Mémoire de recherche sous la direction de M. Philippe Mary Présenté par Marie Médevielle. Année 2012 / 2103

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1 Réinventions créatives des espaces urbains en crise La fonction des espaces créatifs dans les mutations urbaines, économiques et culturelles des villes industrielles en crise : l exemple de Berlin Mémoire de recherche sous la direction de M. Philippe Mary Présenté par Marie Médevielle Année 2012 /

2 Remerciements Espaces et créativité sont deux notions fort vastes et complexes, qu il a été fascinant mais délicat d associer dans une perspective compréhensive cohérente et sensée. De fait, je tiens à remercier Monsieur Philippe Mary pour l assistance initiale qu il m a apporté dans les premières délimitations du sujet, ainsi que pour les lectures de base qu il m a conseillée dès le début, qui ont servi de fil rouge à ma recherche. Je remercie également les membres d Agora à Berlin, Pedro, Caique, Christian, Taina et Marcela, qui ont été un réel soutien au cours ma recherche, en parallèle du stage que je réalisais à leur côté. J adresse un remerciement appuyé à Caique Tizzi et Christian Hildebrand pour les longues entrevues qu ils m ont accordées, qui ont nourri et élargi mes réflexions. Et, j exprime également ma sincère gratitude à Kristina Rabe, du Quartierbüro de Neukölln-Rollberg, pour la longue conversation que nous avons eu, et l effort de langage auquel elle a consenti, alors qu un entretien en anglais semblait initialement problématique pour elle. D autre part, cette recherche n aurait pu aboutir sans les nombreuses discussions que j ai pu avoir, de manière informelle, avec les gens de mon environnement direct à Berlin, qu il s agisse des différentes colocataires, des amitiés nouvelles ou des rencontres professionnelles. Je remercie donc Markus, Charlotte, Sarah, Morgan, Agathe, Delphine, Pietro, entre autres, pour les retours qu ils ont su apporter tout au long de la recherche et de la rédaction. J exprime aussi et surtout à Loïc ma plus sincère reconnaissance, pour le temps qu il a généreusement pris à relire, corriger et compléter ce document avec sa rigueur et sa clarté habituelle, et ce malgré un emploi du temps déjà chargé. Ses remarques précieuse, tant de forme que de fond, m ont largement aidée à adopter sur mon propre travail un regard critique et objectif qui a aidé à la cohérence de l ensemble. Enfin, le soutien familial fût évidemment un pilier important de recherche, et je remercie mes proches de l intérêt qu ils ont su montrer à mes questionnements, me poussant toujours à poursuivre la recherche, même quand la largeur de l étude pouvait sembler démoralisante! 2

3 Avertissement L IEP de Toulouse n entend donner aucune approbation, ni improbation dans les mémoires de recherche. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur(e). 3

4 Abréviations et acronymes par ordre alphabétique : DAX : Deutsche Aktienindex D.J. : Disc jockey E.S.S. : Economie sociale et solidaire E.U.R.E.S : EURopean employment services F.E.D.E.R. : Fond européen de développement régional F.S.E. : Fond social européen H.K.M. : Heizkraftwerk Mitte O.N.U. : Organisation des nations unies O.V.N.I. : Objet volant non identifié P.I.B. : Produit intérieur brut R.D.A. : République démocratique allemande R.F.A. : République fédérale allemande U.F.O. : unidentified flying object U.N.E.S.C.O. : the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization U.R.S.S. : Union des républiques socialistes soviétiques 4

5 Liste des figures Fig. 1 - Aperçu des Plattenbau du quartier de Marzahn, nord-est de Berlin...22 Fig. 2 - Poster d une soirée au Club U.F.O, Berlin, 1990 (source Tresorberlin.com)...28 Fig. 3 - Vue intérieure du Heizkrafwerk Mitte (source berlin-atonal.com)...48 Fig. 4 - Plan du projet de MediaSpree, 2011 (berlin.de)...52 Fig. 5 - Photographie illustrant les résistances au projet de MediaSpree (Berlin Kreuzberg)...53 Fig. 6 - Evolutions du loyer moyen Neukölln (source Quartiersbüro)...61 Fig. 7 - Evolutions du revenu moyen par foyer (source Quartiersbüro)...61 Fig. 8 - Part de l emploi freelance dans le domaine des industries créatives à Berlin...67 Fig. 9 - Photographie du bâtiment d Agora situé au Mittelweg 50, Berlin-Neukölln

