MODULE II. TECHNIQUES D ENQUETE

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1 MODULE II. TECHNIQUES D ENQUETE 1

2 PLAN DU MODULE Introduction Objectif du module Chapitre 1. APERCU GENERAL SUR LA REALISATION D UNE ENQUETE Chapitre 2. TECHNIQUES DE QUESTIONNEMENT 2.1. Entretiens, interviews, entrevues 2.2. Questionnaire de l enquête Chapitre 3. COLLECTE DES DONNEES 3.1. Administration par enquêteur 3.2. Enquête auto-administrée Chapitre 4. EXPLOITATION DES DONNEES 4.1. Préparation des données 4.2. Codification des variables 4.3. Traitement des entretiens Chapitre 5. ANALYSE ET PRESENTATION DES RESULTATS 5.1. Analyse des résultats 5.2. Présentation des résultats 2

3 INTRODUCTION Le mot «enquête» est un concept ambigu. Dans le langage courant, il n a pas nécessairement le sens d une démarche méthodologique de recherche. Il désigne différentes pratiques et cela risque de provoquer des confusions dans les esprits. La langue anglaise est à ce propos beaucoup plus précise que le français. En effet : dans les enquêtes administratives ou juridiques, on parle de inquiry, la police fait des investigations ou inquests, le journaliste qui réalise une enquête de reportage fait un newspaper report. les enquêtes sociologiques ou statistiques sont des surveys, et les sondages d opinion sont des surveys of public opinion. Une enquête sociologique ou statistique est une technique de collecte d informations qui se distingue des autres du fait que la quête d informations est réalisée par interrogation systématique de sujets d une population déterminée, pour décrire, comparer ou expliquer : il s agit d une démarche de type scientifique conduite avec toute la rigueur méthodologique en vue de réduire la part de subjectivité du chercheur. En sciences sociales, le chercheur dispose d autres méthodes de recherche pour obtenir des données : 1) L étude documentaire L observation passe par l étude de «traces» recueillies à travers des écrits divers, des relevés statistiques ou des inventaires d objets et traitées comme des faits de société. Ce sont par exemple des documents officiels (journal Officiel, registres de délibération, ), des archives, des articles de presse, des annuaires, des oeuvres littéraires, des discours, de distribution de prix, des comptes rendus de réunions, des lettres,... On peut également avoir recours à des documents statistiques, iconographiques (images, caricatures, timbres-poste, photos, films, dessins...), sonores (chansons, musiques...), ou des objets (insignes, vêtements, monuments aux morts...). Ces documents donneront lieu à des analyses qualitatives (analyses de contenu) ou à des analyses quantitatives (analyses statistiques). 2) L observation directe L observateur se rend sur son terrain pour étudier un groupe naturel (un groupe de jeunes, une classe d élèves, une entreprise, un village). Il regarde ce qui se passe, interroge des informateurs et essaie de contrôler leurs dires. 3) L expérimentation La méthode expérimentale est utilisée pour observer les phénomènes et vérifier des hypothèses : il s agit d observer l effet produit par la modification intentionnelle d un facteur manipulé par l expérimentateur. La situation est donc construite pour l occasion et contrôlée par le chercheur. Une enquête peut être exhaustive, c-à-d un recensement de toutes les unités statistiques de la population étudiée. C est le cas des recensements agricoles, industriels ou de la population et/ou de l habitat. Tout en reconnaissant qu ils offrent des résultats fiables, il faut reconnaître que les recensements sont des opérations lourdes et très coûteuses. 3

4 Bien souvent, on procède à des enquêtes par sondage qui ne portent que sur un échantillon de la population. Lorsque la constitution de l échantillon se fait en donnant une probabilité non nulle à chaque unité statistique d appartenir à l échantillon, on parle de sondage ou échantillonnage probabiliste. Dans le cas contraire, le sondage est non probabiliste qui peut être un sondage à choix raisonné, c-à-d un sondage guidé par des critères subjectifs. Quelle est la démarche à suivre pour conduire une enquête par sondage? C est le contenu de ce module. Objectif du Module Ce module de «Techniques d enquête» a pour objectif de permettre aux cadres de REMA de maîtriser les techniques de conduire une enquête par sondage, de la conception à la production du rapport final. Il se veut être un guide contenant les grandes étapes pour mener correctement une enquête en vue d obtenir des données statistiques de qualité. CHAPITRE 1. ETAPES DE REALISATION D UNE ENQUETE La phase préliminaire d une enquête consiste à établir des relations avec les parties prenantes, ainsi qu'à définir les besoins. Dans un second temps, il faut sélectionner les sous populations à étudier, vérifier si la collecte de données de qualité est possible au sein de ces groupes et constituer des bases de sondage. Cette phase est suivie par la préparation des outils de collecte et l'enquête sur le terrain, puis par l'analyse des informations recueillies et, finalement, par la diffusion et l'exploitation des résultats dans le but d'améliorer les programmes existants dans le domaine de l étude. La préparation et la réalisation d'une telle enquête ne sont pas un processus aussi linéaire qu'il peut paraître. L'approche est plutôt de nature itérative, un processus à plusieurs étapes. Les informations recueillies ou les conclusions tirées à une certaine étape peuvent en effet entraîner le réexamen de décisions prises à une autre étape. A chaque étape, les responsables de l'enquête doivent trouver le meilleur compromis entre ce qui serait le plus utile et ce qui est le plus faisable. Etape 1 : Relations avec les parties prenantes Durant la phase d'organisation d'une enquête, il est important que les personnes morales et physiques intéressées par le projet s'entendent sur les objectifs du sondage et sur ses aspects pratiques. Les parties prenantes sont notamment les responsables commanditaires de l enquête, les organisations prestataires de services dans le domaine de l étude, les organismes finançant les activités du domaine étudié, Cette première étape traite des partenaires les plus susceptibles de jouer un rôle-clé et est suivie d une discussion des points essentiels autour desquels doit s'établir un consensus. Le développement de bonnes relations avec les partenaires intéressés par l'enquête et l'établissement d'un consensus avec ces parties sont des étapes fondamentales pour garantir que les résultats obtenus seront à la fois exploitables et exploités. Il faut noter que les idées et les ressources de ces partenaires peuvent contribuer largement à la qualité des données collectées. 4

