Menschenrechte Human Rights Droits de l Homme. Anne Schreiber Les droits de l Homme au Myanmar/Birmanie: l Église sous la dictature militaire

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1 Internationales Katholisches Missionswerk e.v. Œuvre Pontificale Missionnaire Secteur «Droits de l Homme» Dr. Otmar Oehring (éditeur) Postfach D Aachen Tel.: Fax: missio 2004 ISSN Numéro de commande Menschenrechte Human Rights Droits de l Homme Anne Schreiber Les droits de l Homme au Myanmar/Birmanie: l Église sous la dictature militaire

2 Le secteur «Droits de l Homme» s est fixé comme objectif de faire mieux connaître la situation des droits de l Homme dans les pays d Afrique, d Asie et d Océanie. Afin de nous rapprocher de cet objectif, nous nous impliquons au sein des réseaux qui œuvrent dans le domaine des droits de l Homme, et encourageons les partenaires religieux de missio en Afrique, Asie et Océanie à dialoguer avec des décideurs religieux et politiques en République fédérale d Allemagne. Dans la série «Droits de l Homme», nous publions des études sur différents pays et sur différents thèmes, ainsi que les conclusions de congrès d experts. Depuis quarante ans, l Union du Myanmar se trouve sous le coup d une dictature militaire. Les habitants vivent dans un climat de peur. Ils n ont aucune sécurité juridique car la Constitution est suspendue depuis Les Églises chrétiennes, qui ne représentent qu une petite minorité dans le pays, subissent restrictions, contrôles et répression. Leurs membres sont presque exclusivement issus des minorités ethniques du pays. Les Églises sont ainsi des églises minoritaires à double titre. Il est difficile de pouvoir se faire une idée exacte des violations des droits de l homme dans ce pays en raison des fortes restrictions que subissent la liberté de parole et de la presse, du droit de réunion et de liberté de mouvement visant les autochtones comme les étrangers. On soupçonne que les services secrets contrôlent chaque , chaque fax, tout ce qui arrive ou quitte le pays. Malgré ces conditions compliquées, on dispose de rapports d institutions et d organisations spécialisées sur la situation des droits de l homme au Myanmar. L étude ici présente se concentre sur la situation des minorités ethniques et/ou religieuses. Les Églises chrétiennes, et particulièrement l Église catholique, en forment le cœur. Grâce à ses études, à ses multiples séjours en Asie et à son travail actuel, Anne Schreiber possède des connaissances approfondies de l espace asiatique et des Églises locales en Asie du Sud et au Myanmar. Elle vit en Allemagne et travaille dans le secteur du dialogue interculturel en philosophie et en théologie. Publications parues/en préparation 1 La situation des Droits de l Homme en République populaire de Chine Liberté de religion en allemand (2001) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande Droits de l Homme en République Démocratique du Congo: de 1997 à nos jours. Un défi pour les Eglises en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2001) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme en Indonésie liberté religieuse et violence en allemand (2001) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Timor-Oriental La voie ardue de la fondation de l État en allemand (2001) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme en Turquie Laïcisme signifie-t-il liberté religieuse? en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande Des chrétiens persécutés? Documentation d une conférence internationale à Berlin 14/15 septembre 2001 en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande Mutilations sexuelles chez les fillettes et les femmes. Evaluation d une enquête exécutée auprès de collaborateurs d institutions de l Eglise Catholique en Afrique en allemand (2003) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande Mutilations sexuelles chez les fillettes et les femmes Rapport sur l état de la situation au Soudan en allemand/en anglais/en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Vietnam. Liberté religieuse. en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Sri Lanka. Sur l engagement de l Eglise en faveur de la paix et de la dignité humaine en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Zimbabwe. en allemand (2002) Numéro de commande en anglais (2002) Numéro de commande en français (2002) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme en Corée du Sud. en allemand (2003) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Soudan. en allemand (2003) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Nigeria. en allemand (2003) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande La situation des Droits de l Homme au Rwanda. La vie arès le génoicide en allemand (2003) Numéro de commande en anglais (2003) Numéro de commande en français (2003) Numéro de commande Les Droits de l Homme au Myanmar/Burmanie. L Église sous la dictature militaire en allemand (2004) Numéro de commande en anglais (2004) Numéro de commande en français (2004) Numéro de commande La liberté religieuse au royaume du Cambodge en allemand/en anglais/en français (2004) Numéro de commande Toutes les publications sont aussi disponibles comme fichiers PDF.

3 1 Inhalt 2 Données générales sur la Birmanie/Myanmar 3 1. Introduction Birmanie, Burma ou Myanmar L étude 4 2. Les relations de l État, de la société et des religions Une liberté religieuse avec des points d interrogation Régime militaire et bouddhisme Régime militaire et minorités ethniques ou religieuses État et islam État et christianisme 8 3. Aspects historiques des relations entre État, société et Églises chrétiennes Les phases de la mission chrétienne en Birmanie La mission catholique La mission baptiste La mission anglicane Autres missions Aspects historiques des relations entre bouddhistes et chrétiens Situation des Églises chrétiennes après l indépendance Les chrétiens dans la société actuelle Relations entre bouddhistes et chrétiens aujourd hui La force cachée des communautés chrétiennes La situation des Églises chrétiennes aujourd hui Les relations entre les Églises chrétiennes L Église catholique au Myanmar 20 Structures de l Église et style de direction 20 Inculturation et théologie contextuelle 21 Dialogue interreligieux 21 Concepts et visions 22 La formation des théologiens 22 Engagement social et politique 23 Corruption Une Église en éveil Invitation à s engager pour la justice, la paix et la réconciliation Les défis lancés à l Église catholique au Myanmar 25 Changement structurel 25 La promotion des laïcs 26 Dialogue et solidarité 27 Option pour les pauvres 28 Inculturation et théologie contextuelle 28 La formation et l action des prêtres 28 Egalité des sexes 29 Constitution d une société civile L action des organisations d aide humanitaire au Myanmar Accompagnement Sensibilité Egalité entre les sexes Les communautés de base Coopération Aide humanitaire et la constitution d une société civile La promotion des laïcs Transparence Durabilité Aide à l autonomie Les défis lancés à la politique internationale Les sanctions économiques Le rôle de l ASEAN Le défi lancé aux gouvernements Le défi lancé aux Nations Unies Conclusion Bibliographie 40 Monographies 42 Informations et articles de revues 43 Bibliographie électronique 45 Entretiens et interviews 46 Annotations

4 2 3 Données générales sur la Birmanie/Myanmar 1 Nom Union de Myanmar (également appelée Birmanie ou Burma en anglais). Superficie km 2 dont km 2 de terres 2. Habitants Population Myanmar est un État multiethnique. Les Birmans 4 représentent le plus grand groupe ethnique (69 %). Les autres groupes sont les Shans (8,5 %), les Karens (6,2 %), les Arakans ou Rohingyas (4,5 %), les Môns (2,4 %), les Chins (2,2 %), les Kachins (1,4 %) et de petites minorités ethniques ainsi que des Indiens (1 %) et des Chinois (1-2 %). 5 Croissance Le taux de croissance est de 1,7 %. 6 démographique Espérance de vie 55 ans : 57 pour les femmes et à peine 54 pour les hommes. Langues La langue officielle est le birman. Les minorités ethniques parlent toutes leur propre langue. Taux d alphabétisation Le taux d analphabétisme est bien supérieur pour les femmes (19 %) que pour les hommes (11 %). 7 État Dans cette ancienne république socialiste qui s est dotée d une constitution en 1974, le régime du «State Law and Order Restoration Council» (SLORC), (Conseil d État pour la restauration du droit et de l ordre) prend le pouvoir en 1988 à la faveur d un coup d État militaire. Depuis 1997, l exécutif est aux mains du «State Peace and Development Council» (SPDC), Conseil d État pour la paix et le développement, composé de 19 membres et issu du SLORC. Le pays, dont la capitale est Yangon (autrefois Rangoon) est divisé en 7 États et en 7 divisions administratives. Organe constitutionnel Le Parlement élu en 1990 (Assemblée populaire) avec 485 suprême membres ne put entamer ses travaux. La Convention nationale instituée en 1993 avec 700 membres (dont 600 désignés par l armée) est l assemblée constituante. Elle avortera en Chef d État Depuis le 25 août 2003, le chef du gouvernement (premier ministre) est Khin Nyunt, l ancien chef des services secrets. 8 Than Shwe, l ancien chef d État et de gouvernement et président du SLORC, assume les fonctions nouvellement créées de président. L âge du droit de vote est de 18 ans, les dernières élections se sont déroulées en Religions 89 % des habitants sont bouddhistes (bouddhisme Theravada), majoritairement des Birmans, 4 % sont chrétiens (dont 3 % de baptistes et 1 % de catholiques), ils sont majoritairement issus des différentes minorités ethniques, 4 % sont musulmans, ils font partie du peuple des Rohingyas/Arakans, 1 % sont de religions animistes et il existe encore 2 % d autres religions, comme les hindous, pour la plupart des Tamouls indiens Introduction La Birmanie (Burma, Myanmar décrite dans des sources sri-lankaises anciennes comme le «pays doré» (suvannabhumi) 10 éveille en nous aujourd hui encore des images de pagodes chatoyantes, de robes de moines virevoltantes, d exotisme et de méditation pacifique. Le lent isolement du pays dans lequel vit le «peuple préféré de Bouddha», 11 favorisa engouements et transfigurations. Des titres d ouvrages tels que «Birmanie. Le bonheur de la vie simple» le prouvent. 12 Dans les années 1980 cependant, le pays fit les gros titres des journaux. Ils n invitaient pas à l engouement. On y parlait de putsch militaire, de dictature et de violations des droits de l homme. Pour ceux qui voulurent bien le voir et l entendre, il fut mis brutalement fin à la transfiguration. Et jusqu à aujourd hui, il est fait état de violations des droits de l homme de tous types, d enfants soldats et de traite des femmes, de travail forcé et de déplacements, d épurations ethniques et d émeutes, de même que de trafic de drogue et de ses conséquences, telles que le sida par exemple. Toutefois, ces informations ne sont pas accessibles d emblée. Souvent, on ne les trouve que dans des publications spécialisées. La Birmanie n apparaît presque jamais dans nos médias «normaux», sauf si le leader de l opposition et prix Nobel de la paix, madame Aung San Suu Kyi est à nouveau arrêtée, comme ce fut le cas en mai La «pays doré» ne l est plus que pour les puissants ou encore pour les touristes. Ces derniers voyagent par exemple avec un «visa de méditation» à travers le pays, afin de se laisser envoûter par ses multiples trésors sans s apercevoir des atrocités qui s y produisent jour après jour. 1.1 Birmanie, Burma ou Myanmar Les difficultés à décrire un pays qui n est desservi que par quelques rares compagnies aériennes commencent dès sa dénomination. Quelle que soit celle qu on choisisse, un certain malaise persiste. «Birmanie» est le nom que les Portugais lui ont donné, par référence à l appellation «Mbirma» en langue Môn. Les colonisateurs anglais parlaient de «Burma», qui provient de «bama» un terme courant en Inde. Depuis 1989, le pays s appelle officiellement Myanmar. Le gouvernement voulait par ce biais «souligner l identité spécifique (du pays) par rapport à une désignation coloniale ainsi que sa diversité culturelle». 13 Car le Myanmar est un État pluriethnique. Mais précisément les «peuples non Birmans et beaucoup de dissidents rejettent cette réforme, car ils considèrent qu il s agit de poudre aux yeux. De plus, les linguistes font dériver Myanmar de Bama, ce qui donc ne décrit que les Birmans». 14 Afin de ne suivre ni la dictature mili-

