Poétique de Bas Boettcher, Lieux Communs et Place Publique

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1 Université de Rennes 2 Haute Bretagne UFR d Arts, Lettres et Communication Département de Lettres Université Friedrich Alexander d Erlangen-Nuernberg Départements de Sciences de l Education, d Etudes Germaniques et d Etudes Romaines Poétique de Bas Boettcher, Lieux Communs et Place Publique Mémoire préparé par Adrienne Ferré (numéro d étudiant Rennes 2 : ) sous la direction de Daniel Riou, Maître de Conférence, Enseignant-Chercheur en Littérature Française à l université de Rennes 2.

2 «Personne n'est tenu d'écouter le poète. C'est à celui-ci de communiquer avec efficacité, art et sincérité afin d'obtenir l'attention du public». Marc Smith, Et alors? 2

3 Poétique de Bas Boettcher, Lieux Communs et Place Publique. Plan du mémoire : Introduction 1. Lieux communs pour un art populaire A. Accès illimité : un discours pour le grand public a) Les réseaux de diffusion : l accessibilité actuelle de l œuvre b) Le système de références : l'accessibilité potentielle de l œuvre c) Soutien du narratif et exigence du narrateur : cohérence des ambitions poétiques B. Mission et Emission : enjeux d une poésie itinérante a) Le tour du monde en 180 jours b) Renouer avec la poésie des origines c) Artiste envoyé, artiste en voyage d) Un médiateur culturel C. Art sur mesure : une littérature aux frontières de la musique, portée par sa parenté avec la culture populaire du hip hop a) La culture Hip Hop et le Rap, l énergie sonore d une période dépassée b) Liberté en carré, liberté au carré : la richesse d un héritage c) Evolution du rôle de la musique dans l œuvre au fil du temps Transition: quelles implications quant à la construction de la figure de l artiste? 2. Lieux communs et communauté littéraire A. Un regard de poète : la distance de la réflexion et du jugement critique a) Une mise en perspective b) Hybridation et fabrique des discours c) Enjeux formels B. Du Slam à la performance, le dessin d une figure d artiste 3

4 a) La scène slam allemande b) De Challenger à Invité de la scène Slam, une évolution qui fait sens c) Formation de l extérieur et formation de l intérieur C. Aux marges du champ littéraire a) Un positionnement clair dans le champ littéraire b) Mais le refus d une posture «avant gardiste» c) Un statut pas encore tout à fait clair : le poète comme artisan inspiré Transition: enjeux de cette construction/déconstruction de la figure de l artiste? 3. Lieux communs pour une Place Publique A. Création et circulation : de l accessibilité à la provocation a) Les grandes figures de la circulation littéraire b) La théorie des «canaux» : pour une circulation lyrique sous toutes ses formes c) Le problème de la censure B. Rendre l éclat sonore de la poésie : Créer des médias qui portent ce projet de provocation chacun à leur manière. a) Les clips poétiques et le DVD-Vidéo Poetry Clips Vol.1 : la force de l alliance entre «le texte l image et le son» b) Megaherz : lecture et «irruptions lyriques», suggestions sonores c) La Textbox, le corps et la voix ou l intensité d une présence C. Le sens d un engagement : de l espace social à la place publique a) Un engagement apolitique b) L art comme lien social? c) Place publique : espace commun et recherche individuelle Conclusion Remerciements Bibliographie 4

5 Introduction Bastian Boettcher est un jeune poète allemand qui réside à Berlin. Il a étudié les médias à l université du Bauhaus de Weimar (Allemagne), tout en écrivant des textes pour son groupe de musique Hip Hop Zentrifugal avec le DJ italien Loris Negro. Très rapidement après la formation du groupe en 1993 Bastian Boettcher a alors à peine vingt ans l artiste cultive des affinités avec la scène Slam américaine et participe activement à la fondation de la scène allemande, aux côté de Wolf Hogekamp notamment. De la «Rappoésie» des débuts aux pratiques de Slam qui tirent désormais vers la Performance, Bastian Boettcher demande qu on écoute ses textes comme des poésies. Dans mon mémoire, je voudrais montrer comment l œuvre de Bastian Boettcher se déplace sur les frontières du genre poétique dans lequel il inscrit toujours ses œuvres pour provoquer l écoute et permettre la circulation de la poésie dans l espace social. Car c est bien de littérature que s occupe le poète Berlinois, lorsqu il travaille le discours public dans le sens d un engagement personnel en poésie. C est bien en s occupant de mots que Bastian Boettcher se confronte à des réalités sociales, et c est donc bien une démarche littéraire que je m attache à apprécier dans ce mémoire, car même si la poésie de Bastian Boettcher peut être qualifiée d orale, c est une poésie qui travaille la langue et qui existe sous forme de textes qui sont dits certes, mais qui aussi existent par écrit avant que d être dits. Et sans doute pour le dire avec l artiste les textes sont en un sens «inachevés» tant qu ils n ont pas encore rencontré le public, mais ils n en restent pas moins des textes qui proposent un travail, suggèrent un point de vue, bref, des pièces susceptibles d être lues dans l espace littéraire, des pièces qui peuvent être étudiées dans une perspective littéraire. De ces textes qui une fois écrits ne trouveront leur achèvement que dans la rencontre avec le spectateur, on peut souligner les intentions, décrire les processus d écriture, expliciter les références, observer les effets de sens et donner les lignes interprétatives. Ces textes sont tous en allemands, selon les cas, je propose une traduction dans le corps de texte, accompagnée de la version originale en note de bas de page (dans la plupart des cas), ou inversement, la version originale en corps de texte et la traduction en note de bas 5

6 de page. En ce qui concerne les textes en allemand sur lesquels je m appuie, mais qui ne sont pas de la main de l auteur, j ai choisi de faire toujours figurer la traduction en corps de texte et la version originale en bas de page pour faciliter la lecture. Les traductions que je propose sont évidemment améliorables. Je propose toujours des traductions qui privilégient la fidélité à la version allemande et non le niveau de langue de la version française obtenue. C est un choix discutable, car le travail significatif mené par l artiste sur le matériau signifiant se trouve gommé de la version française au profit de la proximité lexicale. Je fais ce choix car je présente un mémoire de Lettres Modernes et pas un mémoire d Allemand. Lorsqu il m a semblé opportun de souligner le travail du signifiant, j ai placé le texte original en corps de texte et je l ai commenté en prenant soin d expliciter les termes allemands un par un. Si j avais adopté ce principe pour chaque texte, la rédaction s en serait trouvée alourdie parfois sans nécessité : il m arrive en effet de convoquer des textes pour faire état de récurrences thématiques, ou pour en souligner la structure. Dans ces cas-là, même si une étude littéraire est évidemment possible par ailleurs, présenter la version allemande en corps de texte ne sert pas mon propos et le complique inutilement. Cependant, la version originale est bien entendue toujours présente en note de bas de page pour les germanistes. Outre les difficultés liées à la langue, il existe des difficultés liées à la distance culturelle. Je consacre parfois un paragraphe entier à la présentation d un mouvement culturel dont la connaissance est nécessaire à l appréciation du travail de l artiste. Je mets également des notes de bas de pages à chaque fois qu un mot, une expression faisant allusion à un élément de culture allemande doit être éclairé pour la bonne compréhension du texte et de l explication que j en propose. Pour le lecteur français, la distance par rapport à l œuvre «étrangère» se trouve compensée par la proximité temporelle : Bastian Boettcher est un auteur contemporain, et les problématiques abordées par ses textes ne sont en dernier ressort pas tellement éloignées de celles que pourrait mettre en œuvre un auteur français. C est aussi un objectif que je me fixe, que d apprécier au plus juste la part d altérité culturelle pour mieux saisir, par ailleurs, les proximités qui rapprochent cette œuvre allemande du public français. Bastian Böttcher est un artiste en déplacement. Un créateur qui tient le pari de la présence, pour réussir celui de la présentation de ses œuvres. Car représenter une œuvre, c est prendre place dans un endroit pour y donner à sentir une œuvre dans toute sa vivacité et sa richesse. L artiste se déplace ainsi régulièrement, et destine son œuvre avant tout à la scène, et non à la publication livresque. Ces déplacements géographiques sont des motifs 6

7 présents dans les poèmes et bien plus, ils se font impératif poétique ; dans la poésie de l artiste de Berlin Kreuzberg en effet, tout est déplacement : déplacement de manières scripturales empruntées à divers discours et replacées en contexte textuel, mises en voix et en vie au fil des voyages, sur une scène éphémère. Déplacement encore, concernant les représentations traditionnelles de la figure du poète, dont la parole devient parfois, le temps d un contrat, matière première pour «machine à poème sportifs». Pour Bastian Boettcher, il s agit aussi de se déplacer dans des cadres institutionnels, de se mouvoir dans une société, aux frontières des idées reçues, des domaines d expressions établis, et surtout aux frontières du statut d auteur tel qu il est construit par un héritage historique à la fois institutionnel et esthétique. Artiste en déplacement, Bastian Boettcher accorde une attention toute particulière à la diversité des lieux qu il arpente. Il s engage en poésie pour un art du lieu commun, un art du topos et de l énumération consumériste, un art qui accueille de très nombreuses références aux éléments d un quotidien des plus prosaïque. Le lieu commun est une place littéraire, une place faite de mots, où le lectorat se retrouve, c'est-à-dire où il peut s orienter, où il a pris ses marques et où il se reconnaît, mais aussi où il trouve quelque chose qui correspond à ses attentes c est bien en effet le sens figuré de cette expression «je m y retrouve» : l effort que j ai fourni en valait la peine. Mais le lieu commun ce n est pas seulement l endroit littéraire. C est aussi, au sens propre, le lieu que tous partagent. Le lieu de la rencontre, celui de la sociabilité, c'est-à-dire la place publique. Autrement dit, de la place littéraire à la place publique, il n y a peut-être pas si loin, ou plutôt, la littérature du lieu commun littéraire est aussi une littérature qui interroge la place de la poésie dans l espace commun social. Si en effet le lectorat «se retrouve» dans la poésie, ce pourrait être alors en dernier lieu parce qu il «s y rencontre», et qu il y perçoit ce qui lui donne son unité de communauté. Or il n est pas évident que cette rencontre du lectorat avec lui-même ait lieu dans la poésie de Bastian Boettcher ; et même, il n est pas certain qu elle constitue un but que se fixe le poète : la poésie n a peut-être pas le devoir de prendre cette place de «ciment social», d alternative au politique. Ainsi l instance qui «se rencontre», ou à laquelle, du moins, l œuvre s adresse, est en réalité moins chez Bastian Boettcher celle, collective, du lectorat que celle, individuelle, du lecteur. Je voudrais montrer que cet art populaire du quotidien, colporté par un artiste en déplacement, vit dans une dynamique de construction/déconstruction du sens commun et des codes de la vie en société, dynamique qui puise son énergie dans la rencontre de l œuvre et du spectateur. 7

8 Bastian Boettcher pratique un art populaire ; il choisit un système de diffusion et de référence accessible au plus grand nombre, se déplace pour présenter lui-même ses textes, et leur confère l élan énergique de la culture Hip Hop. Après avoir pris le temps de faire état de cette première appréciation de l œuvre, je prends en compte le fait que travailler dans cette direction, c est accepter de se placer à la frontière entre culture sérieuse et culture divertissante, et c est donc mener le travail de questionnement et de construction de l instance poétique énonciatrice. Bastian Boettcher, et ce sera l objet du deuxième temps de mon mémoire que de le montrer, prend pour mener ce questionnement la distance de la réflexion et du jugement critique ; il s achemine, dans sa trajectoire professionnelle, vers une figure d artiste, et non plus de slameur, et se place aux marges du champ social de la création littéraire, où se joue la construction d une figure de poète à la fois personnelle et en évolution. Je montrerai dans un troisième moment que les enjeux de la construction de cette nouvelle figure d artiste sont d ordre avant tout esthétique : il s agit de provoquer l écoute, et pas seulement de la permettre, de redonner à la poésie tout son éclat sonore par le développement de nouvelles formes médiatiques. Reste alors à interroger la dimension politique et sociale d un engagement, sur laquelle l artiste n aime pas à se prononcer. 8

9 Première partie Lieux communs pour un art populaire L univers poétique de Bas Boettcher est singulier et personnel. La touche propre de l artiste se lit dans les couleurs de l écriture, la richesse de ses sonorités, telle que l apprécie Nicole Colin, lectrice pour le DAAD 1 et l université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle : «Je qualifierais les prestations de Bas Böttcher de «Lectures scéniques». Je trouve que ses poèmes sont tout à fait appropriés pour travailler sur la littérature et la poésie allemande avec des élèves étrangers, parce que sa façon de travailler la langue allemande est vraiment créative, poétique et en même temps intelligente. Cela tient aussi à la façon dont il déclame ses poèmes : grâce au rythme et aux harmonies imitatives de ses textes, même ceux qui peut-être ne peuvent pas tout suivre du point de vue de la langue le comprennent. [ ] Bas Böttcher fait ce que l on aime toujours faire soi-même : enthousiasmer les élèves pour la langue allemande, les émouvoir» 2. Et pourtant, cette œuvre si personnelle et singulière est en même temps un univers qui accueille beaucoup d éléments du quotidien, se réfère à des structures de la société contemporaine, convoque donc tout un ensemble de «lieux communs», c'est-à-dire un ensemble de figures, de motifs, de références communes dans un espace donné. C est une œuvre qui ne demande donc pas à son destinataire de se transporter vers un univers de fiction autonome, éloigné du vécu personnel du spectateur. Une approche relativement facile est par là ménagée aux compatriotes contemporains. Cette particularité est en revanche un élément de difficulté pour le public francophone par exemple : un univers fictionnel plus autonome serait un univers en même temps plus 1 Le DAAD (Deutsche Akademische Austauschdienst) est le service d échanges académiques allemand. Il finance à Berlin un programme très connu d Artistes en résidence le «Programme des artistes berlinois». De lui dépend depuis un certain temps un programme «d écrivains en résidence» en Angleterre, auprès duquel les universités souhaitant inviter des écrivains allemands pour quelques semaines peuvent se manifester. Le DAAD octroie un financement de base lorsque l écrivain se déclare prêt à donner des cours et à mettre en place des ateliers avec les étudiants. Le mari de Nicole Colin, Joachim Umlauf, a œuvré pour établir ce programme en France. C est dans le cadre de cette initiative, que Nicole Colin a invité Bas Böttcher à effectuer une résidence à Paris, en partenariat avec la Maison des Ecrivains de Paris, la Maison Heinrich Heine et l Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle. 2 Ich würde die Auftritte von Bas Böttcher als "Szenische Lesungen" beschreiben. Ich finde, seine Gedichte eignen sich hervorragend, um mit ausländischen Studenten über deutsche Literatur und Posie zu arbeiten, da seine Art mit der deutschen Sprache umzugehen wirklich kreativ, poetisch und gleichzeitig intelligent ist. Das liegt aber auch an der Weise, wie er seine Gedichte vorträgt: Dank der Lautmalerei und des Rhythmus seiner Texte verstehen ihn selbst diejenigen, die vielleicht sprachlich nicht immer folgen können. [ ]Bas Böttcher macht das, was man selber immer gerne täte: Die Studenten für die die deutsche Sprache auch emotional zu begeistern, in interview de Madame Nicole Colin, anciennement lectrice au DAAD et à l université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle, actuellement professeur à l Université Bielefeld (Allemagne), dans les départements de Linguistique et de Sciences de la Littérature. Interview portant sur la Résidence d Artiste de Bas Böttcher à la Sorbonne Nouvelle, réalisée par , reçue le 8 juillet

10 international. Le public de Bas Boettcher est cependant international, même si les références présentes dans l œuvre invitent à distinguer trois niveaux d accessibilité : le public national possède un maximum de clés pour l approche et la compréhension de l œuvre. Celle-ci s adresse aussi à un public européen, et sans doute plus largement euro-américain. Enfin à un public mondial. Ces trois niveaux correspondent à des approches différentes de l œuvre : de l évidence des références culturelles communes au niveau national, à un espace où l on peut chercher des équivalences au niveau des structures de société, des comportements, des biens matériels évoqués par les textes au niveau euroaméricain, à un intérêt pour l exotisme européen soutenu par l efficace ressource de la traduction au niveau mondial. L ensemble des éléments appartenant à la vie quotidienne nationale et présents dans les textes construit un système de référence par lequel l artiste s engage en poésie. Il choisit de pratiquer un art qui se loge au creux du quotidien et de la vie de ses contemporains pour mieux s adresser à tous. Cet engagement pour une adresse à tous est encore visible dans l espace de diffusion de l œuvre, un espace dessiné par la présence de l artiste même, et enfin dans l énergie communicative des textes rythmés et musicaux ; c est est un engagement clair et franc pour un art populaire, c'est-à-dire un art qui s adresse à tous, même si il n atteint pas forcément, pour l instant du moins, un très large public. C. Accès illimité : un discours pour le grand public S adresser à tous, rendre son discours accessible, cela suppose de savoir à qui on parle : qui écoute effectivement, qui en a les moyens, est-ce que le spectre du public-cible ainsi dessiné est cohérent? Par son activité de poète, Bas Boettcher s adresse, naturellement d abord à un public de lettrés. Mais sa voix poétique dessine un public beaucoup plus large. Il y a un public actuel, réel, qui est le public qui effectivement reçoit l œuvre, quelque soit les conditions matérielles de cette réception, et il y a un public potentiel qui est le public auquel l œuvre est accessible. Une œuvre est accessible à un public donné quand celui-ci peut l apprécier avec ses références culturelles propres, augmentées éventuellement de celles de son entourage proche. C'est-à-dire quand ce public a suffisamment d éléments de culture générale pour apprécier le travail d écriture et de réécriture mis en œuvre par un artiste. Mais la grande accessibilité de l œuvre peut aussi s avérer problématique : il lui faut tout à la fois se présenter comme accessible, et c est pourquoi la poésie de Bas Boettcher recourt volontiers au soutien du narratif, accompagnant le travail poétique des mots du déroulement d une narration, d une histoire, mais aussi conserver un haut niveau d exigence poétique. 10

11 Ainsi l accessibilité de l œuvre de Bas Böttcher se laisse-t-elle apprécier au travers de ces trois éléments : les réseaux de diffusion, qui définissent une accessibilité actuelle, le système de référence, qui définit une accessibilité potentielle, et la cohérence du large public auquel l œuvre s adresse. d) Les réseaux de diffusion : l accessibilité actuelle de l œuvre Les réseaux de diffusion de l œuvre permettent d apprécier son accessibilité actuelle, au sens où je l ai définie, comme accessibilité «réelle», en acte. Les réseaux qui diffusent prose et poésie de Bas Boettcher sont extrêmement variés, et permettent donc à un large public de rencontrer son œuvre. Je fais apparaître leur diversité en les présentant un à un. C est l occasion d évoquer les différentes publications de l artiste ainsi que les projets auxquels il a pris part, et de les présenter brièvement pour faciliter la suite de la lecture. A. Les reportages radiophoniques : Bas Boettcher peut donner des interviews, être l invité d émissions de radio. Je cite dans ma bibliographie deux exemples d émissions qui lui sont consacrées, l émission la curiosité suffit sur WDR 5, modérée par Achim Schmitz-Forte, diffusée le 1 er février 2007, et une émission diffusée sur la Deutschlandradio Kultur le 21 mars Il peut aussi être cité dans des reportages comme le reportage réalisé sur la Textbox à l occasion du salon du livre de Frankfort pour le site internet Ce reportage est une interview podcast donnée par Timo Brunke, investi dans le projet de la Textbox. Un projet développé par Bas Boettcher, sur lequel je reviendrai. B. Les articles de journaux : plusieurs articles de journaux dressent des portraits de l artiste. Pour exemple, le portrait Reimend zwischen Benn und Brecht (En rimant entre Benn et Brecht), réalisé par Markus Thönniss pour le journal Die Welt, Feuilleton 3 du Bas Boettcher écrit également ses propres articles. C est une source de revenu et une opportunité de diffusion : les publications dans des journaux, pour lesquels l artiste commente, glose, sont «autant de formes par lesquelles le texte se diffuse» 4. On lit des articles de Bas Boettcher sur son site internet 5. C. Le livre : Le livre publié par Bas Boettcher en 2004 aux éditions Rotbuch Verlag permet une présence en librairie, au rayon «livres de poches». Le livre a été édité avec le label «Roman», ce qui ne correspond pas pourtant à la volonté de l auteur. Dans un mail datant de février 2007, il m écrit : 3 Le «feuilleton» est le feuillet culturel d un journal. Les journaux allemands sont en général une superposition de différents feuillets (alors qu un journal français est, à l inverse, «d un seul tenant»). On y trouve traditionnellement un feuillet pour la politique, un pour l économie, un pour les nouvelles locales, un pour le sport, et un pour la culture, le feuilleton. Dans ce dernier on lit des rapports, des essais, des critiques et des commentaires. 4 Es gibt die Möglichkeit Zeitschriftpublikationen zu schreiben kleine Artikelauftrags zu haben z.b. Kommentaren oder Glossen, das sind einfach so unterschiedliche Form, durch die der Text dann fließen kann, propos recueillis le 24 juillet à Berlin. 5 Cf. la rubrique «Archiv» (archives), sous rubrique «Eigene Artikeln» (mes propres articles). 11

12 «Je l avais [le livre] caractérisé comme «Nouvelle». Le titre de la nouvelle était «Vielflieger» («Grand Voyageur»)» 6. Je reviendrai sur le statut de ce livre ; je m intéresse ici seulement à présenter les réseaux de diffusion. D. Les disques : les espaces de commercialisation des œuvres audiovisuelles diffusent les CD enregistrés par le groupe de Hip Hop Zentrifugal, dont Bas Boettcher a été le chanteur : Album de poésie 7, produit par Indigo en 1996 et Fait ou vérité 8, paru chez Jive-Records en On trouve également, cette fois-ci en librairie, dans le rayon «pièces à écouter» («Hörstücke»), l anthologie acoustique de Stefan Bertschi et Ingo Starz Anna Blume rencontre Zuckmayer 9, CD et livret de présentation, parue aux éditions Der Hörverlag en Enfin les éditeurs Voland & Quist ont pris en charge la diffusion de Ceci n est pas un concert 10, CD et livre, à partir de 2006, disponible en librairie également. E. Le DVD : Le DVD Poetry Clips (Vol. 1) est paru chez Lieblingslied-Records en 2005, il a été conçu par Bas Böttcher, et produit en collaboration avec Wolf Hogekamp, artiste de la scène spokenword allemande 11. Ce DVD est présent dans deux réseaux de commercialisation principaux. Celui des livres (vente en librairie) et celui des produits audiovisuels (présence dans les vidéothèques, les magasins spécialisés et les magasins qui commercialisent des CD). Cette double présence a une dimension artistique, puisque cette production a un «caractère littéraire» qui justifie sa présence dans les librairies et un «format audiovisuel» qui justifie sa présence dans le réseau de diffusion des produits audiovisuels 12. Mais comme le précise l artiste 13, elle a également des raisons économiques : être présent dans ces deux réseaux c est augmenter les opportunités de vente. F. Internet : Internet est un réseau ouvert, accessible à un très large public. Bas Böttcher a construit et gère son site personnel : Il a également écrit et mis en ligne l article «Bas Boettcher» de l encyclopédie Wikipedia (version allemande). Il est encore présent sur d autres 6 Echange par mail (février 07). Adrienne écrit : Hast du dein Buch selbst als "Roman" bezeichnet oder war es von dem Herausgeber?. Bas Boettcher écrit : Ich hatte es ursprünglich als "Novelle" bezeichnet. - Der Titel der Novelle lautete "Vielflieger". 7 Poesiealbum, Indigo, Tat oder Wahrheit, Jive-Records, Anna Blume trifft Zuckmayer, Lesungen, Reden, Gespräche 60 legendäre Dichter in Originalaufnahmen. 10 Dies ist kein Konzert, Voland & Quist, CD et livre, 70 minutes environ, 2006, ISBN Pour la présentation du concept Spokenword, voire ci-dessous les pages 13, 14 et Inhaltlich ist die Video-DVD Poetry Clips (Vol.1) eine Publikation mit literarischem Charakter. Aus diesem Grunde sollte sie im Buchhandel erhältlich sein. Formal betrachtet handelt es sich bei Poetry Clips (Vol. 1) um einen Bild- und Tonträger. Dieses Medium wird hauptsächlich über Technikkaufhäuser, Videotheken und Plattenläden verkauft, in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p Ibid., p

13 sites : ceux de ses nombreux éditeurs, nommés dans les items précédents, ainsi que les sites internet de journaux ou de radios qui mettent en ligne des articles ou reportages. G. Les congrès : poète reconnu de la scène berlinoise, Bas Boettcher est parfois invité dans des congrès. Cette année par exemple, il participera au Congrès des germanistes allemands à Marburg. Lorsque j ai interviewé Bas Böttcher, il s est dit «honoré» d être «invité par un public de spécialistes de la littérature 14». H. Les Workshops : les Workshops sont des ateliers dirigés par Bas Boettcher. Ils sont proposés par des universités allemandes, notamment par les départements de Sciences de l éducation et de Germanistik 15. Bas Böttcher a eu l occasion de mener de semblables ateliers à l étranger en 2004, à l université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle dans le cadre d une Résidence d Artiste en collaboration avec le département d Allemand, la Maison Heinrich Heine de Paris, la Maison des Ecrivains de Paris et le Service des échanges académiques allemand 16. Les Workshops peuvent se dérouler dans le cadre d événements culturels municipaux ou nationaux. Par exemple en mai/juin 2007, dans le cadre de l événement 2007 Année des Sciences Humaines, 17 un projet national de mise à l honneur des manifestations culturelles en Allemagne qui se déploie sur toute l année Tous ces Workshops sont des espaces de circulation pour sa poésie, tout du moins pour sa poétique. I. Les prestations sur scène : elles signifient une présence dans différentes manifestations et donc une présentation de l œuvre à un public qui pour partie la découvre. Elles ouvrent donc elles aussi des possibilités de circulation pour l œuvre. Elles ont lieu dans le cadre de compétitions de Slam, de festivals, d événements culturels. Par exemple, en janvier 2006 Bas Boettcher a ouvert l «Expolangues» à Paris avec la Textbox. Ces prestations peuvent aussi avoir pour cadre des tournées de lecture du roman Megaherz, ou encore des tournées internationales que Bas Boettcher appelle «Beats und Poesie». Il entre alors en scène avec le soutien de la musique et des traductions de ses textes, à mi chemin entre le Slam et le Hip Hop. 14 Wichtig ist mir eigentlich auch bei anderen Kongressen vertreten zu sein, zum Beispiel beim deutschen Germanisten Kongress das wird dieses Jahr stattfinden in Marburg und eben auch das Publikum an sich wissenschaftlich Lyriker beschäftigt hat und das ist natürlich eine große Ehre da eingeladen zu sein und ich freu mich dass ich da repräsentieren kann, und die Texten eben jenseits von Spasskultur als ernstliche Strömung in der Literatur wahrgenommen werden. propos recueillis le 24 juillet à Berlin. 15 La Germanistik est une filière universitaire qui regroupe des enseignements de linguistique et de littérature de langue allemande notamment. Son équivalent français serait donc la filière Lettres Modernes. La filière Erziehungswissenchaften (EW) correspond à notre filière Science de l éducation. 16 Le Deutsche Akademische Austauschdienst, DAAD Jahr der Geisteswissenschaften 13

14 J. Divers contrats offrent à l artiste de nouvelles opportunités de diffusion. Je cite sans développer les projets «Tempête d images verbales» 18, celui de la Lyrikbox et du Poesie Automat. Ce sont des projets auxquels l artiste a pris part, ce ne sont pas des initiatives personnelles. e) Le système de références : l'accessibilité potentielle de l œuvre Prendre connaissance des réseaux de diffusion de l œuvre permet d apprécier les publics qu elle atteint. Observer le système de référence qu elle convoque permet d évaluer la diversité des publics qu elle se donne les moyens d atteindre. Par l extrême diversité des réseaux de diffusion qu elles empruntent, la prose et la poésie de Bas Boettcher affichent déjà l ambition de s adresser à un très large public. La fabrique même des textes, le système de références convoquées par l œuvre, révèlent pareillement cette envie. Toutefois, il ne faudrait pas exagérer le degré de diffusion de l œuvre en Allemagne. La poésie de Bas Boettcher n est pas un grand phénomène médiatique. Le travail de Bas Boettcher se base sur la convocation des «mythes modernes», connus de tous. Si le discours publicitaire prend tant d importance dans l œuvre de Bas Boettcher, c est que par sa diffusion massive, il est un canon des temps moderne : «la publicité est de toutes façons omniprésente. Où que j aille dans le monde pour faire une lecture, Coca Cola est déjà là 19». Le discours publicitaire, séducteur et équivoque, se déploie en multiples assonances et allitérations travaillées en longues et complexes chaînes phoniques. Ainsi le Slam «Mon Paradis» 20 décline en cinq temps les images d un paradis moderne consumériste dans leur confusion avec les représentations chrétiennes traditionnelles de cet espace, et appelle à la troisième «étape» l endroit dont le «je» énonciateur «se languit» : une grande salle où l on peut tout goûter, Mit kartonweise Knabberglück, Massen von Kisten mit krassesten Nüssen, Riesigen Schokoriegelregalen, Gigantischen Pringles-Palettenbergen, Grossen Hochregallagern voll Dosenpils, Tabak, Tic Tac, Six-Packs, KitKat, Nic Nac s, Bifi, Beck s, Faxe, big Boxes, Twix, Mixery und Kaugummi, Kaugummi, Kaugummi, Kaugummi. L énumération des produits bien connus de tous, la plupart à l échelle euro-américaine voire mondiale (Pringles, Kitkat, Twix), d autres seulement au niveau national (Beck s), s accélère dans un mouvement qui devient frénétique pour finir par tourner significativement en boucle sur elle-même : finalement dans 18 Verbaler Bildersturm 19 Die Werbung ist sowieso omnipräsent; wenn ich irgendwohin komm in der Welt und eine Lesung habe, dann ist Coca Cola schon da in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Mein Paradiese, in Dies ist kein Konzert, Voland und Quist, 2006, piste 14, page

