BILAN DU RENDEZ- VOUS NATIONAL SUR LES INEGALITES SOCIALES

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1 BILAN DU RENDEZ- VOUS NATIONAL SUR LES INEGALITES SOCIALES Mars 2015

2 TABLE DES MATIERES 1. BILAN DU RENDEZ- VOUS NATIONAL : UN CONSENSUS FERME EN FAVEUR DE LA RÉDUCTION DES INÉGALITÉS SOCIALES 1 LES FAITS SAILLANTS DU RENDEZ- VOUS NATIONAL DIX FACTEURS DE SUCCES DE L EVENEMENT LE RENDEZ- VOUS STRATEGIQUE SUR LES INEGALITES SOCIALES 2. BILAN DU SONDAGE 6 3. BILAN DES ATELIERS DELIBERATIFS 7 ATELIER 1 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN MODIFIANT LA FISCALITE DES PARTICULIERS? ATELIER 2 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN MODIFIANT LA FISCALITE DES ENTREPRISES? ATELIER 3 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN MODIFIANT LES TRANSFERTS SOCIAUX? ATELIER 4 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN MODIFIANT LES SERVICES PUBLICS? ATELIER 5 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN MODIFIANT LE MARCHE DU TRAVAIL? ATELIER 6 : COMMENT MISER SUR L EGALITE EN PRODUISANT DE LA SOLIDARITE? 4. BILAN DE LA SIMULATION 11 OBJECTIFS DEROULEMENT BILAN ET RETROSPECTIVE 5. BILAN DE LA PARTICIPATION 17 REPRÉSENTATION RÉGIONALE NIVEAU DE SCOLARITÉ GROUPE D ÂGE ET GENRE ÉVALUATION DE L EVENEMENT 6. LES RETOMBEES ET SUITES DU RENDEZ- VOUS NATIONAL SUR LES INEGALITES 20 ANNEXE 1 PROGRAMMATION ANNEXE 2 ÉQUIPE DE L EVENEMENT ANNEXE 3 CONFERENCIERS ANNEXE 4 PARTENAIRES DE L EVENEMENT Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique; ils ont à la fois valeur de féminin et de masculin i

3 1. Bilan du Rendez- vous national : Un consensus ferme en faveur de la réduction des inégalités sociales Après deux ans de consultations, de délibérations et de communications autour de la question, l Institut du Nouveau Monde (INM) a tenu son Rendez- vous national sur les inégalités sociales. L événement a eu lieu au Cœur des sciences de l UQÀM à Montréal, les 24 et 25 octobre 2014, et a réuni des acteurs socio- économiques, des experts et des citoyens de toutes les régions du Québec autour des moyens à prioriser pour réduire les inégalités. Avec des gouvernements au niveau provincial et fédéral qui souhaitent réformer les missions et façons de faire de l État, ce grand événement est plus pertinent que jamais. L INM y a invité les citoyennes et citoyens à discuter des moyens pour réduire les inégalités au Québec. L événement a permis d explorer les principes et priorités à mettre de l avant pour diminuer les inégalités économiques et sociales. Ce fut également l occasion de susciter l intérêt du grand public, des médias et des décideurs sur la question des inégalités sociales. Le bilan de l événement est clair, confirmé par les résultats d un sondage : il existe un consensus ferme au Québec en faveur de la réduction des inégalités sociales. Les faits saillants du Rendez- vous national Un événement ayant mobilisé 245 personnes des quatre coins du Québec. Un taux de satisfaction des participants envers l événement de 92 %. La présence de deux conférenciers internationaux de prestige : James K. Galbraith, professeur d économie à l Université du Texas à Austin et Romain Rancière, professeur à la Paris School of Economics et chercheur au Fonds monétaire international. Une simulation à grande échelle inédite, réunissant 100 participants représentatifs du Québec aux niveaux socioéconomique et géographique. Un total de 15 présentations et conférences d experts. La production d un numéro spécial de la Revue vie économique sur les inégalités, remis à chaque participant. Un sondage national réalisé dans les semaines précédant le Rendez- vous qui démontre que la majorité des Québécois sont en accord avec le fait que la réduction des inégalités sociales soit une priorité au Québec. 1

