25 ANS : L APPROCHE DU FORUM à 2012 } 25 Ans : L Approche du Forum

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1 25 ANS : L APPROCHE DU FORUM { 1987 à 2012 } 25 Ans : L Approche du Forum 01

2 TABLES DES MATIÈRES 2 Messages du président du conseil d administration et du président-directeur général 3 Introduction 4 Au commencement : Les années Ehrenworth, de 1987 à Un nouveau modèle pour l élaboration des politiques 6 Les premiers pas 7 Des rencontres qui sortaient de l ordinaire 7 Le décollage Les années Zussman, de 1998 à L approche du Forum 13 Influencer les politiques Les années Jodi White, de 2004 à L ère de la minorité Les années David Mitchell, de 2009 au temps présent 22 De nouvelles priorités Conseil d administration, de 1988 à Partenaires du 25e anniversaire

3 message du président du conseil d administration du Forum MESSAGE DU président-directeur général du Forum Au moment de fêter le 25 e anniversaire du Forum des politiques publiques, nous voulons marquer l occasion en expliquant brièvement notre raison d être et comment nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd hui. Plutôt que de cataloguer nos activités, rapports et programmes au cours des années, nous avons demandé à notre président-directeur général actuel et à ses prédécesseurs de réfléchir sur le temps qu ils ont passé à la barre de l organisation et sur ce qu ils ont fait pour assurer la pertinence et la viabilité continues du Forum dans des contextes politiques et de politiques publiques en constante évolution. On trouvera dans les pages qui suivent leurs souvenirs et ceux d autres personnes qui ont travaillé au Forum ou avec lui depuis sa création. Nous y avons également inclus quelques vignettes de projets lancés par le Forum au fil des ans. Loin d être exhaustive, cette liste n en illustre pas moins la grande diversité de nos initiatives visant à améliorer la qualité des politiques publiques et de la gestion du secteur public à tous les niveaux de gouvernement au Canada. Nous espérons que ce compte rendu encouragera tous ceux qui partagent notre but bâtir de meilleurs gouvernements à réfléchir aux questions et idées que nous pourrons approfondir ensemble au cours des prochaines années. Au nom de mes prédécesseurs et de tous les membres actuels et passés du conseil d administration du FPP, je veux féliciter et remercier les présidents-directeurs généraux David Mitchell, Jodi White, David Zussman et Shelly Ehrenworth, de même que leur personnel dévoué toutes ces années, et enfin les membres, les défenseurs et les sponsors du Forum, sans qui les importantes contributions aux politiques publiques du Canada présentées dans ce bref aperçu historique n auraient pas été possibles. C est un honneur pour moi de diriger le Forum des politiques publiques alors qu il entre dans son deuxième quart de siècle, d autant plus que nous sommes au début d une ère nouvelle où, plus que jamais, notre future qualité de vie dépendra de politiques et d institutions publiques bien pensées et innovatrices. Pour faire face efficacement à des problèmes comme le vieillissement de la population, le changement climatique et le besoin de se doter d une culture d innovation plus vigoureuse, les Canadiens ne peuvent plus compter sur les pratiques et les approches du passé. Nous ne pouvons pas non plus continuer d attendre des gouvernements qu ils résolvent seuls ces problèmes complexes. Plus que jamais, il nous faut recourir à des collaborations intersectorielles et à des partenariats imaginatifs. De plus, il nous faut trouver le moyen d encourager la compréhension et la confiance entre tous les secteurs pour assurer la bonne gouvernance sur laquelle comptent les Canadiens. Le Forum des politiques publiques est prêt à utiliser son talent de rassembleur pour aider à atteindre ces objectifs importants. Le Forum remercie Geoff Poapst, co-fondateur et vice-président de 1987 à 1992 qui a aidé à produire cet aperçu historique. À l occasion de la célébration de notre 25 e anniversaire, nous remercions également les centaines de membres du conseil et les membres du Forum, de même que le personnel et les amis qui ont contribué à notre réussite jusqu ici. David J. Mitchell Président-directeur général Larry Murray Président du conseil d administration 25 Ans : L Approche du Forum 2

4 introduction Qui est responsable et comment procéder pour que les choses se fassent? Voilà ce que signifie la gouvernance pour le présidentdirecteur général du Forum des politiques publiques, David Mitchell. Il croit que le Forum a toujours excellé à réunir dans une même salle les gens qu il faut pour poser les questions les plus pertinentes sur les questions clés du moment et y répondre. C est en 1992 que David a pu constater pour la première fois ce que cela peut donner. Il était alors le leader parlementaire de l opposition libérale à l assemblée législative de la Colombie-Britannique quand Mike Harcourt, le nouveau premier ministre, l invita à participer à un Sommet sur le commerce et le développement économique d une durée de deux jours. Il a trouvé un peu curieux d être invité à siéger à cette table comme député de l opposition, mais il s est vitre retrouvé dans une salle de conférence pleine d étranges compères. Le sommet devait mettre en lumière tous les enjeux auxquels était alors confrontée la province de la «guerre dans les forêts», aux aspirations des Premières nations et donner à chacun des groupes intéressés l occasion d expliquer le pourquoi de sa position sur le problème en question. Le sommet nous a démontré que des gens avec des opinions différentes peuvent quand-même discuter intelligemment ensemble. Nous avons utilisé le même modèle pour lancer des discussions sur des questions comme la formation de la maind œuvre, les partenariats public-privés et la réforme du régime de bien-être social. Chronologie Mike Harcourt Honorant les anciens premiers ministres vivants du Canada au 25 e Banquet et prix d honneur annuel (2012) Personne ne s attendait à ce que le sommet produise un plan directeur assurant la prospérité future de la Colombie-Britannique, mais des douzaines de personnes s en souviennent encore aujourd hui. David est convaincu que les relations nouées autour de cette table ont contribué à faire progresser la province, indépendamment du gouvernement au pouvoir. Il avait alors rendu hommage au premier ministre d avoir eu le courage d organiser un tel sommet et il se souvient que M. Harcourt avait remercié un groupe appelé le Forum des politiques publiques qui avait planifié l évènement et aidé à en faire un franc succès. Des années plus tard, le Forum se cherchait un nouveau présidentdirecteur général et David reçut un appel d un chasseur de têtes qui voulait mesurer son intérêt pour le poste. Il a repensé à cette première rencontre et s est dit : «Jamais je ne me le pardonnerai si je rate une pareille occasion», car il voyait la possibilité de faire quelque chose de spécial. Managing Change in Large Organizations : Lors de cette rencontre consacrée à la gestion du changement dans les grandes organisations, des PDG mettent en commun leur expérience de la restructuration d entreprises avec des sous-ministres fédéraux et le groupe tente d en tirer des enseignements pour le secteur public. { 1990 } 3 25 Ans : L Approche du Forum

