La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

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1 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre Archives municipales de Belfort Catalogue de l exposition Halle Fréry 7 novembre - 7 décembre 2008

2 Secours accordés par la Ville de Belfort aux évacués nécessiteux

3 Préface Un hommage, un moment d histoire et de culture Il y a 90 ans, le 11 novembre 1918, la terrible Grande Guerre prenait fin. L armistice provoquait un soulagement général. Mais la France pleurait ses morts, des jeunes pour la plupart, et déplorait ses invalides, ses veuves, ses orphelins. Victoire et deuil. Le souvenir de ce drame national et mondial ne pouvait passer inaperçu. Le fait que le dernier Poilu soit décédé cette année nous crée une obligation particulière de mémoire et d histoire. J ai souhaité que notre Ville, titulaire de la Croix de guerre, s associe activement à cette commémoration. D abord, parce que cette commémoration est le moment idéal, dans un monde en perte de repères, pour affirmer les valeurs de la République et le sens de la Nation. C est notre héritage, c est aussi notre avenir. L historien Ernest Renan le disait en 1882 lors de sa célèbre conférence à la Sorbonne : «Une nation est une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu on a faits et de ceux qu on est disposé à faire encore.» Ensuite, parce que cet anniversaire est l occasion d expérimenter une nouvelle manière de commémorer. Il faut réinscrire la geste combattante dans la Culture, car l histoire est le fondement de notre Culture. Et c est aussi le moyen de rendre plus attractif et plus accessible le rite commémoratif. C est dans cette perspective qu il faut comprendre l exposition qui se déroule à la Halle Fréry : «La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre». Grâce à cette exposition originale conçue par notre service des Archives municipales, des documents inédits sont pour la première fois dévoilés pour que nous puissions mieux comprendre ce que pouvait être la vie quotidienne des Belfortains pendant ces cinq années d état de siège. Le catalogue que nous avons décidé d éditer permettra de laisser une trace tangible de cette exposition novatrice. Il sera également un outil pédagogique que les enseignants pourront utiliser pour évoquer les conséquences locales et concrètes d un drame d envergure internationale. C est plus qu un devoir de mémoire : une leçon d histoire. Étienne Butzbach Maire de Belfort La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 3

4 Inauguration du monument aux morts le 30 novembre 1924 en présence du général Nollet ministre de la Guerre. A.M.B. 4Fi 729 Monument du Poilu. A.M.B. 4Fi58

5 Avant-propos De la mémoire à l histoire Le programme qui a été imaginé pour commémorer le 90 e anniversaire de l armistice de 1918 n est pas seulement à regarder comme le juste hommage que Belfort se devait de rendre à ceux qui sont morts pour la liberté de la Patrie. Il s agissait aussi de tenter de faire de Belfort une sorte de laboratoire du renouveau de la Mémoire, au moment où la Commission nationale de réflexion sur la modernisation des commémorations tente de penser le renouvellement des commémorations patriotiques. Notre souci, tout en respectant le rituel commémoratif auquel les associations sont attachées, vise à la fois à désenclaver la mémoire combattante et à lui trouver une place dans notre politique culturelle. C est une question de sens et d affluence. Avant et après les cérémonies, le souvenir de cette terrible guerre investira d autres lieux et d autres formes d expression artistique, comme le cinéma, les documentaires, la photographie, les livres, la chanson, les expositions d objets et de cartes postales ou les conférences. Le noyau dur de ce dispositif est constitué par la création de deux expositions. Pour la première fois, la commémoration s emparera de la rue, grâce à un parcours photographique urbain qui nous plongera directement dans l ambiance de Belfort au lendemain de la Victoire : «15-17 août 1919 : les fêtes de la victoire et de la paix». À la Halle Fréry, l exposition consacrée à «La vie quotidienne à Belfort pendant la Grande Guerre» approfondira et prolongera le parcours urbain en recentrant la focale sur la vie quotidienne des Belfortains pendant cette guerre : vie des soldats mais aussi vie des civils, avec le drame des «bouches inutiles», les problèmes du ravitaillement, l expression de la solidarité etc. Les richesses du fonds des Archives municipales ont été pour cela largement exploitées et nous permettent d accéder pour la première fois à la vie intime de Belfort en plein état de siège. C est une page d histoire inédite que les Belfortains peuvent découvrir. Ce beau catalogue permettra de rendre plus durable cet événement. Robert Belot Adjoint à la Culture et aux commémorations La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 5

