Vol 6. No ISSN NOUVEAUX DIRIGEANTS NOUVELLES DIRECTIONS

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1 Vol 6. No ISSN NOUVEAUX DIRIGEANTS NOUVELLES DIRECTIONS

2 ÉQUIPE RÉDACTIONNELLE RÉDACTRICE EN CHEF IDAYAT HASSAN RÉDACTEUR JAMIE HITCHEN CHARGÉ DE PROJET JULIET UGWU CONTRIBUTEURS Ibrahim Al-bakri Nyei Est chercheur, analyste politique, bloggeur et chroniquer libérien. Ismaila Ceesay Est Maître de Conférences en sciences politiques à l'université de Gambie. Ses intérêts de recherches portent sur les jeunes et les moyens de subsistance, les TIC, la migration et les transitions politiques. Wunpini Fatimata Mohammed Est candidate au doctorat au collège de communications de Donald p. Bellisario Pennsylvania State University. Ses recherches portent sur les féminismes, les médias audiovisuels, et la communication pour le développement en Afrique. Cheta Nwanze Est le directeur de la recherche à SBM intelligence, un centre d information situé à Lagos qui se concentre sur la géopolitique et la socio économie. Hassan Kallon Est chargé de recherche à l Institut pour la Réforme de la Gouvernance en Sierra Leone. Andrew Lavali Est le directeur exécutif de l Institut pour la Réforme de la Gouvernance En Sierra Leone.

3 TABLE OF CONTENTS ÉDITORIAL 2 GEORGE WEAH: UNE NOU- VELLE DIRECTION POUR COMBATTRE LA PAUVRETE AU LIBERIA? 5 NANA AKUFO-ADDO: METTRE LES FEMMES MARGINALISEES SUR DES PROGRAMMES AU GHANA? 11 FORTUNES FLUCTUANTES: BUHARI ET L ÉCONOMIE DU NIGÉRIA 19 DEMANTELER L AUTOCRATIE: GAMBIE, DE LA TRANSITION A LA DEMOCRATIE 24 LA NOUVELLE DIREC- TION DE LA SIERRA LE- ONE? 32 3

4 ÉDITORIAL Nouveaux Dirigeants, Nouvelles Directions? Lors des récentes élections en Afrique de l Ouest, les mantras du changement de l opposition ont réussi à convaincre les électeurs d évincer les gouvernements en place. Les cinq pays ciblés dans cette édition de West Africa Insight - le Nigeria, le Ghana, la Gambie, la Sierra Leone et le Libéria - ont tous pu constater un candidat de l'opposition à la présidentielle remporter la victoire depuis Mais confrontés tous à des défis importants et à de grandes attentes, comment font-ils au Bureau? Au Nigeria, où le président Muhammadu Buhari se présentera bientôt pour être réélu, Cheta Nwanze fournit une évaluation des performances économiques de son gouvernement. Affirmant que Buhari a eu pas mal de chose à gérer lors de sa prise de fonction en 2015, son approche n'a pas beaucoup contribué à l'amélioration de la situation, au contraire son approche a en fait exacerbé certains des problèmes économiques. En Gambie, la destitution de Yahya Jammeh, après plus de deux décennies de dictature, était inattendu et a propulsé Adama Barrow, un homme peu connu, dans les plus hautes fonctions du pays. Barrow, qui dirigeait une coalition de groupes d'opposition, a pris des mesures pour réformer le système de gouvernement mais, comme le souligne Ismaila Ceesay, tout n'a pas été simple et direct, avec une politique interne, des accusations de corruption et des défis pressants, tels que le chômage des jeunes qui ralentissent les progrès. Au Ghana, Wunpini Mohammed examine la manière dont des femmes marginalisées sont incluses dans le Nouveau régime du «Parti patriotique". Elle fait valoir que la nomination symbolique de femmes aux fonctions ministérielles masque un manque d action de la part du gouvernement pour soutenir les femmes originaires des régions les plus pauvres du nord du pays. Dans le courant de l année écoulée, les présidents en exercice en Sierra Leone et au Libéria ont respecté les limites de leur mandat, et ont organisé des élections, mais ont vu leur parti les perdre. Au Libéria, George Weah, un footballeur devenu politicien. Ibrahim Al-Bakri Nyei examine les premiers indicateurs de son administration afin de voir si elle sera en mesure de tenir ses promesses électorales clés. En Sierra Leone, où le président Bio est au pouvoir depuis seulement six mois, Andrew Lavali et Hassan Kallon proposent quelques réflexions initiales sur les progrès accomplis dans la réalisation des principales promesses électorales - lutte contre la corruption et éducation gratuite - et se demandent si ce gouvernement peut faire davantage pour faire avancer la réconciliation politique nationale nécessaire. 4

5 GEORGE WEAH: UNE NOUVELLE DIRECTION POUR COMBATTRE LA PAUVRETE AU LIBERIA? Ibrahim Al-bakri Nyei 5

6 GEORGE WEAH: UNE NOUVELLE DIRECTION POUR COMBATTRE LA PAUVRETE AU LIBERIA? En janvier 2018, l ancien footballeur international, sacré par la FIFA, meilleur de l année, George Weah, a été investi président du Libéria. Pour la première fois, depuis 1944, le Libéria a inauguré la remise pacifique du pouvoir au président et cela, au stade national un lieu d importance symbolique pour Weah compte tenu de son passé sportif et un lieu qui a permis à des milliers de Libériens, de tous les secteurs de la vie, d assister au premier transfert du pouvoir par un dirigeant en exercice à un président élu. Le cheminement de Weah vers la magistrature suprême du pays a débuté avec sa première participation à la présidentielle en Bien qu il soit le premier parmi 21 autres candidats après le premier tour, il a finalement été battu par Ellen Johnson-Sirleaf au deuxième tour. Un scénario similaire s est déroulé en 2011 lorsque Weah, après s être associé à l ancien diplomate de l ONU, Winston Tubman, a de nouveau atteint le deuxième tour de scrutin. Mais cette fois-ci il a boycotté le second tour alléguant une fraude et Johnson-Sirleaf a été promue à un second mandat. Sans se laisser décourager par les échecs, Weah a brigué un siège au Sénat en Il a été élu à une majorité écrasante, sénateur du Comté de Montserrado. Il avait recueilli 78% des suffrages. Les années au Senat ont été cruciales et lui ont permis d'acquérir de l'expérience en matière d offres politique et présidentielle. Il a été largement critiqué pour son manque d'expérience dans les précédentes offres présidentielles. Au moment de son élection en 2017, Weah avait acquis une maitrise et une expérience politique appréciable tant au Liberia que dans la région de l Afrique de l Ouest. Il a représenté le Libéria au Parlement de la CEDEAO. En 2017, la Coalition pour le Changement Démocratique(CDC) de Weah, a formé une coalition avec deux autres partis et a cherché le soutien de plusieurs partis plus petits. Un allié politique notable, membre de la coalition, chef du Parti Patriotique National, et le colistier subséquent était Jewel Howard Taylor ; un parti créé par l ancien chef rebelle et Président, Charles Taylor, avec qui elle était mariée. Sa base d'appui solide dans le Comté de Bong, bien combiné avec la popularité de Weah dans le pays, les a placés en tête après le premier tour de scrutin. Dans un second tour, retardé par une contestation judiciaire infructueuse dans laquelle l opposant de Weah et le vice-président sortant, Joseph Boakai, ont contesté la validité du premier tour de scrutin, il a été élu avec 61,5% des voix. Tandis que la transition était harmonieuse, la situation qui prévalait dans le pays posait des problèmes à un nouveau gouvernement qui devait répondre à de grandes attentes. Le Libéria était au bord de la récession économique occasionnée par une monnaie défaillante, l inflation et un profond déficit budgétaire. A la fin de 2017, la Banque Mondiale a noté que la croissance du PIB était tombée à 2,1% et que l inflation avait augmenté de 12,5% ; à cause de la dépréciation 6

7 du dollar libérien, du fait de la baisse des exportations et du transfert de capitaux ailleurs. Le retrait en cours de la Mission des Nations Unies au Libéria «UNMIL» est également crucial. Depuis 2003, il a aidé le gouvernement à mener à bien un certain nombre de reformes en matière de sécurité tout en jouant un rôle important dans le maintien de la paix. De plus, on estime que la mission a injecté environ dollars par an dans l économie locale. Le départ de l UNMIL, couplé aux défis socio-économiques dominants, a rapidement amené le nouveau gouvernement à faire face au double défi d assurer la sécurité tout en redynamisant l économie qui périclite. UN PRESIDENT FAVORABLE AUX PAUVRES? Weah, qui a grandi dans la communauté de Gibraltar, une région extrêmement pauvre de Monrovia, a pu, au cours de la campagne électorale, mieux se connecter aux expériences quotidiennes de pauvreté et de difficultés auxquelles de nombreux Libériens sont confrontés. Cela était particulièrement vrai pour les jeunes du Libéria, qui représentent environ 64% de la population. Lors de son discours inaugural en janvier 2018, Weah a annoncé sa décision «de construire la plus grande machinerie de gouvernance en faveur des pauvres de l histoire de ce pays». Les premiers produits de cette machinerie favorable aux pauvres ont été des interventions consistant à exonérer les étudiants du premier cycle des frais d inscription, à engager de nouveaux enseignants dans les écoles publiques, à construire un hôpital militaire pour l armée, à acheter du matériel médical pour le principal hôpital public et à entretenir les routes rurales. Cependant, ces opposants politiques ont critiqué ces initiatives à court terme pour le manque de durabilité et l absence de lien avec un plan de développement plus large. En juillet 2018, le gouvernement a annoncé l adoption d un programme de développement quinquennal complet décrivant le plan du gouvernement pour le pays. Le programme «Un Programme Favorable aux Pauvres pour le Développement et la Prospérité» (PAPD) ne marque pas un changement idéologique fondamental par rapport aux politiques suivies par l administration d Ellen Johnson-Sirleaf. En fait, dans sa déclaration liminaire dans le document du PAPD, le président Weah le décrit comme «le deuxième de la série de plans menant aux objectifs de Vision 2030». La vision 2030 était une vision nationale promulguée par le gouvernement et le peuple libériens sous l administration du président Johnson-Sirleaf qui envisageait que le Liberia devienne une économie à revenu moyen en 7

8 2030. Le PAPD repose sur quatre éléments fondamentaux : le développement économique et la création d emplois, le maintien de la paix, l amélioration de la transparence de la gouvernance et une plus grande participation des citoyens à l élaboration des politiques. Il a des objectifs ambitieux. Il cherche à sortir «un million de Libériens de la pauvreté absolue au cours des six prochaines années par une croissance économique durable et inclusive entraînée par des investissements accrus dans l agriculture, les infrastructures et le développement des ressources humaines». Mais trouver le financement pour soutenir sa mise en œuvre ne sera pas facile. Le gouvernement estime que US$6 milliards seront nécessaires au cours des cinq prochaines années. 42% de ce capital sera mobilisé au niveau national et les 58% restants proviendront de partenaires de développement et de prêts. Un cocktail de mesures de collecte de fonds est actuellement mis en place pour lever le capital requis. Les plus radicales sont les mesures d austérité budgétaire adoptées pour réduire les dépenses récurrentes qui réduiront considérablement les avantages de la fonction publique. Les mesures d austérité devraient également toucher les fonctionnaires dont les salaires ont été réduits de 3,5% à 10% en fonction de leur tranche de revenu. Des réformes fiscales ont également été promises dans le but d améliorer le recouvrement des recettes intérieures. Malgré ces mesures de réduction des coûts et d augmentation des impôts, les dépenses récurrentes représentaient toujours 90% du budget du Libéria. Le gouvernement a tellement tenu à se présenter comme ouverte au commerce pour les investisseurs étrangers. Dans une mesure visant à attirer les investissements du secteur privé, le gouvernement a annoncé d importantes réductions des droits d importation compris entre 40% et 80% pour plus de 2000 produits. Des capitaux à court terme sont également recherchés. En mars 2018, deux accords de prêt ont été signés, l un avec la compagnie asiatique, Eton Finance Ltd, et l autre avec l entreprise de construction burkinabé EBOMAF, totalisant près d un milliard de dollars américains. Ces accords ont été critiqués par PAPD Pro-Poor Agenda for Development and Prosperity Le programme de développement quinquennal du président Weah repose sur quatre éléments fondamentaux: Ledéveloppement économique et la création d emplois Le maintien de la paix L amélioration de la transparence de la gouvernance Grande participation des citoyens à l élaboration des politiques 8

