«Chaque enfant qu on enseigne est un homme qu on gagne». Victor Hugo, Sénateur de la République. A Tom et Hugo.

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1 «Chaque enfant qu on enseigne est un homme qu on gagne». Victor Hugo, Sénateur de la République A Tom et Hugo. 1

2 Si le thème de l éducation s est invité lors de la campagne présidentielle de 2012, c est que le diagnostic sur notre système éducatif est partagé sur l ensemble des bancs politiques. Notre école devrait être plus efficace et équitable. Notre système scolaire exige une réforme profonde permettant à chacun des enfants de France de pouvoir s intégrer sur le marché du travail. L actuelle majorité a fait de la refondation de l école l un de ses objectifs prioritaires. Les résultats qu elle obtiendra dans ce domaine seront un des marqueurs décisifs de son action durant le quinquennat, car des expériences étrangères démontrent que des résultats peuvent être obtenus en moins de cinq ans lorsque les axes de réforme choisis sont pertinents. C est au niveau des acquis précoces et du soutien professionnel des enseignants que se trouvent les clés de la performance du système éducatif. Notre collègue et ami, Jean-Claude Carle, à l occasion du débat sur le projet de loi de refondation de l école, formulera dans un esprit républicain, des propositions constructives, guidées par le désir de réussite de tous les élèves et l intérêt supérieur de la nation. Jean-Claude Gaudin Ancien Ministre Sénateur-Maire de Marseille Président du groupe UMP du Sénat 2

3 Sommaire Préambule... 4 Les acquis précoces : le gage d une scolarité réussie... 8 A. Réorienter vers le début des apprentissages les moyens alloués au système éducatif... 9 B. Prévenir l accroissement des inégalités et la construction de la grande difficulté scolaire plutôt que d y remédier C. Reconstruire le cycle des apprentissages fondamentaux pour renforcer les acquisitions précoces D. La maîtrise des compétences fondamentales, seule clé d accès à l enseignement général et aux diplômes du supérieur E. Augmenter l intensité de travail des élèves grâce à l individualisation des enseignements F. Interdire le redoublement précoce, un moyen stratégique de la lutte contre le décrochage scolaire G. Faire de l apprentissage de la lecture une priorité nationale H. Trois mères de famille et l introduction de l apprentissage d une langue étrangère dès le cours préparatoire Soutenir professionnellement les enseignants, le levier le plus efficace pour améliorer la performance de notre système éducatif A. La refondation de l école doit être moins organisationnelle que pédagogique.. 39 B. Construire une formation répondant aux besoins des enseignants C. Un distributeur de solutions, le tuteur D. Apporter un soutien renforcé aux élèves les plus en difficulté E. Expérimenter pour progresser F. Aborder la question du salaire des enseignants sous un angle constructif Quelques pistes offertes par la recherche au décideur public

4 Préambule L école, c est la République au coin de la rue. Comment le législateur peut-il aider cette institution de proximité qui renferme les leviers les plus puissants de l intelligence nationale et de la croissance de demain à trouver la place qui doit être la sienne? Du haut de l Etat, la réforme susceptible d avoir un impact sur le niveau de performance des élèves n a pas encore été trouvée. Et ce n est pas faute de bonnes volontés s étant attelées à en chercher la formule. La performance de l élève est la somme de dizaines de facteurs, massifs ou imperceptibles. Niveau d études des parents, hygiène de vie des enfants, langue parlée à la maison, niveau de langage à l entrée en maternelle, nombre de frères et sœurs; la plupart de ces facteurs ont un point commun : ils sont difficiles à changer. Faudrait-il pour autant se détourner de toute ambition pour l école française, alors que se multiplient dans celle de nombreux pays voisins et lointains les succès de mobilisations pour la réussite de tous les élèves? En s inspirant des résultats des projets de recherche scientifiquement valables et des exemples de réformes étrangères, la France peut s appuyer sur quelques certitudes. Le destin scolaire d un élève est déjà déterminé lorsqu il fête ses 7 ans. 95% des élèves peuvent réussir. L enseignement reçu quotidiennement en classe peut compenser l ensemble des autres facteurs du niveau de l élève. C est donc à ce travail quotidien du maître avec chacun des élèves de sa classe, au plus jeune âge, que tient le potentiel d efficacité et d équité d un système éducatif. Une réforme dont la vocation serait la réussite de tous les élèves serait toute entière tournée vers ce travail du maître. Avec un écueil : l extrême diversité des besoins des élèves, et donc des enseignants, suivant 4