15 le rythme entraînant des récurrences phoniques, c est un affadissement qui se joue. Sans doute, toutes ces friandises sont comme le chewing-gum (Kaugummi) qui perd son goût quand on le mâche trop longtemps. Ainsi le «bonheur d enfant» (Knabberglück), dans cette abondance même, paraît bien éphémère. Le discours publicitaire dès lors, occupe dans l œuvre la fonction d hypotexte tel que la définit Genette : il s agit d un discours matière à un travail littéraire. Aussi bien pour Bas Boettcher, «rompre avec la tradition de l intertextualité [n a pas de sens]. Cela devrait toujours permettre de créer un point d accroche pour le lecteur. Et en même temps le nombre de livres auxquels on peut faire référence en exigeant que tout le monde les connaisse est bien moins grand que le nombre de films ou de slogans publicitaires. Ce sont eux les véritables canons. Les anciens poètes se sont référés aux dires et aux mythes des dieux dans leurs textes justement parce que c étaient les canons de l époque. Chacun les connaissait et on pouvait y faire référence. Depuis, avec le phénomène de la globalisation, des produits sont devenus les nouveaux canons, parfois même le marché lui-même a été canonisé ; des films, des textes de musique ont été canonisés à l échelle mondiale. Et naturellement c est à eux qu il faut se référer» 21. Faire appel à des slogans publicitaires et à des films, c est conférer à ces références, qui sont celles de tous, le statut de «mythes modernes», et c est, par conséquent, déterminer une matière première à travailler. Dès lors les références à la culture littéraire écrite, à ce qu on appelle communément les «classiques», deviennent problématiques : «la lecture est pour moi une source d inspiration problématique» 22 déclare l artiste. En fait, Bas Boettcher connaît de nombreuses œuvres littéraires, qu il a écoutées et non lues. Ces œuvres, il les a écoutées d abord pour chercher des bribes de phrases à intégrer dans les morceaux de Hip Hop qu il écrivait avec son compagnon italien DJ Negro dans le groupe Zentrifugal. Et puis progressivement, est venue l attention aux textes, aux histoires et plus seulement au matériau verbal 23. Après les cours de gym pour femmes enceintes, les discours de Mao chinés sur les marchés aux puces, sont venus les mythes grecs recueillis par Gustav Schwab dans Les plus belles choses de l antiquité classique 24, ou encore Allemagne un conte d hiver, de Heinrich Heine 25, Shakespeare, Oscar Wilde... Bas Boettcher explique que cette culture littéraire, dont on ne trouve pas forcément trace explicite dans ses textes, constitue moins une référence qu une source d inspiration. 21 Da sehe ich kein Sinn drin damit zu brechen mit dieser Tradition der Intertextualität das sollte immer auch die Möglichkeit sein um beim Leser Anknüpfungspunkte [ ] zu schaffen. Und mittlerweile ist halt die Vielzahl der Büchern auf die man beim Leser als Voraussetzung quasi schon Bezug nehmen kann natürlich viel kleiner als die Vielzahl der Filme oder Werbeslogans, das ist der eigentliche Kanon während die alten Dichter früher auf die Sagen und Mythen der Götter Bezug genommen haben in ihren Texten dann war es deswegen weil es eben der Kanon war, den kannte jeder und damals könnte man berufen und mittlerweile sind andere Dinge kanonisiert worden gerade in der Globalisierung sind halt Produkte kanonisiert und selbst mal der Markt wird kanonisiert, Kinofilme sind kanonisiert und Musiktexts weltweit kanonisiert und natürlich sollte man sich [ ]auf diesen Kanon beziehen in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Ibid. 23 Erst habe ich die Sachen gehört weil ich nach Material gesucht habe, nach Samplematerial oder was man scratchen könnte für den DJ, wir wollten immer so Zitaten in den Musikstücken. Und später hab ich viel mehr einfach auf die Geschichte, auf die Texte gehört und gar nicht mehr auch geachtet was man jetzt auch scratchen könnte in: ibid. 24 Gustav Schwab, Die schönsten Sagen des klassischen Altertums, parues aux éditions Goldmann, Deutschland. Ein Wintermärchen (Allemagne - un conte d'hiver), Hoffmann und Campe, Hambourg,

16 «Je ne considère simplement pas nécessairement les livres comme source d inspiration principale, mais toujours comme source d inspiration en relation avec la réalité, avec le monde réel. Ce qui est écrit c est déjà du matériel intellectuellement travaillé, c est déjà du «prémâché» pour ainsi dire, c est pourquoi ça ne m apporte en fait de l inspiration qu à partir du moment où je mets ça en relation avec le monde dans lequel j évolue» 26 La lecture, ou plutôt l écoute est donc une source d inspiration problématique en ce que cette source d inspiration n est pas forcément décelable à l analyse littéraire. Mais la prise en compte de cette culture appartient bien, d une certaine façon, au processus créatif. Parler des mythes modernes, prendre en compte un passé littéraire, mais de façon non référentielle, c est maintenir possible l adresse à un public très large, et c est aussi s engager dans le présent. Cet engagement d ancrer la parole poétique dans la société contemporaine a des enjeux en termes de public potentiel dans l espace social, mais aussi dans le temps. Car aussi bien parler à tous en contemporain c est ouvrir le champ temporel de la poésie par l authenticité même de la parole : «On devrait pourtant toujours avoir l ambition d écrire une poésie destinée à l époque dans laquelle elle est née. C est la meilleure forme d intemporalité. Si on essaie, à l inverse, d être intemporel, en quoi peut alors consister l authenticité?» 27 Ainsi le public potentiel de l œuvre, celui auquel elle se donne les moyens de s adresser, de par son goût des «lieux communs», des mythes modernes qui occupent la société contemporaine est un public très large : c est une œuvre qui s adresse à un public mondial, même si elle s adresse plus efficacement sans doute au public national, qui s adresse à tous les membres de la société, et qui s inscrivant dans le temps ménage, par son authenticité, une intemporalité synonyme d éternité. f) Soutien du narratif et exigence du narrateur : cohérence des ambitions poétiques. La diversité du public vers lequel se tourne l œuvre pourtant, n est pas sans poser de problème. De par les différents réseaux de diffusion qu elle empreinte, elle concerne tant le grand public (écoliers, étudiants, participants des soirées slams), qu un public de curieux et de passionnés (visiteurs de musées, de salons du livres, flâneur dans les librairies et les magasins d audiovisuel), ou encore un public de spécialistes (organisateurs d événements culturels, chercheurs en littérature). D autres typologies sont envisageables, ce que je veux souligner simplement c est la diversité des approches qui résulte évidemment de cette diversité des publics. L œuvre va être reçue de biens des façons 26 Ich lese nur halt nicht unbedingt als Hauptinspirationsquelle, immer nur als Inspirationsquelle in Verbindung mit der Realität, mit der echten Welt. Was geschrieben ist, ist ja schon verarbeitete gedankliche Materie, das ist ja schon vorgekaut, sozusagen, deswegen bringt mir das eigentlich nur dann Inspiration wenn ich mit der Welt mit der ich mich bewege [...] in Verbindung bringe. in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet man sollte doch schon immer den Anspruch haben, dass Poesie für die Zeit steht, in der sie entstanden ist. Das ist die beste Form von Zeitlosigkeit. Wenn man umgekehrt versucht, zeitlos zu sein, wo bleibt dann die Authentizität?, in Form, Format und Formulierung Ein Gespräch mit Bas Böttcher, auteur inconnu. 16

17 différentes. Pas seulement parce qu elle est de par sa constitution si fondamentalement hétérogène ; s occupant tantôt de textes, tantôt de médias, balançant poésie et prose, discours puis glose, s enchantant de l énergie sonore d une voix, mais retournant à la musique, parfois. Elle est reçue de différentes façons aussi parce qu elle s adresse à autant de public différents. Le goût du mouvement narratif, selon lequel est conduit le roman naturellement, mais aussi quelques slams, par exemple «Assez Hautes Mathématiques», «Computec» 28, ou encore le plus récent «Récemment au stand de vente à emporter» 29, correspond sans doute à une stratégie d écriture : apporter au public le soutien de l anecdote narrative. Comme la phrase qui ouvre le Slam que je viens de citer, «Récemment au stand de vente à emporter il s est passé un truc exagéré» 30 l annonce clairement, il s agit là d une petite anecdote enjouée. Mais ce que j entends quand je dis «soutien du narratif» ce n est pas simplement le mouvement qui guide les Slams que l on peut qualifier de saynètes ou de petites histoires. Je veux plus généralement parler d une clarté énonciative. Je prends narratif dans un sens large, pour l opposer non pas tant au descriptif qu au verbe parfois intransitif, réflexif de la poésie moderne. Les Slams de Bas Boettcher parlent toujours de quelque chose. Animant saynètes et petites histoires, le mouvement narratif s oppose à l exigence introspective de la poésie traditionnelle. Et même lorsque les Slams de Bas Boettcher ne racontent pas une histoire, ils ne partent jamais dans l exploration de l infinie profondeur du sujet énonciateur. Je prends un exemple. Le Slam «Fleurs tout juste épanouies» 31 a été écrit dans le cadre du projet «Tempête d images verbales 32», dans le cadre duquel Bas Boettcher et Timo Brunke écrivent des Slams sur des tableaux pour conduire des visiteurs dans des musées. C est un Slam qui est donc fondamentalement une description, puisqu il est destiné à être dit devant le tableau lors de la visite. Dans cette description pourtant, tout est action. Le texte se déroule en cinq strophes toutes suivies du refrain «Blumenblüten, man hat euch verarscht/ Blumenblüten man hat euch verraten und verkauft» 33. A l exception de la première strophe, il est entièrement construit sur le décalage entre la beauté fragile de la fleur juste éclose et les utilisations que l homme en fait : impression du motif sur tapis, casseroles, papier toilette et pupitres du haut desquels les dictateurs tiennent leurs discours, fabrication de fades copies en plastique, d arbres sent-bon à accrocher aux rétroviseurs, de pot-pourri. La description se fait donc énumération d actions, ce que sanctionne la récurrence de la formule de l action impersonnelle en début de vers («man» en allemand peut se traduire par «on»). Et bien souvent dans les Slams de 28 Höhere Mathematik, Computec, in Dies ist Kein Konzert, Voland und Quist, Neulich im Imbiss est plus récent que les deux autres Slams et il n est donc pas présent sur le CD de Dies ist kein Konzert. On peut l écouter sur voir la bibliographie pour le détail du chemin. 30 Neulich im Imbiss ist was krasses passiert. 31 Blumenblüten in Dies ist Kein Konzert, Voland und Quist, Verbaler Bildersturm 33 «Fleurs tout juste épanouies, on vous a bien eues/ fleurs tout juste épanouies, on vous a trahies et vendues», in : Blumenblüten in Dies ist Kein Konzert, Voland und Quist,

18 Bas Boettcher, même lorsqu ils ne sont pas essentiellement narratifs, il ya des actions et une grande clarté de l énonciation qui les rend accessible à un public de non-spécialistes de littérature. Le public des spécialistes pourrait alors se trouver délaissé. Il ne faudrait sans doute pas voir pourtant, dans la prise de distance par rapport à la problématisation du sujet, grande question de la littérature depuis le début du siècle passé, une ignorance ou un mépris. Mais j ai déjà exposé les conditions auxquelles Bas Boettcher prenait en charge des problématiques appartenant au passé littéraire. Or s il n y a pas d expérience personnelle de ce qu on appellerait «la dissolution du sujet» par exemple, travailler en dehors de cette question peut être la marque d une exigence poétique bien plus que celle d une facilité. En effet, travailler hors de ce problème, c est à la fois rendre sa poésie accessible à un très large public, et à la fois s adresser à un public de spécialistes, en lui proposant une manière personnelle de faire se confronter l espace social et l espace de la création littéraire. Une manière qui d ailleurs, rappelle Bas Boettcher, était déjà celle de Shakespeare «Shakespeare est mon Super Héro en matière de poésie populaire performée. Il a des pouvoirs magiques et un incroyable Pop-Appeal. Bien sûr, son vocabulaire sonne un peu médiéval d un point de vue actuel. Mais replacé dans le contexte contemporain, il est carrément en tête! 34 Cet homme a tout simplement développé conséquemment son concept original des histoires qu on peut entendre à plusieurs niveaux pour un public qui entend à plusieurs niveaux ça passe en 2000 et c est encore compatible avec les ados c est comme ça que ça doit se passer. S il y avait un Milkshake Shakespeare au Mac Do je serais un habitué [ ] Pour moi les auteurs peuvent être complètement absents du paysage des sciences de la littérature. Du moment qu ils sont actifs dans le vrai monde dans le meilleur des cas un auteur réussit quand même à faire les deux» 35. Viser un public aussi large n est pas nécessairement une gageure, même si l équilibre est difficile à trouver. Et en menant cette recherche, Bas Boettcher garde en tête le «grand exemple» 36 shakespearien. D. Mission et Emission : enjeux d une poésie itinérante 34 Dans cet article, Bas Boettcher s amuse à faire se livrer combat entre eux de grands auteurs classiques, sur le modèle du jeu vidéo de combat. Il joue des décalages contextuels, ce qui explique l utilisation de l expression «poésie populaire performée» pour qualifier l art de Shakespeare, ce qui relèverait sans cela naturellement de l anachronisme caractérisé. 35 Shakespeare ist mein Super-Held in Sachen performter populärer Poesie. Er besitzt magische Fähigkeiten und hat ne menge Pop-Appeal. - Klar, seine Wortwahl klingt aus heutiger Sicht natürlich oft etwas altertümlich. Aber im zeitlichen Kontext betrachtet ist er auf jeden Fall ganz weit vorne! - Der Man hat einfach sein unschlagbares Konzept konsequent durchgezogen. - Mit vielschichtigen Geschichten fürs vielschichtige Publikum fähig und immer noch Teeniekompatibel. - So muß es laufen. Gäbe es beim großen M einen Shakespeare-Milkshake - ich wär dort Stammkunde. [ ] Meinetwegen können Autoren in der Literaturwissenschaft komplett abloosen, solange sie in der wahren Welt etwas bewirken. - Im besten Fall gelingt einem Autor aber beides, in: Mal eben überschlagen, article à lire sur le site internet de Bas Boettcher (Archiv/ Eigene Artikel) 36 Cf. l interview réalisée à Berlin le 24 juillet

19 Occuper tous les circuits de diffusion exposés plus haut requiert une grande mobilité personnelle de la part de l auteur. Poète itinérant, «néo nomade» enthousiaste, Bas Boettcher voyage beaucoup. Ses déplacements ont un enjeu de présentation de l œuvre, mais aussi une dimension plus symbolique : pour Bas Boettcher, faire circuler physiquement et personnellement son œuvre c est renouer avec l origine du souffle lyrique. L artiste en colporteur, acheminant ses œuvres de place en place prend en charge l émission d une culture. Il se fait médiateur culturel. e) Le tour du monde en 180 jours Dans une interview accordée à Markus Weber l artiste se présente : «Donc mon nom : Bas Boettcher. Je travaille comme poète et MC. Poète voyageur» 37. Dans l article qu il a rédigé par la suite Markus Weber écrit: «Bas Boettcher voyage 180 jours par an avec ses textes : Etats-Unis, Canada, Amérique du Sud, Angleterre, Irlande, France, Autriche, Suisse, Pologne et République Tchèque. [ ] C est que les poètes de scène ne peuvent pas envoyer leurs livres de par le monde, ils doivent se déplacer en personne» 38. Il y a un premier enjeu clair de la poésie itinérante, qui est celui de la présentation de l œuvre. Naturellement, il n y a pas que des côtés réjouissants dans les longs déplacements qu impose ce style de vie. Certaines choses manquent : un chez soi, des racines simplement, une base rassurante 39. Tirer partie de ces longs voyages et de cette vie nomade suppose une capacité certaine d adaptation, et le développement d une sagesse du voyageur : «C est en effet un très beau style de vie quand on s y est habitué, et qu on ne se laisse pas stresser par les de train, les horaires des avions, les des bagages, les horaires d entrée et de sortie des hôtels et les trucs comme ça, quand on ne se laisse pas atteindre par ça» 40. Mais quand cette condition est remplie, les voyages et les tournées se font pour Bas Boettcher l occasion de rencontrer les destinataires de son discours dans un contact chaleureux et stimulant. Cette année, au cours d une tournée dans le cadre des manifestations culturelles pour l Année des Sciences Humaines, Bas Boettcher a eu l occasion de se produire devant seize publics d écoliers à travers toute l Allemagne 41. Chaque représentation, déclare l artiste, «apporte la motivation de faire la représentation suivante tout de suite après, et c est très motivant pour continuer après d avoir les 37 Ja, also Name: Bas Böttcher. Und ich arbeite als Poet und MC. Reisender Dichter. in: Marcus Weber, Vom Rapper zum Poeten (de rappeur à poète), portrait réalisé pour la radio allemande diffusé le sur la Deutschlandradio Tage im Jahr ist Bas Böttcher mit seinen Texten unterwegs: USA, Kanada, Südamerika, Großbritannien, Irland, Frankreich, Österreich, Schweiz, Polen und Tschechien [ ]. Bühnendichter können eben nicht ihre Bücher um die Welt schicken, sie müssen selbst fahren in: ibid. 39 Cf. ibid. 40 Das ist eigentlich ein ganz schöner Lebensstil wenn man sich dran gewöhnt hat, und sich nicht stressen lässt, von Zug Flugzeiten und von Gepäckschlepperei [ ], von Hotel Auscheckzeiten und Eincheckzeiten und ja und solchen Dingen, wenn man sich davon unberührt lässt in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet L Allemagne est divisée administrativement en 16 «Länder», Bas Boettcher s est rendu dans une école par Land au cours de cette tournée. 19

20 réactions» 42. Les voyages offrent donc l occasion de diffuser l œuvre mais sont aussi un temps de partage et d enrichissement pour le poète. La poésie nomade, c est un style vie qui diffuse l œuvre tout en la nourrissant, et en la modelant même, puisque les Slams sont susceptibles de métamorphoses : ainsi le même Slam entendu sur deux enregistrements différents peut être significativement changé. Le Slam «l Amour téléphonique 43», par exemple, a été enregistré en 2001 pendant la nuit de la Poésie de la Radio bavaroise 44 et en 2005 pendant une prestation à Constance 45. Entre les deux «beaucoup de temps s est écoulé et le texte lui-même s est donc aussi en partie transformé, il y a là des phrases entières qui ont disparues, d autres qui sont arrivées, ou les mots s affinent et» 46. De fait, présenter ses œuvres au grand public, être poète itinérant, «c est en fait une fantastique opportunité de voir beaucoup, de rassembler beaucoup d impression et de transmettre beaucoup, de redonner à d autres» 47. Et si, selon Bas Boettcher 48, ce mode de vie est adéquat pour les poètes des temps modernes, il s inscrit aussi dans une très longue filiation. En fait, il s agit même pour l artiste du mode d existence originaire de la poésie. f) Renouer avec la poésie des origines Ce n est pas sans conséquences que Bas Boettcher revendique l appartenance à la scène SpokenWord. Prenons la mesure de cet engagement : certains de ses textes sont disponibles sur le site internet de la scène Spoken Word berlinoise au format txt ou MP3 (tous les liens ne fonctionnent pas). Mais surtout, le logo du site internet, dont Wolf Hogekamp est le webmeister, est présent en en tête sur chaque page du livret de Dies ist kein Konzert, CD publié en 2006, donc tout à fait récent. Voici ce logo : Ce logo est simple dans sa facture. Il se compose de couleurs élémentaires, le blanc et le noir. Toutes les lettres sont reliées les unes aux autres et tracées sur le modèle de la forme géométrique simple du carré. Le logo est donc à la fois stylé, par ce qu il ne s agit pas d une police disponible sur un logiciel comme Microsoft Word par exemple, et à la fois très simple dans sa facture. Il s en dégage une 42 Das gibt einem selber dann auch Einfluss die Motivation von einem Auftritt dann gleich das nächsten zu tragen dann ja es ist einfach sehr motivierend weiter zu machen wenn die Reaktion sehr schön dann in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Teleliebe 44 In: Anna Blume trifft Zuckmayer, éditions Der Hörverlag, Cf. le site détail du chemin dans la bibliographie. L enregistrement a été réalisé au cours d une prestation de Bas Böttcher, Wolf Hogekamp et Jan Off. 46 Zwischen der Radionacht des bayrischen Rundfunks 2001 und dem Mitschnitt aus der Sprechstation einfach auch sehr viel Zeit vergangen ist und der Text natürlich sich dann auch verändert teilweise es liegen da auch ganze Zeilen dann wieder raus und kommen neue Zeilen hinzu oder die Wörter schleifen sich neue ein und das ist dann so eine Art ja im Grunde Text also mit dem der Text dann sein Abschluss findet in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Dann ist es eigentlich ein ganz fantastische Möglichkeit viel zu sehen viel Eindrücke zu sammeln und dann auch viel zu vermitteln und so weiter zu geben an anderen in: ibid. 48 Cf. ibid. 20

21 expression de simplicité personnelle ; une image qui semble correspondre assez bien à celle que recherche Bas Boettcher. L artiste revendique donc son appartenance à la scène Spokenword de Berlin, organisée en un réseau d artistes issus de toute l Allemagne : Wolf Hogekamp, Timo Brunke, Frank Klötgen, ou Michael Lentz entre autres 49. Cette scène berlinoise pour lui est une organisation locale à comprendre dans le contexte d un mouvement mondial et ayant toujours existé : «la culture Spokenword existait bien avant la littérature imprimée. elle est la forme originaire de la lyrique» 50. Ainsi appartenir à la scène Spokenword c est renouer avec une poésie des origines, avec «cette très vieille tradition du poète nomade ; dans la Grèce antique il y avait les Rhapsodes 51 qui allaient de ville en ville et diffusaient l histoire et les histoires, et puis dans presque toutes les cultures il y a eu des chanteurs ambulants» 52. Aujourd hui, les modalités du voyage ayant changé avec la technique moderne, l artiste qualifierait le poète voyageur héritier de cette tradition de «néonomade» 53. Dès lors, toutes les formes de poésies contemporaines sont à replacer dans cette filiation, idée reprise par Maria Antonia de Libero lorsque rédigeant un article de présentation du travail de Bas Boettcher pour la revue Per voi éditée par le Goethe Institut à l occasion de la Journée des professeurs d allemand à Rome en 2004, elle titre Rap kommt von Rhapsodie, c'est-à-dire Le rap vient de la Rhapsodie 54. Renouer avec la poésie des origines, c est donc se reconnaître une filiation mais c est aussi prendre position contre la suprématie grandissante de l écrit sur l oral. Bas Boettcher a étudié à l université Bauhaus de Weimar dans le département des Médias. Il a consacré son mémoire au développement conceptuel du projet Poetry Clips (Vol. 1), qu il a en parallèle réalisé, en collaboration avec l ensemble de la scène Spokenword berlinoise et plus particulièrement avec l aide de Wolf Hogekamp. Son mémoire, rédigé sous la direction des Professeurs Jens Geelhaar et Herbert Wentscher, présente le projet à la fois dans ses exigences pratiques et dans son ambition idéologique. Bas Boettcher y prend clairement position pour la défense d une culture originaire qui se trouverait menacée dans l espace contemporain tourné vers l écrit : 49 Je cite seulement ces quatre noms qui vont revenir dans mon travail, par ce que ce sont des partenaires de Bas Boettcher et parce que ce sont les principales figures de cette scène Spokenword berlinoise. Pour une liste plus complète, consulter le DVD Poetry Clip Vol. 1 et le site internet de la Scène SpokenWord berlinoise. 50 Die Spoken Word Kultur besteht schon länger als die Print-Literatur. Sie ist die Urform der Lyrik, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 51 Le rhapsode est, à partir du 7 ème siècle avant J.C. dans la Grèce antique, un artiste qui récite les œuvres écrites par un autre (principalement des épopées, en premier lieu les épopées homériques, l Iliade et l Odyssée). Il mène une vie itinérante, allant de cité en cité pour trouver une audience. Peu à peu, se mettent en place des concours civiques de rhapsodes, comme celui des Panathénées. La plus ancienne mention d'un tel concours se trouve chez Hérodote : il mentionne les concours de Sicyone à l'époque de Clisthène. D après l encyclopédie en ligne Wikipédia, article Rhapsode, consulté le 9 août Es gibt eine ganz alte Tradition des reisenden Dichter ; im alten Griechenland waren die Rhapsoden die von Stadt zu Stadt zogen und die Geschichten und die Geschichte weitervermittelt haben, dann gibt s fahrenden Sänger auch in fast jeder Kultur in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Cf. Ibid. 54 Maria Antonia de Libero, Rap kommt von Rhapsodie Bastian Böttcher beim Deutschlehrertag 2004 in Rom. A lire dans la brochure éditée par le Goethe Institut, Per voi, janvier à juin 2004, à la page

22 «En fonction du degré d alphabétisation et de la disponibilité des manuscrits dans un cercle culturel donné, le moment du passage vers un mode de diffusion écrit est venu plus ou moins vite. Certaines cultures dans le monde sont toujours fortement tournées vers des formes orales de diffusion. D autres reviennent lentement et involontairement, par l influence des médias audiovisuels vers des formes de réception acoustique. Dans les cercles culturels dans lesquels un passage de l oralité vers la littéralité s est opéré, ce passage a été une lente évolution. Le format du Poetry-Clip prend position contre cette évolution de la lyrique vers l écrit. Un pas décisif dans cette évolution de l oralité vers la littéralité de la poésie est le passage de la «lecture à haute voix» à la «lecture muette». L habitude générale de lire les textes de façon muette, sans bouger les lèvres en même temps est, en tant que phénomène de masse, un phénomène vieux d une centaine d années seulement. Avec l instauration dans le temps de ce comportement de lecture muette, la forme d apparition acoustique de la poésie a été totalement involontairement négligée. Beaucoup de poèmes portent toujours en eux en eux leur rythme, leur sonorité, leur organisation vocale et autres finesses acoustiques. Seulement ils arrivent rarement à un plein épanouissement acoustique. De nos jours lire des poèmes passe pour une introversion. C est presque devenu synonyme de «être seul», et «rentrer en soi»» 55. Si lire c est «être seul», «rentrer en soi», alors renouer avec la poésie des origines en développant la scène Spokenword est un engagement artistique qui a aussi des implications en termes de sociabilités ; c est un choix de société qui est défendu par l artiste. g) Artiste envoyé, artiste en voyage L engagement avec la scène Spokenword pourrait avoir une dimension d engagement social, voire politique, pourtant l artiste ne la revendique pas. Dans une interview conduite par mail, un(e) journaliste demande à Bas Boettcher depuis combien de temps il fait des Workshops, et quel est le but poursuivi. Bas Boettcher répond que «les Workshops font partie de la «mission» et sont aussi une source de revenus» 56. Lors de l interview que j ai eue l occasion de mener avec lui, je lui ai demandé de préciser ce qu il entendait par «mission». 55 Je nach Alphabetisierungsgrad und Verfügbarkeit des Buchdrucks in einem Kulturkreis variieren die Jahreszahlen, mit denen der Wandel hin zur schriftlichen Verbreitungsform begann. - Einige Kulturen der Welt sind noch immer stark an der verbalen Vermittlungsform orientiert. Andere kehren unfreiwillig durch den Einfluss von audiovisuellen Medien langsam wieder in die akustische Rezeptionsweise zurück. In den Kulturkreisen, in denen sich ein Wechsel von der Oralität zur Literalität vollzog, fand dieser als langsame Entwicklung statt. Das Poetry-Clip-Format stellt sich dieser Entwicklung zur Verschriftlichung von Lyrik entgegen Ein entscheidender Schritt innerhalb der Entwicklung von Oralität zur Literalität von Dichtung ist der Übergang vom 'lauten Lesen' hin zum 'stummen Lesen'. Die allgemeine Angewohnheit, Texte stumm zu lesen, ohne dabei die Lippen zu bewegen, ist als Massenphänomen erst wenige hundert Jahre alt. Mit der Durchsetzung dieses lautlosen Leseverhaltens wurde die akustische Erscheinungsform von Dichtung ganz unabsichtlich vernachlässigt. Viele Gedichte tragen natürlich auch weiterhin noch ihren Rhythmus, ihren Sprachklang, ihre Vokalordnung und andere akustische Finessen in sich. Sie kommen aber nur noch selten zur vollen akustischen Entfaltung. Heute gilt das Lesen von Gedichten als introvertiert. Es ist fast schon zum Synonym für 'alleine sein' und 'in sich gehen' geworden. in: Bastian Böttcher, Poetry Clips (Vol. 1), mémoire écrit sous la direction des Professeurs Jens Geelhaar et Herbert Wentscher pour la Bauhaus-Universität Weimar en 2004, Département des Medias (domaine de spécialité : Mediengestaltung, design des médias, p Workshops sind Teil der Mission und auch eine Geldquelle in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 22

23 «La «mission», c est toujours, quand quelqu un est envoyé. «Mittere», «envoyer», si je ne me trompe pas. Ca veut donc dire, je suis en voyage, on m invite, je suis envoyé pour apporter des textes, et c est donc pour ainsi dire une mission, on m envoie. On pourrait aussi naturellement dire, dans le sens «missionnaire», donc, que quelqu un accompli un travail d explication. [ ] Mon impression c est que la poésie a été vue depuis assez longtemps comme quelque chose d écrit, et de lié au livre, et il est important de rendre la poésie à son éclat sonore et de dire que c est quelque chose qu on peut écouter et vivre, avec tous les sens, que c est quelque chose de corporel et qui peut être partagé dans le public [ ], qu ils [les spectateurs] peuvent partager ce moment, ce moment lyrique. Et on pourrait voir ça comme une mission, mais en fait, à ce moment, je donnais la préférence à cet autre sens, quelqu un est envoyé, tout simplement. Et l é-mission c est le fait d envoyer quelque chose aussi en français, et c est aussi envoyer quelque chose que d envoyer quelqu un» 57. Si la mission («être envoyé») et l émission («quelque chose est envoyé») ne sont jamais bien loin l une de l autre, il y a un enjeu important derrière l ajout du préfixe «ex». La première formulation, celle qui apparaît dans l interview par mail, («les Workshops font partie de la «mission»»), oriente vers ce premier sens de «être envoyé», alors que l explicitation donnée dans l interview oriente vers le deuxième sens de «quelque chose est envoyé». L enjeu ici concerne la construction de la figure de l artiste, sa place dans la société. Si le poète a une mission, c est qu il est envoyé en tant qu individu. Si le poète prend en charge une émission, c est qu on fait appel à lui parce que son discours est jugé intéressant. Dans le premier cas, celui qui confie la mission peut aussi bien être un membre de la société qu une figure divine. On se trouve alors devant un avatar de la figure romantique du poète «mage», «rêveur sacré» pour retrouver des formules hugoliennes. Ce qui est intéressant ici, c est que Bas Boettcher choisisse ce mot de «mission», qui porte en lui toutes ces résonnances, et dans l explicitation même du terme qu il m a proposée lorsque je l ai interviewé, il montre qu il a tout à fait conscience de ces résonnances, et certes il lui donne le sens «d émission», et il considère que cette «mission» qui lui est confiée par ses employeurs, les gens qui lui proposent des contrats pour diverses prestations, consiste simplement à «être envoyé pour présenter des textes» ; mais il choisit quand même ce mot de «mission», et se positionne par là dans un entre-deux : pas la figure du poète messager des dieux donc, mais pas non plus tout à fait celle du prestataire de poésie. Le choix de ce terme suggère que ce que véhicule l artiste en voyage, c est peut-être quelque chose d origine transcendantale. 57 Mission ist immer wenn einer geschickt wird. Mittere, schicken, wenn ich mich nicht täusche. Das heißt also ich bin ja auf Reisen man läd mich ein, ich werde geschickt um Texten zu bringen und das ist dann sozusagen eine Mission, man schickt mich, man könnte aber natürlich sagen, missionarischen Sinne, also, dass man da aufklärische Arbeit leistet. [ ] Mein Eindruck ist dass die Poesie längere Zeit auch als was schriftliches und buchgebundenes angesehen wurde, und das ist wichtig die Poesie ihrem Klang zurückzugeben, und sagen, das ist etwas dass man hören und leben kann mit allen sinnen und was körperliches und was auch teilbares ist im Publikum, [ ] dass sie dieser Moment, diesem lyrischen Moment, auch teilen können und das könnte man als Mission sehen, aber ich vorzog eigentlich hier diesem Sinn, da wird einfach einer losgeschickt. Und die Emission ist auch auf Französisch die Sendung, und das ist auch eine art Sendung dieses Rausschicken in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

24 h) Un médiateur culturel Ce qui est certain en revanche, c est que l artiste en voyage véhicule une culture. Il est donc à proprement parler un médiateur culturel. Ainsi, cette année dans le cadre de l action 2007 année des sciences humaines 58, Bas Boettcher a été invité à prendre officiellement ce rôle de médiateur culturel comme il me l explique : «On [les organisateurs de l évènement] a essayé de présenter les sciences [humaines] à des gens qui d habitude peut-être ne s occupent pas d elles. Pour eux, il s agissait d atteindre, par delà le public habituellement visé par les sciences humaines, tout simplement les gens dans la rue. Ils ont cherché, je pense, des gens qui pouvaient remplir une fonction de médiateurs, des gens qui sont un peu entre les communautés» 59 L année des Sciences Humaines, ABC de l Humanité est un projet à l échelle de toute l Allemagne qui couvre l ensemble de l année. Des manifestations sont organisées chaque mois à Berlin et dans toute l Allemagne. Le site officiel de l initiative est Bas Boettcher a accepté d être ambassadeur pour cette action, dans le domaine spécifique des langues. Il considère qu il n est en effet pas possible de se sentir représentant de l ensemble des domaines regroupés sous la dénomination «Sciences Humaines», et pour cette raison il tient à préciser qu il ne représente que ce domaine particulier. Dans le cadre de cette initiative, Bas Boettcher a également tenu à être actif «seulement par son art». Il ne voulait pas donner ni conférence de presse ni interview. Il s est produit devant des publics d écoliers et a donné des Workshops également. Il considère sa participation à cette action comme une «instrumentalisation consentie» 60. Voici le logo de l initiative : C est un logo relativement simple : trois couleurs seulement, le noir le blanc et le bleu. Les traits blancs découpent trois espaces rectangulaires, des formes géométriques donc. La police est moins stylisée que celle employée par le logo de la scène Spokenword berlinoise. Les mots «Wissenschaftsjahr» (année de la science) et «Die Geisteswissenschaften» (les sciences de l homme) sont imposants, par Jahr der Geisteswisenchaften. ABC der Menschheit. 59 Man hat versucht die Wissenschaften Leuten zu vermitteln, die sich sonst vielleicht mit den Geisteswissenschaften gar nicht beschäftigen und da geht s ihnen dadrum über die gewöhnlichen Zielgruppe der Geisteswissenschaften hinaus, einfach die Leute auf der Strasse zu erreichen. Es wurde glaub ich nach Leute gesucht, die eine Vermittlerfunktion erfüllen könnten, die zwischen den Communities stehen in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Pour tous ces points, voir la transcription de l interview réalisée à Berlin le 24 juillet

