Encyclopédie de la. Nutrition. Clinique Féline. Pascale Pibot Vincent Biourge Denise Elliott

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1 Fermez cette fenêtre pour retourner sur IVIS Encyclopédie de la Nutrition Clinique Féline Pascale Pibot Vincent Biourge Denise Elliott DMV, Responsable des Éditions Scientifiques, Communication, Groupe Royal Canin DMV, PhD, Dipl. ACVN, Dipl. ECVCN Directeur Scientifique Nutrition-Santé pour le Centre de Recherche Royal Canin BVSc (Hons) PhD, Dipl. ACVIM, Dipl. ACVN Directrice Scientifique Royal Canin aux États-Unis Ce livre est reproduit sur le site d'ivis avec l'autorisation de Royal Canin. IVIS remercie Royal Canin pour son soutien.

2 Doreen M. HOUSTON DMV, DVSc, Dipl. ACVIM Denise A. ELLIOTT BVSc (Hons), PhD, Dipl. ACVIM, Dipl. ACVN Gestion nutritionnelle des affections du bas appareil urinaire chez le chat 1. Épidémiologie Étiologie Physiopathologie Diagnostic Maladies spécifiques Conclusion Questions fréquemment posées Références Informations nutritionnelles Royal Canin ABRÉVIATIONS UTILISÉES DANS CE CHAPITRE : affection du bas appareil urinaire CIF : cystite idiopathique (ou interstitielle) féline DFG : débit de filtration glomérulaire GAG : glycosaminoglycanes IRIS : International Renal Interest Society MS : matière sèche RSS : relative supersaturation 285

3 Gestion nutritionnelle des affections du bas appareil urinaire chez le chat Doreen M. HOUSTON DMV, DVSc, Dipl ACVIM Doreen Houston sort diplômée du Collège Vétérinaire de l Ontario (VCO, Canada) en 1980 puis travaille pendant 4 ans en clientèle privée à Thunder Bay (Ontario) avant de revenir au VCO pour approfondir sa formation (internat, résidence et DVSc en médecine interne). Elle décroche en 1991 le Diplôme du Collège Américain de Médecine Vétérinaire Interne (ACVIM). Doreen intègre le Western College of Veterinary Medicine de l Université de Saskatchewan en 1990 et devient Professeur titulaire de Chaire en Durant ses années de professorat, Doreen reçoit de nombreux prix d enseignement. En juillet 1996, elle quitte l université pour intégrer l équipe de Veterinary Medi-Cal Diets à Guelph (Ontario). Elle est actuellement Directrice de la Recherche Clinique pour Medi-Cal Royal Canin Veterinary Diets au Canada. Doreen Houston est l auteur de plusieurs publications et chapitres d ouvrages ainsi que d un manuel vétérinaire. Denise A. ELLIOTT BVSc (Hons) PhD, Dipl ACVIM, Dipl ACVN Denise Elliott obtient son doctorat de Médecine vétérinaire avec mention à la faculté de Médecine vétérinaire de l Université de Melbourne en Après un internat en Médecine et Chirurgie des petits animaux à l Université de Pennsylvanie, Denise effectue un résidanat de Médecine Interne des petits animaux et de Nutrition clinique à l Université de Davis (Californie). Elle bénéficie d une bourse universitaire en Médecine rénale et en hémodialyse. Denise devient membre du Collège Américain de Médecine vétérinaire Interne en 1996, et du Collège américain de Nutrition vétérinaire en Elle obtient son PhD de Nutrition à l Université de Davis en 2001, pour ses travaux sur l analyse de l impédance bioélectrique à multifréquence chez les chats et les chiens en bonne santé. Denise occupe actuellement la fonction de Directrice de la Communication scientifique dans la filiale Royal Canin aux USA. Les affections du bas appareil urinaire () regroupent un groupe hétérogène de maladies toutes caractérisées par des signes cliniques similaires : hématurie (macroscopique et microscopique), dysurie, strangurie, pollakiurie, miction inappropriée (périurie ou miction en dehors de la litière) et obstruction urétrale partielle ou complète (Kruger et coll, 1991; Osborne et coll, 1996a). 286

4 FIGURE 1 -ÉTIOLOGIE DES AFFECTIONS NON OBSTRUCTIVES DU BAS APPAREIL URINAIRE CHEZ LE CHAT D après Buffington et coll, 1997; étude faite aux États-Unis FIGURE 2 - ETIOLOGIE DES AFFECTIONS DU BAS APPAREIL URINAIRE CHEZ LE CHAT EN EUROPE D après Gerber et coll, 2005; étude faite en Europe 1 - Épidémiologie 64% Cystite idiopathique 15% Urolithiase 11% Anomalie anatomique 9% Trouble du comportement 2% Tumeurs 0,9% Infection urinaire 57% Cystite idiopathique féline 22% Urolithiase 10% Bouchons urétraux 8% Infection urinaire 3% Origine inconnue 1 - Épidémiologie L incidence, la prévalence et le taux de morbidité proportionnelle sont des termes utilisés pour décrire la fréquence d une maladie. - L incidence des se définit comme le nombre de cas nouveaux d survenant dans la population pendant un intervalle de temps défini (souvent annuel). L incidence est une notion utile pour les épidémiologistes car elle sert à mesurer le risque d apparition de la maladie. L incidence des est évaluée à environ 0,85 % aux Etats-Unis (Lawler et coll, 1985) et entre 0,34 et 0, 64 % en Angleterre (Fennell, 1975; Walker et coll, 1977; Willeberg, 1984). - La prévalence de l est le nombre total d animaux atteints d dans la population à un moment donné. Contrairement à l incidence, la prévalence ne donne pas d information quant au risque potentiel. - Le rapport entre les cas d et tous les cas pathologiques présentés à la consultation vétérinaire pendant une période donnée constitue le taux de morbidité proportionnelle. En Amérique du Nord, il est estimé entre 1,5 et 8 % (Bartges, 1997; Lund et coll, 1999; Lekcharoensuk et coll, 2001a). Fréquence relative (%) FIGURE 3 - INFLUENCE DU SEXE SUR L INCIDENCE DES AFFECTIONS DU BAS APPAREIL URINAIRE CHEZ LE CHAT D après Osborne et coll, 2000; étude faite aux États-Unis Mâle Femelle 2 - Étiologie La cystite idiopathique est de loin la cause la plus fréquente d chez les chats mâles et femelles, quel que soit le pays concerné par l étude (Kruger et coll, 199I; Buffington et coll, 1997; Osborne et coll, 2000; Lekcharoensuk et coll, 2001a; Gerber et coll, 2005) (Figures 1, 2, 3) Idiopathique Urolithiase Infection urinaire Urolithiase + infection urinaire L urolithiase constitue la deuxième cause prépondérante d. Les calculs peuvent se former n importe où dans le tractus urinaire mais dans la grande majorité des cas, il s agit de calculs vésicaux (Cannon et coll, 2007). Ces derniers sont la plupart du temps composés de phosphates ammoniaco-magnésiens (struvite) ou d oxalate de calcium. Inversement, les calculs rénaux sont classiquement composés d oxalates de calcium (Lulich et coll, 1994). Les prévalences respectives des calculs de struvite et d oxalate de calcium ont évolué chez le chat au cours des 20 dernières années (Tableau 1). Avant la fin des années 80, le nombre de calculs de struvite analysés dans deux importants laboratoires des États-Unis dépassait de beaucoup celui des calculs d oxalate de calcium (Cannon et coll, 2007). Entre 1984 et 1995, la proportion des calculs d oxalate de calcium examinés par le Minnesota Urolith Center est passée de 2 à 40 % (Osborne et coll, 1996b). Au milieu des années 1990, le nombre de cas d urolithiases à struvite a commencé à diminuer tandis que les calculs d oxalate de calcium devenaient majoritaires en Amérique du Nord et dans d autres endroits du 287

