Quand la coopération renoue avec l'éducation : L'exemple de Coopaname

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1 Aurore Plaussu Septembre 2012 Quand la coopération renoue avec l'éducation : L'exemple de Coopaname Mémoire de Master Développement et Expertise de l'economie Sociale et Solidaire Sous la direction de Danièle Demoustier, Maître de Conférences Institut d'etudes Politiques de Grenoble Université Pierre Mendès-France 1

2 REMERCIEMENTS Je remercie vivement l'ensemble des coopanamiens ainsi que le personnel administratif de l'université de Marne-La-Vallée et les étudiants de Coop'apprendre pour m'avoir accordé du temps et m'avoir fait partager leurs expériences au fil de mes recherches. Je tiens tout particulièrement à remercier Claire Mollard, responsable du Projet Jeunes à Coopaname pour m'avoir permis de prendre part de façon active à la vie de Coopaname. Son fort engagement politique en faveur de l'éducation m'a convaincu de me pencher moi-même sur la question. Ce mémoire n'aurait sans doute pas pu voir le jour sans elle. Je tiens également à remercier Madame Wilson-Courvoisier et Madame Demoustier : leur connaissance du terrain mais surtout leur regard et réflexion m'ont permis d'avancer et de considérer la réalité dans toute sa complexité. Enfin, je remercie mes parents, Francine et Denis Plaussu pour leurs relectures attentives. 2

3 AVANT-PROPOS MÉTHODOLOGIQUE Il est toujours intéressant de comprendre les raisons qui poussent une personne à faire le choix d'une thématique de recherche. Dans mon cas, il s'agit en premier lieu d'un vif intérêt porté aux pratiques et aux valeurs de l'éducation populaire. J'ai découvert l'éducation populaire par le biais des médias associatifs et participatifs au sein desquels j'ai effectué plusieurs stages. La notion de participation citoyenne et d'appropriation collective sont des questions qui me passionnent. En débutant un stage au sein de la coopérative d'activités et d'emploi Coopaname, je ne m'attendais pas à retrouver ces préoccupations éducatives. C'est alors que mon travail aux côtés de Claire Mollard, responsable du Projet Jeunes m'a montré que la coopération pouvait aussi jouer un rôle éducatif fort. En assistant aux réunions du programme «Coop'apprendre» où les étudiants de Marne-La-Vallée, assistés de Claire coopèrent pour la création d'un bar coopératif sur le campus, j'ai découvert que ces pratiques misant sur la participation active plutôt que sur la théorie, sur la coopération plutôt que la compétition correspondaient en fait à la «pédagogie de projet» et que celle-ci pouvait facilement s'appuyer sur les principes coopératifs. J'ai donc choisi de cibler mon mémoire sur la question de l'éducation à la coopération de manière à voir si ce modèle pourrait un jour se généraliser, à l'image du Québec où les coopératives ont un rôle éducatif bien reconnu. Avoir eu la chance de réaliser mon stage de fin d'étude à Coopaname m'a permis de prendre part au fonctionnement interne de la coopérative. Une grande partie de mon matériel de recherche provient donc de l'observation participante dans les divers espaces collectifs de la coopérative : ateliers collectifs (cycle «Osez Entreprendre»), réunions mensuelles, commissions vie démocratique et éducation populaire, commission recherche, collectifs-projet et collectifs-métier. Au même titre que les coopanamiens, j'ai eu la chance de pouvoir suivre le parcours d'intégration dans la structure et même de participer à l'atelier «autobiographie raisonnée» ainsi qu'à la formation coopérative dispensée par le directeur général. Dans le cadre de ma mission de stage, j'ai pu assister ma tutrice dans ses activités au sein du Projet Jeunes. Je l'ai donc suivi dans ses interventions pédagogiques au sein d'un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis et j'ai assisté à la plupart des réunions Coop'apprendre à l'université de Marnela-Vallée. J'ai aussi été en contact avec la plupart des partenaires du Projet : organisations d'éducation populaire, enseignants, acteurs publics. En plus de l'observation participante, ma collecte de données s'est appuyée sur la technique de 3

4 l'entretien directif. Voici ci-dessous la liste des personnes que j'ai pu interviewer : le directeur général de Coopaname le directeur général délégué de Coopaname la responsable Coopaname du Projet Jeunes un chargé d'accompagnement et membre du Conseil d'administration de Coopaname le responsable des collectifs à Coopaname une entrepreneuse-salariée impliquée dans un collectif-projet un entrepreneur-salarié impliqué dans la commission «Vie démocratique» et actif dans un collectif-métier un entrepreneur-salarié impliqué dans un collectif-métier trois étudiants de Marne-la-Vallée impliqués dans le programme Coop'apprendre le responsable du Bureau d'aide à l Insertion Professionnelle des étudiants de l'université de Marne-la-Vallée un professeur de l'université de Marne-la-Vallée Deux grilles d'entretien sont en annexe de ce mémoire. 4

5 SOMMAIRE Chapitre 1 : Réintégrer l'éducation à la coopération : Une histoire en héritage I) Repenser l éducation comme projet de transformation politique et sociale : L apprentissage de la citoyenneté II) III) Réinternaliser la formation professionnelle : Un retour à «l'atelierécole» Se rapprocher de l institution-école pour la transformer Chapitre 2 : L'éducation à Coopaname comme réponse à une organisation sociale en quête d'identité I) L'éducation répond à un besoin identitaire fort II) L'éducation interne à Coopaname : Apprendre à coopérer III) L'éducation externe autour du Projet Jeunes : Apprendre en coopérant Chapitre 3 : Un projet éducatif sous tensions I) La tension entre transversalité et sectorisation II) La tension entre autonomisation et intégration : l'exemple du Projet Jeunes III) Une stratégie de développement en équilibre instable 5

6 INTRODUCTION Le cinquième principe de la Déclaration de l Alliance Coopérative Internationale l'énonce clairement : «Les coopératives informent le grand public et en particulier les jeunes et les leaders d opinion sur la nature et les avantages de la coopération». Ceci signifie que les coopératives doivent avoir une fonction éducative vis-à-vis du public. Cette fonction éducative ne semble pourtant pas bénéficier d'une visibilité et elle est même laissée de côté par les fédérations coopératives françaises comme Coop FR ou la Confédération Générale des Scops. En revanche, le Canada offre un tout autre paysage puisque le Conseil Québécois de la Coopération et de la Mutualité en partenariat avec les grandes fédérations coopératives sont investis dans des programmes d'éducation à la coopération 1. En France, la coopération a d'ailleurs depuis bien longtemps désinvesti le champ éducatif en même temps que l'école s'est désintéressée à son tour du mouvement coopératif. Des inquiétudes en rapport avec les réformes du contenu des programmes scolaires et des pratiques pédagogiques commencent pourtant à remettre en question l'institution scolaire. La réforme du lycée d enseignement général et technologique de 2010 qui a évincé l'analyse du chômage du programme de Sciences Économiques et Sociales (SES) dans l'enseignement secondaire a fait surgir des craintes de voir ôter aux SES leur fonction de formation de l'esprit critique et d'appropriation citoyenne des grandes questions économiques. Dans son ouvrage intitulé La Fabrique de la Défiance 2 paru en janvier 2012, l'économiste Yann Algan dénonce d'ailleurs une école marquée par la compétition, le culte de l'individu et un climat de méfiance généralisée ; des phénomènes que l'on retrouve plus tard dans le monde de l'entreprise. La coopération apparaît alors comme une solution qui permettrait de passer de la défiance à la confiance. Pourtant le contexte actuel continue d'être marqué par une ignorance mutuelle et consentie entre mouvement coopératif et monde éducatif. Ce désintérêt de la coopération pour la question éducative laisse la place aux entreprises capitalistes qui sont en train de gagner du terrain dans la sphère de l'école. Le Médef parvient maintenant à franchir les portes du monde scolaire avec des programmes éducatifs comme les mini-entreprises à l'université. 1 On pense notamment à l'outil pédagogique d'entrepreneuriat collectif «Jeunes Coop» lancé en 2004 par le Conseil Québécois de la Coopération et de la Mutualité et ses partenaires ou encore à la création des «Coopératives Jeunesse de Services». 2 ALGAN Y., CAHUC P., ZYLBERBERG A., La Fabrique de la défiance et comment s'en sortir, Broché, Paris,

7 Cette dissociation entre coopération et éducation n'a pas toujours été de mise au cours de l'histoire comme l'atteste l'effort éducatif des premières associations ouvrières de production ou encore l'exemple des coopératives scolaires du début du XXème siècle. Parce qu'il s'inscrivait dans l'idéal d'une «émancipation par le travail» et visait l'objectif d'une transformation sociale, le mouvement coopératif à ses débuts possédait bien une dimension éducative. En ce sens, la coopération s'inscrit dans l'éducation populaire qui a aussi pour objectif d'aboutir à une émancipation de l'individu par la formation de la conscience citoyenne et politique. Cependant, alors que l'éducation populaire plonge ses racines dans le mouvement coopératif il semble qu'elle ait oublié cet héritage au profit de sa sectorisation et de sa dépolitisation. Parce que son fonctionnement interne repose sur le principe de la double-qualité (sociétaire travailleur) et permet à des producteurs de devenir entrepreneurs, le mouvement coopératif s'appuie en interne sur des dynamiques de formation importantes. Il est donc étonnant de constater que l'éducation a disparu des discours du mouvement coopératif français. Dans le monde de l'economie Sociale et Solidaire (ESS), des voix commencent pourtant à s'élever en faveur d'une éducation à l'ess dans les écoles 3. Dans ce contexte marqué par une dissociation entre coopération et éducation, une coopérative semble cependant faire figure d'exception : il s'agit de la coopérative d'activités et d'emploi, Coopaname. En effet, non seulement cette coopérative met en œuvre des dynamiques éducatives internes importantes mais elle s'est aussi lancée depuis quelques années dans un programme éducatif à destination des jeunes. On peut donc se demander avec raison pourquoi une coopérative comme Coopaname manifeste un tel besoin éducatif. Il faut donc s'intéresser aux raisons internes comme externes qui l'ont amenée à développer des activités éducatives. En tant que coopérative d'activités et d'emploi (CAE), Coopaname a pour activité propre de permettre à des entrepreneurs de devenir salariés puis coopérateurs de la structure de manière à sécuriser leurs parcours autour de la protection sociale offerte par le salariat et des dynamiques de sécurisation mutuelle allant jusqu'à la coopération économique. A première vue, son activité propre n'est pas de nature éducative. On peut donc se demander si l'éducation telle que pratiquée par Coopaname transforme (ou pas) l'activité propre de la coopérative en tant que CAE. En effet, 3 On pense par exemple au Manifeste pour l'éducation à l'économie sociale et solidaire lancé par l ESPER à l occasion de la journée du 22 mars

8 Coopaname créée en 2004 par le Réseau «Coopérer pour Entreprendre» a pour caractéristique d'être une CAE transversale qui accueille tous types de projets et d'entrepreneurs, quel que soit le secteur et avec pour seule contrainte celle imposée par le régime d'assurance. Elle permet donc de faire cohabiter (voire coopérer!) des activités économiques très diversifiées et compte à ce jour plus de 500 entrepreneurs et plus de 80 sociétaires. Il se pourrait donc que l'éducation ne soit qu'une activité comme une autre ou qu'au contraire, elle «travaille» l'organisation dans son ensemble. Il est aussi pertinent de s'interroger sur les relations que Coopaname entretient avec son environnement puisqu'on l'a dit, elle semble seule dans le mouvement coopératif à s'intéresser à l'éducation et dans le monde éducatif à défendre sa fonction d'éducateur en tant que coopérative. Ce mémoire tentera de répondre à ce questionnement selon un plan que nous avons découpé en trois parties. Dans une première partie, nous allons voir en quoi les énergies déployées par Coopaname dans le domaine éducatif renouent avec une histoire marquée par un lien très fort entre mouvement coopératif et mouvement éducatif. En effet, nous verrons que le mouvement coopératif tel qu'il s'est constitué au début du XIXème siècle en France est marqué par un engagement fort vis-à-vis de la toute jeune question éducative. Le mouvement coopératif puise d'ailleurs ses racines dans des idéaux révolutionnaires qu'il partage aujourd'hui avec l'institution-école et le mouvement d'éducation populaire : l'éducation pour tous et tout au long de la vie, la formation de la conscience citoyenne, l'émancipation par la connaissance. A cette époque, la coopération s'inscrit tout particulièrement dans l'idée d'une émancipation ouvrière par le travail, thème que l'on retrouve aujourd'hui à Coopaname. Dans la lignée de la pensée de Proudhon, la coopération se doit d'ailleurs de réunir l'école et l'atelier à contre-courant de l'ignorance ouvrière et du travail des enfants. Nous verrons que Coopaname renoue avec cette ambition en réinternalisant la formation professionnelle. A la mise en place de l'école laïque, obligatoire et gratuite à la fin du XIXème siècle, le mouvement coopératif visera plus spécifiquement l'éducation permanente avec les jeunes organisations d'éducation populaire qui viennent de se constituer. Encore une fois, nous verrons que Coopaname renoue avec ce moment où coopération et éducation populaire ne sont qu'une. A l'image de la coopération de consommation et de ses coopératives en milieu scolaire du début du XXème siècle, Coopaname manifeste aussi l'ambition de pénétrer le monde scolaire pour l'influencer. Ce premier chapitre s'achèvera sur le constat d'une dissociation actuelle entre éducation populaire, éducation nationale (ou formelle) et coopération entamée au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui se poursuit encore aujourd'hui. Nous verrons qu'à contre-courant, Coopaname tente au contraire d'initier un rapprochement entre ces trois mondes. Dans un second chapitre, nous nous pencherons plus spécifiquement sur les dynamiques 8

9 éducatives mises en œuvre par Coopaname en interne comme en externe. Nous verrons que l'intérêt de Coopaname pour l'éducation s'explique par un fort besoin identitaire. En effet, puisque la coopérative s'organise de manière transversale en accueillant des entrepreneurs aux activités et profils très divers, elle a donc besoin de trouver un dénominateur commun qui lui permette de développer une identité collective qui puisse transcender le «métier». C'est son projet politique de transformation sociale par la coopération qui fait ici office d'élément rassembleur. Pour pouvoir gagner l'adhésion et l'appropriation de ses membres à son projet politique Coopaname a donc choisi de miser sur l'éducation. L'éducation telle que pratiquée en interne imprègne l'ensemble de la coopérative et s'illustre par des dynamiques éducatives diversifiées. Nous verrons qu'elle s'illustre par une participation effective de ses membres à la définition des orientations stratégiques. En effet, des espaces collectifs de recherche-action (il s'agit des commissions et chantiers créés par le conseil d'administration) permettent aux coopanamiens de s'impliquer dans la formulation du projet politique. Grâce à un dialogue effectif entre la base de l'organisation et son sommet stratégique, c'est l'ensemble de la coopérative qui participe directement ou indirectement à cette formulation. L'éducation des membres en interne ne s'arrête pas à leur implication dans la «structure» 4 mais concerne aussi les relations que les coopanamiens entretiennent entre eux via les espaces collectifs mis en place par la coopérative (ateliers collectifs, réunions mensuelles, formations etc.). En effet, en créant les conditions du lien-social et des relations de confiance, les coopanamiens font l'apprentissage de la solidarité et d'un nouveau rapport au travail. De plus, nous verrons que Coopaname a aussi fait le pari de sécuriser ses entrepreneurs par la coopération. Il s'agit donc pour les coopanamiens d'apprendre à coopérer entre eux au niveau économique. Des espaces de coopération économique internes ont été créés : il s'agit des collectifs-métier et des collectifs-projet. Nous verrons que l'apprentissage de la coopération économique est difficile à mettre en place lorsqu'il s'agit de la production d'une offre commune, d'où l'idée de cibler les jeunes pour pouvoir permettre une éducation coopérative de base par l'acquisition de savoir-être collectifs. C'est dans cette optique que Coopaname a mis en place son programme éducatif à destination des jeunes extérieurs à la coopérative : le Projet Jeunes. Nous verrons que celui-ci bénéficie d'une reconnaissance croissante de la fonction éducative de Coopaname vis-à-vis de l'extérieur et qu'il parvient à pousser les portes du monde scolaire. Enfin, le troisième chapitre du mémoire mettra en lumière les tensions qui habitent la coopérative actuellement. Nous verrons plus spécifiquement en quoi l'éducation telle que pratiquée en interne et en externe par Coopaname se place au cœur d'une tension qui interroge la pertinence 4 La «structure» désigne l'entité économique de Coopaname dont l'activité principale est l'accompagnement. Elle est composée de salariés dits «permanents» et est financée par des fonds publics, principalement sous forme de subventions. 9

10 de la transversalité par rapport à la sectorisation. En effet, inscrire l'éducation dans la transversalité est bien une manière de repolitiser la coopérative mais elle ne semble pas être efficace sur le terrain de la coopération économique inter-entrepreneurs qui au contraire se réalise plutôt sur un mode sectoriel. Le Projet Jeunes qui fait sortir Coopaname de son champ d'intervention traditionnel est plongé dans une tension entre autonomisation et intégration. En effet, la coopérative semble encore hésiter entre son intégration et son autonomisation et cette hésitation n'est pas sans conséquence sur les relations que le Projet Jeunes entretient avec ses partenaires (monde scolaire, organisations d'éducation populaire). Pour finir, nous nous pencherons sur les stratégies de développement de Coopaname qui sont perçues comme des manières de dépasser ces tensions mais ne manquent pas de poser question. 10

11 CHAPITRE 1 : RÉINTÉGRER L'ÉDUCATION À LA COOPÉRATION : UNE HISTOIRE EN HERITAGE L'histoire du mouvement éducatif français et celle du mouvement coopératif sont, malgré leur actuelle dissociation, très liées. Ces deux mouvements ont puisé leurs sources dans les idéaux de la Révolution et sont nés dans le contexte de l'industrialisation naissante du XXème siècle. Il peut être pourtant difficile d'imaginer que le système éducatif tel qu'on le connaît aujourd'hui avec d'un côté l'éducation nationale fortement institutionnalisée (ou sacralisée diront certains), de l'autre l'éducation populaire en proie à une relative sectorisation héritent d'un passé dans lequel le mouvement coopératif a joué un rôle de premier plan. Dans ce premier chapitre, nous verrons en quoi le mouvement coopératif tel qu'il a émergé au XIXème siècle comme une façon pour les ouvriers qualifiés de s'organiser collectivement face aux contraintes imposées par le capitalisme naissant est né également d'une réflexion sur l'éducation. De par ses pratiques et son ambition de permettre une émancipation par le travail par l'acquisition de savoir-faire et la formation de l'esprit citoyen et politique, le mouvement coopératif a pesé sur le monde de l'éducation et ses transformations d'hier à aujourd'hui. Coopaname, de par ses pratiques (utilisation d'outils pédagogiques participatifs, création d'espaces collectifs ouverts à la participation des entrepreneurs au niveau économique, productif et stratégique), son projet politique de transformation sociale et ses activités éducatives en direction de la jeunesse (le Projet Jeunes) tente de renouer avec ce moment historique où le mouvement coopératif était initiateur, militant et acteur de l'éducation. Dans une première partie, nous verrons en quoi l'idée de citoyenneté économique au cœur du Projet Jeunes et celle d'une émancipation par le travail héritent de valeurs issues des révolutionnaires et socialistes utopiques. Ces derniers pensaient l'éducation en tant que formation de la conscience citoyenne et politique avec une retombée en termes de bien-être social. Dans une seconde partie, nous montrerons en quoi la formation professionnelle telle que mise en pratique par Coopaname (avec les ateliers collectifs, les formations mutuelles des collectifsmétier et collectifs-projet) tente de renouer avec l'héritage de l'atelier-école tel qu'on le trouvait dans les premières expériences de coopératives. Enfin, dans une troisième partie, nous verrons en quoi les activités éducatives du Projet Jeunes engagées par Coopaname sur le terrain de l'institution-école (éducation nationale et enseignement supérieur) s'inscrivent dans la lignée des coopératives scolaires telles qu'on pouvait les trouver entre la fin du XIXème siècle et la seconde guerre mondiale. 11

12 I) Repenser l'éducation comme projet de transformation politique et sociale : L apprentissage de la citoyenneté En rupture avec l'éducation telle qu'on la trouvait sous l'ancien Régime où elle restait du champ de l'église et faisait l'apanage d'une élite politique éclairée, les idéaux révolutionnaires en héritage des Lumières ont fait de l'éducation un vecteur de transformation et de bien-être social autour des notions d'égalité, de liberté et d'éducation permanente. Les utopistes socialistes ont repris ces idéaux en les reliant à la coopération et nous verrons en quoi Coopaname tente de renouer avec cette histoire. 1) Une vision de l'éducation héritée des révolutionnaires Les principes de l'éducation telle qu'on les retrouvera plus tard dans le mouvement coopératif puis autour de l'éducation populaire étaient déjà en germe chez la plupart des penseurs révolutionnaires. En rupture avec l'ancien Régime où l'éducation était placée sous les hospices de l'église, les révolutionnaires entendaient faire de l'éducation la fabrique de l'esprit citoyen et la transmission universelle des principes sur lesquels ils comptaient fonder la jeune nation française : la raison, l'égalité, la liberté de conscience. En effet, la Constitution de 1791 prévoyait qu'il serait créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens. L'éducation était conçue comme un moyen de mettre en place la nouvelle société assise sur de nouvelles bases. La connaissance, dans la lignée des conceptions des Encyclopédies et du mouvement des Lumières était considérée comme un moyen d'aboutir au bienêtre et à l'émancipation de l'individu comme de la société dans son ensemble grâce à la notion de progrès universel. Comme l'explique très bien l'historienne Françoise Mayeur 5 La Révolution veut former le citoyen, le pétrir de vertus civiques afin qu'il devienne un élément actif de la société et non plus seulement l'honnête homme de l'ancien monde. La fonction émancipatrice de l'éducation qui correspond à l'idée que celle-ci doit permettre aux individus de devenir des citoyens actifs de la société se retrouve aujourd'hui chez les organisations d'éducation populaire 6. Les activités éducatives du Projet Jeunes de Coopaname reprennent d'ailleurs la notion de citoyenneté autour de la citoyenneté économique. Il s'agit en effet cette fois de donner aux jeunes (lycéens des lycées professionnels de Seine-Saint-Denis et étudiants de 5 Voir : Françoise Mayeur, Histoire de l'enseignement et de l'éducation, tome III , Nouvelle Librairie de France, 1981 (p.29) 6 Voir : Charte de l'éducation populaire du CNAJEP, adoptée par l'assemblée Générale le 15 décembre

13 Marne-la-Vallée) la capacité de ne pas subir leur place dans l'économie mais au contraire de pouvoir maîtriser des outils (qui passent par des actions de sensibilisation à l'économie sociale et solidaire ou l'expérimentation de la coopération) leur permettant de choisir et définir eux-mêmes la place qu'ils aspirent à y occuper. Au-delà de cette vision de l'éducation comme formation des consciences citoyennes, certains penseurs comme Talleyrand ou Condorcet ont impulsé d'autres principes éducatifs que l'on retrouve encore en vigueur aujourd'hui dans l'éducation nationale : Il s'agit de l'accès de tous à l'éducation et pour ce faire de sa gratuité, de l'éducation à tout âge de la vie et de la laïcité. Parmi la diversité d'opinions et de propositions élaborées pendant la période révolutionnaire, c'est le rapport de Condorcet présenté à l'assemblée Nationale le 20 et 21 avril 1792 qui concentre véritablement les bases philosophiques qui ont alimenté les pratiques et les idées qui traverseront l'éducation du XIXème siècle à nos jours. Tout d'abord, on retrouve dans le rapport l'idée que l'égalité entre les hommes ne sera possible qu'en donnant les moyens à tous d'être éduqués au niveau théorique comme professionnel et pratique. L'accès à l'éducation ne devait pas être réservé à la seule élite intellectuelle mais au contraire traverser la société dans son ensemble dans le but de faire sortir les individus de l'ignorance et de permettre à la classe populaire de forger son esprit citoyen : On m'a bien appris dans mon enfance que j'avais besoin de savoir ; mais forcé de travailler pour vivre, ces premières notions se sont bientôt effacées ; et il ne m'en reste que la douleur de sentir, dans mon ignorance, non la volonté de la nature, mais l'injustice de la société 7. Condorcet avait donc déjà pressenti la nécessité de faire entrer l'éducation dans le champ du travail en montrant combien l'ignorance et l'absence de formation professionnelle rendaient les ouvriers vulnérables vis-à-vis de leur patron ou plus généralement du marché. Cette vision de l'éducation dans sa version militante et émancipatrice se retrouve dans le fonctionnement de Coopaname puisqu'elle est au cœur de son projet politique qui est de rendre la société plus coopérative en opposition plus ou moins affichée au capitalisme. Mais revenons-en au rapport de Condorcet. En plus de son caractère théorique, l'éducation était pensée comme pratique et manuelle dans un souci de démocratisation. Cette idée de joindre l'école à l'atelier en faisant de l'apprentissage du savoir-faire le vecteur de l'émancipation des ouvriers se retrouvera plus tard chez les socialistes utopistes dont nous parlerons dans la prochaine sous-partie 7 Voir : Rapport de Condorcet présenté le 20 et 21 avril 1792 devant l'assemblée Nationale 13

14 et se retrouve aujourd'hui à Coopaname. A titre d'exemple, le programme de sensibilisation à l'économie sociale et solidaire (ESS) mené par Coopaname (et intégré au Projet Jeunes dont nous parlerons plus loin) vise en premier lieu les élèves des lycées professionnels dont l'apprentissage est d'abord technique ou artisanal de manière à ne pas faire de la notion d'ess l'apanage d'une élite universitaire. A la lecture du Rapport Condorcet, on retrouve aussi l'idée d'une éducation permanente, tout au long de la vie. En effet, la plupart des enfants travaillaient à cette époque et l'instruction élémentaire ainsi que la formation professionnelle étaient difficilement possibles en amont de leur entrée dans le monde professionnel. Face à cela, le rapport proposait la création de conférences hebdomadaires et mensuelles destinées aux adultes (qui) permettront de continuer l'instruction pendant toute la durée de la vie. On trouve là l'embryon des cours du soir qui seront mis en œuvre par les universités populaires de la fin du XIXème siècle et font figure d'ancêtres de la formation coopérative dispensée par le directeur général de Coopaname aux coopanamiens. Si ces principes égalité, liberté de conscience, gratuité, formation citoyenne, alliance de l'instruction théorique et de l'apprentissage pratique ne seront pas tout de suite mis en œuvre par l'état 8, le mouvement coopératif s'en inspirera pour les mettre en pratique. Les premières coopératives tenteront en effet de compenser les manquements de l'acteur public dans le domaine éducatif et de trouver des protections face aux contraintes imposées par l'industrialisation naissante à la toute nouvelle classe ouvrière. Les socialistes utopiques reprendront ces principes pour les enrichir et tenter de les mettre en pratique. 8 Il faudra en effet atteindre la fin du 19ème siècle avec les lois dites Ferry pour que s institutionnalise l'instruction laïque, gratuite et obligatoire 14

