7 e université d été de la communication pour le développement durable 10 ET 11 SEPTEMBRE 2009 BUOUX - LUBERON CHATEAU DE L ENVIRONNEMENT

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1 7 e université d été de la communication pour le développement durable 10 ET 11 SEPTEMBRE 2009 BUOUX - LUBERON CHATEAU DE L ENVIRONNEMENT faire ensemble réflexions et contributions

2 Sigles AACC Association des agences conseils en communications ADEME Agence de l environnement et de la maîtrise de l énergie APACOM Association des professionnels aquitains de la communication ARPE Agence régionale pour l environnement ARPP Autorité de régulation professionnelle de la publicité BIN Bonheur intérieur net CJD Centre des jeunes dirigeants CPP Conseil paritaire de la publicité CSOEC Conseil de l ordre des experts-comptables CUB Communauté urbaine de Bordeaux DDD Directeur du développement durable DRH Directeur des ressources humaines FFRP Fédération Française de Randonnée Pédestre FING Fondation Internet nouvelles générations FSC Forest Stewardship Council GAM Groupe d action municipale GRI Global Reporting Initiative HSCT Hygiène, sécurité et conditions de travail INRA-SAD Département de recherche de l INRA - Sciences pour l Action et le développement MEEDDM Ministère de l Ecologie, de l Energie, du développement durable et de la Mer NRE Nouvelles régulations économiques PEFC Pan European Forest Council PME Petites et moyennes entreprises RH ressources humaines RSA Revenu de Solidarité active RSE Responsabilité sociétale des entreprises SQRP Société québécoise des professionnels en relations publiques TIC Technologies de l information et de la communication UDA Union des annonceurs UICN Union internationale pour la conservation de la nature WWF World wildlife fund

3 SOMMAIRE PLÉNIÈRE D OUVERTURE OUVERTURE DE L UNIVERSITÉ D ÉTÉ Gilles BERHAULT... 7 Un dialogue entre de nombreux acteurs... 7 Jean-Louis JOSEPH... 7 Trois ambitions pour le comité Eric GUILLON... 8 Echanger pour agir... 9 LES ÉTUDES DE L ANNÉE Le baromètre Observatoire de la communication et du marketing responsables / Le développement durable comme vague de fond Le moral des communicants FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART Europe Ecologie, une simple image? Crise de la société postindustrielle Faire face aux contradictions Autres contributions ATELIER 1 RELATION DRH ET DIRECTEUR DU DÉVELOPPEMENT DURABLE : FRÈRES ENNEMIS? Repenser le dialogue social Insuffler un mouvement collectif DRH et DDD : un travail en binôme Autres contributions ATELIER 2 FINANCES ET COMPTABILITÉ, ENNEMIS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE? L industrie financière responsable et coupable Ethique et normes Règles, responsabilité, incitation Autres contributions

4 SOMMAIRE ATELIER 3 UN LABEL POUR LES AGENCES? Des outils d aide au développement durable Reconnaître les efforts pour le développement durable Le développement durable, un critère de choix? Echanges avec la salle Propositions ATELIER 4 PIONNIERS ET ENTRANTS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, UNE GUERRE DE TERRITOIRES? Tirer des leçons du passé Partager pour affronter une tragédie commune Apprendre l humilité Retrouver des penseurs, apprendre des Modernes Militantisme et plus grand nombre ATELIER 5 COMMUNICATION INTERNE : GREEN WASHING? Diffuser le développement durable dans les entreprises Pas de pushing sur les salariés Les managers au vert Autres contributions ATELIER 6 ESPRIT POSITIF ET CONSTRUCTIF! Peut-on sauver le Titanic? Vivre heureux ensemble Autres contributions Conclusion ATELIER 7 FORMONS À LA COMMUNICATION ET AU MARKETING RESPONSABLES Une goutte de développement durable dans la mécanique universitaire? Lente amélioration Actions et projets Quand les écoles dialoguent avec les agences Un socle de connaissances commun Autres contributions...84 Conclusions