4 Six ateliers délibératifs permettant d aborder la question des inégalités sociales sous différents angles : la fiscalité des particuliers et des entreprises, les transferts sociaux, les services publics, la régulation du marché du travail et la solidarité. L appui essentiel de douze partenaires qui, grâce à leur soutien financier ou en services, ont permis la réalisation d un événement dynamique et inspirant : Le Secrétariat à l action communautaire autonome et aux initiatives sociales du gouvernement du Québec, la Fondation Lucie et André Chagnon, la succession Paul- Bernard, l Université du Québec à Montréal, la Centrale des syndicats du Québec, Unifor, la Revue vie économique, Keolis Canada, Intercar, Autobus Maheu, Le pain dans les voiles, Café Rico. Une plénière de clôture réunissant des acteurs- clés de la société civile : Jacques Létourneau (président de la Confédération des syndicats nationaux), Michèle Bazin (vice- présidente du Conseil du patronat du Québec), Alexa Conradi (présidente de la Fédération des femmes du Québec), Damien Auger (vice- président exécutif de Force Jeunesse). Dix facteurs de succès de l événement 1. Le caractère non partisan de l INM, sa notoriété croissante et sa réputation de professionnalisme ; 2. La diversité sociodémographique et géographique des participants ; 3. La pertinence et l actualité de la question des inégalités sociales ; 4. La variété des solutions abordées et l obligation de résultat liée aux ateliers délibératifs ; 5. Le grand nombre de conférenciers, spécialistes et animateurs présents ; 6. L accessibilité de l événement aux personnes à faible revenu et en régions ; 7. Le travail d une équipe d organisation expérimentée et audacieuse ; 8. L esprit d innovation dans les méthodes d animation et de recrutement ; 9. Les bonnes relations avec les partenaires et les commanditaires ; 10. Le lieu central et rassembleur. 2

5 Le Rendez- vous stratégique sur les inégalités sociales Une démarche d envergure sur un sujet incontournable Les inégalités sont en hausse et elles nuisent à l économie, à la démocratie et à la société. Souvent présentées comme inéluctables, elles sont le reflet de choix de société. C est dans cette perspective que l INM a lancé en février 2013 le Rendez- vous stratégique sur les inégalités sociales, vaste démarche délibérative qui vise à faire émerger une volonté sociale claire pour les réduire. Le Rendez- vous national était l aboutissement de cette démarche. Les Rendez- vous stratégiques ont pour objectif de dégager, par des débats informés et ouverts à l ensemble des citoyens, une vision du Québec dans lequel nous voulons vivre dans 20 ans. La démarche fait appel à l'imagination et à la capacité des citoyens de se projeter dans l'avenir pour aboutir, ensemble, à la formulation et à l'adoption de propositions d'action. L'INM propose une démarche délibérative structurée basée sur cette formule : 1. «Informer» passe par la contribution de tous aux discussions ainsi que la mise à disposition d'une documentation variée et accessible. L'information circule grâce à un dialogue entre experts, praticiens et citoyens. 2. «Débattre» est au cœur de l'exercice démocratique. À partir d'une information commune et des expériences et connaissances de chacun, les citoyens débattent des grands enjeux, confrontent leurs visions, leurs points de vue, leurs idées. 3. «Proposer» est la suite logique des étapes d'information et de débats. Les citoyens sont invités à énoncer des pistes d'action, à proposer des solutions aux défis de l'heure. Ils sont également appelés à voter en faveur des propositions qui leur paraissent prioritaires. Les objectifs du Rendez- vous stratégique sur les inégalités sociales sont : Produire et rendre disponible à divers publics de la connaissance sur les enjeux liés aux inégalités sociales. Renforcer le message voulant qu une société plus égalitaire profite à l ensemble de la société. Favoriser le dialogue entre les experts, les citoyens de différents statuts socio- économiques, les décideurs et acteurs clés autour des inégalités sociales. Donner la parole aux citoyens et faire émerger des choix sociaux, des valeurs et des priorités d action en matière de réduction des inégalités. 3

