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1 Santé-Mag / Magazine mensuel de la santé / Mai 2012 / N 06 Edité par Média Pub Santé Adresse : Cité des Annassers 1 Bat Kouba Alger-Algérie Tél./fax : +213 (0) Site web : santemag-dz.com Directeur de la publication : ACHOURI Mohamed Directeur de la rédaction : NASRI Youcef Coordinatrice : ALAHOUM Amina Directeur technique : HAMMOUDA Hocine Comité de rédaction : HAMDI Rania KHALEF Lilia RIF Nahla BELMAHI Douaa ZAHAF Loubna NAHLIL Djaouida SOLTANE Hania BADREDINE Sawsen FORTAS Nadjia Conception : TRI-EVENT Correction : GHARNAOUT Amar ISSN : Dépôt légal : S O M M A I R E Le métier de sage-femme : un art, une vocation. > P. 08 Les besoins en traitement, par radiothérapie, se font de plus en plus importants. > P. 14 Le Pr M hamed AFFIANE, Chef du service de radiothérapie, au Centre Pierre et Marie Curie «j ai l impression que les pauvres malades prennent des rendez-vous, à la limite du tolérable». > P. 17 Professeur Louafi DJELLALI : «80% de malades, atteints de cancers, ne bénéficient pas des soins de radiothérapie». > P. 19 Entretien avec le Pr BOUGHERBAL, président de la Commission médicale des transferts à l étranger : «C est une erreur que de croire que le traitement du cancer relève, exclusivement, des centres anticancéreux». > P. 23 Dr Mohamed MAHIOU, radiothérapeute : «Les normes internationales, en radiothérapie, exigent un appareil, pour habitants». > P. 24 Mise au point sur l une des analyses les plus convoitées : l hémoglobine glyquée. > P. 25 Mohamed Amine BEKKADJA, chef du service d hématologie, à l EHU d Oran : «les maladies du sang, en débat, au 9 ème congrès national d hématologie». > P. 40 Pr Salem HAOUACINE : «diagnostiquer ce genre de pathologie est difficile, car les champignons sont en nous». > P. 42 Rêver : le monde fascinant des rêves, (2ème partie, suite du numéro précédent). > P. 46 Pr Abderrahmane ATTAR, chef du service d urologie, au CHU d Oran, «80% des calculs rénaux sont d origine inconnue». > P. 50 D O S S I E R > T H A L A S S É M I E La thalassémie : Une maladie héréditaire, chronique, qui touche 7% de la population. > P. 28 Le Pr Salim NEKKAL : «En Algérie, le nombre de malades, atteints de thalassémie, ne cesse d augmenter». > P. 28 Entretien avec le Dr Nadia ZIDANI, spécialiste en hématologie, hôpital de Béni Messous, «La gestion de la thalassémie est ignorée par les pouvoirs publics». > P. 29 Le Pr Mériem BELHANI, chef du service Hématologie au CHU de Béni Messous, «Les problèmes des anémies hémolytiques se posent, avec acuité, en Algérie». > P. 31 Thalassémie, en Algérie : 2% de la population est atteinte. Le président de l'association des thalassémiques de la wilaya d'alger, M. Herhar Ali : «La bonne prise médicale est très importante, pour un enfant thalassémique. > P. 32 7% de la population mondiale, atteinte de thalassémie : «Pour un consensus thérapeutique». > P. 33

2 A C T U A L I T É Impliquer le pharmacien, dans la prise de décisions Le président de la Société algérienne de pharmacie, Farid Benhamdine, a souligné la nécessité d impliquer le pharmacien, dans la prise de décisions, relatives à la santé. Lors des 21èmes Journées nationales de pharmacie, M. Benhamdine a indiqué que le pharmacien n était pas impliqué, dans la prise de décisions, en matière de médicaments, le qualifiant de "noyau" de la chaîne du médicament. L implication du pharmacien, dans la prise de décisions, dans le domaine du médicament, contribue au développement du secteur et à la relance des entreprises, citant, à titre d exemple, le groupe SAIDAL, le Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP) et la Pharmacie centrale des hôpitaux. S agissant de la formation, le Pr Benhamdine a plaidé pour une année supplémentaire, dans la formation universitaire des pharmaciens, en vue d améliorer leur performance, soulignant que la spécialité est réservée aux meilleurs bacheliers. Pour sa part, le ministre de la Santé, de la population et de la Réforme hospitalière, Djamel Ould Abbès, qui a présidé l ouverture de ces journées scientifiques, ayant regroupé des pharmaciens des secteurs public et privé, ainsi que les laboratoires, a mis en exergue le rôle du pharmacien, dans la stabilité du secteur, appelant à la création d une synergie, entre ce spécialiste et le médecin, afin de conférer davantage d "efficacité" à la chaîne de soins. Concernant la location de diplômes pour l ouverture d officines, le ministre a souligné que "la gestion d officines par des personnes inaptes est inadmissible", ajoutant que son département prendra en charge ce problème. M. Ould Abbès a saisi cette occasion, pour saluer les efforts déployés par les importateurs, producteurs, distributeurs de médicaments et pharmaciens, dans le but de veiller à la stabilité du secteur et d éviter la pénurie de médicaments, rappelant que la production nationale a atteint 47 % des besoins nationaux, en Le coordinateur de médicaments et technologie essentielle, de la région Afrique de l Organisation mondiale de la Santé (OMS), Jean-Marie Trapsida, a évoqué le rôle de l Organisation des Nations unies, dans la garantie de médicaments de qualité, avant de soulever les répercussions de la mondialisation, sur la production du médicament. Il a expliqué que l augmentation du nombre d opérateurs, en matière de fabrication et de commercialisation des médicaments, à laquelle s ajoutent les besoins sanitaires, croissants, de la population, induit plus de risques, liés aux médicaments; ajoutant que l OMS veille au contrôle de la qualité, en collaboration avec des organisations internationales et des associations. Equipement de 22 centres anti-cancer, en appareils de radiothérapie, avant fin 2014 Le ministre indiqué, lors de l'audience, qu'il a accordée au président de la société américaine Varian Medical Systems, spécialisée dans la fabrication d'équipements de radiothérapie, M. Dow Wilson, que l'algérie a enregistré un «retard», dans la prise en charge de ce volet et œuvre à «rattraper» ce retard, avant fin 2014, appelant les responsables de cette société à «accélérer» la fabrication de ces équipements. Le président de Varian Medical Systems s'est, de son côté, engagé à respecter le délai de livraison de ces équipements, de les faire accompagner par des techniciens, spécialisés en maintenance et d'assurer la formation, selon la demande de l'algérie. Bientôt, un centre de bioéquivalence, pour Saïdal Le groupe Saïdal aura, bientôt, son centre de bioéquivalence, qui permettra de définir les caractéristiques de tous les produits qu il fabrique, a annoncé, à Alger, le P-DG du groupe Saïdal, Boumediène Derkaoui. "Nous allons, bientôt, avoir, à Alger, notre laboratoire de bioéquivalence, qui, actuellement, est en cours de finalisation. Celui-ci permettra de définir les caractéristiques de tous les produits, que nous fabriquons", a indiqué M. Derkaoui, qui était l invité de la rédaction de la chaîne III, de la radio nationale. Précisant qu un groupe de jeunes chercheurs apprend et évolue dans ce sens, le P-DG de Saïdal a relevé l éventualité de partenariat, dans ce domaine. Le P-DG de Saïdal a, en outre, souligné qu un prêt de 17 milliards de dinars a été octroyé, au Groupe, par le Fond national de développement, dans le but d augmenter sa part du marché, de 20% à 40%, en quantité et passer de 6% à 25 %, en valeur, à l horizon L objectif étant, selon le même responsable, la réduction de la facture du médicament et atteindre, a-t-il ajouté, les 70% de la production nationale, avec la participation de tous les acteurs. Ce financement servira, également, a indiqué le P-DG de Saïdal, à l extension des unités de production du Groupe et le renouvellement de ses équipements, devant se faire par étape. Répondant à une question, relative à l assainissement du marché du médicament, M. Derkaoui a déploré le fait que des médicaments, fabriqués localement, sont, toujours importés, au moment où beaucoup d entre-deux ne sont pas essentiels. 4 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

3 Santé-mag >ACTUALITÉ Un cancer, sur six, est d origine infectieuse Deux millions de cancers, d origine infectieuse, sont recensés, chaque année, dans le monde. Il s agit, pour la plupart, de cancers du col de l utérus, du foie ou de l estomac. Selon une nouvelle étude du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l OMS à Lyon, il y a là 2 millions de nouveaux patients, dont la maladie aurait pu être évitée. Contre ces cancers, en effet, il existe des moyens de prévention et parfois, des traitements, d autant plus efficaces qu ils sont précoces. «Les infections par certains virus, des bactéries ou des parasites représentent l une des plus importantes causes de cancers, évitables, dans le monde» explique le Dr Catherine de Martel, chercheur au CIRC. Avec sa collègue le Dr Martyn Plummer, elle a mené une veille épidémiologique, précise, sur 27 types de cancers, pour déterminer la proportion de ceux dont l origine infectieuse était avérée. Médicament : l ANSM, «pour restaurer la confiance» L Agence nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a, officiellement, vu le jour, ce 1er mai Elle remplace l Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS), afin de renforcer «la sécurité, sanitaire, du médicament et des produits de santé. Un changement d appellation, mais, également, de «mode de gouvernance et d organisation». L objectif principal de l ANSM reste de «garantir la sécurité des patients, lors de l utilisation des médicaments et des produits de santé». Elle reprend et complète les missions, auparavant dévolues à l AFSSaPS. L Agence a, toujours, pour but de «renforcer la surveillance et de l évaluation des produits de santé» ; mais, également, de veiller à «un meilleur encadrement des prescriptions, notamment hors autorisation, de mise sur le marché (AMM), ou à titre d autorisation temporaire d utilisation (ATU) nominatives». Dans un communiqué de presse, l ANSM insiste sur l importance de garantir l indépendance de ses membres. Pour cela, elle publiera, sur Une recherche véritablement exhaustive, puisqu elle porté sur 184 pays. Leurs conclusions sont sans appel : 16% des cancers, recensés en 2008 c est-à-dire pas moins d un sur six - ont été causés par une infection. Ce chiffre, naturellement, traduit une moyenne mondiale. La proportion de ces cancers à l origine infectieuse est, en effet, bien plus élevée, dans les pays en développement (23%) que dans les pays développés (7,4%). Des mesures simples : La moitié des cancers du col de l utérus et 80% des cancers de l estomac ou du foie, chez l homme, sont induits par des agents infectieux. Les premiers sont provoqués par des papillomavirus, les deux autres par les virus de l hépatite B ou C et par la bactérie Helicobacter pylori. En 2008, plus de cas de cancers gastriques, attribués à cette bactérie, ont été diagnostiqués, dans le monde. Ce qui a représenté, dans les son site Internet, «les déclarations publiques d intérêts, des agents exerçant des fonctions qui le justifient». De nouvelles exigences, pour une nouvelle agence. La transparence devient, ainsi, l un des maîtres-mots de la nouvelle agence. Celle-ci s engage à la «traçabilité des travaux, précédant une prise de décision» et au «partage de l information avec tous les publics, aussi bien les professionnels de santé que le grand public». Ces engagements sont censés «contribuer à restaurer la confiance des citoyens, dans les produits de santé mais, également, à les sensibiliser au fait que «le médicament n est pas un produit comme les autres». pays développés, 46% des cancers infectieux. Pourtant, une prévention existe et «repose, surtout, sur des traitements antimicrobiens» rappellent les auteurs. Plus globalement, des méthodes de prévention, éprouvées, permettent de diagnostiquer, précocement, ou d éviter ces cancers infectieux. «Elles ont, amplement, prouvé leur efficacité» insiste Catherine de Martel. Il s agit, notamment, du frottis cervicovaginal, qui permet de détecter des lésions précancéreuses et de certaines vaccinations spécifiques. «La vaccination, contre le virus HPV, (permet de) prévenir le cancer du col de l utérus. Il y a, aussi, la vaccination contre le virus de l hépatite B (HBV), responsable du cancer du foie. C est pourquoi, augmenter la couverture vaccinale devrait, donc, être une priorité de santé publique, dans les régions les plus touchées», conclut le Dr de Martel. Utilisation d un nouvel antibiotique, pour l éradication du trachome, dans le sud du pays Une campagne d éradication de la maladie du trachome, dans le sud du pays, sera lancée, à partir de la prochaine rentrée scolaire, avec l utilisation d un nouvel antibiotique, "efficace", a-t-on appris, à Alger, auprès de l Association algérienne de lutte contre la cécité (AALC). "A partir de la prochaine rentrée scolaire, nous allons utiliser un nouvel antibiotique, ayant déjà fait ses preuves, de par le monde et qui est très efficace, pour éradiquer le trachome, dans les régions du sud du pays", a indiqué, à l APS, le président de l AALC, le Pr Mohamed-Tahar Nouri, soulignant qu il s agit d "un traitement avec des gouttes, pendant trois jours, seulement et devant toucher tous les enfants scolarisés". Le Pr. Nouri, qui s exprimait, en marge du 3e congrès d ophtalmologie, a indiqué qu auparavant, le traitement consistait en l utilisation d une pommade, pendant six semaines, à raison de deux applications par jour ; ce qui n est "pas pratique", dans les régions du Sud, exposées à la chaleur et aux vents de sable, notamment. Il a précisé que les tests, thérapeutiques, effectués au Centre hospitalo-universitaire de Béni-Messous (Alger), où il exerce en tant que chef du service ophtalmologie, ont donné des "résultats concluants", avec un taux de succès de 98%; ajoutant que le ministère de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière a, déjà, commandé des quantités, "suffisantes", par le biais de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH). Santé-Mag - N 06 Mai

