DANIEL COHEN : LA MONDIALISATION

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1 LES GRANDS ENTRETIENS DANIEL COHEN : LA MONDIALISATION SÉQUENCE 5 La mondialisation : quelles régulations? lesite.tv, 2004 Daniel Cohen est professeur de sciences économiques à l Ecole Normale Supérieure et à l Université Paris I. Il est spécialiste des questions de croissance, d emploi, de dettes et de mondialisation. Dans cette série d entretiens, Daniel Cohen fait une mise au point sur l ensemble des reproches que l on fait couramment à la mondialisation. Que ce soit dans les pays riches ou les pays pauvres, la mondialisation est désignée comme une des causes des problèmes sociaux : la montée de la précarité dans les pays du Nord ou l impossibilité d accéder au développement dans les pays du Sud. Par des rappels historiques et une série d exemples sur la colonisation et le capitalisme, Daniel Cohen montre que la mondialisation, si elle est concomitante de certains phénomènes, n en est pas à l origine. Au contraire, elle peut corriger certains problèmes que rencontrent les sociétés actuelles. [CNDP]

2 Disciplines, classes et programmes SES, T le : Commerce international, croissance et développement. Le FMI et l OMC sont des notions complémentaires à ce chapitre. Objectifs Connaître les instruments publics de régulation de la mondialisation. Savoir quels sont les rôles respectifs de l OMC et du FMI et comprendre leur fonctionnement concret. Revenir sur le rôle initial du FMI. Savoir quels sont les processus des régulations. S interroger sur la place des petits pays en développement dans les instances internationales. Notions pré-requises pour la séquence proposée OMC, FMI, protectionnisme, libre-échange, balance des paiements. 2

3 SÉQUENCE 5 La mondialisation : quelles régulations? (05 min 21 s) 00 min 00 s : Quand on parle de mondialisation, on associe souvent ce mot à des sigles qui correspondent à des grands organismes internationaux type OMC ou FMI. Estce que ce sont des organismes qui permettent de réguler la mondialisation? 00 min 18 s : L OMC est une invention récente et le FMI est une invention plus ancienne. L OMC est une invention qui vient des accords de Marrakech à la fin des années 90 et qui s est substituée à ce qu on appelait avant le GATT, une série de négociations informelles. La revendication d avoir une organisation mondiale du commerce indépendante vient en partie des pays pauvres qui ne pouvaient plus supporter que les agendas commerciaux, les rounds de négociations n appartiennent en pratique qu aux pays les plus riches qui décidaient d ouvrir des rounds commerciaux : c est-à-dire qu ils décidaient d ouvrir une partie de leur marché interne contre des concessions demandées aux pays pauvres. Ces derniers ont demandé des règles et l OMC est née de cette demande. On a longtemps pensé que l OMC était un instrument uniquement dans les mains des pays les plus riches. Or l échec récent du round de Doha a démontré qu il n en était rien puisque les règles du fonctionnement de l OMC, c est que toute décision doit être prise à l unanimité. Le plus petit État de la planète peut bloquer une décision à l unanimité. En pratique c est difficile parce qu on exercera des pressions sur lui mais on s est rendu compte que ce pouvoir, les pays pauvres entendaient bien l exercer. Il y a eu un groupe de 21 pays emmenés par le Brésil, la Chine, l Inde, qui ont tout simplement fait obstacle, refusé les propositions faites par les pays riches et il n y avait pas moyen de faire autrement. 01 min 37 s : Donc l OMC n est pas l instrument entre les mains des pays riches pour contrôler la mondialisation. 01 min 42 s : Non, c est le résultat d un compromis pour faire en sorte que justement les pays riches soient aussi mis devant leurs responsabilités et tiennent leurs engagements. 3

4 Ce qui fait que l OMC reste une institution fondamentalement favorable aux pays riches ne tient pas à proprement parler aux règles de l OMC mais tient au fait (hélas difficile à accepter pour les pays les plus pauvres) que lorsqu un pays est en infraction avec les règles de l OMC, (si par exemple les États-Unis décident d augmenter les subventions à l agriculture ou décident d augmenter les subventions à la sidérurgie américaine), alors il est sanctionné par l OMC. Mais la sanction n est pas un impôt qui serait levé par un organisme mondial. La sanction est une autorisation faite aux autres pays d imposer aux États-Unis des mesures de rétorsion d un certain niveau déterminé par l OMC. Ce qui veut dire évidemment que seuls les pays aussi riches qu eux peuvent de façon aussi efficace sanctionner les États-Unis. Quand les États-Unis par exemple, décident de subventionner leur sidérurgie, l Union européenne est la seule à pouvoir les punir, la seule qui a les moyens de provoquer des mesures de rétorsion, et qui va le faire d ailleurs. Il est clair que le Nigeria, enfin le Nigeria ne sera pas le meilleur exemple, mais Sao Tome, petit pays africain, ne serait pas capable de menacer durablement les États-Unis. C est la raison pour laquelle c est une démocratie dans ses principes, mais ça reste évidemment fondamentalement une démocratie censitaire, puisque c est le riche qui peut menacer le riche, beaucoup plus que le pauvre ne peut menacer le pauvre. Moyennant quoi l on voit se former du coup des coalitions de pays pauvres, qui comprennent que seuls, vis-à-vis des États-Unis ou de l Europe, ils ne peuvent pas combattre à armes égales. Ce grand groupe des 21 regroupe en fait les plus grands pays pauvres, entre guillemets, de la planète et devient une force à part entière. 03 min 37 s : On a bien compris que l OMC était un regroupement quand même de gouvernements. Ce n est pas une autorité en soi. Le FMI c est très différent c est une banque mondiale qui distribue de l argent aux pays. 03 min 47 s : Alors juste pour finir sur l OMC. L OMC est à la fois une organisation de gouvernements mais la nouveauté institutionnelle de l OMC, c est qu elle s est dotée de ce qu on appelle un organisme de règlement des différends, composé de juges nommés, d experts indépendants, qui statuent sur les requêtes présentées par les États. 4