6 Mobiliser les décideurs et les acteurs socio- économiques autour de l importance d agir en matière d inégalités sociales. Influencer les décideurs et les politiques publiques. Activités Depuis le lancement du Rendez- vous stratégique sur les inégalités sociales en février 2013, l INM a déployé une large programmation, dont les résultats sont éloquents : La consultation de 5000 citoyens et citoyennes de toutes les régions du Québec, par le biais d un sondage Léger, d une Caravane citoyenne, de 25 Cafés citoyens, d une simulation à grande échelle et d un Rendez- vous national. La participation de 1500 personnes à des conférences offertes par l INM, notamment pour l Association des économistes québécois, Centraide Québec et Centraide Estrie, l Association des retraités en enseignement du Québec et la Centrale des syndicats du Québec. La mise à disposition de la plus grande encyclopédie en ligne sur les inégalités au monde La contribution de 41 chercheurs de 5 pays pour la publication d un ouvrage collectif (Miser sur l égalité), d un numéro spécial de la Revue Vie économique et de textes pour l encyclopédie en ligne. La mise en ligne d un simulateur interactif, développé par l INM, à l aide duquel les utilisateurs peuvent comparer leur revenu annuel avec celui de 14 Québécois représentatif du marché du travail. Des interventions régulières dans les médias et ; Une invitation à participer à une consultation sur les inégalités de revenus au Canada par le Comité permanent des Finances du Parlement du Canada. L INM y a déposé un mémoire. Suite Le Rendez- vous stratégique ne fait pas que donner la parole aux citoyens : il la diffuse auprès des décideurs. Ce printemps, l INM organisera une tournée des décideurs pour rencontrer députés, maires, ministres et hauts fonctionnaires pour leur présenter les résultats. De plus, l INM produira un livret, rassemblant des faits, décortiquant des mythes et recensant des leviers efficaces et consensuels pour réduire les inégalités. 4

7 Comité directeur Le Rendez- vous stratégique sur les inégalités sociales se fonde sur un solide comité directeur, composé d experts, de scientifiques et de praticiens de divers milieux : François Benoit, responsable, Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé Serge Petitclerc, porte- parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté André Dontigny, directeur, Direction de la prévention et de la promotion de la santé au ministère de la Santé et des Services sociaux Martin Dufour, professionnel de recherche, Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l exclusion sociale Vivian Labrie, chercheuse autonome Paul Makdissi, professeur titulaire au département de science économique, Université Ottawa Alain Noël, professeur titulaire au département de science politique, Université de Montréal Marie- France Raynault, directrice du Centre Léa- Roback et directrice du Centre Léa- Roback et médecin conseil à la Direction de la santé publique de Montréal Joan Tremblay, Déléguée au Front commun des personnes assistées sociales du Québec et présidente du Collectif pour un Québec sans pauvreté Céline Trudel, Centraide Québec, membre du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l exclusion sociale Alexis Gagné, analyste stratégique, Fondation Lucie et André Chagnon 5

8 2. Bilan du sondage Dans le cadre du Rendez- vous national sur les inégalités sociales, l INM a commandé un sondage Léger exclusif afin de connaitre l avis des Québécois sur les priorités à accorder à cet enjeu. Principaux constats Il y a un large appui pour que la réduction des inégalités de revenus au Québec soit une priorité pour le gouvernement du Québec (70% des répondants favorables, 22% en désaccord). Le niveau de revenus des répondants influence de manière significative les réponses; le taux de répondants favorables à la réduction des inégalités oscille entre 66% et 78% pour ceux ayant un revenu inférieur à $, alors qu il baisse à 50% pour ceux ayant un revenu supérieur à $. Pour réduire les inégalités de revenus au Québec, les répondants privilégient l imposition des plus riches et le renforcement de la progressivité du système fiscal (40%), ainsi que le renforcement de la qualité et l accès universel à l éducation (30%) et aux soins de santé (28%). La réduction des écarts de salaires au sein des entreprises et l assurance que les prestations d assistance sociale couvrent les besoins de base récoltent également un bon appui (23% et 20%, respectivement). Seulement 8% des répondants ne favoriseraient aucune de ces mesures et 6% préfèrent ne pas répondre. Toutefois, seulement 22% sont prêts à payer plus d impôts ou de taxes dans le but de réduire les inégalités de revenus au Québec. 29% des répondants ayant un revenu inférieur à $ répondent favorablement à cette option, alors que ce taux est de 18% pour ceux ayant un revenu supérieur à $. Le gouvernement du Québec a récemment lancé deux projets de réforme : de la fiscalité et des programmes. 57% des répondants considèrent que ces réformes devraient avoir comme objectif de ne pas augmenter les inégalités de revenus, alors que 25% considèrent que ce n est pas un critère pertinent et 18% ont préféré ne pas répondre. 73% des répondants considèrent que lorsque les gouvernements mettent en place, modifient ou abolissent des programmes sociaux ou des services publics, ils devraient publier des études d impacts quant aux effets de ces changements sur l évolution des inégalités de revenus, alors que 17% sont défavorable à cette idée. 6

