Le Guide d aide à la VALIDATION des MESURES de MAITRISE des dangers bactériologiques ACTION QUALITE

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1 Le Guide d aide à la VALIDATION des MESURES de MAITRISE des dangers bactériologiques ACTION QUALITE

2 Logo CERVIA Parce que l enjeu alimentaire est plus que jamais un défi pour demain, le CERVIA PARIS Ilede-France, organisme associé de la Région, répond au travers de ses missions, aux questions économiques, technologiques, environnementales et sociétales, que se posent les entreprises franciliennes du secteur alimentaires «du champ à l assiette». SES MISSIONS Valorisation et développement du secteur alimentaire francilien : Construction d une identité alimentaire francilienne, développement de filières régionales susceptibles d apporter de la valeur ajoutée aux produits et appui à l émergence de réseaux de commercialisation de proximité. Expertise et soutien apportés aux entreprises : rôle d interface avec les secteurs de production, transformation, restauration et distribution, de manière à répondre à l attente citoyenne de sécurité et d approvisionnement de proximité, suivi de l évolution réglementaire et technologique, appui à l innovation, la qualité, la sécurité des aliments et la nutrition. Un catalyseur d énergies entre les différents acteurs de la filière pour faciliter les rapprochements et les projets collectifs. UN PLAN FILIERE ETAT-REGION Dans le cadre du PLAN FILIERE AGRO-ALIMENTAIRE en Île-de-France, le CERVIA Paris Île-de- France a soutenu les entreprises dans les 4 axes ci après. Axe «QUALITE», Les actions portent sur la maîtrise de l hygiène et la sécurité microbiologique des procédés, en partenariat avec l Anses 1. L objectif est de mettre à disposition des professionnels des outils techniques et scientifiques pour mieux appréhender et mettre en œuvre les obligations de résultats du règlement «paquet hygiène». Sont parus les guides suivants : «La gestion de crise», «L analyse des dangers bactériologiques» et est à paraître : «Une sensibilisation à la norme ISO adaptée aux PME». Axe «AGRO-ALIMENTAIRE DURABLE» L objectif de cet axe est de favoriser l appropriation du concept de développement durable par les entreprises, mais aussi de leur fournir les premiers outils technologiques et de management. Axe «INNOVATION» Il vise à permettre aux PME de mener à bien leurs projets innovants, en mobilisant les compétences et les financements régionaux Axe «NUTRITION» Cette action, objet du présent livret, synthèse de l intervention de Nutrimarketing, doit permettre aux entreprises d acquérir les principes de base de la nutrition afin de valoriser au mieux leurs 1 Agence nationale de sécurité sanitaire de l alimentation, de l environnement, et du travail

3 produits dans l environnement nutritionnel actuel.

4 Sommaire : LA VALIDATION DES MESURES DE MAITRISE : CONTEXTE ET PRINCIPES GENERAUX Le Plan de maîtrise sanitaire Mais au fait, c est quoi une mesure de maîtrise? Exemple de fiche récapitulative de validation de process Les facteurs de variabilité du schéma de vie d un produit. EXEMPLE DE VALIDATION : LA DUREE DE VIE D UNE DENREE ALIMENTAIRE Contexte réglementaire et définitions Choix des outils : - Test de vieillissement - Test de croissance - Microbiologie prévisionnelle Mise en œuvre : validation du temps maximal d exposition de pâtisserie hors chaîne du froid lors d un buffet Guide élaboré par VETHYQUA, suite au travail de réactualisation du guide de bonnes pratiques d hygiène en Boulangerie Pâtisserie, avec la participation de Véronique NOEL (ANSES- Laboratoire de Sécurité des Aliments d Alfort)).