5 Au commencement : les années Ehrenworth de 1987 à 1998 C est aussi ce que comprit Shelly Ehrenworth quand ce concept lui vint à l esprit : le Forum donnerait la possibilité d accomplir quelque chose de spécial, même s il n avait pas encore une idée bien précise de la forme que cela prendrait. Ayant récemment obtenu son M.B.A., Shelly venait d entrer au ministère de l Industrie et du Commerce à Ottawa en Même comme fonctionnaire subalterne, le fossé qu il constatait entre les secteurs public et privé le déconcertait. Malgré l impact évident du gouvernement sur l économie, les fonctionnaires et les chefs d entreprises travaillaient dans des mondes différents et ne se rencontraient que pour régler les crises, plutôt que pour les prévenir. Plus tard, Shelly devait citer des initiatives de politiques mal-conçues, tels le Programme énergétique national et la tentative avortée de réforme fiscale d Allan MacEachen dans son budget de 1981, comme la démonstration la plus éloquente du besoin de combler ce «manque de compréhension». C est pendant son détachement à l Institut Niagara en 1978 qu il comprit comment cela pourrait se faire. L Institut Niagara était un établissement sélect de perfectionnement des cadres supérieurs dont les programmes réunissaient les leaders de différents secteurs pour leur permettre de discuter et d apprendre l un de l autre. L institut offrait la possibilité à des PDG, des chefs syndicaux, des sous-ministres et autres de poser un regard différent sur le monde et de nouer des liens qui les aideraient à mieux faire leur travail. Shelly apprit à organiser des réunions efficaces et, après quatre ans, il quitta Niagara avec dans ses bagages un Rolodex qui s étendait d un océan à l autre. Cela lui serait utile par la suite pour lancer le Forum des politiques publiques, mais Shelly devrait d abord passer par une deuxième période de service au gouvernement fédéral avant que les pièces manquantes ne tombent enfin en place. Shelly devient directeur des Affaires publiques au ministère fédéral du Travail et se vit confier la tâche de gérer les relations Fondateur, Forum des politiques publiques, Sheldon Ehrenworth du gouvernement avec les syndicats canadiens. Le poste prit cependant une toute autre dimension quand Brian Mulroney, un ancien avocat spécialisé en droit du travail, devient premier ministre en Du jour au lendemain, les dirigeants syndicaux voulaient jouer un rôle dans l arène fédérale des politiques publiques et les hauts fonctionnaires voulaient savoir ce que le mouvement syndical pouvait mettre sur la table. S inspirant de la stratégie apprise à l Institut Niagara, Shelly entreprit de réunir les représentants syndicaux et gouvernementaux pour des discussions de haut niveau sur des questions comme les changements technologiques, la formation professionnelle et l adaptation de la main-d œuvre. Toutefois, de l aveu même de Shelly, sa réalisation la plus importante et la plus formatrice fut de poser les jalons d une initiative qui devait s appeler le Conseil canadien du commerce et de l emploi dans la sidérurgie (CCCES), le premier conseil sectoriel canadien. { 1991 } Managing Companies and Unions in the 1990s : Se penchant ensemble sur la gestion des entreprises et des syndicats dans les années 1990, des dirigeants de syndicats et d entreprises informent des sous-ministres fédéraux et provinciaux des défis rencontrés par l industrie forestière en C.-B. et leur disent comment, de l intérieur, ils voient le processus de négociation collective. 25 Ans : L Approche du Forum 4

6 Le CCCES rassemblait les dirigeants syndicaux et les chefs d entreprises pour élaborer une banque de données commune et parler d une seule voix sur les politiques fédérales affectant leur industrie. Depuis de nombreuses années, les gouvernements pressaient les syndicats et les entreprises de collaborer davantage. Or voilà qu ils relevaient le défi et venaient ensemble à Ottawa discuter de commerce, d investissement, de formation, d assurance emploi et de toute une gamme d autres questions. Tout d un coup, un nouvel acteur entrait en scène et ouvrait une brèche dans les barricades bureaucratiques pour générer un véritable flux d idées nouvelles. Les ministres furent impressionnés et un bon nombre de politiques et de réglementations maladroites qui entraînaient des pertes d emplois et de profits dans l industrie sidérurgique et qui menaçaient l accès vital au marché américain purent enfin être supprimées. UN NOUVEAU MODÈLE POUR L ÉLABORATION DES POLITIQUES Avec le CCCES, Shelly comprit ce qui pouvait arriver quand le contrôle exercé par les hauts fonctionnaires sur l agenda et le processus de discussion des politiques publiques était partagé avec les chefs d entreprises. Il y vit la preuve qu un processus plus ouvert d élaboration des politiques, permettant aux parties intéressées de contribuer des points de vue constructifs et éclairés à la discussion, pouvait s avérer bénéfique pour tous. Shelly croyait que ce nouveau modèle d élaboration des politiques pourrait fonctionner à plus grande échelle et le Forum des politiques publiques relèverait bientôt sa gageure à ce sujet. «Pendant l automne 1986, il alla à Toronto parler de ses idées à ses vieux amis de l Institut Niagara. Avec leur appui, il voulait créer une organisation non-partisane ayant pour seul objectif d améliorer le fonctionnement du gouvernement. Cela contribuerait à une fonction Que l on trouve le gouvernement trop gros, trop petit ou plus ou moins comme il faut, l idée qu il devrait mieux fonctionner devrait faire consensus.» publique fédérale plus ouverte sur l extérieur, et favoriserait la compréhension en établissant des communications bidirectionnelles entre le gouvernement et l ensemble du secteur privé. Cette nouvelle entité ne prendrait pas position sur les questions de politiques publiques, mais plutôt s emploierait à stimuler la discussion en y introduisant tout un éventail de points de vue. S il est un groupe à qui le Forum peut attribuer sa paternité, c est bien ce groupe d amis qui renvoyèrent Shelly à Ottawa avec leur bénédiction et un chèque de $, en lui promettant $ s il parvenait à réunir une masse critique de soutien. De retour à Ottawa, en parlant de son projet, Shelly se rendit compte que les réactions étaient mitigées. Certaines sommités s offusquèrent à la suggestion que la fonction publique était déconnectée ou qu elle avait besoin d appuis extérieurs. Néanmoins, quand il s entendit dire par un directeur du Ministère de l Industrie «Nous n avons pas le temps de consulter les entreprises et les syndicats, parce que nous sommes trop occupés à élaborer des politiques», Shelly sut l idée du Forum tombait à point nommé. Heureusement, il n était pas le seul à le penser, et quand un petit groupe de sous-ministres décidèrent de sortir du rang et d y apporter leur soutien moral et financier, il ne resta plus qu à passer à l action. Les champions du Forum dans la fonction publique furent les sous-ministres Mark Daniels, Ray Hession, Gaëtan Lussier et Huguette Labelle. Un conseil d administration fut alors formé pour doter le Forum d une base non partisane. Peter White de la Argus Corporation, ancien secrétaire des nominations et futur secrétaire principal du premier ministre Brian Mulroney, en devint le président fondateur. Bill Lee, le stratège du parti libéral, fut le premier vice-président et, pour avoir un horizon plus vaste et complet, des gens comme Allan Blakeney, ancien premier ministre de la Saskatchewan, vinrent bientôt se joindre au groupe fondateur. Comme devait l affirmer Peter White à la première réunion du conseil : «Que l on trouve le gouvernement trop gros, trop petit ou plus ou moins comme il faut, l idée qu il devrait mieux fonctionner devrait faire consensus.» Literacy Roundtables : Lors de tables rondes régionales, des chefs d entreprise et des dirigeants syndicaux étudient l impact de l analphabétisme au travail et élaborent une stratégie commune pour remédier au problème. { 1992 to 1994 } 5 25 Ans : L Approche du Forum

