BOEUF MUSQUÉ. par Didier Le Henaff. Novembre Québec DD

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1 BOEUF MUSQUÉ par Didier Le Henaff Novembre 1986 Québec DD

2 Direction de la faune terrestre PLAN TACTIQUE BOEUF MUSQUÉ par Didier Le Hénaff Direction générale de la faune Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Québec Novembre 1986

3 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec 2 e trimestre 1988 ISBN:

4 III TABLE DES MATIÈRES Page 1. MISE EN SITUATION 1 2. BIOLOGIE DE L'ESPÈCE Généralités Habitat Reproduction Facteurs limitatifs Les conditions climatiques La prédation Les combats entre les mâles Le stress physiologique L'habitat Répartition et densité DYNAMIQUE DES POPULATIONS Situation actuelle Potentiel L'OFFRE LA DEMANDE Pour la ressource Pour l'habitat UTILISATION ET IMPACT ÉCONOMIQUE Cynégétique Non-cynégétique Commerciale 30

5 IV TABLE DES MATIÈRES (suite) Page 6.4 Alimentaire Impact économique OUTILS DE GESTION PROBLÉMATIQUE Distribution et densité Utilisation Habitat Gestion ALTERNATIVES DE SOLUTIONS Gestion minimale Gestion intermédiaire Gestion maximum ORIENTATIONS 40 Bibliographie 42 Figure 1 15 Figure 2 17 Tableau 1: Libération de boeufs musqués au Nouveau-Québec (Le Henaff 1986 e ) 16 Tableau 2: Résultats des recensements et des structures de population réalisés sur le groupe de boeufs musqués du lac Diana, entre février 1980 et octobre 1983, (Le Henaff 1986 b ) 21 Tableau 3: Pourcentage de veaux dans les populations de boeufs musqués du Nouveau-Québec, de Nunivak et des îles de l'arctique 21 Tableau 4: Problèmes, alternatives de solutions et priorités d'intervention pour la gestion du boeuf musqué au Québec 39

6 1. MISE EN SITUATION Le boeuf musqué (Ovibos moschatus), dont les ancêtres parcouraient les plaines de l'europe et les steppes de l'asie avec le Mammouth, le Mastodonte, le Rhinocéros à narines cloisonnées et le Renne, est un vestige de la dernière période glaciaire (Banfield 1975). Sa présence dans l'arctique fut mentionnée pour la première fois, en 1689, par l'explorateur Henry Kelsey (Wilkinson 1971). En 1708, Nicolas Jërëmie frappé par l'extrême finesse de ses poils rapporta en France des échantillons de cette laine dont il fit confectionner une paire de bas qui furent jugés "plus fin que ceux fabriqués en soie" (Wilkinson 1974). En dépit de cette appréciation favorable, l'intérêt suscité par le qiviut (laine produite par le boeuf musqué) ne se traduisit en terme d'apport économique possible qu'en 1854, alors que S.F. Baird émit pour la première fois l'idée de domestiquer le boeuf musqué. Il ne reçut cependant aucun appui en faveur d'un tel projet. L'animal n'aura cependant pas, pour autant, échappé à la convoitise des hommes; il constitua une source de nourriture importante pour les baleiniers, les explorateurs et les autochtones. Le prix élevé offert pour sa peau incita les aventuriers à abattre des troupeaux entiers dont le mode de défense naturelle ne faisait qu'accroître la vulnérabilité. Entre 1862 et 1916 la compagnie de la Baie d'hudson rapporte avoir négocié à ses comptoirs pas moins de peaux (Bloomfield 1972). Impressionné par ce carnage, le gouvernement du Canada légiféra en 1917 en interdisant toute chasse dans les Territoires du Nord-Ouest et dans les îles de l'arctique.