5 SOMMAIRE ATELIER 8 CRISE CONJONCTURELLE OU STRUCTURELLE? QUEL RÔLE POUR LA COMMUNICATION? La communication pour donner envie d agir Redonner du sens à notre action Echanges avec la salle Autres contributions ATELIER 9 LES MOTS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE! L étymologie, un enjeu pour le développement durable Les mots, victimes de la mode? Echanges avec la salle Réalisation d un exercice Autres contributions ATELIER 10 LES CHANGEMENTS DE COMPORTEMENT Accompagner le changement de pratiques Réduire l acte d achat Devenir acteurs ensemble! Autres contributions EN SYNTHÈSE Rapport d étonnement Bons et mauvais contrastes L innovation et la créativité Rapport d étonnement sur les ateliers Faire un effort de pédagogie Participer, partager, impliquer tout le monde Bien définir les mots du développement durable Replacer l humain au cœur de l ensemble des dispositifs Redéfinir les règles du jeu Réhabiliter le pouvoir politique CLÔTURE Vous avez dit valeurs? L innovation, levier d actions Autres contributions Intervention d Alain Juppé, en visioconférence Conclusion ANNEXE Etude LimeLight Consulting : «Observatoire de la communication et du marketing responsables»

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7 OUVERTURE OUVERTURE DE L UNIVERSITÉ D ÉTÉ Ouverture de l Université d été JEAN-LOUIS JOSEPH PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION DES PARCS NATURELS RÉGIONAUX DE FRANCE GILLES BERHAULT PRÉSIDENT D ACIDD Je suis heureux de vous accueillir à l a 7e Université d été d ACIDD dans ce château de l environnement de Buoux. J espère que nos échanges seront riches de propositions. Un dialogue entre de nombreux acteurs JEAN-LOUIS JOSEPH, Président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France : Pour cette septième édition, j ai le plaisir de vous accueillir à n ouveau en p lein cœur du parc régional du Luberon. Je mesure le chemin parcouru depuis notre première Université d été, dans une société qui communique plus de jour en jour. Je suis très heureux d avoir été l un des premiers à croire en vos travaux. Je sais que l éducation et la formation sont des valeurs auxquelles vous êtes attachés. C est notre grand combat à t ous et si nous voulons un d éveloppement harmonieux des hommes et des territoires. il y a obligation à transférer les acquis et à communiquer, en transmettant un message qui soit à la fois novateur et prospectif Dans c ette r égion, n ous avons c onstruit un A genda 21 t erritorial et j ai p ris conscience de l importance de la communication pour réussir de telles actions, pour parvenir à «faire ensemble». Sans cela et sans les méthodes d animation du dialogue social, nous aurions été à ju ste titre a ccusés de faire du green washing. Aujourd hui, la communication n est plus réservée aux communicants ; elle concerne toute la société et chacun d entre nous. Dans les Parcs naturels régionaux, nous ressentons directement les mutations mondiales qui sont à l œuvre. Par conséquent, il y a obligation à transférer les acquis et à communiquer, en transmettant un message qui soit à la fois novateur et prospectif. Actuellement, l es p arcs s interrogent : qu elles f ormes d oit p rendre l eur t ravail d innovation rurale? Comment doivent-ils se mettre en situation d échange et de transfert? Et avec quels outils et quelles stratégies? La gestion de chaque parc est un exercice quotidien de gouvernance et d implication des habitants : chacun peut et même doit donner son avis et les réseaux sociaux Facebook, Twitter, Viadeo ne sont pas réservés aux urbains. Les techniques évoluent très vite, donc je vous le demande : n hésitez pas à éclairer les élus que nous sommes. Nous sommes curieux et motivés, mais nous manquons bien souvent d accompagnement. La communication pour le développement durable est un vecteur indispensable pour la démocratie locale. Dans les parcs, nous sommes attentifs et faisons d importants efforts pour limiter la production de déchets par exemple. La communication et les technologies de l information sont un sujet prioritaire pour les territoires si nous souhaitons à terme remplir des objectifs de sobriété et d efficacité énergétique. C est grâce à tous les acteurs qui sont réunis à Buoux et à leur concertation que se mettront en place les actions de demain. Nous pouvons toujours plus que ce que nous pensons. 7