15 2) L'apport des socialistes utopiques : L'éducation permanente et mutuelle Coopaname s'inscrit bien volontiers dans l'héritage des socialistes utopiques comme Charles Fourier, Charles Owen ou encore Pierre-Joseph Proudhon 9. Les socialistes utopiques comme Charles Fourier, que Charles Gide considérait comme le précurseur de la coopération 10, ont consacré dans leurs écrits de nombreux développements au thème de l'éducation. Selon Henri Desroche, il s'agit d'auteurs dont la pensée relève d'un projet imaginaire de société alternative 11, c'est à dire d'une «utopie». Ces utopies sont pour la plupart des micros sociétés à l'intérieur desquelles la vie en collectif est assise sur le principe de coopération et où le rapport capitaliste est aboli. La vie à l'intérieur de l'utopie est une vie communautaire, ce qui suppose donc la cohabitation de plusieurs générations en un même lieu, d'où des processus d'éducation et de transmission d'une génération à une autre. L'éducation y occupe une place importante puisque pour la plupart des socialistes utopiques, celle-ci est un des facteurs qui permettra à la société d'accéder à un monde nouveau, voir à l'homme nouveau, animé par un esprit coopératif. La pensée des socialistes utopiques va donc au-delà de la conception révolutionnaire et libérale d'une éducation en tant que formation à la citoyenneté. L'éducation ne doit donc pas se contenter d'être individuelle ni se limiter à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture 12. Au contraire, celle-ci doit être sociale et collective. Par exemple, dans le projet utopique du Phalanstère de Charles Fourier, les enfants sont élevés en commun et par toute la communauté. Pour Victor Considérant, disciple de Fourier, l'éducation doit en premier lieu répondre à la satisfaction matérielle des besoins, sinon il y a un risque de désenchantement de la société. Cette vision de l'éducation apparaît chez l'auteur comme une critique du régime capitaliste où la culture est encore le privilège des riches. Ce bien-être social est rendu possible par une éducation qui permet à chacun de trouver sa place et son activité productive selon les vocations particulières dont la nature l'a doté. Le phalanstère, et plus précisément ici l'organisation de l'éducation sur un mode collectif permet une harmonisation des passions et vocations entre différents groupes sociaux. Dans ce schéma, l'éducation telle qu'elle existe encore chez l'élite sociale où l'enfant n'est pas reconnu pleinement dans sa dignité humaine 9 On pense notamment aux séances de «formation coopérative» dispensées par le Directeur Général de Coopaname aux entrepreneurs-salariés et dont la plupart sont consacrées à l'étude de l'histoire du mouvement coopératif et de ses «penseurs» au titre desquels figurent les grands noms des socialistes utopiques. 10 Voir : Charles GIDE, Fourier, précurseur de la coopération, Association pour l'enseignement de la coopération, Paris, Cité par André GUESLIN dans L'Invention de l'économie sociale : Le XIXème siècle français, Editions Economica, 1987 (p. 27) 12 Voir : Victor CONSIDERANT, La destinée sociale, Bureau de la Phalange, Paris,

16 est contre-nature. Victor Considérant dira justement : O perverse éducation, chargée de déformer l'homme pour le façonner à cette société!! 13. L'éducation est donc censée au contraire s'adapter à l'enfant tout en lui donnant l'occasion d'entrer dans le cycle de l'activité pour servir l'utilité sociale. Selon Fourier, à partir de l'âge de 9 ans jusqu'à 20 ans, les enfants devraient pouvoir avoir accès à «organisation de travail attrayant de l'enfance» en opposition au travail des enfants tel qu'il existait à l'époque. D'une certaine manière, Coopaname renoue avec cette ambition de laisser aux entrepreneurs qui la constituent le choix d'exercer le travail qu'ils entendent, en fonction de leurs goûts et vocations particulières. Les processus de formation mutuelle entre coopanamiens rappellent d'ailleurs aussi le mouvement de l'enseignement mutuel qui pour la première fois a été conceptualisé par un autre socialiste utopique : Etienne Cabet. Pour Cabet, l'éducation doit stimuler la volonté des élèves et donc leur participation voire leur improvisation. Selon lui, toutes les intelligences sont égales et donc chacun a la capacité de s'instruire tout seul et d'instruire les autres, par l'échange et la coopération. C'est donc la base de l'enseignement mutuel que l'on retrouvera dans la pédagogie coopérative au XXème siècle. Pour Pierre-Joseph Proudhon, qui est souvent cité lors des formations coopératives de Coopaname, l'éducation doit non seulement être sociale et coopérative mais doit avant tout permettre à l'ouvrier de s'émanciper face aux logiques capitalistes. Pour échapper à la mécanisation du travail, l'éducation doit être adaptée et accessible à la classe ouvrière et doit surtout résister à la tentation de la spécialisation. Proudhon dira ainsi : (dans la grande industrie) l'esprit n'est plus dans l'ouvrier mais a passé dans la machine 14. A l'inverse des fouriéristes qui plaident pour le développement de vocations particulières, Proudhon défend une polytechnie de l'apprentissage. L'instruction doit donc recouvrir à la fois l'apprentissage de savoir-faire techniques et professionnels mais aussi celui de la littérature et de la science, pour que les ouvriers parviennent à posséder la théorie de ce qu'ils font et qu'ils ne soient pas cantonnés à la routine. La transversalité de Coopaname s'inscrit tout à fait dans cette logique en permettant des dynamiques d'accompagnement mutuel et de participation indifférenciée de ses membres à la vie coopérative. En internalisant la formation professionnelle, Coopaname renoue aussi avec «l atelier-école» telle que défendue par Proudhon comme nous allons le voir de plus près dans la prochaine partie. 13 Voir : Françoise MAYEUR, Histoire de l'enseignement et de l'éducation, tome III , Nouvelle Librairie de France, 1981 (p. 106) 14 Ibid, p

17 II) Réinternaliser la formation professionnelle : Un retour à L Atelier-Ecole Nous allons voir que Coopaname a pour caractéristique de réunir l'atelier et l'école, c'est-à-dire d'être le lieu d'une éducation globale qui rassemble formation professionnelle, apprentissage théorique et formation politique voire militante et ce, à contre-courant de la plupart des coopératives d'aujourd'hui. Encore une fois, elle semble puiser son héritage dans des racines beaucoup plus anciennes qui nous ramènent à la naissance du mouvement coopératif. 1) L'apprentissage du savoir-faire pour l'émancipation des ouvriers Au début du XIXème siècle, c'est l'atelier qui est le lieu central de la formation professionnelle. Contrairement à aujourd'hui, l'état était encore très absent face aux questions d'éducation. En effet, malgré la loi Guizot du 28 juin 1833 faisant obligation aux communes de plus de trois mille habitants de mettre en place des écoles d'instruction primaire pour les enfants (loi qui restera largement inappliquée), l'éducation des enfants était laissée aux soins des familles ou de l'atelier. Que ce soit aux champs où les enfants prenaient part à l'économie domestique dès le plus jeune âge comme à la ville où ils entraient à l'usine sans aucun apprentissage, la question de la formation professionnelle (élémentaire ou permanente) ne bénéficiait d'aucun soutien public et d'un désintérêt de la part du patronat industriel. Ainsi en 1861 par exemple, seulement 3,2 % des ouvriers avaient reçu un apprentissage avant d'être rentrés à l'usine, pour la plupart dès l'âge de 7 ou 8 ans 15. Il faudra en effet attendre la loi du 2 mars 1841 pour avoir une réglementation du travail des enfants employés dans les manufactures, usines et ateliers et surtout les lois Ferry du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882 rendant obligatoire, laïc et gratuit l'enseignement primaire pour que le travail des enfants commence véritablement à disparaître. Le travail en manufacture déjà touché par la mécanisation du travail et la division des tâches rendait de toute façon la formation professionnelle des ouvriers inutile et trop coûteuse aux yeux des grands industriels. Cette faiblesse de l'apprentissage pâtissait aussi de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 réprimant la formation de tous corps intermédiaires entre l'individu et la Nation. En effet, le compagnonnage qui sous l'ancien-régime était le lieu de processus de formation mutuelle et professionnelle organisés autour des grands corps de métier avait été marginalisé. 15 Ibid, p

18 La première moitié du XIXème siècle est ainsi marquée par une misère et une ignorance ouvrière très forte qui pour les socialistes utopiques comme pour les premières associations ouvrières de production constituent la source de l'exploitation des ouvriers. Le mouvement coopératif est donc né d'une réflexion autour de l'apprentissage du savoir-faire comme source principale d'émancipation ouvrière. En effet, le mouvement coopératif français constitué au départ des associations ouvrières de production (ancêtres des coopératives de production) a émergé de la volonté d'ouvriers qualifiés dont le métier n'était pas encore touché par la mécanisation et la division des tâches de maîtriser leur production en se regroupant 16. Ainsi émerge en 1831 à Paris l'association des Ouvriers Menuisiers Parisiens et en 1834 soutenue par le saint simonien Philippe Buchez est créée la Société des Bijoutiers en doré. La coopérative se voulait être à la fois un lieu de travail et de production mais aussi un espace d'apprentissage mutuel réalisé par les ouvriers de métier qui au sein des collectifs de travail assuraient la transmission des savoir-faire. Cette vision de l'atelier comme lieu non seulement d'émancipation par le travail mais aussi de formation professionnelle était défendue par Proudhon autour de l'idée de l'atelier-école. En effet, pour Proudhon, (...) distinguer l'éducation professionnelle de l'exercice réel, utile, sérieux, quotidien de la profession, c'est reproduire, sous une autre forme, la séparation des pouvoirs et la distinction des classes, les deux instruments les plus énergiques de la tyrannie gouvernementale et de la subalternisation des travailleurs 17. La formation professionnelle doit donc être mise en œuvre par les ouvriers eux-mêmes, à la différence du patronage mis en œuvre par les sociétés philanthropiques catholiques dès la Restauration et qui finançaient et organisaient l'apprentissage des enfants (financement du temps de l'apprentissage, hébergement) au sein de grandes industries comme Le Creuzot ou Schneider sous l'hospice d'un bon patron. Le patronage était considéré par les associations ouvrières de production comme contraire à la dignité du travailleur 18. Au contraire, pour les associationnistes, seul l'apprentissage du métier par les ouvriers eux-mêmes pour les besoins à la fois des apprentis mais aussi de la production pouvait permettre une réelle émancipation par le travail. Même si Coopaname n'est pas une coopérative organisée sur une logique sectorielle et qu'elle 16 Voir : Claude VIENNEY, Socio-économie des organisations coopératives Tome 1, Editions CIEM, Paris, 1980, ( p. 71) 17 Voir : Jacques FREYSSINET, Lieux de production et lieux de formation : mutations économiques et stratégies sociales, dans : Etudes offertes à Marcel David, (p. 150) 18 Voir : Armand CUVILLIER, Un journal d'ouvriers, L'Atelier, , Editions Ouvrières, 1954 ( p. 135) 18

19 regroupe au contraire une grande diversité de travailleurs, professions et savoir-faire, elle partage avec le courant associationniste une conception du savoir-faire comme source d'émancipation par le travail. En effet, Coopaname s'est constituée en partant du principe que tout le monde et plus particulièrement les personnes en situation de chômage possèdent des savoir-faire acquis au fil de leur vie professionnelle, sociale et personnelle sur lesquels ils peuvent s'appuyer pour monter leur propre activité professionnelle. La solution au problème du chômage ne réside donc pas dans l'adaptation des personnes aux conditions imposées par le marché du travail (comme c'est le cas des structures d'insertion par l'économique) mais d'offrir un cadre collectif et sécurisant qui permette aux personnes de mettre en œuvre leur savoir-faire acquis ou en cours d'acquisition. Les savoir-faire latents à l'état de chômage peuvent enfin s'exprimer, se consolider ou s'élargir une fois que les entrepreneurs entrent à Coopaname. La coopérative participe d'ailleurs chaque année à la Foire des Savoir-Faire organisée par la Communauté d'agglomération Plaine Commune où plusieurs coopanamiens viennent tenir un stand pour présenter leur savoir-faire au public. Toujours dans la lignée de l'atelier-école défendue par Proudhon et mis en œuvre par les associations ouvrières de production de la première moitié du XIXème siècle, Coopaname est aussi un lieu d'apprentissage de nouveaux savoir-faire par la formation mutuelle. En effet, pour un certain nombre de coopanamiens, l'entrée à Coopaname est une bonne occasion pour changer de métier et se lancer dans une activité nouvelle. On peut donc trouver des informaticiens reconvertis à la décoration d'intérieur, des éditeurs devenus masseurs professionnels etc. En plus d'être un cadre flexible qui permet à la fois de se tester dans de nouveaux métiers et de conjuguer pour chaque personne plusieurs activités économiques en même temps (certains sont photographes et bricoleurs, d'autres philosophes et magiciens etc.), Coopaname est aussi un lieu d'apprentissage de nouveaux savoir-faire. En effet, des espaces de formation mutuelle entre coopanamiens d'un même métier existent et permettent à des coopanamiens exerçant des activités similaires de se regrouper sur la base du savoir-faire : il s'agit des collectifs-métier. Les collectifs métiers sont des espaces entièrement animés par les coopanamiens eux-mêmes et qui permettent des mécanismes d'entraide et de formation mutuelle d'un coopanamien à un autre. Ils sont donc une manière d'internaliser la formation professionnelle au sein de la coopérative. Même si l'éducation et la formation professionnelle des jeunes sont majoritairement gérées par l'éducation nationale, Coopaname s'est rappropriée récemment l'idée que l'apprentissage du savoirfaire par la formation ouvrière mutuelle peut seule permettre aux jeunes amenés à devenir ouvriers de sortir de l'exploitation. Avec trois autres organisations partenaires (l'association Minga, l'esper et la Communauté d'agglomération Plaine Commune) Coopaname est en train de constituer une base 19

20 de données des structures de l'ess de Seine-Saint-Denis acceptant de recevoir des stagiaires et apprentis issus des lycées professionnels. A terme, la coopérative envisage même de mettre en place un programme de compagnonnage pour les jeunes souhaitant être formés par Coopaname en vue de créer leur propre coopérative. A la différence des apprentissages et stages classiques, les jeunes compagnons seraient amenés à se former collectivement, et par ce biais, à apprendre à coopérer. Coopaname semble donc renouer avec l'héritage du courant associationniste en défendant le savoirfaire comme source d'émancipation par le travail et en internalisant la formation professionnelle de ses membres. Cependant, loin de limiter l'éducation ouvrière à la simple formation professionnelle, les premières coopératives du XIXème siècle plaidaient aussi pour une éducation globale comme facteur d'émancipation politique. 2) L'éducation permanente des ouvriers comme forme d'émancipation politique En 1830, la semaine de travail est de 75 heures et ne laisse pas le temps aux ouvriers d'avoir des loisirs. De plus, on l'a dit, l'instruction primaire ne sera prise en charge par l'état qu'à la fin du XIXème siècle. C'est donc à cette époque que va commencer à se mettre en place des œuvres d'éducation permanente ou tout au long de la vie. La plupart des enfants sont occupés à travailler dès leur plus tendre enfance et le rythme de travail ne leur laisse que très peu de temps pour s'instruire ou apprendre le catéchisme. Au lieu de viser l'éducation des enfants, l'éducation des ouvriers va commencer à se penser comme permanente par le biais de cours du soir ou de conférences. Au lieu de s'intéresser à meubler des loisirs qui n'existent pas encore, les éducateurs s'intéressent à améliorer la condition professionnelle des ouvriers qui viennent suivre les cours. A cette ambition de progrès social s'ajoutait une dimension très moralisatrice puisqu'il s'agissait aussi de rééduquer les classes ouvrières que la vie dans la manufacture avait corrompues. Des associations catholiques philanthropiques comme la Société des Conférences de St Vincent de Paul fondée en 1833 ou le Conservatoire des Arts et Métiers s'attelaient à cette tâche d'instruction et de moralisation des ouvriers. Des écoles pour ouvriers adultes furent également créées en 1821 à l'initiative de Mathieu de Montmonrency sur le modèle anglais. Face à ces œuvres éducatives moralisatrices, le mouvement coopératif de l'époque va aussi s'intéresser à l'éducation permanente des ouvriers autour de l'idée que l'ignorance est pour 20

21 l'ouvrier la cause principale de son esclavage politique et économique 19. Il s'agissait de renouer avec la pensée de Condorcet qui faisait de l'éducation la condition première de la formation du citoyen actif dans la société. La plupart des coopératives de la première moitié du XIXème siècle se sont donc attachées à mettre en place des programmes éducatifs par et pour leurs membres. L'éducation, loin de se cantonner à la formation professionnelle devait permettre aussi l'acquisition de connaissances théoriques pour comprendre la société dans son ensemble et donc situer la coopérative dans un mouvement politique et social plus général. C'est parce que le mouvement coopératif est aussi un mouvement politique global au sens où il vise une réappropriation non seulement du travail mais aussi des institutions sociales, économiques et politiques qu'il s'est donc attaché à la question de l'éducation des ouvriers. Les premières coopératives nées au XIXème siècle en Grande-Bretagne accordaient des moyens considérables à l'éducation de leurs membres et ont même inauguré les premières écoles d'instruction primaire pour les enfants d'ouvriers. Les villages coopératifs de New Lanark fondés par Owen en Grande-Bretagne comprenaient d'ailleurs un institut de formation des jeunes travailleurs de la manufacture et des écoles primaires. La coopérative de consommation des Equitables Pionniers de Rochdale fondée en 1844 à Manchester par quarante ouvriers tisserands des grandes manufactures et qui a donné au mouvement coopératif ses grands principes fondateurs (la ristourne, le fonctionnement démocratique, la liberté d'adhésion, les réserves impartageables) accordait une importance majeure à l'éducation de ses adhérents. Ainsi, toutes les coopératives de consommation anglaises établies sur ce modèle comprenaient un Educational Department, un poste de dépense destiné à l'avancement moral et intellectuel des sociétaires 20. Il était jugé si important qu'il était soldé avant le partage des dividendes. Un comité spécialement constitué pour mettre en œuvre les actions éducatives veillait à la mise en place et au fonctionnement de bibliothèques, salles de lecture pour la presse, conférences internes à la coopérative. Ce type d'actions éducatives qui fait de la coopérative le prétexte à l'éducation de ses membres fait écho à celles mises en place par Coopaname aujourd'hui. En effet, Coopaname organise et met à disposition de ses membres un grand nombre de moyens éducatifs. Il y a par exemple la formation coopérative dispensée par le Directeur Général aux coopanamiens intéressés ou bien encore les universités d'automne, les projections de films documentaires, les conférences et formations de tous types. 19 Voir : François JACQUET-FRANCILLON, Renaud D'ENFERT et Laurence LOEFFEL, Une histoire de l'école, anthologie de l'éducation et de l'enseignement en France, XVIIIème- XXème siècle, Retz, Voir : Patricia TOUCAS, Les coopérateurs, deux siècles de pratiques coopératives, Editions de l Atelier,

22 Ces temps et espaces éducatifs sont aussi l'occasion pour les coopanamiens de se forger une identité militante ou du moins de sentir qu'ils appartiennent au collectif et plus généralement au mouvement coopératif. Des espaces de recherche et de réflexion collective (les «commissions») sont laissés à la disposition des coopanamiens qui discutent et décident des orientations stratégiques de la coopérative ou rédigent même parfois des articles de recherche. Il est tout à fait intéressant de constater qu'une telle initiative n'est pas sans rappeler l'expérience du journal L'Atelier fondé par Buchez dans les années 1840 et qui avait également la prétention d'être un journal (le premier!) rédigé et publié par des ouvriers, à la gloire de l'associationnisme. A l'image des commissions à Coopaname qui sont animées par les coopanamiens eux-mêmes, l'entête du premier et du dernier numéro de L'Atelier précise que les rédacteurs sont véritablement des ouvriers puisque les hommes de lettres ne sont admis que comme correspondants 21. Le témoignage de Claude Genoux, poète populaire de l'époque qui visite les bureaux de L'Atelier nous renseigne encore que dans une assez belle pièce au rez-de-chaussée (...) discutant et travaillant autour d'une grande table de forme oblongue, recouverte de l'éternel tapis vert, vingt ouvriers, les uns en blouse, les autres en frac, rédigent le numéro mensuel. Cette description rappelle les longues réunions organisées dans le cadre des commissions à Coopaname où des coopanamiens de professions très diversifiées débattent, échangent, rédigent de manière collective. Selon Buchez, L'Atelier était donc le représentant fidèle des aspirations les plus profondes du prolétariat. A l'image des sociétaires des premières coopératives de production, ses rédacteurs provenaient du monde du petit artisanat, d'une certaine élite du prolétariat qui avait la capacité de ne pas se restreindre à la satisfaction de ses besoins matériels primaires (manger, dormir..). Au contraire, il s'agissait d'ouvriers dont le métier (des bijoutiers, typographes, mécaniciens, teneurs de livres, charpentiers, tailleurs) donnait l'occasion de s'instruire, de lire et d'écrire. Nombreux étaient donc les ouvriers de l'imprimerie qui apprenaient à lire du fait de leur travail et qui devenaient ensuite rédacteurs à L'Atelier. Il s'agissait d'écrire des articles sur les conditions de travail des ouvriers et de plaider en faveur des associations ouvrières de production comme moyen d'émancipation ouvrière. Tout comme devenir participant actif aux espaces collectifs et éducatifs de Coopaname atteste d'un engagement fort dans la coopérative et par la même d'un certain engagement politique, devenir rédacteurs de L'Atelier était donc non seulement un moyen de s'instruire mutuellement puisque tous les articles étaient rédigés de manière collective mais aussi de forger son militantisme et sa position politique. Même après leur départ du journal, la plupart des rédacteurs sont restés de vifs opposants au second Empire et des partisans du mouvement coopératif dans les années Voir : Armand CUVILLIER, Un journal d'ouvriers, L'Atelier, (p. 46) 22

23 Cependant, si Coopaname tente de renouer avec une histoire où l'éducation des sociétaires, à la fois professionnelle, pratique, théorique et militante était au cœur du projet coopératif, nous allons voir en quoi elle est à contre-courant du mouvement d'externalisation croissante des actions d'éducation permanente entamée dès la fin du XIXème siècle. 3) Coopaname face à l'externalisation progressive de la question éducative : de l'éducation ouvrière à l'éducation populaire D'une certaine manière, le mouvement coopératif et ses penseurs 22 ont inauguré des pratiques éducatives que l'on retrouvera plus tard dans l'éducation populaire et défini des valeurs dont certaines (éduquer pour former les consciences, s'émanciper par la connaissance) seront reprises par l'éducation nationale à partir des années Cependant, alors que le mouvement coopératif réunissait selon l'expression de Proudhon, l'école et l'atelier, l'éducation des enfants comme celle des adultes va petit à petit sortir de l'atelier au profit de l'éducation nationale et des œuvres d'éducation populaire dont une partie seront prises en charge par les coopératives de consommation. En effet, après un combat acharné entre catholiques et laïcs au sujet de l'éducation des enfants, les premières bases d'une éducation nationale laïque, gratuite et obligatoire sont enfin posées avec les lois Ferry de L'éducation des enfants assurée jusqu'à là par la famille et l'atelier (ou l'usine) est transférée à l'institution école qui organise l'instruction primaire (entre autre l'apprentissage de la lecture et de l'écriture) et la formation des futurs citoyens. Puisque l'éducation des enfants est dorénavant prise en charge par l'état, les actions éducatives issues du mouvement coopératif et des organisations d'éducation populaire comme la Ligue de l'enseignement fondée en 1866 par Jean Macé vont se concentrer sur l'éducation permanente des adultes. L'éducation populaire, dont le terme apparaît pour la première fois chez les Frères des Ecoles Chrétiennes pour désigner les cours d'adultes mis en place vers 1860 pour un public ouvrier et urbain va connaître son apogée à la fin du XIXème siècle et gagner du terrain face à l'éducation ouvrière devenue alors l'apanage des syndicats. Qu'il s'agisse des œuvres laïques comme la Ligue de 22 On pense à Fourier, Cabet, Proudhon. 23 On fait référence ici aux lois du 16 juin 1881 portant sur la gratuité et celle du 28 mars 1882 sur l'enseignement obligatoire et la laïcité de l'enseignement 23

24 l'enseignement ou des organisations catholiques de patronage ou encore du Mouvement du Sillon, leurs promoteurs sont à chaque fois issue de la bourgeoisie et acquis à la lutte des classes. Ils souhaitent aller au peuple et l'éduquer avec les nouvelles valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité) pour se le concilier et améliorer sa condition. Le terme populaire a donc remplacé ouvrière et désigne tout d'abord le peuple urbain, dangereux et corrompu par l'ère industrielle qu'il faut éduquer, donc étymologiquement tenter d'élever pour lui permettre de sortir de sa condition sociale. Selon Geneviève Poujol 24, le combat pour l'éducation populaire concorde d'ailleurs avec une mise à mal de la culture populaire qui s'illustre notamment par l'imposition de l'unité de langue à l'école et la mise à l'écart des langues locales et patois. L'affaire Dreyfus qui fera prendre conscience aux intellectuels des problèmes engendrés par la médiocrité de la presse populaire de masse représentera le point culminant de ce mouvement d'éducation populaire. En effet, c'est au moment de l'affaire Dreyfus que seront créées les premières universités populaires où les intellectuels rencontrent le peuple à l'occasion de conférences qui se transformeront rapidement en véritables cours du soir. La première université populaire voit le jour à Montreuil en 1896 et permet aux ouvriers d'étudier et d'acquérir des connaissances aussi variées que l'astronomie, la biologie, l'histoire grâce à la méthode de l'enseignement mutuel et à l'engagement d'intellectuels militants. Les ouvriers se cotisent, et une bibliothèque est créée. L'activité des universités populaires n'est pas sans rappeler les actions éducatives que l'on pouvait déjà trouver dans le mouvement associationniste français ou celui de la Société des Equitables Pionniers de New Lanark. Cependant, puisque ce sont les chambres syndicales qui organisent désormais la formation professionnelle et militante des ouvriers, l'éducation populaire se contente de permettre au peuple, c'est à dire en ville à la classe ouvrière d'accéder à la culture de l'élite, ou du moins celle que l'école républicaine s'attache à transmettre aux jeunes générations. Malgré des efforts de quelques organisations comme La Ligue de l'enseignement ou le Mouvement du Sillon pour rendre la pédagogie la plus accessible possible et proche de l'autoformation, la tendance dominante est plutôt celle d'une pédagogie verticale qui rappelle l'école puisque la plupart des cours du soir sont même assurés par des instituteurs qui appliquent les programmes scolaires du primaire ou du secondaire et y calquent le règlement scolaire : pointage des absences, récompense aux assidus. La mise en place d'actions d'éducation populaire a pour effet de sortir l'éducation des ouvriers de l'atelier (ou usine). Il ne s'agit désormais plus de former des militants mais des citoyens. Cependant, 24 Voir : Geneviève POUJOL, Education populaire : Une histoire française, Institut national de l'éducation populaire, Hermès 42,

25 le mouvement coopératif qui a vu éclore à la chute du Second Empire un nombre foisonnant de coopératives de consommation conserve et affirme son rôle éducatif en direction de ses membres. La plupart des coopératives de consommation se situent en Ile-de-France et sont gérées par des ouvriers qualifiés qui souhaitent augmenter leur niveau de vie en prenant le contrôle des tarifs et de la qualité des produits de consommation quotidiens. La Bellevilloise 25 située à Paris (pas très loin du siège de Coopaname aujourd'hui!) qui devient en 1913 la première coopérative nationale en regroupant neuf épiceries, sept boucheries, une boulangerie, un magasin de nouveautés, une meunerie, un café, mène d'importantes initiatives culturelles avec la création d'une harmonie, d'une chorale, d'une université populaire, d'une bibliothèque, de cours d'espéranto et de théâtre. On voit bien que cette fois il ne s'agit plus d'apprendre à lire et à écrire ni de se former à des savoirfaire professionnels en vue de s'émanciper mais d'acquérir des savoirs théoriques proches de ceux que l'on enseigne à l'école et d'organiser des loisirs intelligents pour les membres. Cependant, ces activités participent tout de même à l'éveil intellectuel et politique des membres, et rayonnent même vers l'extérieur de la coopérative. Il est intéressant de constater que Coopaname a repris le concept d'université populaire pour organiser ce qu'elle appelle les universités assaisonnées organisées plusieurs fois par an et qui rassemblent l'ensemble des coopérateurs autour d'un thème concernant la coopérative et sur lequel ils sont invités à réfléchir et se prononcer. A l'automne 2011 par exemple, la thématique retenue concernait la distribution des revenus à Coopaname. Les débats sont animés de manière participative et rappelle les efforts fournis par les premières universités populaires en matière de pédagogie. L'animation de la boule de neige qui permet d'agréger l'opinion de l'ensemble des coopanamiens qui discutent d'abord par deux, puis confrontent leurs idées à quatre, puis à huit, puis à seize s'inscrit tout à fait dans une logique d'éducation populaire en permettant de susciter la participation de l'ensemble des personnes présentes et en rendant accessibles des sujets qui paraissent à première vue très techniques. En témoigne un coopanamien : «C'est vraiment la démocratie à fond. Ça (les universités d'automne) peut être sur la rémunération, sur les nouveaux accompagnements, il y a un questionnaire pendant la journée, les résultats sont donnés et on travaille en boule de neige sur des questions. Puis il y a les grandes oreilles, des chercheurs, des gens dans la théorie. L'idée c'est de travailler devant eux et de leur demander ce qu'ils en pensent, dans la recherche-action. Ils ne sont pas là pour nous enseigner, 25 Voir : Jean-Jacques MEUSY et Christiane DEMEULENAERE-DOUYERE, La Bellevilloise. Une page d'histoire de la coopération et du mouvement ouvrier français, Creaphis, Paris, 2001 (p. 238). 25