7 Des hauts dirigeants assistent à l une des premières réunions du Forum des politiques publiques (automne 1988) Plusieurs sous-ministres, de même qu un groupe influent de chefs d entreprises, de dirigeants syndicaux et d universitaires viendraient aussi, éventuellement, siéger à ce conseil d administration composé de 12 membres. Ainsi, avant même d ouvrir ses portes, Shelly avait mis sur pied une organisation avec laquelle il faudrait compter. Il manquait encore une pièce à ce casse-tête, le personnel. Geoff Poapst, le collègue de Shelly à Industrie Canada, fut recruté dans le cadre du programme d échange de cadres de direction et il aida à élaborer le message du Forum dans des discours, articles d opinion, programmes et rapports. Puis une dynamo administrative nommée Barbara Cotterill vint compléter l équipe. Alors, fort de ses 400 pieds carrés d espace de bureaux et de $ en banque, le 22 avril 1987, le Forum prit enfin son envol. LES PREMIERS PAS Le contexte n aurait pu être plus propice à la nouvelle organisation, car le pays digérait alors de grandes idées comme le libreéchange et la réforme fiscale, et les débats faisaient rage sur les soins de santé, l adaptation de la main-d œuvre, l immigration, l éducation et la formation professionnelle. Des gens à l extérieur du gouvernement voulaient se faire entendre et beaucoup de hauts fonctionnaires étaient prêts à considérer de nouvelles idées, surtout si le Forum était là pour organiser les réunions et animer les échanges entre ces interlocuteurs. Shelly se souvient de ces débuts : «On pouvait faire à peu près tout ce qu on voulait, à condition que cela génère des revenus et contribue à créer un noyau de hauts fonctionnaires prêts à endosser notre concept d excellence au sein du gouvernement.» Dès le début, le Forum a réuni des PDG, des sous-ministres et autres leaders pour ses «tables rondes de hauts dirigeants», pour comparer leurs points de vue sur des questions fondamentales de politiques et de gestion. Dans le cadre d un autre volet du programme «sous le microscope», on examinait à la loupe les ministères, les entreprises, les syndicats et autres organisations, afin que les gens de l extérieur puissent voir de près leur façon de gérer leurs affaires et aient l occasion de nouer des liens précieux avec des décideurs importants. Le Forum offrait finalement un éventail de programmes, dont certains visaient à résoudre des problèmes, alors que d autres cherchaient tout simplement à éduquer. Programmes «sous le microscope» Olympia et York et ses principales filiales, Ressources Gulf Canada et Abitibi, étaient les hôtes du premier séminaire «sous le microscope» pour 30 sous-ministres fédéraux et provinciaux. Ce programme explorait les processus internes de la compagnie pour la planification de ses investissements majeurs comme, par exemple, un pipeline dans l Arctique. Les hauts dirigeants expliquaient aussi comment les politiques réglementaires entre autres dans les domaines de la fiscalité, de l environnement et du marché du travail influaient sur leurs décisions. Des ministères ont aussi participé aux programmes «sous le microscope». En mai 1989, 30 cadres supérieurs d entreprises se rendirent à Ottawa pour apprendre à connaître les systèmes d approvisionnement et les processus d achat, et pour discuter de diverses façons de rendre le ministère de l Approvisionnement et des Services plus efficace. Vinrent ensuite Communications Canada et Industrie Canada qui s ouvrirent à leur tour à leurs clients, surtout pour discuter de l amélioration des communications. Depuis des années, ces sessions «sous le microscope» sont l un des grands axes des services offerts par le Forum. { 1996 } CEO Summit on Health Care : À l occasion de ce sommet, deux douzaines de PDG de grandes entreprises rencontrent des fonctionnaires fédéraux et provinciaux pour réfléchir aux façons de renforcer le système de soins de santé à payeur unique du Canada, pierre angulaire de notre compétitivité et de notre qualité de vie. 25 Ans : L Approche du Forum 6

8 DES RENCONTRES QUI SORTAIENT DE L ORDINAIRE Cette série d évènements très réussis valut au Forum la réputation d organiser des rencontres où on pouvait faire connaissance avec des gens qu on n aurait jamais croisés autrement, et avec qui on aurait certainement pas pris place autour d une table de discussion. Si on y ajoutait une question d actualité et la prémisse que les discussions seraient enregistrées mais que les commentaires ne seraient pas attribués sans autorisation, on obtenait alors un échange de vues très franc, qui en plus d être stimulant pouvait même être tout à fait divertissant. L animation était un autre ingrédient de première importance. Pour animer une rencontre et y attirer les personnes les plus pertinentes, le Forum allait habituellement chercher un dirigeant très en vue du secteur privé, du monde syndical ou du milieu des organisations à but non-lucratif. Toutefois, après quelques brèves remarques liminaires, cette personne rejoignait les autres participants, et laissait la place à un animateur chevronné qui dirigeait alors la discussion. Pour une organisation dont la mission commençait à peine à prendre forme, le Forum des politiques publiques attirait déjà beaucoup l attention à la fin de Ainsi, Shelly se souvient : «Nous avons vendu le Forum sur la foi de rencontres que personne d autre ne pouvait organiser et il était rare qu un ou deux des participants ne réussissent pas à convaincre leur entreprise, leur ministère, leur syndicat ou leur organisation à but non-lucratif de commanditer l évènement. Voilà comment nous avons pu clôturer notre premier exercice avec un surplus de $ et $ de commandites.» Le Forum doit énormément et exprime sa profonde gratitude envers le regretté Max Clarkson qui était doyen de la Faculté d administration de l Université de Toronto et qui fut un de ses bienfaiteurs de la première heure. Max était également l un des meilleurs animateurs du pays. Il avait le pouvoir d amener les groupes les plus divers, sinon à un consensus, du moins à une compréhension amicale des points de vues de chacun. Max a partagé ses talents avec le personnel du Forum et, jusqu à ce jour, son approche continue d être utilisée dans ses rencontres. LE DÉCOLLAGE Au cours des 10 années qui ont suivi, le personnel a continué de croître à la mesure du budget annuel. En 1998, Shelly avait enrôlé environ 180 organisations privées et publiques comme membres du Forum et ses sources de revenus se trouvaient alors majoritairement à l extérieur du gouvernement. Des centaines d activités petites et grandes furent organisées pendant la première décennie, mais trois d entre elles, selon Shelly, ont résolument engagé le Forum dans la voie qui est aujourd hui la sienne. Le Forum des hauts dirigeants sur l excellence dans le gouvernement Calgary, février 1988 Calgary pouvait sembler un choix étrange pour réunir huit sous-ministres fédéraux et une douzaine de PDG pour une séance de réflexion sur les façons d augmenter l efficacité de la bureaucratie fédérale. Et pourtant, au bout du compte, on n aurait pas pu mieux choisir le lieu de cette rencontre et la liste de ses participants. Avec le Plan énergétique national encore très frais dans leur mémoire, les vétérans du secteur pétrolier ne savaient que trop ce qui peut arriver quand un gouvernement distant élabore des politiques fondées sur des hypothèses douteuses concernant leur industrie. Ils voyaient donc cette rencontre comme une occasion d apprendre comment les choses fonctionnaient à Ottawa et comment, grâce à de meilleures communications avec les ministères des Finances et de l Énergie, ainsi qu avec les autres départements, on ferait en sorte que les décideurs politiques aient les connaissances nécessaires pour prendre des décisions avisées. Quant aux sous-ministres venus d Ottawa, la rencontre leur offrait la possibilité d expliquer les rouages quelquefois mystérieux de l élaboration des politiques et de la gestion publique, tout en engageant le dialogue avec des leaders influents qui pourraient les aider à relever certains des défis auxquels eux-mêmes faisaient face. Une conversation très réfléchie eut donc lieu pendant deux jours et ces partenaires improbables parvinrent à quelques conclusions fort intéressantes. Ils prirent la défense de la tradition canadienne de non-partisannerie dans la fonction publique, rejetant d emblée le sentiment gagnant du terrain dans certains cercles gouvernementaux qu il fallait politiser la bureaucratie. Blood, Fish and Tears: Des dirigeants des secteurs public et privé se rencontrent pour discuter de stratégies pour améliorer la crédibilité et l acceptabilité des conseils fondés sur la science en ce qui concerne les politiques de réglementation et la prise de décisions. { 1998 } 7 25 Ans : L Approche du Forum