8 OUVERTURE DE L UNIVERSITÉ D ÉTÉ ERIC GUILLON PRÉSIDENT DU COMITÉ 21 Trois ambitions pour le comité 21 ERIC GUILLON, Président du Comité 21 : Cette Université d été est un moment qui nous permet de parler tous ensemble de cette passion, la nôtre, qu est le développement durable. Je voudrais rendre hommage à Anne-Marie Saquet qui a été à l origine avec Gilles Berhault de cette initiative et qui nous a quittés récemment. Le thème du «f aire ensemble» p eut apparaître c omme un li eu c ommun, mais des difficultés existent quand on cherche à faire travailler ensemble des gens qui viennent d horizons différents. Le passage par la c o-construction p eut a insi s illustrer par la concertation que nous avons ou verte, et c e à la de mande de c ertaines entreprises qui souhaitaient Le passage par la co-construction peut ainsi s illustrer par la concertation que nous avons ouverte partager leur stratégie avec des associations. Ces mêmes entreprises qui ont de grands projets et qui se font parfois éconduire par les associations. Notre objectif est que les deux parties puissent échanger, dans un c adre confidentiel, sur ces questions. Cette démarche est extraordinaire : après une présentation du projet par l entreprise cela dure une demi-journée, les associations parlent autant de temps, alors que l entreprise se tait. Dans un troisième temps, nous essayons de trouver des points communs. Et nous les trouvons. Par conséquent, je crois que nous pouvons faire ensemble et c est incroyable de voir à qu el point cette initiative a pu faire évoluer la culture d entreprise. Le c omité 2 1 a é té c onstruit p our d évelopper u ne d ynamique qui c herche à implanter le développement durable. Nous sommes 400 membres et la rencontre des quatre grands collèges (représentants du monde universitaire et des médias, des entreprises, des associations et des collectivités territoriales) est très enrichissante. Maintenant, nous devons nous efforcer de le faire savoir. Quel paradoxe dans une Université d été consacrée à la communication! Le développement du temps de débat a été une autre de nos initiatives, car l on nous reprochait de ne pas y consacrer assez de temps. Pour cette raison, nous avons demandé à B ettina Laville d être à l a tête d un comité de prospective. En quelques mois, ce comité a pu éditer un document sur la crise et sur la manière dont cette dernière pourra changer les comportements. On ne vit pas bien quand on n a pas le temps nécessaire pour débattre du futur et de sa construction. Pour fi nir, nous avons la volonté originelle de mettre en place une démarche de développement durable à l échelle régionale. Pour cela, nous avons choisi deux régions pilotes : Provence-Alpes-Côte-D azur et la région des Pays de la Loire, dans laquelle on retrouve une demande très importante. Ce sont les trois ambitions du Comité 21. Longue vie à cette Université d été! 8

9 OUVERTURE DE L UNIVERSITÉ D ÉTÉ GILLES BERHAULT PRÉSIDENT D ACIDD Echanger pour agir GILLES BERHAULT, Président d ACIDD : Cette année, le thème que nous avons retenu est celui du»faire ensemble» de la collaboration. L enjeu est de trouver les moyens qui permettront de massifier la d émarche et plus s eulement de l expérimenter. Notre sujet est centré sur ces deux thèmes que sont la communication et le développement durable. Il s agit surtout d échanger sur les relations qui existent entre ces deux démarches. Nous voulons aboutir à la rédaction d une feuille de route. Tout cela passe par l écoute et la coconstruction : c e n est p as uni - quement le t hème d e l Université, c est aussi un moyen d aller vers l action. L enjeu est de trouver les moyens qui permettront de massifier la démarche et plus seulement de l expérimenter ACIDD a eu une année très riche et nous cherchons à prolonger l Université d été grâce à d autres temps de travail : nous avons aussi créé un cluster : «Green and connected cities» avec Grenoble Ecole de Management, de grandes villes et de grandes entreprises, nous préparons un forum à Strasbourg sur les villes durables et connectées et organisons un festival de vidéos intitulé Be Green Films. Les acteurs de la communication, annonceurs publics et privés, les agences, les prestataires aujourd hui ont conscience de leurs rôles et de leurs responsabilités. L enjeu de notre université d été est de leur faire des propositions, de les alimenter, de maintenir leur mobilisation. 9