7 Selon Wilkinson (1974), l'un des plus ardents défenseurs de la domestication du boeuf musqué fut Vihaljalmur Stefansson, dont l'insistance auprès du gouvernement canadien a contribué en 1919 à la mise sur pied d'une commission royale chargée d'enquêter sur les possibilités de domestication du boeuf musqué à des fins commerciales. Les premières analyses de la fibre confirmèrent que le qiviut pouvait devenir un produit de valeur. Néanmoins, la commission royale, considérant les difficultés reliées à la récolte, émit de sérieuses réserves sur la valeur économique de cette laine, et la recommandation des membres, proposant l'établissement d'une ferme sur des îles de l'arctique pour l'utilisation de la viande, du cuir et de la fourrure, ne se concrétisa pas. La première mise en captivité du boeuf musqué fut tentée en 1930, à Collège en Alaska. Cette expérience qui prit fin en 1936, permit de conclure que le boeuf musqué s'adaptait bien à la vie sur une ferme et que c'était là la meilleure façon de recueillir le qiviut. Les prémisses établies, c'est curieusement au Vermont, sous l'impulsion de John. J. Teal jr., anthropologue et biologiste, que la première ferme expérimentale vit le jour en Sa conviction était que l'élevage du boeuf musqué pouvait contribuer au développement économique des populations autochtones. Après dix années d'observations et d'expérience, appuyé par l'université d'alaska et financé par la W.K. Kellog Foundation, Teal installa une nouvelle ferme d'élevage à Fairbanks. Ce projet demeure le seul exemple susceptible de nous renseigner sur les possibilités d'élevage du boeuf musqué pour la commercialisation du qiviut (Wilkinson 1974).

8 Encouragé par ce succès, Teal incita d'autres pays nordiques à tenter la même expérience. Il contribua ainsi à l'établissement des fermes d'umingmaqautik au Nouveau-Québec en 1967 et de Barbu en Norvège en L'expérience de Barbu fut de courte durée. Au Nouveau-Québec, où pourtant aucun vestige de la présence de l'espèce n'avait été signalé, c'est en juillet 1964 que débutèrent les premières démarches qui permirent d'obtenir, des autorités des territoires du Nord Ouest, l'autorisation de capturer des boeufs musqués géniteurs. En août 1967, 15 boeufs musqués âgés de 4 mois (12 femelles, 3 mâles) furent capturés, transportés puis débarqués à Umingmaqautik le 2 septembre. L'introduction du boeuf musqué au Québec était réalisée. Le projet d'élevage s'amorça sous la responsabilité de la Direction générale du Nouveau Québec (D.G.N.Q.),une section maintenant disparue du ministère de l'énergie et des Ressources, avec la collaboration de l'institute of Northern Agricultural Research (I.N.A.R.), d'alaska. On peut s'interroger sur les objectifs qui motivèrent une telle opération. Pour J.J. Teal, de L'I.N.A.R. l'implantation du boeuf musqué en terre québécoise visait le développement socio-économique du peuple Inuit, par la domestication de l'animal pour en exploiter le qiviut. Pour R. Lejeune, de la D.G.N.Q., seul l'objectif fondamental, soit une contribution au développement socio-économique du peuple Inuit, rejoignait la vision de Teal. Cet objectif devait toutefois se réaliser par le biais, non pas de la domestication, mais par l'implantation du boeuf musqué à l'état sauvage sur le territoire québécois et, consëquemment, par son exploitation à titre de gros gibier (Belzile et à]_. 1981). Cette divergence devait se refléter au niveau de la domestication des

9 animaux, de l'accroissement du troupeau, de la régie des pâturages et de la participation des Inuit au projet. En 1975, sur la recommandation du comité chargé de conseiller la D.G.N.Q., le programme de libération était lancé. La D.G.N.Q. s'attacha les services d'un biologiste pour suivre le déroulement de l'expérience d'implantation, tandis que le M.L.C.P. contribua également à la réalisation du programme, par le prêt de spécialistes, lors des libérations de 1975 et 1976 (Belzile et _al_. 1981). Quant à l'objectif du M.A.P.A.Q., depuis sa prise en charge du projet en avril 1978, il a été d'assumer le maintien de la ferme, jusqu'en 1983, date à laquelle les autorités de ce ministère décidèrent d'abandonner l'élevage du boeuf musqué à Umingmaqautik. Les géniteurs au nombre de 10, (8 femelles et 2 mâles) furent transférés au Jardin Zoologique de St-Félicien, les 6 veaux nés au printemps 1983 furent confiés au Jardin Zoologique d'orsainville, tandis que les animaux nés en captivité entre 1979 et 1981, au nombre de 13, ont été confiés au ministère du Loisir de la Chasse et de la Pêche pour fin de libération sur le territoire du Nouveau-Québec (Le Hénaff 1986 e ).

