«La croissance rend-elle heureux? Andrew Clark* et Claudia Senik Ecole d Economie de Paris et Cepremap

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1 Version en documen de ravail. Texe final paru dans 27 quesions d économie conemporaine, Albin Michel : Paris, «La croissance rend-elle heureux? Andrew Clark e Claudia Senik Ecole d Economie de Paris e Cepremap 1. Inroducion Le Produi Inérieur Bru es-il un bon indicaeur de bien-êre ; fau-il endre à accroîre le revenu naional? Aucune héorie ne prescri la recherche du aux de croissance maximal ; même la créaion d emplois, effe éviden de la croissance, peu êre aeine par d aures moyens. E de nombreuses voix s élèven de manière chronique conre l objecif de croissance, accusan cee dernière de dilapider les ressources épuisables, de ne pas coïncider avec le développemen e finalemen de ne pas êre poreuse de bien-êre. Une ceraine vision relaivise préend ainsi que l homme n es pas plus heureux dans les pays développés qu il ne l éai dans les sociéés rurales e radiionnelles plus solidaires, plus inégranes. Un aure regard scepique observe avec ironie les vains effors des individus pour s élever au-dessus de leurs pairs, de leurs voisins, ou de leur groupe de référence quel qu il soi. Issue de cee course-poursuie au revenu relaif, au sau, à la consommaion osenaoire, globalemen vouée à l échec par définiion, la croissance ne reflèerai qu un arbirage regreable a poseriori en faveur du ravail e de la consommaion, e au dérimen du loisir. Si cerains modèles héoriques démonren la possibilié d une croissance réducrice de bien-êre 1, d un poin de vue praique la quesion es de savoir si, de fai, la croissance saisfai les désirs des agens ou si elle ne consiue qu un gaspillage de loisir e de ressources. On voudrai donc connaîre les moivaions inrinsèques des agens, la raison pour laquelle ils produisen oujours davanage e la saisfacion qu ils reiren réellemen de l élévaion de leur revenu. Des données d un ype nouveau Dans cee perspecive, l une des voies que les économises recommencen à explorer, après une première percée dans les années , consise s écarer de la méhode des préférences révélées par l acion pour analyser les données «subjecives», c es-à-dire les opinions des individus, leurs jugemens de PSE e IZA Universié Paris IV Sorbonne, IZA e Insiu Universiaire de France 1 Voir par exemple Corneo e Jeanne (1997) ou Cooper e al (2001). 2 Voir par exemple van Praag (1971).

2 saisfacion par exemple. Ces variables son de plus en plus souven disponibles au sein des enquêes saisiques naionales e leur exploiaion es faciliée par le développemen de echniques saisiques adéquaes. On rouve ainsi au sein des enquêes auprès des ménages des quesions demandan direcemen aux enquêés de se siuer sur une échelle de saisfacion : «de manière générale, en ce momen, à quel poin êes-vous saisfai de vore vie (ou de vore revenu/ de vore siuaion financière): pleinemen saisfai, pluô saisfai, ou pas du ou saisfai», ou encore «sur une échelle de 1 à 10, sur quel échelon vous siuez-vous en maière de bonheur, de saisfacion?». Les réponses données par les enquêés son alors inerpréées comme de bonnes approximaions du bien-êre de l individu, de son uilié, de son bonheur, les économises renonçan pour l occasion à la disincion enre jugemen d uilié (ex ane) e uilié ressenie (ex pos). Afin de neuraliser les effes fixes individuels (la «personnalié» des enquêés), les chercheurs enen dans la mesure du possible de recourir à des données de panel, longiudinales, qui inerrogen les mêmes individus année après année (parfois pendan plus de 20 ans). Il s agi du Briish Household Panel Survey (BHPS), du German Socio-Economic Panel Sudy (GSOEP), du Russian Longiudinal Monioring Survey (RLMS) ou du European Communiy Household Panel (ECHP) qui englobe les enquêes naionales auprès des ménages de 15 pays européens de manière harmonisée. Le fai de disposer de données de panel perme d idenifier la manière don, pour un individu donné, le fai que son revenu augmene modifie sa saisfacion. Si cee méhode a pu occasionner quelques haussemens de sourcils à ses débus, elle semble avoir aujourd hui gagné ses leres de noblesse comme en émoigne sa diffusion dans des revues inernaionales elles que l American Economic Review (Frijers e al., 2004, Kahneman e al., 2004), le Journal of Economic Lieraure (Frey and Suzer, 2002), ou encore le Journal of Economic Perspecives (Di Tella and MacCulloch, 2006, Kahneman and Krueger, 2006). Que nous apprend cee plongée au cœur des préférences des individus e de leur bien-êre? Ce aricle présene l éa des connaissances obenues grâce à la mobilisaion des données subjecives au service l élucidaion du lien enre revenu e bien-êre. L argen ne fai pas le bonheur «L argen ne fai pas le bonheur» ; ce adage sous-end la moivaion générale de ou un couran de l analyse économique «comporemenale» (behavioral en anglais) qui s écare légèremen de la méhode commune en économie, soi parce qu elle reme en cause les hypohèses fondamenales sur lesquelles repose l axiomaique de la discipline soi parce qu elle choisi parfois d éudier direcemen les jugemens de saisfacion au lieu de s en enir à l observaion des choix en aces, répués plus fiables. Scepique à l égard de l axiome fondamenal de l analyse économique, à savoir le fai que les individus opèren des choix cohérens enre eux e de naure à maximiser un objecif de bien êre, ce couran de l analyse économique va parfois jusqu à douer de la lucidié des agens, e de l objecif qu on leur prêe. Tou en demeuran dans le giron de l analyse «néo-classique», «orhodoxe» qui conserve l individu comme élémen ulime d observaion e d analyse, les économises de ce couran son largemen ouvers aux inuiions venues d aures sciences sociales e humaines : imiaion, effes de pairs, comparaisons, adapaion, impaience, ec. Dans ces condiions, on comprend que l une des premières quesions soulevées par ces