5 4 5 taire, ni d éviter totalement d utiliser la désignation officielle du pays, nous emploierons indifféremment Birmanie ou Myanmar dans cette étude. Nous renonçons en revanche à l ancienne dénomination «Burma» utilisée par les colons anglais, car elle est peu appréciée dans le pays. 1.2 L étude Il est difficile d obtenir des connaissances précises sur les violations des droits de l'homme dans le pays. Ceci est dû d une part aux fortes restrictions en matière de liberté de parole et de la presse, du droit de réunion et de l absence de liberté de mouvement touchant les autochtones comme les étrangers. Par ailleurs, on ne parle pas ouvertement de violations des droits de l homme dans le pays. On soupçonne que les services secrets contrôlent chaque , chaque fax, tout ce qui arrive ou quitte le pays. 15 Malgré ces conditions compliquées, on dispose de rapports d institutions et organisations spécialisées sur la situation des droits de l homme au Myanmar. 16 L étude ici présente se concentre sur la situation des minorités ethniques et/ou religieuses. Les Églises chrétiennes, et particulièrement l Église catholique, en forment le cœur. En partant d une description de la situation, nous étudierons quelques recommandations pour le travail des États, des Églises ou d organismes caritatifs au Myanmar ou pour le travail de l Église catholique. 2. Les relations de l État, de la société et des religions 17 La suspension de la Constitution de 1974 depuis 1988 rend floue la situation juridique en Birmanie. Depuis 1993 certes, différents projets de constitution étaient en discussion, mais aucun n a encore été présenté. Le flou de ces circonstances favorise l arbitraire. Il peut s observer à tous les échelons et peut toucher tous les individus. Car il n existe aucune garantie juridique. Ce qui est décidé aujourd hui n aura peut-être plus cours dès demain. 2.1 Une liberté religieuse avec des points d interrogation Bien qu il n existe pas de religion d État officielle au Myanmar, le gouvernement militaire accorde une claire préférence ou préséance au bouddhisme. Les minorités ethniques, qui se confondent largement avec les minorités religieuses, sont réprimées, opprimées et persécutées. La Constitution de 1974 garantissait la liberté de culte, à condition que celle-ci ne contrevînt pas au droit en vigueur ou à l intérêt public : «Tous les groupes ethniques ont droit d exercer librement leur culte, à condition que l usage de cette liberté ne contrevienne pas à la loi ou à l intérêt public.» 18 La liberté de culte est aussi proclamée par le gouvernement militaire actuel. Les fidèles des religions recensées par l État jouissent d une certaine liberté dans l exercice de leur religiosité. On peut à nouveau observer cependant des restrictions relatives aux activités religieuses ou des atteintes à la liberté religieuse. Le régime militaire prend notamment des mesures restrictives lorsque des groupes religieux s engagent pour la démocratisation du pays ou pour le respect des droits de l homme. Ceci vaut pour les fidèles de toutes les religions, même pour les bouddhistes qui constituent la grande majorité avec près de 90 % de la population. Toutefois ce sont les musulmans qui subissent le plus de restrictions, et de violences répétées à leur encontre. 2.2 Régime militaire et bouddhisme Le bouddhisme est entre toutes les grandes religions du monde celle qui a la plus longue tradition en Birmanie. Il s y implanta dès le 5 e /6 e siècle après JC. 19 Les deux éléments, majorité et tradition, 20 peuvent expliquer pourquoi le bouddhisme constitue la religion privilégiée par le gouvernement actuel. Il existe toutefois d autres raisons plus pertinentes et relevant du pragmatisme politique qui amenèrent le régime militaire à se rapprocher du bouddhisme et avant tout à le professer. Même les dictateurs ont besoin d un soutien populaire afin de pouvoir s affirmer durablement. En «privilégiant» le bouddhisme, les généraux du Myanmar se raccrochent à des traditions anciennes : les souverains en tant que promoteur du bouddhisme. En effet, le peuple suit ceux qui protègent le bouddhisme. La préférence donnée au bouddhisme ne doit cependant pas masquer que la relation du gouvernement militaire à la communauté bouddhiste est ambivalente. L ambivalence se décèle particulièrement à l endroit du clergé bouddhiste, que le régime tente de contrôler. 21 Le fait que le régime ait infiltré des espions dans la communauté des moines est un secret de Polichinelle. Ceci aboutit à ce qu au sein de la communauté des moines, personne ne puisse compter sur quiconque, à ce que l on se méfie les uns des autres. Ainsi, d un côté le gouvernement a besoin de la proximité avec le bouddhisme pour se légitimer et se soutenir lui-même. D un autre côté, il opprime, conformément à ses

6 6 7 intérêts, tout engagement pour la démocratisation ou pour le respect des droits de l homme. Les moines qui s engagent en ce sens sont emprisonnés et réduits au silence. 2.3 Régime militaire et minorités ethniques ou religieuses Les notions de minorités «ethniques» ou «religieuses» sont pratiquement interchangeables en Birmanie. Les membres des minorités religieuses en effet se recrutent presque exclusivement parmi les minorités ethniques. Ce seul fait peut suffire à conduire à des tensions et à des conflits entre la majorité et les minorités. A cela s ajoute qu au Myanmar, les tensions entre les divers groupes ethniques semblent être bienvenues aux yeux du régime militaire. Les émeutes et les violences sont un bon moyen pour légitimer les restrictions et les mesures de contrôle État et Islam 22 La minorité la plus persécutée est celle des musulmans. Ils subissent des violences répétées à leur encontre, comme en février et en mai Il est interdit de construire de nouvelles mosquées, la population musulmane est soumise à une stricte interdiction de voyager. Les musulmans sont majoritairement des Rohingyas, mais font partie également de trois autres groupes ethniques. 23 Ils vivent pour grande partie dans l État (fédéré) de l Arakan. Ils sont discriminés au niveau législatif, économique et social. L État refuse par exemple d accorder la nationalité à la plupart des Rohingyas en vertu d une loi extrêmement restrictive. Cela a de nombreuses répercussions. Ces non citoyens n ont pas le droit de quitter leur village sans une autorisation officielle, leurs enfants n ont pas accès à l instruction dans une école publique au-delà du primaire. Klemens Ludwig, de longues années durant responsable de l Asie au sein de la «Société pour les peuples menacés», cite un taux d analphabétisme qui atteint 90 % chez les Rohingyas. 24 On fait état de déplacements forcés, d isolation, de destructions de mosquées et d abandons contraints au profit de la construction d institutions bouddhistes. Ces derniers faits empoisonnent les relations, déjà difficiles, entre la minorité musulmane et la majorité bouddhiste. Lors de violences à l encontre des musulmans, les forces de sécurité semblent tarder à intervenir. Certains rapports mentionnent que des militaires, déguisés en moines bouddhistes, prennent part aux exactions. Même si l on ne peut prouver aucune participation directe de l État aux actes de violence contre la population musulmane, il est manifeste que la violence est tolérée. Kanbawza Win parle de Rohingyas qui ont fui chez le voisin bengalais. 25 Si on interroge les Birmans sur les raisons de ces persécutions et oppressions de la population musulmane, on se heurte à des préjugés fort répandus. On entend que les musulmans sont une minorité radicale et fondamentaliste qui entretient des relations avec le terrorisme international et ne recule pas devant le meurtre. Les personnes plus ouvertes et sans aucun doute également plus instruites estiment que ces jugements sont le résultat d une propagande gouvernementale réussie, et que le gouvernement met à profit pour que pratiquement aucun Birman ne se convertisse jamais à l Islam. La population musulmane est considérée par les Birmans comme indienne et donc comme étrangère. Le journaliste Cem Ozturk avance une autre explication, parfaitement plausible, des exactions à l encontre des musulmans «[ ] Ce n est pas un hasard, si les tensions entre bouddhistes et musulmans, qui autrefois étaient en temps de crises attisées par Yangon, réapparaissent maintenant avec encore plus de force.» 26 En d autres termes, ça signifie que les émeutes ethniques servent de manœuvre de diversion. Depuis l arrestation du leader de l opposition, madame Aung San Suu Kyi, en mai 2003, le régime militaire a de nouveau un problème de justification. Et Cem Ozturk écrit que «[ ] le danger est que ces conflits religieux détournent l attention de l opinion publique mondiale des véritables problèmes fondamentaux au Myanmar à savoir la répression continuelle de sa population par une dictature militaire impopulaire.» État et christianisme 28 Les chrétiens aussi fuient Myanmar, afin d échapper aux persécutions et à la discrimination. Il est possible de lire en détail la longue série de restrictions que subissent les chrétiens dans le rapport du ministère des Affaires étrangères des Etats- Unis, le «Rapport international sur la liberté religieuse». 29 Les chrétiens, comme toutes les autres minorités religieuses, sont discriminés en matière de formation scolaire et d éducation. La construction de nouvelles maisons de Dieu se heurte à des complications, quand elle n est pas interdite, et l annonce de l évangile n est possible que de manière très limitée. Les publications, de même que l importation de littérature religieuse, sont soumises à la censure et à des restrictions. Les voyages des ecclésiastiques à l intérieur du pays sont enregistrés, les voyages à l étranger font l objet d une autorisation spéciale. 30 Les forces de sécurité s en prennent constamment aux chrétiens, en enfermant des prêtres, en détruisant des églises, 31 et en interdisant des services religieux. Les contrôles, les discriminations et les ingérences sont particulièrement forts dans l État de Chin, dans lequel vivent beaucoup de chrétiens. Ces derniers sont mis à contribution pour effectuer des travaux forcés, par exemple nettoyer des temples bouddhistes et les maintenir