4 Santé-mag >ACTUALITÉ Congrès de la SAFEC : le taux d infertilité, en Algérie, estimé à 15% Le taux d infertilité, en Algérie, se situe aux environs de 15%, a estimé, à Alger, le Pr. Mohamed Bouzekrini, président de la Société algérienne de fertilité et de contraception (SAFEC). Le Pr. Bouzekrini, qui intervenait, à l occasion de la tenue du 19ème congrès de la SAFEC, a attribué le phénomène d infertilité à de nombreux facteurs. Il a cité, notamment, le mariage tardif et les infections, pouvant toucher la vie du couple. "Plus la cause (de l infertilité) est multifactorielle, moins il y a de difficultés, pour avoir une grossesse", a-t-il précisé. Le Pr. Bouzekrini, également chef du service gynécologie obstétrique au CHU Nafissa Hamoud (ex-parnet) a, d autre part, déploré le retard accusé dans la réalisation de structures, dédiées à la procréation médicalement assistée (PMA), dans le secteur public. Cette situation a privé plusieurs couples, souffrant de l infertilité et ne disposant pas de moyens nécessaires, de bénéficier de cette nouvelle technique, assurée par ces structures (PMA). Actuellement, seuls le secteur privé, avec huit cliniques, implantées au Centre, à l Est et à l Ouest du pays, assure cette technique de procréation. A cet égard, le Pr. Bouzekrini a souligné la nécessité de mettre en place un dispositif, permettant aux couples, souffrant de ce phénomène (infertilité), de bénéficier du remboursement des coûts, liés à cette technique. Pour sa part, le Pr. M hamed Boudriche, chercheur, dans la prévention contre le HPV (cancer du col de l utérus), a indiqué que cette pathologie est en régression, en Algérie, par rapport aux autres types de cancers, qui touchent la femme. En matière de prévention, le même spécialiste s est dit "satisfait «des résultats "positifs", donnés par le calendrier national de vaccination, établi par le ministère de la Santé, appelant à la nécessité d intégrer le vaccin anti-hpv, dans ce calendrier. En ce qui concerne la contraception, plusieurs spécialistes, participant à cette rencontre scientifique, ont souligné que 67% de femmes, en Algérie, utilisent la pilule, en dépit de l existence d autres méthodes de contraception. Les congrès de la SAFEC répondent, selon leurs organisateurs, à un besoin d actualiser l information scientifique, afin d assurer la formation, continue, des gynécologues obstétriciens, des omnipraticiens, des sages-femmes et des spécialistes des pathologies, liées au HPV. Oméga 3 : le cerveau en redemande Des chercheurs américains confirment les effets bénéfiques des acides gras, oméga 3, sur le cerveau. Consommés, régulièrement et en quantités appropriées, ils diminueraient, en effet, le taux sanguin de béta-amyloïde, une protéine impliquée dans la maladie d Alzheimer. Leurs résultats sont publiés sur le site de la revue spécialisée Neurology. «Il n est pas facile de mesurer la quantité de protéine bétaamyloïde, dans le cerveau; en revanche c est beaucoup plus simple, dans le sang" explique le Dr Nikolaos Scarmeas, du Columbia University Medical Center, à New York. C est pourquoi les scientifiques ont procédé à des prélèvements sanguins, pour connaître les effets de différents nutriments, sur cette protéine. Pour ce faire, ils ont sélectionné plus de volontaires de 65 ans et plus, ne souffrant pas de pathologie démentielle. Pendant plus d une année, ceux-ci ont tenu, les chercheurs, informés de leurs habitudes alimentaires. Les auteurs ont retenu une dizaine de nutriments, parmi lesquels les acides gras saturés, mono insaturés, polyinsaturés (comme les oméga 3 et 6), les vitamines C, D, E, B9 et B12 ainsi que le béta-carotène. Résultat: plus les participants avaient consommé d acides oméga 3 contenus, notamment, dans le poisson gras ou les noix- et moins leur taux de protéine béta-amyloïde était élevé! «Ces résultats renforcent nos certitudes sur les effets, bénéfiques, de l alimentation, dans la prévention des démences», conclut le Dr Scarmeas. Succès de la première expérience d implant dentaire, avec greffe osseuse, à Ghardaïa La première expérience de pose d implant dentaire, avec une greffe osseuse, a été effectuée, avec succès, par une équipe médicale, dirigée par le Pr. Skender, du CHU Mustapha Bacha, a-t-on appris, auprès du responsable médical de la clinique médicale Oasis. Initiée, dans le cadre de l organisation des 10èmes Journées médicales et stomatologiques, par l Association des praticiens privés de Ghardaïa 6 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

5 Santé-mag >ACTUALITÉ (APPG), cette intervention de mise en place d implant dentaire, sur une patiente de 62 ans, présentant un déficit osseux maxillaire, qui a duré deux heures, sous anesthésie, a été réalisée, en utilisant une technologie de pointe, a indiqué le Pr. Skender. L intervention a été effectuée, par une équipe constituée de trois médecins et retransmise, en direct, sur grand écran, commentée par le Pr. Skender et suivie par les stomatologues et chirurgiens-dentistes, participant à ces 10 èmes journées médicales de Ghardaïa. "L intervention consiste à optimiser, par le comblement sinusien, un tissu osseux de qualité, afin de garantir l ostéointégration et la pérennité de l ancrage osseux, pour assurer le succès implantaire", a-t-il expliqué. L utilisation de cette technique "permet, également, d augmenter le volume osseux, disponible dans le secteur maxillaire, afin d obtenir une stabilité du tissu osseux, pour la pose des implants dentaires", a souligné, de son côté, le Dr. Zerbani. Ces implants sont des dents artificielles, une sorte de vis en titane, à placer dans l os alvéolaire de qualité, pour placer une ou plusieurs dents, a-t-on expliqué. Si le tissu osseux présente un déficit, une greffe s impose, a-t-on signalé. "Cette opération d implant dentaire, qui tend à se démocratiser en Algérie, s est effectuée dans les conditions les plus sécurisantes, avec un plateau technique de dernière génération et une assistance de haut niveau", a-t-on ajouté. Ouverte en 2002, la clinique "Oasis" de Ghardaïa, où s est effectuée l opération, est dotée d un plateau technique performant, avec un équipement d exploration et d imagerie médicale et un système multimédia, pour la formation, continue, des praticiens. Vaporisation de la prostate au laser, une première maghrébine, à Constantine Une vaporisation prostatique, au laser, une première maghrébine, retransmise, en direct, à partir du bloc opératoire de l Etablissement hospitalier spécialisé (EHS) de Daksi, à Constantine, a été effectuée, avec succès, sous la supervision du Pr. Abderrezak Dahdouh. L opération, pilotée par le directeur scientifique de cet EHS spécialisé en urologie, a été suivie, pas à pas, par les participants algériens et étrangers, au congrès sur "Le cancer de la prostate, l urodynamique en pratique clinique et les algies pelviennes chroniques", ouvert à la faculté de médecine de l université Mentouri. Elle a été effectuée sur un patient présentant une hypertrophie, bénigne, de la prostate, a précisé, en voix off le Pr. Dahdouh. Cette technique de vaporisation, au laser, "indolore, sans saignement, ne nécessitant pas une intervention chirurgicale et sans aucun risque pour le patient, qui retrouve, peu de temps après, les capacités premières de contrôle de sa prostate, va devenir, avant la fin de l année en cours, une pratique courante, à Constantine et en Algérie", a-t-il affirmé à l APS, à l issue de cette opération, qui a duré 40 minutes. Le patient qui n a subi qu une anesthésie locorégionale, a suivi sur une vidéo, tout le processus de la vaporisation de sa propre prostate, a-t-on remarqué sur les images retransmises et commentées, depuis le bloc opératoire, par l urologue turc, Serhat Donmezer, qui a dirigé l équipe de chirurgiens et de paramédicaux ayant effectué l opération. Le congrès médical commun, initié par la Société algérienne d urodynamique et de pelvi-péri néologie (SALUDPP), la Société algérienne de chirurgie urologique (SACU) et l Association des urologues de Constantine (ASUR), a pour objectif d échanger les pratiques professionnelles et de s informer des derniers progrès réalisés dans ce domaine, dans la perspective d améliorer la qualité de soins du patient et d assurer un développement, continu, des aptitudes des professionnels de la santé, a indiqué le Pr. Dahdouh. La participation d éminents spécialistes, venus de Tunisie, du Maroc, de Belgique et de Turquie est à même d enrichir l expérience algérienne, dans ce domaine et de contribuer à l amélioration des connaissances des urologues du pays ; s agissant, notamment, du cancer de la prostate, de l urodynamique en pratique clinique et des algies pelviennes chroniques, les trois thèmes du congrès collectif, a conclu le même responsable. Près de 300 experts, au 20 ème Congrès national de chirurgie, à Annaba Près de 300 experts, médecins et professionnels de la santé, prennent part, à la faculté de médecine de l université, d Annaba, aux travaux du 20ème Congrès national de chirurgie. Organisée par la Société algérienne de chirurgie(sac), cette manifestation scientifique, à laquelle prennent part, également, d éminents spécialistes étrangers, abordera plusieurs thèmes, dont la prise en charge du cholangiocarcinome, les métastases hépatiques des cancers colorectaux et les tumeurs stromales digestives. En plus de ces thèmes, sont prévus des ateliers, des communications orales, affichées et filmées, en plus de vidéos, de forums et d interventions chirurgicales, commentées et retransmises, en direct, pour servir de cadre à des débats et à des échanges, entre les participants, ont indiqué les organisateurs. L intervention chirurgicale, en "live", sera, une, "initiation", autant, qu un "perfectionnement et un enrichissement mutuel", pour les participants, a-ton, encore, estimé. Une série de recommandations ponctuera, lundi, les travaux de ce Congrès national de chirurgie. Santé-Mag - N 06 Mai