3 économises «comporemenalises» pore sur l uilié réellemen procurée par la consommaion e son insrumen : le revenu. La modélisaion des choix du consommaeur cherchan à maximiser son bien-êre consiue en effe la pierre angulaire de la héorie économique de base (à côé de la modélisaion des choix du produceur). Au-delà de ces aspecs méhodologiques, l analyse du lien enre revenu e croissance es lourde d enjeux praiques : ravailler plus pour gagner plus, ceres, mais à condiion que cela rende les gens plus heureux e qu ils aien fai ce choix de manière lucide. Sinon, à quoi bon? Le déba sur l uilié «hédonique» de la croissance remone à un aricle ancien de Richard Easerlin (1974). Suivi d une série d éudes similaires, ce dernier monre que depuis l après-guerre, le score moyen de saisfacion déclaré par la populaion es resé à peu près consan, malgré l augmenaion specaculaire de la richesse des pays développés. Ainsi, la proporion d américains se déclaran «rès heureux» n aurai pas augmené enre 1973 e 2003 malgré l accroissemen du PNB par êe de deux iers (Figure 1). La même observaion vau pour les pays européens (Figure 2) e le Japon. De manière générale, la proporion de gens qui se déclaren «rès heureux» se rouve sysémaiquemen au voisinage des 30% ; en erme d échelle, les gens se siuen oujours en moyenne sur le sixième échelon quand on leur propose une échelle de 1 à 8. Revenu e bien-êre ne seraien donc pas synonymes, e mesurer la croissance du PNB ne serai pas une bonne manière d évaluer les progrès d un pays.

4 FIGURE 1: Bien-êre e revenu réel par habian aux USA, Bien-êre moyen 3 2,5 2 1,5 1 0, Année Revenu réel par êe ( prix consans en US$ de 2000) 3 Source: World Daabase of Happiness e Penn World Tables. Valeur moyenne des réponses à la quesion: Taken all ogeher, how would you say hings are hese days? Would you say ha you are? Les réponses son codées de la manière suivane : (3) Very Happy, (2) Prey Happy e (1) No oo Happy. Les quesions de saisfacion son irées du General Social Survey américain. Graphique iré de Clark e al. (2006)

5 FIGURE 2: Evoluion de la saisfacion générale dans 5 pays européens, ,5 Saisfacion moyenne 3 2,5 2 1,5 1 0,5 UK France Germany Ialy Neherlands Année Un problème de mesure? Avan de ener d élucider le «paradoxe d Easerlin», ajouons un bémol à la force de ces illusraions en nous penchan sur la méhode uilisée e sur la naure des jugemens de saisfacion exprimés par les agens. Ces derniers son choisis sur une échelle bornée. En réponse à la quesion de savoir s il es globalemen saisfai de sa vie, l individu doi choisir enre plusieurs réponses allan de «parfaiemen saisfai» à «pas du ou saisfai», en passan par «pluô saisfai», e «pluô insaisfai». Il choisi donc une réponse de manière à exprimer le rappor enre ses condiions de vie e son niveau d aspiraion. Auremen di, les jugemens de saisfacion recueillis son relaifs à un conexe qui défini les bornes de l ensemble des possibles (van Praag, 1991). Easerlin lui-même relève une observaion remarquable sur la base de plusieurs enquêes inernaionales : les individus, en moyenne, quelle que soi leur classe d âge, considèren qu ils son plus heureux que par le passé, e qu ils seron plus heureux à l avenir, mais en moyenne, sur la période considérée, leur indice de bien-êre rese à peu près consan dans le emps. L inerpréaion de l aueur es que, au fur e à mesure que le conexe se modifie, les aspiraions des agens évoluen, de sore que sur le long erme, les mesures agrégées de saisfacion resen sables. Mais aenion! Il es possible que l insrumen de mesure employé soi lui-même relaif e dépendan du conexe. Peu-êre aurai-on obenu un résula différen si on avai auorisé les agens, année après année, à élargir l échelle de saisfacion sur laquelle ils évaluen leur bien-êre, de manière à refléer l évoluion du l ensemble des possibles. Un double paradoxe 4 Source: World Daabase of Happiness. Valeur moyenne des réponses à la quesion: On he whole how saisfied are you wih he life you lead. Les réponses son codées de la manière suivane: (4) Very Saisfied, (3) Fairly Saisfied, (2) No Very Saisfied e (1) No a all Saisfied. Les quesions de saisfacion son irées de Eurobaromeer Survey. Graphique iré de Clark e al. (2006)

