LA BANQUE DE FRANCE A

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1 LA BANQUE DE FRANCE A METZ ( ) PAR M. GEIST Directeur de la Succursale Membre associé libre Lorsque la question de l'ouverture à Metz d'un Comptoir de la Banque de France se posa, l'organisation bancaire régionale ne répondait plus aux besoins nouveaux nés de l'essor économique qui avait caractérisé l'ère de la Monarchie de Juillet. A la veille de la Révolution de 1848, il n'existait, en effet, à Metz, que des banques particulières de modeste envergure parmi lesquelles on peut citer : Auguste Purnot, le fils de François-Gabriel Simon, Dorr Frères, Narcisse Lapointe, Mathieu Simon, Collignon- Grandidier et Cie. Ces maisons avaient à leur tête des dirigeants fort honorables sans doute, mais elles ne disposaient que de ressources plutôt restreintes qui se trouvaient limitées à leurs capitaux propres et à ceux de quelques commanditaires. Cette situation n'était d'ailleurs pas particulière à la ville de Metz, car rares étaient les centres qui possédaient soit un Comptoir de la Banque de France, soit une banque départementale indépendante ayant alors le privilège d'émettre des billets, seules associations de capitaux susceptibles à cette époque de procurer des disponibilités supplémentaires aux banques locales par voie de réescompte. Pour toute la France il n'existait, en effet, avant 1848, que neuf banques départementales fondées entre 1817 e t 1838: les banques de Rouen, de Nantes, de Bordeaux, de Lyon, de Marseille, de Lille, du Havre, de Toulouse et d'orléans, et 15 Comptoirs de la Banque de France créés de 1836 à 1846: ceux de. Reims, Saint-Etienne, Saint-Quentin, Montpellier, Grenoble, Angoulême, Besançon, Caen, Châteaurôux, Clermont-Ferrand, Mulhouse, Strasbourg, Le Mans, Nîmes et Valenciennes. Survint la Révolution de Février 1848 qui obligea le Gouvernement Provisoire à établir, par décret du 15 mars de la même année, le cours forcé des billets de la Banque de France, en raison d'une panique aveugle ayant provoqué des demandes massives de remboursement qui eussent tôt fait d'épuiser

2 les réserves métalliques déjà gravement entamées au moment où la mesure salvatrice fut prise. Parallèlement, les banques départementales demandèrent à être dispensées de l'obligation de rembourser leurs billets avec des espèces, ce qui leur fut accordé par décret du 26 mars Toutefois, cette dernière disposition ne produisit aucun effet utiîe, les billets desdites banques constituant des monnaies locales dont la circulation était limitée aux seuls départements où elles avaient cours. Ces billets, qui, au surplus, n'étaient pas échangeables contre des billets de la Banque de France, ne pouvaient donc servir à des transports de numéraire qui eussent fort opportunément allégé les services de trésorerie dans la phase critique où l'on se trouvait alors. Ce fut là un argument de plus en faveur de la suppression des banques départementales qui devait permettre de réaliser «l'unité de banque» déjà préconisée par le Conseil général de la Banque de France, deux années auparavant. L'absorption des 9 banques départementales et leur remplacement par des Comptoirs de la Banque de France furent ainsi décidés par décrets des 27 avril et 2 mai où il était dit (( que les plus grands intérêts du pays réclamaient impérieusement que «tout billet de banque déclaré monnaie légale puisse circuler également «sur tous les points du territoire.» C'est sur ces entrefaites, qu'en juin 1848, la Chambre de commerce de Metz prit l'initiative d'adresser un mémoire au Gouvernement en vue de la création d'une banque hypothécaire «qui fonctionnerait conjoin- «tement avec la Banque de France et aurait pour but de venir en aide «au commerce et à l'industrie». Il était prévu que le nouvel organisme aurait un comptoir dans chaque département et un papier-monnaie uniforme consistant en billets de 25, 50 et 100 francs avec cours légal et portant intérêt à 3 %. L'un des membres de la Chambre, M. Emile Bouchotte, reçut la mission de se rendre à Paris pour présenter cette requête et il fut reçu, accompagné de tous les députés de la Moselle, par le Ministre des Finances d'alors, M. Goudchaux. Celui-ci se montra, dès l'abord, résolument hostile au projet qui lui était soumis et qui aurait eu pour effet de rétablir une dualité d'attributions et de pouvoir que l'on venait précisément de faire disparaître par la suppression des banques départementales. Par contre, le ministre promit aux délégués de doter, à bref délai, la ville de Metz d'une Succursale de la Banque de France, ce qui fut fait par décret du 21 novembre Cette création était amplement justifiée par l'importance des diverses industries manufacturières et des transactions commerciales qui s'exerçaient dans le rayon dont Metz était le centre et qui, d'après les statistiques de l'époque, donnaient lieu à un mouvement de circulation de 160 millions pour Metz et de 400 millions pour l'ensemble du département de la Moselle. Il semble même que pareil avantage eût pu être concédé beaucoup plus tôt à notre ville, étant donné