5 La validation des mesures de maîtrise : contexte et principes généraux Le Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) Le «paquet hygiène» impose aux «exploitants» de chacun des maillons de la chaîne alimentaire la définition et la mise en place, sous leur responsabilité, d un Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS). Ce PMS décrit les mesures prises pour assurer l hygiène et la sécurité sanitaire des productions vis à vis des dangers biologiques, physiques et chimiques. Le PMS comporte trois parties principales : - les Bonnes Pratiques d Hygiène (BPH), - l analyse HACCP pour la maîtrise des dangers spécifiques des activités de l établissement, - les procédures de traçabilité et de gestion des non-conformités. PMS Traçabilité HACCP BPH Validation des mesures de maîtrise Analyse des dangers Le recours à la méthode HACCP est obligatoire depuis le début des années 90 pour les pays membres de l Union Européenne. Le Paquet Hygiène est venu, en 2006, renforcer les exigences «HACCP» sur deux points : - l analyse des dangers. - la validation des mesures de maîtrise. L analyse des dangers, auparavant souvent générique pour les dangers biologiques (contamination, développement, survie) doit être maintenant plus spécifique (germe par germe). Elle doit également être renforcée sur les dangers physiques et chimiques et prendre en compte les allergènes. Le CERVIA a mis à la disposition des filières alimentaires un premier Guide d Aide à l Analyse des Dangers Bactériologiques. 0analyse%20des%20dangers%20CERVIA.pdf Mais au fait, c est quoi une mesure de maîtrise? Une mesure de maîtrise est une action ou activité à laquelle il est possible d avoir recours pour éviter ou éliminer un danger ou le ramener à un niveau acceptable (ISO : ). La validation des mesures de maîtrise est devenue capitale du fait de la flexibilité accordée aux professionnels quant au choix de leurs mesures de maîtrise, en passant d une obligation de moyens à une obligation de résultat. (Directives relatives à la validation des mesures de maîtrise CAC/GL ). Afin de décider de la méthode de validation, il faut fixer les objectifs à atteindre pour être sûr que la mesure de maîtrise sera efficace.

6 Ainsi, avant la mise en œuvre des mesures de maîtrise retenues, le professionnel doit apporter la preuve que celles-ci permettent : d atteindre le niveau prévu de maîtrise des dangers pour lesquels elles sont définies. de garantir la maîtrise des dangers identifiés afin d obtenir des produits finis satisfaisants. (NF ISO : 2005, chapitre 8 Validation, vérification et amélioration du système de management de la sécurité des denrées alimentaires). S il n existe pas de méthode universelle pour valider la performance des mesures de maîtrise, il est recommandé de s appuyer sur les éléments de preuve suivants : Référence aux publications scientifiques. Référence aux valeurs de la règlementation et/ou aux GBPH validés. Mesures dont l efficacité est démontrée par : o l historique de l entreprise et des analyses bactériologiques, o les usages de la profession lorsqu ils sont reconnus officiellement. Des méthodes quantitatives, dont les protocoles découlent de l expertise d hygiénistes qualifiés et spécialisés : Bureau d études, Centres techniques, Laboratoires reconnus. L objectif de ce Guide est de présenter la mise en œuvre de méthodes quantitatives de validation des mesures de maîtrise des dangers bactériologiques. Il propose une approche adaptée aux TPE alimentaires en prenant l exemple de la validation des durées de vie commerciales. ATTENTION : Ne pas confondre validation, surveillance et vérification. Ces notions sont complémentaires mais interviennent à des stades différents du processus de production : Validation* Obtenir des preuves démontrant que les mesures de maîtrise gérées par le plan HACCP sont en mesure d être efficaces. Surveillance* Action de procéder à une séquence programmée d observations ou de mesurages afin d évaluer si les mesures de maîtrises fonctionnent comme prévu. Vérification* Confirmation par des preuves tangibles que les exigences spécifiées ont été satisfaites AVANT PENDANT APRES *Définitions de la norme ISO :2005 Permet de justifier la mesure de maîtrise choisie. Permet de s assurer que l on a bien mis en œuvre la mesure de maîtrise validée. Permet de s assurer périodiquement que la mesure de maîtrise validée est toujours efficace.

7 Exemple de fiche récapitulative de validation de process Produit/process. Exposition de pâtisseries hors chaîne du froid. La validation de cet exemple est détaillée p ATTENTION : UNE MEME FABRICATION PEUT NECESSITER PLUSIEURS VALIDATIONS (ex : validation du refroidissement pour les pâtisseries cuites ) Définition du produit / process Denrées périssables propices au développement de microorganismes Non emballées Diagramme de fabrication (à joindre) Utilisation attendue : Présentation lors d un buffet, Tous types de consommateur Les principales caractéristiques ph compris entre 6 et 7, aw ~ 0,99 Pas de conservateur Conservation chaîne du froid (0 à +4 C) puis exposition en buffet à 25 C pendant X heures (à valider) Analyse des dangers : Dangers microbiologiques retenus Salmonella spp, Staphyloccus aureus, Listeria monocytogenes Définir l objectif à atteindre Ne pas dépasser les seuils microbiologiques au delà desquels les denrées deviennent dangereuses pour la santé au stade de la consommation, c est-à-dire jusqu à la fin du buffet. Mesure de maîtrise à valider (hors BPH) Temps d exposition maximal des pâtisseries à +25 C. Validation Temps d exposition maximal des pâtisseries à +25 C = 2h30. Surveillance Suivi de la durée d exposition hors chaîne du froid Suivi de la température des pâtisseries au début et à la fin du buffet Vérification Analyse microbiologique périodique des pâtisseries à la fin de l exposition hors chaîne du froid

