UBS outlook. Technologie de l information Où se trouve la Suisse? Analyse L informatique comme clé du succès. Perspectives Défis et opportunités

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1 Impulsions pour la gestion d entreprise Technologie de l information Où se trouve la Suisse? Analyse L informatique comme clé du succès Perspectives Défis et opportunités Solutions Financement et conseil ab

2 Sommaire Editorial...3 En bref...4 Partie 1 Analyse L informatique comme clé du succès Le secteur informatique suisse...6 Cluster informatique de Zurich...10 Entreprises technologiques cotées en Bourse...13 Réduit, mais innovant...14 Partie 2 Perspectives Défis et opportunités Entre main street, le cyclone et le gouffre...16 Excursion au pays des logiciels suisses...22 Interview de Ruedi Noser, président d ITCswitzerland...26 Sécurité...30 Entretien avec Stefan Arn...32 Partie 3 Solutions Financement et conseil Le private equity comme forme de financement alternative...36 Banques et informatique une symbiose...40 Interlocuteur pour les petites et moyennes transactions...44 Photo de couverture : Violess / Photocase N o SAP 83418D F

3 Editorial La Suisse un acteur informatique de poids Chère lectrice, cher lecteur, En matière d introduction de nouvelles technologies, la Suisse a une longueur d avance en comparaison internationale. Il suffit de penser au Réseau des réseaux, qui trouve son origine au CERN, à Genève, ou à l anneau à jeton, norme pour les réseaux locaux développée par des spécialistes d IBM à Zurich : les centres de recherche et développement suisses sont depuis des années à l origine d innovations techniques révolutionnaires. Plus de entreprises informatiques travaillent actuellement dans tout le pays, avec un réservoir de talents qui compte spécialistes informatiques hautement qualifiés. Deux tiers sont affectés au développement de programmes logiciels sur mesure, ce qui confère à notre pays une position concurrentielle remarquable dans des segments de niche tels que la bioinformatique, les médias numériques, l intelligence artificielle ou la sécurité des informations. Naturellement, ce savoir-faire unique n est pas passé inaperçu auprès des grandes entreprises informatiques du monde. La facilité d accès aux technologies de pointe et une politique favorable à l entreprise ont conduit des géants du secteur comme Google, ebay, HP, Yahoo ou Sony à faire de la Suisse leur siège régional. La plupart de leurs clients se trouvent aujourd hui confrontés à des masses de données considérables qu ils doivent stocker, gérer et évaluer. Le cloud computing, qui absorbe déjà quelque 5% des dépenses informatiques du pays, promet de nouvelles solutions, encore plus efficaces, dans ce domaine. Si là aussi, la Suisse a toutes les chances de se hisser au premier rang mondial, elle le doit à sa stabilité politique et à une disponibilité sans faille de l électricité : deux conditions essentielles à une exploitation fiable des centres de données. La Suisse se trouve dans une excellente situation de départ en matière de développement informatique. Tirons-en le meilleur parti! Dans cet esprit, je vous souhaite une enrichissante lecture. Christine Novakovic, responsable Corporate & Institutional Clients 3

4 En bref Partie 1 Analyse : L informatique comme clé du succès Partie 2 Perspectives : Défis et opportunités Partie 3 Solutions : Financement et conseil Le secteur informatique suisse L industrie informatique est une branche en expansion, qui connaît une dynamique soutenue en Suisse également. Aucun autre secteur économique n a enregistré une progression aussi sensible de l emploi au cours des vingt dernières années. Page 6 En concurrence avec Londres et Berlin En tant que site d implantation renommé d écoles polytechniques et patrie d élection d entreprises telles que Google et IBM, Zurich dispose d une base solide pour la constitution d un cluster informatique. Mais la ville au bord de la Limmat doit faire face à la rude concurrence d autres métropoles européennes. Page 10 Stratégie de niche réussie Sur la Bourse suisse, Swisscom domine le segment des entreprises informatiques et de télécommunications. Mais à l ombre du géant national des télécoms, d autres prestataires de niche, plus petits, sont prospères également à l échelle internationale. Page 13 Cycles de vie dans l informatique Comme peu d autres secteurs économiques, le marché de l informatique est soumis à la loi de l essor, du remplacement et de la décrépitude. Les nouvelles technologies révolutionnaires comme le cloud computing sont à la fois un risque et une opportunité pour les prestataires. Page 16 L avenir du «Swiss made» dans le domaine informatique Les fournisseurs de logiciels suisses tels qu Abacus, Appway ou Netcetera ne pourront-ils survivre que comme prestataires de niche? Ou ont-ils le potentiel nécessaire pour s affirmer avec succès sur la scène internationale? Page 22 Leader en matière de centres de données, de développement d applications et de sécurité «En matière de créativité, de richesse d idées et de motivation, nous n avons rien à envier à la Silicon Valley», déclare le président de la branche Ruedi Noser, l un des chefs d entreprise du secteur informatique suisse les plus influents, dans un entretien à UBS Outlook. Page 26 Vent en poupe pour le private equity Créateurs d entreprises, start-up, ainsi que petites et moyennes entreprises (PME) se trouvent souvent confrontés au problème de la recherche de capitaux. Mais l essentiel réside dans la forme de financement qu il convient de choisir. Page 36 Banques et informatique une symbiose Une multitude d entreprises informatiques aident actuellement le secteur financier à accomplir ses tâches. Mais réciproquement, chaque fournisseur informatique est aussi une entreprise qui a ses besoins spécifiques en matière de services financiers. Page 40 Interlocuteur pour les petites et moyennes transactions En cas de règlement de la succession ou de reprise d entreprise, les PME ont besoin d une assistance professionnelle. A cet effet, UBS dispose depuis mi-2011 de trois «Transaction Advisory Hubs», à Zurich, Berne et Lausanne. Page 44 4