9 Le président Weah a promis un nouveau départ dans la lutte contre la corruption cependant, certains de ses propres responsables sont déjà confrontées à des allégations de corruption. un think tank (groupe de réflexion) libérien, le «Centre pour l Action Politique et la recherche», pour leur manque de viabilité économique et les normes d assurance qualité requises pour un investissement aussi important. Sans se laisser décourager, le gouvernement a annoncé en septembre, un échange de ressources avec la Société de Route et de Pont de Chine qui permettra à l entreprise d extraire des ressources libériennes jusqu'à concurrence de US$2,5 milliards ; argent à verser au gouvernement du Liberia sur une période de cinq ans. Les partenaires de développement traditionnels ont également réaffirmé leur attachement au régime de Weah ; l Union Européenne, ayant promis une aide budgétaire directe de 27 millions d euros pour le budget et la France fournissant 10 millions d euros pour le développement des infrastructures. LA VERITE ET LA JUSTICE Le président Weah a promis un nouveau départ dans la lutte contre la corruption ; un combat que l ex-président Ellen Johnson-Sirleaf a concédé qu elle perdait avant de quitter ses fonctions. A cette fin, il a commandé un certain nombre d investigations à mener par des comités spécialement constitués dans le cadre de contrats de concession antérieurs. Des rapports d audits et d enquêtes mettent en évidence des pratiques de corruption à la. Compagnie Pétrolier Nationale, dirigée auparavant par le fils de Sirleaf. Un rapport de Témoin Mondial concernant des allégations de corruption dans la signature d un accord pétrolier a donné lieu à de nouvelles enquêtes par un comité présidentiel spécial qui, dans son rapport final, recommandait que les responsables impliqués soient obligés de rembourser l argent qui leur avait été versé à titre de frais de signature. Bien que ces premiers efforts soient louables, les efforts de Weah pour lutter contre la corruption seront mesurés sur la manière dont ces valeurs sont appliquées à ses propres responsables certains d entre eux sont déjà confrontés aux allégations des médias portant sur l accumulation de richesse illégale et l évitement de la déclaration de patrimoine conformément à la loi et à son engagement à renforcer les organes d intégrité publique et de lutte contre la corruption. Dans un désir primordial de lutter contre la corruption, l administration de Weah procède à une enquête ouverte en septembre 2018 afin de déterminer où se trouve l expédition (conteneurs expédiés) de billets de banque imprimés d une valeur de $104 millions qui ont été commandés par la Banque centrale, mais qui ont disparu depuis les ports du Libéria. Les premiers efforts visant à reprocher à l administration sortante semblent avoir été contredits par des registres portuaires qui suggèrent que les conteneurs ont été dédouanés après la prise de fonction de Weah en février et 9

10 mars Une enquête a été ouverte mais les appels à la création d un organisme indépendant ont été entravés par les réductions considérables de la Commission de Gouvernance, de l Initiative pour la transparence des Industries Extractives au Libéria et de la cellule de renseignement financier dans le budget de 2018/19 et la mise à l'écart de la commission anticorruption (LACC). Ce ne sont pas des actions d un président soucieux d éradiquer la corruption. En fait, plus de soutien, financier et législatif, devrait être apporté à la Commission de Contrôle Général de Comptes et au LACC si Weah veut tenir sa promesse de freiner la corruption au Libéria. Cependant, l équilibre entre la recherche d une responsabilité impartiale et le deuxième objectif du PAPD, qui consiste à construire «une nation inclusive, stable, résiliente, englobant notre triple héritage et ancré dans notre identité africaine» ne sera pas aisé. Dans son rapport de 2009, la Commission Vérité et Réconciliation «TRC» du pays a documenté une série de violations et recommandé des poursuites de hauts responsables politiques. Moins d un an après son entrée en fonction, Weah est déjà accablé par les fantômes de cette injustice, que le précédent gouvernement voyait apparemment, mais a délibérément éludée. Les victimes de la guerre et les groupes de défense des droits, tels que Civitas Maxima baséà Genève, et ses homologues locaux, le Projet de Recherche sur la Justice Mondiale et la Coalition pour la Justice au Libéria, ont intensifié le débat en vue de la création d un tribunal pour les crimes économiques et de guerre. Le parti de Weah, CDC, s était précédemment engagé à créer un tribunal des crimes de guerre, conformément aux recommandations de la TRC, mais un récent commentaire du ministre adjoint de l information, Eugene Fahngon, suggère que la question est loin d être réglée. «Nous n ignorons pas les appels à la création d un tribunal pour crimes de guerre ; nous voulons simplement nous concentrer sur les questions le plus importantes au peuple libérien en ce moment». Fahngon a ensuite déclaré que la TRC n était «pas au premier rang des préoccupations des populations». Confrontés à des défis socio-économiques croissants et à des demandes de justice accrues, la période de lune de miel de l administration de Weah est en train de s achever rapidement à mesure que s approche son premier anniversaire au pouvoir en tant que président. Les manifestations par des citoyens en colère contre la perte de dollars pourraient être un signe de l avenir, alors que les Libériens commencent à mettre en doute la crédibilité de leurs politiques visant à lutter contre le chômage, à faciliter la croissance économique et à lutter contre la corruption. La survie politique de Weah et, dans une certaine mesure, la stabilité et les progrès de l Etat libérien seront déterminés par la direction qu il adopte pour lutter contre le chômage, mettre fin à l immunité et améliorer la responsabilisation. Le verdict final sur la direction qu il choisit reste dans les mains des mêmes pauvres du pays à qui il a promis de transformer l existence et qui l ont élu, mais qui refuseront de le réélire, si la promesse n est pas tenue. POUR EN SAVIOUR PLUS Weah, George Inaugural Presidential Address, Government of Liberia Sieh, Rodney & Clarke, Prue Shipping containers carrying $104 million in bank notes have gone missing in Liberia, Quartz Africa Harmon, William Orator Tweah Champions CDC s Pro-Poor Agenda, Liberian Observer Front Page Africa Liberia Protest for War Crimes Court ahead of Weah UN Visit 10

11 NANA AKUFO - ADDO: METTRE LES FEMMES MARGINALISEES SUR DES PROGRAMMES AU GHANA? Wunpini Fatimata Mohammed 11

12 NANA AKUFO-ADDO: METTRE LES FEMMES MARGINALISEES SUR DES PRO- GRAMMES AU GHANA? Le Recensement de la Population et de l habitation de 2010 au Ghana, qui était compilé et compilé par l institut de la Statistique du Ghana, révèle une division importante qui continue d influer sur l orientation du développement du pays. Les données montrent qu il existe un grand écart entre le nord et le sud du Ghana en ce qui concerne l éducation, l économie et le développement. Alors que le taux d alphabétisation national est de 74%, le taux d alphabétisation de la région du nord est de 37%. Les femmes représentent le groupe le plus marginalisé, constituant 57% de la population régionale analphabète. En termes d accès à l éducation, la moyenne nationale des personnes qui n ont jamais été scolarisées est de 28%, tandis que 67% de la population de la région du nord n a jamais été à l école. Ici, les femmes, sont encore au fond. 57% n ont jamais fréquenté l école. Selon un rapport de 2016 de l UNICEF, la région nord abrite le plus grand nombre de pauvres au Ghana. Ce fossé entre le nord et le sud existe depuis l indépendance, mais les ghanéennes n ont pas fait grand-chose pour réduire la pauvreté, le faible niveau d alphabétisation et d éducation et la malnutrition de manière plus équitable. Ces défis sont le résultat de l inaction. L écart entre la pensée novatrice et les approches gouvernementales ont renfoncé les inégalités dans le pays. Il y a aussi un manque de ressources disponibles. Par exemple l enseignement secondaire au nord du Ghana qui était subventionné jusqu à la création récente du lycée gratuit par le gouvernement actuel, était nettement sous- financé affectant la fréquentation scolaire et les performances des élèves. Le retard dans les allocations alimentaires pour les étudiants dans les lycées publics du nord du Ghana et le manque 12

13 de ressources pédagogiques, de ressources humaines et d installations font que ceux-ci sont toujours en retard dans l examen normalisé de Certificat d Etudes Secondaires Ouest-africain. Dans les communautés marginalisées sur le plan éducatif et économique, les femmes sont généralement les plus durement touchées. De nombreuses femmes du nord du Ghana, qui sont l'épine dorsale de l économie du travail non- rémunérée, sont perpétuellement piégées dans un cycle de pauvreté en raison de leur accès limité aux ressources transformatrices. Les institutions culturelles patriarcales ont travaillé en tandem avec l incompétence des gouvernements et des institutions nationales pour marginaliser les femmes de la région. En dépit de l importance de leurs rôles économiques, le gouvernement et les organisations non-gouvernementales n ont pas fait grand-chose pour protéger et améliorer la vie de cette classe de citoyens. Des jeunes femmes au Ghana s engagent dans Kayayo (femmes portefaix dans les grands marchés) pour leur subsistance et leur survie. PROGRES PROMETTEURS Nana Akufo-Addo est élu président du Ghana en décembre, Dans une élection très serrée, il a battu le président sortant John Mahama du National Democratic Congress (NDC) en remportant près de 54% des suffrages. Au cours de la campagne, le New Patriotic Party (NPP) dont il était le porte-flambeau s est engagé à améliorer les chances des femmes. Bien que la région du nord ne soit pas le bastion du NPP, le parti a des liens historiques avec la région à travers sa tradition de Danquah-Busia-dombo. Le manifeste de NPP promettait de restructurer le Programme de Revenu de Subsistance contre la Pauvreté (LEAP) afin d assurer l intégration des personnes économiquement marginalisées dans l économie en leur offrant des opportunités de formation dans les activités génératrices de revenus. Le manifeste a indiqué que les ménages dirigés par des femmes devaient être identifiés et ciblés en tant que principaux bénéficiaires du LEAP. Une autre promesse pertinente de la campagne de NPP était un engagement à résoudre la migration rurale-urbaine des jeunes femmes du nord vers sud qui s engagent dans Kayayo (femmes portefaix dans les grands marchés). Selon le manifeste, le gouvernement dirigé par NPP s attaquerait à ce phénomène en améliorant l économie dans les quartiers domestiques des jeunes femmes en association avec des acteurs clés tels que les ONG et le secteur privé. Donner des «compétences de vie alternatives, formation et capital» pour améliorer la vie de ces jeunes femmes. Akufo-Addo a été félicité dans la communauté internationale pour ses efforts en faveur de l autonomisation des femmes. Il a été nommé par le président de l Union Africaine en tant que «Champion de l Union Africaine pour l Egalite des Sexes» en 2017 pour son travail de promotion de la participation des femmes au leadership et à la prise de décision. La promesse du manifeste de NPP de donner 30% des nominations publiques aux femmes était presque réalisée au cours de la première année de la présidence, étant légèrement inférieur avec 27% des femmes nommées par le ministre. Bien que cette reconnaissance soit positive, il reste encore beaucoup à faire pour 13

