Accès au Financement Bancaire des Petites et Moyennes Entreprises au Sénégal

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1 Accès au Financement Bancaire des Petites et Moyennes Entreprises au Sénégal Nouvelle proposition de recherche Consortium pour la Recherche Economique en Afrique (CREA) (African Economic Research Consortium AERC) Mouhamed Abdoulaye Seck Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FASEG) Université Cheikh Anta Diop (UCAD) Dakar, Sénégal Octobre

2 Résumé Alors qu elles représentent plus de 80% du tissu industriel du Sénégal, moins de 20% des petites et moyennes entreprises (PME) ont accès au financement bancaire, dans un contexte de surliquidité des banques. Ce projet de recherche se propose d identifier les mécanismes générateurs de ces contraintes à l accès au financement. Partant des données d Entreprises Survey de la Banque Mondiale pour le Sénégal, il développe un modèle logit séquentiel explicatif d une part du choix d une firme de recourir au financement externe, et d autre part de la probabilité que la demande soit satisfaite. Une bonne compréhension des déterminants du recours et de l accès au financement pourrait conduire à une meilleure dynamique productive de l économie et à un ensemble de bénéfices économiques (croissance par exemple) et sociaux (lutte contre le chômage par exemple). Mots clés: accès au crédit, PME, Sénégal, modèle logit séquentiel. Abstract Small and medium enterprises (SMEs) make up 80% of the industrial base in Senegal, and yet only one in five has access to credit, despite an oversupply of bank liquidity. This research project seeks to identify the mechanisms generating such credit constraints in the country. Using the World Bank s Enterprises Survey data, the paper develops a sequential logit model to explain first firms decision to recourse to bank credit and second the likelihood that their demand will be met. A formal understanding of credit demand and access could lead to the design of policies aiming at improving the dynamics of the firms and help spur economic growth and reduce unemployment. Keywords: access to credit, SMEs, Senegal, sequential logit model. 2

3 1. Contexte et problème L accès au financement est d une importance cruciale pour la dynamique productive d une entreprise et un facteur important de la croissance économique. En dépit de leur poids dans l activité économique et de leur rôle moteur en termes de développement économique, les petites et moyennes entreprises (PME) ont un accès très limité au financement bancaire en Afrique subsaharienne (ASS) et particulièrement au Sénégal. En effet selon l Agence de Développement et d Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises (ADEPME), les PME, du point de vue de leur importance numérique, constituent la base du tissu économique sénégalais. Elles représentent 80 à 90% du tissu industriel. Au Sénégal, les PME représentent non seulement le support sur lequel s appuie toute croissance économique mais aussi un levier puissant du secteur privé qui a un impact considérable sur le développement économique du pays. Cependant les PME elles voient 80 % de leurs demandes de financement rejetées, soit 20% de demandes satisfaites. En outre, il ressort du Rapport Annuel de la Banque Nationale de Développement Economique (BNDE) du Sénégal que le financement des PME ne représente que 16% du portefeuille des banques et encore, dans des conditions jugées «peu favorables» et des produits et services inadaptés. Entre la demande de financement et l offre du secteur financier, l inadéquation est réelle notamment avec une absence de produits spécifiques par PME et par secteur d activité. En fait, parmi les PME 5% seulement seraient financés par les banques tandis que 83% des PME sont contraintes à des financements sur fonds propres. Quant aux partenaires techniques et financiers, ils ne prennent en charge que 3% de ses besoins en financements. Egalement ces derniers non satisfaits, sont estimés à 500 milliards de FCFA (762 millions d euros). Pourtant, les PME sont au cœur de l activité économique du pays: elles représentent 85 % du tissu des entreprises, occupent 60 % de la population active, assurent 30 % des emplois formels, contribuent à 33 % du PIB. Leur contribution sociale est tout aussi décisive, dans un contexte de chômage et de pauvreté élevée. En effet, plusieurs études empiriques ont pu montrer que le taux d embauche des grandes entreprises est relativement faible, tandis que de l autre côté les PME constituent un puissant levier de lutte contre la pauvreté et de réduction du chômage. Selon le premier numéro d INSEE paru le 03 Avril 2013, les grandes entreprises emploient 31 % des salariés dans le 3