25 leur longueur comme par leur signifié. Mais la formule «ABC der Menschheit» (Abécédaire de l Humanité), mise en valeur par la large place accordée aux lettres «ABC» traduit une intention précisément de médiation : il s agit aussi de rendre accessible ces sciences à un public qui ne connaît que les éléments de base, que l ABC des sciences de l homme. Bas Boettcher, après réflexion, a décidé d accepter de prendre part à ce projet, d endosser ce rôle d ambassadeur avec lequel il a pu «s identifier». En prenant officiellement ce rôle de médiateur culturel, Bas Boettcher se trouve placé, comme il l indique, entre deux espaces : celui de la culture «scientifique», culture «sérieuse», et celui de la culture «populaire», culture du «divertissement». Se déplacer et aller au contact du public, même lorsqu on a l ambition de s adresser à tous et qu on écrit effectivement pour tous, c est être confronté à la question de cette séparation entre culture sérieuse, Ernstkultur en allemand, et culture populaire du divertissement, Spasskulture. Poète itinérant, Bas Boettcher étudie les possibilités concrètes de lieux de réunion de ces deux espaces culturels. Cette séparation, pourtant, n est pas, selon l artiste, sans poser de problèmes : «Cette séparation entre culture sérieuse et culture du divertissement, je la trouve un peu problématique. Même dans la musique il y a différentes catégories/ formes de. Il y a la musique sérieuse et la musique divertissante [ ]. Mais la musique sérieuse est définie de façon étrange par les instruments qu on utilise, donc la musique classique, les violons, les orchestres d arrangement, les chœurs sont désignés comme musique sérieuse tout simplement. Je pense que cette séparation est devenue obsolète maintenant, par ce que. Je pense que la musique électronique peut être considérée comme extrêmement sérieuse, et inversement certaines productions d orchestre, je trouve ça lourd et je ne peux pas considérer que c est quelque chose de sérieux. [ ] Bien sûr c est toujours facile de catégoriser quand on voit les choses de l extérieur, mais, plus on travaille la matière première profondément, plus on peut avoir du respect pour certaines choses, et même les reconnaître comme sérieuses» 61. Bas Boettcher accepte donc le rôle de médiateur culturel, qu il a endossé même officiellement cette année dans le cadre de l initiative Année des Sciences de l homme ; il reconnait par là l existence de deux espaces culturels entre lesquels il s agissait de tracer des traits d union. Mais pour lui la frontière qui sépare ces espaces, telle qu elle est tracée aujourd hui, est problématique. Elle matérialise une opposition qu il juge obsolète et irréfléchie. En tant que poète itinérant, Bas Boettcher est donc confronté à une séparation dont il a conscience, et qu il reconnaît, mais qu en même temps il voudrait 61 Diese Trennung zwischen ernster Kultur und Unterhalten Kutlur find ich teilweise etwas problematisch. gerade auch in der Musik gibt es verschiedene Abrechnungsformen. Es gibt die E Musik und die U Musik [ ]. E Musik wird aber komischerweise danach definiert, welche Instrumente da eingesetzt werden, also Klassik, Geigen, Orchesterarrangements und Köre werden dann halt als E Musik bezeichnet. Ich glaube, dass diese Trennung mittlerweile obsolete geworden ist, weil sich die M.. verschoben hat ich glaube dass elektronische Musik als äußerst ernst daherkommen und mancher Orchesterprodukte find ich halt eher schwierig und kann das nicht ernsthaft verstehen, [ ]. Natürlich für äußerstehenden ist es immer leicht zu kategorisieren aber je tiefer man in der Materie geht, desto mehr kann man auch Respekt für bestimmte Dinge haben und die vielleicht auch als ernsthaft einstufen in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

26 bien, si ce n est effacer, du moins repositionner plus justement. C est que «derrière ces dénominations de Ernstkultur et Spasskultur se cachent aussi des enjeux économiques» 62. Il s agit toujours de défendre l existence d une culture à la fois «sérieuse», au sens où il la définit, c'est-à-dire «qui descend en profondeur dans la réflexion sur ce qu elle travaille» (en l occurrence la langue, les mots pour le poète), et à la fois accessible à tous. Et dans les enjeux d une poésie itinérante, il y a donc celui d un contact enrichissant avec le public, celui de renouer avec une poésie des origines, celui de faire circuler un message, quelle que soit l origine qu on lui reconnaît, et celui de trouver, au hasard de la réalisation d un contrat, les lieux de la sociabilité qui permettent la rencontre des publics. D. Art sur mesure : une littérature aux frontières de la musique, portée par sa parenté avec la culture populaire du hip hop Dans son engagement pour une poésie populaire, l écriture continue d être animée par l énergie de la culture Hip Hop, de laquelle l artiste dit son œuvre être fortement empreinte : «mon style est très marqué par la culture rap» 63 écrit Bas Boettcher dans son mémoire. L influence de la culture Hip Hop chez Bas Boettcher se laisse sans doute expliquer par le passé de rappeur autant que par le rayonnement culturel de ce mouvement originaire des Etats-Unis. Cette culture Hip Hop est aujourd hui pour Bas Boettcher une esthétique à revisiter, une source d inspiration. La place et la fonction de la musique dans son œuvre est donc en constante évolution. a) La culture Hip Hop et le Rap, l énergie sonore d une période dépassée La culture Hip Hop est une période «dépassée» chez Bastian Boettcher dans le sens où l artiste n inscrit plus aujourd hui ses créations dans le cadre esthétique du Hip Hop. Je voudrais présenter la culture Hip Hop et le Rap dans une approche historique afin de clarifier deux termes souvent confondus. La culture Hip Hop vient des Etats-Unis. Elle naît dans les années 60, 70 à New York dans le quartier noir du Bronx. A l origine, le Hip Hop n est pas un style musical, c est un mouvement culturel qui se décline en quatre ou cinq disciplines : le Rap, ou MCing, le beatmaking et le DJing, c'est-à-dire le travail de DJ (Disc-Jockey), la danse break et le graff (graffiti). L appartenance à 62 Es stecken sogar hinter in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Mein Stil ist stark von der Rap-Kultur geprägt in: Bastian Böttcher, Poetry Clips (Vol. 1), mémoire écrit sous la direction des Professeurs Jens Geelhaar et Herbert Wentscher pour la Bauhaus-Universität Weimar en 2004, p

27 cette culture se marque en outre par un style vestimentaire et l emploie d un certain vocabulaire. Les danseurs break, appelés B-Boys ou Breakers, explorent le domaine de l expression corporelle. Leur travail se base sur des héritages multiples 64. Les Graffeurs travaillent dans le domaine de l expression plastique. Ils réalisent leurs œuvres, appelées Graff, dans la rue, de manière illégale. Ils les accompagnent parfois d une signature, le Tag. Cette signature peut aussi être réalisée seule, pour ellemême. Les disciplines que je veux présenter plus précisément sont le Rap, le MCing, le beatmaking et le DJing. Le Rap et le MCing sont des disciplines oratoires qui se pratiquent seulement avec la voix. Le Beatmaking et le DJing sont des disciplines musicales. Elles se pratiquent à l origine à l aide de machines 65, mais depuis le début du siècle, la plupart d entre elles ont été remplacées par des logiciels pour ordinateur remplissant les mêmes fonctions. Le beatmaking est la création du beat, c'est-à-dire du fond sonore sur lequel se déploient les textes. Ce beat se décompose en trois éléments : la basse, la mélodie et la pulsation marquée par des instruments de percussion. Le DJing consiste à l origine à ménager les transitions entre les morceaux. Il se pratique donc en direct dans les clubs. Mais certains artistes, qui se disent aussi DJ, en ont fait un art à part entière : il ne s agit plus alors de mélanger (to «mix», d où le terme «mixer») les morceaux pour les enchaîner, mais de créer de nouveaux morceaux 66. Au fur et à mesure, l art d enchaîner les morceaux s est donc précisé, et si les premiers DJ invitaient et encourageaient eux-mêmes le public à danser, très vite, ils ont été tellement concentrés dans leur travail qu ils ont demandé à d autres personnes d entraîner le public pour eux. C est alors qu apparaissent les MC, Masters of Ceremony, dont l art se développe et s autonomise pour aboutir à la création du rap : entraîner le public à danser devient une véritable discipline oratoire. Le rap est donc une composante bien précise de la musique Hip Hop et de la culture Hip Hop dans son ensemble. C est une discipline oratoire qui trouve son origine dans la volonté d établir un contact avec le public. Son rayonnement dépasse rapidement l échelle du quartier pour s élargir à l échelle nationale puis atteindre l Europe, en tant que culture exportée donc. La scène allemande qui se construit à partir du début des années sous l influence de cette culture protestataire américaine doit trouver sa personnalité, s approprier ce mouvement culturel venu d Outre Atlantique. C est dans ce contexte de recherche d identité que Bas Boettcher fonde, en 1993, avec son ami Loris Negro, alias DJ Negro, le groupe Zentrifugal. Les deux artistes se rencontrent à l occasion d un voyage à Paris où ils parcourent les puces à la recherche de matériel phonique à mixer. De retour en Allemagne, ils fondent le groupe Zentrifugal qui naît du mélange de leurs disciplines respectives : Beatmaking et DJing pour Loris Negro, MCing et Rap pour Bastian Boettcher, dont le nom de scène, 64 Pour le détail, voir l article «Breakdance» de l encyclopédie en ligne Wikipedia : consulté le 5 août La table de mixage par exemple, le sampleur ou échantillonneur. 66 Quelques grandes figures de cet art nouveau: DJ Shadow, DJ Krush, DJ Vadim. 67 Le premier disque de Hip Hop en langue allemande sort en 1991, il s agit de l album «Jetzt geht`s ab» («Maintenant c est parti») des Fantastischen Vier (les Quatres Fantastiques) 27

28 Bas Boettcher, n existe pas encore. Ils produisent en tout deux albums, Poésiealbum en 1996 et Fait ou vérité en Leur Hip Hop est très personnel et repose sur la création d un univers poétique, il se dégage par là de la tendance protestataire qui habite le Hip Hop des origines : «Dès les premiers concerts en live qu ils ont fait sur des scènes publiques il s est avéré que les membres du groupe Zentrifugal ne voulaient pas s identifier à l image américaine et à l image allemande qui se développait, [l image] des Hip Hopeurs reconnus portant des baggys 68. «J aime le Rap quand il raconte quelque chose et pas quand il diffuse du non-sens» déclare Bastian Boettcher. Soutenus par le son du DJ Loris Negro, Zentrifugal crée un crossover 69 entre la culture de la rue et celle de la poésie institutionnalisée» 70. Dans sa recherche d une identité personnelle, le groupe s inspire du mouvement culturel de la poésie Slam, que je présenterai plus tard. Mon propos est de montrer que l origine américaine du Hip Hop n est pas la seule influence que se reconnaissent Loris Negro et Bastian Boettcher, et ce dès , soit un an après la formation du groupe. En 1995, Bastian Boettcher gagne «le slam de l atelier de littérature berlinois et est invité par l Institut Goethe au Festival Allemand et New-Yorkais de Poesie qui se tient à New York» 72. Et tout en continuant à créer avec Loris Negro des titres de Hip Hop, Bas Boettcher fait son chemin dans le domaine du Slam : «Suivent d autres premiers prix dans des Slams : en 1996 à Hambourg et à Essen, un an plus tard lors du 3 ème festival international de Slam à Amsterdam et lors du premier Slam national Allemand à Berlin. En 1998, Bastian Boettcher donne un Workshop pour les MC de la nouvelle génération dans le cadre d un contrat avec le comptoir de la littérature de Brême et prend part au «Festival de la musique et de la lyrique expérimentale» de l institut américano-allemand de Heidelberg. En outre ses textes trouvent leur voie dans de nombreux recueils de textes lyriques, parmi lesquels l anthologie «pilotes trash textes des années 90» «Le baggy (souvent traduit en français par pantalon taille basse) est un pantalon large : cette sorte de pantalon est utilisée par les skaters et les rappeurs. Le baggy a son origine dans les prisons surtout américaines où les ceintures sont enlevées aux détenus» in : Wikipedia, encyclopédie en ligne, consulté le 5 août In music, crossover is a term used to describe material borrowed from a different style or genre and whose popularity crosses the considered boundaries of styles or genres. Je traduis : «En musique, le crossover est un terme utilisé pour désigner un matériau emprunté à un style ou à un genre différent et dont la popularité dépasse le public habituellement lié à tel style ou tel genre» in : The free dictionnary, dictionnaire anglophone gratuit en ligne, consulté le 5 août Schon bei den ersten Live-Auftritten in öffentlichen Fernsprecheinrichtungen kristallisiert sich heraus, daß die Z-FUs nicht so ganz in das amerikanische und zunehmend neudeutsche Bild des Baggypant bewehrten HipHoppers passen wollen. "Ich mag Rap, wenn er etwas erzählt und nicht nur Nonsens verbreitet", erklärt Bastian Böttcher. Er verbindet in seinen Texten Poesie und Rap. Unterstützt von DJ Loris Negros Sound, schaffen Zentrifugal den Crossover zwischen Straßenkultur und Schöngeist, in: article Zentrifugal - Geschichte, Geschichten und Telefonzellen, (Zentrifugal - Histoire, Histoires et Cabines téléphoniques), à lire sur le site internet auteur inconnu. 71 Cf l interview Fragen an Bas, menée par mail, auteur inconnu. 72 Bereits als 20-jähriger gewinnt er [Bastian Boettcher] 1995 den Poetry Slam der Berliner Literaturwerkstatt und wird vom Goethe Institut zum "Deutsch-Nuyorican-Poets-Festival" nach New York eingeladen in : ibid. 73 Weitere erste Preise bei Poetry Slams folgen: 1996 in Hamburg und Essen, ein Jahr später beim 3. Internationalen Poetry Slam in Amsterdam und beim 1. Deutschen National Poetry Slam in Berlin leitet Bastian Böttcher im Auftrag des Bremer Literaturkontors ein Workshop für Nachwuchs-MCs und nimmt am "Festival für experimentelle Lyrik und Musik" des Deutsch-Amerikanischen Instituts in Heidelberg teil. Außerdem finden seine Texte ihren Weg in verschiedene Lyriksammlungen, darunter auch in die Anthologie "Trash Piloten - Texte für die 90er" (Reclam, Leipzig 1997) in: ibid. 28

29 Aujourd hui Bas Boettcher ne compose plus dans ce groupe Zentrifugal. Il s agit d une période artistique révolue pour lui: «Ca a été mon parcours. Je me sens aujourd hui avant tout poète de scène, mais définitivement pas rappeur. Si on m annonçait comme rappeur, je pense que probablement je ne monterais pas sur scène, par ce que je n aurais pas l impression que c est à moi qu on s adresse» 74. En même temps, cette sortie de la scène Hip Hop vers celle de la poésie n est pas nécessairement à comprendre comme un changement de domaine, de la musique vers la poésie, car comme Bas Boettcher l indique à Markus Weber, il ne s est «de toutes façons jamais considéré comme musicien, par ce [qu il était] au microphone dans le groupe et responsable des textes» 75. D ailleurs, si le style du groupe est bien le Hip Hop, «le son est malgré tout très expérimental» 76 déclare Loris Negro : le créneau de Zentrifugal a toujours été ouvertement ce que Bastian Boettcher appelle, dans un néologisme, la «Rapoetry». Les raisons du départ de la scène Hip Hop pour Bas Boettcher sont de deux natures principales : l artiste se dit content d être à présent hors du cirque médiatique qui a partie liée avec l industrie de la musique. «Je ne me sens pas à mon aise dans ce monde de grand éclat» écrit-il dans une interview menée par mail 77. Mais il existe aussi des raisons artistiques : Bas Boettcher reconnaît une continuité entre ses pratiques du rap et du slam, qui de fait se déroulent parallèlement dans le temps, mais s il a arrêté de se considérer comme rappeur, c est aussi parce que le Slam et le Rap offrent des champs d expérimentation proches mais différents que j aimerai maintenant présenter. b) Liberté en carré, liberté au carré : la richesse d un héritage Pour Bas Boettcher, cette période Hip Hop a été un temps de formation, qui lui a permis d acquérir au contact de la scène de précieuses compétences techniques. Elle a aussi été le temps d apprécier, dans la pratique de l écriture, les possibilités de jeux structurels que la discipline du Rap lui offrait, possibilités différentes de celles qu offre l espace autrement codifié du slam. C est donc un temps de formation que fut cette expérience de la scène dans la mouvance culturelle du Hip Hop. L artiste qualifie volontiers ces années de «Lehr- und Wanderjahrzeit», «saison d apprentissage et de voyage» au cours de laquelle le contact de la scène fut formateur : 74 Das war meine Entwicklung. Ich fühl mich jetzt vor allen Ding als Bühnedichter und definitiv nicht als Raper. Wenn man mich als Raper ankündigen würde, dann würde ich wahrscheinlich nicht auf die Bühne gehen, weil ich mich nicht angesprochen fühlen würde, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Ich hab mich sowieso nie als Musiker verstanden, weil ich ja auch am Mikrofon stand in der Band und für die Texte zuständig war in: Marcus Weber, Vom Rapper zum Poeten (de rappeur à poète), portrait réalisé pour la radio allemande diffusé le sur la Deutschlandradio. 76 Stilistisch ist es HipHop, aber der Sound ist trotzdem sehr experimentell, DJ Loris Negro, in: site officiel du groupe Zentrifugal, rubrique Info, sous-rubrique Bandinfo. 77 Ich bin froh, dass ich aus diesem Medien-Zirkus draußen bin. Ich fühle mich sehr unwohl in dieser Hochglanz-welt in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 29

30 «Au fond je pense que pour moi le Rap et le Hip Hop ont été une sorte de saison d apprentissage et de voyage, c'est-à-dire, j étais beaucoup en tournées, avec des DJ aussi, et on peut essayer des choses, on reçoit tout de suite la réaction du public et on voit en plus quels sont les textes qui, peut-être, ne fonctionnent pas, quels morceaux de musique ne fonctionnent pas, d ailleurs je dirais que cinquante pour cent des morceaux que nous avons enregistrés à l époque étaient, disons «moitié bons» mais d un autre côté les autres cinquante pour cent, je suis encore content d eux, et je suis content de les avoir fait, et je n aurais probablement pas fait ça si je n avais pas aussi écrit les 50 pourcent de mauvais morceaux» 78. L expérience du contact avec la scène, Bas Boettcher le reconnaît encore dans l interview Questions à Bas, est un avantage certain lorsqu il aborde ses premières scènes Slam : «Evidemment c était géant dès le début [les scènes Slam]. C est que je venais de l industrie de la musique. On y connaît les lois de la scène» 79. Mais la période Hip Hop, c est aussi un temps d écriture. Puisqu il s est décidé pour un Rap qui a du sens, et c est aussi l enjeu du choix de la langue : Bas Boettcher n a jamais écrit de texte en anglais et que, comme je l ai indiqué, il était «au micro et responsable des textes», Bas Boettcher a beaucoup écrit pendant ces années. L écriture Rap, formellement, prend en compte le cadre fixé par le beat (c'est-à-dire la pulsation). Il s agit d écrire dans la mesure 4/4. A l époque, Bas Boettcher travaille en écoutant les «Beats zum Schreiben», les «beats pour écrire», dont on peut écouter des exemples sur la page internet Aujourd hui cette structure a été entièrement intériorisée par Bas Boettcher, et il encourage les participants de ses Workshops à s y confronter : «Je les [les beats pour écrire] donne volontiers aux participants ce sont simplement des rythmes à la mesure 4/4, généralement avec un tempo assez lent, par exemple 85 Beats par minute, BPM en abrégé, et ces Beats pour écrire sont purement instrumentaux, c'est-à-dire qu ils passent en arrière fond et qu il n y a pas de chanteur avec, pas de voix dessus, et par là les participants ont la possibilité de trouver déjà dans le rythme. Avant j écoutais moi même des beats en écrivant» 80. Bas Boettcher a donc longtemps écrit dans le «corset métrique» du rap. Il déclare à ce propos «[qu il] était bon de travailler dans le rap avec des exigences formelles très strictes. La forme fixe y est déterminée par la mesure 4/4 et le nombre de BPM qui détermine le tempo. Viennent en plus les rimes 78 Ich glaube [ ] dass im Grunde Rap und Hip Hop für mich so eine Art Lehr- und Wanderjahrzeit war, also ich war ja viel auf Tourneen, auch mit DJ und man kann sich ausprobieren, kriegt sofort die Reaktion aus dem Publikum und merkt noch welche Texten vielleicht nicht funktionieren, welche Musikstücke nicht funktionieren, mittlerweile, würd ich sagen, fünfzig Prozent der Titeln, die wir damals aufgenommen haben, waren sagen wir mal halbgut, und dafür die anderen fünfzig Prozent, über die freu ich mich noch, und bin ich froh das ich es gemacht hab, und das wäre wahrscheinlich nicht entstanden, wenn ich die 50 schlechten nicht geschrieben hätte, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Natürlich war es von Anfang an fett. Ich kam ja aus der Musikindustrie. Da kennt man die Gesetze der Bühne in Fragen an Bas, interview menée par mail, auteur inconnu. 80 Die gebe ich gerne den Workshopteilnehmern mit, das sind halt Rhythmen, die im vierten Takt gehalten, meistens relativ langsamen Tempo so bei 85 Beats Per Minutes, BPM abgekürzt, und dieses Beats zum Schreiben, die sind reininstrumentale, das heißt also, die laufen in Hintergrund ab und da sind kein Sänger dabei, keine Stimme drüberlegt, dadurch haben die Workshopsteilnehmer die Möglichkeit in Metrum schon mal zu finden. Früher hab ich beim Schreiben selber auch beats gehört, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

31 multiples. Ca constitue un corset formel très étroit dans lequel on écrit» 81. Mais l image du corset ne doit pas amener à penser que Bas Boettcher considère cette contrainte comme une perte de liberté. Au contraire, l artiste explique, par exemple dans le séminaire qu il a donné à Nürnberg au cours du premier semestre de l année 2006/07 82, que cette forme permet l épanouissement de ce qu il appelle la «liberté en carré». Comme il le rappelle dans l interview qu il m a accordée : «La mesure 4/4 est d abord une sorte d échafaudage rythmique, et quand j explique ça aux participants dans les Workshops, je fais quatre temps et après, à partir de ça, je trace quatre pulsations, c'est-à-dire ces temps sont dans une sorte de prison rythmique d un côté, et le texte est prisonnier dedans, à l intérieur de ces quatre temps, mais à l intérieur de cette prison le texte est à nouveau très libre et c est ce que j appelle la liberté en carré. Et la liberté est d un côté prisonnière dans le carré et d un autre côté il y a une liberté potentielle, une liberté au carré pour ainsi dire. Liberté en carré, le texte a la possibilité de grandir, de s épanouir comme une fleur qui et c est seulement grâce à que le texte a sa structure et la possibilité de grandir, les moyens de s épanouir. C'est-à-dire qu on accepte volontairement ces limites» 83. Je souligne la parenté conceptuelle qui lie cette déclaration à celle des membres de l Oulipo par exemple. J ai eu l occasion d assister à une conférence de Jacques Roubaud où il expliquait comment le choix de contraintes formelles ouvrait des espaces expérimentaux à la création. Chez Bas Boettcher donc les contraintes formelles du Rap sont intériorisées et conceptualisées. Reste à expliquer le choix du passage du Rap au Slam, qui ne peut donc pas être compris comme un passage vers un espace plus libre mais vers un espace où le champ expérimental diffère. Le Rap est un passé artistique qui loin d enfermer, ouvre des champs d expérimentation que Bas Boettcher parcourt en écrivant ses Slams. L écriture Rap a été l occasion de se confronter à des cadres. Ces cadres sont un espace de travail, et «quand on a été à cette école, on trouve pour chaque texte le rythme particulier qui lui correspond» 84. Le passage de la forme du texte de rap à celle du texte de Slam est une «libération», dans le sens où, après s être occupé de forme, «il est important, au bon moment, justement de pouvoir varier le tempo, de pouvoir casser le rythme, de pouvoir marquer des pauses, et ça le rap ne me le permet pas, ça ne marche que si je travaille sans DJ, c est pourquoi dans 81 Es war gut, beim Rap mit sehr strikten Formvorgaben gearbeitet zu haben. Das feste Gerüst ist dabei der 4/4 Takt und die BPM-Zahl, die das Tempo bestimmt. Dazu kommen dann die Mehrfachreime. Das ergibt ein sehr enges formales Korsett, in dem man dann schreibt in: Fragen an Bas, interview menée par , auteur inconnu. 82 C est à dire Wintersemester 06/ Der Viervierteltakt ist erst mal so ein festes rhythmisches Gerüst, und wenn ich das in Workshops Leuten erkläre, mach ich vier Schläger auf und mal dann eigentlich so vier Getapste dadraus, das heißt also sie sind in ein Art rhythmisches Gefängnis einerseits, und in dem ist der Text eingefangen in diesen vier Schlägen, innerhalb dieses der Text ist wiederum sehr frei, das ist was ich Freiheit in Quadrat nenne. Und die Freiheit ist einerseits im Quadrat eingesperrt und anderseits aber Freiheit potentiell im Quadrat hoch Zwei sozusagen, Freiheit im Quadrat also der Text hat dadurch die Möglichkeit zu wachsen wie eine Blume die am entlang und nur durch diese bekommt es seine Struktur und die Möglichkeit überhaupt wachsen zu können blühten zu treffen das heisst also man schränkt sich absichtlich ein, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Wenn man durch diese Schule gegangen ist, findet man für jeden Text seinen ganz speziellen Rhythmus, in: Fragen an Bas, interview conduite par , auteur inconnu. 31

32 le fond, c était une grande libération» 85. Donc cette «libération» n est pas un passage d un espace non-libre à un espace plus libre, mais un passage dans un espace qui permet des choses différentes. Je prends un exemple pour illustrer les possibles auxquels l espace du Slam donne accès. Dans le Slam Loop, 86 Bas Boettcher reprend le cadre rythmique Rap et développe son texte en jouant sur la forme-sens du loop, c'est-à-dire de la boucle, de la forme ronde. Dans la discipline du DJing, le loop désigne un court morceau de musique (quelques secondes) prélevé et répété en boucle. Le texte joue sur la polysémie de l expression «tourner en boucle» («im Loop laufen»), qui renvoie donc à une technique musicale, mais désigne aussi, dans le langage courant, l état d une relation qui n avance pas, qui «tourne en rond» comme un enfant qui s ennuie, et par extension donc le manque de nouveauté, de divertissement, d évolution, d épanouissement personnel. Sans s exprimer nullement sur les moyens de briser ce «cercle vicieux», le Slam de Bas Boettcher suggère pourtant une résolution heureuse de ce mouvement en faisant éclater dans le dernier vers la forme-sens de l enfermement. Voici le dernier paragraphe du texte : Bis zum Schnitt, Bis zum Break Bis zum Cut Bis zum Schluss Bis zum Bruch Bis zum Aufbruch 87 Le rythme fixe, encore accentué par l anaphore de «bis zum» («jusqu à») et l empreinte de la diction Rap, est ici cassé in fine par la pause qui précède le terme final «Aufbruch». Ce terme, qui dénote l action «d ouvrir en brisant», placé justement dans ce léger «retard», cette «cassure» du rythme qui est aussi «ouverture» de la prison, du corset rythmique, se charge d une intensité toute particulière, et sans doute d une dimension de promesse. Car sans doute réussir à casser un «rythme», un «cadre» de vie, c est «ouvrir» des possibilités d épanouissement personnel. Et en même temps cette cassure n a de sens que par rapport aux cadres qu elle présuppose. Créer /casser les cadres esthétiques qui déterminent la création constitue dans l œuvre de Bas Boettcher une dialectique fondamentale dont on aura encore l occasion d apprécier plus tard les enjeux. c) Evolution du rôle de la musique dans l œuvre au fil du temps 85 Es ist aber wichtig an der richtigen Stelle eben das Tempo variieren zu können, den Rhythmus aufbrechen zu können, Pausen setzen zu können, und das würde mich Rap in dem Fall nicht erlauben, sondern das geht halt nur wenn ich ohne DJ arbeite, deswegen war das im Grunde eine große Befreiung in: ibid. 86 On peut écouter ce Slam dans le CD de Dies ist kein Konzert, Voland und Quist, Tous les mots placés en fin de vers connotent l arrêt, qu il soit définitif ou non, ils signifient «la pause», «la rupture», «la cassure», «la coupure». Le dernier terme «Aufbruch» désigne l action «d ouvrir en brisant». 32

33 La musique est l espace de création originaire de Bas Boettcher. Il a écrit tout au long d une période qu il reconnaît comme formatrice et déterminante, sur des beats dans le cadre strict de la mesure 4/4. Maintenant qu il a quitté cet espace, le rôle de la musique évolue et se précise au fil du temps : d espace de création, la musique est devenue une rémanence profondément intériorisée dans la fabrique même du discours. J ai montré qu elle restait, même dans le Slam, l espace de référence par rapport auquel les jeux de construction/déconstruction de cadres créatifs prenaient leur sens. Mais la musique est aussi profondément intériorisée dans la fabrique même du discours, la culture Hip Hop constitue même, dans un certain sens, l énergie fondamentale du discours : «L évolution [du Hip Hop vers le Slam] était certainement merveilleuse et il était plein de sens de s occuper de musique et de langage. Au fond les rythmes que j utilise, ce sont des rythmes musicaux. Je ne parle pas en Iambe, en Dactyle, en ou Anapèse, mais je parle en mesure, en syncope, mesure 4/4 et en triolet, et tout ça ce sont des figures rythmiques et je joue avec ces figures rythmiques et bien sûr, derrière, quand on considère les choses autrement, peuvent bien se cacher des Iambes et des Dactyles, simplement j utilise d autres catégories et c était simplement une grande aide et c était très utile, parce que ça me donne maintenant la possibilité justement de m occuper des habitudes d écoute qu en tant qu auditeur on a déjà, et il est alors possible, justement de les casser, de surprendre et c est pourquoi je veux m occuper de ça» 88. Cette déclaration permet d apprécier à quel point les cadres de création, même dans l espace du Slam, restent complètement déterminés par l esthétique de la musique Hip Hop et en reprennent l énergie rebelle. Car en effet c est sans doute une des lignes de force de ce mouvement protestataire que de se loger dans un espace créatif très serré : le discours Hip Hop y trouve son élan et sa vigueur, esthétisant dans la création l énergie protestataire qui habite toute une communauté culturelle contre les cadres de la société, qu ils soient symboliques ou institutionnels. La musique est donc une énergie toujours présente qui peut aider à franchir la barrière des langues. Bas Boettcher a eu l occasion, dans le cadre de son groupe Zentrifugal mais aussi seul, de faire de très nombreuses tournées à l étranger, souvent dans le cadre de partenariats du Goethe Institut, le réseau de la culture germanophone à l étranger 89. Sur l ancien site officiel du groupe Zentrifugal, qui aujourd hui n est plus actualisé, on trouve une liste des représentations prévues dans la rubrique «neues» (nouveau), sous-rubrique «dates». Cette liste couvre la période Pour la période , consulter le site actuel de Bas Boettcher, rubrique «Aktivität» (activité), sous rubrique «Veranstaltungen» (manifestations, événements). Ces listes sont lacunaires, elles ne 88 Die Entwicklung, die war bestimmt ganz wunderbar, und sinnvoll sich mit Musik und Sprache zu beschäftigen. Im Grunde sind ja die Rhythmen, die ich verwende musikalische Rhythmen. Ich spreche da nicht von Jambus, Daktylus, und Anapese sondern ich spreche dann von Auftakt von Synkope von vierviertel Takt von Triolen, und die sind alle rhythmischen Figuren und ich spiel mit dieser rhythmischen Figuren und da kann, also dahinter, wenn man das anders betrachtet, bestimmt Jamben und Daktylen dahinterstecken, aber ich benutze einfach andere Kategorien, und das war einfach sehr hilfreich und nützlich, denn das gibt mir nun die Möglichkeit eben auch die Hörgewohnheit, die man aus der Musik als Hörer schon hat einfach zu bedienen oder dann eben auch zu brechen um zu überraschen, und deswegen möchte ich mit damit beschäftigen, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet L institut Goethe est une sorte d équivalent pour nous du service culturel du quai d Orsay, mais avec des statuts différents car le Goethe Institut ne fait pas partie du ministère des affaires étrangères. 33