14 remédier à la manière dont les institutions patriarcales, soutenues par la culture et les systèmes nationaux, maintiennent le statu quo de la marginalisation des femmes au Ghana. UN MANQUE DE LEADERSHIP Le Ministère du Genre, de l Enfance et de la Protection Sociale, anciennement Ministère de la Femme et de l Enfance a été créé en Bien que le ministère ait été créé pour s attaquer aux problèmes des groupes marginaux du pays, les projets mis en œuvre par ce ministère étaient principalement centré sur des femmes en faisant peu d attention aux autres groupes marginalisés en raison de leur sexualité, leur handicap et leur ethnicité. Cependant, le gouvernement de NPP dirigé par Akufo-Addo, a envoyé un signal montrant qu il ne prend pas ces groupes au sérieux quand la coordinatrice des femmes pour la campagne électorale, Otiko Afisa Djaba, fut nommée à la tête du ministère, malgré des antécédents non-prouvés. La représentation politique des femmes, en elle-même, n est pas toujours une raison de célébrer ni un marqueur de progrès. Dans les discours féministes, il y a des discussions sur la manière dont les femmes ont été positionnées comme des figures de proue des systèmes politiques africains pour présenter l illusion du progrès et l autonomisation des genres. Les féministes ghanéennes comme Akosua Adomako Ampofo, Adwoa Osei-Tutu, Hilmat Baba Dua, Nana Ama Agyemang Asante et Sylvia Bawa ont déploré le manque de compétence et de connaissances sur la complexité et la dynamique de l oppression dans le pays, par Afisa Djaba, Ministre de juillet 2017 à août Elles croient que ce manque de compétence a été préjudiciable au bien-être des groupes marginalisés au Ghana. Après le départ de Djaba, elle a été à nouveau nommée en tant qu ambassadrice du Ghana en Italie, mais elle a décliné l offre et a annoncé sa retraite de la politique active, mais cela n a pas amélioré la situation. Cynthia Morrison qui a été nommée pour remplacer Djaba, a récemment déclaré «j aime rassembler les garçons ; même alors les hommes, nous allons travailler ensemble et assurer que vous obteniez votre dû, et non à vous séparer même si vous êtes plus fort que nous, on fera que cela fonctionne». Morrison a publiquement dénoncé le féminisme tout en s engageant à centrer les hommes sur son travail, une approche qui semble en contradiction avec les objectifs et le mandat du ministère. Un ministère Otiko Afisa Djaba Djaba, a décliné l offre en tant qu ambassadrice du Ghana en Italie et a annoncé sa retraite de la politique active. Cynthia Morrison a remplacé Djaba comme Ministère du Genre, de l Enfance et de la Protection Sociale. 14

15 qui s est efforcé de concrétiser les promesses du manifeste du NPP en faveur des femmes sans condition après près de deux ans au pouvoir. UN BOND EN AVANT? Le programme du LEAP, abordé dans le manifeste de la campagne du gouvernement actuel comme ayant besoin d amélioration, vise à réduire la pauvreté et à améliorer la vie des femmes, des personnes âgées et des personnes handicapées. Il fournit de l argent aux groupes défavorisés identifiés pour maintenir leurs ménages respectifs. En avril 2018, le programme couvrait tous les districts du pays avec ménages bénéficiaires, environ personnes. Avec un ménage d une personne, un ménage de deux personnes, un ménage de trois personnes et un ménage de quatre ou plus recevant Ghc64 (13 dollars US), Ghc76 (16 dollars US), Ghc88 (18 dollars US), et Ghc106 (22 dollars US) dans les transferts en espèces respectivement tous les deux mois. Bien que ces transferts en espèces puissent être utiles au soutien des ménages, en particulier dans les communautés marginalisées, il est important de trouver des solutions plus durables aux problèmes auxquels les personnes vivant dans la pauvreté sont confrontées en facilitant leur accès à des soins de qualité, à une éducation et en fournissant un accès durable et abordable à des aménités sociales. Pour améliorer le programme du LEAP, le gouvernement dirigé par Akufo-Addo a promis de restructurer le programme pour identifier les ménages dirigés par les femmes, permettant à plus de femmes marginalisées d en bénéficier. Pour améliorer le programme du LEAP, le gouvernement dirigé par Akufo-Addo a promis de restructurer le programme pour identifier les ménages dirigés par les femmes, permettant à plus de femmes marginalisées d en bénéficier. Le lancement du Rapport d Evaluation des Statistiques du Genre au Ghana en juin 2018 contient des données qui, si utilisées efficacement, amélioreront le ciblage des ménages dirigés par des femmes, mais, il n est pas encore clair si le ministère le fera. En avril 2018, il a organisé des ateliers de sensibilisation dans les régions du Nord, du Nord-Est, et du Nord-Ouest les régions à forte pauvreté et inégalités- pour éduquer les directeurs généraux Métropolitains, Municipaux et de Districts et leurs directeurs de coordination sur leurs rôles clés qu ils peuvent jouer pour assurer la croissance et la durabilité du LEAP. Cependant, des progrès limités ont été accomplis en ce tqui concerne l élargissement du nombre de bénéficiaires et l amélioration de la ponctualité des paiements. A la suite des inondations de 2017, le ministère LEAP couvrait tous les districts du Ghana avec ménages bénéficiaires, environ personnes recevant Ghc64 (13 dollars US), Ghc76 (16 dollars US), Ghc88 (18 dollars US), et Ghc106 (22 dollars US) dans les transferts en espèces en fonction du nombre de personnes dans le ménage 15

16 du genre a commencé à verser le paiement d urgence du LEAP à 1142 personnes touchées dans la métropole de Tamal, et les municipalités de Sagnairigu et Nanumba ; qui sont toutes dans la région nord. Il a été estimé que 2188 bénéficiaires profiteraient de ces paiements d urgence du LEAP dans l ensemble du pays, mais comment les victimes des inondations ont été sélectionnées ou combien on leur a payé tout cela reste flou. La mesure dans laquelle le gouvernement à l intention d élargir la portée du programme et les critères qu il utilisera pour déterminer l admissibilité n ont pas été décrits. Dangana, une vieille malvoyante de 87 ans dans le district de Zabzugu de la région nord est l une des nombreuses personnes qui n ont pas encore bénéficié du programme. Je n ai jamais bénéficié du paiement en espèces du LEAP. Il y a quelques mois, ils ont dit qu ils vont venir nous inscrire au programme, mais ils ne se sont jamais montrés. Récemment, on nous a demandé de prendre des photos de passeport pour la procédure d'enregistrement et nous sommes allés faire l enregistrement. Ils nous ont dit de leur dire ce que nous allons faire avec l argent. Je leur ai dit d écrire le bétail pour que je puisse l utiliser pour l acheter et l élever. Nous nous sommes inscrits cette année, mais tout ce qu ils font, c est d écrire nos noms et de prendre des photos. Ils ne nous ont pas dit combien ils vont nous donner. D autres ont été payés. Ceux qui se sont inscrits plus tôt ont commencé à recevoir des paiements. Depuis que ce gouvernement est arrivé au pouvoir, ma vie n a pas changé, je ne vends rien, je n ai pas de moyen de subsistance. Mais nous attendons de voir si nous obtiendrons quelque chose étant donné qu ils ont pris nos noms. Bien que de nombreuses femmes aient bénéficié du programme (LEAP), beaucoup d autres, comme Dangana, qui remplissent les conditions requises pour bénéficier du paiement en espèces se sont perdus dans les failles. Outre des ressources financières limitées et des mécanismes de ciblage médiocre, les retards dans les paiements du LEAP, sont dus à la bureaucratie et à l inefficacité des processus administratifs. Une étude universitaire a également soulevé la question de savoir si le montant décaissé est suffisant pour avoir un impact transformateur. Phillip Alston, Rapporteur Spéciale des Nations Unies sur l Extrême Pauvreté et les Droits de l Homme, a partagé une préoccupation lors d une récente visite dans le pays. Non seulement était-il préoccupé par le fait que le paiement en espèces était insuffisant pour durer le cycle de huit semaines, mais également que de nombreuses personnes qualifiées continuaient de manquer le programme. PORTANT LE POIDS DE L ATTENTE Un autre élément fondamental du manifeste du NPP qui ciblait les femmes était sa promesse de lutter contre l exode rurale des jeunes femmes qui s engagent à kayayo. Les femmes qui sont engagées dans le kayayo peuvent gagner le double du salaire minimum national quotidien de 8,80 GHc (2$). Cependant, le taux élevé de sans-abris parmi ces femmes marginalisées- beaucoup dorment dans les marchés et dans la rue, ce qui les expose à un risque élevé de violences physique et sexuelle. L ancien ministre, Otiko Afisa Djaba a lancé des programmes à Accra et à Kumasi pour répondre aux besoins des jeunes femmes migrantes en fournissant une assurance de soins de santé gratuits à environ 2000 jeunes femmes qui sont engagées en Kayayo dans la région d Ashanti, mais un rééquilibrage plus fondamental des opportunités économiques en- Les femmes qui sont engagées dans le kayayo peuvent gagner le double du salaire minimum national quotidien de 8,80 GHc (2$). tre les régions est nécessaire pour éradiquer le phénomène de kayayo. Pour tenter de comprendre les problèmes qui affectent de nombreuses jeunes femmes engagées dans le kayayo, Djaba a rencontré les dirigeants 16