5 les départements, les circonscriptions, les quartiers, les écoles, et même à l intérieur des classes. Le fantasme d unité de la République doit en la matière rester un principe. Il ne doit pas conduire l Etat à appréhender globalement l enseignement comme un système unifié. Chaque année, chaque maître est confronté à des problématiques quotidiennes bien spécifiques, et c est à l aider à les surmonter que doit œuvrer la République. Des fausses pistes pédagogiques, des contraintes inappropriées, une grande instabilité des conditions de travail et l absence d objectifs pragmatiques définis s appuyant sur des moyens aisément appropriables de repérage des besoins des élèves et de leurs progrès : voilà l offre de services mise aujourd hui à disposition des enseignants par l Etat. La marge de manœuvre est donc immense. Convaincre que 95% des élèves peuvent réussir dans chaque classe Le premier pas, c est la diffusion d un message. Favoriser la réussite de 95% des enfants, c est n admettre qu un ou deux élèves en difficulté par classe en fin d année scolaire. Ce sont parfois 10 élèves qui quittent une classe en juin sans disposer des acquis qui leur permettraient de poursuivre leur scolarité. Ce sont les 20% d élèves qui sortiront du système scolaire sans disposer des compétences nécessaires à une insertion professionnelle et sociale satisfaisante. Le déterminisme est total. Si une réponse d ordre parascolaire est la seule utile pour un à deux élèves par classe, la réponse pédagogique aux difficultés des élèves doit les conduire tous à acquérir les fondamentaux. Cette réponse relève du seul travail de l enseignant. 5

6 Rechercher les solutions aux questions pédagogiques que se posent les enseignants, par l expérimentation Armés de cette conviction étayée par les résultats de la recherche expérimentale et les réformes étrangères réussies, les enseignants voient leur responsabilité, et souvent leur culpabilité, s accroître. Ce regain d exigence est stérile, voire nocif si les enseignants ne sont pas guidés pour trouver les réponses pédagogiques à la difficulté scolaire. Ce champ constitue un domaine de recherche à part entière depuis plus de vingt ans dans les pays anglo-saxons, et plus récemment dans de nombreux pays émergents désormais dotés de systèmes scolaires plus performants et plus équitables que le nôtre. Les pistes sont donc nombreuses et la méthode à adopter parfaitement établie. Seule l expérimentation doit sanctionner les idées, principes, techniques et autres bonnes pratiques promues par la doxa de l éducation nationale. Une conception définitive et lumineuse des bonnes pratiques d enseignement de la lecture? Les enseignants n en seront informés que s il est établi qu elle a pour effet d augmenter le niveau des élèves. Les positions idéologiques sur la pédagogie rongent l inconscient collectif de l éducation nationale. Les centres de recherche existent. Ils pourraient prendre en charge l évaluation de nombreuses expérimentations et permettre de construire une base de connaissances pratiques qui élève notre pays au rang des plus exigeants vis-àvis de son système scolaire. Capitaliser les connaissances établies et les mettre à disposition des enseignants Si de nombreux projets expérimentaux sont souhaitables, pour répondre à autant de questions que se posent les enseignants à la conquête de la réussite de 95% de leurs élèves, la recherche a toutefois déjà tracé des chemins qui permettraient de progresser considérablement. Souvent, les enseignants n y ont pas accès. Et les ressources pédagogiques à leur disposition sont, à quelques exceptions près, exemptes de toute validation empirique et dénuées de toute référence théorique sérieuse. 6