10 LES ÉTUDES DE L ANNÉE Les études de l année LUC LAURENTIN DIRECTEUR ASSOCIÉ DE LIMELIGHT CONSULTING Le baromètre Observatoire de la communication et du marketing responsables 1 / Le développement durable comme vague de fond LUC LAURENTIN, Directeur associé de Limelight Consulting : Après analyse de cette étude, qui a concerné 138 répondants dans 129 entreprises, nous pouvons légitimement affirmer que le taux de réponse est bon, car la période n incite pas les gens à répondre aux études. Par ailleurs, de nombreux décisionnaires ont répondu à cette étude et cela prouve leur intérêt pour cette préoccupation. Cette année, la Responsabilité sociétale des entreprises ( RSE) e st une v ague de fond qui e st au c œur de leur stratégie. En effet, la totalité des entreprises 100 % des répondants a développé ou envisage de développer une stratégie RSE. Dans le cas des entreprises cotées, 86 % d entre elles ont travaillé à un e stratégie qui p rend en c ompte le développement durable. Au nombre des raisons qui poussent à mettre en place cette démarche, le facteur interne (71 %) est l élément prédominant, avant le Grenelle de l Environnement. En revanche, 55 % d es personnes qui o nt répondu à l étude considèrent que le contexte de crise n a aucun impact sur ces stratégies. Même si la notion d empreinte c arbone p eine à s imposer, on note une é volution très p ositive du contexte général. Ce sont les services dédiés au développement durable et les comités de direction qui initient généralement la démarche. Viennent ensuite les services juridiques et financiers, avant ceux des achats et la communication, qui en sont les principaux pilotes opérationnels. Pour la mise en œuvre de ces stratégies, les entreprises consultent prioritairement les services internes ( direction du d éveloppement durable), avant de s adresser aux spécialistes du sujet (agence de conseil en communication ). Parmi les raisons qui poussent les entreprises à s investir, les engagements environnementaux jouent un r ôle prépondérant. Mais l officialisation du discours a tendance à prendre le pas sur le dialogue avec les parties prenantes (associations et ONG). D autres éléments freinent ces démarches, tels que le green washing (à noter la baisse notable de la crainte du green washing dans les études, de 26 à 18 % de 2008 à aujourd hui), la banalisation du sujet, le manque de clarté du contexte, les coûts, la culture d entreprise et la priorité donnée aux objectifs à court terme. la baisse notable de la crainte du green washing dans les études, de 26 à 18 % de 2008 à aujourd hui 1 Cette étude est consultable sur : 10

11 LES ÉTUDES DE L ANNÉE En somme, il s agit d une vague de fond sur laquelle la crise a p eu de prise. En 2009, le développement durable s inscrit plus naturellement dans la stratégie des entreprises et le discours, de plus en plus concret, ne cherche plus uniquement à valoriser son image. Ce sont bien les effectifs en interne et les clients qui sont les cibles prioritaires de ces démarches. il est dommage qu elles communiquent moins avec les associations et les ONG ASSAEL ADARY RESPONSABLE RELATIONS ÉCOLES UNIVERSITÉS UJJEF ET CO-PRÉSIDENT DU CABINET D ÉTUDES OCCURRENCE AGIR AUTRE CONTRIBUTEUR, Je c onstate q ue, de plus en plus, les entreprises sont passées d une communication de belles intentions (avec de jolies images et quelques mots) à une communication composée par des signaux qui reflètent ce qu elles font. De plus, on peut noter des efforts de la part des entreprises pour valoriser l éco-conception ; mais seuls 30 % d entre elles prennent en compte le critère du bilan carbone. Pour finir, il est dommage qu elles communiquent moins avec les associations et les ONG. DOMINIQUE CANDELLIER, Union des annonceurs (UDA) Nous travaillons actuellement sur deux chantiers : la mise au point du nouvel outil pour évaluer l impact des campagnes et un outil pour lutter contre le green washing. Le moral des communicants ASSAEL ADARY, Responsable relations écoles universités Ujjef et co-président du cabinet d études O ccurrence Agir : a gir en semble, n écessite d e di sposer d une én ergie positive, de se placer dans une vision optimiste, confiante de l avenir. C est pour cette raison que nous nous sommes interrogés sur le moral des communicants. ils ont massivement répondu qu ils demeuraient optimistes et confiants A n otre g rande s urprise, l es médias o nt b eaucoup ut ilisé cette é tude, l ont c ommentée o u c ritiquée, c omme s ils interdisaient au x c ommunicants d avoir le moral. Après analyse des réponses de 351 répondants (entreprises, agences et indépendants), nous pouvons dire qu en décembre 2008, en plein cœur de la crise, 89 % d es communicants disaient avoir le moral. En juin 2009 lors de la deuxième vague de l étude ils étaient 90 % à dir e cela. Entre-temps, le niveau de confiance s est tout de même dégradé d un cran. En effet, derrière le chiffre qui semble constant, nous constatons que la modalité «plutôt» passe devant la modalité «tout à fait», le même score au final mais un moral dégradé, un moral de «deuxième division». Alors qu ils étaient interrogés sur l évolution de leur situation professionnelle, ils ont massivement répondu qu ils demeuraient optimistes et confiants. Les annonceurs sont conscients de la baisse du budget alloué à la communication en 2009, ils étaient 53 % à constater une baisse de leur budget communication. Trois hypothèses permettent peut-être d expliquer ces chiffres, qui sont décalés par rapport à ceux du reste de la population : - Les communicants sont par nature optimistes, ils sont fabriqués dans un matériau résolument positif et confiant. Je crois peu à cette hypothèse. - La fonction de communication a subi de nombreuses crises et le communicant en a l expérience. Il est habitué à subir plus frontalement, plus fortement les conséquences de la crise et a développé des aptitudes particulières pour y faire face. 11