10 Z. BIOLOGIE DE L'ESPÈCE 2.1 Généralités Le boeuf musqué, circumpolaire dans le Pléistocène, est maintenant confiné au Canada, à l'alaska, au Groëndland et à la Norvège. Tout récemment il a été restauré en URSS. C'est un herbivore ruminant de la famille des bovidés et les tests sërologiques 1'apparentent plus spécifiquement à la sous-famille des capridés (Tener 1965). Les Inuit l'on baptisé Umimmaq: le barbu. Â cette ëpithète, les taxonomistes ont préféré le nom d'ovibos, voulant ainsi souligner ses caractéristiques anatomiques intermédiaires entre le mouton, la chèvre et le boeuf. Il a le tronc puissant, les membres courts, la queue tronquée complètement dissimulée sous la toison, les oreilles très courtes et les sabots arrondis et tranchants garnis de coussinets larges et mous que couvre une touffe de poils. Le crâne est massif, les cornes se développent jusqu'à l'âge de 6 ans. Plus développées chez le mâle, elles couvrent le sommet de la tête séparées par un étroit sillon frontal. Un long manteau de jarres rudes ou poils de garde recouvre une toison fine et douce, le qiviut, qui protège l'animal durant l'hiver contre les froids les plus intenses. Le pelage est bistre ou noirâtre; le dos porte une tache en forme de selle et les pattes arborent des "chaussettes" dont la couleur va du brun au jaunâtre (Banfield 1975). Les mâles adultes plus grands que les femelles ont une hauteur au garrot moyenne de 135 cm et un poids moyen de 340 (263 à 550)

11 kg. La hauteur moyenne des femelles est de 123 cm et leur poids est sujet à de très grandes variations, n'excédant pas toutefois 295 kg (Tener 1965). Le poids moyen des veaux à la naissance, constaté à la ferme d'élevage à Umingmaqautik, entre 1971 et 1979, a été de 10 kg (Belzile et^ ji]_.). Le veau est très précoce, il tète quelques minutes après la naissance et une semaine plus tard, il broute déjà (Banfield 1975). Les boeufs musqués sont grégaires, ils vivent en groupes formés de vaches suitëes ou non, de génisses et de jeunes taureaux. Sauf pendant la période de reproduction, les mâles adultes préfèrent vivre seuls ou en petits groupes. Les groupes de femelles adultes accompagnées forment des unités plutôt sédentaires qui peuvent à l'occasion se fractionner ou s'amalgamer au cours des saisons. Lent (1978) rapporte des groupements moyens de 14 à 20 en été et 12 à 18 en hiver, excluant les mâles solitaires. Sous l'attaque, les bêtes se rangent en demi-cercle, le ou les taureaux en avant, face à l'agresseur, et les veaux à l'intérieur. Si un groupe est harcelé au point d'être déplacé, tous les animaux courent rapidement en rang très serré. 2.2 Habitat L'espèce est confinée à la toundra arctique. En été, le boeuf musqué recherche les milieux humides, la végétation riparienne et les bosquets de saules.