5 2 - Étiologie TABLEAU 1 - EVOLUTION DU POURCENTAGES DE CAS D UROLITHIASE À STRUVITE ET À OXALATE DE CALCIUM CHEZ LE CHAT AU COURS DES DEUX DERNIÈRES DÉCADES D après Osborne et coll, 1986; 1992a; 1995a, b; 2000; Forrester, 2006; Cannon et coll, 2007; données collectées aux États-Unis Années d étude Struvite (%) ,5 44,9 48 Oxalate de calcium (%) 2,4 3 10, ,4 44,3 41 Urate (%) 2 5,6 + 6,3 + 6,80 + 5,60 + 4,60 + Les calculs de struvite prédominent pendant les années 1980 et au début des années Les calculs d oxalates de calcium prédominent à la fin des années 1990 et au début des années Les calculs de struvites redeviennent majoritaires en incluant des données de 1984 et 1986 monde (Lekcharoensuk et coll, 2001a; Cannon et coll, 2007; Forrester, 2006; Houston et coll, 2003; 2006; Gerber et coll, 2005). Cependant, depuis 2002, le nombre de calculs de struvite est en augmentation et dépasse maintenant celui des calculs d oxalate de calcium (Figure 4). En se basant sur environ 9221 calculs félins analysées au Minnesota Urolith Center en 2005, les types minéraux les plus fréquemment rencontrés sont les struvites (48 %), l oxalate de calcium (41 %) et les purines (4,6 %) (Forrester et coll, 2006). Au Canada, des nombres égaux de calculs de struvite et d oxalate de calcium ont été soumis à l analyse en 2005 (Houston et coll, 2006). À Hong Kong, en Italie et en Angleterre, les calculs de struvite sont les plus souvent identifiés pour la période étudiée ( ), puis viennent les calculs d oxalate de calcium (Stevenson, 2001). Aux Pays-Bas, la situation est inversée (Stevenson, 2001). Les calculs d urate d ammonium, de cystine, de silice, de xanthine, de phosphates de calcium, de pyrophosphates et les calculs formés de sang séché et solidifié sont rencontrés plus rarement. Chez les chats mâles les bouchons urétraux sont la première cause d obstructive, suivis par les cystites idiopathiques (Figure 5) (Kruger et coll, 1991). Quel que soit le sexe, une peut également être provoquée par des anomalies anatomiques, une tumeur, une infection urinaire et des troubles neurologiques (Kruger et coll, 1991). Chez les chats de plus de 10 ans, la cystite idiopathique est peu fréquente et les infections urinaires constituent une cause prépondérante d, suivies par les urolithiases (Figure 6) (Bartges, 1997). Une cystite bactérienne survient surtout chez des chats de moins d un an, chez les chats âgés et chez les chats présentant un facteur de risque particulier (uréthrostomie périnéale, diabète sucré, insuffisance rénale chronique, etc.). FIGURE 4 - EVOLUTION DE LA PRÉVALENCE DES CALCULS D OXALATE ET DE STRUVITE DE 2001 À 2005 D après Forrester, Oxalate Struvite FIGURE 5 - ETIOLOGIE DES AFFECTIONS OBSTRUCTIVES DU BAS APPAREIL URINAIRE CHEZ 51 CHATS MÂLES D après Osborne et coll, 2000; étude faite aux États-Unis FIGURE 6 - ETIOLOGIE DES AFFECTIONS DU BAS APPAREIL URINAIRE CHEZ LES CHATS ÂGÉS DE PLUS DE 10 ANS D après Bartges, 1997; étude faite aux États-Unis % des cas Année de l étude 59 Bouchons urétraux 29 Idiopathique 10 Urolithiase 2 Urolithiase + infection urinaire 46% Infection urinaire 27% Urolithiase 7% Bouchons urétraux 7% Traumatismes 5% Cystite idiopathique 5% Incontinence 3% Tumeurs 288

6 3 - Physiopathologie Cystite idiopathique féline La cystite idiopathique féline (ou interstitielle) (CIF) est un trouble non infectieux, inflammatoire, impliquant des facteurs psychologiques et neuroendocriniens, où s observent des anomalies de la vessie, du système nerveux central et de la réponse de l axe hypothalamico-hypophysosurrénalien (Figure 7). Il est suggéré que l inflammation soit initialement facilitée par une diminution des niveaux de glycosaminoglycanes (GAG) qui protègent la muqueuse urinaire, permettant ainsi à des constituants urinaires comme les ions calcium et potassium d envahir l épithélium (Buffington et coll, 1994; 1999a; Buffington et Pacak, 2001; 2002;2004; Westropp et coll, 2002; 2003; Pereira et coll, 2004). Ces ions peuvent stimuler les neurones efférents (fibres-c) situés dans la sous-muqueuse et être à l origine d un signal nociceptif. L apparition des signes cliniques est favorisée par tous les facteurs de stress dans l environnement du chat car, une fois activé, le système nerveux sympathique efférent stimule les ganglions rachidiens de la racine dorsale de la moelle épinière, entraînant la libération de neuropeptides et de médiateurs responsables de l inflammation et de la douleur (Buffington et coll, 1994; 1999a; Buffington et Pacak, 2001; Westropp et coll, 2002; 2003; Pereira, 2004). Un chat peut naître avec une prédisposition à la CIF mais les signes cliniques de l ne se manifestent que lorsque le chat est placé dans un environnement provocateur ou stressant. La CIF est une maladie chronique récurrente: les périodes de rémission sont entrecoupées d épisodes pathologiques déclenchés par le stress. Certains chats atteints présentent une atrophie des glandes surrénales (Westropp et coll, 2003). En comparaison de propriétaires de chats sains ou atteint d autres maladies, il existe significativement plus de propriétaires de chats atteints de cystite interstitielle idiopathique qui constatent que leur animal est peureux, nerveux et agressif. Cette observation soutient la théorie selon laquelle cette cystite est lié à un problème de stress (Buffington et coll, 2006a, b). Yves Lanceau/Royal Canin (Singapura) 3 - Physiopathologie Bouchons urétraux Les bouchons urétraux sont des précipitats complexes composés habituellement de tissus exfoliés, de sang ou de cellules inflammatoires, noyés dans une matrice. Des éléments cristallins peuvent être ou ne pas être présent; en général il s agit de struvite. Il existe des différences physiques et probablement étiologiques entre les calculs et les bouchons urétraux mais l origine de la formation d un bouchon urétral n est pas clairement déterminée. Il est suggéré, mais pas confirmé, que la mucoprotéine de Tamm- Horsfall, composé prédominant de la matrice, jouerait un rôle dans les mécanismes locaux de défense de l hôte. (Kruger et coll, 1991; Osborne et coll, 1992b; 1996c, 1996d; Houston et coll, 2003; Forrester, FIGURE 7 - ALTÉRATIONS PHYSIOPATHOLOGIQUES ÉVENTUELLEMENT RENCONTRÉES CHEZ LES CHATS ATTEINTS DE CYSTITE IDIOPATHIQUE INTERSTITIELLE D après Buffington et coll, 1999a GAGs Entrée sensorielle Histamine, substance P de la vessie Neurone sensoriel Racine ganglionnaire dorsale Voies sympathiques efférentes Stress 289

7 4 - Diagnostic 2006). Les bouchons urétraux sont beaucoup plus fréquents chez le chat mâle chez qui ils peuvent obstruer partiellement ou complètement l urètre. Chez certains chats, la présence d une CIF est un facteur prédisposant à la formation de bouchons urétraux. Urolithiases Un urolithe correspond à la formation de sédiments dans le tractus urinaire, composés d un ou plusieurs cristalloïdes peu solubles. Les sédiments microscopiques sont des cristaux et les précipités macroscopiques sont appelés urolithes ou calculs. Des cristaux urinaires se forment lorsque l urine est sursaturée en un minéral spécifique ou en un composé minéral. Un phénomène de précipitation se produit lorsque la saturation urinaire dépasse un certain seuil. La phase initiale de formation du calcul correspond à la formation d un noyau cristallin (nucléation). Cette phase dépend de la saturation relative de l urine en précurseurs du calculs et est influencée par de nombreux facteurs: capacité d excrétion rénale du cristalloïde, ph et température de l urine, présence ou absence de facteurs inhibiteurs (citrate, pyrophosphate) ainsi que de promoteurs de la cristallisation (cellules mortes, débris cellulaires, protéines, bactéries ou autres cristaux). La croissance du cristal dépend de la capacité du noyau à rester dans les voies urinaires, de la longueur de la période de saturation de l urine et de la structure physique du cristal. La vitesse de croissance du calcul dépend elle aussi de nombreux facteurs tels que sa composition minérale et des facteurs de risque comme les infections (Osborne et coll, 1996a, b; 2000). 4 - Diagnostic Commémoratifs et signes cliniques Indépendamment de la cause, les signes cliniques d comportent: hématurie (macroscopique et/ou microscopique), dysurie, strangurie, pollakiurie, miction inappropriée (périurie ou miction en dehors de la litière) ou obstruction urétrale partielle ou complète (Kruger et coll, 1991; Osborne et coll, 1996a). Les chats mâles se lèchent parfois le bout du pénis. Les animaux atteints passent souvent plus de temps dans la litière pour essayer d uriner ou éliminent fréquemment de petites quantités. L agitation ou un toilettage excessif de l abdomen terminal sont des signes d inconfort. Andrew Moore (CVUC) Figure 8 - Bouchon urétral félin. Un bouchon urétral, de couleur crème ou jaune paille, peut être visible à la sortie de l urètre. Les cristaux identifiés sont principalement des struvites. L obstruction des voies urinaires peut survenir brutalement ou prendre plusieurs semaines. Une obstruction complète s accompagnent de signes variés: abattement, anorexie, léthargie, déshydratation, hypothermie et vomissements. Dans les cas sévères, la rupture de la vessie peut apporter un soulagement transitoire mais suivi rapidement par une péritonite et la mort de l animal. Examen clinique Un examen clinique complet doit être réalisé chez chaque chat présenté pour. L état d hydratation, la vessie et l orifice urétral externe doivent être examinés attentivement. La palpation vésicale permet d évaluer sa taille (degré de distension), sa forme, son contour, l épaisseur de la paroi vésicale, la présence de masses intramurales ou intraluminales (tumeurs, urolithiases, caillots) ou de crissements dans la lumière vésicale. La plupart des calculs ne sont pas détectés par palpation abdominale (Osborne et coll, 2000). En revanche cet examen peut être douloureux (miaulements, tentative de fuite) et provoquer des efforts de miction, avec l émission de quelques goutes d urine teintée de sang. Pénis, prépuce ou zone vulvaire doivent être examinés pour détecter des anomalies urétrales, ainsi que la présence de sang, de mucus ou de cristaux minéraux. Lors d obstructive, la vessie est distendue, turgescente et douloureuse. Le bout du pénis peut apparaître décoloré à cause de l inflammation et du traumatisme induits par le léchage ou à cause de la présence d un bouchon urétral (Figure 8). L obstruction urétrale est une urgence médicale qui nécessite un traitement immédiat. Après avoir évalué le statut hydrique, électrolytique (notamment l hyperkaliémie) et acido-basique du chat, des techniques de décompression doivent être mises en œuvre (voir Traitement plus loin). 290

