Publique Ecole Supérieure d Economie Faculté de journalisme MGU Faculté de la langue française MGLU MGIMO MID Prolangue Université d Etat du pétrole et du gaz Gubkine RGU Université de Goriatchkine Université des Finances de la Fédération de Russie AUTRES LIEUX 35 mm Cinéma Aeroflot Bibliothèque Tourgueniev Bibliothèque scientifique et technique des constructions et de l architecture Business Centre Novobilding Centre Moscou- Québec Chambre de Commerce et d Industrie Franco-Russe Conservatoire Tchaïkovski Fitil, Cinemaclub Galerie Actor Galerie Tretyakov Institut Cervantes Centre Culturel Espagnol Maison centrale de l architecte Observatoire Franco- Russe Théâtre en langue française Tsar Voyages SAINT-PÉTERSBOURG HÔTELS Ambassador Angleterre Best Eastern Oktiabrskaia Chorinthia Nevsky Palace Crowne Plaza Domina Prestige Grand Hotel Emerald Grand Hotel Europe Golden Garden Helvetia Hotel Suites Ibis Kempinski Hotel Moika 22 Les Frères Karamazov Marco Polo Novotel Park Inn Nevskii Park Inn Pulkovskaya Petro Palas Radisson SAS Reval Hotel Sonya Business centre Moskva Rocco Forte Hotel Astoria Sokos Hotel Palace Bridge Sokos Hotel Vasilievsky Sokos Hotel Olympia Garden W Saint-Petersbourg CAFÉS, BARS, RESTAURANTS Bistrot Garçon Nevskii pr., nab. canala Griboedova Boulangerie Garcon Raziezjaia, Nevskii pr. 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16 DESTRUCTION DE LA COMÉDIE 16 Du 27 février au 13 mars 2015 Alors que de nombreux Moscovites aisés quittent actuellement la Russie pour divers pays de l Union européenne, la chanteuse de rock Diana Arbenina explique pourquoi elle veut rester. DIANA ARBENINA, Rousskiï Pioner Traduit par INNA DOULKINA Mes amis Irma et Alexeï se barrent à Nuremberg. Lui tire une croix sur ses projets de réalisateur, elle, sur ses activités de décoratrice d intérieur. Ils ont assez d argent pour tenir deux ans s ils vivent à la moscovite, cinq en se serrant la ceinture. Valeri va s'arracher en Espagne. Il a vendu son appartement de la rue Bolchoï Afansievskiï et offert sa voiture à son frère, il compte ouvrir un business dans le bâtiment à Madrid. Jenia et Angi ont déjà émigré à Sitges ils ont raconté qu'ils étaient discriminés pour leur orientation sexuelle. Ils sont ensemble depuis trois mois, mais ils ont dit que ça faisait huit ans. Ils ont pris des tas de photos où ils se tiennent dans les bras l un de l autre, mis leurs brosses à dents dans le même verre et se sont entendus sur leurs marques de boxers préférées. (...) Marina s est acheté une baraque au Monténégro. Elle a la double nationalité et n'a nullement l'intention de le déclarer aux autorités russes [comme la loi l'exige, ndlr]. Elle dit que si elle se fait attraper, elle balancera son passeport russe pour ne garder que ses papiers croates. D'ici là, elle continue de C est comment, là-bas? venir voir sa mère pour ses anniversaires, à Odintsovo [ville de la banlieue de Moscou, ndlr]. Pour ses anniversaires à elle, Marina fait venir sa mère à Boudva. Natacha et son fils Petia sont à Boston depuis un an et demi. Ils me manquent affreusement. Petia va à l école maternelle américaine quand on se parle au téléphone, j entends son accent, mais peut-être qu il en rajoute, pour rigoler. Ioulia vient d accoucher. Elle et sa famille vont partir s'installer en Israël, c est décidé. Et voilà mes amis fichent tous le camp, et moi, je reste vivre en Russie. Et à part mes parents et deux-trois potes, ici, je n ai plus personne. Bien sûr, il y a mes musiciens, et puis mes enfants qui, peu à peu, deviennent aussi mes amis. Mais le temps passe. Mes enfants grandissent. Mes cheveux poussent. Les prix augmentent. Les exigences aussi, tout comme les enjeux. Et mon besoin d aimer va croissant. Avec ça, j ai zéro nouvelle connaissance, zéro nouveaux amis. Toutes mes tentatives de me socialiser reviennent à zéro. La société, les cocktails, les soirées, les ouvertures de nouvelles boîtes de nuit en plastique, le bonheur artificiel des supermarchés gigantesques où l on peut tout faire, sauf, peut-être, voler dans l espace... tout ça, j en ai