6 Sommaire Introduction...7 Méthodologie...14 Partie 1 : Berlin, ville d espace...18 Chap. 1 : Les opportunités spatiales de Berlin, origines socio-historiques...19 Chap. 2 : La chute du mur et l ouverture de nouveaux espaces inexplorés : réinventer la ville...25 Partie 2 : La notoriété artistico-alternative de Berlin, argument essentiel de promotion de la ville à l international et source d un phénomène spéculatif croissant...36 Chap. 3 : Les arts et la culture à Berlin: un élément clé du rayonnement et de l attractivité dela ville au niveau international...38 Chap. 4 : L intensification du phénomène spéculatif dans la «capitale du cool» et ses conséquences...49 Partie 3 : Des pratiques alternatives aux industries créatives : la places croissante des industries créatives dans l espace et l économie de Berlin...66 Chap. 5 : Les coworking spaces, une définition nouvelle de l occupation de l espace berlinois par les activités de l économie créative...69 Chap. 6 : Economie créative et industries des idées: vers le développement de modèles...78 Table des annexes...89 Annexes...90 Bibliographie Table des matières

7 Introduction Situation du sujet : les concepts La création dans et par ses lieux : la ville Le lien très fort qui existe entre les lieux et la création n a rien de nouveau. Nombreux sont les artistes, qui au cours des siècles ont fait d un pays, d une ville, d un jardin, d un bout de campagne ou de forêts, leur source d inspiration privilégiée : Kerouac et l Amérique, Andy Warhol et New York, Cézanne et la montagne Sainte Victoire, Monet et son jardin de Giverny, Picasso et Montmartre. Une oeuvre, tout comme un artiste, est toujours fortement imprégnée de l environnement physique dans laquelle elle a été composée. Aucune création ne nait ex nihilo. La relation entre les espaces, et les créations des hommes qui habitent ces espaces, est en ce sens parfaitement complémentaire. «Nos relations personnelles à l histoire et aux espaces nous forment, en tant qu individus et groupes, de la même façon que nous les formons aussi nous-même.» 1 Dans la constellation des multiples types de lieu qui impactent et affectent les formes et le contenu des créations humaines, la ville occupe une place privilégiée. Qu elle soit gigantesque ou concentrée, insalubre ou prestigieuse, chaotique ou ordonnée, adorée ou abhorée, la ville est parfois évoquée et projetée par les esprits créatifs qui l habitent. «Tout le grand art est né de la métropole», écrivait le poète Ezra Pound. La fascination pour la ville a suivi le développement de la ville industrielle, grise, bétonneuse, élevée, étendue, fumante et bruyante. La ville et sa modernité, dès la fin du XIXème, ont inspiré de nombreuses réflexions aux esprits contemporains qui tentaient alors de comprendre la place de l humanité concentrée dans le ventre des monstres urbains. Le peintre Edvard Munch dépeint le vide du mode de vie urbain, tandis que Charles Beaudelaire dans ses poèmes des Les Fleurs du Mal (1857) célèbre la modernité de la ville et l imagination que lui inspire les foules nombreuses, tout comme Monet s extasie devant la force picturale et créative des vapeurs et du mouvement des humains et des machines dans sa série de peinture sur la gare Saint Lazare. L auteur Theodore Dreiser voit au contraire dans la ville une machine industrielle, énorme et brutale, qui pulvérise l esprit humain 2. 1 Lucy R. Rippard, On the Beaten Track: Tourism, Art and Space, New Press, 2000, p Dreiser T., The Color of a Grey City, New York, New York Classics,

8 La ville post-industrielle : crise et réinvention des espaces Le monde des pays développés est cependant entré depuis la seconde moitié du XXème siècle dans une phase de post-industrialisation. Les anciennes grandes villes industrielles connaissent une phase de lourde crise à la fois urbaine, économique et sociale. La perte de vitesse des grosses industries et la tertiarisation des économies développées a eu pour conséquence le déclin de l emploi industriel et l abandon d une quantité massive de bâtiments appartenant au patrimoine industriel des pays, en posant la délicate question du futur (reconversions ou destruction) de ces édifices devenus de trop. En d autres termes, la période post-industrielle a posé la question de l articulation des «vides» et des «pleins» dans des espaces urbains où, justement, les «vides» ont pris une place croissante du fait de l augmentation des zones non-exploitées, abandonnées ou délabrées. Pour reprendre le terme du photographe Kenny Cupers, les villes industrielles ont soudainement été envahies d «espaces incertains» 3. Le contraste très fort entre les vides et les pleins dans les villes industrielles en crise met cependant l accent sur une composante et un outil essentiel d organisation de la ville urbaine : l espace. Nombreuses sont les villes qui illustrent la relation très proche et complémentaire qui existe entre espaces «vides» et création. Si des villes comme New York, Detroit, Manchester ou Berlin sont devenues célèbres pour les formes de sous-cultures qu elles ont produites, c est précisément parce que la quantité massive d espaces vides et détruits a servi de théâtres et réceptacles à des expérimentations artistiques qui jamais ne pourraient avoir lieu dans des espaces remplis et contrôlés. Le mot «espace» vient du latin spatium, qui désignait d abord une arène, un champ de course, puis également une étendue ainsi qu un laps de temps. L espace est donc une notion à la fois spatiale et temporelle. L espace est un terme très générique désignant une étendue, une surface, un volume, abstraits ou non, ou encore la perception de cette étendue, de cette surface ou de ce volume. Plus conceptuellement, l espace est synonyme de contenant aux bords indéterminés. Le concept d espace est extrêmement large et vague, car il s applique à un nombre important de disciplines de recherche, de la philosophie à la géométrie en passant par l astrophysique et les mathématiques. Nous nous en tiendrons donc ici à son application géographique et plus précisément urbaine. L espace est l outil de base d organisation de la ville 3 Cupers, K. et Miessen, M., Spaces of Uncertainty, Berlin, Müller und Busmann,