4 secteur marchand, alors que les entreprises de taille intermédiaire emploient 22 % des salariés et les PME concentrent 47 % des effectifs du privé. Vu le poids des PME dans l économie nationale, une amélioration des conditions d accès au financement pourrait contribuer fortement dans le processus de création de richesse du pays. Par exemple, si on parvenait à satisfaire 50% des besoins de financement externes des PME, leur contribution dans le PIB augmenterait alors de 52,5 % (calculé par l auteur). Il s avère dès lors nécessaire de comprendre les mécanismes de fonctionnement du marché du crédit bancaire. De cette compréhension pourrait découler la définition de politiques publiques qui favoriseraient un meilleur accès aux ressources financières. Cet accès amélioré favoriserait à son tour sans conteste une meilleure dynamique d accumulation du capital privé ; un élargissement de la base industrielle domestique avec l augmentation de l échelle de production ; la naissance de nouvelles entreprises et le rallongement de la survie d autres ; une création d emplois et une génération de richesse pour les populations qui verront leurs conditions de vie s améliorer ; et enfin, de façon générale, une promotion de la croissance économique. 2. Objectifs de recherche L'objectif général de ce travail est d identifier les déterminants de l accès au financement des PME au Sénégal. Spécifiquement, il s agit d abord de comprendre les déterminants du choix d une entreprise de recourir au financement bancaire, puis d analyser les facteurs explicatifs des chances de succès de la demande de financement. 3. Revue de la littérature Les déterminants des contraintes de crédit pour les entreprises sont le plus souvent associés aux problèmes relatifs aux asymétries d information. Ainsi l information cachée pousse le plus souvent les banques à se méfier ou par fois à être trop exigeantes dans l octroi de crédit aux entreprises. En effet seule la PME détient l information sur sa gestion interne, sa performance et sa fiabilité. C est ce qui peut susciter un rationnement du crédit de la part des banques. Le rationnement du crédit est une situation dans laquelle des entreprises ayant des projets d investissement rentables ne trouvent pas de financement. Concrètement lorsque la demande de crédit est supérieure à l offre de 4

5 crédit et que les banques ne veulent pas augmenter les taux d intérêt pour obtenir l équilibre du marché, nous sommes conduits à une situation de rationnement du crédit. Akerlof (1970) fut le premier économiste à reconnaitre le rôle central joué par l asymétrie d information qui peut avoir comme conséquence l anti-sélection ou la sélection adverse. Celle-ci est un phénomène économique qui peut être retrouvé dans plusieurs cas: il se vérifie dans le cas où les agents ont des caractéristiques différentes. Il s'agit d'une auto-sélection des agents économiques de telle manière que les agents les meilleurs sortent du marché en y laissant les pires. Dans notre contexte, les PME non solvables portent préjudice à celles qui ont une capacité de rembourser en leur réduisant la probabilité d accès au crédit. L analyse théorique de l asymétrie d information est particulièrement approfondie par Stiglitz et Weiss avec leur modèle de rationnement du crédit. Stiglitz et Weiss (1981) stipulent qu en présence d asymétrie d information, les apporteurs de fonds préfèrent renoncer que de s engager ou bien rationnent leur contribution. Le rationnement du crédit est attribuable à deux formes d asymétrie d information : la sélection adverse d Akerlof et le risque moral. Ainsi pour remédier à cela l entreprise a intérêt à signaler la qualité de son projet pour limiter l importance des asymétries d information et éviter qu elle soit rationnée (Stiglitz et Weiss, 1981). Toutefois, ce modèle ne dit pas quel type d entreprises est plus concerné par le problème de rationnement de crédit. Il n indique pas entre les PME et les grandes entreprises lesquelles sont plus affectées par le rationnement de crédit. Ce modèle n indique pas non plus si les entreprises opérant dans les pays en developpement sont plus touchées par le rationnement de crédit que celles opérant dans les pays développés. Nombreux sont les auteurs qui ont réfléchi sur ce modèle théorique de l asymétrie d information et du rationnement du crédit des PME, notamment Williamson (1986, 1987), Calomiris et Hubbard (1990), Stiglitz et Weiss (1987) et Yan (1996). Dans une étude récente, Sonia et Zouari (2010) montrent qu en présence d asymétrie d information, les entreprises innovantes trouvent des difficultés pour se financer par dettes et recourent au financement en interne. Ainsi toute cette grille de littérature permet de dire les PME sont contraintes financièrement en situation d asymétrie d information. 5