6 Santé-mag >ACTUALITÉ Le métier de sage-femme : un art, une vocation epuis que le monde est monde, la profession de Dsage-femme a, toujours, existé. Ces femmes, qui n ont bénéficié d aucune formation, on les appelait, autrefois «Elkivla», en langues kabyle et arabe algérien, qui veut dire «celles qui délivrent la mère et accueillent l enfant». par Tanina Ait Aussi, ce métier n était pas donné à la première venue, de le pratiquer, dans les villages. Il fallait que la personne soit d un âge mûr, douée d une grande sérénité et de patience. «Elkivla» rassure la maman, pendant les fortes contractions, qui annoncent l arrivée, imminente, du bébé. Elle délivre la future parturiente ; accueille, dans ses bras, le nouveau-né. Elle coupe le cordon ombilical ; un geste qui nécessite tact, amour, technicité, pour que l opération réussisse avec tout le bonheur, attendu par la famille. De nos jours, on n est sage-femme qu après de longues études et cela à, sans aucun doute, réduit la mortalité infantile et maternelle, qui faisait ravage, dans le temps. En Algérie, le métier de sage-femme n a pas, toujours, été reconnu à sa juste valeur. Aussi, en marge du congrès de la Société algérienne de fertilité et de contraception (SAFEC), qui s est tenu du 29 au 30 avril 2012, à Alger, des sages-femmes, venues de tout le territoire national, pour participer à ces journées d études et de formation continue, en ont profité pour nous parler de leurs problèmes socio-professionnels. Elles nous ont fait part du problème, crucial, de statut, qui se pose à elles. En effet, toujours classées à la catégorie 11, sans perspectives d amélioration de leur rémunération, alors que la plupart sont à la veille de leur départ à la retraite. Trois d entre elles nous en parlent ; à savoir Dalila Belarbi, Aiouaz Nadia et Aghis Farida, respectivement de Tiaret, Alger et de Mila, ainsi que Madame Nadia Rahimet, exerçant à Constantine, que nous avons interrogée par téléphone. Toutes ces femmes, avec 25 à 30 ans d expérience, font partie de l ancienne génération des sages-femmes. Dalila Belarbi, Sage-femme, à Tiaret : «On s interroge sur le plan de carrière des sages-femmes» Santé Mag : Voulez-vous vous présenter? Je suis sage-femme, depuis 25 ans et actuellement, je travaille à Tiaret, dans un établissement de proximité et parallèlement j enseigne, 3 fois par semaine, à l école para médicale. Dans mon service du CPN, c est-à-dire du prénatal, je suis chargée du frottis du dépistage, donc et La PTME, qui veut dire la prévention transmission mère-enfant. Avez-vous des problèmes socio-professionnels? Au niveau national, on compte sages-femmes. Un problème se pose à la plupart d entre nous, car, pratiquement, en fin de carrière, mais, toujours, classées à la catégorie 11, sans aucune perspective d amélioration de notre 8 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

7 Santé-mag >ACTUALITÉ rémunération ; contrairement aux nouvelles recrues (Bac plus 3), qui bénéficient d un plan de carrière, puisqu elles peuvent accéder au grade de sage-femme major. Pour les anciennes, donc, un problème, crucial, de statut se pose, surtout à la veille du départ à la retraite. Ce que nous demandons, c est, tout simplement, la reconnaissance des services que nous avons rendus avec abnégation ; en plus de notre travail quotidien, nous avons pris, sur nous, l effort de formation de nos jeunes consœurs qui, aujourd hui, sont mieux rémunérées que nous et c est tant mieux pour elles! La sage-femme a les capacités de réduire le taux de mortalité maternelle et infantile. En outre, elle est dans le programme de la protection de la transmission mère et enfant (PTME) qui est le pilier, la pièce maîtresse. Donc c est le maillon fort. Elle est dans la consultation du prénatal, avec le gynécologue. Quels sont vos relations, professionnelles, avec les gynécologues? La plupart des sages-femmes ont de très bon rapports, professionnels, avec les gynécologues. Ces spécialistes nous font confiance et ont beaucoup d estime pour notre profession. Ils font le rapport de garde avec les sages-femmes et ils comptent beaucoup sur elles, parce qu elles font du très bon travail. Prenons, par exemple, le cas du Professeur Chafi d Oran. Il a formé beaucoup d entre nous, avec beaucoup d abnégation et mieux encore, pour nous encourager, il nous dit, souvent, qu il apprend avec nous. Il reconnait, donc, notre travail et notre dévouement, pour ce métier. Aiouaz Nadia, d Alger : «La sage-femme, en Algérie, est considérée comme une main d œuvre à bas prix» Je n ai rien à rajouter de ce qu a dit mon amie et consœur, Dalila Belarbi. Après mes 25 ans de service, nous demandons une reconnaissance. La sage-femme, en Algérie, est considérée comme une main d œuvre à bas prix. Elle est, pourtant, le maillon fort de la maternité ; mais, en contrepartie, nous n avons pas de statut et toujours classées au même grade. Nous demandons une reconnaissance, pour ce métier, car nous sommes en fin de carrière et on ne doit pas sortir avec la catégorie 11. Les nouvelles, que nous avons, nous-mêmes, formées sont, déjà, au grade de sagefemme major. Le métier de sage-femme est, universellement, reconnu à sa juste valeur, sauf dans notre pays. A cet effet, Il faut s avoir, aussi, que l O.M.S dit que, pour réduire la mortalité infantile et maternelle, il faut investir dans la sage-femme. Aghis Farida, de Mila : «La sage-femme est le pilier du planning familial» Je suis de l est d Alger. Avec mes consœurs de L Ouest et du Centre, nous vivons les mêmes déboires. Cependant, je voudrais faire une petite remarque. La sagefemme est le pilier du planning familial. C est elle qui maîtrise les programmes, au niveau de la maternité des PMI. Ce n est donc que justice si nous sollicitons nos supérieurs, afin de revoir notre statut et de nous donner des postes supérieurs. Dans la willaya de Mila, il y a des sages-femmes qui vont sortir, après 25 ou 30 ans de carrière, malheureusement, toujours, à la catégorie 11, alors que notre responsabilité est très grande, car, souvent, nous travaillons dans des PMI où aucun gynécologue n est affecté. Aussi, en l absence de ces spécialistes, c est nous qui apportons des soins d urgence. Nadia Rahimet, sage-femme, au Khroub (Constantine) : «Notre responsabilité est engagée, mais pas reconnue» «Monsieur Djamel Ould Abbès, ministre de la Santé, qui a parlé à la télévision, lors de la journée mondiale de la sagefemme», dira Nadia Rahimet, a évoqué, entre autres points, l ouverture de trois écoles, pour la formation des sagesfemmes, à Alger, Oran et Annaba, dont l accès est ouvert aux bachelières et dont la durée d études est de 5 ans ; ce qui est une bonne initiative, on en convient. Et de continuer; «Cependant, monsieur le ministre n a pas apporté de solutions est n a rien promis, pour les anciennes, en poste actuellement, qui ont le niveau de terminale, plus 3 ans de formation paramédicale. Elles ont 25 à 30 d expérience et la majorité stagnent à l échelle 11, sans possibilités d évolution à un palier supérieur. Nous sommes considérées comme des infirmières, avec tout le grand respect dû à cette fonction, alors que nous procédons à des actes médicaux, tels que le frottis, la pose du stérilet, que même un médecin généraliste ne peut réaliser. On aide les femmes, dans le choix de leur contraception ; on les conseille au prénatal, pour l allaitement maternel ; on les prend en charge, sur le plan psychologique, l hygiène corporelle, etc... Tout ce travail, l infirmier ne le fait pas,» mentionne madame Nadia. «Notre responsabilité est, donc, engagée, surtout pour celles qui exercent dans les zones rurales, mais non prises en considération; en termes d avantages financiers. Ce qui est fort injuste. - Propos recueillis par Tanina Ait Dalila BELARBI Nadia AIOUAZ Farida AGHIS Santé-Mag - N 06 Mai

8 Santé-mag >ACTUALITÉ Cancer de la prostate : radiothérapie, versus chirurgie Le recours aux traitements, non chirurgicaux, se développe, contre certains types de cancer de la prostate. La radiothérapie, notamment, progresse, grâce à la mise en œuvre de traitements, mieux ciblés par des techniques, comme le Cyberknife. D introduction récente, celle-ci, pourtant, pâtit d un certain manque d évaluation. Une carence à laquelle plusieurs études s attachent à remédier, comme on l a vu, lors de l édition 2012 du Congrès européen de radiothérapie et d oncologie (ESTRO), à Barcelone. Une nouvelle étude y a été présentée. Son objectif : comparer cette approche thérapeutique avec celles qui reposent sur l ablation chirurgicale de la prostate, ou le recours à la radiothérapie conventionnelle. Deux critères d évaluation ont été retenus : l efficacité clinique, et la toxicité. Le Cyberknife met en œuvre une radiothérapie stéréotaxique. Appliquée au corps entier, elle permet de beaucoup moins irradier les tissus et organes sains, situés à proximité de la tumeur. Les rayons attaquent, en effet, la tumeur sous des angles très nombreux, réduisant, ainsi, les doses reçues, par les zones saines, qu ils traversent. L étude PACE -pour Prostate Advances in Comparative Evidence -devrait inclure patients, sur 4 ans. Douze centres européens, disposant de la machine de radiothérapie ciblée - dont 5 situés à Lille, Lyon, Nancy, Nice et Tours - peuvent y participer. C est le cas par, exemple, du Centre de lutte contre le cancer (CLCC) Oscar Lambret, de Lille. «Cette étude est intéressante pour aller plus loin que les bons résultats, déjà obtenus. Nous avons observé une efficacité du traitement, proche de (celle obtenue par) la chirurgie, avec bien moins d effets secondaires urinaires et sexuels», souligne le Pr Eric Lartigau, chef du service de radiothérapie du CCLC Oscar Lambret. Et une première étude publiée en 2011, a confirmé ces observations, sur 5 ans. Les patients seront suivis, sur une période de 10 ans, après traitement. Des données, intermédiaires, seront, également, recueillies, après un, deux et cinq ans. «Il faut rappeler que l ablation de la prostate, si elle est, parfois, nécessaire, provoque une impuissance sexuelle et induit un risque d incontinence urinaire», insiste le Pr Lartigau. Et la radiothérapie conventionnelle? «Si vous proposez à un patient de 75 ans, 35 séances de radiothérapie en 5 à 8 semaines, il part en courant! En revanche avec cette machine, 5 séances suffisent. Cela fait une énorme différence, dans l acceptabilité du traitement», insiste-t-il. La rapidité du traitement, et une toxicité inférieure à celle d autres techniques, restent «l objectif de la radiothérapie». Pour le moment, les rayons du Cyberknife ciblent l ensemble de la prostate malade. «L avenir de cette technique réside dans un traitement encore plus localisé. Il s agira de ne traiter que la partie de la glande, atteinte par la tumeur», espère le Pr Lartigau. Mais, pour y parvenir, «les techniques d imagerie doivent, encore, être améliorées». Hépatites : une journée enfin En raison des élections présidentielles françaises et des changements politiques, la Journée nationale des hépatites, initialement programmée le 19 mai dernier, n a pu se dérouler. A l origine de cet événement, l Association SOS hépatites et Médecins du Monde (MdM), n ont pas baissé les bras, pour autant. Ils organisent, ce 22 mai, une journée, sauvage, de lutte contre les hépatites B et C. En France, on estime à le nombre de personnes, concernées par les hépatites. Parmi elles, la moitié ( donc) est porteuse d une hépatite B ou C et l ignore. Au total, plus de 7000 nouvelles contaminations et 5000 décès sont enregistrés, chaque année, en France. Ces hépatites touchent plus particulièrement les populations précaires, les migrants, les personnes vivant en milieu carcéral, les usagers de drogues, par voie intraveineuse. Chez ces derniers, la prévalence de l hépatite C est plus de 80 fois supérieure à celle de la population générale! MdM et SOS hépatites estiment que le second plan, national, de lutte contre les hépatites B et C, rendu public en 2009, «reste inadapté». Elles dénoncent, également, le fait que les Tests rapides d orientation diagnostic (TROD), pratiqués par les associations ne puissent être généralisés. «Si l arrêté du 9 novembre 2010 a permis la pratique, légale, des TROD, du VIH en France, par les associations, celles-ci ne sont, toujours, pas autorisées à utiliser ceux des hépatites». C est pourquoi, elles proposent, aujourd hui, des TROD des hépatites au centre de soins MDM de la Plaine Saint- Denis. Ces tests permettent d obtenir un résultat, sur le statut sérologique du patient, en moins d une demi-heure. «Ils sont particulièrement adaptés aux populations les plus exposées, ayant peu d accès aux dispositifs de dépistage classiques». 10 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