6 Le «paradoxe d Easerlin» es un paradoxe à plusieurs ires. Non seulemen parce qu il suggère que le revenu n accroî pas le bien êre, mais aussi parce que les courbes «plaes» qu il a mis en évidence son en conradicion avec d aures éudes fondées sur des données microéconomiques. Le recours à des indices agrégés de saisfacion, moyennes naionales ou poids des individus donnan elle ou elle réponse, es en effe délica. La composiion de la populaion peu se modifier au cours de la période éudiée, ainsi que les condiions de vie ; plusieurs explicaions son alors possibles pour expliquer le lien observé enre saisfacion agrégée e croissance. Pour sorir de cee équivalence observaionnelle, il es uile de recourir aux données microéconomiques. Les indices individuels de saisfacion éudiés en coupes ransversales son en effe plus faciles à inerpréer puisqu ils son évalués au sein du même conexe. Mieux encore, les données de panel permeen de prendre en compe les effes individuels e l évoluion du conexe économique. Les résulas obenus son alors ou à fai différens. Les éudes micro-économériques révèlen oues sysémaiquemen l influence posiive e primordiale du revenu (au même rang que la sané, le ravail ou le mariage) sur le bien-êre individuel. 1) Les régressions de la saisfacion sur le revenu, en coupes insananées, sur des échanillons de populaion représenaifs d un pays, révèlen une relaion posiive e significaive enre ces deux variables, aussi bien pour les pays développés (Blanchflower e Oswald, 2004, Shields e Price, 2005) que les pays en développemen (Graham e Peinao, 2002, Lelkes, 2006), même si la relaion es plus fore dans le cas de ces derniers. 2) Les ravaux récens sur la base de données de panel conduisen à la même conclusion: une hausse du revenu individuel enraîne une augmenaion du bien-êre subjecif (Winkelmann e Winkelmann, 1998, Ravallion e Lokshin, 2001, Ferrer-i-Carbonell e Frijers, 2004, Senik, 2004, Ferrer-i-Carbonell, 2005, Clark e al., 2005, Senik, 2007a). Un cerain nombre de ravaux on mis à profi des variaions exogènes du revenu de ceraines caégories de populaion afin d éablir la direcion de la causalié enre revenu e bien-êre (e.g. Gardner e Oswald, 2006; Frijers e al., 2004a, 2004b, 2006). Ici encore, l effe du revenu es plus imporan pour les pays en développemen. 3) Enfin, des analyses récenes fondées sur des comparaisons enre pays monren que le bienêre varie avec ceraines variables macroéconomiques elles que le niveau e la croissance du revenu naional (Di Tella e al., 2003, Helliwell, 2003, Alesina e al., 2004, Leigh e Wolfers, 2006). Ainsi, au vu des ravaux récens fondés sur des données plus précises que celles mobilisées par Easerlin, il semble ou de même que l argen fasse le bonheur. Commen réconcilier ces observaions avec les fais sylisés à la Easerlin? Deux inuiions simples De nombreux ravaux on essayé de rendre compe des raisons qui pouvaien conduire à au «paradoxe d Easerlin», raisons d ailleurs suggérées par l aueur lui-même. Deux ypes de phénomènes seraien à l œuvre derrière cee apparene indifférence des gens au revenu naional : l habiude e les comparaisons. Il s agi de deux inuiions simples : d une par, les gens s habiuen à un niveau de vie élevé, au sens où leur niveau d exigence s élève avec leur niveau de vie, si bien que leur saisfacion, qui résule de l écar enre revenu effecif e niveau d aspiraion, rese inchangée ; d aure par, la saisfacion que les gens reiren de leur revenu es esseniellemen relaive : l élévaion de mon revenu ne me saisfai que si elle es supérieure à celle des gens auxquels je me compare, mon «groupe de référence». En poussan cee dernière hypohèse jusqu à sa limie, si la croissance élevai les revenus de ous d une manière homogène, elle laisserai ou le monde indifféren ; en ou éa de cause, la croissance serai oujours un jeu à somme quasi-nulle.

