AUTONOMIE ET MOTIVATION DE L ELEVE

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1 I.U.F.M Académie de Montpellier SANTULARIA José Site de Montpellier AUTONOMIE ET MOTIVATION DE L ELEVE Espagnol Classe de 5eme Collège la Gardonnenque Brignon Tuteur du mémoire : Assesseur : Marie ALCAIDE Lilian ROUVERAND Année universitaire 2000/2001 1

2 Pour ces élèves que l échec scolaire menace, démotivés, démobilisés, non impliqués, parfois tout simplement en déroute, que peut-on faire pour eux? Pour leur redonner l envie d apprendre et de réussir sans prétendre réaliser de miracle. L envie de communiquer, de s exprimer, de découvrir que certes un effort est à fournir mais qu il peut en valoir la peine dans un monde où rien n est donné même pas l air pur ou l eau potable. Pour tous ceux-là qui pensent déjà que l espagnol c est trop dur et en plus le prof y fait que tout le temps parler cette langue qu on y comprend rien! Qu ils sachent qu ils ont en face d eux quelqu un qui cherche à les comprendre et à les aider dans la mesure des modestes moyens dont il dispose. Para todos esos alumnos que ya se sienten fracasados, faltos de interés y motivación, desalentados y en plena derrota qué se podrá hacer para ellos? Para que vuelvan a sentir el deseo de aprender y conseguir lo que se proponen, sin que se pretenda realizar portentos. Que se les antoja de nuevo comunicar, expresarse, descubrir que por supuesto un esfuerzo es de proporcionarse pero que vale darse la pena en un mundo en el que no dan nada gratis, ni siquiera agua potable o aire puro para respirar. Para todos aquellos que piensen ya que el español es demasiado duro y además el profe no deja de hablar ese idioma que no hay quien se entere! Que sepan todos que delante de ellos tienen a uno que quiere comprenderlos y ayudar en la modesta medida de sus recursos limitados. Mots clés : écoute - compréhension respect mutuel motivation expression autonomie effort victoire. 2

3 RESERVE A L APPRECIATION DU JURY 3

4 AUTONOMIE ET MOTIVATION DE L ELEVE Sommaire. Introduction. I MOTIVER LE DIALOGUE. - A Connaissance de l élève. - B Définition des rôles, des buts à atteindre. - C L organisation du cours. - D Gestion de l agitation. II QUE SE PASSE-T-IL DERRIERE LA PORTE? - A Un cours routinier, vous plaisantez? - B Choix des supports. - C Ton avis m intéresse. III ACQUISITION DE L AUTONOMIE. - A Emploi et réemploi des clés. - B Le travail personnel de l élève. - C Evaluation des progrès réalisés. - D La réussite est à ta portée. IV PERSPECTIVES FINALES - A Bilan des démarches entreprises sur le court terme. - B Long et moyen terme. - C Conclusion générale ANNEXES BIBLIOGRAPHIE 4

5 INTRODUCTION We don t need your education We don t need your thougths control No dark sarcasms in the classroom Teacher, leave the kids alone Pink Floyd, Another brick in the wall part III Tels semblaient être les souvenirs d école de Roger Waters, le chanteur des Pink Floyd, en On le voit, rien de bien enthousiasmant. Aujourd hui comme hier, peut-on vraiment dire que les choses ont changé? L éducation a toujours été vécue par l élève comme une obligation, une intolérable imposition des adultes dans une vie qui autrement serait le meilleur des mondes, une douce utopie. Ne nous leurrons pas, il en sera toujours ainsi. Les collèges et les lycées pourront ressembler aux palais des mille et une nuits, les professeurs paraître sortir d un film de Walt Disney, l adolescent aura toujours l impression de se trouver du mauvais coté du manche, de subir un cours plus ou moins ennuyeux, qu il n a pas vraiment choisi. Comme si cela ne suffisait pas, ces cours s adressent souvent à des adolescents qui peuvent supporter plus ou moins bien leur état et je pense ici à l étymologie du mot adolescent, emmener avec eux dans la salle de classe leurs problèmes familiaux, sociaux etc. Dans ce contexte, exercer le métier de professeur débutant paraît difficile dans la mesure où la moindre remarque déplacée envers un élève peut s avérer blessante, voire traumatisante pour celui-ci (les sarcasmes noirs dans la salle de classe). Notre charmante tête blonde a sûrement des dizaines de centres d intérêt mais cela serait faire montre d un optimisme excessif que de penser que le cours d espagnol en fait partie. Et donc, à partir de cet éternel présupposé, se pose ainsi la question qui nous brûle les lèvres et nous perturbe un sommeil qui devrait être du juste : comment capter l intérêt de l élève en faveur de notre discipline? La suite logique dans le cas où l heureux professeur aurait réussi a sortir son public du désintérêt, de la passivité, de la distraction, du sommeil profond ou du coma est la suivante : comment leur permettre d acquérir une certaine autonomie d acquisition et de mobilisation des savoirs sans laquelle tout apprentissage sérieux de la discipline se révélerait n être que mirage? Nous voici donc seuls, devant un parterre d adolescents présents contre leur volonté, (certains diraient à l insu de leur plein gré) et guère disposés à se montrer coopératifs de prime abord. Dans le but d éviter une désastreuse perte de temps et de deniers publics, le professeur devra donc déployer toute une stratégie pour fixer l attention d une classe hétérogène et s attirer sa sympathie bénévole pour que les graines semées durant le cours puissent trouver un terreau fertile sur lequel prospérer. Ensuite quel bonheur pour notre jardinier que de voir ses arbres porter leurs fruits. Par conséquent ce travail est dédié à dix élèves de cinquième C L.V.1 du collège de la Gardonnenque qui auront tout fait pour ne pas avoir à s exprimer en espagnol mais vous ne m aurez pas. A vous donc Naima, Fatima, Amélie, Aziza, Ilhame, Jenny, Sabrina, Pierrick, Lahcen et Mickael. Puissiez vous écouter cette chanson de Jean-Jacques Goldman qui dit qu à coup de livres il brisera tous ces murs. 5

6 I MOTIVER LE DIALOGUE A Connaissance de l élève Au premier abord il semblerait que la chance ait frappé à ma porte en me donnant l occasion de débuter avec un groupe réduit, dix élèves, quand on sait que l une des revendications primordiales des professeurs de langue est de pouvoir enseigner à des classes ne dépassant pas la vingtaine d éléments pour d évidentes raisons de temps de parole: noyés dans la masse certains ne prononceront guère plus d une demi-douzaine de phrases au cours de l année scolaire. Oui mais voilà, faisons fi des jugements hâtifs et considérons notre groupe. Six sur dix ont déjà accumulé un retard d un, voire deux ans ce qui porte la moyenne d âge du public à treize ans. D autre part après une investigation menée auprès de leur professeur antérieur ces adolescents là ne constitueraient pas à proprement parler une classe modèle et loin de là. Ainsi à l issue du premier trimestre seuls deux d entre eux ont atteint la moyenne générale, trois autres se situant aux alentours de neuf sur vingt. Dans la discipline trois élèves dépassent le dix sur vingt fatidique, mais deux proviennent de familles d origine espagnole et le troisième fréquente le collège depuis trois ans maintenant. Ainsi après les trois premières semaines passées à ce que je considérais comme une simple révision de bases censées avoir été acquises en sixième, je dus me rendre à l évidence au vu des résultats catastrophiques de la première évaluation, que j avais surestimé leur niveau. Un ajustement immédiat du tir s imposait afin de regagner leur confiance et de ne pas les décourager dès le début d une année scolaire qui s annonçait difficile. Il convenait donc de leur rappeler certaines évidences trop vite oubliées. Tout d abord que j étais là pour les aider et que je m y attacherais totalement, qu il n était absolument pas question de laisser ne seraitce qu'une personne sur les dix au bord du chemin. Ensuite je m efforçais de leur démontrer que l espagnol tout comme le français est une langue d origine latine et que par conséquent de nombreuses similitudes perduraient entre les deux langues, que de nombreux mots sont transparents et théoriquement ne nécessitent pas d explication ou de traduction, mais dans la pratique hélas souvent l élève ne domine même pas le vocabulaire de sa propre langue maternelle. D autre part pour Fatima, élève d origine berbère qui s est enfermée dans une logique d échec scolaire, en espagnol comme dans les autres disciplines, je m attelais à la tâche de lui rappeler ce qu elle savait déjà, que nombre de vocables espagnols proviennent du berbère et sont un souvenir de l Espagne musulmane, ce qu elle admit parfaitement. J ajoutais de même qu elle comme les autres devait exécuter les devoirs donnés à faire chez soi et prendre sur son cahier ce que je marquais sur le tableau. D ailleurs, à ce propos un jour en entrant en classe elle m interpelle fièrement et me demande si je sais ce que cama signifie en berbère. Je lui réponds par l affirmative et lui demande de ne pas dévoiler ce secret aux autres ou alors après le cours. Ensuite, une autre priorité consistait à gérer leurs rapports entre eux, à savoir que malgré leur petit nombre ils arrivaient encore à se scinder en clans, tribus de toutes sortes. C est ainsi que parmi les filles Aziza, Fatima, Naima et Ilhame avaient l habitude de constituer un groupe assez bavard et souvent peu attentif, pour cela elles se croyaient à l abri en fond de classe. Amélie et Jenny ne faisaient pas de vagues même si l attention chez elles avait tendance souvent à se relâcher. Parmi les garçons Pierrick et Mickael étaient les plus agités, embêtant régulièrement Jenny et n arrêtant pas de se chamailler entre eux. Il fallait également éviter de placer Sabrina près de Pierrick (chamailleries) ou de Naima (bavardage). 6