6 Introduction La présente exposition fondée principalement sur l exploitation des archives de l administration municipale concernant la Première Guerre mondiale conservées aux Archives de la Ville de Belfort, montre la guerre vue du côté des civils. Comment les Belfortains ont-ils vécu ces quatre années de guerre? Que savaient-ils de la guerre? Comment ont-ils réagi aux menaces et aux difficultés? L analyse des archives permet d appréhender la situation particulière de Belfort, ville proche du front abritant une garnison de plus de hommes, avec les conséquences que cela représente en termes de logistique, d économie, de contraintes individuelles mais aussi de mobilisation de la population. En effet, l examen des documents fait également ressortir les valeurs de volonté collective, de résistance morale, de solidarité qui émanent de la population belfortaine et de la municipalité et vaudront à la cité de se voir décerner la Croix de guerre en Si le quotidien des civils constitue le cœur de cette exposition, il ne pouvait être question d oublier la conduite héroïque de près de Belfortains sur les champs de bataille, évoquée ici à travers les carnets tenus sur le front par deux jeunes soldats de notre ville. Enfin, il était intéressant d examiner comment un événement aussi dramatique a été intégré dans la mémoire collective. Outre les documents d archives, les «Éphémérides» de Louis Herbelin, récit quotidien des événements relatés par un Belfortain, constituent le fil conducteur de cette exposition. Yves Pagnot Conservateur en chef des Archives municipales Portrait de Louis Herbelin, Bulletin de la Société belfortaine d émulation, N 39,1923. Usinage et assemblage de grosses pièces d artillerie à la S.A.C.M. A.D.T.B. 50J4 Louis Herbelin Louis Herbelin naît à Delle d une famille belfortaine, le 17 août 1848, et meurt le 20 novembre Il étudie au séminaire de Lachapelle-sous-Rougemont de 1863 à 1869 où il acquiert de solides connaissances. Il se passionne pour la nature et plus particulièrement pour la botanique mais aussi pour l histoire. Après la guerre de 1870, il travaille aux établissements Michel Page de Valdoie puis en 1871, à l entreprise Stractman. En 1885, il devient expert-syndic au tribunal de commerce de Belfort et occupe cette fonction jusqu à sa mort. Parallèlement à son travail, en 1890, il entre à la Société belfortaine d émulation et en devient secrétaire général en Il publie de nombreux écrits historiques dont «Biographies des anciens généraux du Territoire de Belfort» et «Les Monuments historiques du Territoire de Belfort» mais aussi des notices botaniques comme «Le Ballon d Alsace, sa flore, le jardin alpin» dans les bulletins édités par la Société. Il intervient d ailleurs dans l entretien et le développement du jardin botanique de celle-ci. À la veille de la Première Guerre mondiale, il permet la republication de la Revue d Alsace et en prend la direction, ceci jusqu en Tout au long du conflit, il demeure à Belfort et travaille même pendant 2 ans comme comptable à l ambulance installée à Notre-Dame-des-Anges. Il décide de tenir des notes relatant le quotidien des Belfortains jusqu à l armistice. Elles seront publiées de 1920 à 1935 dans la Revue d Alsace sous la forme d un feuilleton et auront pour titre : «Éphémérides belfortaines de la Guerre de ». 6 - La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

7 Un traumatisme : l évacuation des «bouches inutiles» L état de siège est déclaré à Belfort le 3 août 1914 : la ville est à présent sous le contrôle de l armée. Dès le 2 août 1914, le général Thévenet, commandant la place de Belfort, ordonne l évacuation des «bouches inutiles», personnes non indispensables à la défense de Belfort : femmes, enfants, vieillards, hospitalisés, détenus et étrangers. Ainsi, surtout du 4 au 15 août, entre et habitants sont autoritairement envoyés, par trains réservés, vers les départements du Doubs, du Jura, de l Ain et de l Isère principalement. 7 août 1914 L exode des bouches inutiles a continué aujourd hui avec celles de la rue de Mulhouse sous la conduite des gardes civils et des territoriaux. C est triste de voir une foule de malheureuses gens, vieillards, femmes et enfants s en aller en exil avec, pour toute fortune, quelques paquets de hardes et de linge! Toutes les familles d officiers, à quelques exceptions près, ont déjà quitté Belfort. Louis Herbelin, Éphémérides belfortaines de la Guerre de Arrivée de paysans de Valdoie en gare de Belfort le 20 août 1914 au moment de leur évacuation ADTB 7Fi1995 Cette évacuation se déroule à la hâte : les «expulsés» ne peuvent emmener que quelques vêtements et remettent les clés de leur domicile à la Mairie ; avant la mise sous scellés apposés sur les portes d entrée, une commission chargée de la gestion des biens des évacués dresse des inventaires succincts du mobilier abandonné. Certaines clés n ont jamais été réclamées. Clés des logements abandonnés Ces Belfortains connaissent parfois des conditions de vie pénibles loin de chez eux : problèmes du logement et de la nourriture, perte d emploi liée à leur départ, vêtements apportés en août inadaptés aux rigueurs de l hiver, hostilité de la population autochtone et nostalgie du pays qu ils croyaient quitter pour quelques semaines. C est pourquoi certains reviennent illégalement, s exposant à des sanctions pénales et des expulsions. Face à ces difficultés, des allocations sont versées directement aux indigents ou à ceux qui les hébergent, et le Comité belfortain du tricot leur envoie des habits chauds. Le 14 août 1915, la place de Belfort est déclassée et les «bouches inutiles» sont autorisées à revenir après un an d éloignement. Demande de secours La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 7

8 5 août 1914 Belfort doit en outre alimenter en viande toute la 24 e division et même le 7 e corps d armée qui opère en Alsace. On compte que hommes au moins sont à Belfort et dans les environs. La participation des civils à l effort de guerre : les réquisitions Immédiatement après la déclaration de guerre, les autorités procèdent à des réquisitions auprès de la population civile afin de subvenir aux besoins militaires. La pression exercée par l armée est grande. Avant la guerre, la garnison belfortaine se composait de hommes environ. Plus de militaires combattent dans la région en état de siège. Les réquisitions concernent non seulement les particuliers mais aussi les commerçants et les entreprises. En effet, elles régissent la vie quotidienne de tous les Belfortains. Progressivement, les ordres et arrêtés de réquisitions se multiplient. Ils affectent notamment l alimentation, le logement et les déplacements de chaque habitant. La population civile participe à l effort de guerre par les réquisitions militaires d une part, et en s investissant considérablement par son travail dans les entreprises d autre part. La filature D.M.C., arrêtée dès août 1914, tout comme les usines de tissage et teinturerie, est désormais utilisée pour l évacuation des blessés, le stockage des vivres et le parcage des automobiles. L usine de blanchissage de M. Jeannelle est occupée en février 1918 par le Service de l Intendance de la 7 e armée. La S.A.C.M., quant à elle, procède à la fabrication de matériel de guerre. Les bâtiments communaux subissent également des transformations. Les écoles du faubourg de Montbéliard et de la rue de Châteaudun, le collège Sainte-Marie entre autres deviennent des hôpitaux temporaires. Leur structure s adapte facilement à l accueil des blessés (les salles de classe deviennent des chambres d hôpitaux), d où ce choix de la municipalité. Les écoliers doivent donc suivre leurs cours dans d autres locaux tels le foyer du théâtre, faubourg de Montbéliard, ou les cafés, fermés dès le début de la guerre. Cette réorganisation n est d ailleurs pas du goût des cafetiers qui souhaitent rouvrir leur commerce Billet de logement militaire. Musée de Belfort. 8 - La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