9 «Cela faisait des années que je rencontrais des chefs d entreprises, mais c était la première fois que quelqu un du secteur privé me demandait à quels défis j étais confronté pour diriger mon ministère.» Arthur Kroeger, Sous-ministre, Énergie, mines et resources Les PDG se montrèrent étonnamment intransigeants sur cette question. La plupart d entre eux avaient passé une partie de leur carrière aux États-Unis et ne voulaient absolument pas d un système de récompenses à l américaine. Leur deuxième conclusion fut que certaines notions fondamentales de gestion, essentielles dans toute organisation du secteur public ou privé, avaient été négligées dans la fonction publique; comme si une bonne gestion n était tout simplement pas une priorité! Les PDG trouvaient préoccupante la situation dans la fonction publique et, soucieux que le gouvernement prenne des mesures correctives, ils s engagèrent à faire passer le message à leurs amis du Cabinet. Ils tinrent si bien leur promesse au cours des mois suivants que le vice-premier ministre Don Mazankowski se souviendrait plus tard que son premier contact avec le Forum des politiques publiques fut justement à travers ces PDG qui avaient participé à la rencontre de Calgary et qui le coinçaient dans les aéroports pour lui dire leur façon de penser sur les problèmes au sein de la fonction publique. Calgary fut donc un point tournant parce que, comme le dit Shelly Ehrenworth, «C est là que le Forum apprit ce qu on attendait de lui Les PDG nous regardèrent bien en face et nous dirent Bon, d accord, vous nous avez fait prendre conscience de tout ça, maintenant qu est-ce que vous allez faire pour y remédier? C est à partir de ce moment que nous avons commencé notre campagne pour le changement de la culture de gestion qui avait alors cours à Ottawa, et cela resterait notre priorité numéro un pour les dix années suivantes.» Arthur Kroeger, Sous-ministre Dans la foulée de la rencontre de Calgary, le Forum organisa des sessions semblables dans les grandes villes d un bout à l autre du Canada et il assembla une équipe composée de PDG, d anciens sous-ministres, de dirigeants syndicaux, d universitaires et même d un ancien premier ministre provincial, pour diriger le projet Rendre le gouvernement plus efficace. Cette équipe recommanda qu un groupe de travail composé de spécialistes travaillant au sein du Forum des politiques publiques mette en œuvre les recommandations pour la modernisation des pratiques de gestion dans la fonction publique. Tout au long de l année 1989, des coups de téléphone personnels aux ministres du Cabinet, une couverture médiatique soutenue à la télévision, à la radio et dans la presse écrite et, enfin, une lettre adressée au premier ministre s avérèrent persuasifs : en 1990, le gouvernement lança le Programme FP 2000 qu il présenta comme étant la plus vaste refonte de la bureaucratie fédérale depuis les années Dans son annonce du nouveau programme, le gouvernement faisait siennes les principales recommandations de changement du Forum, toutes sauf une : il ne confierait pas la réalisation du projet à des entités extérieures. FP 2000 devint un exercice interne, ce qui de l avis de la plupart des observateurs de la fonction publique ne fit pas avancer de façon significative la réforme de la gestion. { 2000 } Amendments to the Competition Act and the Competition Tribunal Act : Le FPP rassemble des idées et des opinions sur les modifications à la Loi sur la concurrence et la Loi sur le Tribunal de la concurrence auprès de 2000 organisations et particuliers et rend compte au Tribunal de la concurrence de leurs opinions sur la législation proposée. Le Forum des politiques publiques du 25 Canada Ans : L Approche 25 ans du plus Forum tard 8

10 Marshall Cohen (à droite), ancien président, Olympic & York Enterprises Limited présente à Paul Tellier (à gauche), greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet de Québec, le Prix du premier Banquet et prix d honneur (1988) Le premier Banquet du Forum des politiques publiques Toronto, avril 1988 Deux mois plus tard, le Forum dut encore une fois faire ses preuves. En effet, pourrait-il convaincre les leaders du secteur privé, malgré leur emploi du temps déjà chargé, de participer à une soirée pour honorer les contributions faites au gouvernement et aux politiques publiques? Mais il gagna la partie car plus de 500 invités étaient présents quand Allan Lambert, président de la Banque TD, Ted Newall, PDG de Nova Chemicals, de même que le greffier du Conseil privé Paul Tellier et son prédécesseur Robert Bryce, devinrent les premiers lauréats des prix du Forum des politiques publiques. «Bien sûr, nous nous attendions à une bonne participation des fonctionnaires, se souvient Shelly, mais la moitié des tables étaient occupées par des PDG, ce qui dépassait de beaucoup nos attentes. Le banquet nous offrait une tribune idéale pour diffuser notre message et pour recueillir des fonds et, avec l aide de nos nouveaux collègues de Calgary, nous avions travaillé d arrachepied pour obtenir que le vice-premier ministre Don Mazankowski accepte d être notre conférencier invité. Quand il a évoqué nos principaux thèmes dans son allocution, nous avons compris que nos efforts faisaient leur effet à Ottawa. Au cours de la dernière décennie, le nombre d invités au Banquet d honneur a dépassé 1 400, ce qui en fait un des évènements du genre les plus importants au Canada. Nous cherchions une façon de différencier notre banquet de tous les autres, alors j ai proposé qu on termine l évènement dès 21h30. C est sans doute le service le plus précieux que j aie jamais rendu au Canada un banquet d honneur qui se termine à une heure raisonnable. Geoff Poapst, vice-président fondateur The British Columbia Citizens Forum on Clean Air : Des citoyens de toute la Colombie-Britannique s informent au sujet des questions relatives à l air pur, discutent des politiques possibles et formulent des conseils pour le ministre de l Environnement lors de ce Forum. { 2001 } 9 25 Ans : L Approche du Forum

11 Les prix d honneur Lors de ses banquets annuels à Toronto, le Forum a rendu hommage à près d une centaine de leaders de tous les secteurs pour leurs contributions à la bonne gouvernance au Canada. En 1992, le Prix Hyman Solomon pour l excellence journalistique dans le domaine des politiques publiques fut créé en mémoire de Hyman Solomon qui écrivait des articles sur la fonction publique dans le Financial Post. Depuis 2006, le Prix des leaders émergents attire l attention sur la prochaine génération de décideurs politiques. Sa crédibilité nettement en hausse, le Forum rassembla 50 PDG et une douzaine de sous-ministres fédéraux et provinciaux autour de la table du conseil de la Banque TD pour entendre l ancien président de la Réserve des États-Unis, M. Paul Volker, leur parler de la «crise tranquille dans la fonction publique américaine». Le message qu il leur livra était que les pays se font concurrence sur la base de la compétence de leurs travailleurs et de leurs gestionnaires, et de la qualité de leurs fonctionnaires. On n aurait pu trouver auditoire plus réceptif et, à partir de ce moment-là, l idée selon laquelle une fonction publique efficace compte pour beaucoup dans la compétitivité du Canada devint l un des principaux leitmotivs de l argumentaire du Forum. Shelly est aujourd hui à la retraite, mais lorsqu il repense à toute l aventure, il considère que cette idée saugrenue a bien fonctionné dès le début. Malgré une profonde récession et des coupures radicales dans les dépenses fédérales, d une année à l autre, le Forum a quand-même réussi à hausser le niveau des discussions sur les politiques publiques. Il se remémore les consultations prébudgétaires de 1993, quand des représentants du monde des affaires, des syndicats et des groupes sociaux ont discuté de compromis fiscaux avec Paul Martin et des hauts fonctionnaires qui étaient alors sur le point de s attaquer au déficit. Puis il y eut le Sommet sur les soins de santé, où des leaders du monde des affaires ont défendu le modèle canadien à payeur unique; puis la stratégie commune des employeurs et des syndicats pour lutter contre l analphabétisme; et enfin les réunions annuelles des doyens des facultés de commerce et des sous-ministres fédéraux, où le Forum s employait à augmenter la place des politiques publiques dans les programmes canadiens de M.B.A; et la liste ne cesse de s allonger. Il ne fait aucun doute pour Shelly que le Forum n a jamais cessé d innover et qu il a fait œuvre de pionnier. «Nous avons fait découvrir aux leaders de tous les secteurs de nouvelles idées et de nouvelles manières de se réunir pour discuter de question d actualité. Nous avons réussi à convaincre des centaines et peut-être même des milliers de cadres supérieurs du secteur privé qu il est important d avoir un gouvernement de qualité et qu il vaut la peine de lutter pour l obtenir.» Mais pour Shelly, le succès du Forum était encore mitigé à la fin de sa première décennie. En effet, il était alors déçu que «les efforts pour moderniser la bureaucratie fédérale n aient que peu porté fruit jusque là; que le système lutte encore pour livrer des résultats qui importeraient aux Canadiens et qu il soit plus isolé que jamais de la société dans son ensemble.» Il regrette encore que «Le Forum n ait jamais réussi à mettre la réforme de la gestion au sommet de l agenda du gouvernement, car c était là notre objectif numéro un. Ottawa trouve toujours quelque chose de plus important à faire que de rendre son système plus efficace, et nous n avons malheureusement pas pu changer cela. Quand j ai quitté le Forum en 1998, on s était à peine attaqué aux problèmes fondamentaux de gestion qui avaient tant surpris le groupe de PDG que nous avions réunis à Calgary, et plusieurs de ces problèmes attendent encore une solution aujourd hui. En 1900, les économies et les perspectives de croissance du Canada et de l Argentine étaient semblables. Quatre-vingt-dix ans plus tard, nous sommes prospères et ils s enfoncent dans le marasme. Vous ne croyez pas que les politiques publiques soient importantes. Un participant au Bryce-Lambert Forum { 2003 } Canada In Transition: Une série d ateliers dirigés par des PDG sur le Canada en transition résultent en des conseils au premier ministre pour renforcer la fonction publique du Canada, ses institutions démocratiques et sa place dans le monde. 25 Ans : L Approche du Forum 10