7 Finalement, ne désirant pas séparer Amélie et Jenny car les pauvres n avaient pas à payer pour les autres, et après maintes tentatives hasardeuses pour les disposer adéquatement, je dus me rendre à l évidence qu il me fallait m accommoder de leurs affinités tout en étant ferme sur ce qui serait toléré et ce qui ne le serait pas : débordements, disputes, bavardages. Au vu de l exiguïté de la salle, penser les isoler n était qu un mythe. Comme il me semblait impossible d obtenir un calme absolu, il ne me restait plus qu à essayer de canaliser cette énergie en eux pour qu'ils l emploient dans une expression en espagnol et dans une participation au cours, ce qui constitue la base des objectifs que je m étais fixés à leur égard. B Définition des rôles, des buts à atteindre. Dès la première heure de cours j indiquais clairement à mes élèves ce que j attendais de leur part, à savoir une participation orale active et des devoirs à la maison correctement rendus. J eus droit au refrain bien connu du genre «quand vous parlez en espagnol on ne comprend pas», «mais l an dernier avec la prof on n arrêtait pas de parler en français», ou bien encore «c est affreux je ne comprends pas un mot de ce texte!». En clair toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas parler la langue de Cervantès. J eus beau expliquer que s ils ne comprenaient pas mon discours je le reformulerais de manière à ce qu ils arrivent à se l approprier, je me heurtais souvent à l exigence de la facilité, à ce que je traduise systématiquement. Que dire à cela? Il me fallut alors expliquer et expliquer encore que j étais assez grand pour savoir quand je devais traduire un mot et quand je devais l expliquer, quitte à aborder l explication distinctement si un premier essai c était avéré négatif. Mais en aucun cas il ne s agissait de traduire sans cesse à tort et à travers, car je savais bien que c était la règle du moindre effort et qu avec moi ils pouvaient y faire une croix dessus. Certains pourraient peut être trouver ce discours un peu trop ferme de la part d un professeur qui recherche tout d abord la collaboration de ses élèves. J argumenterai alors en ma faveur qu il était évident que les chers petits anges prétendaient conserver un rythme languissant, miser sur l inertie. A la fermeté du discours devait se joindre la fermeté de l attitude, une des deux parties en confrontation devait céder. Qui allait le faire? Le stagiaire de l IUFM, jeune, inexpérimenté, et qui n a pas vraiment l air méchant, ou bien un groupe d adolescents lesquels, à part deux exceptions peut-être, avaient d avance décidé que l espagnol n était pas leur tasse de thé et n avait pas la priorité à droite? La lutte s engageait alors. Ils allaient devoir fournir un effort bon gré mal gré. Comment allais-je m y prendre? Tout d abord je leur tint à peu près ce langage : que j étais jeune, que je les comprenais, que je les respectais. Oui les enfants, je suis jeune et je me souviens qu à votre âge ce n était pas la joie, c est d ailleurs pour cette raison que je vais essayer de mener le cours de façon à ce qu il puisse vous intéresser. Tout d abord je passe pas mal de temps à préparer mon cours aussi c est donnant-donnant, il faudra donc que vous participiez. Songez qu il serait tellement plus simple pour moi de vous faire avaler de la grammaire (bluff) si vous ne m aidez pas un tout petit peu. Ensuite il faut que vous sachiez que je ne veux pas que vous compreniez tous les mots que je prononce en espagnol. Enfin pas tout de suite. Le but avoué (et je vous l avoue) est que vous deviniez leur sens suivant la situation où je les emploie, d ailleurs je limiterai volontairement mon vocabulaire pour que les mêmes mots réapparaissent régulièrement et que vous finissiez par les assimiler, je ne vous cache pas que cela demandera un (léger) effort mais jusqu à preuve du contraire ceci n est pas une halte garderie. A ce moment précis vint la question tant attendue : «Et pourquoi devrait-on travailler si c est pour finir au chômage?». Je leur répondis «Eh bien, pour rien, juste pour me faire plaisir. Non, en fait je sais qu à votre âge vous ne savez pas ce que vous voudrez faire dans la vie mais je suis sur que vous savez ce que vous ne voulez pas faire. Vous pouvez croiser les bras et attendre d avoir seize ans, et là 7

8 vous n aurez guère le choix que de subir des orientations que vous n aurez pas choisies dans des filières d apprentissage bouchées et obsolètes qui mènent tout droit où tu viens de dire. Et ensuite il y a une autre solution, beaucoup moins facile, c est de se prendre en mains et décider soi même de sa vie, il faut du travail, de la volonté et de la constance mais avec ces ingrédients vous pouvez y arriver. Pensez y, plus vous irez loin dans vos études et plus vous aurez la possibilité de choisir une orientation qui vous convient. Et c est là que vos professeurs interviennent, ils sont là pour vous aider, vous soutenir, vous expliquer là où vous n avez pas compris et pour que vous réussissiez vos études. Vous pouvez décider de participer en cours pour me faire plaisir, mais en fait c est vous qui en bénéficierez. Vous pouvez décider aussi que vous ne me trouvez pas sympathique du tout et que vous ne ficherez rien pour m embêter, cela ne m empêchera pas de dormir et le perdant à la fin ce sera vous. Maintenant que vous connaissez les tenants et les aboutissants vous êtes libres de décider, mais que vous m appréciez ou pas vous savez que mon rôle est de vous aider, le vôtre vous le choisissez. C L organisation du cours Les cinquante-cinq minutes du cours commencent généralement sur le même principe, un buenos días ou buenas tardes à toute la classe, suivi de la demande du cahier de texte et de la fiche d appel. Ensuite le rituel Quién me dice la fecha de hoy? suivi de la correction des exercices donnés à faire à la maison. Dès ce moment les élèves essaient de s exprimer en français et il faut sans cesse les reprendre : oye, que no te entiendo, a ver, en español por favor Certains élèves se croyaient dispensés de me rendre les devoirs, arguant parfois que comme les instructions avaient été données en espagnol ils n avaient pas compris ou bien qu ils les avaient tout simplement oubliés chez eux. Ils n avaient sans doute pas écouté ce que je leur avais sermonné dès la première heure de cours, en clair que je donnerai peu d exercices, sachant qu il y avait d autres matières et que je comprenais qu après une dure journée au collège ils arrivaient tard chez eux (tous sont demi-pensionnaires et empruntent les autobus de ramassage scolaire) mais que je savais quand ils avaient permanence pour les faire. Mais, quoique courts, il y en aurait toujours (des exercices) et donc pas d excuses de ce côté là. Les récidivistes ont donc été sanctionnés, et je constate avec satisfaction que tous les rendent à présent. Mais parfois, plutôt souvent même, certains me testent en me disant qu ils ne les ont pas sur eux, très bien alors tu auras une heure de colle, non attendez je plaisantais! Tenez! Les corrections se mènent soit à l oral, soit au tableau s il s agit de phrases modélisantes que j estime nécessaires d être copiées avec rigueur sur le cahier. Après cela je procède à un rapide, jamais au-delà de dix minutes, rappel oral de ce qui a été vu lors du cours précédent. Encore une fois les chérubins tentent le français et il est nécessaire de leur rappeler le Cómo se dice (X) en español? Sans compter qu ils oublient à chaque début de cours de lever la main et lorsque plusieurs veulent s exprimer simultanément cela peut tourner à la cacophonie si l on n y prend garde. Et à chaque fois il s agit de répéter encore et encore les mêmes consignes : vamos, levantar la mano primero, no todos a la vez. Un des problèmes majeurs rencontrés à ce propos est que lorsqu ils levaient la main et qu ils s exprimaient en français, et que je leur demandais de le dire en espagnol, malgré des encouragements pour une bonne réponse souvent, mais dite dans la langue de Hugo, hélas j avais de la part de Sabrina, dont les parents sont pourtant espagnols, droit à une réponse telle que : «En espagnol alors je sais pas». Combien de fois ai-je du répéter :, «Si tú conoces la respuesta venga, dila en castellano, si te hace falta una palabra pues dices cómo se dice la palabra? Et j avais droit au blocage. Il en allait de même avec Lahcen (Paco) lequel après une excellente saillie en français refusait de passer à l espagnol. Après maints tâtonnements, 8