7 Ces observaions meen l accen sur les ineracions direces enre les préférences des agens : comparaisons, adapaion. Dans les deux cas il s agi d inroduire des effes de seuil dans la relaion qui uni bien-êre e revenu. Les comparaisons renvoien au revenu de mon groupe de référence ; dans le cas de l adapaion, le seuil es consiué par mon propre niveau de revenu aein par le passé. Des effes puremen informaionnels Cependan, au-delà de ces effes de seuil, d aures chercheurs on plus récemmen mis en évidence des ineracions indireces, de naure informaionnelle, qui jouen dans le sens opposé. En admean que des phénomènes puremen cogniifs, des représenaions, puissen avoir un effe direc sur le bien-êre, ils formulen l hypohèse selon laquelle la perspecive même d une hausse de revenu fuur peu exercer un effe favorable sur le bien-êre des agens. Dans ce cadre, les effes de comparaisons peuven se rouver plus que compensés par les effes d anicipaion nourris par l observaion du revenu de mon groupe de référence. De même, l influence néfase de mon revenu passé peu êre compensée par l effe posiif de mes anicipaions de revenu fuur. Ce aricle présenera les ravaux empiriques qui on essayé de confirmer ou d invalider ces deux inerpréaions du paradoxe d Easerlin - comparaisons e adapaion ; il rendra égalemen compe des effes informaionnels qui on pu êre mis en évidence de manière empirique. Au oal, l effe ne de ces forces qui s exercen en sens opposé dépend, on le verra, du conexe économique, noammen des représenaions des agens concernan la mobilié qui caracérise la sociéé dans laquelle ils viven. Un roisième erme enre revenu individuel e saisfacion Les explicaions proposées pour rendre compe du paradoxe d Easerlin reposen sur une représenaion modifiée du lien enre revenu e saisfacion. Il s agi de «prendre au sérieux» l idée selon laquelle dans le revenu d une personne, il y a en quelque sore plusieurs élémens qui agissen de manière différene sur sa saisfacion, don la percepion passe par des canaux différens : d une par, un revenu qui ser de niveau de référence, e d aure par, la parie du revenu individuel qui s écare de cee norme. Ce niveau de référence es néfase à la saisfacion, il consiue en quelque sore un déflaeur de la saisfacion que l individu reire de son revenu. Ainsi, si l on représene par y le revenu individuel à l année, par y le revenu de référence à l année e par U la saisfacion individuelle à la même période, on peu écrire une relaion simple du ype ' U = β1ln( y) + β2ln( y / y) + Zγ (1) Où le veceur Z inclu les variables socio-démographiques (sexe, âge, ec.) e les caracérisiques de l emploi de l individu (s il ravaille). Il s agi alors d esimer de manière micro-économérique, à l aide de données individuelles, la relaion enre saisfacion, revenu de référence e revenu «résiduel», auremen di les coefficiens β 1 e β 2. On voi qu une quesion essenielle va êre de connaîre l imporance relaive du erme y / y par rappor à y, c es-à-dire de β 2 par rappor à β 1. Mais auparavan, la quesion es de savoir ce qui consiue la variable y. 2. Le pressoir de l adapaion Une première hypohèse es que cee norme, cee aune de comparaison y es consiuée par les revenus passés de l individu lui-même. Un erme anglais «hedonic readmill», (le pressoir de bonheur) désigne ce phénomène d adapaion, l effe néfase de l habiude. Les

8 individus s habiuen au niveau de vie auorisé par leur revenu, si bien que la saisfacion qu ils en reiren s esompe au bou de quelque emps. Les variaions de leur revenu ne donc peuven exercer qu un effe emporaire, le emps qu ils s y soien habiués. Ensuie, ils reviennen à leur niveau de saisfacion iniiale. Dans le cadre de l équaion (1), le niveau de référence y es alors défini par le revenu passé. Ainsi, si l individu compare son revenu acuel à la moyenne géomérique de son revenu des rois dernières années, on aura : U y y y i = β1ln( i ) + β2ln( i / ) y = ( y ) ( y ) ( y ) α γ 1 α γ i 1 i 2 i 3 U = β ln( y ) + β [ln( y ) αln( y ) γ ln( y ) (1 α γ)ln( y )] i 1 i 2 i i 1 i 2 i 3 Le bien-êre de l individu à la période dépend posiivemen de son revenu acuel y i, mais négaivemen de son revenu passé. Une implicaion direce de la dernière équaion es que l effe de cour erme d une augmenaion de revenu ( β 1+ β 2 ) sera plus imporan que l effe à long erme ( β 1). Dans le cas où β 1 =0 -soi pas d effe absolu du revenu- l effe d une augmenaion de revenu sur le bien-êre s annule au bou de rois ans. Malgré l imporane liéraure psychologique consacrée à l adapaion en général (voir Frederick e Loewensein, 1999), peu de ravaux poren sur l adapaion au revenu. L un des premiers aricles uilisan une base de données imporane afin de modéliser l adapaion au revenu es celui de Inglehar e Rabier (1986), qui fai appel aux données empilées Eurobaromère de dix pays de l Europe de l Oues enre 1973 e Les aueurs monren que la saisfacion moyenne dans la vie e le bonheur moyen par pays son ous deux indépendans du niveau de revenu naional insanané, mais son corrélés posiivemen avec une mesure d évoluion du revenu naional sur les douze derniers mois. Ce résula correspond au cas où β 1 =0 dans l équaion ci-dessus. A l aide de données de panel individuelles (Briish Household Panel Survey), Clark (1999) monre que la saisfacion au ravail des individus dépend uniquemen de l évoluion de leur revenu e non du niveau de ce dernier. Des résulas de même naure son obenus par Grund e Sliwka (2003) e Weinzierl (2005). Burchard (2005) affine ce résula en mean en évidence une adapaion plus fore aux augmenaions de revenu qu aux baisses de revenu. Au-delà des variables de saisfacion ou de bonheur, d aures approches procuren des résulas uiles. Ainsi les chercheurs de l école de Leyden (voir Van Praag, 1971, Hagenaars, 1986, Van de Sad e al., 1985, Plug, 1997) esimen-ils des «Welfare Funcion of Income» de manière indirece. Leur méhode consise à demander aux individus de définir eux-mêmes les niveaux de revenu qu ils jugen «excellen», «bon», «suffisan», ec. On peu ensuie calculer pour chaque individu une foncion lian niveau de revenu e bien-êre. On observe alors, en comparan les foncions des individus, que le niveau de revenu jugé nécessaire pour avoir un «bon niveau de vie» es d auan plus élevé que l individu es riche. Auremen di le niveau d exigence augmene avec le niveau de vie. Les chercheurs de Leyden esimen qu un individu qui connai une année une augmenaion de revenu de 100 dollars aura au bou de deux ans réévalué de 60 dollars le revenu nécessaire pour permere un «bon niveau de vie». Ce processus d adapaion au revenu, de «glissemen des préférences» (preference drif) condui donc à une évaporaion de 60% de l effe uile du revenu. D aures approches, des expériences de laboraoire noammen, on éé uilisées, souven en psychologie. Les expériences décries par Kahneman e Tversky (1979) esquissen une foncion d uilié dépendan esseniellemen non pas du niveau de richesse, mais pluô de l évoluion de la richesse. Les individus auraien un goû pour la croissance du revenu en an