12 les années Zussman de 1998 à 2003 Ancien secrétaire adjoint du Cabinet, puis doyen de la Faculté d administration de l Université d Ottawa, David Zussman était attiré par l idée fondamentale du Forum que, pour toute discussion sur les politiques, il fallait commencer par réunir autour de la table un riche éventail de points de vue et que la culture de gestion à Ottawa devait être ouverte aux idées nouvelles. Il croyait aussi que le Forum était une institution unique en son genre : «Il n existait aucune autre organisation ayant pour unique objectif d améliorer le secteur public, et cela n a pas changé jusqu à ce jour.» Alors, quand le Forum des politiques publiques a établi le Centre de recherche sur la gestion publique en 1995, il accepta l invitation que lui fit Shelly d en devenir le directeur à temps partiel, tout en continuant de travailler à l université. Le programme de recherche du Centre avait pour but de stimuler l innovation et de mettre en lumière les enjeux émergents dans la fonction publique. Ses études dans divers domaines ont été très remarquées, entre autres celles sur les nouveaux modèles de prestation de services et sur la gestion du talent, ainsi que celles sur les critères d évaluation pour l embauche des nouveaux diplômés universitaires. Quand Shelly décida de prendre sa retraite en 1998, le conseil d administration vit aussitôt en David Zussman son successeur logique. Les travaux universitaires et l expérience initiale de David au Forum étaient axés sur les questions de gestion. Or ces questions constituaient le noyau-même du travail du Forum. Quand il devint président-directeur général, le Forum fut invité à constituer et diriger un panel d experts externes pour conseiller le greffier du Conseil privé sur les questions de gestion publique, ce qui conduirait éventuellement à des réformes importantes suite à la Loi sur la modernisation de la fonction publique de Au même moment, le Forum des politiques publiques lança son symposium annuel Comment Ottawa gouverne. Celui-ci mobilisait des ministres, du personnel politique et des hauts fonctionnaires «Bien que j aie passé toute ma carrière dans le secteur privé, j ai toujours conservé un intérêt très vif et non-partisan pour l élaboration de politiques avisées et pour l excellence au sein du gouvernement. Mon implication dans le Forum des politiques publiques a été pour moi une occasion inespérée d enrichir ma compréhension des défis qu il faut relever pour atteindre ces deux objectifs. Je garde de bons souvenirs de mon expérience au Forum et je considère qu elle m a bien préparé au rôle que je devais assumer plus tard comme conseiller en gestion des ressources humaines dans la fonction publique fédérale, notamment comme président du Comité consultatif sur le maintien en poste et la rémunération du personnel de direction. Lawrence Strong, président de Unilever Canada pour donner aux dirigeants du monde des affaires et du secteur à but non-lucratif et à d autres groupes un aperçu d initiés sur les rouages du gouvernement fédéral. Toutefois, alors même que ces contributions se poursuivaient, l activité principale du Forum se déplaçait vers des programmes et des actions qui rassemblaient des spécialistes, des parties intéressées et des fonctionnaires pour examiner ensemble des défis spécifiques relatifs aux politiques. Ceci devint donc le second pilier du travail du Forum.» Bringing Employers into the Immigration Debate : À partir de données d enquête sur la maind œuvre immigrante, des dirigeants de tous les secteurs formulent des recommandations à l intention des gouvernements fédéral et provinciaux. { 2004 } Ans : L Approche du Forum

13 David Zussman, président, Forum des politiques publiques, l hon. David Anderson, ministre de l Environnement, Dr Amory Lovins, physicien et l hon. Paul Martin, ministre des Finances (2000) Comment le symposium Comment on gouverne à Ottawa est resté un programme de base jusqu à ce jour et comment il a été présenté dans plusieurs villes à l extérieur d Ottawa, dont Calgary, Toronto et Washington Évoquant son arrivée au Forum, David se souvient que «Le gouvernement fédéral venait de terminer une évaluation de ses programmes. On sortait également d une période de gel des salaires. L économie était en plein essor et les ministères se cherchaient de nouvelles activités. De plus, les ministères avaient la possibilité d appuyer le Forum en contribuant frais de projets comme aux droits d adhésion. Ceci nous a aidé à augmenter notre personnel, ce qui devenait nécessaire pour répondre à la demande d idées nouvelles relatives aux politiques dans des domaines de plus en plus nombreux.» Certains de ces nouveaux employés venaient de ministères fédéraux dans le cadre du Programme Échanges Canada et étaient donc bien connectés dans les divers centres d élaboration des politiques du gouvernement. Du coup, se souvient David, «nous étions très forts pour voir au-delà de l horizon et anticiper les enjeux politiques de demain. Cela voulait dire que nous pouvions organiser en moins de deux une rencontre ou, même présenter un rapport, alors que les ministres et leurs fonctionnaires commençaient à peine à recueillir des avis sur l une ou l autre de ces questions de politiques.» L APPROCHE DU FORUM Le temps et le moment sont déterminants dans l élaboration des politiques publiques et sa capacité d offrir des conseils constructifs et de faire des recommandations dès les premières étapes du processus a toujours distingué le Forum des autres groupes de réflexion qui auraient voulu être influents à Ottawa. Mais David pense aussi que sa réputation d organisateur hors pair de discussions sur des questions de politiques, de même que sa composition non-partisane et son approche non idéologique étaient tout aussi importantes. «Nous n abordions pas ces questions du point de vue de la gauche ou de la droite, ou du point de vue spécifique du milieu des affaires ou des syndicats. Les recherches que nous faisions pour préparer nos conférences présentaient toujours un ensemble d opinions pertinentes, sans pourtant que nous en soutenions une plus que les autres. Au bout du compte, nous défendions nos rapports et les conclusions auxquelles étaient parvenues les personnes que nous avions réunies. Mais ces conclusions leur appartenaient à elles, pas au Forum.» { 2005 } China s Economic Growth Do We Have a Game Plan? Des dirigeants gouvernementaux et industriels élaborent pour les secteurs fédéral, provincial et privé des stratégies visant à tirer profit de la révolution économique chinoise. 25 Ans : L Approche du Forum 12