9 28 février 1915 C est décidé. L hôpital temporaire des Ecoles du faubourg de Montbéliard est converti en hôpital d évacuation, 28 infirmiers y sont déjà arrivés. Le personnel médical se composera de dix ou douze aides-majors et pharmaciens, sous la direction d un médecin principal. Les infirmières seront conservées. Tous les malades et blessés y seront déversés pour, de là, être répartis dans les divers hôpitaux et ambulances de la ville et de la région. Plan d occupation de l établissement D.M.C. par les services militaires, Certains cours se déroulent dans les cafés fermés dès le début de la guerre Infirmières de Notre-Dame-des-Anges aux côtés de soldats blessés. En 1915, l école privée de jeunes filles abrite l hôpital auxiliaire 11 puis se spécialise dans la chirurgie maxillo-faciale, en Collection privée. La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 9

10 7 mars 1916 La question du permis de circuler est au premier rang des préoccupations du public belfortain A quoi nous servira la carte d identité, si nous ne pouvons sortir de Belfort, si pour aller à Valdoie ou Danjoutin, il faut courir chercher un sauf-conduit? Une ville en état de siège Le 3 août 1914, le général Thévenet, gouverneur de la place de Belfort, prend un arrêté pour l application de l état de siège qui vient d être déclaré sur le territoire national. Désormais l autorité militaire exerce tous les pouvoirs dont l autorité civile était investie pour le maintien de l ordre et de la police. Après l évacuation des «bouches inutiles» à partir du 2 août, seuls les individus dont la présence dans la place est reconnue indispensable se voient remettre des permis de séjour. La circulation des personnes est également extrêmement encadrée. Des permis de circuler et sauf-conduits, qui doivent être périodiquement renouvelés, sont délivrés par les autorités militaires puis municipales à partir de Ils permettent de sortir de l enceinte, mais à partir de 20 heures, les portes de la ville se referment et seuls les militaires possédant le mot de passe peuvent la quitter ou y entrer. Louis Herbelin rapporte dans ses «Éphémérides» que le sénateur Laurent Thierry et quelques notables belfortains rassemblés place de la République à 23 heures en septembre 1914, sont arrêtés par la police, ne sachant pas le mot de passe, puis relâchés après avoir décliné leur identité. À partir de 1916, la carte d identité avec photographie permet de circuler jusque dans les villages de la première couronne, puis dans toute la zone réservée. Ces mesures de contrôle visent également à se prémunir des espions que l on voit partout, ce qui occasionne parfois certaines méprises. Dans le même ordre d idée, la vente de l encre i nvisible est interdite et le général gouverneur fait enlever tous les téléphones du Territoire de Belfort et de Montbéliard. La porte de l enceinte des faubourgs fermant le faubourg des Ancêtres. A.M.B. 4Fi 282 Barricade à l entrée d un faubourg permettant, outre son rôle défensif, de filtrer les allées et venues de la population. A.M.B. 4Fi La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

11 43 mois d angoisse Du 3 septembre 1914 au 27 mars 1918, la ville de Belfort va être soumise de manière plus ou moins intensive à des bombardements. Ceux-ci sont de deux ordres : - des bombardements aériens par des «taubes» allemands, nom donné à cette famille d avions eu égard à leur ressemblance avec des pigeons. Ils s envolent de la base d Habsheim et sont pilotés par de jeunes recrues pressées de larguer leurs bombes et d échapper aux tirs de barrage et à la poursuite des avions français, d où des tirs souvent peu précis. 661 bombes et torpilles sont ainsi tombées sur Belfort et Valdoie durant la guerre ; - des bombardements réalisés par une pièce à longue portée tirant des obus de 380, improprement appelée «grosse Bertha», installée dans la forêt de l Altenberg entre Zillisheim et Illfurth. Ce canon de plus de 17 mètres et pesant 115 tonnes menaça Belfort de février à octobre Il tira 41 obus, causant de gros dégâts à certaines habitations et faisant 4 victimes. Cette opération avait pour but de créer une manœuvre de diversion en Alsace pendant que l armée allemande préparait une offensive sur Verdun. Ces bombardements causèrent globalement peu de dégâts et de victimes par rapport au nombre de projectiles lancés sur Belfort. Ils provoquèrent néanmoins la mort de 17 personnes et plongèrent la population belfortaine dans l angoisse et le désarroi pendant trois années et demie, obligeant notamment les habitants des maisons menacées à quitter au moins provisoirement leur domicile. 1 er octobre 1917 La sirène nous avertit de l approche de l ennemi et aussitôt après nous entendons le bruit déjà connu des moteurs. Puis c est le canon qui tonne de tous côtés, les fusées qui sillonnent l atmosphère, les gerbes lumineuses des réflecteurs qui fouillent la nuit, les mitrailleuses qui crachent et au milieu de ce bruit infernal des éclatements retentissants qui jettent l effroi même dans les cœurs les plus durs. Conséquences des bombardements sur quatre villes françaises d après Charpentier-Page : 52 mois de guerre à Belfort Villes Nombre de projectiles Nombre de morts Nombre de blessés Dunkerque Paris Nancy Belfort «Taubes» allemands sur un aérodrome et notices sur les différents avions allemands à destination des aviateurs alliés pour leur permettre de les reconnaître. La guerre illustrée, collection privée. La Petite Fontaine protégée des bombardements par des sacs de sable. A.M.B. 4Fi 1131 Dégâts causés à des habitations par des obus de 380 quai Vallet. A.M.B.4 Fi 357 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 11