34 couvrent pas l ensemble de la période créatrice, et même sur les périodes couvertes, sans doutes ne sont-elles pas exhaustives. Il s agit en fait simplement de constater les diverses destinations qui ont été celles de l artiste. Bas Boettcher a parcouru la plupart des pays européens et il s est produit en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie déjà. Dans ces tournées lointaines, où l accessibilité de l œuvre décroît, ne serait-ce que par la barrière de la langue, Bas Boettcher s efforce de rester en phase avec son public. Pour cela, il recourt à l efficace ressource de la musique accompagnée de la traduction instantanée : «La plupart du temps je rentre sur scène avec de la musique, c est à dire avec un groupe ou avec un DJ. La musique se prête bien au franchissement de la barrière de la langue. En plus, les textes sont traduits et une création graphique est projetée à l arrière plan de la scène. Afin que la traduction passe de façon toujours synchrone, j ai construit une console de jeu à l aide de laquelle je pourvoie de la scène au déroulement du texte» 90. Le défilement synchrone de la traduction fait également partie des exigences que se fixe Bas Boettcher lorsqu il développe le projet Poetry Clips Vol. 1. Il détermine dans son mémoire, caractérisant le produit final en une manière de «cahier des charges», la nécessité de «tradu[ire] les textes déclamés en anglais», élargissant ainsi exponentiellement le lectorat potentiel. Pour cela, il décide «d exig[er] la version écrite du texte correspondant au clip», de «transcri[re] les textes qui ne peuvent pas être remis par les auteurs», de «compar[er] le texte écrit avec la version déclamée» et de «d adapt[er] le texte écrit au texte dit», enfin, de «corr[iger] orthographiquement le texte ayant été transmis» 91. Si la traduction est aussi importante, c est que la musique est une aide, pas une facilité. Il ne s agit pas pour la musique de prendre le dessus sur le texte, elle reste un adjuvant, précieux, mais dont la place, et donc la fonction, évolue dans l œuvre de l artiste encore jeune 92. D espace de création premier, elle est devenue une énergie fondamentale et intériorisée du texte, sa présence pour ainsi dire «autonome», «en dehors» et «à côté» du texte est désormais réservée aux seules prestations à l étranger. Transition 90 Meistens trete ich dort mit Musik auf, d.h. mit Band oder DJ. Musik ist gut geeignet um die Sprachbarriere zu überwinden. Zudem werden die Texte übersetzt und grafisch gestaltet auf den Bühnenhintergrund projiziert. Damit die Übersetzung immer Synchron mitlaufen kann, habe ich eine Spielkonsole umgebaut, mit der ich den Ablauf der Texte von der Bühne aus steuere, in: Fragen an Bas, interview conduite par , auteur inconnu. 91 In : Bastian Böttcher, Poetry Clips (Vol. 1), mémoire écrit sous la direction des Professeurs Jens Geelhaar et Herbert Wentscher pour la Bauhaus-Universität Weimar en 2004, p.19 et Bastian Boettcher est né en 1974, il a actuellement 33 ans. 34

35 Grâce à l ampleur et à la diversité des réseaux de diffusion investis, aux stratégies de communication mises en place par un artiste itinérant, et à l énergie communicative d un art porté par sa parenté avec le rap et la culture Hip Hop, l œuvre de Bas Boettcher se donne les moyens de s adresser à tous : par delà les clivages traditionnels de culture sérieuse, savante, dont il a investit les réseaux et dont il intéresse le public et culture populaire, divertissante, dont il reprend les formes et l énergie, il développe dans l espace du Rap puis dans celui du Slam une poétique personnelle conduite par la recherche d une poésie populaire exigeante. Bas Boettcher n hésite pas à prendre pour matériau de travail les lieux commun de la culture populaire, c'est-à-dire commune à tous : celle de la publicité et des films internationaux. Soutenue par la ressource du mode narratif, l écriture augmente son accessibilité tant du point de vue du lectorat potentiel, c'est-à-dire le lectorat capable d apprécier l œuvre, que de celui du lectorat actuel, c'est-à-dire celui qui effectivement reçoit l œuvre, la rencontre, que ce soit volontairement ou au hasard d une programmation culturelle. Bas Boettcher colporte sa poésie à travers différents réseaux de diffusion, il cherche le souffle d une poésie originaire, d une poésie émotionnelle qui vibre dans son oralité primitive. Voyage de par le monde, tournées de petite ou grande envergure, prestation isolée ou dans le cadre d une action culturelle plus large, toutes les occasions sont bonnes pour faire circuler sa lyrique moderne aux sonorités percutantes, pour orchestrer le partage d une culture dans la communion de «l instant lyrique». Une recherche qui tire son énergie dans la culture Hip Hop, puisque c est dans un espace poétique régit par les codes esthétiques de cette mouvance culturelle que l artiste a d abord évolué. Un souvenir musical progressivement intériorisé par l artiste et dont la présence devient plus souterraine, intégrée, inhérente au processus créatif. Un espace de création dont l artiste s est éloigné pour explorer les possibilités artistiques offertes dans les espaces créatifs régis par les codes esthétiques du Slam et de la Performance. Le positionnement de cet artiste dans l espace de la création est donc plus complexe qu il ne le paraît au premier abord. Car si Bas Boettcher déclamant des textes de rap ne se sent pas musicien, et s il déclare ne pas se sentir concerné par le label de rapeur, il ne se définit pas non plus comme slameur, bien qu il écrive dans l espace de création qu est celui du Slam. Et il ne se sent pas non plus performeur même si c est aussi une étiquette qu on lui attribue. Bas Boettcher se dit avant tout poète. C est une étiquette simple sous laquelle il se place volontiers depuis ses débuts. Quelles sont les modalités de la parole poétique, comment se caractérise-t-elle dans l œuvre de Bastian Boettcher? Comment la figure du poète évolue-t-elle dans le temps, au fur et à mesure des migrations poétiques 35

36 entre les espaces du Rap, du Hip Hop et de la Performance? Comment l artiste gère-t-il ces changements, qu il programme dans son écriture mais qui sont aussi le fruit des stratégies de communication de ses éditeurs? Dans quelle mesure le positionnement dans le champ de la littérature est-il revendiqué et nuancé? Je voudrais maintenant problématiser la construction de la figure de l artiste, évaluer les enjeux de ce brouillage de labels dans le champ de la littérature. 36

37 Deuxième partie Lieux communs et communauté littéraire Les choix poétiques de Bas Boettcher rendent l œuvre accessible à tous : grand public et communauté des spécialistes, habitués et non initiés curieux des soirées Slam, invités et visiteurs des salons du livre allemands, suisses ou chinois, responsables de services culturels publics ou privés, universitaires, apprentis slameurs, étudiants, lycéens, écoliers, visiteurs de musées et bien d autres encore. Rendre l œuvre aussi accessible pourtant n est pas sans poser de problèmes. Dans l espace social de la création poétique, où se situe l artiste qui s adresse au grand public au risque de faire penser qu il néglige les spécialistes? Quelle image ses producteurs et éditeurs peuvent-ils construire pour vendre ses œuvres? Artiste sérieux, artiste divertissant, quelle(s) écoute(s) l œuvre demande-telle à celui qui la reçoit? Dans quelle mesure la poésie orale de Bastian Boettcher est-elle «avantgardiste»? Toutes ces questions renvoient au problème de la construction de la figure de l artiste que je voudrai aborder dans ce deuxième temps. Il est aisé de reconnaître, dans la distance du regard de Bas Boettcher, le recul critique de l artiste qui remet en perspective, hybride les discours pour mieux en révéler la facture, souligne l enjeu des formes sur lesquelles il travaille. Il est en revanche bien plus compliqué d attribuer un label à Bas Boettcher. Après, ou plus exactement parallèlement à sa période d artiste rapeur, dans la mouvance culturelle du Hip Hop, Bas Boettcher développe des affinités avec la scène Slam dont il intègre dès 1994 le réseau américain. Il est un pionnier européen de cette pratique et cofondateur de la scène allemande, en collaboration notamment avec le label 93 de poésie SpokenWordBerlin dont Wolf Hogekamp est la grande figure. Bas Boettcher a sa façon d habiter cette scène Slam allemande qu il a cofondée en tirant sa pratique du Slam vers la performance, et en se construisant par là une figure d artiste. Ce qui pose le problème du rapport entre Slam et Performance, deux pratiques qui ne se situent pas du tout au même niveau de recherche artistique, voire même deux pratiques essentiellement différentes par ce que l une (la performance) serait un espace de recherche artistique quand l autre (le Slam) n en serait pas un. Mais une fois de plus, la dialectique 93 Un «label», ou «label indépendant» est une structure de production de disques indépendante des grosses compagnies (majors) de l'industrie du disque. Mais un «label», c est aussi, et je l utilise dans ce sens là, une «étiquette» qui désigne l appartenance à un groupe de recherche poétique, en l occurrence celui d une «poésie parlée berlinoise», d après Wikipedia, encyclopédie en ligne, page consultée le 6 août

38 construction/déconstruction, toujours à l œuvre chez Bas Boettcher, vient complexifier l attribution d un label de performeur, pas du tout revendiqué par l artiste. Il y a donc un positionnement tout à fait complexe dans le champ de la création poétique et même littéraire qu il convient d exposer avec clarté, autant que faire se peut. D. Un regard de poète : la distance de la réflexion et du jugement critique La figure de l artiste se construit d abord dans une prise de distance qui est propre à la création littéraire. Parler du quotidien, certes, et même parler avec les mots du quotidien, mais en parler en exerçant sur lui un jugement critique. Pour cela, Bas Boettcher a recours aux ressources de la perspective. Toutefois il ne s agit pas seulement de proposer un regard, il est aussi important pour l artiste d exhiber la facture des discours qui construisent ce quotidien, et c est une marque de distance prise avec le quotidien que cette attention portée au message, non pas dans son contenu, mais dans sa fabrique. Finalement, l attention se déporte encore de la fabrique du discours public de type publicitaire aux enjeux de l influence de celui-ci sur l art. Ainsi, présenter et discuter les images imposées par les médias, exhiber la fabrique de leur discours et en dernier lieux apprécier le formatage de l art lui-même par le discours commercial, c est réellement prendre la distance qui est celle de l artiste. d) Une mise en perspective Le discours poétique de Bas Boettcher se base sur la combinaison de bribes de discours prélevées dans le verbe de l espace public. J ai déjà raconté comment Bastian Boettcher et son ami Loris Negro en excursion scolaire à Paris prenaient plaisir à fouiller les puces à la recherche de vinyles pour mixer. J ai dit aussi que Bas Boettcher avait pour cette raison d abord écouté et non lu la littérature, à la recherche de matériau phonique. Je voudrais présenter la technique de DJing qui est en jeu dans cette recherche. Il s agit de la technique du sample. Le sample est un élément (un fragment musical souvent mais pas toujours) enregistré qui est prélevé dans une composition existante et réutilisé dans une nouvelle composition. Cette technique peut être mise en œuvre à l aide d une machine, le sampleur, d un logiciel informatique, ou encore d un phonographe. On appelle loop le procédé mis en œuvre quand ce court fragment est répété en boucle. En fait le sample n est pas nécessairement un court passage musical, il peut aussi s agir de toute autre sorte d élément enregistré. On distingue ainsi plusieurs sortes de samples, selon leur nature et/ou leur provenance : d abord le sample de percussion, répété selon la technique du loop, et qui peut constituer le beat d un morceau. Aujourd hui les sampleurs virtuels (logiciels informatiques) contiennent souvent un certain nombre de 38

39 beats déjà créés et qui peuvent être utilisés sans payer de droits d auteurs 94. Les samples peuvent aussi être de nature instrumentale : la ligne mélodique d un instrument ou encore un court segment de musique. Il peut aussi s agir d une seule note de musique qui sera réutilisée pour constituer la gamme de son d un synthétiseur par exemple. On distingue encore les samples «parlés» : une phrase isolée dans un discours et replacée en contexte musical. Ces samples peuvent être des extraits connus de chansons, de discours, mais aussi des phrases prélevées dans des films, des séries télévisées, ou tout autre média, musical ou non-musical. Enfin le sample peut être un «son non conventionnel», c'est-àdire non-musical dans le sens conventionnel du terme (à savoir, ni un son de percussion ni un son mélodique) : par exemple, le sifflement d une locomotive, le bruit d une respiration, des coups de révolvers, les pleurs d un enfant. Bien que l effet particulier recherché dans l intégration d un sample dépende naturellement toujours du contexte particulier créé par le morceau, on peut dire que généralement ce dernier type de sample est utilisé par des DJ travaillant à la création d un univers poétique. Par exemple, prenons le début du morceau Diesige Tage écrit par Bas Boettcher et Loris Negro. L introduction du morceau utilise le bruit de gouttes d eau qui tombent. Ainsi, avant même que Bas Boetcher n entame les premiers couplets, An diesigen Tagen wie diesen sitzen wir immer in mei'm Zimmer auf der Heizung. Ich les' Zeitung und Du schaust raus. Soll'n wir in den Regen geh'n oder daheim bleiben Und ein geschmeidigen Reim auf die beschlagene Scheibe schreiben und beschreiben, wie die nassen Wassermassen ewig gegen Gehwegplatten prasseln, sich durch Gassen ergießen und in den Gully fließen, während Wir im warmen Raum die kühlen Schauer genießen. [ ] 95 l auditeur est déjà inconsciemment bercé par le bruit des averses froides qui martèlent doucement les vitres de la chambre du poète, alors qu il lit le journal, assis sur le chauffage. A ses côtés une amie au regard perdu tourne la tête vers le dehors. Le bercement, créé par l ambiance sonore, bruit de gouttes d eau et beat étouffé, est aussi mimé par le texte où chaque vers est lié au suivant selon le principe de l enjambement : contenus et fabrique, tout concourt à créer l ambiance douce et berçante qui retient le 94 Le problème des droits d auteur est un aspect juridique important en raison duquel la technique du sample devient parfois réellement problématique. Sur cette question, voire le site internet du Free dictionary, référence dans la bibliographie. 95 «Ces jours-ci comme ces jours-là nous sommes toujours assis dans ma chambre sur le chauffage. Je lis le journal et tu regardes dehors. Est-ce qu on devrait aller sous la pluie ou rester à la maison et écrire sur les vitres frappées [par la pluie] une rime souple et décrire comment les masses d eau mouillées crépitent contre les trottoirs, s épanchent à travers les ruelles et ruissellent dans la bouche d égout pendant que nous apprécions les averses froides dans un espace chaud», in : Diesige Tage 39

40 couple dans la chambre chaude et accueillante. Dans les travaux de Bas Boettcher on reconnaît de nombreux samples, plus fréquemment d origine «parlée» : c est alors à la technique littéraire du cut-up que l on pourrait comparer celle du sample, selon laquelle «on vole des passages et après on met ça dans de nouvelles relations et à la fin il résulte une sorte de collage de choses connues et de choses nouvelles» 96. Car le cut-up consiste aussi à prélever des matériaux verbaux (mots, lettres ou bouts de phrases) pour les replacer dans le contexte autre d une œuvre nouvelle 97. On peut également sans doute, comme le suggère Bas Boettcher, établir une parenté avec la pratique du «collage» plastique. L écriture marquée par cette technique du sample recontextualise ses matériaux, et par là elle fait déjà montre d une forme d esprit critique : «Certainement la technique du sample a eu une petite influence, c est une technique très utilisée dans le rap [ ], on peut l utiliser tout à fait involontairement, avec les produits par exemple, avec la publicité, c est de toute façon omniprésent [ ]. C est même potentiellement une forme de critique, quand je fais apparaître Coca Cola dans un poème d amour, ça signifie, même dans un poème d amour Coca Cola est là, et donc, est ce que c est encore vraiment de l amour? Ou est-ce que l amour n est pas une sorte de «Concept Coca», ou une espèce de mot-clé dans lequel chacun comprend ce qu il veut et sur lequel personne ne s est vraiment arrêté jusqu à présent?» 98 En travaillant à la recontextualisation de ses matériaux, l écriture de Bas Boettcher porte donc bien en elle une dimension critique. Couper /Coller des mots c est aussi travailler à la création de nouveaux mots : le néologisme «bekommbar» 99, construit par le coupage collage de «bekommen» (recevoir) et du suffixe «bar» («ce que l on peut»), porte en lui la distance critique face aux excès de la société de consommation. Par son statut de néologisme obtenu grâce aux ressources du copier/coller verbal, il attire l attention de l auditeur et augmente donc l efficace de la critique. e) Hybridation et fabrique des discours En tant qu artiste, Bas Boettcher accorde aux messages de l espace public une attention particulièrement distanciée. D abord on l a vu, par ce qu il s efforce d entretenir avec les objets dont il traite une relation assez distanciée pour lui permettre d effectuer toujours un déplacement contextuel de ces objets. Mais aussi par ce que dans cette distance, il porte une attention aiguisée à la fabrique des discours. L hybridation des discours est un procédé propre à exhiber le travail qui préside à l élaboration 96 Man [klaut] passagenweise und dann in neue Zusammenhänge bringt und am Ende entsteht ein Collage so was bekannten und neuen, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Pour une présentation simple et efficace du mouvement de la Beat generation et de la technique du cut-up, voir l ouvrage d Alain Dister, La Beat generation : la révolution hallucinée, éditions Gallimard, collection Découvertes, Bestimmt hat die Sampletechnik ein bisschen Einfluss gehabt das ist eine Technik die stark verwendet wird in Rap [ ] man vermag das ganz unfreiwillig [machen], gerade bei Produkten, bei Werbung, das ist ja sowieso omnipräsent. [ ]. Möglicherweise ist es sogar eine Form von Kritik, wenn ich jetzt Colca Cola in einem Liebesgedicht auftauchen lasse, das heißt, selbst in Liebesgedicht taucht Coca Cola schon auf, also, ist es dann eigentlich noch Liebe? Oder ist Liebe nicht auch so ein Colabegriff mittlerweile so ein Schlüsselwort unter dem jeder anders versteht und das eigentlich kaum von irgendjemandem noch eingehalten werden kam? in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Voir le Slam «Bekommbar». 40

41 d un discours. Je voudrais souligner ici la récurrence de l hybridation des discours publicitaires et amoureux, en m appuyant sur l analyse comparative de deux courts textes : un extrait du «roman» de Bas Boettcher, Megaherz, et un Slam présent sur le CD de Dies ist Kein Konzert. Dans ces deux textes, les discours amoureux et publicitaires se trouvent mêlés suivant deux modalités différentes. Voici les textes : Megaherz, Fragment premier, Flausch-Top, quatrième paragraphe: «Wir trafen uns jedes Mal, wenn Ariane ihre siebzehneinhalb Stunden Aufenthalt in Frankfurt hatte. Das Hotel wurde dann zu einem Ort außerhalb von Raum und Zeit. Zimmer Nummer eine Kapsel des kurzen Glücks. Einzel verpackt, mit sofortiger Wirkung» 100. Reklame, in: Dies ist kein Konzert, piste numéro 13: Werben und umworben werden Ein altes beliebtes Spiel Komm her zu mir, mein Sonnenschein Persil, Persil, Persil Streicheln und gestreichelt werden Tiefer, sanfter, schneller Ich liebe dich, mein Sonnenschein Nutella, Nutella, Nutella Stossen und verstossen werden Ein weit verbreitetes Leid Was hast du bloß, mein Sonnenschein? Wick MediNait, Wick MediNait Werben und umworben werden Der Kreislauf beginnt, sich zu drehen Und die Reklame lockt: Hier könnte Ihre Werbung stehen «Nous nous rencontrions à chaque fois qu Ariane avait son séjour de 17 heures et demi à Frankfort. L hôtel devenait alors un endroit en dehors du temps et de l espace. Chambre 9011 la gélule d un court bonheur. Emballage individuel, effet immédiat», in : Megaherz, Fragment premier, «top de bure», éditions Rothbuchverlag, p «Parler et être courtisé/ un jeu vieux et bien aimé/ viens par ici vers moi, mon rayon de soleil/ Persil, Persil, Persil/ Caresser et être caressé, plus profondément, plus doucement, plus rapidement/ je t aime, mon rayon de soleil/ Nutella, Nutella, Nutella/ Heurter et être repoussé, une souffrance bien répandue/ Mais qu as-tu, mon rayon de soleil?/ Wick 41

42 Ces deux textes mélangent, chacun à leur manière, le langage publicitaire et le langage amoureux. Dans le premier texte, l extrait du roman Megaherz, les deux discours se succèdent et se confrontent l un à l autre. Les deux premières phrases présentent successivement les conditions dans lesquelles Ariane, hôtesse de l air hongroise, et Linus, DJ international, se rencontrent furtivement, au hasard de leurs déplacements, puis, dans un deuxième temps, selon une image empruntée à la lyrique traditionnelle, la sortie du temps et de l espace dans l hébétude amoureuse. La deuxième partie du paragraphe est également binaire, divisée en deux phrases. Elle joue à présenter la situation à nouveau, dans un effet de redondance du point de vue de l action, mais avec les mots d un discours publicitaire. La construction du paragraphe obtenu est en miroir : le discours de la lyrique traditionnelle présente l évènement avant de le sublimer par et dans le discours, présentant le réel puis le tirant vers l idéal, alors que discours publicitaire présente l effet du produit qu il vante sous les traits de l idéal avant de redescendre dans le réel, et de donner les renseignements pratiques qui permettront à chacun de se le procurer. Une schématisation possible de ces quatre séquences donne l embrassement REEL/ IDEAL/ IDEAL/ REEL. On pourrait sans doute montrer que le discours que j ai qualifié rapidement de «lyrique traditionnelle» sonne de toute façon déjà faux dans la précision exagérée de la durée du séjour d Ariane (dix-sept heures et demi), et que dans ce que j ai appelé «discours publicitaire», résonnent d étranges accents d appels au secours peut-être, puisqu en retirant le 0 du numéro de la chambre d hôtel, on obtient le 911, numéro des urgences aux Etats-Unis. Mais je voudrais surtout souligner que dans cette construction en miroir, qui joue sur la collision des discours lyriques et publicitaires, l idéal se trouve étouffé par le réel qui occupe les positions fortes d ouverture et de fermeture du paragraphe : il ne semble pas y avoir beaucoup d espace pour que ce bonheur, cet idéal, se développe et s épanouisse. Dans le deuxième texte que j ai mis en jeu et que je voudrais comparer au premier au niveau de sa fabrique, l hybridation des discours ne se fait pas sur le mode du choc, de la collision, mais sur celui du tressage, ou plutôt celui du reflet : les deux types de discours se mêlent par les reflets symboliques et les jeux d équivoque. Ainsi dès le premier vers, les deux discours publicitaires et amoureux sont déjà présents, puisque le verbe «werben» signifie aussi bien «faire de la publicité» que «faire la cour» 102. La relation entre les trois premiers vers et le dernier vers est assez vague. Dans le système de rimes approximatives alternées 103 qui organise le quatrain, le nom de la marque de lessive Persil est appelé sans doute plus par le signifiant de Spiel (le jeu, prononcé «chpil» avec un «i» long) que par un MediNaid, Wick MediNaid/ Parler et être entouré de mots/ Le cercle vicieux commence à se mettre en place, et la publicité attire:/ «Ici pourrait se trouver votre annonce»», in : Publicité, Dies ist kein Konzert, Voland und Quist, 2006, piste 13 du CD et p. 18 du livre. 102 J ai choisi la traduction neutre de «parler», j aurais aussi pu traduire par «chanter». L important était de ne pas choisir entre les deux types de discours (lyrique et publicitaire) que le verbe allemand connote. 103 Werden et Sonnenschein ne forment pas vraiment une rime, mais les sonorités finales sont proches. 42

43 rapport logique quelconque, à moins que l éclat des habits fraîchement lavés ne se voit conférer un rôle déterminant dans l attribution des éloges amoureuses. Dans le second quatrain, la relation est plus claire, celui-ci se développe en effet sur la polysémie du terme «streicheln» qui désigne aussi bien l action de «caresser» que celle de «faire une tartine», d où l irruption de la marque fameuse de pâte à tartiner chocolat/ noisettes, «Nutella». Le troisième quatrain joue lui à présenter les ressources médicales qui permettent de combattre le «mal d amour» en faisant intervenir «Wick MediNait» le nom d un médicament contre les coups de froids qui pourrait être aussi un médicament contre les «coups durs» 104 sentimentaux. Le retour systématique du martèlement ternaire, ou binaire pour le troisième paragraphe, d une marque, d un produit ou d un médicament en fin de quatrain (sauf dans le dernier quatrain) révèle in fine très clairement la polysémie des termes du discours amoureux, et suggère par là que ce discours n est pas forcément un discours aux origines sincères repris par la publicité, mais que c est peut être aussi un discours au contraire intégré en écoutant de la publicité, intériorisé et réutilisé en contexte amoureux. Autrement dit à l issue du Slam, on ne saurait pas vraiment dire si la publicité emprunte à la lyrique ou si c est l inverse. En fait, le dernier quatrain, en faisant intervenir la forme-sens du cercle et de l entraînement, invite à penser que les deux discours se fécondent l un l autre dans un jeu d emprunts mutuels et de construction commune. Impression qui devient encore plus intense dans le Slam «petite invitation» 105, aussi nommé «poème d amour à une chinoise», construit sur le modèle d une publicité Mac Donald s. Comme la campagne de publicité de la firme américaine, le Slam joue à n utiliser que des mots allemands qui sonnent chinois 106 : ainsi le discours amoureux se trouve totalement formaté par le discours publicitaire, mais on pourrait aussi souligner qu à l inverse, dans sa démarche de séduction qui joue sur l exotique, le discours publicitaire est peut être aussi formaté par le discours amoureux Finalement, que l hybridation des discours consiste à les opposer dans un choc frontal pour montrer la différence de mouvement (du réel vers l idéal pour le discours lyrique, de l idéal au réel pour le discours publicitaire) ou à les tresser dans un jeu de reflet pour en montrer les enjeux de construction réciproque, il s agit toujours d exhiber la fabrique des discours, et donc de prendre par rapport à eux la distance qui sied au poète. f) Enjeux formels 104 Wick MediNait, est un médicament à base de dextromethorphan, Paracetamol, Ephedrin et Doxylamin utilisé la nuit pour soigner les inflammations des muqueuses des voies respiratoires supérieures. D après le site : consulté le 7 août Le Slam «Kleine Einladung» ou «Liebesgedicht an einer Chinesin» est parut sur le CD de Dies ist kein Konzert et sur une très importante anthologie de poèmes lyriques de langue allemande, Der neue Conrady. 106 Echange par mail (août 07), Adrienne écrit: «J ai lu quelque part que tu as écris le slam «kleine einladung» en t inspirant d une campagne de publicité de McDonald s te souviens tu de laquelle?» Bas Boettcher écrit : Die Werbung war für die "China Wochen" bei McDonald's... Der Slogan lautete: Hao Rein! Ein anderer Slogan lautete: Lang Tsu! (La campagne était pour la semaine chinoise de McDonald s Le slogan était Hao Rein!, un autre slogan était: Lang Tsu! ). 43

44 Le discours publicitaire, celui des espaces «publics», formé dans une réciprocité problématique avec les discours d ordre «privé», est encore susceptible d être au principe d un autre discours celui de l art. Car si le discours amoureux n est pas à l abri du formatage publicitaire, celui de l art ne se montre pas moins perméable. Voici une capture du haut d une page du site internet de l artiste, rubrique Netzwerk (réseau), sous-rubrique Booking (réservation) : Bas Boettcher buchen: Verschiedene Programme sind buchbar 107 : --> Rapoetry Pur [45 Minuten dynamische Wort-Kaskaden aus BB's Satzbau Bausatz] > Beats & Poesie [Mischung aus Rapoetry Performance und Konzert] > liesmich.exe [Lesung aus dem Roman 'Megaherz' mit lyrischen Eruptionen] > Slam Poetry [Teilnahme an Poetry Slams und Slam-Shows] > Slam WordShop [Seminar zur Poetry Slam Kultur - Hintergründe, Geschichte, Text-Tricks] 112 Le titre de la page est provoquant : il propose de «réserver» l auteur comme on réserverait un vol en avion ou une chambre d hôtel. Suit un tableau qui présente de façon très formelle les prestations de Bas Boettcher à l aide de formules courtes et saisissantes. En réalité bien sûr, les formats ne sont pas si simples et figés : un séminaire se construit en fonction de sa durée, du public qui y prendra part, il peut aussi être combiné avec une petite prestation. La formalisation des prestations et la fabrique de slogan est une stratégie de nature «publicitaire» : un discours simple et des formats clairs, dont Bas Boettcher reconnaît l influence déterminante sur son travail: «Je ne peux pas me décider si je dois être reconnaissant à ces messieurs les stratèges publicitaires pour leurs créations de mots et de slogans ou si je dois les rendre responsables de mon évolution de producteur de services et de consommateur ondemand. Il n y a qu une chose de sure : ces designers de la communication ont certainement plus d influence sur mon travail que Günter Grass» 113. Si le site même de l artiste se révèle formaté par le 107 «Réserver Bas Boettcher : Différents programmes sont à réserver :» 108 «45 minutes de cascades verbales dynamiques, des phrases de construction construites comme des phrases de Bas Boettcher». 109 «Mélange de Slam poésie, Performance et concert» 110 «Lecture du roman Megaherz avec des éruptions lyriques» 111 «Participation à des Slam et des spectacles de Slam» 112 «Séminaires sur la culture Slam Arrière-plan, histoire, astuces d écriture» 113 Ich kann mich nicht entscheiden, ob ich diesen Herren Werbestrategen für ihre Wortschöpfungen und Slogans dankbar sein soll oder ob ich sie für meine Entwicklung zum Bringdienst und On-Demand Konsumenten verantwortlich machen soll. 44

45 discours publicitaire, c est que l art n échappe pas à la règle. Et pourtant, s il n y a pas d exception artistique, l art semble capable d aider à la prise de conscience des formatages qui sont en jeu dans les discours d ordre «privés». Par exemple le formulaire de feedback (remarques, commentaires) met en jeu ce constat simple : Feedback-Formular Absender Name: Absender Thema: Kommentar Gruß Nachfrage weder Spam ;o) 114 Guten Tag,... noch Versenden > > > > Abschicken Verw erfen Ici le visiteur du site (rubrique Netzwerk encore, sous rubrique ) est invité à rédiger un mail, comme il le ferait sur sa messagerie normale. Il doit tout de même rentrer son nom et son adresse, ce qui n est pas réellement une différence car si nom et adresse ne sont pas saisis manuellement à chaque fois ils apparaissent toujours lorsqu on écrit un mail. Ensuite, le visiteur doit choisir «l objet» de son message. C est un premier réel changement : il ne peut pas composer lui-même cet objet, il doit choisir un sujet (thema) dans une liste. Le message lui est composé librement, mais une suggestion d adresse est quand même présente («guten tag», c'est-à-dire «bonjour»). Ces deux changements de fonctionnement par rapport à une messagerie personnelle sont les changements qui marquent Fest steht nur das eine: Diese Kommunikationsdesigner haben sicher mehr Einfluß auf meine Arbeit gehabt als Günter Grass, in: Mal eben überschlagen, article à lire sur le site internet de Bas Boettcher (Archiv/ Eigene Artikel) 114 Les «Themen» (sujets) proposés sont : Kommentar (commentaire), Gruss (salutation), Nachfrage (demande), weder noch (ni l un ni l autre), Spam (courrier indésirable). 45