14 Session plénière à la table ronde du Forum sur la transformation économique de l Ouest. Professeur Richard Harris, Université Simon Fraser, Hugh MacDiarmid, président du conseil d administration, Forum des politiques publiques, Roslyn Kunin, Roslyn Kunin & Associates Inc et Oryssia Lennie, Diversification de l économie de l Ouest Canada (2003) David attribue à Max Clarkson la paternité de cette «façon de faire» du Forum pour organiser et animer des discussions sur les politiques. «Nous avons appris à faire confiance au processus que nous a légué Max et il ne nous a jamais fait défaut. Plusieurs règles essentielles régissent le processus. En premier lieu, le Forum doit contrôler le programme et la liste des participants pour les évènements qu il organise. Cela n est pas toujours facile quand c est quelqu un d autre qui paye la note et qui, pour cette raison, se sent autorisé à façonner le résultat en décidant qui participera à la discussion et comment les questions seront posées. La deuxième règle est que les discussions en table ronde et même les grandes conférences doivent être structurées de manière à ce que toute personne qui y participe puisse apporter son grain de sel, si on veut pouvoir attirer des participants de haut niveau. Et enfin, il faut produire un rapport qui rende bien compte de la discussion, y compris des opinions dissidentes, et qui arrive entre les mains des décideurs concernés avant que les orientations des politiques ne soient irrémédiablement fixées.» INFLUENCER LES POLITIQUES Sous la gouverne de David Zussman, le Forum a pu aider à faire la lumière sur un grand nombre de questions complexes, y compris la gestion des sciences du gouvernement, la réforme de la Loi sur la concurrence et la réduction du chômage chez les jeunes. L approche du Forum consistait à s assurer que chaque question était étudiée à fond, puis d essayer de produire des recommandations que les ministres et les hauts fonctionnaires trouveraient utiles. S il est encore des gens qui demandent si un groupe d individus discutant autour d une table peut vraiment influencer la façon de penser ou d agir du gouvernement, David sait par expérience que la réponse est souvent oui. En effet, l étude et l évaluation des différentes options sont à la base de l élaboration des politiques. «Bien sûr, ajoute-t-il, les gouvernements ne veulent pas toujours écouter. Il arrive que les politiques découlent directement de leurs programmes électoraux ou qu elles soient une question d idéologie, ou encore ils croient qu ils ont déjà réponse à tout. Mais on peut encore attirer l attention sur des perspectives qu ils n avaient peut-être pas considérées.» Microscope on Foreign Affairs and International Trade Canada : Des hauts fonctionnaires de MAECI informent des chefs d entreprise, des dirigeants universitaires et des dirigeants d ONG sur les défis en matière de politique étrangère et échangent des idées sur le rôle et les pratiques de gestion du ministère. { 2006 } Ans : L Approche du Forum

15 «À l époque où j étais ministre de la Santé, nous avons reçu toutes sortes de suggestions et de recommandations sur l avenir des soins de santé au Canada, culminant avec le rapport de la Commission Romanow. Puis le Forum y est allé d une contribution très utile avec sa conférence Passer du débat à l action. Cette discussion a aidé à faire le tri parmi toutes les recommandations et a permis au gouvernement fédéral de se concentrer avec une confiance accrue sur la préparation de la Réunion des premiers ministres sur la santé qui devait culminer avec la signature d un accord en mai L honorable Anne McLellan Certaines rencontres ont inévitablement un plus grand impact que d autres, mais quand on organise quelques douzaines d évènements haut de gamme chaque année, on est assuré de frapper au moins quelques coups de circuit. David se rappelle de trois décisions relatives à des politiques publiques où le travail du Forum a clairement fait une différence. L Accord des premiers ministres sur le renouvellement des soins de santé Suite à la publication du rapport de la Commission Romanow en 2002, le Forum organisa une conférence appelée Passer du débat à l action : Assurer l avenir du système des soins de santé au Canada. La conférence était financée par 18 organisations du secteur des soins de santé, dont la Société de l arthrite et les Infirmières de l Ordre de Victoria, et elle réunissait plus d une centaine de participants du gouvernement et du secteur de la santé. Elle avait pour but de dégager un terrain d entente et de créer une dynamique conduisant à un accord fédéral-provincial sur le renouvellement du système des soins de santé.» Suite à des discussions en petits groupes et en plénières, les participants en arrivèrent à un certain consensus sur les approches à utiliser concernant huit questions prioritaires, dont la gouvernance, la responsabilisation et les dimensions financières sous-jacentes des soins de santé au Canada. À la fin des discussions, une délégation de participants présenta les recommandations de la conférence à la ministre fédérale de la Santé et à des représentants provinciaux de haut niveau. La possibilité de faire ainsi rapport directement aux responsables peut être un outil puissant. Aussi les participants de la délégation ne ratèrent-ils pas cette chance inespérée de dire à la ministre «Le temps d agir est venu et les gouvernements doivent mettre de côté les conflits de juridiction pour opérer des changements.» Puis ils présentèrent leurs recommandations sur la forme et la substance d un éventuel accord fédéral-provincial sur les soins de santé et ils firent savoir qu ils étaient prêts à le défendre sur la scène publique, tout en faisant pression sur les deux niveaux de gouvernement pour qu ils le signent. Autrement dit, la rencontre n avait pas seulement servi à identifier des progrès souhaitables sur quelques unes des questions importantes; le Forum avait également mobilisé un réseau de soutien crédible qui pourrait aider la ministre fédérale et ses collègues provinciaux à vendre le concept à leurs cabinets respectifs et au grand public. Selon David Zussman, ce fut là l évènement clé qui traça la voie vers l Accord des premiers ministres sur le renouvellement des soins de santé qui fut enfin paraphé en mai Création des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) En 1998, le Forum organisa une séance de remue-méninges sur les questions de recherche en santé et sur le rôle du Conseil de recherches médicales du Canada (CRM). Allan Rock, le ministre fédéral de la Santé, se joignit au groupe pour entendre ses conclusions et exprima son accord de principe avec la suggestion que le Canada suive l exemple des États-Unis et d autres pays en adoptant une approche plus stratégique d allocation des fonds de recherche. M. Rock souligna cependant que toute nouvelle institution de financement devrait se doter d une structure de gouvernance inclusive qui prendrait en compte les besoins et aspirations de toutes les parties intéressées. Le Forum consacra donc la meilleure partie de l année suivante à aider un groupe de travail d intéressés à dégager un consensus sur la manière { 2007 } Ministerial Forum on Organized Crime: Lors d un forum ministériel, des ministres et sous-ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux font le point sur la recherche et les meilleures pratiques, au Canada et à l étranger, pour combattre le crime organisé. 25 Ans : L Approche du Forum 14

16 dont serait gouvernée une nouvelle institution de financement et présenta ses conclusions dans un rapport destiné au ministre. C est cela et le leadership exceptionnel du président du CRM, le Dr Henry Friesen, qui finit par convaincre le gouvernement de passer à l action. Le CRM devint alors les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) qui furent officiellement annoncé dans le budget de 1999 qui leur allouait une augmentation importante de leur base de financement. Le Forum des politiques publiques a contribué à établir de meilleures relations entre le gouvernement fédéral et les organisations du secteur bénévole, ce qui nous permet de mieux servir les Canadiens. Al Hatton président de Centraide Canada Assurer un rôle au secteur bénévole L implication accrue du secteur bénévole dans le processus d élaboration des politiques fédérales est un domaine où l impact du Forum a été considérable. Cela commença à l occasion de quelques rencontres novatrices qui réunirent à Banff des leaders du monde des affaires et du milieu universitaire, des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux, et des dirigeants des principales organisations bénévoles comme Centraide Canada, les Fondations communautaires du Canada et le Regroupement des organisations nationales bénévoles. Le but de la rencontre était de permettre au secteur bénévole de se présenter aux autres groupes et de mieux se faire connaître d eux. La discussion porta sur l impact économique et social des organisations bénévoles et se conclut par un appel à la tenue de pourparlers de haut niveau en vue de renforcer les partenariats avec le gouvernement pour l élaboration des politiques et la prestation des services.» On passa alors à l étape suivante, soit la répétition du même processus avec les décideurs de haut niveau à Ottawa. Le vice-premier ministre, le ministre des Finances et les sousministres les plus importants participèrent à cette discussion et les représentants du secteur bénévole tirèrent le meilleur parti possible de l occasion : ils évitèrent de se plaindre du financement ou des problèmes relatifs au cadre institutionnel et mirent plutôt de l avant des idées efficaces et rentables pour augmenter leur impact sur la qualité de vie au Canada. Les leaders fédéraux furent favorablement impressionnés et l Initiative sur le secteur bénévole et communautaire, d une valeur de 150 millions de dollars, en découla directement. Cette initiative unique avait pour but de renforcer les relations entre le gouvernement du Canada et le secteur bénévole, et d accroître la capacité de celui-ci de fournir des services aux Canadiens. David Zussman a aujourd hui repris ses fonctions à l Université d Ottawa et il se souvient avec satisfaction des années passées au Forum : «Nous pouvons faire remonter directement aux processus mis en marche par le Forum plusieurs des développements les plus importants relatifs aux politiques, aux pratiques et aux institutions.» Mais il croit que l influence du Forum est encore plus étendue que cela, dans la mesure où le perfectionnement du processus qui permet de rassembler plusieurs voix autour de la table de discussion est en soi une contribution essentielle. Des milliers de personnes ont fait l expérience des méthodes de travail du Forum et David croit que, aussi longtemps que les gouvernements resteront à l écoute des parties intéressées et seront intéressés par un débat honnête sur des questions de politiques, la «façon de faire du Forum» continuera de bien servir les Canadiens. Canada s Nuclear Renaissance : Des dirigeants d entreprise, de syndicats et gouvernementaux rencontrent des responsables de la réglementation pour évaluer les politiques et les réglementations en matière d énergie nucléaire à la lumière des nouvelles tendances en matière de production électrique nucléaire. { 2008 } Ans : L Approche du Forum