8 Avant de s interroger sur la validation de la mesure de maîtrise, il convient de repérer les étapes où une mesure de maîtrise est nécessaire. Les étapes non maîtrisées à 100% doivent être validées. Les facteurs de variabilité du schéma de vie d un produit (liste non exhaustive) Les étapes du schéma de vie Appro Réception Stockage Préparation Traitement thermique Conditionnement Refroidissement Stockage Distribution Nettoyage et désinfection Les facteurs de variation Certaines denrées sont «standards» (ex : les ovoproduits), d autres non (ex : gibier, viande ) Toujours les mêmes constituants? Sinon variabilité des paramètres physico-chimique de l'aliment (ph...) Mise en place d un CAHIER DES CHARGES Attention aux DLC. Plus les dates limites sont proches, plus la population bactérienne risque d être élevée dans le produit. Les températures sont conformes. Les conditionnements sont intacts. Attention aux variations de températures Ex : ex : grosse journée le mardi : ouverture plus fréquente de la chambre froide température plus élevée que les autres jours Attention à la durée de stockage Ex : Si réception le lundi, transformation le jeudi, la matière première aura peut-être "évolué" Gestion des temps d attente à température ambiante Attention aux variations de températures dans les locaux en période estivale Changement de fournisseur du conditionnement ou du type de conditionnement L état de la denrée est toujours le même Si un jour le traitement thermique est fait sur denrée fraîche et un autre jour sur denrée congelée (ou partiellement décongelée), et que le barème de cuisson est exclusivement "surveillé" par la T C d'ambiance de cuisson, et non par sonde à cœur, l'effet "pasteurisateur" peut être FORTEMENT dégradé dans le second cas. L appareil de cuisson est caractérisé Hétérogénéité de cuisson Le barème de cuisson est fixé Hétérogénéité des cellules de refroidissement rapide Variabilité de 20 C au sein de la cellule selon le point de prise de température (étude ANSES) Durée de stockage avant mise en consommation Fiabilité de la chaîne du froid Maîtrise des températures de distribution et de la DLC? Sinon simuler une température sécuritaire Protocole de nettoyage et désinfection : techniques et produits utilisés, dosages Je maîtrise à 100% OUI NON

9 Exemple de Validation : la durée de vie commerciale d une denrée alimentaire Contexte règlementaire & définitions Danger : Multiplication de germes rendant la denrée impropre à la consommation Documents permettant d évaluer le danger, de choisir des limites critiques acceptables pour assurer la Sécurité Sanitaire du produit - Règlement CE 2073/2005 de la commission du 15 novembre 2005 concernant les critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires. (Critères microbiologiques de sécurité et CHP). - Fiches dangers ANSES et guide d aide à l analyse des dangers bactériologiques du CERVIA - «Guidance document on listeria monocytogenes shelf-life studies for ready-to-eat foods» (publié en 2008, disponible à l adresse suivante : _en.pdf - Note de service du 9 mars 2010 DGAL/SDSSA/N Durée de vie microbiologique des aliments, disponible à l adresse suivante : - Norme AFNOR NF V Lignes directrices pour la réalisation des tests de vieillissement microbiologique. - Norme AFNOR NF V Lignes directrices pour la réalisation des tests de croissance microbiologique. - Norme AFNOR FD V Recommandations sur les éléments utiles pour la détermination de la durée de vie microbiologique des aliments Mesure de Maîtrise à valider : Durée de vie du produit en fonction de la température de conservation. Règlement CE 178/2002 (Article 14) : Aucune denrée alimentaire n'est mise sur le marché si elle est dangereuse, c est-à-dire préjudiciable à la santé ou impropre à la consommation. Règlement CE 2073/2005 (Article 3) : Les exploitants du secteur alimentaire veillent à ce que les denrées alimentaires respectent les critères microbiologiques ( ) pendant toute leur durée de vie. La durée de vie d un aliment est définie comme la période pendant laquelle un produit répond à des exigences en terme de : - sécurité (inocuité, «préjudiciable à la santé») - salubrité (absence d altération, «impropre à la consommation humaine») dans les conditions prévues de stockage et d utilisation, y compris par le consommateur. Elle détermine la durabilité exprimée en DLC (Date Limite de Consommation) ou DLUO (Date Limite d Utilisation Optimale). Distinction entre DLC et DLUO La notion de DLC «à consommer jusqu au» se rattache aux denrées périssables ou très périssables qui peuvent devenir (rapidement) dangereuses pour le consommateur, notamment du fait de leur instabilité microbiologique lorsque la température n est pas maîtrisée. Il est nécessaire de REALISER UNE ETUDE POUR VALIDER LA DLC FIXEE. Quant à la DLUO «à consommer de préférence avant le», elle concerne les produits de longue conservation. Une DLUO dépassée correspond à un produit dont les qualités organoleptiques ne sont plus garanties mais qui ne présente pas de risque pour le consommateur.