12 23 janvier 1918 La question du pain est toujours à l ordre du jour. Il a paru un peu meilleur, une fois seulement et maintenant c est comme avant. Ce ne sont pas des miches que nous livrent les boulangers, mais de véritables galettes, quant à la forme du moins. Que dire de la couleur? tantôt noire, tantôt jaune, tantôt grise! Et le goût? aigre! on croit parfois manger de la terre. On se plaint partout. Et cependant les boulangers reçoivent de la farine de froment ; mais, d après les on dit, ils la vendent au détail et font le pain avec les succédanés. La chose en est à ce point que la Mairie de Belfort songe à créer des boulangeries municipales, tout comme elle a créé des boucheries qui fonctionnent à merveille. Une économie désorganisée L arrivée massive de militaires à Belfort fait exploser les besoins alimentaires et en combustibles. Parallèlement la production et l acheminement sont freinés par le contexte de la guerre. L alimentation et la fourniture d énergie deviennent donc rapidement un problème crucial. Ainsi la municipalité crée le 2 septembre 1914 une commission municipale d approvisionnement, qui devient départementale le 2 octobre de la même année. Pour écarter toute pénurie, elle est chargée de faire les acquisitions nécessaires au ravitaillement de la population civile en matière de denrées de première nécessité (sucre, pommes de terre, sel, vin ) et de charbon. Elle réglemente aussi le prix de vente des produits afin d éviter toute flambée abusive des prix. Des hausses sont tout de même inévitables ; elles vont se multiplier, créant désarroi et colère chez les consommateurs. Elle est contrainte d avoir recours au rationnement et distribue des cartes d alimentation, des tickets pour acheter du pain, du sucre Affiche sur les restrictions à la consommation de viande. Carte individuelle d alimentation. L Union des commerçants proteste contre l établissement de la commission, y voyant une concurrence déloyale : en 1917, la vente du sucre par la structure est stoppée suite aux protestations des marchands ; ils condamnent son maintien après la guerre et réclament sa dissolution au plus vite. La municipalité a immédiatement compris l urgence et la gravité de la situation économique et son intervention dans un domaine traditionnellement réservé au secteur privé est un bel exemple de courage. Elle décide également de prendre des dispositions quant à l émission de monnaie. En effet, les Belfortains thésaurisent : «Il y a bien encore de la monnaie blanche, mais nombreux sont ceux qui la ramassent et qui ne la laissent plus sortir de chez eux. [...] Une [paysanne] au marché refusait de rendre de la monnaie sur cinq francs et cependant elle en avait pour 80 francs dans son sac» rapporte Louis Herbelin. Les pièces devenant donc de plus en plus rares sur le marché, la Chambre de Commerce de Belfort est contrainte d émettre en novembre 1915, sous le contrôle de la Banque de France, de petits billets de 0,50 F et 1 F qui ont cours légal en Alsace- Lorraine uniquement. En 1918, la mairie fait même confectionner des jetons de 2, 1 et ½ centimes utilisables en boulangerie afin de faciliter les transactions La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

13 Faire face à la pénurie de main-d œuvre Suite à l évacuation des «bouches inutiles», à la mobilisation des hommes au front mais aussi à la réquisition de matériel, les agriculteurs peinent à effectuer leur moisson annuelle dès août Face à cette pénurie de maind œuvre, la municipalité de Belfort est contrainte d intervenir rapidement et procède ainsi à des recensements concernant les besoins de chacun d entre eux. En octobre 1915, afin d essayer de remédier à ce problème, la maison Japy a l idée «d actionner les batteuses mécaniques au moyen d électricité [...] pour le battage des moissons» rapporte Louis Herbelin. 12 septembre 1915 Le nombre des évacués qui rentrent à Belfort devient de jour en jour plus considérable. J en ai vu hier de longues théories, hommes, femmes, enfants, portant chacun leur baluchon ; tout ce monde va travailler dans les usines de Belfort ou du Valdoie, car toutes fonctionnent pour l armée. Rentrée de la moisson, Seine-et-Oise, L Illustration, 13 octobre 1917, A.M.B. Les boulangeries de Belfort manquent également de bras. Ainsi, nombreuses sont les demandes de démobilisation partielle ou totale de soldats exerçant la profession de boulanger. Celles-ci n obtiennent d ailleurs pas satisfaction. Le ministre de la Guerre via les municipalités propose même une formation au métier de boulanger aux hommes dégagés d obligations militaires. À partir du moment où Belfort est considéré comme une place ordinaire, de nombreux évacués de 1914 regagnent la région, essentiellement pour travailler dans les usines, fonctionnant toutes pour l armée. En effet, la principale d entre elles, la S.A.C.M., fabrique du matériel de guerre et plus spécifiquement des obus. La main-d œuvre employée aux fabrications de munitions pour la Défense nationale se compose essentiellement de femmes, de rapatriés mais aussi de soldats revenus à titre exceptionnel du front et de soldats africains. On assiste donc à un fort investissement des femmes qui se révèlent capables de réaliser des tâches habituellement effectuées par des hommes. Ce sont elles par exemple qui très souvent forgent les obus dans l atelier de chaudronnerie de la S.A.C.M. ou s emploient aux perçages, fraisages de métaux. De nombreuses femmes s engagent également à travailler à l Arsenal pour fabriquer des munitions. La municipalité belfortaine doit, par conséquent, prendre certaines mesures afin d assurer la garde et la nourriture de leurs enfants. Demande du Commandant du Parc d Artillerie pour la garde et la nourriture des enfants de femmes employées pour fabriquer des munitions à l Arsenal. La fabrication des obus dans un arsenal, La Guerre illustrée, collection privée. La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 13