7 8 9 en bon état. Les chrétiens sont contraints de soutenir les moines des monastères bouddhistes. On rapporte des conversions forcées au bouddhisme. La liste des reproches pourrait se poursuivre. Cette énumération met en évidence les raisons pour lesquelles un climat de peur est créé dans les minorités ethniques par le biais de contrôles permanents, de restrictions et d ingérences, climat qui paralyse toute activité qui irait au-delà du souci de la survie quotidienne. Dans un tel climat, il est tout à fait naturel qu aucune alliance de solidarité ne se noue entre les divers groupes ethniques ou religieux du pays. De telles alliances, par exemple entre la majorité bouddhiste et la minorité chrétienne, sont de plus entravées par de subtiles manœuvres tactiques de la junte militaire. Les groupes religieux et ethniques sont utilisés les uns contre les autres de multiples manières. Mais les raisons des tensions entre bouddhistes et chrétiens sont également enracinées dans le passé. La puissance coloniale anglaise privilégiait les minorités ethniques et les manipulaient pour conserver son pouvoir. 3. Aspects historiques des relations entre État, société et Églises chrétiennes Les relations de l État et de la société avec les Églises chrétiennes locales au Myanmar sont jusqu à aujourd hui marquées par l histoire de ces Églises dans le pays Les phases de la mission chrétienne en Birmanie 32 Les premières traces d une présence chrétienne dans la région de l actuel Myanmar remontent au 13 e siècle et à l invasion à partir du Turkestan de Kubilay Khan et de son armée, qui comportait des chrétiens «nestoriens». Ces Mongols semblent avoir été les premiers chrétiens en Birmanie. Leur présence est attestée par une fresque dans une grotte de Pagan, qui montre des croix latines et grecques La mission catholique Au 15 e siècle, la découverte de la route maritime vers l Inde par Vasco de Gama (1497) fit venir des missionnaires portugais en Extrême-Orient. Ils vinrent en tant qu aumôniers des marins, des soldats et des colons. Un chrétien birman écrit à propos de cette période : «La personne la plus remarquable de cette époque fut Philip de Brito y Nicote. Il vint à Burma comme steward de marine et entra au service du roi de Pegu. Celui-ci lui confia la fonction de directeur des douanes de la ville portuaire de Syriam. De Brito se hâta de fortifier la ville et annonça que Syriam était désormais placée sous l autorité du roi portugais. Lui-même se nomma roi du Sud-Burma. Durant ses 13 années de règne, environ indigènes se convertirent à la foi catholique, dont un prince et poète connu. De Brito n avait aucun respect pour les monuments et pagodes bouddhistes. Il les détruisait et les pillait partout où il se rendait, ce qui amena les bouddhistes à lui opposer une âpre résistance. En 1613, ils firent tomber Syriam et assassinèrent de Brito.» 33 Cette présentation certainement fortement simplifiée, et dont émane une certaine amertume, met deux faits en évidence : le christianisme arriva en Birmanie par le biais de puissances étrangères et colonisatrices. Leurs représentants et également les missionnaires n ont pas toujours eu le respect nécessaire pour les religions qui existaient dans le pays. Leur ignorance et leur mépris sont attestés par les commentaires de missionnaires de diverses communautés. 34 Les catholiques du Myanmar fixent l année réelle de la fondation de leur Église en l an En 1719, le pape Clément XI envoya des missionnaires de l ordre italien des barnabites en Chine. Sur la route du retour, le nonce apostolique choisit deux des missionnaires pour les royaumes d Ava et de Pegu. «L historiographie officielle de l Église catholique du Myanmar débute en 1720 avec l installation de deux prêtres italiens, Sigismond Calchi et Joseph Vottoni de la congrégation barnabite dans le royaume d Ava.» 36 Sous leur direction, des orphelinats et des hôpitaux furent construits et les premiers chrétiens autochtones furent ordonnés prêtres. Ces derniers commencèrent à traduire la Bible et d autres ouvrages en birman. 37 D autres congrégations succédèrent aux barnabites, telles que les oblats, les «sœurs du Bon-Pasteur» irlandaises et plus tard également des jésuites américains La mission baptiste La plus grande Église chrétienne au Myanmar est la «Burma Baptist Convention», qui remonte au travail d évangélisation des baptistes américains Adoniram et Ann Judson. Ils atteignirent Yangon le 12 juillet En 1826, le siège central de l Église fut déplacé à Mawlamyine, d où l Église se propagea dans toute la Birmanie. En 1827, elle arrivait chez les Karens, en 1845 chez les Chins, et en 1876 chez les Kachins. Aujourd hui encore, plus de 75 % des baptistes sont issus de

8 10 11 ces trois minorités ethniques. 39 A sa mort, Adoniram Judson ne laissait pas seulement 63 communautés baptistes, 40 mais aussi une œuvre littéraire qui est célèbre jusqu à aujourd hui : en 1840, il avait traduit toute la Bible en birman. En 1852 parut son dictionnaire anglais-birman La mission anglicane Avec la puissance coloniale anglaise, les prêtres anglicans trouvèrent également au 19 e siècle la route du pays. «Outre les baptistes, des ecclésiastiques militaires anglicans vinrent à la suite de la 1 re guerre anglo-birmane de en tant que missionnaires. Aux yeux des Birmans, ils représentaient les intérêts de la couronne brit., particulièrement en ce qui concerne le travail d évangélisation accru de la Society of the Propagation of Gospel (SPG) après l annexion de la B.-inf. en tant que province des Indes-brit. en 1853 et encore plus après l abolition du bouddhisme comme religion d État en 1885 par le gouvernement colonial brit.» 41 En 1877, le premier diocèse anglican est créé à Yangon. La figure la plus en vue de cette époque fut le missionnaire Jonathan Ebenezer Marks. Il fonda en 1863 le St. John s College à Yangon et en 1869 une école à Mandalay, qui fut fréquentée par des princes de la famille royale, dont Thibaw, le dernier roi de Myanmar Autres missions «L Armée du salut est active depuis 1915 en Birmanie, les adventistes depuis 1919, les Assemblies of God depuis 1930, la Church of Christ depuis 1949 et les presbytériens depuis Alors que les trois premiers groupes cités s installèrent dans le pays grâce à des missionnaires occidentaux, la naissance de l Église presbytérienne est due à des chrétiens indiens qui émigrèrent en Birmanie après la Seconde Guerre mondiale et fondèrent l Église. La Church of Christ vit le jour dans des circonstances analogues, par le biais de l immigration de chrétiens chinois. Les Églises autochtones indépendantes furent fondées à partir des années vingt de ce siècle [20e] par des chrétiens birmans, qui se scindèrent des Églises traditionnelles. En 1922 naquit la Self Supporting Karen Baptist Society qui se sépara de la Burma Baptist Convention. Par ailleurs, il se constitua deux Églises anglicanes indépendantes et une Église méthodiste indépendante.» 43 La citation transmet l impression qu il existe une multitude d Églises et de communautés chrétiennes au Myanmar. Cette multitude s accroît encore aujourd hui. Les Églises pentecôtistes par exemple et les mouvements charismatiques prennent de l influence depuis les années 90 du siècle dernier. Certes non pas parmi les bouddhistes, mais en revanche toujours plus parmi les fidèles des Églises chrétiennes institutionnalisées. Le «World Churches Handbook» cite 38 Églises ou communautés en Birmanie, dont certaines ne comptent que quelques centaines de membres. 44 Aussi différentes que puissent être les Églises en Birmanie, elles ont toutes en commun que leurs missionnaires recrutèrent leurs fidèles avant tout dans les minorités ethniques qui n étaient pas bouddhistes. Aujourd hui encore, les chrétiens sont majoritairement issus des minorités Chin, Kachin et Karen. Ceci fait des Églises chrétiennes des Églises minoritaires à double titre, par le nombre et par l appartenance ethnique. En outre, les Églises chrétiennes établies depuis longtemps ont été importées de l extérieur dans le pays, c est-à-dire par des puissances étrangères. Un héritage auquel les Églises chrétiennes du Myanmar sont obligées de se confronter aujourd hui encore. «Durant la colonisation, beaucoup de convertis furent recrutés par les missionnaires au sein des minorités ethniques. Ceci se répercuta par une scission ethnique, religieuse et culturelle entre les minorités ethniques chrétiennes et la majorité bouddhiste Bamar-(birmane). Cette scission se creusa avec le développement d un mouvement nationaliste fondé sur le traditionalisme bouddhiste. Pour les nationalistes, les chrétiens étaient un groupe orienté vers l Occident et qui, sur le plan politique, sympathisait avec les Britanniques.» Aspects historiques des relations entre bouddhistes et chrétiens La citation ci-dessus d un chrétien birman montre déjà clairement que les missionnaires chrétiens traitèrent bien trop souvent le bouddhisme avec ignorance et mépris. La citation suivante illustre aussi ce mépris et cette ignorance. Il ne s agit que d une preuve parmi de nombreuses autres de la critique chrétienne à l encontre du bouddhisme et de ses représentants : «Les bouddhistes birmans n ont pas entrepris la moindre chose pour adoucir la misère de leurs parias [? sic!]. Et quoi qu ils aient pu avoir donné en aumônes sporadiques et ridicules ce ne fut pas par pitié mais par égoïsme