9 et de la vie de la cité, via la planification du territoire. En effet, l espace géographique est le «produit du travail des hommes organisés en sociétés, il a une étendue, une nature, il est constitué de lieux identifiés et aménagés. Espace social, il désigne l aire occupée, pensée, par une société» (Nembrini, 1994) 4. L espace géographique est donc à la fois un système de relations et un produit social organisé. Il est constitué par et pour les hommes. Espace «vides» et opportunités de création Dans le cadre de notre étude portant sur certaines caractéristiques des villes industrielles en crise, nous nous concentrerons essentiellement sur les espaces urbains que nous nommerons «espaces vides» ou «dents creuses». Par espaces vides, nous n entendons pas nécessairement vide de constructions, mais bien plutôt non-pourvus ou dépourvus d une fonction spécifique : entrepôts, anciennes usines, friches industrielles, terrains vagues, c est-à-dire les espaces qui, pour reprendre Nembrini, ne sont plus «identifiés ou aménagés». Dans les villes industrielles en crise, où le déclin a pour conséquence première la désaffectation des lieux qui étaient jusque-là les moteurs du dynamisme économique, l «espace» doit se comprendre comme témoin d une phase transitoire, à la fois spatialement et temporellement : spatialement d abord, parce que la crise économique et sociale remet en question la fonction du patrimoine industriel déserté, et temporellement ensuite, parce que le déclin industriel signifie plus largement la fin d une ère pour les pays développé, le passage d une époque à une autre, d une société à une autre, d un monde à un autre. Les «dents creuses» urbaines, les lieux «vides» ou abandonnés, sont la manifestation physique et concrète de cette phase transitoire. Parce qu elle laisse une quantité importante d espaces urbains indéfinis, cette phase de transition ouvre aussi de nouvelles opportunités créatives pour ceux qui font des espaces sans fonction spécifique, le terrain de leurs expérimentations. En ce sens, la transition spatiale et temporaire d un espace urbain offre les conditions de possibilités de son propre renouvellement, par des initiatives créatives, expérimentales et innovantes qui confèrent aux lieux une identité nouvelle. Et, dans une perspective inversée mais complémentaire, la création a besoin d espace, tout comme les individus ont besoin d espace, d «espace vital» selon l expression populaire consacrée, pour s accomplir. La musique hip hop par exemple, est née à New York dans les ruines du Bronx délaissé par les autorités publiques à la fin des années Nembrini J.-L., 1994."Les concepts fondamentaux de la géographie - La géographie en collège et en lycée", Hachette Education, coll. Profession enseignant, Paris 9

10 5 ; la musique «techno» est apparue pour la première fois dans les entrepôts et les «warehouses» abandonnées de Detroit, victime du déclin de l industrie automobile. Cette même musique, plus tard, a trouvé dans le Berlin post-guerre froide un terrain d implantation très favorable. Délimitation géographique de l étude : Berlin Depuis un peu plus de deux décennies, l espace urbain berlinois connait une phase profonde de transformation, qui redéfinit l organisation globale de la ville, son économie, son tissu urbain, ainsi que sa démographie. La ville a connu au XXème siècle de multiples heurts historiques et politiques, du totalitarisme nazi au scindage idéologique et urbain durant la période de la guerre froide, en passant par les lourdes destructions de la Seconde Guerre mondiale. La ville a évolué selon un perpétuel schéma de destruction-reconstruction, toujours transformée par les individus et les idéologies désireux de la façonner à leur image. En 1989, produit d un siècle d histoire heurtée, Berlin réunifiée est une ville incomplète et donne une impression à la fois d abandon et d inachevé. L incomplétude de la ville est encore une réalité contemporaine. Alors que Rome, Paris ou Madrid sont des villes-musées, Berlin est, elle, une ville-installation, un terrain urbain aux fonctions encore très incertaines, qui a laissé et laisse encore de nombreux poches d opportunités ouvertes à la création, notamment permises par une situation économique chaotique. En un peu plus de deux décennies donc, Berlin est devenu un laboratoire créatif, producteur d avant-gardes résultant de la rencontre entre les espaces vides et incertains de la ville, et la créativité de ses habitants. Le produit de cette rencontre a évolué depuis le début des années Il est allé des sous-cultures nées à la fin des années 1980 dans un contexte de flou, de confusion et de contrôles quasi inexistants, au développement aujourd hui de ce que l on appelle les «industries créatives» 6, qui en intégrant les normes de l économie de marché ont fait de la créativité une véritable valeur symbolique et productive pour la ville. Puisqu il constituera le coeur de notre étude berlinoise, il nous faut détailler le concept de créativité. La «créativité» est une notion extrêmement mouvante, pour laquelle aucune définition 5 Chang, J., Can t Stop Won t Stop: A History of the Hip Hop Generation, New York, Picador, 2005, Loop 1: Babylon is Burning ( ), p la définition du terme fera l objet de la plus grande partie de la troisième partie de notre recherche 10