14 26 octobre 1915 Il y a vraiment des gens qui se ressentent de moins en moins de la guerre. Je veux parler de certaines catégories de marchands, de commerçants, même d artisans. Les libraires, par exemple, font des affaires d or [...] Et les magasins de mercerie, de chaussures, de vêtements! Ils ne désemplissent pas. Les Galeries Modernes ont recommencé leur ancien système de vente qui consistait à laisser les gens aller et venir librement dans leurs magasins, autour de leurs comptoirs. [...] Aujourd hui, comme avant la guerre c est le va et vient continuel, les colloques au coin d un comptoir, le flirtage même, et pour servir, une nuée de dames ou de demoiselles, les unes très avenantes, les autres un peu moroses, mais toutes empressées et alertes. La vie reprend peu à peu Dès août 1914, les lieux de rencontres comme les cafés, les c abarets et les salles de spectacles sont interdits à la population. Seuls quelques hôtels sont autorisés à rester ouverts et quelques restaurants (souvent d anciens cafés). En effet, servir uniquement de la boisson est strictement défendu. Il semble que les autorités craignent l enivrement des réservistes et territoriaux. Quelques cafetiers parviennent cependant à ouvrir leurs portes mais dans la clandestinité Les déplacements devenant de plus en plus difficiles, la population civile souffre de son isolement. Peu à peu, une certaine morosité s installe à Belfort. La vente de journaux se fait désormais dans le calme : il est «défendu de crier les journaux dans les rues» nous rapporte Louis Herbelin. Pourtant, l année suivante, d avril à septembre 1915, la vie reprend progressivement son cours. Cela est dû au déclassement de la place mais aussi au retour de nombreux évacués. Les régiments territoriaux d infanterie (le 53 e RI surtout, les 56 e, 133 e RI, la 57 e division également) donnent régulièrement des concerts place d Armes le dimanche à partir du mois d avril. Les cafés ouvrent à nouveau à partir du mois de juin mais avec des horaires stricts. Dès le mois d août, le conseil municipal autorise le rétablissement de la circulation des tramways électriques. Les foires à bestiaux sont rétablies les premiers lundis de chaque mois dès décembre. La vie culturelle redémarre : on prévoit dès septembre la réouverture de la bibliothèque en octobre puis celle du musée. On organise également en 1918 des conférences mais aussi des représentations au profit d œuvres caritatives. Malgré les difficultés inhérentes à la guerre, la population belfortaine tente donc de subsister dignement. Boulevard Carnot. A.M.B. 4 Fi 694. Ordre du général Lecomte. Fermeture des salles de spectacles et de débits de boissons. Collection privée La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

15 L étonnant élan de solidarité : les œuvres de guerre Nombreuses et diverses sont les victimes durement touchées par le conflit. La solidarité s organise donc dès 1914, et encore après l armistice, principalement par le biais des œuvres de guerre. Elles connaissent un succès remarquable qui s étend même au-delà de nos frontières. Nul ne semble oublié : aussi bien militaires (combattants français et aussi alliés, blessés et malades, prisonniers et même soldats décédés!) que civils (indigents, évacués, orphelins, veuves, mères de familles nombreuses.). Cette générosité se manifeste par des aides de toute nature : financières, matérielles (vêtements offerts aux enfants évacués et aux militaires grâce notamment au Comité belfortain du tricot, alimentation, cigarettes pour les soldats sur le front ) et morales (ainsi la Mutualité Maternelle rend visite aux mères de famille, l Union des Dames de France est présente dans les cortèges funèbres pour remplacer les familles absentes des militaires). Les œuvres de guerre fonctionnent grâce aux subventions publiques, aux souscriptions, aux adhésions reçues par les associations et aux dons privés. Des recettes proviennent également des manifestations telles que les concerts, des tombolas ou de la vente d insignes, médailles et cartes postales lors des journées dédiées aux victimes (semaine du Lion, au bénéfice de l œuvre des prisonniers de guerre, du 4 au 11 avril 1915 ; journée Pasteur, au profit de l œuvre des laboratoires français, le 27 mai 1923 ). Les œuvres de guerre, au-delà de l amélioration des conditions de vie quotidienne, ont incontestablement joué un rôle essentiel dans le moral des Français (armée et population civile) pour affronter cette longue période de souffrance et résister coûte que coûte. 8 novembre 1914 «L œuvre du tricot du soldat a fait merveille, créons l œuvre du tricot des enfants. Que les braves gens de Belfort s unissent pour adoucir aux enfants de nos évacués les rigueurs de l hiver! C est pour nous un devoir. Ce sera aussi pour les parents qui luttent pour la France une consolation de savoir que nous pensons à leurs enfants.» Appel de M. Marc Dietsch en faveur de l Œuvre du Tricot, cité par Louis Herbelin dans les Éphémérides belfortaines de la guerre de La Coordination des Secours aux Combattants propose des appareils à douches chaudes de campagne. Fiche d identification d un colis de vêtements. Affiche éditée pour la journée des orphelins des 1 er et 2 novembre Insigne vendu lors de la journée nationale des mères de familles nombreuses du 30 mai La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 15

16 3 septembre 1915 «Les obsèques du sous-lieutenant aviateur Pégoud ont revêtu le caractère d une véritable manifestation nationale. On peut évaluer à au moins 5 à 6000 personnes la foule qui s était massée sur les trottoirs depuis l hôpital militaire jusque sur le pont et au faubourg des Ancêtres. C est que Pégoud était depuis longtemps l idole du public belfortain toujours avide de le voir, avant la guerre, faire ses spirales et sa boucle dans les airs» Une arme nouvelle : l aviation L aviation, en tant que moyen militaire, fait son apparition à la veille de la guerre de Au début de la guerre, les aviateurs effectuent surtout des missions de reconnaissance. Puis les états-majors vont se convaincre de l intérêt de ce moyen de combat. Si les belligérants peuvent aligner 300 ou 400 avions au début du conflit, ils en totaliseront 20 fois plus en 1917 et 1918! C est donc la Grande Guerre qui a créé l aviation militaire. Belfort, situé à une trentaine de kilomètres de la zone des combats, ne connaît pas la guerre terrestre, par contre la ville est directement concernée par la guerre aérienne. En 1912 une escadrille est basée au Champ de Mars. Elle portait le nom «des cigognes» et était l une des cinq premières sur le territoire français. Elle sera déplacée à Chaux au printemps Les pilotes effectuent des missions de reconnaissance sur l Alsace ou sur l Allemagne, des raids sur des objectifs ennemis comme la gare de Mulhouse en février 1915 et surtout protègent la cité en prenant en chasse «les taubes» qui viennent s y aventurer. Le pilote le plus célèbre de l escadrille de Belfort, l un des «as» de l aviation de l époque, est Adolphe Pégoud. Il est tué lors d un duel aérien au dessus de Petit Croix le 31 août C est également du terrain du Champ de Mars que partent trois aviateurs anglais le 21 novembre 1914 pour aller bombarder l usine de construction de Zeppelins de Friedrischafen sur le lac de Constance. Les avions pris à l ennemi ou les débris des avions abattus sont exposés sur la place d Armes qui devient un lieu symbolique où l on exhibe les traces matérielles des victoires françaises comme de précieux trophées. Adolphe Pégoud la veille de sa mort le 30 août A.M.B. 4 Fi 728 Biplan allemand pris à l ennemi à Cernay et canons exposés sur la place d Armes. A.M.B. 4Fi 732 Éléments d un avion allemand tombé faubourg de Montbéliard le 18 octobre 1917, exposés place d Armes. A.M.B. 4 Fi La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