9 pour ces deux-là, j écrivais leur phrase au tableau, ensuite je leur demandais de me la transcrire en espagnol. Je sais bien que lorsque l on peut éviter de passer par le français il faut s y tenir, mais dans ce cas précis cela m a paru le seul moyen de surmonter le blocage, pour preuve j ai de moins en moins l obligation de recourir à ce procédé qui me semble meilleur que, par exemple, fournir la réponse à l élève et lui demander de la répéter. Il nous reste donc peu ou prou une demi-heure pour aborder ensuite un document. Ce qui nous laisse en fait assez peu de temps pour pouvoir être certain de le conclure avant la fin du cours. Ici un choix s impose. Si un support iconographique peut s appréhender en classe de manière directive de façon à fournir à l élève des pistes de réflexion, il n en est pas de même avec un texte. Ou bien on choisit un texte court n excédant pas une quinzaine de lignes ; ce ne sont encore que des cinquièmes, ou bien la richesse estimée d un document plus étendu nous imposera de le fractionner et de traiter l autre partie durant le cours suivant. Dans ce cas il sera nécessaire de redoubler d efforts pour ne pas lasser notre public prompt au zapping, pour cela il nous faudra donc présenter le texte de manière à éveiller leur curiosité, quitte à se laisser aller à une nécessaire théâtralité. A cet effet beaucoup s accordent à dire que les jeunes adolescents adorent jouer des rôles, c est ainsi que les manuels regorgent de courts textes dialogués. Je pense que cette méthode, qui a tout de même le mérite d une certaine efficacité dans la motivation à la lecture, pêche cependant par le simple fait qu avant de pouvoir lire un dialogue avec le ton approprié, l élève doit l avoir compris et donc disséqué de pareille manière qu un texte d un autre genre. Ainsi la méthodologie n est guère différente, malgré une lecture vivante du professeur au préalable, qui fera beaucoup rire les élèves (à moins que ceux-ci soient déjà blasés) et par conséquent les distraira, tout texte que l on commence à travailler à ce niveau recèle un certain hermétisme qu il conviendra d éloigner pas à pas. Pour finir, avant que la sonnerie ne retentisse, on donne les exercices à faire pour la fois suivante. Ceux-ci peuvent porter sur la compréhension du document étudié ou bien être des exercices structuraux portant sur un point syntaxique ou grammatical illustré dans le support et qu il est préférable que les élèves voient chez eux, pour éviter l ennui durant le cours. Enfin si le cours se termine avant la sonnerie, je demande alors à un élève de lire un paragraphe et ainsi de suite jusqu à leur libération. Mickael (El Juli) me demande souvent s ils peuvent sortir cinq minutes avant la sonnerie car dit-il «sinon il ne nous reste plus de tables pour jouer au ping-pong». Immanquablement la réponse est non à moins que vous ne soyez tous en classe cinq minutes avant le début du cours (peu probable). D Gestion de l agitation Je dois avouer que dans ce domaine les choses n ont pas toujours été faciles. Tout du moins au début. Ma nature étant plutôt portée à l humour, les chers petits ont cru naïvement que parce que je paraissais sympathique de prime abord, ils allaient pouvoir s en donner à cœur joie, faire la révolution et pourquoi pas danser sur les tables. A mon grand regret j assistais donc chaque jour à un chahut pénible et particulièrement difficile à maîtriser. La situation demandait une reprise en main immédiate sous peine de devoir aller soigner une dépression nerveuse dans un centre d accueil de la MGEN. Je commençais par un sermon sur le respect mutuel : je vous respecte donc vous me respectez s il vous plaît. Résultat obtenu :zéro, nada. La méthode douce ne donnant aucun résultat, l affrontement demeurait donc inévitable et il eut lieu. Naima était la petite la plus bavarde du groupe et n hésitait pas à me provoquer, ignorant mes rappels à l ordre au sujet de son bavardage, je tentais tout d abord une discussion avec elle sur son comportement inacceptable qui eut l effet escompté durant quarante-huit heures, rien ne semblait pouvoir la raisonner, que ce soient des observations écrites, des heures de colle, des admonestations Une entrevue avec sa mère ne donna rien encore. Et le jour vint où Fatima (Fatouche car elle a refusé le jeu de 9

10 l hispanisation des prénoms) me demande ce qu elle risque si jamais elle ne rendait pas ses devoirs. Ce à quoi je réponds qu elle n essaie point de m attendrir étant donné que j avais un «cœur de pierre». La charmante Naima ne trouve alors rien de mieux à dire que j avais de la «merde» à la place. Léger froid dans la classe, je demande à Naima de m attendre à la fin du cours en bas de l escalier pour aller deviser calmement de tout cela dans le bureau de la CPE qui était malheureusement occupée. Qu à cela ne tienne, au cours suivant j avertis le reste du groupe que j avais demandé l exclusion de cette dernière pour une journée. Personne ne proteste, j ajoute donc que comme certaines limites ne devaient pas être franchies, et que j assumais l entière responsabilité de cet état des choses pour avoir pu leur laisser croire bien involontairement que sympathie = permissivité, j allais par conséquent «serrer la vis». Naima et moi allâmes voir la CPE du collège, l adolescente pleurant à chaudes larmes et promettant de s amender. Le résultat fut que j eus la paix avec elle durant quelques temps, mais le statu quo demeurait fragile, je voyais bien qu à la moindre faiblesse de ma part elle n hésitait pas à s engouffrer dans la brèche. Un autre ennui que j eus à régler fut avec le groupe des quatre filles d origine maghrébine, lorsque je leur faisais une remarque pour obtenir du silence et qu elles me répondaient en arabe sur un ton qui laissait présager qu il ne s agissait pas à priori de commentaires amicaux à mon endroit. Ce qu elles ne me cachaient pas outre mesure en m informant que si je savais ce qu elles disaient Sans vouloir sombrer dans la paranoïa je m estimais insulté à mon nez et à ma barbe. Je leur interdisais donc purement et simplement de parler en arabe, que c était niet en espagnol comme dans toutes les autres matières et que d ailleurs dorénavant je ne chercherais plus à comprendre. Elles me répondirent que j étais un raciste et qu avec les autres j étais plus tolérant. D accord dis-je, mais ceci est valable pour tout le monde, qu il n y avait qu un poids et qu une mesure. Et ainsi j interdisais à Pierrick (Pedro), Mickael (El Juli) ou Amélie (Amalia) de s exprimer en une autre langue que l espagnol ou le Français. Les filles ne surent que répondre. Je pense sincèrement qu à certains moments il faut se montrer sévère et intransigeant sinon on ne gagnera pas le respect d élèves qui ne souhaitent qu imposer leur volonté au professeur. Chaque cours est un rapport de forces. Montrer la moindre faiblesse et on se fera dévorer. Certains font la comparaison avec le torero qui descend dans l arène et n a pas le droit à l erreur. Cette affirmation peut se discuter mais dans le cas qui me préoccupe je la tiens pour acceptable. Au début de l année vouloir jouer la carte de la sympathie complice a bien failli me perdre, j eus le plus grand mal à redresser la barre pour éviter l iceberg, et c est un travail de tous les instants. Le moindre assoupissement de la vigilance et tout l édifice s écroule, la métaphore du château de cartes qui s effondre au plus petit courant d air est à mon avis des plus adéquates. Par exemple, un jour que j ouvre la porte de la salle et que je m installe avec les élèves, occupé à poser ma veste je ne vois pas Aziza (María) qui se penche à la fenêtre pour parler à une camarade. Manque de chance, le principal passe à ce moment précis et me demande de punir l élève. Ce que je fais, mais qu Aziza prend mal, le carnet que je lui demande atterrit dédaigneusement à mes pieds. Je shoote alors violemment sur l objet et lui ordonne de le ramasser et de me le remettre «comme il faut». Elle s inclina et l incident fut clos mais je dus le répéter avec Pierrick dans des circonstances similaires. Peu de temps avant l affaire qui provoqua l exclusion de Naima, c est-à-dire début Novembre 2000, et que je me disais que l agitation de quelques-uns pouvait provoquer un effet de contagion sur les autres, un autre incident confirma mes appréhensions. Il s'agissait de Jenny, laquelle était une élève calme mais qui manifestait depuis quelques temps des signes certains de désinvolture envers ma personne. Et ce qui devait arriver arriva, alors que je lui demande si elle a fait ses devoirs elle me répond «Encore heureux.» sur un ton vraiment très désagréable, d autant plus qu étonnant de sa part. Je perdis quelque peu mon calme et lui dis : «Ne t avise plus de me parler sur ce ton.». Je lui demandais ensuite de me regarder dans 10