8 Examens de laboratoire Chez le chat non obstrué, l évaluation initiale doit inclure une analyse d urine avec examen du sédiment, culture urinaire et imagerie abdominale. Une numération formule complète doit être réalisée; cependant, les résultats restent souvent dans les limites des valeurs usuelles. Un profil biochimique adapté doit être obtenu pour les chats malades ou présentant une obstruction. Lors d urolithiase à urate, l urémie peut être basse à cause d un shunt portosystémique ou d une insuffisance hépatique concomitante; certains cas d urolithiase à oxalate de calcium s accompagnent d une hypercalcémie. L urine émise par miction naturelle peut être prélevée par les propriétaires à l aide d une litière spéciale. À la clinique, le prélèvement se fait par cathétérisation ou cystocentèse. La compression de la vessie doit être évitée car elle peut causer une hémorragie ou un traumatisme. De plus, au cas où une infection est présente, la pression facilite le développement d une pyélonéphrite par ascension rétrograde des germes depuis la vessie jusqu aux reins. Figure 9 - Cristaux urinaires de struvite. Waltham Centre for Pet Nutrition 4 - Diagnostic La méthode de collecte des urines a une influence sur les résultats et leur interprétation. La cystocentèse est préférable car elle évite la contamination de l urine dans l urètre ou le tractus génital. Elle est peu invasive, bien tolérée et sans danger lorsqu elle est faite correctement, en évitant de créer un traumatisme iatrogène ou une infection urinaire. Cette technique est cependant contre-indiquée lorsque le volume urinaire est insuffisant dans la vessie, en cas de résistance à la contention et à la palpation abdominale et en présence de troubles de la coagulation ou de saignements. La cystocentèse ne doit pas être pratiquée lorsque la vessie n est pas palpable. La cathétérisation urinaire peut avoir deux objectifs: diagnostic: analyse urinaire, détection d obstacles urétraux (urolithiases, tumeurs), instillation d un produit de contraste pour des clichés radiographiques thérapeutique: en cas d obstruction urétrale et pour faciliter la chirurgie de la vessie, de l urètre et des structures environnantes. Le moment de la journée où l urine est prélevée doit être noté. Il faut également se renseigner sur l heure du dernier repas du chat et sur son niveau de stress à l arrivée à la clinique. Le ph urinaire est en général plutôt acide le matin, avant le premier repas. Il peut être plus élevé si l urine est collectée en période postprandiale (2-6 heures après un repas). Dès que le ph urinaire passe au-dessus de 6,5, des cristaux de struvite peuvent se former. Lorsqu un chat est stressé par le transport, l hyperventilation induite peut faire s élever le ph urinaire au dessus de ce seuil, entraînant l apparition de cristaux de struvite (Buffington et Chew, 1996a). Figure 10 - Cristaux urinaires d oxalate de calcium. Figure 11 - Cristaux urinaires d urate d ammonium. Waltham Centre for Pet Nutrition Waltham Centre for Pet Nutrition L échantillon d urine doit être placé dans un flacon stérile. Si une culture est prévue, une partie de l urine est réfrigérée immédiatement dans un flacon stérile et hermétique à l air. Pour analyser les sédiments urinaires, l urine est au contraire gardée à température ambiante et à l abri de la lumière. L analyse doit être pratiquée sur de l urine fraîche (15-60 minutes après la collecte) pour éviter la formation de cristaux de struvite ou d oxalate de calcium (Albasan et coll, 2003). L analyse physicochimique de l urine et l examen du sédiment urinaire doivent être réalisés ensemble. Une peut être suspectée lors d hématurie, de protéinurie, de pyurie, et de cristallurie (struvite, phosphates amorphes, urates, oxalate de calcium, cystine et xanthine (Figures 9-12). Waltham Centre for Pet Nutrition L identification des cristaux urinaires dépend du ph, de la température et de la densité urinaire. La présence de cristaux de struvite ou d oxalate de calcium dans l urine n est pas nécessairement synonyme de problème: une cristallurie observée dans une urine très concentrée a moins d importance que dans une urine diluée (Laboto, 2001). L urine doit être très fraîche car les cristaux peuvent se former dans l urine qui a stagné et s est refroidie avant l examen (cristallisation in vitro) (Tableau 2). La présence de cristaux dans un échantillon stocké doit être confirmée par un nouvel examen de l urine fraîche (Albason et coll, 2003). Figure 12 - Cristaux urinaires de cystine. Une culture bactérienne de l urine est indiquée afin d explorer une éventuelle infection urinaire. L urine doit être obtenue par cystocentèse, afin d empêcher la contamination bactérienne iatrogène, et acheminée au laboratoire dans les 30 minutes; sinon, l urine doit être réfrigérée. L identification d un germe implique la réalisation d un antibiogramme. 291

9 4 - Diagnostic Gagemount Animal Hospital, Hamilton, Ontario, Canada. Dr Brian Crabbe, Port Elgin, Ontario, Canada Figure 13 - Radiographie de profil d un chat à urolithiase. L image montre de nombreux petits calculs radio-opaques dans l urètre d un chat mâle présenté pour affection obstructive du bas appareil urinaire. Figure 14 - Radiographie de profil d un chat de deux ans présentant une cystite idiopathique interstitielle. Noter l aspect épaissi et non dilatable de la paroi de la vessie. Imagerie TABLEAU 2 - COMMENT BIEN INTERPRÉTER UNE CRISTALLURIE La recherche de cristaux doit absolument se faire avec une urine fraîche. Les cristaux observés dans une urine stockée ou réfrigérée peuvent constituer des artéfacts et l urine doit être remise à température ambiante avant l examen. La présence de cristaux de struvite et/ou d oxalate de calcium peut être normale dans l urine de certains chats, particulièrement si cette urine est très concentrée; leur présence devient anormale s ils sont très nombreux ou agglomérés. Une cristallurie signifie que la composition urinaire permet la croissance des cristaux. Une cristallurie n est pas forcément synonyme d une urolithiase. La cristallurie peut être négative chez un chat présentant une urolithiase. Les cristaux observés dans l urine peuvent être différents de l urolithiase en cause. Une cystinurie prédispose à l urolithiase à cystine. Plusieurs techniques d imagerie peuvent être utilisées: radiographie simple, échographie, radiographie de contraste (urographie excrétoire, cystographie, urétrographie), scanner, et imagerie par résonnance magnétique (Samii, 2003). La radiographie permet de détecter des modifications de la taille, forme, position ou radiodensité des voies urinaires. Il est important d examiner le système urinaire dans son intégralité, en incluant l urètre périnéal, pour pouvoir observer toutes les anomalies (Figure 13). Dans certains cas, un lavement est nécessaire pour permettre la visualisation adéquate du système urinaire. Chez un chat atteint de CIF, la vessie peut apparaître épaissie et peu extensible à la radiographie (Figure 14). L échographie met en évidence des anomalies intraluminales invisibles à la radiographie: elle détermine la zone et le degré d atteinte et fournit des informations concernant la composition des tissus, par exemple, lésions solides ou cystiques. La cystographie à contraste positif précise la localisation de la vessie et visualise une rupture, des diverticules et des fistules éventuels. La cystographie à double contraste est utilisée pour examiner la muqueuse et la lumière vésicales. Un examen de bonne qualité ne nécessite qu un faible volume (1-2 ml) de produit de contraste positif. Lors du remplissage de la vessie avec le produit de contraste négatif, il est important de la palper pour suivre son degré de distension et éviter une surcharge. La vessie doit être bien distendue et une petite quantité du produit de contraste positif doit se déposer sur la surface vésicale. Les calculs radiotransparents se traduisent par une absence de remplissage par le produit de contraste. Les caillots sanguins Compliments CA Buffington and DJ Chew, Columbus, Ohio Dr. Anne Sylvestre, Guelph, Ontario Dr. Anne Sylvestre, Guelph, Ontario Figure 15 - Aspect endoscopique de la muqueuse vésicale chez un chat atteint d affection du bas appareil urinaire. L image montre des glomérulations compatibles avec une cystite féline idiopathique/interstitielle. Figure 16A - Calculs multiples d oxalate de calcium dans une vessie de chat. Noter l ouverture complète de la vessie pour permettre le retrait de tous les calculs, dont nombre d entre eux sont englobés dans la muqueuse vésicale. Figure 16B - Extraction chirurgicale de calculs vésicaux. La vessie du chat a été complètement ouverte et la surface de la muqueuse retournée pour extraire les calculs. Une radiographie post-chirurgicale a confirmé leur retrait complet. 292