5 L informatique comme clé du succès Thema Analyse L informatique comme clé du succès L informatique est en pleine expansion, en Suisse également. En tant que site d implantation renommé d écoles polytechniques et patrie d élection d entreprises comme Google et IBM, le pays réunit les conditions idéales pour prendre part activement à l évolution fulgurante de ce secteur. La mutation structurelle que connaît l informatique se poursuivra sans aucun doute, exigeant des ajustements permanents de la part des entreprises. Mais les fournisseurs de matériel en Suisse auront tendance à rencontrer des difficultés, tandis que les petits éditeurs de logiciels basés sur des innovations pourraient gagner en importance. 5

6 Analyse L informatique comme clé du succès Le secteur informatique suisse Une capacité d innovation élevée confère à l industrie informatique un développement très dynamique. Les entreprises de ce secteur sont un important moteur de croissance pour l économie suisse. Mais les mutations structurelles dans la branche demeurent un défi de taille et il est primordial d exploiter de nouveaux domaines d activité. Le climat des affaires dans l industrie informatique se ressent lui aussi de la propagation de la crise de la dette en Europe et de l insécurité qui l accompagne. Tandis que la Grèce et l Espagne voyaient leur marché informatique se contracter respectivement de 12 et 5% en 2011, celui de la Suisse se révélait par contre relativement robuste. Cela s explique par le fait que ce secteur des services en grande partie axé sur le marché domestique a été soutenu par la persistance de la demande indigène. Le secteur où la croissance des emplois est la plus forte Le secteur informatique suisse occupe aujourd hui personnes, soit trois fois plus qu il y a vingt ans. Comme de nombreuses entreprises ont un service informatique interne dont les employés ne sont pas comptabilisés comme informaticiens, le nombre des salariés travaillant dans ce domaine est en fait bien plus élevé. Les départements informatiques des banques et des compagnies d assurance en particulier comptent plusieurs milliers de postes de travail en Suisse. D ailleurs nul autre secteur économique n a vu ses effectifs croître aussi rapidement sur la même période. Le grand boom dans la branche informatique s est produit à la fin des années Depuis l éclatement de la bulle Internet, le nombre des emplois (exprimé en postes à temps plein) a quelque peu diminué en Suisse. Le creux de la vague a été atteint en 2003, puis le nombre des emplois a continuellement augmenté, mais à un rythme plus lent que dans les années Seuls 2% des sociétés informatiques sont de grandes entreprises. La majorité est constituée de sociétés opérant au niveau local et employant moins de dix collaborateurs. Avec une création de valeur brute de quelque 14 milliards de francs, le secteur informatique génère actuellement 2,5% du produit intérieur brut. L administration et les assurances sociales sont des acheteurs de poids. Les établissements financiers, autosuffisants en la matière, sont en revanche moins demandeurs de services informatiques. Par rapport à l évolution de la création de valeur brute réelle ces trente dernières années dans le secteur tertiaire, l informatique tire admirablement son épingle du jeu avec une envolée de 255%. Elle est cependant dépassée par les télécommunications qui affichent un taux de croissance de 460% et la branche de la recherche et du développement avec 260% durant la même période. Figure Sibille Duss Economiste, UBS SA Augmentation des emplois dans le secteur informatique au plus haut Emplois en équivalents plein temps, indexation sur le 3 e trimestre 1991 = Transport et entreposage Télécommunications Activités financières et d assurance Activités de services administratifs et de soutien Santé humaine et action sociale Sources: OFS, UBS Hérbergement et restauration Activités informatiques et services d information Activités spécialisées, scientifiques et techniques Enseignement Arts, spectacles et activités récréatives 6

7 L informatique comme clé du succès Analyse «La proportion de femmes dans l informatique n est que d un cinquième. La disparité salariale de 24% entre les sexes pourrait expliquer cette situation.» Des défis et des tendances différents La branche informatique est extrêmement diversifiée. Même une subdivision par segments partiels révèle une image très hétérogène. Aussi trouve-t-on, dans le domaine des logiciels, d un côté les poids lourds internationaux qui ont établi leur siège principal en Suisse et, d un autre côté, plus de petites entreprises helvétiques qui développent des programmes avec succès. Sur le marché du matériel informatique et de l électronique grand public (TV, vidéo, hi-fi, etc.), on observe l effritement marqué des prix depuis un certain temps. Le segment de l électronique grand public souffre depuis 2007 d un recul global des ventes qui atteint aujourd hui le niveau de Pour ne rien arranger, la situation des changes a encore renforcé la pression sur les prix et accentué la concurrence des vendeurs situés dans les zones frontalières. Outre les problèmes de rentabilité, le marché du hardware traverse une mutation structurelle radicale. La baisse des ventes d ordinateurs personnels, par exemple, en découle. Cette situation est notamment due à l engouement des acheteurs pour les appareils portables; la tablette et le smartphone tendent à supplanter l ordinateur classique. De plus, les entreprises multiplient les mesures d économie dans le domaine du matériel d infrastructure avec, à la clé, une stagnation du marché des serveurs. Si on y ajoute les effets de la crise latente, la demande s épuise, même de la part de gros acheteurs comme les banques. Les segments des services et des logiciels informatiques ne ressentent aucune baisse de la croissance. En effet, si les achats de matériel en période de conjoncture difficile sont différés, il n en va pas de même pour les solutions logicielles. De nombreuses entreprises voient justement dans l informatique la possibilité d économiser des coûts via l optimisation de leurs processus. Elles espèrent obtenir des avantages concurrentiels et se démarquer sur le marché par l utilisation de logiciels innovants. Les solutions Business Intelligence sont à cet égard très demandées. Le consulting peut bénéficier de la même manière de ces impulsions. Figure 2 Secteur informatique à la troisième place en matière de croissance de la création de valeur brute réelle Création de valeur brute réelle, indexée (1980 = 100) Commerce de gros Hôtellerie et restauration Banques Services informatiques Services aux entreprises Santé et activités sociales Commerce de détail Télécommunications Assurances Recherche et développement Enseignement Services personnels Sources: BAK Basel, UBS 7