7 Il faut construire ce pont entre l enseignant et la science disponible sur son quotidien, dès la formation initiale et tout au long de sa carrière. L enjeu dépasse les clivages partisans. L école n est ni de droite, ni de gauche, elle appartient à la nation toute entière. Optimiser l efficacité pour tous, c est préparer la croissance de demain, c est pérenniser notre modèle social et c est garantir la cohésion de la nation. Il faut réunir l ensemble de la communauté nationale autour d une ambition unique, la réussite de tous. Une réflexion s impose sur la mise en place d une nouvelle organisation institutionnelle permettant d aborder de manière transversale les questions de la famille, de l école et de la ville. La prochaine étape de la décentralisation devra permettre de passer d une structure de compétences séparées à une structure de compétences partagées. Elle devra permettre de passer de la culture de la circulaire à celle du contrat. 7

8 Les acquis précoces : le gage d une scolarité réussie «Apprenez-leur à lire, à écrire et à compter. Ce n est pas seulement utile : c est la base de tout» Charles Péguy 8

9 A. Réorienter vers le début des apprentissages les moyens alloués au système éducatif L école maternelle et l école élémentaire ont été les grandes absentes des réformes du système éducatif français. L efficacité d un système éducatif doit s apprécier à l aune du pourcentage de ses élèves non diplômés et de celui de son élite. D une part car les coûts sociaux afférents aux sorties sans qualification, en termes de minima sociaux, d'allocations chômage, de tentatives de correction de l'illettrisme et d endiguement de la délinquance sont extrêmement élevés et pèsent in fine sur la pérennisation du modèle social d un pays. D autre part car l importance quantitative de l élite facilite la recherche de croissance et la pérennisation d un secteur public de haut niveau. En conséquence, tous les pays qui ont cherché à améliorer la performance de leur système éducatif ont investi à deux niveaux : la petite enfance car elle est le terreau du décrochage scolaire et l université car l excellence est un générateur de croissance. En France, pendant vingt ans, nous avons investi massivement sur le collège et le lycée et nous avons laissé s appauvrir l école maternelle, l école élémentaire et l enseignement supérieur. Sous l action du Président de la République Nicolas Sarkozy, l enseignement supérieur a été revalorisé. La réforme de l enseignement supérieur peut être critiquée mais il est incontestable que des moyens ont été mis au service de l élite française. En période de crise, les moyens dont nous disposons n étant pas illimités, l enjeu est aujourd hui de réorienter budgétairement les moyens mis au service du collège et du lycée vers la petite enfance. 9

10 Depuis de trop nombreuses années, l école élémentaire et l école maternelle ont été les grandes absentes des réformes du système éducatif français. Conséquence historique du primat du baccalauréat Napoléonien et des exigences des corporatismes, l octroi de moyens s est toujours fait aux dépens de l école primaire. C est ce qu illustrent, dans notre pays, les différences de taux d encadrement entre l école primaire, où il est de 18,7 élèves par enseignant, et le second degré, ou il est de 12,3 élèves par enseignant. La Finlande, qui dispose d un des systèmes éducatifs les plus performants, fait exactement le contraire. Notre école primaire est l une des moins bien dotée financièrement des pays de l OCDE. C est ce qu illustre également la différence d investissement annuel que l état consent pour un élève du premier degré, qui est de euros et un élève du second degré, qui atteint euros. Les pays de l OCDE les plus performants font exactement le contraire. C est enfin ce qu illustre la différence de traitement salarial qui existe entre enseignants du premier degré et ceux du second degré. Il est temps de prendre conscience du rôle crucial des enseignants du premier degré dans notre pays et de remédier à cette injustice salariale. La France a le second degré le plus onéreux et l un des premiers degrés les plus pauvres des pays de l OCDE. Ainsi, le système éducatif français souffre plus d une mauvaise répartition des moyens alloués que d un manque d investissement. Avec plus de 130 milliards d euros engagés dans l éducation chaque année, ce qui représente un investissement de plus de deux mille euros par français et de plus de huit mille 10