17 de ces groupes dans le cadre du processus visant à trouver des moyens durables de lutter contre le phénomène. Elle croyait que des programmes gouvernementaux tels que la culture vivrière et la création d emplois et le programme 1 village 1 barrage ; 1 district 1 usine seront utiles pour l'arrêt de l exode rural des jeunes femmes. Les projets phares de NPP de 1 village 1 barrage ; 1 district 1 usine, se concentrent sur la construction de barrages et d usines dans les 212 districts du Ghana pour faciliter la production locale, relancer l'économie et créer des emplois ruraux. Cependant, de nombreux villages et districts de la région nord n ont pas encore vu les barrages ou les usines promis. Alors que le Ministère du Genre, de l Enfance et de la Protection Sociale a pris des mesures pour mobiliser les communautés de kayayo à Accra et à Kumasi, a très peu fait jusqu'à présent pour s engager avec les leaders d opinion, les leaders traditionnels, et les femmes des régions du Nord, du du Nord-Est et de l Ouest dans un effort de trouver des solutions durables. CHANGER LE SYSTEME Le gouvernement peut travailler plus efficacement à la réduction des inégalités et de la marginalisation en prenant plus au sérieux le Ministère du Genre, de l Enfance et de la Protection Sociale. Les personnes nommées au ministère, devraient avoir les connaissances, les compétences et l expérience requises. Une collaboration étroite avec des institutions telles que le Centre d Etudes de Genre et de Plaidoyer de l université du Ghana peut mieux doter le ministère des connaissances nécessaires pour envisager le changement. C est essentiel d assurer que les fonds collectés pour lutter contre la pauvreté sont consacrés à des projets et à des initiatives collaborant étroitement avec les communautés locales afin de trouver des solutions locales aux problèmes auxquels elles sont confrontées. Une étroite relation de travail et de collaboration avec les communautés marginalisées signifie qu ils ne sont pas seulement des acteurs agents dans l amélioration de leur propre vie, mais qu ils sont extrêmement investis dans le succès des solutions mises en œuvre pour améliorer leur vie. Le dialogue avec les groupes de femme, les leaders d opinion communautaires et les autorités traditionnelles peut combler ce fossé grandissant entre le nord et le sud. Le Programme de Pratique de terrain du Troisième Trimestre, qui envoie des étudiants de l Université d Etudes en Développement aux communautés marginalisées dans les trois régions du nord pour qu ils travaillent aux côtés de celles-ci afin d identifier les problèmes et contribuer à y trouver des solutions, peut être inestimable pour les politiques gouvernementales visant à lutter contre les inégalités persistantes. En termes de développement des politiques, une allocation spéciale de fonds du budget national pour lutter contre les inégalités dans le Nord du Ghana constituerait un engagement clair en faveur du rétablissement de l équilibre. En outre, le gouvernement devrait mettre l accent sur l égalité lorsqu il s attaque aux problèmes de pauvreté dans l ensemble du pays et sur le suivi des engagements qu il a pris. Bien que ces recommandations puissent réduire considérablement le fossé entre le nord et le sud, mais il est peu probable que le gouvernement comme les administrations précédentes, répondra au problème systématique, préférant de se concentrer principalement sur le parti, plutôt que des intérêts nationaux. Une approche systématique du changement social plutôt qu une approche individualisée et interpersonnelle visant à lutter contre l oppression et la marginalisation est nécessaire au Ghana pour faciliter l amélioration à long terme de la vie des femmes. Alors que des programmes tels que LEAP peuvent réduire la pauvreté au niveau individuel, il faut examiner la marginalisation sous un angle global et une approche systématique est nécessaire si l on veut s attaquer pleinement aux problèmes d inégalité. Au Ghana, un bon point de départ serait de jeter un regard critique sur la manière dont des institutions telles que les tribunaux, le système éducatif et l économie fonctionnent parallèlement aux systèmes patriarcaux oppressifs pour faire que les femmes restent marginalisées. L autonomisation économique des femmes est importante, mais cela doit se faire 17

18 parallèlement à un changement de rôle des acteurs marginalisés en particulier des femmes, dans le rôle de l Etat, si on veut que l autonomisation des individus ait un impact générationnel transformateur. POUR EN SAVIOUR PLUS Alston, P Statement on Visit to Ghana, by Professor Philip Alston, United Nations Special Rapporteur on extreme poverty and human rights. United Nations Human Rights Office of the High Commissioner. Maxwell, S Northern Ghana poor despite NGOs presence. Deutsche Welle Peprah, P., Kyiyaga, E. M., Afful, H., Abalo, E. M. & Agyemang-Duah, W Does the Ghanaian livelihood empowerment against poverty programme lead to an increase in household productive livelihood assets? Analysing the Ashanti scenario. Cogent Social Sciences. Vol 3 18

19 FORTUNES FLUCTUANTES : BUHARI ET L ÉCONOMIE DU NIGÉRIA Cheta Nwanze 19

20 FORTUNES FLUCTUANTES: BUHARI ET L ÉCONOMIE DU NIGÉRIA Le président Muhammadu Buhari a été investi président du Nigeria le 29 mai Il est la première personne de l histoire du Nigéria à accéder au pouvoir par les urnes électorales. A son entrée en fonction, Buhari a identifié trois domaines sur lesquels son administration se concentrerait : la lutte contre la corruption, l insécurité, et l économie. Avec les prochaines élections présidentielles prévues pour février 2019, le bilan de Buhari est de plus en plus scrupuleux, mais comment a-t-il réussi à régler le domaine qui a, sans doute, le plus grand impact sur la réalité quotidienne des Nigérians ordinaires, l économie? Le gouvernement issu du parti «All Progressive Congress (APC)» a hérité de préjudices et de circonstances négatives. Le régime sortant qui est du «People s Democratic Party» a laissé la production de pétrole brut a un point bas avec des attaques militaires à la hausse. Mais l annonce par le président Buhari de l annulation du Programme de l Amnistie Présidentielle n a fait qu aggraver les choses. Avec le Compte d Excédent de Brut pratiquement vide à 2 milliards de dollars (US$2milliards), le gouvernement d APC disposait d une très faible marge de manœuvre. La croissance du PIB, qui avait culminée à plus de 8% en 2011, avait ralenti pour s établir à 5,4% au début de L économie s est encore affaiblie et est entrée en récession en août 2016, pour la première fois depuis plus de deux décennies, et ne s en est sortie qu en septembre La croissance du PIB reste faible, atteignant en moyenne 1,73% au premier semestre 2018, selon le Bureau National des Statistiques. PROGRÈS PARTIEL Le gouvernement mérite des félicitations pour son sauvetage rapide des Etats du pays à compter de juillet Plus de 1,75 trillions de nairas ($4,8 milliards) ont été fournis sous l administration actuelle. Si cela n avait pas été fait, la plupart des Etats du pays auraient failli s effondrer. Malheureusement, l utilisation des fonds de sauvetage n a pas été correctement surveillée et de nombreux Etats ont retrouvé leur statut d origine des débuts de l administration de Buhari ; en faillite et incapables de satisfaire leurs besoins de base. Des initiatives telles que les 100 milliards de nairas (US$279 milliards) du produit d obligation Sukuk émis au troisième trimestre de 2017, qui ont été consacrées au relèvement et à la reconstruction de 25 projets routiers et ferroviaires clés, ont permis de réduire le déficit en infrastructures. Un montant de 1,2 trillion de nairas a été débloqué en 2017 au titre des dépenses d investissement inscrites au budget de 2016, avec un montant supplémentaire de 1,5 trillion de nairas dépensé cette année, faisant un total de 2,7 trillions de nairas (US$9 milliards) en deux ans. Cet investissement a permis la reprise des travaux sur plusieurs projets routiers au point mort tels que le contournement d Okene et celui à l est de Kaduna. 20

21 L administration de Buhari a également pris la décision audacieuse d augmenter les prix de l essence de 66,7% en mai 2016, passant de 87 nairas à 145 nairas. Cela a baissé les factures de subvention de l essence, qui drainaient plus d un (1) trillion de nairas (US$2.79 milliards) par an des fonds publics. Malheureusement, cette bonne étape a été annulée. Etant donné que le Nigéria importe toujours la majeure partie de son essence raffinée et que les coûts de débarquement de l essence sont libellés en dollars américains, les coûts changent en fonction de l évolution des prix mondiaux du pétrole. Avec la montée des cours mondiaux du pétrole l administration a cherché à maintenir le coût du pétrole à 145 nairas par litre. Craignant une réaction brutale du citoyen, si ce que beaucoup de Nigérians considèrent comme l un de leurs seuls avantages venant du gouvernement est enlevé, ils compensent maintenant la différence estimée à 25% par litre selon un rapport de SBM publié en février, pour un retour effectif à la subvention. Malheureusement, la modulation de prix introduite par le Ministre d Etat chargé des Ressources Pétrolières, Ibe Kachikwu, n a jamais eu lieu. Lorsque des augmentations progressives des prix de l essence auraient aidé les Nigérians à se sevrer de l essence moins cher et intolérable, la prochaine administration n aura d autre choix que de relever es prix ou de payer une grosse fracture pour la subvention CONTRÔLER LE CHANGE DE DEVISES Bien que le gouvernement ait hérité d une série de défis, il a commis des erreurs qui ont accentué les problèmes. Par exemple, plutôt que de faire le bon choix économique et de laisser flotter le Naira, ou au moins de le dévaloriser à un taux plus réaliste par rapport au dollar américain, la Banque Centrale du Nigéria s est inspirée de l hostilité connue du président a l égard de l idée et a choisi de mettre en œuvre la demande des mesures de contrôle. Ces mesures ont eu l effet inattendu de maintenir les investisseurs étrangers à l écart, beaucoup craignant pour leur capacité à rapatrier leurs revenus. Les compagnies aériennes étrangères Iberia, Emirats et Lufthansa - qui ont plus de US$600 millions de devises étrangères piégées au Nigéria pendant des mois, ont joué le rôle de précurseur et ont permis à de nombreux investisseurs de rester à l écart. Une deuxième conséquence inattendue des mesures de contrôle de capitaux prises par la CBN a été la création de multiples taux de change artificiels. Cela créait des possibilités d arbitrage et avait pour effet d asphyxier les entreprises productives. Une histoire qui a fait le tour des 21

22 Un rapport du Premium Times d avril 2018 a qualifié le Programme des Emprunteurs d Ancrage, mis en place pour fournir aux agriculteurs des prêts à faible taux d intérêt, comme «une farce». membres des milieux d'affaires concernant un importateur de produits électroniques qui a eu l occasion d obtenir des dollars américains à 191 naira par l intermédiaire d un ami politiquement connecté l illustre bien. Plutôt que d utiliser la devise étrangère pour continuer ses activités d importation, il a simplement échangé son naira pour des dollars à ce taux, puis il a vendu les dollars reçus sur le marché noir à 400 nairas pour un dollar. Il a fait cette tournée plusieurs fois, réalisant des profits raisonnables pendant que son affaire principale en souffrait. Bien que certaines catégories d industrie, telles que les producteurs d huile de palme, aient bénéficié des mesures de contrôle des capitaux à la fin de 2015 et au début de 2016, elles étaient dans l ensemble contre-productives. Tardivement, la raison a prévalu et les investisseurs étrangers sont revenus, avec l introduction d un «flottement contrôlé» du naira qui a ramené le nombre de taux parallèles à trois. La manière dont la CBN et le Bureau du Procureur Général de la Fédération ont suivi MTN Nigéria et les banques impliquées dans le rapatriement des fonds d'un montant de 8,1 milliards de dollars US et les arriérés des 2 milliard de dollars US a donné matière à penser aux investisseurs. Bien que la CBN ait depuis fait marche arrière en annonçant que les pourparlers se poursuivent, le mal est déjà fait. MTN a suspendu son projet d inscription à la Bourse nigériane sur ce qui aurait été l une des plus grandes inscriptions de la période récente. GRAISSER LES ROUES La chute dans la production de pétrole brut du Nigeria, et la chute des prix mondiaux du pétrole brut au même moment ont été un facteur clé qui a poussé le pays vers la récession. Le rebond des deux indices a soutenu la reprise économique. Les prix du pétrole brut et les volumes de production pourraient atteindre 50 milliards de dollars US avant la fin de Cependant, l incapacité du gouvernement à faire adopter le projet de loi sur la Gouvernance de l Industrie Pétrolière fera plus de mal à des investissements indispensables dans le secteur. Le président Buhari a opposé son refus sur la disposition du projet de loi autorisant la Commission de Réglementation du Pétrole à conserver jusqu à10% des recettes générées, estimant que cela pourrait affecter le Comité des Comptes des Allocations Fédérales. Le président a également affirmé qu il existait des problèmes de rédaction législative qui, s il approuve le projet de loi sous la forme présentée, créerait une ambiguïté et un conflit dans son interprétation. Toutefois, la présidence n a déployé aucun effort pour avoir des discours avec l Assemble Nationale et, comme les 22