26 c'est le contraire de la pensée unique 26». Coopaname a d'ailleurs repris la notion d'éducation populaire et en a fait le thème de l'une de ses commissions internes : la commission vie démocratique et éducation populaire. Pour Coopaname, la notion renvoie d'avantage à l'idée d'une pédagogie horizontale et d'un fonctionnement coopératif démocratique et participatif. Autour du Forum Éducation et Economie : Pour une approche plurielle des faits et des idées qu'elle a co-organisé avec l'association Minga et l'organisation d'éducation populaire Les Petits Débrouillards, elle tente de se rapprocher des organisations d'éducation populaire pour les amener à travailler ensemble à la défense du pluralisme dans l'enseignement des jeunes en économie. Cependant, et c'est ce qui fait peut-être toute la spécificité de Coopaname aujourd'hui, elle se positionne à contre-courant des évolutions prises par la formation professionnelle et le mouvement d'éducation populaire dès le début du XXème siècle. En effet, avec l'avènement de la société des loisirs entre 1930 et 1950, l'état va choisir de s'appuyer sur les organisations d'éducation populaire pour défendre des loisirs qui échappent à la vulgarité tout en restant éducatifs. L'éducation populaire s'orientera de plus en plus vers la démocratisation culturelle pensée comme l'accès à la culture de l'élite pour tous ou alternativement comme le droit du peuple à s'épanouir selon ses propres critères. Ce mouvement va conduire les organisations à se sectoriser en spécialisant leurs actions en fonction du secteur d'activité ou des caractéristiques du public visé. La Ligue de l'enseignement par exemple se réorganise dès 1945 par grands secteurs d'activités : sports, ciné clubs, théâtre, colonies de vacances. Cette réorganisation éloigne encore plus l'éducation populaire de l'école et s'éloigne de la formation militante, aux exceptions près de certaines organisations comme les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes qui contestent les méthodes scolaires et lui préfèrent une pédagogie du voir, juger, agir ou des organisations d'éducation populaire en milieu rural comme le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC). En ce qui concerne la formation professionnelle, on voit que les entreprises restent davantage préoccupées par l'amélioration de la production et son efficacité et préfèrent s'en remettre à des organismes privés et ce, malgré la volonté du Plan Langevin-Wallon de 1947 qui souhaite faire de l'éducation populaire le principal vecteur de la formation permanente pensée comme le développement de (la) culture intellectuelle, esthétique, professionnelle, civique et morale 27,. 26 Extrait d'entretien avec un entrepreneur-salarié 27 Voir : Antoine PROST, Regards historiques sur l'éducation en France 19ème 20ème siècle, Editions Belin, Paris, 26

27 L'éducation nationale, dès 1955 s'attachera aussi à la question de l'éducation permanente en créant des diplômes et brevets professionnels pour la promotion sociale. Même si coopératives et organisations d'éducation populaire sont nées à la fin du XIXème siècle d'une même préoccupation et d une même volonté d améliorer la condition de la classe ouvrière, on voit que rapidement, les deux mouvements se sont dissociés et ont abandonné petit à petit leur dimension de formation citoyenne et militante. Coopaname, à contre-courant tente de renouer avec ce premier temps de l'éducation populaire comme formation politique et militante. Voyons maintenant en quoi Coopaname essaie de rapprocher coopération et école, à l'image de l'engagement des coopératives de consommation sur le terrain scolaire au début du XXème siècle

28 III) Se rapprocher de l institution-école pour la transformer Le mouvement coopératif et ses promoteurs puis dès la fin du XIXème siècle celui de l'éducation populaire se sont toujours montrés des foyers de pratiques pédagogiques et éducatives innovants. Nous l'avons vu tout à l'heure, la méthode de l'enseignement mutuel mise au point par Etienne Cabet connaîtra un franc succès et sera repris par l'état dans les années 1820 au moment de la mise en place de la Société pour l'instruction élémentaire. Au tournant du XXème siècle, nous allons voir comment le mouvement coopératif va à nouveau tenter d'influencer le monde scolaire et cette fois bénéficier d'une reconnaissance de ses vertus pour l'apprentissage de savoir-être collectifs. Nous sommes donc bien loin de l'idée que l'éducation coopérative passe d'abord par la maîtrise du savoir-faire. Cette partie nous permettra de resituer la démarche éducative que Coopaname s'emploie à mettre en œuvre aujourd'hui au lycée et à l'université dans une lignée historique. Nous verrons que sa volonté de réinternaliser l'éducation à la coopération et de se rapprocher du mouvement d'éducation populaire se confronte à un contexte actuel marqué par un désintérêt du monde coopératif pour la question éducative. 1) La coopération à l'école comme apprentissage de savoir-être collectifs Selon l'historien Théodore Zeldin la fin du XIXème siècle en France fut l'âge de l'éducation et des illusions éducatrices autant que celui de l'industrie et des transformations qu'elle apportait 28. C'est donc une période où les français croient aux vertus de l'éducation, valeur élargie de l'instruction jusqu'au domaine de la citoyenneté 29. L'éducation et la toute jeune école vont donc être au centre des préoccupations du mouvement des coopératives de consommation qui s'organise au sein de la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation (FNCC) et rassemble les deux tiers des coopératives de consommation françaises à la veille de la première guerre mondiale. La coopération à l'école va naître sous l'impulsion de l'inspecteur de l'enseignement primaire de Charente, Barthélémy Profit, qui pendant la première guerre mondiale avait eu l'idée de développer les caisses mutuelles en milieu scolaire de manière à remédier à la pénurie de matériel scolaire. 28 Cité dans : Geneviève POUJOL, Education populaire : Une histoire française, Institut national de l'éducation populaire, Hermès 42, Ibid 28

29 L'idée était de capter des ressources en s'appuyant sur les cotisations des élèves pour permettre l'achat d'outillages divers (cinématographe, documentation, lanternes à projection, peinture) et l'organisation de fêtes et de sorties à caractère instructif. Rapidement, il prit conscience que non seulement ce type d'activités permettait aux enfants de prendre conscience de la valeur de l'argent et d'apprendre à gérer un budget mais que surtout, elles leur donnaient l'occasion d'apprendre de véritables savoir-être collectifs. Au lieu des valeurs de compétition individuelle et de méritocratie mises en œuvre par l'école, le fonctionnement des caisses mutuelles scolaires reposait sur la solidarité, la réciprocité, le travail de groupe et la responsabilisation collective des élèves 30. Barthélémy Profit plaide donc en faveur d'une pédagogie active, basée sur l'observation concrète des élèves, la recherche personnelle et l'action plutôt que le livre. Il reprend donc les pratiques de l'enseignement mutuel que l'on trouvait déjà en germe chez les socialistes utopiques et renverse le rapport enseignants apprenants. Rapidement, il souhaita faire sortir les mutuelles scolaires de leur logique purement économique et opta pour la promotion de la coopération scolaire, concept et pratique qui permettaient de mettre en lumière les retombées pédagogiques et transformatrices de ce type d'activités. Selon lui, c'est l'école toute entière qu'il faut transformer car il ne peut y avoir aucune coopération possible dans une école où les élèves pratiquent quotidiennement le «chacun pour soi 31. L'école doit donc se transformer en école coopérative, c'est-à-dire une école transformée politiquement, où les enfants qui n étaient rien sont devenus quelque chose, c est l école passée de la monarchie absolue à la république et où les enfants, livrés en certains domaines à leur initiative, apprennent le jeu de nos institutions et s exercent à la pratique de la liberté 32. L'école doit viser l'apprentissage de savoir-être citoyens qui entrent en adéquation avec le fonctionnement des institutions de la Troisième République. La République elle-même est donc pensée comme coopérative et l'éducation doit donc viser la formation des futurs citoyens. On retrouve donc l'idée d'une éducation à la citoyenneté qui rappelle l'héritage révolutionnaire et fait écho au programme d'éducation à la citoyenneté économique de Coopaname en direction des jeunes aujourd'hui. Le fonctionnement des coopératives scolaires repose sur les principes coopératifs (un homme = une voix, réserves impartageables, non-répartition des bénéfices...) et prépare au fonctionnement de la République : Avec ses élections, ses réunions, ses comptes rendus et ses divers exercices la vie même de la société comporte un grand nombre de leçons pratiques qui ne seront pas perdues. Dans 30 Voir : Jean-François VINCENT (Président de l'occe), Barthélémy Profit, Coopération à l'école et coopératives scolaires 31 Voir : Barthélémy PROFIT L éducation mutuelle à l école Sudel, Paris, Voir : Barthélémy PROFIT La coopération à l école primaire, ouvrage couronné par l Académie Française, Delagrave, Paris,

30 les séances, les sociétaires apprennent à discuter courtoisement, à se concerter, à s unir sur des questions analogues à celles que présente la vie... Présidents ou Présidentes, trésoriers, secrétaires, conservateurs, tous enfants de 11 à 13 ans s acquittent déjà de leurs fonctions avec une parfaite correction 33. Les idées de Barthélémy Profit vont connaître au lendemain de la première guerre mondiale un vif succès auprès des nombreux instituteurs acquis aux valeurs et pratiques de la coopération. En effet à cette époque on compte un grand nombre d'instituteurs parmi les sociétaires des coopératives de consommation. Ils seront donc très enclins à permettre l'apprentissage de la coopération à leurs élèves. Une multitude de coopératives scolaires vont ainsi voir le jour dans un but à la fois matériel et pédagogique. Ce sont les élèves qui ont la responsabilité de trouver des ressources nécessaires à la réalisation du projet collectif visé (organisation de fêtes et de sorties à caractère instructif, achat de matériel scolaire). Dans le Jura par exemple, les pastorales fonctionnent pour partie grâce aux cotisations des élèves auxquelles s'ajoute le produit de la vente des plantes médicinales pour permettre l'organisation d'un voyage de fin d'année scolaire. Avec le programme Coop'apprendre, Coopaname renoue avec l'idée que la coopération permet non seulement de faire l'apprentissage de savoir-faire mais aussi de savoir-être collectifs. En effet, il s'agit d'accompagner des étudiants de l'université de Marne-La-Vallée à créer leur propre bar coopératif sur le campus, sur la base de la pédagogie de projet. Comme nous l'étudierons plus en détails dans le second chapitre de ce mémoire, on retrouve bien dans Coop'apprendre l'idée que faire l'apprentissage de la coopération est un prétexte au développement de savoir-être propres au travail en équipe qui leur serviront tout au long de leur vie professionnelle, sociale et citoyenne. En effet, l'idée est que l'apprentissage par la coopération est un apprentissage à la citoyenneté économique qui permet aux jeunes de se réapproprier l'économie par l'expérimentation et la mobilisation collective. Coop'apprendre se base également sur les mêmes principes pédagogiques que ceux énoncés par Barthélémy Profit avec la coopération scolaire : la responsabilisation individuelle et collective, l'apprentissage par le faire et l'expérience plus que par la théorie, l'enseignement mutuel, l'écoute et la prise de parole en public etc. L'ensemble des réunions de Coop'apprendre s'organisent autour de la participation de chacun, de l'écoute mutuelle et de la décision collective. On retrouve aussi une critique des pratiques pédagogiques et éducatives de l'école basées sur la compétition individuelle et la théorie plus que la pratique active. Cependant, le contexte actuel dans lequel le Projet Jeunes évolue est marqué par un cloisonnement 33 Ibid 30

31 très fort entre monde scolaire et monde coopératif, ce qui, au début du XXème siècle n'est pas le cas. En effet, le monde coopératif est à cette époque très soucieux d'imprégner la jeune école et l'alliance Coopérative Internationale au Congrès de Manchester en 1902 adopte une motion que les coopératives prélèvent chaque année sur leur trop-perçu des sommes affectées à l'institution d'œuvres d'éducation sociale. En 1922, la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation (FNCC) fonde même une commission nationale de l'enseignement de la coopération dotée de moyens importants et destinée à soutenir le développement des nouvelles coopératives scolaires. Emile Bugnon, son président, élabore un programme ambitieux qui comprend des cours coopératifs dans l'enseignement secondaire et les écoles normales d'instituteurs. Cependant, ce mouvement va rapidement s'externaliser de la FNCC avec la création en 1929 de l'office Central de la Coopération à l'ecole (OCCE) qui fédère l'ensemble des coopératives scolaires. Après la seconde Guerre Mondiale, l'occe va s'affaiblir et le Ministère de l'education Nationale va exiger des caisses noires des écoles qu'elles abandonnent leurs activités marchandes au profit de la pédagogie et qu'elles délaissent le statut coopératif au profit de l'association, garant d'une gestion plus transparente. Les revenus des coopératives qui au sortir de la guerre provenaient du travail en commun des élèves (vente de tickets de tombola, plantes médicinales etc.) sont remplacés par la participation financière directe des parents et dans les années soixante, l'occe devient une organisation gestionnaire de fonds au service de projets scolaires. Coopaname doit donc s'affirmer dans un contexte où la coopération à l'école a disparu des discours et des orientations ministérielles et où le monde coopératif tourne encore le dos aux questions éducatives. Réinvestir l'école et plus généralement l'éducation suppose pour Coopaname d'aller à l'encontre d'un triple cloisonnement entre éducation nationale, éducation populaire et mouvement coopératif. 2) Coopaname face au cloisonnement entre éducation nationale, éducation populaire et mouvement coopératif Coopaname qui tente de faire de l'éducation (en interne et en externe) une activité propre s'inscrit dans un contexte où l'éducation nationale, l'éducation populaire et le mouvement coopératif évoluent encore dans des univers cloisonnés. Malgré une histoire commune née sur le terreau de la Révolution où mouvement coopératif et mouvement d'éducation populaire se sont intimement entremêlés tout au long du XIXème siècle pour alimenter de manière commune la campagne en faveur d'une éducation pour tous et tout au long de la vie (et qui s'est finalement cristallisée autour de l'éducation nationale), ces trois mondes se sont autonomisés les uns des autres au cours du 31

32 XXème siècle. Le mouvement coopératif s'est progressivement éloigné du monde scolaire et universitaire dès les années Alors que dans la première moitié du XXème siècle, le mouvement coopératif, par le biais de ses promoteurs comme Charles Gide ou Marcel Mauss était parvenu à se diffuser dans l'enseignement supérieur (avec la création de cours de coopération dans les UFR de sciences économiques) ceux-ci ont pratiquement tous disparu dès 1970 de l'affaiblissement des coopératives de consommation. La coopération n'est donc plus enseignée aujourd'hui et ne marque plus les politiques publiques en matière éducative. Le monde enseignant se tient éloigné de la coopération, comme l'atteste le fait qu'elle est souvent passée sous silence dans les manuels d'économie destinés à l'enseignement du secondaire et qui sont rédigés par les enseignants eux-mêmes. De plus, les programmes scolaires de sciences économiques et sociales tels qu enseignés dans les lycées n'accordent qu'une place très superficielle à la coopération, sans aborder le fonctionnement ni même l'histoire des coopératives. Seule la «pédagogie coopérative» reste bien connue du monde enseignant même si elle n'est pas souvent mise en pratique dans les écoles. Même si le cinquième principe de la déclaration de l Alliance coopérative internationale («Education, formation et information» réaffirmé pour son centenaire à Manchester en 1995), accorde aux coopératives un rôle éducatif fort puisque «les coopératives informent le grand public et en particulier les jeunes et les leaders d opinion sur la nature et les avantages de la coopération», les coopératives françaises semblent s'en être désinvesties. A la différence du Québec les fédérations françaises de coopératives comme Coop FR ou la Confédération Générale des Scops ne s'intéressent plus à la question éducative en dehors de leur soutien à la «Semaine de la coopération à l'école». Coopaname hérite donc d'un contexte où coopération et enseignement public évoluent dans des mondes bien distincts. On voit même qu'elle hérite d'une certaine méfiance entamée après la seconde guerre mondiale de l'enseignement public à l'égard des coopératives dans le domaine scolaire. En effet, l'université de Marne-La-Vallée, qui apporte pourtant son soutien matériel et logistique au programme Coop'apprendre a manifesté sa volonté que le projet abandonne son statut coopératif et adopte le statut associatif, garant selon elle de plus de contrôle. De la même manière, sur le terrain de l'enseignement primaire et secondaire, ce sont les associations d'éducation à «la solidarité internationale et au développement durable» qui monopolisent depuis 32

33 une quinzaine d'années les murs de l'école par le biais des «interventions pédagogiques» prévues dans les programmes scolaires. Ainsi, les organisations d'éducation populaire comme «Artisans du Monde», «Starting Block» ou «Sensibilis'Action» organisent des interventions de sensibilisation au commerce équitable ou au développement durable dans les écoles, collèges et lycées. La coopération est la grande absente de ce type d'interventions éducatives, Coopaname faisant figure d'exception avec ses actions de «sensibilisation à l'économie sociale et solidaire» dans les lycées professionnels de Seine-Saint-Denis. À ce cloisonnement entre monde coopératif et monde scolaire se superpose aussi un double cloisonnement entre mouvement d'éducation populaire et mouvement coopératif d'un côté, et éducation populaire et institution scolaire de l'autre. En effet, dans sa volonté de se rapprocher du mouvement d'éducation populaire, Coopaname tente de renouer deux mouvements que l'histoire avait éloignés. Les coopératives de production, que les nouvelles contraintes imposées par le marché dans les années 1960 ont obligé à se transformer au profit d'une professionnalisation de ses gestionnaires et d'une prime à l'entreprise par rapport au groupement de personnes qui les constituent 34 ont mis au rebut la question éducative. De l'autre côté, les associations d'éducation populaire se sont peu à peu éloignées du monde scolaire en se spécialisant au contraire dans le secteur périscolaire. La démocratisation de l'enseignement et le développement des loisirs soutenu par le Front Populaire ont cantonné l'éducation populaire à la gestion des loisirs puis à la démocratisation culturelle. Cette spécialisation les a d'ailleurs conduites à adopter une structuration sectorielle et à perdre leur impact politique et pédagogique qu'on pouvait leur trouver jusqu'à la première moitié du XXème siècle. A cette dépolitisation s'est ajoutée une progressive déconnexion de l'éducation populaire avec le monde de l'entreprise. En effet, si le Plan Langevin-Wallon de reconnaissait le rôle de l'éducation populaire comme principal foyer de «l'éducation permanente» pensée comme «la possibilité pour tous de poursuivre au-delà de l'école et durant toute leur existence le développement de leur culture intellectuelle, esthétique, professionnelle, civique et morale 36, les comités d'entreprises ne feront appel à elle que dans le cadre limité de leurs actions culturelles, sportives et sociales et confieront au contraire la formation professionnelle à des centres d'apprentissage préoccupés principalement par l'efficacité de la production. 34 Voir : Claude VIENNEY, Un dispositif d'analyse de la formation et des transformations des coopératives, Op. Cit., p Voir : Antoine PROST, Op. Cit. 36 Voir Antoine PROST, Op. Cit. p

34 On voit donc bien se dessiner un contexte où le monde scolaire est devenu presque imperméable aux pratiques de la coopération comme de l'éducation populaire pendant que le mouvement coopératif semble avoir abandonné son rôle éducatif et que l'éducation populaire s'est sectorisée et dépolitisée. Les activités éducatives déployées par Coopaname en interne comme en externe sur le terrain de l'enseignement secondaire et universitaire et de l'éducation populaire marchent donc à contre-courant. Heureusement, et grâce à un militantisme fort, des tentatives de rapprochement entre ces trois «mondes» sont en train d'émerger. 3) Des mouvements éducatifs en quête de sens On assiste en effet à des critiques importantes de l'institution-école. Le contexte de crise économique, la restructuration des postes de dépense publique ainsi que les nombreuses réformes des programmes scolaires allant dans le sens d'une valorisation de l'idéologie néo-libérale amènent un nombre croissant d'enseignants à s'opposer aux réformes touchant à la fois aux contenus des programmes 37, à leur statut de professeurs 38 et à l'organisation générale de l'enseignement 39. Un certain nombre d'enseignants du secondaire et du supérieur en Sciences Economiques et Sociales (SES) commencent d'ailleurs à former des collectifs de travail ayant pour but de défendre une vision alternative de l'enseignement des SES. Il s'agit par exemple de l'institut de Développement de l'information Economique et Sociale (IDIES) qui a été créé en 2007 à l'initiative des journalistes d'alternatives Economique (qui est par ailleurs une Scop) et qui regroupe un grand nombre d'enseignants autour de la question du contenu des programmes de SES et de leur place dans les médias, en faveur d'une «réappropriation citoyenne». De plus, à l'heure où les orientations prises par l'omc et l'union Européenne prônent une certaine marchandisation de l'éducation ouverte désormais à la concurrence internationale 40, les comparaisons internationales sur le plan de l'éducation vont bon train et laissent entrevoir que les modèle méritocratique fondé sur une individualisation des pratiques éducatives ne donne pas les résultats escomptés en termes de réussite scolaire. Dans son ouvrage La Fabrique de la Défiance, l économiste Yann Algan met en lumière un système éducatif français qui en mettant les élèves en compétition dans la classe pose le fondement d'une société marquée par la compétition entre des 37 On pense notamment à la réforme du lycée d enseignement général et technologique de 2010 qui a évincé l'analyse du chômage du programme de SES dans l'enseignement secondaire 38 On pense notamment aux réductions d'effectif dans la fonction publique et à la suppression de l'iufm. 39 Il s'agit par exemple de l'augmentation du nombre d'élèves par classe qui met les professeurs en difficulté dans leur travail d'éducateurs et pédagogues. 40 On pense notamment à la stratégie de Lisbonne adoptée en mars 2000 visant à faire de l'union "l'espace économique le plus compétitif du monde" dans le cadre d'une économie de marché globalisée 34

35 individus laissés à eux-mêmes sur le marché du travail et au sein de l'entreprise. Le lien social et la solidarité seraient remplacés par une défiance généralisée et le culte de la réussite individuelle au détriment du travail en équipe. On assiste donc à un retour du discours brandi par le mouvement de la coopération à l'école au début du XXème siècle. Face à ce modèle scolaire français qui a prouvé ses limites, certains regardent du côté du Québec où la coopération scolaire est encore d'actualité et bénéficie d'un fort soutien des pouvoirs publics comme des grandes fédérations coopératives. Si Coopaname de par ses programmes développés dans le cadre du Projet Jeunes ressuscite on l'a vu, une pratique de la coopération en milieu scolaire que l'on pouvait trouver au début du XXème siècle, on assiste aussi aujourd'hui à une repolitisation de l'occe qui au Congrés de Tours en 2001 a manifesté sa volonté de «pénétrer à nouveau l'enseignement scolaire comme alternative au libéralisme 41». L'éducation populaire semble aussi ébaucher une redéfinition identitaire en réaffirmant son appartenance à l'économie sociale et solidaire. Ce mouvement atteste d'une repolitisation de l'éducation populaire et d'une mise à distance du modèle de l'animation socio-culturelle et de sa structuration sectorielle qui lui a fait perdre son identité militante. Ce rapprochement de l'éducation populaire avec l'économie sociale et solidaire s'illustre par exemple par la Journée du Manifeste pour l'education à l'ess organisée par l'esper le 22 mars 2012 qui rassemblait organisations d'éducation populaire, organisations d'économie sociale et solidaire et syndicats d'enseignants autour de la question de l'éducation des jeunes à l'ess. De plus, des mouvements d'éducation populaire comme Les Petits Débrouillards ou le Mouvement Rurale des Jeunes Chrétiens se rapprochent aussi du monde de l'ess en développant des programmes d'éducation à l'économie et à l'ess. Des organisations d'éducation populaire semblent même opter pour le statut coopératif, pensé comme plus en adéquation avec les valeurs de l'éducation populaire et notamment celle de l'appropriation citoyenne des savoirs. Il s'agit par exemple de la Scop Le Pavé ou de L'Orage à Grenoble. Le Forum «Education et Economie : Pour une approche plurielle des faits et des idées» organisé le 2 juin 2012 d'un partenariat entre Coopaname, l'association de promotion de l'économie équitable Minga et l'association d'éducation populaire Les Petits Débrouillards Ile-de-France est aussi une illustration concrète d'un début de rapprochement entre coopération et éducation populaire. Cet 41 Voir : Jean-François VINCENT, Op. Cit. 35

36 événement avait d'ailleurs pour but de créer un collectif formé à la fois des enseignants, des acteurs de l'éducation populaire et de ceux de l'économie sociale et solidaire pour réfléchir à la défense des approches alternatives de l'économie dans l'éducation (populaire et nationale) et réaffirmer la place de chaque type d'organisations en tant qu'acteurs éducatifs. Le cloisonnement entre monde scolaire, mouvement de l'éducation populaire et monde de la coopération semble donc perdre de son intensité puisque les frontières entre ces trois mondes se font un peu plus perméables. Coopaname, par ses activités éducatives et son travail de mise en réseau, tente d'impulser une dynamique générale et ouvre une brèche entre ces trois pôles encore bien séparés. Reste à voir maintenant ce qui, au-delà des discours, a amené Coopaname à faire de l'éducation pratiquée en externe comme en interne son cheval de bataille. 36

37 CHAPITRE 2 : L'ÉDUCATION A COOPANAME COMME RÉPONSE À UNE ORGANISATION SOCIALE EN QUÊTE D'IDENTITÉ Nous venons de voir en quoi Coopaname renoue avec un passé qui lie coopération et éducation. Il nous reste à tenter de comprendre pourquoi Coopaname a manifesté un tel besoin éducatif. Le seul statut de Société Coopérative Ouvrière de Participation ne suffit pas à l'expliquer, ni même son appartenance au secteur des Coopérative d'activités et d'emploi. En effet, les CAE, dont le réseau «Coopérer pour Entreprendre» est propriétaire légal de la marque, ont pour but premier de permettre aux entrepreneurs-salariés qui les constituent de «tester, développer et pérenniser une activité économique, en sécurisant sa démarche, et en bénéficiant d'un accompagnement dans la durée 42» au sein d'une «entreprise partagée ( ) dont ils peuvent devenir associés 43». Le terme «accompagnement» est préféré à celui «d'éducation» et raisonne avec des pratiques que l'on retrouve dans le secteur médico-social et plus particulièrement dans celui de l'insertion depuis les années Cette terminologie se rattache à une pratique professionnelle qui a souvent pour objectif l'insertion d'un individu dans la société au contraire du concept d'éducation qui suppose l'idée d'une émancipation sociale. Cependant, à y regarder de plus près, Coopaname se distingue par un projet politique bien affirmé et s'affiche en tant que «CAE de troisième génération» ou «mutuelle de travail». «Une CAE n'est pas un objet, c'est un projet. Elle n'est pas une organisation, elle est une dynamique» proclament ses deux directeurs 45. Nous allons voir dans ce chapitre en quoi l'éducation telle que pratiquée par Coopaname répond à un fort besoin identitaire dans une coopérative qui ne fonde pas l'identité de ses membres sur le métier. Dans cette approche, l'éducation est pensée à la fois comme moyen et objet de ce projet politique dont le but est de «coopératiser» la société. En ce sens, et en nous basant sur l'analyse de la théorie des conventions telle que formulée par Boltanski et Thévenot, nous verrons en quoi l'éducation permet l'élaboration d'une identité collective en tentant le compromis entre la logique marchande des projets individuels de ses membres et la logique civique de son projet politique collectif. Nous montrerons en quoi les processus éducatifs internes à la coopérative s'illustrent par l'existence de différents espaces de participation qui permettent à ses membres de s'approprier et 42 Voir : Charte de «Coopérer pour entreprendre», (www.cooperer.coop) 43 Ibid 44 Voir : Maela PAUL cité dans le mémoire de Claire MOLLARD, L'accompagnement, une approche pédagogique adaptée au projet politique de l économie sociale contemporaine? L'exemple de Coopaname, (p. 28) 45 Voir : Stéphane VEYER et Joseph SANGIORGIO, cité par Claire MOLLARD, Op. Cit. 37

38 d'inventer collectivement le projet politique de la coopérative. Nous verrons enfin dans une dernière partie en quoi l'éducation telle que pratiquée en interne participe aussi à sa redéfinition en tant qu organisation éducative. Ceci s'illustre au travers du «Projet Jeunes» qui bénéficie d'une reconnaissance des acteurs extérieurs et s'engage sur des terrains d'actions traditionnellement occupés par les acteurs éducatifs (lycées, université, organisations d'éducation populaire). 38