17 Le front n est pas loin Jamais Belfort n aura reçu la visite de tant de personnalités politiques et militaires de premier plan que durant la guerre de et principalement pendant les années Le président de la République, Raymond Poincaré, vient à cinq reprises, accompagné deux fois d Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, et une fois du président du Sénat et du président de la Chambre des députés. Le général Joffre est présent à trois reprises. Clemenceau, alors président de la commission des Armées au Sénat, et le général Nivelle viendront également. Ce sont souvent des visites éclairs en chemin ou au retour du front d Alsace. Ces personnalités en profitent parfois pour inspecter la place de Belfort, visiter les blessés des ambulances installées dans la ville ou encore passer les troupes en revue et remettre des décorations. Il s agit bien entendu de galvaniser les soldats et la population civile. 22 avril 1915 [ ] Dés que le général Joffre est signalé, la musique militaire arrivée à huit heures 30, entame un air entraînant. Descendu de voiture et accompagné de son propre état-major au milieu duquel figure le commandant Dietrich chef d état-major du gouverneur de la Place, il pénètre dans le carré ; il va procéder à la remise de plusieurs décorations. [ ] La cérémonie terminée, le général Joffre passe sur le front des troupes ; puis, remontant en auto il s en va avec le général de Maud huy et le général Thévenet vers l Alsace [ ] Le président Poincaré visite le fort du Salbert, 12 février Musée de Belfort. Au cours de l été 1914, les Belfortains sont rendus sensibles aux combats qui se déroulent à quelques 30 kilomètres lors de l offensive sur Mulhouse, par le passage dans la ville de convois de prisonniers et blessés allemands. A.M.B. 4Fi742 Belfort retrouve en 1914 sa vocation de centre logistique. Les militaires, nombreux, montent sur le front d Alsace ou viennent en cantonnement. Les blessés sont soignés dans les ambulances installées dans les bâtiments civils ou à l hôpital militaire, certains meurent. La municipalité doit donc dans l urgence trouver des terrains qui seront transformés en cimetières. En août 1914 un cimetière est aménagé en prolongement du cimetière israélite. Il cesse de fonctionner en mars 1917 au profit du cimetière des Mobiles. Un millier de soldats est inhumé dans ces deux cimetières en attendant l ouverture de la nécropole des Glacis en Cimetière national des Glacis. A.D.T.B. 12 Fi 63 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 17

18 Paroles de poilus belfortains Journal tenu par Émile Laibe, 1 er décembre-7 décembre 1915 et mars 1916, A.M.B. 4Z6 Près de 1100 jeunes Belfortains, dont les noms figurent au Mémorial du square du Souvenir, sont morts sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Parmi ceux-ci, Émile Laibe, né le 25 février 1895 à Grandvillars, résidant avec sa famille rue Faid herbe à Belfort, est affecté au 31 e bataillon de chasseurs à pied le 16 décembre Après avoir été hospitalisé à Belfort, il rejoint son bataillon le 18 septembre 1915 à Sains dans la Somme. Il monte au front le 1 er octobre. À partir de cette date il connaît la vie des tranchées avec la pluie, le froid, la boue et les bombardements ennemis, entrecoupée de courtes périodes de cantonnement à l arrière rythmées par les entraînements, le nettoyage des armes et des effets, les revues des troupes. Le 12 janvier 1916, il obtient une permission et peut revoir ses parents et amis à Belfort. Le 18 février, il part pour Verdun et le fort de Vaux. Le 12 mars, son lieutenant et son adjudant sont tués. Le carnet se termine sur ces mots. Le 14, il connaîtra le même sort tragique. Son frère aîné François est, lui, fait prisonnier en face du fort de Vaux, quelques mois plus tard, le 26 juin Il est évacué vers l arrière dans des conditions très pénibles, chargé de ramasser avec les autres prisonniers les blessés français et allemands, parmi les cadavres, dans un paysage d apocalypse. Il est ensuite interné en Allemagne, près de Francfort, jusqu à la fin de la guerre. Hommage rendu à Émile Laibe, mort pour la France, 8 avril A.M.B. 4Z14 Poilus sur le front des Vosges, la cloche au centre prévient de l arrivée des nappes de gaz, Musée de Belfort La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

19 Une mémoire vive La municipalité de Belfort se préoccupe dès la fin de l année 1915 de conserver la mémoire des Belfortains morts au champ d honneur. Le 15 décembre une commission est mise en place, chargée de collecter les informations permettant de réaliser un «livre d or». Ce document sera édité en Il recense 1081 Belfortains morts glorieusement pendant la Grande Guerre. Livre d or des enfants de Belfort tombés au champ d honneur. A.M.B. Br76 A.M.B. 1I192 Les grandes fêtes du 15 au 17 août 1919, constituent la première manifestation organisée à Belfort après l armistice et le traité de paix de Versailles du 28 juin L accent est mis sur la réunification du Haut-Rhin avec cette question sousjacente : que va devenir le Territoire de Belfort? L été suivant, Belfort retrouve ses habits de fête pour la remise de la Croix de guerre par le maréchal Pétain. La fête du 11 novembre comme célébration de l armistice de 1918 met davantage de temps pour se mettre en place. À Belfort, d autres événements sont mis en valeur jusqu en 1923 (cinquantenaire de la République en 1920, cinquantenaire du siège en 1921, cinquantenaire du départ des Prussiens en 1923). Au plan national également, il faut attendre la loi du 24 octobre 1922 pour que le 11 novembre devienne fête nationale. À partir de 1925, un nouveau lieu de mémoire devient le centre de la célébration, il s agit du monument aux morts installé sur le champ de foire qui deviendra le square du Souvenir, inauguré le 30 novembre Un autre monument dû à l initiative du maire Lévy-Grünwald et réalisé par le sculpteur Léon Leyritz sera installé au nord du square en avril Inauguration du monument aux morts le 30 novembre 1924 en présence du général Nollet ministre de la Guerre. A.M.B. 4Fi 730 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 19