23 prochaines élections générales se profilent à l horizon, les politiques politiciennes en cours ce qui signifie qu il est peu probable que le projet de loi soit adopté sous l'administration actuelle. Une occasion manquée. La diversification de l économie loin du pétrole a été l une des activités principales de l administration de Buhari. L agriculture est considérée comme un secteur clé, mais peu de choses ont été faites en dépit de nombreuses fanfaronnade. Un rapport du Premium Times d avril 2018 intitulé «Anchor Borrowers Programme» (Programme des Emprunteurs d Ancrage), mis en place pour fournir aux agriculteurs des prêts à faible taux d intérêt, est n a été qu une «une farce». Le grand défi pour l agriculture est lié au niveau élevé d insécurité dans l ensemble du pays et à l insuffisance des infrastructures. Le Nigéria souffre toujours des pertes après récolte ; le manque d électricité signifie que le stockage à grande échelle reste un rêve lointain. La crise énergétique du Nigeria est sans doute encore plus pertinente que le pétrole. Les tarifs de l électricité doivent augmenter pour empêcher tout le processus de privatisation de s effondrer. De nombreuses réunions avec des sociétés de distribution sur les tarifs, n ont abouti ni à des accords ni à des clarifications. Certaines sociétés de distribution d'électricité ont expressément demandé au gouvernement de les reprendre. Le système d assurance des paiements de 701 milliards de nairas (1,95 milliard de dollars US) destinés aux fournisseurs de gaz devrait prendre fin en décembre 2018 et on n'a rien prévu pour le remplacer. Les facteurs sur lesquels repose l ordonnance sur les Tarifs Pluriannuels, tels que l inflation et le taux de change du naira-dollar, ont radicalement changé. DANS L ATTENTE consacré au service de la dette. Les paiements d intérêts ont représenté 61% des revenus du gouvernement en 2016 et 71,9% en 2017, selon le Fonds Monétaire International. Les recettes fiscales dans le pays n ont pas beaucoup évolué. Malgré l'engouement initial autour du Plan de Déclaration Volontaire de patrimoine et de revenu introduit par l ancien ministre des finances, Kemi Adeosun, seuls 214 Nigérians paient plus de 20 milions de nairas ( dollars US) d impôts. Les dépenses récurrentes restent l'éléphant dans la pièce. En 2017, les dépenses récurrentes s élevaient à 68,27%, tandis que celles de 2018 étaient à 68,50%. En termes simples, 68 kobos de chaque naira gagné sont consacrés à la fonctionne continue du gouvernement. Bien que le PIB soit revenu en territoire positif en 2017, il reste fragile et il est peu probable que le pays atteigne les 2,7% atteints en 2015 dans un avenir proche. Un rapport récent de la Banque Mondiale a abaissé les projections de croissance à 1,9% pour 2018 en raison du ralentissement de la production de pétrole et de la faiblesse de la production agricole. Ce dernier en raison du conflit en cours entre les éleveurs et les agriculteurs au centre du pays. Avec la croissance continue de la population du pays, c est une préoccupation. Ce qui est encore plus inquiétant, c est que la croissance reste médiocre, malgré des échanges de pétrole brut supérieurs à 80 dollars US et des volumes de production relativement stables. A l approche des élections, on accordera moins d attention à la gouvernance et davantage à la politique. On peut donc s attendre une croissance encore plus faible. Un examen des indicateurs économiques clés met en évidence les défis actuels. Les ratios du service de la dette restent assez élevés. Environ un tiers des revenus du gouvernement est POUR EN SAVOIR PLUS Fawehinmi, Faye MTN and the multibillion-dollar perils of Nigeria s regulatory minefield, Quartz Africa Nwanze, Cheta Buharinomics ushers a bleak Nigeria outlook, Financial Nigeria Obikili, Nonso The gravity of the Nigerian situation, The Guardian 23

24 DEMANTELER L AUTOCRATIE : GAMBIE, DE LA TRANSITION A LA DEMOCRATIE Ismaila Ceesay 24

25 DEMANTELER L AUTOCRATIE: GAMBIE, DE LA TRANSITION A LA DEMOCRATIE Le 1er décembre 2016, la Gambie a connu un tremblement de terre politique, lorsque la Commission électorale indépendante (IEC) a annoncé la victoire d'un homme d'affaires modeste, Adama Barrow, sur l'homme fort sortant Yahya Jammeh. Jammeh, qui était un dictateur brutal et excentrique, avait promis de diriger la petite nation ouest-africaine pendant un milliard d'années. Cependant, la victoire électorale a brutalement mis fin aux 22 années de domination de Jammeh, inaugurant ainsi une nouvelle ère d espoir et de démocratie. Après avoir initialement appelé le président élu Barrow et concédé la victoire puis promis de transférer pacifiquement le pouvoir, Yaya Jammeh, à la surprise des Gambiens et de la communauté internationale, a annoncé sept jours plus tard qu'il rejetait le résultat de l'élection dans sa totalité. Il a qualifié les résultats de frauduleux et caractérisés par des erreurs inacceptables de la part des autorités électorales, il les a déclarés nuls et non avenus et a refusé de se retirer. En promettant de tenir de nouvelles élections, Jammeh a annoncé à la télévision nationale que : "De la même manière que j'ai accepté les résultats en croyant fidèlement que la Commission électorale indépendante était indépendante, honnête et fiable, je rejette par la présente les résultats dans leur totalité. Je n'accepterai pas les résultats compte tenu de ce qui s'est passé. C'est l'élection la plus douteuse que nous n ayons jamais connues dans l'histoire de ce pays. Nous allons revenir aux urnes car je veux m'assurer que chaque Gambien vote au sein d'une commission électorale impartiale, indépendante, neutre et dépourvue de toute influence étrangère. "De la même manière que j'ai accepté les résultats en croyant fidèlement que la Commission électorale indépendante était indépendante, honnête et fiable, je rejette par la présente les résultats dans leur totalité. Je n'accepterai pas les résultats compte tenu de ce qui s'est passé. Yahya Jammeh President of Gambia ( ) Cela est pour répondre à un communiqué de presse de la Commission Indépendante Electorale (IEC) le 5 décembre confirmant qu'ils avaient découvert des erreurs dans les totaux des résultats des élections, où les chiffres avaient été transposés par inadvertance. Toutefois, les erreurs comptables identifiées par l IEC étaient sans importance étant donné que 25

26 Adama Barrow et la coalition auraient toujours remporté la victoire, mais avec une légère différence de ce qui était initialement annoncé. Le rejet des résultats des élections par Jammeh et son refus de se retirer ont presque plongé le pays dans la tourmente, provoquant une impasse politique qui a duré six semaines. Finalement, sous la pression diplomatique régionale et internationale et sous la menace d'une intervention militaire de la Communauté économique des États de l'afrique de l'ouest (CEDEAO), le vaincu Jammeh a négocié sa démission du pouvoir. Ses conditions inclus un accord d'amnistie pour éviter de faire face à des accusations de violation des droits de l'homme, le droit de voyager à destination ou en provenance de la Gambie et de la reconnaissance continue de son parti politique. Ce qui a été convenu, le cas échéant, reste floue. Le 21 janvier 2017, Jammeh a salué ses partisans alors qu'il montait à bord de son jet privé et quittait le pays avec sa famille pour la Guinée équatoriale. L'héritage qu'il a laissé est celui d'une économie effondrée, d'institutions faibles et d'un pays divisé en fonction de critères ethno-politiques. Le rejet des résultats des élections par Jammeh et son refus de se retirer ont presque plongé le pays dans la tourmente, provoquant une impasse politique qui a duré six semaines LA COALITION : UNE MAISON DIVISEE Le 18 février, dans une atmosphère de fête, Adama Barrow a prêté serment en tant que Président pour la deuxième fois, cette fois sur son sol national, devenant ainsi le troisième président de la Gambie. Sa prestation de serment initiale a eu lieu à l ambassade de Gambie au Sénégal avant le départ de Jammeh. L événement, qui a coïncidé avec le 52ème anniversaire de l indépendance du pays, a rassemblé des milliers de citoyens et plusieurs chefs d États africains. Barrow a déclaré à la foule rassemblée que sa victoire était "une victoire pour la démocratie... une victoire appartenant à tous les Gambiens". Barrow a participé aux élections de décembre 2016, non pas en tant que chef de son propre parti politique, mais en tant que chef d'une coalition de groupes d'opposition. Après avoir échoué lors des précédentes élections pour présenter un front uni, Barrow était le chef d'une coalition de sept Parti Politique y compris un candidat Independent. sept partis politiques et un candidat indépendant ont finalement accepté de travailler ensemble et ont élu Adama Barrow du Parti démocratique unifié (UDP) comme candidat à la présidence lors d'une convention nationale réunissant 490 délégués de partis politiques de toutes les régions administratives du pays. Barrow a obtenu 26

27 308 voix. Cependant, les failles du gouvernement de coalition nouvellement élu sont devenues évidentes dès le début. En dépit des promesses faites dans le manifeste électoral de coalition, qu ils joindront leurs efforts «pour mettre de côté toutes les différences et mettre en place un gouvernement de transition qui établirait des réformes constitutionnelles, électorales, institutionnelles, administratives et de gestion qui feraient que la justice oriente notre action pour le bien commun», la coalition a eu du mal à contenir divers agendas politiques au pouvoir. La première question qui les a divisés portait sur la manière de se présenter à l élection de l'assemblée nationale d'avril Deux positions contradictoires ont émergé. L'un des camps, dirigé par l'avocat Ousainou Darboe, le leader du parti UDP, qui purgeait une peine de prison pour avoir enfreint la loi sur l'ordre public au moment du processus de formation de la coalition et des élections suivantes, souhaitait une approche d'alliance tactique. Cela impliquait que les partis politiques parrainent des candidats dans leurs circonscriptions en fonction de la force électorale de chaque parti. Là où ils disposaient clairement de la base de soutien la plus large, aucun autre membre de la coalition ne contesterait ce siège. Les membres de la coalition se réuniraient plutôt pour soutenir et faire campagne pour ce candidat. Halifa Sallah, chef de l'organisation démocratique des peuples pour l'indépendance et le socialisme (PDOIS), a lancé une approche différente en soutenant que la coalition soutienne des candidats indépendants. Après un débat houleux, l'approche de l'alliance a été retenue. Les élections ont eu lieu le 6 avril 2017 et l'udp a remporté 31 des 53 sièges contestés, étant légèrement inférieurs à la majorité des deux tiers mais six fois plus que le parti en seconde position. La position dominante du parti UDP à l'assemblée nationale a accru son influence sur la direction de la coalition, tout en élargissant les fissures entre ses membres. La décision de Barrow de remanier son gouvernement le 29 juin 2017 s'est révélé être le glas définitif. L'accord de coalition stipulait que "toutes les nominations et les révocations présidentielles se feront en consultation avec les parties prenantes de la coalition". Toutefois, selon un ministre influent et un partenaire clé de la coalition, qui a été démis de ses fonctions, cette consultation n'a jamais eu lieu. La reconfiguration du cabinet, qui a surpris de nombreux observateurs politiques en Gambie, a permis au président Barrow d affirmer davantage son contrôle sur l exécutif en faisant venir des gens en qui il peut avoir confiance. Il a redéployé la vice-présidente Fatoumata Jallow Tambajang, figure de proue de la coalition et alliée de Barrow, au service des affaires étrangères - un poste qu'elle a refusé - et il l'a remplacée par son "père politique" et opposant de longue date à Jammeh, Ousainou Darboe, qui s est élevé contre Jammeh mais sans succès lors de quatre élections consécutives. Les changements ont non seulement vu des partenaires clés de la coalition tels que OJ Jallow du Parti Progressiste du Peuple (PPP) quitter le gouvernement, mais ont aussi même fait revenir d anciens ministres de l ancien gouvernement. Momodou Tangara et Mambury Njie, qui s'étaient tous deux disputés avec Jammeh avant qu il ait quitté le pouvoir, ont reçu les importants portefeuilles de ministre des Affaires étrangères et celui du ministre des Finances. Gainako, l un des principaux journaux en ligne en Gambie, a affirmé que le "remaniement ministériel du président aurait pu être en grande partie une manœuvre politique pour sauver sa faible performance en faisant venir des gens de sa propre sensibilité politique plutôt que des affectations de son personnel, ce qui aurait pu l'aider à apporter la réforme à laquelle tous les Gambiens s'attendaient". En outre, les observateurs politiques ont rapidement rappelé la promesse faite par le président lors de sa première conférence de presse qu aucun ancien ministre de Jammeh ne sera nécessaire dans le nouveau gouvernement, car la coalition dispose suffisamment de personnel". Ce n est pas la seule promesse que le président Barrow semble avoir rangé en arrière plan. Ayant promis de diriger le gouvernement de coalition pendant trois ans avant de se retirer, un accord énoncé dans le mémorandum d'accord signé par tous les membres de la coalition avant l'élection de De récentes déclarations du président suggèrent qu'il n a pas l intention d honorer cette promesse et voudra rester pour un mandat 27