5 04 min 05 s : Et un recours? 04 min 06 s : Ce n est même pas un recours. C est le lieu dans lequel on tranche les différends. Il n y a pas un recours derrière ce tribunal. Donc lorsque les États- Unis disent : «nous avons subventionné notre sidérurgie mais parce que les clauses de l OMC le permettent», il y a toutes sortes de circonstances exceptionnelles à invoquer pour faire des infractions à la règle de l OMC, alors on porte ce différend devant ce tribunal qui tranche. En l occurrence, il a tranché pour la culpabilité des États-Unis, donnant le droit comme je le disais tout à l heure, aux autres pays d engager des sanctions. 04 min 39 s : Alors en quelques mots, le FMI. Quel rôle a-t-il à côté de cela? 04 min 42 s : Le FMI à l origine est une invention de ce qu on appelle les institutions de Bretton Woods. Cela a été créé en La grande puissance intellectuelle qui a présidé à cette institution est Keynes, qui voulait donner au monde les moyens d injecter des liquidités autant que de besoins. Il craignait par-dessus tout que se répète dans les années 50 le type de crise qu on avait connu dans les années 30, qui faisait qu un pays en faillite entraînait les autres dans sa faillite. Donc il a voulu créer un fond monétaire international. En fait, il voulait créer une banque mondiale capable de prêter librement, comme une banque de développement prête aux pays les plus pauvres. 5

6 SUGGESTIONS D EXPLOITATION PÉDAGOGIQUE Pistes On pourra travailler sur : les formes institutionnelles publiques de la régulation de la mondialisation ; les modes de fonctionnement des institutions internationales. Voir la fiche élève ci-dessous et son corrigé. Recherche documentaire La recherche au CDI ou sur Internet, en particulier sur l encyclopédie en ligne wikipedia qui s enrichit journellement des contributions des internautes, pourra porter sur les pays membres de l OMC, son organisation, son fonctionnement et sur un exemple de conflit traité par l OMC. 6

7 FICHE ÉLÈVE SÉQUENCE 5 La mondialisation : quelles régulations? 1. De qui est venue la volonté de créer l OMC? Pourquoi? Les petits pays ont-ils du pouvoir au sein de l OMC? Quel type de sanction subit un pays qui ne respecte pas les règles fixées par l OMC? Pourquoi Daniel Cohen parle-t-il de «démocratie censitaire» au sujet de l OMC? Quel est le rôle que Keynes souhaitait donner au FMI? Quelle a été l évolution du rôle du FMI par rapport aux intentions initiales? 7

8 FICHE ÉLÈVE SÉQUENCE 5 La mondialisation : quelles régulations? Corrigé 1. Ce sont les pays pauvres qui ont demandé que des règles soient établies. Avant cela, il n y avait que des négociations informelles (ce que l on appelait les «Accords du GATT») et celles-ci étaient à l initiative des grands pays, qui décidaient de ce qui allait être mis en discussion. 2. Tous les pays ont les mêmes droits puisque les décisions doivent être prises à l unanimité. Un petit pays peut donc faire obstacle à une décision, mais cela exige souvent que plusieurs pays se regroupent. Ce n est pas l OMC qui définit et fait appliquer les sanctions, l organisation se contente d autoriser le pays lésé à pratiquer des mesures de rétorsion. 3. Les mesures de rétorsion des pays pauvres ont peu d impact sur les pays riches ; les pays pauvres ne peuvent donc pas vraiment menacer les plus riches. Il s agit donc d une démocratie où les riches ont plus de pouvoir que les pauvres. 4. Lors de la conférence de Bretton Woods, en 1944, Keynes souhaitait créer une banque mondiale qui aurait émis une monnaie internationale, le bancor, qui aurait servi de monnaie pour les règlements internationaux. Cette banque mondiale aurait pu prêter librement aux pays traversant des difficultés, afin d éviter que la faillite d un pays se répande aux autres pays. 5. Le fonctionnement du FMI s éloigne finalement de la théorie keynésienne, puisque Keynes s élevait contre l idée qu il suffisait de réduire les déficits pour retrouver la confiance des investisseurs et la croissance économique. Les politiques d ajustement structurel ne correspondent donc pas à ce qui était souhaité par Keynes. 6. Le FMI ne joue pas un rôle de prêteur en dernier ressort (prêtant aux pays rencontrant des difficultés de balance des paiements), comme cela était prévu initialement. Son rôle a évolué, notamment avec la fin de la fixité des taux de change : il joue aujourd hui plutôt un rôle de garantie et il contrôle les politiques économiques des pays qui demandent des prêts en imposant des politiques d ajustement structurel. De plus, il intervient essentiellement dans les pays en voie de développement, ce qui n était pas dans les intentions de départ. LIVRET RÉDIGÉ PAR NATHALIE GINESTE SCÉRÉN-CNDP

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