9 que elle, indépendammen du niveau qui en résule. McBride (2006) décri une expérience asucieuse confirman le phénomène d adapaion en an qu évoluion des aspiraions. Chaque suje joue à pile ou face conre un ordinaeur. Le comporemen probabilise de l ordinaeur es connu : par exemple un ordinaeur choisira face 8 fois sur 10 e pile 2 fois sur 10. Les sujes exprimen leur saisfacion à la suie de chaque our de jeu. La manipulaion du comporemen de l ordinaeur perme d idenifier un effe des aenes sur la saisfacion. Chaque suje joue cinq fois. La meilleure sraégie conre un ordinaeur qui joue face 8 fois sur 10 es de oujours choisir face ; la récompense espérée es de quare cenimes. Si l ordinaeur joue face dans 65% des cas e pile dans 35% des cas, la meilleure sraégie es encore de oujours jouer face, mais cee fois-ci on n espère gagner que 3,25 cenimes. L analyse empirique de la saisfacion des joueurs monre que plus les sujes gagnen, plus ils son conens. Mais pour un gain donné, la saisfacion es plus grande quand l espérance éai moindre. Tou se passe donc comme si la saisfacion des individus éai relaive à leurs aenes. Un résula de même naure es obenu par Tobler e al. (2005) à l aide d une approche neurologique. Il s agi d une expérience sur des singes ; ces derniers son condiionnés à espérer différenes récompenses (jus de frui) en cas de succès dans l accomplissemen de ceraines âches. On observe que l acivié neuronale pour une récompense donnée es plus imporane chez les singes habiués à recevoir des quaniés moindres de jus de frui. 3. Les comparaisons sociales Un nombre croissan d éudes économériques inerprèen l équaion (1) en ermes de comparaisons aux aures. Le erme y recouvre alors le revenu d un groupe de gens supposés servir de référence, d aune de comparaison du revenu. Mais qui compose le groupe de référence? Afin d esimer l effe du revenu du groupe de référence sur le bien-êre, il fau en effe savoir commen mesurer y, c es-à-dire connaîre sa composiion. Pour l esseniel, la méhode adopée par les chercheurs consise non pas à demander direcemen aux individus inerrogés de définir leur groupe de référence, mais à former des hypohèses sur la composiion de ce groupe, puis à chercher une confirmaion de cee hypohèse dans les données, c es-à-dire dans la force du coefficien β2 esimé. Première hypohèse sur la composiion du groupe de référence : les pairs, c es-à-dire une définiion par les caracérisiques professionnelles (formaion, profession, branche, expérience, ec.). Le revenu y es alors défini comme le revenu moyen ou le revenu «ypique» des gens exerçan la même profession. De nombreux ravaux meen en évidence l effe négaif exercé par le revenu des pairs sur la saisfacion générale ou sur la saisfacion au ravail ; cions ainsi Cappelli e Sherer (1988), Clark e Oswald (1996), Brown e al. (2006). D aures aueurs vérifien l effe négaif du revenu moyen «local» ; y revê alors une significaion géographique : il es mesuré comme le revenu moyen des habians d un quarier (Lumer, 2005), d une région (Ferrer-i-Carbonell, 2005) ou d un Ea (Blanchflower e Oswald, 2004). Toues choses égales par ailleurs, la saisfacion des gens es plus faible lorsque leurs voisins gagnen davanage. Au lieu d imaginer y comme le revenu d un vase groupe, on peu imaginer des groupes de référence beaucoup plus réduis, composés de personnes que l individu voi souven au cours de sa vie quoidienne : famille, amis. Clark (1996) dévoile ainsi une corrélaion négaive enre la saisfacion au ravail e le salaire du conjoin. Cee relaion négaive vau aussi bien pour