46 traditionnellement tout service de messagerie interne à un site d entreprise, quel que soit son domaine d activité 115. La transposition de ce modèle de mails préformatés sur le site d un artiste fait tout à fait sens et on peut l interpréter simplement : on s aperçoit plus facilement à quel point l indication d un «objet» est une contrainte formelle de l quand on veut écrire une remarque, une appréciation sur le travail d un artiste que lorsque l on veut commander des produits, dénoncer un contrat ou demander des informations sur internet, par ce que dans ces cas là l objet se formule clairement et simplement de manière rapide, presque automatique. La publicité, qui formate l expression privée comme elle formate désirs et besoins, peut quand même rester une source de bonheur, lorsqu on a reconnu son caractère illusoire mais tout-puissant : «c est du bluff, on est toujours en train de nous vendre quelque chose, de nous jouer une comédie, mais on le sait très bien et on en a même envie. On va au cinéma pour être trompé, on veut justement des effets spéciaux [ ]. C est du bluff, mais qu on en profite au moins s il vous plaît» 116. Bas Boettcher présente donc un discours réfléchi et mûri dans la distance d un regard poétique. E. Du Slam à la performance, le dessin d une figure d artiste Après une période Hip Hop pendant laquelle, en parallèle, Bas Boettcher se produit sur la scène Slam nationale et internationale, l artiste sort progressivement de l espace du Slam. S il participe encore à des événements Slam, dont le très attendu festival allemand international de Slam poésie qui se déroulera à Berlin du 3 au 7 octobre , et plus précisément à Kreuzberg 118, le quartier de Bas Boettcher, il ne prend plus part à la compétition. Y a-t-il là un changement important dans la perspective stylistique, ou dans celle de la construction de la figure de l artiste? Comment interpréter cette nouvelle migration poétique? Je propose de partir de la présentation de la scène Slam allemande (origine et construction), pour ensuite éclairer plus précisément le statut qu y a Bas Boettcher et le sens de son évolution vers le statut de performer ; et, enfin, en tirer les conséquences quant à la construction «du dehors» de la figure de l artiste, et à la gestion de ce changement par Bas Boettcher. d) La scène Slam allemande 115 C est par exemple aussi le modèle qui correspond aux messageries des sites internet des radios du groupe RadioFrance. 116 Es ist Schwindel, es wird einem die ganze Zeit irgendwas verkauft oder irgendeine Illusion vorgespielt, aber wir wissen es ja und wollen es doch auch irgendwie. Man geht ins Kino um getäuscht zu werden, man will eben Spezialeffekte [ ]. Es ist Schwindel, aber man genieße es doch bitte wenigstens, in: Form, Format und Formulierung Ein Gespräch mit Bas Böttcher, auteur inconnu. 117 Site officiel à consulter sur état au 7 août Kreuzberg est un quartier berlinois situé au Sud Est de la ville. 46

47 Pour comprendre ce qu est la scène Slam allemande, il faut remonter à ses origines américaines. Je veux préciser d emblée un point. La scène française ne se reconnaît pas nécessairement de filiation avec la scène américaine. Elle peut s en réclamer, mais aussi parfois se reconnaître plus une vague parenté qu une réelle filiation ou une origine 119. Ce n est pas le cas de la scène allemande qui se reconnaît plus ouvertement descendante de la scène américaine. Je veux parler de ces origines américaines car elles sont importantes pour apprécier ensuite les différentes déclinaisons, ou disons «mouvances apparentées» européennes, et situer la scène allemande par rapport à la scène française. Je présenterai ensuite plus en détail la scène allemande et les implications de son organisation sur les pratiques qui y sont rattachées. Le Slam est un mouvement poétique, social et culturel, qui apparaît à Chicago au milieu des années 80 quand Marc Smith, jeune écrivain résident à Chicago, commence à organiser des compétitions de poésie dans le bar Green Mill. Les rencontres sont placées sur le double signe de la compétition donc, et de la cérémonie, puisqu il y a prise de parole individuelle et attention de la part de tous, c'est-à-dire prise de parole codifiée et respectée. Le Slam est un mouvement qui est donc dix à vingt ans plus jeune que celui du Hip Hop. Il est bien moins clairement caractérisé que celui-ci : pas de langage particulier, de style vestimentaire reconnaissable. Le Slam est une pratique qui ne communique ni avec le domaine des Arts Plastiques ni avec celui de la danse ou celui de la musique 120. Cette différence a son importance : le Slam peut réunir une communauté mais celle-ci n est pas du tout uniforme, autrement dit, il n est pas possible de s y reconnaître comme on se reconnaîtrait appartenant à la communauté Hip Hop par l adoption commune d un idiome et d un style vestimentaire. Néanmoins le Slam a ceci de commun avec le Hip Hop qu il porte en lui, de par son esthétique, des valeurs sociales. Il s agit de créer un espace d expression ouvert à tous. Selon la présentation du mouvement à lire sur le site le Slam aurait même l intention «[d abolir] les frontières cloisonnant les styles, les genres, les poètes de la rue et les poètes «académiques»» 121. Le Slam est d ailleurs défini sur ce site comme «la recette miracle de poésie» 122. C est à dire que non seulement il s agirait de créer un espace d expression ouvert à tous, mais en plus cet espace aurait l ambition de ne pas être simplement un espace d échange verbal mais encore un espace d échange poétique. J utilise 119 Voir la page personnelle : «Importé des Etats-Unis, [ ] le slam est un terrain d'expression poétique qui trouve ses origines ailleurs qu'aux Etats-Unis [ ]. Son histoire pourrait remonter jusqu'à celles des grecs et de l'agora, passer par celle des griots d'afrique de l'ouest, des joutes orales du sud de la France, des duels d'improvisation du Brésil et de Cuba jusqu'aux réunions poétiques des poètes du Saint-Germain des Prés», consultée le 7 août. Il est important de noter que cette page est accessible par un lien postposé au titre de la rubrique «histoire du Slam» du site (à partir du sommaire (http://www.planeteslam.com/sommaire/slam.htm), 3ème carré à droite en partant du haut). 120 En fait les choses ne sont pas si simples car le Slam peut faire appel à des éléments de Beat Boxing et rejoindre par là le domaine musical. Et l expression corporelle requise pour la présentation des textes pourrait en un sens rejoindre la danse. 121 Cf. la rubrique «histoire du Slam» du site (à partir du sommaire (http://www.planeteslam.com/sommaire/slam.htm), 3ème carré à droite en partant du haut). 122 Cf. le sommaire du site (http://www.planeteslam.com/sommaire/slam.htm) puis dans le deuxième carré en haut à droite, sous la question «le Slam c est quoi?», le lien «à lire», écouter aussi le reportage sous le lien «à écouter», qui reprend la même idée : défendre le Slam comme pratique poétique. Etat au 7 août

48 le conditionnel car ici les choses se compliquent. En effet, tout le monde s accorde à reconnaître dans le Slam une pratique sociale qui donne lieu à des échanges verbaux. Mais cette revendication d une dimension poétique de la pratique du Slam est nettement plus problématique. En France, comme j ai commencé à le montrer, elle est très présente, que ce soit sur le site planèteslam du slameur connu et reconnu de la scène parisienne Tsunami ou sur celui de la Fédération française de Slam poésie 123. Sur le site planèteslam, on affirme également que «faire descendre la poésie de sa tour d'ivoire pour acquérir un statut semi-populaire» 124 était bien l ambition première de Smith. Ce que je veux montrer c est que ces organisateurs de la scène Slam française reconnaissent la diversité (différents styles de poésie) mais pas l hétérogénéité des pratiques de Slam, c'est-à-dire la possibilité que les prestations ne soient pas toutes de la poésie, ou que même peut-être d ailleurs, aucune n en soit. D ailleurs, les diverses appellations de «Slam poetry» (en américain), «Slam poesie» ou «Slam poetry» (en allemand), et «Slam poésie» en français dénotent à elles seules assez clairement cette ambition poétique. La scène allemande se construit progressivement et s institutionnalise dans les années 90, le premier slam national est organisé en 1997 par Wolf Hogekamp à Berlin, et c est Bastian Boettcher qui remporte la compétition solo 125. En 1998, Marc Smith fait partie des invités du second Slam national allemand de Munich. C est Bastian Boettcher qui prend en charge l organisation du troisième Slam national qui se déroule à Weimar 126. Comme la scène française, la scène allemande est organisée d abord par quelques grandes figures et se développe ensuite dans toute l Allemagne. Elle attire un public sans doute un peu différent car la plupart des manifestations sont payantes en Allemagne et pas en France. Les événements Slam n ont pas lieux comme en France dans des cafés la plupart du temps mais dans des centres culturels où l entrée est payante 127. La différence se fait encore sentir dans l organisation du Slam national : toutes les scènes sont payantes en Allemagne, alors que seules les finales et demi-finales le sont en France 128. La scène allemande s adresse donc à un public sans doute un peu moins populaire que la scène française. Je veux maintenant me concentrer sur la scène allemande pour tirer les conséquences de son organisation, maintenant que j ai montré qu il n existait pas une scène slam internationale, ni même européenne, mais que chaque scène nationale méritait d être distinguée, si ce n est dans ses ambitions 123 «La mission de la FFDSP est de promouvoir les performances et les créations de poésie, en cultivant les activités littéraires et des évènements scéniques afin d'établir la participation du public, de stimuler la créativité, d'ouvrir les esprits, de renforcer l'éducation, d'encourager les artistes, et d'engager les communautés du monde entier dans l'art du langage», in : site officiel de la fédération française de Slam poésie, consulté 1er juillet Voir la rubrique «Histoire du Slam» sur le site chemin déjà indiqué plus haut. 125 Il y a aussi une compétition en groupe. 126 Voir le site onglet «Slam», rubrique : «10 Jahre Slam, Chronologie der deutschsprachigen Poetry Slam-Meisterschaften» (10 ans de Slam, chronologie des championnats de poésie Slam en langue allemande). Etat au 8 août Souvent environ 5 euros. 128 Comparer les sites officiels : et état au 7 août

49 au moins dans son institutionnalisation. La scène allemande, selon Bas Boettcher, se caractérise avant tout par sa diversité et son hétérogénéité : «Il est dommage que les gens de l extérieur considèrent souvent la poésie Slam come une masse uniforme. Il y a là un problème dans la perception publique. Au lieu de juger chaque slameur individuellement, les ennemis de la scène généralisent souvent à partir de l observation de quelques slammeurs amateurs à tout le reste. Transposé dans le monde de littérature, ça donnerait à peu près quelque chose comme porter à l issue de la lecture de trois livre de John Sinclair un jugement global sur tous les livres» 129 Parallèlement à l extrême hétérogénéité, existe pourtant un risque de formatage, que Bas Boettcher analyse dans la même interview, lorsqu on lui demande «quels sont les dangers de la poésie Slam pour les Slammeurs?» : «Trop de reproduction de texte et pas assez de production. A cause du concours il y a le danger que chaque poète amène sur scène toujours et seulement les textes de son répertoire qui ont le plus d effet sur le public» 130. Lorsque j ai interviewé Frank Klötgen, autre membre du label SpokenWordBerlin, dans le cadre d un travail pour le séminaire que Bas Boettcher a donné à Nuernberg cette année, je lui ai demandé s il avait des conseils pour les apprentis-slameurs. Frank Kloetgen a alors fait une remarque assez proche de celle de Bas Boettcher : «Essayez de trouver votre style et de le fixer (en particulier dans la distance par rapport aux slameurs connus, aux exemples et aussi parfois dans la distance par rapport aux attentes du public) restez critiques et ne soyez pas prisonniers du format des événements tels qu ils sont organisés quand une autre voix se présente» 131. Tenter de s affranchir des attentes du public est un programme, qui n est évidemment pas réalisable. Mais conscientiser l impact du format des événements slam c est déjà se mettre en chemin vers un autre espace, où cette pression diminue avec la sortie du concours. e) De Challenger à Invité de la scène Slam, une évolution qui fait sens En restant membre de la scène Slam mais en sortant du concours et en intervenant donc maintenant exclusivement en tant que «MC» (Maître de Cérémonie) ou «invité», Bas Boettcher reste certes dans le même espace, mais il change complètement de statut. Ce changement, indique Bas 129 Leider wird Poetry Slam von Außenstehenden oft als einförmige Masse angesehen. Hier besteht ein Problem in der öffentlichen Wahrnehmung. Anstatt jeden Dichter individuell zu beurteilen, schließen Szenefremde oft von wenigen einzelnen Amateur-Slammern auf den großen Rest. Übertragen auf die Welt der Printliteratur wäre dass in etwa so, als würde ich nach dem Lesen von drei John Sinclair Büchern ein Pauschalurteil über alle Bücher fällen", in: interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 130 Zu viel Text-Reproduktion und zu wenig Text-Produktion. Durch den Wettbewerb besteht die Gefahr, dass jeder Poet immer nur die publikumswirksamsten Texte aus seinem Repertoire auf die Bühne bringt, in: ibid. 131 Versucht, euren eigenen Stil zu finden und unverwechselbar zu machen (insb. In Abgrenzung zu bekannten Slammern/Vorbildern und auch mal am Publikumswunsch vorbei) kritisch bleiben und kein Gefangener des Veranstaltungsformats werden, wenn der Weg in andere Richtungen weist, in: interview de Frank Kloetgen réalisée par mail, mars

50 Boettcher, permet au slam de garder un certain sérieux, de ne pas verser dans le divertissement gratuit : «On est toujours dépendant de la critique, de la bienveillance du public. Il faut juste faire attention à pas faire trop de compromis. Dans le Slam je remarque que beaucoup de gens ne se distinguent que par le rire et marquent une inflexion vers la comédie» 132. Il est aussi le signe de l air du temps puisque selon l artiste la scène allemande connaît une période de professionnalisation : «en ce moment nous assistons à une professionnalisation partielle de la scène. Des éditions se créent (Voland & Quist), de nouveaux médias sont développés (Poetry Clips)» 133. C est donc bien deux statuts nettement distincts qui se dessinent, à tel point qu aujourd hui Bas Boettcher ne se dirait pas, ou plus exactement plus, Slameur : «Je ne veux plus me présenter comme slameur, par ce que cette scène est trop hétérogène pour moi et que je ne peux pas m identifier avec le concept de «slameur». Le concept de «slam poète» ou «slameur» est comme un chèque blanc, par ce que par principe les Slams sont ouverts pout tous les poètes et tous les styles. Et c est aussi bien comme ça. Seulement comme label pour une certaine forme de style ce concept est donc naturellement tout à fait inapproprié. Je vais dans les Slams pour essayer de nouveaux textes. Mais sinon je n ai pas la moindre ambition de victoire. Je ne vais plus dans les Slams la plupart du temps que comme invité, sur demande des organisateurs, c'est-à-dire en dehors du concours» 134. Il nous faut donc distinguer entre «être slameur», c'est-à-dire aller dans des soirées et des concours présenter ses textes pour gagner la compétition et «évoluer dans l espace du Slam» 135, c'est-à-dire connaître cette scène, et l utiliser comme un réseau de diffusion de l œuvre mais ce en dehors de la compétition, et j insiste sur ce point par ce que quand j ai présenté le Slam j ai dit que cette discipline était placée sous le double signe du concours et de la cérémonie comme prise de parole codifiée. Or justement, Bas Boettcher sort très clairement du concours, et par là, il sort aussi quelque part de l espace du Slam, puisque ses créations, qui s affranchissent non pas totalement du jugement du public, c est impossible, comme il le dit lui-même, mais au moins en partie de par la sortie du concours, ne vont plus tout à fait partager l esthétique de slameurs qui continuent à se confronter à cette donnée primordiale. 132 Man ist immer von der Kritik, vom Wohlwollen, des Publikums abhängig. Man muss aufpassen, nicht zu viele Zugeständnisse zu machen. Im Slam beobachte ich, dass viele Leute nur auf die Lacher aus sind und ins Comedy Genre abdriften, in: interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 133 Im Moment erleben wir eine Professionalisierung in teilen der Szene. Verlage entstehen (Voland & Quist), Neue Medienformate werden entwickelt (Poetry Clips), in: ibid. 134 Als Slammer möchte ich mich nicht mehr darstellen, weil mir die Szene zu heterogen ist und ich mich mit diesem Begriff "Slammer" nicht identifizieren kann. Der Begriff Slam Poet oder Slammer ist wie ein Blanko Scheck, weil Poetry Slams prinzipiell offen für jeden Poeten und jeden Stil sind. Das ist ja auch gut so. Nur als Bezeichung für eine bestimmte Stilform ist dieser Begriff dann natürlich vollkommen ungeeignet. Ich gehe auf Poetry Slams, um neue Texte auszuprobieren. Aber ich habe sonst keine Ambitionen zu gewinnen. Slams besuche ich meist nur noch als Gast auf Einladung des Veranstalters d.h. außerhalb des Wettbewerbs, in: ibid. 135 Jean-Michel Espitallier dans son livre «Caisse à outils», parle de rencontres du slam et de la poésie, en évoquant des expériences de rencontre entre des gens issus du slam et des gens issus de la poésie. Mais rien n empêche ce phénomène de «rencontre» de se passer de façon plus «interne à la scène slam» : un poète peut très bien se produire sur une scène Slam, la réciproque n étant pas vraie (on voit mal comment un slameur non poète pourrait être programmé dans un festival de poésie). 50

51 En se dégageant de la contrainte du concours, Bas Boettcher évolue vers un nouvel espace qui est celui de la performance 136. C est l étiquette de «Performeur» qui lui est donnée par exemple par les réalisateur du livret d accompagnement de l anthologie Anna Blume rencontre Zuckmayer 137. Ce CD a été réalisé à la suite d une exposition sur «La voix des auteurs de langue allemande de 1901 à 2004». Les éditeurs se sont appuyés sur les recherches réalisées sous la direction de Eckhart Klessmann pour le magazine de l hebdomadaire Die Zeit en 1977, qui avaient abouti à la mise en vente d une anthologie de dix disques vinyles sous le titre «Voix des auteurs». Ils déclarent proposer leur anthologie acoustique dans un contexte «d intérêt public croissant» pour les voix d auteurs 138. Bas Boettcher occupe sur le CD numéro 2 la piste numéro 31 avec le Slam «Amour téléphonique» 139, au même titre que Günter Grass, Thomas Mann, Max Frisch, Elias Canetti, Paul Ceylan et de nombreuses autres très grandes figures de la littérature allemande moderne et post moderne. L ensemble des deux CD réunit 69 pistes. En passant de la scène Hip Hop à la scène Slam et maintenant à l espace de la performance, Bas Boettcher reste tout de même dans une certaine continuité : ainsi les premiers Raps dans des ascenseurs ou des cabines téléphoniques avec Loris Negro dans les années 90 pourraient avoir un certain lien avec le projet de la Textbox si on écoute Bas Boettcher nous décrire ces expériences de jeunesse : «Carrément, il y en a un qui donne le rythme en frappant contre le mur et ça donne l impression d être assis dans un boomer 140. Et après on commence à improviser en plus» 141. Déclamer dans un espace clos, et qui plus est dans le cas de la cabine téléphonique, dans un espace clos mais visible car séparé du reste du monde par des parois transparentes, on retrouve ici des éléments qui font penser à la Textbox. Autre indice de continuité, entre le travail de Hip Hop et celui de Slameur cette fois : les liens qui conduisent de l ancien site officiel du groupe Zentrifugal, qui n est plus actualisé aujourd hui, directement vers le site internet actuel de l artiste. Par exemple, ce lien est actif à la rubrique «Neues» (ce qui est nouveau), sous rubrique «Neues», ou la rubrique «Aktion» (action), 136 L espace de la performance est difficile à définir. Pour Marc Smith, le fondateur du mouvement du Slam, la performance fait partie du Slam : «Bien que le "Uptown Poetry Slam" [le premier Slam, celui qu il a organisé au Green Mill] ait toujours mis l'accent sur le côté "performance" du spectacle, c'est la compétition, par son rituel dramatique, qui a suscité l'intérêt médiatique et l'engouement populaire pour le slam. Est-ce une bonne chose? Parfois, je pense que non» Marc Smith, Et alors?, traduction Jean-Jacques Robert, assisté de Petit Modèle et Tsunami MC, à lire sur la page état au 9 août Je rappelle la célèbre définition de John Cage : «quelque chose qui engage la vue et l ouïe». Pour des définitions de la Performance, voir le «Dossier performance» de la revue Art Press numéro 331, Février 2007, ainsi qu un dossier Art Press à sortir en Novembre Dans le numéro d Art Press que j évoque, la Performance est éclairée comme discipline qui prend son énergie aux confins, dans «la liaison entre art vivant et art plastique» (p.50). 137 Anna Blume trifft Zuckmayer, Lesungen, Reden, Gespräche 60 legendäre Dichter in Originalaufnahmen, éditions Der Hörverlag, [ ] in den letzten Jahren ist auch ein zunehmendes öffentliches Interesse an sprechenden Zeugnissen sichtbar geworden, in Livret de l anthologie Anna Blume trifft Zuckmayer, Introduction, p Teleliebe, enregistré en 2001 à l occasion de la nuit de la poésie de la radio bavaroise. 140 Le boomer est un amplificateur de son chargé plus spécialement des parties de basse. 141 Klar, einer schlägt dann gegen die Wand und das ist so das Gefühl, als würde man mitten in der Bassbox drinsitzen. Und dann fängt man an, dazu freezustylen, propos receuillis par Markus Weber et cités dans l article Vom Rapper zu Poeten. 51

52 sous rubrique «Wordshops 142». Ou encore la rubrique «$$$», sous rubrique «Wordshops». Cela fait en tout trois chemins différents qui mènent du site ancien vers le site présent. Ce sont là des éléments de continuité 143 entre ce qu on pourrait qualifier de différentes périodes artistiques, même si j ai montré que les périodes «Hip Hop» et «Slam dans le concours» étaient presque confondues, et que l actuelle période se divise elle aussi entre «Slam», mais cette fois «hors du concours», et «Performance». Ce qui ressort en tous cas c est la continuité dans un engagement artistique qui cherche, en voyageant dans le monde de la création, l espace le plus approprié à son expression. f) Formation de l extérieur et formation de l intérieur La figure de poète qui se dessine plus clairement à mesure que le parcours de l artiste se détache de la scène Hip Hop, où malgré son statut de «Rappoète» il occupe un créneau encore très musical est aussi une figure qui est formée par ses éditeurs. Je m intéresse maintenant plus spécialement au livre de Bas Boettcher et aux stratégies de communications mises en place par ses éditeurs, Rotbuch. J ai déjà indiqué brièvement que le livre de Bas Boettcher, auquel ses éditeurs ont attribué l étiquette «Roman» avait été originairement conçu par l artiste comme une «nouvelle» 144. Conceptuellement, la différence entre le roman et la nouvelle n est pas forcément très claire. On peut avancer le critère de la longueur. Et en effet le texte de Bas Boettcher est peu être un peu long pour être classé comme «nouvelle». Encore que le nombre de pages, environ 160, doive être relativisé par la grandeur des caractères d imprimerie, supérieure à celle des livres de poche habituels en France. Toutefois si on s accorde souvent à fixer le nombre de pages standard pour la nouvelle entre 5 et 50 pages 145 il est vrai que le texte est un peu long. Le critère encore habituellement convoqué du nombre de personnages restreint (le couple est au centre de l histoire, et seuls quelques personnages qui gravitent autour de lui apparaissent : Nucleus, un ami de Linus, Lilly Walker le contact de Linus lorsqu il joue en amérique, les parents d Ariane) est respecté, tout comme celui de l inspection psychologique 142 Le mot «wordshop» est un néologisme créé à partir de l anglais «workshop» (à l origine un lieu de production de type artisanal ou industriel, par extension un atelier, un séminaire de formation réunissant un nombre traditionnellement restreint de participants). Bastian Boettcher change «workshop» en «wordshop» pour combiner l idée d atelier de formation en petit groupe («workshop») et celle d écriture connotée par le concept «mot» («word»), puisque ses séminaires portent effectivement sur l écriture et la poésie slam. 143 On pourrait rajouter, par exemple, la continuité stylistique qui existe entre la photo officielle du groupe Zentrifugal disponible sur le site du groupe rubrique «info», sous-rubrique «pressefoto» (photo de presse), première photo de la liste, dans un style délicieusement vieillot (napperon au crochet, médaillons ovales, papier peint à fleur, lampe et téléphone démodés), et la photo de Bas Boettcher présente sur le site SpokenWordBerlin, rubrique «MP3 + Texte», sous rubrique «Bastian Boettcher», où l artiste se présente dans une cuisine elle aussi toute vieillotte, faïence abimée aux motifs démodés, et surtout, vêtu d habits d un autre temps et portant de grosses lunettes. Le tout a un accent «rural» encore plus fort ici. 144 Cf. un échange par mail datant de février 07 : Adrienne écrit : Hast du dein Buch selbst als "Roman" bezeichnet oder war es von dem Herausgeber? (as-tu qualifié toi même ton livre de roman ou est-ce que c est l éditeur?). Bas Boettcher écrit : Ich hatte es ursprünglich als "Novelle" bezeichnet. - Der Titel der Novelle lautete "Vielflieger" (je l avais qualifié de nouvelle à l origine. Le titre de la nouvelle était grand voyageur ). 145 Cf. le site consulté le 7 août

53 partielle. En revanche celui de la présence finale d une «chute», pas réellement. On s attend en effet à ce qu il arrive quelque chose à Ariane, qui s est engagée, au sein de sa compagnie d aviation, dans un réseau armé de lutte contre les trafiquants de drogue. Si les éditeurs choisissent de changer le titre original de l œuvre ainsi que l étiquette, il s agit donc sans doute plus d une stratégie de communication 146. En effet le titre et le label d une œuvre sont les deux éléments qui, avec le nom de l auteur, forment les premiers seuils du contact avec l œuvre, ce sont donc des éléments tout à fait déterminants en termes de ventes. Je fais remarquer rapidement que le nouveau titre «Megaherz», c'est-à-dire «Megacœur» 147 fixe des attentes et un horizon de lecture assez différent de celui fixé par le titre initial «Vielflieger», «Grand voyageur». Le premier titre dirige l attention du lecteur sur l ensemble des motifs de la circulation (celle des voyageurs, des informations, mais aussi celle des sentiments), alors que le deuxième, imposé par les éditeurs, avant tout axé sur cette dernière circulation sentimentale, place le «roman» dans la catégorie des «romans d amour», même si la dynamique du néologisme éloigne de l étiquette «fleur bleue». Je voudrais aussi indiquer que peut-être l étiquette «roman» correspond à un certain degré de «sérieux littéraire», et permet de toucher un public qui a vis-à-vis de la poésie de certaines attentes. Voici la page internet du roman proposée par les éditeurs 148 : 146 Il n est pas rare que les éditeurs changent le titre, le label ou la couverture proposée par l auteur. 147 Il s agit aussi d un néologisme en Allemand. 148 Capture réalisée le 16 juillet 07 sur le site 53

54 Je m arrête un peu sur ces «photos de presse» pour continuer à apprécier la construction de l image de poète qui est en jeu ici. Les photos de presse présentent Bas Boettcher sous les traits d une «presque-caricature» de poète : le regard perdu dans un horizon lointain, cherchant l inspiration peutêtre, le poète semble s abandonner à des pensées éthérées. Cette pose est en relation problématique avec l œuvre de l artiste. Pas contradictoire, car on a pu apprécier dans l œuvre la distance du poète, mais légèrement en décalage, par ce que ces images ne donnent pas à pressentir l attention que le poète prête dans ses textes à la vie quotidienne. La photo numéro 3 présente le poète avec une valise, elle invite à chercher les traits qui rapprochent le DJ «grand voyageur», personnage principal du roman, et l artiste. Les cadrages des photos numéro un et deux font penser aux photos qui accompagnent parfois les publications scientifiques, avec en outre la légère inclination caractéristique du buste de l auteur. Seule la vacance du regard est dissonante. Je trouve que ces photos donnent à voir l auteur comme dynamique et professionnel, ce qui à mon avis correspond bien à Bas Boettcher. La photo numéro 4 présente l auteur comme nonchalant avec son cadrage décentré à la symbolique évidente, impression encore renforcée par la pose de l artiste appuyé sur le mur les mains dans les poches. Pour Bas Boettcher, cette construction est amusante, mais l artiste n en est pas dupe. Pour lui il est clair que ses personnages sont des êtres de fiction et en aucun cas des doubles, ce qu il déclare dans l interview que j ai réalisée de lui : «Malheureusement on confond toujours le narrateur [du roman Megaherz] avec moi en tant que personne, ce qui conduit naturellement à ceci que, étant donné que le narrateur, au fond, est un enculé, les gens ont une bien belle image de moi!» 149, et l auteur de distinguer, plus sérieusement, vie privée et vie d auteur : «Le travail d une personne a toujours à voir avec sa vie privée, et certains textes se comprennent mieux quand on connaît un peu mieux la biographie, c est certainement compréhensible qu on pose de telles questions [d ordre biographique], mais je prends la liberté de mentir simplement quand j estime que les questions sont trop privées, ou celle d inventer une histoire quelconque, en fait c est toujours la question, qu est ce qu en tant que journalistes les gens veulent entendre, est ce qu ils veulent entendre et confirmer un mythe, ou est ce qu ils veulent confirmer la vérité. C est, par exemple, merveilleux, j ai le privilège d être né en même temps à trois endroits, je trouve ça merveilleux, je laisse ça comme ça tout simplement, donc je suis né à Brême, à Weimar et à Berlin» Leider wird auch immer der Ich-Erzähler mit mir als Person gleichgesetzt was natürlich dazu führt, der Ich Erzähler ist ja ein Arschloch im Grunde man eine sehr schönen Eindruck von mir hat!, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Die eigene Arbeit hat ja immer auch mit dem eigenen Leben zu tun und manche texten lassen sich besser verstehen wenn man die Biographie etwas besser kennt das ist bestimmt verständlich das welche Fragen bestellt werden ich nehme mir aber die Freiheit heraus dann einfach zu lügen also wenn mir die Fragen privat oder ich nehme mir die Freiheit heraus mir an welche Geschichte auszudenken denn das ist immer die Frage was man eigentlich als Journalist dann hören will, ob man jetzt den Mythos hören will und bestätigen, oder ob man die Wahrheit bestätigen will. Das ist z. B. wunderbar ich hab das Privileg an drei Orten gleichzeitig geboren worden zu sein, das finde ich wunderbar, das lass ich einfach mal so stehen, also ich bin in Bremen, in Weimar und Berlin geboren, in: ibid. 54