9 3. Bilan des ateliers délibératifs La portion délibérative du Rendez- vous national fut concentrée autour des six ateliers thématiques. Ce fut l occasion pour les participants de se prononcer sur les solutions à privilégier pour réduire les inégalités au Québec et proposer une vision d avenir. L objectif des ateliers fut d outiller les participants en informations pertinentes pour leurs délibérations, tout en offrant un cadre de discussions et d échanges avec un accès à des experts, afin qu ils se prononcent sur les moyens à explorer pour réduire les inégalités. Pour chacun des six ateliers, les participants devaient produire un message de 150 mots qui fut présenté en plénière à la fin du Rendez- vous national. Deux experts par atelier accompagnèrent les participants dans leurs réflexions en répondant à leurs questions et en faisant une courte présentation sur le sujet. Un animateur modéra les échanges. Atelier 1 : Comment miser sur l égalité en modifiant la fiscalité des particuliers? Animation : Sébastien Jodoin, Professeur adjoint à la Faculté de droit de l'université McGill Spécialiste : Nicolas Zorn, chargé de projet à l INM Principes et priorités de l atelier 1 (résultat des délibérations) : Pour réduire les inégalités au Québec, la fiscalité des particuliers est un levier essentiel. D abord, il nous semble essentiel d éliminer les échappatoires fiscales et de rendre plus transparente la gestion des dépenses publiques, pour redonner confiance aux citoyens. Pour miser sur l égalité, il serait nécessaire de revoir le traitement différencié des sources de revenus, en révisant le privilège d incorporation fiscale des travailleurs autonomes s ils n ont qu un client (l État). Imposer davantage les patrimoines élevés devrait faire partie de la solution. Aussi, l adoption d un revenu minimum garanti permettrait de simplifier la fiscalité, tout en la rendant plus efficace et équitable. De plus, la spéculation pourrait être réduite en surtaxant les transactions immobilières à court terme (FLIP). Il faudrait également revoir la fiscalité pour favoriser l accès à la propriété. Finalement, il faut miser sur la coopération entre États pour empêcher l utilisation des paradis fiscaux. Atelier 2 : Comment miser sur l égalité en modifiant la fiscalité des entreprises? Animation : Alexandre Brodeur, ingénieur Spécialistes : Érik Bouchard- Boulianne, économiste à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) Gabriel Monette, chercheur et auteur 7