11 euros par élève, nous investissons plus dans notre école que les pays les plus performants en ce domaine et pourtant nos résultats ne cessent de se dégrader. Par ailleurs, dans les pays riches de l OCDE ou la question majeure est de savoir comment passer de la démocratisation de l accès à l éducation à la démocratisation de la réussite pour tous les élèves, le niveau d investissement n est pas corrélé à la performance globale du système éducatif. C est la manière dont les ressources vont être investies qui est déterminante. La question majeure est de savoir comment passer de la démocratisation de l accès à l éducation à la démocratisation de la réussite de tous les élèves. Il faut revenir sur le choix historique qui a été fait en faveur du baccalauréat, et réorienter nos moyens vers le premier degré. Les travaux de James Heckman, lauréat du prix Nobel d économie, démontrent que l éducation de la petite enfance est le secteur le plus rentable des secteurs d investissement du système éducatif. Le retour sur investissement serait de huit dollars pour chaque dollar investi dans l enseignement pré primaire. En effet, les compétences acquises précocement par les élèves les préparent à une réussite scolaire qui leur assurera de meilleurs débouchés professionnels et des revenus plus élevés qui se traduiront pour l Etat par des recettes fiscales supplémentaires et des transferts sociaux moindres. Mais, la petite enfance n est pas seulement un investissement présentant un bon rapport coûtefficacité. Elle est largement reconnue comme la période appropriée pour poser les fondations du succès de tous les élèves et lutter efficacement contre les inégalités sociales. 11

12 B. Prévenir l accroissement des inégalités et la construction de la grande difficulté scolaire plutôt que d y remédier Depuis plus de vingt ans, les études internationales PISA et PIRLS soulignent l évolution inquiétante de notre système éducatif. Elles montrent d abord que l école française n arrive pas à endiguer la grande difficulté scolaire, qui continue de croître. Ainsi, chaque année, ce sont jeunes qui sortent de notre système éducatif sans aucun diplôme, induisant les conséquences économiques et sociales que nous connaissons. Depuis vingt ans nous savons que l école primaire est en échec. Ces évaluations internationales, parfois contestées, sont confirmées par nos études nationales qui montrent depuis plus d une décennie qu il y a une surreprésentation de nos élèves dans la catégorie des élèves en difficulté et inversement une sousreprésentation des élèves performants. Ainsi, le rapport Ferrier remis à Ségolène Royal en 1997 estimait «entre 21% et 35% la proportion d élèves qui, à l entrée au collège ne maîtrise pas le niveau minimal des compétences de base en lecture ou en calcul». Dix ans plus tard, le rapport du Haut Conseil de l Education estimait qu à l issue du primaire, 40% d élèves n avaient pas «les capacités qui leur permettraient d accéder à l autonomie». Les évaluations internationales montrent également que les politiques éducatives mises en œuvre ces vingt dernières années dans notre pays ont contribué à aggraver le caractère inégalitaire de notre école car les résultats scolaires de nos élèves sont de plus en plus corrélés à leur origine socio-économique. En 2009, l écart de score entre un élève de milieu socio- 12

13 économique privilégié et un élève de milieu socioéconomique moins privilégié, en compréhension de l écrit à 15 ans, est de l ordre de deux années d études. Pour de nombreux pays, les résultats de ces évaluations internationales ont fait l effet d un électrochoc et ont eu pour conséquence une véritable réflexion nationale allant jusqu à remettre en cause les fondements de leur système éducatif. La lutte contre le décrochage et les inégalités scolaires doit commencer dès la maternelle. En France, faute de comprendre qu il vaut mieux prévenir que remédier, les politiques publiques éducatives ont multiplié les palliatifs tardifs, coûteux et inefficaces. Tant que nous n aurons pas pris conscience collectivement que la lutte contre le décrochage et les inégalités scolaires doit commencer dès la maternelle, nous pourrons multiplier les réformes concernant les dispositifs d aides aux élèves en difficultés, notre système demeurera inefficace et inéquitable. Les inégalités scolaires apparaissent très tôt. Les travaux menés par l Institut de Recherche sur l Education (IREDU) ont permis de montrer qu il existe une différence de performance très importante entre les élèves dès l entrée au CP. L école maternelle, dont le rôle est limité à prendre soin des élèves, ne contribue pas à résorber les inégalités initiales qui peuvent exister entres les élèves. Dès lors, les écarts scolaires initiaux ne vont cesser de se creuser durant toute la scolarité. C est ainsi, qu en termes de vocabulaire, il peut y avoir entre élèves de milieux sociaux différents des écarts pouvant atteindre jusqu à mots à l issue du CE1, c est-àdire l équivalent de 5 années d enseignement. 13