10 les hommes que pour les femmes ; elle es d auan plus fore que le conjoin gagne plus que la personne inerrogée. L économie expérimenale fourni ici encore des résulas inéressans. De manière générale, les joueurs se monren sensibles aux écars de revenus. Les sujes des expériences de Zizzo e Oswald (2001) son prês à dépenser une parie de leurs propres gains afin de déruire les gains des aures paricipans. Le joueur moyen se voi «brûler» la moiié de ses gains, e les «riches» (ceux qui on gagné le plus) se rouven brûlés plus que les pauvres. De els résulas expérimenaux son cohérens avec un processus de comparaison de gains enre joueurs. Les enquêes procèden parfois par présenaion de «vignees» aux personnes inerrogées. Dans les enquêes de Alpizar e al. (2005), Johannsson-Senman e al. (2002) ou Solnick e Hemenway (1998), on demande aux individus de choisir enre des siuaions hypohéiques. Ainsi, Solnick e Hemenway demanden aux individus de choisir enre les deux siuaions A e B suivanes : A : Vore revenu annuel es de $50,000 ; les aures gagnen $25,000. B : Vore revenu annuel es de $100,000 ; les aures gagnen $200,000. On insise sur le fai que les prix des biens son les mêmes dans les deux siuaions e que le revenu des aures fai référence au revenu moyen des aures individus dans l économie. Il se rouve oujours des enquêés qui choisissen la siuaion A, preuve d un arbirage enre revenu absolu e revenu relaif. Enfin, des analyses physiologiques e neurologiques commencen à confirmer l imporance du sau relaif. Une série d éudes sur les singes a démonré que le sress éai foncion du sau dans le groupe 5. L acivié neuronale semble êre relaive, dans le sens où une récompense es évaluée par rappor à d aures récompenses poenielles (Cromwell e al, 2005). De la même façon, les éudes neurologiques sur les paris observen que l acivié neuronale suie à un gain es foncion du monan que l individu aurai pu gagner. Ean donné l inérê que cerains économises poren à la recherche neurologique, nous sommes cerains de voir bienô paraîre des éudes sur la corrélaion enre mesures neurologiques e revenu relaif. Comme nous l avons souligné, il es rare de disposer de définiion par les enquêés de leur groupe de référence. Melenberg (1992) consiue une excepion en exploian une enquêe dans laquelle les individus désignen les gens avec lesquels ils ineragissen souven ( y ) e indiquen leur niveau de saisfacion, ce qui perme de calculer l effe du revenu de ce groupe sur la saisfacion. Dans un aricle récen, Senik (2007b) exploie une enquêe réalisée par la BERD en 2006 sur 29 pays en Transiion, comprenan des quesions de comparaison explicies. Elle monre sur les comparaisons locales (comparaisons aux parens, aux anciens collègues e aux camarades de classe) exercen un effe significaif sur la saisfacion générale des enquêés. Ces comparaisons à des groupes bien définis son plus puissanes que les comparaisons générales elles que le classemen subjecif sur une échelle sociale. Mais l aune de comparaison la plus perinene se révèle êre l évoluion du niveau de vie des gens par rappor à leur siuaion passée. Il es noable que les comparaisons s exercen de manière asymérique: l effe le plus significaif, e négaif, vien du senimen de vivre moins bien qu avan 1989, d avoir moins bien réussi que les anciens camarades de classe ou que les anciens collègues. 5 Voir Frank (1999), pp Il exise une liéraure imporane sur la sané e le sau: voir Marmo (2004) e Cherkas e al. (2006), par exemple. En ermes de comparaisons, la recherche sur la suicide a monré que celle-ci es corrélée au revenu relaif (Daly e Wilson, 2005).

11 Ainsi, derrière le erme y, il fau bien voir à la fois aurui e ma propre siuaion passée. De plus, le coefficien β 2 es cerainemen différen selon que mon revenu absolu y es plus élevé ou plus faible que y. 4. Conscience e bonheur Les deux secions précédenes on présené quelques illusraions de l effe négaif du passé e des groupes de comparaison sur le bénéfice que les individus reiren de leur revenu. Mais il ne s agi là d une parie du ableau ; à côé de ces effes direcs qui agissen effecivemen comme des «déflaeurs» de la saisfacion, d aures effes indirecs, de naure informaionnelle son de naure à jouer en sens opposé. Ainsi, si l on adme que des représenaions, des anicipaions, peuven exercer des effes sur le bien-êre des agens, généran une sore d uilié «anicipée» (anicipaory feelings) selon la erminologie de Caplin e Leahy (2001), alors une nouvelle source de bien-êre se dévoile, de naure à conrecarrer cerains des effes mis en évidence précédemmen. Le revenu d aurui, ou mon propre revenu passé, peuven en effe servir de fondemen à la formaion d anicipaions posiive dans la mesure ou ils permeen d augurer une progression personnelle. Il se peu alors qu ils exercen un effe posiif -e non plus négaif- sur mon bien-êre. 4.1 Aurui comme source d informaion Dans un aricle célèbre, l économise Alfred Hirschman (1973) a suggéré qu un individu pouvai reirer une saisfacion posiive de la simple observaion de l enrichissemen d aurui, de même qu un auomobilise, pris dans un emboueillage au sein d un unnel, se réjoui de voir soudain l aure file de voiures progresser vers la sorie du unnel s il y voi un signe annonciaeur de sa propre sorie. On parle donc d «effe unnel» lorsque, dans un conexe d inceriude e de manque de visibilié, l observaion du sor d aurui compore un conenu informaionnel si imporan qu il domine l effe de privaion relaive e d envie. Il es possible, on le voi, d inerpréer l écar enre mon revenu e celui de mon groupe de référence de deux manières différenes, chacune exerçan des effes radicalemen opposées sur mon bien-êre : l effe direc de comparaison rédui mon bien-êre à mesure que le revenu de comparaison s accroî, andis que l effe indirec de naure cogniive associe un surplus de bien êre à l observaion de l accroissemen du revenu d aurui que je considère comme une source d informaion sur mes propres perspecives. Cee remarque perme de reconsidérer le lien enre comparaisons sociales e bien-êre. Le revenu de mon groupe de référence exercerai des effes sur mon bien-êre via deux canaux poeniels e non plus un seul. Les deux canaux jouan en sens opposés, la quesion devien alors de savoir lequel l empore sur l aure e dans quelles circonsances. On peu alors réécrire l expression de la saisfacion de manière à laisser ouvere la possibilié d un effe posiif de y : U = β 1 ln( y ) + β 2 ln( y ) β 2 = U/ y = ( U/ A. A/ y ) + V 3 (1 ) Le premier erme de l équaion (1 ) es posiif e représene l effe du revenu de référence y sur les anicipaions (A) ; le erme V 3 représene l effe direc, supposé négaif, de la norme y sur l uilié individuelle. Ainsi l effe ne du revenu de référence y, es-il a priori indéerminé; il dépend de l imporance relaive des effes d informaion e de privaion relaive. L esimaion économérique de β 2 consiue une évaluaion de cee imporance relaive.