11 n est réellement avérée. Elle fait référence à une capacité de création, d innovation, d imagination, dont nombre de psychologues ont tenté de comprendre l origine. Le psychologue américain J.P. Guilford est un des premiers à avoir tenté de comprendre sur quelles attitudes reposait la créativité, en la comparant au quotient intellectuel (Q.I.), sensé, lui, mesurer le niveau d intelligence 7. Alors que le Q.I est la capacité de trouver «la» bonne réponse, la créativité au contraire serait plutôt la capacité à imaginer une palette variée de solutions. Guilford associait à la créativité l idée de «pensée divergente». Dans son ouvrage Human Motivation, Robert E. Franken complète cette définition en expliquant que la créativité est une tendance à générer et reconnaitre des idées, des alternatives, des possibilités, qui peuvent servir à résoudre des problèmes, communiquer avec des pairs, mais aussi plus largement produire des objets et des concepts novateurs. La réinvention de l espace berlinois depuis 1989 a été permise par la concentration d esprits créatifs, qui ont fait des bâtiments délabrés un théâtre expérimental de créations et de rencontres grâce à une capacité à attribuer à ces lieux oubliés des fonctions nouvelles. Une usine devenait une salle de concert, une maison devenait une boîte de nuit éphémère. Les formes de souscultures musicales et artistiques avant-gardistes nées dans les caves berlinoises poussiéreuses du début des années 1990, ont contribué à construire la nouvelle identité créative de la ville. A l heure actuelle, la créativité de la capitale allemande est le pilier de son image de marque et de son rayonnement international. La notoriété créative et dynamique de la capitale allemande est l argument privilégié d attraction des investisseurs pour une ville chargée de lourdes dettes depuis sa réunification, ainsi que la raison principale de la venue en masse d une population de jeunes internationaux qui pour la plupart sont actifs dans le secteur des industries créatives. Les espace de Berlin sont donc au coeur d un double enjeu, à la fois économique et identitaire, essentiel pour le développement de la ville. Berlin est une capitale «pauvre mais sexy» 8. L occupation ou la propriété des espaces berlinois fait l objet d une lutte intense entre intérêts immobiliers et spéculatifs d un côté, et revendications artistiques et identitaires de l autre. 7 Guilford, J.P. (1950) Creativity, American Psychologist, Volume 5, Issue 9, expression devenue célèbre, prononcée en 2004 par le maire Klaus Wovereit pour décrire la spécificité de cette «capitale alternative» 11

12 Depuis une dizaine d années, Berlin connait une phase d internationalisation intense, qui passe par une explosion de la fréquentation touristique, l attraction d investisseurs immobiliers étrangers, et l arrivée de jeunes artistes, étudiants internationaux venus profiter du cadre de vie de la capitale allemande, de ses prix bas et de ses opportunités créatives (voir chapitre 4). De fait la part des créatifs - artistes, designers, musiciens, architectes, créateurs de logiciels ou de jeux vidéos, éditeurs, producteurs, etc- joue un rôle croissant dans l économie de la ville, car Berlin constitue un terrain favorable aux initiatives entrepreunariales novatrices, tout comme elle fut la toile de fond idéale des sous-cultures avant-gardistes dans les années Délimitation de la problématique Berlin est dans un moment très paradoxal de redéfinition de son espace. Alors que la ville s internationalise tous les jours un peu plus, par sa population et ses activités économiques, les luttes pour la définition des fonctions attribuées aux espaces locaux et le développement de ces derniers sont très fortes 9. Les spécificités de l espace urbain berlinois sont encore très fortes et n ont pas été dépassées par l internationalisation de sa population et la structuration croissante de réseaux transnationaux. En revanche il est indéniable que les nouveaux acteurs internationaux de la ville, que l on parle des investisseurs ou des créatifs, jouent aujourd hui un rôle prédominant dans l attribution des fonctions aux espaces de la ville, car l impact économique et social de leur activité et de leur présence transforme la structure urbaine et démographique de la cité. Ces changements ne vont pas sans créer de nombreuses frustrations du côté des habitants déjà installés dans la ville, car l impératif de développement économique de la ville tend à privilégier les investisseurs et les internationaux, au détriment des populations locales de plus en plus victimes de la ségrégation spatiale et sociale. Notre étude des transformation des espaces de Berlin par ses activités créatives est donc structurée autour d une dialectique oppositions-articulations entre espaces «vides» et espaces «pleins», concept abstrait de créativité et impacts économiques réels, internationalisation et intégration locale. L enjeu est donc de questionner le rôle et l impact de la réinvention créative d espaces urbains «incertains» sur les mutations spatiales et économiques d un 9 sur les liens entre internationalisation de l économie et développement local, voir Michael Storper, Why do regions develop and change? The challenge for geography and economics, in Journal of Economic Geography Vol. 11, 2010, p