12 En hiver, la disponibilité de la végétation herbacée et arbustive aux endroits où la neige est balayée par le vent semble déterminer le choix du boeuf musqué (Lent 1978, Tener 1965). Selon Lent (1978), les mouvements saisonniers ont tendance à être inférieurs à 80 km. Le régime alimentaire d'été est principalement constitué de plantes herbacées et ligneuses. Les cypéracées et les graminées forment généralement la base du régime alimentaire. Parker (1978) estime qu'une forte utilisation d'espèces ligneuses, telles les saules, est un indice de surutilisation de l'habitat, ou d'inaccessibilité à un habitat plus favorable. Hubert (1974) indique qu'à l'état sauvage le boeuf musqué mâle adulte ne présente un bilan énergétique positif que pendant deux mois de l'été. C'est la seule période où il pourra accumuler des réserves adipeuses qu'il utilisera au cours des six mois d'hiver, alors que son bilan énergétique sera déficitaire. Son système digestif est donc adapté à une diète de qualité et de quantité irrégulières, tantôt riche et abondante, tantôt pauvre et insuffisante. Cependant, au Nouveau- Québec, selon des observations préliminaires (Le Henaff, non publiées), il semblerait que le boeuf musqué, en raison d'une période estivale plus longue, présenterait un bilan énergétique positif plus favorable. Au Nouveau-Québec, le milieu idéal au boeuf musqué semblerait être caractérisé par une alternance de plateaux d'élévation

13 inférieure à 250 m et de grandes plaines cotières dégagées et bien drainées (Le Henaff 1986 a ). Ce type de milieu est particulièrement abondant sur le littoral de la baie d'ungava. 2.3 Reproduction Parmi les caractéristiques principales de la reproduction du boeuf musqué, on souligne généralement l'absence de jumeaux, un âge élevé de maturité sexuelle et la production d'un veau seulement à tous les deux ans. D'après Lent (1978), la naissance de jumeaux viables n'a jamais été rapportée chez les populations captives ou sauvages. À la ferme d'élevage d'umingmaqautik, on mentionne la naissance de jumeaux mâles qui seraient décèdes, semble-t-il, peu de temps après la mise bas (Belzile et al_. 1981). L'âge de maturité sexuelle semble mieux connu, mais aussi sujet à des variations importantes: à l'état sauvage, trois ou quatre ans pour les femelles et six ans pour les mâles (Tener 1965). Il est généralement admis maintenant que les femelles élevées en captivité avec des régimes alimentaires très nutritifs mettent bas dès l'âge de deux ans. Pour les mâles en captivité, l'expérience du Nouveau-Québec a révélé qu'ils pouvaient atteindre leur maturité sexuelle à 3 ans. Finalement, la croyance voulant que le boeuf musqué ne se reproduise qu'une fois tous les deux ans ne paraît basée sur aucune

14 observation sûre (Lent 1978). En captivité, on obtient, de façon générale une reproduction annuelle continue. Au Nouveau-Québec, en juin 1983 (Le Henaff, 1986 a ), sur une population sauvage inventoriée de 148 têtes, l'auteur rapporte que les femelles de trois ans et plus avaient mis bas dans une proportion de 98% et que les veaux âgés de quelques semaines, au nombre de 38, représentaient 26% de la population. Malgré ces manifestations d'un potentiel reproducteur supérieur à ce que l'on estimait dans le passé, le taux de reproduction observé ailleurs qu'au Nouveau-Québec demeure généralement faible. Freeman (1971) mentionne que sur les îles de l'arctique le nombre de veaux correspondrait à 12,5% de la population totale, alors que Lent (1978) rapporte des pourcentages variant entre 10 et 19% à Nunivak. Le taureau est polygame et se joint à un groupe de vaches et de veaux en juillet. Sur les animaux introduits au Nouveau-Québec, selon des observations effectuées au printemps 1983, mais non publiées, il semblerait que la période de naissance des veaux s'étalerait de la deuxième semaine d'avril à la deuxième semaine de mai. Ces observations permettaient de supposer que, pour une durée de gestation approximative de huit mois (Banfield 1975), la période du rut connaîtrait son sommet à partir de la mi-août. Au Canada en général, Tener (1965) fait état d'observations similaires en indiquant que la période du rut se situe en août et début septembre.