17 les années Jodi White de 2004 à 2009 Le premier contact de Jodi White avec le Forum des politiques publiques remonte au début des années 1990, quand elle était chef de cabinet de Joe Clark, alors ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Mulroney. Elle fut impressionnée par les gens que cette organisation pouvait réunir autour d une table et par son idée qu on pouvait travailler à l extérieur du gouvernement pour bâtir une fonction publique plus performante. Après son passage au secteur privé, elle se joignit au conseil d administration du Forum en 1989 et en fut la présidente de 1994 à Elle savait donc à quoi s attendre quand elle en devint la troisième présidente-directrice générale en janvier 2004, et elle avait déjà ses propres idées quant à l orientation qu elle voudrait donner à l organisation. Quand Jodi prit les rennes, il n existait aucun besoin pressant de changer le plan d affaires du Forum. Les finances étaient en bon état et, à Ottawa, le Forum s était taillé une solide réputation d intermédiaire de confiance dans les discussions de politiques publiques. Mais les contacts et les intérêts de Jodi étaient bien différents de ceux de David Zussman. L expérience et les perspectives du PDG influencent inévitablement les questions auxquelles s intéresse le Forum, de même que sa façon de fonctionner et le choix de ses collaborateurs. Ainsi, Jodi voulait en revenir à une concentration prioritaire sur les questions de gestion et intensifier les efforts du Forum pour aider les hauts fonctionnaires à comprendre combien le Canada peut paraître différent quand on le contemple de l extérieur de la capitale nationale. Pour relever ce défi, le Forum se devait d être moins replié sur Ottawa et de renouer avec les leaders du secteur privé, surtout dans l Ouest du Canada où le nombre de membres avait diminué. L ÈRE DE LA MINORITÉ Même si le Forum est à juste titre fier de son caractère non-partisan, il ne peut pas être entièrement à l abri de la politique. Or six mois après l accession de Jodi à la direction, le pays connut un changement politique dramatique quand, en juin 2004, les Canadiens élurent leur premier gouvernement minoritaire depuis un quart de siècle. Le marché à Ottawa pour des idées nouvelles et audacieuses en matière de politiques se mit à rétrécir et il devint clair que, pour demeurer pertinent et rentable dans ce nouvel environnement, il faudrait donner un coup de barre. Le Forum pourrait-il en effet continuer d attirer à ses tables rondes et conférences des participants de haut niveau, particulièrement du secteur privé, si la possibilité d influencer le cours des politiques s avérait plus restreint qu au cours des années Zussman? Jodi découvrit bientôt, comme Shelly l avait appris au cours des premières années, que les PDG aiment avoir une bonne discussion. Avec un thème d actualité, un processus approprié et une stratégie de marketing efficace, on peut remplir une salle avec des personnes influentes qui y viennent surtout pour échanger et apprendre les unes des autres. Jodi retient principalement deux des évènements organisés au début de son mandat. En novembre 2004, la conférence organisée par le Forum, intitulée Notre avenir énergétique réunit 160 cadres supérieurs du secteur privé, des associations industrielles et des groupes environnementaux, de même que des gouvernements de niveau fédéral et provinciaux. L objectif était d évaluer les défis énergétiques était alors confronté le pays et de peser le pour et le contre d éventuelles politiques et de planifications «plus nationales», afin de décider si celles-ci pourraient être plus rentables pour les Canadiens. Cette idée n apparaissait pas encore sur les écrans de { 2008 } Risk Management and Economic Stimulus Programming : La vérificatrice générale Sheila Fraser et le président du Comité permanent des comptes publics, Shawn Murphy, rencontrent des vérificateurs et des spécialistes de la gestion des risques pour réfléchir aux moyens d offrir rapidement et efficacement le programme de stimulation économique du gouvernement, d une valeur de 40 milliards de dollars, en respectant les exigences en matière de responsabilité et de transparence. 25 Ans : L Approche du Forum 16

18 radar à Ottawa, mais Jodi se souvient que «Nous avions réussi à réunir la plupart des dirigeants du secteur de l énergie au Canada et ceux-ci endossaient cette idée comme étant essentielle pour concilier les enjeux énergétiques et environnementaux du pays.» Cela soulignait encore une fois non seulement l écart considérable qui existait entre les décideurs politiques et les principales parties intéressées, mais aussi le rôle unique joué par le Forum depuis sa création : soulever des questions que personne d autre ne posait. Le programme Le rôle changeant des gouvernements dans une économie du 21 e siècle, inauguré en 2005, ratissait également très large au sein des secteurs public et privé. On commença par effectuer un sondage détaillé auprès des leaders d opinion, puis on organisa six ateliers régionaux, chacun présidé par un chef de file respecté du milieu d affaires local. Au total, plus de 100 hauts responsables des affaires, de la société civile, des gouvernements fédéral et provinciaux et du milieu universitaire se réunirent pour partager des idées sur le rôle des gouvernements dans l économie mondiale en évolution. Jodi se souvient du programme et du contexte dans lequel il se déroulait : «Il nous semblait alors que les gouvernements un peu partout au monde s efforçaient de relever des défis comme le vieillissement de la main-d œuvre et l émergence de la Chine et de l Inde comme puissances industrielles, tandis que le Canada restait enlisé dans le débat sur la façon de choisir les gagnants et les perdants. Mais nos participants, notamment les leaders du monde des affaires, étaient très en avance sur le gouvernement fédéral quant à leurs idées sur des politiques dynamiques pour stimuler la croissance et la création de richesse. Nous avons évité d employer le terme stratégie industrielle, mais c est essentiellement cela que nous discutions.» Dans les milieux d affaires, la réaction à Notre avenir énergétique, Le rôle changeant des gouvernements et à d autres programmes semblables fut extrêmement favorable. Non seulement les dirigeants d entreprises prenaient plaisir aux discussions, mais beaucoup d entre eux voulaient s engager davantage. L idée de Jodi était de les impliquer d abord dans une discussion approfondie des questions qui les touchaient de près ainsi les PDG du secteur de l énergie vinrent à une réunion sur la stratégie énergétique puis de les faire sortir de leur domaine d intérêt immédiat en les intéressant Couverture du programme de notre conférence Notre avenir énergétique(2004) India Rising : Des leaders du monde des affaires, du gouvernement, du milieu universitaire et du secteur juridique s informent sur le paysage économique changeant en Inde et discutent des possibilités de développement commercial et du resserrement des relations commerciales. { 2009 } Ans : L Approche du Forum