8 Analyse L informatique comme clé du succès Getty Images Le cloud computing est un autre moteur de croissance très prisé (voir l article en page 16). De nombreuses entreprises ont d énormes volumes de données à enregistrer, conserver et analyser. Elles voient donc dans l informatique dématérialisée la possibilité de réaliser des économies. D ici 2015, 65% des entreprises entendent opter pour une solution infonuagique. Le cloud computing exige cependant des centres de calcul de la taille de halles de gymnastique. La Suisse réunit les meilleures conditions pour devenir un pôle majeur dans ce domaine. Son approvisionnement électrique stable et sans faille est l élément essentiel pour les fermes de serveurs. Une pénurie de spécialistes toujours aussi criante La branche informatique peine depuis un certain temps à recruter suffisamment de personnel qualifié. A preuve, les cinq à six mille offres d emploi publiées chaque mois sur les portails spécialisés. Et aucune amélioration notable à l horizon. L offre de main-d œuvre s amenuise au fil des seuls changements démographiques. Les baby-boomers partent à la retraite, et les générations issues des années à faible natalité entrent sur le marché du travail. En conséquence, la branche doit de plus en plus se tourner vers des spécialistes étrangers. En 2010, le Conseil fédéral, répondant à une demande de la branche suisse de l informatique, décidait d augmenter les contingents d admission de spécialistes étrangers en provenance d Etats non membres de l UE. Selon une étude d ICT, il manquera à la Suisse quelque informaticiens dans cinq ans. L assèchement du marché du personnel touche en particulier les segments partiels du développement de logiciels et du consulting. La volonté croissante des entreprises de former leurs spécialistes via la filière de l apprentissage indique que l économie approche du seuil de la douleur. Jusqu ici, les sociétés informatiques se préoccupaient peu ou prou du problème de la relève. La charge de travail organisationnelle était jugée trop lourde et les propres aptitudes à former des apprentis étaient souvent mises en doute. C est pourquoi sur 100 informaticiens, 8

9 L informatique comme clé du succès Analyse seuls 3,7 étaient jusqu alors issus de l apprentissage, soit un taux nettement inférieur à la moyenne suisse de 5,4. A Zurich, canton offrant la majeure partie des postes dans l informatique, le nombre des places de formation a fait un bond spectaculaire de 23% en Cette évolution est extrêmement positive. En effet, l apprentissage mène souvent à une formation professionnelle supérieure ou un diplôme d une haute école spécialisée, ce qui augmente du même coup le nombre de spécialistes hautement qualifiés. Qu est-ce qui rend la formation d informaticien si peu attrayante auprès des jeunes Suisses? Les exigences scolaires de l apprentissage en informatique étant similaires à celles du gymnase, le certificat d apprentissage est clairement en concurrence avec la maturité. A cela s ajoute le fait que la gent féminine, avec une proportion d un cinquième des effectifs, est fortement sous-représentée dans la branche informatique. La disparité salariale de 24% entre les hommes et les femmes pourrait expliquer cette situation, mais rien ne le prouve. Si l on considère globalement le salaire brut moyen dans l informatique, il est plus élevé que dans la majorité des autres secteurs avec 8456 francs (2010). L augmentation nominale des revenus des informaticiens a été de 2,5% en 2011, alors que celle dans le secteur des services n à été que de 1% durant la même période. UBS Photo Database Quelle est l évolution pour la branche informatique? Les produits et services informatiques sont toujours moins tangibles pour l utilisateur actuel. La mutation structurelle que connaît l informatique se poursuivra, exigeant des ajustements permanents de la part des entreprises. Le domaine du matériel devrait rester à la traîne, tandis que de petites entreprises innovantes pourraient gagner en importance. Dans l ensemble, il faut s attendre à voir le secteur informatique créer de la valeur supplémentaire et, par chevauchement, générer des impulsions de croissance et d efficience dans d autres secteurs économiques également. Sources : OFS, EITO, IDC, ZLI, SWICO, ICT Switzerland 9

10 Analyse L informatique comme clé du succès Cluster informatique suisse : en concurrence avec Londres et Berlin En tant que site d implantation d entreprises comme Google et IBM, ainsi que de l EPF et de l université, Zurich dispose d une base solide pour la constitution d un cluster informatique. A quoi viennent s ajouter le secteur financier et de nombreuses start-up, qui emploient un nombre croissant de spécialistes en informatique. Mais la ville au bord de la Limmat doit faire face à la rude concurrence d autres métropoles européennes. Le secteur informatique fait partie des industries qui enregistrent la croissance la plus rapide et offre à la Suisse environ postes de travail (convertis en emplois à temps plein), dont la répartition varie grandement de région à région. L illustration montre la part de l informatique par rapport à l ensemble des emplois dans chaque région économique. On remarque clairement deux clusters, qui regroupent à eux deux plus de 50% des emplois: le hub informatique de l Arc lémanique et la région de Zurich. Le cluster autour de Zurich s étend sur de vastes portions du canton, mais englobe aussi le canton de Zoug, le bord du canton de Schwyz et le canton frontalier d Argovie. Selon nos estimations, environ personnes sont employées dans le secteur informatique dans la région de Zurich, la majeure partie fournissant des prestations de service pour des entreprises locales. Mais l emploi joue aussi un rôle croissant dans le développement d applications innovantes. La prise en compte stricte du cœur de la branche sous-estime le nombre de personnes travaillant dans l informatique, car de nombreuses entreprises extérieures à la branche disposent de leur propre service informatique, en particulier dans le secteur financier, l un des plus gros demandeurs de services informatiques. Ainsi, UBS, le Crédit Suisse et la BCZ emploient à eux seuls quelque informaticiens. Par rapport à l ensemble de l emploi, un travailleur sur cinq travaille en Elias Hafner Economiste, UBS SA Deux clusters informatiques Part de l emploi dans le secteur informatique, en pourcentage 0,5% 1,0% 1,75% 2,5% > 2,5% Sources: OFS, UBS 10