3 que bon nombre de Succursales antérieurement créées n'avaient dans leurs circonscriptions économiques respectives qu'un volume d'affaires très sensiblement inférieur à celui de Metz. La nouvelle Succursale s'installa au n 23 de la rue des Parmentiers, dans un immeuble dont elle fit l'acquisition et qui appartenait auparavant à la famille du Pasquier de Dommartin. Conformément aux statuts, un Conseil d'administration local fut constitué et se réunit pour la première fois le 21 juin 1849 s o u s l a présidence du Directeur, M. Antonetti. Le Conseil était composé comme suit : MM. Gougeon, Président du Tribunal de Commerce, Le Monnier, Maire de Metz, et Berga, ancien notaire, Censeurs; MM. Armand de Faure, Receveur général, Henry Simon, Mathieu Simon, Auguste Purnot, banquiers, Cheuvreux, Goerg, Schwabe, négociants, et Ferdinand Blondin, ancien agent de change. Ferdinand Blondin que nous retrouverons de la première à la dernière heure de présence de la Banque de France, à Metz, fut nommé à l'unanimité Secrétaire du Conseil. Les opérations du nouveau Comptoir se développèrent rapidement et ses services furent largement utilisés tant par les banquiers de la place que par les commerçants et industriels. A la tourmente révolutionnaire avait succédé une période de calme au cours de laquelle fut abrogé le décret du 15 mars 1848 qui avait établi le cours forcé des bil lets. A quelque temps de là, M. Vernès, Sous-Gouverneur, étant venu en inspection à Metz, exprima au cours de la séance du 7 août 1850 présidée par lui, toute sa satisfaction pour l'impulsion donnée à la Succursale tant de la part du Conseil d'administration que de celle du Directeur, M. Antonetti. Celui-ci ayant été appelé à Paris au cours de l'année.1851, M. Ferdinand Blondin, qui avait été désigné entre-temps comme Administrateur-Délégué, fut chargé, comme tel, pendant de longs mois, des fonctions de Directeur intérimaire. Les créations de nouveaux Comptoirs s'étant multipliées à partir de 1850, les Sous-Gouverneurs ne furent plus en mesure de les inspecter personnellement ainsi qu'ils l'avaient fait jusqu'alors, et le Conseil général de la Banque fut amené à créer, le 9 janvier 1852, un poste d'inspecteur des Succursales qui fut confié à M. Antonetti, dont la carrière fut aussi brillante que brève. Nommé Inspecteur en Chef des Succursales le 5 décembre 1856, puis Caissier principal à Paris le i* r novembre 1857, il fut élevé à la dignité de Sous-Gouverneur par décret impérial du 3 février 1858 et mourut en juillet 1859, âgé de 44 ans seulement. Son successeur, en qualité de Directeur de la Succursale de Metz, fut M. Emmanuel Blondin, ancien industriel, frère aîné de M. Ferdinand Blondin, nommé à cette fonction par décret de Louis Napoléon, Président de la République Française, du 16 janvier Né le 20 avril 1799 à Birkenfeld dans l'ancien département de la Sarre, Emmanuel Blondin descendait d'une vieille famille lorraine, grandement considérée dans la

4 région. Son grand-père, Nicolas Blondin, né à Thionville, fut commandant des reîtres, quartier-maître du Maréchal de Belle-Isle, bourgeois de Metz et échevin. Il reçut un douaire consistant en une maison à Metz où il mourut en De son mariage avec Mlle de Vesques, il eut 7 enfants dont Pierre Blondin, père d'emmanuel et de Ferdinand. Pierre Blondin, né en 1767, entra après la Révolution, dans l'administration des Finances et exerça les fonctions de Receveur Particulier des Finances à Birkenfeld durant l'occupation française. Plus tard, il fonda à La Glacière, près Gentilly, une manufacture de draps qui fut exploitée ensuite par son fils Emmanuel. Agé de 52 ans et retiré des affaires depuis quelque temps déjà, lorsqu'il fut appelé à la Direction de la Succursale de la Banque de France de Metz, Emmanuel Blondin apportait dans ses nouvelles fonctions le fruit d'une expérience mûrie et une connaissance approfondie des hommes et des choses du Pays Messin. Il continua ainsi avec succès l'œuvre commencée par son prédécesseur, au cours d'une période de prospérité relative qui se prolongea jusqu'au début de A cette époque les exportations de matières d'or et surtout d'argent que nécessitèrent d'importants achats de blés étrangers à la suite d'une très mauvaise récolte, déterminèrent une grave crise monétaire et financière dont les effets se poursuivirent jusqu'à la fin de Ces événements eurent leur répercussion sur les opérations de la Banque de France, si bien que l'on songea à un moment donné à rétablir le cours forcé. La Succursale de Metz, ellemême, eut alors à supporter le poids de défaillances locales auxquelles son Directeur sut faire face en conciliant habilement tous les intérêts en cause. Par décret impérial du 3 décembre 1856, Emmanuel Blondin fut nommé Directeur de la Succursale de la Banque de France de Nancy et eut pour successeur à Metz son frère Ferdinand Blondin. Il resta en fonctions à Nancy jusqu'en janvier 1868 et mourut dans cette ville en Il fut remplacé à Nancy par son propre fils, M. Léon Blondin, issu de son mariage avec Mlle Héloïse Counroux de Pépinville, dont le père, Nicolas Counroux de Pépinville, général de Division en 1809, fut tué à l'armée des Pyrénées le 11 novembre M. Léon Blondin resta Directeur à Nancy du I E R Février 1868 au 11 novembre 1874, date à laquelle il démissionna pour convenances personnelles. L'un de ses petits-fils est notre sympathique confrère, M. Georges Haushalter, Ingénieur-Agronome à Vigy et Conseiller général de la Moselle. Le même décret par lequel Emmanuel Blondin était nommé Directeur à Nancy et Ferdinand Blondin, Directeur à Metz, désignait leur plus jeune frère, Leopold Blondin, alors Directeur à Arras, comme Directeur à Reims. C'est dire en quelle estime.la Banque de France tenait cette famille et combien grands étaient les mérites de ceux en qui elle avait placé sa confiance.