9 12 13 [ ] C est à ça que ressemble le bouddhisme en théorie et en pratique. Le bouddhisme se glorifie d être une religion de l amour et de la paix. Mais son amour est amour de soi, sa paix est autosuffisance et indifférence pour la souffrance des autres. Toutefois, les missionnaires chrétiens leur donnent une leçon saisissante.» 46 Il est peu étonnant qu une telle attitude de l élite spirituelle ne restât pas ignorée des bouddhistes birmans, qu elle provoquât des blessures et se heurtât à des réactions et des critiques en retour. Les chrétiens étaient synonymes d un double mal : d une part en tant que puissance coloniale anglaise, ils prouvaient leur surpuissance militaire, de l autre ils prétendaient être supérieurs sur le plan idéologique, religieux et culturel. Ce qui est aujourd hui donné comme atteinte à la liberté du culte dans le «Rapport international sur la liberté religieuse» du «ministère des Affaires étrangères américain», paraît pour part être un renversement de l histoire. On y déplore la destruction d Église et l obligation faite aux fidèles d autres religions de suivre des cours de religion bouddhiste, or il se passait la même chose mais sous des auspices inverses il y a encore 200 ans. Les responsables des écoles missionnaires se refusaient à «accorder à des élèves bouddhistes la possibilité de participer aux cérémonies religieuses lors de fêtes bouddhistes. Ce n est qu en 1931 que le gouvernement interdit l enseignement religieux obligatoire pour les élèves d autres religions dans les écoles chrétiennes, sans autorisation expresse des parents.» 47 Même si un tort n en légitime pas un autre ni ne peut le relativiser, il peut inciter à réfléchir et à adopter une certaine prudence dans le jugement des faits historiques. A cela s ajoute que le mépris et l arrogance évoqués plus haut sont la manifestation d une conviction que l on peut encore observer dans les Églises chrétiennes. Par exemple, les récents documents de l enseignement catholique soulignent à nouveau que Jésus est l unique rédempteur et que l Église est nécessaire au salut. 48 Une telle attitude ne peut que rouvrir de vieilles blessures, mener à la méfiance et à l incompréhension, même si l Église catholique après Vatican II montra un certain respect pour les autres religions et les reconnut dans une certaine mesure. 3.3 Situation des Églises chrétiennes après l indépendance Les transformations radicales que la puissance coloniale avait opérées dans les structures sociales s exprimèrent après l indépendance. Le fait que les colons anglais aient privilégié les minorités ethniques, qu ils aient supprimé le lien entre État et Sasana (doctrine bouddhiste) etc. avait influé sur l amour-propre de la majorité bouddhiste birmane. Suivant une «vieille stratégie coloniale anglaise,» les Britanniques avaient tenté «de créer un équilibre précaire dans la politique intérieure, en se servant d une tribu contre les autres, parce que dans ce pays impraticable leur armée n aurait jamais suffit à maintenir la paix et l ordre par la violence». 49 Mais même les succès d évangélisation des Églises catholiques auprès des minorités ethniques eurent des conséquences sur l entente entre les différents groupes ethniques : «Parmi les Birmans mêmes, la mission chrétienne ne rencontra pas grand succès malgré la tolérance générale que les rois avaient eu pour les minorités religieuses. Les immigrés indiens étaient pour part hindous, pour part musulmans. La coïncidence partielle entre appartenance ethnique et religieuse, qui en résulta, a contribué à ce que se produise une identification nationale birmane et bouddhiste et à donner une dimension politique à la religion. Dans ces processus, pesa aussi le fait que les minorités agressives sur le plan économique (Indiens, Chinois), de même que les colons et les minorités parvenues à un meilleur statut social grâce à leur loyauté à l égard de la puissance coloniale (en premier lieu les Karens) n étaient pas simplement d autres peuples par rapport aux Birmans, mais des groupes culturels et religieux totalement différents.» 50 La Birmanie devint indépendante en Durant les premières années de l indépendance, les Églises chrétiennes purent se reposer des atrocités de la Seconde Guerre mondiale et de l occupation japonaise. 51 Des Églises furent reconstruites, des prêtres étrangers et des missionnaires revenaient dans le pays. L Église catholique crût, de nouveaux diocèses furent créés et en 1957 le premier séminaire catholique fut ouvert avec huit étudiants. 52 Pourtant dès 1949, les difficultés pointèrent à l horizon. Et peu après l indépendance, éclata la guerre civile durant laquelle les minorités ethniques luttèrent pour leurs droits ou leur autonomie, tout d abord les Karens (1949), puis les Kachins (1961) et enfin les Chins (1964). 53 Les mésententes et le chaos qui régnait dans le pays fournirent en 1962 la possibilité au général Ne Win de réaliser un coup d État militaire. Il s empara du pouvoir, suspendit la Constitution, 54 et mena le pays à un plus grand chaos encore avec sa «voie birmane vers le socialisme», à la ruine économique et à l isolement total. Le pays fut coupé du monde extérieur des décennies durant. Le changement de pouvoir eut des conséquences majeures pour les Églises chrétiennes du pays. En 1965, la nationalisation des écoles missionnaires et hôpitaux chrétiens

10 14 15 débuta. Les Églises perdirent d un seul coup la plus grande part de leurs biens. En 1966, tous 55 les missionnaires étrangers du pays furent expulsés. 56 La presse et les publications, donc également les chrétiennes, subirent des restrictions drastiques et étaient soumises à des contrôles les plus sévères. Les langues des minorités ne furent pratiquement plus enseignées. Il y eut de graves conflits accompagnés de déplacements forcés en masse, ainsi que de mouvements d exode dans les pays limitrophes. Si le régime s était attendu à ce que les Églises chrétiennes perdissent des fidèles sous le coup d une forte pression et de l isolement, il se trompa lourdement. Lian H. Sakhong écrit à ce propos : «Excepté le fait que les chrétiens étaient profondément malheureux et vivaient dans la peur, les non-chrétiens avaient mal jugé l Église chrétienne à deux égards.» 57 Jusqu en 1966 les non-chrétiens, particulièrement les politiciens birmans nationalistes, partaient du fait que l existence des chrétiens en Birmanie reposait sur leur mission sociale, c est-à-dire sur les hôpitaux et les écoles et sur la présence de missionnaires étrangers. La conception, selon laquelle les Églises seraient rapidement affaiblies et dépériraient sans l influence des forces étrangères et les bénédictions par les contacts étrangers et «impérialistes», s avéra fausse. Les Églises chrétiennes crûrent encore dans les minorités. Alors qu en 1966 seuls 35 % des Chins environ étaient chrétiens, 85 % d entre eux l étaient en Il en va de même dans d autres minorités ethniques. De même la deuxième idée qui considérait que le bouddhisme pourrait être un facteur fédérateur d identité pour tous les Birmans se révéla erronée. Jusqu à aujourd hui les bouddhistes birmans sont toujours intimement convaincus qu être Birman signifie aussi être bouddhiste («buddhabata myanmarlumyo») tandis que tous ceux qui adopteraient une religion étrangère seraient considérés comme déloyaux à l égard de leur propre peuple et du pays. Pourtant, pour les minorités ethniques, ce n est pas le bouddhisme qui s est avéré fédérateur d identité mais le christianisme. Lian H. Sakhong écrit : «Il est donc à la fois intéressant et ironique de voir que, pour les Chins, les Églises chrétiennes sont devenues le symbole d une institution nationale, et comment précisément leur chrétienté les a aidés, dans un contexte de pressions exercées par une dictature militaire totalitaire, à conserver leur identité sans l aide de missionnaires étrangers ou quelque aide de l extérieur que ce soit.» 59 L idée que les chrétiens sont des étrangers, et de plus des rebelles, est issue de l époque que nous venons de décrire et persiste jusqu à aujourd hui. 4. Les chrétiens dans la société actuelle Même si les portes du pays sont à nouveau un peu plus ouvertes, la situation des Églises chrétiennes et des chrétiens au Myanmar est difficile. Les vieux préjugés résultant de l imbrication de l histoire coloniale et de celle de l Église ne sont pas surmontés. Les suspicions ne sont jamais loin. Comme les chrétiens, en tant qu ethnies minoritaires, luttaient et luttent pour leur autonomie, certains puissants continuent à penser qu être chrétien signifie être rebelle. 60 En Birmanie, les chrétiens sont marginalisés et sont considérés comme des citoyens de seconde classe. Ils ne sont pas promus dans les institutions étatiques, simplement parce qu ils sont de religion chrétienne. Les chrétiens sont souvent sans instruction, car ils ont peu accès à l éducation. Restrictions et discriminations les plus variées sont monnaie courante Relations entre bouddhistes et chrétiens aujourd hui «Les chrétiens sont un petit groupe, qui n est pas à prendre au sérieux et que l on peut négliger.» 62 C est par ces mots qu un chrétien du Myanmar décrit les relations entre les bouddhistes et les chrétiens. Un rapprochement entre les deux groupes religieux n est pas aisé. Des deux côtés existent des préjugés et des malentendus. «Les représentations erronées que les gens ont ici de l Église met la CMM [Église catholique du Myanmar] face à un grand défi. Une conception largement répandue dans le pays est que l Église est une religion étrangère, introduite dans le pays par les colonisateurs. La religion chrétienne est perçue comme étrangère, parce qu elle est arrivée véritablement tard dans le pays et ne s adapta que lentement à la culture et à la mentalité qui règne ici, tandis que le bouddhisme était déjà profondément ancré dans le cœur des gens.» 63 Un chrétien anglican résume les préjugés contre les chrétiens de manière encore plus incisive, en renvoyant au «mantra» de l identification nationale, «être Birman c est être bouddhiste» : «Qui sommes-nous alors? Nous sommes des étrangers dans notre propre pays. On nous prend pour des traîtres.» 64 Ces mots révèlent une blessure profonde, parce que les chrétiens birmans en effet ne se considèrent pas comme des étrangers et encore moins comme des traîtres. Mais eux aussi ont des préjugés qui ne favorisent pas le dialogue entre les différents groupes religieux. Si les chrétiens sont perçus comme des étrangers et des rebelles,

11 16 17 ils mettent à leur tour sur le même plan birman, militaire et bouddhiste, à cause des conflits entre l État et les groupes ethniques. Ils ne différencient pas. Il existe donc, nous l avons déjà mentionné, également des blessures du côté bouddhiste. Elles ont été causées par la puissance coloniale chrétienne et des missionnaires peu compréhensifs. Les propos de K. M. de Silva, directeur du «International Center for Ethnic Studies» à Kandy, sur le Sri Lanka valent pour la Birmanie : «Le point de départ le plus important pour l analyse des problèmes, qui ont conduit à la scission entre les gens au Sri Lanka, est le poids de la mémoire historique.» Dans cette mémoire historique, le christianisme est accolé à impérialisme, répression, arrogance, mépris et surpuissance. Il faut déjà commencer par assumer tout d abord cette «mémoire historique relative au christianisme» 66 avant de parvenir à la guérir et à se réconcilier. Mais la situation politique au Myanmar y invite peu. «A mon avis, le gouvernement veut utiliser le bouddhisme comme un instrument, comme une arme pour l unité [ ]. Il souhaite que les gens pensent : nous sommes un pays bouddhiste». «En apportant un soutien financier au bouddhisme ce régime [a] kidnappé la religion, [ ]. Ils ont construit un grand nombre de pagodes». 67 Mais l abîme est également creusé par les inégalités sociales qui existent entre les différents groupes religieux, et qui sont produites par le régime. Si l on peut lire dans le «Rapport international sur la liberté religieuse 2002» que «les non-bouddhistes jouissent en général d une meilleure éducation, sont plus urbanisés et plus axés sur les affaires que la majorité bouddhiste» 68, ceci ne semble pas valoir pour la minorité chrétienne, tout au moins selon leur propre sentiment. Ils pensent que les bouddhistes sont mieux formés, mieux soutenus dans tous les domaines et ont une plus grande aisance économique. De plus, les chrétiens ont le sentiment que la majorité bouddhiste, et particulièrement le clergé bouddhiste, souffre d un «complexe de supériorité». «Ils nous regardent de haut et nous prennent pour des gens qui n aiment pas leur pays.» 69 Les moines, auxquels les laïcs bouddhistes s adressent et qu ils traitent comme des «égaux de Dieu» 70, regardent de haut les dignitaires d autres religions et ne les acceptent pas comme des personnalités de même rang. Il est ceci dit possible de parler aussi pour le camp chrétien d une sorte de «complexe de supériorité» qui fait obstacle à un rapprochement, à une estime réciproque et à une bonne entente. «Les bouddhistes n intéressent pas les chrétiens qui pensent qu ils ont la seule vraie religion.» 71 Effectivement, certains évê- ques catholiques, mais également des responsables d autres congrégations chrétiennes, continuent à penser qu il est dans leur devoir de convertir tous les Birmans, tout au moins le plus possible, à la foi chrétienne. Mais l évangélisation chrétienne contemporaine se heurte à un rejet voire parfois à une âpre résistance des bouddhistes. 72 Aussi compliquées que puissent être les relations entre chrétiens et bouddhistes, la vie en société au quotidien se passe relativement bien. Ainsi que l estime un dignitaire chrétien, les gens simples estiment que les chrétiens sont de bons voisins dotés d un «esprit cultivé». Et selon un autre chrétien, «ce sont les dirigeants politiques qui, dans leur propagande, assimilent les chrétiens à des espions étrangers, à des éléments dangereux et subversifs. Malgré une grande pauvreté et peu de soutien, nous chrétiens sommes cependant plus libres que les bouddhistes qui sont manipulés par le régime, afin d asseoir son propre pouvoir» La force cachée des communautés chrétiennes Dans son article «Are Christians Persecuted in Burma?», Kanbazwa Win enquête sur les raisons des récentes persécutions des chrétiens en Birmanie. 74 Il en conclut que la force croissante des Églises chrétiennes pourrait constituer une des raisons de la persécution. La force réside selon Win dans la consolidation de la position commune que les responsables des diverses Églises prennent, au-delà des frictions qui existent dans leurs missions respectives. De plus, par l intermédiaire de leurs fidèles, les autorités ecclésiastiques ont noué des relations étroites avec les meneurs, la plupart chrétiens, des combattants ethniques pour la liberté. La plupart de ces meneurs ont signé des cessez-le-feu avec le régime. Aux yeux de la junte militaire, ces liens amicaux avec les révoltés peuvent avoir augmenté la force supposée des dirigeants des Églises. Dans d autres régions, la neutralité adoptée par la direction ecclésiastique à l égard du régime militaire s est traduite par une influence politique certaine et donc aussi par une marge de manœuvre politique. Cette marge de manœuvre offre la possibilité de mieux organiser ses propres communautés chrétiennes et d augmenter leur autonomie. Selon Win, ces évolutions n ont pas manqué d être notées par la ligne dure de l état-major militaire. Ils méprisent, ou haïssent, les chrétiens parce que leur religion est celle des impérialistes. 75 Du point de vue du régime, les différentes Églises chrétiennes donnent des raisons d inquiétude en raison de leurs liens avec l Église mondiale ou les organisations des Églises mondiales. Toujours selon Win, seules les Églises chrétiennes ont été capables d introduire dans le pays une aide étrangère à la barbe du contrôle du régime corrompu. De plus, les organisations