6 Nous associerons à ces éléments théoriques portant sur le rationnement du crédit en présence d asymétrie d information, une grille de littérature portant sur la théorie de la diversité du mode de financement des PME. Généralement les PME dans les pays en voie de développement et particulièrement celles sénégalaises ont recours à une multitude de sources de financement. Qu elles soient formelles ou informelles, internes ou externes, ces PME n ont que marginalement accès à ces sources bien que diversifiées. Les raisons de cette diversité du mode de financement des PME ont suscité le débat de plusieurs auteurs. Comme le souligne Paranque et al. (1998), sur ce sujet deux domaines théoriques s opposent. On note d une part l approche dichotomique de Hicks (1961), et d autre part la pecking order theory de Donaldson (1961). La dichotomie de Hicks (1975): Hicks oppose le régime d autonomie de celui du découvert. Il en ressort de cette dichotomie que le choix entre ces deux régimes dépend de la performance de l entreprise et de sa capacité à s approprier des ressources auprès des banques dans le cadre d une relation d engagement. Cette relation entre banque et entreprise dépend du modèle d activité bancaire et du monde de production de l entreprise (Danset et Salais, 1992). Mais, selon Sharpe (1990) et Greenbaum et al. (1989), une bonne relation entre la banque et la PME ne réduit pas les coûts de financement et ils stipulent que la banque exploite l'information privilégiée découlant d une relation étroite pour charger des taux d'intérêt élevés, et même supérieurs à la moyenne des taux offerts sur le marché. Gabrielli (2007) quant à lui dira que, le découvert qui permet aux entreprises d ajuster en permanence le volume de leur endettement bancaire, est en effet un mode de financement relativement coûteux en raison des risques auxquels il expose les établissements de crédit en l absence de garanties spécifiques. Á ces trois modes de financement qui sont: l autonomie, le découvert et l endettement s ajoute la théorie du mode de financement hiérarchique. La théorie du pecking order a été initialement mise en avant par Donaldson en 1961 et a été popularisée par Myers et Majluf en Cette théorie postule que le coût de financement augmente avec l'asymétrie d'information. Les PME peuvent utiliser trois sources de financement lorsqu elles ont un projet à financer. Elles commencent par exploiter la source la moins couteuse, puis lorsqu elle n est plus disponible, passent à celle un peu plus coûteuse à condition que le coût marginal reste inférieur au taux interne de rendement de l investissement marginal. Les trois sources que les auteurs 6

7 considèrent sont les suivantes, de la moins couteuse à la plus couteuse : l auto financement ou financement interne, la dette bancaire, les crédits commerciaux. Ces derniers constituent une source de financement à court terme utilisée pour financer le cycle d exploitation de l entreprise. Ils ont pour contrepartie les délais de paiement accordés aux clients. Petersen et Rajan (1994) démontrent que cette source de financement a un coût extrêmement élevé. La théorie financière moderne de l'entreprise suggère l'existence d'une hiérarchie de financement de l'investissement à cause des coûts de faillite, de taxation différentielle, d'asymétrie d'information ou de relation entre l'entreprise et ses créanciers (Benoît et Najib 1995). Les entreprises préfèrent une forte autonomie financière obtenue grâce aux capitaux mis en réserve pour le financement des investissements et de l exploitation (Meyrs, 1984). Les soubassements de cette logique financière se sont fondés sur une capitalisation des bénéfices qui place le financement par fonds propre en première position ensuite vient le financement par fond externes. De ces études théoriques sont nées tout une série de tentatives de validation empirique. Dans une étude qui pose empiriquement la question du lien entre les mécanismes de garanties et le financement relationnel dans le traitement par les banques des asymétries d informations portant sur les projets de leurs clients PME, Vigneron (2005) relève qu en terme de risque apparent et d opacité, l usage de garanties ne permet aux entreprises ni d obtenir plus facilement leur crédit ni de payer celui-ci moins cher, seul le statut de banque principale du financeur conduit celui-ci, au travers de la diminution des problèmes informationnels, à offrir des conditions plus favorables. Les variables caractéristiques du degré d opacité de la PME traduisant la possibilité de survenance des problèmes de l asymétrie d information dont notamment : la taille de la PME (Audet et al, 2009), la qualité des livres comptables (Audet et al, 2009; Wamba et Djine, 2002), les caractéristiques de la personne établissant les livres comptables (Audet et al, 2009), le secteur d activité de la PME (Hwang, 2006) et l âge de la PME (Zambaldi et al, 2009), les plus jeunes PME étant les plus opaques. Um Ngouem et Ekonne (2013) quant à eux, estiment à travers les modèles à signaux financiers et les modèles à mécanismes d incitation, le profil du dirigeant de la TPE semblent contribuer à la réduction de l asymétrie de l information pour créer une relation de confiance sur laquelle s appuient les EMF (Etablissement de Microfinance) 7