28 Une enquête eut révélé qu une somme de 33 millions de dalasis ( dollars US) avait été versée sur le compte de la Fondation Fatoumata Bah Barrow - une entreprise philanthropique de l épouse du président en décembre complet de cinq ans. Dans une interview accordée à un journal local, The Standard, en août 2018, le président Barrow a donné sa meilleure indication à ce jour : «Nous sommes en période de transition. Nous avons des problèmes à régler et je ne pense pas que nous devrions organiser des élections justes pour organiser des élections Nous devons d'abord terminer ces processus et nous assurer que les règles du jeu sont les mêmes pour tous avant d'organiser des élections afin que nous puissions avoir une élection crédible. Je pense que c'est ce qui est important. Trois ou cinq ans n'est pas important». Si le président Barrow ne respecte pas le protocole d'accord et se retire au bout de trois ans, la coalition, déjà désorganisée dans les coulisses, s'effondrera officiellement. DEVENIR DONATEURS ANONYMES Malgré les luttes politiques intestines au sein de la coalition, le président Barrow a continué par jouir d un taux de satisfaction élevé au cours de sa première année de mandat. Cependant, à mi-chemin de son quinquennat, son soutien s érode rapidement en raison d allégations de corruption, d incompétence et d indécision politique. Ayant promis que la lutte contre la corruption serait la première priorité de son gouvernement, le président Barrow a manqué de parler de cet engagement. Après avoir pris la décision que tous les ministres seraient obligés de déclarer publiquement leur patrimoine, la présidence a ensuite annoncé que les déclarations de patrimoine ne seraient pas rendues publiques. La source financière de 57 camionnettes offertes aux législateurs, en septembre 2017, par le président et les 11 millions de dalasis ( dollars US) qu'il avait donnés aux pèlerins gambiens lors du programme Hajj de 2018 venaient d «un donateur anonyme», selon Barrow. Un acte d'accusation pour son inexpérience et sa potentielle corruption. En août 2018, un scandale de corruption a secoué la Fondation Fatoumata Bah Barrow - une entreprise philanthropique de l épouse du président - après qu une enquête eut révélé qu une somme de 33 millions de dalasis ( dollars US) avait été versée sur le compte de la fondation en décembre 2017, apparemment à son insu. Une enquête interne a été promise mais le scandale a déclenché une campagne aussi bien en ligne que populaire - kodolay (où est l'argent) - menée par des activistes gambiens. En plus des allégations de corruption, la présidence de Barrow a également été accusée d'incompétence et d'indécision en raison de la manière dont le gouvernement a réagi aux manifestations de Westfield, aux conflits fonciers à Busumbala et aux catastrophes environnementales sur les zones côtières de Kombo causées par les activités industrielles. La confrontation fatale entre les habitants de Faraba, un village situé à l'extérieur de Banjul la capitale, et l'unité d'intervention de la police (PIU) a soulevé d'autres questions quant à la capacité du nouveau gouvernement à garantir le droit des citoyens gambiens ordinaires à manifester. En 2018, le gouvernement a accordé un contrat à la société Julakey de procéder à une exploitation de mines de sable à Faraba. Il s en est suivi que, 28

29 les habitants se sont plaints que le contrat avait été accordé sans consulter le conseil du village local. Le 18 juin 2018, lorsque plusieurs habitants en colère sont descendus dans la rue pour manifester contre la compagnie minière, la manifestation a dégénéré, est devenue violente et cinq camions chargés de sable dans la zone minière ont été incendiés. En réponse, un détachement de la PIU a été envoyé dans le village mais n'a pas réussi à désamorcer la situation et trois civils ont été tués. Une commission d'enquête a été mise en place, un engagement prometteur en matière de responsabilité, mais le rapport préliminaire n'a toujours pas été rendu public, bien qu'il ait été remis au président le 17 septembre DES RAISONS D'ETRE OPTIMISTE. En dépit des allégations de corruption et de faux pas politiques, une étude réalisée en juillet 2018 par l'institut national démocratique piliers de ce programme de réforme sont décrits dans le Plan de développement national (NDP) Adopté par Barrow en janvier 2018, le plan vise à rétablir la règle de droit, à approfondir la démocratie, à faire progresser la justice transitionnelle et à transformer le secteur de la sécurité. Lors d une conférence internationale des donateurs à Bruxelles, organisée par l Union européenne, les donateurs ont promis une contribution de 1,45 milliard d euros (1,7 milliard de dollars américains) au soutien du NPD du gouvernement. Une commission chargée d'enquêter sur les transactions financières de Jammeh et de ses proches collaborateurs est en cours. Pour régler les atteintes aux droits et aux violations du régime précédent et pour garantir justice aux victimes, le gouvernement a mis en place une Commission de Vérité, Réparations et Réconciliation (TRRC). Il vise à faire la lumière sur les violations Progress has strong majority saying Country Going in right direction Une étude réalisée en juillet 2018 par l'institut national démocratique (NDI) a révélé que 68% des Gambiens pensent que le pays se dirige dans la bonne direction. (NDI) a révélé que 68% des Gambiens pensent que le pays se dirige dans la bonne direction. En ce qui concerne les grands principes démocratiques tels que la liberté d'expression, les droits de l'homme, la liberté de réunion et la liberté de circulation, des progrès notables ont été accomplis par rapport à la réalité quand Jammeh était président. De plus, la volonté du président Barrow d entreprendre et de soutenir les réformes promises et nécessaires pour la consolidation du régime démocratique en Gambie est un motif d optimisme supplémentaire. Les des droits de l'homme commises dans le passé par Jammeh, à lutter contre l'impunité et à promouvoir la réconciliation. Le mandat spécifique de la TRRC est d enquêter sur les violations des droits de l homme, de promouvoir la guérison et la réconciliation, de donner aux victimes l occasion de raconter leur propre récit des violations subies et, dans les cas appropriés, d accorder réparation aux victimes. Les 11 commissaires de la TTRC seront nommés par le président en consultation avec les principales parties prenantes et 29

30 prendront en compte les diversités géographique, religieuse, culturelle et de genre de la Gambie. L'Assemblée nationale a également adopté un projet de loi visant à créer une Commission Nationale des Droits de l'homme. Les réformes judiciaires ont commencé avec la nomination de juges gambiens pour remplacer les juges étrangers choisis par Jammeh. L'ancien dirigeant utilisait depuis longtemps les tribunaux comme un outil pour consolider son pouvoir et des juges étrangers ont été embauchés et aussi congédiés à une fréquence alarmante, souvent pour ne pas avoir géré les affaires comme Jammeh le voulait. En vertu d'une loi du Parlement, une commission de révision constitutionnelle a été créée en juin 2018 pour examiner et analyser la constitution de 1997 et préparer une nouvelle pour le pays. Les membres de la CRC ont été nommés le 1er juin 2018 et devraient présenter leurs conclusions d'ici la fin de Le processus de révision vise à être inclusif et vise à garantir que chaque Gambien, y compris ceux de la diaspora, ait la possibilité de participer pleinement au processus. Un ajout probable est l introduction de limites au mandat présidentiel. Selon le rapport du NDI, 85% des personnes interrogées soutiennent une limite présidentielle à deux mandats, ce qui reflète la volonté de limiter la capacité des futurs présidents à prendre une place trop prépondérante dans les institutions gouvernementales. La réforme la plus importante de toutes les réformes en cours est peut-être une refonte des services de sécurité. Le programme de réforme du secteur sécuritaire (SSR), lancé en septembre 2017, vise à établir un secteur de la sécurité efficace, professionnel et responsable. Le programme de réforme du secteur sécuritaire place la réforme des institutions de sécurité dans le plus large cadre du rétablissement de la règle de droit et du renforcement de la démocratie. Principalement financée avec l'appui des donateurs, la première phase du processus a déjà été entreprise. Elle comprend une évaluation approfondie du secteur sécuritaire visant à identifier les menaces et les défis auxquels l'etat et la population de Gambie sont confrontés. Le soutien au processus de réforme est encore massif au sein de la population Gambienne même si cela constitue un bas niveau de conscience quant à la situation qui continue exactement de prévaloir. L'enquête d'opinion publique menée en juillet 2018 par la NDI indique que 80% des personnes interrogées approuvent l'indemnisation des familles des victimes tuées sous le gouvernement Jammeh. Les réformes qui améliorent les libertés individuelles sont les plus populaires au sein de la majorité des Gambiens (82%), suivies des réformes judiciaires (79%), des médias (73%) et des réformes électorales (70%). LE DEFI DE LA TRANSITION Des réformes visant à changer la fonction du gouvernement sont en cours, mais le président Barrow et son gouvernement sont également aux prises avec une pléthore de défis à court terme. Le plus urgent de ces défis est d'assurer la sécurité et la stabilité après la dictature. Le président Barrow semble manquer de confiance en l'armée gambienne et a confié la sécurité du pays à l'intervention militaire de la CEDEAO en Gambie (ECOMIG). L'ECOMIG a été envoyée en tant que force de stabilisation à court terme pour résoudre l'impasse politique qui s'ensuivit lorsque Jammeh refusa de céder le pouvoir de manière pacifique. Toutefois, son mandat a été revu et prorogé d'un an à compter de sa date d'expiration initiale, le 21 mai Le président Barrow a récemment demandé que la mission soit prolongée jusqu'en 2021 pour couvrir toute la période de transition. Les analystes de la sécurité croient que cette demande risque d aliéner davantage l armée gambienne. En outre, la population des jeunes qui est croissante et le taux de chômage élevé constituent un défi urgent et pressant. L'âge médian du pays est de 17 ans, avec 64% de la population âgée de moins de 25 ans. Un rapport de 2017 par l'organisation internationale du Travail estimait le chômage des jeunes à 38% ; une source potentielle d'agitation et de protestation futures. Pour éviter un tel scénario, le gouvernement Barrow devrait investir davantage dans le capital humain, l'éducation et la création d'opportunités d'emploi pour les jeunes dans les secteurs de 30