15 10 Durant le rut, le mâle dominant d'un groupe de vaches éloigne ses rivaux en engageant de rudes combats. Les mâles écartés ne participent pas pour cette année-là à la reproduction (Gray 1973). 2.4 Facteurs limitatifs Comme l'expérience du boeuf musqué au Nouveau-Québec est récente, une revue de littérature a été nécessaire pour déterminer les facteurs limitatifs potentiels de l'espèce et voir comment ils peuvent ou pourraient affecter nos populations. Parmi ces facteurs, on mentionne les conditions atmosphériques défavorables, la prédation, les combats entre les mâles, le stress physiologique et l'habitat Les conditions climatiques Parker ^it ^J_. (1975), mentionnent que les populations de boeufs musqués peuvent être périodiquement réduites par des conditions climatiques, particulièrement quand elles interviennent pour limiter l'accessibilité au fourrage. Deux cas peuvent se produire, l'excès de neige ou la formation d'une croûte de glace très épaisse. Ce qui est vrai pour le boeuf musqué l'est aussi pour le caribou (accessibilité au lichen). Or, au Nouveau-Québec, au cours des 10 dernières années de suivi intense des différents troupeaux de caribous, jamais des conditions d'enneigement ou de verglas ont limité de façon significative l'accessibilité à la nourriture. Les autochtones n'ont par ailleurs pas souvenance que de telles conditions aient pu survenir.

16 La prédation Pour Hone (1934), la prédation par le loup est la cause majeure de mortalité chez les veaux, les jeunes et les mâles solitaires. Au Nouveau-Québec, le loup est présent, sa densité n'est pas connue, mais à cause du prix élevé de la fourrure, il est très recherché par les autochtones qui maintiennent par la chasse ou le piëgeage une certaine pression sur les populations. De 1976 à 1980, le niveau de récolte moyen annuel, pour l'ensemble des communautés autochtones Inuit, s'est élevé à 228 loups. Pour la seule communauté de Tasiujaq la prise annuelle moyenne a été de 28 loups, pour la même période (JBNQ-NHRC ). Malgré cette présence, la prédation ne semble pas affecter l'augmentation de la population du boeuf musqué. Les résultats de l'inventaire de juin 1983 démontrent que le niveau actuel de population du boeuf musqué, à partir de la libération de 42 individus, n'a pu pleinement se réaliser que par l'absence de prédation (référence dynamique des populations). Il semblerait que la présence de deux troupeaux de caribous en expansion (troupeau du George et troupeau de la rivièreaux-feuilles), contribuerait à la situation actuelle, en fournissant aux prédateurs un réservoir plus accessible et plus important de proies.

17 Les combats entre les mâles Wilkinson et Shauk (1976), signalent que les combats entre les mâles pendant la période du rut sont la cause, toute proportion gardée, d'un certain taux de mortalité. Au Nouveau-Québec les combats entre les mâles à la période du rut ont entraîné 3 cas de mortalité; ces observations n'ont cependant été effectuées jusqu'à présent qu'en captivité. Il est connu que le mâle adulte, à un moment donné, éprouve le besoin, soit de vagabonder d'un groupe de femelles et de jeunes à un autre, soit de vivre en solitaire. La rencontre entre les mâles vagabondeurs prétendants et le mâle dominant d'un groupe de femelles et de jeunes engendre souvent des combats. Toutefois, l'espèce étant polygame, cette cause de mortalité n'a pas d'impact négatif sur la reproduction Le stress physiologique Urquhart (1982), mentionne que le stress physiologique occasionné par le survol régulier à basse altitude en aéronef des groupes de boeufs musqués semblerait interférer négativement sur le succès de la reproduction. Au Nouveau-Québec, la découverte récente d'une population très localisée et d'importance relative suscite déjà la curiosité des gens de passage ou des résidents des communautés de Kuujjuaq et Tasiujaq. Par effet de "boule de neige", ces incursions, encore actuellement limitées, pourraient devenir coutumiêres au point d'être considérées comme harcelantes.