11 les yeux et rajoutais : «C est compris Jenny?». Elle avait compris. Précisons que je n avais pas vraiment perdu mon calme, mais que ma voix était suffisamment chargée de menaces assez explicites, je prononçais ces phrases sur un ton posé. Ensuite l incident de Naima remit les pendules à l heure pour tout le monde, mais je dois confesser que j ai senti le souffle du boulet passer près de ma tête. Pour en finir dans mes propos sur la gestion de l agitation, je me souviens d une professeur d espagnol dont les élèves se moquaient justement, que j avais eue en seconde et première de lycée. La pauvre femme avait peur de ses élèves, lesquels parfois se payaient sa tête ouvertement ; et la pauvre marchait au milieu d eux dans les couloirs, comme au milieu d une antre de fauves, le cou raide, le regard fixé sur la ligne bleue des Vosges sans oser porter son regard sur l un d eux. Je me souviens encore de la pitié qu elle inspirait en moi à une époque où j étais à mille lieues de penser que j exercerais un jour le même métier qu elle. Voilà à quoi je ne veux pas ressembler. II QUE SE PASSE-T-IL DERRIERE LA PORTE? -A Un cours routinier, vous plaisantez? Je me propose ici d aborder les différentes expériences plus ou moins ludiques qui avaient pour objectif de secouer une classe en état d hibernation. Pour motiver la troupe, car quoi de plus démotivant qu une routine monotone et sans surprises? Ainsi, pour voir le vocabulaire de l orientation et celui de la maison : les différentes pièces, étages j imaginais un jeu. El conde Drácula ha raptado a la novia de Cuchifritín y la tiene encerrada en su castillo. Sois Buffy Cazavampiros y vais a buscarla. Au tableau je dessinais le perron du château, les escaliers et je leur demandais où ils désiraient se rendre pour la trouver : Acabais de pasar por la escalera, llegais al umbral y hay una puerta. Qué haceís? La abrís o pasaís por la ventana? Et ainsi de suite à l intérieur : Parece que a la izquierda hay un cuarto abierto, a la derecha una puerta está cerrada, Adónde quereís ir? Subimos al tejado? Cela ne s était pas trop mal passé et les élèves avaient accroché de suite. On avait ainsi pu passer en revue tout un vocabulaire qui autrement se serait avéré fastidieux à apprendre s il s était agi de le distribuer sous forme de liste exhaustive. Un autre jeu consistait, après avoir vu de court poèmes évoquant les quatre saisons, a ce qu un élève passe au tableau et dessine ce qu il lisait dans son poème, ainsi pour le printemps par exemple, il fallait dessiner une petite fille, des fleurs, des prés, des oiseaux et une allée d arbres (cf. Annexe 1). Autre exemple, dans le but de leur faire apprendre les caractéristiques physiques et morales je leur proposais de créer un personnage virtuel: Cómo lo quereís a Cuchifritín? Alto, bajo o mediano? Y cómo es de aspecto? Gordo, flaco o corriente? Et ainsi de suite. Pour aborder les liens familiaux on lui a créé dans la foulée toute une famille : el padre gordo y bonachón, la hermana morena, romántica y llorona Mais il y eut aussi des échecs, certains retentissants. Comme par exemple la fois où pour leur apprendre à lire un menu de restaurant, je lançais un jeu de rôle avec trois acteurs, les autres demeurant spectateurs. Un couple élaborait le menu de leur dîner avec le serveur. Ce fut le bazar. Le garçon et la fille qui interprétaient le couple ne cessaient de se chamailler, les deux élèves qui se sont succédés dans le rôle du serveur manifestement n y mettaient aucune volonté et l expérimentation a tourné court. Le public des élèves non-actants en rajoutait par des commentaires non-appropriés qui fusaient à un rythme infernal, et qui profitait du fait que les trois acteurs requéraient toute mon attention. Comme on le voit, lorsque l on organise une activité ludique, il est nécessaire de veiller à ce que tout le monde soit impliqué dans une activité. L oisiveté est la mère de tous les vices. Enfin, s il est assez aisé d imaginer un jeu pour faire acquérir un vocabulaire dans un domaine précis, autant 11

12 lorsqu il s agit de considérer un texte cela requiert un vrai effort pour imaginer une approche différente. D ailleurs, quand un texte figure sur le menu du jour, il suffit de voir ces visages qui paraissent entraînés vers le sol, comme par un phénomène étrange que Newton pourrait m expliquer s il était encore de ce monde, l enthousiasme que l écrit devrait susciter chez nos adolescents n est qu un vœu pieu. Ce qui nous mène donc à la section suivante : C Le choix des supports Que peut-on faire pour intéresser les élèves à un document écrit? Prenons l exemple d une unité thématique qui dont le titre était Cristóbal Colón descubre América, composée de trois documents. Le premier était un dessin représentant l itinéraire du voyage du navigateur, associé à un dessin de Quino dans lequel Manolo se moquait à l idée que Colomb ait pu penser que la terre était ronde. Le deuxième document résumait en une douzaine de vignettes légendées la genèse de son voyage, le troisième document consistait en un texte d une chanson du groupe de rock Seguridad Social (groupe actuel et à la mode en Espagne), avec pour titre Ay Ténochtitlán (annexe 2). La vision du groupe, engagée, dénonçait les exactions des espagnols tout en idéalisant quelque peu la société aztèque. Et bien, après mon entrée en matière sur Cortès et la conquête du Mexique, je leur fais écouter la chanson, (qu ils trouvent ringarde!) nous entamons l explication du texte bon gré mal gré et ensuite j essaie de centrer le débat sur la vision du groupe, à savoir si elle privilégiait les Aztèques ou les Espagnols. Le groupe suit mollement ou ne réagit que tardivement quand je demande qu ils me citent les passages qui explicitent un parti pris pour les Aztèques. On atteint le fond quand, à la fin de l heure Pierrick me signale qu il ne voit aucun rapport entre la prise de Tenochtitlán et la découverte de l Amérique. Mon explication ne parut pas le convaincre, d ailleurs peu de temps après je commençais presque à me poser des questions. Sur le traitement d une autre unité thématique ayant pour nom Historias fantásticas, un rude morceau qui comprenait trois textes sur quatre documents ; deux textes fantastiques extraits du manuel, une bande dessinée sur l histoire de la Malinche et la merveilleuse chanson de Mecano, Hijo de la luna (Annexe 3) j eus également droit à de cruelles déceptions. Des deux textes fantastiques, le conte sur la femme anorexique (Annexe 4) obtint de meilleurs résultats que celui portant sur une merveilleuse machine au service des cuisiniers les plus inexpérimentés (Annexe 5) ; ils avaient beaucoup de mal à se représenter la chose semblait-il, alors que je pensais candidement qu ils y accorderaient un minimum d intérêt. En ce qui concerne la chanson Hijo de la luna qu ils jugèrent «merdique» à mon grand dam, je me retins à grand-peine de les qualifier de Barbares, ils ne parurent point passionnés par l aspect merveilleux de l histoire. En vain je leur expliquais l interprétation merveilleuse et l explication plus pragmatique d un enfant atteint d une maladie génétique, la violence des mœurs gitanes, le pacte entre la lune et la gitane mais rien n y fit. Au cours d une unité intitulée A comer! je leur propose deux textes qui comptaient de nombreux points communs (Annexes 6 et 7), tout d abord les deux regorgeaient de vocabulaire portant sur les aliments. Ensuite ils coïncidaient à décrire le comportement irresponsable d un mari qui met sa famille en danger par des rêves de grandeur non adaptés à sa situation financière. L acquisition du vocabulaire alimentaire à l air de se dérouler convenablement mais je n arrive pas au principal objectif cognitif que je m étais fixé, à savoir l irresponsabilité du mari. Je demande clairement ce qu ils pensent de l attitude de l homme mais rien ne vient. N y tenant plus je dis à Naima : «Venga, imagina que estés casada y que tu marido te venga y te diga que lo dejes todo que quiere poner una tienda de frutos secos». Ce à quoi elle répond : «J lui dis qu il est fou». Síííí Naima! Y ahora en español. (Blocage.) Anda! que cómo se dice fou en español? Et on y arrive à la fin. Il fallut deux séances pour traiter le texte dans son intégralité, avec une double écoute de 12