12 LES ÉTUDES DE L ANNÉE - Le communicant, par sa position de vigie et sa fonction tr ansverse da ns le s or ganisations e st légèrement en av ance s ur l es aut res f onctions, voire sur la société. Les chiffres récents d études d opinion montrent que les communicants avaient adopté en juin 2009 des perceptions que l on retrouve dans la société française en septembre le pessimisme est d humeur, l optimisme est de volonté Quoi qu il en soit, il est important dans l entreprise qu il y ait un porteur de l optimisme. A la question ouverte que nous posions à la fi n du questionnaire, nous avons obtenu un taux important de réponse (40 %), ce qui est rare. La question était la suivante : avez-vous une anecdote ou une remarque pour entretenir l optimisme dans le contexte actuel? De manière récurrente, on pouvait lire «ce qui ne me tue pas me rend plus fort». Pour fi nir, nous avons lu c ette phrase du philosophe Alain, tiré de Propos sur le bonheur : «le pessimisme est d humeur, l optimisme est de volonté». AUTRE CONTRIBUTEUR, Je ne pense pas que les médias interdisent aux communicants d avoir le moral. J e pense plutôt que les m édias mettent en d oute les p ersonnes qui o nt répondu à c ette étude c ar elles travaillent dans la c ommunication corporate. GILLES BERHAULT, Dans ces études, les sondés sont volontaires. Nous devons relativiser les chiffres et nous intéresser plutôt aux tendances. 12

13 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART Faire ensemble, les points de départ PASCAL DURAND AVOCAT, MEMBRE D EUROPE ECOLOGIE Europe Ecologie, une simple image? PASCAL DURAND, Avocat, membre d Europe Ecologie : Le rassemblement Europe Ecologie est-il un simple jeu d apparences, ou est-il animé par un véritable intérêt? Il est très difficile de répondre et nous devons encore attendre pour y v oir plus clair. S agit-il d une simple opportunité, comme cela peut arriver lors d élections européennes? Les élections régionales apporteront sûrement un début de réponse. Les raisons de mon engagement en p olitique sont simples : j ai constaté qu il y existait un réel décalage entre la cause écologique au sens large (dans la société civile) et sa sous-représentation politique. Après la signature du pacte écologique qui a p récédé les élections présidentielles de 2007, nous nous sommes dit qu il n était pas possible, dans cette société, de ne recenser que 1,5 % d électeurs en faveur de l écologie. Au sujet de cette remarque, il ne s agit pas de communication, mais simplement de l analyse d une réalité objective. La cause écologique entre dans la société civile et nous avons essayé de constituer un lobby politique : essayer, au-delà des blocs constitués par les partis traditionnels, de retrouver l es v éritables e njeux d u scrutin. N ous avions un p rojet de fond et des idées ; un p ourcentage important de la population a dit qu il s ouhaitait que ces enjeux soient prix en compte. Désormais, de nombreuses questions nous animent : avec qui faire cela et comment travailler? Que faire? Nous s avons qu e l es é cologistes s e di sputent d epuis d e n ombreuses ann ées. C était insupportable et plus personne ne voulait que cela continue. L écologie et le développement durable sont des enjeux qu il faut gérer sur des temps longs, ce qui n est pas le cas de la fi nance ou de la politique. Finalement, nous nous sommes aperçus que peu de chose nous divisait et que nombre d autres élém ents nous r assemblaient. N ous av ons c ompris que l es enj eux é taient t els qu il f allait qu e n ous n ous r assemblions pour en di scuter, car ils le méritaient. Nous avons simplement essayé de porter tout cela dans le monde politique et je pense que le score obtenu à ces élections européennes a déjà quelque peu changé les choses. La volonté d instaurer une taxe carbone et le débat qui a s uivi posent enfin des questions qui s intéressent à la gestion du moyen terme. je crois que nous devons faire ensemble un réel décalage entre la cause écologique au sens large (dans la société civile) et sa sous-représentation politique Pour conclure, je crois que nous devons faire ensemble. Quant à savoir ce qu il nous reste à faire, seul le travail des années à venir pourra nous l apprendre. GILLES BERHAULT, Est-il impératif, pour vendre cette démarche durable, de «faire du people»? 13