10 sont révélés par l'aspect irrégulier de la surface de la muqueuse. La présence de petites altérations sur le contour constitue un point clé du diagnostic à la fois des cystites et des tumeurs, mais à ne pas confondre avec un artéfact dû au remplissage incomplet. L urétrographie est utilisée pour examiner l urètre. 4 - Diagnostic Endoscopie urinaire L endoscopie de l urètre et de la vessie est maintenant possible chez le chat grâce à une sonde flexible en fibre optique pour les mâles et un cystoscope pédiatrique pour les femelles (Chew et coll, 1996; McCarthy 1996). La surface de la muqueuse de la vessie des chats avec CIF présente, lorsque la vessie est soumise à une pression de 80 cm H 2 O, des hémorragies caractéristiques, en forme de pétéchies sous muqueuses (glomérulations) (Chew et coll, 1996; Buffington et coll, 1999a) (Figure 15). Chirurgie Lorsqu une chirurgie exploratoire est réalisée, en vue d une biopsie ou pour extraire un calcul, la vessie doit être complètement ouverte (Figure 16). La plupart des calculs félins sont très petits et l exérèse chirurgicale complète peut s avérer difficile, surtout en cas d urolithiase à oxalate de calcium où des calculs subsistent après opération dans 20 % des cas. (Lulich et coll, 1993a). Un examen radiographique post chirurgical doit donc toujours être réalisé afin de s assurer de l absence de calculs subsistants. Histopathologie Chez un chat atteints de CIF, une biopsie de muqueuse vésicale montre en général un épithélium et une couche musculeuse relativement normaux mais avec présence d un œdème sous muqueux et d une vasodilatation; l infiltration par les cellules inflammatoires est faible à modérée (Figure 17). Certains chats montrent une élévation du nombre de mastocytes, d autres présentent des érosions, des ulcères ou une fibrose de la paroi vésicale. Analyse de la composition des calculs Les calculs peuvent être récoltés par miction spontanée (utiliser pour cela une épuisette d aquarium), urohydropulsion, aspiration par sonde urinaire, cystoscopie ou exérèse chirurgicale (Lulich et coll, 1992,1993b; Osborne et coll, 2000). Les calculs doivent être placées dans un flacon sans conservateurs ou liquides. Dans de nombreux cas, les calculs ne peuvent pas être identifiés visuellement. Ils doivent être analysés par un laboratoire spécialisé afin de déterminer la composition minérale des 1 à 4 couches pouvant être présentes (Figure 18). Les quatre techniques disponibles pour l analyse quantitative sont: la microscopie polarisante, la spectroscopie infrarouge, la cristallographie par diffraction des rayons X et la microscopie électronique. L identification adéquate du ou des minéraux présents dans un calcul est indispensable afin d orienter vers le régime adéquat pour le traitement et la prévention des récidives. Compliments CA Buffington and DJ Chew, Columbus, Ohio Figure 17 - Aspect histologique de la muqueuse vésicale d un chat atteint d affection du bas appareil urinaire. Présence d un œdème sous-muqueux et d érosions compatibles avec une cystite féline idiopathique/interstitielle. Figure 18 - Schéma des différentes couches présentes dans un calcul. Une analyse quantitative permet une détermination précise de la composition minérale de chacune des quatre couches : le noyau cristallin, le cœur, l enveloppe et les cristaux de surface. 293

11 TABLEAU 3 - ÂGE, SEXE, PRÉDISPOSITION RACIALE ET AUTRES FACTEURS DE RISQUE D UROLITHIASE CHEZ LE CHAT Type d urolithiase Prédisposition raciale Prédisposition d âge Prédisposition sexuelle Autres facteurs de risque Struvite - USA : Ragdoll, Chartreux, Oriental Shorthair, Européen, Himalayen (Lekcharoensuk et coll, 2000; 2001a); Himalayen et Persan (Cannon et coll, 2007), Européen, (Ling et coll, 1990); pas de prédisposition raciale (Osborne et coll, 1995a; 1995b; 2000) - Canada : Européen, Himalayen, Persan (Houston et coll, 2004 ; 2006) - Angleterre : Européen, Persan (Stevenson, 2001) - Chats stérilisés: 3 mois à 22 ans ; moyenne 7, ans (Osborne et coll, 2000) - Secondaire à une infection: tout âge (Osborne et coll, 1995a) - 5 ans en moyenne pour les femelles et < 2 ans pour les mâles (Ling et coll, 1990) ans (Thumachai et coll, 1996) - 6,8 + 3,7 ans (Stevenson, 2001) - Femelle légèrement > mâle (Ling et coll, 1990 ; Osborne et coll, 2000; Houston et coll, 2004; 2006) - Mâle 2 fois plus fréquent que femelle avant 2 ans (Ling et coll, 1990) - Mâle légèrement > femelle (Lekcharoensuk et coll, 2000) - Mâle = femelle (Stevenson, 2001) - Embonpoint/Inactivité - Consommation d eau faible (Osborne et coll, 1995) - Urine alcaline (Osborne et coll, 1995) - Chat d intérieur (Kirk et coll, 1995) Oxalate de calcium - USA : Himalayen, Persan (Kirk et coll, 1995; Cannon et coll, 2007); Himalayen, Persan, Ragdoll, Européen, Havana brown, Scottish fold, Exotic shorthair (Lekcharoensuk et coll, 2000; 2001a); Birman, Persan et Himalayen (Thumachai et coll, 1996; Osborne et coll, 1995a; 1996b; Kirk et coll, 1995) - Canada : Himalayen, Persan (Houston et coll, 2004; 2006) - Angleterre : Européen, Persan (Stevenson, 2001) - 7 ans (3 mois -22 ans) (Osborne et coll, 2000) - Chats plus âgés (risque maximal à ans) (Thumachai et coll, 1996) - Pic bimodal à 5 et à 12 ans (Kirk et coll, 1995) ans (Lekcharoensuk et coll, 2000) - 6,8 + 3,5 ans (Stevenson, 2001) - Mâle > femelle (Ling et coll, 1990; Kirk et al; 1995, Thumachai et coll, 1996; Lekcharoensuk et coll; 2000 ; 2001a; Osborne et coll, 2000; Houston et coll, 2004; 2006; Cannon et coll, 2007) - Mâle = femelle (Stevenson, 2001) - Embonpoint/ Inactivité - Faible consommation d eau - Chat d intérieur (Kirk et coll, 1995) - Hypercalcémie (Osborne et coll, 1996b; McClain et coll, 1995; Savary et coll, 2000; Midkiff et coll, 2000) Urate - USA : Aucune (Osborne et coll, 2000 ; Ling & Sorenson, 1995) - Canada : Siamois et Mau Egyptien (Houston, 2006) - 5,8 ans (5 mois à 15 ans) (Osborne et coll, 1996b) - 4,4 + 2 ans (Stevenson, 2001) - Mâle = femelle (Osborne et coll, 2000 ; 1995b ; Westropp et coll, 2006) - Mâle légèrement > femelle (Ling et coll, 1990 ; Houston et coll, 2004 ; 2006) - Faible consommation d eau - Shunt porto-systémique - Infection urinaire (Hostutler et coll, 2005) Cystine - USA : Aucune (Osborne et coll, 1995) - Européen, Siamois (Osborne et coll, 2000) - Canada : Aucune (Houston et coll, 2004 ; 2006) - > 3,6 ans (4 mois à 12 ans) (Osborne et coll, 2000) - Mâle = femelle (Osborne et coll, 2000) - Mâle légèrement > femelle (Osborne et coll, 2000) - Faible consommation d eau - Chat d intérieur - Anomalie métabolique congénitale (Dibartola et coll, 1991; Osborne et coll, 1992a) Xanthine - USA : Aucune (Osborne et coll, 2000) - 2, ans (4 mois à 10 ans) (Osborne et coll, 1992a) - Aucune (Osborne et coll, 1992a) - Anomalie congénitale du métabolisme des purines? (Osborne et coll, 1992; White et coll, 1997) Silice - USA : Aucune (Osborne et coll, 2000)? - Aucune (Osborne et coll, 2000) - Mâle? (Houston, 2006) - Faible consommation d eau Phosphate de calcium (brushite) - USA : Aucune (Osborne et coll, 2000) - Canada : Aucune (Houston et coll, 2004; 2006) ans (5 mois à 19 ans) (Osborne et coll, 2000) - 7,1 + 3,6 ans (Stevenson, 2001) - Femelle > mâle (Osborne et coll, 2000) - Mâle > femelle (Houston, 2006) - Faible consommation d eau - Hyperparathyroïdisme primaire (Osborne et coll, 1995a; 1996b) Pyrophosphate - Canada : Aucune (Houston, 2006) - Europe : Persans? (Frank et coll, 2002) - Aucune (Houston, 2006) Calcul de sang séché et solidifié - USA : Aucune (Westropp et coll, 2006) 294