11 L informatique comme clé du succès Analyse «Les outils techniques facilitent notre quotidien, et la région de Zurich participe activement à cette évolution.» moyenne dans l informatique. Si l on fait une extrapolation sur la totalité du secteur financier et des assurances, on obtient environ informaticiens supplémentaires dans toute la Suisse, dont la moitié travaille dans le cluster de la région de Zurich. Zurich : site d innovation Dans les années 1950 déjà, un centre de recherche IBM avait vu le jour dans la région de Zurich. Il a surtout acquis sa renommée dans les années 1980, lorsque deux de ses chercheurs ont obtenu le prix Nobel de physique pour leurs travaux. Malheureusement, la Suisse n a ensuite pas su défendre son rôle de leader au lendemain de la révolution informatique. Zurich a fait un pas décisif en avant avec l implantation de Google en La firme américaine, qui a développé le moteur de recherche le plus utilisé du monde, a installé à Zurich son centre de recherche le plus important d Europe, où ont parfois été mises au point des contributions décisives au perfectionnement d applications YouTube, de Gmail ou de Google Maps (voir encadré). Cartes, notes, rendez-vous et adresses Les outils techniques facilitent notre quotidien, et la région de Zurich participe activement à cette évolution. A la suite de la reprise du spécialiste de la cartographie Endoxon, Google a délocalisé une partie du développement de Google Maps à Zurich. Le clou est l introduction en Suisse d Indoor Maps, une application qui jusqu ici n était disponible qu aux Etats-Unis et au Japon. Grâce à des plans d immeubles interactifs, cette application facilite l orientation dans les grands bâtiments, comme les centres commerciaux. Les autres innovations nées sur les rives de la Limmat sont notamment l application pour la gestion des carnets d adresses de Connex.io, l outil d organisation des rendez-vous Doodle ou le calepin en ligne Memonic de l entreprise zurichoise Nektoon AG. Ce dernier permet d enregistrer en ligne des textes, des photos ou des notes issus de recherches sur Internet, afin de pouvoir y avoir ultérieurement accès de partout. La présence de grands noms génère une dynamique positive. D une part, Google & Co. donne un visage au cluster informatique de Zurich et accroît ainsi l attrait de la Suisse aux yeux des talents étrangers. D autre part, les centres de recherche en informatique forment des collaborateurs qui deviennent ensuite souvent indépendants en fondant leur propre start-up. Mais on ne saurait passer sous silence les éventuelles retombées négatives de cette évolution : la disponibilité limitée de spécialistes, les meilleurs d entre eux étant pour la plupart absorbés par les leaders de la branche, fait qu il est difficile pour les petites entreprises de mettre en œuvre leurs idées. Par ailleurs, Zurich se rend ainsi dans une certaine mesure dépendante de noms réputés, si bien que le départ soudain d un prestataire renommé risque d avoir des répercussions imprévisibles pour le site informatique de Zurich. La question se pose donc de savoir comment la Suisse, et plus particulièrement le cluster informatique de Dreamstime 11

12 Analyse L informatique comme clé du succès Zurich, peut s armer le plus efficacement contre la concurrence internationale. L internationalité pour moteur Selon nous, se comparer directement aux Etats-Unis n a guère de sens, car leur avance technologique est trop grande et les rapports de grandeur trop différents, en particulier lorsque l on considère la Silicon Valley. Zurich devrait donc se mesurer davantage à la concurrence européenne. Parmi les avantages liés aux sites suisses, nous citerons la stabilité politique et juridique, le faible niveau de la fiscalité, un environnement favorable aux entreprises et l accès au capital. Sans oublier la position centrale de la Suisse en Europe et la qualité de vie élevée, facteurs attrayants pour la main-d œuvre qualifiée, qui ont une incidence positive sur le choix du site suisse. Sur le plan régional, l Arc lémanique et la région de Zurich, avec leurs écoles polytechniques fédérales, l EPFL et l EPFZ, de renommée internationale, offrent les meilleures conditions pour le développement de l industrie informatique helvétique. Car elles donnent souvent naissance à des start-up ou à des spinoffs, nouvelles entreprises dont l objectif est la plupart du temps d exploiter commercialement les résultats de la recherche. Pour l industrie informatique, l orientation internationale marquée des instituts de recherche nationaux constitue un avantage décisif. Les écoles polytechniques attirent des talents du monde entier, ce qui favorise de nouvelles approches qui naissent de la synergie entre des modes de pensée différents et l échange de connaissances entre différentes cultures. En outre, grâce à l implantation de poids lourds, Zurich dispose d un avantage à titre de précurseur. d autres pays comme le Danemark, l Estonie ou la Pologne disposent aussi d un cluster informatique développé. L Europe de l Est, en particulier, séduit par le niveau nettement inférieur des salaires, ce qui incite les entreprises suisses à y délocaliser les tâches à forte composante de main-d œuvre dans le domaine de l assistance informatique. Toutefois, pour les travaux plus complexes et nécessitant davantage de capitaux, les coûts salariaux jouent un rôle secondaire. Ainsi, Google a récemment fait savoir que le niveau des salaires n était pas un critère décisif pour le groupe, ce qui à long terme pourrait être un atout pour Zurich. Et le fait que d autres sites se développent n est pas non plus nécessairement préjudiciable pour Zurich. Car l industrie informatique offre suffisamment de place pour diverses niches. Rencontrer la concurrence après le travail, autour d une bière L important pour le succès de Zurich sera d exploiter la proximité entre des entreprises déjà implantées, ainsi que le bon fonctionnement du mécanisme de cluster. Ainsi, Phil Libin, CEO d Evernote, entreprise informatique américaine qui a récemment ouvert sa centrale européenne à Zurich, a déclaré à la «NZZ» au sujet de l un de ses plus gros concurrents : «Il sera intéressant de travailler désormais dans la même région et de communiquer plus efficacement ensemble, par exemple après le travail, autour d une bière.» Mais les autres villes ne restent pas les bras croisés. Londres fait depuis longtemps figure de centre informatique européen et depuis un certain temps déjà, Berlin est également de plus en plus cité à cet égard. Par rapport à Zurich, ces deux sites ont surtout l avantage de posséder un vaste marché intérieur. Mais 12