10 La détermination de la durée de vie et sa validation sont très importantes pour la sécurité microbiologique des denrées alimentaires. PRE-REQUIS : Parfaite maîtrise des Bonnes Pratiques d Hygiène et des mesures préventives spécifiques. Durée de vie microbiologique : Période à partir de la date d origine (= Jo = date de la fabrication) pendant laquelle l aliment reste dans les limites microbiologiques fixées. Le professionnel est responsable de la durée de vie de son produit. Dans les TPE agroalimentaires, les entreprises à caractère artisanale, ainsi qu en restauration collective ou commerciale, la fabrication des denrées alimentaires est rarement parfaitement STANDARDISEE. Les produits finis sont donc souvent différents d une fabrication à l autre. Cette variabilité peut porter sur : - la qualité des matières premières, - un changement de fournisseur, - un changement de matériel de fabrication Mais aussi, les utilisations attendues chez le consommateur ou le client peuvent être variables (chaîne du froid mal maîtrisée par exemple) C est pourquoi le professionnel doit appliquer une marge de sécurité sur la durée de vie fixée. DLC = (Durée de vie microbiologique) (marge de sécurité) Un dépassement des limites microbiologiques fixées, règlementairement ou après l analyse des dangers, peut correspondre à : Une DLC mal définie et trop longue Une insuffisance dans l application du PMS. Les durées de vies préconisées dans les Guides de Bonnes Pratiques d Hygiène (GBPH) sont directement applicables pour le professionnel sans validation sous réserve que : - le champ d application du guide couvre la filière du professionnel. - le professionnel respecte scrupuleusement les BPH définies dans ce GBPH. En revanche, le professionnel doit vérifier ponctuellement la DLC préconisée dans les GBPH, notamment dans le cadre des autocontrôles, par des analyses à DLC.