12 18 19 et autorités chrétiennes sont pratiquement les seules à avoir réussi à mettre sur pied des organisations non-gouvernementales (ONG) qui fonctionnent et subsistent. Et selon toute vraisemblance, c est par des ONG chrétiennes que la future aide humanitaire internationale (comme celle de l ONU ou de la banque mondiale) pourra arriver dans le pays. Win suppose que les agissements sévères à l encontre des Églises chrétiennes pourraient être une tentative de la junte militaire pour que cette aide internationale passe par ses propres canaux ou plus exactement par ses organisations. Sans juger de la justesse ou non de l analyse que Win donne sur les raisons de la persécution des chrétiens au Myanmar, ses explications indiquent en tous cas une force certaine des communautés chrétiennes. Plus les positions et attitudes des Églises chrétiennes concordent contre la dictature, plus cette force est grande. Les contacts, que par exemple l Église catholique de Birmanie entretient en tant que membre de l Église mondiale, lui confèrent également un pouvoir certain. Ce dernier ne réside pas seulement dans l aide que peuvent apporter des experts étrangers ou des soutiens financiers, mais aussi dans le flux d information que, dans un pays qui s est ouvert au tourisme, il est certainement possible de restreindre mais non d empêcher totalement. Et lorsque transpirent vers l extérieur des informations sur l injustice, sur la discrimination et la persécution, le régime se retrouve confronté à toujours plus de questions. En témoigne par exemple la rencontre en mars 2003 du secrétaire général du «World Council of Churches» (WCC), Konrad Kaiser et de Khin Nyunt, premier ministre du régime militaire du Myanmar depuis août Les contacts avec l extérieur n indiquent toutefois pas seulement une certaine force, mais aussi la responsabilité que l Église mondiale ou les associations de l Église mondiale ont envers les Églises locales au Myanmar. 5. La situation des Églises chrétiennes aujourd hui Outre les difficultés d une Église minoritaire dans un État totalitaire, des facteurs inter-églises et des facteurs internes à une Église contribuent également à rendre plus difficile la vie des chrétiens. 5.1 Les relations entre les Églises chrétiennes Des démarches œcuméniques sont constamment entreprises, comme par exemple la «Commission œcuménique» créée en 1984 par le «Burma Council of Churches» 77 (BCC) et par la Conférence épiscopale catholique des évêques du Myanmar. Pourtant dans certains États fédérés, on peut observer aujourd hui encore des hostilités entre protestants et catholiques. Particulièrement dans l État Chin, où la majorité des chrétiens sont baptistes, des attaques réciproques et des accusations font jour. Les chrétiens se reprochent par exemple de se chiper réciproquement des fidèles («sheep stealing»). Bert Cacayan, qui a voyagé au Myanmar pour le compte de «Asian Partnership for Human Development» et du «Catholic Relief Services», rapporte que sur le territoire du diocèse catholique de Kyaingtong, il y a des villages «dans lesquels les protestants ne laissent entrer aucun catholique». 78 En guise d exemples de diocèses catholiques qui s efforcent d avoir une démarche œcuménique, Cacayan cite Loikaw et Mawlamyine. Cependant, la coopération, particulièrement à l échelle nationale, pourrait être bien plus poussée. L Église catholique n est pas membre du BCC et semble ne pas coopérer avec les instituts de formation d autres congrégations chrétiennes en matière de formation de ses séminaristes. 5.2 L Église catholique au Myanmar L Église catholique au Myanmar est une Église minoritaire à triple titre. Les chrétiens font partie des minorités ethniques du pays et ne représentent environ que quatre pourcents de la population totale. De ces quelques quatre pourcents, seul un pourcent est catholique. Ce facteur, tout autant que le long isolement à laquelle le pays fut contraint, peut avoir conduit à ce que le prêtre catholique Dereh Aniceto appelle «le conservatisme chronique» de l Église catholique. 79 L isolement coupa l Église d importants événements de l Église mondiale, tels que le concile de Vatican II ( ) et les évolutions internes à l Église qui en découlèrent. Conformément à ces faits, on peut lire dans des publications les appréciations

13 20 21 suivantes sur l Église catholique de Birmanie : l Église est pré-vaticane, strictement hiérarchique et patriarcale, elle n a pas de concept de pastorale et elle est entachée par la corruption qui règne dans le pays. Ces publications ont au moins deux/trois ans, et certaines même sont plus anciennes. Celui qui vit l Église aujourd hui au Myanmar a une toute autre image devant lui, tout au moins dans certains diocèses. Toutefois, il existe encore beaucoup d opinions critiques dans le pays. Malgré toutes les critiques, les chrétiens du Myanmar font montre d une loyauté remarquable envers leur Église. Structures de l Église et style de direction La participation doit encore être vraiment apprise dans la plupart des diocèses. Ceci ne renvoie pas uniquement au style de direction de l Église catholique qui, malgré de nombreuses innovations, est toujours hiérarchique et patriarcal, mais renvoie aussi au contexte 80 culturel de l Église au Myanmar. Beaucoup de prêtres se plaignent à ce propos d être totalement surchargés et pas suffisamment ou pas du tout qualifiés pour leur travail. Ils endossent la responsabilité de beaucoup trop de choses. Les religieux se plaignent que les jeunes prêtres en particulier se conduisent à leur égard comme des «big boss», et ce, particulièrement avec les religieuses. Les religieuses se retrouvent inscrites dans les plannings des paroisses sans qu elles aient été auparavant consultées. Il n est pas non plus fait attention à ce que les tâches qu on leur attribue soient en conformité avec le charisme de leur ordre. «Les sœurs sont souvent exploitées comme une main-d œuvre bon marché et sûre.» Bert Cacayan le résume parfaitement : «Bien qu il y ait des signes d espoir, les frères et sœurs laïques sont obligés de constater que la plupart des prêtres les regardent encore de haut. En matière d administration des diocèses, les évêques incarnent encore les centres du pouvoir et de l autorité. Ils prennent les décisions, et bien que certains consultent leurs prêtres, les frères et sœurs laïques ne le sont pas dans l ensemble. Par exemple les évêques décident qui peut étudier quoi et où. Les évêques décident de l argent que reçoit telle activité. Dans les comités et processus de décisions des Églises locales, les femmes n ont que très peu ou pas du tout la parole.» 81 Inculturation et théologie contextuelle «L inculturation et la théologie contextuelle ne sont pas des thèmes dont s occupe l Église catholique locale au Myanmar», pourrait-on simplement dire. Cela n est cependant pas tout à fait exact, tout au moins en ce qui concerne l inculturation. Toutefois cette dernière en est encore au stade du balbutiement si l on excepte la nouvelle cathédrale de Loikaw : «Le renversement politique qui s y est presque simultanément déroulé a extrêmement compliqué l implantation des nouvelles approches théologiques, liturgiques, pastorales et catéchétiques du concile de Vatican II en Birmanie. Dans le domaine de la liturgie et par la confrontation avec la piété populaire (animisme et foi dans les esprits de la population indigène), les premiers pas d une inculturation du message chrétien dans la conception du monde et de l homme des Birmans ont été franchis. Dans la formation théologique, des démarches de ce type n ont été entreprises que de manière très sporadique.» 82 Dialogue interreligieux En 2002, un document stratégique fut élaboré et soumis à la Conférence épiscopale, à la suite d un «Interfaith Dialogue Seminar», un séminaire pour le dialogue interreligieux. Il visait la mise en place d une «Inter-Religious Episcopal Commission». En septembre 2003, ce papier n avait toujours pas obtenu de réactions de la Conférence épiscopale. «Au séminaire, on transmet mal et très confusément le bouddhisme.» 83 Il n y a pas suffisamment de prêtres qui travaillent sur le bouddhisme ou qui montrent un intérêt pour la religion de la majorité du pays. Et si l on parle de l Islam aux chrétiens, on se heurte souvent aux préjugés soutenus par le gouvernement. Concepts et visions Il semble rare que l Église ne s exprime que d une seule voix. Il faut avouer que c est difficile s il n y a pas de visions et de conceptions communes. En élaborer n est pas aisé dans un pays où les possibilités de communication sont rendues difficiles. Dans ce contexte, on obtient des réponses vraiment très dissemblables lorsqu on demande à des évêques ou à des prêtres ce qu ils considèrent être la mission de l Église au Myanmar ou ce qu ils entendent par évangélisation. «Il n existe pas de mission commune de l Église. Dans les diocèses, on suit les directives qui viennent de Rome.» 84