5 Dans sa séance du 8 décembre 1856, le Conseil d'administration de la Succursale de Metz reçut communication de la nouvelle de la double nomination de MM. Emmanuel et Ferdinand Blondin et sur la proposition de M. Ernest Bompard, Administrateur, les paroles prononcées, à cette occasion, par M. Berga, Censeur, furent inscrites au procès-verbal. M. Berga s'exprimait ainsi: «Nous venons d'apprendre, Messieurs, que M. Emmanuel Blondin, «notre Directeur, est placé à la tête de la Succursale de Nancy, et qu'il «a pour successeur son frère, M. Ferdinand Blondin, l'un de nos Ad- «ministrateurs. <( Par cette combinaison, le Gouvernement de la Banque de France «s'est assuré plus intimement les services de deux hommes dont il a si «judicieusement apprécié le mérite et la capacité. «Pour nous, dans notre égoïsme, nous aurions désiré les conserver «. tous deux parmi nous; mais puisque cela n'est plus possible, nous «croyons être les interprètes du Conseil, en disant à M. Emmanuel Blon- «din que son éloignement nous* cause de vifs regrets, et que de loin «comme de près, il pourra toujours compter sur notre affection et sur (( nos sympathies.» Le nouveau Directeur fut présenté au Conseil au début de la séance du 18 décembre 1856 par M. Antonetti, demeuré très attaché à Metz et promu lui-même quelques jours auparavant au grade d'inspecteur en Chef des Succursales. L'accueil chaleureux que reçut Ferdinand Blondin en cette circonstance, montra combien l'on appréciait la décision qui l'avait appelé à présider aux destinées messines d'une Institution à laquelle il avait déjà donné comme Administrateur tant de témoignages de dévouement et de désintéressement. Né à Birkenfeld, le 17 juin 1802, Ferdinand Blondin alors âgé de 50 ans apportait comme son frère, dans ses nouvelles fonctions, le bénéfice d'une expérience déjà longue des affaires. Il avait, en effet, été auparavant Agent de change, puis Directeur de la Compagnie du Gaz à Metz, poste dans lequel l'un de ses fils lui avait succédé. Les fonctions d'agent de change étaient alors régies par l'arrêté du 25 pluviôse an X, qui avait établi une Bourse de Commerce à Metz ; leur nombre ne pouvait être supérieur à 4 et ils devaient exercer cumulativement les fonctions de courtiers de commerce pour les marchandises et le roulage. Jusque vers 1848, c'est-à-dire à une époque où l'organisation bancaire était encore rudimentaire, ils servaient, en outre, d'intermédiaires entre les capitalistes et les commerçants ou industriels en quête de fonds. Ce genre d'occupations avait valu à Ferdinand Blondin une formation technique qui le prédestinait en quelque sorte aux fonctions qu'il devait exercer par la suite.