55 Ainsi, l authenticité de la parole auctoriale ne se laisse pas définir par les lois «du dehors», mais par celles «de la scène», c'est-à-dire que l artiste travaille en tant qu artiste et pas en tant que personne privée : «Je pense que l on ne veut pas nécessairement entendre la vérité de la bouche de l auteur. Et pour le texte «déclaration d amour à une chinoise» je dis aussi parfois que cette histoire est fictionnelle [et parfois que c est une histoire qui s est vraiment passée], et que ce soit vrai ou non, peut être que je ne le sais pas moi-même, et je pense que ce qui est important sur la scène c est que ça soit vrai de façon interne, en soi, et pas forcément que ça soit en accord avec les règles du monde extérieur, ça je pense que ce n est pas important. Je trouve ça vraiment merveilleux que la scène justement ait ses propres lois et que là les choses puissent être vraies en soi et qu après elles seraient en conflit avec le reste du monde, oui, ça serait des mensonges, on serait un trompeur, mais sur la scène, ça ça ne compte pas» 151 Il y a donc très clairement chez Bas Boettcher, au sein d un parcours artistique mouvementé, la création progressive, par l artiste et par ses éditeurs, d une figure de poète 152 : un poète «authentique», non par ce qu il parle de lui, mais par ce qu il parle de son temps. F. Aux marges du champ littéraire La construction d une figure d artiste par rapport au public implique aussi un positionnement dans la communauté poétique, mais aussi dans la communauté littéraire. Chez Bas Boettcher, le positionnement dans la communauté, le champ littéraire, est clairement annoncé. Je considère, suivant en cela Gérard Genette 153, que la définition de la littérature ne saurait dépendre du critère de l écrit. Il n est pas d œuvre qui puisse être arbitrairement sortie du champ de la littérature parce qu elle a un caractère oral. D ailleurs, dans le cas de Bastian Boettcher, on peut discuter la pertinence de l étiquette «poésie orale», étant donné que si les textes sont écrits pour la scène, ils sont écrits et donc fixés sur support écrit avant que d exister, de prendre vie sur scène. Il n est donc pas problématique de classer cette œuvre «orale» dans le champ de la littérature. Mais ce positionnement de l artiste est assorti d une prudence essentielle : pas question de se positionner dans le champ littéraire pour se mettre hors 151 Ich glaube man will von dem Künstler vielleicht gar nicht unbedingt die Wahrheit hören, und bei der Liebeserklärung an einer Chinesin sag ich auch manchmal das es gelogen ist, nach der Geschichte und ob es stimmt oder nicht weiss ich vielleicht selber gar nicht so genau, und ich glaube was auf die Bühne wichtig ist eigentlich die Stimmigkeit intern, also in sich, das das stimmt, aber ob das mit dem Gesetzt der äußeren Welt übereinstimmt das ist glaub ich gar nicht so wichtig ich finde das ganz wunderbar dass die Bühne eben ihre eigenen Gesetze hat und dass da Dinge in sich stimmen können die dann für den Rest der Welt komplett kollidieren würden und mit dem Rest der Welt eher, ja das wäre eine Lüge oder dass man wär ein Betrüge aber auf der Bühne zählt das gar nicht, in: ibid. 152 On peut rajouter comme élément de cette construction l adoption d un nom d artiste, Bas Boettcher et non plus Bastian Boettcher. Ce pseudonyme lui a été donné par Wolf Hogekamp. Il est d ailleurs construit de façon rigoureusement identique (prénom abrévié (Wolf pour Wolfgang) plus nom de famille exact). 153 Dans Fiction et Diction, Gérard Genette se demande à quelle condition un texte oral ou écrit peut être considéré comme un «objet (verbal) à fonction esthétique». Il rejette à cet égard la spécificité de l écrit sur l oral comme condition de la littérarité d un texte, en rappelant les innombrables usages non-poétiques de l écrit et à l inverses les performances poétiques orales. 55

56 de portée de son public. Se faire entendre et se faire comprendre restent deux préoccupations de taille pour l artiste. Ainsi le positionnement est à la fois clairement dans le champ de la littérature et à la fois il s effectue aux marges de celui-ci, là où se joue l émergence d un discours à la fois inspiré et artisanal. d) Un positionnement clair dans le champ littéraire Bas Boettcher se positionne de manière tout à fait claire dans le champ de la littérature. Lorsque je lui ai demandé quel genre d artiste il était, il m a répondu «poète, et plus précisément, justement [ ] poète dans cette signification originaire 154, le cas échéant aussi en relation avec le dictateur 155, le poète donc, celui qui parle» 156. Je laisse de côté l allusion au «dictateur», pour m intéresser à la revendication d une poésie «originaire». Je retrouve ici une formule que j ai déjà utilisée : celle de la «poésie des origines», pour examiner maintenant ses enjeux non plus en termes de souffle poétique comme précédemment, mais en terme de positionnement social dans le champ de la littérature, par rapport aux autres individus qui peuplent ce champ. En investissant le champ de la littérature, Bas Boettcher rentre dans les luttes qui y occurrent. Définissons rapidement le concept bourdieusien du «champ littéraire» avec Gérard Mauger : «Le lent processus de différenciation du monde social conduit à l existence de champs relativement autonomes [ ] : ainsi est-on conduit à étudier les processus d autonomisation de ces microcosmes, leur degré d autonomie, et, à l inverse, les prises de contrôle, le processus de régression vers l hétéronomie» 157. Le champ est donc un espace social qui regroupe les membres évoluant dans un même domaine d activité, c'est-à-dire prenant part en commun à un même «jeu». La métaphore du jeu proposée par Gérard Mauger ne doit néanmoins pas faire croire que le champ est une création délibérée. Il s agit plutôt de souligner que l appartenance au champ suppose de la part de tous ses membres une implication et une croyance dans le fait que le jeu social vaut la peine d être joué. L autonomie du champ est le fait qu il se fixe à lui-même ses propres lois. Le principe inverse, l hétéronomie, c est le fait de se voir fixer des lois venant de l extérieur. Ainsi chaque champ tend à la fois à se fixer des règles de 154 Le poète en allemand est le Poet ou le Dichter. Il arrive souvent en allemand que deux mots aient la même signification, l un d origine greco-romaine et l autre d origine germanique ou anglosaxonne. Bas Boettcher sous-entend ici que le mot «Dichter» viendrait du latin «Dico, is, ere, dixi, dictum», parler. Il est difficile d établir une certitude étymologique. Je ne sais pas s il s agit d une acrobatie verbale ou d une assertion plus «scientifique». Mais je m intéresse à cette revendication en tant que telle et sans préjuger de son exactitude. Le choix du mot «Dichter» et non pas «Poet» a son importance : le mot «Poet», d origine grec, renvoie plutôt à la facture de l œuvre, dans un sens originairement matériel, donc renvoie à l œuvre en tant que matérialité, au livre (même si bien sûr dans un sens symbolique cette matérialité pourrait désigner l enveloppe verbale du récit, son «matériau signifiant»), alors que le mot «Dichter» renverrait selon l auteur plus à l oralité de l œuvre en tant qu elle est parlée. 155 Même allusion à l origine étymologique commune entre les mots allemand de «Diktator» et latin de «dicere». 156 Adrienne dit : Was für ein Künstler bist du? Stichwort? Schriftsteller? Dichter? Perfomer? Slamer? (quel genre d artiste es-tu? Un mot clé? Ecrivain? Poète? Performeur? Slameur?) Bas Boettcher dit : Ich würde mich jetzt als Dichter bezeichnen und zwar, eben Dichter in dieser ursprünglichen Bedeutung, beziehungsweise auch im Verwand mit dem Diktator, der Dichter also der der spricht (maintenant je me définirais comme poète ), in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Gérard Mauger, article «CHAMP», in : Abécédaire de Pierre Bourdieu, sous la direction de Jean- Philippe Cazier, éditions Sils Maria, collection Abécédaire n 2, 2006, p

57 façon interne, c est l avancée du «processus de différenciation du monde social» qui le veut, et en même temps, parce que cette autonomisation ne peut être que tendancielle, par ce que chaque champ reste partie prenante de la société totale, il ne peut se soustraire à ses lois, et ainsi les règles d origine «étrangère», celles qui viennent «du dehors», restent plus ou moins déterminantes. Dans un champ particulier, qui est «une configuration de relations objectives entre des positions occupées par des individus ou par des institutions», «chaque position est définie par le capital spécifique détenu et par le volume et la structure des différentes espèces de capitaux détenus» 158. Je m intéresse au champ de la littérature dans lequel évolue Bas Boettcher : «Un champ se constitue ainsi sur la base d'une loi qui, du même coup, introduit un type de capital spécifique. Le champ est donc un espace structuré de positions, un réseau de relations objectives entre des agents ou des institutions qui s'interdéfinissent par la distribution inégale de ce capital spécifique, soit, dans le cas précis du champ littéraire, les salons, les maisons d'édition, les revues, les écoles, etc. L'inégale répartition de ce capital est au principe des luttes qui animent le champ (et qui, par ailleurs, contribuent toujours à son autonomie -de là le fait que le champ est toujours inséparablement le lieu et le produit des luttes entre les agents partageant la même activité). La seule relation qui soit, en définitive, structurante, est le rapport de domination. Les formes prises par les luttes au sein du champ littéraire - en tout cas depuis que s'est affirmée son autonomie - sont invariantes et en nombre limité, au premier rang desquelles on peut noter l'opposition entre orthodoxie et hétérodoxie (i.e. toute tentative de subversion qui oblige les dominants à affirmer l'orthodoxie et imposer la doxa). Les luttes ont pour objet l'appropriation d'un capital spécifique mais peuvent aussi avoir pour objet la redéfinition de ce capital ; en ce cas, elles peuvent modifier profondément la configuration du champ en redistribuant radicalement le capital selon les nouvelles normes imposées» 159. Mon propos n est pas de demander si effectivement, Bas Boettcher procède à une redéfinition du capital spécifique, en imposant dans le champ de la littérature la redéfinition des rapports de domination en fonction de la nouvelle norme de l oralité. Ce que je veux montrer ce sont les implications enveloppées dans la déclaration que j ai retranscrite plus haut. En revendiquant un statut de défenseur de la «poésie des origines», de cette poésie fondamentalement orale, Bas Boettcher sous-entend en effet que cette «redistribution radicale» du capital «selon de nouvelles normes» est, sinon en marche, du moins imaginable, peut être souhaitable, et qu elle serait en tous cas légitime. Avec un léger accent dada, en digne descendant de ce mouvement provocateur, d origine allemande d ailleurs, qui jouait à déconstruire les attentes littéraire d un public bourgeois, Bas Boettcher explique même que les poètes qui écrivent de la poésie sont dans la contradiction : «On pense malheureusement toujours par rapport à l écrit, l un est «poète lyrique» [celui qui écrit des poèmes pour les livres], l autre est «poète lyrique de scène». Je trouve ça dommage, c est une évidence étrange, on pourrait tout aussi bien dire «le poète de scène» est «le poète lyrique» ou «le poète», parce que «le poète», ça vient bien de «dicere», parler 160, le poète, «celui qui parle» mais au 158 In : ibid. 159 Vincent Debaene, article «définition du champ», à lire sur le site consulté le J ai expliqué le jeu de mot dans une note précédente. 57

58 fond c est moi qui parle, et ceux qui publient des livres sont les «poètes de livre», ce qui au fond est en fait un paradoxe, par ce que du coup ce sont des «parleurs par livre»» 161. Hors du jeu de la provocation, s il ne revendique pas de redistribution du capital spécifique littéraire, il demande la reconnaissance de deux espaces qui auraient, au sein du champ de la littérature, leur règles autonomes, c'est-à-dire qu il ne cherche pas à imposer ses normes à tout le champ de la littérature mais demande qu on écoute son œuvre dans le «sous-ensemble» de la littérature parlée, sans plaquer sur elle les règles d appréciation qui sont celles du «sous-ensemble» de la «littérature écrite» : «la scène a aussi des règles d écriture différentes de celles que j ai quand j écris un livre». Et l artiste de préciser : «Par exemple, sur la scène on a volontiers un refrain accueilli avec reconnaissance par le public, ou une partie du poème répétée, ça serait une redondance inutile dans un livre, mais sur la scène il faut bien que cela soit, par ce que le lecteur d un livre a la possibilité de butiner ça et là, mais sur la scène, le spectateur peut pas dire «hé, attend, pause là, c est quoi le mot que tu viens de dire?». Et c est pourquoi c est une forme spécialement adaptée à la scène. Il y a d autres formes pour la scène, par exemple, une clarté aussi grande que possible de l expression, le fait que par exemple, on ne fait pas de phrases qui durent plus longtemps qu un trait de respiration, ce qui serait dans une forme écrite déjà plutôt possible» 162 Il y a donc de la part de Bas Boettcher un positionnement clair dans le champ de la littérature et, avec une certaine distance, dans les rapports de dominations qui y ont cours. e) Le refus d une posture «performeur-avant gardiste» Bas Boettcher se positionne donc dans le champ de la littérature, mais reste le problème de la position qu il occupe réellement à l intérieur de celui-ci. Il a conscience de ne pouvoir revendiquer, ou, s il la revendique, de ne pouvoir le faire que de façon problématique, l étiquette de «poète» traditionnellement attribuée, comme il le souligne lui-même, aux «poètes de livres». Et en même temps, il le déclare dans l interview que j ai réalisée à Berlin, il ne se reconnaît pas non plus vraiment dans l étiquette de performeur : «S ils [les rédacteurs de la notice du livret de l anthologie Anna Blume rencontre Zuckmayer] m appellent «poète performer» je trouve ça approprié, mais en fait ça serait suffisant qu ils disent simplement «poète», ou «poète lyrique», par ce que pour les poètes qui écrivent on ne dit pas «poète de livre», ou «poète lyrique de livre», et il n y a pas plus de raison de me qualifier de «poète de scène», ou 161 Es wird leider immer noch von dem Schriftliches ausgegangen, das eine ist ein Lyriker und das andere ist der Bühnenlyriker. Das find ich schade, das ist eine komische Selbstverständniskeit, man könnte ja genau so sagen der Bühnenlyriker ist der Lyriker, oder der Dichter, denn der Dichter kommt ja von dicere, sprechen, der Dichter, der Sprecher, aber im Grunde bin ich der Dichter und die die Buch veröffentlichen sind die Buchdichter, was im Grunde eigentlich ein Paradoxon ist, weil dann sind die Buchsprecher, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Bühne hat auch andere Schreibgesetzt als wenn ich jetzt fürs Buch schreibe. Z.B. hat man auf der Bühne immer gerne und vom Publikum dankbar angenommen ein Refrain oder ein wiederholten Teil in einem Gedichts. Das wäre am Buch eigentlich eine überflüssige Redondance, aber auf der Bühne sollte das sein, weil ja der Leser am Buch die Möglichkeit hat, hin und her zu springen, aber auf der Bühne kann der Zuhören nicht sagen hey Moment, stop mal, wie war das Wort gerade? und deswegen ist es eine Forme die speziell für die Bühne an es gibt andere Form für die Bühne z.b. eine mögliche Klarheit des Ausdrucks, das man z.b. die Sätzen nicht langer macht als die ein Atemzuglang sein, das wär in dem Buchform schon eher möglich, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

59 «poète lyrique de scène», car à mon avis tous ceux-ci sont des poètes (Poeten), des poètes (Dichter), ou des poètes lyriques. Et qu ils produisent pour des livres ou pour la scène, ça devrait se jouer dans le texte luimême, et pas dans la dénomination professionnelle» 163 Son positionnement est donc à la fois clair, pas le champ de la musique mais celui de la littérature, et dans celui de la littérature celui de la poésie, et à la fois problématique, par ce qu il est difficile de lui attribuer un label. Celui de poète est revendiqué, mais une revendication accompagnée de la conscience de son caractère problématique. Celui de poète de scène qu il s attribue parfois ne le satisfait pas non plus. Celui de performeur lui semble passable, mais le gêne un peu. Sans doute moins par ce que ce label est relativement flou que par ce qu il est parfois lié à un certain ésotérisme méprisant, que Bas Boettcher fustige dans un de ses Slams 164. Un extrait de ce Slam, les paragraphes numéro 1, 3, 4 et 6 (le dernier): Herzlich willkommen zur Freakshow! Hier ist schon wieder einer von euren supadupa Poeten am Mikro. Inmitten von derbsten Propheten und so! Ich meine: Ich und meine Kollegen! Capito? Da gibt s sowieso nie niedriges Niveau! Wir sind alle voll profund und deep, yo! Und wenn du s scheisse findest, hast du s wahrscheinlich einfach nicht verstanden. So wie du drauf bist, kann ja nicht mal Nietzsche, bei dir landen. [ ]Wir machen weil wir cool sind nicht Poesie, sondern Poetry. Performen deepe Lyrics, Comedy und stylen free. So viele realkeepende Feaks am Mic gab s noch nie. Sieh wie wir burnen und flashen zwischen Magie und Genie! Und wenn du s scheisse findest, hast du s wahrscheinlich einfach nicht verstanden. So wie du drauf bist, kann ja nicht mal Heine, bei dir landen. Wir sind der Untergrund des Untergrund der Underground! Auf der Bühne pflegen wir unsere Marotten. 163 Wenn sie es Performance Poet nennen find ich das passend, es würde aber auch eigentlich reichen wenn sie einfach dichter oder Lyriker nennen würden, denn bei den schriftlichen Dichtern schreibt man ja auch nicht Buchpoet oder Buchlyriker genau sowenig sollte man bei mir sagen Bühnenpoet oder Bühnenlyriker, denn meiner Ansicht nach sind es alles Poeten, Dichter oder Lyriker und ob die jetzt in Buch publizieren oder für die Bühne, das muss selbst in dem geschrieben Text stehen aber nicht in der Bezeichnung der Tätigkeit, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Ce Slam apparaît sous le titre «Deep, Yo!» (Hé, profond!), dans le livre de Dies ist kein Konzert, sur le site internet Sprechstation, il prend le titre «poetry» (nom du lien) ou «poetry oder freakshow» (nom automatiquement donné au fichier quand on le télécharge). Ces deux derniers titres n ont pas été nécessairement donnés par Bas Boettcher. 59

60 Wir stehen auf Chillout und Downbeatsound 165. Das sieht man an unseren Klamotten. Und wenn du s scheisse findest, hast du s wahrscheinlich einfach nicht verstanden. So wie du drauf bist, kann ja nicht mal Jandl, bei dir landen. [ ] Und wenn du s dann immer noch scheisse findest, hast du s wahrscheinlich immer noch nicht verstanden. Denn so wie du drauf bist, kann ja nicht mal ich, bei dir landen 166. Ce que Bas Boettcher semble refuser, c est donc en fait c est sans doute l image aux couleurs «avant gardistes» méprisantes qui semble liée à cette étiquette, si on écoute les paroles de ce Slam. «Freak show», un titre qu on a pu lui donner, peut être traduit pas le «spectacle des originaux» aussi bien dans le sens «spectacle assuré par des artistes dont l originalité au sens d inventivité, créativité est grande» que dans le sens «exposition de «monstres humains»» telles qu elles ont pu se pratiquer jusqu au début du vingtième siècle dans les foires européennes, en jouant sur deux connotations possibles du mot original, c'est-à-dire celui qui se distingue, par l admiration qu on lui porte ou par le dégoût qu il inspire. L originalité du style devenue règle de création aurait donc quelque chose de suspect pour Bas Boettcher, et créer dans l espace de la performance pourrait conduire à des excès «d originalité pour elle-même», c'est-à-dire d originalité extrême sans égards pour le contact que le public pourrait prendre avec l œuvre. C est d ailleurs un reproche qu on fait communément à l art contemporain et donc une question à laquelle un artiste qui affiche sa volonté d entretenir une accessibilité maximale de son œuvre doit se confronter tôt ou tard. Chez Bas Boettcher reste toujours présente l exigence d une création qui existe pour toucher son public : il «pense que le contrat d un poète est rempli seulement lorsque le texte est parvenu chez le récepteur» 167. Ainsi dans le projet «Tempête d images verbales», mis en place grâce à des contrats, passés notamment avec la Galerie 165 Le chillout et le downbeat peuvent désigner un style de musique électronique. Dans ce cas, ils sont synonymes de downtempo, lounge, et Trip Hop, d après l encyclopédie en ligne the free dictionary. 166 «Bienvenue du fond du cœur au spectacle des originaux!/ Ici un de vos super géniaux poète de retour déjà au micro./ Au milieu de prophètes les plus rudes et tout!/ Je veux dire, moi, et mes collègues! Compris?/ Ici de toutes façons le niveau n est jamais bas!/ Hé, on est tous complètement profonds et deep!/et si tu trouves que c est de la merde, t as certainement tout simplement pas compris/ Tel que tu es, Nietzsche peut même pas être le bienvenu chez toi. [ ] Nous faisons parce que nous sommes cool non pas de la poésie mais de la poetry./ On performe des paroles profondes, de la comédie et on improvise./ Y a jamais eu tant d originaux qui gardent le réel au micro./ regarde comment on brûle et on flash entre la magie et le génie!/ Et si tu trouves que c est de la merde, t as certainement tout simplement pas compris/ Tel que tu es, Heine peut même pas être le bienvenu chez toi./ On est l underground de l underground de l underground!/ On soigne nos marotte sur la scène./ Entre Chillout et downbeatsound./ On le voit à nos fringues./ Et si tu trouves que c est de la merde, t as certainement tout simplement pas compris/ Tel que tu es, Jandl peut même pas être le bienvenu chez toi./ [ ] Et si tu trouves encore que c est de la merde, t as certainement toujours pas compris/ Parce que tel que tu es, moi-même je ne peux même pas être le bienvenu chez toi.» 167 Ich glaube der Auftrag eines Dichters, eines Poeten, sollte eigentlich erst dann erfüllt sein wenn der Text beim Rezipienten angekommen ist, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

61 municipale de Stuttgart et la Galerie des arts de Berlin 168, Bas Boettcher et son compagnon Timo Brunke s attachent à créer pour leur public des «accès émotionnels» aux tableaux qu ils doivent présenter. Ils écrivent des Slams sur les tableaux concernés et les déclament ensuite lors de visites lyriques d une durée totale d environ une demi heure à trois quart d heure, c'est-à-dire des visites lyriques au format calqué sur celui des visites classiques, basées sur une approche d histoire de l art 169. Pour Bas Boettcher, ce type de contrat est particulièrement intéressant en ce qu il lui permet d être payé pour écrire et non pas simplement pour dire des textes. En écoutant l artiste, on constate que ce projet lui plaît aussi pour sa dimension de «médiation culturelle» : il s agit «de donner des clés pour le tableau, on crée une sorte d accès lyrique à la différence des visites de musées plus scientifiques basées sur l histoire de l art, ça a sa valeur, surtout pour les peintures modernes, auxquelles beaucoup ne trouvent pas d accès, et de par cette action, qui s appelle tempête d images verbales, nous avons l opportunité de créer simplement un accès émotionnel» 170. Et cette exigence n entrave pas nécessairement la recherche artistique, au contraire : «naturellement, on n a pas d idée tout de suite pour chaque tableau, mais c est aussi l exigence de la chose, on écrit, on se confronte à des sujets auxquels on ne se confronterait pas forcément sinon» 171. Reste donc toujours la préoccupation d une adresse, même dans des formes plutôt modernes de création 172. f) Un statut pas encore tout à fait clair : le poète comme artisan inspiré En se plaçant ainsi dans le champ littéraire, mais plus précisément aux marges de celui-ci, l artiste choisit un espace un peu flou. Il travaille à la création d une figure d artiste qui ne correspond pas tout à fait clairement à une étiquette, un label déjà reconnu. De là la difficulté à figer une figure claire : entre la figure du poète-artisan du Bauhaus et celle plus romantique du poète inspiré, Bas Boettcher ne se situe pas encore tout à fait clairement. Il se dessine encore un peu timidement comme «artisan inspiré», même s il laisse percevoir une évolution probable vers une compréhension plus 168 Stadtgalerie de Stuttgart et Galerie der Künste à Berlin. 169 Das mach ich mit meinem Kompagnon zusammen und das ist ja Schnitt halbe bis dreiviertel Stunde ähnlich wie halt die kunsthistorisches Museumführung die so gibt (je fais ça avec mon compagnon et ça dure environ une demie heure à trois quart d heure, à peu près comme la visite de musée de type histoire de l art), in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Das Gemälde aufschlüsseln, also wir schaffen so ein lyrischen Zugang, im Unterschied zu der wissenschaftlichen Kunsthistorischen Museumsführung. Hat sich also sehr bewert, gerade so bei moderne Malerei, da finden viel kein Zugang und über dieser Aktion, es heißt auch Verbaler Bildersturm, haben wir die Möglichkeit einfach ein emotionaler Zugang zu verschaffen, in: ibid. 171 Natürlich kann man nicht mit jedem Bild gleich was anfangen aber das ist ja die Ausforderung man schreibt dann setzt sich auch mit Themen auseinander mit denen man sonst nur nichts anfangen kann, in: ibid. 172 Je qualifie cette prestation de forme «moderne» de création, alors qu on pourrait naturellement rapprocher ce genre de prestation du genre littéraire du salon, puisque certains salons de Diderot ou Baudelaire par exemple sont parfois considérés comme des critiques d art qui deviennent des œuvres d art à part entière, mais il existe des différences notoires, dans la destination de l œuvre (elle est faite pour être entendue et non lue) comme dans le public visé : un public de spécialistes pour le salon, un public d intéressés pour la visite de musée. 61

62 «rationnelle» de l inspiration que celle qu avaient les romantiques. Dans la filiation du courant d origine allemande du Bauhaus, Bas Boettcher reconnaît la dimension artisanale de son art. C'est-à-dire qu il reconnaît la part de travail technique, d acquisition d un savoir faire par la répétition et le contact avec son matériau de travail, en l occurrence le langage. Il y a bien une dimension d apprentissage dans les tournées que Bas Boettcher a faites, «au micro» comme il tient à le préciser lui-même, ces années de voyages qui font presque penser à la formation que reçoivent les Compagnons du tour de France : «On peut tout à fait dire que la poésie consiste pour partie et dans une proportion non négligeable en un artisanat, et artisanat c est intéressant justement là 173 par ce que, la main, comme le manuscrit qui est «écrit à la main», ce qui d ailleurs n est plus forcément vrai aujourd hui, mais bon on tape les touches du clavier avec la main, mais ce que je veux dire, c est qu il y a des techniques, et il y a des «trucs», et il y a des méthodes qu on peut dans une certaine mesure apprendre par l effort, ou s approprier, ou sur lesquelles on peut travailler» 174. La reconnaissance de la part de technique qui préside à l écriture des textes se joue aussi dans les conseils donnés aux participants des Wordshops : Bas Boettcher a développé un outil, le Stilmittelflash (instantané des moyens de style) pour l apprentissage des figures de style. Cet outil est disponible sur le site de l artiste en suivant le chemin Material/ Wordshop Material/ Stilmittelflash. Le nom Stilmittel donné à cet outil qui permet un apprentissage technique suggère bien que le style est une question de travail. On peut relever dans les créations de Bas Boettcher, celles auxquelles il apporte simplement une participation ou celles qui résultent du développement d une idée originale, des œuvres qui dessinent le processus créatif en processus automatisé. C'est-à-dire qui dépassent même le modèle artisanal pour atteindre le modèle industriel. Je pense à deux projets dont je voudrais souligner la différence de statut. Le premier est la «Looppool hyper poésie et son interactif», il s agit d un média interactif disponible sur le site de l artiste (rubrique Médien sous rubrique Looppool 175 ) : 173 Encore un jeu de mot étymologique : en allemand le mot artisanat (das Handwerk), est formé par la composition du mot das Werk (le travail, ou son résultat, l ouvrage) et du mot die Hand (la main). Le manuscrit est formé sur la racine latine du mot main, manus. 174 Man kann ganz klar sagen, dass die Dichtung zu einem nicht vernachlässenswürdigen Teil aus Handwerk besteht, und Handwerk ist es in dem Moment witzig weil, ja die Hand halt genau wie das Manuskript auch, das Handgeschrieben ist was ja nicht unbedingt mehr stimmt ja klar also man tippt die Tasten mit der Hand, aber ich mein damit, es gibt Techniken, und es gibt Tricks, und es gibt Methoden, die man zu einem gewissen Teil erlernen kann, oder sich erschließen kann, oder erarbeiten kann, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Du haut vers le bas je traduis les indications placées sur les flèches : «le curseur marque la position», «orienter [le curseur] avec le clavier», «démarrer/ arrêter avec la souris», «mot clé comme aide au choix [de l orientation du curseur]». 62

63 Le principe est simple : un beat défile et le «joueur» compose son œuvre en choisissant de déplacer le curseur sur les segments de textes qui communiquent entre eux. Dans la même veine, mais il s agit cette fois d un contrat et non plus d un projet personnel, le commentateur poétique des matchs de la coupe du monde de football 2006, «l automate poétique» 176 réalisé dans le cadre du programme officiel des Arts et de la Culture de la Coupe du Monde de Football FIFA 2006 sur une idée originale de Christian Bauer : un logiciel qui permet de transformer les commentaires écrits par plusieurs personnes en véritables poèmes de toutes les formes imaginables : slogans, haïkus, vers libres, vers libres rimés. Bas Boettcher a accepté de «nourrir la machine à poèmes» pour l occasion 177. Pourtant, si la fabrique des poèmes se travaille, sur le modèle de l artisanat ou même sur celui de l automatisation industrielle, tout ne s apprend pas : «Le reste c est naturellement à la fin ce qui peut-être ne s apprend pas, et qui fait la particularité spéciale de l art, mais pour arriver à ça, pour arriver à cette particularité spéciale et à ce qui se reconnaît et qui ne se passe qu une fois, il faut s être occupé sérieusement de technique» 178 Ou en tous cas, si tout s apprend, tout ne s apprend pas consciemment, il doit en effet «toujours rester une part de «non apprenable», ou de «non consciemment apprenable», ou d un petit peu magique peut-être là dedans Il faut toujours avoir l envie.» 179. La position est donc encore un peu floue, car dire que tout ne s apprend pas ou que tout ne s apprend pas consciemment cela ne revient pas au même. Mais l artiste a seulement 33 ans et cette position est peut être appelée à se préciser avec le temps. 176 Der Poesieautomat. 177 Site officiel : consulté le 9 août 2007, voir aussi le site du journal Die Zeit: consulté le même jour. 178 Der Rest ist dann natürlich am Ende das, was vielleicht erlernbar ist und was dann noch mal, das ganz speziell Eigene der Kunst ausmacht aber um dahin zu kommen um diesem speziellen Eigenen und auch vielleicht zu dem Wiedererkennbaren und zu dem möglicherweise Einmaligen zu kommen muss man sich mit den Techniken ganz klar beschäftigt haben, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Es muss natürlich immer ein Teil an nicht erlernbar oder unbewusst erlernbar oder auch ein bisschen zauberhaften vielleicht dadrin sein. Den Anspruch sollte man immer haben, in: ibid. 63

64 Transition 64

65 La construction d une figure de Poète chez Bas Boettcher se joue dans le regard qui se pose sur la société avec sa distance caractéristique. Le regard se pose sur le quotidien pour proposer des jeux de (re)mise en perspective qui sont aussi des stratégies de distanciation critique. Par ces techniques, l auteur propose une analyse de la fabrique des discours d ordre public et privés dont il met en évidence la coextensivité et la consubstancialité : il montre que ces deux ordres de discours se construisent l un l autre dans une réciprocité troublante. Il n est pas, jusqu au discours artistique, d exception à la règle, et la seule attitude à adopter dès lors, est la reconnaissance, peut être aussi bien d ailleurs la «reconnaissance à» (Dankbarkeit) que la «reconnaissance de» (Anerkennung) cette influence omniprésente de la publicité, qui est moins à comprendre comme une dictature absolue que comme un discours qui est aussi construit sur le modèle des discours privés, donc dans un jeu de réciprocité constructive, de miroitement. La figure d artiste qui prononce ce discours est encore réellement en construction : conduit par la recherche d un espace d expression octroyant une latitude maximale, l artiste se déplace dans le paysage artistique, occupant tour à tour la scène Hip Hop, la scène Slam et celle de la Performance, en étant un peu partout mais aussi un peu nulle part, sans se fixer sous un label quelconque, en se jouant aussi un peu de cette figure d auteur qui se construit et à laquelle, en tant qu individu, il ne s identifie pas tout à fait. L insertion de ce discours dans le champ de la création artistique est dès lors problématique. Par ce que la figure de l artiste est interrogée, le discours qu elle tient est entrainé dans le questionnement. Si Bas Boettcher choisit sans ambigüité le domaine de la littérature, l absence de label, ou la revendication problématique de celui de «poète», brouille les données : l étiquette de performeur qu on lui accorderait volontiers, par ce que dans son indétermination relative elle pourrait correspondre à son œuvre, ne le satisfait pas tout à fait. La poésie se positionne aux marges du champ littéraire, faisant éclater la frontière entre littérature et musique par la revendication constante de son oralité, mais refusant l étiquette «underground» et «avant-gardiste» que Bas Boettcher relie à la performance. La figure du poète qui se construit n est pas encore tout à fait nette, elle est sans doute appelée à se fixer avec le temps. La construction de la figure de l artiste est donc liée chez Bas Boettcher à une circulation dans les réseaux traditionnels de diffusion de la poésie (les lectures, les différents rayons des librairies, les salons du livre, les émissions culturelles et les articles de journaux), mais aussi à l investissement par la poésie de nouveaux réseaux de diffusion : celui du Hip Hop, celui du Slam aussi, car quelles que soient les revendications des fondateurs des scènes américaines et européennes, on ne peut sans doute pas aller jusqu à faire du Slam, ou en tous cas, et sans doute plus exactement, de tous les Slams, de la poésie. Il y a donc à la fois construction certaine et à la fois déconstruction de la figure de l artiste, dont le travail, traditionnellement lié à un média, (le livre pour le poète, le CD pour le musicien), est diffracté 65