5 On pourra envisager d'organiser les consultations avec les diverses parties intéressées au sein d'une structure formelle, afin de permettre un échange continu d'idées et d'expériences pendant la phase préparatoire comme durant le déroulement de l'enquête. La constitution d'un groupe de travail technique (comité de pilotage) est une solution qui a fait ses preuves. Un tel groupe doit inclure toutes les parties liées à l'enquête. Il doit aussi se réunir très souvent durant la phase préliminaire de conception de l'enquête. Il continuera ensuite à se réunir, mais moins fréquemment, pendant le déroulement de l'enquête et au cours de l'analyse des données. Etape 2 : Etablissement d un consensus Il faut que les parties mentionnées plus haut s'accordent sur plusieurs points : Quelles sous-populations faut-il inclure dans l'enquête? Quelles informations faut-il recueillir auprès de ces groupes? Qui sera chargé de la collecte des données et de leur analyse? Comment garantir que les résultats obtenus bénéficieront aux sous-populations concernées? Chaque décision pourra influencer les autres. Par exemple, le choix des sous-populations peut déterminer les institutions capables de conduire le plus efficacement la collecte des données. Et les données à collecter peuvent dépendre de la façon dont on souhaite exploiter les résultats. Etape 3 : Sélection des sous-populations Généralement, la question relative aux sous-populations à inclure dans l enquête est la plus difficile à régler. Idéalement, on devrait porter le choix sur les sous-populations répondant à l environnement étudié. Cependant, dans la pratique, d autres facteurs influencent cette sélection, notamment les considérations politiques, les ressources disponibles et la facilité de contact avec ces groupes. Etape 4 : Définition des indicateurs Souvent, les commanditaires de l étude expriment leurs besoins en termes d objectifs sans indiquer exactement ce qu'ils cherchent à savoir, comment ils prévoient de mesurer ce qui les intéresse et comment les informations recueillies pourront aider à améliorer leur plan d action actuel. Sans définition claire des objectifs dès cette phase préliminaire, on pourra craindre un gaspillage de ressources et/ou une collecte incomplète de données. Les informations recueillies seront alors difficiles à interpréter ou à comparer avec celles d'autres sources, et certaines interrogations pourtant pertinentes pourront demeurer sans réponse. A quoi serviront les informations obtenues? Les résultats d'une enquête doivent servir d'une manière ou d'une autre. Il faudra donc les présenter sous une forme utilisable par diverses audiences et par diverses autorités. Identifier ces utilisateurs et l utilisation plausible de ces résultats est la première tâche à remplir et, en spécifiant à quoi serviront les données, on pourra définir les éléments à mesurer et répondre ainsi à la question suivante. Que faut-il mesurer? Il faut traduire les problèmes posés en indicateurs précis, et c est au vu des indicateurs que l on peut déterminer s il est justifié de mener une enquête. Il se peut que les informations recherchées soient déjà disponibles auquel cas, une collecte documentaire pourrait suffire. 5

6 Avant le lancement de l'enquête, il faut tester le questionnaire pour vérifier s'il permet bien de recueillir les informations utiles. Il peut exister des motifs justifiant l'inclusion d'indicateurs plus spécifiques à l'environnement étudié. Par exemple, dans l enquête comportementale, les indicateurs pourront refléter des types comportementaux propres à certaines cultures ou des aspects particuliers de l'effort national. Le recours à des définitions et à des périodes de référence standardisées facilite la comparaison des résultats dans le temps et entre sous-populations. Etape 5 : Définition des domaines de l enquête Après la sélection des sous-populations, il faut définir l'univers d'échantillonnage, c est-à-dire la population pour laquelle on peut extrapoler les résultats obtenus. Par exemple, on pourra conduire les interviews auprès des chauffeurs et retenir comme univers ceux qui exercent dans un pays. Une fois connu l'univers de l'enquête, il faut identifier les domaines d'échantillonnage. On appelle domaine un segment ou un sous-ensemble pour lequel on souhaite obtenir des données séparées. Si l'enquête vise par exemple les chauffeurs, on peut distinguer ceux qui travaillent à l intérieur du pays de ceux qui vont jusqu à l étranger. Et les chauffeurs locaux peuvent à leur tour être classés selon leur milieu de résidence, urbain et rural. Pour pouvoir détecter toute évolution significative au plan statistique dans les sous-ensembles, il faut que les tailles d'échantillon soient calculées en fonction des domaines. Il ne sert à rien de constituer un échantillon quelconque de chauffeurs pour se demander plus tard si des changements comportementaux se sont produits. Il faut donc que le domaine soit identifié dès la phase préparatoire de l'enquête. Définition des sujets au sein des domaines de l'enquête Une fois fixés les domaines de l'enquête, il faut définir sans ambiguïté les sujets qui les composent. L'emploi de définitions claires et pratiques est d'une importance très importante pour rendre l'exercice plus facile. Le plan d observation détermine la population susceptible d être interrogée, la taille de l échantillon, comment seront choisis les répondants et la façon d interroger les sujets. Si les sujets d'un domaine ne sont pas définis clairement préalablement, à l'échantillonnage et à l'enquête sur le terrain, les données recueillies pourront conduire à de considérables erreurs. Délimitation géographique des domaines de l'enquête Après avoir défini les sujets de chaque domaine, les préparateurs de l'enquête doivent déterminer les zones géographiques pour lesquelles ils pourront extrapoler les résultats. Les résultats provenant par exemple des sondages réalisés exclusivement dans des écoles urbaines ne pourront en aucun cas concerner les écoles rurales. Il est entendu que bien des facteurs (coût, faisabilité, opportunités politiques, etc.) peuvent influencer la couverture géographique d'une enquête. Etape 6 : Repérage et détermination des sites d échantillonnage Lorsqu'une évaluation rapide montre qu'une sous-population peut effectivement fournir des sujets en nombre suffisant et d'accès facile pour produire des résultats probants, lorsque l'univers et les domaines ont été bien définis et lorsque les critères d'inclusion des sujets potentiels ont été établis, les préparateurs de l'enquête peuvent alors déterminer les sites où seront prélevés les échantillons. 6