14 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART SHAHÏN VALLEE RESPONSABLE DE LA RECHERCHE ÉCONOMIQUE ET DE LA STRATÉGIE POUR LES PAYS ÉMERGENTS EN EUROPE, AFRIQUE ET MOYEN-ORIENT, BNP PARIBAS PASCAL DURAND,Je pense que les gens ont avant tout voté pour une cause et pour un style. Personne ne s est demandé si Eva Joly était de droite ou de gauche. En revanche, elle est apparue comme quelqu un de crédible aux yeux des électeurs. Et les gens ont enfin compris qu il y avait autre chose que des politiciens professionnels. A savoir s il faut des gens pour incarner une cause, la réponse est oui, mais pas forcément des people. Crise de la société postindustrielle SHAHÏN VALLEE, Responsable de la recherche économique et de la stratégie pour les pays émergents en Europe, Afrique et Moyen-Orient, BNP Paribas : Toutes ces questions portent sur des sujets qui m int éressent. Actuellement, je gère une équipe de traders et à ce titre, j ai été au cœur de cette crise. Je l ai vue de très près. A de nombreux égards, elle est tragique ; mais elle ouvre un espace de réflexions qui, depuis vingt ans, était fermé. Nous avons aujourd hui l espace et la capacité de repenser certaines choses. Nous devons dépasser la logique de la crise actuelle pour réfl échir à un e crise plus générale, c elle de notre s ociété postindustrielle. Je pense que la question que nous devons nous poser est plus profonde qu une simple question économique. C est un moment crucial, celui d un tournant mais notre temps est compté. A m on s ens, l Europe e st l e seul es pace p olitique t ransnational sur lequel on peut réfléchir. J e c onstate qu e nombreuses sont les réactions de personnes qui cherchent à A mon sens, l Europe est le seul espace politique transnational sur lequel on peut réfléchir 14

15 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART CHARLES-MARIE BORET DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION DE LA VILLE DE BORDEAUX, PRÉSIDENT DE L APACOM revenir au régime d avant la crise. Ainsi, je suis attristé par la réponse politique qui est donnée : certains sujets sont mis en exergue, mais je ne crois pas que ce soit les sujets principaux. J espère qu une réflexion plus profonde sur les échanges internationaux et sur nos modes de consommation se mettra en place. GILLES BERHAULT, Avec ce témoignage, on constate que l optimisme des uns ne se place pas au même niveau que celui des autres. Faire face aux contradictions CHARLES-MARIE BORET, Directeur de la communication de la ville de Bordeaux, président de l APACOM : Nous sommes dans un moment où le faire est essentiel. Le «faire ensemble» est d abord une co-action et nous sommes confrontés à une grande complexité et à de nombreuses contradictions, notamment celle du communicant qui émet s ans cesse de nombreux messages. Au-delà, son rôle est d écouter le monde extérieur et d influencer, d orienter l organisation pour laquelle il travaille. Je suis persuadé que le communicant a un rôle majeur à jouer. Dans ce contexte embrouillé, dans lequel tout est communication, je pense qu il ne faut pas hésiter à utiliser la «peoplisation», à condition de le faire à bon escient. Par ailleurs, nous devons nous intéresser à la santé de nos médias : de nombreux journalistes s interrogent très profondément et assez gravement sur leur métier. Nous devons nous interroger sur le rôle et la place de la publicité. Ainsi, la question du «travailler ensemble» doit s envisager dans le champ de la communication. Pour c e qui de l exercice de c e métier sur le territoire d une ville, nous devons nous pencher sur l évolution de nos pratiques. Les outils réels de mesure de notre empreinte c arbone s ont a ssez f aiblement ut ilisés. D ans l e m ême t emps, n ous progressons très vite dans d autres domaines. Ma is c ela s équilibret-il? Dans l articulation du local au global, des barrières ont pu sauter ces dernières a nnées. N ous r éfléchissons bien plus efficacement et nous Dans l articulation du local au global, des barrières ont pu sauter ces dernières années nous parlons mieux. Mais pour continuer à avancer, il faut que les professionnels et les associations travaillent ensemble. C est le moment de passer à l action. Nous notons la sensibilité d une certaine frange de la population à l environnement. Mais cette part est encore minoritaire ; d autres préoccupations viennent la concurrencer (emploi, santé ). Nous préparons actuellement des mesures, nous envisageons des solutions et des décisions qui s eront probablement très dif ficiles à m ettre en p lace. L enjeu e st bel et bien d agir efficacement et concrètement, en se dotant d outils qui soient efficaces. En outre, il est nécessaire que les citoyens puissent voir ce qui avance, car les bénéfices directs ne seront perçus que dans quelques années. Comment aider les personnes qui sont les plus concernées par les problèmes écologiques? C omment aider un h abitant de la périphérie, qui s e déplace donc en voiture, et qui, en raison de revenus moyens voire bas, ne peut rénover son habitation, mal isolée et chauffée à l électricité? 15