13 L informatique comme clé du succès Analyse Entreprises technologiques cotées en Bourse Sur la Bourse suisse, Swisscom domine le segment des entreprises informatiques et de télécoms. Mais à l ombre du géant national, on trouve également des prestataires de niche internationalement reconnus, comme le fournisseur d accessoires pour ordinateurs Logitech ou le spécialiste des logiciels financiers Temenos. Sur la Bourse suisse, dans le segment des entreprises informatiques et de télécommunications, on ne peut manquer Swisscom : mesuré à la valeur boursière des actions, le géant suisse des télécoms représente plus de trois quarts de toutes les entreprises cotées des secteurs informatique et des télécoms. Les chiffres d affaires agrégés des entreprises technologiques suisses cotées ont chuté de 24% ces dix dernières années et leur marge nette a atteint en moyenne 14%. Alors que l action Swisscom connaît des fluctuations inférieures à la moyenne, les autres titres des secteurs informatique et des télécoms font partie des placements en actions soumis à une volatilité supérieure à la moyenne (exposition à la volatilité). Sans la vente de sa participation de 95% dans l entreprise allemande de téléphonie mobile debitel en 2004, Swisscom aurait affiché un chiffre d affaires quasiment inchangé ces dix dernières années. Mais à cause de la vente de la participation dans debitel, le chiffre d affaires du groupe a plongé de 21% entre 2002 et Beaucoup d autres choses se sont aussi passées ces dernières années : Swisscom a perdu sa position de monopole et a dû faire face non seulement à la concurrence, mais aussi à d importants progrès technologiques. Aujourd hui, le géant suisse contrôle environ 65% du marché helvétique des télécoms et génère des flux de trésorerie substantiels. Pour les investisseurs, l entreprise est une perle en matière de rendements sans potentiel de croissance significatif. Depuis sa création en 1981, Logitech a affiché une croissance rapide jusqu en Pour financer son expansion, l entreprise a régulièrement émis de nouvelles actions jusqu en Bien qu elle soit passée à côté de tendances importantes de la branche ces dernières années, comme l introduction des écrans tactiles, l entreprise reste le numéro un du marché des périphériques sans fil avec radiotechnique numérique et travaille dur pour rattraper rapidement son retard. La reine de la souris pour ordinateurs met actuellement tout en œuvre pour accélérer le lancement de produits innovants, tout en réduisant sa base de coûts de 80 millions de dollars par an. Pour les investisseurs, Logitech représente donc un pari sur un nouvel envol et le retour à des marges nettes supérieures à deux chiffres, comme avant En 1993, l émigré grec George Koukis a acheté une petite entreprise suisse qui luttait pour survivre, devenue aujourd hui Temenos, avec des partenaires de capital-risque. A partir de 2008, la dynamique de croissance marquée a propulsé le groupe au premier rang mondial des logiciels bancaires. Malgré sa position de leader du marché et la crise bancaire qui sévit en Europe et aux Etats-Unis, Temenos maintient le cap de la croissance et continue d envisager d éventuelles fusions et acquisitions. Temenos est une action de croissance volatile. Pour l investisseur prêt à supporter des risques, le titre représente un pari sur une reprise à moyen terme de la demande de logiciels financiers. Stefan R. Meyer Analyste, UBS SA Entreprises cotées en Bourse des secteurs des télécoms et des technologies de l information Segment de marché Capitalisation boursière en mrd CHF Croissance du CA Marge nette Médiane Swisscom Services télécoms 19,2 21% 16,0% Logitech Accessoires pour ordinateurs 2,0 45% 5,8% Temenos Logiciel bancaire 1,2 183% 16,0% ams Semi-conducteurs 0,9 159% 13,2% Huber+Suhner Technique de communication 0,8 29% 7,0% Kudelski Systèmes de sécurité 0,7 123% 5,4% Ascom Sources: FactSet, UBS Technique de communication 0,3 79% 5,5% 13

14 Analyse L informatique comme clé du succès Réduit, mais innovant Malgré sa taille réduite, le marché suisse de l informatique occupe une place unique en comparaison internationale. L utilisation de technologies de pointe et le rôle d incubateur d idées novatrices propulsent la Suisse au premier plan. La société américaine de conseil Gartner évalue à 25 milliards de dollars américains au total les investissements dans l informatique des entreprises suisses en 2011, soit 1% des dépenses mondiales à ce titre. Il n est pas surprenant que la demande émane principalement des deux secteurs économiques dominants dans notre pays, à savoir la finance et la santé. Ensemble, ils réalisent presque 33% de toutes les dépenses dans l informatique, alors que la moyenne mondiale se situe grosso modo à 20%. Malgré sa taille réduite, la Suisse est un marché cible important pour la majorité des géants de l informatique mondiaux; une situation certainement due aux budgets d achats informatiques bien dotés des grandes entreprises établies ici. La présence croissante dans le monde de ces sociétés a notamment pour corollaire l extension fréquente de leurs commandes à leurs filiales à l étranger. Outre les nouvelles tendances comme la transmission de données mobiles et «sociales» et le Big Data, le cloud computing constitue une immense opportunité en Suisse, où presque 5% des investissements indigènes dans l informatique concernent déjà ce secteur. L innovation n est pas le seul domaine où la Suisse occupe régulièrement la tête des classements internationaux (p. ex. numéro un du Global Innovation Index de l INSEAD en 2011). Elle a également une longueur d avance en matière d introduction de nouvelles technologies en comparaison mondiale. Selon le Global Information Technology Report 2012 du World Economic Forum, notre pays occupe le cinquième rang quant à la disposition à utiliser des technologies modernes (Technology Network Readiness). La Suisse répond par ailleurs de manière très satisfaisante à la plupart des critères retenus par l étude (détails dans l illustration). L utilisation des technologies de pointe, des compétences très pointues et une politique favorable aux entreprises font de la Suisse un site majeur pour la recherche et le développement et pour l implantation d un siège régional; ce que bon nombre d entreprises internationales comme ebay, HP, Yahoo, Sony et Alibaba ont bien compris. Qu il s agisse du Réseau des réseaux, l épine dorsale d Internet, qui trouve ses origines au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève, ou de l anneau à jeton, une norme pour les réseaux locaux développée par IBM Research à Zurich, les centres helvétiques de recherche et développement ont fait œuvre de pionnier et apporté au monde des innovations techniques importantes. Ces exemples prouvent le rôle déterminant joué par la branche informatique helvétique dans certaines découvertes qui révolutionnent le secteur technologique mondial. La Suisse compte près de sociétés informatiques et un extraordinaire vivier de talents fort d environ actifs hautement qualifiés et soucieux de la qualité. Presque 70% de ces spécialistes travaillent dans le secteur innovant des logiciels, ce qui fait de la Suisse un des grands acteurs mondiaux dans des segments de niche tels que la bioinformatique, les médias numériques, l intelligence artificielle et la sécurité des informations. Rang de la Suisse en comparaison mondiale Network readiness Sources: WEF, UBS 1 Couverture du réseau mobile 2 Disponibilité des dernières technologies Protection Intégration Pénétration de la des technologies des PC propriété par les dans les intellectuelle entreprises ménages Sundeep Gantori Analyste, UBS SA Accès des ménages à Internet 17 Priorisation de l informatique par le gouvernement 14