7 Etape 7 : Constitution d une base de sondage En fonction de la nature de la sous-population et des modalités de l'échantillonnage, la constitution d'une base de sondage peut être simple ou compliquée. Dans certaines situations, les listes nécessaires existent déjà. Si l'enquête doit par exemple se dérouler en milieu scolaire, on peut exploiter les listes fournies par le Ministère de l'education, qui recensent non seulement les établissements, mais aussi le nombre d'élèves par site, par classe et par sexe. Etape 8 : Plan d échantillonnage (de sondage) Le plan d'échantillonnage ou plan de sondage d'une enquête spécifie son univers et ses domaines, la taille d'échantillon voulu et sa répartition, le nombre et la taille des grappes, ainsi que d'autres éléments majeurs. De plus, il doit indiquer comment estimer les paramètres de population à partir des données d'échantillon et comment calculer les estimations d'erreur d'échantillonnage. Ce plan décrit aussi comment l'échantillonnage doit se dérouler et il contient les instructions pour sélectionner pas à pas les sujets à interviewer. La conception d un plan d'échantillonnage est un exercice technique. Etape 9 : Protocole d enquête Le protocole précise la méthodologie de l'enquête. Il inclut une présentation des objectifs de la recherche, de même que d'autres éléments, comme le contexte et la justification de l étude, une description des groupes cibles et des sites sélectionnés et, éventuellement un plan d'échantillonnage pour chaque sous-population. Le protocole doit également contenir les questionnaires que les enquêteurs utiliseront lors des interviews sur le terrain, ainsi que d'autres documents annexes, tels qu'un manuel de formation et de référence pour les enquêteurs. Pour certaines enquêtes, il existe en plus de ces outils un guide de supervision visant à clarifier les travaux de supervision sur le terrain. Etape 10 : Test et adaptation des questionnaires Des questionnaires standardisés existent pour la réalisation de certaines enquêtes indispensables dans un système statistique bien organisé. L'utilisation de ces questionnaires standardisés permet de comparer plus facilement les données temporelles sur les groupes de populations et les régions. Cependant, il faut toujours les tester et les adapter à l'environnement dans lequel le sondage doit avoir lieu. Etape 11 : Formation des enquêteurs et enquête-pilote La formation des enquêteurs est un aspect essentiel de la préparation d une enquête car, leur attitude peut influencer considérablement les résultats. Pour accroître les chances de réponses franches, les enquêteurs doivent apprendre à interviewer les sujets sans exprimer le moindre jugement, de même qu'à consigner (dans le questionnaire) méthodiquement les réponses. Le contenu de cette formation variera en fonction des enquêteurs. Il faut signaler que sans une formation adéquate, les enquêteurs peuvent avoir tendance à enregistrer les réponses d'une façon qui reflète leurs propres opinions ou leurs propres comportements. Lorsque la formation est terminée, une enquête pilote est organisée pour tester l'ensemble du travail préparatoire avant de lancer l'enquête proprement dite. A l issue de ce test, on corrige les éventuels défauts découverts. Egalement, le test doit éprouver le mode de sélection des sujets, la faisabilité des interviews avec ces sujets, le rendement des enquêteurs (capacité à mener le nombre d'interviews prévues par jour), le rôle des superviseurs (contacts préalables et contrôle de la qualité du travail sur le terrain), ainsi que la conservation et le transport des questionnaires remplis. 7

8 Etape 12 : Collecte des données et supervision La collecte des données ne peut commencer que si toutes les étapes précédentes ont été respectées. Les responsables des équipes restent vigilants durant tout le déroulement de l enquête, surtout quand les enquêteurs commencent à montrer des signes de fatigue. Ces superviseurs doivent vérifier les questionnaires rendus (de manière ponctuelle) en s'assurant qu'ils sont remplis complètement et correctement. Dans la mesure du possible, ils peuvent commencer à coder les réponses à options libres, celles relatives aux questions ouvertes. C'est à l'investigateur principal de contrôler cette tâche de codage et, idéalement, c'est une seule et même personne qui devrait faire ce travail. Il faut éviter de la confier à plusieurs personnes, à moins de s entendre à l'avance sur la manière exacte de procéder. Ensuite, il faudra envoyer les questionnaires à un site central pour la saisie informatique. Etape 13 : Vérification des données Après la collecte, les données doivent être saisies à l ordinateur avant de rechercher les erreurs ou les incohérences. Cette vérification demande du temps, mais elle est absolument indispensable. Si aucun soin n'est pris à ce stade, l'analyse des données pourra en souffrir. Plusieurs types de vérification sont conseillés avant de lancer l'analyse. Tout d'abord, il faut contrôler la qualité de la saisie à partir d'un échantillon de questionnaires. Si les ressources le permettent, il est préférable de répéter la saisie une seconde fois, puis de comparer les deux séries de données enregistrées dans l'ordinateur. Une fois les erreurs de saisie rectifiées, on doit vérifier si les données sont hors-limite (impossibles ou peu vraisemblables) et/ou contradictoires (ex. grossesse déclarée alors que le sujet est de sexe masculin, ou encore réponses sur l'utilisation du préservatif alors que le sujet n'a pas eu de rapport sexuel). Il faut aussi s'assurer qu'aucune donnée obligatoire n'est manquante, du fait soit de l'incapacité ou du refus du sujet à répondre (non-réponse), soit d'une erreur de l'enquêteur. Le vérificateur peut décider de compléter les données manquantes ou corriger les données erronées (on parle alors d'imputation) ou simplement de les ignorer et d'éliminer ces entrées pour l'analyse. Etape 14 : Analyse des résultats L'avant-dernière étape est celle de l'analyse des résultats obtenus. Outre le calcul des indicateurs, cette phase inclut la pondération éventuelle des résultats (poids d'échantillonnage ou facteur d extrapolation), le calcul des erreurs-types, des estimations et éventuellement des tests afin de déterminer la signification statistique des tendances observées dans le temps et/ou entre divers groupes ou sous-groupes. Etape 15 : Exploitation des résultats pour améliorer les actions existantes Cette dernière étape justifie tous les efforts entrepris pour l'enquête. C'est aux responsables de l enquête que revient la responsabilité première de décider comment exploiter les résultats obtenus. Ce sont eux qui choisissent également la manière de présenter et de disséminer les résultats à différentes audiences pour les inviter au changement et à l'action. On peut citer leurs partenaires, qu'ils relèvent ou non du gouvernement, les membres des sous-populations ayant participé à l'enquête ou des organismes leur offrant des services et de l assistance, ou encore les décideurs au niveau national ou international pouvant contribuer par leurs ressources à une réponse plus efficace. 8