13 l enregistrement, quinze lignes étant traitées à chaque séance. En ce qui concerne l usage du magnétophone, je me suis aperçu que les élèves saisissaient des mots ici et là mais qu ils partaient un peu «à la pêche», sans arriver pour le moment à séparer l essentiel de l accessoire, ce qui me semble normal pour des cinquièmes. Souvent après une première lecture ils prétendent n avoir rien compris, je leur suggère toutefois qu ils ont forcément pu saisir un mot d ici de là. Il s agit de leur donner confiance en leur capacité d écoute et de compréhension, et faire taire ce raisonnement facile de prétendre n avoir pas pu suivre l enregistrement. J applique alors deux méthodes similaires. La première consiste à leur demander de me dire les mots isolés qu ils ont forcément compris et je les inscris sur le tableau. Finalement on arrive à couvrir le tableau de mots. Ainsi je peux leur affirmer qu ils ont beau prétendre n avoir rien saisi, la réalité est toute autre. Dans un deuxième temps nous essayons ensemble d associer ces mots pour construire des phrases chargées de sens, il convient alors de les guider pour reproduire le discours du texte en des phrases simples et réduites qui résument les idées essentielles. L autre méthode, vu leur nombre limité, et dans la perspective de favoriser l interaction, consiste à leur demander un par un de passer au tableau et d écrire ce qu ils ont saisi. Si l exercice peut s avérer plus long, il ne s agit en aucun cas d une perte de temps, ce que l on perd en temps, on le gagne en efficacité. Effectivement, quand un élève passe au tableau et tarde à écrire ce qu il a pu comprendre, les autres, par émulation, s empressent de lever la main pour demander leur tour car ils sont exaspérés par les tâtonnements de leur camarade et estiment pouvoir faire mieux. Parfois même ils se rendent compte qu ils peuvent reproduire au tableau une phrase complète, ce qu ils n auraient jamais pu croire en d autres circonstances. Loin d être une perte de temps, j estime que cette méthode constitue un excellent entraînement dans la compréhension orale. Trop souvent en effet les élèves se butent à priori sur un texte enregistré, affirmant que la prononciation est trop rapide, qu ils n ont pas la possibilité de prendre des notes. Au lieu de chercher à les critiquer et à leur signaler qu ils n agissent là que par mauvaise volonté, le mieux (qui n est pas toujours l ennemi du bien), consiste peut-être à contourner l obstacle, en se livrant à une légère manipulation de leur volonté résolue à se complaire dans la facilité. En ce qui concerne le choix de documents iconographiques, l objectif affiché est de dépasser la simple description. Et justement, dans le but d éviter cela, je ne leur propose jamais de photo figurative (paysages, scènes de genre etc. ). A l exception de clichés pris sur le vif ou de personnes posant pour le photographe. Dans ce cas précis je choisirais en priorité des clichés noir et blanc, qui sont plus «parlants», il s agit là d une préférence artistique qui n engage que moi mais je pense que de bons clichés en noir et blanc conservent un halo de mystère apte à éveiller la curiosité et l imagination de notre public scolaire. Au tout début de l année par exemple j avais essayé de leur faire commenter un dessin inspiré par les personnages d une série de dessins animés très populaire quelques années auparavant, Los Frutis, et cette fois là je ne comptais pas dépasser la simple description ; tout en embrayant toutefois sur une comparaison avec le phénomène Pokemon, je demandais à Sabrina ce qu elle voyait, réponse : «Ben, une petite fille avec un cactus, une banane et un ananas». Vale pero en español.( ). Bueno y que podeis decir sobre la actitud de los personajes? Je remarquais bien que le document ne se prêtait guère plus qu à une description sommaire, que les élèves sentaient rébarbative et dénuée de sens, de perspectives. Ils avaient en fait l impression de travailler à un niveau de CM2 et je leur donnais entièrement raison. C est ainsi que quand je leur propose un document visuel, s il ne me semble pas assez riche dans sa nudité, je l écarte au profit d un autre accompagné d une légende ou d un court texte qui doit provoquer à coup sur un commentaire. L association image plus texte me paraît ainsi beaucoup plus profitable et facile à gérer. Parodions quelque peu le slogan d un magazine populaire et n hésitons pas à affirmer que le poids des mots fournit une piste de réflexion pour 13

14 appréhender le choc des photos. D ailleurs, n est ce pas le principe même de l affichage publicitaire d éveiller l intérêt du consommateur potentiel par une image attractive, accompagnée d un court texte suffisamment explicite, ou, selon le but poursuivi suffisamment ambigu? C Ton avis m intéresse Pour donner l envie à un groupe d élèves de travailler dans la joie et la bonne humeur il faudrait Mary Poppins comme professeur. Comme nous ne disposons pas de cette sainte dame sous la main et qu à l impossible nul n est tenu, nous abandonnerons donc l idée de donner un cours à une classe modèle de cinquièmes (si vous en trouvez une faites-moi signe). Il n est pas question à l inverse de sombrer dans la mélancolie en se disant qu «à leur âge j avais déjà lu l Iliade et l Odyssée». Notre génération zapping à besoin d être captivée par notre discours sous peine de s abîmer dans les brumes sombres de l ennui. Chaque cours donné est donc un défi à relever. A moins de pratiquer la pédagogie Keating, illustrée par le film Le Cercle des poètes disparus, il est peu probable que le professeur réussira à se rendre indispensable auprès de ses élèves, que ceux-ci entrent en classe remplis de la joie de vous revoir mon professeur adoré. Personnellement une de mes élèves dont je tairais le nom m a accueilli un jour avec un «merde» en constatant que je m obstinais à n être pas absent. Magie de l adolescence. Alors, que faire? Comment fixer leur attention? Certains suggèrent d aborder des sujets qui les passionnent. Oui, mais admettons que le professeur ne soit pas passionné par le rap, le football ou par la vie trépidante de Rocco Siffredi (authentique) ce qui est son droit. D aucuns font remplir à l élève ces fameuses fiches où celui-ci peut mentionner ses loisirs préférés, pour ainsi mieux les connaître et instrumentaliser leurs passions dans leur pédagogie. Très bien, voyons les passions de nos chérubins : Fatima, Aziza et Ilhame (Andrea) ne se découvrent aucun loisir particulier, Amélie pratique la danse classique le mercredi après-midi. Mickael fait du judo (intéressant pour connaître la notion de respect de l autre), Pierrick aime «bicycleta, futbol, pesca a la ligna». Enfin Sabrina, Jenny, Naima et Lahcen pratiquent la boxe ou le full contact (bigre!). Doit-on se mettre à la boxe dans ce cas? Encore une fois se pose le problème entre se mettre à leur niveau et se mettre à leur portée. Décomposons donc le mécanisme par étapes : 1 Après maintes recherches nous avons rencontré un support assez riche sur le plan grammatical et dont le contenu thématique nous semble susceptible de les attirer, car malgré tout on n attrape pas des mouches avec du vinaigre. 2 Durant la préparation du cours nous nous attachons à dégager des sentiers balisés vers lesquels les élèves pourraient porter leur discussion. 3 L heure fatidique est venue et la classe se laisse bercer par une douce léthargie postopératoire. La mayonnaise ne prend pas. Déboussolés, nous faisons donc appel en ultime recours à Superprofe. Le cours porte sur la pollution et l esprit civique qui suppose de ne pas prendre la rue pour une poubelle. Superprofe prend Mickael à parti et lui tient ce langage : «Hey chico, supongamos que estás en el patio del colegio, al lado de un agente de la limpieza que está barriendo y le tiras delante el papel de tu Grany. Cómo crees que se va a sentir el hombre?». Autre variante : «Estás en la parada del autobús y un desgraciado pasa con el coche y te vacía el cenicero a la cara. Qué?». Il est possible d aller plus loin, comme on le voit, la stratégie est de provoquer une réaction, le dormeur doit se réveiller (Franck Herbert, Dune). Evidemment, il est des sujets tabous comme le sexe, la religion, la politique Mais autrement le but n est- il pas que l élève s exprime (en espagnol en plus, c est déjà assez dur de les faire s exprimer en français) et se sente impliqué dans le déroulement du cours? Est-il préférable de leur donner à répéter ce que nous voulons entendre? Quitte à ce qu un sujet sur la violence débouche sur une discussion style café du 14