11 Choix des outils «Les exploitants [ ] conduisent des études conformément à l annexe II afin d examiner si les critères sont respectés jusqu à la fin de la durée de conservation» (Règlement CE 2073/2005 (Article 3)). Ces études comportent, préalablement : - la détermination des caractéristiques physico-chimiques du produit (ph, aw ) - la description détaillée du process - des recherches bibliographiques - l analyse des historiques d autocontrôles Ceci afin de déterminer les caractéristiques de développement et de survie des germes retenus dans l analyse des dangers. Si les données disponibles ne sont pas suffisantes pour valider la durée de vie, les études complémentaires sont nécessaires. Pour réaliser ces études, différents outils sont disponibles : 1. Les tests de vieillissement 2. Les tests de croissance 3. La microbiologie prévisionnelle ils peuvent être utilisés seuls ou combinés selon les objectifs que le professionnel se fixe et suivant la nature des produits, et des dangers retenus. Chacun de ces outils présente des avantages et des inconvénients. 1. Les tests de vieillissement Principes : Le test de vieillissement consiste à suivre la croissance des micro-organismes présents naturellement (flore mésophile, flore d altération) dans le produit pendant toute la durée de conservation (distribution, entreposage et utilisation prévisible). Un nombre défini d échantillons prélevés sur une fabrication représentative de la réalité des fabrications est conservé en enceinte frigorifique de façon à reproduire les conditions prévisibles de conservation. Le scénario de conservation (profil temps-température) est choisi par l exploitant sous réserve de justifications (mise en œuvre : voir norme AFNOR NF V01-003). Pour une fabrication donnée, les tests de vieillissement seront réalisés sur «n» échantillons à Jo et «n» échantillons à la DLC. On peut aussi faire un 3 ème point avant la DLC afin de mieux estimer la croissance bactérienne. Le nombre «n» est à fixer par l opérateur et peut-être égal à 1. A la fin de la période de conservation, les échantillons sont analysés afin de vérifier que les microorganismes présents dans l aliment ne dépassent pas les critères recommandés (lignes directrices). Si les critères sont dépassés, la durée de vie choisie est non appropriée. Limites : Ce test ne permet pas de savoir si le non dépassement du seuil est lié à l absence initiale du microorganisme recherché ou à sa présence avec une croissance lente, sans croissance, voire avec une mortalité. Ce test est suffisant pour les microorganismes fréquemment détectés dans l aliment. Il pose problème pour les pathogènes qui sont souvent absent ou en petites quantités et en contamination hétérogène (ponctuelle). Ce test n est donc pas approprié à la recherche des pathogènes, d où l intérêt des tests de croissances ou de la modélisation. Pour que ce test soit représentatif, le procédé de fabrication des aliments testé doit être parfaitement standardisé.

12 Approche AFNOR : NF V Lignes directrices pour l'élaboration d'un protocole de test de vieillissement pour la validation de la durée de vie microbiologique d un produit périssable et réfrigéré NF V «Le test de vieillissement pour la validation de la durée de vie microbiologique doit être réalisé sur des produits issus d une fabrication qui s est déroulée dans les conditions représentatives de la réalité des fabrications.» En d autres termes, le protocole AFNOR a été développé pour des process standardisés, c est-àdire des produits identiques sur l ensemble des fabrications. Or, peu de process sont réellement «standardisés», excepté en secteur INDUSTRIEL, de par la forte productivité et la fabrication généralement mono produit. Il existe de nombreux facteurs de variabilité à toutes les étapes de la fabrication. Il peut y avoir une variabilité à chaque changement de fournisseur, produit, procédé..., et de ce fait, une influence sur la DLC. Il convient donc de revoir, si besoin, les procédures. ex : Une diminution en sel ou sucre pour des raisons nutritionnelles oblige à revoir la DLC car le sel et sucre limitent le développement des micro-organismes. Un diagramme de fabrication défini, écrit, avec des détails permet une certaine standardisation. Dans le pire des cas, détailler au moins les étapes qui ont un fort impact sur la DLC (traitement thermique...). NF V «Le plan d'échantillonnage ( ) doit être plus exigeant que celui utilisé pour la surveillance des lots mis sur le marché». Le nombre de produits prélevés doit être représentatif de la fabrication. Le protocole AFNOR préconise 5 prélèvements pour une fabrication. Recommandation pour les TPE, PME : Pour tester la reproductibité (= process standardisé), au lieu de faire 5 échantillons d'un même lot de fabrication, faire 1 échantillon à Jo et à DLC sur 5 fabrications différentes. L'effet variabilité d'une production à l'autre sera mieux pris en compte. Les 5 analyses seront beaucoup plus représentatives.

13 2. Les tests de croissance Le test de croissance permet de suivre l évolution des micro-organismes inoculés artificiellement dans un aliment dans différentes conditions d entreposage. Le nombre initial de bactéries inoculées est connu et permet ainsi de quantifier la croissance bactérienne au cours du temps selon les paramètres fixés (température ). La réalisation d un test de croissance peut avoir deux objectifs différents : - Savoir si une bactérie, en général un pathogène, peut se développer ou non dans un aliment, en fonction de ses conditions de conservation (cas n 1) - Connaître le taux de croissance (µ max) d une bactérie dans un aliment spécifique dans le but d utiliser la microbiologie prévisionnelle (cas n 2) Dans les 2 cas, leur mise en œuvre n est nécessaire que si les données recherchées ne sont pas disponibles dans la littérature scientifique pour le couple produit/bactérie identifié. Mise en œuvre : Voir NF V ou guide technique du LCR pour Listeria monocytogenes. Choix de la souche à ensemencer en fonction de l analyse des dangers : souvent des bactéries pathogènes rarement présentes dans l aliment mais qui pourraient s'y retrouver en cas de contamination accidentelle, souvent Listeria monocytogenes. Origine de la souche : aliment étudié, environnement de fabrication ou souche d une collection nationale du laboratoire. La contamination : souvent autour de 100 UFC/g pour dépasser les seuils de détection des méthodes de dénombrement + ensemencement dans des conditions proches de la réalité des fabrications (par exemple si l aliment est sous atmosphère gazeuse, la manipulation doit reproduire cet environnement). Suivi du développement Dans le cas n 1, seuls deux points de dénombrement sont nécessaires : To, et T DLC. Test à faire sur 3 lots Résultats non extrapolables à d autres conditions (autres températures, ph, aw ), d où l intérêt de coupler cette technique à la microbiologie prévisionnelle. Dans le cas n 2 : une dizaine de points de dénombrement sont nécessaires pour calculer µ max. Test à refaire sur 3 lots. Limites : Test lourd à mettre en œuvre dans le cas n 2..