8 dans leur décision d octroi de crédit aux TPE. Dans un autre angle d analyse plusieurs auteurs ont tenté d expliquer la relation entre l accès au financement et ses déterminants. A travers d une étude empirique récente en 2013 portant sur un échantillon de 413 PME camerounaises, Nguena a pu démontrer à l aide d un modèle logit multinomial que le déficit de financement externe des PME est expliqué par l absence d information comptable, le statut juridique SARL et SA, l appartenance au secteur industriel, le faible effectif d employé, le taux d intérêt élevé et les demande de crédit de long terme. Il montre que la taille de l entreprise est importante. Selon lui, les PME qui ont moins de 50 employés ont une probabilité d accéder au crédit plus faible que celles qui ont plus de 150 employés. En effet pour les premières, si la taille de l entreprise augmente de 1%, la probabilité pour qu elle obtienne un financement va augmenter de 0,84%. Pour les dernières, si la taille de l entreprise augmente de 1%, la probabilité pour qu elle obtienne un financement va accroitre de 3,35%. Ce qui signifie que les PME ayant un nombre élevé d employés ont plus de chance de recevoir les financements extérieurs. St-Pierre et Allepôt (1998) ont analysé l impact de la taille sur le recours à la dette bancaire sur un échantillon de 97 PME manufacturières québécoises et ont révélé l influence positive du critère taille sur ce type de financement. Les arguments en faveur de la justification d une influence éventuellement négative du critère taille sur la structure de financement des entreprises proviennent de la théorie de l information. La taille serait alors perçue comme une mesure inverse de l information divulguée par l entreprise à ses investisseurs externes. Cependant, les études empiriques tendent majoritairement à valider le sens positif du critère taille sur le niveau d endettement des entreprises (Dubois, 1985 ; Titman et Wessels, 1988 ; Shuetrim, Lowe et Morlings, 1993 ; Sheel, 1994 ; Rajan et Zingales, 1995 ; Booth et al ; Adedeji, 2002 ; Huang et Song, 2006 ; Fakhfakh et Ben Attitallah, 2006). Certains auteurs ont pu mettre en exergue un lien fort qui pourrait exister entre l âge de la PME, sa taille et l obtention du crédit bancaire. Pour Chandler (2009), plus une entreprise prend de l âge et de l expansion, plus elle projette l image d une entreprise qui peut traverser des conditions économiques difficiles et mériter une bonne cote de solvabilité. De plus, l entreprise qui poursuit toujours ses activités démontre qu elle n adopte pas un comportement opportuniste. L âge et la taille des entreprises devraient 8