20 Chronologie sommaire de la guerre Événements en France et dans le monde juin Attentat de Sarajevo. Le Prince héritier autrichien François Ferdinand et son épouse sont assassinés par l extrémiste serbe Gavrilo Princip. 31 juillet Assassinat de Jaurès. 1 er août Mobilisation générale en France et en Allemagne. Déclaration de guerre de l Allemagne à la Russie. 3 août Déclaration de guerre de l Allemagne à la France. 23 août Déclaration de guerre du Japon à l Allemagne. 2 septembre Le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux septembre Bataille de la Marne. Octobre - Novembre Batailles de la course à la mer visant à contourner l adversaire par l ouest. Échec 29 novembre Entrée en guerre de la Turquie aux côtés des Empires centraux. Dégâts causés à des habitations par des obus de 380 à l ouest des voies ferrées Événements dans le Territoire de Belfort Août Arrivée de nouveaux régiments : la garnison dépasse hommes. Aménagement du cimetière militaire en prolongement du cimetière israélite. 2 août Combat de Joncherey. Mort du caporal Peugeot. Réquisition des hommes valides de 16 à 60 ans non soumis au service militaire pour les travaux de défense de la place. Début de l évacuation des «bouches inutiles». 3 août Arrêté du général Thévenet instituant l état de siège dans le Territoire de Belfort. 4 août Fermeture des salles de spectacles et de débits de boissons. Établissement des permis de séjour et permis de circuler. 8 août Les troupes françaises s emparent de Mulhouse, reprise ensuite par les Allemands. 13 août Attaque allemande au Moulin de la Caille à Montreux- Jeune. 21 août Près de 600 Allemands faits prisonniers lors des combats de Dornach sont embarqués en gare de Belfort. 23 août Un biplan allemand pris à Cernay est exposé sur la place d Armes ainsi que des canons, prises de guerre des combats de Haute-Alsace. 25 août Destruction du viaduc de Dannemarie pour empêcher aux Allemands l accès à la Trouée de Belfort. 26 août On dénombre 80 blessés à l hôpital récemment installé aux écoles du Faubourg de Montbéliard. 2 septembre Constitution d une commission municipale d approvisionnement. 3 septembre Premiers bombardements sur Belfort. 2 octobre Première réunion générale de la Société de secours aux soldats La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre

21 File d attente pour acheter du charbon. L Illustration du 3 février octobre Les téléphones privés sont supprimés dans le Territoire de Belfort et à Montbéliard. 8 novembre Appel à la charité publique en faveur de l Œuvre du tricot des Enfants. 8 décembre Décès du maire de Belfort, Charles Schneider. François- Xavier Houbre, premier adjoint, fait fonction de maire. Fin 1914 Fixation du front à une trentaine de kilomètres à l est de Belfort er mars Guerre sous-marine décidée par le Kaiser. 22 avril Utilisation à Ypres des premiers gaz asphyxiants (ypérite). 25 avril Débarquement d un corps expéditionnaire allié aux Dardanelles. 26 avril Traité de Londres entre l Italie et les puissances de l Entente. 9 mai Début de l offensive française en Artois. Échec. 23 mai Entrée en guerre de l Italie contre l Autriche-Hongrie. 5-8 septembre Conférence de Zimmerwald. Développement du mouvement pacifiste. 25 septembre Début de l offensive française de Champagne. Échec. 5 octobre Entrée en guerre de la Bulgarie avec les Empires centraux. 30 octobre Formation du cabinet Briand, remplace Viviani. 2 décembre Décret nommant Joffre commandant en chef des armées françaises. 12 février Visite d inspection du camp retranché de Belfort par le président Poincaré accompagné d Alexandre Millerand, ministre de la Guerre. 4 avril Journée du Lion de Belfort organisée par le Comité de secours aux soldats. 22 avril Visite du général Joffre à Belfort. Juin Réouverture des cafés et débits de boissons avec des horaires stricts. Août Retour partiel des évacués. Départ du général Thévenet remplacé par le général Chatelain. 14 août Déclassement de la place forte de Belfort. 31 août L aviateur Adolphe Pégoud est tué au combat. 3 septembre Les obsèques de Pégoud rassemblent près de 6000 personnes dans les rues de Belfort. 13 septembre Remise de drapeaux par le président Raymond Poincaré aux régiments marocains, à Chaux, en remerciement de leur bravoure. Septembre Rétablissement de la circulation des tramways. 17 octobre Bombardements importants sur Belfort : 80 bombes déversées faisant deux tués et plusieurs blessés. 5 novembre Émission de petites coupures par la Chambre de Commerce de Belfort. 15 décembre Constitution de la commission du livre d or en mémoire des Belfortains tombés au champ d honneur. Obsèques de Pégoud le 3 septembre A.M.B. 4 Fi 737 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 21