9 CHAPITRE 2. TECHNIQUES DE QUESTIONNEMENT Pour obtenir l information auprès des enquêtés, il faut user des entretiens du genre discussions (approche qualitative) ou des questionnaires (approche quantitative) selon les besoins ou les moments de l étude. Quelle que soit l approche utilisée, la rencontre pour une interview n est pas une situation ordinaire : deux individus qui ne se connaissent pas échangent des propos suivis sur un sujet, pendant une période de temps limité. L un (l enquêté) n a pas demandé d être interrogé (accepte ou subit) et n a rien de tangible à gagner ou à perdre; l autre (l enquêteur) est intéressé à obtenir des informations en vue d une étude. Dans ces conditions de dialogue, un impératif s impose : motiver le répondant. On doit d abord le persuader de participer à l entretien. Les raisons pour qu il accepte l enquête peuvent être : l occasion de pouvoir aborder un thème intéressant avec quelqu un, l opportunité de contribuer à la connaissance scientifique, le sentiment positif d aider l enquêteur ou encore la simple politesse qui l empêche de refuser. L intérêt de l enquêté (ou au moins sa patience) doit ensuite être maintenu constamment. Si les questions sont incompréhensibles, embarrassantes, désadaptées ou si le ton est désagréable et l ambiance lourde, le répondant peut falsifier ses réponses ou décider de mettre fin à l entrevue. Pour maintenir la motivation, l enquêteur doit posséder des compétences dans la conduite des entretiens et dans la formulation des questions. La qualité de l information recueillie est fondamentale pour la réussite de l enquête. Puisque les données sont obtenues par la médiation du discours, il faut tenir compte des interactions enquêteurenquêté pour comprendre quelques sources d erreur dans le processus de questionnement Entretiens, interviews ou entrevues 1. Une situation d interaction particulière L entretien n est pas une situation de bavardage à bâtons rompus entre amis ni une simple discussion avec ses voisins. Ce n est pas non plus un échange d arguments pour convaincre ou pour controverser, ni un interrogatoire du type policier ou une confession. Une situation professionnelle L entretien est demandé par l enquêteur pour obtenir de l information sur un thème; c est lui qui est concerné et qui conduit l entretien. Il devra donc utiliser un savoir-faire professionnel pour parvenir à motiver l enquêté avec attention et gentillesse et l amener à fournir des informations valables et non des informations «pour faire bonne impression». L expérience a montré que l enquêté peut se confier sur des sujets très intimes, privés, ou même des pratiques répréhensibles : il n y a pas de sujet qui soit inabordable avec un bon enquêteur. 9

10 Un processus de communication La situation d entretien déclenche une série d interactions entre l enquêteur et l enquêté. Ce qui peut biaiser le résultat d enquête. La distance sociale entre protagonistes (évaluée par exemple par la proximité plus ou moins importante de classes sociales, de niveaux d instruction ou l âge) peut jouer sur le déroulement du discours. On considère généralement qu il faut éviter une trop grande distance sociale. On doit tenter d éviter les trop grands écarts ou les trop grandes ressemblances entre enquêteur et enquêté. Du côté de l enquêté Le répondant peut produire une information déformée : il a le désir de maintenir l estime de soi, de faire bonne figure et de se montrer comme quelqu un de tout à fait dans la norme sociale. Des mécanismes de défense du moi peuvent également jouer : l enquêté attribue aux autres des sentiments qu il n ose prendre à son compte («les gens disent...» «mes voisins pensent...»). Du côté de l enquêteur La qualité et la quantité des informations obtenues dépendent beaucoup des enquêteurs : certains essuient des refus et des non-réponses multiples; d autres au contraire savent obtenir des renseignements nombreux et intéressants. Qu est-ce qui distingue un bon enquêteur? Le sens des relations humaines (contact facile, oser aborder les gens dans la rue, ne pas avoir peur des refus, ne pas être gêné de poser certaines questions, ), le fait d être accrocheur et persuasif pour convaincre les personnes de lui accorder un peu de temps, l attitude professionnelle (cela s acquiert). Cela suppose réceptivité, largeur d esprit et attention en même temps que discrétion et neutralité : l enquêteur ne doit pas risquer de biaiser les résultats en introduisant son propre cadre de référence, ses désirs ou ses préjugés. Les biais de l enquêteur L enquêteur peut influencer les réponses en raison de ses caractéristiques physiques ou personnelles, visibles ou perçues par l interviewé : âge, sexe, race, classe sociale, éducation... D autres influences inconscientes sont à l oeuvre dans la communication : on a pu mettre en évidence une relation entre opinions des enquêteurs et réponses des personnes interrogées (effet de modération). Ce type de biais est même perceptible dans les enquêtes par téléphone. Les attentes des enquêteurs peuvent aussi jouer sur les réponses (effet d anticipation) : lorsque l enquêteur estime qu une question est difficile ou qu il aura beaucoup de non-réponses, il obtient en général moins de réponses. 2. Réalisation d un entretien non directif (non guidé) Dans l entretien non directif, l enquêté organise son discours à partir d un thème qui lui est proposé (le stimulus ou la consigne). Il choisit librement les idées qu il va développer sans limitation, sans cadre préétabli. L enquêteur joue un rôle de stimulateur et de facilitateur et montre par ses interventions qu il écoute et qu il comprend. Il doit apparaître comme quelqu un de neutre, capable de tout entendre sans être indifférent, qui ne suggère, ni n évalue, ni n argumente. Les personnes interrogées prennent alors plaisir à parler avec un étranger qui ne met pas en doute leurs affirmations, qui prête attention à chacune de leurs paroles, ne les bouscule pas, ne les contredit jamais. Dans ce climat de confiance, les informations obtenues peuvent être riches et nuancées. 10