9 avoir un effet négatif sur la demande de crédit, mais positif sur l approbation. Selon Biais et Gollier (1994) et Burkart et Ellingsen (2004), ces deux facteurs peuvent faciliter l accès au marché traditionnel du crédit pour ces entreprises. Contrairement à Nguena, Pierre-André (2008) stipule que les économistes radicales ont porté peu d attention à la taille des entreprises, puisque ces dernières ne sont que des agents économiques, quelle que soit cette taille, ou encore un des facteurs de production, important il est vrai, mais non discriminant ; puisque toute entreprise n agit qu en vue de maximiser le profit et ainsi de favoriser le développement économique selon le principe de la main invisible. Concernant le secteur d activité, des points de vue convergent selon les économistes sur l idée que l appartenance à une branche d activité facilite l accès au crédit. Selon Nguena (2013), une PME du Cameroun exerçant une activité commerciale a 1,6 fois de chance de bénéficier d un financement extérieur qu une PME exerçant dans un autre secteur tel que le secteur industriel. De même une PME vendant des services a 2,5 fois de chance de bénéficier des financements extérieurs. Cette situation peut s expliquer par le fait que les prêts de courte échéance généralement offerts par les banques, cadrent plus avec les activités commerciales et de services (passation des commandes, exécution des marchés publics ) car après paiement, la dette est directement remboursée contrairement aux activités industrielles qui sollicitent en grande partie des emprunts longs pour faire face à leur cycle d exploitation qui est souvent plus long. Dans la catégorie des PME innovantes, Hadriche et Sonia en 2010 font une étude économétrique sur les contraintes financières de 117 PME innovantes en Tunisie. En effet ils ont utilisé le modèle logit et le résultat sur lequel ils aboutissent est: le cash-flow a un impact positif et significatif sur l investissement innovant, ce qui implique une sensibilité de l innovation aux ressources internes et confirme que les PME innovantes sont contraintes financièrement. Comme le pensent Nguena, Hadriche et Sonia estiment que plus la taille de l entreprise diminue, plus l asymétrie d informations s amplifie entre celle-ci et les bailleurs de fonds, plus elle sera sujette à des contraintes, voire au refus de financement. Um-Ngouem et Ekonne (2013) ont pu montrer dans une étude exploratoire faite sur les TPE camerounaises à partir des modèles à signaux financiers et des modèles à mécanismes d incitation que les décideurs des EMF se basent donc sur des éléments 9

10 comme l apport personnel et garanties du promoteur de la TPE, sa capacité à gérer l endettement, ses mouvements de compte, le chiffre d affaires, le secteur d activité, sa durée dans les affaires, son expérience ou niveau de formation et également sur ses qualités de gestionnaire. Pour eux, l expérience dans les affaires est un facteur très important, 88,5% de répondants l ont ainsi estimé. Plus le promoteur a une forte expérience professionnelle et présente des fortes capacités relationnelles plus il a des chances d obtenir des crédits de plus ses qualités de bon gestionnaire (69,5%) jouent en son actif. Le niveau de formation du dirigeant a également une influence sur la décision d octroi de crédit; 62,2% perçoivent ce critère comme plus important. En effet plus le dirigeant a reçu une formation sur son domaine moins l EMF va investir sur son suivi. Le statut juridique est aussi un élément de discrimination. Nguena (2013) estime que le statut juridique pourrait être un élément de discrimination dans l octroi de crédit aux PME, en effet les modalités correspondant à SARL et SA entraînent respectivement 0,5 et 0,7 fois de chance de bénéficier d un financement extérieur par rapport aux modalités de référence propriété individuelle et GIC. Ceci implique qu une SARL ou une SA a moins de chance de recevoir des financements externes qu une propriété individuelle ou un GIC. Cette situation s expliquerait par le fait que les banques commerciales financent difficilement les SARL et SA tandis qu il existe certaines structures spécialisées comme les microfinances, les coopératives qui financent les propriétés individuelles dont les promoteurs sont leurs clients et les structures créées par l Etat qui financent exclusivement les PME individuelles et les GIC. 4. Méthodologie et données L accès ou non au financement bancaire suppose qu une demande préalable soit formulée de la part d une firme. Aussi l approche méthodologique adoptée dans ce travail consiste-t-elle à modéliser d abord la probabilité qu une entreprise sollicite un concours financier externe, ensuite les chances que cette sollicitation soit couronnée de succès. Le cadre analytique est celui d un modèle logit séquentiel, qui semble très approprié dans le contexte de dynamique transitionnelle avec différentes étapes de choix ou de survenance d évènements (Tutz, 1991 ; Maddala, 1983 ; Mare, 1981). Dans le contexte spécifique de ce travail, il s agit de modéliser la probabilité P i1 = P(y i1 = 1) qu une firme i exprime une demande de crédit à la première étape. Ensuite, il est étudié dans le même cadre d analyse la probabilité P i2 que cette demande soit satisfaite à la 10