39 I) L'éducation répond à un besoin identitaire fort Comme nous l'avons vu dans le premier chapitre de ce mémoire, Coopaname hérite d une histoire où coopération et éducation sont longtemps restées très liées. Cependant, à la lumière de l'histoire, on voit qu'à chaque fois, l'éducation coopérative s'est développée dans un contexte coopératif marqué par l'existence d'une identité ouvrière commune. Dans le cas de l'associationnisme, l'identité des coopérateurs était construite autour du «métier» et dans le cas des coopératives de consommation, elle se basait sur leur appartenance à la nouvelle «classe salariée». Coopaname à l'inverse a la particularité de regrouper une grande diversité de statuts, d'acteurs et d'activités. On peut donc se demander quelles sont les bases qui lui permettent de construire son identité collective. 1) Une identité collective qui fait l'impasse du métier : Les coopanamiens Coopaname a fait le pari, depuis sa création en 2004 d'être une coopérative d'activités et d'emploi généraliste, ouverte à tous les secteurs d'activités et à tous types de projets économiques. En effet, l'ensemble (ou presque) des secteurs y sont représentés : artisanat, services aux entreprises, secteur social, activités de bien-être, services aux particuliers, informatique, activités artistiques etc. De plus, les services d'accompagnement et de soutien aux activités économiques des entrepreneurssalariés sont basés sur des pratiques alternatives à l'entrepreneuriat classique. En effet, non seulement les projets ne sont pas sélectionnés sur des critères de rentabilité ou de faisabilité comme c'est le cas dans les sociétés de portage salarial, mais il est aussi laissée aux entrepreneurs la liberté de se lancer dans une activité économique pour laquelle ils n'ont pas forcément d'expérience professionnelle ni personnelle. Il arrive donc fréquemment de rencontrer des entrepreneurs qui, à la suite d'une rupture avec le monde classique du salariat (licenciement, démission, déception, accident...) décident de profiter de leur entrée à Coopaname pour changer de voie et se «tester» dans des activités nouvelles. D'ailleurs, la philosophie de l'accompagnement des projets est celle d'une non-directivité : la structure, par le biais des «salariés permanents» chargés de l'accompagnement individualisé des entrepreneurs se contente de contrôler la légalité des activités et à minima, leur gestion. Tant que l'activité se conforme aux contraintes imposées par le régime d'assurance et qu'elle respecte le cadre juridique de la structure, les opérations comme le lissage des salaires, les avancements (ou non) de trésorerie, l'achat et le remboursement de frais professionnels sont toujours décidés d'un commun-accord entre la structure et l'entrepreneur accompagné. La gestion quotidienne des affaires commerciales, de la production et de la communication est laissée à l'autonomie des entrepreneurs eux-mêmes. 39

40 L'identité professionnelle des entrepreneurs-salariés n'est donc pas liée à leur savoir-faire ou métier. D'une certaine manière, on peut même dire que l'entrée à Coopaname est une occasion pour les entrepreneurs d'abandonner une identité professionnelle, sociale ou personnelle qui ne leur a pas donnée satisfaction, et d'en changer pour un statut qui leur donne plus d'indépendance et leur permet de se réinventer hors des cadres classiques pour «avoir la possibilité de faire ce qu'on aime et d'en vivre» pour devenir «indépendants 46». Coopaname donne donc à voir un paysage très atomisé, avec des entrepreneurs aux parcours, métiers, savoir-faire, objectifs, valeurs et profils sociodémographiques 47 très différents les uns des autres. De plus, Coopaname a aussi pour caractéristique de rassembler dans une même organisation des acteurs aux fonctions très différentes. Il s'agit en effet de donner le même statut (celui de coopanamien voire de coopérateur) à des catégories d'acteurs qui n'occupent pas la même fonction dans la coopérative, des «salariés permanents» jusqu aux «entrepreneurs». En premier lieu, on distingue d'abord l'équipe des salariés permanents qui travaillent pour assurer les fonctions mutualisées de la structure (chargés d'accompagnement, services administratifs, juridiques et comptables) et qui sont recrutés de manière classique, sur fiche de poste et en fonction de leurs compétences professionnelles. Les salariés permanents travaillent donc directement pour la structure coopérative, on peut donc penser qu'ils s'identifient plus facilement par rapport au métier qu'ils exercent et à leur place dans l'entreprise, à l'image du salariat classique. Contrairement aux entrepreneurs, il est à noter que cette première catégorie d'acteurs est soumise à un rapport classique de subordination. Ensuite arrive l'ensemble des entrepreneurs qui entrent dans la structure d'abord en «convention d'accompagnement» puis lorsque leur(s) activité(s) dégage(nt) assez de chiffre d'affaire, deviennent salariés de la coopérative. Au bout de deux ans de salariat, l'ensemble des salariés de la coopérative qu ils soient salariés de la structure ou entrepreneurs-salariés peuvent devenir sociétaires. Les motivations à l'entrée dans Coopaname pour les entrepreneurs sont de nature diverse, mais on retrouve souvent l'attrait pour le travail indépendant et la volonté de rompre avec le monde classique du salariat donc on a été soit déçu soit exclu 48. Il s'agit d'une décision prise soit par nécessité (c'est le cas des chômeurs de longue durée ou des personnes qui ont besoin de développer en complément d'un emploi une activité qui les aide à vivre) soit par choix avec une volonté affichée de devenir entrepreneurs. La possibilité de se délester des obligations administratives 46 Voir : Etude Plein Sens : Evaluation des dispositifs de mutualisation au sein de la coopérative d activités et d emploi Coopaname réalisé par le Cabinet «Plein Sens» pour Coopaname, Décembre 2010 (document interne) 47 Ibid 48 Ibid 40

41 nécessaires à la mise en œuvre de leur activité économique est un point attractif pour leur entrée dans Coopaname, même si il semble qu'ils ne font pas forcément de calcul pour être certains du bénéfice qu'ils peuvent en tirer. De plus, il est assez surprenant de constater que la rentabilité économique de leur activité n'est pas un critère déterminant pour la persistance des entrepreneurs dans Coopaname. En effet, 40 % des entrepreneurs qui restent durablement dans Coopaname (c'est-à-dire au moins vingt-quatre mois après leur arrivée) ont atteint des salaires de 187 euros au mieux sur six mois consécutifs au cours des vingt-quatre premiers mois dans Coopaname. Cette caractéristique prouve bien que Coopaname produit autre chose que de la sécurisation économique et financière, comme nous le verrons plus en détail dans la prochaine sous-partie. L'atomisation des parcours et des activités se conjugue aussi à une atomisation physique des entrepreneurs qui n'habitent pas ni ne travaillent au même endroit. De plus, les activités d'accompagnement individuel et collectif ainsi que les divers espaces d'engagement collectif 49 des entrepreneurs dans la coopérative se répartissent entre les cinq établissements de la région Ile-de- France et chaque entrepreneur est affilié à un établissement en fonction de son lieu d'habitation. L'identité coopanamienne qui a la base était centrée sur Paris fait aujourd'hui l'impasse du territoire. Pourtant l'identité collective semble bien présente au sein du projet Coopaname comme l'indique le terme de «coopanamiens». La terminologie «coopanamien» permet d'inclure l'ensemble des personnes qui constituent l'organisation au sein d'une même entité. En effet, elle permet de dépasser la logique de l'accompagnement ou de la prestation de service que l'on retrouve dans la plupart des structures classiques d'accompagnement à l'entrepreneuriat 50 et qui pose une séparation entre les chargés d'accompagnement et les entrepreneurs accompagnés. Quels que soient l'activité, le profil, le parcours, la fonction des personnes au sein de la structure, être coopanamien permet donc de dépasser les vecteurs classiques d'identification que l'on retrouve dans les entreprises classiques et qui sont basés habituellement sur la profession, l'âge ou la position hiérarchique. Derrière la terminologie de «coopanamien» se cache en fait un projet politique fort qui fait office de «liant» dans la définition de l'identité collective de la coopérative. 49 On pense notamment aux réunions mensuelles, aux ateliers, aux collectifs-métier, aux collectifs-projet, aux commissions, chantiers etc. 50 On pense notamment aux couveuses d'activités ou aux sociétés de portage salarial 41

42 2) Une identité collective qui s'invente autour d'un projet politique fort Dès sa création en 2004, à l'initiative d'elisabeth Bost et autour du Réseau des CAE «Coopérer pour Entreprendre», Coopaname s'est tout de suite affirmée comme une «CAE - pilote» ayant pour objectif d'innover, autour d'un projet politique fort. Ainsi en témoigne le Directeur Général Délégué : «Dans la mission qu'on a assigné à Coopaname c'est Coopaname qui devait être une vitrine du réseau, une vitrine des CAE, et elle devait être exemplaire sur le fond (...) Donc déjà au sein de coopaname il y avait le fait qu'on soit exemplaire et le fait qu'on soit quelques-uns à se dire on a pas envie de faire la même chose qu'ailleurs 51». Il s'agissait de défendre la coopération comme un facteur d'émancipation par le travail, de sécurisation des projets des entrepreneurs en alternative à la création d'entreprises. En effet, Coopaname a fait le pari d'asseoir la sécurisation des parcours professionnels de ces entrepreneurs-salariés (ou en convention d'accompagnement) sur la coopération. Elle s'inscrit dans le mouvement des coopératives de «deuxième génération» et a pour horizon un nouveau modèle de coopératives (la «troisième génération des CAE») qui serait l'aboutissement de son projet politique en tant que «mutuelle de travail». Elle se place donc dans une temporalité qui place l'évolution des CAE vers l'achèvement final de la coopération économique et sociale. Au départ, les CAE de «première génération» créées au milieu des années 1990 s'étaient données pour mission de sécuriser les porteurs de projet ayant l'intention de créer leur entreprise individuelle par le biais d'un cadre qui leur permette de tester leur projet entrepreneurial en limitant les risques. La sécurisation des porteurs de projet était donc fondée sur un cadre juridique simplifié (qui ne leur imposait pas d'inscrire immédiatement leur activité au registre du commerce) et un accompagnement individualisé pour les aider dans le montage de leur projet. La dynamique éducative à l'œuvre dans ces premières CAE s'inscrivait dans l'apprentissage de l'entrepreneuriat par l'accompagnement. L'activité économique de chaque entrepreneur était donc perçue dans une logique très individuelle centrée sur l'entrepreneur. Cependant, le nombre de porteurs de projets se multipliant, les CAE ont rapidement bénéficié d'une reconnaissance des pouvoirs publics qui ont commencé à financer les activités d'accompagnement des entrepreneurs entrants du fait de l'impact positif de l'activité des CAE sur la réduction du taux de chômage. Rapidement, les CAE ont eu la capacité financière de supporter plus de risques, et ont donc abandonné l'idée de critères d'entrée basés sur la rentabilité économique. Elles ont au contraire commencé à s'ouvrir à tous types de porteurs de projet, quel que soit leur profil et la validité de leur projet (en dehors des contraintes imposées par le régime d'assurance). 51 Extrait de l'entretien avec le directeur général délégué 42

43 Le nombre croissant de porteurs de projets a permis à l'accompagnement d'intégrer des dimensions collectives (organisation d'ateliers collectifs, de réunions collectives, de formations collectives etc.) pour que chaque projet entrepreneurial individuel puisse profiter de la dynamique créée par le groupe 52. Finalement, certaines CAE ont perçu la grande potentialité que pouvait représenter la coopération inter-projets pour les projets économiques individuels. En effet, nous renseignent plusieurs coopanamiens : «Un projet qui marche c'est un projet qui a dépassé le stade de l'individuel, il ne parle pas qu'à une personne, il n'a pas du sens que pour une personne 53», «c'est vrai que statistiquement ceux qui connaissent déjà dix, quinze personnes en règle générale développent plus vite leur activité 54». La coopération parce que créatrice de liens de solidarité, de lien social et d'enrichissement mutuel a donc été pensée comme un gage de sécurisation pour les entrepreneurs pris dans leur individualité. Ce modèle correspond à ce que Coopaname nomme les «CAE de deuxième génération», modèle qui repose sur une valorisation de la coopération par rapport à l'accompagnement individuel et sur la volonté d'inscrire durablement les entrepreneurs dans la coopérative. Dans ce modèle de CAE dont fait partie Coopaname (et qu'elle souhaiterait voir évoluer vers ce qu'elle appelle la «troisième génération des CAE»), le statut coopératif (et plus particulièrement celui de Scop) et le mode de fonctionnement qu'il suppose (non-lucrativité, existence de réserves impartageables, démocratie interne etc.) sont pensés comme bénéfiques à la sécurisation des projets individuels. Tout d'abord, le statut de coopérateur inscrit chaque projet et son porteur dans la durée et la continuité (en opposition au portage temporaire des activités que l'on retrouvait dans les CAE de première génération). Cette inscription dans le long-terme permet une sécurisation effective des situations économiques individuelles en faisant bénéficier les entrepreneurs-salariés de la protection sociale propre au statut de salarié (allocation chômage, sécurité sociale, cotisations à la caisse de retraite). Elle permet en outre de consolider la sécurité financière de la coopérative via le versement de 10 % du chiffre d'affaire de chaque entrepreneur pour la constitution de fonds propres à la coopérative. Cette sécurité financière donne l'occasion à la structure coopérative de renforcer les services mutualisés de la structure (comptabilité, administration, fiscalité, services juridiques etc.) à destination des 52 Voir : SANGIORGIO J., VEYER S., Construire sur les bases d une coopérative d activités et d emploi : l émergence d une entreprise de salariat, d accompagnement et d apprentissage mutuels, Communiqué au colloque «Economie sociale et solidaire : nouvelles pratiques et dynamiques territoriales», organisé par l Institut d Economie et de Management de Nantes IAE en Voir : Extrait d'entretien cité dans Claire MOLLARD, Op. Cit (p.59) 54 Voir : Ibid 43

44 entrepreneurs-salariés. Plus forte économiquement, la CAE de deuxième génération peut aussi prendre plus de risques pour le compte de ses entrepreneurs (s autoriser à signer des baux commerciaux, à contracter des prêts ou à embaucher du personnel intérimaire pour le compte de certains de ses entrepreneurs, réaliser des avances de trésorerie à destination des entrepreneurs). La contribution des entrepreneurs au développement du projet collectif de la coopérative n'est pas que financière mais également humaine. La coopération entre entrepreneurs est fortement encouragée sur le plan économique. Des collectifs d'entrepreneurs sont donc invités à se multiplier. Certains rassemblent des entrepreneurs autour d'un même projet pour la production d'une offre commune (il s'agit des «collectifs projets») et d'autre regroupent plus simplement des entrepreneurs qui s'entraident mutuellement de manière ponctuelle ou sur la durée dans la conduite de leurs activités individuelles (il s'agit cette fois des «collectifs métiers»). Le schéma des CAE de deuxième génération est donc celui de l'entreprise partagée où chacun demeure entrepreneur de sa propre activité tout en construisant avec les autres un projet collectif de mutualisation. Cette mutualisation s'effectue soit de manière indirecte par le biais de la structure qui collecte et mutualise une partie du chiffre d'affaire de ses entrepreneurs-salariés pour le financement des services mutualisés soit de manière directe entre les entrepreneurs eux-mêmes en coopérant économiquement ou professionnellement entre eux. Aujourd'hui, le but ultime de Coopaname est de se transformer en une véritable «mutuelle de travail» où les entrepreneurs n'entreraient plus sur la base d'un projet individuel mais où ils s'associeraient plus volontiers avec d'autres entrepreneurs pour créer ensemble des sortes de «scopettes» internes à la coopérative, sur la base du volontariat et du savoir-faire de chacun. Les savoir-faire des uns viendraient nourrir ceux des autres et les collaborations professionnelles que l'on trouve actuellement dans les «collectifs» d'entrepreneurs se transformeraient en véritables projets coopératifs internes. Il est donc intéressant de voir en quoi le projet politique des CAE est passé de la sécurisation des activités économiques par l'existence de services individuels aux entrepreneurs (accompagnement individualisé, hébergement juridique de l'activité) à celle d'une sécurisation des personnes par le biais de la coopération et l'appartenance à un collectif de travailleurs. L'horizon de la «mutuelle de travail» s'inscrit dans un retournement de l'activité classique de CAE (accompagnement, mutualisation des services aux entrepreneurs) puisqu'elle fait de cette dernière un prétexte à la coopération comme une alternative au capitalisme et à l'auto-entrepreneuriat. Après avoir souligner les grands traits du projet politique de Coopaname qui vise à devenir un modèle totalement intégré d'organisation (où la coopération permettrait une sécurisation générale de 44

45 tous les membres contre les risques de baisse de revenu, d'accident de la vie, de problème de santé etc. ), un peu à l'image du complexe coopératif «Mondragon» et s'inscrit volontiers dans «l'utopie», il faut maintenant se pencher sur les dynamiques internes qui permettent aux membres d'adhérer au projet et de s'affirmer en tant que coopanamiens. 3) L éducation comme facteur d'adhésion au projet politique On peut se demander comment une organisation comme Coopaname, composée de membres atomisés aux activités diverses parvient à entretenir un projet politique qui prône justement la coopération. En effet, il peut paraître étonnant de considérer que des porteurs de projets entrant à Coopaname avec pour motivation première celle de la création d'activité économique individuelle parviennent à adhérer à un projet politique qui mise d'abord sur la coopération. En nous basant sur la théorie des conventions de Thévenot et Boltanski 55, nous allons tenter de comprendre les ressorts qui amènent les entrepreneurs à adhérer au projet. La théorie des conventions cherche à comprendre les processus décisionnels qui amènent les individus (confrontés à une situation d'incertitude) à adopter tel ou tel comportement dans une organisation où l'ensemble des rapports humains ne sont pas complètement formalisés. Ils montrent que dans un contexte marqué par une certaine incertitude, chaque individu ou groupe d'individus choisit d'adopter tel ou tel comportement en fonction d'un ensemble d'indices et de repères présents dans l'environnement ou de normes précédemment intériorisées par le groupe. Ensuite, de ces multiples décisions individuelles se dégage un certain ajustement des comportements des uns et des autres. Ces «repères» et «indices» constituent ce que les auteurs appellent une «convention» et chaque convention peut se résumer à un «principe supérieur» qui guide l'action des individus. Si on applique cette théorie au processus qui amène les différents groupes d'acteurs de Coopaname à adhérer à son projet politique, on s'aperçoit que trois principes supérieurs semblent les guider dans leurs actions. Nous avons vu que l'entrée dans Coopaname se réalisait selon deux portes d'entrée : celle du recrutement classique pour les salariés de la structure (équipes d'accompagnement et salariés des services mutualisés) et sur la base du volontariat, sans critères autres que les contraintes assurantielles pour les entrepreneurs (ou porteurs de projets). 55 Voir : BOLTANSKI et THEVENOT, De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard,

46 Parmi les salariés de la structure, il semble qu'une distinction peut être faite entre les salariés des services mutualisés et les chargés d'accompagnement. Il semble en effet que les salariés des services mutualisés, qui on l'a vu sont recrutés de manière classique en fonction de leurs compétences professionnelles et techniques, se sentent moins animés par le sentiment d'appartenance à la coopérative. Ils se tiennent plus à distance du projet politique, comme l'atteste le fait que la majorité d'entre eux, même après des années d'ancienneté ne sont pas associés. Un administrateur du Conseil d'administration témoigne : Pour la compta et les pôles administratifs petit à petit (l'adhésion au projet politique) ça vient, mais ça prend du temps car ils ont plus de mal à y voir du sens parce que déjà ce n est pas les même profils de poste euh...petit à petit ça vient...il doit y avoir trois ou quatre associés 56. Si l'on reprend la typologie de Boltanski et Thévenot, on peut penser que le principe supérieur qui guide leur travail dans la coopérative est un principe «industriel». En effet, le «principe industriel» correspond à une situation où ce sont l efficacité et la performance qui priment dans l organisation et dans le comportement des acteurs. Ce qui est «grand» (c'est-à-dire ce qui est valorisé) selon le principe industriel est donc caractérisé par ce qui est performant, fiable et opérationnel. C'est donc un «monde» où la dignité des personnes tient dans leurs compétences pour assurer les tâches qui leur sont confiées. Ce sont les moyens techniques (formulaires, plans, méthodes) qui sont mis en valeur dans ce modèle. En effet, soumis à une relation de subordination, ils exécutent des tâches techniques (assurer les remboursements de frais professionnels, la facturation, vérifier les devis ) en s'appuyant sur une méthodologie précise et des documents techniques et standardisés (devis, factures etc.). Le projet politique de la coopérative (parvenir à une société complètement coopérative par le biais de ses activités en tant que CAE) n'entre donc pas directement en compte dans leur travail au quotidien. De plus, Coopaname ne fait pas de leur adhésion au projet un critère d'embauche, et ne met pas spécialement en œuvre de programme éducatif pour qu'ils s'approprient le projet. A côté d'eux, les chargés d'accompagnement ne s'inscrivent pas (ou du moins pas principalement) dans le principe «industriel». En effet, ils ne sont pas seulement recrutés en fonction de leurs compétences, c'est-à-dire de critères professionnels. Les offres d'emploi publiées par Coopaname sont rédigées de manière décalée, comme pour marquer une différence : «Si vous savez faire le café et que vous avez le sens de l'humour contactez-nous... 57» précisait une des annonces, évoque l'une 56 Extrait de l'entretien réalisé avec un salarié chargé d'accompagnement 57 Extrait de l'entretien réalisé avec un salarié chargé d'accompagnement 46

47 des chargés d'accompagnement. L'expérience, même si avec le temps ce critère tend à entrer de plus en plus en compte dans les recrutements est donc encore placée au second rang face à des considérations d'ordre plus éthiques ou relationnelles. L'adhésion aux valeurs de Coopaname (la coopération, la solidarité, l'émancipation par le travail, le fonctionnement démocratique etc.) est donc primordiale pour l'entrée des chargés d'accompagnement dans l'organisation. Même si le travail des chargés d'accompagnement est en partie standardisé puisqu'il repose sur des tâches formalisées (définition du salaire de l'entrepreneur par exemple), s'appuie sur des méthodes de travail autour d'étapes bien définies qui règlent le parcours d'intégration des entrepreneurs (réunion d'information collective, premier entretien individuel, ateliers etc.), il revêt également un caractère plus politique puisqu'il assure la transmission des valeurs de Coopaname aux nouveaux entrants. En effet, on peut dire que le travail des chargés d'accompagnement s'orchestre autour des principes supérieurs «industriel» et «civique». Le principe supérieur «civique» donne la prééminence au collectif et à la conscience collective. Dans cette logique, l'accompagnement des porteurs de projets dépasse donc l'accompagnement des personnes (centré sur les relations interindividuelles entre chargé d'accompagnement et personne accompagnée) et l'accompagnement des projets économiques puisqu'il s'agit ici d'accompagner les personnes à s'intégrer dans la coopérative 58 et à s'approprier ses valeurs et son projet politique. Il s'agit donc de permettre aux porteurs de projets de penser au-delà de leur projet économique individuel en se rassemblant autour du projet mobilisateur collectif de la coopérative. Selon ce principe «civique», la position de chaque individu est définie par celle qu'il occupe dans le collectif et plus particulièrement par le système de représentation collective mis en place par la coopérative. En effet, l'intégration dans Coopaname se réalise en plusieurs étapes, autour du parcours d'intégration au cours duquel les entrepreneurs sont amenés non seulement à évoluer dans leur projet économique individuel mais également à se socialiser au contact des autres, et à comprendre et expérimenter petit à petit le projet politique de Coopaname dont l'aboutissement serait leur participation active dans les espaces collectifs stratégiques de la structure (Assemblée Générale, Séminaire d'associés, Conseil d'administration, Commissions, Chantiers etc.). Ainsi, comme l'explique une salariée chargée d'accompagnement de la structure «(l'accompagnement) est un vecteur stratégique important pour son projet politique parce qu'il permet de faire le lien entre trois dimensions d'un rapport ternaire : individu, collectif et projet(s) 59». 58 Voir : Claire MOLLARD, Op. Cit. 59 Ibid, p

48 A l'entrée, assez rares sont ceux qui adhérent déjà au projet politique 60. Cependant, on peut s'attendre à leur augmentation puisque les deux directeurs (le Directeur Général et le Directeur Général Délégué) multiplient les interventions médiatiques (participation à une émission de France Inter, articles dans Le Monde, Le Figaro, visite de François Hollande à Coopaname au cours de la campagne présidentielle etc.) pour faire connaître Coopaname au grand public en tant que projet coopératif alternatif à la création d'entreprises capitalistes et que vecteur d'une émancipation par le travail. Malgré ces interventions, l'entrée de la plupart des entrepreneurs suit des logiques individuelles liées à la volonté de créer une activité économique autonome qui (souvent) est conforme avec leur idéal de vie. On peut donc dire que leur entrée dans la structure suit un principe à dominante «marchande» : en effet, ils se placent dans une position d'entrepreneurs, ou de créateurs d'activités économiques dont le but est de parvenir à vendre, négocier et acheter des biens et des services sur les marchés. Cependant, on constate que l'accompagnement individuel des porteurs de projets s'oriente davantage vers l'accompagnement des personnes plutôt que des projets économiques puisque le but n'est pas de «conseiller» ni de «surveiller 61». Ce sont plutôt les ateliers du parcours d'intégration qui sont l'occasion pour les entrepreneurs de se former aux techniques de l'entrepreneuriat classique (gestion de projet, marketing, communication, construction des prix et démarche commerciale). Il est donc intéressant de constater que l'apprentissage de l'entrepreneuriat est mis en œuvre à un niveau collectif plus qu individuel. D'une certaine manière, on peut dire que Coopaname a fait le pari de baser l'apprentissage de l'entrepreneuriat sur celui de la coopération. D'un principe à dominante «marchande» les entrepreneurs font donc l'apprentissage de la coopération et découvrent petit à petit la coopérative en tant que projet politique. En effet, le parcours d'intégration des entrepreneurs dans la structure est aussi l'occasion pour Coopaname de présenter son projet politique aux nouveaux entrants en les mettant dans «le bain entrepreneurial». Lors de la réunion d'information collective qui constitue le pallier d'entrée des entrepreneurs dans la coopérative et durant laquelle est présenté le fonctionnement général de Coopaname et les intérêts d'ordre financier, juridique, administratif et humain que leur entrée rendrait possibles, le projet politique de Coopaname est également mis en avant. La coopérative y est présentée comme une «mutuelle de travail» et les espaces de réflexion et de participation collectives (réunions mensuelles, universités d'automne) sont valorisés. 60 Voir : Etude Plein Sens, Op. Cit. 61 Voir : Claire MOLLARD, Op. Cit. 48

49 Ensuite, après un premier entretien individuel centré sur leur projet personnel et économique, les porteurs de projets sont invités à la «réunion d'accueil» au cours de laquelle ils signent une «convention d'accompagnement» qui marque symboliquement plus que juridiquement leur entrée dans Coopaname, en attendant que leur chiffre d'affaire soit suffisamment conséquent pour leur permettre de devenir salariés. Cette réunion d'accueil est un véritable rite de passage pour l'entrée dans Coopaname puisqu'elle est systématiquement animée par le directeur général qui on l'a dit, a un ascendant politique et symbolique important sur la coopérative en tant que projet politique. En plus d'explications approfondies sur des aspects techniques liés à la gestion des activités économiques (facturation, détermination du salaire, confection de sa carte de visite etc.), le directeur général profite aussi de l'occasion pour situer Coopaname dans le mouvement des CAE. Il présente Coopaname en tant que «coopérative très politique 62» dont l'ambition est de proposer une alternative à l'entreprise capitaliste, «un nouveau mode de rapport au travail». A noter que le rôle du directeur général s'exprime aussi dans les séances mensuelles de «formation coopérative» où celui-ci enseigne l'histoire de la coopération aux coopanamiens avides de connaissances et explique le fonctionnement social, économique, politique, financier de Coopaname et les enjeux de nature diverse auxquels elle est confrontée. Ensuite, au fil des ateliers du parcours d'intégration qui ont pour vocation première la formation aux techniques de l'entrepreneuriat (marketing, communication, calcul du coût de revient etc.), les jeunes entrants sont incités à s'intéresser au projet politique et à participer à son élaboration. Les travaux des commissions du CA sur des questions comme l'accompagnement collectif, les mutuelles de travail ou bien encore les Universités d'automne y sont régulièrement abordés 63. Dès la signature de la convention d'accompagnement, ils sont également invités à prendre part aux réunions mensuelles qui ont pour but de permettre aux entrepreneurs de se connaître mais aussi de créer des logiques d'entraide en même temps qu'ils sont informés des travaux en cours concernant des questions d'ordre stratégique. En témoigne un coopanamien : «Dans les entreprises classiques y a des changements mais tu le sais pas, là tu es au courant de la stratégie, tu sais que ça va dans tel sens, tu peux être rarement pris de cours et puis ça bouge. Les grands sujets comme ça ils passent aux mensuelles. Après il faut avoir envie de s'informer 64». Lors de la réunion mensuelle du 20 janvier 2012 dans l'établissement de la rue Jenner, plusieurs membres du CA étaient présents pour parler du fonctionnement des commissions et des travaux du chantier «Nouveaux Accompagnements». La question de l'élection des représentants du personnel 62 Discours du directeur général lors de la Réunion d'accueil Mode d'emploi du 24/01/ Atelier «Démarrage de Projet» du 19/01/ Extrait de l'entretien réalisé avec un entrepreneur-salarié 49