16 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART Pour en r evenir à la question de l optimisme évoquée plus haut, Eric-Emmanuel Schmitt parlait récemment du pessimisme en évoquant l idée du verre à moitié plein ou à moitié vide. Il disait des pessimistes qu ils sont ceux qui voient le vide et par conséquent ce qui n existe pas. Je dois avouer que je suis plutôt un pessimiste de la réflexion et un optimiste de l action. Je me demande si, il y a des milliers d années sur l île de Pâques, avant l irréversibilité de la situation, des gens ne se sont pas réunis pour discuter des mesures à prendre pour éviter le drame. Saurons-nous l éviter? Autres contributions MUTTIAH Y OGANANTHAN ( secrétaire du c lub d éveloppement dur able du C SOEC) : D aucuns p résentent l e s ommet d e Copenhague comme une réunion de la dernière chance. Nous y verrons la contradiction entre court et long termes. Je considère que nous échouerons lors de cette rencontre, car les p ays du S ud r efuseront d e faire des efforts si les pays du Nord ne les aident pas financièrement. Il serait normal que les pays du Nord aident les pays du S ud pour compenser la surconsommation passée et présente des pays riches, s ymbolisée p ar l es dif férentiels en m atière d empreinte é cologique. O n pourrait imaginer que la contribution climat-énergie soit appliquée dans tous les pays de l Union Européenne à un niveau beaucoup plus élevé, et que les recettes soient utilisées pour aider les pays du Sud. Ce n est pas une solution globale, mais ce serait un bon début. AUTRE CONTRIBUTEUR, Pour réaliser ce concept de faire ensemble, il y a deux conditions préalables : i l faut croire ensemble a vec des intérêts en commun e t il faut s attaquer une fois pour toutes à l égoïsme de chacun. J expliquerais la réussite d Europe Ecologie par le fait que les électeurs ont voté pour des gens non partisans, exemplaires et qui cherchent ensemble à réaliser le même objectif. RICHARD COLLIN, Pour Goethe, le pessimiste se condamne à être spectateur. La logique de l action nous impose d avoir un référentiel clair et commun. Pour l heure, nous sommes dans une économie qui s apparente au Monopoly : un e seule personne peut gagner. Les incitations ne serviront à rien si nous ne parvenons pas à établir un référentiel qui soit commun. Si l on veut poser une première pierre, il faut inventer quelque chose d ans l es e spaces q ui s ont à n otre d isposition. A n ous d e l es e nvahir d e manière simple et citoyenne. Nous avons trop souvent tendance à penser à la place des autres les pays du Sud refuseront de faire des efforts si les pays du Nord ne les aident pas financièrement Nous avons trop souvent tendance à p enser à l a place des autres, alors que le citoyen sait qu il est responsable. Nos logiques doivent être celles du dialogue et de la conversation. AUTRE CONTRIBUTEUR, Tout le monde en c onviendra, cette Université d été est un lieu de partage. En tant que patron d agence, je retrouve des concurrents, mais nous dépassons tous ces clivages pour échanger. Les représentants du monde politique parviennent-ils, hors le temps médiatique, à se retrouver pour échanger? 16