14 3. Les modèles mathématiques : Microbiologie prévisionnelle : RAPPEL : Ces simulations mathématiques sont valables seulement si les conditions préalables suivantes sont remplies - Bonnes Pratiques d Hygiène parfaitement maîtrisées - mesures préventives définies et respectées - process standardisé, constant d une fabrication à l autre Sinon RISQUE DE MISE EN DANGER DE LA VIE D AUTRUI Principes La microbiologie prévisionnelle est un outil qui permet de simuler, grâce à des modèles mathématiques, la croissance d'un microorganisme dans un aliment (Annexe I : Les bases de la croissance bactérienne). Différents logiciels de microbiologie prévisionnelle ont été développés et sont aujourd hui disponibles sur internet : - ComBase logiciel anglais gratuit. Il simule la croissance des bactéries dans des conditions optimales (croissance en bouillon de culture). Ces modèles sont sécuritaires. - SYM PREVIUS logiciel français accessible sur abonnement. Plus spécifique, il permet de simuler l évolution des microorganismes dans des matrices alimentaires. Limites : La réalisation préalable d un test de croissance est nécessaire si aucune donnée n est disponible dans la littérature (pour connaître µmax cf. annexe I) Connaissances des caractéristiques physico chimiques de l aliment (ph, a w ) Mise en œuvre : Validation du temps maximal d exposition de pâtisserie hors chaîne du froid lors d un buffet, par la microbiologie prévisionnelle L objectif de la validation de la durée de vie est de rester en dessous des seuils dangereux des microorganismes considérés au stade de la consommation. Choix des germes à étudier : à partir des Bulletins Epidémiologiques Hebdomadaires (http://www.invs.sante.fr/), des articles scientifiques, des fiches dangers microbiologiques de l ANSES (anciennement AFSSA) (http://www.anses.fr/index.htm), l analyse des dangers menée sur les produits de pâtisserie a conduit au choix des germes suivants : Salmonella, Staphylococcus aureus, Listeria monocytogenes. Pour cette validation, la microbiologie prévisionnelle a été choisie car : - les tests de vieillissement ne sont pas pertinents pour l étude des trois germes pathogènes retenus (peu présents et/ou en petite quantité) - les caractéristiques physico-chimiques des produits sont favorables au développement des germes retenus. Les tests de croissance seraient pertinents pour connaître µ max (cas n 2 décrit ci-dessus) et l utiliser dans des logiciels de modélisation, ce qui rendrait les résultats plus fiables. Cependant, pour des raisons de coût, ils n ont pas été réalisés dans l exemple. En effet, le logiciel ComBase a été utilisé. Afin de paramétrer ce logiciel, les dangers considérés, le taux de contamination initiale, le temps de latence, le profil Temps-Température, le ph et l a w du produit étudié doivent être connus. Si parmi ces données certaines sont incomplètes, se placer dans les conditions les plus sécuritaires possibles (comme ci-dessous).