12 Prédire le type d urolithiase Le traitement et la prévention efficaces des urolithiases dépendent de la connaissance de leur composition minérale. Idéalement, un calcul doit être retiré et analysé quantitativement; cependant, il existe un certain nombre de facteurs qui permettent de prévoir la composition d un calcul: le signalement (âge, sexe, race, Tableau 3), des commémoratifs de troubles sous-jacents, la radiodensité du calcul et des paramètres urinaires (ph, densité urinaire, cristallurie, Tableau 4). Il est important de se rappeler que la cristallurie n est pas obligatoirement observée dans l urine contenant le calcul et que si elle est présente, les cristaux peuvent être différents de ceux entrant dans la composition du calcul en cause (Buffington et Chew, 1999b). 5 - Maladies spécifiques 5 - Maladies spécifiques Cystite idiopathique féline Le diagnostic de CIF découle de la coexistence de plusieurs éléments: troubles chroniques de la miction (dysurie, hématurie, pollakiurie, miction inappropriée), urine stérile, radiographies négatives et observation cystoscopique d hémorragies sous muqueuses pétéchiques (glomérulations). Au niveau vésical, il est également possible d'observer : une augmentation de la perméabilité et de la vascularisation muqueuse, une diminution de la concentration urinaire en glycosaminoglycanes, des érosions, des ulcérations, un œdème, une fibrose et une inflammation des terminaisons nerveuses (Buffington et coll, 1994; 1996b; 1999a; Buffington et Chew 1999b; Buffington et Pacak, 2001; Buffington, 2002; 2004; Westropp et coll, 2002; 2003; Pereira et coll, 2004). > Facteurs épidémiologiques Les chats atteints de CIF sont plutôt jeunes ou d âge mûr (<10 ans) et sont en bonne santé par ailleurs. Les mâles et les femelles sont atteints et les chats atteints sont souvent nourris avec des aliments secs (Buffington et coll, 1997; Jones et coll, 1997; Markwell et coll, 1998; Buffington, 2002). Dans un nombre significatif de cas, la densité urinaire est élevée. > Traitement Un des points clés du traitement consiste à identifier et supprimer les facteurs de stress dans l environnement du chat. Parmi ceux-ci il faut s intéresser à: la présence d autres chats, des perturbations météorologiques, un manque d activité, la place et le type de litière, le régime alimentaire, les horaires du propriétaire et l arrivée ou le départ de personnes ou d animaux. Le stress peut être combattu en fournissant au chat des endroits où il peut se cacher, des possibilités de grimper et des jouets lui permettant d exprimer son comportement de prédateur (www.indoorcat.org/: The Indoor Cat Initiative 2006, Buffington et coll, 1994; 1999b; 2006a, b; Buffington, 2002; Cameron et coll, 2004). TABLEAU 4 - RADIODENSITÉ DES CALCULS FÉLINS ET PH URINAIRE PRÉFÉRENTIEL D après Osborne et coll, 2000; Frank et coll, 2002; Westropp et coll, 2006 Le régime alimentaire joue un rôle important dans la physiopathologie et le traitement de la CIF. Un changement brutal ou fréquent d alimentation est associé à la récurrence des signes cliniques. Il est donc prudent d éviter les changements inutiles d alimentation chez les chats sensibles (Buffington et coll, 1994; 1996b; 2006a, b; Jones et coll, 1997). En diminuant la concentration des substances urinaires potentiellement irritantes pour la muqueuse vésicale, la dilution urinaire diminue le risque de CIF chez les chats prédisposés. Une étude indique que les chats atteints de CIF mangent significativement plus de croquettes (59 %) que l ensemble des chats de la population considérée (19 %) (Buffington et coll, 1997). Dans une étude prospective, non randomisée, réalisée sur un an et sur 46 chats atteints de CIF, la fourniture d un aliment diététique humide, formulé spécialement pour prévenir les, a permis d obtenir de meilleurs résultats qu avec un aliment sec. A la fin de l année d étude, la récurrence des signes cliniques chez les chats recevant l aliment humide est significativement moins élevée (11 % sur 18 chats) par rapport aux chats recevant l aliment sec (39 % sur Radiodensité ph urinaire Struvite ++ à ++++ > 6,5 Oxalate de calcium ++++ Variable Phosphate de calcium ++++ Alcalin à neutre (formes apatites ) Urate d ammonium 0 à ++ Acide à neutre Cystine + à ++ Acide à neutre Xanthine 0 à ++ Acide à neutre Silice ++ à ++++ Acide à neutre Pyrophosphate ++ à ++++ Inconnu Sang séché et solidifié 0 à ++ Inconnu 295

13 5 - Maladies spécifiques FIGURE 19 - TAUX DE RÉCIDIVE DES CYSTITES IDIOPATHIQUES FÉLINES SELON QUE LE CHAT REÇOIT UN ALIMENT HUMIDE OU SEC Pourcentage cumulé de récidives D après Markwell et coll, 1999a Aliment sec Aliment humide 28 chats) (Markwell et coll, 1999a) (Figure 19). La densité urinaire moyenne est également significativement plus faible chez les chats consommant l aliment humide. Elle est comprise entre chez les chats recevant l aliment humide contre chez les chats recevant l aliment sec. Les régimes très acidifiants ne sont pas recommandés car une urine fortement acide peut favoriser la transmission des stimuli nociceptifs par les fibres nerveuses sensorielles de la vessie (Chew et Buffington, 2003). 12 précédents Dans certains cas, un traitement supplémentaire est Temps (en mois) indiqué. Lorsqu ils se sentent bien dans leur environnement, les chats sécrètent naturellement des phéromones qu ils déposent par marquage facial. L utilisation d un analogue de synthèse de la phéromone faciale féline peut aider à diminuer les comportements liés à l anxiété chez certains chats (Chew et coll, 1998; Mills et Mills, 2001; Gunn-Moore et Cameron, 2004). Bien que beaucoup de mesures thérapeutiques aient été envisagées au fil du temps, aucune, sauf l alimentation, n a vraiment montré une réelle efficacité. Les traitements futurs tenteront vraisemblablement de diminuer la stimulation noradrénergique centrale et de normaliser la réponse au stress des chats sensibles (Buffington et coll, 1999a; 2006a, b; Buffington, 2004). Dans l intervalle, un certain nombre de substances ont été proposées, telles que l amitriptyline et des polysulfates de pentosane pour restaurer les réserves de GAG (Chew et coll, 1998; Buffington et coll, 1999a; 2006a, b; Buffington et Chew, 1999b; Buffington, 2002; Kraiger et coll, 2003; Kruger et coll, 2003; Gunn-Moore et Shenoy, 2004; Mealey et coll, 2004). Les signes cliniques de CIF disparaissent spontanément en 2-3 jours chez 85% des chats, quel que soit le traitement mais dans 40 à 50 % des cas, des récidives, parfois multiples, sont enregistrées au cours des 12 mois qui suivent (Markwell et coll, 1998; 1999a; Kruger, 2003). Bouchons urétraux Il est impératif de lever l obstacle et de rétablir un flux urinaire chez un chat qui présente une obstruction urétrale, tout en corrigeant les déséquilibres liquidien, électrolytique et acido-basique associés à l obstruction et à l azotémie post-rénale. Beaucoup de références excellentes sont disponibles à propos des techniques de traitement des obstructions urétrales (Osborne et coll, 2000; Westropp et coll, 2005). Urolithiases > Facteur de risque majeur : la sursaturation relative La saturation urinaire est le principal facteur physique responsable de la formation de cristaux dans les voies urinaires. L exploration scientifique des différents facteurs de risque d urolithiase a débuté il y a plus de 40 ans. La mesure de la Relative Supersaturation (RSS) a d abord été pratiquée chez l homme, dans les années 60 par le Dr. Robertson (Nordin et Robertson, 1966). Le niveau de sursaturation urinaire prédit le potentiel de cristallisation dans une urine donnée et cette technique est devenue la méthode de référence en médecine humaine (Pak et coll, 1977). Le RSS est un outil utile pour les cliniciens et les chercheurs qui veulent développer des traitements pour les patients souffrant d urolithiase. À la fin des années 1990, le Waltham Centre for Pet Nutrition (WCPN) a donc entamé un travail en collaboration avec le Dr Robertson afin d adapter la mesure du RSS à l urine du chien et du chat. De nombreuses publications vétérinaires sont maintenant disponibles à propos de cette technique et de son interprétation (Smith et coll, 1998; Markwell et coll, 1999b; Robertson et coll, 2002). L obtention des données nécessaires à la mesure du RSS impose de collecter les urines sur une période de 2 à 5 jours. Une dizaine de substances sont alors analysées (calcium, magnésium, sodium, potassium, 296