50 a aussi été évoquée. Nous venons donc de voir que Coopaname est une organisation qui parvient à se construire une identité collective autour d'un projet politique fort, ce qui est rendu possible par des dynamiques éducatives importantes. Ainsi, même si divers «principes supérieurs» sont à l'œuvre ici, Coopaname parvient à proposer un compromis entre les principes marchand et civique en faisant de la coopération l'apprentissage de l'entrepreneuriat. Étudions maintenant de plus près les dynamiques éducatives à proprement parler qui permettent aux personnes d'adhérer et de nourrir le projet politique de la structure. 50

51 II) L'éducation interne à Coopaname : Apprendre à coopérer L'éducation pour Coopaname est au cœur de la définition de son projet politique en même temps qu'elle permet son adhésion. Mais l'éducation ne se limite pas à l'adhésion des coopanamiens aux valeurs coopératives mais est aussi pensée comme mode d'apprentissage de la coopération. Coopaname met en œuvre tous les aspects de l'éducation coopérative telle que Louise Buisson, chercheuse à l'université de Sherbrooke au Canada la définit. Pour la chercheuse, l'éducation coopérative est formelle et informelle et comprend une fonction de formation par l'apprentissage de savoir-faire techniques propres au fonctionnement coopératif, une fonction d'information par la connaissance de savoirs d'ordre théorique et une fonction d'éducation comprise comme le développement de la conscience sociale par l'adhésion aux valeurs coopératives. 1) Une organisation qui s'invente de manière collective : l'exemple des commissions Le processus d'adhésion au projet politique tel que formulé par Coopaname a pour caractéristique de dépasser largement l'information (sur les valeurs, règles de la coopérative) ou même la formation (acquisition d'éléments de gestion permettant une participative effective à la vie coopérative) mais s'inscrit bien véritablement dans l'éducation. En effet, l'objectif est non seulement de donner les outils nécessaires à la compréhension et à la participation à la vie coopérative mais aussi de permettre aux coopanamiens de s'approprier le projet en contribuant collectivement à sa définition. Comme le montre Louise Brisson 65, l'éducation coopérative vise une adhésion aux valeurs coopératives par l'acquisition de savoir-être coopératifs, qui permettent aux individus de développer des aptitudes de questionnement et de réflexion, pour la réalisation d'un projet de société. L'éducation coopérative dépasse donc largement l'animation de la vie coopérative puisqu'il ne s'agit pas seulement d'amener les personnes à s'y intéresser et à s'impliquer dans les instances décisionnelles de la coopérative (Assemblée Générale et Conseil d'administration) mais à se les approprier. En effet, si Coopaname assoit son identité collective sur l'adhésion des «coopanamiens» à son projet politique, ce dernier n'est pas formalisé et n'est pas l'objet du seul Conseil d'administration. Au contraire, et c'est une caractéristique de Coopaname, il s'agit d'un projet en constante mutation, en constante «métamorphose» au gré des implications successives des différents coopanamiens dans les instances stratégiques. «Y a un moment on s'est dit cet aspect recherche, développement et autre ça fait partie intégrante de Coopaname et du projet 65 Voir : Louise BRISSON, Un modèle pour l'éducation coopérative informelle, Unircoop.vol. 4.1, Sherbrooke,

52 coopanamien, l'innovation est effectivement au centre de Coopaname et du métier de Coopaname (...) On (le Directeur Général et le Directeur Général Délégué) a pas envie d'être les chefs d'entreprise» nous livre le Directeur General Délégué. De manière à faciliter la participation de l'ensemble des coopanamiens aux décisions stratégiques de la structure, des espaces collectifs ont été créés par décision du Conseil d'administration. Ces espaces participatifs et ouverts à l'ensemble des coopanamiens ont pour vertu de faciliter l'implication de tous et toutes dans la structure en même temps qu'ils sont des foyers importants d'innovations organisationnelles. Il existe à ce jour quatre commissions ouvertes à l'ensemble des associés et qui animent des chantiers de travail ouverts cette fois à l'ensemble des coopanamiens. Il s'agit des commissions «recherche», «vie démocratique, éducation populaire et communication interne», «relations extérieures», «modèle économique». Les commissions font le relais entre le CA auquel elles font des propositions et soumettent leurs orientations d'une part, et d'autre part le reste des coopanamiens qu'elles interrogent, informent et animent. A titre d'exemple, la Commission Vie Démocratique, Communication Interne et Education Populaire composée d'une dizaine de sociétaires s'est donnée pour mission de réfléchir à l'amélioration du fonctionnement démocratique et de la participation de tous au projet politique. De manière à comprendre les points de blocage à améliorer, ils ont produit différentes enquêtes de manière à récolter l'opinion des divers membres de Coopaname en se basant sur les méthodes du questionnaire, de l'entretien et de l'observation participante. Au printemps 2012, trois questions ont occupé le travail de la commission : celle de l'amélioration de la participation des coopanamiens aux instances décisionnelles (ssemblée générale, séminaire d'associés, commissions et chantiers) et aux espaces collectifs (réunions mensuelles, ateliers, collectifs-métier, collectifs-projet, universités d'automne), celle de l'amélioration de la communication en interne et enfin celle de l'élection des délégués du personnel. Des questionnaires ont été soumis à un échantillon de coopanamiens puis recueillis, analysés et traités par les membres de la commission. Ensuite, les résultats obtenus ont été communiqués à l'ensemble des membres de la commission lors de réunions collectives. Ces réunions ont permis de créer des dynamiques de réflexion collective importantes pour proposer des solutions aux problèmes rencontrés. Un brainstorming collectif a permis d'aboutir à la proposition d'une newsletter en réponse à l'amélioration de la communication interne et au problème de l'anonymat. La commission a aussi proposé au Conseil d'administration de diffuser ses procès-verbaux sur l'extranet de manière à accroître la transparence du processus décisionnel. Pour améliorer les logiques participatives dans la coopérative, les membres de la commission ont 52

53 décidé de se mettre en relation avec la CAE Oxalis qui possède un bon savoir-faire des techniques de l'animation participative en Assemblée Générale ainsi qu'avec la coopérative d'éducation populaire Le Pavé. Ces commissions permettent à la fois de faire remonter des questions et des problématiques importantes issues de la base vers le sommet stratégique, en se basant sur des techniques d'investigation sociologique, mais aussi d'informer la base sur les décisions stratégiques prises au sommet. Les chantiers thématiques crées par les commissions sont en effet ouverts à l'ensemble des coopanamiens qui ont la possibilité de s'investir sur un enjeu en particulier. A titre d'exemple, un chantier «newsletter» va être prochainement créé par la Commission Vie Démocratique par le biais d'un appel d'offre invitant les coopanamiens intéressés à venir participer à sa rédaction. De plus, les commissions ont aussi, sous couvert du Conseil d'administration, la liberté de mettre en œuvre les actions qu'ils préconisent. A titre d'exemple, les membres de la Commission Vie Démocratique ont pris la décision de confectionner un organigramme de manière à mettre en lumière le cheminement des flux d'information internes. Ils ont également pris l'initiative de créer un apéro-débat sur le thème de l'élection des délégués du personnel avec la présence d'une syndicaliste, ou encore, d'organiser des soirées de films-débat à destination des coopanamiens. Ensuite, l'ensemble des actions mises en œuvre par les commissions sont communiquées au reste des coopanamiens via les différents espaces collectifs (réunions mensuelles, ateliers, collectifs etc.) de la coopérative. Les Universités d'automne, qui chaque année invitent l'ensemble des coopanamiens à réfléchir pendant une journée sur une thématique ayant attrait au fonctionnement de la coopérative fait chaque fois l'objet d'une enquête préalable émanant souvent des travaux des commissions et chantiers de l'année en cours. Elles sont donc des vecteurs importants de communication entre le sommet et la base grâce à des techniques d'animation participative adaptées. Cependant, le rôle des commissions dépasse largement les contours de la coopérative puisqu'elles rayonnent aussi à l'extérieur. La Commission Recherche rassemble plus spécifiquement des sociétaires qui adoptent une posture de chercheurs sur une thématique concernant la coopérative. Ces travaux de recherche aboutissent parfois à la rédaction d'articles scientifiques dans les revues spécialisées de l'économie sociale et solidaire 66. Ce travail de recherche théorique correspond à 66 On pense notamment à la RECMA 53

54 l'ambition pour Coopaname de ne pas laisser la recherche aux mains des chercheurs extérieurs sur la lignée de la «recherche-action» telle que formulée par Henri Desroche. Selon Henri Desroche, la recherche-action au sein d'une structure coopérative poursuit deux finalités : la formation des chercheurs en tant qu'acteurs sociaux faisant du «monde concret et pratique un lieu d'apprentissage permanent 67 et celles des acteurs sociaux devenant chercheurs. Les travaux de la Commission Recherche suivent cette logique en créant des liens de proximité avec le monde de la recherche académique (on pense notamment à Jean-François Drapéri et Jacques Ion qui ont participé à une Université d'automne de Coopaname). Les différentes questions abordées en commissions, qui émanent soit des commissions elles-mêmes soit parfois du Conseil d'administration, participent du processus de définition des orientations stratégiques de la structure et ce, en misant sur l'éducation de l'ensemble des coopanamiens. En même temps qu'elles contribuent à la formulation du projet politique en constante métamorphose, elles assurent aussi son rayonnement vers l'extérieur et son adhésion à l'interne. Cependant, ce va-et-vient entre le sommet stratégique et la base ne parvient pas encore à toucher l'ensemble des coopanamiens. En effet, les réunions mensuelles au cours desquelles les coopanamiens sont régulièrement tenus informés des travaux rassemblent difficilement plus d'une dizaine d'entrepreneurs-salariés et il s'agit exclusivement des nouveaux arrivants. De plus, même au sein du sommet stratégique, le pouvoir ne semble pas distribué de manière complètement égale. En effet, on voit que le nombre moyen de participants dans chaque commission ne dépasse pas cinq à dix personnes ce qui, en additionnant les effectifs des différentes commissions représente moins de la moitié des associés. A l'inverse, le Conseil d'administration conserve malgré tout un poids important sur les travaux des commissions puisqu'il a vocation à piloter chaque commission, par le biais d'un administrateur présent à chaque réunion. Alors que les salariés permanents de la structure sont minoritaires parmi l'ensemble des sociétaires (ils représentent 21 % des sociétaires contre 65 % pour les entrepreneurs), leur proportion reste très importante eu égard au nombre total de salariés (les permanents représentent 6%, les entrepreneurs salariés 94%). De plus, ils occupent aussi une place primordiale au sein des commissions puisque certains participent même à plusieurs commissions différentes. Enfin, le Directeur Général semble bénéficier d'un poids important dans les processus décisionnels comme pour ce qui concerne l'animation de la vie coopérative. En atteste le nombre croissant de participants (allant jusqu'à trente personnes) aux «formations coopératives». 67 Voir : Jean François DRAPÉRI, L'ESS, une réponse à la crise? Editions Dunod, 2011, p

55 Nous venons de voir que le projet politique de Coopaname s'inscrit dans une dynamique éducative qui parvient à impliquer avec une plus ou moins grande intensité l'ensemble des coopanamiens via des espaces collectifs de réflexion, discussion et participation, placés aux différents niveaux de l'organisation. Nous allons voir maintenant en quoi ces espaces collectifs sont non seulement des lieux d'adhésion au projet politique en faisant office de «courroies de transmission» et de participation aux orientations stratégiques de la structure, mais aussi des espaces créateurs de lien social et de formation professionnelle. 2) Des espaces collectifs de socialisation : la question de la confiance collective L'éducation à Coopaname n'a pas pour seule dimension celle de l'adhésion et de la formulation des valeurs de la coopérative mais elle passe aussi par l'apprentissage de savoir-être collectifs qui fait de la coopérative un lieu important de lien-social. Il s'agit de permettre aux entrepreneurs de faire l'apprentissage de savoir-être collectifs par le biais d'espaces et de moments collectifs favorisant la coopération sociale et à terme, économique. Les «ateliers» de formation à l'entrepreneuriat, c'est-à-dire qui sont destinés à former les entrepreneurs aux différents savoir-faire nécessaires à la gestion de leur activité économique individuelle (on pense aux ateliers du parcours d'intégration et aux ateliers d'approfondissement sur les thématiques du marketing, de la communication, du prix de revient etc.) sont aussi des occasions qui favorisent le lien-social en créant des conditions favorables à la confiance entre les entrepreneurs. Cette dynamique créatrice de lien social repose sur une conception alternative de l'entrepreneuriat qui fonde la valeur et la réussite d'une activité économique non pas seulement sur sa rentabilité mais sur son adéquation avec le projet de vie de la personne qui la porte. Il s'agit donc d'apprendre les techniques de vente (communication, marketing etc.) qui permettront aux entrepreneurs d'utiliser leur savoir-faire dans le cadre d'une activité économique en favorisant le «développement personnel» et le bien-être au travail. Cela suppose de protéger la personne de son auto-exploitation et de favoriser les logiques d'entraide et de coopération au lieu des relations de concurrence qui existent d'habitude entre entrepreneurs. Le cycle d'ateliers «Accélère Action» qui a pour but d'aider les entrepreneurs à passer «du projet à l'activité économique» insiste autant sur l'acquisition de compétences entrepreneuriales (communication etc.) que sur l'apprentissage de savoir-être personnels et collectifs. La première séance du cycle intitulé «Osez Entreprendre» a ainsi pour but d'inciter les entrepreneurs à prendre soin d'eux par la sophrologie et à améliorer leur communication interpersonnelle par le biais de la musicologie. L'atelier «Autobiographie raisonnée» qui s'inscrit dans la lignée d'henri Desroche et se pose en alternative au classique «bilan de compétences» a pour ambition non seulement de faire avancer 55

56 les entrepreneurs par rapport à leurs projets économiques mais également de créer des dynamiques d'éducation mutuelle. En effet, le but est de valoriser l'ensemble des expériences, savoir-faire et savoir-être que l'individu a accumulés au cours de sa vie professionnelle et sociale, c'est à dire confronté aux autres (loisirs, aux engagements politiques ou syndicaux.). L'idée est de dégager une cohérence qui permette de justifier ou de mettre en lumière le projet porté par l'entrepreneur qui se pose des questions. Parce qu'elle est réalisée d'abord par groupes de deux de manière mutuelle, elle favorise les liens interpersonnels et contribue à créer un climat de confiance entre les entrepreneurs. La dernière étape de l'atelier d autobiographie raisonnée engage les entrepreneurs à rédiger puis à lire leur autobiographie ainsi constituée au reste du groupe. Ce moment de partage est l'occasion pour les entrepreneurs de faire connaissance et aussi de partager avec les autres certaines émotions, peurs ou déceptions qu'ils ont rencontrées durant leur vie et qui résonnent aujourd'hui dans leur activité économique. Or, comme l'explique Norbert Alter 68 partager et manifester ses émotions avec les autres est une manière d'affirmer son appartenance au collectif ainsi constitué et de créer les conditions de la confiance. De plus, l'ensemble des ateliers sont animés de la sorte qu'ils suscitent chez les entrepreneurs l'envie de s'impliquer et d'aider les autres entrepreneurs dans leurs projets. Le climat créé est celui d'une entraide mutuelle. Les réunions mensuelles qui constituent un autre espace de socialisation entre entrepreneurs sont également aménagées de la sorte qu'elles créent un climat de convivialité autour d'un repas partagé. Ces espaces de rencontre et de socialisation sont donc des occasions pour les entrepreneurs de créer des dynamiques d'entraide, de solidarité, pour passer d'une logique concurrentielle à une logique coopérative. Selon le sociologue Norbert Alter, la coopération entre individus d'une même organisation ne se fonde pas sur la rationalité économique puisqu'elle suppose au contraire que l'on accepte de prendre de son temps pour rendre service à l'autre. Ce type d'échange qui s'inscrit dans la logique du doncontre don a une valeur hautement sociale puisqu'il permet aux individus d'inscrire leur relation durablement dans la coopération. De plus, c'est justement parce qu'elle n'est pas formalisée, c'est à dire non régie par des contrats que la coopération entre coopanamiens est rendue possible. C'est parce qu'elle repose sur le don contre-don nous dit Norbert Alter, et la manifestation d'émotions (la gratitude devant un service rendu, la bienveillance envers un entrepreneur qui raconte son parcours en séance d'autobiographie raisonnée) que la coopération parvient à s'établir. D'ailleurs nous dit Louise Brisson, ce sont les actions informelles d'éducation coopérative qui démontrent la meilleure efficacité : «l esprit coopératif d une organisation et sa santé comme entreprise ne semblent pas être systématiquement liés à l existence ou non de programmes structurés d éducation 68 Voir : Norbert ALTER, Donner et Prendre : La coopération en entreprise, Editions La Decouverte,

57 coopérative. C est peut-être plutôt l éducation informelle qui en serait responsable 69». Cette coopération d'ordre «sociale», dont les entrepreneurs font l'apprentissage au cours de leur participation aux ateliers collectifs et aux réunions mensuelles, leur permet d'acquérir les savoir-être collectifs nécessaires à leur coopération sur le plan social et économique. La confiance mutuelle ainsi créée permettrait de dépasser la peur de la concurrence pour donner lieu à des logiques d'entraide censées avoir des répercutions très positives sur l'activité économique de chaque entrepreneur. En effet, on peut penser que Coopaname est un lieu idéal pour la création de «liens faibles» entre les entrepreneurs. Suivant la thèse de Mark Granovetter 70, ce sont les liens faibles (en terme de lien émotionnel, de temps passé ensemble, de degrés d'intimité) entre les individus qui leur sont les plus profitables. En effet, ils leur donnent l'occasion d'élargir leur réseau social en leur procurant des informations qui ne leur sont pas disponibles dans le cadre de «liens forts» avec leurs proches. Parce qu'elle permet justement de créer des ponts entre des individus et des entrepreneurs très diversifiés, Coopaname semble donc être le foyer idéal pour le développement des «liens faibles». En termes d'activité économique, ces «liens faibles» ont une importance considérable pour les entrepreneurs en leur permettant par exemple, d'élargir leur marché. Nous allons voir maintenant que la coopérative compte d'ailleurs aussi des espaces dédiés spécifiquement à la coopération économique entre entrepreneurs : il s'agit des collectifs-projet et des collectifs-métier. Voyons maintenant si les dynamiques de socialisation qui sont censées favoriser la coopération en créant les conditions d'une confiance et d'une solidarité approfondie entre entrepreneurs parviennent à se retranscrire dans la pratique sur le terrain de la coopération économique. 3)Apprendre à coopérer : Entre formation professionnelle et entrepreneuriat collectif Aboutissement de l'éducation coopérative des entrepreneurs à Coopaname, les collectifs d'entrepreneurs sont des exemples de projets de coopération économique en interne. En effet, dès sa création en 2004, Coopaname s'est donnée pour but de «reconstruire du collectif là où il n y en a plus» à partir des projets économiques individuels de ses entrepreneurs. Cependant, s'il existe différents espaces collectifs dans la coopérative et dont nous avons largement parlé dans les parties précédentes, la terminologie «collectifs» désigne tout particulièrement les groupes formés d'entrepreneurs qui ont pour objet direct ou indirect la création de richesse économique 69 Voir : Louise BRISSON, Op. Cit. 70 Voir : Mark S. GRANOVETTER, The Strength of Weak Ties, American Journal of Sociology, Volume 78, Issue 6, University of Chicago Press, May,

58 produite de manière collective, et qui fonctionnent sur la base de l'apprentissage mutuel entre entrepreneurs. Par leur objet (la création de richesse économique collective) et la manière dont ils sont mis en oeuvre (l'apprentissage mutuel), ils se distinguent à la fois des espaces de démocratie interne (Assemblée Générale, Conseil d'administration, Commissions) qui règlent les questions stratégiques propres à la Structure, et des espaces de socialisation sociale (ateliers et réunions mensuelles) animés par un intervenant permanent externe aux entrepreneurs. Il existe à ce jour deux types de collectifs à proprement parler : les «collectifs-métier» et les «collectifs-projet». Les «collectifs-métier» désignent les groupements d'entrepreneurs dont l'objectif premier n'est pas directement de créer de la richesse économique (à l'inverse des collectifsprojet) mais plutôt d'inscrire dans la durée des dynamiques d'échange de bonnes pratiques, de savoir-faire, d'expérience et de bons tuyaux sur une base sectorielle (il en existe dans les secteurs de la communication, des relations humaines, des métiers de l'écrit, de l'e-commerce etc.) ou du métier (photographes, traducteurs, secrétaires). Ces «collectifs-métier» sont donc une manière de contrebalancer l'identité transversale de Coopaname puisqu'ils sont basés sur l'idée que se regrouper par métier permet de capter une meilleure expertise dans son domaine d'activité et de faciliter les solidarités entre des entrepreneurs qui partagent les mêmes intérêts. La création des collectifs-métiers émerge toujours de la volonté d'un ou plusieurs entrepreneurs. Il peut s'agir de se regrouper ponctuellement pour tenir ensemble un stand à un salon de vente ou bien de manière régulière par le biais de réunions de formation mutuelle organisées dans les établissements de Coopaname. Ces réunions s'organisent le plus souvent autour d'une thématique, par rapport à laquelle chacun est amené à apporter sa réflexion et ses connaissances en fonction de la profession qu'il exerce. L'absence d'animateur rend parfois difficile la structuration de ce type de réunions qui sont entièrement organisées par les entrepreneurs eux-mêmes. Un membre du collectif-métier «Relations Humaines 71» témoigne : «On fixe un ordre du jour et on s'y tient sinon c'est pas structuré, tout le monde dit ses idées et ça part dans tous les sens ( ) Maintenant on fait des thèmes sur plusieurs séances ( ) et là chaque personne volontaire présente son activité sur ce thème là et sur ce qu'il serait bien de faire.». D'autres collectifs-métiers s'orientent vers la formation professionnelle mutuelle. Le collectif «métiers de la communication», qui rassemble des journalistes, des infographistes et webmasters est un lieu d'apprentissage mutuel, comme en témoigne l'un de ses membres : «Moi par exemple je sais comment créer une page web alors je lui ai dit (à un journaliste) euh...si tu veux à la prochaine 71 Le collectif «Relations Humaines» rassemble les professionnels du coaching, de la formation professionnelle et du développement personnel 58

59 réunion je t'explique tout, je te donne un coup de main 72». Quand il ne s'agit pas d'apprentissage mutuel, il arrive aussi régulièrement que les collectifs organisent des conférences avec un intervenant extérieur qui vient les former sur un sujet qui concerne leur profession. Parce qu'ils sont des espaces de formation mutuelle et professionnelle, ils ont donc un impact positif sur l'activité professionnelle de chaque entrepreneur qui peut profiter de conseils fiables entre «pairs». Même si leur impact en termes de création de richesse n'est pas comptabilisé par la structure puisqu'il s'agit d'échange en nature (donc non monétaire), il n'en demeure pas moins qu'ils sont bien créateurs de richesse collective et participent d'un mouvement de réinternalisation de la formation professionnelle. Cependant, il semble que pour les entrepreneurs les plus impliqués, la participation aux collectifs entre parfois en concurrence directe avec le développement de leur activité économique individuelle. L'harmonisation du temps de travail entre la participation aux réunions des collectifs d'un côté, et la mise en œuvre de sa propre activité économique de l'autre, est difficile à tenir pour bon nombre d'entrepreneurs. En témoigne l'un d'entre eux : «Le grand truc qui m'a un peu laissé sur ma faim pendant plusieurs années c'est que tous ces groupes là c'était super enrichissant mais il en ressortait pas grand-chose au point de vue activité rémunérée tu vois ( ) à un moment on était complètement ouvert à l'image de coopaname et puis on s'est rendu compte qu'il y en avait qui venaient quand le sujet les intéressait (...) il y avait toujours des dissensions, des frustrations parce qu'il y en avait qui faisaient plus que les autres 73». D'après le salarié permanent responsable des collectifs, une partie des entrepreneurs impliqués dans les collectifs n'ont pour seule motivation que celle de sortir de leur isolement : «certains ne développent même pas de chiffre d'affaire individuel, ils viennent dans les collectifs comme dans une association, pour faire des rencontres, pour se déresponsabiliser par rapport à leur activité économique individuelle, pour donner l'illusion qu'ils sont utiles». Il arrive donc que ces collectifs soient le lieu d'un bénévolat plus ou moins admis. A côté des collectifs-métier, les «collectifs-projet» ont cette fois pour but de créer une offre commune entre plusieurs entrepreneurs. En effet, l'objectif est cette fois de regrouper des professionnels issus d'horizons très différents pour la production d'une offre collective, qui permette enfin de mettre en pratique à échelle réduite la coopération économique défendue par Coopaname. A l'image de Coopaname, l'idée est qu'en coopérant avec des personnes de professions et de parcours différents, les entrepreneurs parviennent à produire ensemble des prestations. Le collectif 72 Extrait de l'entretien réalisé avec un entrepreneur salarié impliqué dans un collectif-métier 73 Voir : Extrait d un entretien avec un entrepreneur salarié 59

60 Nov'Equilibre, qui est aujourd'hui le seul collectif-projet qui soit parvenu à s'inscrire dans la durée compte divers professionnels (des musicologues, des sophrologues, des coaches, un webmaster, des consultants) rassemblés autour de la mise en œuvre de deux activités productives : un «package» de prestations autour de la qualité de vie au travail destiné aux entreprises et un site interne «la qvt» dans lequel chaque entrepreneur rédige des articles sur le thème de la qualité de vie au travail. Cependant, même si le collectif a déposé sa marque et produit une offre commune, il semble que le démarchage de la clientèle soit assuré principalement par l'une des membres : «Donc pour l'instant c'est X qui nous a trouvé un client à elle et un jour elle leur a proposé de faire un séminaire et on était 10 intervenants au début, après on a renouvelé l'expérience, on a fait un deuxième séminaire». Plutôt que de définir collectivement leur marché, le marché auquel sont destinées les offres du collectif se restreint à celui de l'activité individuelle florissante de cet entrepreneur, et se rapproche de la sous-traitance. D'ailleurs, si le collectif possède un compte qui lui est propre au sein de la comptabilité de Coopaname, le partage de la rémunération entre chaque entrepreneur est laissé à l'appréciation de l'entrepreneur-ressource qui a permis au groupe d'accéder à sa clientèle. De plus, il semblerait que la plupart des énergies du collectif se concentrent sur la rédaction des articles du site web qui constitue pourtant une activité non-rémunératrice : «On est cinq ou six rédacteurs permanents (...). Mais on commence à fatiguer un peu : ça prend du temps, ça prend de l'énergie et puis c'est bien mais ça nous fait travailler aussi, l'écriture c'est génial mais ça ça prend beaucoup de temps et c'est pas du tout rémunéré, c'est pas du tout financé pour l'instant». Le bénévolat n'est donc encore une fois par absent de ce type de collectifs. Cette difficulté à coopérer sur le plan économique s'explique aussi par une concurrence entre activité économique collective et activité économique individuelle : «Le truc c'est que quand on est dans un collectif on a aussi chacun nos activité individuelles donc c'est très compliqué de combiner une action individuelle et une action collective. Là ça fait plusieurs mois qu on n arrive pas à faire une réunion plénière. Sur dix on arrive rarement à se réunir tous les dix et là c'est un peu embêtant. Et là c'est pas par désintérêt c'est parce qu'il y a une personne qui est occupée» témoigne un des membres de Nov'Equilibre. Cette difficulté à équilibrer activité individuelle et activité collective est une raison qui explique l'échec du collectif-projet «Kit à marier» qui à la base regroupait photographes, décorateurs, graphistes pour proposer une offre collective autour du mariage. Le salarié de l'équipe des permanents responsable des collectifs explique : «le problème c'est pour organiser le travail sans leader du groupe, c'est difficile de savoir qui fait quoi et il y a la question du temps à consacrer, du temps bénévole au début pour mettre en route le projet (...) ça veut dire du boulot bénévole en plus de mon activité (...) du coup ça créé du désengagement, on entre dans une 60