14 Ces années ne pourront jamais être rattrapées par l enfant issu d un milieu défavorisé car, comme l affirme le rapport du Haut Conseil de l Education sur l école primaire de 2007, l école élémentaire, et donc a fortiori le collège, ne permet pas de réduire les difficultés repérées au début de la scolarité obligatoire. Le problème du collège, ce sont les élèves qui y entrent, chaque année, sans maîtriser les compétences fondamentales. Dès lors, les 20% d une génération d élèves qui entrent chaque année au collège avec des lacunes sont définitivement engagés dans la spirale du décrochage scolaire. Par conséquent, le premier problème du collège aujourd hui n est pas de savoir s il doit être unique ou multiple mais celui des élèves qui y entrent, chaque année, sans maîtriser les compétences fondamentales. Ce sont ces élèves qui, faute d avoir bénéficié d un enseignement leur permettant de maîtriser les compétences fondamentales, sont les perturbateurs de tout un système. Depuis des années, c est la faiblesse de notre premier degré qui est à l origine de la constitution de la grande difficulté et des inégalités scolaires. Pourtant notre système à tout misé qualitativement et budgétairement sur les autres étapes de la scolarité. Dès lors, l attention de l exécutif et de la représentation nationale doit être toute entière tournée vers l amélioration de la qualité des enseignements dispensés durant le cycle des apprentissages fondamentaux. 14

15 C. Reconstruire le cycle des apprentissages fondamentaux pour renforcer les acquisitions précoces La grande section de maternelle doit être intégrée à l école élémentaire et l école doit être rendue obligatoire à cinq ans. L objectif assigné à la politique des cycles est de permettre à chaque élève de pouvoir progresser à son rythme, les objectifs sur les acquisitions étant pluriannuels. Si le souhait de cette organisation de l enseignement scolaire est partagé, celle-ci n a pourtant jamais été réellement mise en œuvre. Redoublement en milieu de cycle, absence de coordination entre les enseignants, absence de continuité et de cohérence pédagogique du travail des élèves sont autant d éléments démontrant que le bon parti de la politique des cycles n a pas été tiré. La question est donc de savoir pourquoi depuis le vote de la loi Jospin en 1989, l organisation des apprentissages fondamentaux en cycle n est toujours pas assimilée. D un point de vue organisationnel, comme le fait remarquer le rapport du Haut Conseil de l Education de 2007 sur l école primaire, l incohérence entre la nomenclature traditionnelle des classes et l organisation du cycle des apprentissages fondamentaux (GS, CP et CE1) n a pas été de nature à faciliter sa mise en œuvre. En effet, il est à cheval sur l école maternelle et l école élémentaire et sa première année n est pas obligatoire. Il est évident que cette organisation ne facilite ni la compréhension des parents, ni la coordination pédagogique du travail des enseignants, ni le respect de la volonté du législateur de permettre à l élève de progresser à son rythme au sein d un cycle pédagogiquement cohérent. 15