11 seconde étape, cette probabilité étant conditionnelle à une réussite à la première étape, c est-à-dire P i2 = P(y i2 = 1 y i1 = 1). Il vient les spécifications suivantes: P i1 = P(y i1 = 1) = exp(α k 0 + j=1 α i X ij ) 1 + exp(α 0 + k α i X ij j=1 ) P i2 = P(y i2 = 1 y i1 = 1) = exp(β k 0 + j=1 β i X ij ) 1 + exp(β 0 + k β i X ij j=1 ) y i1 Est l observation de l expression de la demande de financement par la firme i (1 si c est le cas, 0 sinon), et y i2 est l état de satisfaction de cette demande (1 si la demande est satisfaite, 0 sinon). L observation d une demande ou non de crédit d une part, et celle de la réussite pour les demandeurs d autre part, sont supposées guidées par des phénomènes latents y i1 et y i2 respectivement. Le recours et l accès effectifs sont alors observes lorsque ces phénomènes latents dépassent un certain seuil critique normalise à zéro, c est-à-dire, en notant j les étapes de survenance des deux phénomènes : { y ij = 1 si y ij 0 y ij = 0 si y ij < 0 L exercice empirique revient dès lors à modéliser le comportement de ces phénomènes et les facteurs qui contribuent à leur donner des valeurs supérieures aux seuils, c est-àdire que la firme exprime une demande de financement externe et que cette demande soit satisfaite. Il est supposé que des mécanismes similaires, mais à degré divers, sont à la base de la propension des entreprises à recourir au financement externe et réussir à accéder à ce dernier. Ces mécanismes sont représentés par les variables explicatives X ij qui pour l essentiel captent aussi bien les caractéristiques de la demande de crédit que celle de l offre de crédit. Ces variables sont consignées dans le Tableau 1 ci-dessous. Les données utilisées dans le cadre de ce travail proviennent de la Banque Mondiale (Entreprises Survey) pour le Sénégal. L enquête a concerné 625 entreprises réparties sur 4 régions du pays, dont Dakar la capitale du pays où sont concentrées près de 2/3 des entreprises interviewées. Les PMEs représentent 96,6% de l échantillon, et les petites entreprises qui sont de moins de 20 travailleurs en constituent l écrasante majorité (86,1% de l échantillon). 11

12 Tableau 1 : Variables explicatives retenues dans le modèle Variables Définition Spécification TAILLE Taille de la firme Nombre de travailleurs FORMEL Statut juridique 1= si formelle (enregistrée) ; 0=informelle GENRE Genre du manager 1=homme ; 0=femme AGE Age de la firme Nombre d années depuis création EDUC EXPER AUDIT Education du manager Expérience du manager Audition des comptes 1= si éduqué, 0=sinon Nombre d années d expérience 1= si les comptes de la firme sont audites par une agence externe ; 0=sinon SEN Capital sénégalais 1= si le capital est d origine sénégalaise ; 0=si firme étrangère SECT Secteur d activité 1= si secteur manufacturier ; 0=sinon BANK GARANT TXINT DUREE Type d institution financière Garantie requise par les préteurs Taux d intérêt sur les emprunts Période de maturité des prêts 1= si crédit sollicité auprès d une banque commerciale privée ; 0=sinon (institution de microfinance ou structure étatique ou non-gouvernementale) Dummy pour le type de garantie le plus fréquemment exigée dans la localité Taux moyen exigé par les préteurs dans la localité Durée moyenne de remboursement des prêts dans la localité DAKAR Région de Dakar 1= si la firme se situe à Dakar ; 0=sinon Le Tableau 2 ci-dessous offre plus de détails statistiques sur d autres caractéristiques des firmes. La plupart évoluent dans le secteur formel, sont relativement âgées et sont la propriété d hommes. Plus de 8 managers sur 10 ont une forme donnée d éducation et ont une expérience relativement dans le secteur d activité (plus de 14 ans). Si l audit externe est une indication de la qualité de la gestion, alors seule une firme sur 5 est bien gérée. En outre, seules 4% des firmes sont d origine étrangère, et environ 30% évoluent dans le secteur manufacturier. 12