10 Principes et priorités de l atelier 2 (résultat des délibérations) : Pour réduire les inégalités, le Québec devrait miser sur la fiscalité des entreprises, considérant leur responsabilité sociale et environnementale, les principes suivants s appliquent : payer leur juste part à la collectivité, assurer la transparence et la reddition de compte, renforcer la régulation sectorielle, tenir compte du contexte mondial concurrentiel, encourager la création de richesse au profit de la collectivité. Voici les propositions prioritaires envisagées : réglementer le recours aux paradis fiscaux, taxer les liquidités dormantes des entreprises, taxer le capital des institutions financières, établir des taux d imposition corporatifs plus progressifs, établir des taux d imposition effectifs plus élevés, empêcher la délocalisation offshore des profits, prélever plus de redevances sur les ressources naturelles, exiger des garanties financières en cas de dégâts environnementaux, établir des mécanismes de redditions publiques de compte et revoir les critères d allocation des subventions. Atelier 3 : Comment miser sur l égalité en modifiant les transferts sociaux? Animation : Noémie Brière- Marquez, agente de participation citoyenne, Forum jeunesse de l île de Montréal Spécialistes : Alexis Gagné, économiste et analyste stratégique à la Fondation Lucie et André Chagnon Vivian Labrie, chercheuse autonome Principes et priorités de l atelier 3 (résultat des délibérations) : Considérant que le manque de revenus a des conséquences néfastes importantes pour notre société, particulièrement pour les personnes seules, que les transferts sociaux sont importants pour réduire les inégalités et favoriser l inclusion sociale et que certains types de transferts causent la stigmatisation et l exclusion. Nous recommandons : d augmenter le niveau des transferts sociaux pour garantir à toute personne la couverture de ses besoins de base selon la Mesure du panier de consommation, et d apporter du soutien net jusqu à la sortie de la pauvreté; de modifier le système de transferts selon ces principes : renforcer l égalité des chances et des conditions tout au long de la vie, respecter la dignité des personnes, rendre le gouvernement responsable d informer sur les inégalités, les droits des personnes, les soutiens et mesure disponible et adopter une approche harmonisée et globale tenant compte de l ensemble des politiques publiques. Finalement, de reconnaître et soutenir l action citoyenne pour promouvoir, défendre et atteindre ces objectifs. 8

11 Atelier 4 : Comment miser sur l égalité en modifiant les services publics? Animation : Marie- Laure Landais, Chargée de projet Prends ta place! au Forum jeunesse de l île de Montréal Spécialistes : Mario Jodoin, économiste Gabriel Ste- Marie, professeur d économie au cégep de Joliette Principes et priorités de l atelier 4 (résultat des délibérations) : Pour réduire et prévenir les inégalités, le Québec devrait baser ses politiques publiques sur une distribution universelle et équitable de services payés par l ensemble de la population tout en s assurant de protéger les plus démunis et les plus vulnérables. La notion de personne et son épanouissement devraient être au centre des services. Nous recommandons de réformer le système de manière à obtenir une gestion efficace qui assure l accès à des services publics de qualité pour tous. Nous recommandons entre autres, de miser sur la gratuité en éducation, l assurance universelle au niveau des médicaments et des soins dentaires, sur l accès des logements abordables et sur l éducation d un citoyen bien informé. Atelier 5 : Comment miser sur l égalité en modifiant le marché du travail? Animation : Marc Pronovost, consultant et animateur Spécialistes : Marie- Thérèse Chicha, professeure titulaire à l École de relations industrielles de l Université de Montréal Pierre- Antoine Harvey, économiste à la CSQ Principes et priorités de l atelier 5 (résultat des délibérations) : Pour réduire les inégalités, le Québec devrait miser sur l égalité de revenus et d opportunités sur le marché du travail en : 1) luttant contre la précarisation 2) renforçant la lutte contre les discriminations 3) rééquilibrant le rapport de force entre employeurs / employés 4) responsabilisant davantage les employeurs afin que le poids de la flexibilité ne soit pas que sur le dos des individus 5) assurant l application des mesures de régulation déjà en place et exiger l imputabilité et la reddition de compte, notamment les programmes d accès à l emploi, la loi sur l équité salariale et de la formation qualifiante 6) changeant l approche du monde du travail en favorisant un esprit de coopération et de collaboration. 9

12 Atelier 6 : Comment miser sur l égalité en produisant de la solidarité? Animation : Alexandre Warnet, chargé de projet, INM Spécialistes : Jocelyne Bernier, chercheuse communautaire Miriam Fahmy, conseillère stratégique et directrice de L état du Québec à l INM Principes et priorités de l atelier 6 (résultat des délibérations) : Principes : cohésion sociale, reconnaissance de l interdépendance et de la diversité, responsabilité partagée, respect des droits civils, politiques, sociaux, économiques, culturels, inclusion et mixité sociale et démocratie participative. Réformes : Donner les moyens aux citoyens de participer à la vie démocratique et à l action collective. Réformer les transferts sociaux pour mieux partager la richesse collective. Favoriser la mixité sociale et lutter contre les préjugés. Rendre obligatoires les espaces de dialogue entre les élus et le peuple à tous les échelons. Développer l éducation à la citoyenneté dès le plus jeune âge. Protéger et améliorer les services publics (santé, éducation, services à la famille, culture). Appliquer et renforcer les clauses d évaluation d impact des lois- cadres (pauvreté, environnement, santé). Critères : Universalité, gratuité, accessibilité, adaptation à la diversité des besoins et des intérêts, proximité, prévention, transversalité, intergénérationnelle, égalité des sexes. 10