marre. Rasle-bol! Toutes ces photos de gens du beau monde, des archipels de non-sens, un désert de non-sens le grand vide. Il n y a que la neige, toute blanche et toute propre, qui efface toutes les frontières. Sauf celle qui me sépare de celui que j'aime et qui ne se promènera jamais plus avec moi sur cette neige toute blanche. Il est en vie, mais ça ne veut plus rien dire. Nous nous reverrons peut-être encore cinq fois dans la vie, pas plus, et encore. Car la route est longue jusqu à Madrid, et plus longue encore jusqu à Vancouver. Je n'aurais rien contre le fait de prendre l'avion tous les jours, mais je ne crois plus aux contes de fées. Je sais pour sûr, en revanche, que tous mes Petia, Natacha, Valeri, Irma, Alexeï, Angi et Jenia ne sont pas partis en mission prolongée, mais en émigration définitive. Je suis maximaliste. Et je sens bien que leur émigration équivaut à la mort. Parce qu ils ne sont pas les premiers à passer par là : d autres l ont vécu avant eux. Tsvetaeva n'a pu se faire une place ni à Paris, ni à Moscou : sa corde l attendait déjà à Elabouga [petite ville du Tatarstan où la poétesse russe Marina Tsvetaeva s est suicidée le 31 août 1941, ndlr]. Et si son calvaire avait commencé dès Prague? Peut-être que c est là que sa corde a commencé de se nouer? [Contrainte de quitter la Russie après la révolution de 1917, Marina Tsvetaeva a vécu à Prague entre 1922 et 1925, ndlr]. Brodskiï est mort d une attaque cardiaque à New York, mais c est son exil pour «parasitisme» qui lui a ruiné la santé [de 1964 à 1966, dans la région d Arkhangelsk, ndlr]. Qu est-ce qui attend mes amis? Et leurs parents? Des appels vidéo entre l'appartement communautaire de Saint-Pét et le restaurant Kazatchok, sur Brighton? La chanson Sombre nuit, qu on chantera en chœur en essuyant ses larmes, en buvant de la vodka et en trinquant avec l ombre de Dovlatov et sa mortelle nostalgie? Tout quitter, brûler les ponts c est essuyer un échec. Car la terre est déterminante pour les Russes. Notre existentialisme est puissant. Et si l on décide de quitter la Russie, il faut le faire avant l'âge de cinq ans, en emportant avec soi son amnésie triomphante qui n est pas une maladie, mais une propriété naturelle de chacun, un état permanent, dès la naissance. Parce que si l'on s'en va plus tard, il faudra s arracher la peau et se faire une peau neuve. Vous voulez savoir si ça fait mal? Essayez sur un petit bout de votre doigt! Mais tout n est pas aussi désespérant : ils sont beaucoup à réussir à se l arracher, la peau. Et pour ça la terre entière, tous les pays et tous les continents témoignent de la présence russe, des racines russes, des gouttes de sang russe. Nous le rappellent ces deux «ff» d espions, comme deux revolvers à l'envers ayant appartenu à des rois du marché noir de la vodka et du caviar. Et moi, je voudrais tellement me balader avec toi dans les rues d Albuquerque, manger une salade chopska en Croatie. Je voudrais rester avec toi sur une plage du Mexique pendant des heures, jusqu au petit matin. Je voudrais goûter avec toi du pain d épices chilien à Valparaiso et écouter un concert de Mick Jagger au stade de Massimo. J irais bien en bateau à Aarhus et je raterais volontiers mon bus à Stockholm. Et je retournerais encore et encore en Patagonie, je ne l'ai vue que trop brièvement. Mais le plus important, c est qu après avoir parcouru tous ces beaux pays, je veux pouvoir retourner chez moi, atterrir à Poulkovo et, en donnant mon passeport à l'officier, lui dire bonjour en russe, et puis aller sur Petrogradskaïa storona par l avenue Nevskiï, passer par les cours-puits et me réfugier sous mon toit le seul de Saint-Pétersbourg. Et je veux encore rejouer au Singapour et entendre les gens dans la salle me crier «Passe le bonjour à Chevtchouk!» Je veux continuer de lire dans leurs yeux cette question éternelle : «C est comment, là-bas?», et je veux leur répondre : «Ça dépend, mais globalement, ça va.» Je m arrête. Je veux revoir Interdevotchka ça, c'est un film qui vous désenivre pour de bon.

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