14 ammonium, phosphates, citrate, sulfate, oxalate et acide urique) ainsi que le ph urinaire (Robertson et coll, 2002). La technique implique ensuite de déterminer le nombre de complexes qui peuvent se former entre les différents ions, de calculer les coefficients d activité de ces sels et de déterminer le produit d activité. Ce dernier est un indicateur de la probabilité de formation d un calcul. Le produit d activité est enfin divisé par le produit de solubilité thermodynamique du cristal pour obtenir la mesure du RSS. (Le produit de solubilité thermodynamique est le produit d activité pour lequel le calcul n évolue pas: il ne grossit pas ni ne se dissout.) Le RSS est spécifique de chaque type de cristal. Il définit trois situations différentes de saturation urinaire: l urine est soussaturée, métastable ou sursaturée. Chacune de ces zones entraîne des conséquences particulières quant au risque de formation de calculs (Figure 20). Plus le RSS est élevé, plus le risque est important, alors qu avec une valeur faible de RSS, la formation de calculs est beaucoup moins probable (Robertson et coll, 2002). Une valeur inférieure à 1 signifie que l urine est sous-saturée et que les cristaux ne peuvent pas se former. Dans un milieu aussi complexe que l urine, il est possible d avoir un RSS supérieur à 1 sans précipitation spontanée de cristaux (Markwell et coll, 1999b). Ceci est dû à la force ionique créée par les champs électriques induits par les nombreux ions en solution, ainsi qu à la présence d inhibiteurs de cristallisation. Ces deux facteurs peuvent empêcher les minéraux libres (comme le calcium et l oxalate) d interagir pour former des cristaux. Ce niveau de sursaturation est qualifié de sursaturation métastable. Dans ce cas, les cristaux d oxalate de calcium ne se forment pas spontanément, mais le phénomène peut se produire en présence d un noyau. Dans la zone de sursaturation métastable, les cristaux et les calculs ne se dissolvent pas. Si la concentration urinaire en minéraux augmente, les cristaux se forment spontanément en quelques minutes ou quelques heures. On est alors dans la zone de sursaturation labile. La limite entre sursaturation métastable et labile est appelée produit de formation. Des études de la cinétique de précipitation des struvite et de l oxalate de calcium montrent que le RSS à partir duquel ces cristaux se forment est respectivement de 2,5 et de 12 (Tableaux 5 et 6). FIGURE 20 - PRINCIPE DE SATURATION RELATIVE (MESURE DE LA RELATIVE SUPERSATURATION OU RSS) Traitement/Prévention Oxalate de calcium Struvite Sursaturation 2,5 métastable Soussaturation Prévention Risque augmenté 12 Sursaturation labile Danger Oxalate de calcium Struvite Zone de sursaturation labile La nucléation a lieu Cristallisation spontanée Croissance rapide du cristal et agrégation Pas de dissolution possible Zone de sursaturation métastable Croissance possible de cristaux préformés Nucléation hétérogène pouvant avoir lieu Pas de dissolution possible Zone de sous-saturation Pas de cristallisation Les calculs/cristaux existants peuvent se dissoudre 5 - Maladies spécifiques TABLEAU 5 - ÉVALUATION DU RISQUE DE FORMATION DE CALCULS DE STRUVITE EN FONCTION DU RSS TABLEAU 6 - ÉVALUATION DU RISQUE DE FORMATION DE CALCULS D OXALATE DE CALCIUM EN FONCTION DU RSS RSS de l aliment vis-à-vis des struvites Niveau de saturation urinaire Niveau de risque pour la formation de calculs de struvite RSS de l aliment vis-à-vis de l oxalate de calcium Saturation urinaire Niveau de risque pour la formation de calculs d oxalate de calcium Moins de 1 Urine insaturée De nouveaux calculs de struvite ne se forment pas. Les calculs existants se dissolvent. Moins de 1 Urine insaturée De nouveaux calculs d oxalate de calcium ne se forment pas. Les calculs existants ne grossissent pas. Entre 1 et 2,5 Plus de 2,5 Urine métastable Urine sursaturée De nouveaux calculs de struvite ne se forment pas. Un calcul existant ne se dissout pas et peut croître. De nouveaux calculs de struvite peuvent se former. Un calcul existant va grossir. Entre 1 et 12 Plus de 12 Urine métastable Urine sursaturée De nouveaux calculs d oxalate de calcium ne se forment pas. Un calcul existant peut grossir. De nouveaux calculs d oxalate de calcium peuvent se former. Un calcul d oxalate de calcium existant va grossir. 297

15 5 - Maladies spécifiques TABLEAU 7 - MÉTHODES POUR ENCOURAGER LA CONSOMMATION D EAU PAR LE CHAT Augmenter la part de l aliment humide ou fournir un aliment sec formulé pour encourager la diurèse. Il est prouvé que le sel augmente de manière significative la consommation d eau et la diurèse (Hawthorne & Markwell, 2004). Aucune donnée n indique que le sel pourrait favoriser l hypertension ou la maladie rénale chez les chats en bonne santé (Devois et coll, 2000a; Buranakarl et coll, 2004; Luckschander et coll, 2004; Cowgill et coll, 2007). Fractionnement de la ration journalière. Pour un même apport calorique, la consommation d eau augmente de manière significative lorsque la fréquence des repas est augmentée (Kirschvink et coll, 2005). TABLEAU 8 - LA CONSOMMATION D EAU AUGMENTE DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE LORSQUE LES CHATS REÇOIVENT TROIS REPAS PAR JOUR AU LIEU D UN SEUL. (D après Kirschvink et coll, 2005). Prise énergétique quotidienne (kcal/kg PC) Consommation de sel (mg/kg PC) 1 repas ±10 2 repas ± 4 3 repas ± 6 Consommation d eau (ml/chat/jour) Permettre l accès à l eau 24 h/24. Les chats sont des animaux nocturnes et préfèrent parfois boire la nuit. PC: poids corporel Na: sodium Fournir un bol à bords larges. Les chats ont des moustaches très sensibles et semblent préférer un bol large qui évite aux moustaches de toucher les bords. Le bol doit rester plein d eau en permanence. Différentes sortes d eau peuvent être proposées : eau minérale, eau distillée, eau du robinet froide ou tiède. Ne pas sucrer l eau car le chat ne n est pas sensible au goût sucré (récepteur Tas 1r2 défectueux) (Li et coll, 2006) Aromatiser l eau ou ajouter des cubes de glace aromatisés au jus de thon ou au jus de palourde. Certains fabricants fournissent différents arômes à ajouter à l eau de boisson pour encourager la consommation d eau. Certains chats préfèrent s abreuver boire l eau courante: des fontaines à eau pour chats existent. Il est important de maintenir la nourriture et l eau loin de la litière. Le bol contenant l eau doit être propre : les chats ont un sens aigu des odeurs et sont vite dégoûtés par les odeurs dégagés par les bords du bol. Certains chats préfèrent un bol transparent en verre, d autres en métal ou en céramique. Certains chats n aiment pas partager leur bol (surtout avec des chiens). TABLEAU 9 - LES ALIMENTS PEU DIGESTIBLES SONT ASSOCIÉS À UNE AUGMENTATION DES PERTES FÉCALES EN EAU (données internes du Waltham Centre of Pet Nutrition) > Traitement général Stimulation de la diurèse Aliment A Aliment B Digestibilité 79.5 % 50.6 % Pertes fécales en eau (par 1000 kcal) 89 g 330 g Le moyen le plus simple de diminuer la saturation urinaire est d augmenter le volume urinaire. Promouvoir la diurèse est donc un des traitements les plus efficaces pour toutes les causes d. Une urine concentrée est un facteur de risque d urolithiase. En revanche, un important volume urinaire diminue le risque de formation de calcul en augmentant la fréquence de miction, permettant ainsi l expulsion de tous les cristaux libres, du matériel protéinacé et des débris du tractus urinaire. De plus, la dilution et l augmentation du flux urinaire facilitent le traitement des urolithiases et des bouchons urétraux félins puisqu elles diminuent la concentration urinaire en substances lithogènes et réduisent le temps disponible pour la formation de cristaux ou calculs. Pour stimuler la diurèse il faut encourager le chat à boire (Tableau 7). Les chats qui reçoivent un aliment sec standard consomment moins d eau, urinent moins fréquemment et produisent une urine moins volumineuse mais plus concentrée que les chats consommant un aliment humide (Burger et coll, 1980). Plusieurs moyens permettent d augmenter la consommation d eau: distribuer un aliment contenant 70 à 85 % d humidité (aliment en conserve), augmenter la fréquence des repas quotidiens, ajouter du chlorure de sodium dans l alimentation ou mélanger l aliment avec de l eau (Dumon et coll, 1999). La consommation d eau par un chat est significativement influencée par le nombre de repas quotidiens. Kirschvink et coll (2005) décrivent qu elle passe de 72 ml/chat/jour à 95 ml/chat/jour lorsque la ration est fractionnée en trois repas au lieu d une distribution unique (Tableau 8). 298 La digestibilité de l aliment influence aussi la quantité d eau présente dans l urine: un aliment peu digestible est associé à une perte d eau fécale plus élevée (Tableau 9). L eau excrétée dans les fèces diminue la part de l eau absorbée qui est éliminée par voie urinaire. Plus l urine est concentrée, plus le risque d urolithiase augmente. Un chat atteint d doit donc recevoir un aliment hyperdigestible pour minimiser les pertes d eau fécales.