6 Lorsqu'il prit possesion de son poste, la crise financière sévissait encore et sa tâche s'en trouva compliquée au début. Toutefois, il parvint facilement à aplanir les difficultés qu'il rencontra et bientôt s'ouvrit pour l'ensemble du Pays, une ère de prospérité exceptionnelle qui devait se prolonger pendant toute la durée du Second Empire. La Succursale de la Banque de France de Metz bénéficia également du remarquable développement économique qui caractérisa cette période, et le mouvement général annuel de ses opérations atteignit le chiffre, élevé pour l'époque, de 150 millions, dans les exercices qui précédèrent la guerre de Entre-temps, la légitime réputation de financier habile que s'était acquis Ferdinand Blondin et la grande considération dont il jouissait, lui valurent d'être appelé en 1862 aux fonctions de Président du Tribunal de Commerce de Metz à la mort de M. Collignon. Il était, en outre, Conseiller municipal de Metz. Parvenu au seuil de la vieillesse, il pouvait espérer une fin de carrière tranquille et honorée, lorsqu'éclata la guerre qui devait le trouver plein de sang-froid et profondément conscient de ses devoirs et de ses responsabilités, devant des situations particulièrement délicates et pénibles. Dès le 15 août 1870, il réunit son Conseil d'administration en séance extraordinaire pour lui exposer les difficultés commerciales où se trouvait engagée la place de Metz en raison de l'état de guerre et du régime de l'état de siège. Il fit connaître les différentes mesures qu'en raison des circonstances, l'administration Supérieure de la Banque lui avait prescrites ou recommandées et qu'à l'ordre de réexpédier à Paris le numéraire dont sa caisse était approvisionnée, il n'avait pu obéir à cause de la défense absolue qui lui en avait été faite par le Gouvernement militaire de la Place. Il informa, en outre, le Conseil qu'il lui avait été prescrit d'exercer la plus grande sévérité au sujet de l'escompte des billets ou effets de commerce et même de supprimer cet escompte dans le cas où les communications seraient interrompues entre Metz et Paris. Le 19 août le Conseil se réunit à nouveau. Le Directeur prend la parole et expose : «Que la Ville de Metz, théâtre d'événements graves, peut à tout ins- «tants se trouver dans une situation difficile; (( Que l'interruption absolue des communications entre Metz et Paris «le prive de toutes instructions ; «Qu'il a donc cru devoir réunir son Conseil pour délibérer sur les (( moyens de sauvegarder l'important stock métallique de la Succursale; «Après avoir entendu les observations de chacun de ses membres, le «Conseil est d'avis à l'unanimité qu'il n'y a pas d'autres mesures à «prendre que d'échanger les billets contre des espèces autant que faire <( se pourra.»

7 A la séance suivante du 17 septembre, le Directeur revient sur la question de l'encaisse métallique qu'il est devenu indispensable, dit-il, de réduire le plus possible, en raison des événements qui menacent la ville. Le Conseil, se rangeant à cet avis, décide d'inviter les banquiers et négociants à se faire rembourser les sommes relativement considérables dont ils sont créditeurs à la Banque, attendu, est-il ajouté, que chaque créancier sera plus ap{e à sauvegarder son capital particulier que la Banque, en cas de rnalheur, ne le serait à les sauver en bloc. Le 7 octobre, le Conseil reçoit communication d'un ordre, en date du 23 septembre 1870, de M. le général Coffinières, Commandant supérieur de la Place de Metz, ordre ainsi conçu : «Le Général de Division commandant supérieur de la Ville de Metz. <( Attendu que depuis le commencement de la campagne divers crédits «ont été ouverts au Trésorier-Payeur général du département de la «Moselle, pour le compte du Trésor public, sur la caisse de la Succur- «sale de la Banque de France de Metz; que ces crédits, qui s'élevaient «à la somme de trente-huit millions, sont sur le point d'être épuisés; «qu'il importe néanmoins d'assurer les différents services publics et le «paiement des dépenses de l'armée; «Attendu que l'état de blocus met le Trésorier-Payeur général de la «la Moselle dans l'impossibilité de solliciter de nouveaux crédits, et «que d'un autre côté, le Directeur de la Succursale de Metz ne peut «recevoir du Gouvernement de la Banque de nouveaux ordres de crédits. a Ordonne: «Un nouveau crédit de douze millions est ouvert au Trésorier-Payeur «général de la Moselle sur les caisses de la Succursale de la Banque de «France de Metz. «Le Directeur de la Succursale est en conséquence tenu de délivrer «au Trésorier-Payeur général, sur ses récépissés administratifs, pour le «compte du Trésor public, les sommes dont il aura besoin pour assurer «les services ci-dessus indiqués, jusqu'à concurrence de ladite somme de «douze millions, montant du présent crédit. (( Le présent ordre sera notifié au Directeur de la Succursale de la «Banque qui est tenu d'obtempérer, et au besoin il sera mis à exécu- «tion par tous les moyens en notre pouvoir.» Fait à Metz, en l'hôtel de la Division, le 23 septembre Signé : COFFINIÈRES. Après examen de la question, le Conseil est à l'unanimité d'avis que, devant les termes précis et comminatoires dudit Qrdre, le Directeur ne