9 Santé-mag >ACTUALITÉ Greffes rénales, à partir d un donneur cadavérique, réussies, à Blida L équipe du professeur Si Ahmed El Mahdi, chef du service de chirurgie et transplantation rénale, au CHU Frantz Fanon, de Blida, a réalisé, le 2 avril dernier, deux greffes rénales, à partir d un patient décédé, suite a un accident de la circulation ; après accord de ses parents. Les deux reins, prélevés, ont bénéficié à deux patients, dont l évolution est satisfaisante, à ce jour. Il convient de signaler que tous les services médicaux et les moyens, du CHU de Blida, ont été mobilisés, pour réussir cette opération, qui intervient, deux ans après celle réalisée à Blida, par la même équipe médicale. Le grand mérite revient aux familles des défunts, qui ont surpassé leur douleur et ont autorisé le prélèvement des organes, de leurs enfants décédés. Cette attitude prouve la confiance, qui règne entre le personnel soignant et la population locale. Par ailleurs, comme l a souligné le Dr Kamel Bouzidi : «le don d organes, pour sauver une vie, est conçu comme une charité, permanente et le donneur sera récompensé, par Dieu». Et d ajouter que «l Algérie a été le premier pays, musulman, à décréter une fatwa, dans ce domaine». «Près de 1000 transplantations rénales ont été réalisées, en Algérie, depuis 1986, au niveau des structures hospitalières publiques ; ce qui demeure en deçà des besoins», dira le professeur Si Ahmed, du CHU de Blida. Et d ajouter : «Ces greffes ne représentent que 10% de la demande réelle et elles ont, toutes, été pratiquées, à partir de donneurs vivants, excepté six patients, qui ont bénéficié d organes, prélevés sur trois morts, à Constantine, en 2002 ; deux, à Blida, en 2010 et les deux du début du mois (d avril 2012)». Pour cette raison, les praticiens souhaitent la vulgarisation du prélèvement d organes, sur les cadavres, sachant qu il s agit, là, d une pratique, admise par les scientifiques et les religieux. C est, aussi, une réponse adaptée à un problème de santé publique. Cette opération ouvrira les portes à la transplantation du foie, du poumon et du pancréas, qui sont des affections, dont la greffe, seule, permet la survie des patients. Il convient de signaler que 6000 algériens sont en attente d une greffe rénale, selon les spécialistes. 3 millions de personnes, souffrent de polyarthrite rhumatoïde, en Algérie Trois millions de personnes, en Algérie, sont atteintes de polyarthrite rhumatoïde, a déclaré, à Alger, le Pr Aicha Ladjouze-Rezig, présidente de la Ligue algérienne antirhumatismale. Les polyarthrites rhumatoïdes, telle l arthrose, atteignent les personnes âgées de 50 ans et plus, notamment les femmes ménopausées ; mais d autres catégories, également, a ajouté le Pr Ladjouze, chef du service rhumatologie à l hôpital de Ben Aknoun, en marge du 12ème colloque sur les rhumatismes. Pour le Pr Ladjouze la multiplication des centres spécialisés, l augmentation du nombre de spécialistes, dans le domaine et les progrès, enregistrés, au plan des examens et des analyses biologiques, ont, tous, concouru à "l amélioration de la santé du citoyen algérien". Certains patients, a-t-elle déploré, sont contraints de subir des examens poussés, à des tarifs élevés, dans les structures privées d imagerie médicale, faute de prestations, similaires, dans les établissements hospitaliers publics. La "généralisation" de l examen échographique complémentaire, nécessaire, pour le diagnostic de nombreuses maladies, qui touchent la colonne vertébrale, conforté par ceux de l imagerie médicale, ont permis l établissement d un "diagnostic précis" des maladies des os et des articulations. Le Pr Ladjouze a recommandé le renforcement de la formation continue et l échange d expériences, avec des spécialistes étrangers, dans le but d élargir les connaissances des jeunes médecins et les informer des nouveautés, dans le domaine. Ce 12ème colloque aborde des sujets en relation avec la rhumatologie, à l instar de la tuberculose, les tumeurs de l os et la prise en charge des fractures, chez les sujets à risque, notamment les personnes âgées. Association des médecins, arabes, de lutte contre le cancer : le Dr Sami Khattib réélu président. Le Dr Sami Khattib a été réélu président de l Association des médecins arabes, de lutte contre le cancer (AMAAC ), a l issue de la douzième édition du congrès, qui s est tenu les 28 et 29 Avril, derniers, à Tunis. Le Dr Bounedjar Adda (Algérie) a été élu, quant à lui, vice-président. Cette manifestation, scientifique, qui a regroupé 500 participants, dont 40 médecins spécialistes, algériens, a traité des cancers du poumon, du sein, du col de l utérus, tête et cou ; durant les travaux, qui se sont étalés sur deux jours. Santé-Mag - N 06 Mai

10 Santé-mag >ACTUALITÉ Imagerie médicale : place "de plus en plus importante", pour le diagnostic du cancer du sein L imagerie médicale prend une place, "de plus en plus importante", en Algérie, pour le diagnostic des pathologies, notamment le cancer du sein, a indiqué, à Alger, le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Djamel Ould Abbès. "Dans beaucoup de pathologies médicales et chirurgicales, qu il s agisse du diagnostic, de l intervention chirurgicale ou du contrôle post opératoire, l imagerie médicale prend une place de plus en importante", pour, notamment, diagnostiquer le cancer du sein, a déclaré M. Ould Abbès, qui intervenait, à l ouverture d une journée d étude, sur le cancer du sein, organisée par la Société algérienne de radiologie médicale (Satim), en collaboration avec la Société française de radiologie. «Les techniques en radiologie sont en progression, constante, en Algérie». et nécessitent, par conséquent, une mise à jour et un perfectionnement, continu, des connaissances, pour lutter, efficacement, contre le cancer du sein, a-t-il ajouté. L amélioration des connaissances, notamment l acquisition et la maîtrise de techniques nouvelles et les échanges d expériences sont, aujourd hui, une nécessité, pour la recherche diagnostic et la prise en charge de certaines pathologies, a poursuivi le ministre de la Santé. L intérêt, porté au cancer du sein est d une "cruciale importance", étant donné qu il représente la première localisation du cancer, chez la femme, avec près du tiers du total des cancers diagnostiqués, a relevé M. Ould Abbès. Il a considéré que les problématiques, liées au dépistage, devant être soulevées par les spécialistes, lors des débats, étaient de nature à "éclairer notre démarche, sur des bases scientifiques éprouvées". Evoquant la nécessité d assurer, à la population, le meilleur état de santé possible, compte tenu des ressources humaines et matérielles, dont le pays dispose, M. Ould Abbès a rappelé que le secteur de la Santé, disposait de plus de Ophtalmologie : appel à la prise en charge des nouveau-nés, atteints du cancer de la rétine 685 spécialistes, en radiologie, dont 242 exercent dans le public, qui peuvent compter sur un plateau technique moderne, doté d appareils de radiologie numérique, de scanners et d appareils d imagerie à résonance magnétique (IRM). Le secteur dispose, en effet, de 10 appareils IRM (y compris ceux de la CNAS) et sur les 1845 établissements publics de santé de proximité,90% d entre eux sont dotés d appareils de radiologie fixe, a indiqué le ministre de la Santé. Pour le reste des établissements (10 %), leur dotation en équipement nécessaire est en cours, a précisé M. Ould Abbès. Les médecins, quel que soit leur régime d exercice, ne peuvent plus se contenter de ce qu ils ont appris, pendant leurs études. Ils doivent s informer, participer aux débats et échanger leurs expériences, pour améliorer leurs connaissances et assurer, ainsi, une prise en charge de qualité, des malades, a conclu le ministre de la Santé. L Association algérienne de lutte contre la cécité (AALC) a appelé, à Alger, la Caisse nationale d assurance sociale (CNAS) à prendre en charge les nouveau-nés, atteints du cancer de la rétine (rétinoblastome), qui est une tumeur maligne. "Nous lançons un appel, à la CNAS, pour que ce problème soit réglé, car nous sommes confrontés à des drames, qui nous déchirent", a indiqué le Pr Mohamed-Tahar Nouri, expliquant qu auparavant, "faute de moyens, les patients étaient transférés, pour des soins, à l étranger". Selon le Pr Nouri, il y a deux types de cancer de la rétine ; à savoir le rétinoblastome unilatéral, où un seul œil est atteint et donc, curable. Dans ce cas, il y a ablation de l œil, afin d éviter que le deuxième œil soit atteint. Quand le rétinoblastome est bilatéral et touche les deux yeux, l opération de guérison est effectuée à l étranger, où les patients étaient transférés, a-t-il dit, regrettant que, depuis deux ans, ces transferts ne sont plus possibles, dans la mesure où la CNAS a "rompu les transferts" avec l institut Curie de Paris, puis avec un autre hôpital, en Suisse. Le cancer de la rétine est congénital et curable, quand il est pris en charge, à temps. Il atteint entre 25 à 30 enfants, annuellement, en Algérie, selon l AALC, précisant que cette pathologie, qui envahit l orbite oculaire, à travers le nerf optique, atteint la cavité crânienne et donne des métastases."nous avons des enfants avec rétinoblastome non soignés", a-t-il encore déploré, faisant observer que l Algérie dispose de "professeurs et de compétences, qui se sont investis, dans ce domaine et qui sont capables de prendre en charge ce problème, pour peu qu ils bénéficient de formation et de moyens". La 3e journée de l AALC a, également, traité du kératokone, qui est une déformation de la cornée, apparaissant chez des sujets, à l âge de 20 ans et "fréquente", en Algérie. L évolution de cette pathologie donne une tache blanche sur l œil ; ce qui nécessite, par la suite, la greffe de cornée, a-t-on expliqué. En ce sens, les participants à cette rencontre ont regretté la persistance, des familles, à refuser le prélèvement de cornée sur un cadavre, appelant, ainsi, à la création d une "banque des yeux". Les spécialistes ont fait remarquer, en outre, que la cornée n est pas comme les autres organes, prélevés sur des patients en mort cérébrale, expliquant que le prélèvement pourrait se faire, à la morgue, huit à dix heures, au maximum, après le décès. La cornée prélevée peut être, également, conservée, durant une semaine, grâce à un liquide spécial, a-t-on ajouté, réitérant, ainsi, leur appel aux familles, à autoriser ce prélèvement. 12 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