31 l'agriculture, de la pêche et de l'extraction du sable. À long terme, la Gambie doit réformer le système éducatif pour mettre davantage l'accent sur la formation aux compétences et à l'entrepreneuriat. Si le président Barrow peut exploiter la bonne volonté et le soutien qui existent toujours, il peut assurer une transition réussie et laisser un héritage positif. Mais pour ce faire, il doit être prêt à prendre des décisions difficiles. Sinon, la transition et les processus de réforme seront difficiles, lents, fastidieux et chronophages. Barrow doit être prêt à adopter une position ferme contre la corruption et à introduire une discipline financière à la fois en termes de politique budgétaire et de dépenses publiques. Le fait de présenter devant l'assemblée nationale un projet de loi sur la commission anti-corruption, qui vise à créer la commission anti-corruption et à fournir des mesures efficaces pour l'éradication, la répression et la prévention des pratiques de corruption dans la vie privée et publique en Gambie, doit être accéléré. Les progrès dans des domaines clés tels que la lutte contre l'impunité, garantissant ainsi que les victimes du régime de Jammeh reçoivent justice, des réparations ou une réconciliation, constitueront un progrès important et symbolique. L abrogation des lois répressives sur les médias et l adoption d une loi sur la liberté de l information marqueraient une rupture nette avec le passé. La Gambie a fait des progrès significatifs depuis Cependant, le démantèlement d'un État autocratique construit et enraciné sur 22 ans ne peut se faire du jour au lendemain. Bien que des processus de réformes soient en place pour un changement systémique à long terme, les problèmes et préoccupations immédiats des Gambiens ordinaires tels que le chômage, la corruption, la stabilité de l'approvisionnement en électricité et l'accès à des soins de santé de qualité ne peuvent être ignorés. La recherche de l'équilibre déterminera si Barrow est perçu comme un facilitateur du retour à la démocratie ou un obstacle qui empêche sa restauration. POUR EN SAVOIR PLUS Bah, Omar Barrow Hints at Staying for Five Years. The Standard Newspaper Gainako Barrow Cabinet Reshuffle: Power Grab, Political Patronage or a Confused President who needs Rescue National Democratic Institute Gambian s View on the Constitutional Reform Process: Low Awareness, but Strong Support for Reforms 31

32 LA NOUVELLE DIRECTION DE LA SIERRA LEONE? Andrew Lavali Hassan Kallon 32

33 LA NOUVELLE DIRECTION DE LA SIERRA LEONE? Le deuxième tour de l'élection présidentielle entre le Brigadier à la retraite Julius Maada Bio du parti «Sierra Leone Peoples Party» (SLPP) et le Dr Samura Kamara du parti «All Peoples Congress» le 31 mars 2018, a été une élection extrêmement controversée. Après une décennie au pouvoir, la promesse de continuité de l APC, malgré un changement de leadership, n a pas suffisamment réussi à convaincre les électeurs de leur rendre la présidence. 51,8 % des votes étaient plutôt favorables à la promesse de Bio d une «nouvelle direction». Le 4 avril 2018, l ancien chef militaire, qui a brièvement dirigé le pays à l apogée de l insurrection des rebelles, a prêté serment et investi à la présidence à l hôtel Radisson Blu à l ouest de Libreville, quelques heures à peine après l annonce par la Commission électorale nationale des résultats définitifs. L euphorie et les scènes de liesse parmi les partisans du SLPP contrastaient nettement avec la réaction dans le camp de l APC, certains hauts responsables ont accusé la communauté internationale de collusion et de duplicité dans le résultat des élections. Ayant fait campagne sur une plate-forme de changement, d inclusion sociale et de responsabilité de l Etat, le nouveau président a du pain sur la planche pour son administration. Cependant, six mois après le début de son mandat, l administration du Président Bio a bien progressé dans ses efforts pour transformer sa vision en réalité. REALISER UNE MARQUE Le premier mois du nouveau gouvernement a été marqué par une série de décrets et l établissement de l équipe de transition du gouvernement. L un des premiers actes de l équipe de transition a été la création d un compte unique du trésor et l interdiction des dépenses excessives et inutiles du gouvernement ; un geste accueilli par beaucoup. Cependant, alors que bon nombre de ces actions initiales avaient de bonnes raisons, l approche à la manière-vigile qui a été employée a suscité des inquiétudes. Dans un cas particulièrement troublant, un juge de la cour supérieure de justice a été contraint à débarquer de son véhicule officiel et de le remettre immédiatement à un groupe de personnes prétendant posséder le pouvoir de récupérer des véhicules du gouvernement sur la base d un décret pris dans le premier mois suivant la prise de fonctions de Bio. Le Conseil des ministres annoncé en avril et mai 2018, a reçu une réaction mitigée pour sa composition. Les critiques soulignent que les nominations de Bio font peu pour l intégration ethnique et régionale du pays. Le cabinet est composéà 58% de citoyens des régions du sud et de l est, fief politique du SLPP. La faible représentation des femmes a poussé des groupes de défense des 33

34 femmes à accuser l administration de ne pas prêter main-forte à l autonomisation des femmes. Sur les 57 postes du conseil nommés jusqu à présent, 12 seulement sont des femmes. Cependant, ceci est une amélioration par rapport à la représentation équilibrée des hommes et des femmes du Parlement, où seulement 13% des sièges sont occupés par des femmes. Les groupes de défense des femmes tels que le Groupe 50/50 de Sierra Leone ont été frustrés par le manque d opportunités pour l engagement politique des femmes dans tous les domaines. l étranger, ainsi que l interdiction de l organisation d événements gouvernementaux dans les hôtels. Une politique qui divise le ministère des Finances et du Développement Economique en deux ministères distincts- le Ministère des Finances est maintenant dirigé par un ancien SUIVRE LES PROGRES ACCOMPLIS Afin de suivre les promesses de campagne faites par Bio maintenant qu'il est au pouvoir, Un système innovant de suivi des promesses en ligne, conçu pour permettre aux citoyens de tenir le gouvernement responsable, a été créé par un réseau local d organisations non gouvernementales (ONG) avec le soutien de «Open Society Initiative for West Africa. Le «Bio-meter» vise à identifier, et ensuite à mesurer et à suivre la mise en œuvre des promesses de la campagne de SLPP au cours des cinq prochaines années. Cependant, en raison de la structure de certaines promesses électorales, qui ne disposent pas de délais précis, il n a pas été facile de mettre au point des indicateurs appropriés et équitables. Malgré ce défi, les secteurs de la société civile dirigée par l Institution pour la Réforme de la Gouvernance ont été en mesure de proposer une évaluation de la performance du gouvernement au cours de ses 100 premiers jours. La nouvelle administration a dépassé les attentes dans deux secteurs clés ; mobilisation des revenus et gestion des dépenses. L établissement d un compte unique du Trésor a constitué une étape importante dans l amélioration de la transparence fiscale. Les mesures instituées par l Autorité Fiscale Nationale pour assurer le respect des obligations fiscales ont permis de tripler la collecte quotidienne des recettes entre mars et juin La gestion des dépenses par le nouveau gouvernement était également facilitée par la mise en place de directives visant à réduire les dépenses de voyages à Il y a une manque d opportunités pour l engagement politique des femmes en Sierra Leone employé de la Banque Mondiale, Jacob Saffa et Nabeela Tunis est le ministre du Développement était une réforme positive permettant à chaque ministère de consacrer des ressources supplémentaires à la résolution des problèmes urgents auxquels ils sont confrontés. L attachement de l administration de Bio aux règles de droit et aux principes démocratiques a été mis à rude épreuve au cours des 100 premiers jours. Le Dr Kandeh Yumkella, dirigeant de la Grande Coalition Nationale de la minorité, 34

35 Dans l une de ses premières déclarations officielles, la nouvelle administration a souligné que l économie héritée «était la pire mémoire de tous les temps ancien candidat à la présidentielle et désormais député représentant le district de Kamba, a évoqué l élection du nouveau président du parlement comme une «affaire totalement malheureuse». Les Députés de l'opposition ont été retirés des chambres par des policiers armés à la suite d une confrontation tendue autour de ceux qui avait le droit de participer aux délibérations parlementaires. A la fin de la confrontation, Dr Abass Chernor Bundu du SLPP a été choisi comme président, mais a été élu sans la majorité des députés de l opposition APC, laissant le processus comme un «viol» de la part du SLPP. Les élections législatives de 2018 ont produit, pour la première fois dans l histoire de la Sierra Leone, un résultat dans lequel le parti qui contrôle l exécutif n a pas également la majorité au parlement. Craignant que l APC ait pu saper ses programmes si son candidat était élu président du parlement, le SLPP ne faisait aucun compromis pour garantir la nomination de son candidat. Cet événement n a servi qu à augmenter la tension et l acrimonie au parlement. Des critiques ont également suivi le licenciement d agents publics titulaires sans respecter les conditions d emploi. La destitution du commissaire de la Commission Anti-corruption (ACC), du chef de département, de l Immigration et du gouverneur de la Banque Centrale a entrainé des menaces de recours légaux de la part des anciens titulaires de ces postes. La réponse officielle du gouvernement a été d affirmer que les agents publics en question étaient devenus trop politiques ou inefficaces dans leurs performances. L absence de preuves à l appui et le manque de volonté de mener une enquête transparente sur les allégations ne constituent toutefois pas un engagement en faveur d une procédure régulière. FAIRE JOINDRE LES DEUX BOUTS Dans l une de ses premières déclarations officielles, la nouvelle administration a souligné que l économie héritée «était la pire mémoire de tous les temps». La croissance économique est passée de 6% en 2016 à 3,7% en 2017 selon le Fonds Monétaire International (FMI), qui prévoit une croissance plus faible qui devrait rester relativement constante tout au long de En outre, l inflation, qui s est établie à 17,2% quand le gouvernement a pris ses fonctions, reste élevé et le niveau de la dette est une préoccupation majeure. La dette extérieure, d'un montant de 1,6 milliard USD, ainsi que la dette intérieure de LE4,99 milliards (658 millions de dollars US) étaient des chiffres cités dans le rapport de l Equipe de Transition du Gouvernement qui révélait également que le gouvernement devait à des fournisseurs pour divers biens et services, ajoutant aussi 1,4 milliard de dollars US au montant dû. Le gouvernement de Bio estime que le service de ces dettes équivaudra à des remboursements annuels de 263 millions USD. Avec des recettes gouvernementales 35