15 ComBase : Mode d emploi! Système pour la prédiction de l impact de l environnement (température, ph, aw, concentration en sel, concentration en CO 2 ) sur le comportement des microorganismes dans du bouillon de culture. Connexion: «Modelling Toolbox» «Login to Use Toolbox» : On accède à «Access ComBase Predictor» après inscription. Avant d effectuer des simulations, ComBase doit être paramétré (voir figure ci-dessous) :

16 Signification des champs : 1 2 Pour simuler la croissance des bactéries en fonction du temps, sélectionner le modèle «growth model». Temperature input : Si la température est constante, choisir «static», si elle évolue, choisir «changing temperature» (voir saisie du profil temps/température au point 14). 3 4 Water activity : Cocher NaCl si vous connaissez le taux de sel de votre produit, sinon cocher aw (activité de l eau). Observation duration : Temps d observation en heures. Ne pas renseigner cette case si vous avez choisi «changing temperature». Afin de paramétrer Combase, il faut préciser au minimum : le taux de contamination initial du germe dont on simule l évolution, le temps de latence, le profil Temps-Température, le ph et l aw du produit étudié. Microorganismes disponibles pour une simulation : Aeromonas hydrophila, Bacillus cereus, Bacillus licheniformis, Bacillus subtilis, Clostridium botulinum, Clostridium perfringens, Escherichia coli, Listeria monocytogenes, Staphylococcus aureus, Salmonella, Shigella flexneri, Yersinia enterocolitica, Brochothrix thermosphacta, Pseudomonas spp.. Initial level = Concentration initiale du microorganisme considéré, exprimée en log10 UFC/mL ou UFC/g. Phys.state [0-1] = temps de latence. 0 = la croissance n est pas immédiate. 1 = la croissance est immédiate. L adaptation des cellules à un nouvel environnement se traduit par une phase de latence. La durée de cette phase dépend de l état physiologique des cellules. Parce que l utilisateur est rarement en mesure de fournir cette valeur, une valeur type est utilisée par défaut. Pour une valeur plus sécuritaire, mettre T ( C) [1-40] = la température est bornée. Dans cet exemple, pour Listeria monocytogenes, T C min = 1 C et T C max = 40 C. On ne peut inscrire dans la case qu une température comprise entre 1 et 40 C. Pour une prévision avec une température constante, inscrire la température dans la case correspondante, si la température évolue au cours du temps, il convient d insérer votre profil Temps-Températures dans une zone de texte, voir point n 14. ph [ ] = De la même manière que pour la température, le ph est borné. Pour Listeria monocytogenes, le ph doit être compris entre 4,4 et 7,5. Aw [ ] = L a w est bornée. Les bornes température, ph et a w signifient qu en deçà et au-delà de ces valeurs, la bactérie est considérée comme ne se développant pas CO2%[0-100] = Concentration en dioxyde de carbone (CO2) dans le milieu. Ce paramètre permet de simuler une conservation sous atmosphère modifiée. Max.rate (log.conc/h) = Taux de croissance maximal (µmax), dépendant de la température. Il n est pas nécessaire de remplir cette case pour la simulation = paramètre facultatif. Mais si cette donnée a été calculée par des tests de croissance, l utiliser rendra le résultat plus fiable. Dble.time (h) = Temps de doublement de la population bactérienne. Il n est pas nécessaire de remplir cette case pour la simulation = paramètre facultatif.

17 14 textbox = «boîte de texte». Si vous avez choisi une température évolutive («changing temperature»), c est dans cette boîte que vous devez renseigner votre profil Temps température. Un format spécifique est requis : Colonne de gauche : La chronologie du temps exprimée en heure (1h30 = 1.5). Colonne de droite : Données relatives à la température exprimées en C (4 C = 4.00). Le temps doit démarrer à 0h00. Inscrire 0.00 (la virgule n est pas acceptée). Enfin, les données doivent être inscrites dans un ordre chronologique. Exemple de profil : Vous pouvez inscrire vos valeurs dans un tableur Excel (colonne A : Temps ; colonne B : Température) et copier-coller vos valeurs dans la «textbox». Après avoir renseigné vos paramètres (et ajouté éventuellement d autres simulations, voir point 17), cliquez sur «predict» pour lancer la simulation Les résultats graphiques = Les résultats sont présentés sous la forme d un graphique représentant l évolution du nombre de microorganisme (en log UFC/g) en fonction du temps (h)). La courbe jaune représente la courbe de croissance du microorganisme étudié (prenant en compte les facteurs choisis) La courbe verte représente l évolution de la température. Les résultats chiffrés = le graphique est complété des données chiffrées que l'on peut copier-coller pour les réimporter dans un tableur et les "retravailler". Colonne 1 : Temps en heures. Colonne 2 : Température en degrés. Colonne 3 : Concentration en micro-organismes en log UFC/g. Add a row = ComBase offre la possibilité d ajouter jusqu à 3 autres lignes (point 5 à 13) pour faire des simulations en simultané en changeant par exemple un paramètre sur chaque ligne pour faire une comparaison. Exemple : Influence de la température sur la croissance de Listeria monocytogenes, on laisse tous les paramètres identiques sauf la température.