13 territoire urbain 10 : dans quelle mesure la fonction nouvelle, dans ce cas créative, attribuée aux espaces urbains oriente-t-elle le changement urbain? En quoi la fonction attribuée par chacun des acteurs aux espaces qu ils convoitent, témoigne-t-elle de leurs objectifs pour l organisation spatiale et sociale de la ville? En quoi les espaces sont-ils à la fois l outil et le produit des interactions sociales dans les limites d un espace urbain partagé? Plan de réflexion Afin d apporter des éléments concrets de réponse à la question de la fonctionnalité des espaces urbains, nous structurerons notre étude en trois temps. L analyse de la nature créative de la capitale allemande passe d abord par une attention précise accordée à sa topographie et à son histoire urbaine, car Berlin est connue pour être l une des capitales européennes les plus généreusement fournies en espaces libres et ouverts (Partie 1). C est au sein de ces espaces libres qu ont éclos les sous-cultures «underground», nées de la rencontre entre la concentration d esprits alternatifs, politiques et créatifs à Berlin Ouest, et les espaces vides délabrés de Berlin Est. L «underground» créatif est devenu au fil des années un composante essentielle de la notoriété de la ville. De fait les autorités ont fait de la créativité de Berlin et de ses habitants le pilier du marketing urbain local afin de vendre la ville aux investisseurs et lui donner un véritable visage de capitale, un processus qui a eu pour conséquence l intensification de la spéculation immobilière dans de nombreuses parties de la ville, ainsi que la gentrification progressive de beaucoup de quartiers. (Partie 2). Le contexte socio-économique de Berlin intègre donc à la fois l économie de marché, et la notion de créativité, devenue une valeur symbolique et productive dont l impact économique se révèle de plus en plus important. La créativité un temps incarnée à Berlin par les sous-cultures underground dans les années , a pris le visage aujourd hui des activités des «industries créatives», qui englobent les industries audio-visuelles, les productions artistiques traditionnelles (dance, théâtre, littérature, opéra, etc.), des métiers liés à l internet et aux technologies informatiques (logiciels, jeux vidéos, sites internet, développement d application), ou encore des activités créatives commerciales telles que la mode, l architecture, le design. Pour comprendre la position des acteurs des industries créatives dans l environnement berlinois, nous étudierons un espace de travail dans laquelle se concentre cette population, le «coworking space» Agora situé dans le quartier de 10 Markin, P., The role of Urban Space in Berlin s Transformation into a City of Culture after Reunification, The Hebrew University of Jerusalem, European Forum, Center for German Studies (2010) 13

14 Neukölln. Le caractère international et créatif de la communauté de membres d Agora ainsi que la localisation du lieu, implanté dans un quartier relativement pauvre, fait de cette structure un exemple symptomatique des évolutions urbaines et économiques de Berlin dans la période contemporaine, entre dynamisme créatif et gentrification ségrégatrice (Partie 3) Méthodologie A présent que nous avons posé les limites conceptuelles et géographiques du sujet, nous pouvons détailler la méthodologie sur laquelle s est appuyée notre étude, à la jonction entre la sociologie urbaine et la sociologie artistique. La phase la plus longue a sans aucun doute été la définition du sujet, qui s est opérée au fil de différents stages et d expériences empiriques, complétés par des lectures théoriques 11. Un stage réalisé à New York dans le cadre de mes études à Sciences Po a été l élément déclencheur de mon intérêt pour la réinvention des espaces abandonnés par des pratiques créatives collectives, qu il s agisse de la culture hip hop née dans les immeubles détruits du Bronx 12, ou encore des lofts d artistes ou bar-galeries ouverts dans les grands espaces industriels de Soho d abord, puis de Brooklyn plus récemment. Le processus de transformation des quartiers par la présence d artistes est particulièrement visible dans la ville à New York, mais les parallèles importants que je trouvais entre cette dernière et la ville de Berlin m ont poussée à choisir la capitale allemande pour effectuer mon stage de fin d études et pour en faire mon terrain de recherche -Berlin étant plus facile d accès, moins loin et moins cher.- L immersion dans l environnement artistico-alternatif de Berlin m a cependant rapidement faite réaliser que les parallèles entre New York et Berlin étaient beaucoup moins évidents qu ils ne pouvaient paraitre. Bien que New York et Berlin soient des villes industrielles reconnues pour leur scène créative vibrante, le contexte socio-économique respectif de chacune diffère radicalement l un de l autre. Sans fondamentalement redéfinir l idée de base de notre sujet, touchant aux relations entre transformations urbaines et activités artistiques, les spécificités du terrain berlinois ont poussé à préciser le cadre de notre étude et de notre 11 Raffin, F., Friches industrielles : un monde culturel européen en mutation, Paris, L Harmattan, coll. «Logiques sociales», Chang, J., op. cit.,