15 Commerce sur la montée de l insécurité ou quoi que ce soit d autre. Mais enfin l élève parle, et pour exprimer son opinion il a besoin de structures ; et comme il est probable qu un cinquième ne saura pas pratiquer l espagnol couramment, il lui faudra donc les demander au professeur. Vous vous rendez compte? Les demander! Eux, dont la question préférée est Qué hora es? Comme Mickael, qui veut toujours partir avant la sonnerie pour avoir une table de ping pong et qui ne comprend pas vraiment quand je lui dis que je pensais que tous les jeux de racket étaient interdits dans l enceinte de l établissement. Comme vous l avez donc deviné, l approche a pour objectif de conduire l élève à s exprimer, sans qu il ne se sente soumis à une quelconque coercition. Il ne s agit pas non plus de l amener à «jacasser» sur ces centres d intérêt mais plutôt de l amener à développer sa propre réflexion sur des thèmes de société qui peut contribuer, en synergie avec l éducation civique, à développer un esprit citoyen. De plus cette méthode présente un intérêt, et non des moindres, c est de d apprendre à l élève à confronter son point de vue à des opinions contradictoires. Ce qui constitue l essence même du débat démocratique. Pour un adolescent en butte à l'échec scolaire, un autre avantage possible à prendre en considération se situe sur le terrain psychologique, du fait même de lui montrer que l on recherche à connaître son avis, et mieux, que l on y accorde de l importance. Cela n a l air de rien et pourtant, qui ne se rappelle pas dans ses souvenirs scolaires, ou qui ne connaît pas de professeur qui isole en fond de classe les élèves qui ont complètement décroché dans la discipline? Ne voilà donc pas une belle forme de marginalisation, d exclusion? A l échelle de la société nous savons tous que le sentiment d exclusion entraîne avec lui la violence et la désespération, l agressivité et la délinquance. Je pense qu il s agit d un signal fort envoyé à l élève, qu il n est pas abandonné à son sort. Prenons l exemple de Fatima, j ai déjà mentionné ses résultats scolaires catastrophiques, de loin les plus faibles d une classe, laquelle à son tour est aux antipodes d être ce que l on peut appeler une classe brillante. Et bien Fatima recopie avec soin toutes les traces écrites données sur le tableau, comme les autres je l interroge et lui demande de lire. Même si cela n est jamais évident, si cela peut donner aux autres le sentiment d une perte de temps, je pense que si elle le voulait, elle pourrait y mettre la plus mauvaise des volontés et me gâcher le cours, or ce n est pas le cas. Elle pourrait dessiner sur son agenda, lire un magazine ou tenter n importe quoi pour me provoquer et dieu sait que dans certaines matières elle ne se gêne pas pour le faire mais en espagnol non, pourtant je sais que lorsque je m adresse à la classe dans cette langue elle a vite perdu le fil. Un autre aspect de la question résidait dans le fait qu il fallait, pour obtenir d eux une libre expression, qu ils acquièrent suffisamment de confiance en eux pour faire-part de leur opinion sans crainte de celle des autres à leur encontre. Autrement dit, qu ils abandonnent toute réserve, timidité excessive. Comment faire? Tout d abord, comme je l ai déjà dit, à l intérieur de ce groupe, plusieurs groupuscules se sont constitués, n hésitant pas à s interpeller les uns les autres en pleine session pour régler leurs différents. Mais cette situation, en vigueur au début de l année semble avoir perdu des couleurs. Par exemple Pierrick et Mickael ne pouvaient s empêcher de provoquer Jenny, parfois de manière fort incivile, critiquant son physique, parlant de «chemin de fer» à propos de son appareil dentaire Aujourd hui, je constate que la hache de guerre est enterrée, les remarques acides sont devenues un jeu bon enfant, la volonté de blesser à disparu. Miracle? Non, je ne crois pas, je pense qu il s agirait plutôt d un retour à la normale. Je m explique. Lorsque je décidais la reprise en main du groupe au niveau disciplinaire, je dus faire face à l hostilité du groupe entier qui ne s attendait pas à un tel comportement de ma part. Cuando más alto, más dura es la caída. Je me montrais particulièrement dur envers toute transgression de la discipline et ils développèrent une nouvelle stratégie, celle de se serrer les coudes. Quel effet de voir, parbleu, Naima défendant Pierrick et soutenant que celui-ci ne lui avait pas dit «ta gueule» au beau milieu du cours! Ils ont enfin fini par développer un esprit de groupe. D accord, mais alors on 15

16 pourrait penser qu ils se seraient unis pour me faire la vie dure. Pas vraiment, je précise que je me suis toujours comporté de manière juste envers eux et que, plusieurs fois, je dus dire à haute et intelligible voix qu il n y avait pas et n y aurait jamais de favori ou de «chouchou du prof», tous seraient logés à la même enseigne. Mon but implicite consistait à créer une atmosphère de bonne humeur pour faciliter le travail dans une confiance mutuelle. Y suis-je parvenu? Il se pourrait que oui, mais rien n est jamais joué Pour en terminer avec cette deuxième partie, j ajoute que je préfère travailler dans la bonne humeur avec les élèves, il s agit de ce côté apparemment sympathique qui m a tant demandé d efforts dans le domaine de la discipline. Aurais-je été plus avisé de me montrer sous un abord à première vue froid, distant, et ensuite peu à peu relâcher la pression? Cela est fort probable, et il s agit vraisemblablement d une erreur de ma part, motivée sans doute par le fait de mon ignorance de ce que pouvait être une classe de cinquième, qui ne ressemble plus à ce que mes souvenirs scolaires me laissaient entrevoir. Dans le cas contraire, le pouvoir de censure de ma mémoire est édifiant, ou alors le fait que nos professeurs avaient encore la jouissance de pouvoir distribuer des châtiments corporels (et beaucoup ne s en privaient pas) contribuait à maintenir le calme. III ACQUISITION DE L AUTONOMIE A Utilisation et réutilisation des clés Une langue vivante ne s apprend pas comme de l histoire ou de la géographie. Ce constat élémentaire, il reste toujours parfois à le faire passer aux élèves. Quand je donne une règle de grammaire à expliquer, j essaie toujours de la rendre claire et intelligible à mon public, une bonne explication évite souvent de fâcheux malentendus, et le domaine scolaire ne fait pas exception. Il ne s agit pas ensuite d apprendre la règle par cœur, il faut l intégrer dans un schéma de pensée. Prenons l exemple de la préposition a, qui s emploie dans les cas où le COD est une personne, un animal domestique chargé d affect, je cite alors la règle et l énonce précisément. Pourquoi? Parce que moi-même au lycée encore, je n étais pas certain de son emploi. Quel inconvénient y a-t-il à prendre cinq minutes pour expliciter une règle, si ensuite dans les cas de doute l élève peut s y référer? Il en va ainsi de même pour les prépositions por et para. Personne n'ignore la complexité de leur usage quelquefois. Va-t-on les laisser dans le doute sous prétexte qu il ne convient pas d introduire de la grammaire dans le cours? Va-t-on ainsi les laisser aux portes d un mystère insondable en leur disant qu ils ont la règle page 167 du livre au cas improbable où certains, motivés par une curiosité morbide, voudraient tenter de percer le secret? Demandons à Aziza de se prêter à une expérience exemplaire. Aziza à pour elle la qualité, si rare de nos jours, d avoir une réelle envie de travailler qui force l admiration de chacun. Or, lors de la correction d une évaluation, me trouvant devant sa copie, j eus la désagréable surprise de reconnaître la quasi-totalité de la trace écrite du cahier recopiée pratiquement mot pour mot. Une quelconque tricherie, du fait de certaines fautes relevant d un par cœur approximatif, était à écarter. Ainsi, les deux phrases demandant l utilisation de al plus l infinitif étaient exactement celles du cahier! J expliquais donc à tout le monde lors de la correction commune combien était vaine une telle manière d apprendre ses leçons, (sans désigner de coupable) qu il s agissait pour la grammaire d un mécanisme à saisir et non d un exemple à répéter par cœur sans en avoir perçu le principe directeur. En ce qui concerne les structures d apprentissage de l expression personnelle, j essaie tant bien que mal d éviter " l effet perroquet "qui consiste à les utiliser de manière irréfléchie. Je me souviens d une professeur qui nous demandait en quatrième et troisième de commencer 16