61 relation classique, on se fait engueuler par le patron car on a pas fait son boulot.» Coopaname soutient et accompagne indirectement la création des collectifs-métier et des collectifs - projet puisqu'un salarié permanent de la structure a pour vocation d'assister à chacune des réunions pour faire le pont entre les collectifs et la structure. De plus, Coopaname tente tout particulièrement de favoriser l'émergence de collectifs-projet avec l'idée de les transformer en véritables miniscopettes, dans la lignée du projet politique : «l'idée ce serait de faire en petit ce qui se passe dans la coopérative en créant le même mode de gouvernance autour de leaders-directeurs, que chaque personne ait la même voit quel que soit le chiffre d'affaire qu'elle apporte». De manière à éviter les écueils entraînés par cette tension entre activité collective et activité individuelle, un chantier «Nouvel Accompagnement» a été créé pour réfléchir à des solutions favorisant la coopération économique entre les entrepreneurs. L'idée serait de rendre l'accompagnement de plus en plus collectif, pour accompagner les projets et non plus les personnes, à la différence de l'accompagnement pratiqué encore aujourd'hui par les chargés d'accompagnement. Cette restructuration de l'accompagnement est pensée comme une manière de favoriser la coopération en «distillant petit à petit l'éducation coopérative, autour de mini projets». Elle atteste aussi d'un profond besoin d'éducation à la coopération et montre que les dynamiques de socialisation interne qui on l'a vu contribuent à créer un climat de confiance et de solidarité ne suffisent pas à l'acquisition de savoir-être collectifs permettant la coopération au niveau économique. : C'est comme les mômes c'est par l'éducation dès le début que toutes les notions de socialisation se passent, là pareil il faut que les apprentissages fondamentaux se fassent dès le début». Les activités du «Projet Jeunes» que nous allons étudier maintenant partent justement du constat qu'apprendre la coopération suppose l'acquisition de savoir-être collectifs dont l'apprentissage doit être réalisé en amont même de l'entrée des entrepreneurs dans la coopérative voire dans le monde du travail. 61

62 III) L'éducation externe autour du Projet Jeunes : Apprendre par la coopération De la difficulté à faire passer les coopanamiens de leur engagement dans la structure à la coopération économique est née l'idée de faire débuter l apprentissage de la coopération en amont de la coopérative en misant sur l'éducation des jeunes. S'intéresser aux jeunes est donc gage d'espoir et même temps que c'est l'occasion pour Coopaname de réinvestir l'univers scolaire, délaissé par la coopération depuis la seconde guerre mondiale. Étudions donc de plus près les dynamiques internes comme externes qui ont amené Coopaname à sortir de son champ d'action traditionnel pour s'engager sur le terrain de l'éducation des jeunes. 1) Cibler les jeunes pour éduquer à la coopération avant qu'il ne soit trop tard L'exemple des collectifs montre que des dynamiques de coopération économique entre entrepreneurs existent mais sont très difficiles à mettre en place et à inscrire dans la durée : «Moi je trouve que ça s'apprend le collectif, se dire les choses, penser à un projet global et pas chacun à son projet» dit le responsable des collectifs. Il ne suffit donc pas de se connaître, d'avoir lié des relations de confiance voire d'amitié pour être capable de coopérer avec les autres sur le plan économique. Cela prouve qu'il faut posséder, au-delà du partage de certaines valeurs, au-delà de compétences techniques, des «savoir-être» et des savoir-faire propres au travail en groupe et à la gestion d'un projet collectif. Cibler les jeunes pour Coopaname est aussi une manière de cibler un public qui entrera plus facilement dans la coopération parce que pas encore «corrompu» par les aléas de la vie professionnelle : «La dimension coopérative est assez naturelle chez les jeunes. Il y a une manière de vivre en bande, c'est vachement là, peut-être qu'ils sont moins individualistes, moins égoïstes car ils ont pas encore été confrontés à certaines choses, ils ont encore des idéaux, une capacité à rêver plus fraîche 74». S'intéresser aux jeunes est donc symptomatique à la fois d'une difficulté en interne à favoriser la coopération entre entrepreneurs mais aussi d'un désir de pouvoir enfin mettre en application le projet politique de Coopaname chez un public pensé comme plus réceptif aux valeurs coopératives. A la base, le Projet Jeunes est né de l'ambition de permettre aux jeunes de pouvoir créer leur emploi par le biais de Coopaname, grâce à un accompagnement spécial : «Il y avait besoin d'adapter les CAE pour accueillir des activités commerciales portées par des jeunes, avec un accompagnement 74 Extrait de l'entretien avec la responsable du projet jeune 62

63 spécifique 75». En 2011, sur les quelques 330 nouveaux entrants en deux ans dans Coopaname, seulement 45 avaient moins de trente ans, soit moins de 15 % des nouveaux entrants 76. En effet, ils ne peuvent pas encore avoir accès aux dispositifs classiques de protection sociale (indemnités chômage, RSA) et n'ont souvent pas de source de revenu complémentaire (salaire du conjoint, revenu de la propriété) contrairement aux autres coopanamiens : «l'idée c'était d'avoir un accompagnement un peu plus poussé, en lien avec des acteurs extérieurs, on réfléchissait beaucoup à ce moment-là à comment financer cette période où un jeune veut développer une activité économique et où contrairement à un autre il n'a pas les Assedic ou un conjoint» explique la salariée chargée du Projet Jeunes. Or il a vite été décidé que proposer un accompagnement spécifique aux jeunes supposait d'utiliser les outils de l'éducation populaire. C'est pour cela qu'à Grenoble, d'où est issu le Projet Jeunes autour de la CAE «Vecteur Activités» (avec laquelle Coopaname entretient des liens étroits), il a été rapidement décidé de se rapprocher avec l'organisation d'éducation populaire «Cap Berriat» spécialisé dans l'accompagnement à la création d'associations par les jeunes. Ainsi témoigne le Directeur de Vecteurs Activités, qui est aussi Directeur Général Délégué de Coopaname : «On fait le constat sur Grenoble qu'il y a une structure Cap Berriat qui fait de l'accompagnement de projets d'utilité sociale mais en revanche on avait un besoin d'adapter les coopératives pour accueillir des activités commerciales portées par des jeunes, avec un accompagnement spécifique». Par ce rapprochement, Cap Berriat apportait son savoir-faire en matière d'éducation populaire et Vecteur Activités ses compétences en matière d'accompagnement d'activités à caractère économique. Dès les prémisses du Projet Jeunes, on constate donc que l'accompagnement des jeunes a était pensé comme collectif parce que calqué sur le fonctionnement de la pépinière d'associations Cap Berriat, qui tente de favoriser les collaborations entre les différents projets qu'elle rassemble. Dans la genèse du Projet Jeunes, à Paris cette fois, les énergies se sont concentrées sur la recherche de partenariat avec des organisations d'éducation populaire qui permettraient d'apporter leur expertise en matière d'éducation populaire en direction d'un public jeune. Dans un premier temps, Coopaname s'est donc rapprochée d'organisations d'éducation populaire comme l'association Plus Loin qui mène des activités d'accompagnement de projets personnels et professionnels des jeunes, ainsi que des Régies de quartier et des Foyers de jeunes travailleurs qui travaillent aussi sur la question de la création d'emplois pour les jeunes. Cependant nous allons voir maintenant que de l'idée d'un «incubateur de projets» le Projet Jeunes s'est rapidement tourné vers la «sensibilisation à la citoyenneté économique» du fait de la demande 75 Extrait de l'entretien avec le directeur général délégué 76 Voir : Etude Plein Sens, analyse cohortes 2007 et 2008, Op. Cit. 63

64 des partenaires. 2)Un projet éducatif qui témoigne d'une reconnaissance publique En effet, alors que le Projet Jeune avait été pensé à l'origine comme un incubateur de projets économiques pour les jeunes, il s'est rapidement réorienté vers des activités éducatives de sensibilisation : «au début on se disait comment on recréé l'équivalent de Cap Berriat, mais finalement ça a dérivé sur la sensibilisation à la demande des partenaires 77». Cette focalisation sur des actions de sensibilisation s'explique donc par un besoin des partenaires (régies de quartier, foyers de jeunes travailleurs) et des financeurs (la Communauté de communes «Plaine Commune» entre autre) en éducation à l'économie sociale et solidaire. Il est donc intéressant de constater que d'un projet d'éducation à la coopération destiné aux jeunes on est passé à un projet d'information à l'ess destiné aux jeunes mais aussi aux organisations partenaires. Ce phénomène s'explique par l'ignorance des partenaires et financeurs par rapport à l'ess mais aussi par le degré de politisation du projet Coopaname. En effet, explique la salariée chargée du Projet Jeunes : «En allant voir la régie de quartier ou les foyers de jeunes travailleurs, en expliquant notre réflexion sur le travail, l'ess, je me suis retrouvée avec des gens qui m'ont dit pourquoi pas en discuter avec des jeunes. Il ne savait pas trop ce que c'était et puis très rapidement c'est devenu des questionnements citoyens ou politiques, tu vois, tu portes un message un peu différent de ce qu'ils ont l'habitude d'entendre donc forcément tout d'un coup quand on dit chez nous tout le monde a le droit d'entrer, vous avez le droit de vous planter, vous avez le droit d'essayer, on vous jugera pas, en face on nous dit et pourquoi, et d'où ça vient? Donc petit à petit y a eu des demandes 78». Cette demande éducative issue des partenaires illustre donc une visibilité importante de Coopaname en tant que projet politique d'émancipation par le travail, de mutuelle de travail et d'un rapport différent à l'entrepreneuriat. C'est donc véritablement plus par son discours politique que par son expertise technique liée à l'accompagnement de projets économiques que le Projet Jeunes est parvenu à gagner le soutien des partenaires extérieurs. Ceci illustre bien la reconnaissance publique de Coopaname en tant que «projet de société». Rapidement, la notion de sensibilisation à l'ess a laissé place à celle «d'éducation à la citoyenneté économique», pour insister sur les spécificités du mode de fonctionnement démocratique de Coopaname. En effet, la notion «d'éducation à la citoyenneté économique» inscrit Coopaname dans une 77 Extrait de l'entretien avec le directeur général délégué 78 Extrait de l'entretien avec la responsable chargée du projet jeune 64

65 dimension politique et citoyenne, ce qui lui confère une légitimité à faire valoir son positionnement par rapport au fonctionnement socio-économique global et à la manière dont on l'enseigne à l'école ou à l'université. Son identité en tant qu'acteur économique mais aussi que porteur d'un projet politique lui donne la légitimité et la compétence à mener des actions sur le terrain scolaire. Préférer la notion de «citoyenneté économique» à celle «d'économie sociale et solidaire» est aussi une manière pour Coopaname d'affirmer son projet politique en se distanciant des grandes fédérations de l'économie sociale et solidaire et en se rapprochant des organisations d'éducation populaire : «De toute façon le côté politique je le trouve important et je peux pas y échapper donc j'ai plus envie de me rapprocher de l'éducation populaire que des fédérations coopératives 79». La décision de se rapprocher d'acteurs de l'éducation populaire comme l'association Les Petits Débrouillards ou l'association d'économie équitable Minga dont certains membres interviennent dans les lycées et collèges, marque la volonté de faire mouvement avec des acteurs éducatifs de terrain : «je trouve que le partenariat avec Minga et les Petits Débrouillards est extrêmement intéressant donc porte un gros potentiel (...) c'est très concret, on est en train de faire quelque chose ensemble et du coup d'aborder plein de questions ensemble, de confronter nos idées, nos manières de faire et c'est vachement intéressant. Pour moi le rapprochement éducation populaire et mouvement coopératif se fera par le bas et pas par le haut. 80». Rapidement ont été mises en œuvre dans les lycées de la communauté d'agglomération «Plaine Commune» (territoire sur lequel sont implantées Minga et Coopaname), des interventions de sensibilisation à la citoyenneté économique en partenariat avec Minga : «on s'est dit, pourquoi pas faire des interventions dans les lycées, pourquoi pas abandonner complètement cette idée de porteurs de projet en se disant non, finalement il y a une réflexion à avoir avec la jeunesse sur l'économie, et c'est là que sont venues les interventions dans les lycées». Ces interventions réalisées conjointement par Minga et Coopaname témoignent plus précisément d'une volonté de défendre une autre approche de l'économie en rupture avec le capitalisme tel qu'on l'enseigne à l'école. Viser en premier lieu les lycées professionnels de Seine Saint Denis où se forme la future classe ouvrière, est une manière de militer en faveur d'une démocratisation des pratiques de l'ess (ou de l'économie équitable) et de défendre une conception du travail comme facteur d'émancipation. Sont donc présentés aux élèves sur le ton ludique le fonctionnement de la coopérative et le principe de double-qualité ainsi que la question du «sens» dans le travail. Ce rapprochement de Coopaname et Minga vis-à-vis du monde scolaire et en particulier du monde enseignant témoigne d'une reconnaissance de leur qualité d'éducateurs vis-à-vis de l extérieur. La 79 Ibid 80 Ibid 65

66 communauté d'agglomération «Plaine Commune» soutient d'ailleurs fortement le projet, et en partenariat avec l'esper, Minga et Coopaname, elle s'est lancée dans le projet d'un «annuaire de stages en ESS» en direction des jeunes des lycées professionnels du territoire de la Plaine Saint- Denis. Cependant, si ces actions de sensibilisation bénéficient d'une reconnaissance croissante auprès d'acteurs publics comme du monde scolaire et qu'elles ont su capter l'intérêt d'organisations d'éducation populaire, les modalités de financement du projet montrent que leur légitimité reste encore à s affirmer : «Pour trouver des financements publics c'est compliqué, la plupart de mes financements me donnent des petites subventions, du coup ça multiplie les obligations de rédiger des rapports, ça me prend un temps énorme (...) pour l'instant, le Projet Jeunes est soutenu par le CG 93, la Caisse des dépôts et consignations, la Mairie de Paris, la Fondation Chèques déjeuner, la Chaire ESS, Plaine Commune, le Ministère de la Direction du travail 81». En plus des activités de sensibilisation à la citoyenneté économique, le Projet Jeunes intervient aussi à l'université où elle tente cette fois de renouer avec la tradition de la coopération scolaire. 3)L'Université réinvestie par la coopération : L'exemple de Coop'apprendre A l'image de la coopération scolaire du début du 20ème siècle qui est née en partie d'une proximité idéologique forte entre le corps enseignant et le mouvement des coopératives de consommation (les postes d'administrateurs étant souvent occupées par des enseignants), le projet Coop'apprendre, qui marque l'entrée de la coopération dans le monde universitaire a su tirer profit du soutien du personnel enseignant et administratif de l'université de Marne-La-Vallée. En effet, si Coopaname s est engagée depuis plusieurs années dans la Chaire d'economie Sociale et Solidaire de l'université de Marne-la-Vallée, c'est l'administration de l'université, par le biais du Bureau d'aide à l'insertion Professionnelle des étudiants (ou BAIP) qui a permis au projet de s'affirmer en tant que programme d'éducation à la coopération. En effet l'idée de Coopaname était à la base d'organiser des interventions des professionnels de l'ess dans les différents cursus universitaires, de manière à créer des ponts entre université et monde professionnel: «Au début on était vraiment sur de l'interaction avec des professionnels. Donc au début j'avais envie d'organiser des rencontres entre des professionnels et des étudiants et je visais plus les étudiants qui étaient dans un cursus ESS mais je commençais à me dire ce serait bien qu'on aille plus loin en faisant ce genre d'interventions dans d'autres cursus 82». Le projet Coop'apprendre tel qu'il se présente aujourd'hui est parti d'une proposition du BAIP de 81 Ibid 82 Ibid 66

67 créer un modèle de «mini-coopératives» éphémères, calqué sur celui des «mini-entreprises» mises en œuvre dans le cadre du Pôle Entrepreneuriat Etudiant en partenariat avec l'association «Entreprendre pour apprendre». En effet, a été développé au sein des filières Lettres et intégré au cursus un programme de «mini-entreprises» par et pour les étudiants, sur la base de la pédagogie de projet. Le but est de permettre aux étudiants des filières Lettres de développer des compétences pour travailler en équipe, monter des projets économiques, découvrir le monde de l'entreprise pour pouvoir à terme faciliter leur insertion professionnelle dans ce secteur. Le projet est animé par l'association «Entreprendre pour apprendre» qui fournit l'outil pédagogique : «Cet outil pédagogique permet aux étudiants à la fois de travailler en équipe, de s'inscrire dans un projet et d'aborder la question économique posée par toute dynamique de projet et notamment celui de création d'entreprise 83». Les mini-entreprises se définissent d'abord comme des «outils pédagogiques» dont la fonction est plutôt l'apprentissage du travail en équipe que l'apprentissage de l'entrepreneuriat. Se concevoir comme pédagogie plutôt que comme projet à teneur économique a pour effet d'insister sur la technique, l'outil, plutôt que sur le projet politique dont elles sont porteuses. A contre-courant, c'est du positionnement politique de Coopaname en tant qu'alternative à l'entreprise capitaliste qu'est né le projet Coop'apprendre. Comme l'explique la responsable du Projet Jeunes, «J'ai rencontré (le responsable du Bureau d'aide à l'insertion), j'y suis allée assez cache sur notre position politique et que ce serait intéressant qu'on soit aussi sur de l'accompagnement de projets économiques. Et il m'a parlé des mini-entreprises qui sont en fait des mini-entreprises capitalistes 84». Coop'apprendre s'est donc constituée en opposition aux minientreprises qui, même si elles prétendent n'être que des «outils pédagogiques» sont calquées sur le fonctionnement des entreprises capitalistes : «C'est (la mini-entreprise) une SA de papier. L'idée est qu'il y ait des actionnaires qui adhérent au projet, donnent des fonds propres et à la fin on est remboursé de l'argent investi» nous renseigne le responsable du BAIP. D'ailleurs, il se trouve que l'association «Entreprendre d'apprendre» qui est prestataire de l'outil pédagogique des mini-entreprises bénéficie du soutien du Médef qui a donc à cœur de faire de l'éducation à l'entrepreneuriat et à l'entreprise capitaliste là où Coopaname fait de l'éducation à la citoyenneté économique : «L'idée d'entreprendre pour Apprendre c'était de nouer des partenariats, là on a un partenariat avec le Médef de Seine-et-Marne et en effet la mini-entreprise cette année a bénéficier d'un accompagnement, d'un parrain qui est effectivement chef d'entreprise 85». 83 Extrait de l'entretien réalisé avec le responsable du Bureau d'aide à l'insertion Professionnelle des étudiants (BAIP) de l'université de Marne- la-vallée 84 Extrait de l'entretien avec la responsable du Projet Jeunes 85 Extrait de l'entretien réalisé avec le responsable du BAIP 67

68 Coopaname a donc pris la contrepartie d'afficher clairement son ambition éducative comme intégré à son projet politique. Rapidement, le projet financé en fonds propres par la Chaire ESS s'est mis en place par le biais de la responsable du Projet Jeunes et du soutien du responsable du BAIP. De manière à conduire l'expérimentation, ce sont les filières de Sociologie qui ont été ciblées pour la première année du projet : «On est allé dans les TD des étudiants, j'y suis allée très petitement. On s'est réparti le boulot, moi je me suis occupée des filières de Sociologie 86». Le projet Coop'apprendre (tout comme les mini-entreprises) se base sur la «pédagogie de projet», c'est-à-dire sur des techniques d'apprentissage basées sur le «faire» plutôt que sur la théorie, sur la coopération au lieu de la concurrence. Comme l'explique Michel Huber dans son ouvrage «Apprendre en projets 87», participer à un projet collectif permet aux étudiants de développer de solides compétences cognitives à dimension sociale, puisqu'il s'agit à la fois d'interagir avec les membres du groupe avec lesquels on monte le projet ainsi qu'avec les personnes extérieures sans lesquelles on ne peut pas développer le projet. Coop'apprendre prend donc le contre-pied de l'université où l'apprentissage est encore majoritairement centré sur l'individu et la compétition. La première étape de Coop'apprendre a donc été, avec les étudiants intéressés, de définir ensemble le contenu du projet de groupe qu'ils souhaitaient mettre en œuvre. A l'image de Coopaname où les entrepreneurs entrant dans la structure avec une activité individuelle ont ensuite des difficultés à s'inscrire dans des activités économiques collectives, il semblerait que les étudiants qui sont venus à Coop'apprendre avec des projets individuels clairement définis ne sont pas parvenus à s'inscrire dans la dynamique du projet collectif et sont donc rapidement partis : «Il y en a qui sont venus avec des projets, et c'est ceux-là qui ont lâché, y en a un qui voulait faire un concert et il a tout de suite lâché ensuite. Oui on peut faire un concert mais ce sera avec les autres. 88». Pour la plupart des étudiants de Coop'apprendre qui sont restés dans le projet ( six étudiants sur les dix à s'être présentés à la première réunion), leurs motivations de départ tournaient autour du fait de s'investir dans un projet collectif atypique et de pouvoir gagner des compétences sociales et professionnelles nouvelles : «Quand ils sont passés en amphi pour nous parler du projet, à cette époque-là je voulais être assistante sociale, et je me suis dit que le projet avait l'air super intéressant et atypique dans le concept et que ça ferait bien dans mon cv et puis...j'avais du temps comme j'avais pas beaucoup de matières à bosser cette année 89». 86 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 87 Ibid 88 Ibid 89 Extrait d'un entretien avec l'étudiant A de Coop'apprendre 68

69 L'implication des étudiants dans Coop'apprendre ne s'explique pas forcément par leur militantisme puisqu'ils ne sont pas forcément investis dans d'autres associations ou collectifs et qu'un seul évoque l'inscription du projet dans l'ess comme une raison qui l'a poussé à s'y investir : «Moi ma motivation c'était que j'avais une mauvaise image de l'ess, j'avais observé des abus financiers dans ma vie de militant et ce que j'ai dit c'est je veux mieux connaitre mon ennemi, moi mon objectif c'était de connaitre l'outil de l'ess pour empêcher ces personnes de faire ces abus 90». Aucun des étudiants de Coop'apprendre ne semble avoir eu connaissance de Coopaname avant de s'investir dans le projet : «Moi les coopératives je n'y aurais pas pensé tout de suite, je me serais plus tournée vers les associations car les coopératives à la fac ne sont pas bien vu donc bon... la notion de coopérative on l'a eu par Coopaname 91». Les premières séances de Coop'apprendre ont d'ailleurs été l'occasion pour les élèves d'apprendre le fonctionnement des coopératives ainsi que de posséder quelques notions sur l'histoire et l'identité de l'ess. A la différence des coopératives en milieu scolaire qui s'inscrivaient explicitement dans l'éducation coopérative, Coop'apprendre n'a pas pour prétention de s'afficher en tant que «mini-coopérative» et se positionne dans la terminologie plus globale d'éducation à la citoyenneté économique plutôt que dans celle bien spécialisée d'éducation coopérative. Ici, l'accompagnement s'est limité à la constitution d'un cadre (celui des réunions hebdomadaires de travail dans une salle de l'université de Marne-La-Vallée), à une méthode de travail propre au travail en équipe (partage des tâches, discussion collective favorisant l'expression et l'écoute des uns et des autres, confection d'un rétroplanning) et à l'apprentissage de l'entrepreneuriat (confection d'une étude marketing sur la base de questionnaires distribués aux étudiants du campus, rédaction d'un dossier-type de demande de subventions à remettre aux partenaires, estimation des prix de vente, relations avec les fournisseurs etc.). Au cours des premières réunions, les étudiants ont finalement décidé de mettre en place un bar coopératif (le «Boucan») sur le campus de Marne-La-Vallée, c'est à dire un espace de convivialité et de détente qui permette de créer du lien social entre les étudiants : «Chacun a donné son idée ensuite lors d'une réunion on a fait un jeu avec un tableau, on a mis des post-its avec les mots qui nous paraissaient importants dans le projet. Ensuite on a fait un travail de schématisation et il en est ressorti l'idée de faire du bruit, quelque chose d'éclatant pour créer du lien social. Donc c'est l'idée du bar éphémère 92» ; «Parce que la fac elle est morte, c'est presque une fac fantôme. C'est pour ça qu'on voulait créer un lieu de rencontre, d'échange, pour manger, boire un coup, se 90 Extrait de l'entretien avec l'étudiant B de Coop'apprendre 91 Extrait d'un entretien avec l'étudiant A de Coop'apprendre 92 Extrait de l'entretien réalisé avec l'étudiant B de Coop'apprendre 69

70 rencontrer. Un lieu qui accueillerait tout le monde, pour tout le monde 93». Rapidement ensuite, les réunions se sont orientées vers des questions plus techniques et un certain partage des tâches entre étudiants. Dans un premier temps, les jeunes coopérateurs ont mis au point des questionnaires à distribuer aux étudiants du campus de manière à réaliser une étude de marché. Par la suite, en préparation de la journée de lancement du projet autour de la tenue d'un bar éphémère, la plupart des réunions se sont orientées vers la question des produits à vendre (thé, café, jus, assiettes de charcuterie, fromages etc.), de la fixation des prix, de la question des fournisseurs, des partenaires (groupes de musique, décorateurs, associations artistiques étudiantes), du matériel adéquat (canapés, tables), de la promotion de l'évènement (confection, impression et plaquage d'affiches). Chaque étudiant, individuellement ou par groupe de deux s'est investi dans une tâche en fonction de son propre réseau social, de ses goûts et centres d'intérêt. Une étudiante, qui en parallèle travaille dans une fromagerie pour financer ses études s'est chargée de trouver des assiettes de fromage et de négocier le prix d'achat avec son patron. Un autre étudiant qui connaît bien certains groupes de musique locaux s'est chargé d'inviter un chanteur, pendant qu'une autre étudiante s'est occupée de trouver des canapés et tables nécessaires à la mise en place du bar et la confection des affiches. L'apport de chacun a donc été valorisé et la dynamique de groupe a permis des apprentissages mutuels : «On se stimule les uns les autres, on s'enrichit les uns les autres, moi je viens avec mes idées, l'autre il va venir avec les idées de son milieu (...) ça fait grave évoluer parce que travailler en groupe c'est beaucoup plus enrichissant 94». Monter un projet en groupe, confronter ses idées avec celles des autres semble être vecteur de savoir-être solides qui favorise le travail en collectif et une certaine solidarité. Coopérer avec les autres au sein de Coop'apprendre est très valorisant pour les étudiants qui se construisent une identité sociale en fonction de la place qu'ils occupent dans le groupe : «Au début, je ne savais pas du tout ce que c'était que de mettre des idées en commun, j'étais habituée à travailler seule, ça m'a donné de l'assurance, j'ai appris comment chercher des partenaires. Au début je me disais que je n étais pas sûre d'aller jusqu'au bout car c'était vraiment un gros projet, et finalement avec la motivation, ça m'a montré qu'avec le fait de s'entraider on peut faire plein de choses 95». Les étudiants ont l'impression d'avoir acquis des compétences qu'ils pensent pouvoir réutiliser dans leur futur professionnel : «Être capable de monter un projet quel que soit la filière que tu prends, 93 Extrait d'un entretien avec l étudiant A de Coop'apprendre 94 Extrait de l'entretien réalisé avec l'étudiant C de Coop'apprendre 95 Extrait de l'un des entretiens réalisés avec un étudiant de Coop'apprendre 70

71 c'est toujours bon à dire à un employeur, être capable de valoriser plusieurs compétences 96» ; «Je ne sais pas ce que je veux faire au niveau professionnel. Mais c'est quelque chose qui me plaît de réunir les uns les autres, de dépasser les clichés, les oppositions d'idées.. pour kiffer quoi (...) en tous cas c'est en accord total avec mes projets de vie, avec ma vision que j'ai de la vie, le côté humain 97». Tout comme le mouvement de la coopération à l'école du début du XXème siècle, le projet Coop'apprendre se démarque très nettement des pratiques pédagogiques verticales et de la distribution des pouvoirs au sein de l'institution scolaire (ici l'université). En effet, la relation entre accompagnatrice et étudiants se base sur l'égalité, comme en témoignent les deux étudiants interrogés : «On début, on la (la personne responsable du projet jeune) mettait sur un piédestal, il y avait le même écart qu'on a avec les profs et ensuite c'est devenu plus une référente qu'une prof, (...) tout de suite il y a eu le tutoiement, l'échange de coordonnées qui a mis une complicité, une confiance en place (...) elle nous a montré que ça se co-construisait, que personne n'avait la science infuse» ; «Il y a plus le fossé étudiants/profs, on a tous le même niveau». De plus, le travail des étudiants n'est soumis à aucune notation, ce qui contribue à instaurer une relation de confiance et à valoriser la place de chacun dans le groupe en tant qu adultes, comme témoigne une des étudiantes : «Il y a pas de notes, pas d'enjeux, y a pas tout ce truc de notation quoi. La seule pression qu'on se met c'est pour nous-même». A la différence des cours où ils sont notés de manière individuelle et sur des apprentissages théoriques, les étudiants de Coop'apprendre sont très sensibles à ce mode d'apprentissage dans le concret et la confiance mutuelle : «C'est différent de l'enseignement de la fac, on a bien eu quelques réunions sur l'économie sociale et solidaire, ça c était des cours, avec des documents, mais on n'était pas dans la même optique qu'avec Coop'apprendre, là c'est quelque chose qui nous intéresse vraiment, le climat est détendu, on mange ensemble, ça n'a pas le même impact, on est plus des étudiants qui se rencontrent mais des adultes qui montent un projet concret.» Cependant, si l'université par le biais de la Chaire ESS et du Bureau d'aide à l'insertion s'est montrée très favorable au projet, il semble que des questionnements émergent à propos de son statut coopératif. En effet, Coop'apprendre est portée juridiquement par Coopaname. L'inquiétude de voir émerger un bar de statut coopératif dans l'enceinte de l'université se fait ressentir au sein de l'administration de l'université autour de l'idée qu'une coopérative n'offre pas les même garanties de 96 Extrait de l'un des entretiens réalisés avec un étudiant de Coop'apprendre 97 Extrait de l'un des entretiens réalisés avec un étudiant de Coop'apprendre 71