8 saurait se soustraire à une telle injonction et qu'il devra en conséquence satisfaire, dans la mesure de son encaisse, aux récépissés administratifs délivrés par M. le Trésorier-Payeur général du Département, en exécution du susdit ordre. Le 16 octobre, le Conseil est informé que, par suite des prélèvements considérables faits par M. le Trésorier-Payeur général pour les besoins de l'armée et des services publics, le stock métallique est réduit à moins d'un million. Le Conseil décide, en conséquence, de revenir sur la mesure prise dans sa séance du 19 août et de suspendre les échanges de billets de banque contre du numéraire. Dans la séance du 22 octobre, la dernière avant la capitulation de 1 Metz, le Directeur informe le Conseil qu'à la date du 17 octobre, il a reçu l'ordre de M. le Général Coffinières d'avoir à émettre jusqu'à concurrence de trois millions, des traites sur la Banque de France à Paris, à un mois de vue, en échange des versements en numéraire qui seraient faits à la Succursale, pour être affectés au service de M. le Trésorier-Payeur général du Département. Après avoir donné lecture de sa protestation contre cet ordre, le Directeur ajoute que dans la journée, il a reçu la visite du Général qui venait le prévenir de son intention d'étendre aux versements en billets de la Banque de France les effets de sa réquisition du 17 octobre. En réponse à cette dernière communication, le Directeur dit avoir fait les déclarations suivantes au Général, savoir: i Que depuis l'ouverture de la campagne, la Succursale avait versé à M. le Trésorier-Payeur général du Département, pour les besoins de l'armée et des Services publics, près de 50 millions, en exécution des divers crédits s'élevant à 38 millions qui lui avaient été ouverts par la Banque de France pour le compte du Trésor, ainsi que celui de 12 millions, ouvert à Metz le 23 septembre, par voie de réquisition, au profit de M. le Trésorier-Payeur général pour le compte du Trésor public. 2 0 Que la mesure prise par l'arrêté du Général du 17 octobre tendait à dépasser la limite de ces crédits, déjà si considérables, et n'avait d'ailleurs amené qu'un produit insignifiant de francs. 3 0 Que la pensée d'étendre cette mesure aux versements en billets de banque aurait pour conséquence de substituer au cours forcé de ces billets une échéance déterminée de un mois de vue; qu'une telle mesure serait contraire au droit actuel de la Banque de ne pas rembourser ses billets, peut-être compromettante pour ses intérêts, et que le Directeur ne saurait dès lors se prêter à une telle combinaison. 4 Qu'au surplus la Succursale avait largement et jusqu'à épuisement de son encaisse, payé sa dette aux nécessités du moment, et qu'il appartenait maintenant aux Pouvoirs publics de se procurer en dehors d'elle,

9 par exemple au moyen de rémission de Bons du Trésor dont M. le Trésorier-Payeur général de l'armée était en possession, les ressources injustement réclamées de la Succursale. 5 Que le Directeur suppliait en conséquence le Général, de ne pas donner suite à son intention et de lui éviter la dure extrémité de faire résistance, à son ordre. Le procès-verbal de la séance mentionne que M. le Général Coffinieres, frappé des motifs opposés à son projet de réquisitions, quitta le Directeur en lui laissant espérer qu'il n'y serait pas donné suite. Cependant l'étreinte de fer de l'armée prussienne se resserrait autour de Metz et le 27 octobre la ville capitulait. Dès lors, d'autres tribulations, et combien plus graves, allaient mettre encore mieux en relief la présence d'esprit et le patriotisme de Ferdinand Blondin, ainsi que son souci de la défense des intérêts privés dont il avait la charge. Après avoir détruit tous les billets dé l'encaisse, il obtint l'insertion dans le traité de capitulation, d'un article par lequel l'armée prussienne s'engageait à respecter les biens de toute nature du département, des communes, des sociétés de commerce ou autres. Néanmoins, le 30 octobre, l'hôtel de la Succursale fut'occupé militairement par un détachement de troupes qui ferma les bureaux renfermant les caisses et portefeuilles et en retint les clefs. Cet état de choses se prolongea jusqu'au 3 novembre, date à laquelle les autorités prussiennes se firent ouvrir les caisses, en vérifièrent le contenu et, sur l'engagement d'honneur pris par Blondin de n'y rien changer, lui en rendirent la libre disposition et congédièrent le poste militaire. Mais bientôt les mêmes autorités se représentèrent à la Succursale et apposèrent les scellés sur les caisses, en attendant l'arrivée d'une commission prussienne spécialement chargée d'opérer sa liquidation. Blondin, - soutenu par les Administrateurs et Censeurs, protesta contre la «violation flagrante» de la convention militaire et contre «toutes immixtions déjà accomplies ou à accomplir de la part de l'autorité prussienne dans la gestion des intérêts privés de la Succursale de Metz». Cette attitude énergique lui valut de recouvrer, le 18 novembre, non seulement les espèces en caisse, mais encore les livres et autres papiers nécessaires à la liquidation. Enfin, le Conseil tint le 24 novembre 1870 une dernière séance dont le procès-verbal constitue un véritable document historique. En voici le texte qui mérite d'être intégralement cité: Le Conseil convoqué d'urgence par M. le Directeur s'est réuni sous sa présidence ce jeudi 24 novembre, à neuf heures du matin, dans les bureaux de la Succursale à défaut de la Chambre du Conseil occupée militairement par l'etat-major du Lieutenant-Général logé dans l'hôtel de la Succursale par voie de réquisition.