14 22 23 La formation des théologiens La situation de la formation des théologiens il ne semble pas y avoir de théologiennes au sein de l Église catholique birmane confine à la catastrophe. Actuellement, pas un enseignant de l Institut national de philosophie n a un diplôme universitaire en philosophie, si ce n est tel ou tel professeur invité. Quant à la philosophie asiatique, c est-à-dire l héritage culturel du pays ou du continent, la qualité de l enseignement des chargés de cours est encore plus douteuse. Il semble qu il n y ait qu un seul prêtre au Myanmar qui ait pu faire preuve de connaissances approfondies sur le bouddhisme. En ce qui concerne l emploi des prêtres par la Conférence épiscopale, un enseignant en philosophie affirme : «constamment les mauvaises personnes sont à la mauvaise place et effectuent le mauvais travail.» Les professeurs de l Institut de philosophie et de théologie sont placés sous l autorité de la Conférence épiscopale et jouissent de peu d autonomie ou de pouvoir de décision. Durant l année universitaire, ils n ont ainsi pas le droit de fréquenter des conférences internationales et durant les vacances universitaires aussi, ils doivent obtenir l autorisation de la Conférence épiscopale. En outre, les enseignants ont des revenus tellement bas qu ils devraient en plus solliciter l argent de poche nécessaire pour se rendre à une conférence. Lors du choix des séminaristes, l Église semble plus tenir à la quantité qu à la qualité. «Le nombre des séminaristes est très élevé par rapport au nombre de catholiques. Cela vient de ce qu il n y a pas de sélection des candidats à l entrée.» 85 Il ne semble pas exister d instituts de formation théologique pour les laïcs ou même les femmes au sein de l Église catholique du Myanmar. Sur ce point, il serait possible de coopérer avec le «Myanmar Institute of Theology». L institut est soutenu par plusieurs Églises protestantes, forme des laïcs et des femmes et publie une revue. Dans cette dernière, on trouve des articles très actuels tels que «The Quest for Authentic Myanmar Contextual Theology». 86 Engagement social et politique Les laïcs et certains prêtres souhaitent certes que l Église ou la Conférence épiscopale s engage sur le plan social et politique, mais les évêques le rejettent largement. Il ne sont même que quelques uns, et même un seul et unique évêque, à avoir instauré des relations diplomatiques avec des représentants du régime militaire. Selon la déclaration d un chrétien, même les offres de la «Federation of Asian Bishops Conferences» (FABC), la «Fédération des conférences épiscopales d Asie» ou de la Conférence épiscopale anglaise de s exprimer à leur place sur la situation politique au Myanmar furent rejetées. Même si l on peut tout à fait com- prendre les raisons de leur mutisme ou de leur silence, il est bien connu que la passivité ne génère guère de changement. Au contraire, elle immobilise les relations : «Nous sommes une Église timorée, pas assez grande pour élever la voix dans les affaires politiques.» 87 «Jamais nous n avons émis en public un rapport ou une prise de position sur les problèmes de notre peuple. Les gens seraient heureux d obtenir une prise de position de notre part en tant qu Église. Les raisons de ce manque sont à trouver dans la situation de notre pays, dans la crainte et dans l incapacité. Même si un évêque se levait, les autres évêques le contraindraient au silence. [ ] Dans notre pays, la situation politique empêche quiconque d oser faire le premier pas.» 88 «Les évêques ne prennent pas position sur la situation politique, parce qu ils ont peur. Les évêques devraient avoir des cours de démocratie et de droits de l homme.» 89 «Nous jouissons d une liberté relative dans tout ce que nous faisons à l intérieur de l Église. Cela changerait si nous prenions position.» 90 Corruption Un autre problème interne à l Église, et qui reflète la situation «normale» du pays, est la corruption. «La corruption est très répandue et est devenue une part de leur culture.» 91 Il n est pas forcé que cette phrase qui se rapporte à tout un pays soit justifiée. Mais elle met en évidence pourquoi la corruption s est également infiltrée dans la hiérarchie ecclésiastique. La corruption est favorisée par les structures hiérarchiques avec ses centres de pouvoir bien déterminés de même que par la vie dans un système totalitaire montrant de grandes disparités sociales et économiques. De plus, l incertitude liée aux affaires administratives et aux finances privilégie l approximation et la corruption. Le manque de transparence peut aussi exprimer une absence de compétence. Ces deux dernières années cependant, les cas de corruption les plus éclatants aux échelons les plus élevés de l Église ont été stoppés au moyen de mutations, de nouvelles nominations et d efforts pour arriver à une plus grande transparence de la gestion financière. 5.3 Une Église en éveil Même après tant de critiques, il serait faux de penser que l Église catholique au Myanmar est à maints égards un cas désespéré. L Église du Myanmar est une Église

15 24 25 jeune jeune au sens où elle est en train de s éveiller. Elle est une Église dotée d un grand potentiel. «Il faut juste poser maintenant les bonnes fondations.» 92 Selon un laïc engagé, le potentiel réside dans le fait qu il y a suffisamment de vocations et que les gens sont empreints d une grande piété. En outre, le long enfermement du pays fait qu il subsiste encore des valeurs qui, dans d autres pays, ont disparu depuis longtemps sous l effet de la mondialisation et de la société de consommation. C est une Église qui, si elle est bien accompagnée et si elle accepte de se faire accompagner, peut évoluer en une Église participative et enracinée dans son pays. Avec la création de Caritas Myanmar, appelée Karuna («compassion»), au niveau national et diocésain un pas important a été franchi dans cette direction. Dans les diocèses de Loikaw et de Taunggy, pour n en nommer que deux, la participation s est déjà largement matérialisée. Les laïcs détiennent des positions importantes et sont encouragés et formés en ce sens. La Birmanie dispose d une Église catholique, que l on peut critiquer sur de nombreux points mais qui, malgré toutes ses faiblesses et ses difficultés externes comme internes, se met en route. C est une Église qui pense que son plus grand défi est l éducation et la lutte contre la pauvreté, une Église qui souhaite voir croître ses membres et qui ne cesse de s interroger sur le courage dont elle fait preuve en ce qui concerne la pauvreté et l oppression. 6. Invitation à s engager pour la justice, la paix et la réconciliation Les Églises chrétiennes au Myanmar ne sont pas les seules à être invitées à s engager pour le développement humanitaire dans leur pays, pour la justice, la paix et la réconciliation. Les diverses organisations internationales d aide humanitaire qui travaillent en Birmanie ou qui soutiennent les Églises locales sont appelées à constamment réexaminer leur travail et à l adapter à la culture, à la mentalité et aux besoins des gens. Les Nations Unies ou les divers États ne doivent pas non plus se soustraire à leur responsabilité quant aux quarante années d oppressions et de persécutions incessantes. «Le gouvernement en Birmanie est en mesure de gouverner efficacement le pays. En conséquence nous ne voyons pas motif à intervenir. Vous devriez régler vos problèmes tous seuls.» Telle est la réponse que le secrétaire général des Nations Unies aurait donnée en 1991 à un chrétien de Myanmar qui avait sollicité une intervention. 94 Etant donné les lourdes violations des droits de l homme, des phrases de ce type sont macabres et déplacées, même si elles correspondent à la ligne de l ONU. 6.1 Les défis lancés à l Église catholique au Myanmar Les difficultés internes et externes évoquées à propos de l Église catholique peuvent simultanément être entendues comme des défis pour cette Église. Les défis concernent la communication «interne» entre laïcs et clergé, mais aussi la communication «externe» avec les autres congrégations chrétiennes, avec les fidèles d autres religions et surtout également avec la junte militaire. La solidarité vers l interne, avec les «pauvres» de ses propres rangs, comme la solidarité vers l extérieur, avec les pauvres et persécutés d autres religions, sont une mission que se pose l Église au Myanmar. Autant de difficultés, autant de missions. En matière de recommandations pour le travail futur de l Église au Myanmar, il est opportun de laisser la parole aux membres mêmes de cette Église. A la fin de son mémoire de licence, Dereh Aniceto, prêtre diocésain du diocèse Taunggyi, émet des recommandations pour son Église. Ces recommandations peuvent se regrouper en grandes catégories, telles que changement structurel, soutien des laïcs, dialogue et solidarité de même que option pour les pauvres, au sein desquelles les différents domaines se recoupent ou se confondent. Changement structurel Les traditions et les structures bien établies ne se transforment sans heurts que lentement. Elles doivent en quelque sorte être désapprises. Ceci ne peut réussir que par un processus d apprentissage auquel toutes les personnes impliquées sont intégrées. Ceci vaut pour le clergé autant que pour les laïcs. Durant le processus de changement structurel vers une Église participative, qui s accompagne pour les premiers d une perte de pouvoir et d un renoncement, les laïcs doivent d abord être encouragés à participer à ce changement, car ils ont appris un autre rôle, en l occurrence celui de récepteurs passifs. De plus, les évêques doivent admettre que les laïcs ont droit à un salaire convenable pour leur travail. La promotion des laïcs «Si les laïcs ne sont pas promus, l Église ne changera jamais.» Promouvoir les laïcs sous forme de formation et d intégration est un préalable nécessaire au changement structurel vers une Église participative. Tous les évêques et prêtres cependant ne souhaitent pas ce changement structurel. Il est pourtant essentiel si un diocèse se confronte à ses multiples défis. Les prêtres se plaignent déjà d avoir trop de responsabilités. 96 Il faut aussi que les laïcs puissent suivre des études en théologie, en philosophie ou dans des disciplines apparentées. C est le seul moyen de combler