15 L informatique comme clé du succès Thema Perspectives Défis et opportunités Malgré sa taille limitée, le secteur suisse de l informatique occupe une place unique en comparaison internationale. Que ce soit pour la constitution ou l exploitation de grands centres de données, ou le développement de solutions de sécurité innovantes, il figure aujourd hui incontestablement parmi les leaders mondiaux. Comme peu d autres secteurs économiques, la branche informatique est toutefois soumise au diktat du progrès technique. Les nouvelles technologies révolutionnaires telles que l informatique dématérialisée font pression sur le marché. Pour les prestataires établis, le changement permanent représente un défi considérable, mais recèle aussi des opportunités extraordinaires. 15

16 Perspectives Défis et opportunités Entre main street, le cyclone et le gouffre Le secteur informatique se caractérise par des cycles de vie prononcés. Les innovations arrivent sur le marché à toute vitesse, s imposent aux utilisateurs et sont ensuite progressivement évincées par de nouvelles solutions encore plus performantes. Comme peu d autres secteurs économiques, le marché de l informatique est soumis à la loi de l essor, du remplacement et du déclin. Il est absolument indispensable de comprendre parfaitement un secteur et ses fondements de marché pour recommander des actions ou réaliser des investissements. Et il est tout aussi essentiel d étudier le développement de la dynamique et les «forces» informatiques mondiales avant de se préoccuper des opportunités offertes par les éditeurs de logiciels individuels. Mais la compréhension de l évolution future de ces forces est encore plus importante. Aussi commençons-nous notre analyse du secteur par un survol, avant de nous livrer à une analyse plus détaillée et d examiner les noms et les opportunités liés aux différentes entreprises (cf. chapitre suivant). Veuillez noter que les entreprises mentionnées dans le présent document sont en mains privées et, qu en tant que telles, leurs données financières ne sont pas publiées. Il est donc difficile de fournir des recommandations sur les logiciels, quelles qu elles soient. Quoi qu il en soit, l espérance de vie moyenne des logiciels d application se situe entre dix et quinze ans, et une vague de mises à jour a déferlé à la fin des années 1990 en raison du passage au nouveau millénaire. Ce que nous verrons au cours des cinq prochaines années, c est très probablement une tendance à la modernisation des applications, qui s accélèrera à travers les cycles de remplacement et d extension ainsi qu au gré des implémentations B2B et B2C. Le marché CRM (Customer Relationship Management) devrait notamment offrir aux éditeurs de logiciels le plus fort potentiel de croissance supplémentaire en termes de revenus. Une innovation continue et discontinue Les marchés s envolent lors de l introduction de produits innovants, car ceux-ci stimulent les comportements d achat de nombreux consommateurs dont l intérêt pour la gamme existante s est éteint. Dans la plupart des secteurs, ces innovations sont continues. Par exemple, pour profiter des avantages d une nouvelle voiture, un client doit simplement l acheter et la conduire sur l autoroute. Le client utilise donc les infrastructures et standards existants. Même lorsque vous achetez un nouveau téléphone, par exemple, vous pouvez l utiliser tout de suite. Néanmoins, il arrive qu une percée technologique entraîne le lancement d une toute nouvelle offre, et c est ce que l on qualifie de discontinuité de l innovation. Le premier navigateur, le premier tableur ou la première tablette LTE sans fil : tous ces produits ont introduit des fonctions totalement nouvelles et absolument irrésistibles. Et pour pouvoir véritablement profiter de l ampleur de ces fonctions, les utilisateurs ont dû adopter de nouvelles technologies et introduire une nouvelle infrastructure incompatible avec celle qui régnait à l époque. C est-à-dire qu ils ont dû, d une part, suivre eux-mêmes un processus d apprentissage pour pouvoir utiliser les nouveaux produits et, d autre part, attendre que tous les fournisseurs de produits et services annexes aient eux aussi rendu leur partie du système global exploitable. Qui veut acheter un ipad avec capacité de connexion LTE s il n est compatible avec aucun réseau? Ou un iphone s il n existe aucune application adaptée? Le diagramme ci-dessous, très répandu dans la littérature économique, illustre la progression dans le temps d un marché high-tech. Pour les explications, nous nous sommes inspirés de Geoffrey A. Moore, l auteur de «Crossing the Chasm» («Franchir le gouffre») et d «Inside the Tornado» («Dans l œil du cyclone»), car sa théorie est selon nous la plus représentative de l évolution de marchés informatiques caractérisés par la nouveauté. Cesare Valeggia Analyste, UBS SA 16