19 graduellement aux thèmes traditionnels du Forum. Elle voulait qu ils fassent le lien entre la qualité de la fonction publique et celle de l environnement où s élaborent les politiques et les réglementations qui affectent leurs propres activités commerciales. Toutefois, au-delà de ces considérations, il faut reconnaître qu il y a toujours eu dans le monde corporatif canadien des dirigeants convaincus qu un bon gouvernement, s il est bon pour les affaires, l est aussi pour l ensemble du pays. Les individus qui avaient entendu l argumentaire de Shelly à Toronto en 1987 étaient taillés dans cette étoffe, comme l étaient aussi les PDG de Calgary qui avaient donné au Forum sa feuille de route l année suivante. Au moment de célébrer le vingtième anniversaire du Forum, Jodi voulait donc exploiter le même filon. Quand Jodi est devenue présidente-directrice générale, environ 60 % des membres et des revenus du Forum venaient de sources gouvernementales, en majorité des ministères et des agences fédérales. Quatre ans plus tard, les proportions étaient inversées. Soixante pour cent des revenus venaient alors de sources non fédérales, le monde corporatif était beaucoup mieux représenté et, à l exception de trois, toutes les provinces et tous les territoires avaient adhéré au Forum. Elle se souvient d avoir approché les PDG avec un message aussi simple que familier : «À l heure de la mondialisation, loin de s agrandir, le Canada rétrécit. Nous ne serons jamais les plus riches ou les plus forts. Alors, pour conserver notre place dans le monde, nous devons être les plus intelligents et les plus habiles, et le gouvernement joue un rôle énorme là-dedans.» Un des objectifs prioritaires de Jodi était de rapprocher le Forum de ses origines en élargissant sa base et en attirant des membres qui soutiendraient une multitude d initiatives visant à revivifier l ensemble du processus gouvernemental au Canada. Cela voulait dire lancer des programmes qui se concentreraient sur le renouvellement démocratique, la restauration de la crédibilité des sociétés d État, l engagement des citoyens et des communautés dans l élaboration des politiques qui les affectaient et, même, de repenser les partis politiques et de revoir leur rôle dans le processus de gouvernance. L initiative phare, cependant, devait être La fonction publique du Canada au 21 e siècle Destination : L excellence. Cette étude de 18 mois, dirigée par l ancien sous-ministre fédéral Ian Green, dépassait tout ce qu avait fait jusqu alors le Forum, tant par son étendue et sa rigueur, que par son coût. Pour en assurer le financement, Jodi approcha les sponsors corporatifs du Forum et sollicita des contributions beaucoup plus élevées que leurs commandites habituelles. Il s en trouva beaucoup, même des membres du conseil, pour s étonner qu elle s adressât ainsi au secteur privé pour financer une étude majeure sur la fonction publique. En y repensant, elle se souvient que «La collecte de fonds pose toujours un défi, mais j ai quand-même été surprise que dans les faits cela fût si facile. En effet, il y avait de nombreux PDG à qui je n ai pas été obligé de forcer la main, car ils se souciaient déjà de la fonction publique et la direction qu elle prenait. Cinq ou six entreprises ont ainsi apporté les ressources dont nous avions besoin et sans y attacher la moindre condition.» Destination : L excellence était l étude la plus ambitieuse sur la fonction publique fédérale depuis la Commission royale Glassco dans les années Le Forum a mis en place un programme de recherches approfondies et organisé des consultations pancanadiennes avec des dirigeants des secteurs privé et publics, des groupes de la société civile et des citoyens ordinaires. Elle a aussi recueilli les opinions et les points de vue exprimés à l occasion de 14 tables rondes régionales et d entrevues avec 50 Canadiens éminents. Avec tout ce matériel, le Forum a pu peindre un portrait détaillé de la sorte de fonction publique dont aurait besoin le Canada au 21 e siècle et déterminer l écart entre cette vision et la réalité. Puis il a proposé 10 recommandations fondamentales pour combler cet écart et bâtir une culture de gestion saine, avec un leadership durable et de haute qualité et une imputabilité moderne. { 2009 } Hommage à Kevin Lynch : D anciens premiers ministres, des ministres et des dirigeants de tout le Canada se réunissent à Ottawa pour rendre hommage à Kevin Lynch, ancien greffier du Conseil privé et saluer sa contribution de la fonction publique à notre prospérité et à notre qualité de vie. 25 Ans : L Approche du Forum 18

20 La fonction publique du Canada au 21 e siècle Destination : L excellence Portant principalement sur la haute direction de la fonction publique, Destination : L excellence contenait des recommandations précises pour : 1. Améliorer la gestion du rendement 2. Nommer les sous-ministres pour des mandats d une durée de trois à cinq ans 3. Reconnaître la valeur de l expérience acquise à l extérieur du gouvernement fédéral 4. Rendre la tâche plus faisable pour les sous-ministres 5. Transformer les organismes centraux du gouvernement pour qu ils cessent d être des «contrôleurs» et deviennent plutôt des «facilitateurs» 6. Stimuler l innovation organisationnelle 7. Revitaliser le processus de dotation à tous les niveaux 8. Actualiser l apprentissage en milieu de travail 9. Revoir en profondeur les règles du jeu dans le domaine des ressources humaines et de la gestion financière 10. Encourager l engagement politique dans les réformes de la fonction publique. Depuis sa création, le Forum entretient des relations positives et productives avec les ministères et les agences fédérales et avec les sous-ministres qui comprennent bien la valeur qu ajoutent les contributions du Forum aux discussions sur les politiques. Toutefois, aussitôt que la discussion se déplace vers les questions de gestion, on peut observer que les poils se hérissent à Ottawa. Shelly s en est rendu compte avec Rendre le gouvernement plus efficace et, vingtcinq ans plus tard, le sentiment dominant à Ottawa était encore que toute discussion des lacunes au sein de la fonction publique ou de ses orientations futures devrait rester en famille. Aussi, on ne s étonna guère que la réaction des milieux officiels à Ottawa au rapport Destination : L excellence fût plutôt tiède. Pourtant, les commentaires officieux de certains sous-ministres et d autres personnes furent très positifs, et le rapport suscita des attentes quant au renouvellement dans les hauts échelons de la fonction publique. Compte tenu de la portée et de la rigueur de l exercice, Jodi avait espéré que sa tentative servirait à encourager les réformateurs et produirait des résultats plus concrets que ce qui en est finalement sorti. Elle reste convaincue, néanmoins, que l étude et les recommandations qu elle contient auront de l écho pendant longtemps. «Nous y avons identifié les orientations de réformes que l un ou l autre de nos gouvernements futurs devra éventuellement adopter pour que le pays puisse enfin se doter de la fonction publique dont il aura besoin au 21 e siècle. En plus, nous avons démontré qu il existe une base politique et économique influente dans tout le pays, qui estime que la fonction publique constitue une institution nationale fondamentale méritant une plus grande attention.» En réfléchissant à l impact du Forum sur la qualité du gouvernement, Jodi se remémore ce que ses fondateurs avaient en tête quand ils le mettaient sur pied. «Ils croyaient que la fonction publique était isolée du monde à l extérieur du gouvernement et que les pratiques de gestion fédérales étaient tristement inadéquates. Ces problèmes sont toujours d actualité, mais ils constituent des cibles mobiles et on ne pourra jamais les régler tous, une fois pour toutes. C est pourquoi il ne faut jamais arrêter de taper sur le clou et c est ce que le Forum a toujours fait.» Journée de la science au Canada : Plus de 100 personnalités de l industrie, du gouvernement et du milieu de la recherche ont identifié des voies pour créer une culture d innovation et en faire une pratique courante au Canada. { 2009 } Le Forum Ans : L Approche des politiques du publiques Forum du Canada 25 ans plus tard

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