22 février Début de l attaque allemande sur Verdun. 1 er juillet Début de l offensive franco-britannique sur la Somme. Échec. 28 août Entrée en guerre de la Roumanie dans le camp allié. 26 décembre Joffre, maréchal de France, écarté du Haut Commandement, remplacé par Nivelle janvier «Guerre sous-marine à outrance» décidée par le Kaiser mars Première révolution russe : le tsar Nicolas II abdique. 17 mars Démission du ministère Briand. 20 mars Formation du gouvernement Ribot. 2 avril Le Congrès approuve la déclaration de guerre des Etats-Unis à l Allemagne. 16 avril Offensive du Chemin des Dames. 4 mai Premières mutineries dans l armée française. 15 mai Pétain remplace Nivelle au commandement en chef. 28 juin Débarquement, à Saint Nazaire, de la première division américaine. 22 juillet-9 août Offensive Pétain sur les Flandres. Échec. 7 septembre Démission du cabinet Ribot. 13 septembre Formation du cabinet Painlevé. 6 novembre Les bolcheviques prennent le pouvoir en Russie. 13 novembre Le cabinet Painlevé est renversé. 16 novembre Formation du cabinet Clemenceau. Février-octobre Bombardements par une pièce à longue portée sur Belfort depuis la forêt de l Altenberg au sud de Mulhouse. Le 10 octobre, on dénombre quatre morts au bar Nicolas face à la gare. Juin Des abris sont désignés dans des bâtiments publics et dans certaines maisons particulières. Début septembre Plus de 7000 obus de 75 et de 105 sont fabriqués à la S.A.C.M. 9 octobre Nouvelle carte d identité avec photographie permettant de circuler dans toute la zone réservée. 1 er décembre La municipalité fait recouvrir de sacs de sable les fontaines de la ville pour les protéger des bombardements. Hiver Pénurie de houille, des coupes sauvages de bois sont pratiquées dans les forêts. 1 er janvier Entrée en vigueur de la carte de sucre 6 février Les archives de la ville sont placées dans un abri à l épreuve des bombes. Printemps Flambée des prix. Mars Aménagement d un cimetière militaire au cimetière des Mobiles en remplacement de celui de la route de Bavilliers. 2 mars Réunion à la Préfecture pour la fondation et l organisation d un Comité des orphelins de guerre. Juillet Ouverture d une boucherie municipale. 30 septembre Important bombardement aérien : deux personnes tuées et plusieurs blessées. 18 octobre Chute d un «taube» allemand faubourg de Montbéliard dont la carcasse sera exposée place d Armes La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre Dortoir aménagé dans un abri à Soissons. La guerre illustrée, collection privée.

23 janvier Message de Wilson au Congrès, où sont énoncés les Quatorze Points, base d une paix future. 3 mars Traité de Brest-Litovsk met fin à la guerre entre les Puissances centrales et l Union soviétique. 21 mars-5 avril Offensive de Ludendorff en Picardie. Échec. 3 avril Conférence interalliée de Beauvais : Foch généralissime remplace Pétain. Avril-juillet Offensive allemande dans les Flandres, sur l Aisne et en Champagne juillet Contre-offensive Foch et deuxième bataille de la Marne. 15 septembre Début de l offensive de Franchet d Esperey dans les Balkans. 26 septembre Offensive générale des Alliés. 11 novembre Signature de l armistice de Rethondes juin Signature du traité de Versailles entre les Alliés et l Allemagne. 1 er mars Entrée en vigueur de la carte de pain mars 200 bombes ou torpilles sont larguées sur Belfort. Mai Arrivée des premiers Américains dans le Territoire de Belfort. Juillet-novembre Les troupes américaines avancent sur le front Est, de la Suisse à la Moselle. Automne Épidémie de grippe espagnole. Septembre Présence à Belfort de tirailleurs algériens août Grandes fêtes de la victoire et de la paix à Belfort juillet Remise de la Croix de guerre à la ville de Belfort. «Kolossale Bertha» char créé lors des fêtes de la victoire des août A.M.B. 8Fi7 La vie quotidienne à Belfort durant la Grande Guerre - 23

24 Bibliographie Histoire générale AUDOIN-ROUZEAU Stéphane, BECKER Jean-Jacques (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, , Bayard, BECKER Jean-Jacques, Dictionnaire de la Grande Guerre, André Versaille, WINTER Jay, Entre deuil et mémoire. La Grande Guerre dans l histoire culturelle de l Europe, Armand Colin, Histoire locale BISCHOFF Georges, PAGNOT Yves, Belfort , Sept siècles de courage et de liberté, Strasbourg, Éditions Coprur, BURTSCHY Bernard, La Grande Guerre sur le front du Jura aux Vosges, Belfort, 2008 Exposition conçue par les Archives municipales de Belfort Recherches, rédaction des textes : Sylvie Kalinski, Yves Pagnot, Céline Pasinelli Conception graphique : Atelier Gaia, Montbéliard Impression de l exposition : La Romaine, Rioz Impression du catalogue : Imprimerie Boom rang, Belfort. CHARPENTIER-PAGE Georges, : 52 mois de guerre à Belfort, Belfort, EHRET Thierry, «Belfort sous la menace de l artillerie allemande, », Bulletin de la Société belfortaine d émulation, n 92, , p HERBELIN Louis, «Éphémérides belfortaines de la Guerre de », Revue d Alsace, LARGER André, Autrefois l aviation à Belfort, CNDP et CDDP Belfort, TATU Laurent, TAMBORINI Jean-Christophe, La Grande Guerre dans le Territoire de Belfort, Strasbourg, Éditions Coprur, VACELET Marie-Antoinette, Le Territoire de Belfort dans la Grande Guerre, service éducatif des Archives départementales du Territoire de Belfort, Remerciements : Archives départementales du Territoire de Belfort, Alstom, prêteurs privés, Services Ville de Belfort/C.A.B. : Musée de Belfort, Direction des systèmes d information (SIG), Communication, Cérémonies et animations, Festivals. Sauf indications particulières, les documents d archives proviennent des Archives municipales de Belfort : sous-série 5H, Première Guerre mondiale. Couverture : Photographie «Le Poilu» : Robert Belot, en incrustation carte postale montrant les dégâts causés au bar Nicolas par un obus de 380 le 10 octobre A.M.B. 4 Fi 367 Livre d or des enfants de Belfort tombés au champ d honneur. A.M.B. Br76

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