17 toujours une phrase de commentaire par supongo, ce n est qu en terminale que je me suis rendu compte qu il s agissait du verbe suponer à la première personne du singulier! C est pour cela donc que j attache une extrême importance au discours de l élève et à sa manière d exprimer ses idées. Ainsi, si pour affirmer une certitude, du genre m informer qu un dessin est un dessin ou une voiture une voiture, je serais contrarié s il me dit si no me equivoco se trata de un coche. B Le travail personnel de l élève Dès les premières séances de l année, désirant connaître le niveau de mes élèves, j entamais ce qu il me semblait n être que de simples révisions du programme de sixième. Les résultats de la première évaluation furent catastrophiques. Les chers enfants avaient un niveau déplorable et personne ne m avait averti! Au fil du temps je remarquais qu il ne fallait s étonner en aucune manière de ce résultat, les chers bambins, passé l effet de surprise d un nouveau professeur, retournaient à leurs vieilles habitudes, le farniente. Ainsi, quand je corrigeais les devoirs, beaucoup ne les faisaient pas. D autres prétendaient ne pas avoir compris les instructions données la veille, forcément précisées en espagnol. Qu il est donc facile de dire après-coup ne pas avoir compris la teneur des exercices demandés, alors que le professeur ne relâche personne sans avoir vérifié plusieurs fois que les consignes sont claires pour tout le monde. Enfin, d autres encore bâclaient le travail de telle manière que cela faisait peine à voir. Bref, que pouvait-on faire pour changer un tel état de choses? En distribuant observations écrites et heures de colle tout simplement. Effet garanti. Durée limitée cependant, le bâclage revient en force depuis quelque temps. Une autre mise a niveau s impose, elle a été récemment formulée en termes clairs et limpides. Dans le cas où les devoirs rendus ne me plairaient pas par leur évident manque de sérieux, tout le groupe aura l immense joie de se voir attribuer une petite interrogation écrite portant sur la séance précédente (qu ils ont sûrement bien apprise). Evidemment, certains esprits chagrins pourraient alléguer d une lassitude consécutive à une fin de trimestre qui s étire et qui démobilise. A huit jours de la rentrée des vacances d Hiver, décidément, reprendre le rythme scolaire n est point aisé. Une autre remarque à propos d une méchante habitude contre laquelle je dus combattre, lorsqu il m arrivait de distribuer des photocopies illustrées de dessins divers ; le premier réflexe des élèves consistait à se ruer sur feutres, surligneurs et autres gadgets qui font la fortune des papetiers, pour colorer les motifs. Je ne pouvais en croire mes yeux. Une fois le document distribué les dix s amusaient comme des CP et oubliaient complètement ma présence. J avais beau leur dire de faire cela chez eux s ils y tenaient tellement mais personne n écoutait. Pire, ils me disaient d attendre qu ils aient fini. Un jour, n y tenant plus, je dis à Pierrick de poser son feutre. Cause toujours mon lapin. Je me saisis donc de son document, le roule en boule et le jette dans la corbeille. Pierrick ne comprends pas. Je lui explique alors que j aime bien que l on m écoute quand je demande quelque chose. Il ne lui restait plus qu à demander à un camarade de lui laisser photocopier son exemplaire. Sur ce, je demande si le groupe compte d autres volontaires pour un passage à la photocopieuse, tout le monde pose son feutre sur la table et se tait. Après cet épisode et d autres du même acabit les élèves finirent par éviter la provocation frontale. Après le travail à la maison, le travail en classe. Le pire ennemi est l inattention, quand j interroge un élève, les autres s estiment libres de vaquer à leurs occupations. Si cela se produit dans le silence, passe encore, mais alors à l insu de mon plein gré. Hélas souvent ce n est pas le cas, tout n est que bavardages et discussions interminables. Je questionne alors le fauteur de trouble sur ce la question qui a été posée à son ou sa camarade, et s il ne répond pas 17

18 il a droit à une croix. Trois croix et il me faudra la signature des parents sur son carnet de liaison. Imaginons qu enfin tous finissent par suivre le cours, un autre obstacle consiste à ce qu ils s expriment en espagnol, quelle gageure. Neuf fois sur dix, une réponse (quand réponse il y a), vient en français. Je me fais souvent l impression d être un robot à répéter toujours la même phrase : Vale, y en español? L emploi de l espagnol n est toujours pas spontané, loin de là. Ils le vivent comme une imposition, sans plaisir. Si je n insistais pas à chaque fois, ils me répondraient en français, sachant pourtant parfaitement qu ils se trouvent en cours d espagnol mais tentant systématiquement de biaiser. Comment leur faire admettre que l on peut éprouver du plaisir à s exprimer en espagnol? De ce côté là, rien ne semble les mobiliser. Me montrer encore plus exigeant que je ne le suis ne pourrait que les braquer contre la matière. Ou tout simplement ils se sont braqués contre moi, ce qui n est pas à exclure, du fait que je sais par expérience que des élèves jeunes ont du mal à supporter l autorité d un professeur débutant (si je pouvais attraper celui qui leur a dit que j étais un stagiaire ). C Evaluation des progrès réalisés L évaluation s apprécie sur deux critères, la compréhension en classe et l évolution de la notation tant écrite qu orale. En ce qui concerne la notation trimestrielle, à l issue du deuxième trimestre quatre élèves ont obtenu la moyenne générale oral/écrit confondus ; soit un élève de plus (Aziza) par rapport à la période précédente. La réussite d Aziza se doit logiquement à son travail soutenu et à sa volonté d y arriver. Lahcen, redoublant sa cinquième, bénéficie d un avantage par rapport aux autres élèves, mais fait preuve d une étonnante maturité qui stimule sa compréhension des documents traités. Enfin, Pierrick et Sabrina, dont les parents sont d origine espagnole, font montre de beaucoup trop de confiance en eux. En effet, voyant qu ils peuvent obtenir la moyenne sans trop fournir d efforts, et étant donné que je me dois de mettre le cours à la portée d une classe dont le niveau est plus que faible, leur attention à tendance à faiblir. Une autre donnée à prendre en compte est que l espagnol est pratiquement la seule matière où ils obtiennent la moyenne générale. De plus, ces deux élèves partagent la qualité d être assez caractériels, par rapport au reste du groupe, ce qui laisse augurer de leur charmant petit caractère ; et ne supportent pas la moindre observation ou punition laquelle, lorsqu elle leur tombe dessus, provoque maintes plaintes et démonstrations d hostilités. Nos deux adolescents ayant déjà essuyé plusieurs punitions homériques et totalement injustifiées à leurs yeux (mais pas aux miens), ils ne voient donc pas pourquoi ils me feraient plaisir en étant plus attentifs et en participant davantage. J ai eu beau leur expliquer, du moins essayer que leur travail ne sert que leur intérêt, et non le mien, leur seul horizon se limite malheureusement, et au vu de leurs résultats, à un passage en quatrième A.S. Hors ces quatre éléments, la notation du reste du groupe stagne en dessous de la moyenne, parfois très bas comme Fatima et Mickael. En ce qui concerne l évolution des progrès réalisés en classe, tant au niveau de la participation orale que de la compréhension des documents abordés, tout dépend en fait de l intérêt qu ils manifestent devant le document. Et éveiller leur attention n est pas chose facile au demeurant. Quoi qu il en soit, je constate un léger progrès, si léger que je peux aussi me tromper, dans la compréhension du texte par le questionnement. Encore faut-il que la réponse vienne en français, ce qui est rarement le cas. Encore et toujours je dois faire des pieds et des mains pour obtenir une réponse en espagnol, et insister plus encore pour me voir gratifier d une phrase complète. Le problème majeur réside dans le fait d avoir à combattre leur mauvaise volonté. Cependant, je m attache toujours à leur soumettre des documents accessibles, qui puissent attirer leur attention ne serait-ce que de manière aléatoire. C est tout 18