11 Santé-mag >ACTUALITÉ L OMS renouvelle sa confiance, à l Algérie, pour le contrôle de la qualité des médicaments Le coordinateur de médicament et technologie essentielle, de la région Afrique, de l Organisation mondiale de la Santé (OMS), Jean Marie Trapsida, a annoncé, à Alger, que son organisation a renouvelé sa confiance, à l Algérie, pour le contrôle de la qualité des médicaments. Dans une déclaration à la presse, en marge des 21 èmes Journées nationales de pharmacie, M. Trapsida a souligné que le Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP) a été reconduit, par l OMS, pour un nouveau mandat de 4 ans, pour ses prestations de qualité. Il est à rappeler que le LNCPP, qui jouit d une renommée internationale, a été reconduit, pour la troisième fois consécutive. Il a été chargé, par l OMS, en 2003, pour contrôler les produits pharmaceutiques, en Afrique. Le laboratoire qui œuvre à l obtention de la certification ISO 025/1700, a démontré qu il en était digne grâce à la stratégie qu il a adoptée, depuis 2002, a fait savoir M. Trapsida. L expert a classé l Algérie parmi les pays "pionniers", aux côtés de l Afrique du Sud, en matière de contrôle de la qualité des médicaments, en Afrique, soulignant le rôle de l Algérie, dans la lutte contre les médicaments contrefaits. Il a, dans ce sens, déploré la propagation des médicaments, contrefaits, dans les pays subsahariens, appelant à la mise en place d une stratégie, régionale, de lutte contre ce phénomène et à la coordination des efforts, entre les pays de la région et l OMS, en vue de protéger la santé des populations, contre les dangers de ces médicaments. Parmi les solutions proposées, l expert préconise la commercialisation des médicaments à "prix raisonnables", le renforcement des compagnies d assurancemaladie et la promulgation de lois, qui sanctionnent la commercialisation de médicaments contrefaits. 46% de pays africains disposent d une législation "très restreinte" en matière de contrôle de médicaments ; 30 %ont des lois "acceptables" en la matière et 5% n ont pas du tout de lois, dans ce domaine, a rappelé l expert. S agissant de la concrétisation, par les pays africains, des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), d ici 2015, M.Trapsida a indiqué que 40 % de ces pays "ne peuvent pas atteindre ces objectifs, contre une minorité, qui semblerait apte à réaliser une partie de ces objectifs. Il a, dans ce sens, appelé l OMS à la mise en place de mécanismes, pour aider les pays africains à améliorer la situation, sanitaire, de leurs populations. Tabagisme passif : des effets à vie Exposer vos enfants, à la fumée de votre cigarette, c est augmenter leur risque de développer des troubles respiratoires. L information n est pas nouvelle, c est vrai. Ce qui est nouveau, en revanche, c est que ces symptômes persisteront, en principe, à l âge adulte. Et cela, même si le petit ne devient jamais fumeur, une fois parvenu à l âge adulte. Cette découverte est le fait de chercheurs américains, qui ont travaillé sur le sujet, pendant plus de 30 ans. «Différentes études avaient, déjà, établi une relation, entre le tabagisme parental et l apparition de symptômes respiratoires, chez les enfants» explique le Dr Juliana Pugmire, de l Université d Arizona, à Tucson. «Notre but était d observer si ces symptômes perdurent, avec l âge». Les auteurs ont, donc, étudié les données de 371 volontaires, recrutés, en 1972, alors qu ils avaient moins de 15 ans et suivis depuis lors, sans discontinuer. Ils se sont, plus particulièrement, intéressés à la prévalence de l asthme, ainsi qu à la survenue de symptômes, comme une respiration sifflante, ou l installation d une toux chronique. Une fois ces données recueillies, ils ont constaté que 52,3%, des enfants étudiés, avaient été exposés à la fumée de leurs parents, avant l âge de 15 ans. Ils ont, également, observé que le tabagisme, passif, durant l enfance, était, souvent, associé à des troubles respiratoires, qui persistaient, ensuite, à l âge adulte. «Une respiration sifflante, qui s installe dans l enfance, puis persiste à l âge adulte, traduit des déficits pulmonaires fonctionnels», souligne, ainsi, Juliana Pugmire. «Et la bronchite chronique est un facteur de risque, significatif, de voir s installer, ensuite, une broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO)». Considérant les choses sous cet angle, elle fait, ainsi, valoir qu exposer ses enfants au tabac, c est en quelque sorte, leur infliger une condamnation à vie, si l on ose dire. 13 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

12 EVENEMENT>RADIOTHÉRAPIE Les besoins en traitement, par radiothérapie, se font de plus en plus importants Depuis quelques mois, les rencontres se sont multipliées, entre le ministère de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière et les leaders, mondiaux, de la fabrication d équipements de radiothérapie. Les négociations ont été entreprises, en janvier dernier, sur le nombre d appareils à acquérir, leur prix, les délais de livraison, l exigence de l accompagnement, par des techniciens spécialisés en maintenance et l assurance de la formation, selon la demande de l Algérie. Ce que le principal fournisseur, à savoir Vrian Medical Systems, vient d entamer, dans la première phase de la réalisation de ce mégaprojet, à savoir la formation de radiothérapeutes et de physiciens médicaux. Un workshop a, donc, été organisé, durant deux jours, à l Institut national de santé publique, à Alger, les 12 et 13 avril dernier, au profit d une soixantaine de spécialistes. Coordonné par le président du Comité national du cancer et chef du service de radiothérapie au CPMC, le Pr M hamed Affiane, cet atelier de travail se veut une préparation à l acquisition et à la manipulation des 7 nouveaux accélérateurs de radiothérapie de nouvelle génération, qui seront acquis, incessamment. Trois appareils sont destinés au Centre anti-cancer de Batna, trois autres au centre de Constantine et le septième sera installé au Centre Pierre et Marie Curie d Alger (CPMC), avons-nous appris. «Il est, donc, important, avant toute chose, d assurer une formation, qualifiante, pour ceux qui auront à traiter des centaines de malades ; pour éviter des accidents aux conséquences dramatiques, notamment en matière de délivrance des doses de traitement. Les appareils de nouvelle génération, très sophistiqués, permettent des traitements beaucoup plus fins, mais nécessitent des personnels très qualifiés, une maintenance de qualité et un environnement adapté», a noté le Pr Affiane, avant de préciser qu il faut savoir prévenir les risques et bien maîtriser l outil. Le travail, nous a-t-il expliqué, consiste à assurer, dans le cadre d un réseau informatique, la fiabilité de l information, conduite à travers les images et vers la machine de traitement, pour éviter des erreurs, au cours du parcours. L acquisition d un appareil, soutient-il, ne signifie pas son utilisation immédiate. Avant toute manipulation, plusieurs procédures doivent être mises en place et ceci prend plusieurs semaines. «La radiothérapie est très complexe et ce n est pas en un an qu on peut aller vers la modernité. La complexité fait qu entre le moment où l appareil est commandé et mis en place, il faut compter plus d une année», a-t-il indiqué. Il a, ainsi, insisté sur la formation du personnel et l apprentissage, préalable, pour les jeunes radiothérapeutes. «On a besoin de préparer le personnel et il nous faut du temps pour arriver à avoir deux ou trois centres de radiothérapie performants et qui serviront de centres formateurs», a-t-il ajouté. Dans un centre de radiothérapie, a-t-il précisé, il faut, au moins, deux physiciens médicaux pour un appareil ; lequel peut traiter 500 à 800 patients, par an ; ce qui veut dire 6 physiciens, par centre. «Nous avons besoin de former 8 à 10 physiciens, par an.» D ailleurs, a-t-il rappelé, une formation a été, déjà, initiée à l université de Bab Ezzouar, entre 2004 et 2005 et un statut a été promulgué, en 2008 ; mais, depuis, des mastères ont été créés un peu partout. De nombreux étudiants ont été formés, mais sans aucune qualification clinique. «On ne peut pas confier la gestion d une structure de radiothérapie à des chômeurs incompétents», a-t-il relevé ; en attendant l organisation, avant la fin de ce mois, d un séminaire-atelier pour, justement, débattre de cette importante question de l exercice de la physique médicale. «Devant ce problème de non-qualification, il est question d assurer la sécurité des patients», a-t-il, encore, insisté. Nous souhaitons l accélération des procédures administratives qui permettra de réceptionner, rapidement, les nouvelles machines, pour mettre en place une politique de maintenance efficace ; car un appareil de radiothérapie ne doit pas s arrêter», a-t-il conclu. Radiothérapie : une précision toujours plus grande Pour son 30 e anniversaire, le Congrès européen de radiothérapie et d oncologie (ESTRO), qui se tenait à Barcelone, du 9 au 12 mai, a, comme à chaque édition, fait le point des nouvelles technologies. Celles-ci autorisent un ciblage, toujours plus précis, des traitements anticancéreux et donc, une plus grande efficacité. Elles imposent, cependant, une prise en charge interdisciplinaire. «Notre intention est de mettre l accent sur les traitements personnalisés. L irradiation des tumeurs, en épargnant les tissus sains et les organes à risque, est, aujourd hui, possible, grâce à de nouvelles technologies, comme la radiothérapie stéréotaxique, appliquée au corps entier», souligne le Dr Núria Jornet, physicienne radiothérapeute à l Hôpital de la Santa Creu i Sant Pau de Barcelone. Co-présidente de l ESTRO, elle nous explique l intérêt de cette technique, qui représente une forme de «radiothérapie externe, de grande précision, indiquée dans le traitement de tumeurs cérébrales, de carcinomes pulmonaires primitifs et pour certains patients non-opérables». Ses indications aujourd hui, sont de plus en plus nombreuses. Le maître-mot, c est la pluridisciplinarité Cette année, l interdisciplinarité est, particulièrement, à l honneur. «Pour réussir à cibler une tumeur, de façon aussi précise que possible et en toute sécurité, le travail, en commun, de différents professionnels, est essentiel», insiste Núria Jornet. Biologistes, oncologues, radio-physiciens, radiothérapeutes A l heure où les machines délivrent de fortes doses d irradiation, sur une zone très réduite, «la sécurité reste l une de nos principales préoccupations». Dans certains cas, les radiations administrées, au cours d un nombre restreint de séances, «font, littéralement, fondre la tumeur, car elles provoquent une nécrose des cellules cancéreuses». 14 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