10 Etaient présents : MM. Gabriel Gougeon et Emile Simon, Censeurs; MM. Emile Jacob, Emile Bouchotte, Simon Favier, Louis Salmon et Albin Geisler, Administrateurs. La séance étant ouverte, il est donné lecture du procès-verbal de la séance du 22 octobre dernier, lequel est approuvé sans discussion. M. le Directeur s'adresse au Conseil dans les termes suivants : Messieurs, «Au cours de la crise que nous venons de traverser et qui se termine «si douloureusement pour notre chère Cité, la Succursale a été, avant «comme depuis l'occupation, en butte à des exigences qui dépassaient les (( limites du droit et de la raison. Vous m'avez soutenu dans ma lutte «contre ces exigences qui ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir af- «faibli par le présent ; vous m'y avez aidé en vous associant aux propo- «sitions que m'inspiraient les phases diverses déjà traversées, et vous «me continuerez n'est-ce pas, votre précieux concours dans celles que «l'avenir pourrait encore me susciter. Je Vous le demande, Messieurs, «au nom de la Banque,au nom des grands intérêts qu'elle a confiés à «votre vigilance.» Le Directeur expose ensuite au Conseil que, par arrêté de M. le Général Coffinières, du 27 octobre dernier, les échéances des effets de commerce ont été prorogées au 30 du présent mois de novembre avec un délai de cinq jours, pour formaliser /valablement les protêts. Que ledit arrêté fait donc loi, quant à la Ville de Metz dont l'occupation actuelle par l'etranger crée toutefois des obstacles graves à la complète régularité des protêts par suite de la disparition des diverses administrations françaises appelées en temps ordinaire à la complète régularisation desdits actes, et que, déjà, cette situation semblerait créer un empêchement de force majeure à l'exécution du susdit arrêté du 2 octobre. Le Directeur ajoute que d'après nombre de journaux parvenus à Metz, il aurait été rendu sur cette matière, à la date du 3 novembre courant, en Conseil du Gouvernement siégeant à Tours, un décret signé Crémieux, Gambetta, Glais-Bizoin et Fourichon, et, dont l'article 6 serait ainsi conçu :...«Les dispositions ci-dessus ne seront pas applicables aux départe- «ments envahis, même en partie. Dans ces départements, les échéances se- «ront prorogées de droit; tous les actes de protêt, de dénonciation, de «poursuite quelconque sont interdits, La loi commerciale n'y reprendra

11 «son cours qu'un mois après la cessation de la guerre ou l'abandon par «l'ennemi du territoire occupé.» Que, encore bien qu'aucune communication officielle relative à ce décret du 3 novembre ne soit parvenue à Metz pour en confirmer l'existence, il y a lieu d'examiner si, néanmoins, et vu les circonstances exceptionnelles qui nous étreignent, le Conseil n'aurait pas à en tenir compte dans la décision qu'il est appelé à prendre. Que la question posée est donc de décider, si l'arrêté Coffinières du 27 octobre devra recevoir son exécution du 30 novembre au 5 décembre, ou bien s'il ne serait pas plus conforme à la situation de force majeure qui nous domine, de faire prévaloir les dispositions de l'article 6 du décret du 3 novembre susvisé, lequel quoique dépourvu, quant à notre localité, d'une consécration officielle, ne paraît pas moins revêtir un sérieux caractère d'authenticité. Avant d'ouvrir la discussion, le Directeur fait connaître au Conseil qu'à la suite de la protestation du 7 novembre qu'il a eu l'honneur de soumettre à l'approbation et à la signature de tous les membres, qu'à la suite d'une nouvelle lettre qu'il a adressée à M. le Préfet Allemand, le 17 novembre, dont il donne lecture et qui est ainsi conçue : Monsieur le Préfet, a Après avoir démontré que la Succursale de la Banque de France «à Metz y représentait une Société commerciale protégée, en raison de «son caractère tout privé, par la capitulation du 27 octobre dernier, chose <( d'ailleurs non contestée par Vous en principe. «Après avoir prouvé, le 3 novembre, à M. le Secrétaire général Brau- «weiller et M. le Secrétaire comptable Schmieder, par des écritures «journalières d'une régularité et d'une clarté incontestables, que ma Suc- «cursale ne possédait aucune somme appartenant au Trésor Public fran- «çais, et que toutes les sommes versées par elle au Trésorier-Payeur géné- «ral du Département provenaient des deniers particuliers de la Banque de «France; «Après encore avoir démontré, par pièces à l'appui, que les éléments «matériels de tous ces versements de la Succursale effectués sur crédits «régulièrement ouverts à la Succursale avaient été fournis par des en- «vois directs de la Banque ainsi que par les rentrées successives d'effets (( de commerce à la susdite Succursale. «Enfin, après avoir eu l'honneur, Monsieur le Préfet, de vous adres- «ser au nom du Conseil d'administration et au mien, sous forme de pro- (c testation, ma note du 7 de ce mois, j'osais espérer qu'il serait mis un