15 problématique. Berlin est en effet une ville beaucoup plus pauvre que New York. Dans la liste des villes classées par PIB, New York arrive seconde avec 1406 milliards de dollars, contre 95 milliards de dollars pour Berlin (soit la 69ème place) 13. Cette différence tient majoritairement à l absence de pilier économique solide à Berlin et surtout d industrie financière. Les premiers mois de travail et d observation ici nous ont permis de comprendre l importance du critère économique dans la compréhension du rôle important des initiatives artistiques indépendantes et surtout, aujourd hui, des «industries créatives» à Berlin. La seconde différence essentielle repose sur la situation de phase transitoire dans laquelle se trouve de Berlin depuis la réunification, à la différence de New York qui est une ville beaucoup plus établie économiquement et définie urbanistiquement. Les six mois passés à Berlin en stage dans une structure artistique indépendante, ont été initialement source de confusion quant à la définition de notre problématique, qui se déplaçait, s élargissait, se recentrait au fil des étapes de l immersion et des diverses rencontres. Chaque nouvelle observation se soldait par la découverte d un nouvel élément important de la recherche, inter-connecté à notre sujet de base selon une logique de cause-conséquence. Pour donner un exemple concret, nous n avions pas du tout anticipé avant d arriver à Berlin les frustrations ressenties par certains «locaux» à l encontre des «internationaux 14 créatifs» - cette thématique étant beaucoup moins marquée à New York, puisque l internationalisation de la ville n a rien de très nouveau. La principalement question qui s est posée pour l établissement d un cadre de recherche concret, a été l articulation entre l intégration des multiples éléments d une même thématique afin d assurer la cohérence de notre étude, et l effort constant de cohérence interne entre tous ces éléments. La solution trouvée à la confusion a été de faire le choix d approcher le sujet au prisme des observations empiriques réalisées dans ma structure de stage. Ces observations seraient complétées par des perspectives socio-historiques plus théoriques, permettant la compréhension des spécificités urbaines, économiques et socio-culturelles qui distinguent aujourd hui Berlin 13 source : Site internet Banque Mondiale (donnees.banquemondiale.org). Données datant de nous utiliserons tout au long de notre étude le terme «internationaux» pour désigner les jeunes étudiants ou jeunes travailleurs arrivés récemment à Berlin, afin de profiter de l environnement de la ville et des opportunités qu elle offre. Au cours des derniers mois, Berlin est surtout devenu la destination privilégiée des jeunes Espagnols, Italiens et Turcs qui fuient leur pays en crise. 15

16 d autres villes industrielles en crise. Nous avons décidé de mettre l accent sur le phénomène de réinvention des espaces «oubliés» par des initiatives créatives et sur l impact des pratiques créatives sur la transformation de la structure urbaine et économique de la ville, notamment le rôle des entrepreneurs «créatifs» et technologiques. Les conséquences sociales ségrégatives de la gentrification, accélérée par la présence artistique, est une thématique qu il est difficile de laisser de côté tant elle est liée à ces mutations, mais nous avons délibérément choisi de la traiter plus évasivement, pour répondre à un effort de bornage du sujet. Le concept d espace a donc constitué le fil conducteur essentiel de ma recherche, car il me semblait être le terme qui permettrait le mieux de construire une recherche cohérente, dans laquelle les multiples éléments pouvaient «tenir ensemble» malgré la largeur et la densité du sujet. Espace pour la créativité, et transformation de l espace par les pratiques créatives, sont deux thèmes-piliers qui m ont aidée à recentrer ma recherche lorsque mes réflexions sortaient du cadre posé. Notre recherche s est appuyée sur le quotidien vécu dans l environnement berlinois, sur de nombreuses discussions informelles avec des habitants, des collègues, des colocataires. D autre part, la visite de nombreux appartements 15 a constitué autant d occasions de nous entretenir informellement avec de nombreux habitants sur la difficile situation locative actuelle de Berlin, sur la popularité extrême de la ville pour les créatifs et sur les conséquences de l arrivée massive de nouveaux internationaux. Dans une perspective plus scientifique, l étude de terrain s est concentrée sur notre lieu de stage, Agora, car il représente un échantillon intéressant de la jeune population de créatifs internationaux à Berlin aujourd hui. Nouseu l occasion de réaliser des entretiens avec deux anciens collègues, l un impliqué dans la structure entreprenariale du projet, l autre dans la définition de son identité artistique. Pour mieux mettre en perspective le contexte socio-économique dans lequel a été créé Agora, nous avons réalisé (en amont) un troisième entre tien avec un acteur travaillant dans une structure publique promouvant l intégration sociale dans le quartier d implantation d Agora. Etant donné que l anglais n est ni ma langue natale, ni celle des trois personnes interrogées (deux Allemands, un Brésilien), certaines nuances de langages ont certainement fait défaut au moment des entretiens, ce qui a pu fausser en certains points mon analyse. J ai cependant tenté de combler cette faille en croisant constamment les informations entendues d un entretien à l autre, en les analysant toujours au prisme de sources complémentaires, écrites ou orales. 15 le marché locatif actuel à Berlin étant extrêmement saturé par une très forte demande, la recherche d appartement ou de chambre en colocation est devenu un processus extrêmement long et compliqué, et requiert souvent de visiter une vingtaine de chambres avant d en trouver une disponible pour plusieurs mois 16