16 FIGURE 21 - INFLUENCE DE LA TENEUR EN SODIUM DE L ALIMENTATION SUR LA CONSOMMATION QUOTIDIENNE MOYENNE D EAU ET SUR LE VOLUME URINAIRE DES CHATS D après Hawthorne & Markwell, 2004 ml/chat/jour Quantité d eau absorbée Na < 1,75g/1000 kcal Na: 2,75-4g/1000 kcal Volume d urine Les chats reçoivent un aliment contenant moins de 1,75 g sodium /1000 kcal ou entre 2,75 et 4,0 g sodium /1000 kcal. L augmentation de la teneur en sodium de l alimentation entraîne une augmentation significative (p<0.001) de consommation d eau et du volume urinaire. USG FIGURE 22 - INFLUENCE DE LA TENEUR EN SODIUM DE L ALIMENTATION SUR LA DENSITÉ URINAIRE QUOTIDIENNE MOYENNE DES CHATS D après Hawthorne & Markwell, ,056 1,054 1,052 1,05 1,048 1,046 1,044 1,042 1,04 Na < 1,75g/1000 kcal Na: 2,75-4g/1000 kcal Les chats reçoivent un aliment contenant moins de 1,75 g sodium /1000 kcal ou entre 2,75 et 4,0 g sodium /1000 kcal. L augmentation de la teneur en sodium entraîne une diminution significative (p = 0.003) de la densité urinaire. 5 - Maladies spécifiques L augmentation de la teneur en sodium de l aliment augmente la consommation hydrique et favorise la dilution urinaire chez le chat. L efficacité de cet enrichissement alimentaire en sodium pour augmenter le volume urinaire est clairement démontrée par une étude de Biourge et coll (2001). Des chats sains recevant 1,1 g de NaCl/1000 kcal ont un volume urinaire moyen de 11 ± 5 ml/kg/jour. Lorsque le sodium alimentaire passe à 2,5 g NaCl/1000 kcal, le volume urinaire augmente de manière significative et atteint 20 ± 7 ml/kg/jour. Effet du sodium alimentaire sur l excrétion urinaire du calcium L utilisation du chlorure de sodium pour stimuler la soif et la diurèse a longtemps fait l objet de débats à propos de l impact de cette mesure sur l excrétion du calcium urinaire, la pression sanguine et les maladies rénales (Osborne et coll, 2000). Cependant, les résultats des études récentes sont en faveur d une augmentation modérée du sodium dans l alimentation des chats présentant un risque d urolithiase. Les études de Devois et coll (2000a, b) montrent que chez le chat, passer d un niveau alimentaire de 0,30-0,39 % de sodium sur matière sèche (MS) à 1,04 % entraîne une augmentation de la diurèse et de l excrétion du calcium dans les 24 heures. Bien que l augmentation de l apport alimentaire de sodium conduise effectivement à une excrétion de calcium accrue, elle n entraîne cependant pas d augmentation de la concentration urinaire en calcium, du fait de l augmentation concomitante du volume urinaire. De plus, une diminution significative du RSS de l oxalate est constatée. Grâce à la stimulation de la diurèse, le risque de formation de calculs d oxalate de calcium n est donc pas plus élevé. Les résultats de cette étude sont confirmés par des études épidémiologiques qui montrent que les aliments contenant entre 1,43 et 3,70 g de chlorure de sodium/1000 kcal présentent moins de risque de formation de calculs d oxalate de calcium que des aliments qui en contiennent entre 0,48 et 0,77 g/1000 kcal (Lekcharoensuk et coll, 2001b). FIGURE 23 - INFLUENCE DE LA TENEUR EN SODIUM DE L ALIMENTATION SUR LE RSS MOYEN DE L OXALATE DE CALCIUM CHEZ LES CHATS D après Hawthorne & Markwell, 2004 Na < 1,75g/1000 kcal Na: 2,75-4g/1000 kcal Calcium oxalate RSS 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 Les chats reçoivent un aliment contenant moins de 1,75 g sodium /1000 kcal ou entre 2,75 et 4,0 g sodium /1000 kcal. L augmentation de la teneur en sodium de l alimentation entraîne une diminution significative du RSS de l oxalate de calcium. Hawthorne et Markwell (2004) évaluent l effet de la teneur en sodium de 23 aliments du commerce sur la consommation d eau et la composition de l urine de 55 chats adultes en bonne santé. Les chats recevant les aliments présentant une teneur plus élevée en sodium boivent plus, ont un volume urinaire significativement augmenté (Figure 21), une densité urinaire significativement diminuée (Figure 22) et des valeurs plus faibles de RSS pour l oxalate de calcium (Figure 23) par rapport aux chats qui consomment des aliments à faible teneur en sodium. Les concentrations urinaires en calcium ne diffèrent pas 299

17 5 - Maladies spécifiques FIGURE 24 - UN ENRICHISSEMENT MODÉRÉ EN SODIUM DE L ALIMENT PERMET DE RÉDUIRE EFFICACEMENT LE RSS VIS-À-VIS DES STRUVITES CHEZ LE CHAT EN BONNE SANTÉ Centre de Recherche Royal Canin 2005; données internes collectées sur une période de 2 ans Aliment sec Aliment humide 10 8 FIGURE 25 - RELATION ENTRE LA TENEUR ALIMENTAIRE EN SODIUM ET LE RSS DE L OXALATE DE CALCIUM CHEZ LE CHAT EN BONNE SANTÉ Biourge, Na < 0,5 % Na > 0,5 % Aliment sec Aliment humide 8 16 RSS struvite RSS oxalate de calcium produit de formation produit de solubilité 0 0,0 0,5 1,0 1,5 Teneur alimentaire en sodium (% MS) 0 0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 Teneur alimentaire en sodium (% MS) Données individuelles enregistrées avec 125 aliments différents distribués à un groupe de 7 chats. Chaque point correspond à un chat et un aliment particuliers. L enrichissement modéré en sodium de l aliment permet de réduire efficacement le RSS de l oxalate de calcium chez le chat en bonne santé. de manière significative entre les deux groupes de chats. Les résultats de cette étude montrent qu une concentration alimentaire en sodium jusqu à 4 g/1000 kcal n augmente pas la concentration urinaire en calcium chez le chat, mais permet en revanche d accroître la consommation d eau et le volume urinaire par rapport à des chats consommant un aliment contenant moins de 1,75 g sodium/1000 kcal. Zu et coll (2006) ont évalué les effets du taux de sodium de l aliment sur la prise d eau, le volume urinaire, la densité urinaire, l excrétion minérale, le RSS et le produits d activité de l oxalate de calcium et des struvites chez 9 chats en bonne santé. L augmentation du taux de sodium de 0,4 à 1,2 % sur MS est associée à une augmentation significative du volume urinaire, sans élévation parallèle de l excrétion du calcium chez ces chats. Effets du sodium alimentaire sur les valeurs du RSS urinaire L effet d un aliment sur le potentiel de cristallisation de l urine peut être étudié à partir de la mesure du RSS chez le chat (Markwell et coll, 1999b; Robertson, 2002). Des études confirment que l augmentation de la consommation de sodium diminue de manière significative le RSS vis-à-vis à la fois des struvites et de l oxalate de calcium chez le chat en bonne santé (Figures 24 et 25) (Tournier et coll, 2006a; Zu et coll, 2006). Tournier et coll (2006a) ont comparé l influence de 11 aliments secs extrudés, avec un taux de sodium de 0,44% à 1,56 % de MS, sur la composition urinaire de chats en bonne santé. Une corrélation linéaire significative est mise en évidence entre le sodium alimentaire et le RSS de l oxalate de calcium: lorsque le taux de sodium de l aliment augmente, le RSS de l oxalate de calcium diminue chez les chats, grâce à l augmentation du volume urinaire et de la dilution des urines. L augmentation de la teneur en eau de l aliment permet également de faire baisser le RSS de l oxalate de calcium chez des chats prédisposés à l urolithiase (Lulich et coll, 2004). Effets du sodium alimentaire sur la pression artérielle et la fonction rénale Comme chez l homme, l influence à long terme d une augmentation de la teneur en chlorure de sodium de l aliment (1,75 à 3,25 g/1000 kcal) sur la santé des chats est controversée. Les niveaux qui stimulent la diurèse ne semblent pourtant pas perturber la pression artérielle chez le chat en bonne santé, ni chez les chats présentant une maladie rénale débutante ou chez les modèles félins d insuffisance rénale 300

18 FIGURE 26 - INFLUENCE DE LA TENEUR ALIMENTAIRE EN CHLORURE DE SODIUM SUR LA PRESSION ARTÉRIELLE SYSTOLIQUE CHEZ LE CHAT ADULTE EN BONNE SANTÉ Données d après Luckschander et coll, 2004 Pression artérielle moyenne (mm Hg/chat/jour) 160 Régime enrichi 140 en sodium : 0,91% Na sur 120 matière sèche ère période 2 e période Régime témoin : 0,43% Na sur matière sèche Solubilité des cristaux FIGURE 27 - SOLUBILITÉ ET PH URINAIRE Communication personnelle du Dr WG Robertson Élevée Basse ph urinaire Struvite Urate d'ammonium Oxalate de calcium Phosphate de calcium Cystine 5 - Maladies spécifiques Étude en cross over : 10 chats sains européens (4 mâles + 6 femelles; 2,6 ± 0,5 ans; 4,50 ± 0,89 kg) reçoivent chaque aliment à tour de rôle pendant une période de 14 jours. Les aliments contiennent respectivement 0,46% (aliment témoin) et 1,02% (aliment étudié) de sodium sur matière sèche. La pression artérielle systolique n est pas modifiée par la transition alimentaire. Le ph urinaire influence nettement la solubilité de certains cristaux et calculs. Les cristaux de struvite sont sensibles aux variations du ph urinaire. L acidification de l urine augmente la solubilité des cristaux de struvite, réduisant ainsi le risque d urolithiase. En revanche, les cristaux d oxalate de calcium sont peu sensibles au ph. (Buranakarl et coll, 2004; Luckschander et coll, 2004; Cowgill et coll, 2007). De plus, selon des données épidémiologiques, un aliment comportant un taux élevé de sodium (parmi d autres nutriments) diminuerait le risque relatif d insuffisance rénale chronique chez le chat (Hughes et coll, 2002). Lorsque de jeunes chats en bonne santé reçoivent pendant 14 jours un aliment enrichi en sodium (1,02% au lieu de 0,46 % sur MS), la consommation d eau augmente et la densité urinaire diminue significativement mais la pression artérielle systolique n est pas modifiée (Figure 26). Les mesures restent dans les limites des valeurs usuelles pendant toute la durée de l étude (Luckschander et coll, 2004). Ces résultats suggèrent qu un aliment suffisamment enrichi en sel pour stimuler le métabolisme hydrique n a pas d effet néfaste sur la pression artérielle systolique de jeunes chats en bonne santé. Cowgill et coll (2006) ont évalué les effets de la concentration alimentaire en sodium sur la fonction rénale de chats adultes recevant un aliment contenant 0,22 % ou 1,3% de sodium. Aucune différence due au régime n est notée à propos de la créatininémie, de l urémie ou du débit de filtration glomérulaire (DFG, déterminé par la clairance de la créatinine plasmatique exogène pendant 10 heures). Ces données suggèrent que la fonction rénale des chats en bonne santé n est pas modifiée par des différences importantes de concentration en sodium dans l aliment. Buranakarl et coll (2004) ont étudié l influence de la quantité de sel ingéré sur la pression artérielle de chats atteints d insuffisance rénale induite, équivalant aux stades II et III de l IRIS. La pression artérielle n a pas varié en fonction de la quantité de sodium ingérée. De plus, le taux le plus faible de sel a été associé avec des valeurs plus basses de DFG, avec une fuite urinaire de potassium et avec l activation du système rénine-angiotensine-aldostérone. Les résultats de cette étude suggèrent que le chat insuffisant rénal n est pas plus sensible que le chat en bonne santé sau niveau de sel de son alimentation. Ajuster le ph urinaire Agir sur le ph urinaire, via l alimentation ou un traitement médical, peut s avérer très efficace pour traiter certaines urolithiases, mais pas toutes (Figure 27). L acidification des urines augmente de façon nette la solubilité des struvites; c est une condition essentielle de leur dissolution (Stevenson et coll, 2000; Smith et coll, 2001). À l inverse, l alcalinisation des urines permet d augmenter la solubilité de 301