11 Choix des enquêtés Pour le choix des personnes à interroger, on peut penser à des procédures diverses : frapper aux portes, sélectionner sur listes ou passer par des intermédiaires (en utilisant par exemple le réseau de relations personnelles ou sociales de la personne à interroger). Pour assurer à la relation une dimension professionnelle, il est indispensable qu enquêteur et enquêté ne se connaissent pas. Le répondant est ainsi en mesure de dire franchement et en toute sérénité à l enquêteur ce qu il tairait peut-être à un proche, par crainte des conséquences. En outre, interroger des personnes connues risque de provoquer une confusion des rôles. L enquêté risque de répondre comme voisin, comme ami ou comme collègue. Choix du lieu et du temps Le lieu de l entretien peut orienter le discours du répondant. Ainsi, le lieu de travail incitera davantage à parler de la situation professionnelle, le domicile d aspects plus personnels. Si le thème risque d être générateur d anxiété, il faut trouver un endroit rassurant pour l enquêté; il risque de se sentir mal à l aise s il est convoqué dans un lieu institutionnel. Un endroit calme (loin du bruit et de la foule ou d un lieu public) et assurant l isolement de la personne (sans intrus ou curieux) donnera un caractère confidentiel à l entretien. Il est nécessaire de prévoir une durée suffisante pour que la relation de confiance entre enquêteur et enquêté ait le temps de s établir. Cela évitera aussi que la personne, pressée, ne regarde sans arrêt sa montre ou interrompe l entretien. Une à deux heures est un ordre de grandeur classique pour des enquêteurs entraînés. Prise de contact avec le sujet Dès les premiers instants, l enquêteur doit motiver la personne sollicitée, accrocher son intérêt, la mettre en confiance pour l amener à collaborer. Les informations suivantes sont nécessaires. Se présenter et présenter l organisme de recherche ainsi que l objectif de l étude. On peut insister sur l intérêt de l entretien pour le répondant (occasion de participer, de s exprimer, de donner son avis, de faire avancer la science, de permettre des améliorations, etc.) en évoquant le thème général de l entretien, évitant toutefois d en dire trop pour ne pas déflorer la consigne qui sera donnée au début de l entretien proprement dit. Le sujet se demande «pourquoi moi?» on doit lui expliquer comment, pourquoi ou par le canal de quel intermédiaire il a été contacté. La situation d entretien acceptée ; il faut informer le sujet sur les modalités de réalisation de l entretien : lieu, durée approximative, enregistrement (le magnétophone sera par exemple présenté comme «mémoire» de l enquêteur, appareil pour éviter de prendre des notes et mieux écouter). On parlera aussi du déroulement de l entretien, du rôle de l enquêteur (il propose le thème et intervient pour relancer l entretien), de ce qu on attend de l informateur (réflexion sur un thème sans questions précises). Il faut lui montrer qu il n y a pas de risque à répondre à l entretien. L évocation des aspects de déontologie professionnelle peut contribuer à rassurer le sujet : respect de l anonymat, confidentialité, liberté de répondre. Consigne initiale 11

12 C est la question (ouverte) de départ, celle qui va définir le thème du discours lorsque les deux interlocuteurs sont installés pour l entretien. Dans les entretiens libres, c est même la seule intervention directive. La consigne peut se présenter sous diverses formes qui ont chacune des avantages et des inconvénients. Selon le cas, on posera une question à champ large ou on abordera plus directement le sujet. Par exemple dans le cadre d une étude sur la lecture, on peut se placer à la périphérie du thème : «J aimerais que vous me parliez de votre vie hors travail?» ou au centre de l étude : «Voulez-vous me parler de vos lectures?» Dans le premier cas, il est possible que la personne passe à côté du thème d étude alors que dans le second cas on court le risque de ne pas savoir si le thème est important pour elle. On a parfois besoin d essayer différentes formulations de la consigne afin de se rendre compte de ses effets. Interventions et relances Non-directivité de l interviewer ne signifie pas non-intervention. Au contraire, un entretien de ce type demande la participation active de l enquêteur, mais de façon neutre, sans jouer sur le fond. L enquêteur n a pas de questions; il laisse le sujet créer lui-même le cadre dans lequel il s exprime et développer comme il l entend les informations, sans lui imposer un cheminement. L attitude non directive et compréhensive de l interviewer se manifestera par des interventions «techniques» destinées à favoriser la libre expression de l interviewé, à l encourager à préciser sa pensée et à l inviter à poursuivre. Les relances se font autour des propos du sujet : elles reprennent ou complètent des idées, soulignent, synthétisent ou demandent une précision. Fin de l entretien Lorsque les propos deviennent redondants, l entrevue est terminée. Il est temps de présenter un résumé de l entretien (ce qui a parfois l intérêt de faire repartir le discours sur des points oubliés). On demande enfin au sujet s il ne voit rien d important à ajouter avant d arrêter le magnétophone (au cas où il est utilisé). C est enfin le moment de poser des questions particulières (dont la liste est prévue à l avance), notamment en ce qui concerne l identification du sujet interviewé. Il est intéressant de discuter avec la personne enquêtée de son vécu de l entretien (ses impressions). Il ne faut pas oublier de le remercier avant la séparation. Prise de notes et magnétophone Doit-on enregistrer l entretien? C est le seul moyen d avoir à la fois l intégralité du texte, les contours du discours (ton, atmosphère) et également la possibilité d apprécier la part de l enquêteur. L enregistrement restitue fidèlement le déroulement et le langage de l entrevue. Il est l outil indiqué pour l entretien, la mémoire de l enquêteur qui ne peut pas assurer en même temps l écoute attentive et positive, les relances et la prise de notes. Parallèlement à l enregistrement, il est conseillé de prendre de petites notes pour retenir les thèmes abordés sur lesquels il pourra être utile de revenir. Retranscription de l entretien Pour être soumis à une analyse systématique, l entretien sera retranscrit intégralement, avec ses hésitations et ses défauts de langage, sans oublier les silences et leur durée, les rires et les interruptions. 12