16 L expression «primarisation de l école maternelle» relève d une analyse erronée et dangereuse pour l avenir de milliers d enfants de notre pays. Afin de permettre une meilleure cohérence de ce cycle, la grande section de maternelle devrait être intégrée à l école élémentaire. Le choix d intégrer la grande section de maternelle à l école primaire plutôt que de reconstruire un cycle comprenant la petite section, la moyenne section et la grande section de maternelle est conforme à la volonté initiale du législateur qui souhaitait faire de cette classe le premier lieu d apprentissage des savoirs fondamentaux, et conforme aux enseignements de la recherche en éducation qui insistent sur les bénéfices des acquis précoces. L intégration de la grande section de maternelle à l école primaire aurait pour conséquence de rendre l école obligatoire à cinq ans. Par ailleurs, l intégration de la grande section de maternelle à l école primaire permettrait de renforcer la coordination pédagogique entre les différentes classes composant ce cycle. Aujourd hui, malgré l obligation qui leur en est faite, les enseignants de grande section de maternelle ne participent que très rarement aux conseils tenus pour le cycle des apprentissages fondamentaux. Cependant, dans plusieurs rapports, l inspection générale de l éducation nationale dénonce et entend lutter contre la «primarisation de l école maternelle». L expression relève d une analyse erronée et dangereuse pour l avenir de milliers d enfants de notre pays. Les nombreux tenants de cette posture soutiennent que l anticipation des apprentissages exercerait une pression intolérable sur les élèves et conduirait à les mettre en difficulté. Ils prônent la pérennisation d une maternelle où les séquences d apprentissage sont extrêmement réduites, parfois jusqu à une trentaine de minutes 16

17 L illettrisme des élèves et l isolement professionnel de certains enseignants trouvent leur source dans le déficit des apprentissages précoces. hebdomadaires, comme le constatait Alain Bentolila dans son rapport sur la maternelle remis à Xavier Darcos en Ne cherchons pas plus loin la cause de l impossibilité d une réforme ambitieuse des apprentissages précoces. Faute de renforcer l intensité des apprentissages précoces, les enseignants de CP continueront de voir arriver chaque année dans leurs classes des milliers d enfants incapables de distinguer les sons de notre langage oral. Il sera très difficile pour les enseignants de CP de leur enseigner la lecture dans les temps impartis. L illettrisme des élèves et l isolement professionnel de certains enseignants trouvent là leur source. Par ailleurs, il faudrait également, par souci de cohérence, procéder à une nouvelle appellation des classes de l école primaire. Ainsi depuis plusieurs années le système scolaire s accommode d un cours élémentaire première année (CE1) qui est en réalité la troisième année du cycle des apprentissages fondamentaux et d un cours élémentaire deuxième année (CE2) qui est en réalité la première année du cycle des approfondissements. L efficience d une véritable organisation de l école primaire en cycles exige une dénomination claire des classes composant les cycles. Dans cette nouvelle nomenclature des classes, l école maternelle serait composée de deux années d enseignements dénommées cours des apprentissages premiers première année (CAP1) et cours des apprentissages premiers deuxième année (CAP2) composant le cycle des apprentissages premiers de l école maternelle. L école primaire serait composée de six années, les trois premières seraient dénommées : cours des apprentissages fondamentaux première année (CAF1), cours des apprentissages fondamentaux 17

18 18 deuxième année (CAF2), cours des apprentissages fondamentaux troisième année (CAF3) et composeraient le cycle des apprentissages fondamentaux. Les trois dernières années seraient dénommées : cours des approfondissements première année (CA1), cours des approfondissements deuxième année (CA2), cours des approfondissements troisième année (CA3) et composeraient le cycle des approfondissements.