18 L'habitat La perturbation de l'habitat par l'intervention humaine (développement du territoire et feu de toundra) doit être considérée comme un facteur limitatif dont les effets seront proportionnels à l'ampleur de la perturbation. Comme, à long terme, la demande pour l'habitat est potentiellement grande, surtout au niveau des développements miniers et hydroélectriques, il est à prévoir que tout secteur utilisé aux fins d'un développement réduira d'autant l'habitat potentiel du boeuf musqué. Dans les régions nordiques, les feux de toundra sont la plupart du temps d'origine naturelle (foudre). Si dans l'immédiat ils détruisent les lichens limitant, ainsi l'habitat à caribou, à moyen terme ils permettent une évolution de l'habitat qui favorise le boeuf musqué. 2.5 Répartition et densité Le boeuf musqué est indigène dans le Canada septentrional, dans le nord-ouest du Groenland et se rencontrait autrefois sur la côte nord de l'alaska. On l'a introduit en Islande, dans l'archipel du Spitzberg au Svalbard, dans l'île Nunivak en Alaska, ainsi que dans les îles Kerguelen de l'antarctique (Bandfield 1975, Lent 1978). On ne reconnaît aucune sous-espèce. L'aire de dispersion canadienne s'étend dans le nord de la toundra continentale, depuis l'inlet Chesterfield jusqu'à Paulatuk, ainsi que dans les îles suivantes de l'arctique: Banks, Victoria,

19 14 Prince-de-Galles, Somerset, Devon, Cornwallis, Bathurst, Melville, Ellef, Ringues, Axel, Heiberg et Ellesmere. On ne croit pas que le boeuf musqué ait jamais habité les Tles de Baffin et Southampton, (Banfield 1975), (figure 1). Au Nouveau-Québec, l'absence de mention historique et de vestiges fossiles connus pour cette espèce indique que le boeuf musqué n'aurait jamais occupé ce territoire et qu'il s'agirait d'une véritable introduction. De 1973 à 1983, 55 boeufs musqués (34 F et 21 M) ont été libérés dans les régions de rivière à la baleine Tasiujaq et au nord de Kuujjuaq. De ce nombre un mâle a été tué et un autre a dû être transporté dans un zoo (tableau 1). Jusqu'en 1982, il a été difficile de suivre l'évolution de la situation des animaux libérés et d'apprécier le degré de succès global de l'opération d'implantation; la faiblesse des ressources allouées au projet n'ayant pas permis de vérifier systématiquement toutes les informations rapportées par des autochtones ou des visiteurs. La dispersion du boeuf musqué au Nouveau-Québec depuis son introduction, illustrée à la figure 2, a été établie à partir d'observations de différentes sources (Le Henaff 1986 b ). Sur onze (11) observations différentes, sept (7) ont été formellement vérifiées. La première observation à Inukjuak provient d'un animal tué et dont le crâne conservé a été identifié. La seconde à Ivujivik provient d'une photo-

20 15 nj» wio FKJURf 1 DISTRIBUTION OU BOEUF MUSQUE EN AMÉRIQUE DU ET DANS LES RÉGIONS AVOISINANTES NORD ' Ils Nunivak 7- Arcttc WHdlife Refuge lie Nelson 6' Arcttc Wlldlif» Raluo* UnalaKioat 0' be Wrangat Pànintul* Saward 10' Sendre-8tr»mljord Cap Thompaon IV Umingmaqaulik Fairbanks 12 Péraimjl* d ' Ungava Range Range Sourcat B«nii«id. «r», E aire d'extinction Introduction; libération troupeau d'élevage en captivité pour domestication Fxj distribution du boeuf muaqué à 1' état sauvage i 1 Lam. 1071: Dou«r boaut mu«3u* CEN; le Hsnaf? \<\gt Figure 1. Distribution du boeuf musqué en Amérique du nord et dans les régions avoisinantes

21 16 Tableau 1. Libération de boeufs musqués au Nouveau-Québec (Le Henaff 1986 e ) Libérations de boeufs musqués Année Animaux libérés Total Secteur de libération Note M 2 3 Tasiujaq 1M tué en F 4M 9 Tasiujaq F 1M 4 Tasiujaq F 4M 17 Nord de Kuujjuaq 1M transporté au zoo en F 5M 9 Nord de Kuujjuaq F 5M 13 Rivière à la baleine Totaux 34F 21M 55 1: Femelle 2: Mâle