12 De fai, une série de ravaux a mis en évidence un effe ne significaivemen posiif du revenu d aurui sur la saisfacion individuelle dans cerains pays. Senik (2004), reenan une inerpréaion professionnelle du groupe de référence, i.e. le groupe d individus paragean les mêmes caracérisiques producives, monre que l effe unnel es dominan en Russie, puis généralise ce résula à un ensemble de pays en Transiion : Russie, Pologne, Hongrie, Pays- Bales (Senik, 2007a). Elle observe égalemen que l effe informaionnel es dominan aux Eas-Unis. Elle inerprèe ces résulas à la lumière du degré de mobilié e d inceriude perçu par les agens. L effe négaif du revenu d aurui, l effe des «comparaisons» l empore dans les pays de la «vieille Europe» marqués par une plus grande rigidié sociale, andis que l effe informaionnel l empore dans les pays de la «nouvelle Europe» ainsi qu aux Eas- Unis, où règne une plus fore mobilié des revenus. Dans le même espri que Senik, Kalbarczyk (2006) observe un effe unnel en Pologne. Elle monre aussi que l effe posiif du revenu d aurui n exise que pour le niveau du revenu individuel, le revenu du ménage ne jouan apparemmen pas le même rôle informaionnel. Ce résula es à rapprocher de celui de Knigh and Song (2006) qui monren qu en Chine, si les habians d un village se comparen bel e bien aux aures membres du village (la quesion leur es posée direcemen), le revenu moyen du village es une source d accroissemen e non de réducion de leur bien-êre. Alesina, di Tella e MacCulloch (2004) avaien suggéré que la percepion des inégaliés de revenu différai de par e d aure de l Alanique. Il semble que l ancien rideau de fer consiue égalemen une fronière de clivage des percepions e que plus généralemen, la fronière enre pays anciennemen développés e pays en développemen rapide soi perinene pour ce qui es de la percepion du revenu d aurui. Il ne s agi pas d une fronière géographique ; c es pluô la mobilié perçue par les habians qui pourrai êre à l origine de ces hiaus : faible mobilié e faible inceriude dans le cas de la vieille Europe, fore mobilié aux Eas-Unis, fore inceriude dans la nouvelle Europe ou encore la Chine. Ceres, mobilié e inceriude ne son pas synonymes. Cependan, les deux son de naure à accroîre la valeur de l informaion permean aux agens de former des anicipaions. Au-delà de cee variabilié géographique, cerains aueurs on mis en évidence un effe de signal à la Hirschman au sein des enreprises. Clark, Krisensen e Wesergård-Nielsen (2007) monren qu au Danemark la saisfacion au ravail (job saisfacion) augmene avec le salaire des collègues au sein de la même firme, surou dans les grandes enreprises. Brown e al. (2006) observen égalemen qu au Royaume-Uni, la saisfacion relaive au salaire (pay saisfacion) es posiivemen corrélée au salaire moyen dans la firme. Enfin, Panos e Theodossiou (2007) monren que, dans les enreprises brianniques, l effe cogniif de la rémunéraion des pairs domine les comparaisons sociales (du poin de vue de la saisfacion au ravail) pour les employés qui se rouven dans les siuaions financières les plus difficiles. Ce ensemble de ravaux consiue le pendan des nombreuses éudes empiriques consacrées à la mise en évidence des effes de comparaison. Ils rappellen qu au-delà des comparaisons e des senimens de privaion relaive, d aures ineracions sociales peuven jouer lorsque le conexe es propice, e qu il ne fau pas jeer la croissance avec l eau des dysfoncionnemens évenuels de l économie. 4.2 Bonheur e avenir De même que les effes de comparaison à aurui peuven êre conrecarrés par des effes cogniifs à la Hirschman, de même, concernan l évoluion de mon propre revenu dans le emps, des effes d anicipaion peuven compenser les effes de seuil créés par le phénomène d adapaion. Le paradoxe d Easerlin repose en grande parie sur l adapaion, c es-à-dire l influence de la consommaion passée sur le bien-êre couran. Maerial aspiraions increase