17 Le caractère très contemporain des problématiques liées à l environnement créatif de Berlin aujourd hui, et des impacts sur la structure urbaine, a limité l accès à des sources scientifiques abondantes. Bien sûr, les écrits sur la gentrification ne manquent pas, pas moins que ceux sur la réinvention des friches industrielles (qui est un thème étudié depuis la fin des années 1980 déjà). Cependant, nous avons choisi de centrer notre étude de terrain sur la transformation économicourbaine de Berlin par les activités créatives contemporaine et l internationalisation des acteurs, et non essentiellement sur les effets sociaux de la gentrification. Nous avons donc préféré tenter de capter les dynamiques actuelles, via le croisement d informations récoltées dans des discussions avec les acteurs de ces évolutions eux-mêmes et avec les habitants de Berlin de plus longue date. Les données regroupées au cours des différentes conversations ont été complétées par de nombreux articles de presse publiés récemment sur les thèmes de la créativité de Berlin, sur les industries créatives, ainsi que sur les mutations urbaines en cours et les tensions qu elles nourrissent. D autre part, l histoire artistique et alternative de Berlin depuis la chute du mur a été marquée par l éclosion de nombreuses sous-cultures et pratiques «underground» ; de fait, cette histoire est surtout une histoire orale, bien plus qu écrite et encore moins universitaire, car elle est racontée par les acteurs de l époque qui ont fait l expérience des lieux, des gens et des espaces. La proximité physique de ces acteurs à Berlin m a offert l opportunité d écouter certains récits lors de rencontres organisées dans le cadre de festivals ou autres manifestations artistiques. 17

18 PARTIE 1 : BERLIN : VILLE D ESPACES La dynamique créative de la capitale allemande et sa place particulière dans la constellation des métropoles créatives mondiales ne peut se comprendre sans une attention rigoureuse à sa topographie. Le caractère «créatif» d un lieu est une notion très abstraite si elle n est pas reliée à des paramètres physiques et concrets tels que l organisation des espaces, l histoire de l organisation des espaces ou encore la structure socio-économique d une société. Ainsi, la réputation créative de Berlin trouve en partie ses origines dans le très grand nombre d espaces disponibles tant au centre qu autour de la ville, qu il s agisse d espaces laissés volontairement libres ouverts ou d espaces anciennement aménagés mais devenus désuets ou oubliés. Les centres-villes de Paris ou Londres, en comparaison, sont extrêmement rares en espace libre ou non occupés, et chaque mètre carré est une ressource précieuse, très disputée et surtout très contrôlée. L histoire politique heurtée de Berlin, terrain privilégié d affrontement idéologique, a eu pour conséquence des transformations urbaines profondes et répétées, chaque régime ayant voulu modeler la ville aux images de ses préceptes 16. De fait, lors de la réunification de 1989, Berlin porte à la fois les traces des ambitions démesurées du régime nazi, des destructions de la Seconde Guerre mondiale et de la décadence industrielle de la RDA. Lorsque le mur tombe donc, Berlin nouvellement promue capitale renferme en son centre une quantité innombrable de «trésors» abandonnés et détruits, qui vont devenir l incubateur des sous-cultures alternatives et le terrain de jeux favori d une jeunesse euphorique. 16 Bocquet, D., Berlin : Histoire de l urbanisme et enjeux contemporains des politiques urbaines, in Berlin : un urbanisme participatif, Bernard (Hélène), Bocquet (Denis), Cremer (Cornelia), Droste (Christiane), Poczka (Cornelia), Vieillard-Baron (Hervé), Profession Banlieu,