17 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART CHARLES-MARIE BORET, Bien sûr, ces échanges sont essentiels. Pour ma part, je ne crois pas à un référentiel commun. Je crois en l action commune à partir de constats communs. C et e njeu l a p oursuite d une v ie h umaine q ui s oit v ivable n ous concerne t ous. N ous s ommes do nc d accord s ur c e p oint ; l a q uestion e st d e savoir comment nous devons agir. Le fi lm de Nicolas Hulot a l e mérite de poser différemment la question et d ouvrir autrement le débat. En effet, la thèse qu il développe est qu il faut lutter en même temps pour le développement durable et contre la pauvreté, avec les mêmes outils. PASCAL DURAND, Les hommes politiques cessent de discuter lors des rendez-vous électoraux, de la même manière que les agences cessent de le faire quand un appel d offres e st lancé. Récemment, nous avons r épondu à l invitation du p résident de l a R épublique e t c e n était p as un e s imple s ortie m édiatique. A l image d e l appel d offres, les élections sont un moment privilégié qui permet de peser dans une situation c oncurrentielle. L e f ait que Nicolas S arkozy nous é coute e st une réelle avancée, car nous souhaitons participer à un travail citoyen et collectif. En somme, nous désirons pratiquer un lobbying écologique. Nous ne pouvons plus agir en opposition, les uns contre les autres Nous ne pouvons plus agir en opposition, l es un s c ontre l es aut res. Actuellement, l a p lanète s e c onstruit dans le c adre d intérêts c ontradictoires. Par exemple, le travail des écologistes a permis d aboutir à la protection d essences de certains bois. En conséquence de qu oi l a C hine, d ésireuse d e p réserver s on p atrimoine é cologique, a a cheté d es forêts entières au L aos et au C ambodge pour e xploiter s es e ssences et piller leurs ressources naturelles. Il faut désormais considérer qu il s agit d un enjeu global et que l espèce humaine est la même à la surface de la planète. Si nous n arrivons pas à nous mettre d accord à ce sujet, nous courons à la catastrophe. GILLES BERHAULT, D autant plus que 3 milliards d urbains supplémentaires arriveront dans les 40 années à venir. DOMINIQUE MARTIN FERRARI, Pour en r evenir à l a presse, je pense que son rôle est effectivement de critiquer. Sans cela, il n y aurait plus que des communicants. Il faut réhabiliter les mondes de la communication et du journalisme afin de travailler ensemble. Etre ensemble ne revient pas à uniformiser une pensée ; c est 17

18 FAIRE ENSEMBLE, LES POINTS DE DÉPART SÉVERINE LECOMTE DIRECTRICE DE LA COMMUNICATION D ECO- EMBALLAGES bien plutôt regarder ensemble le complexe. Laurent Joffrin a écrit dans Libération daté du lundi 7 septembre 2009 : «Au milieu d une révolution médiatique à la fois exaltante et pleine de risques, il s agit de réhabiliter le journalisme par rapport à la communication, l écriture et la réflexion contre le formatage de la pensée.» AUTRE C ONTRIBUTEUR, (journaliste), Les B résiliens v iennent d e m ettre en p lace un e bourse des valeurs qui permet à d es donateurs ou des entreprises de financer des projets. Il s agit d un mouvement important, qui cherche à travailler dans les différents territoires. Nous devons nous en inspirer. SÉVERINE LE COMTE, d irectrice d e l a c ommunication d Eco-emballages : Je c rois qu e n ous avons m érité l image q ue l on a d e n ous. Etymologiquement, communiquer s ignifie «mettre en commun». Il s agit d un métier récent qui é volue. Il est dangereux d associer le journalisme à l information et la communication à la prop agande. N ous d evons réformer la manière dont nos métiers sont vus. GILLES B ERHAULT, Pour v ous, qu elles s ont, en un e p hrase, l es v éritables priorités pour une éventuelle feuille de route? CHARLES-MARIE B ORET, Nous d evons m ettre l accent s ur l action. S i, à l issue de Copenhague et pendant l année 2010, nous arrivons à faire évoluer les comportements et plus seulement les pensées, nous aurons gagné. Mais cela ne sera pas facile. SHAHÏN VALLEE, Nous n avons pas beaucoup parlé de finance, mais il y a là une opportunité. Il faut travailler à des échanges entre les pays du Nord et du Sud. Sans cela, nul ne pourra avancer. C est une crise réelle du capitalisme et du régime d accumulation Il est dangereux d associer le journalisme à l information et la communication à la propagande La crise économique ne peut pas uniquement être vue par le prisme financier. C est une crise réelle du capitalisme et du régime d accumulation. Ce n est qu un symptôme et non la maladie elle-même. D une part, les pays du Nord doivent moins consommer. D autre part, nous devons donner aux pays du Sud les moyens de croître et de se développer, tout en aménageant des équilibres écologiques et climatiques. PASCAL D URAND, A mes yeux, le sujet le plus important est celui de notre responsabilité. Que vous soyez journalistes ou communicants, nous participons tous d un imaginaire collectif. Il nous faut mettre d autres réalités derrière les mêmes mots. Nous devons réinventer un imaginaire. 18

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