66 au travers de plusieurs réseaux chez Bas Boettcher. Cette mouvance sur le plan institutionnel correspond à une volonté de faire circuler la poésie dans l espace social. Sur quels modèles s appuie cette recherche? Quelles limites la circulation de la poésie dans l espace social rencontre-t-elle? Quelles solutions sont trouvées pour porter le projet de l artiste? Quel rôle pour la poésie ainsi diffusée? Dans quelle mesure le projet trouve-t-il, et même peut-il trouver un relatif achèvement? Les résultats sont-ils satisfaisants? Pour donner des éléments de réponse à ces questions, je propose de regarder maintenant les enjeux dans l espace social de cette dynamique de construction/déconstruction de la figure de l artiste. 66

67 Troisième partie Lieux communs pour une Place Publique La construction de la figure de l artiste que propose Bas Boettcher est liée à une déconstruction de la figure traditionnelle du poète, c'est-à-dire de celle que nous connaissons, celle du «poète de livre». Cette déconstruction, l artiste le fait remarquer, est en fait une déconstruction partielle, il s agit plutôt d un retour aux sources vers des origines, dont on pourrait d ailleurs interroger les modalités d existence. Car Bas Boettcher se réfère souvent aux Rhapsodes qui mènent une vie de poète itinérants. Mais les Rhapsodes ne composent pas leurs chants, ils mettent en voix les épopées homériques de l Iliade et de l Odyssée. La figure proche, mais aussi plus ancienne, de l Aède, dont Homère fournit l exemple, peut-être fictif, le plus connu, correspond à une figure de poète composant ses œuvres. Mais les Aèdes ne sont pas itinérants. Ils chantent pour des cours 180. Autrement dit il ne faut pas forcément voir dans cette revendication d un retour aux origines une recherche d historien, mais plus une recherche poétique de l origine du souffle. Il ne s agit pas de se conformer à des traditions antiques, il s agit de se demander où le souffle poétique, qui traverse les siècles, trouve sa force et sa pertinence : sa force poétique, et sa pertinence par rapport à la place publique. La construction, plus que la reconstruction d une figure de poète itinérant, est en même temps une déconstruction de la figure du poète livresque, dont le travail tout occupé à prendre en compte le média livre se serait écarté de la prise en compte du média «originaire» qu était la voix. Au contraire de cette tendance qui naît avec l invention du manuscrit et s accélère exponentiellement avec celle de l imprimerie, Bas Boettcher entend rendre à la voix sa qualité de média «premier et hautement technologique» 181. Il s engage par là dans une recherche de circulation de la poésie dans la place publique. Et pour assurer cette circulation, il oriente sa poétique vers une recherche de nouveaux médias. Or demander que la poésie soit présente partout, c est très certainement avouer, à demi mot, loin de la revendication tapageuse moderniste, qu on garde espoir en elle, qu on la croit encore capable de transfigurer l espace de la vie sociale, qu on lui demande de faire de notre habitat commun qu est la société, une véritable place publique. 180 «Le plus célèbre des aèdes est Homère. L'Odyssée en présente également deux figures : le plus connu, Démodocos, qui chante à la cour d'alcinoos, mais aussi Phémios, aède de la cour d'ithaque», in : article «Aède» de l encyclopédie Wikipedia, consulté le 9août Das älteste und für mich auch am meisten hochtechnologische Medium [ist] eigentlich die Sprache, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

68 C. Création et circulation : de l accessibilité à la provocation Bas Boettcher cherche les moyens d une adresse généralisée à l ensemble de la société. J ai déjà étudié les aspects poétiques de cette adresse en montrant en quoi la poésie de Bas Bottcher était véritablement une poésie populaire, c'est-à-dire non pas une poésie populiste, mais une poésie accessible à tous. Je voudrais maintenant montrer que pour Bas Boettcher, il ne s agit pas de créer une œuvre qui soit simplement accessible : il s agit de créer une œuvre qui provoque le spectateur, c'est-àdire qui l appelle et cherche à le captiver pour capturer son attention. Bas Boettcher indique dans une interview accordée à Markus Weber «[qu un] poème a une coquille extérieure et un noyau à l intérieur. Et d abord, de l extérieur, ça doit scintiller et étinceler et faire jaillir de l énergie. C est seulement comme ça que ça peut séduire celui qui écoute et lui donner envie de découvrir aussi son intérieur» 182. L attention portée aux deux grandes figures de la circulation des œuvres que sont Walter Höllerer et de Lawrence Ferlinghetti permet de prendre la mesure de l enjeu que le poète voit dans cette circulation. Ces deux grandes figures, la première appartenant à l espace allemand, et la deuxième constituant une référence partagée par l espace américain et européen, sont des guides pour Bas Boettcher lorsqu il réfléchit aux conditions de la circulation de ses œuvres, c'est-à-dire pas seulement à la diversité des réseaux investis, dont j ai déjà fait état, mais plus généralement au sens et aux modalités théoriques de cette circulation, et aussi aux limites qu elle se voit imposer. d) Les grandes figures de la circulation littéraire Les deux grandes figures de référence dans le domaine de la circulation littéraire, auxquelles Bas Boettcher se réfère régulièrement, je les ai déjà nommées, ce sont Walter Hoellerer et Lawrence Ferlinghetti, je voudrais maintenant les présenter toutes les deux : Walter Hoellerer est un écrivain et un homme de lettres allemand du siècle passé. Il a été soldat pendant la seconde Guerre Mondiale, puis il a poursuivi ses études. Il appartient à partir de 1954 au cercle des créateurs allemands réunis sous le label «Gruppe 47». Les membres du groupe 47 sont des créateurs littéraires qui se réunissent pour la première fois en 1947 autour et sur l invitation de Hans Werner Richter. Le but de ce cercle d auteurs est explicitement l apport d un soutien aux écrivains de la génération d après-guerre. Un autre but est la prise en charge de l éducation à la démocratie après le régime hitlérien. Grâce à l appartenance au groupe de membres socialement éminents, le Groupe Ein Gedicht, sagt der 31-jährige Bas Böttcher, hat eine äußere Hülle und einen inneren Kern. Und zunächst, von außen, muss es glitzern und funkeln und Energie versprühen. Nur dann könne es einen Zuhörer verführen, auch sein Inneres zu entdecken in: Marcus Weber, Vom Rapper zum Poeten (de rappeur à poète), portrait réalisé pour la radio allemande diffusé le sur la Deutschlandradio. 68

69 devient rapidement un acteur important pour le marché de la littérature. L engagement politique du groupe lié à l ambition d éducation démocratique devient progressivement problématique dans les années 60 et mène à la dissolution après les événements de Si certaines de ses œuvres ont connu un succès relatif, même dans l espace allemand, Walter Hoellerer n est pas très connu. Il est toutefois salué par les spécialistes, en tant que critique littéraire et éditeur surtout. Il est également le fondateur du journal Langues au temps de la technique 184 en Il existe en Allemagne une polémique démentie par l auteur au sujet de son adhésion au NSDAP dans les années 40, qui rend son engagement dans le Gruppe 47 problématique. Je voudrais préciser ce qui retient l attention et l admiration de Bas Boettcher pour ce personnage. Lors du séminaire qu il a donné à la faculté d Erlangen-Nuernberg auquel j ai pris part, Bas Boettcher a distribué à tous les participants les Documents pour une poétique 185 édités par Walter Hoellerer, en les présentant comme un document de référence pour une réflexion poétique. Il s agit d une réflexion d ordre général menée sur la force de l adresse poétique, sur ce que l approche pragmatique du langage appellerait la «force perlocutoire» du poème. Le nom de Walter Hoellerer apparaît à ma connaissance une seule fois dans l œuvre de Bas Boettcher. Mais il le cite aussi dans l interview que j ai eu l occasion de réaliser, en parlant de la littérature écrite et en citant Walter Hoellerer comme exemple d une littérature écrite passionnante : «Il y a tellement de merdes dans les livres, et à coté de ça des choses fantastiques, comme ces Documents pour une poétique dont je parle toujours volontiers, édités par Walter Hoellerer, ils sont fantastiques et là les poètes parlent de leur artisanat et de leur poétique, de médiation et de construction de textes, c est un trésor inestimable évidemment» 186. Dans l œuvre à proprement parler le nom de Walter Hoellerer apparaît dans le Slam Der Stolze Literat (L écrivain présomptueux) sur le CD de Dies ist kein Konzert avec le label de «collègue hautement estimé» 187. Ce que retient Bas Boettcher ce n est pourtant pas tellement le travail de l écrivain, ni celui du directeur de journal que celui de l éditeur : «Cette revue de La langue au temps de la technique, c était de fait une magnifique publication. [ ] il a fait beaucoup en tant qu éditeur, et avant tout ces Documents pour une poétique [ ] et il était actif dans le colloque littéraire de Berlin et c est aussi une institution qui m a donné une de mes premières bourses et donc [ ] c est pour ça que son nom revient toujours dans mes textes. [ ] je m occupe plus des textes qu il a édité avec sa maison d édition c'est-à-dire avec la littérature critique qu il a recueillie et édité» Cf. la version allemande de l encyclopédie en ligne Wikipedia, article «Gruppe 47», consulté le 10 août Sprache im technischen Zeitalter. 185 Walter Höllerer, Theorie der modernen Lyrik, Dokumente zur Poetik 1 und 2, (Théorie de la lyrique moderne, documents pour une poétique), nouvelle édition de Norbert Miller et Harald Hartung, Tome 1 et 2, éditions Carl Hanser, Es gibt so viel Bullshit in Büchern also ja und dann ganz fantastische Sachen gerade diese Dokumenten zur Poetik von denen ich immer gerne spreche von Walter Höllerer herausgegeben, die sind fantastisch und da sprechen Dichter über ihr Handwerk und über ihre Poetik, und über Vermittlung und Textaufbau, das ist ein riesengroßer Schatz natürlich, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Der hochgeschätzte Kollege Walter Hoellerer, in: Dies ist kein Konzert, Voland und Quist, 2006, piste 20, page Diese Sprache in Techniker Zeitalter das war ja tatsächlich eine wunderbare Publikation und [ ] er hat einfach als Herausgeber viel gemacht und vor allem Ding eben diesen Dokumenten zur Poetik [ ] und er war im literarischen Kolloquium in Berlin aktiv und das ist ja auch eine Institution die mir ein der ersten Stipendium gegeben hat das heisst [ ] 69

70 La deuxième figure de la circulation poétique à laquelle Bas Boettcher reconnaît bien du mérite est celle de Lawrence Ferlinghetti. Cette référence est peut-être plus déterminante car personnelle : les deux hommes se sont rencontrés lors d un séjour de Bas Boettcher en Amérique. Lawrence Ferlinghetti est une grande figure du mythique mouvement américain des années 50, la beat generation. La beat generation est un mouvement créatif porté cette fois-ci non pas par un cercle d auteurs réunis autour d un organisateur comme l était le Groupe 47, mais par un nombre restreint de grandes figures parmi lesquelles on retient surtout Allen Ginsberg, William S. Burroughs et Jack Kerouac. Une liste que Bas Boettcher complète volontiers par le nom du poète, libraire et éditeur L. Ferlinghetti 189. Si le cadre structurel du mouvement, plus proche de l organisation de Spokenword Berlin (pas de décisions collégiales mais des mouvements créatifs qui se rejoignent plus ou moins) peut aussi expliquer une parenté plus marquée avec L. Ferlinghetti qu avec W. Hoellerer, il ne faut pas trop exagérer le degré de filiation que se reconnaît Bas Boettcher par rapport à la beat generation, du point de vue de la création poétique surtout. On a pu voir une parenté de technique entre le cut-up des beats et les collages façon sample de Bas Boettcher. Mais la comparaison s arrête là. Bas Boettcher ne se reconnaît pas dans les recherches artistiques portées par l utilisation de drogues, un élément si central du processus créatif beat 190. Bas Boettcher ne se reconnaît sans doute pas non plus dans les prises de positions politiques de Lawrence Ferlinghetti, puisqu il déclare, au sujet de Ginsberg, qu il «semblait toutefois dans les années 50 d une certaine façon un peu plus authentique qu à la fin des années 60 dans le style Karl Marx» 191. Encore une fois, la parenté est moins d ordre idéologique ou même poétique, il s agit plus de reconnaître le travail d une personne dans le domaine de la circulation poétique : «J aime sa manière parce que justement dans son travail se trouve intégrée la problématique du média et de la médiation, et ça c est un travail que je peux poursuivre et quelque chose que je fais moimême volontiers» 192 Mais son action dans le travail de la circulation poétique vient surtout de ses activités de libraire et d éditeur : L. Ferlinghetti est en effet le copropriétaire de la librairie City Lights Bookstore à San Francisco et d une maison d édition portant le même nom. S il a aussi été poète, ce n est pas en cette qualité qu il reste dans les mémoires, sauf lorsque, par un chemin un peu «détourné», l attention portée à l éditeur rejaillit sur celle portée au poète : deswegen taucht der Name immer wieder auf in meinen Texten [ ] ich beschäftige mich tatsächlich mehr mit seinen Texten die er herausgegeben hat aber mit seiner Publikation Edition Verlag aber da eben die sekundär Literatur die er gesammelt und herausgegeben hat in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet L œuvre de L. Ferlingehtti à laquelle se réfère Bas Boettcher est A Coney Island of the Mind ; New York, New Directions, Bas Boettcher m a dit ça dans un entretien après un cours en février. 191 Obwohl er in den 50er Jahren irgendwie noch ein bißchen authentischer aussah, als ende der 60er im Karl-Marx-Style, in: l article mal eben überschlagen, à lire sur le site de l artiste, rubrique archiv, sous-rubrique eigene Artikel. 192 Ich mag seine Art weil er eben auch das Medium miteingeschlossen hat in die Arbeit und die Vermittlung in die Arbeit und das ist etwas das ich sehr gut nachvollziehen kann und das ich selber gerne betreibe, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

71 «J ai pris en affection l éditeur Lawrence qui était mon hôte lors du festival de poésie Europe et San Fransisco. Plus tard j ai reçu les enregistrements de «A Coney Island of the Mind» envoyés par ma firme de disque Jive/Zomba. Ils correspondent à l image que je me fais de M. Ferlinghetti. Il a été carrément important pour le développement de la Hippiedémie 193 et l esprit des années 70 et il a eu de l effet bien au-delà dans l histoire de la littérature. Ce qui le rend en tant que poète vraiment intéressant pour moi» 194. C est le travail conséquent de l éditeur qui rend intéressant celui du poète. Porter son attention au poète, en dehors donc cette fois de son activité d éditeur, n est pas une marque de snobisme culturel. C est l action menée dans l espace public qui rend intéressante celle menée dans l espace poétique, précisément par ce que Bas Boettcher se demande comment l engagement de l éditeur transparaît dans sa poésie. Encore une fois donc Bas Boettcher porte à une figure de «poète engagé» une attention toute particulière. Walter Hoellerer dans le combat pour la démocratie, Lawrence Ferlinghetti pris dans le courant beat qui se lève contre le puritanisme américain de l après guerre. Et pourtant ce ne sont pas tant ces engagements «explicites» que retient l artiste, mais leur engagement plus tacite, et peut-être pour cela plus profond ou plus durable, pour la circulation poétique. e) La théorie des «canaux» : pour une circulation lyrique sous toutes ses formes Bas Boettcher, dans la descendance de ces deux grandes figures de référence, est guidé par la conviction que la poésie doit circuler pour trouver son plein épanouissement. C est donc seulement au contact du «récepteur» que le poème se déploie, affirme ses lignes de force et trouve sa pertinence. Bas Boettcher emploie lui-même ce terme de «récepteur», et non pas celui de «lecteur», ou de «spectateur», parce qu il veut insister sur le fait que le texte puisse atteindre le récepteur de différentes façons 195, c'est-à-dire en utilisant différents «canaux» : «Aucune autre forme d art n offre la possibilité d atteindre son récepteur de façons aussi diversifiées que la poésie. Elle peut se glisser à travers tous les canaux. Les mots parlés, le papier, le celluloïd, le graffiti, les bandes magnétiques, les cartes perforées, la radio, la puce électronique à mémoire, les câbles en fibre de verre, les vinyles, les microfiches, les stèles de pierres, les CD, CD-ROM, MC, MD, 193 En allemand comme en français, le mot est formé par la compression des mots Hippies et épidemmie, pour désigner la propagation rapide et très large du mouvement de contre-culture des années 60 et Den Verleger und Lyriker Lawrence Ferlinghetti habe ich als meinen Gastgeber beim Euro - San Francisco Poetry Festival ins Herz geschlossen. - Später bekam ich dann die Aufnahmen von "A Coney Island of the Mind" von meiner Plattenfirma Jive/Zomba zugeschickt. Sie bestätigten mein Bild von Mr. Ferlighetti. - Er ist verdammt wichtig für die Entwicklung von Hippiedemien und 70er Zeitgeist gewesen und hat weit über die Literaturgeschichte hinaus Wirkung gehabt. Das macht ihn als Lyriker für mich wirklich interessant, in: l article mal eben überschlagen, à lire sur le site de l artiste, rubrique archiv, sous-rubrique eigene Artikel. 195 Der Auftrag eines Dichters, eines Poeten, sollte eigentlich erst dann erfüllt sein wenn der Text beim Rezipienten angekommen ist. Und ich sag Rezipient deswegen weil ich nicht Leser Zuhörer, oder Zuschauer, oder so sagen will, sondern das kann auf verschiedene Weise den Rezipient erreichen der Text, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet

72 DVD, DAT, PC, ZIP, photo, téléphone portable,, WWW, satellite, il n est pas de média qui ne soit approprié à transporter la poésie» 196. Les canaux sont donc les différents chemins matériels par lesquels la poésie peut atteindre son destinataire. La recherche poétique de Bas Boettcher est attentive à ce que l un de ces canaux, le livre, ne devienne pas le seul canal fonctionnel, c'est-à-dire le seul utilisé en pratique, par ce qu alors l expérience poétique se trouverait contrainte de laisser de côté des champs expérimentaux complets, ceux qui sont mis en valeur par d autres média : si le livre s impose comme forme exclusive de la poésie, le champ d expérimentation sonore, celui que met à l honneur le CD par exemple, ou la performance poétique, se trouve menacé de disparition. C est pourquoi «la littérature devrait se rappeler de sa richesse et s éloigner de sa fixation à la forme du livre» 197 : «Par le seul fait que la littérature ait été fixée si fortement au livre, il y a eu une rupture dans la tradition littéraire. [ ] La lyrique a toujours été récitée, présentée oralement et répétée. Elle a été conservée en rythme et en rime par ce que c était très imprégnant. Sous la domination du livre cela s est perdu» 198 Or cette dimension acoustique de la poésie est associée par l artiste aux formes originelles de la poésie : «La poésie a toujours été, en même temps qu elle est un tissu textuel produisant du sens, une expérience sensuelle et acoustique. Divers concepts et désignations rappellent encore aujourd hui, au temps de l écriture, la proximité originaire de la poésie et de la musique. Dans les deux genres on parle de métrique, la désignation ballade renvoie au mot ballare [danser en latin tardif], le mot sonnet signifie, traduit mot à mot quelque chose comme «poème sonnant», le mot lyrique provient du nom d un instrument de musique la lyre. La liste peut être continuée» 199 Il appartient donc au travail de l artiste de se confronter «non pas seulement à la forme lyrique, mais aussi à la forme des médias». La forme des médias «fait partie pleinement du poème», et l artiste de préciser dans une formule courte : «je m occupe de forme, de format et de formulation, ce sont là trois 196 Keine andere Kunstform bietet die Möglichkeit, ihren Rezipienten auf so mannigfaltige Weise zu erreichen wie die Dichtung. - Sie kann durch alle Kanäle schlüpfen. - Gesprochenes Wort, Papier, Zelluloid, Graffiti, Magnetstreifen, Lochkarte, Radio, Speicherchip, Glasfaserkabel, Vinyl, Mikrofiche, Steintafel, CD, CD-ROM, MC, MD, DVD, DAT, PC, ZIP, Foto, Mobilfon, Palmtop, WWW, Satellitenfunk. - Es gibt kein Medium, das nicht als Trägermedium für Dichtung geeignet wäre, in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p Literatur sollte sich auf ihre Vielfältigkeit besinnen und wegkommen von der Fixiertheit auf die Buchform in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 198 Allein dadurch, dass die Literatur so stark auf das Buch fixiert wurde, hat es einen Bruch in der Literaturtradition gegeben. [ ] Lyrik wurde schon immer rezitiert, vorgertragen und weitergesagt. Sie wurde deswegen in Rhythmus und Reim gehalten, weil das sehr einprägsam ist. Durch die Vorherrschaft des Buches ist das verloren gegangen, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 199 Dichtung war neben einem sinnstiftenden Sprachgefüge auch immer ein sinnliches akustisches Erlebnis. Diverse Begriffe und Bezeichnungen dokumentieren auch in den heutigen Zeiten der Verschriftlichung noch die ursprüngliche Nähe der Dichtung zur Musik. In beiden Genres spricht man von Metrik, die Bezeichnung Ballade geht auf das Wort ballare [spätlat.: tanzen] zurück, das Wort Sonett bedeutet wörtlich übersetzt soviel wie 'Kling-Gedicht', das Wort Lyrik ist aus dem Namen eines Musikinstrumentes - der Lyra - entsprungen. Die Liste lässt sich fortsetzen, in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p.3. 72

73 mots qui me reviennent souvent» 200. La forme, c'est ici le genre, c est-à-dire la ou éventuellement les catégorie dans laquelle l œuvre peut être classée (par exemple le poème, l article de journal, le manuscrit de cours, le texte de chanson, le commentaire, le clip poétique, la «pièce à écouter»), autant de catégories régies par des codes de l ordre de la convention que l œuvre fait travailler. Le format, c'est la «forme médiale», le support de circulation, le livre, le CD ou le DVD par exemple, quant à la formulation, c'est le choix des mots, le processus de travail de la forme par la facture poétique, travail qui passe par les recherches de syntaxe, de vocabulaire, de construction, et qui prend son sens dans et par rapport à la forme dans laquelle il s effectue. Ces trois concepts sont les trois concepts de base qui permettent d orienter l analyse de l œuvre de l artiste. En fait, Bas Boettcher le déclare dans l interview Questions à Bas, d auteur inconnu, il a déjà trouvé le canal qu il trouve le plus pertinent. Il s agit de celui de la lecture : «c est le canal qui m intéresse le plus et celui qui a le plus d effet aussi» 201. Est-il contradictoire de reprocher à la poésie de s être liée au canal du livre et de s engager aussi fermement avec celui de la lecture? Pas nécessairement car il est possible de distinguer entre le théoricien et l artiste. Le théoricien peut constater une trop grande fixité de la poésie et du canal livresque, et l artiste lui s engager fermement pour la reconnaissance d un autre canal. Et c est aussi une caractéristique de l engagement que de défendre quelque chose avec détermination. Mais s engager aussi fermement pour la poésie orale, ne signifie pas que Bas Boettcher pense que seule celle-ci devrait avoir droit de cité. «Finalement je constate que l opposition entre poème sous forme écrite et poème sous forme parlée n est pas pour moi une question de «ou bien/ ou bien». Il me semble que c est plutôt une question de «autant/ autant». Pour le moment ce qui domine chez les éditeurs, les instituts, les fondations et les organisateurs d évènements sur le marché de la poésie c est avant tout la forme écrite. Pour atteindre un état équilibré de «autant/ autant», il faut que nous veillions à ce que soit reconnue à chacun des membres mis en balance une existence méritée dans la durée» 202. Les projets de recherche de nouveaux médias que je veux présenter maintenant ne font jamais fît de la dimension textuelle du texte. Et tout en gardant l exigence du respect du texte, «la raison pour laquelle [Bas Boettcher] expérimente autant de médias, c est qu il cherche celui qui sera le plus adapté pour restituer le plus fidèlement la présentation-live» 203. Pour retrouver une formule de l auteur il s agit donc 200 Ich [beschäftige] mich nicht nur mit der lyrischen Form, sondern auch mit der medialen Form, für mich ist eigentlich die mediale Form Teil des Gedichts, dass heisst das, ich beschäftige mich mit dem Form, dem Format und der Formulierung, das sind auch so drei Wörter die mir immer wieder unter kommen, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Lesung. Das ist der Kanal, der mich am meisten interessiert und der auch die größte Wirkung hat, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 202 Abschließend stelle ich fest, dass für mich die Gegenüberstellung von Gedichten in schriftlicher Form und in gesprochener Form keine Frage von 'entweder / oder' ist. Es scheint mir eher eine Frage des 'sowohl / als auch' zu sein. - Gegenwärtig dominiert bei Verlagen, Instituten, Stiftungen und Veranstaltern im Lyrikgeschäft allerdings die schriftliche Form. Um einen ausgeglichenen Zustand des 'sowohl / als auch' zu erreichen, müssen wir dafür sorgen, dass sowohl dem 'sowohl' als auch dem 'als auch' langfristig die verdiente Anerkennung zugestanden wird, in: Ausgesprochen wirksam, l effet du parlé, article à lire sur le site de l auteur. 203 Der Grund warum ich mit so vielen Medien experimentiere ist, das ich nach dem perfekten Medium suche, das dem Live- Vortrag am ehesten gerecht wird, in: ibid. 73

74 de trouver de «nouveaux canaux pour une vieille forme d art» 204. Les «canaux» de la circulation lyrique sont donc une métaphore de ce que j ai appelé jusqu ici les «réseaux de diffusion». Or j ai déjà indiqué que si l œuvre était potentiellement accessible à un très large public, de par ses références largement diffusées, sa parenté avec la culture musicale du Hip Hop, son recours au soutien du narratif, elle ne faisait pas en Allemagne l objet d une diffusion massive. Les médias, qui le diffusent, ne font pas de lui un personnage très connu en dehors des cercles d initiés. f) Le problème de la censure Ayant théorisé les modalités de sa diffusion mais ne parvenant pas à investir réellement l espace public, la circulation lyrique semble se heurter à quelque chose, auquel on pourrait donner avec l auteur le nom d une «certaine forme de censure». C est un fait que menant son analyse du paysage littéraire contemporain à partir de la «théorie des canaux» que je viens de présenter, Bas Boettcher diagnostique un manque de structures consacrées à et/ou permettant le développement de la poésie orale, et décide de travailler dans le sens de cette reconnaissance. Selon l auteur, et sans doute plus selon l auteur engagé que selon le théoricien si on veut maintenir cette distinction entre engagement et raisonnement, faire de la poésie orale et non plus de la poésie écrite, c est se donner les moyens de la provocation du spectateur au sens propre du terme, c'est-à-dire les moyens d une adresse effective. On passe bien d une poétique de l accessibilité telle que je l ai analysée en premier lieu à une poétique de la provocation : «Certainement la forme écrite d un poème a aussi ses avantages. La «voix» neutre du texte imprimé, la disponibilité éternelle de chaque mot, le regard fixé et par cela même concentré du récepteur, l apparence et la sensation à la vue de la typographie et du papier, et, et ce n est pas là le moindre de ses avantages, la relative facilité et avant tout l habitude prise de la commercialisation de la lyrique sous la forme livresque. Quelques importantes propriétés manquent pourtant à la publication écrite. La principale me semble être l éclat sonore. En raison de ce manque, un texte écrit est toujours contraint à la passivité. Il ne peut pas avoir, à la différence d un texte parlé un effet de façon offensive sur son public. Il lui manque sauf peut-être lorsqu il est imprimé en affiche la possibilité d exiger pour lui de l attention. Il manque la troisième dimension. Le rayonnement acoustique, la capacité à glisser sur le rythme, l éclat sonore, les assonances, la dynamique et le sens des mots pour entraîner celui qui écoute dans un fleuve verbal animé et vivant» Cf. le site de Bas Bottcher, rubrique «Medien» (médias), sous rubrique «Experimente» (expériences). 205 Sicher hat auch die geschriebene Form eines Gedichtes ihre Vorzüge. Die neutrale "Stimme" des Gedruckten, die zeitlose Verfügbarkeit aller Worte, der gerichtete und dadurch konzentrierte Blick des Rezipienten, das Look and Feel von Typographie und Papier und nicht zuletzt die relativ leichte und vor allem gängige Vermarktbarkeit von Lyrik in Buchform. Ein paar wichtige Eigenschaften fehlen aber der schriftlichen Veröffentlichungsform. Die wichtigste scheint mir der Klang zu sein. Aufgrund dieses Mangels ist ein schriftlicher Text immer zur Passivität gezwungen. Er kann im Gegensatz zu einem gesprochenen Text nicht offensiv auf sein Publikum hinwirken. Es fehlt ihm - außer vielleicht als Plakat gedruckt - die Möglichkeit, seine Aufmerksamkeit einzufordern. Es fehlt die dritte Dimension. Der akustische Zeitstrahl, auf dem Rhythmik, Klang, Assonanz, Dynamik und Wortsinn entlang gleiten können, um die Zuhörer in einen pulsierenden Sprachfluss zu reißen in: Ausgesprochen wirksam, l effet du parlé, article à lire sur le site de l auteur. 74

75 Il s agit donc de se confronter à des barrières qui sont celles de «l habitude prise de la commercialisation de la lyrique sous la forme livresque». Il y a donc transgression du format d usage, Bas Boettcher se heurte à «l ordre établi de l écrit» en mettant en avant cette esthétique de la provocation sonore du spectateur par le texte parlé. Mais j ai avancé le terme fort de censure et je voudrai maintenant le justifier. Bas Boettcher analyse en effet un déplacement conceptuel contemporain : selon lui, la censure a changé de forme, mais elle n a pas disparu. Il y a une métamorphose des formes de la censure, de l interdit décrété, organisé et géré en direct par l Etat et/ou par l Eglise, tel que le désigne originairement la censure, à la nouvelle forme de censure que l on connaît aujourd hui, à savoir le dictat concordant de plusieurs instances que sont les médias, qui préformatent les discours et choisissent de censurer certains mots, le lectorat, les lois du marché, le système de valeur d une société qui distingue entre «ce que je peux penser» et «ce qu il est mal de penser» entraînant un phénomène d auto-censure, enfin les conseils de l audio visuel qui déterminent des limites d âge pour l accès à certaines œuvres. C est ce que Bas Boettcher explique en évoquant le travail de Laurence Ferlinghetti : «Après il [L. Ferlinghetti] a eu affaire à la censure c est un fait, et, oui, la question est, on doit en fait comme toujours faire avec la censure et passer à travers, [ ] et la censure, c est aussi parfois quelque chose sur lequel on peut pas 206 écrire et parfois les choses sur lesquelles on peut écrire ne sont pas mauvaises, c'est-à-dire, par l écriture ou, par les contrastes, une force explosive peut naître 207. Et parfois j ai l impression qu on affirme toujours qu il n y a pas de censure en ce moment, d après des voix de l extérieur ça peut 208, et en effet c est difficile de frotter à quelque chose, il n y a pas une telle censure. Mais justement ce qui se passe c est des choses comme les préformatages par les médias, et les préformatages dictent bien plus qu on ne veut l admettre, après il y a le lectorat, après, il y a qu on bipe 209 dans les textes de rap, ou du moins certains mots sont bipés, après il y a ce qu on appelle les «limites d âge», c'est-à-dire, ce qui dit «ok à partir de tel ou tel âge on peut écouter ça, ou parcourir ce livre, ou regarder ça», après, il y a l auto-censure dans sa propre tête, après il y a le risque de perdre son job, quand on s exprime d une façon non souhaitée, enfin peut-être pas de façon si directe, et jamais de façon formulée non plus, mais on ne peut pas affirmer qu aucune censure n est exercée, c est seulement qu elle est, c est tellement virtuel, on peut pas mettre de la bombe de couleur dessus parce que dans ce cas la bombe de couleur exploserait n importe où ailleurs à un certain endroit, elle [la censure] est tellement invisible, non existante, c est un peu comme des frontières, mais les frontières sont en oursons 210, on se cogne dedans et on rebondit dessus et on a même 206 Le modal «kann» en allemand désigne la capacité et non l autorisation, la possibilité (on utiliserait «darf» dans ce cas, même si parfois en langue courante «kann» peut être utilisé dans le sens de «darf» mais ici je ne pense pas). Ce que veut dire l auteur c est qu il n est pas toujours capable d écrire sur la censure. 207 Ce sont là des propos recueillis lors de l interview que j ai réalisée à Berlin. L expression est hésitante et l auteur cherche un peu ses mots, d où les nombreuses ruptures syntaxiques. 208 Rupture syntaxique dans la phrase allemande 209 L auteur désigne par là la pratique qui veut qu on diffuse un son fort pour masquer un mot dans les propos retransmis. Il est d usage de faire ça aussi lorsque des témoignages nominatifs peuvent mettre des personnes en danger. 210 Les «gummis» sont les petits bonbons au fruit faits avec du sucre, des acidifiants et de la gélatine, ils sont un peu translucides et bien connus sous la forme des petits oursons grands de un à deux centimètres distribués originairement par la marque française Haribo. 75