12 (( terme aux injustes rigueurs dont la Société commerciale que je repré- «sente est encore en ce moment l'objet. «Vous n'aurez pas de peine à comprendre, Monsieur le Préfet, le «préjudice grave que portent bien gratuitement à une Société privée les «mesures execeptionnelles que l'on fait peser sur elle, et qui paralysent «son action, non seulement pour la rentrée de ses créances actives, mais «encore et surtout, pour le paiement de ses obligations envers les tiers, «fort étonnés de voir la Banque de France ajourner ses propres engage- «ments. «Daignez donc, Monsieur le Préfet, me permettre de solliciter de voce tre haute bienveillance un examen particulier de cette affaire et me lais- «ser espérer en votre justice, comme protecteur des intérêts civils con- «fiés à votre expérience éprouvée, pour qu'il soit mis promptement fin, * «soit par Vous, soit par votre haute intervention près de qui de droit, à la <( situation vraiment exceptionnelle dont souffre la Compagnie commerce ciale que je représente.» Qu'à la suite également de diverses démarches près dudit Préfet et de conférences avec cette autorité, les scellés qui avaient été apposés sur nos caisses le 5 novembre par ordre du Gouvernement Supérieur de l'alsace, ont été levés par M. le Directeur des Domaines Allemands, M. David, à cet effet délégué, le 18 de ce mois au soir. Qu'à cet instant, les Caisses et les Portefeuilles ont été rendus et remis à la libre disposition du Directeur de la Succursale, mais avec certaines restrictions formulées comme suit : Metz, le 20 novembre A Monsieur le Directeur de la Succursale de la Banque de France, à Metz. «M. le Préfet vous a informé verbalement que M. le Commissaire «Civil de l'alsace à Strasbourg avait prescrit la liquidation de la Succur- «sale de la Banque de Metz, et qu'il a chargé de cette liquidation le Di- «recteur soussigné des Contributions de la Lorraine allemande. «En conséquence, j'ai l'honneur de vous communiquer les conditions «de la liquidation. «i La Succursale de la Banque de France est à liquider, consé- «quemment toutes les signatures de ladite Succursale devront être suivies «de la mention «En liquidation». «2 0 La liquidation sera faite par M. le Directeur de la Banque et «les employés sous ses ordres. Les affaires de la Succursale se borneront «à celles qui sont nécessaires pour accomplir la liquidation.

13 «3 0 L'or et l'argent qui se trouvent en caisse ou qui seront reçus <( pendant la liquidation ne devront pas servir à dégager les billets de ban- <( que en circulation. «4 0 Les billets de banque pourront être reçus en paiement, princi- (( paiement pour l'acquittement des effets de commerce; la vente de ces (( effets de commerce en échange des billets de banque n'est pas permise. «5 Exceptionnellement un délai pour le remboursement pourra «être accordé aux personnes qui ont contracté des engagements envers «la Succursale de la Banque de France, si toutefois ce délai ne peut <( causer aucun préjudice à la rentrée ultérieure des fonds. «6 Le délai qui sera accordé en vertu de l'article 5 ci-dessus ne «pourra dépasser 3 mois et aux conditions suivantes : «A. Le débiteur devra donner des garanties suffisantes pour le «paiement à terme, soit par un dépôt de rentes sur l'etat ou autres va- «leurs dont la réalisation ne laissera aucun doute, soit par un nantisse- «ment de marchandises ayant cours. «B. Ou bien le débiteur pourra escompter des lettres de change «dont l'échéance ne dépassera pas 3 mois de date. «Dans les deux cas ci-dessus, art. 6 A et B, un avis doit être préalablece ment donné au Commissaire de la liquidation soussigné. «7 0 Le passif de la Succursale, et en première ligne, les dépôts de «fonds seront remboursés autant que les fonds en caisse le permettront. «8 M. le Directeur de la Banque fera parvenir au Commissaire «de la liquidation, de 14 en 14 jours, à partir du 24 novembre courant, «une situation détaillée conforme aux livres, de l'état et de l'avancement «de la liquidation; le Commissaire de la liquidation est autorisé, soit par «lui-même soit par un employé qu'il désignera à cet effet, à vérifier en «détail l'exactitude de cette situation, et principalement à examiner la «situation des espèces monnayées en caisse, des billets de banque, des «effets de commerce et des fonds publics. Le Commissaire de la liquidation. Signé : DANIEL, Directeur des Contributions. A la suite de cette lecture, le Directeur communique au Conseil la nouvelle protestation par laquelle il répond aux susdites restrictions : «Avant d'apposer sur la présente pièce la signature qui m'est demandée, «je déclare que je subis comme contraint et forcé les conditions qui me «sont imposées; me référant d'ailleurs à ma protestation du 7 de ce «mois, à ma lettre du 17 du même mois, adressées toutes deux à M. le <( Préfet Comte Henckel Donnersmarck et protestant ici de nouveau con- «tre l'immixtion d'un tiers liquidateur imposé à une société commer-