13 On pourra ainsi s intéresser non seulement au contenu thématique de l entretien, mais également au vocabulaire employé et à la syntaxe du discours, etc. 3. Entretien semi-directif (guidé) Une recherche peut être conduite uniquement à partir d entretiens exploratoires non directifs (pour prendre connaissance d un terrain). Mais généralement, après quelques entretiens de ce type, on passera à une technique un peu plus directive, comme celle de l entretien semi-directif ou guidé. Dans ce type d entrevue, l enquêteur s est fixé des zones d exploration et veut que le sujet traite et approfondisse un certain nombre de thèmes. Conciliation de deux orientations L entretien semi-directif combine l attitude non directive pour favoriser l exploration de la pensée dans un climat de confiance et l aspect directif pour obtenir des informations sur des points définis à l avance. Néanmoins, l introduction des thèmes demande un entraînement solide et une bonne connaissance du guide d entretien. Contrairement à ce que l on peut penser, il est souhaitable de bien savoir conduire un entretien non directif pour pouvoir conduire une interview guidée de qualité, savoir laisser à l enquêté la liberté d expression. Sinon, l enquêteur risque de transformer le guide d entretien en une série de questions à réponses ouvertes. Utilisation du guide d entretien Généralement établi après quelques entretiens exploratoires, le guide répertorie les thèmes qui doivent être abordés au cours de l entretien semi-directif. Il comporte une consigne initiale et peut revêtir une forme plus ou moins détaillée de la liste de trois ou quatre grands thèmes (jusqu à une série d informations spécifiées) sur deux ou trois pages. On s attachera à donner à ce document une présentation qui le rend facile à utiliser, avec des mots clés très apparents (surlignés ou en gras). On peut coupler les thèmes avec des questions neutres comme dans l exemple ci-dessous (surtout si l enquête doit être réalisée par un grand nombre d enquêteurs). 13

14 Guide d entretien sur la pollution Thèmes du guide d entretien Relances verbales prévues 1. Typologie de la pollution (pensée descriptive) 1. Qu évoque pour vous le mot «pollution»? 2. Aspects généraux : 2. a) Naissance du problème a) Les phénomènes évoqués vous paraissent-ils nouveaux? b) Source des faits de pollution, phénomène local ou général? b) Où rencontrez-vous ce genre de phénomènes? c) Degré d importance c) Pensez-vous que ces phénomènes aient une grande importance? 3. Causalité : liaison au progrès, à la science, etc. (pensée 3. Quelles sont les raisons qui expliquent ces phénomènes? explicative) 4. Remède (pensée pratique) 4. Pensez-vous qu il faudrait faire quelque chose? 5. Canaux d information 5. Comment avez-vous entendu parler de ces phénomènes? 6. Image du futur 6. Comment pensez-vous que cela va évoluer? 7. Environnement idéal 7. Pourriez-vous décrire l endroit où vous aimeriez habiter? Source : F. Jodelet et al., «La représentation sociale de la pollution de l environnement», Bulletin de Psychologie, XXVIII, 316, Le guide d entretien ne doit pas être un cadre rigide. L ordre des thèmes prévu est le plus logique possible, mais il n est pas imposé : chaque entretien a sa propre dynamique. Ce qui est important est que tous les enquêtés abordent tous les thèmes du guide avant de terminer l entretien. Ce qui permettra de réaliser une analyse comparative de différents entretiens. 4. Entretien de groupe La technique de l entretien non directif s applique aussi à un groupe de personnes réunies pour participer à un entretien collectif sur un sujet précis. La conduite en est plus délicate que dans l entretien individuel: en plus de l attitude non directive et des thèmes du guide, l animateur a le souci d assurer la prise de parole et l intervention de chaque participant. Il lui faudra en outre jouer le rôle de régulateur de la dynamique du groupe. Un petit nombre de 6 à 10 personnes sont rassemblées pour une discussion ouverte parce qu elles ont une expérience commune (chômeurs, habitants d un même district, étudiants d une même université, groupe familial,...). Une certaine homogénéité doit caractériser les participants pour que la discussion soit possible et significative. Le discours produit est une parole collective qui n aura pas la même teneur qu un discours individuel (en raison de l émulation, de la confrontation et des prises de position de chacun). Très utilisé dans les études qualitatives (notamment en marketing), l entretien de groupe est aussi utile dans une étude quantitative en complément des entretiens individuels. Par exemple, il peut compléter les informations issues du questionnaire : des sujets ayant répondu au même questionnaire sont rassemblés pour discuter de cette expérience, expliquer comment ils ont compris les questions et ce qu ils en pensent. L entretien de groupe peut également intervenir pour éclairer l analyse d une enquête par questionnaire: les participants sont invités à discuter des résultats et à donner leur sentiment vis-à-vis des réponses obtenues. 14