13 4. Bilan de la simulation Une simulation à grande échelle, mettant en scène un Québec réduit symboliquement à une centaine de personnes, a eu lieu durant la journée du 24 octobre, en prélude de l événement. À l aide de mises en situation et de jeux de rôle représentant les différentes réalités socio- économiques et politiques, cette représentation statistique de la société québécoise à petite échelle a permis aux participants de facilement saisir et comprendre les mécanismes complexes derrière les inégalités sociales. L équipe d animation comprenait un maître de jeu, accompagné d une équipe de 5 coanimateurs. Ils étaient les yeux et les oreilles du maître de jeu et stimulèrent la réflexion des participants durant l ensemble de l activité. Ainsi, chaque groupe avait son animateur spécifique. Objectifs La simulation remplissait deux objectifs : d abord, sensibiliser les participants de la simulation à la répartition des richesses, aux problèmes et injustices causés par les inégalités (santé, mobilité sociale, mérite, bonheur, risques sociaux, conditions de travail, sentiment d injustice). Ensuite, leur démontrer le fonctionnement concret et les leviers permettant de les réduire. Autrement dit, l INM souhaitait permettre aux participants de réfléchir à ces trois principes: 1. Les inégalités sociales nuisent à l économie, la démocratie et la société; 2. Les inégalités limitent les choix de vie d un individu, malgré sa liberté de choix, ses efforts et ses talents; 3. Le niveau des inégalités est un choix de société; elles ne sont pas une fatalité. Le second principe a été au cœur de la simulation, présent dans la plupart des actions et possibilités offertes aux participants. Il était également le plus visible. Les deux autres principes étaient en quelque sorte à l arrière- plan, toujours présent, mais moins visibles. Le premier principe avait été présenté aux participants lors de la miniconférence d ouverture et ils en vivaient concrètement les effets négatifs dans leur progression (individuelle et en groupe) au cours de la simulation. Quant à lui, le troisième principe se manifestait concrètement dans l action des participants puisque les cinq classes sociales devaient influencer le gouvernement dans ses actions de réduction des inégalités, alors que le gouvernement lui- même devait proposer une réforme majeure de l'état en ce sens. Comme l a mentionnée l une des coanimatrices : «À mon avis, l objectif qui était de réfléchir sur les inégalités sociales a été atteint. Le contexte du jeu a favorisé des prises de conscience sur les enjeux qui entourent la justice sociale.» 11

14 Ceci dit, une majorité de participants avaient déjà pris part à une simulation auparavant. De plus, ils étaient déjà sensibilisés ou à tout le moins se sentaient concernés et préoccupés par la question des inégalités. Dans un monde idéal, il aurait été plus intéressant de réunir des participants choisis au hasard, plutôt que volontaires parmi un grand échantillon représentatif. Nous doutons toutefois que nos efforts aient pu être davantage représentatifs de la population, puisque les non- intéressés et les opposants à l égalité sociale ne peuvent être forcés à participer à la simulation (sic). Second objectif, l INM souhaitait influencer le grand public et les participants du Rendez- vous national, en fonction des mêmes trois messages. Les participants au rendez- vous national ont eu l occasion d entendre le témoignage d une participante de la simulation. Le scénario et les mécanismes de la simulation étant complexe, nous considérons qu il devait toutefois être difficile pour une personne ne l ayant pas vécu d en comprendre les tenants et aboutissants. C est pourquoi l INM a commandé la production d un documentaire vidéo, afin d immortaliser cette activité unique, tout en rassemblant les principaux constats tirés de la simulation. L INM espère que la diffusion du documentaire (en ligne et lors de conférences) permettra de répandre les leçons vécues par les participants. Finalement, l INM avait également comme objectif d expérimenter une méthodologie participative, question d approfondir une réflexion concernant la répartition de la richesse. L exercice aura permis à l ensemble des personnes concernées par la simulation (animateurs, membres de l équipe, participants) de mieux comprendre et illustrer les mécanismes propres aux inégalités. L INM a réussi son pari de produire une activité unique et originale d une grande qualité sans en sacrifier la complexité. Déroulement De l avis de tous, l'activité fut un grand succès. Elle aura permis aux participants de comprendre et de vivre les inégalités sociales le temps d'une journée, en démontrant certains de leurs effets néfastes (risques de santé, mobilité sociale réduite, peu d influence sur le processus politique et autres handicaps) et leurs effets bénéfiques (ascension sociale, rapports de force favorables, prestige et autres privilèges), pour ceux qui en vivent les conséquences. Ainsi, la probabilité d être frappé ou béni par certains effets des inégalités est proportionnellement plus élevée chez certaines classes sociales. Les participants furent fortement affectés par cette facette de la simulation, en particulier par le temps de parole inégal et le service du dîner par ordre d importance des classes sociales (des plus riches aux moins nantis). Après une courte conférence sur les inégalités, chaque participant était aléatoirement réparti dans l un des six groupes (cinq classes socio- économiques et un gouvernement). Les participants adoptèrent un profil spécifique à son personnage (nom, profession, revenu annuel). Seule exception à ce processus : dix participants formèrent le Conseil exécutif et se sont choisi une Présidente. Ces dix élus formaient un gouvernement issu 12