14 (( ciale fondée par actions, protégée dans sa liberté d'action et dans ses ce intérêts privés par les articles 5 et 6 de la capitulation de Metz, et qui «a d'ailleurs fourni, le 5 courant, aux délégués de M. le Préfet pour <( la vérification des livres, des Caisses et des Portefeuilles, la preuve la «plus incontestable que ni les Caisses ni lesdits portefeuilles de la Sucée cursale ne contenaient aucuns fonds ni valeurs appartenant au Trésor «Public; faisant de plus observer que la Succursale de Metz dérive de ce la Banque de France, à laquelle appartient exclusivement le droit de «se décider sur l'opportunité de la liquidation de cette Succursale; <( Déclarant, du reste, que le Directeur soussigné a l'intention de s'abs- «tenir, quant à présent, de donner les mains à de nouvelles affaires, «qu'il limitera son action à la liquidation des créances actuellement acti- «ves et passives de la Succursale et y procédera avec tous les ménagece ments que la situation de ses débiteurs comporte. «Fait à Metz, le 20 novembre 1870, Signé: F. BLONDIN. La discussion étant ouverte sur les questions à l'ordre du jour, le Conseil après en avoir mûrement délibéré : «Considérant que l'occupation de la Ville par l'etranger ainsi que «les conséquences qui dérivent de cette occupation, apportent de sérieux ce obstacles à l'exécution de l'arrêté du Général Coffinières, en date du ce 27 octobre, en ce qui touche à la régularité et à l'opportunité des proec têts. ce Considérant que d'ailleurs cet arrêté serait, selon certaine notoriété, «primé par un décret rendu le 3 novembre par le Gouvernement sié- <( géant à Tours, et aux termes duquel décret (Art. 6) les échéances des «effets de commerce seraient prorogées de droit dans les départements «envahis, même en partie, et que tous actes de protêt, de dénonciation. «de poursuite quelconque, y sont interdits jusqu'à la fin de la guerre. «Considérant enfin, que la publicité donnée à ce décret dans divers ce journaux français ou autres parvenus à Metz, ainsi que la vraisem- «blance d'une telle mesure prise par le Gouvernement de Tours dans «l'état actuel des choses, impriment audit décret, à défaut de toute cornée munication* officielle, un caractère d'authenticité suffisant pour qu'il y ee soit ajouté foi. ee Décide en conséquence, d'accord avec M. le Directeur, qu'il y a ee lieu de se placer sous l'empire du décret du 3 novembre susvisé et de ce surseoir jusqu'à nouvel ordre à tous actes de protêt. ee Donne toutefois son entière approbation à la mesure proposée par ce par M. le Directeur, consistant à faire, néanmoins, présenter au paie-

15 <( ment le 30 novembre courant, la généralité des effets en portefeuille, «et ce, dans le but de réserver la question des intérêts à courir, depuis «30 novembre,* vis-à-vis des débiteurs qui auront commencé à profiter «de la nouvelle prorogation d'échéance. «Le Conseil a entendu avec un pénible étonnement la communication «que lui a faite M. le Directeur au sujet des prétentions et agissements «dont l'autorité prussienne use à l'égard de la Succursale, contrairece ment aux stipulations spéciales de la capitulation. «Il déplore et reconnaît d'ailleurs la nécessité pour le Directeur de «céder à la force, et s'associe à toutes les protestations opposées par lui «aux actes exceptionnels auxquels la Succursale est en butte. «Enfin, le Conseil, sur l'intiative de plusieurs membres vote à M. «Blondin, de vives félicitations pour l'intelligente et énergique direc- «tion si utilement apportée par lui aux affaires de la Succursale durant <( ce. long et pénible isolement de toute communication avec le Gouvernece ment de la Banque dans les graves événements que nous traversons.» Le Secrétaire du Conseil: Le Directeur-Président : Signé : Albin GFJSLER. Signé : Ferdinand BLONDIN Désormais, les destins allaient ^s'accomplir et rien ne pouvait plus faire obstacle aux décisions arbitraires de l'envahisseur. Lorsque la Banque de France put communiquer avec les régions occupées par l'ennemi, la Succursale de Metz était en état de liquidation virtuelle, et le 21 août 1871, la Banque de Prusse ouvrait ses guichets en notre ville. L'hôtel de la Banque de France fut vendu le 7 août 1871 à la Direction générale des Postes de l'empire d'allemagne, qui y installa les différents services postaux et l'occupa jusqu'en En récompense des grands services qu'il avait rendus, Ferdinand Blondin reçut la croix de la Légion d'honneur et fut nommé Directeur de l'importante Succursale de Lyon. Il devait occuper ce dernier poste jusqu'au 10 janvier 1878, époque à laquelle, âgé de 76 ans, il demanda sa mise à la retraite. Il mourut à Lyon quelques semaines après, le 23 février 1878, et fut inhumé au cimetière de l'est à Metz, où il repose auprès de ses enfants et petits-enfants. Quelques jours après l'armistice libérateur de 1918, la Banque de France venait reprendre sa place à Metz après 48 ans d'absence, et lors de la séance inaugurale du nouveau Conseil d'administration, mon prédécesseur, M. de Boucher ville, tint à évoquer la belle figure messine et française de Ferdinand Blondin dont les patriarches de notre cité ont fidèlement conservé le souvenir, et rendit ainsi un nouvel et juste hommage à une mémoire digne de vénération.

16 La (( réouverture» officielle des Etablissements de la Banque de France dans les départements recouvrés fut consacrée par le décret du 30 octobre Par ce mot de «réouverture» introduit à dessein dans l'acte officiel, le Gouvernement entendait bien souligner que les Succursales de la Banque de France reprenaient en Alsace et en Lorraine leur ancienne place, et qu'il s'agissait, non pas de créer de nouveaux établissements, mais, à travers un demi-siècle d'interruption, de rattacher le présent au passé.

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