15 5. Autres formes d entretiens Selon les besoins, on peut recourir à d autres formes d entretien d inspiration non directive ou semidirective. Sans être exhaustif, nous pouvons citer : L approche biographique, avec des récits de vie qui combinent la référence à différentes séquences temporelles de la vie de l individu et le développement de thèmes en rapport avec l objet d étude (comme l expérience professionnelle). La réécoute de la totalité ou de parties d un premier entretien réalisé avec un sujet pour approfondir certains points ou compléter les informations. L entretien film-action où le sujet est invité à reconstituer un moment de sa vie quotidienne. 15

16 2.2. Questionnaire de l enquête La spécification des objectifs d une enquête conduit à la détermination des indicateurs qui, par la suite, sont traduits en questions dont la formulation revêt une grande importance. Une petite différence dans la formulation de deux questions peut produire des écarts importants. La mise au point d un questionnaire fiable et valide demande un travail attentif et scrupuleux. 1. Le questionnaire et ses qualités a) Un instrument de mesure Le questionnaire conçu comme instrument de mesure devra être standardisé, c est-à-dire qu il placera tous les sujets dans la même situation pour permettre des comparaisons entre les répondants. On ne doit pas, en cours d administration du questionnaire, modifier les questions ou ajouter des explications. b) Prise en compte de l enquêté Une difficulté supplémentaire dans l élaboration d un questionnaire vient du fait qu on s adresse à des répondants non demandeurs de l enquête : ne risque-t-on pas de le lasser? Pour qu ils aient envie de répondre, on se garde de leur donner l impression de passer un examen, de subir un interrogatoire ou d être ignorant. Pour que le questionnaire ne paraisse pas ennuyeux, monotone et inutile, il est souhaitable de varier la façon d interroger. Une question n est pas toujours une demande avec un point d interrogation. Il existe une grande variabilité dans la formulation des questions. En même temps, on cherche à obtenir des réponses sincères en posant des questions auxquelles les sujets sont réellement capables de répondre (éviter qu ils ne répondent au hasard), en prenant certaines précautions pour les thèmes gênants et en tenant compte des effets d influence qui risquent de fausser les réponses. 2. Question ouverte et question fermée Une question est dite ouverte ou fermée selon que la réponse à donner est libre ou renseignée à l avance. L enquêté utilise son propre vocabulaire pour répondre à la question ouverte tandis la question fermée lui propose des modalités de réponses parmi lesquelles il en choisit celle qui convient. Evidemment, il faut éviter de se servir d une question ouverte pour aborder des généralités ou de grands problèmes. Exemple, «Quel est votre avis sur la mondialisation?» risque d effrayer la personne interrogée, tellement le sujet est vaste et complexe. a) Différentes formes de questions fermées Une question fermée peut donner le choix entre deux modalités de réponses (question dichotomique) ou proposer un nombre de modalités plus important : Votre ménage possède-t-il un poste téléviseur?» Oui Non «Ecoutez-vous la radio, que ce soit chez vous, en voiture ou ailleurs?» 16

17 Tous les jours ou presque Environ 3 ou 4 jours par semaine Environ 1 ou 2 jours par semaine Rarement Jamais ou pratiquement jamais. La question fermée peut, comme dans les exemples précédents, imposer de ne retenir qu une seule réponse (question à réponse unique) ou encore laisser la possibilité de donner plusieurs réponses (question à choix multiple) : Exemple : «Dans la liste suivante, quels sont les mots qui caractérisent le mieux l ambiance de votre entreprise?» (Cochez trois réponses de votre choix) - Morosité sympathie froideur convivialité méfiance chaleur - Sérénité solidarité inquiétude individualisme confiance jalousie b) Avantage et inconvénients de chaque type de question Les questions ouvertes donnent en général des informations riches et diversifiées. Elles renseignent aussi sur le niveau de compréhension des questions. Mais les personnes interrogées ont souvent du mal à répondre ; d où des réponses vagues ou hors sujet, des non-réponses, des «ne sait pas» et «l oubli» de certains aspects inavouables. Et puis, l analyse de ces questions est lourde. A l inverse des questions ouvertes où les réponses ne sont pas suggérées, les questions fermées risquent d induire à des réponses peu réfléchies. Mais elles ont l avantage indéniable de permettre des comparaisons et d être faciles à administrer et à traiter. C est pourquoi, bien que plus difficiles à mettre au point, elles constituent l essentiel des questionnaires destinés à l analyse statistique. c) Elaboration d une question fermée à partir d une question ouverte La meilleure façon de trouver les modalités de réponses à une question fermée consiste à poser dans la phase préparatoire une question ouverte. L analyse du contenu permet d élaborer des questions qui reflètent bien la substance et le vocabulaire utilisé spontanément. Par exemple dans un premier temps on demande : «A quoi vous fait penser le mot TRAVAIL», puis dans une seconde phase on reprend les principales catégories de réponses pour proposer une liste finie de formules entre lesquelles l enquêté devra choisir, comme : salaire/occupation/obligation/contact/contrainte/plaisir/ambiance/fatigue. Au fur et à mesure de son avancement, le questionnaire comporte de plus en plus de questions fermées avec un éventail pertinent de réponses. Dans un questionnaire standardisé, trop de questions ouvertes est souvent un aveu de faiblesse. d) Des catégories de réponses exhaustives et mutuellement exclusives Il est nécessaire de s assurer dans l élaboration de la liste des réponses aux questions fermées que toutes les possibilités sont représentées (exhaustivité) et que chaque réponse ne peut se situer que dans une seule catégorie (exclusion mutuelle). C est particulièrement important pour les estimations quantitatives, où les limites de classes doivent être correctement établies. Ainsi, la catégorisation d âge «moins de 20 ans/21-30 ans/30-50 ans et 50 ans et plus» a un double défaut : les sujets de 20 ans ne peuvent pas se situer tandis que les sujets de 30 ans et de 50 ans ont la possibilité de se situer dans deux classes. 17