22 18 graphie prise au terrain d'atterrissage de ce village. La troisième concerne le groupe du plateau du Lac Diana, au nord de Kuujjuaq, observé pour la première fois en mars 1980, la quatrième observation porte sur deux groupes différents de 16 puis 13 animaux réciproquement localisés en mai puis octobre 1982, dans la région immédiate de Tasiujaq, la cinquième, à haute falaise, sur la rivière George provient d'un animal tué en 1984 par le client d'un pourvoyeur, la sixième, au lac Romanet, a été obtenue par radio-pi stage des 13 animaux libérés en 1983 (tableau 1) et la septième et dernière observation (décembre 1985) concerne un groupe de 7 animaux fréquentant la région du lac à l'eau claire. D'après ces observations vérifiées et d'autres assez nombreuses qui malheureusement n'ont pu l'être, il semble évident qu'une bonne partie des animaux libérés se soient adaptés à leur nouvel habitat. Comment expliquer cette dispersion qui, dans le cas des observations vérifiées d'ivujivik et d'inukjuak, représente des déplacements de plus de 400 km. D'après L n (1960), en Norvège, les plus grandes distances parcourues par les boeufs musqués introduits étaient d'environ 80 km. Cependant Lent (1978) rapporte plusieurs cas en Alaska où des individus introduits ont parcouru des distances de 150 km. Il mentionne même le cas d'un animal tué à plus de 300 km de son point de libération. Lent estime qu'en l'absence de barrière physique, les boeufs musqués de 1 à 2 ans, libérés en petits groupes, sont susceptibles d'effectuer des déplacements erratiques sur de plus grandes distances.

23 19 En 1983, la D.F.T. réalisa un inventaire aérien contrôlé d'un secteur potentiel de la région de Tasiujaq, (nord-ouest de Kuujjuaq). Ce type d'inventaire, très largement utilisé sur le caribou, (Le Hénaff 1980) permettait d'observer 148 boeufs musqués répartis en 15 groupes (Le Hënaff 1985). Ce résultat est remarquable puisque dans ce secteur toutes les informations et les observations subséquentes, ponctuelles et non systématiques, n'avaient permis de dénombrer jusqu'à présent que 40 animaux, soit 11 au lac Diana et 29 au nord de Tasiujaq. L'estimé de 148 boeufs musqués (juin 1983) est un niveau minimum si on considère que les secteurs potentiels d'ivujivik, d'inukjuak et de Kangiqsualujjaq n'ont pas été vérifiés. Cependant, ces secteurs se situant à 200 et 400 km des sites de libération, il est donc raisonnable de penser que ces intrusions dans des territoires aussi éloignés sont fortuites et qu'elles ne représentent qu'un petit nombre d'animaux. La confirmation de sa reproduction (Le Hênaff 1982) et la présence d'habitats propices le long du littoral de la baie d'ungava, du détroit d'hudson et la baie d'hudson permettent d'affirmer que le boeuf musqué, au Nouveau-Québec, dans des secteurs actuellement peu utilisés par le caribou, est en voie de devenir une ressource renouvelable non négligeable.

24 20 3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS 3.1 Situation actuelle La dynamique de population du boeuf musqué au Nouveau- Québec de 1973 à 1983 est analysée à partir des données de base sur la structure de population des animaux libérés de 1973 à 1978, l'évolution du groupe du lac Diana entre février 1980 et juin 1983 et sur les résultats de l'inventaire aérien systématique de juin Les animaux libérés en 1983 n'intervenant pas dans cette analyse. Compte tenu de la structure de population des animaux libérés, de l'âge de la maturité sexuelle de l'espèce, de la période d'adaptation à l'état sauvage et des effets de la libération, il est raisonnable de penser que les premières naissances à l'état sauvage eurent lieu en 1977, même si elles n'ont été observées pour la première fois qu'en L'évolution, entre février 1980 et 1983, du groupe du lac Diana, (tableau 2), permet de constater que le pourcentage de veaux dans la population a varié, pour cette période, de 18 à 33%, soit un taux moyen de 26% par année. L'inventaire aérien systématique de juin 1983 permettait de recenser 148 boeufs musqués et la structure de population permettait d'établir à 26% le pourcentage de veaux. Résultat assez élevé si on le compare aux données de Freeman et de Lent (tableau 3).