13 commensuraely wih income, and as a resul, one ges no nearer o or farher away from he aainmen of one s maerial goals, and well-being is unchanged 6. Si les aspiraions passées semblen jouer un rôle néfase sur la saisfacion, qu en es-il anicipaions de revenus fuurs? Empiriquemen, la mise en évidence de l effe des anicipaions sur le bien-êre es le plus souven le fai d éudes de errain ou d expériences (Loewensein e Sicherman, 1991, Loewensein e Prelec, 1991, Loewensein, Read e Baumeiser, 2003, Brocas e Carillo, 2003, 2004, Camerer, Loewensein e Rabin, 2004). L une des expériences les plus inuiives de Loewensein 1993 consise à offrir aux sujes deux dîners, l un dans un rès excellen resauran français e l aure dans un resauran à bas prix. Les sujes peuven choisir dans quel ordre ils fon usage de ces cadeaux. La plupar choisissen de réserver le dîner dans le resauran le plus chic pour plus ard. Les aueurs y voien le signe d un comporemen de «savouring» consisan à prolonger la période de délecaion anicipée d un événemen plaisan. Dans un aricle souven cié, Frank and Huchens (1993) monren que les conduceurs des compagnies de bus e d avion américaines connaissen des profils de salaires croissans dans le emps qui ne s expliquen pas par la croissance de leur producivié, mais qu il fau rapporer à la pure préférence de ces salariés pour des profils de consommaion croissans dans le emps. Cee hypohèse se rouve conforé par les ravaux de Senik (2006) qui monre à l aide de données de panel russes que, oues choses égales par ailleurs, aniciper une amélioraion financière es un moif de saisfacion (life saisfacion) en soi, indépendammen des effes de consommaion associés. Aure ravail fondé sur des échanillons représenaifs, Van Praag and Ferrer-i-Carbonell (2004) consacren un chapire de leur ouvrage à The Impac of Pas and Fuure on Saisfacion. A l aide d enquêes auprès des ménages, ils meen en évidence le fai que les revenus fuurs espérés ou comme les revenus passés influencen la saisfacion courane. Enfin, dans le cadre du nouveau couran de recherche en neuro-économie des aueurs on récemmen mis en évidence les effes de anicipaions sur l acivié cérébrale, à l aide d images obenues par résonnance magnéique (Camerer e al., 2004, Camerer e al., 2005, Loewensein, 2006). Ainsi, lorsque le revenu d aurui y ser de suppor aux anicipaions des agens, c es-à-dire à des représenaions du fuur, son impac sur le bien-êre es posiif e non plus négaif. Cela condui à nuancer le reje de la croissance qui découlai du paradoxe d Easerlin. En pariculier, e de manière évidene, s il es vrai, comme l on suggéré de nombreux ravaux d économises e de psychologues, que les individus on un goû pour un profil de revenu e de consommaion croissan dans le emps, la croissance ne semble plus un objecif dérisoire. Une dernière éape à franchir afin de boucler l analyse de l influence du passé e de l avenir sur la saisfacion courane, serai de vérifier empiriquemen l idée inuiive selon laquelle les expériences passées influencen les représenaions de l avenir. Ce phénomène compenserai alors pariellemen le rôle négaif des revenus passés sur la saisfacion irée du revenu couran. 5. Conclusion Cee rapide e parielle revue de la liéraure a illusré deux ypes d ineracions sociales : ineracions direces du ype comparaisons e adapaion versus ineracions indireces elles que apprenissage informaionnel e anicipaions. Le poids respecif de ces deux ypes d ineracions dépend du conexe économique dans lequel elles se déroulen, noammen du 6 Easerlin, R. (2003).

14 degré d inceriude e de mobilié dans l économie. Des effes informaionnels on égalemen éé mis en évidence à l inérieur même des enreprises. L absence éonnane d effe de la croissance sur le bien-êre moyen semble dissimuler des forces conradicoires. Une hausse du revenu es suscepible de provoquer plusieurs ypes d effe : l effe éviden de la hausse de la consommaion en an que elle, des effes favorables de ype informaionnel (anicipaions) e des effes négaifs els que les comparaisons e l adapaion. Ces rois forces se compensen parfois, mais pas oujours : il arrive que les effes informaionnels soien les plus puissans. Pour parodier la formule d Easerlin, non seulemen mon bien-êre s accroî avec mon revenu, mais il peu même, dans ceraines condiions, augmener lorsque d aures s enrichissen Or, si les comparaisons sociales remeen en cause la perinence de la croissance en an qu objecif social e en an que mesure du bien-êre e du développemen, l effe informaionnel, lui, plaide au conraire en faveur de la croissance. La mesure du poids respecif de ces effes présene donc un suje d inérê pour la poliique économique. Finalemen, ce ensemble de ravaux monre que les individus évaluen leur siuaion à l aune de leurs aspiraions. Ces aspiraions peuven les rendre heureux ou malheureux selon qu elles son hors d aeine ou réalisables. Dans un monde d informaion, les aspiraions son une source de bien-êre ; dans un monde de comparaison, elles son déléères. Pour auan, cela ne doi pas, selon nous, conduire à une vision relaivise présenan comme équivalens deux «équilibres»: l un sans mobilié où il serai souhaiable de réduire les différences de revenu, e l aure, rès mobile e compaible avec davanage de différences: le monde d Hirschman es un monde plus heureux que celui d Easerlin, le lien enre anicipaions e bien-êre le prouve. La poliique économique devrai donc s aacher à créer les condiions d un monde à la Hirschman en façonnan des insiuions propices à la mobilié sociale.

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