19 un monde qui sépare les pieuses intentions du professeur et l effort que certains se sentent disposés à déployer. D La réussite est à ta portée Quelle est la question sine qua non pour réussir? Réponse à la devinette : ne pas baisser les bras. Ce qui nous conduit donc à nous préoccuper des résultats désastreux en espagnol de Mickael et Fatima. Fatima ne travaille dans aucune matière, est dispensée d éducation physique pour raisons de santé et est souvent absente pour les mêmes motifs. Elle se retrouve vite perdue quand je commence à parler en espagnol, d autant plus et il faut bien l avouer, qu elle n est pas des plus attentives. Les devoirs qu elle me rend ont souvent été faits en commun avec ses camarades de classe, de là à penser qu elle ne fait que les recopier Mickael pense quant à lui que l espagnol est au-dessus de ses forces. Curieusement il obtient de bonnes notes en occitan, un jour je lui en fis la remarque et lui demandais si c était le fait que la professeur d occitan soit jeune et agréable à regarder qui était la cause de si bonnes notes. Mais ce fut Jenny qui me répondit tout de go «elle au moins elle nous traduit». Merci Jenny. Quand je considère tout ce temps passé à leur expliquer le vocabulaire, les idées, à m assurer que tout est compris Bref, Mickael n en fiche pas une en cours, combien de fois ai-je dû lui faire remarquer qu il n était pas attentif, lui signifier qu il est interdit de dessiner des chevaux ou autres graffiti pendant l heure de classe (Guy Degrenne, ce n est pas comme cela que vous réussirez dans la vie), rien n y a fait. Un jour j appelais ses parents pour évoquer son cas et je tombais sur son père, lequel me confirma les résultats de son fils qui lui fait signer ses interrogations écrites. Le monsieur me fit part également de sa propre expérience, par sa participation à des cours d anglais pour adultes auxquels il prétendait n avoir rien appris par la faute d un professeur qui soi-disant ne faisait que parler anglais. Tout s expliquait. Le fiston, à l abri de l expérience paternelle, dispose de la totale compréhension de son père, lequel sans s'en douter lui fournit son meilleur alibi possible. Je ne me hasardais pas à essayer de raisonner le père au téléphone, il aurait pu mal le prendre. Dans ce cas concret, comment convaincre un élève qui sait qu il a le soutien indéfectible de sa famille? Permis de ne rien faire sans avoir d explication valable à donner. Merci papa. Autre cas, celui de Naima, qui plafonne à six de moyenne, mais qui admet également que réviser son espagnol ne l intéresse pas. Naima qui joue la provocation en me parlant de son fiancé à tout bout de champ alors qu à ma grande honte j avoue qu il ne fait guère partie de mes préoccupations premières. La petite est attachante et sympathique mais insupportable en cours, elle a toujours besoin de se faire sermonner, tancer vertement, punir (par ordre croissant). Insaisissable, un jour que je lui parlais de l utilité des études pour ne pas finir sans qualification, comme ces agents d entretien que beaucoup d élèves déconsidèrent, elle admit que j avais raison. Le lendemain devant ses camarades elle les avertissait contre ce «prof sermonneur qui avait failli la faire pleurer». Enfin, entre huit et la moyenne figurent trois élèves, Ilhame, Jenny et Amélie. Dans leur cas, on ne peut avancer qu il s agit d un manque de travail, même si au contraire on ne peut affirmer qu elles se sentent réellement impliquées dans l apprentissage de l espagnol. Il s agit d un véritable supplice que de corriger leurs copies et de voir apparaître toujours les mêmes notes. Les formules d encouragement prodiguées dans les marges des évaluations semblent ne donner aucun résultat dans l immédiat. Leurs seuls progrès enregistrés à ce jour se situent au niveau de l oral, elles participent davantage, même Amélie qui ailleurs est muette comme une tombe. Par ailleurs leurs devoirs démontrent de sérieuses lacunes en ce qui concerne l expression personnelle, sorties des exercices structuraux (que je distribue à doses homéopathiques) elles se retrouvent déboussolées pour s exprimer. Ainsi avec elles mi peut s écrire my, al se retrouver en a el etc. Sont- elles disposées à envisager un travail de 19

20 rattrapage? Rien n est moins sûr. Je leur ai proposé de lire la partie grammaticale du livre et de me rendre des exercices structuraux si elles désiraient s exercer à la maison mais voilà, se sont les premières à rechigner quand je donne les devoirs à remettre pour la séance suivante alors IV PERSPECTIVES FINALES A Bilan des démarches entreprises sur le court terme Faire d un groupe hétérogène un groupe calme, attentif, levant la main avant chaque intervention et s exprimant tant bien que mal en espagnol. A l heure où j écris ces mots je ne pense pas y être parvenu entièrement. A chaque cours il faut tout recommencer, ce qui entraîne une perte de temps assez conséquente. Rendre le cours relativement agréable par un choix de documents divers et variés a aussi été tenté sans guère de résultats sur des supports texte, les résultats sur support iconographique sont plus encourageants. Il semble ainsi que le texte demeure toujours aussi rébarbatif aux yeux des élèves, qui l accueillent plutôt froidement. L explication enthousiaste de son contenu ne le suscite pas (l enthousiasme) chez nos cinquièmes. B Long et moyen terme Rendre le cours (relativement) attractif, faire aimer la langue et la culture espagnole, motiver les élèves à l apprentissage de la matière, les rendre autonomes, tels étaient les objectifs sur l année scolaire. L autre grande préoccupation consistait à leur donner suffisamment de confiance en eux pour s exprimer en espagnol sans crainte. Ce dernier objectif semble avoir été atteint, en effet les élèves ne craignent plus les moqueries pour leur accent approximatif (les quelques tentatives ont été tuées dans l œuf), et ne manifestent pas à mon égard de timidité particulière. La seule nuance que l on peut apporter est une dramatique incapacité à conjuguer correctement les verbes, certains les laissent même à l infinitif. Ce qui m amène à en déduire un flagrant manque de travail à la maison en matière de conjugaison, tous les temps ont été abordés en cours d année et clairement donnés à apprendre pour chaque évaluation. Actuellement nous venons d aborder la concordance des temps dans l irréel ( imparfait du Subjonctif et Conditionnel) à travers plusieurs documents et l apprentissage s avère long et difficile. Pour ce qui est de l autonomie, je ne me fais guère d illusions, leur cruelle absence de motivation se traduit par un abandon définitif à la moindre difficulté. La seule manière de les obliger à fournir un effort consiste à les interroger et à ne plus les lâcher jusqu à ce que j obtienne satisfaction. Méthode dure mais la seule qui ait de l effet. Quant à croire qu ils manifestent un quelconque intérêt pour la culture espagnole ou latino-américaine, je me permettrais d émettre de sérieux doutes. A ce propos une élève d origine maghrébine dont je tairais le nom mais dont j ai gagné l inimitié, soutint en toute mauvaise foi qu alors que j évoquais la vie nocturne espagnole, en fait je me livrais à une incitation à la débauche sexuelle en discothèque et à la consommation de substances illicites, j attends toujours mon accusation pour génocide, qui ne saurait tarder. Le pire aurait pu se produire lorsque le père avale les délires paranoïaques de sa fille et s introduit dans le collège animé de mauvaises intentions. 20

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