17 Défis et opportunités Perspectives «Dans le nouveau cycle, les acteurs suisses auront alors l occasion de s établir à l échelle mondiale et d acquérir une présence et une réputation internationales.» La main street Le cyclone Le gouffre Le marché initial Source : «Dans l œil du cyclone» La piste de bowling L assimilation totale Le marché du début La toute première activité commerciale liée à une innovation discontinue est soutenue par les techno-enthousiastes et portée par les clients visionnaires. Ensemble, ils ont pour objectif d utiliser la nouvelle technologie pour ouvrir la porte à des changements radicaux qui leur donneront un avantage compétitif considérable par rapport à toutes les autres entreprises de leur catégorie. Par conséquent, la principale caractéristique de cette phase de développement, c est que le marché s articule autour de clients individuels et non de segments de marché. Les clients visionnaires ne veulent pas collaborer pour permettre à d autres entreprises concurrentes d être à la pointe de la nouvelle technologie. L entreprise qui introduit l innovation discontinue a l occasion de confirmer la viabilité de sa technologie au moyen de certains projets sur mesure. Il s agit là d une source de revenus ou de bénéfices importants, et dès que l objectif de démonstration du concept (proof of concept) a été satisfait, ces entreprises sortent du marché initial pour pénétrer le marché mainstream. Et c est là que survient un obstacle : la phase qualifiée de «gouffre». Le gouffre Le gouffre est la conséquence naturelle de l opposition entre le visionnaire qui se détache volontairement du troupeau dans l objectif d acquérir un avantage compétitif et le conservateur. Ce dernier préfère attendre pour voir si ses collègues pragmatiques remportent un quelconque succès grâce à la nouvelle technologie. Le produit innovant sur les marchés initiaux a également éveillé l attention des prestataires établis : les prébendiers, qui ont promu l ancienne technologie et ont tout intérêt à défendre le statu quo. Ils aspirent même à se regrouper pour chasser l intrus. Ils sèment en outre le doute quant à la nouvelle offre en raillant, par exemple, l immaturité du produit et le caractère incomplet de l intégration. Si l entreprise innovante ne parvient pas à asseoir 17

18 Perspectives Défis et opportunités suffisamment rapidement sa position sur le marché, elle disparaîtra dans le gouffre, à l image des ordinateurs accessibles au stylet ou des vidéoconférences sur ordinateur de bureau au début des années Dans les deux cas, les produits n étaient pas assez nouveaux pour les visionnaires, qui ne s intéressent qu aux innovations discontinues, et les pragmatiques sont restés de marbre. Dans la plupart des cas, les produits ont duré un temps et généré d année en année plus de coûts que de chiffre d affaires, jusqu à ce que leurs fabricants finissent par interrompre leur production. La piste de bowling La piste de bowling correspond à l étape de pénétration du marché au sein de la phase d acceptation du cycle de vie technologique. Il intervient au début du marché mainstream et donc de l autre côté du gouffre, pour être précis. Les segments de marché de la «piste de bowling» sont généralement constitués d entreprises dont les responsables sont forcés de corriger des processus critiques défectueux, et ce de toute urgence. Par exemple, les traders de Wall Street subissaient des pressions permanentes les forçant à trouver des systèmes de négociation plus rapides et plus réactifs face aux évènements du marché: ils ont opté pour les solutions proposées par Sun Microsystems. La phase «piste de bowling» correspond donc au premier moment où une entreprise high-tech peut véritablement penser qu elle va tirer son épingle du jeu car, pour la première fois, elle peut compter sur le soutien de clients intéressés et sur une place protégée sur le marché. Certaines de ces innovations restent toutefois confinées à un créneau de marché spécifique, à l image d Autodesk avec sa technologie paramétrique intégrée aux logiciels de CAO destinés à des usages mécaniques, ou de certains éditeurs de logiciels financiers comme Reuters, qui ne sont jamais sortis de leur créneau. Le marché «cyclone» Pendant la phase d hypercroissance ou «cyclone», le changement de paradigme semble se manifester partout, c est-à-dire que les réticences des conservateurs en matière d achats disparaissent enfin et qu ils se convertissent tous en hâte et en masse à la nouvelle technologie. Les taux de croissance réalisés initialement peuvent largement dépasser 100% par an pendant un certain temps, car chaque fournisseur de la catégorie vise à exploiter ses capacités au maximum pour profiter de cette croissance extraordinaire. Généralement, il existe dès le début quelques prétendants im périeux à la première place, qui sont tous très proches les uns des autres. Mais tôt ou tard, l un de ces prestataires se démarque et se met à dépasser le reste du troupeau. Il s agit des Microsoft, Intel, IBM et Cisco des années 90. Ce phénomène s explique par la quête éper due par le marché de normes technologiques permettant d intégrer les nouveaux produits à l infrastructure de système existante au moyen d interfaces. Par exemple, si quelqu un a la base de données standard, tous les fournisseurs de matériel informatique et éditeurs de logiciels veulent qu elle soit compatible avec leurs systèmes. Et les clients souhaitent l acheter, car leurs systèmes seront alors compatibles avec les prochaines versions éditées par toutes ces entreprises. Par exemple, quand IBM a eu gain de cause dans la lutte pour le superordinateur, sa position par rapport à ses concurrents, le «BUNCH» (Burroughs, Univac, NCR, Control Data et Honeywell), était si prééminente que «Big Blue» n a plus jamais été en mauvaise posture. C était dû non seulement au mérite d IBM, mais aussi au fait que le nombre d entreprises impliquées était si élevé qu il n a tout simplement jamais été question d affaiblir la position d IBM : tous les éditeurs de logiciels, les fournisseurs d équipements informatiques compatibles et tous les conseillers, ainsi que leurs clients qui avaient opté pour les systèmes 360 et 370 et avaient converti leurs codes de programmation à d autres normes. Une à une, les entreprises du BUNCH sont sorties du marché ou ont complètement disparu, à l image d UNISYS (la fusion entre Burroughs et Univac). 18