18 e) Le faux intérêt de l item «autre» On est souvent tenté d introduire à la suite d une liste de réponses à une question fermée la modalité «autre réponse (à préciser)» dont on pourrait espérer qu elle va élargir le champ de réponses. Mais les questions semi-ouvertes n ont pas l intérêt et la richesse des questions ouvertes : seule une fraction des sujets utilisent cette possibilité d expression. En outre, elles ne permettent plus de faire des comparaisons entre répondants, car tous ne se sont pas placés exactement dans la même situation : certains ont utilisé la question comme une question ouverte et d autres comme une question fermée. Si l on tient à l ouverture, il est possible d introduire à la suite d une question fermée, une question ouverte spécifique du type : «Voyez-vous autre chose à ajouter à cette liste?» La seule raison valable de conserver le «autre réponse, à préciser» est de ressortir la fréquence d une caractéristique apparemment rare. La fréquence obtenue permet de proposer ou non cette réponse comme modalité lors d une enquête similaire. 3. Questions directes et questions indirectes, une approche détournée Il est possible de poser une question directement, sans en cacher l objet. Mais parfois, il vaut mieux poser des questions n abordant pas de plein fouet le thème étudié ou encore une mise en situation d une tierce personne. Demander à l enquêté ce qu il possède ou l interroger sur son train de vie peut se substituer à une question directe sur le revenu. L idéal est de l entretenir sur ses dépenses par exemple pour se faire une idée de son revenu. Pour évaluer l image plus ou moins positive d une entreprise auprès de ses salariés, on remplace (ou on complète) des questions directes par un indicateur indirect comme: «Conseilleriez-vous ou non un jeune diplômé de venir travailler dans telle entreprise?» ou encore: «Selon vous, quel animal représente le mieux telle entreprise? un lion/une fourmi/une tortue/un aigle/un éléphant/un lièvre». Au lieu de demander : «Te drogues-tu?» à des jeunes, on aborde ce thème à travers des personnes de leur entourage en posant la question : «Y a-t-il dans tes connaissances beaucoup de jeunes qui se droguent?» 4. Poser des questions concrètes et précises pour être compris Le questionnaire doit être élaboré de manière à faciliter la tâche aux enquêtés. Pour chaque question, on doit se demander si le sujet est capable d y répondre sans difficulté, si la question ne porte pas un concept trop abstrait, si la question est suffisamment concrète et précise. Il faut éviter toute ambiguïté. Le bon usage des questions filtres est recommandé pour catégoriser les enquêtés avant une question qui ne concerne pas tout le monde. Avant de demander «Quel est l âge de vos enfants?» par exemple, il faut cibler d abord les sujets concernés en posant une question sur la composition familiale. 5. Poser des questions neutres pour ne pas influencer 18

19 L objectif d un questionnaire d enquête n est pas de faire dire, mais d obtenir des réponses sincères. Dans le libellé des questions, il faut prendre garde aux risques de suggestion par des questions tendancieuses ou biaisées. Il est donc nécessaire de se demander si la question n oriente pas le choix du répondant. 6. Economie globale du questionnaire Les indicateurs ont été envisagés comme étant des cas séparés. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu une question fait partie d un ensemble. Il faut donc penser au problème d ordonnancement et de la présentation pour que le questionnaire se déroule harmonieusement, avec cohérence et continuité. Le questionnaire aura une apparence professionnelle et simple. On pensera à numéroter les questions et à laisser des espaces suffisants pour écrire les réponses attendues. Dans le cas de l administration du questionnaire par l enquêteur, le questionnaire se présente sous forme d une conversation courante entièrement structurée pour que l enquêteur n ait pas à innover. Outre les questions, sont indiquées les consignes pour le choix des réponses et les instructions pour l enquêteur (par exemple les renvois), y compris les formules d introduction (accroche) et de fin d entretien (de remerciement). Dans le cas d un questionnaire auto-administré, la présentation (claire, aérée et éventuellement illustrée) et les consignes de chaque question doivent être particulièrement soignées pour que le répondant puisse se débrouiller seul. 7. Test du questionnaire On peut recourir à des experts pour relire le questionnaire en vue de corriger certains défauts. Bien entendu, cela ne signifie pas qu il faut se passer des essais sur le terrain. Quelle que soit l expérience du concepteur, la mise à l épreuve de l instrument d enquête auprès d un nombre limité de sujets, lors de l enquête pilote, est nécessaire. Le temps consacré à tester et affiner le questionnaire est toujours un gain en qualité de réponses. 8. Format du questionnaire Le questionnaire de l enquête peut être présenté sous le format unitaire, c est dire un questionnaire complet par répondant, à l opposé d un questionnaire en ligne qui contient à la fois les informations relatives à plusieurs répondants, chacun occupant une ligne entière. Illustration Modèle d un questionnaire sur l emploi Le MIFOTRA voudrait mener une étude portant sur l emploi, avec l objectif principal de connaître l état d occupation de la population rwandaise. 19

20 1. Sous-population : c est la population à l âge économiquement actif, soit de 15 à 64 ans 2. Identification des indicateurs : un seul indicateur est identifié, la proportion de la population économiquement active, mais sous quelques aspects de l emploi. 3. Univers et domaines : Univers : National Domaines : Ville de Kigali, Autres centres urbains et Milieu rural 4. Définition des variables : la proportion recherchée peut être présentée selon diverses informations voulues, pour dire qu à un indicateur, plusieurs variables peuvent être envisagées. La situation dans l activité L emploi exercé Le statut dans l emploi Le secteur d activité Le besoin d un emploi La durée de temps sans emploi 5. Formulation des questions : A chaque variable, une question est formulée pour obtenir l information voulue. 20

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