72 transparence et de contrôle que le statut associatif vis-à-vis de l'université. L'idée serait donc que Coopaname continue chaque année à fournir l'accompagnement mais que le bar coopératif (ainsi que les autres projets de nature économique qui émergent) soit porté par une association créée pour l'occasion et administrée par les étudiants. Ainsi l'explique le responsable du BAIP «Le défi en fait c'est de permettre un renouvellement de générations, et ça serait permis par le fait d'avoir une assoc' qui porterait le projet sur le campus. L'idée serait d'avoir une Scoop mais le problème de la Scoop c'est que c'est une entreprise économique et commerciale, il faut donc passer par un marché, or c'est très difficile de faire entrer du marchand dans l'université (...) de plus l'université souhaite que ce soit un projet étudiant avec des emplois étudiants, pas des emplois pérennes 98». A maintes reprises, l'administration a tenté de convaincre les étudiants de créer un «Bureau des étudiants»: «La communication avec l'administration de la fac est très complexe, et se contredit. Vu qu'il y a déjà des assoc' sur la fac, qui ne sont pas réellement présentes, ils essaient de greffer notre projet sur des assoc' déjà existantes. Mais pour l'instant on arrive à s'arranger.» Cette suspicion à l'égard d'un projet porté par une coopérative n'est pas sans rappeler les arguments employés par les pouvoirs publics à l'égard des coopératives scolaires au lendemain de la seconde guerre mondiale. En effet, le statut coopératif (et non associatif) était pensé comme ne permettant pas de garantir des formes de contrôle public assez fermes. Du côté de Coopaname, Coop'apprendre est parfois perçu comme une manière pour la coopérative d'inaugurer une nouvelle forme d'accompagnement collectif qui permettrait une coopération économique entre entrepreneurs plus importante «Souvent quand on a des réflexions au comité de pilotage sur le projet jeunes, très souvent ça (la question de l'expérimentation par le projet jeunes) vient sur la table, et on se dit oui mais tout ce qu'on fait là, ça pourrait concerner tout le monde, pas que les jeunes! 99». Cependant, comme nous le verrons dans le troisième chapitre, cette idée est encore loin de faire consensus au sein de la coopérative. Dans ce deuxième chapitre, nous venons de mettre en lumière les dynamiques éducatives internes et externes qui font de Coopaname une organisation éducative. Nous avons montré que l'éducation était conçue comme une manière pour la coopérative de permettre une implication forte des coopanamiens dans la formulation du projet politique sur lequel se fonde son identité collective. Cependant, nous allons voir maintenant dans un troisième chapitre en quoi l'éducation et ses enjeux sont au cœur de tensions organisationnelles importantes. 98 Extrait de l'entretien réalisé avec le responsable du BAIP 99 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 72

73 CHAPITRE 3 : UN PROJET ÉDUCATIF SOUS TENSIONS Si Coopaname est seule parmi les coopératives françaises à avoir une activité éducative interne et externe qui bénéficie de moyens conséquents, il n'en demeure pas moins qu'elle est au cœur d'un équilibre instable, où s'affrontent transversalité et sectorisation, intégration et autonomisation. En effet, nous avons vu que la transversalité du projet politique ne rime pas avec une coopération économique des entrepreneurs transversale réussie. Au contraire, il semblerait que la coopération économique fasse difficilement l'impasse du métier, ce qui s illustre par le succès des collectifsmétier. Pourtant, conserver une organisation de type transversal est gage de politisation pour la coopérative et donne tout son sens à l'éducation. La transversalité permet à l'éducation de «travailler» la coopérative. De plus, nous allons voir que le Projet Jeunes est aussi au cœur d'une tension entre autonomisation et intégration. Cette tension réinterroge la place de l'éducation dans Coopaname et sa légitimité à s'engager sur le terrain éducatif. Enfin, nous nous pencherons sur les stratégies de développement de Coopaname pensées comme des solutions pour dépasser ces tensions. 73

74 I) La Tension entre transversalité et sectorisation 1) La question du métier dans une CAE multi-activités Nous avons vu dans le deuxième chapitre de cette étude que les collectifs-projet où les entrepreneurs se rassemblent sur le modèle de la «mini-scop» pour proposer une offre commune ne connaissent qu'un succès très mitigé, au contraire des collectifs-métier qui deviennent de plus en plus nombreux. La coopération économique réalisée à la base entre les entrepreneurs a donc des difficultés à se mettre en place et met en doute les vertus de la transversalité de Coopaname pour les entrepreneurs qui la constituent. En effet, il semble qu'au contraire, la solidarité inter-entrepreneurs se réalise sur la base du métier. On aboutit donc à une situation où on a un discours politique qui fait de la transversalité un facteur de sécurisation par la coopération et une pratique où l'on voit que finalement, la coopération économique ne fait pas l'impasse du métier. Les difficultés rencontrées par les collectifs-projet tiennent d'un manque de responsabilisation collective entre les membres qui les constituent : «A un moment on était complètement ouvert à l'image de Coopaname et puis on s'est rendu compte qu'il y en avait qui venaient quand le sujet les intéressait ou quand ils avaient le temps, ou quand ils y pensaient alors après j'ai dit bon ben ok y en a qui viennent pas ben on a qu'à faire quelque chose entre ceux qui viennent tout le temps mais il avait toujours des dissensions, des frustrations parce qu'il y en avait qui faisaient plus que d'autres 100». Ce manque de responsabilisation collective peut se lire comme un manque de confiance collective. En effet, nous montre Norbert Alter, la coopération repose en premier lieu sur la confiance qui existe au sein d'un groupe. Or, trois conditions doivent être rassemblées pour créer de la confiance : l'interdiction pour un individu de s'approprier le capital de connaissance propre au groupe, toute information qui circule dans le groupe ne doit pas en sortir et chacun de ses membres, pour être reconnu dans le groupe doit lui apporter une de ses compétences, les passagers clandestins sont donc bannis. Ce manque de confiance interne propre aux collectifs-projet s'explique par la difficile adéquation entre l'activité individuelle des entrepreneurs et l'activité du collectif dans lequel ils s'insèrent. Ce relatif échec des collectifs-projet (au contraire des collectifs-métier) a pour origine un difficile partage du temps disponible de chaque entrepreneur. 100 Extrait de l'entretien réalisé avec un entrepreneur-salarié 74

75 Le temps est une ressource primordiale pour les entrepreneurs-salariés. En effet, on a vu que les entrepreneurs engagés dans des collectifs-projet continuent en parallèle de l'activité économique du collectif à mener leurs activités économiques individuelles. Ils se retrouvent donc dans une situation où le temps nécessaire à la mise en œuvre du projet collectif entre en concurrence directe avec celui dont ils ont besoin dans le cadre de leur activité individuelle. Or, coopérer nécessite de prendre le temps de la discussion, de la prise de décision collective et ne semble pas faciliter le processus de commercialisation. En effet, comme l'indique Vienney, ce sont les activités de commercialisation qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre par les coopérateurs. En effet, Vienney montre que c'est sur la base de leur savoir-faire que les coopérateurs se regroupent en formant une coopérative. Les relations avec le marché, c'est-à-dire avec l'environnement extérieur à la coopérative ne profitent pas directement des bénéfices de la coopération interne, puisque les coopérateurs sont avant tout des producteurs qui se sont regroupés. Ils ne possèdent pas d'emblée de compétences sur le plan commercial. Ils ont donc besoin d'apprendre à devenir aussi des entrepreneurs, ce qui est coûteux en termes de temps, d'autant plus que la prise de décision s'effectue de manière collective. Cet élément pourrait permettre d'expliquer les difficultés rencontrées par les membres des collectifsprojet. On voit qu'en effet, alors que ces collectifs sont censés permettre aux «entrepreneurssalariés (qu'ils) s ouvrent des marchés plus attrayants que ceux auxquels ont habituellement accès les micro-entrepreneurs 101», les quelques expériences de collectifs-projet ont montré que le marché ainsi constitué émane en réalité de celui d'un entrepreneur-salarié-ressource qui à un moment donné, décide de l'ouvrir aux autres membres du collectif pour répondre à un appel d'offre. En témoigne une personne membre d'un collectif-projet : «Donc pour l'instant c'est X qui nous a trouvé un client à elle et un jour elle leur a proposé de faire un séminaire ( ) on essaie d'industrialiser ça maintenant 102». Cette lenteur des collectifs-projet s'oppose donc aux activités économiques individuelles qui paraissent à l'inverse plus souples et rapides à mettre en œuvre. L'horizon de la CAE de troisième génération qui vise à ne plus être «un cadre où cohabitent des projets individuels, mais bien celui d un «bouillon de culture» dans lequel se font et se défont des dizaines de petites PME internes, souples et opportunistes, comme autant de lieux où l on se salarie, où l on s accompagne et où l on se forme les uns les autres 103» devra donc relever le défi de permettre les conditions d'une responsabilisation collective qui parvienne à surmonter ces contraintes. A l'inverse, les collectifs-métier tiennent leur réussite à ce qu'ils permettent dans le même temps de 101 Voir : VEYER et SANGIORGIO, Op. Cit. 102 Extrait d'un entretien réalisé avec un entrepreneur-salarié 103 Voir : VEYER et SANGIORGIO, Op. Cit. 75

76 nourrir les projets individuels des membres qui les constituent. Il n'y a donc pas de concurrence directe entre temps consacré à l'activité économique individuelle et temps consacré à la participation aux collectifs-métier. En effet, ces collectifs où entrepreneurs d'une même profession se forment mutuellement au profit de l'activité économique individuelle de chacun montrent que Coopaname a su créer des espaces de solidarité internes qui permettent de dépasser les logiques de concurrence entre entrepreneurs d'un même métier. Même si ces collectifs ne donnent pas lieu à la constitution d'une offre commune, il n'en résulte pas moins des actes de solidarité qui ont un impact direct sur l'activité économique individuelle de chaque entrepreneur qui y participent et ont la chance de pouvoir profiter du savoir-faire et des conseils des autres. Les dynamiques de coopération entre entrepreneurs qui ont un impact économique direct sur leur(s) activité(s) entrepreneuriale(s) s'organisent donc d'avantage sur une logique sectorielle que transversale. Cependant, l'identité collective de Coopaname comme le fonctionnement de sa vie coopérative sont basées sur la transversalité. En effet les formes d'engagement des entrepreneurs dans la structure qui s'organisent autour de l'ensemble des espaces collectifs de la coopérative (réunions mensuelles, ateliers collectifs, collectifs d'entrepreneurs, commissions etc.) montrent que la transversalité apporte bien une sécurisation humaine et sociale des entrepreneurs, à qui elle donne l'occasion de créer du lien social en dehors de leurs activités économiques individuelles. Les discussions, témoignages d'attention, l'entraide qui s'y engagent sont aussi des processus de coopération informels qui ont leur importance en termes de sécurisation des parcours : «Les coopanamiens se filent plein de coups de main dans la vie. Par exemple là il y a quelqu'un qui cherche un appart', tout le monde va essayer de l'aider à trouver. C'est de la solidarité entre les gens, ça se passe à plein de niveaux dans la coopérative, on s'échange des services, des coups de main 104». La coopération au niveau stratégique dépasse aussi largement la logique du métier puisqu'on a vu qu'il existe une forte implication des entrepreneurs dans les espaces de recherche-action stratégiques de la coopérative : Commissions, Chantiers, Université d'automne, Assemblée Générale, Conseil d'administration. Le succès de cette forme de coopération qui s'effectue au niveau stratégique de la structure peut s'expliquer peut-être par le fait que leur implication n'entre pas en concurrence directe avec leur activité économique individuelle. On peut penser que c'est parce que la coopération réalisée à un niveau stratégique n'a pas directement de répercussions sur l'activité économique des entrepreneurs qu'elle bénéficie de l'implication d un bon nombre d entrepreneurs dans leur transversalité. Pour ainsi dire, la coopération qui existe bien au sommet de la structure ne se retrouve pas (en tous cas de manière formalisée) à la base de la coopérative au niveau des entrepreneurs entre eux. 104 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 76

77 Même si Coopaname est bien une organisation éducative qui permet de la formation professionnelle mutuelle par le biais des collectifs-métier et des ateliers, de la formation citoyenne par le biais des commissions et chantiers, elle ne semble pas être le lieu d'une éducation à la coopération économique. Si l'éducation dans Coopaname a la caractéristique de traverser l'ensemble des mécanismes et des espaces de la structure, elle ne permet pas l'apprentissage de la coopération économique telle qu'on l'entend généralement. 2) La transversalité comme gage de sécurisation financière Non seulement la transversalité permet une sécurisation humaine et sociale des entrepreneurs en fournissant des conditions favorables à un engagement de chacun au service de la coopérative, mais elle est aussi une condition de sa viabilité. En effet, la transversalité est aussi une condition qui permet à la coopérative de rester ouverte à tout le monde et donc de capter un nombre très important d'entrepreneurs. La transversalité est rendue permise par un mode de financement qui lui donne avantage à rester ouverte. En effet, les collectivités territoriales financent seulement le parcours d'intégration des nouveaux entrants dans la structure, à l'inverse des services mutualisés et des autres ateliers d'approfondissement qui sont eux financés sur fonds propres. La coopérative a donc tout intérêt à permettre l'entrée d'un très grand nombre d'entrepreneurs chaque année. En plus de correspondre à une situation de dépendance financière vis-à-vis des pouvoirs publics et de s'inscrire dans une logique «too big to fall», l'ouverture de Coopaname s'inscrit également dans une volonté de se constituer en tant que mouvement politique : «La question de la taille c'est pour montrer qu'on a du poids, que ça marche, parce qu'il y a un projet politique derrière Coopaname, c'est anticapitaliste 105 «nous renseigne un coopanamien. La transversalité de Coopaname s'exprime aussi par des mécanismes de solidarité entre les entrepreneurs au niveau financier. En effet, le financement des services mutualisés, ateliers d'approfondissement, de l'accompagnement sur la durée est réalisé sur la base des dix pour cent de chiffre d'affaire versé par chaque entrepreneur-salarié. Il repose donc sur un mode de solidarité financière interne. En effet, la contribution des entrepreneurs-salariés au financement des services mutualisés est basée sur le principe «à chacun selon ses moyens» puisque celui-ci est proportionnel au chiffre d'affaire de chacun. Les entrepreneurs qui font le plus gros chiffre d'affaire participent donc d'avantage au financement que les entrepreneurs qui réalisent un chiffre d'affaire très faible. 105 Extrait d'un entretien réalisé avec un entrepreneur-salarié 77

78 La coopérative est donc créatrice de lien de solidarité interne qui a une répercussion directe sur l'activité économique de chaque entrepreneur. Cette solidarité dans la transversalité montre que Coopaname est bien le lieu d'une coopération transversale, même si celle-ci n'est pas directement le fait des entrepreneurs-salariés. La coopération transversale, c'est-à-dire qui fait l'impasse du métier est donc bien de mise à Coopaname mais à la condition qu'elle soit organisée par la structure elle-même. Il faut donc que la coopérative créé elle-même les conditions de la solidarité collective pour que celle-ci se mette en place. Les services mutualisés, les ateliers collectifs sont organisés, gérés par la structure et non pas par les entrepreneurs-salariés eux-mêmes. De plus, l'implication des entrepreneurs-salariés dans les espaces collectifs de la structure (réunions mensuelles, commissions, chantiers etc.) qui participent de la vie coopérative s'organisent autour de la structure. On peut donc en conclure que la transversalité rend possible la coopération entre entrepreneurs-salariés quand celle-ci est gérée par la structure, ou du moins qu'elle est pensée comme au service de la structure et qu elle est donc, (selon la théorie des conventions que nous avons évoqué dans le deuxième chapitre) animée par le principe «civique». A l'inverse, les espaces collectifs qui ne sont pas pensés comme bénéficiant directement à la structure (c'est le cas des collectifs-métier et des collectifs-projet) ne parviennent pas à s'organiser sur un mode transversal. Coopaname parvient donc à organiser et donner de la cohérence à la transversalité mais la transversalité ne permet pas d'elle-même à amener les coopanamiens à coopérer sur le terrain entrepreneurial. 3) La transversalité comme repolitisation du projet coopératif La transversalité à Coopaname est aussi une condition qui explique le caractère politique de la coopérative. En effet, il semble que Coopaname aille à contre-courant de la plupart des SCOPs traditionnelles qui ont été contraintes de se transformer pour satisfaire aux contraintes induites par les évolutions du marché sur lequel elles s'inscrivent. Selon l'analyse de Claude Vienney, il arrive fréquemment que les coopératives se transforment dans un sens qui tend à privilégier les critères du marché au profit de l'activité propre de l'entreprise et au dépend du groupement des personnes qui la constitue. La fonction «entreprise» de la coopérative requalifie les personnes associées par les fonctions qui les relient à son activité propre. Dans le cas de Coopaname au contraire, le groupe de personnes qui en est à l'origine n'était pas celui à qui justement se destinaient les services fournis par la coopérative. La volonté de ses membres fondateurs était de permettre à des personnes isolées de coopérer. Dans le cas de Coopaname, le groupement de personnes (les «coopanamiens») n'existait donc pas au préalable de 78

79 la coopérative, à l'inverse des autres SCOPs classiques. C'est donc la coopérative qui est le lieu du regroupement des entrepreneurs-salariés et son activité propre est justement de faire coopérer ses derniers. Ce mouvement s'inscrit donc à contre-courant du retournement vécu par la plupart des coopératives plus anciennes qui tendent à privilégier l'activité propre selon les critères du marché au détriment du groupement de personnes et des principes démocratiques qui en sont à la base. Là l'activité propre de Coopaname est justement de produire de la vie démocratique et de la participation : en un mot, de l'éducation coopérative. En effet, on a vu dans le chapitre deux que Coopaname était le foyer d'une participation active et collective de l'ensemble des entrepreneurs-salariés aux orientations stratégiques de la coopérative : «Ce qu'il est important de comprendre c'est que Coopaname est une machine qui se nourrit toute seule et qui se développe toute seule, c'est un vrai collectif qui va au-delà des individus qui la composent. Coopaname a sa propre identité. Elle fait sa propre vie (...) Des fois y a même des choses je suis supris, je suis un peu dépassé par les évènements 106» nous renseigne son Directeur Général Délégué. La tension entre transversalité et sectorisation semble donc être en équilibre instable et nous allons voir maintenant en quoi le Projet Jeunes met lui aussi en lumière une tension cette fois entre autonomisation et intégration. 106 Extrait de l'entretien réalisé avec le directeur général délégué 79

80 II) La Tension entre autonomisation et intégration : l'exemple du Projet Jeunes Le Projet Jeunes semble être au cœur d'un débat entre son autonomisation - c'est-à-dire la volonté de faire de lui une activité comme une autre voire de le faire sortir de Coopaname et son intégration qui lui permet de se constituer en tant que laboratoire de la coopérative en même temps qu elle lui permet de s affirmer comme une organisation éducative. 1) Le Projet Jeunes : une activité comme une autre? Le Projet Jeunes qui, on l'a dit, permet à Coopaname d'investir le monde scolaire et de s'affirmer vis-à-vis de l'extérieur comme une organisation éducative, est traversé par deux mouvements contraires, d'autonomisation et d'intégration. En effet, parce qu'il tente de pénétrer des terrains nouveaux (les lycées professionnels, l'université) et de bâtir des partenariats avec des acteurs qui sortent de son champ traditionnel d'intervention (le monde enseignant et les organisations d'éducation populaire) le Projet Jeunes évolue seul dans un environnement incertain qu'il faut «apprivoiser». A l'interne, le Projet Jeunes a toutes les caractéristiques d'une innovation 107 puisqu'on remarque qu'il évolue en périphérie de l'organisation. En effet, une seule salariée de la structure travaille pour le projet donc elle en est responsable. Cependant, il ne s'agit pas non plus d'une activité «marginale» puisque son origine tient à la volonté partagée des deux directeurs de «faire quelque chose pour les jeunes 108». Il n'en demeure pas moins que le projet s'est d'abord constitué en tant que projet individuel d'une entrepreneuse-salariée devenue aujourd'hui salariée de la structure : «Et moi je suis pas rentrée comme permanente au début, je suis rentrée comme entrepreneuse-salariée avec l'idée qu'il y a un essaimage, (...) au début t'internalises le poste et puis voilà, au fur et à mesure, mais j'étais pas payée et puis il s'est trouvé qu'il y a eu une queue de subvention, on a fait le dossier et puis on a eu euros 109». Le projet qui on l'a dit vise l'extérieur et se met en place sur des terrains incertains et non traditionnels pour une CAE comme Coopaname est encore peu visible en externe et ne bénéficie que d'un soutien interne à minima. En effet, au-delà de l'appartenance de la salariée responsable du Projet à Coopaname (qui d'ailleurs est sociétaire et très investie dans la Commission «Vie Démocratique») les seuls véritables liens qui existent à ce jour entre le projet et la structure coopérative passent par des réunions du «Comité de Pilotage du Projet Jeunes» auxquelles 107 Voir : Norbert ALTER, Op. Cit. 108 Extrait de l'entretien réalisé avec le directeur général délégué 109 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 80

81 participent plusieurs salariés permanents de la coopérative ainsi que le Directeur Général Délégué. Cette distanciation montre que le projet n'est donc pas encore tout à fait intégré dans la structure. Pourtant, certaines modalités de fonctionnement du projet sont perçues par la structure comme une manière de tester des expérimentations à mettre en œuvre au sein de la coopérative. Le mode d'accompagnement de Coop'apprendre basé sur la pédagogie de projet et le travail en collectif est perçu comme une manière d'expérimenter sur une petite échelle l'accompagnement collectif tel que Coopaname aimerait le mettre en place dans la structure : «Le Projet Jeunes comme expérimentation? Oui, c'est souvent évoqué. Souvent quand on a des réflexions au comité de pilotage sur le Projet Jeunes, très souvent ça vient sur la table, oui mais tout ce qu'on fait là, ça pourrait concerner tout le monde 110». De plus, le terme même de «citoyenneté économique» qui a émergé dans le Projet Jeunes semble être réemployé en interne pour qualifier le mode de fonctionnement de Coopaname : «On retrouve cette dimension de citoyenneté économique à Coopaname (...) parce qu'il y a un côté aussi émancipatrice des gens, le fait qu'on pousse les gens à participer, qu'on ait une transparence importante, que les rallages puissent s'exprimer c'est déjà un bon signe (...) C'est une manière d'exercer sa citoyenneté économique». Mais expérimentation ne veut pas dire intégration, et on constate que le projet évolue de manière très autonome par rapport à Coopaname, ce qui constitue un risque pour son développement. En effet, pour qu'une innovation comme le Projet Jeunes puisse bénéficier du soutien de l'organisation dans laquelle elle émerge, il faut qu'elle parvienne à gagner le soutien des autres acteurs de l'organisation. De manière à s'intégrer dans la structure, le Projet Jeunes a l'ambition de tisser des liens avec les entrepreneurs qui constituent la base de Coopaname. Un programme de compagnonnage entre des jeunes stagiaires issus des lycées professionnels et les entrepreneurssalariés de Coopaname est en cours d'élaboration. L'idée serait donc que les jeunes «compagnons» puissent faire un stage auprès des entrepreneurs-salariés et apprendre leurs savoir-faire. Le compagnonnage permettrait aussi d'expérimenter (encore une fois on retrouve le thème de l'expérimentation!) une nouvelle forme d'accompagnement mutuel puisqu'il supposerait aussi des temps de partage d'expériences entre les jeunes compagnons. Cependant, même si le Projet tend en interne à s'intégrer de plus en plus dans la structure via l'idée d'en faire un laboratoire d'innovations pour Coopaname et par la volonté de nouer des liens avec les entrepreneurs-salariés, son intégration semble encore poser problème à certains acteurs extérieurs. En effet, il semblerait par exemple que l'université de Marne-La-Vallée avec laquelle est mise en œuvre le projet Coop'apprendre commence à s'inquiéter de l'intégration du projet dans une coopérative comme Coopaname. Les craintes se concentrent autour de la question du statut 110 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 81

82 coopératif qui est perçu comme trop «marchand» et «économique» à la différence du statut associatif plus «socio-culturel». La coopérative est donc perçue d'avantage dans sa dimension entreprise que dans celle d'un groupement de personnes et son indépendance (financière et organisationnelle) par rapport à l'administration de l'université fait peur là où l'association rassure : «Il y a une forte chance que ca se transforme en une assoc, car il y a un écho plutôt favorable de la direction de l'université pour le projet (...) L'idée serait d'avoir une scop mais le problème de la Scop c'est que c'est une entreprise économique et commerciale, il faut passer par un marché, or c'est très difficile de faire entrer du marchand dans l'université 111». Au regard de l'histoire, on voit que l'autonomisation de la coopération scolaire du périmètre de la FNCC via la création d'une association (l'occe) spécialisée dans la question a conduit à un éloignement du monde de la coopération par rapport à l'école. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale où les pouvoirs publics ont décidé de la transformation des coopératives scolaires en associations, celles-ci n'ont donc pas réussi à gagner le soutien du mouvement coopératif et se sont banalisées en devenant de simples caisses de collecte pour l'achat de matériel scolaire. On peut donc penser que Coop'apprendre aurait tout intérêt à défendre son identité coopérative en restant intégré dans Coopaname, au risque d'une instrumentalisation par les services administratifs de l'université. Cependant, le Projet Jeunes constitue encore un inédit dans le paysage coopératif français du moment. Aussi, pour s'affirmer et être à la base d'un mouvement éducatif de plus grande ampleur, il lui faut parvenir à capter le soutien des acteurs du monde coopératif ainsi que ceux du monde éducatif «traditionnel» que sont le corps enseignant et les associations d'éducation populaire. 2) Faire mouvement pour avoir plus de poids En effet, il semble très difficile pour Coopaname de porter à elle toute seule un programme comme le «Projet Jeunes» qui sort de son champ traditionnel d'intervention de CAE. Le Projet Jeunes tente de se rapprocher de partenaires issus du monde éducatif et dans une moindre mesure du monde coopératif pour pouvoir «faire mouvement» et gagner en poids politique en même temps que capter des expertises en la matière. On pourrait penser qu'il serait plus aisé pour une coopérative comme Coopaname de compter sur l'appui du mouvement coopératif pour porter un programme comme le «Projet Jeunes». Cependant, comme l'explique la responsable du projet «j'ai plus envie de me rapprocher de 111 Extrait de l'entretien réalisé avec le responsable du BAIP de l'université de Marne-la-Vallée 82