15 d une coalition de cinq partis politiques, aux idéologies fort différentes. Le Conseil exécutif avait comme mandat électoral de mener une réflexion en profondeur sur la répartition de la richesse. Pour ce faire, il a lancé une consultation auprès de la population pour l aider à préparer ses stratégies. Les participants tentaient d influencer le Conseil pour en orienter les objectifs et politiques à adopter, en fonction de leurs convictions et de leur classe sociale. Les participants ont rapidement adopté leur personnage, typé, mais crédible, rôles qu ils ont généralement fort bien tenus. Ils ont défendu leur position, et à l intérieur de la plupart des groupes, l échantillonnage était assez varié pour donner lieu à de vifs échanges. Les participants ayant adopté un rôle plus éloigné de leurs convictions personnelles étaient plus revendicatifs que les autres. Bien que les participants conservent leur libre arbitre, la distribution des ressources au sein des différents groupes avait une influence certaine sur les moyens à leur disposition pour influencer le Conseil exécutif. Les animateurs et le scénario laissèrent une place significative à l improvisation et aux suggestions d actions des participants. La salle était aménagée en conséquence ; chaque groupe avait son espace de travail et une agora au centre de la salle servait aux annonces publiques, aux périodes média et aux présentations. Pour faire avancer l action dans l orientation prescrite et satisfaire les exigences du jeu (se faire entendre par le gouvernement) les participants ont dû, pour la plupart, parler en leur nom et se distancier de leur personnage. Les exigences du jeu donnaient à plusieurs l impression de faire appel à leur vision personnelle, plutôt qu à celle de leur personnage. Plusieurs joueurs justifiaient leurs propositions en disant des choses comme : «maintenant, je sors de mon personnage pour défendre un point de vue, or mon personnage lui n a pas la même opinion». Dans la simulation, il y avait des périodes d annonces médias, qui prenaient la forme d un téléjournal (animé par l équipe d animation). Les médias permettaient de diffuser certaines informations stratégiques dans le jeu, en révélant des informations qui avaient un impact sur son déroulement. La simulation se termina par une élection, où le gouvernement sortant et une coalition de deux partis dissidents mordirent la poussière face à un troisième parti politique, lancé à la dernière heure par trois des cinq classes sociales. Les dernières heures de la simulation furent l'occasion de tractations et de négociations intenses. Deux initiatives majeures des participants à la simulation: lancement d une radio citoyenne et formation de la Coalition du centre. Radio citoyenne a permis de proposer un média alternatif et a véhiculé des idées originales qui n ont pas été abordées par le téléjournal. La Coalition du centre a été une initiative qui a émergé notamment suite à un certain flou et à un manque de leadership des partis au pouvoir. Cette initiative a dynamisé la deuxième portion de la simulation, en après- midi. Plutôt que de négocier 13

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