19 5 - Maladies spécifiques certains calculs d urate et et des calculs de cystine. L alcalinisation au delà de 7,5 n est cependant pas recommandée car elle peut favoriser la formation de calculs de phosphates de calcium. Quant aux calculs d oxalate de calcium, ils se forment indépendamment du ph urinaire et leur dissolution médicale est actuellement impossible. Les effets du ph urinaire sur la formation des différents types de cristaux seront discutés avec le traitement ou la prévention de chaque type d urolithiase. > Calculs de struvite : aspects particuliers Facteurs de risque Contrairement à ce qui s observe chez le chien, la majorité des calculs félins de struvite (ou phosphates ammoniaco-magnésiens hexahydratés: Mg NH 4 P0 4 6H 2 0) sont stériles (Buffington et coll, 1997; Lekcharoensuk et coll, 2000; 2001a; Cannon et coll, 2007). Les calculs de struvite se forment lorsque l urine devient sursaturée en magnésium et phosphates, en présence d un ph urinaire supérieur à 6,5. En-dessous de ce niveau, les cristaux de struvite sont solubles et la cristallisation devient improbable lorsque le ph est inférieur à 6,3. Le ph urinaire est cependant moins important quand l'aliment favorise la diurèse et la dilution urinaire comme c'est le cas avec les aliments humides (Figure 28). RSS struvite FIGURE 28 - CORRÉLATION ENTRE LE PH URINAIRE ET LE RSS DES STRUVITES CHEZ LE CHAT Centre de Recherche Royal Canin 2005; données internes collectées sur une période de 2 ans Aliment sec Aliment humide 0 5 5,5 6 6,5 7 7,5 8 ph Données individuelles enregistrées avec 125 aliments différents distribués à un groupe de chats. Chaque point correspond à un chat et un aliment particuliers. Plus l urine est alcaline, plus le risque de formation de struvite est élevé. TABLEAU 10 - LE RISQUE DE FORMATION DE STRUVITE DÉPEND DU PH URINAIRE ET DE LA FORME DU MAGNÉSIUM D après Buffington et coll, 1990 Aliment de base 0,05% Mg Aliment contenant du MgCl 2 0,5% Mg ph 7,2 ± 0,3 5,8 ± 0,1 7,9 ± 0,3 Magnésium (mmol) Aliment contenant du MgO 0,5% Mg 7,3 ± 2,8 53,1 ± 16,3 49,1 ± 14,4 Calcium (mmol) 4,7 ± 1,5 15,5 ± 8,2 8,1 ± 3,6 RSS struvite 24,7 0,7 87,1 RSS oxalate de calcium 41,3 12,8 8,6 Une étude contrôlée montre que le risque de formation de calculs de struvite augmente si l alimentation est riche en magnésium, en phosphore, en calcium, en chlore et en fibres, contient un niveau modéré de protéines et peu de matières grasses (Lekcharoensuk et coll, 2001b). Magnésium Les aliments contenant 0,15 à 1,0% de magnésium sur MS sont associés à un risque accru de formation de calculs de struvite (Lekcharoensuk et coll, 2001b). Cependant, les effets du magnésium dépendent de sa forme chimique et surtout du ph urinaire environnant (Tarttelin, 1987; Buffington et coll, 1990; Reed et coll, 2000a). Buffington et coll. (1990) notent que des chats nourris avec un aliment contenant 0,5 % de magnésium sous forme de MgCl 2 ne forment pas de calculs de struvite alors que 0,5 % de magnésium sous forme de MgO dans l aliment constitue un facteur de risque (Tableau 10). La différence est due au fait que l oxyde de magnésium a un effet alcalinisant alors que le chlorure de magnésium est un agent acidifiant, favorable à la prévention de l apparition de cristaux de struvite. Phosphore Les chats recevant un régime riche en phosphore (3,17-4,70 g/1000 kcal) ont au moins quatre fois plus de chances de développer des calculs de struvite par rapport aux chats recevant un aliment contenant entre 0,85 et 1,76 g de phosphore/1000 kcal (Lekcharoensuk et coll, 2001b). Une consommation alimentaire importante de phosphore augmente son excrétion urinaire et favorise la sursaturation de l urine en magnésium, ammoniaque et phosphates (Finco et coll, 1989). Traitement Éliminer l infection urinaire Bien que peu fréquents, les calculs de struvite secondaires à une infection urinaire nécessitent d associer un traitement antimicrobien à la mise en place d un régime alimentaire cal- 302

20 5 - Maladies spécifiques D. Houston D. Houston Figure 29A - Radiographie de profil de l abdomen d un chat à urolithiase. La flèche indique un calcul unique de grande taille. Figure 29B - Radiographie du même chat quatre semaines après la mise en place d un aliment calculolytique. Le calcul observé sur la photo précédente (Figure 29A ) est complètement dissous. culolytique pour être dissous (voir plus bas). Le choix de l antibiotique doit se faire d après les résultats de l antibiogramme réalisé sur une urine obtenue par cystocentèse. L antibiothérapie doit être maintenue un mois après la disparition des calculs à la radiographie, puisque des bactéries viables peuvent persister dans des calculs non détectables à l examen, car trop petits ou radiotransparents. Régime calculolytique pour dissoudre les calculs de struvite Les calculs purs de struvite peuvent être dissous grâce à l administration d un aliment entraînant une augmentation du volume urinaire et un ph urinaire inférieur à 6,3 (Osborne et coll, 1990a; Houston et coll, 2004). Le taux de magnésium dans l aliment doit être contrôlé et le RSS de l aliment doit être inférieur à 1 (zone insaturée). L aliment doit contenir un niveau de sodium suffisant pour stimuler la consommation d eau et entraîner la formation d une urine diluée. Les calculs de struvite stériles ne nécessitent pas d antibiothérapie. Figure 30 - Calculs de struvite retirés de la vessie d un chat Formes rondes ou discoïdales typiques. Andrew Moore, CVUC, Guelph, Ontario, Canada Dès 1990, un régime calculolytique capable de faire se dissoudre les calculs de struvite est décrit: il s agit d un aliment en conserve, pauvre en magnésium, acidifiant et supplémenté en sel (Osborne et coll, 1990a). Plus récemment, Houston et coll (2004) ont mis en évidence l efficacité du régime alimentaire pour la dissolution des calculs de struvite chez 30 chats: un aliment à teneur modérée en magnésium, acidifiant et dont le RSS est inférieur à 1 permet d obtenir la dissolution des calculs de struvite en 26 jours en moyenne avec la forme humide et 34 jours avec la forme extrudée (Figure 29). Il est recommandé de continuer à distribuer le régime calculolytique pendant un mois après la dissolution radiographique des struvites. Si le calcul ne se dissout pas, il est possible qu il s agisse d un autre type de calcul ou d un calcul mixte. Prévention des récidives Le taux de récidive pour les calculs de struvite est d environ 2,7 % dans un délai moyen de 20 mois (Albasan et coll, 2006). Suite à la dissolution ou à l éxérèse des calculs de struvite (Figures 30 et 31), une prescription diététique est nécessaire pour prévenir les récidives. Le RSS de l aliment doit se situer dans la zone insaturée ou métastable, le ph urinaire doit être inférieur à 6,5 et l aliment doit encourager la diurèse soit par une teneur en eau élevée (aliment en conserve) soit grâce à une supplémentation en chlorure de sodium. Figure 31 - Exemples de la variabilité d aspect des calculs de struvite chez le chat. : Andrew Moore, CVUC, Guelph, Ontario, Canada Traitement médical Les agents acidifiant l urine, comme le chlorure d ammonium ou la DL méthionine ne sont pas indispensables lorsque le régime alimentaire est déjà acidifiant. 303

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