16 26 27 l abîme entre un clergé érudit en théologie et en philosophie et des laïcs non instruits en ces matières. De plus, la formation des prêtres pourrait être enrichie si les laïcs, dont des femmes, étaient impliqués dans la formation de futurs théologiens et, espérons-le, bientôt également de théologiennes. Une autre forme de soutien des laïcs sont les communautés ecclésiastiques de base ou CEB («Basis Ecclesial Communities»), évoquées par Aniceto. 97 Ces communautés soutiennent non seulement le partage dans la foi du Christ, mais aussi la solidarité dans les difficultés quotidiennes. Par ailleurs, elles sont un lieu dans lequel il est possible de s exercer aux structures démocratiques. Elles renforcent la conscience de soi, en donnant aussi aux simples gens la possibilité d articuler leur foi, leurs inquiétudes et leurs problèmes. La conscience croissante de soi et la capacité d autonomie et de critique qui l accompagne forment donc souvent une raison de l opposition des prêtres à la constitution de communautés de base. Ils craignent de perdre du pouvoir et du prestige. C est pourquoi il est important de familiariser les prêtres avec l idée et le programme des CEB dès leur formation et de faire de la publicité pour la CEB auprès des curés et religieux, par des programmes visant à une prise de conscience et à la formation continue. Mais afin que ces communautés de base ne se transforment pas en enclaves qui s isolent du monde extérieur ou de l environnement, il est indispensable de réaliser ce que Aniceto, peut-être à partir d autres réflexions, réclame : le contact étroit et la coopération de ces communautés avec des groupes de chrétiens d autres congrégations et religions chrétiennes, et particulièrement avec les bouddhistes. Dialogue et solidarité Le dialogue doit se dérouler à plusieurs niveaux, au sein et à l extérieur de l Église. Au titre du dialogue intérieur, on compte d une part la discussion avec les laïcs, sans laquelle un changement structurel dans les relations hiérarchiques entre le clergé et les laïcs est pratiquement impossible. De l autre, on compte également la discussion avec l Église mondiale. Pour l Église au Myanmar, l Église mondiale est essentiellement représentée par la FABC, 98 dont les diverses commissions et groupes de travail offrent de nombreuses possibilités d échange et de dialogue. Mais le dialogue interne à l Église signifie aussi discuter entre les différents groupes ethniques dont sont issus les chrétiens. «La réconciliation doit commencer dans l Église même. Il y a des difficultés entre les différents groupes ethniques.» 99 On entend tout le temps que les évêques ne pensent qu à leur propre diocèse. Les informations relatives à la manière dont le travail s effectue avec les organismes caritatifs ou tout simplement sur ceux qui existent ne sont pas suffisamment transmises. Au titre du dialogue externe à l Église, on compte la discussion avec les autres congrégations chrétiennes tout autant que la confrontation avec des fidèles d autres religions. Les laïcs aussi bien que les représentants ecclésiastiques officiels sont appelés à dialoguer. Mais Aniceto réclame également d entrer dans des «relations saines» avec la junte militaire. 100 Il est évident que c est certes nécessaire mais pas très facile. Cependant une relation peut être positive, comme Cacayan l indique, quand il relate le rôle d intermédiaire que l évêque Sotero a joué dans les discussions de paix entre le gouvernement et trois groupes rebelles dans l État de Kayah. 101 Un tel rôle d intermédiaire est un exemple de relation «saine» avec le régime militaire que certains chrétiens peuvent mettre en place. Il serait néanmoins important que la Conférence épiscopale prenne ses responsabilités au sérieux et entame un dialogue avec le gouvernement. La possibilité de confronter les partenaires de dialogue «en toute amitié» à des vérités désagréables ne croît en effet que si une relation existe. Le dialogue avec les autres religions, avec les autres groupes ethniques est alors crédible, s il est porté par une solidarité solidarité avec toutes les personnes persécutées du Myanmar, quelle que soit leur congrégation ou religion. Une Église qui ne voit que sa propre oppression et persécution, et qui ne s en prend pas activement à la persécution et à la discrimination de personnes qui ont d autres convictions religieuses, est peu crédible et ne doit pas espérer pour elle-même le soutien d autres personnes. Option pour les pauvres Une autre manifestation de solidarité est ce qu on appelle «l option pour les pauvres», que je préfère appeler vie avec les pauvres. Car le «pour» dénote une distance et bien trop souvent la disparité avec les plus aisés, qui précisément font quelque chose pour les moins aisés. Un «avec» aurait certainement plus de sens, car il met en relief l action commune et revendique que les plus riches prennent un peu sur eux la situation, et ainsi la pauvreté, des plus pauvres. Il ne faut pas entendre ici plus pauvre uniquement dans un sens matériel. Sont concernées aussi les chances en matière d éducation ou l égalité des sexes, pour ne nommer que deux domaines dans lesquels il existe une disparité très affirmée. Pour l Église, le travail «avec les pauvres» devrait comprendre le travail avec le nombre croissant de réfugiés et de déplacés, avec les pauvres, les malades et les handicapés, tout autant que la dénonciation des violations des droits de l homme et des injustices sociales. Tout cela exige une forte dimension de solidarité et de renoncement des plus aisés en faveur de ceux qui le sont moins. Vivre avec les pauvres comprend aussi la confrontation avec et l assistance au nombre croissant de personnes atteintes du sida dans le pays. Les minorités

17 28 29 ethniques en particulier, et donc les chrétiens, sont touchés par cette maladie. 102 En ce domaine, l Église a commencé à prendre ses responsabilités et à l avenir devra le faire encore plus, si elle veut vivre et souffrir avec ses pauvres. Inculturation et théologie contextuelle Un prêtre étranger disait qu il était trop tôt pour penser à l inculturation en Birmanie. 103 Mais est-il jamais trop tôt pour permettre aux croyants d intégrer à la liturgie des formes d expressions de leur propre culture? «Si on le permettait aux gens, ils incorporeraient des éléments de leur propre culture dans la liturgie c est-à-dire qu ils adapteraient en quelque sorte la liturgie à leur culture. [ ] Nous ne pouvons pas imposer l inculturation, elle doit provenir de l intérieur, des gens.» 104 A Myitkyina par exemple, la population intègre des éléments de sa propre culture dans les cérémonies d enterrement ou de mariage. Mais il faut que ce soit encouragé par le clergé car dans leur vie religieuse les laïcs sont très dépendants des prêtres et évêques. Une autre étape importante vers l inculturation pourrait être de procéder à une nouvelle traduction de la Bible en birman ou dans une des autres nombreuses langues de la Birmanie. La formation et l action des prêtres Il n est possible de réaliser des transformations au sein de l Église que si tous les membres y contribuent. Il faut aussi que cette conception d une action commune ait des répercussions directes sur la formation des prêtres. Si on enseigne dès cet instant une autre compréhension de l Église et donc des fonctions sacerdotales, il sera plus facile de réaliser l Église émancipatrice. Ces nouvelles structures exigent un corps enseignant ouvert à qui l on a offert suffisamment de possibilités de suivre une formation continue. Des études à l étranger, principalement en Asie, plus proche de son propre contexte que l Occident, ouvriront de nouvelles perspectives par la confrontation avec d autres théologiens, contextes et méthodes. Egalité des sexes Les préjudices envers les femmes ne sont pas une marque distinctive de l Église catholique au Myanmar. Ils sont un fait que l on peut observer dans la plupart des sociétés et communautés religieuses, dans la plupart des Églises chrétiennes et particulièrement aussi dans l Église catholique. Qui empêche les femmes, parce qu elles sont des femmes, d accéder à certaines fonctions, ne se contente pas d accepter l injustice et l oppression, il la suscite. Ainsi, les chrétiennes en Bir- manie ont toujours été défavorisées en raison de leur culture et de leur religion 105 et elles ne jouissent pas des mêmes droits que leurs coreligionnaires masculins. Si l on demande pourquoi les jeunes femmes peuvent bien passer leur vie à être des Zetamanes, 106 des petites missionnaires, mais n ont pas le droit de travailler en tant que catéchiste, les interlocuteurs avancent des motifs culturels : «les femmes enceintes ne peuvent pas prendre un rôle de leader» en est un. L argument culturel ne convainc pas vraiment, dès lors que les femmes d autres congrégations chrétiennes peuvent être à la tête d une communauté et que leur culture est la même que celle des catholiques. Constitution d une société civile «L Église est le seul groupement indépendant et organisé au Myanmar. L Église pourrait donc transformer la société à condition que nous y soyons bien préparés. De plus, nous avons une Église universelle derrière nous. Nous devons préparer les bonnes personnes pour le bon moment.» 107 Même si l Église au Myanmar, comme l Église catholique dans son ensemble, ne peut constituer un modèle pour une société démocratique, elle peut aider à préparer les gens à d autres structures sociales. Ce serait une contribution importante à l avenir du pays et pourrait aussi renforcer le statut de l Église dans un système politique modifié et donc par ce biais dans une société en changement. En commençant par ses propres membres, mais également en dépassant ce cercle, l Église pourrait préparer à une vie en société démocratique en encourageant la prise de conscience et la formation. On pourrait dans cet objectif envoyer des prêtres, mais avant tout des laïcs, suivre des études en conséquence à l étranger. Les communautés de base sont un lieu dans lequel il serait possible de s exercer aux structures démocratiques et à agir démocratiquement. Une Église, qui connaît sa bonne organisation, ne devrait pas fuir sa responsabilité dans la transformation de la société en une communauté démocratique et qui respecte les droits de l homme. 6.2 L action des organisations d aide humanitaire au Myanmar La citation suivante de l évêque Kenneth Cragg, que Bert Cacayan reprend dans son rapport sur la Birmanie, mentionne un principe important de l engagement dans un pays qui n est pas le sien : «Quand nous nous rapprochons d un autre peuple, d une autre culture, nous devons nous déchausser car le lieu dans lequel nous pénétrons est un lieu saint. Nous devons agir avec circonspection pour ne pas piétiner leurs rêves. Nous ne devons pas oublier que Dieu nous a précédé dans ce lieu.» 108

18 30 31 La scène que dessine monseigneur Cragg sous nos yeux exprime par ses images une profonde vérité. Elle évoque l humilité et le rapprochement. L humilité prévient des jugements précoces et des recettes toutes faites visant à faire mieux. Le rapprochement, comme le suggère l image, signifie être là où sont les autres, dans leur pays. Bert Cacayan, qui est allé à la rencontre de l Église catholique au Myanmar pour le compte de «Asian Partnership for Human Development» et de «Catholic Relief Services» en 1998 et 2001, cite les défis suivants qui se posent aux «organisations d aide humanitaire et groupes ecclésiastiques internationaux» : 109 le concept de l accompagnement la sensibilité à la culture l insistance sur l égalité entre les sexes la transmission de pouvoir aux communautés de base («Grassroots») la pratique de la coopération l aide humanitaire et la renforcement de la société civile. J aimerais y ajouter quelques autres défis : la promotion des laïcs la mise en place de la transparence le concept de durabilité l aide à l autonomie Accompagnement Vouloir accompagner les autres nécessite de s adapter à leur allure. Sinon, il y a risque de diriger et non d accompagner. Pour Cacayan, l accompagnement signifie «voyager avec les gens, les écouter et les inciter». A son avis, les organisations d aide humanitaire ont toutefois tendance à imposer aux Birmans leur propre vision, étrangère, du monde. Et elles font ça à des individus que leur marginalisation et les privations qui y sont liées rendent déjà hautement vulnérables. De plus, Cacayan souligne qu il n existe pas de concept qui vaut pour tous et dans tous les pays. Accompagner signifie donc admettre une autre conception du monde, une autre culture, d autres personnes, afin d élaborer et de réaliser quelque chose en commun avec eux. En conséquence, il est impossible d accompagner sans posséder de bonnes connaissances du contexte dans lequel on souhaite s engager. Après tout, il s agit de partenariat. Et il impose au préalable que l on connaisse réellement les conditions de vie de l autre, ses besoins, etc. A cela s ajoute que si l on ne veut pas se contenter d une connaissance super- ficielle des rêves, des détresses, etc. d autres personnes, il doit y avoir une communication approfondie, qui dépasse la discussion sur les projets concrets. Accompagner signifie aussi inciter. Mais inciter suppose également que l on connaisse précisément les partenaires du projet et la situation dans laquelle ils vivent. Seules ces connaissances empêchent que les défis ne deviennent insurmontables. Par ailleurs, le concept d accompagnement en tant qu incitation suppose un dialogue franc avec les partenaires de projet. Mais ceci ne peut être garanti que si les organisations d aide humanitaire ne misent pas sur la quantité mais sur la qualité de leur travail, c est-à-dire si elles se concentrent sur quelques projets ou emploient suffisamment de personnel pour le répartir sur les diverses tâches du projet Sensibilité Le deuxième défi posé aux organismes caritatifs et groupes d aides ecclésiastiques que mentionnait Cacayan est en réalité un préalable au premier, le concept de l accompagnement. Il indique que certains projets qui sont faits dans le domaine du développement au Myanmar montrent peu de sensibilité à la culture de la Birmanie. 110 L évêque de Loikaw par exemple lui a raconté que certains cours d entraînement, issus des Philippines ou de Thaïlande, sont entièrement importés. Il n est accordé aucune attention au fait que les Birmans ont bien moins d expérience en matière de développement qu en Thaïlande ou aux Philippines. Il est donc évident que des cours de ce type n ont que des chances très limitées de succès. Les cours, même s ils sont parfaitement appropriés à un groupe, doivent à chaque fois être adaptés à un autre groupe ou à une autre situation. Il est extrêmement rare de pouvoir simplement les transposer. L aide de l extérieur devrait être une aide à planifier et «non servir une solution complète.» 111 Des témoignages d un manque de sensibilité et de malentendus se manifestent également lorsque les partenaires du projet en Birmanie ont le sentiment de devoir formuler, voire de «tricoter», des projets conformes aux souhaits des organisations d aide humanitaire. «Peut-être que les organisations d aide humanitaire devraient proposer elles-mêmes ce que nous sommes censés faire. Car lorsque nos requêtes ne répondent pas à leurs attentes, elles sont tout simplement rejetées. C est pourquoi ce serait mieux si elles faisaient elles-mêmes les propositions.» 112 D autres partenaires évoquent leur impression que les organismes caritatifs veulent soutenir leurs projets, c est-à-dire les projets qu eux mêmes tiennent pour importants et nécessaires, et non pas ce dont on aurait vraiment besoin sur place.

