Reprise, es-tu là? Guillaume Duval, Alternatives économiques n 327, septembre 2013.

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1 Reprise, es-tu là? Guillaume Duval, Alternatives économiques n 327, septembre La croissance française a connu un léger rebond au second trimestre Peut-on pour autant véritablement parler de reprise économique? Pas encore au vu des facteurs à l origine de ce rebond. «Le 14 août dernier l'insee (pour la France) et Eurostat (pour l'ensemble de la zone euro) ont secoué la torpeur estivale en annonçant que les économies française et européenne étaient sorties de la récession au second trimestre Et cela de façon plus nette qu'anticipé, avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,5 % en France au cours de ce trimestre et de 0,3 % du PIB pour la zone euro. [ ] Il faut tout d'abord être prudent : les chiffres publiés mi-août ne sont, pour la France comme pour l'europe, que des premières estimations soumises parfois à des corrections ultérieures significatives. En ce qui concerne la France, les données communiquées par l'insee indiquent cependant déjà clairement que ce rebond résulte de deux causes principales. Tout d'abord les entreprises, et notamment celles du secteur automobile, ont reconstitué leurs stocks. Cela serait, selon l'insee, à l'origine de 0,2 point de PIB sur le 0,5 gagné au second trimestre. Un phénomène classique : en période de ralentissement économique, les entreprises anticipent un recul des ventes et limitent fortement leur production de peur que les produits leur restent sur les bras. Mais souvent elles surréagissent, réduisant leurs stocks au-delà du souhaitable. Du coup, elles doivent ensuite corriger le tir, ce qui semble s'être produit dans des proportions significatives en France, au printemps dernier. L'autre origine de ce rebond tient à la bonne tenue de la consommation des ménages, qui a progressé de 0,4 % au second trimestre. La résistance de la consommation des Français est une constante depuis [ ] Cette consommation avait cependant légèrement fléchi fin 2012 et au premier trimestre 2013 et il y avait des raisons de craindre que ce mouvement se poursuive, voire s'amplifie. Du fait notamment de l'importante restriction budgétaire engagée par le gouvernement, avec en particulier les fortes hausses d'impôts décidées pour Sur les six premiers mois de l'année, l'impôt sur le revenu a ainsi rapporté à l'etat 4,1 milliards de plus qu'au premier semestre 2012, soit une hausse de 12 %. La consommation des Français est pourtant repartie à la hausse au second trimestre, et cela à un rythme relativement soutenu. Ce redémarrage tient tout d'abord au climat. L'hiver froid et prolongé a amené une hausse sensible des dépenses d'énergie, qui pèsent pour un dixième de la consommation des ménages : elles ont augmenté de 2,4 % en l'espace d'un seul trimestre, après déjà une hausse de 2 % début Le seul autre poste de consommation en hausse importante concerne les achats d'automobiles : pour la première fois depuis fin 2011, ils augmentent de 2,1 % au second trimestre. Ce n'est guère surprenant : cela fait maintenant quasiment quatre ans que les ventes de véhicules sont en chute libre parce que les consommateurs, incertains de l'avenir, choisissent de conserver leur ancien modèle plus longtemps que d'habitude. Arrive cependant un moment où ce véhicule donne quand même des signes de fatigue excessive et il faut bien se décider à s'en séparer. D'autant que les constructeurs automobiles, asphyxiés, se mènent parallèlement une concurrence féroce sur les prix et proposent des conditions très attractives 1

2 pour leurs nouveaux modèles. Les autres postes principaux de consommation (alimentation, textiles) ont en revanche continué de reculer. Au-delà de ces aspects très circonstanciels, une tendance plus lourde soutient également la consommation des ménages : le recul de l'inflation [voir graphique 1]. [ ] En dehors de ce rebond inattendu de la consommation, l'évolution des autres grands postes des comptes nationaux reste cependant peu réjouissante. Les exportations se sont certes redressées de 2 % au printemps, mais les importations, tirées notamment par l'énergie, se sont elles aussi accrues de 1,9 %. Au total, l'équilibre du commerce extérieur français s'est à peine amélioré et celui-ci n'a pas contribué à la hausse du PIB. Surtout, l'investissement reste en berne avec une nouvelle baisse de 0,5 % [voir graphique 2]. [ ] Bref, le rebond inattendu du printemps reste largement à confirmer. On ne pourra en particulier parler d'une réelle reprise que lorsque la tendance se sera durablement inversée sur l'investissement.» Graphique 1. Evolution sur 1 an des salaires de base et des prix à la consommation, en % Graphique 2. Principales composantes du PIB sur 4 trimestres glissants, base 100 au 1 er trimestre

3 Exploitation pédagogique 1. Identifier les facteurs à l origine du rebond conjoncturel du PIB a. Relevez dans le texte les composantes de la demande globale en soulignant en bleu celles qui ont dopé la croissance au 2 ème trimestre 2013 et en rouge celles qui ont eu un rôle négatif ou neutre. b. Après avoir rappelé ce qu on appelle l équilibre ressources = emplois et écrit l équation comptable, commentez-la en utilisant votre réponse à la question a. 2. Repérer les mécanismes en jeu c. Expliquez l évolution des stocks observée au 2 ème trimestre d. Quels sont les facteurs ayant soutenu la consommation des ménages sur cette même période? e. Pourquoi pouvait-on craindre au contraire un recul de la consommation? f. Comment s explique l évolution du solde du commerce extérieur sur la période? g. Parmi les éléments relevés dans vos réponses aux questions a et b, lesquels correspondent à des circonstances plutôt exceptionnelles? Qu en déduire quant à la dynamique de la reprise? 3. Utiliser les données statistiques pour développer l argumentation h. Utilisez le graphique 1 pour justifier l affirmation selon laquelle «le recul de l inflation soutient la consommation des ménages». i. Utilisez le graphique 2 pour illustrer l affirmation selon laquelle «l investissement reste en berne» : vous devez expliciter les données 2013 concernant les différentes composantes de l investissement. 3