19 Défis et opportunités Perspectives La main street Au fil du temps, la catégorie de produits finit par atteindre le mainstream et le taux de pénétration grimpe le long de la courbe en S. Pendant cette phase, les actions technologiques commencent à se comporter comme celles des autres secteurs, comme nous l avons constaté cette année à l occasion de la rétrogradation majeure du secteur informatique. A l image d un microprocesseur dans un ordinateur, la technologie est maintenant intégrée au produit. A ce stade, les participants du secteur se soucient moins de l acceptation par le marché et des normes; leur objectif consiste uniquement à apporter quelques variations ou modifications cosmétiques mineures aux standards initiaux pour doper la croissance du chiffre d affaires. Citons, pour illustrer un tel phénomène, Microsoft Vista : il a suffi d un changement minime assez mineur pour être accepté par les clients et partenaires mais suffisant pour semer la pagaille parmi les concurrents en plein développement, qui ont dès lors visé une assimilation totale. A noter ici que l essentiel des revenus et bénéfices est réalisé longtemps après que la technologie a été entièrement assimilée. L assimilation totale Comme tout, la phase main street a elle aussi une fin. La stratégie des petites variations n est pas éternelle, surtout dans un monde marqué par un besoin croissant de performance, par une baisse des charges d exploitation et par un comportement des clients sans cesse changeant. Cela explique pourquoi Microsoft a sous-estimé l ampleur et l importance du marché Internet, ou pourquoi Intel a eu du mal à se lancer dans la téléphonie mobile, domaine où règne l architecture ARM (Advanced Risk Machines). Cependant, l élimination d une catégorie commence traditionnellement lorsqu une technologie alternative la détrône en avançant dans le cyclone. Michael E. Porter, l auteur de «Competitive Advantage» («Avantage compétitif»), a inventé le terme de «menace des produits de substitution» qui décrit une offensive sur la catégorie de produits venant non pas de l intérieur, mais du marché extérieur. Comme il a été mentionné en introduction, cette menace est incarnée par l innovation discontinue dans le secteur de la haute technologie et correspond à un phénomène relativement fréquent. Les serveurs UNIX ont supplanté les mini-ordinateurs propriétaires, qui avaient eux-mêmes remplacé auparavant les superordinateurs propriétaires en tant que plateformes de serveurs dominantes. Le serveur Wintel (c est-à-dire un serveur qui utilise des processeurs compatibles avec Intel dans Microsoft Windows) est ensuite venu détrôner le serveur UNIX. Les dirigeants des sociétés informatiques ou entreprises établies craignent tout particulièrement l effet de substitution. Il n est donc pas surprenant qu Andrew S. Grove, cofondateur et ancien CEO d Intel, ait écrit dans son autobiographie : «Seuls les paranoïaques survivent.» La montée du cloud computing Dans les années 1990, les ordinateurs personnels (PC) sont devenus de plus en plus performants. Le travail et les tâches auparavant réservés aux serveurs et aux superordinateurs ont pu dès lors être accomplis par les PC. Puis les éditeurs de logiciels ont commencé à développer des applications capables de répartir le traitement entre le PC (client) et le serveur. Ces architectures ont été qualifiées de client-serveur. SAP, un ancien éditeur de logiciels pour superordinateurs, a profité de cette nouveauté pour se réinventer et devenir le premier fournisseur d applications client-serveur. Oracle a racheté une poignée d éditeurs de logiciels d application dont les produits se vendent aujourd hui encore. La vente de logiciels compatibles avec les architectures client-serveur n est pas évidente, car les éditeurs doivent adapter leurs applications aux besoins spécifiques de chaque client. Le logiciel d application doit être installé sur chaque desktop, ce qui limite le nombre d utilisateurs pouvant en profiter et augmente les frais de maintenance. Ces éditeurs de logiciels ont donc affiché une forte croissance et sont devenus très profitables 19

20 Perspectives Défis et opportunités dreamstime.com grâce aux redevances préalables qu ils imposaient et aux frais de maintenance annuels qu ils facturaient au titre de l assistance technique. Ils ont largement bénéficié du modèle client-serveur. Face à l utilisation de plus en plus répandue d Internet et à la disponibilité accrue des connexions à bande large rapides, un nombre grandissant d applications utilisables sur Internet ont été programmées, attirant un public toujours plus large. C est aussi grâce à Google Apps et à Salesforce.com que de telles applications ont pu être développées. Une multitude d applications couronnées de succès telles que Facebook ou Gmail, le service de messagerie reposant sur un nuage (cloud), visent le marché des consommateurs. Mais il existe aussi toute une gamme d applications logicielles sur demande destinées au marché des entreprises. Netsuite offre par exemple des fonctions de planification des ressources d entreprise (Enterprise Resource Planning, ERP) comme la comptabilité, la vente, la gestion des inventaires et l e-commerce, tandis que Salesforce.com propose des applications de gestion des relations clients (Customer Relationship Management, CRM). De tels services sont offerts via Internet par des serveurs communs situés dans des centres de données appelés «clouds» et gérés par Google, Microsoft, Amazon et d autres prestataires. Ces applications éliminent une grande partie du besoin en logiciels clients et réduisent donc les frais de licence, d implémentation (en raison du regroupement des différentes licences logicielles) et de maintenance à régler au préalable. Comme les clients ne paient généralement qu en cas d utilisation effective, ils ne sont pas tenus d investir beaucoup dans le matériel et l installation informatiques. En effet, dans la plupart des cas, les utilisateurs n ont même pas conscience du type d infrastructure utilisée pour la fourniture des services souhaités. Ils connaissent uniquement les applications qu ils veulent acheter car celles-ci sont disponibles, en toute simplicité, sur Internet, le cœur même du cloud. 20

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