25 21 Tableau 2. Résultats des recensements et des structures de population réalisés sur le groupe de boeufs musqués du lac Diana, entre février 1980 et octobre 1983 (Le Henaff 1986 b ) Animaux observés Classes d'âge et rapport des sexes M 1 F Veaux Nb 5 février octobre octobre octobre octobre : Mâle 3.5 ans et plus. 2: Femelle 3.5 ans et plus. du rapport des sexes. Les classes d'âge 2.5 ans et 1.5 ans ne tiennent pas compte Tableau 3. Pourcentage de veaux dans la population de boeufs musqués du Nouveau-Québec, de Nunivak et des îles de l'arctique. Variations en % Taux moyen Freeman (1971) Iles de l'arctique Lent (1978) Nunivak Le Henaff (1986b) Nouveau-Québec 10 à à

26 22 Ce taux élevé s'expliquerait par le fait que les femelles adultes mettent bas à chaque année, que le taux de survie est remarquablement élevé et que le sexe ratio semblerait continuer à s'exercer en faveur des femelles. Ce taux de reproduction élevé se traduit par un rythme de croissance exceptionnel, réaction normale d'une population très jeune, introduite dans un milieu très favorable. Gunn (1982) prétend que d'une façon générale les populations de boeufs musqués s'accroissent d'une façon lente. Toutefois, en présence de conditions très favorables, la réponse est immédiate et le taux d'accroissement augmente considérablement. Urquhart (1973), rapporte que, pendant une période de 12 ans, la population de boeufs musqués de l'île Banks s'est accrue à un taux moyen de 10% par année. Dans les dix années subséquentes cette même population a connu un rythme de croissance variant de 20 à 25% (Vincent and Gunn 1981). Sur une période de 21 ans, la population de boeufs musqués de l'île Nunivak a connu un taux d'accroissement annuel moyen de 16% (Lent 1971). 3.2 Potentiel Pour avoir maintenu un rythme d'accroissement exceptionnel voisin de 25%, il aura fallu des conditions particulièrement favorables. Cependant, à long terme, ce développement est appelé à diminuer avec l'augmentation de la densité, le vieillissement de la population

27 23 et l'influence de plus en plus marquée des facteurs limitatifs, pour finalement atteindre la capacité de support du milieu. Les données sur le potentiel de l'habitat pour soutenir le boeuf musqué sont très limitées. Payette (1971) estime qu'à quelques endroits du secteur de la péninsule d'ungava (Povungnituk Pointe Chanjou, Lac Vigneault et Mont d'youville) le couvert nival est peu profond, sauf exception, et que si les arbustes qui poussent à l'abri des vents sont enfouis sous la neige, par contre les plantes herbacées exposées sont assez disponibles, particulièrement les formations à Elymus arenarius de la côte. Vers l'intérieur, il considère que la neige est assez dure et recommande des études plus poussées. Ducruc (1973) a mené à l'été 1972 un inventaire biophysique sur une partie du territoire, mais ses résultats sont fragmentaires et ses conclusions préliminaires. On ne connaît donc malheureusement pas la capacité de support du milieu disponible pour le boeuf musqué et, consëquemment, il est difficile de déterminer le potentiel total en nombre d'animaux, d'autant plus que cette capacité de support du milieu pourrait éventuellement dépendre en partie indirectement de la compétition que peuvent se livrer, dans certains secteurs, deux espèces. Les connaissances disponibles suggèrent que la compétition avec le caribou est peu probable. Les habitats et les plantes recherchées par les deux espèces semblent différents dans la plupart des endroits où de telles études ont été menées. Wilkinson et_ a]_. (1976) et Parker et Ross (1976*), n'ont pas trouvé de preuve d'une compétition

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