19 Chap. 1 : Les opportunités spatiales de Berlin, origines socio-historiques Dans le paysage varié des capitales européennes, Berlin se distingue par sa très large étendue. Elle s étale sur 891 kilomètres carrés, soit l équivalent de New York, ou huit fois Paris. Le tiers de cette surface est composée d espaces verts. Lacs, parcs (dont le principal, Tiergarten, couvre une surface de 210 kilomètres carrés), forêts, jardins font de Berlin une ville très prisée pour sa qualité de vie 17. Au début du XXème siècle, Berlin a absorbé les communes avoisinantes et agrandi par la même occasion la surface de ses espaces verts, en incluant notamment trois grandes zones d eau importantes que sont les lacs de Wannsee et Müggelsee au sud-ouest, et le Tegeler au nord-ouest. D autre part, la ville comprend aussi et surtout beaucoup de «dents creuses», ou vides urbains (friches, terrains vagues, bâtiments abandonnés) qui représentent à la fois de précieuses réserves foncières, et des théâtres ouverts pour l expression et la création. Tous ces lieux et terrains désaffectés et oubliés étaient autant de «trésors» (cf. chapitre 3 : l histoire de la boîte de nuit «ttesor») restés clos, en attente d ouverture et d exploration. Le caractère étendu et bétonneux de Berlin s explique à la fois par l histoire de ses incessantes déconstructions et reconstructions, marquées du sceau des idéologies qui se sont succédées dans ville-etat, ainsi qu à la croissance de l activité industrielle à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle. I. Berlin : une histoire marquée par les idéologies, les guerres, les destructions et les reconstructions Pour mieux comprendre les caractéristiques topographiques de la ville réunifiée en 1990, et particulièrement de la partie Est de la ville, il faut d abord se rappeler qu urbanisme et idéologie ont très souvent été associés à Berlin. Du temps de Bismarck déjà, la ville avait été pensée et construite comme un miroir de la puissance impériale prussienne reflétée par l architecture néoclassique au centre d une part, et d autre part, en périphérie, de la croissance industrielle 17 Berlin, métropole naturelle. Le Naturpark Schöneberg Südgelande, étude réalisée par le CERTU (Centre d Etudes sur les Réseaux, les Transports, l Urbanisme et les Constructions Publiques), Trame verte et bleue: Expériences des villes étrangères, Mai

20 matérialisée par la création de grandes usines et cités ouvrières attenantes (à Tegel notamment) 18. Il en fut de même au moment du règne nazi, où le délire impérial d Hitler, porté par l architecte Albert Speer, voulait faire de Berlin une nouvelle cité rebaptisée «Germania», qui aurait été la vitrine de l idéologie de régime nationaliste et de ses «grandeurs». Quelques années plus tard, à la fin de la guerre, Berlin est devenu la scène principale de l affrontement des deux blocs. Cette rivalité idéologique entre deux conceptions du monde qui allait se matérialiser par la construction du «mur de la honte» un peu plus d une décennie plus tard, a été dès le début rendue visible par les choix de reconstruction d un côté et de l autre de la ville. Berlin Ouest serait la vitrine du capitalisme au milieu du bloc soviétique ; Berlin Est, elle, deviendrait une capitale soviétique et socialiste exemplaire. A partir de 1949, date de création de la République Fédérale d Allemagne (RFA) et de la République Démocratique d Allemagne (RDA), les Alliés à l Ouest et les Soviétiques à l Est entament la reconstruction de leurs zones respectives, en y appliquant leurs principes idéologiques respectifs. Des deux côtés, la reconstruction passe par le parti pris de la «tabula rasa». On reconstruit la ville nouvelle, en faisant fît des traces du passé. Berlin-Est est un exemple marquant de ce processus. Les Soviétiques ont voulu faire disparaitre le passé «bourgeois» de la ville, inévitablement imprimé dans ses constructions et son architecture. Après la Seconde Guerre mondiale, ils héritent de la partie la plus endommagée de la ville (notamment les quartiers de Mitte et Prenzlauer Berg), ce qui leur laisse la liberté de refaçonner les lieux à l image de leur idéologie. Ils engagent des chantiers de planification urbaine afin de reconstruire une véritable capitale socialiste. Cela passe par la percée d artères gigantesques, dont la Karl-Marx-Allee (nommée Stalinallee jusqu en 1953) est la réalisation la plus emblématique ; ou encore, par la création de lieux symboliques aux proportions massives, tels que l Alexanderplatz, conçue comme un espace central du pouvoir socialiste. Berlin a toujours été considérée comme une ville expérimentale. Elle l était déjà au moment du mouvement moderne en architecture dans les années 1920, elle l était encore lors du développement des squats et des contre-cultures dans les Le caractère expérimental de Berlin est à mettre en relation avec l occurrence des conflits et destructions a représenté 18 Bocquet, D., article cité,

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