83 l'éducation populaire que des fédérations coopératives 112». En effet, à l'inverse du Canada où les programmes d'éducation coopérative à destination des jeunes bénéficient d'un important soutien des fédérations coopératives, Coop FR ne s'implique pas encore sur les questions éducatives. Au niveau financier en revanche, le Projet Jeunes est parvenu à capter des ressources issues de la Fondation Chèques Déjeuner, du fond «Jeunes ESS» de l'avise, ce qui témoigne d'un intérêt pour le projet, au dépit d'un soutien politique. A l'inverse, c'est dans le champ éducatif que le projet semble bénéficier du plus vif écho. De manière à initier un rapprochement avec le monde enseignant ainsi qu'avec les associations d'éducation populaire, Coopaname a organisé via le Projet Jeunes un «Forum Education et Economie : Pour une approche plurielle des faits et des idées» le 2 juin 2012 qui rassemblait acteurs de l'éducation populaire, de l'éducation «formelle» et de l'économie sociale et solidaire et économie équitable. Le but du Forum, organisé sur la base d'un co-partenariat entre Coopaname, l'association Minga engagée sur le terrain de l'économie équitable et l'association d éducation populaire Les Petits Débrouillards était de rassembler l'ensemble des acteurs éducatifs préoccupés par la question. Inscrit dans un mouvement politique plus général, le Projet Jeunes pourrait donc bénéficier du soutien de l'ensemble des acteurs concernés et gagner en poids face aux risques de son instrumentalisation. De plus, la visée à long terme du Forum était également de pouvoir organiser une journée d'échange d'outils pédagogiques en matière d'éducation à l'économie «alternative». Pour le Projet Jeunes qui, on l'a dit manque de ressources humaines, financières et de soutien au sein de Coopaname, parvenir à capter l'expertise d acteurs dont le champ traditionnel d'activités concernent justement les questions d'apprentissage est une manière de gagner des ressources précieuses pour son développement futur. Cependant, au regard des personnes présentes au Forum de juin dernier, il semble que le corps enseignant, représenté par les syndicats comme Sud Education ait été le grand absent de la rencontre. En plus de permettre au projet de gagner du poids et des ressources indispensables, ce rapprochement de Coopaname avec le monde éducatif l'amène de plus en plus à s'affirmer en tant qu'organisation d'éducation populaire au point que cette ambigüité commence à être une source d inquiétude en interne. 112 Extrait de l'entretien réalisé avec la responsable du Projet Jeunes 83

84 3)Une coopérative entre entreprise et organisation d'éducation populaire Nous venons de voir que l'action éducative de Coopaname à l'université, chasse gardée du savoir académique, n'allait pas sans créer le doute quant à la légitimité d'une coopérative à pénétrer dans le monde universitaire. En effet, même si la démarche s'inscrit dans une tradition historique où coopération et éducation étaient très liées, réactiver ce ressort éducatif de la coopération est encore inédit dans le contexte actuel. Et si le Projet Jeunes ne parvient pas encore à chasser toute méfiance venue de l'extérieur, en interne, il est aussi au centre de préoccupations. On l'a vu, l'identité de Coopaname en tant que projet politique repose sur d'importantes dynamiques éducatives internes mais il n'en demeure pas moins que son rapprochement avec le monde de l'éducation populaire ne va pas sans poser de questions à l'interne, comme l'exprime le Directeur Général Délégué : «Mon avis perso c'est que le projet qui est plus sur de la sensibilisation, de l'éducation populaire, d'éducation à la citoyenneté économique, ce n est pas le coeur de métier de coopaname. et que si on continue de porter au sein de coopaname même ce projet-là, on va finir par mélanger les cartes, c'est à dire qu'on sera repérer comme une organisation d'éducation populaire 113». L'idée est donc qu'en menant des activités d'éducation populaire, la représentation que se font les acteurs extérieurs de Coopaname soit celle d'une organisation d'éducation populaire, et non pas celle d'une entreprise SCOP : «Il ne faut pas que Coopaname soit perçue comme une association que se font les acteurs extérieurs de Coopaname soit celle d une organisation d éducation populaire, et non celle d une entreprise SCOP : «Il ne faut pas que Coopaname soit perçue comme une association socio-culturelle, d'éducation populaire et que si on continue de porter un projet de sensibilisation à la citoyenneté économique des jeunes dans les collèges, dans les quartiers, c'est ce qui va finir par arriver et puis après on saura plus ce que c'est coopaname, qu'on est une SCOP 114». Alors que le Projet Jeunes, et plus généralement le projet politique de Coopaname s'inscrivent dans une volonté de rapprocher éducation populaire et coopération au sein d'un même mouvement, on retrouve paradoxalement ici une relégation de l'éducation populaire au rang d'animation socioculturelle. En un mot, alors que Coopaname tente d'un côté de défendre une version politique de l'éducation populaire en tant que formation des consciences citoyennes et d émancipation politique, elle ne se sent pas encore prête à l'assumer. De plus, alors qu'elle défend une identité coopérative 113 Extrait de l'entretien réalisé avec le directeur général délégué 114 Ibid 84

85 qui va bien au-delà de celle d'un «groupement de personnes qui gèrent une entreprise» mais qui repose on l'a dit sur des dynamiques éducatives fortes et la création de richesses invisibles (humaines, sociales, éducatives, formatrices), Coopaname ne semble pas encore totalement prête à assumer une identité qui réconcilie l'entreprise avec l'organisation sociale qu'elle constitue. Du côté des entrepreneurs-salariés cette fois qui ne sont pas associés au Projet Jeunes, il semblerait que cette appartenance de Coopaname au mouvement de l'éducation populaire ne fasse pas sens pour tous. En effet, même si une commission porte désormais le titre de «Commission Vie Démocratique et Education Populaire» la plupart des entrepreneurs-salariés n'ont pas l'occasion de rencontrer ce terme au cours de leur vie dans Coopaname : «L'éducation populaire...quel est le rapport? 115», «Non je ne vois pas ce que c'est 116» répondent deux entrepreneurs-salariés interviewés sur la question. Cependant, après explication, ces derniers ont rapidement fait le lien avec leur participation aux espaces collectifs de Coopaname. L'implication de Coopaname sur le terrain éducatif, et plus spécifiquement son rapprochement avec le mouvement de l'éducation populaire qu'elle contribue par là-même à repolitiser est au coeur de son projet politique et de ses pratiques, mais n'a pas encore réussi à dépasser complètement les inquiétudes issues de l'environnement externe et les interrogations internes autour de la tension entreprise organisation sociale. 115 Extrait d'entretien réalisé avec un entrepreneur-salarié 116 Ibid 85

86 III) Une stratégie de développement en équilibre instable 1) Grossir pour sécuriser les parcours individuels : une vie coopérative en danger? La stratégie de développement de Coopaname mise sur son agrandissement, c'est-à-dire sur l'augmentation du nombre d'entrepreneurs qui la constituent. Elle compte déjà plus de 500 coopanamiens, ce qui la fait figurer comme la première CAE de France. Elle a d ailleurs pour objectif de moyen terme de rassembler un jour mille entrepreneurs-salariés. Cette stratégie de développement correspond à une volonté de gagner en autonomie financière par rapport aux pouvoirs publics en consolidant ses fonds propres. Cependant, grossir pourrait être synonyme de réduction de la vie démocratique et des mécanismes d'éducation internes qui font la particularité de Coopaname aujourd'hui. En effet, comme l'exprime assez clairement une coopanamienne : «Au niveau de la taille, j'ai trouvé ça très dommage, à chaque fois qu'on a voulu grossir, c'est-à-dire quand il y a eu le découpage (de Coopaname) en plusieurs établissements 117, et puis maintenant avec l'objectif d'être mille, je trouve ça dommage parce qu'on va être des anonymes. Même si bon...on a réussi à recréer du lien. Mais on pourra plus connaître tout le monde, savoir exactement qui fait quoi 118». Grossir pourrait donc amener de l'anonymat et réduire le lien social et la reconnaissance collective des coopanamiens qui s'engagent dans la vie coopérative. Cependant, on voit que par le passé, la coopérative a su tirer profit de l'augmentation du nombre de coopanamiens en adaptant son fonctionnement démocratique à la mesure de cette évolution. En effet, la création des commissions et chantiers par le Conseil d'administration entre dans ce contexte. Coopaname semble donc avoir pour caractéristique de s'adapter de manière souple et rapide, du fait de la participation accrue d'un grand nombre de coopanamiens qui la constituent : «Coopaname ça a beaucoup beaucoup évolué, ça m'a vraiment transporté pendant les premières années car ça bouge c'est dingue! Au début c'était une boîte avec un ou deux visionnaires et puis au fur et à mesure tu voyais les trucs se faire. Ça arrive rarement dans les entreprises. Là il y a une vraie volonté, ça vient, très rapidement j'ai développé une vraie confiance de ça va venir. Ce qui a évolué c'est l'extranet, les universités d'automne et puis une fois qu'on les a fait, on les a pas abandonné. Il y a eu aussi les collectifs, les commissions. Dans les entreprises classiques y a des changements mais tu le sais pas, là tu es au courant de la stratégie, tu sais que ça va dans tel sens, tu peux être 117 Coopaname se répartit sur cinq établissements situés en Ile de France 118 Extrait d'un entretien réalisé avec un entrepreneur salarié 86

87 rarement pris de cours et puis ça bouge 119». On peut donc imaginer que l'élargissement de la taille de Coopaname ne donne pas forcément lieu à une perte d'implication et de participation collective. Cependant, il lui faudra créer des garde-fous (et donc consacrer des ressources plus importantes) qui permettent de compenser la mise à distance et l'anonymat des coopanamiens entre eux. Si cette stratégie de développement n'est pas sans risque pour l'identité de Coopaname en tant que projet politique et que foyer important d'éducation, elle permettra en revanche de consolider les capacités financières de la coopérative, au bénéfice des entrepreneurs-salariés. En effet, l'idée serait que son assise financière ainsi obtenue l'autorise à jouer le rôle de «partenaire industriel» pour les activités de ses entrepreneurs-salariés et donc à prendre des risques à leur profit. Il s'agirait aussi de créer des partenariats financiers avec le Crédit Coopératif ou La Nef et de permettre la mise en place d'un propre fonds d'investissement et d'une propre caisse de secours mutuel pour couvrir les risques encourus par les coopanamiens en termes de perte d'exploitation. L'horizon visé aujourd'hui par Coopaname est donc celui d'une coopérative qui renforce les mécanismes de solidarité financière inter-entrepreneurs, au profit de leurs activités économiques individuelles. Cependant, on peut se demander jusqu'à où les entrepreneurs-salariés accepteront de confier la sécurisation de leur parcours individuel à la coopérative en misant sur la mutualisation. Le développement de Coopaname est donc en équilibre instable entre d'une part, la volonté de grossir pour gagner en poids politique et accroître la sécurisation mutuelle des parcours individuels (autour de mécanismes de solidarité financière renforcés), et d'autre part, le risque que cela pourrait entraîner en termes de déficit démocratique et d'anonymat. Alors que le renforcement des mécanismes de solidarité financière rend primordiales des relations de confiance et de proximité entre les entrepreneurs, l'extension de la taille de la coopérative à l'inverse les rend plus difficiles. De plus, le nombre d'entrepreneurs augmentant, on peut s'attendre à un besoin d'accroître l'équipe des chargés d'accompagnement, d'où l'idée de proposer un nouveau type d'accompagnement qui passe d'un mode individualisé à un mode collectif et mutuel, assuré par les entrepreneurs euxmêmes. 119 Extrait d'un entretien réalisé avec un entrepreneur salarié 87

88 2) L'accompagnement mutuel et collectif L'extension du nombre d'entrepreneurs-salariés dans Coopaname suppose aussi à long terme d'augmenter les capacités d'accompagnement. Jusqu'à présent l'accompagnement était individualisé et assuré par des professionnels de l'accompagnement (l'équipe des «chargés d'accompagnement»). On l'a vu, le parcours d'intégration est financé par les collectivités territoriales sur la base du nombre d'entrepreneurs qui entrent chaque année dans la structure. Cependant, être dans la capacité d'accompagner dans la durée (c'est-à-dire au-delà du parcours d'intégration) l'ensemble des entrepreneurs-salariés suppose que le complément en fonds propres fourni par la recrudescence du nombre d'entrepreneurs permette à lui-seul le financement des services mutualisés et des activités d'accompagnement en développement. Faire ce pari est donc assez risqué puisqu'on peut s'attendre au contraire (et comme c'est le cas aujourd'hui) à une incapacité d'accroître le nombre de chargés d'accompagnement correspondants. De manière à éviter cet écueil, c'est-à-dire à limiter les coûts sur l'entrepreneur qu'entraîne une baisse de la fréquence et de la qualité de son accompagnement, l'idée est donc de mutualiser l'accompagnement pour diluer les coûts sur le collectif, à l'image des services mutualisés de la structure. Une première expérimentation d'accompagnement collectif, où les entrepreneurs sont invités, dès la première réunion à se rencontrer et échanger collectivement sur leurs activités a été mise en place à l'été L'accompagnateur accompagne plusieurs entrepreneurs en même temps et passe d'une mission d'accompagnement à une mission d'animation de groupe. En parallèle, des pôles d'expertise seront mis à la disposition des entrepreneurs quand ceux-ci auront besoin de conseils d'ordre technique concernant leurs activités économiques. L'accompagnement du projet serait donc assuré en groupe par un animateur qui aurait pour fonction d'accompagner les entrepreneurs dans leur projet individuel en stimulant les échanges à l'intérieur du groupe, et le soutien d'ordre technique serait mis à disposition des entrepreneurs via des équipes de spécialistes. Cependant, puisque les entrepreneurs-salariés continuent d'entrer dans Coopaname sur la base du projet individuel, on peut se demander si la dynamique de groupe créée par ce nouveau mode d'accompagnement collectif parviendra à compenser les coûts supportés par les entrepreneurs et induits par cette dissociation entre accompagnement humain (assuré de manière collective par l'animateur-accompagnateur) et conseil technique (assuré par les experts des pôles d'expertise). En effet, on a vu que le «temps» constituait pour l'entrepreneur une ressource très précieuse : alourdir 88

89 les dispositifs d'accompagnement pourrait donc s'avérer coûteux. Passer à un mode d'accompagnement collectif suppose donc de pouvoir compenser ce coût par certains avantages. En effet, l'accompagnement collectif est pensé comme favorisant la coopération économique entre entrepreneurs, c'est-à-dire la production commune de biens et de services dans le cadre de «mini-scops». Accompagner les entrepreneurs entrants de manière collective pourrait être une bonne solution pour entrer dans le «bain coopératif» et leur montrer les avantages de la coopération. Il s'agirait donc de leur permettre de faire l'apprentissage des savoir-être nécessaires à la coopération sur le terrain économique. L'accompagnement collectif favoriserait l'apprentissage mutuel entre entrepreneurs, puisque ceux-ci, amenés à évoluer en groupe seraient conduits naturellement à donner leur avis, à faire bénéficier les autres entrepreneurs de leurs conseils et expériences. Il est aussi prévu des dynamiques d'apprentissage mutuel des «anciens» coopanamiens vers les nouveaux entrants. Passer d'un accompagnement individualisé réalisé principalement par des professionnels de l'accompagnement à un mode d'accompagnement collectif et mutuel par les entrepreneurs-salariés eux-mêmes permettrait de sortir complètement Coopaname de la logique de la «prestation de services» au profit de son identité en tant que coopérative. En effet, jusqu'à présent, Coopaname regroupe différents acteurs (entrepreneurs-salariés, entrepreneurs en convention d'accompagnement, chargés d'accompagnement, salariés des services mutualisés) autour d'un même statut, celui de coopanamien voire de sociétaire. L'idée serait donc de permettre aux entrepreneurs-salariés à qui les services de la coopérative sont destinés, d'être au premier plan de la vie de la structure. En revanche, on peut se demander encore une fois comment les entrepreneurs-salariés occupés par leurs activités entrepreneuriales individuelles ou collectives parviendront à conjuguer leur temps avec l'exercice de leur fonction de «formateur» ou «accompagnateur». Encore une fois, passer à ce stade de la coopération suppose des entrepreneurs-salariés des savoir-être et des savoir-faire en termes d'animation de groupe, d'entrepreneuriat, d'organisation collective de la production, de commercialisation conséquente. On retombe alors sur la question d'une éducation coopérative qui permette de conjuguer formation professionnelle, coopération économique et éducation citoyenne. Dans ce domaine, c'est peut-être le projet Coop'apprendre qui permettra d'apporter des éléments de réponse intéressants. En conclusion de ce troisième chapitre, on peut dire que la question éducative à Coopaname est traversée par des tensions qui montrent une coopérative qui plaide pour la transversalité mais où se pratique la coopération économique sectorielle ; qui parvient avec succès à peser sur l'école et à se 89

90 rapprocher de l'éducation populaire mais qui semble encore hésiter à s'affirmer en tant qu'acteur éducatif. Le futur nous révélera si la transformation de l'accompagnement sur un mode collectif et mutuel parvient à mettre en œuvre la coopération économique transversale et si Coopaname parviendra enfin à devenir la «mutuelle de travail» qu'elle défend. 90

91 CONCLUSION Ce mémoire s'est attaché à comprendre pourquoi Coopaname en tant que CAE plongée dans un environnement qui est marqué par une dissociation forte entre éducation et coopération manifeste un fort besoin éducatif qui s'illustre par une implication importante de la coopérative sur le plan éducatif. Nous avons vu dans une première partie que Coopaname essaie en réalité de renouer avec une histoire marquée par une forte proximité entre le monde éducatif et le mouvement coopératif. Si Coopaname semble être seule parmi les coopératives françaises à manifester un tel intérêt pour l'éducation, elle tente en réalité de rapprocher des mondes qui ont déjà été associés au cours de l'histoire. En effet, le mouvement coopératif du XIXème siècle est né d'une préoccupation éducative importante autour du concept d'émancipation par le travail. L'idée était alors de concilier l'école et l'atelier. A la fin du XIXème siècle, la coopération s'est attachée avec l'éducation populaire à défendre l'idée d'une éducation permanente. Le début du XXème siècle atteste aussi d'une implication forte du mouvement coopératif à l'intérieur des murs de l'école par le biais des coopératives scolaires. En renouant avec l'idée de «citoyenneté économique», en réinternalisant la formation professionnelle et en s'insérant sur le terrain de l'école, Coopaname renoue avec l'engagement politique des premières coopératives. Dans le deuxième chapitre, nous nous sommes alors intéressés aux raisons internes et externes qui ont amené Coopaname à se réintèresser à l'éducation un siècle et demi plus tard. Nous avons montré que le besoin éducatif de la coopérative pouvait s'expliquer par un besoin identitaire. Du fait de sa transversalité, Coopaname a donc dû s'inventer un vecteur identitaire qui permette de faire l'impasse du «métier» : il s'agit de son projet politique. En effet, Coopaname se pose volontiers en tant qu'alternative à l'entreprise capitaliste et vise la transformation sociale dans le sens d'une société coopérative, solidaire et mutuelle. L'éducation s'inscrit alors comme un processus qui permet au projet politique de gagner l'adhésion mais aussi l'implication de l'ensemble des «coopanamiens». Via le travail des commissions et chantiers, on a vu que des dynamiques éducatives permettant d'impliquer les entrepreneurs-salariés dans la structure avaient été créées pour faire du projet politique de la coopérative le produit d une construction collective. Cependant, cette coopération des coopanamiens au niveau stratégique, c'est- 91

92 à-dire dont le produit profite directement à la structure et indirectement à ses membres a du mal à se retranscrire au niveau de la base. En effet, si Coopaname est bien un lieu de socialisation et de création de lien social qui rompt avec l'isolement des entrepreneurs-salariés, la confiance collective ne parvient pas à aboutir à de la production d'offre commune. La coopération d'ordre économique, c'est-à-dire celle qui a pour impact direct l'activité économique des entrepreneurs, a du mal à se mettre en place et se limite à des dynamiques de formation mutuelle sur une base sectorielle. Face à cette difficulté, le Projet Jeunes se propose d'apporter une solution en ciblant l'éducation des jeunes. Le Projet Jeunes fait donc le pari que la coopération suppose l'apprentissage de savoir-être collectifs qui doit s'initier dès le plus jeune âge. Il contribue aussi à redessiner les contours identitaires de Coopaname en faisant de la coopérative une organisation éducative impliquée et reconnue par le mouvement de l'éducation populaire et le monde scolaire. Il permet aussi à Coopaname d'expérimenter de nouvelles formes d'accompagnement pour pouvoir ensuite les généraliser en interne à l'ensemble des coopanamiens. Cette ambivalence de Coopaname partagée entre un projet politique transversal basé sur des dynamiques éducatives qui touchent l'ensemble des coopanamiens et une pratique de la coopération économique inter-entrepreneurs qui se réalise sur un mode sectoriel met en lumière une tension entre transversalité et sectorisation. Le Projet Jeunes qui fait sortir Coopaname de son champ d'intervention traditionnel hésite encore une fois entre autonomisation et intégration. Ces tensions entre transversalité et sectorisation d'une part et intégration et autonomisation d'une autre part illustrent les hésitations identitaires d'une coopérative qui fait le pari d'être en construction permanente. Finalement, ces tensions sont la preuve que l'éducation traverse l'ensemble de l'organisation et qu'elle «travaille» donc bien la coopérative. Tenter d'éliminer ces tensions en passant à un nouveau mode d'accompagnement présente l'intérêt de réconcilier coopération et activité entrepreneuriale sur un mode transversal. Mais il pourrait tout aussi bien éloigner l'organisation de son point d'équilibre. Être «sous tensions» signifie aussi que Coopaname a réussi à parvenir à une situation d'équilibre instable certes entre sécurisation mutuelle et performance économique, entre coopération et autonomie, entre transversal et sectoriel, entre ouverture et fermeture. Y toucher pourrait donc produire des résultats très incertains. Plutôt que de miser sur des dynamiques de développement internes à Coopaname il semble que le Projet Jeunes aurait tout à gagner de l'appui du reste du secteur coopératif. Reste à voir maintenant la place qu'occupe l'éducation dans le reste du mouvement coopératif français. Parce qu'elle a un 92

93 effet politisant en renouant avec les principes fondateurs des premières expériences coopératives, l'éducation pourrait répondre efficacement au besoin identitaire des coopératives en quête de sens aujourd'hui. En prolongement à ce mémoire, il serait intéressant d'étudier plus en profondeur les logiques éducatives internes qui existent probablement dans les autres coopératives sans qu'elles soient rendues visibles. Leur donner de la visibilité serait non seulement l'occasion pour elles de s'affirmer en tant qu organisations socio-économiques mais les inciterait peut-être à sortir de leur champ d'intervention traditionnel pour qui sait, s'engager sur le terrain scolaire. 93

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96 éducation à la coopération, [On-Line], Avril 2002, accessible sur internet via <URL CLEMENT L., La formation dans l'économie sociale au XXI siècle : "Former différemment, pour entreprendre autrement", Mémoire écrit dans le cadre du Séminaire «Economie Sociale et Développement», IEP de Grenoble, St Martin d Hères, 2001, 132 p. DEMOUSTIER D. et WILSON-COURVOISIER S., L'enseignement initial de l'économie sociale et solidaire : Un enjeu stratégique, RECMA, [On-Line], 2009, n 311, accessible sur internet via <URL JETTE C., Une interprétation de l'économie des grandeurs : Vers un nouvel esprit du capitalisme?,cahiers du LAREPPS, Copublication du CRISES et du LAREPPS [On-Line], avril 2001, accessible sur internet via <URL GRANOVETTER M., The Strength of Weak Ties, American Journal of Sociology, [On-Line], 1973, vol. 78 n 6, accessible sur internet via <URL MAES Clément, Le compagnonnage du réseau repas : un compagnonnage alternatif et solidaire autour d'un projet éducatif "alternatif" pour un renouvellement du compagnonnage, un enrichissement du processus d'insertion et un renouveau de l'éducation populaire, Mémoire écrit dans le cadre du Séminaire «Economie Sociale et Développement» de l IEP de Grenoble, St Martin d Hères, 2001, 180 p. MALO M.C., La gestion stratégique de la coopérative et de l association en économie sociale, RECMA, [On-Line], 2001, n 281, accessible sur internet via <URL MOLLARD C., L accompagnement, une approche pédagogique adaptée au projet politique de l économie sociale contemporaine? L exemple de Coopaname, Mémoire rédigé dans le cadre du diplôme de Manager d organisme a vocation sociale et culturelle du CNAM-CESTES, décembre 2011 MONCEAU G., Troublante individualisation des pratiques éducatives, Lettre de l'enfance et de l'adolescence, n 66, 2006 NIZET J., La théorie des conventions, [On-Line], Facultés universitaires de Namur [consulte en aout 2012], accessible sur internet via <URL PARODI M., L'UCE : La pédagogie coopérative en actes, RECMA, [On-Line], 2007, n 306, accessible sur internet via <URL POUJOL G., Education populaire : Une histoire française, Institut National d'education Populaire, Hermès, Paris, 2005, n 42, accessible sur internet via <URL SANGIORGIO J., VEYER S., L entrepreneuriat collectif comme produit et projet d entreprises épistémiques. Le cas des Coopératives d Activités et d Emploi, Revue de l entrepreneuriat, [On- Line] 2006, vol. 5 n 2, accessible sur internet via <URL 96

97 e/re0502%20sv%20js.pdf> SANGIORGIO J., VEYER S., Construire sur les bases d une coopérative d activités et d emploi : L émergence d une entreprise de salariat, d accompagnement et d apprentissage mutuels : Communication publiée en 2008 dans les actes du Colloque «Economie sociale et solidaire : nouvelles pratiques et dynamiques territoriales» de l IEMN-IAE de Nantes, accessible sur internet via <URL STERVINOU S. et NOËL C., Les CAE : un outil juridique au service d'un entrepreneuriat responsable, Revue Management et Avenir, [On-Line], n 20, [consulte en aout 2012], accessible sur internet via <URL VINCENT J-F, Barthélémy Profit : Coopération à l'école et coopératives scolaires, Office Central de la Coopération à l'ecole VEYER S., Le projet d entrepreneuriat collectif des Coopératives d Activités et d Emploi : Quelles pratiques managériales?, Actes du Colloque «Coopératives et Mutuelles : Impacts du statut sur l efficacité et l organisation managériale» organise par l ISTEC, [On-Line] Paris, 2007, accessible sur internet via : <URL 97

98 ANNEXES Doc 1 : Grille d'entretien à destination des entrepreneurs-salariés impliqués dans des espaces collectifs de Coopaname L'entrée à Coopaname : Quand? Pourquoi (entreprendre, créer son emploi, sortir du chômage...) Pourquoi Coopaname? (qualité de l'accompagnement, identité coopérative, intérêt économique...) Voie d'accès (par Pôle Emploi, bouche à oreille, médias...) L'implication au sein des collectifs d entrepreneurs : Les raisons qui les ont poussé à en faire partie (quête de lien social, bénéfice pour son activité entrepreneuriale individuelle : extension de son marché, réduction des coûts, se former gratuitement...) Le fonctionnement des collectifs : - inscription dans le temps (en réponse à un appel d'offre ponctuel ou organisation de réunions régulières...) processus décisionnel (démocratique ou pas, présence d'un leader ou pas) résultat et répartition du chiffre d'affaire collectif (le collectif possède-t-il un compte propre? Qui fait le partage?) zones de blocage La circulation de l'information en interne : utilisation de l'extranet : fréquence de lecture transparence quels liens entre le sommet où sont décidées les orientations stratégiques et la base? L'implication et la fréquentation des autres espaces collectifs: réunions mensuelles ateliers collectifs : à quelle fréquence? Leur impact en termes de socialisation formation coopérative assemblée générale : être sociétaires ou non, s'impliquer ou pas dans les commissions et chantiers les commissions les chantiers 98

99 Doc 2 : Grille d'entretien pour le salarié responsable des collectifs d'entrepreneurs : Entrée à Coopaname : Quand? Quel statut? (celui d'entrepreneur salarié? De salarié permanent? ) Pourquoi? (qualité de l'accompagnement, sécurité et lien social, avantage économique, coopération.) Voie d'accès (par Pôle Emploi, bouche à oreille, médias...) Relation avec les collectifs d'entrepreneurs : animer? Susciter? Contrôler? quel lien entre Coopaname et les collectifs? Raisons qui amènent Coopaname à favoriser les collectifs d'entrepreneurs : renforcer l'entraide entre entrepreneurs salariés? Sécuriser les activités individuelles par la coopération? Créer du lien social, susciter le bénévolat? La promotion des collectifs : par quels moyens? (extranet, communication dans les espaces collectifs, par le biais des chargés d'accompagnement, des ateliers...) Les types de collectifs : Base sectorielle? Base commerciale? Offre commune ou sous-traitance? Profil des entrepreneurs dans les collectifs : en termes de chiffre d'affaire : des activités qui marchent? Qui ne marchent pas? en termes de secteurs : des secteurs spécifiques? En termes d'implication dans les autres espaces collectifs L'équilibre activité individuelle / activité collective : concurrence? Harmonisation? Résultat en termes de chiffre d'affaire Les nouveaux modes d'accompagnement : - pourquoi passer au collectif? À l'accompagnement mutuel 99

100 Doc 3 : 100

101 101

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