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15 Santé-mag >EVENEMENT Le Pr M'hamed AFFIANE, Chef du service de radiothérapie,au Centre Pierre et Marie Curie du Chu Mustapha Bacha : «j ai l impression que les pauvres malades prennent des rendez-vous, à la limite du tolérable» Face à une demande, exponentielle des soins, en radiothérapie, l offre croît, arithmétiquement et c est, justement, cet écart, qui fait dilemme. On ne peut nier les investissements, opérés par l Etat, dans le domaine, mais les faits sont là : des malades de plus en plus nombreux, pour les raisons qu explique le Professeur Affiane. Pour le médecin, la programmation, des rendez-vous des séances de traitement, est, de plus en plus, compliquée et ingérable et c est par une profession de foi, inscrite au fronton de son bureau, que le Pr Affiane accueille ses visiteurs. «Rapprocher un rendez-vous se fera au détriment d un autre malade. Personne n acceptera de voir son rendezvous reporté, pour être remplacé par un autre, plus introduit. Ne me demandez pas de le faire, ce serait injuste. Qui que vous soyez, ma réponse est négative. Merci de votre compréhension.» Le professeur nous parle de ce combat, auquel il fait face, quotidiennement. Santé Mag : Comment expliquez-vous l insuffisance, en matière de traitement, en radiothérapie? Pr Affiane : C est un problème d offre et de demande. Il y a, aujourd hui, des chiffres d incidence, publiés par l Institut national de santé publique, relatifs au registre du cancer, qui s élèvent à nouveaux cas, par année. Je crois qu il faut travailler sur ces chiffres, pour avoir des données, relativement correctes et objectives. Ceci est le premier point. Ensuite pour la radiothérapie, on sait, aujourd hui, que plus de 70% des malades nécessitent ce traitement ; alors le calcul est très simple, c'est-à-dire que à malades doivent bénéficier de ces soins et par conséquent, cela représente la demande, d un part. Quelle est l offre et les moyens que nous avons, d autre part? C est très simple. Nous avons des centres de traitement à Alger (CPMC), Blida, Oran et Ouargla. Ce qui donne un parc de 16 machines, compte tenu de celles de Constantine, qui sont en cours de renouvellement. Ceci étant, la norme est : une machine pour 400 malades. Or, chez nous, une machine est utilisée à 200% ; c est à dire qu une machine traite 700 à 800 malades. Multiplié par 16, cela veut dire près de 9000 patients, qui peuvent être pris en charge. (C est un peu plus compliqué que ça, mais, pour simplifier les choses, nous avons raisonné, ainsi). Qu en est-il de l investissement, du privé, dans ce domaine? Des privés ont obtenu un agrément, à Constantine et à Tizi-Ouzou, mais, ce qu il faut savoir, c est que l investissement est très lourd et le coût est particulièrement élevé, partout, dans le monde. La Sécurité sociale doit, donc, jouer le jeu. C est vrai qu en Algérie on a consenti un investissement énorme. Je suis dans les instances internationales, particulièrement africaines et notre pays est le seul état, africain, à avoir accordé autant de dépenses, dans le domaine. Il y a une quinzaine de centres, qui ont été programmés, par le gouvernement ; à savoir : Sétif, Annaba, Batna, Tlemcen. Mais, ceci est étalé, dans le temps. Les premiers centres, en l occurrence, Batna, Annaba, Sétif vont, probablement, être achevés, vers la fin de l année ou au début de l année prochaine. Cependant il faut savoir, aussi, que la radiothérapie est très lourde. Même si ces Entretien réalisé par Tanina Ait services arrivent, il faudrait un certain temps pour leur montée en cadence; c'està-dire, pour qu ils soient opérationnels. C est quelque chose de très complexe et on ne peut pas se permettre d aller vite. Donc, le déficit va, malheureusement, encore durer longtemps. De toute façon, quoi qu on dise, l incidence va en augmentant, car nous sommes une population qui vieillit. A cet effet, en prenant, uniquement, le facteur vieillissement, qui est le premier facteur de risque majeur, avant même le tabac, l alimentation, la pollution c est le facteur, prépondérant, dans l explosion des cancers. Et ceci, de par le monde. Chez nous, lorsqu on voit la courbe des cancers, elle est en train de monter. Il faut dire qu aujourd hui, les plus de 60 ans représentent plus de 7% de la population et cette tranche va augmenter. 7% de 35 millions, faites le compte! Ca fait plus de 3 millions, qui auront plus de 60 ans et à partir de 50 ans, on a, à peu près, le chiffre de 15% et cette tranche va augmenter et l incidence va augmenter. La demande aussi. Cela veut dire que, malgré les investissements, qui vont venir, dans les prochaines années, ceci restera insuffisant. C est pour ça que dans tous les pays du monde et si on prenait, uniquement, le cas de la France - qu on connait le mieux -, les investissements sont engagés à 50/50%, public-privé. Au Maroc, le privé est plus engagé, alors que la Tunisie est à égalité public-privé. Chez nous, le privé commence à arriver, comme nous l avons dit plus haut, mais, malheureusement, le public est incontournable. Je dis malheureusement, Santé-Mag - N 05 Avril

16 Santé-mag >EVENEMENT pour le prix. Aussi, il faut que la Sécurité sociale prenne en charge les dépenses des soins, sinon les pauvres malades vont errer. Ainsi, pour se soigner, celui qui a quelques biens, à vendre, ira les vendre ; ce qui est inacceptable et injuste. Encore une fois, je dis que la Sécurité sociale doit s engager! Cela permettra de soulager, quelque peu, le malade. Toujours est-il, malheureusement, la pression va durer, encore, des années et chez nous, elle est horrible. C est vrai qu on travaille, mais, avec des rendez-vous à un an. C'est-à-dire que cela perturbe la thérapie? Mais, bien sûr que cela perturbe la thérapie et nous n avons pas le choix ; c'està-dire que nous sommes face à un dilemme : Soit ils sont fixés tardivement et dans ce dernier cas, il nous est reproché cette longue échéance ; mais que faire? C est un gros problème. Quelle décision prendre? En outre, quand je donne un rendez-vous, qui dois-je sélectionner? Il m arrive de bloquer les rendez-vous, lorsque c est saturé et de reprendre trois mois après. Mais, à la reprise, qui prendre? Est-ce ceux qui attendaient ou les nouveaux cas? De toute façon tous sont prioritaires, compte tenu de l urgence de leur état! C est, vraiment, une situation ingérable et toute décision peut être inhumaine et injuste, eu égard à l absurdité de la situation, que nous vivons. C est vrai que donner un rendez-vous à un an c est aberrant, c est ridicule et je ne trouve plus le terme, pour qualifier cela Mais que voulez-vous faire? J ai l impression que les pauvres malheureux prennent des rendez-vous, à la limite du tolérable et tous les jours, on subit des interventions, pour rapprocher les rendez-vous ; chose que je refuse, personnellement, même si cela entraîne des conséquences négatives, dans mes relations personnelles. J accepte, un peu, ces problèmes, à mon corps défendant, pour être tranquille avec ma conscience. Enfin! je dis avec ma conscience, parce que je ne badine pas avec les rendez-vous et je ne suis pas injuste, mais, quelque part, ça me fait très mal de voir arriver des malades et de donner des rendez-vous à un an. Cependant, si, dans mon bureau, je suis un gestionnaire intransigeant, il suffit que je voie un malade, dans les couloirs, dans un état lamentable, pour que je déroge à ce principe. Il m arrive, en effet, lorsque je quitte mon bureau, de trouver un malade qui me fait la pression et on le prend. C est humain, mais il y a une limite à l évidence : à l impossible nul n est tenu! Par ailleurs, il faut un quart d heure, au minimum, pour traiter un malade ; sinon une demi-heure. Donc, une machine ne peut traiter plus de 70 malades, par jour. Or, on traite 200 patients, voire plus, par jour, comme je l ai dit, tout à l heure. On ouvre, pratiquement, les portes à 6 heures du matin et on ferme à 22 heures. C est le maximum possible. Combien de malades recevez-vous, par jour, dans le service? Globalement, nous recevons 300 à 350 malades, par jour, consultations comprises. A cela, s ajoutent les accompagnateurs ; c est-à-dire, un millier de personnes qui transitent dans ce service. Allez gérer tout ce monde, tout ce flux, nonobstant le fait que les malades viennent avec leur cortège de problèmes ; car celui qui vient de l intérieur du pays, il faut l héberger et on n a pas les moyens de le faire, car la situation est saturée. Nous avons, uniquement, 24 lits! On utilise, alors, Diar Errahma, une association, qui héberge effectivement ; mais cela ne résout pas le problème, car 80% de nos malades viennent de plus de 50 Km. Ils sont, donc, nombreux et la situation est intenable. J ai des malades, qui font 50 à 100 km, tous les matins et même plus. J avais une malade qui venait de Bougie, chaque jour et repartait le soir. C est horrible, mais que voulez-vous faire? C est vrai qu on nous traite, souvent, de beaucoup de choses, d inhumains mais, je comprends le malade. Vu l absurdité de la situation, on reste sans réaction. Ce qui est désolant, pourtant, c est que notre travail ne peut être remis en cause, mais l intendance ne suit pas. On pourrait importer des quantités-record de médicaments que cela ne résoudrait pas, pour autant, le problème, faute de centres de traitement. Au demeurant, on continuera à subir cette pression, laquelle n a pas de solution, dans l immédiat Voilà donc, un peu, la situation à laquelle nous sommes confrontés, quotidiennement. Y a-t-il un plan d urgence, pour ces malades, qui attendent? A propos d urgence, cela fait des années que je travaille pour le développement de la radiothérapie. Cela fait des années que je suis ce dossier. Il faut dire que, dans les années 1990, la situation était dramatique. A partir de l année 2000, nous avons lancé un plan de développement et aujourd hui, nous pouvons dire que la situation des services est, quelque peu, mise à niveau, après d énormes sacrifices. Nous attendons, donc, l arrivée, prochaine, de certains centres, mais cela demeure, encore, insuffisant. Vous ne pouvez pas imaginer les lenteurs administratives, pour faire agréer un dossier. D autant que cela ne relève pas, uniquement, du ministère de la Santé. Il faut, en effet, présenter le dossier devant la Commission nationale des marchés, comme tout autre produit et parfois, hélas, le dossier est rejeté. Cela traîne, donc, en longueur. Ensuite, lorsque le dossier est, enfin, accepté, on passe à la réalisation du bâtiment et ceci est une autre paire de manche. Tout le monde connaît les problèmes inhérents à la construction. Pour résumer, je vous donne un exemple : le dossier de Batna a été déposé, depuis trois ans et à trois reprises, au niveau de la Commission nationale, qui l a, finalement rejeté. Alors, il a été décidé de passer outre! C est, quand même, une décision importante et il faut le reconnaître. Ceci, en raison, effectivement, des lourdeurs administratives. Enfin, ce n est pas pour critiquer, mais c est une réalité, qui a fait que nous avons pris beaucoup de retard. En parallèle, nous, notre travail d enseignants, nous l avons fait, puisqu on a préparé des médecins, qui sont, maintenant, au chômage, faute de structures d accueil. Peut-on avoir une idée de l investissement financier? Enormément d argent a été investi et ça, il faut, quand même, le reconnaître. Pour un centre, la structure, seulement, coûte, à peu près, 5 milliards de dinars. En termes d équipements, il faut, environ, 7 million d euros. Donc, il y a eu un investissement colossal. A toutes fins utiles, je vous donne le prix du traitement complet de la radiothérapie, qui dure un mois et demi à deux mois, sur plusieurs séances ; à savoir 4000 à 5000 euros, quand cela est possible. Encore une fois, ce qui nous intéresse, en dernière instance, c est que le malade doit être pris en charge et à la limite - au niveau du public ou du privé -, l essentiel c est qu on le soigne. Lorsque le malade est soigné, au niveau du privé, la Sécurité sociale doit jouer son rôle, pleinement, eu égard aux sommes, faramineuses, que doit débourser le patient. Sachant qu il y a des malades qui vont en Tunisie, au Maroc et même en Turquie, pour se faire soigner; donc, ils dépensent, énormément, au prix de gros 18 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