4 Corrigé Reprise, es-tu là? Guillaume Duval, Alternatives économiques n 327, septembre [ ] Tout d'abord les entreprises, et notamment celles du secteur automobile, ont reconstitué leurs stocks. Cela serait, selon l'insee, à l'origine de 0,2 point de PIB sur le 0,5 gagné au second trimestre. Un phénomène classique : en période de ralentissement économique, les entreprises anticipent un recul des ventes et limitent fortement leur production de peur que les produits leur restent sur les bras. Mais souvent elles surréagissent, réduisant leurs stocks audelà du souhaitable. Du coup, elles doivent ensuite corriger le tir, ce qui semble s'être produit dans des proportions significatives en France, au printemps dernier. L'autre origine de ce rebond tient à la bonne tenue de la consommation des ménages, qui a progressé de 0,4 % au second trimestre. La résistance de la consommation des Français est une constante depuis [ ] En dehors de ce rebond inattendu de la consommation, l'évolution des autres grands postes des comptes nationaux reste cependant peu réjouissante. Les exportations se sont certes redressées de 2 % au printemps, mais les importations, tirées notamment par l'énergie, se sont elles aussi accrues de 1,9 %. Au total, l'équilibre du commerce extérieur français s'est à peine amélioré et celui-ci n'a pas contribué à la hausse du PIB. Surtout, l'investissement reste en berne avec une nouvelle baisse de 0,5 % [voir graphique 2]. [ ] 1. Identifier les facteurs à l origine du rebond conjoncturel du PIB a. Voir texte. b. Les ressources sont constituées des biens et services disponibles sur un territoire, soit le PIB et les importations. Les emplois sont les différentes utilisations des biens et services, soit les composantes de la demande globale, à savoir la consommation finale, l investissement et la variation des stocks, les exportations. PIB + Importations = Consommation finale + FBCF + Variation des stocks + Exportations PIB = CF + FBCF + VS + (X M) On peut ainsi expliquer la variation du PIB au 2 ème trimestre 2013 («le rebond») par les variations de la consommation finale (contribution positive), de l investissement, (contribution négative), de l évolution des stocks (contribution positive) et du solde du commerce extérieur (contribution nulle). 4

5 2. Repérer les mécanismes en jeu c. Cette évolution est le résultat d une reconstitution des stocks après un mouvement excessif de déstockage des entreprises (en particulier dans le secteur de l automobile) dans un contexte de récession marqué par le pessimisme des anticipations. d. L hiver long et froid qui a dopé la consommation d énergie ; la forte hausse des achats d automobiles après plusieurs années de chute des ventes ; la hausse du pouvoir d achat liée au recul de l inflation. e. A cause de la hausse des impôts liée à une politique budgétaire restrictive, qui pèse négativement sur le pouvoir d achat des ménages. f. Le solde (déficitaire) n a pas beaucoup bougé car, même si les exportations ont augmenté, les importations sont aussi en hausse du fait notamment de l augmentation des dépenses d énergie. g. L hiver prolongé (aléa climatique) et la reconstitution des stocks, notamment dans l automobile, liée à un phénomène de rattrapage des achats de voitures après plusieurs années de baisse. Ces évènements ne sont pas récurrents, ils ont un caractère très conjoncturel. La reprise est donc fragile, il n est pas sûr qu elle soit durable. L évolution de l investissement sera décisive pour la confirmer ou non. 3. Utiliser les données statistiques pour développer l argumentation h. Le recul de l inflation est visible dans l évolution des prix à la consommation : alors qu ils avaient augmenté de 2,5 % en rythme annuel fin 2011, leur hausse est descendue progressivement à 0,9 % en juin. Parallèlement, les salaires ont un peu décéléré, mais moins que les prix : alors qu ils augmentaient à un rythme annuel de 2,2 % fin 2011, leur hausse a avoisiné les 1,9 % en rythme annuel mi De sorte que le pouvoir d achat des salaires, en baisse fin 2011 puisque la hausse des salaires était alors inférieure à la hausse des prix, a recommencé à augmenter. Le gain de pouvoir d achat du salaire est de l ordre de 1 % annuel mi Ainsi, comme il n y a pas eu de changements notables dans l évolution des salaires, c est bien le recul de l inflation qui a soutenu le pouvoir d achat et, par-là, la consommation. Attention à ne pas confondre recul de l inflation et baisse des prix : le graphique montre que, sur la période , les prix sont toujours orientés à la hausse, sauf en On peut également remarquer qu accélération des salaires et gain de pouvoir d achat des salaires ne vont pas forcément de pair (ex : fin 2007-début 2008). i. Le graphique confirme que l investissement reste orienté à la baisse, qu il s agisse des ménages, des entreprises ou des administrations publiques. Ainsi, l investissement 5

6 des ménages (essentiellement l achat de biens immobiliers) est aujourd hui inférieur de 15,6 % à son niveau du 1 er trimestre 2008 ; celui des entreprises est à l indice 92,2 en juin 2013, base 100 au 1 er trimestre 2008, soit près de 8 % inférieur à son niveau d il y a 5 ans, tout comme l investissement public qui l est d un peu plus de 8 %. L investissement privé (ménages et entreprises), qui, après avoir beaucoup chuté en , s était un peu redressé en 2010 et 2011, reste orienté à la baisse depuis. L investissement public, qui avait joué un rôle contra-cyclique en , n exerce plus cette action. 6

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