13 Tableau 2 : Statistiques descriptives Caractéristiques Moyenne Statut formel 0,98 Genre du propriétaire 0,76 Age de la firme 11,2 Education du manager 0,81 Expérience du manager 14,2 Auditeur externe 0,21 Propriété sénégalaise 0,96 Secteur manufacturier 0,29 Demande de crédit 0,22 Nombre de demandes 1,85 Banques commerciales privées 0.66 Raisons de non-demande: Pas besoin 0,26 Procédure de demande complexe 0,23 Taux d'intérêt non-favorable 0,17 Garanties non-satisfaisables 0,09 Garanties: Terrain ou building 0,45 Machines et équipement 0,47 Crédit commercial ou stock 0,11 Biens personnels du propriétaire 0,26 Nombre de rejets 2,10 Raisons du rejet: Garantie ou consignateur inacceptables 0,42 Dossier de demande incomplet 0,18 Ligne de crédit ou emprunt 0,11 Montant (millions FCFA) 15,4 Taux d'intérêt 11,7 Durée (mois) 29,0 Source : Calculs de l auteur, à partir de Entreprises Survey. Pour ce qui du financement externe des entreprises, seules 22% d entre elles ont sollicité du crédit, et l ont fait en moyenne près de 2 fois, le plus souvent auprès de banques commerciales privées (près des 2/3 des demandes). Celles qui n ont pas demande de financement externe semblent ne pas en avoir besoin (29%) ou évoquent des raisons liées à la complexité des procédures de demande, de la cherté du crédit ou encore de leur impossibilité de satisfaire les exigences des prêteurs en matière de garanties. Ces dernières portent essentiellement sur des biens immobiliers (terrains ou bâtiments) ou encore des machines et équipements. 13

14 Le nombre de rejets semble important, et les raisons sont liées à des conditions de garanties et de co-signatures qui sont inacceptable du point de vue des prêteurs ou encore de dossiers incomplet de demande de crédit. In fine, seule 1 entreprise sur 10 parvient à obtenir du crédit, sous la forme d emprunt ou de ligne de crédit. Le financement moyen est de 15,4 millions FCFA, à taux d intérêt moyen de 11,7% et a durée de maturité de plus de près de 2,5 ans en moyenne. Les exigences en matière de garanties, ainsi que les couts d obtention du crédit et également les caractéristiques des firmes sont autant de facteurs d offre et de demande pouvant expliquer pourquoi 16,3% des entreprises au Sénégal considèrent l accès au crédit comme l obstacle le plus important aux affaires et près de la moitié d entre elles (48.6%) qualifient cet obstacle de «majeur» ou «très sévère». 1 La connaissance de la contribution de chacun de ces facteurs est de nature à guider toute politique de promotion de l accès au financement bancaire par les entreprises. 5. Résultats attendus La faible collaboration en termes de financement de l activité productive émane aussi bien du côté des institutions financières que celui des entreprises. Il est ainsi attendu que les facteurs explicatifs des mécanismes générateurs des contraintes d accès au financement soient aussi bien du côté de la demande que de celui de l offre sur le marché du crédit. Mais on pourrait s attendre à ce que les facteurs de demande jouent un rôle plus élevé. En effet, dans un contexte de surliquidité du secteur bancaire et d une quête continue de rentabilité des fonds dont disposent les banques, ces dernières sont sans conteste à la recherche de projets de production qui soient «bancables». Leur frilosité pourrait ainsi s expliquer par un profil financier non-attrayant des firmes. Connaitre ces éléments caractéristiques du profil financier des firmes contribuera sans doute à accroitre leur attraction auprès des banques et autres institutions financières. Ces dernières pourraient dès lors offrir des conditions de prêts dont pourraient bénéficier non seulement les firmes qui en font la demande, mais également celles qui pensent ne pas en avoir besoin. 1 Source: Banque Mondiale, Entreprises Survey, Sénégal. 14