17 sacrifices, comme vendre leurs biens. Ceux qui n ont rien à vendre meurent! C est injuste et malheureux, mais, c est, quand même, difficile d accepter ces choses-là. C est, pour cela, que la Sécurité sociale doit s engager. Nous avons demandé aux autorités de faire un état des lieux, de faire un bilan. Si le public peut les prendre en charge, c est parfait ; sinon, il faut bien trouver une solution. A votre avis, est-ce une solution d envoyer ces malades à l étranger? Cela ne peut être envisagé. Politiquement, c est inacceptable et c est pourquoi nous faisons des investissements, pour trouver la solution, dans notre pays. D ailleurs, il est impensable d y envoyer personnes. C est du charter! Humainement, c est, tout aussi inacceptable et puis, encore une fois, si je dois être traité, je préfère que cela soit chez moi. Pourquoi? Parce que, pour se soigner, c est vrai qu il y a l aspect médical, mais, aussi, l aspect psychologique. Un malade, chez nous, a la prise en charge sociale, familiale, psychologique et tout cela est important. Le pire est de se retrouver, avec cette grave maladie, isolé, loin des siens, dans un pays étranger. Donc, transférer des malades, c est exclu. Effectivement, il y a des collègues, qui ont demandé le transfert de ces malades, mais, transférer ou malades, vous vous imaginez ce que cela représente? D abord, il n y a pas un d établissement, qui soit capable de les prendre en charge ; c est-à-dire, qu il faudra réserver 5 ou 6 centres, exclusivement pour les Algériens et personne ne le fera. En outre, éparpiller le monde d Algériens malades, c est inacceptable et irréalisable. Donc, le combat doit se faire ici, chez nous. C est, localement, qu il faut régler nos problèmes. Un dernier mot Un dernier mot? Je ne sais pas? Toujours est-il que nous nous battons, au quotidien et nous comprenons le malade. Celui-ci doit garder espoir. Nous réitérons notre appel, à toutes les autorités concernées, afin accélérer les procédures, de façon qu on puisse réceptionner les nouvelles structures ; car il n y a pas d autres solutions et que la Sécurité sociale soit diligente. Santé-mag >EVENEMENT Ala lumière de ce qui précède, le constat n est pas réjouissant. Faute de moyens, on n arrive pas à baisser le taux de mortalité des malades atteints de cancer. En effet, la radiothérapie doit, en principe, être administrée, au plus tard, deux mois après que le patient ait subi la chimiothérapie. Si ce délai n est pas respecté, le pourcentage de guérison baisse. Les normes internationales, relatives aux matériels, dans les services anti cancer, n ont pas, encore, été atteintes. Il s agit, en l occurrence, d insuffisances en équipements de radiothérapie et seuls 22 % de malades accèdent à ces soins. Deux spécialistes : à savoir, le Professeur Louafi Djellali, Chef de service d oncologie médicale, au CHU d Oran et le Docteur Mohamed Mahiou, radiothérapeute, au centre Pierre et Marie Curie (CPMC) d Alger, nous en parlent. Santé Mag : Il n est, pratiquement, plus possible d'avoir un rendez-vous, au moment voulu, pour la radiothérapie, à Alger et les malades, atteints de cancer, affluent de l'intérieur du pays vers ces centres. Pourquoi, précisément? - Pr L. Djellali : Effectivement. Dans le rapport des chefs de service de radiothérapie, qui nous a été lu, lors du Comité national cancer et remis au ministre de la Santé, il est souligné qu'on ne peut prendre en charge que 20 % des malades, qui présentent des indications de radiothérapie et c est ce qui explique, amplement, le problème de files d attente et l espacement, très large, des rendez-vous. Professeur Louafi DJELLALI* à Santé Mag : «80% de malades, atteints de cancers, ne bénéficient pas des soins de radiothérapie» Entretien réalisé par Tanina Ait Est-ce le cas à l'ouest du pays? - C est le cas dans tous les centres de radiothérapies : à Alger, Blida, Oran et à Constantine. Vingt deux centres anti - cancer doivent ouvrir, semble-t-il, d'ici Est-ce la fin du calvaire des malades? - Les études, le lancement des travaux et la planification de ces 22 centres ont pris énormément de retard. Ce sera, donc, au-delà de On est encore loin de cette date. D'ici là, y a-t-il une solution, en l'urgence, pour ceux qui attendent un rendez-vous? - Il n'y a aucune solution, dans l'urgence, pour ceux qui attendent un rendez-vous. Peut-on connaître la prévalence de cette maladie, en Algérie et combien de malades peuvent accéder aux soins de radiothérapie, actuellement? - Encore une fois, 20 %, seulement, des malades peuvent accéder aux soins de la radiothérapie actuelle. Le secteur privé va s'investir dans ce type de traitement. Le citoyen lambda pourrait-il accéder à ces soins, en termes de coûts? - Il est difficile, au secteur privé, de s'investir dans ce type de traitement, à cause de la lourdeur des investissements financiers : coûts des machines de simulation, des accélérateurs de rayons, etc. Le citoyen lambda ne peut pas y accéder, aujourd hui et il sera difficile à la Sécurité sociale de répondre, à cause des remboursements faramineux. * Professeur Louafi Djellali, doyen des oncologues algériens, Chef du service d oncologie médicale, au CHU d Oran. Président du comité pédagogique, national, d oncologie médicale. Santé-Mag - N 06 Mai

18 Santé-mag >EVENEMENT LES ASSOCIATIONS... Pénurie de médicaments vitaux, inégalité des soins, absence de radiothérapie les malades cancéreux vivent un véritable drame en Algérie. Alors qu à l étranger, on parle de taux de guérison élevés atteignant parfois les 100%, dans notre pays, la maladie continue d emporter des malades. Plus de 80% meurent par négligence, a déploré Mme Hamida Kettab, secrétaire générale de l association El Amel d aide aux personnes atteintes de cancer du Centre national anticancéreux Pierre et Marie Curie (CPMC). C est un véritable cri d alarme qu elle a lancé, avec d autres associations comme El Fedjr de Tizi Ouzou, El Fedjr d El Oued, El Amel de Batna, El Amel fi El Hayet de Sidi Bel Abbès. D un côté, des témoignages de malades on ne peut plus poignants. Des médecins impuissants devant la souffrance des malades. De l autre, des responsables de la santé, qui font la sourde oreille à des appels incessants. «Depuis plusieurs mois, la prise en charge des malades atteints de cancer est tout simplement chaotique», alertent les associations de cancereux. «Nous recevons des malades, qui ne savent plus à quel saint se vouer», dénonce Mme Kettab. «Voir les malades mourir est devenu notre quotidien», dit-elle. Les malades déplorent une dégradation inacceptable de leur prise en charge, en raison des pannes répétitives dans les soins de radiothérapie et des ruptures perpétuelles des produits anticancéreux vitaux. «Les moyens existent mais la mauvaise gestion fausse tout», estime Mme Kettab : «Plus de 50% du budget des hôpitaux est destiné aux pathologies cancéreuses mais, sur le terrain, la réalité est tout autre.» «Nous assistons à des ruptures, répétées,de médicaments anticancéreux», dit-elle. «Sans parler des perturbations, sans précédent, touchant les services de radiothérapie, qui sont presque tous en panne et souvent en même temps, pénalisant fortement les malades. Ces derniers se retrouvent avec des rendez-vous trop éloignés, ce qui hypothèque considérablement leurs chances de guérison», ajoute l oratrice. Ainsi, les malades qui ne sont pas passés par la radiothérapie sont repris en catastrophe pour une autre cure de chimiothérapie et ce, afin de réduire les dégâts causés par la maladie. «Ce sont souvent des malades qui sont repris en état de récidive, métastasés ou, pis, qui ne reviennent plus pour cause de décès», dénonce Mme Kettab. «Il est certain aujourd hui que la situation est insoutenable. Les pouvoirs publics doivent intervenir et mettre fin au drame que vivent les malades cancéreux», dit-elle, estimant que cinq centres de radiothérapie à travers le pays est un nombre insuffisant. «De plus, la majorité de ces centres ne fonctionnent pas», s insurge-t- elle. Elle ajoute qu en désespoir de cause certains médecins conseillent à leurs malades d aller faire la radiothérapie en Tunisie. Mme Kettab a appelé à la nécessité d ouvrir d autres centres pour soulager tous ces malades qui souffrent d une prise en «Je connais des médecins du service de radiothérapie qui pleurent tous les jours. Parce que, souvent, lorsqu un médecin appelle le malade, trois ou quatre mois après avoir pris rendez-vous pour une radiothérapie, il apprend par le biais de sa famille qu il est déjà mort» charge défaillante sur tous les plans. «Les responsables de la santé sont appelés aujourd hui à se pencher sérieusement sur ce dossier ; à trouver des solutions, à réagir rapidement pour sauver ces vies», interpellent les associations d aide aux personnes atteintes de cancer. Au sempiternel problème de la radiothérapie s ajoute la rupture de médicaments indispensables qui causent des retards de soins. des pénuries de médicaments anticancéreux répétées sont enregistrées, d après ces associations d aide aux personnes cancéreuses. «Nous avons reçu des patients avec des ordonnances pour acheter des médicaments strictement hospitaliers et qui ne peuvent être servis en pharmacie.» Même désarroi du côté de Fekira Baroudi, secrétaire général de l association de Sidi Bel Abbès El Amel fi El Hayet. Selon lui, il y a un centre de radiothérapie à Oran pour toute la région Ouest mais, dira-t-il, «la plupart du temps, il est en panne». «De même, le mamographe n est pas fonctionnel depuis deux ans, les pauvres malades se trouvent obligés d aller vers le privé», regrette-t-il. ETAT DES LIEUX Pannes répétitives dans les centres de radiothérapie et ruptures de médicaments : le calvaire au quotidien du CPMC : le Centre Pierre et Marie Curie est le centre national de référence anticancéreux. Il est aujourd hui surchargé et reçoit les malades des quatre coins du pays. Il a augmenté la cadence de travail (24h/24h et 7j/7j) pour rattraper le retard enregistré cet été, à cause de l arrêt du service de radiothérapie dû à une panne. Les responsables de la radiothérapie ont été obligés depuis quelques semaines de ne plus donner de rendezvous, car trop éloignés. Les malades, qui affluent au service, sont vite plongés dans le désarroi en voyant la note affichée à ce sujet. La radiothérapie est un traitement nécessaire après une chimiothérapie. Le CPMC et l hôpital de Tizi Ouzou enregistrent une centaine de patients qui souffrent d une rupture de médicaments vitaux avec les conséquences énormes sur leur état de santé. Des décès sont d ailleurs déjà déplorés. Le CAC de Blida est le seul centre à avoir échappé aux pannes, il se trouve toutefois complètement dépassé et travaille à plein régime car il accueille les patients des autres centres (Alger, Oran, principalement). Au CHU/ Centre anticancéreux (CAC), d Oran : le matériel de radiothérapie est pratiquement tout le temps en panne. Les associations de malades déplorent des pannes qui peuvent aller au-delà d un mois pour raison de caducité. Résultat : tous les rendez-vous sont reportés jusqu à 6 à 7 mois. Deux stimulateurs nouveaux ne sont pas encore exploités parce qu il n y a pas de personnel qualifié pour manipuler le matériel.hôpital de Messerghine : bien qu il ait été inauguré depuis plus d un an, il n est toujours pas fonctionnel. CHU de Constantine : cette structure se trouve totalement débordée car elle accueille tous les malades de la région Est du pays. La radiothérapie est à l arrêt depuis plus de trois mois. Les 20 Santé-Mag - N 06 Mai 2012