19 Egalité entre les sexes 113 Même si à la tête de l opposition au Myanmar se trouve une femme mondialement connue, cela ne doit pas masquer le fait que «les femmes de la base ne jouissent pas de la place qui leur est due ni de droits quelconques.» 114 D après Cacayan, la problématique du genre sexuel dans l Église catholique ne constitue tout simplement «pas un objet». Souvent, les femmes sont sous-représentées dans les commissions et rencontres religieuses. Il en va de même en ce qui concerne le travail des ONG. Il pourrait résider là un défi qui pourrait être transmis avec beaucoup de doigté par les organismes caritatifs religieux à l Église du Myanmar : le soutien ciblé et l intégration de femmes, même aux échelons décisionnels. Ainsi par exemple, il faudrait demander si des femmes sont impliquées ou pourraient être associées dans les programmes de formation et de cours. En outre, il faudrait financer spécialement des études pour les femmes Les communautés de base Même si selon Cacayan les organisations d aide humanitaire ne peuvent que difficilement atteindre les communautés de base, il faut justement les renforcer. Car les rapports de pouvoir ne peuvent changer et une plus grande démocratisation se réaliser que si les communautés de base détiennent du pouvoir. 115 Une condition indispensable pour cela est la formation de la conscience, qui éclaire sur sa propre situation et ses conditions de vie, qui pose ouvertement les raisons des problèmes et ouvrent des voies de résolution. «Karuna» (Caritas Myanmar) a réalisé les premiers pas dans cette direction et devrait aussi être soutenue par l extérieur, à une échelle nationale comme diocésaine Coopération Derrière cette notion se cache un concept qui touche à l entente des organismes caritatifs. Avec raison Cacayan pense que l échange d information et la coopération des organisations d aide humanitaire ou des organismes caritatifs sont très importants. Il écrit : «Les organisations qui se dévouent au développement de tous les Birmans devraient éviter à tout prix la compétition et l esprit de concurrence.» 116 Pourtant la concurrence et les suspicions réciproques sont encore monnaie courante en matière d entente d organismes caritatifs, par exemple dans l espace germanophone. Les problèmes suscités par l obtention toujours plus difficile de dons font que de manière récurrente les organismes caritatifs cherchent à se pro- filer aux frais d autres organismes. Mais ces conditions ne doivent pas mener à refouler en seconde position le bien-être du partenaire. Il est aussi possible de fonctionner sans compétition, comme le montrent des coopérations réussies à l occasion de grands projets, des ateliers communs avec des représentants des divers organisations d aide humanitaire et organismes caritatifs, etc. Il est donc sensé d adopter ensemble, et également parfois l un pour l autre, les grandes lignes des projets. On pense à l échange d information, mais aussi peut-être à une division judicieuse du travail et à une plus grande transparence à l égard des partenaires de projets au Myanmar Aide humanitaire et la constitution d une société civile Dans un pays dont les habitants sont maintenus dans la pauvreté et dans l illettrisme par les dictateurs militaires, il n est évidemment pas aisé d apporter une aide humanitaire ou même d aider à constituer une société civile. Pourtant tout devrait être fait pour encourager l Église du pays à participer à la constitution d une société civile, même si les débuts sont très modestes. Car ce sera difficile pour les gens au Myanmar d appréhender les transformations de manière positive. Après quarante ans de dictature militaire, il faut d abord apprendre à manier les nouvelles formes de la société. «Tout le monde est pour les transformations, mais à quoi doit ressembler le nouveau système? Nous n avons pas appris ce que sont la démocratie et l indépendance. Mais comment peut-on mettre en œuvre la démocratie quand on ne sait pas ce qu elle signifie? Combien d ONG présentes dans ce pays nous enseignent-elles un bout de démocratie?» 117 Sur ce point, les Églises au Myanmar pourraient jouer un rôle important, en préparant les gens à agir de manière autonome et responsable et en envoyant des personnes, sélectionnées, faire des études en conséquence à l étranger. Outre l aide humanitaire aux nombreuses victimes du régime militaire, il faut donc soutenir «un programme de qualification, des ateliers et séminaires pour les dirigeants des organisations de la société civile, les activités religieuses progressistes de même que les ONG naissantes.» 118 «Il faut donc soutenir la société civile en constituant des organisations politiques et des ONG, en mettant en réseau et en associant étroitement les diverses forces et secteurs politiques progressistes et en organisant des cercles de discussion ainsi que des conférences, afin qu elle puisse parvenir à réaliser une analyse commune et un calendrier commun.» De nombreux évêques catholiques sont très conscients de l importance qu il y a à parvenir à une entente commune et à un calendrier commun avec toutes les communautés religieuses, et en premier lieu avec la majorité bouddhiste du pays. Mais jusqu à présent cette conscience a rarement débouché sur une action

20 34 35 en conséquence. Y exhorter et la soutenir constamment est un des défis que les organisations d aide humanitaire pourraient, avec toute la sensibilité nécessaire, lancer à l Église du Myanmar La promotion des laïcs Les possibilités de promouvoir les laïcs sont variées. Ce qui importe c est de soutenir des projets dont les laïcs profitent directement. Au Myanmar ce sont en particulier des projets de formation à différents niveaux et avec différents contenus : des projets de formation de conscience et des bourses pour des études. Les laïcs ne doivent pas seulement avoir la possibilité de suivre des études de théologie et de philosophie mais aussi de sociologie, ethnologie, science politique, psychologie etc. Il faut constamment inviter les évêques ou leur rappeler de solliciter aussi des bourses pour les laïcs Transparence L insuffisance de transparence en matière financière s est amenuisée ces dernières années grâce à la création de commissions financières à l échelon diocésain et paroissial. Il reste cependant beaucoup à faire. «Ils doivent avoir le droit de faire des erreurs. Il faut les former. La volonté est là et il faut l encourager.» 120 Les erreurs sont pour part provoquées par ignorance ou incapacité. On peut remédier à l ignorance en encourageant les formations en management pastoral. Il est possible d envisager des cours sur une brève période, dispensés dans le pays même par des experts étrangers ou des études plus longues dans un autre pays asiatique. Certains évêques montrent un grand intérêt à laisser des prêtres mais aussi des laïcs se former au management pastoral et aux finances. La transparence a encore une dimension supplémentaire. Certains diocèses ont de bons contacts avec des organisations étrangères d aide humanitaire, d autres en ont peu. Ceci mène à des inégalités en matière de répartition de l aide. Une possibilité pour les organismes caritatifs de pourvoir à plus de transparence sur ce point est d organiser des rencontres communes. Une autre possibilité, suggérée par un laïc de Birmanie, est que les organisations d aide humanitaire mettent annuellement à disposition de la Conférence épiscopale la liste des projets sollicités par tous les diocèses Durabilité Plusieurs laïcs birmans ont déploré que les projets ne soient pas réalisés avec une durabilité suffisante. En cette matière, les organisations d aide humanitaire pourraient apporter une aide par des conseils et des évaluations. Mieux vaut avoir moins de projets, mais de plus longue haleine, que de multiples programmes brefs, de formation, d éveil et de formation de conscience ou que de programmes temporaires d aide humanitaire. La durabilité dans l accompagnement des laïcs est nécessaire pour l Église au Myanmar, si elle veut gagner ces derniers pour les fonctions religieuses. Les laïcs qui sont accompagnés dès l enfance puis en tant qu élèves et étudiants et ensuite en tant que jeunes adultes, jeunes familles etc. acceptent plus naturellement d assumer des fonctions et missions religieuses. Mais la durabilité consiste également à réellement utiliser et à employer en conséquence les aptitudes et le savoir qu une personne a acquis grâce à une formation Aide à l autonomie L objectif de toute organisation d aide humanitaire devrait être de se rendre superflue à long terme. Ceci ne peut advenir que si on fournit une aide à l auto-aide par ses propres moyens et donc si on renforce l indépendance et la responsabilité des Églises locales. Certains évêques disent clairement que l autonomie et l indépendance financière est un objectif important pour l Église catholique en Birmanie. Ils demandent par exemple s il serait possible de soutenir des projets générant des revenus. Dans une conjoncture de régression des revenus issus des dons pour de nombreuses organisations d aide humanitaire, des projets de ce type visant à garantir l avenir acquièrent de l importance. Ils devraient être plus encouragés, même s ils supposent des grands frais dans un premier temps. De plus, il serait important que les organisations d aide humanitaire mettent à disposition, envoient ou financent des experts, susceptibles de conseiller la Conférence épiscopale ou les divers diocèses, sur les projets d aide par ses propres moyens qui promettent effectivement le succès souhaité. 6.3 Les défis lancés à la politique internationale Quelles recommandations peut-on formuler face à un régime qui semble résister aux pressions extérieures et faire la sourde oreille aux conseils et à la médiation? Il est d autant plus difficile de répondre que les avis divergent fortement sur les possibilités d action extérieures pour faire avancer la démocratisation. Il y a par exem-

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