15 Références Ahmed. C et Habib A, Le système d'information comptable : Les déterminants de ses caractéristiques et son impact sur la performance financière des PME en Tunisie, La Revue des Sciences de Gestion, 2(224), pp Belattaf, M., Territoire, banques et création d emploi en Algérie : cas de la PME et des ME de la wilaya de Béjaïa, in ouvrage collectif : Entrepreneurs et PME : approches algéro-françaises, L Harmattan. Bouacida, R. et B. Haudeville, Les relations entre activités technologiques, innovation et croissance dans les PME algériennes : une étude empirique basée sur un échantillon d entreprises. Universite de Marseille. Fhima, F. 2009, Financement des PME en Tunisie, Thèse en Sciences Économiques, en cours, Université de Sfax, Tunisie & Université Paris 12-Paris Est, France. Gabrielli, D., L accès des PME aux financements bancaires. Direction des Études et Statistiques Monétaires. Hicks, J., The crisis in Keynesian Economics, Basic Blackwell, Oxford. Lefilleur J., Comment améliorer l'accès au financement pour les PME d'afrique subsaharienne? Afrique Contemporaine, 3(227), pp Lekhal, K.S., Le financement des PME en Algérie : difficultés et perspectives. Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines. Maddala, G.S., Limited Dependent and Qualitative Variables in Econometrics, Cambridge: Cambridge University Press. Mare, R.D., Change and Stability in Educational Stratification, American Sociological Review, 46(1), pp McFadden, D., The Revealed Preferences of a Government Bureaucracy, Economic Growth Project, Technical Report n 17, Berkeley. Mehdi, N. et B. Ghassen, L'impact des fusions-acquisitions bancaires sur les accords de crédit auxpme», Revue française de gestion, 4(163), pp

16 Myers, S., Corporate financing and investment decisions when firms have information that investors do not have, Journal of Financial Economics, Volume 13, Issue 2, pp Ndjanyou, L., Perception et gestion des influences du macro-environnement sur la défaillance des P.M.E. camerounaises, Document de travail, Centre de Recherches Monnaie-Finance-Banque, Université Lumière de Lyon 2, France, Juillet Ndjanyou, L., Risque, incertitude et financement bancaire des PME camerounaises : l exigence d une logique spécifique de l analyse du risque, Contribution à l ouvrage collectif : Création, développement, gestion de la petite entreprise africaine, sous la direction de Victor TSAPI, p , édition CLE, Yaoundé. Nguena, C.L., Le financement des PME au Cameroun dans un contexte de crise financière, CIEA-FR Rapport de recherché final. Paranque, B., Structure financière des entreprises industrielles françaises : une approche en termes de conventions de financement, Bulletin de la Banque de France, Numéro 57, Septembre. Rachdi, F., L entrepreneuriat féminin au Maroc : une étude exploratoire, Laboratoire ERMMES (Toulon), EDHEC Nice France Rivaud, D. et R. Salais (1992). Les conventions de financement des entreprises : Premières approches théoriques et empiriques, Revue d économie financière, Volume 7, Numéro 4. Stiglitz J.E. et Weiss, Credit rationing: Reply, American Economic Review, Volume 77, Issue I, pp Stiglitz, J.E. et A. Weiss, Credit rationing in markets with imperfect information, American Economic Review, Vol. 71, n 3, pp Theil, H., A Multinomial Extension of the Linear Logit Model, International Economic Review, Vol. 10, n 3, pp Truel, J.L., Soutien aux PME innovantes : le problème de l'accès à un financement pérenne, Vie & sciences de l'entreprise, 3, pp

17 Um-Ngouem, M.T. et E.A. Ekonne. (2013). Les facteurs d éligibilité des Très Petites Entreprises (TPE) au crédit des Etablissements de Microfinance (EMF) au Cameroun. Vigneron, L., Banking Relationships and SMEs' bank debts, Université de Valenciennes IDP

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