19 Santé-mag >EVENEMENT D É N O N C E N T malades ont été renvoyés chez eux sans date de rendez-vous, sans espoir d avoir accès au traitement. Même les anciens malades qui ont déjà fait des cures ont vu leur traitement arrêté. Batna : cette région dépend de Constantine. Même les produits de chimiothérapie sont en rupture. Les responsables de l hôpital et les médecins sont ballottés entre les responsables des PCH de Biskra et la PCH d Alger, qui se renvoient la balle, sur le manque de médicaments. CAC de Ouargla : le stimulateur y est installé mais sans les appareils qui le font fonctionner. Il n est toujours pas fonctionnel alors que quatre radiothérapeutes ont été affectés sur les lieux. L Association d aide aux personnes atteintes de cancer, Nour Doha, dénonce une situation qui met chaque jour qui passe la vie des cancéreux en danger.. Nour Doha a lancé un appel d urgence pour réagir à la situation «difficile» que vivent les cancéreux depuis quelque temps à cause des «défaillances» constatées au niveau d un nombre de centres de radiothérapie à travers le pays. Les spécialistes ont insisté sur l impérative nécessité de remettre en marche certaines radiothérapies qui sont à l arrêt, appelant aussi à augmenter leur nombre qui demeure «restreint vu le nombre croissant des cancéreux». La présidente de Nour Doha, Mme Samia Gasmi, a indiqué que le malade cancéreux est souvent obligé de se déplacer d une région à une autre pour se faire soigner et, dans la plupart des cas, il est obligé d attendre des mois». L oratrice a précisé que le centre spécialisé de Constantine est «à l arrêt, sachant qu il est le seul établissement qui assure la radiothérapie pour toute la région de l est du pays». La situation du centre d Oran n est pas meilleure puisque ses capacités d accueil sont très réduites au vu de la demande. S agissant du centre de Ouargla, il n est toujours pas opérationnel alors qu il est équipé d une radiothérapie depuis quelques années au moment où les malades du Sud continuent d affluer vers Alger. Quant au Centre Pierre et Marie Curie (CPMC) d Alger, qui a retrouvé son activité depuis peu, il n arrive plus à assurer toute la demande malgré le fait qu il fonctionne H24 y compris les jours fériés. D autre part, les capacités d accueil du centre de Blida demeurent inférieures à la demande «grandissante», a estimé la présidente de cette association. Selon le Pr Kamel Bouzid, chef du service d oncologie médicale au centre Pierre et Marie Curie (CPMC), la Sécurité sociale ne joue pas le jeu pour gérer cette période transitoire avant la mise en œuvre effective du plan anti-cancer arrêté par le ministère de la Santé. Le professeur Kamel Bouzid est parti de la situation «calamiteuse» du service de radiothérapie du CPMC pour évoquer, ensuite, la souffrance des cancéreux qui, à cause d un rendez-vous éloigné, meurent plus tôt avant de subir la moindre séance de radiothérapie. «Cette situation ne date pas d hier mais de plusieurs mois pour ne pas dire des années. La question qui se pose est de savoir pourquoi sommes-nous arrivés là. C est une situation que nous dénonçons depuis Devant la détresse des cancéreux, condamnés à attendre des mois un rendez-vous pour des séances de radiothérapie, le Pr Bouzid, président de la Société algérienne d oncologie médicale, lance comme un cri du cœur en appelant la tutelle à prendre, de manière transitoire, la décision d envoyer ces malades vers l étranger. 15 ans. Alors, quelqu un qui se présente aujourd hui au service de radiothérapie ne subira sa première séance de radiothérapie plus de six mois après la chirurgie. C est un délai inacceptable d un point de vue cancérologique ou médical. Pour un cancer du rectum ou un cancer du col de l utérus qui saigne, c est plutôt une fumisterie. Il vaut mieux leur dire qu on ne peut pas vous traiter», souligne-t-il. Et d ajouter : «Je connais des médecins du service de radiothérapie qui pleurent tous les jours. Parce que, souvent, lorsqu un médecin appelle le malade, trois ou quatre mois après avoir pris rendez-vous pour une radiothérapie, il apprend par le biais de sa famille qu il est déjà mort». «Les cancéreux ne se soignent nulle part» Statistiquement parlant, le taux d incidence du cancer en Algérie est de 110 pour habitants. C est ainsi qu on enregistre nouveaux cas par an, dont nécessitant une radiothérapie. L Algérie est ainsi, l un des pays dont le cancer constitue réellement un problème de santé publique. Ce sont les chiffres communiqués par le ministre de la Santé lui-même lorsqu il a présenté, le plan anti-cancer. Un plan qui consiste en la construction de centres anticancéreux, l acquisition d équipements et la formation de médecins spécialistes, du personnel paramédical et des techniciens pour la maintenance des équipements. Il sera complètement mis en en œuvre en En attendant la construction de ces nouveaux centres, les équiper et les pourvoir en personnels spécialisés, ce sont des dizaines de milliers de cancéreux qui, faute de soins, meurent chaque année. Tout simplement parce que les structures existantes ont, à peine, la capacité de traiter patients. C est que, théoriquement, cancéreux ne vont pas être traités du tout, ce qui est inacceptable selon le Pr Bouzid. D autant, affirme-t-il, que seuls les centres de Blida et Ouargla sont fonctionnels. Les autres, ceux de Constantine et d Oran, sont dans une situation «lamentable», tout comme celui d Alger. «A vrai dire, les cancéreux ne sont pris en charge nulle part. car, en attendant que les mesures prises dans le cadre du plan anti-cancer prennent effet, dans deux ou trois ans, ce sont malades nécessitant une radiothérapie, dont le sort est lié aux rendez- vous éloignés». Or, arguant que ce genre de soins est disponible en Algérie, le ministère de la Sécurité sociale refuse toute prise en charge d un cancéreux à l étranger: «Nous avons interpellé le ministère concerné à maintes reprises et, à chaque fois, les responsables de ce ministère se défaussent et disent non.» Et d insister : «Il faut que le ministère de la Sécurité sociale s implique. Par des prises en charge à l étranger durant cette période transitoire, et pas nécessairement en France. Et aussi, à travers la révision de la nomenclature et la tarification des actes médicaux, les actes chirurgicaux. Ils sont près de à nécessiter des soins quelle solution pour les cancéreux? Envoyer cancéreux, à l étranger, pour des cures de radiothérapie, est irréalisable, selon le président de la Commission médicale nationale des transferts pour soins à l étranger. Il n en demeure pas moins que la CNAS accorde, annuellement, environ 200 prises en charge dans des structures européennes à des personnes souffrant d une tumeur localisée, Santé-Mag - N 05 Avril

20 Santé-mag >EVENEMENT difficilement extirpable, pour un montant dépassant les 6 millions d euros. Devant la détresse des cancéreux, condamnés à attendre des mois un rendezvous pour des séances de radiothérapie, le Pr Bouzid, président de la Société algérienne d oncologie médicale, lance comme un cri du cœur en appelant la tutelle à prendre, de manière transitoire, la décision d envoyer ces malades vers l étranger. Le Pr Bougherbal, président de la Commission médicale nationale de transferts pour soins à l étranger juge irréalisable une telle opération, eu égard au nombre important des cancéreux qui y seraient potentiellement éligibles. «D après le chiffre qu on a avancé, il faut transférer cancéreux pour radiothérapie. Quel pays accepte de prendre en charge autant de malades par an? Quel consulat délivrera autant de visas? Quel est le transporteur qui peut organiser transferts en peu de temps? Bien entendu, il faut faire quelque chose pour ces malades», explique notre interlocuteur. Catégorique, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière riposte et affirme que son département n envisage nullement une telle mesure, car le pays a les moyens de traiter ses cancéreux. Il affirme que malades sont traités dans un service de radiothérapie, chaque jour, à l échelle nationale. Il précise que le Centre Pierre et Marie-Curie assure, à lui seul, la prise en charge de 80 cancéreux par jour en radiothérapie. Il devra augmenter son rythme une fois que les deux accélérateurs, nouvellement acquis, seront installés. Le discours officiel, triomphaliste, est loin de la réalité. Effectivement, des milliers d Algériens n ont pas accès aux soins par chimiothérapie ou radiothérapie par manque de places dans les services y afférents. La pression est si forte sur le CPMC et l hôpital militaire d Aïn Naâdja, que les rendez-vous s étalent sur six mois et davantage. On recourt alors au service de radiothérapie du cac de Blida, où les dossiers des nouveaux malades sont pris en charge dans des délais relativement plus courts. Les témoignages de femmes traitées pour un cancer du sein en attestent. Nous les avons rencontrées dans le centre d accueil de l association Nassima. Dans un F4, construit au deuxième étage d un des immeubles de la cité qui fait face à l hôpital de Blida, où l association offre le gîte et le couvert aux femmes qui viennent d autres wilayas pour subir une cure de radiothérapie. Pour avoir la capacité d accueillir une vingtaine de pensionnaires simultanément, des matelas sont posées à même le sol, les uns à côté des autres, en deux rangées. Sur une table basse trône un téléviseur câblé sur le satellite qui capte les chaînes arabes. Au moment de notre passage, six femmes étaient de retour de leurs séances de radiothérapie. L une d elles, originaire de Béjaïa garde tout le temps la nostalgie de ses enfants qu elle n a pas vus depuis plus de deux semaines. Son cancer du sein a été découvert fortuitement, par son médecin, qui la traite pour une hypertension artérielle. «Elle m a demandé de faire une mammographie. Le radiologue s est trompé en interprétant les clichés. Il m a dit que je n avais rien de grave. Mais mon médecin a insisté et m a envoyée refaire l examen, notamment quand elle a constaté que je souffrais d un écoulement mammaire. Là, le verdict est tombé. J ai enlevé la tumeur dans une structure privée à Béjaïa. Je me suis déplacée ensuite au CPMC pour obtenir un rendez-vous en chimiothérapie puis en radiothérapie. On m a fixé une date très éloignée. J ai déposé, aussi, une demande à Blida. Le rendez-vous était plus proche. J ai commencé mes séances au début du mois d octobre», raconte la quadragénaire. Ses voisines de chambre égrènent des histoires similaires, un parcours identique. Au-delà du poids de la maladie, elles souffrent de devoir supporter les contraintes physiques et psychologiques de la cure en chimiothérapie et radiothérapie, seules, loin de la famille. «Si l association Nassima n avait pas mis à notre service cet espace d hébergement, où serais-je allée? Je n ai aucune attache dans cette ville. Je n ai pas les moyens de louer une chambre d hôtel pendant un mois et demi», rapporte une jeune femme, originaire d une wilaya de l intérieur du pays. Dans le centre d accueil, les pensionnaires sont logées et nourries. Elles sont réunies, ainsi, face à une maladie qu elles combattent, quasiment, à armes égales.

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