76 pas mal. C est parfois des frontières bien pires que celles contre lesquelles on se heurte vraiment et auxquelles on se fait mal» 211 Le texte est un peu long mais très riche par la précision et la clarté que s impose l artiste. Bas Boettcher fait des références qu il illustre par des exemples concrets. Je voudrais juste donner un exemple de la première forme de censure à laquelle il se réfère sans donner d exemple très précis, ce «préformatage des médias». J ai déjà évoqué ce problème en prenant l exemple du format du mail, qui impose le choix d un «objet». On peut donner un deuxième exemple tiré du roman Megaherz. Lorsqu Ariane s envole au lendemain d une dispute avec Linus, il remarque qu il a oublié de glisser dans la poche de son uniforme d hôtesse de l air un poème qu il avait écrit spécialement pour elle. Il décide alors de lui dire ce poème par messagerie vocale interposée. Il appelle Ariane sur son téléphone portable évidemment éteint puisqu elle est en avion et déclame le Slam «Teleliebe» 212. A l issue du Slam, Linus pense «[qu il a eu] de la chance que la messagerie d Ariane le laisse parler. [Il] ne pouvait rien s imaginer de plus énervant que d être interrompu par un message de dépassement de capacité au milieu d une déclaration amoureuse». Pas de censure en terme d interdiction de parole, mais un format fixe qui détermine déjà l expression : sans en avoir conscience, on adapte le message au média. La censure est donc explicitement le préformatage des communications: comme si aucun discours ne pouvait se dégager des attentes qu on lui fixe, des libertés qu on lui impartit, du public qu on lui accorde, et tout cet ensemble d éléments qui le déterminent complètement avant même qu il ne commence. Ainsi la circulation lyrique pour laquelle se battent les éditeurs est-elle un engagement réel, à part entière. C est en «intégrant, [comme le faisait Ferlinghetti] la problématique du média dans le travail même» que l artiste peut franchir ces barrières de format en atteignant un public inhabituel, en jouant avec les cadres des discours. On a vu que Bas Boettcher le faisait en mélangeant discours publicitaire et discours amoureux ou artistique. Il ne s agit pas de casser ces cadres, il est impossible de proposer à une firme une campagne publicitaire qui soit portée par un élan exclusivement lyrique et non marchand, à l inverse, n importe quel discours amoureux ne peut pas non plus devenir une œuvre d art. Il s agit 211 Dann ist es so, dass er mit Zensur zu tun hatte und, ja die Frage ist, man muss dann halt die Zensur wie immer eigentlich umgehen und unterlaufen, [ ] und Zensur, das halt, manchmal auch was woran man nicht schreiben kann, und manchmal sind die Dinge an denen man schreiben kann nicht schlecht, das heißt, also, durch Schreibung oder durch Kontraste kann Explosivkraft entstehen. Und manchmal hab ich das Gefühl, es wird immer gesagt, ein Zensur findet nicht statt im Moment, das mag nach äußeren Stimmen, und tatsächlich schwierig sich irgendwo zu reiben, es gibt dieser Zensur nicht. Was aber eben stattfindet, sind Dinge wie Formatvorgaben durch Medien, und die Formatvorgaben diktieren mehr als man wahrhaben möchtet, dann gibt es Lektorat, dann gibt es das Piepen bei Rapstücken, oder bestimmten Wörter gepiept werden, dann gibt es sogenannte Altersgrenze, also die dann sagt ok, ab dem oder dem Alter darf man das sich das anhören oder durchlesen oder anschauen, dann gibt es die Selbstzensur im Kopf, dann gibt es den Jobverlust, wenn man sich vielleicht auf einer unerwünschte Weise äußert, also vielleicht nicht so direkt und nie als was auch formuliert aber, man kann nicht behaupten, dass Zensur nicht stattfindet, die ist nur, es ist so virtuel, man kann keine Farbbomb dadran werfen, weil die Farbbomb dann irgendwo dann dranklatschen würde, sie ist so unsichtbar, nicht existent, das sind so ein bisschen die Grenzen, aber die Grenzen sind aus Gummi, man stürzt gegen und prallt wieder ab, und das schmerz noch nicht mehr. Das sind manchmal die gemeineren Grenzen als die wo man richtig gegenknallt und dann und Schmerzen davon trägt, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Il s agit du Slam «L amour téléphonique» que Bas Boettcher avait écrit plus tôt et qui est repris dans le roman. Il se détache typographiquement du reste du texte par l usage de l italique et l écriture en vers et strophes. 76

77 donc non pas de briser des cadres, mais de jouer avec pour en faire émerger les structures et par là faire prendre conscience de la fabrique des discours et de leur lignes de force, de leurs stratégie de séduction. Faire circuler la poésie sous toutes ses formes et lui permettre, en sortant de son cantonnement à la forme livresque, de «provoquer» et d aller chercher son «récepteur», n est pas synonyme d une diffusion massive, même dans l espace national, par ce qu alors le discours se heurte à un nouvelle forme de censure qu est le formatage des discours : pour l instant et de façon toujours plus marquée depuis l invention de l imprimerie, le discours lyrique est un discours écrit, et qui veut en faire un discours oral doit se battre pour la circulation de sa poésie. D. Rendre l éclat sonore de la poésie : Créer des médias qui portent ce projet de provocation chacun à leur manière. Ainsi Bas Boettcher travaille à la circulation de son discours par le développement de nouveaux médias qui doivent permettre de passer outre cette «censure de l établissement». C est là le moyen de communiquer avec les habitants de l espace public, et donc celui de participer à la construction du discours public. Une construction dont on a vu qu elle semblait bien s effectuer dans un rapport de réciprocité entre discours public, privé et artistique. Afin de donner à entendre le discours artistique pour lui permettre de jouer pleinement son rôle, Bas Boettcher cherche le média propre à rendre l éclat sonore de la poésie. Le terme de média est un peu flou. Il vient du latin medium qui signifie le milieu, l intermédiaire (l allemand conserve le mot «Medium», le français s approprie le mot qui devient «média»). Or ce qui est entre l artiste et le «récepteur», c est autant la forme, le genre donc, que le format, c'est-à-dire le support. Créer une nouvelle forme de média dès lors c est soit créer un nouveau genre, soit créer un nouveau type de support, les deux pouvant aller de pair. C est le sens des recherches qui mènent dans l ordre chronologique aux PoetryClips, au roman de Bas Boettcher puis à la Textbox, trois projets de créations de média que j ai déjà évoqués et que je voudrais présenter plus en détail ou sous un autre angle à présent 213. J aimerais montrer comment les nouveaux médias 213 On trouve sur le site de l artiste à la rubrique Médien, sous rubrique Experimente, un ensemble de projets de développement de nouveaux médias qui expérimentent les liaisons entre la poésie et les nouveaux médias. Il y a dans cette rubrique la Looppool et le Flashstilmittel que j ai déjà présenté, la Looppool-Konsole (Looppool-console) qui est une autre version de la Looppool, le Planet Hopper qui, aux dires mêmes de l artiste n a pas grand-chose à voir avec la poésie (cf. cette page, consultée le 10 août 2007) : «il s agit simplement d un petit jeu vidéo méditatif et monotone de l auteur», et enfin le Trackselector à l aide duquel Bas Boettcher projette les traductions de ses textes sur un grand écran lors de ses représentation à l étranger et sur lequel j aurai l occasion de revenir. Je ne présente pas ces projets en détail ici, soit par ce que je e fais ailleurs, soit par ce qu ils n ont pas une ampleur et un intérêt comparable à celui des Clips poétiques, du «Roman à écouter» ou de la Textbox. 77

78 développés par Bas Boettcher portent, chacun à leur manière, ce projet de «provocation» à l écoute poétique. d) Les clips poétiques et le DVD-Vidéo Poetry Clips Vol.1 : la force de l alliance entre «le texte l image et le son» Avec le projet des Poetry Clips, Bas Boettcher rentre dans une recherche médiatique. Il s occupe d abord de la question de la forme, du genre, en produisant des Clips, puis de celle du format, du support médiatique, en réunissant ces Clips sur un DVD-Vidéo. La genèse du projet remonte à 1999, et à ce moment il s agit de créer un nouveau genre de Clip en «produi[sant] des petits films de poésie Slam» : «En 1999, quelqu un de MTV est venu me voir. Il voulait passer de la poésie Slam sur «MTV Sushi». Je lui ai proposé de produire de petits films de poésie Slam avec Wolf Hogekamp. Aux Etats-Unis il existait déjà des formats 214 comme «Etats-Unis de la Poésie» ou «Mots à ta figure»» 215. C est un projet qui s appuie donc sur un genre existant, importé des Etats Unis, des petits films poétiques déjà adaptés aux attentes de la chaîne de clips musicaux mondialement connue, MTV (Music TeleVision). Sur cette demande, Bas Boettcher et Wolf Hogekamp développent la forme du «Clip Poétique» (Poetry Clip) 216, un nouveau genre de clip vidéo à côté du clip musical traditionnel : «Comme j étudiais le design des médias à l université du Bauhaus, j étais confronté à de nombreuses formes médiales et à la question de la médiation des contenus. J ai développé le format avec Wolf Hogekamp. Le concept «Clip poétique» vient de moi. Aux Etats-Unis on appelait cette forme «Film poétique» ou «Vidéo poétique»» 217. Comme Bas Boettcher le souligne dans son mémoire, c est bien la construction d un nouveau genre de média qui est en jeu dans cette recherche : «Les différentes publications peuvent être grossièrement répartie en deux catégories, d un côté les publications écrites [ ] de l autre côté les publications orales acoustiques, [ ] jusqu à présent il n existe 214 Bas Boettcher emploie ici le mot «format» d une manière qui porte à confusion. Le clip poétique est un genre, au même titre que le clip musical, qu un roman ou une nouvelle, et non un format comme le CD ou le livre. C est pour cette raison qu il peut être transporté, transmis sous plusieurs «formes médiales» : le DVD, mais aussi le fichier informatique par exemple. Bien sûr, puisque Bas Boettcher déclare ouvertement intégrer sa réflexion sur le format dans son travail de la forme, les deux sont liés, mais je souligne la distinction pour la clarté de mon propos. D ailleurs, dans la citation suivante, il emploie indifféremment le terme de forme et de format. 215 Im Jahr 1999 trat jemand von MTV an mich heran. Er wollte Slam Poetry bei MTV Sushi 215 einbauen. Ich bot ihm an zusammen mit Wolf Hogekamp kleine Poetry Slam Filmchen zu produzieren. In den USA gab es zu der Zeit schon Formate wie United States of Poetry oder Words in your Face, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu 216 Le genre du clip poétique se construit aussi par rapport à de films que Bas Boettcher cite dans son mémoire avant de présenter brièvement les réflexions constructives qu il en tire pour son travail. 217 Da ich an der Bauhaus-Universität Mediengestaltung studierte, beschäftigte ich mich viel mit Medienformaten und der Vermittlung von Inhalten. Zusammen mit Wolf Hogekamp entwickelte ich das Format. Der Begriff Poetry Clip stammt von mir. In den USA nannte man diese Form Poetry Film oder Poetry Video, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu 78

79 pas de média qui rende simultanément les formes d apparition visuelles et acoustiques de la poésie. Le format du Clip poétique doit combler ce vide» 218. L explicitation de la démarche conceptuelle à l œuvre dans le projet, au niveau de la «forme» créé d abord, le clip poétique, et puis du format de diffusion, le DVD-Vidéo «Poetry Clips Vol.1» fait l objet du mémoire que Bas Boettcher rédige pour la Bauhaus université : «Comme nous avions produit pas mal de Clips entre 2000 et 2004, il n y avait pas loin de là à penser à produire une compilation DVD. Le design et la création de ce DVD-Vidéo était en même temps le sujet de mon mémoire pour l université du Bauhaus» 219. Présentant le projet sur son site internet, l auteur précise que le DVD-Vidéo est plus adéquat pour faire circuler la poésie que le livre auquel manque la dimension acoustique du poème et que le CD auquel les mimiques et la gestuelle de l auteur font défaut. Le DVD-Vidéo porte la «provocation à l écoute» avec force, grâce à l alliance des trois éléments que sont le texte, l image et le son : «Avec les Clips poétiques un nouveau média est créé qui transmet les diverses facettes de la poésie SpokenWord. [ ] Les Clips Poétiques doivent augmenter les canaux de réception de la poésie. Le texte, l image et le son. C est cela maintenant l instant lyrique» 220. L instant lyrique que Bas Boettcher veut faire circuler vibre dans la réunion de ces trois dimensions acoustiques, textuelles et visuelles. Le texte d ailleurs n est pas en reste, en témoigne le mémoire de Bas Boettcher, où se trouve détaillées les étapes du travail consacré à cette dimension du Clip Vidéo : «Pour le lectorat - Demande d une version écrite du texte pour chaque Clip - Transcription des textes qui n ont pas pu être établis par les auteurs - Demande de la biographie d artiste de chaque auteur et de chaque régisseur - Comparaison des textes écrits avec les versions orales. Adaptation des versions écrites aux textes dits - Correction orthographique des textes obtenus et des biographies d artistes pour les sous-titres et les «Infos sur le Clip» 221. Les clips vidéo s imposent une esthétique de la crudité pour une production qui laisse le texte à entendre s imposer sur les effets de mise en scène, c est d ailleurs ce qui les distingue des Clips vidéo 218 Die verschiedenen Veröffentlichungsformen können grob in zwei Kategorien eingeteilt werden: Auf der einen Seite steht die schriftsprachliche,[ ]. Auf der anderen Seite steht die sprech-sprachliche akustische Veröffentlichungsweise, [ ] Bisher gibt es noch kein Medium, welches die visuelle und akustische Erscheinungsform der Dichtung gleichzeitig wiedergibt. Hier soll das Format Poetry Clip eine Lücke schließen», in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p Nachdem wir zwischen 2000 und 2004 eine vielzahl von Clips produziert hatten, lag die Idee nahe, eine DVD- Compilation daraus herzustellen. Die Gestaltung und das Authoring dieser Video-DVD war gleichzeitig meine Diplomarbeit an der Bauhaus-Universität, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu 220 Mit Poetry-Clips wurde nun ein Medium geschaffen, welches die verschiedenen Facetten der Spoken-Word-Dichtung transportiert. [ ]Poetry-Clips sollen die Rezeptions-Kanäle für Dichtung erweitern. - Der Text, das Bild und der Ton. Das ist das Jetzt - der lyrische Augenblick, in: présentation du projet à lire sur le site de l auteur, rubrique «Medien», sous rubrique «Poetry Clips». 221 Lektorat/ Anfordern der schriftlichen Texte zum Clip./ Transkription der Texte, die von den Autoren nicht eingereicht werden konnten./ Anfordern der Künstlerbiographien der einzelnen Autoren und Regisseure./ Vergleich der schriftlichen Texte mit den gesprochenen Versionen. Angleichung der schriftlichen Texte an den gesprochenen Text./ Orthographische Korrektur der eingesandten Texte und Künstlerbiographien für die Untertitel und Info-Clips, in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p.9. 79

80 traditionnels et leur permet de prétendre à la véritable réunion de ces trois dimensions : aucune ne prend une importance surdimensionnée : «Contrairement aux vidéos musicales 222, nous renonçons aux coupes rapides, à de nombreux arrières plans et aux effets spéciaux. Le Clip poétique gagne en intensité par sa simplicité et ne détourne pas du texte. Les Clips poétiques visent l instant présent l instant lyrique. L auteur devient comédien, et alors la respiration, la rythmique et le contact visuel direct avec le spectateur jouent un rôle central» 223 Le résultat final se définit avant tout par son authenticité : «les Clips poétiques doivent retransmettre les performances des poètes de la façon la plus authentique qu il se peut» 224 écrit Bas Boettcher dans la définition qu il donne du Clip Vidéo dans son mémoire. La part de mise en scène à l œuvre dans la facture des Clips poétiques, même si elle est légère, peut être considérée comme un facteur de distraction qui détournerait l attention du spectateur : apporter l image, c est à la fois jouer la chance de capter l attention par l alliance du texte, du son et de l image, mais c est aussi risquer l intrusion d un facteur de distraction potentielle. Ici, tout dépendra de l usage qui est fait de l image, dans la conception comme dans la production : l image peut en effet n être ni un accompagnement ni un facteur de distraction, et s avérer au contraire tout à fait propre à participer à la création de l univers poétique 225. On retrouverait alors un peu le rapport de la poésie créant de concert un univers avec des éléments sonores, rapport que Bas Boettcher et Loris Negro expérimentaient ensemble dans le groupe Zentrifugal, comme je l ai montré plus haut. Il y a donc là une piste de recherche qui n est pas abandonnée par l artiste. D ailleurs, le titre Poetry Clips (Vol.1) laisse deviner la possible sortie d un Volume 2, et il sera sans doute intéressant de comparer le rapport du texte à l image dans les deux volumes pour décrire son évolution. e) Megaherz : lecture et «irruptions lyriques», suggestions sonores Megaherz porte le projet de transgression de la limite du poème à la forme livresque d une toute autre façon. Son édition sous la forme du livre est naturellement au premier abord problématique. Le cas de ce «roman» est très riche d enseignement car il montre en quoi les processus de création et de conceptualisation de la création, c'est-à-dire d explication sont différents. Il montre en quoi le travail de l artiste, le travail de création poétique, est différent de celui de l analyste qui déploie et déplie ce discours. J ai déjà distingué entre les deux figures de l artiste et du «théoricien». Bas Boettcher en effet se prête volontiers à des changements de postures, et tantôt analyste, tantôt artiste engagé, il crée 222 Bas Boettcher désigne ici les clips vidéos traditionnels, ceux qui passent par exemple sur la chaîne MTV. 223 Im Gegensatz zu Musikvideos verzichten wir auf schnelle Schnitte, viele Hintergründe und Spezialeffekte. Der "Poetry Clip" gewinnt durch seine Schlichtheit an Intensität und lenkt nicht vom Text ab. Die "Poetry Clips" zielen auf das jetzt den "lyrischen Augenblick" ab. Der Autor wird zum Schauspieler, dabei spielen Atmung, Rhythmik und direkter Blickkontakt zum Zuschauer eine zentrale Rolle, in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 224 Poetry Clips sollen die Performance des Poeten möglichst authentisch wiedergeben, in: Poetry Clips (Vol.1), mémoire écrit par Bas Böttcher pour la Bauhaus Universität de Weimar, 2004, p Cf. le travail des Video-Jockey, les mixeurs d images, équivalent du travail des DJ dans le domaine visuel. 80

81 et commente son œuvre. Ainsi les Clips poétiques sont donc non seulement créés, mais aussi analysés comme nouveau média devant permettre la retransmission de l instant lyrique dans toute son intensité et toute sa force. Le travail de rédaction du mémoire témoigne en lui-même de l intérêt que porte l artiste à cette deuxième phase de discours sur le discours, qui intervient après la création et peut, d ailleurs, participer à sa diffusion, tant par ce que les explications peuvent donner des clés d accès à l œuvre que par ce que, tout simplement, l ensemble des travaux de glose citent l œuvre et la font donc circuler. Le genre de Megaherz est difficile à définir, et même en un sens il est une création. En effet j ai expliqué comment Megaherz, originairement qualifié de «nouvelle» par l auteur, avait été relabélisé «roman» par les éditeurs, une étiquette proche, peut-être plus vendeuse. Quoi qu il en soit, deux ans après la sortie en librairie du livre, l auteur laisse place à l analyste pour définir le genre de l œuvre avec plus d efficacité : «Le livre est un peu un malentendu quand on appelle ça simplement «mon livre», parce qu en fait c est réellement une «pièce à écouter» (Hörstück), tout le roman, au fond on devrait le lire cinq heures d affilé, le lire à voix haute, les gens peuvent entrer et sortir s ils veulent [ ] mais ça serait fait pour ça» 226 La «pièce à écouter» (Hörstück), est un genre court qui se développe en marge du «jeu à écouter» 227 (Hörspiel). Le «jeu à écouter» est un genre qui naît avec le siècle précédent et dont le média originaire est la radio. Il s agit de pièces, écrites par un auteur qui élabore le manuscrit et donne déjà des indications pour la production, puis mises en scène, et finalement interprétées par des acteurs qui se partagent les rôles à mettre en voix. La pièce peut ensuite être diffusée sur la radio, ou vendue sous forme de CD, cassette ou disque vinyle. La durée de la pièce peut être très longue mais aussi très courte. Parallèlement aux «jeux à écouter» courts, se développe une nouvelle sorte de «jeu à écouter». Ce nouveau genre est la «pièce à écouter», une pièce courte (jusqu à trois minutes maximum), qui raconte moins une histoire qu elle ne crée un univers par l utilisation de suggestions sonores, et se spécialise dans la création d atmosphères 228. Lorsque Bas Boettcher déclare que son livre est une «pièce à écouter», il s agit déjà d une transgression de genre, puisque sa «pièce à écouter» ne fait pas trois minutes mais cinq heures! Je voudrais montrer la solidarité des problématiques de genre et de format, c'est-à-dire de support médial et ainsi interpréter la publication sous le format livresque d une œuvre qu on aurait bien trop vite fait de classer simplement dans le genre «roman». Cette classification hâtive a en effet partie 226 Das Buch ist ein bisschen ein Missverständnis, wenn man es einfach nur mein Buch bezeichnet, weil es ist eigentlich tatsächlich ein Hörstück, der ganze Roman, ist ein einziges Hörstück. Man müsste es im Grunde mal fünf Stunden lang lesen einfach, vorlesen, die Leute können kommen und gehen wenn sie wollen [ ] aber das wäre dafür gemacht, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Il serait sans doute plus exact de traduire «pièce à écouter» ici aussi dans la mesure où le mot Spiel, qui signifie jeu au sens premier est pris ici dans le sens de «jeu de théâtre». Je pourrais aussi traduire par «mise en scène à écouter», mais je choisis «jeu à écouter» pour la concision de la formule en précisant que le mot est pris au sens figuré. 228 D après l article «Hörspiel» de la version allemande de l encyclopédie Wikipédia. 81

82 liée avec l idée qu en publiant un livre, l auteur «se range» du côté de l écrit, c'est-à-dire que la période de poésie parlée serait utilisée comme un accès vers la poésie écrite bien plus établie. Pour retrouver une approche sociologique, il n y aurait plus alors «contestation» de la répartition du capital spécifique par la demande d une reconnaissance de la dignité de la poésie orale, mais acceptation pure et simple des règles du jeu. Il est légitime en soi, au moins en tant qu hypothèse, de supposer qu il existe bien une sorte de «fantasme de l écrit» que l auteur d ailleurs confesse : «En tant que poète de scène il est difficile de créer quelque chose qui reste, par ce que la poésie de scène est liée à l expérience en temps réel. Le livre est un bon média pour fixer ces moments, car il n est pas lié au temps. CD et clips vidéo au contraire ont un début et une fin» 229 Il y a certainement une légitimité du soupçon quant à cette démarche de publication livresque. Mais cette démarche de publication, lorsqu elle est faite dans le sens d une quête de reconnaissance institutionnelle, est vivement critiquée dans le Slam «l écrivain prétentieux», où Bas Boettcher mime ironiquement la voix d un auteur déclarant : «J ai publié un livre, 160 pages, couverture dure, relié, Long de 21 centimètres entiers pour un certain nombre d heures! 230 Plus jamais de lecture dans un bar mal fréquenté ou dans une cave où on fume du shit, J ai publié un livre et je suis maintenant un auteur important!» 231 Cette démarche est donc fustigée par l auteur lui-même, et elle est en outre inattribuable à Bas Boettcher parce qu il n est jamais sorti des circuits de la poésie orale, comme s apprête à le faire ce personnage d auteur. Et même il s y inscrit plus clairement que jamais, un an après la parution de son livre, avec le projet de la Textbox. En fait, si Megaherz est publié en tant que livre, c est surtout par ce qu il ne peut pas trouver autrement sa place sur le marché de la littérature, dans un premier temps au moins, étant donné que la «pièce à écouter longue» est un format nouveau : «Je voudrais bien publier en production acoustique, ce que je vais faire bientôt, mais aussi malheureusement le marché de la littérature allemand est encore très fortement formaté, il se trouve que les livres peuvent être produits en pièce sonore seulement lorsque dix mille éditions imprimées ont été vendues, c est une sorte de règle non écrite, on dit «bon après dix mille éditions imprimées vient la pièce sonore», quelques livres sont produits d emblée en édition imprimées et audio, on aurait dû faire la même chose pour moi au fond. Et en même temps il se trouve que la maison d édition se trouve maintenant dans de toutes 229 Als Bühnenpoet ist es schwierig etwas Bleibendes zu erschaffen, weil die Bühnenpoesie an das Live-Erlebnis gebunden ist. Ein Buch ist ein gutes Medium um diese Momente festzuhalten, weil es zeitungebunden ist. CD s und Videoclips hingegen haben einen Anfang und ein Ende... in: l interview Fragen an Bas (questions à Bas), conduite par , auteur inconnu. 230 La description du livre correspond trait pour trait à celle qu on pourrait faire de Megaherz. Le souci de la qualité du contact matériel pris par le public avec ses œuvres est d ailleurs revendiqué à plusieurs reprises par l artiste, qui dit s occuper de format tout autant que de forme. Il y a peut-être dans ce Slam une dimension de réponse (ou de «réponse en avant», la date d écriture est inconnue) à ceux qui voudrait dresser un tel portrait de l artiste après la publication livresque de Megaherz. 231 «L auteur présomptueux», (Der stolze Literat), à lire et entendre dans Dies ist kein Konzert, piste 20, page

83 nouvelles mains, elle a été vendue deux fois depuis que le livre a été publié, et je pense que là il faut prendre les choses en main tout simplement peut être que je vais faire une sorte de Director s Cut, c'est-à-dire je fais ma propre version, telle que la vois, telle que je l ai écrite» 232 Il faudrait donc, comme pour les Clips poétiques, autoproduire Megaherz. Mais cette fois le travail de Bas Boettcher n est pas porté par l énergie du travail d équipe avec Wolf Hogekamp. Bas Boettcher fait déjà des lectures du livre dans le cadre de tournées ; des lectures, déclare l artiste, «interrompues par des irruptions lyriques, juste, pas des lectures d un texte en prose, disons, sec, mais c est un texte aussi très musical, comme je l ai déjà dit, Megaherz est en fait une production acoustique» 233. Ces lectures, et peut être une autoproduction à venir, permettent de contrecarrer l assimilation de Megaherz à un «roman pour livre». Les lectures sont comme un détournement du dictat du format, le Director s Cut une accélération de la sortie du livre en production audio. En tous cas, il s agit de faire valoir le travail sonore revendiqué par l adoption de l étiquette «pièce à écouter». Si l œuvre Megaherz est un livre, pour l instant du moins, il ne faudrait pas du tout mettre une hiérarchie ou penser que l auteur voit la parution de ce livre comme une promotion. Il s agit bien plutôt d une étape vers l édition audio, vers une forme, encore une fois et pour retrouver une formulation de l artiste lui même, qui «plaide pour la reconnaissance de la dimension acoustique de la langue». f) La Textbox, le corps et la voix ou l intensité d une présence La Textbox n est pas une maison d édition mais une maison d expression, un nouveau média dont le but est «d offrir au jeune genre de la performance poétique/ une plateforme professionnelle et adéquate» 234. La Textbox se présente donc en tant que nouveau média, comme le sous-titre du projet présent sur le logo le précise 235 : 232 Ich würde das gerne veröffentlichen als audioproduktion, das mach ich demnächst, auch leider ist der deutsche Buchhandeln noch etwas sehr stark formatiert also die sind so eingestellt, dass Bücher erst als Hörbuch produziert werden wenn 10 Tausend Printauflage verkauft wurden, das ist so ein Art ungeschriebenes Gesetz, man sagt ja also ab 10 Tausend Printauflage kommt das Hörbuch, manche Bücher werden von vornherein Print- und Hörbuch veröffentlicht, hätte man im Grunde bei mir halt auch machen müssen. Und mittlerweile ist es so, dass der Verlag jetzt in ganz anderen Händen ist, er wurde zwei mal verkauft seit das Buch veröffentlich wurde, und ich denke da muss man einfach mal in der Hand nehmen, vielleicht mach ich so eine Art Director s Cut, also, ich mach eine eigene Version, so wie ich beabsichtlich habe, geschrieben habe, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Lesung aus dem Roman die aber auch mal wieder unterbrochen wird durch so lyrische Irruption, einfach nur keine Lesung aus einem, ja sagen wir mal trockenen Prosatext sondern das ist ein auch sehr musikalischer Text wie ich schon gesagt hatte Megaherz ist eigentlich eine Hörproduktion, in: interview réalisée à Berlin le 24 juillet Ziel der «Textbox» ist es, dem jungen Genre der Performance-Poesie/ eine professionelle und adäquate Plattform zu bieten, in: présentation du projet par l auteur, à lire sur le site internet de la Textbox, rubrique «Info», site consulté le 13 août «Das kleinste Massenmedium der Welt» signifie «le plus petit média de masse du monde». 83

84 La Textbox est une coquille de plexiglas dans laquelle se produit le poète, une «maison d édition d un genre particulier» qui «publie des ondes audio à l état original» 236. La boîte est insonorisée, et l on peut écouter le poète seulement en coiffant l un des casques d écoute qui sont reliés à elle. Voici une photographie prise lors du salon du livre de Leipzig cette année, en 2007 : Le projet a été développé en collaboration avec Timo Brunke, sur une idée originale de Bas Boettcher. Lorsqu ils se produisent, ce sont eux qui choisissent éventuellement d inviter d autres auteurs à venir déclamer dans leur «maison d édition d un genre particulier». Le projet a été soutenu par Michael Lentz, une grande figure de la poésie orale de langue allemande, puisqu il a écrit sa thèse sur la poésie parlée 238 et gagné en 2001 le prix Ingeborg Bachmann 239 avec un texte de poésie parlée, Muttersterben, La mort de la mère. La Textbox a également reçu le soutien de l éditeur suisse Egon Ammann, qui le premier a invité Bas Boettcher et Timo Brunke à se produire lors du Festival de 236 «Die Textbox ist ein Verlagshaus der besonderen Art:/ es publiziert Schallwellen im Originalzustand», in: présentation du projet par l auteur, à lire sur le site internet de la Textbox, rubrique «Info», site consulté le 13 août Le chiffre change d un reportage à l autre, mais il reste autour de la trentaine en général. 238 La thèse de Michael Lentz, "Lautpoesie/-musik nach Eine kritisch-dokumentarische Bestandsaufnahme" (poésie acoustique/ musique acoustique après Un inventaire critique et documentaire.), est devenue une œuvre de référence sur la question. 239 Le prix Ingeborg Bachmann existe depuis 1977, il se déroule tous les ans au début de l été à Klagenfurt (Autriche). Il passe pour l un des plus importants de l espace germanophone. Ingeborg Bachmann, en l hommage de qui le prix a été nommé est un écrivain autrichien. Elle a appartenu au Groupe 47 que j ai déjà présenté. 84

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