36 prévues de 539 millions USD en 2018, le gouvernement aura du mal à couvrir les dépenses récurrentes et à rembourser sa dette, encore moins de mobiliser le capital supplémentaire nécessaire pour mener à bien son programme de réduction de la pauvreté. Le Réseau de Défense de Budgets a également fait craindre que le gouvernement n atteigne pas son objectif de revenus, à savoir un ratio recettes fiscales/ PIB de 20% d ici 2023, ce qui aura d autres conséquences pour les initiatives proposées, La situation économique n a fait qu ajouter à la charge de travail considérable du Ministre des Finances, Jacob Jusu Saffa, qui a voyagé fréquemment depuis son entrée en fonction, dans une tentative désespérée d obtenir de nouveaux investissements étrangers directs en provenance du pays. La mission du FMI à Libreville en septembre 2018 a conclu que le gouvernement avait considérablement progressé dans la mise en place de mesures de contrôle des recettes et des dépenses, ouvrant la voie à un retour de l aide suspendue dans la période précédant les élections. Toutefois les emprunts chinois accumulés par le prédécesseur de Bio pour des contrats d infrastructure pourraient limiter l espace et la capacité du gouvernement de s endetter davantage pour financer ses programmes de réduction de la pauvreté La suppression récente de la subvention sur les carburants a entraîné une augmentation de 33% du prix à la pompe, passant du Le6 000 (0,75 dollar américain) à Le8000 (1 dollar américain) par litre, ainsi que de nombreuses manifestations à Libreville et dans d autres centres urbains. La suppression de la subvention, condition préalable à la reprise de l assistance du FMI, n a pas réussi à renforcer le Leone ni aider l économie locale, ni améliorer les conditions de vie des Sierra-Léonais ordinaires. La valeur de la devise s est considérablement dépréciée par rapport au dollar américain, passant du Le7 650 en mars 2018 au Le8 450 en octobre, le taux d inflation est actuellement de 18% et les prix de produits de première nécessité tels que le riz et les tarifs de transport ont augmenté. Une semaine après avoir été nommé gouverneur de la Banque Centrale en août 2018, le Dr Kelfala Kallon a eu recours à la vente aux enchères de devises aux banques commerciales afin de stabiliser la monnaie ; les implications à long terme de ces actions restent à voir. L ambitieux programme d éducation gratuite du président Bio, une promesse qui est devenue l initiative politique principale de la campagne électorale de son parti a été officiellement lancé en septembre L EDUCATION ET LA CORRUPTION : LES ENJEUX DETERMINANTS L ambitieux programme d éducation gratuite du président Bio, une promesse qui est devenue l initiative politique principale de la campagne électorale de son parti et qui vise à augmenter les taux de scolarisation et de rétention des enfants dans les écoles primaires et secondaires, a été officiellement lancé en septembre Même si de sérieux doutes se manifestent sur plusieurs composantes du programme le projet de revenir à un unique système de roulement où tous les enfants vont à l école le matin et terminent à midi au lieu de deux classes séparées, une le matin et une l après-midi ; où le gouvernement trouve- 36

37 ra-t-il le nombre d enseignants formés nécessaires? Où de nouvelles écoles seront construites afin de mieux servir les communautés locales ; et comment le Ministère de l Education exercera-t-il un contrôle administratif sur la mise en œuvre de l initiative de nombreux Sierra-Léonais sont d avis que la vision du président, si elle est réalisée, pourrait créer une génération de Sierra-Léonais instruits, capables de générer une croissance et une prospérité durables pour le pays dans les années à venir. Le programme a dépassé l objectif de 1,5 million d élèves au cours des premières semaines, démontrant ainsi que les parents et les enfants partageaient un même enthousiasme pour l éducation, mais des difficultés initiales sont susceptibles de se produire. En ce qui concerne la corruption, certains signes avant-coureurs indiquent des progrès à court terme. Ayant remplacé Ade MaCauley à la tête d ACC en juin 2018, Francis Ben-Kaifala n a pas tardé à délivrer une série d actes d'accusation à l encontre de deux anciens hauts fonctionnaires l ancien vice-président Victor Bockarie Foh et Alhaji Minkailu Mansaray, ancien ministre des Mines et aujourd hui chef adjoint de l APC. Foh a accepté de verser plus de USD à l ACC dans le but de régler son affaire à l amiable. Il a également déclaré que son ancien patron, Ernest Bai Koroma, devrait être invité à répondre aux accusations de corruption présumées. Les actions récentes prises par l ACC ont donné aux citoyens un certain optimisme que la croisade anti-corruption du président Bio pourrait aboutir à quelque chose de plus substantiel que de simples discours creux. Le zèle d Ernest Bai Koroma pour la lutte contre la corruption au début de son mandat il accorda des pouvoirs d enquête supplémentaires à l ACC en 2018 disparut bientôt. Les Sierra-Léonais continueront de surveiller de près le président Bio et ses actions afin qu il ne suive pas le même chemin. Conformément à l une de ses promesses électorales, le président Bio a déclaré ses avoirs à l ACC. Cependant, le fait de ne pas publier la déclaration ou de modifier la loi sur l ACC pour obliger les agents de l Etat à publier leurs avoirs n est pas conforme à la rhétorique de l administration pour plus de transparence et de responsabilisation. En dépit de la nouvelle orientation de son programme, les nominations politiques ont suivi un schéma familier. Les hauts responsables des partis aux niveaux nationaux et des districts ont été nommés à l administration actuelle, fusionnant ainsi les bureaux politiques et nationaux, comme cela s est produit pendant le règne de l APC, qui dure depuis une décennie. Malgré les promesses de Bio de dépolitiser les institutions, le président du SLPP, Dr. Prince Harding, a été nommé président de la Commission nationale des télécommunications ; le Secrétaire Général du parti, Umar Napoléon Koroma, a été nommé à la tête de la Commission Nationale de Privatisation ; et Lahia Lawrence Leema, secrétaire à la publicité, est désormais vice-ministre des affaires intérieures. Le secrétaire général de l APC, Osman Foday Yansaneh, et d autres hauts responsables du parti n ont pas été impressionnés par les «nominations sélectives» du président et par sa croisade visant à «remplacer tous les responsables gouvernementaux d une certaine inclination par des individus flexibles de son parti». EXPLIQUER LA RICHESSE INEXPLIQUEE Le 4 juillet 2018, l Equipe de Transition du Gouvernement, dirigée par le professeur David Francis, qui a également été nommé Premier ministre du pays un nouveau poste supervisant tous les ministres a publié son rapport dans lequel Il accusait des responsables de l ancien gouvernement de s être livrés à diverses pratiques de corruption et de mauvaise gestion politique et affirmant qu il y avait eu «un niveau étonnant d indiscipline fiscale et de corruption généralisée de la part de l ancien gouvernement d APC dirigé par le président Ernest Koroma. Cela avait entrainé le quasi-effondrement de l économie sierra-léonaise». Il a recommandé «une commission d enquête spéciale dirigée par un juge avec un délai limité et un mandat pour recouvrer tous les fonds et autres avoirs volés ou mal convertis, y compris les bâtiments, les quartiers, les terrains, et les centaines de véhicules qui sont toujours manquants». Il a égalementnoté que «la commission devrait également demander des 37

38 explications à d anciens fonctionnaires, en vertu de l article 26 de la loi anti-corruption qui traite des «richesses inexpliquées» surtout si elle détermine qu ils les ont accumulées pendant leur mandat public». Les responsables d APC ont rapidement signalé diverses inexactitudes factuelles dans le rapport, ce qui prouve que l Equipe de Transition du Gouvernement GTT a réduit un rapport pour servir une réponse politique. Dans une réponse détaillée au GTRR, le Secrétaire Générale d APC, Osman Foday Yansaneh, a déclaré qu il était convaincu que «l équipe de transition avait lamentablement échoué dans ce projet et s était plutôt lancée dans une expédition de pêche politique et avait déraillé de la direction de sa mission pour un tribunal de vengeance et de récrimination ; une méthode incompatible avec le processus de transition standard d une administration à l autre Au lieu d un processus de transition, l équipe de transition du gouvernement a été réduite à un simple tribunal pour diffamer et faire des réclamations spécieuses contre APC dans la jurisprudence de la Reine Rouge comme dans le classique Alice au pays des merveilles : le jugement d abord, puis la preuve, et plus tard une commission d enquête. Alors que des récriminations et des accusations politiques continuent d être formulées de part et d autre, des progrès ont été accomplis dans la mise en place d une commission d enquête. Le Sous-procureur Général et Ministre de la Justice, Abdulhai Baangura a présenté au parlement deux instruments constitutionnels proposés en vue de son actualisation. Le juge nigérian Georgewill Biobele a été désigné comme l un des juges qui présideront les audiences/séance, tandis que des préparatifs sont en cours pour choisir un lieu et organiser la commission. Même si les partisans de l APC l ont qualifié de chasse aux sorcières, le président Bio a ouvertement déclaré que la commission établirait des normes que son propre gouvernement et les futures administrations devront respecter. Si elle est convoquée correctement, la commission pourrait envoyer un signal fort contre l impunité et mettre fin aux pratiques corrompues dans tout le pays. Cependant pour que cela se produise, la commission devra être considérée comme un arbitre juste, professionnel et indépendant. Si ces conditions minimales ne sont pas remplies, l exercice se répercutera probablement sur le théâtre politique, les deux camps s accusant mutuellement d attiser les tensions politiques. UNE NOUVELLE DIRECTION UNIE? L' administration de Bio doit faire face à une tâche ardue pour ressusciter une économie en difficulté et, mieux intégrer une société profondément fragmentée. Le défi n a été rendu plus difficile qu en raison des inégalités dans la répartition de la nation et des actions des politiciens égoïstes déterminés à manipuler la diversité ethnique du pays comme moyen de gagner des votes à tout prix. La faible marge de victoire du président Bio à l élection présidentielle, couplée à la victoire du APC à la majorité des sièges parlementaires, montre la nécessité pour les partis politiques de trouver un terrain d entente pour des questions d importance nationale et de travailler ensemble de manière plus inclusive ; négocier et établir un consensus sur la voie à suivre. Idéologiquement, les deux principaux partis ne sont pas si éloignés l un de l autre. Le président Bio a fait connaitre son intention de créer une Commission pour la Cohésion Nationale et la Paix. A l heure actuelle, les termes et la composition, ainsi que la vision de ce que cela permettrait d atteindre, ne sont pas connus. Que cette commission soit créée ou non, le président Bio devrait faire de l unité nationale l un des piliers de son programme. La décision prise par Bio et son adversaire, Samura Kamara, de se rendre ensemble à l église la semaine suivant l annonce des résultats de l élection était un geste symbolique de bonne volonté. Cependant, des efforts plus importants devraient suivre. La Sierra Leone reste polarisée sur le plan ethno-régional. La moitié de la population se sent lésée et croit être un citoyen de seconde classe dans son pays lorsque son parti n est pas au pouvoir. L unité de la Sierra Leone doit être considérée comme le fon- 38

39 dement de la croissance inclusive et de tout développement institutionnel. A cette fin, l administration de Bio devrait faire de la cohésion nationale une priorité et s engager à travailler de manière bipartie pour résoudre les nombreux défis auxquels le pays est confronté. POUR EN SAVOIR PLUS Fofana, Umaru Former Sierra Leone government was corrupt: presidential commission, Reuters Institute for Governance Reform Bio-meter 100 day scorecard Institute for Governance Reform Beyond Business as Usual: Looking Inwards to Change Our Story James, Lucy Sierra Leone: Are brawls in parliament a sign of things to come?, African Arguments 39

40 Les articles présentes dans l'édition précédente de West Africa Insight L URBANISATION EN AFRIQUE DE L OUEST Informé par l informel : enseignements tirés des citadins La reconstruction de Freetown : Dans une conversation avec Yvonne Aki-Sawyerr Créer de l espace : l'urbanisme à Accra Un endroit nommé maison? Le logement au Nigéria Disponibles sur Veuillez nous envoyer vos commentaires sur: Centre For Democracy and Development, A7 Street, Mount Pleasant Estate, Jabi Airport Road, Abuja FCT Website:

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