19 D. La maîtrise précoce des compétences fondamentales, seule clé d accès à l enseignement général et aux diplômes du supérieur La France à un taux de sorties sans diplôme anormalement élevé pour un pays qui entend demeurer une grande puissance mondiale. Trois objectifs fondamentaux sont assignés à notre système éducatif. Le premier est de garantir que 100% des élèves soient diplômés à l issue de leur scolarité. Le deuxième est d assurer que 80% d une classe d âge accède à un niveau baccalauréat. Le troisième est de conduire 50% d une classe d âge à un diplôme de l enseignement supérieur. Les politiques éducatives menées ces dernières années n ont permis la réalisation d aucun de ces trois objectifs. Aujourd hui, la France a un taux de sorties sans diplôme qui est anormalement élevé pour un pays qui entend demeurer une grande puissance mondiale. Les sorties de notre système éducatif peuvent ainsi être résumées : 20% des élèves sont sans diplôme, 40% obtiennent les seuls CAP, BEP et baccalauréat, 15% sont diplômés bac +2, 25% sont diplômés bac +3 et plus. En conséquence, pour pallier le manque de qualification, les transferts sociaux sont extrêmement élevés. Le taux d accès au baccalauréat est bien en dessous de l objectif fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement, de 80% d une génération au baccalauréat, même s il tend à s en rapprocher grâce à une professionnalisation du baccalauréat à marche forcée. Ainsi, ce sont moins de 40% des élèves d une génération qui obtiennent le baccalauréat général dans notre pays. 19

20 Enfin, avec 42% d élèves diplômés, nous sommes bien en deçà de l objectif stratégique de 50% d une génération diplômée du supérieur quand plusieurs de nos partenaires économiques affichent des taux supérieurs à 60%. Notre trop faible part d étudiants ne nous permet pas de préparer notre croissance future. Le premier objectif assigné à l école doit être la maîtrise des compétences fondamentales par 95% des élèves. L amélioration de la performance d un système éducatif ne peut être pensée que de manière globale et cohérente. L école est une continuité et les objectifs que nous lui assignons ne peuvent être compris isolément. Le premier objectif assigné à l école doit être la maîtrise des compétences fondamentales par 95% des élèves. Il faut réunir la communauté éducative autour de cette ambition nationale. Les 5% restants sont le taux incompressible de grande difficulté scolaire dont doit s accommoder tout système éducatif. Sans la réalisation de cet objectif, la concrétisation des objectifs de 80% d une génération diplômée du baccalauréat ou de 50% d une génération diplômée du supérieur est strictement impossible, sauf à déprécier les diplômes délivrés. L analyse des flux d élèves dans le secondaire et le supérieur montre l influence des types de baccalauréat sur la poursuite et la réussite des études supérieures. Il s avère que les taux de poursuite d études sont nettement plus faibles à l issue des baccalauréats professionnels qu à l issue des baccalauréats généraux et technologiques. Si ce taux atteint quasiment 98% pour les bacheliers généraux, il est de 44% pour les bacheliers professionnels et les sorties sans diplôme de l enseignement supérieur sont nettement plus importantes à l issue des baccalauréats professionnels (70%) qu à l issue des baccalauréats généraux (11%). 20

21 Les pays présentant les taux de diplomation dans le supérieur les plus élevés sont ceux qui investissent davantage lors des enseignements précoces. Or depuis 1995, si nous assistons à une augmentation importante de la part du nombre de bacheliers professionnels (+16 points), nous assistons dans le même temps à une diminution importante de la part du nombre de bacheliers généraux (-8 points). En conséquence, si la tendance se poursuit, ce n est pas parce que nous augmenterons le taux de réussite au baccalauréat grâce à la professionnalisation que nous nous rapprocherons de la concrétisation de l objectif final assigné à notre système éducatif qui est de voir 50% des élèves d une génération diplômés du supérieur. C est donc bien en amont qu il faut analyser comment cet objectif peut être réalisé. S il ne faut pas négliger le problème majeur de l orientation qui s effectue à la fin du collège dans notre pays, influencée dans la plupart des cas par les échecs successifs des élèves, il faut surtout s interroger sur la capacité de notre enseignement précoce à offrir les bases d un enseignement général à tous les élèves. Les pays présentant les taux de diplomation dans le supérieur les plus élevés sont également ceux qui présentent les plus haut taux d encadrement et qui investissent davantage par enfant lors des enseignements précoces. En tenant compte de l impact majeur des acquis précoces sur le destin scolaire des élèves, les politiques éducatives qu ils ont mises en œuvre ont contribué à renforcer l intensité de travail des jeunes élèves. 21

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