18 Choix des paramètres de ComBase pour : l exposition de pâtisserie hors chaîne du froid lors d un buffet Milieu de culture par défaut dans ComBase = bouillon de culture Pas de temps de latence Le développement des bactéries est plus rapide dans du bouillon de culture que dans n importe quel autre substrat (aliment). On a donc une sécurité supplémentaire. Ne connaissant pas l état physiologique des cellules au moment de la contamination, nous avons opté pour la condition la plus défavorable, soit un «phys.state» égal à 1. Contamination initiale a w optimales ph optimales Température Limites 10ufc/g = 1 log = empiriquement le taux de contamination accidentelle envisageable. Ou se baser sur la littérature scientifique ou encore sur les analyses disponibles dans l entreprise. Des études comparatives inter laboratoires ont mis en évidence une très grande hétérogénéité des mesures d'a w sur des aliments identiques! Se référer à des valeurs extrêmes de la littérature scientifique semble donc suffisant. Au moment du test, pas de données sur l a w des pâtisseries, Choix pour l a w la plus défavorable = Par contre les mesures de ph sont intéressantes (attention variation au cours de la durée de vie) - soit à faire réaliser par un laboratoire sur les produits - soit à trouver dans la littérature. Le ph des pâtisseries étudiées varie entre 6 et 7. Le ph le plus sécuritaire est donc 7. Par «hors chaîne du froid», nous entendons une température de 25 C. Limite règlementaire pour Listeria monocytogenes = 100 UFC/g (soit 2 log) au stade de la consommation (Règlement CE 2073/2005). Limite règlementaire pour Salmonella spp. = absence dans 25g. Staphylococcus aureus : Critère d hygiène des procédés dans le Guide de Bonnes Pratiques d Hygiène en Boulangerie et Pâtisserie : limite préconisée = 100 UFC/g

19 Les résultats obtenus sont copiés puis transposés dans un tableur Excel : La limite est atteinte en 2,76h pour Listeria monocytogenes. Elle est atteinte en 5,52h pour Staphylococcus aureus. Le choix du temps d'exposition maximal hors chaîne du froid est choisi par rapport à la bactérie qui atteint le plus rapidement la phase dangereuse, soit Listeria monocytogenes en 2,76h. On arrondit au temps inférieur. Le temps maximal d exposition des pâtisseries hors de la chaîne du froid à une température maximale de 25 C est de 2h30. (Eliminer l ensemble des pâtisseries non consommées à la fin du buffet). Cette validation est à compléter d une surveillance et d une vérification. Surveillance : Suivi de la durée d exposition et de la température de début et de fin d exposition. Vérification : Analyse microbiologique ponctuelle d une pâtisserie exposée 2h30 à 25 C.

20 Annexe I : Les bases de la croissance bactérienne Xo, Xmax, µmax, lag Avant de se lancer, comprendre le vocabulaire! La cinétique de croissance (= l évolution de la croissance) des microorganismes non sporulés est principalement décomposée en 4 phases (voir figure ci-dessous) (J.C.Augustin, 2005) : - La phase de latence (lag) qui correspond à la phase d adaptation des bactéries à leur nouvel environnement. - La phase de croissance exponentielle qui correspond à une vitesse de croissance constante et maximale (µmax). Cette vitesse est spécifique à la bactérie dans un milieu donné. - La phase stationnaire qui correspond à un arrêt de la croissance du à un changement dans le milieu (épuisement d une substance nutritive ). - La phase de déclin due à la mort cellulaire. X o : Concentration initiale en microorganismes X max : Concentration maximale en microorganismes Figure 1 : Principales phases de croissance des bactéries et paramètres qui les caractérisent. Les paramètres de croissance qui caractérisent un microorganisme à une température et dans des conditions données : - La température de croissance minimale (T min ) - La température de croissance optimale (T opt ) - Le taux de croissance maximal (µ max ) - La température de croissance maximale (T max ) On les appelle valeurs cardinales.

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