Des clés pourchoisir. N ous y voilà! Le premier. Petit nécessaire pour voter

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1 123 Des clés pourchoisir Petit nécessaire pour voter N ous y voilà! Le premier tour de l élection présidentielle est à portée de main. Les électeurs dits «flottants» n ont plus que quelques jours pour former leur choix. Que diront les urnes au soir du 22? Les cas de figure sont multiples tant l indécision et la défiance de l électorat ont dominé cette campagne. Sera-t-on confronté, comme en 22, à un nouveau face-à-face entre la droite et la droite extrême? Comme en 1995, 1988, 1981, 1974 ou 1965, à un affrontement traditionnel entre la droite et la gauche? Ou comme en 1969, à la promesse d un second tour entre la droite et le centre? La singularité de 1969 est que le candidat centriste qualifié au second tour, Alain Poher, était président de la République par intérim après la démission du général de Gaulle, que le Parti communiste brillait encore au-dessus de 2 % des suffrages exprimés et que la SFIO moribonde plafonnait à 5 %. La France s est réservée une frayeur à la dernière consultation. «Dans le désarroi que beaucoup de Français ont ressenti, déclara Jacques Chirac, le 25 22, après le premier tour, il y aura au moins une leçon utile pour la démocratie : c est que le vote n est pas seulement l expression d un sentiment, d une opinion, d une frustration, le vote n est pas seulement l expression d une attente, d un besoin, d une exigence, il n est pas seulement l expression d un mécontentement, d une inquiétude, d un trouble.» N ayez pas peur!, semblait dire le chef de l'etat, en suggérant aux électeurs de bien prendre la mesure des conséquences de ce choix fondamental. Alors que des peurs légitimes, imaginaires ou fantasmées envahissent le débat politique, au moment où des candidats les entretiennent, les instrumentalisent ou les combattent, Le Monde a rassemblé des clés pour aider les électeurs à se déterminer. A choisir. Ce supplément est composé d une enquête sur la défiance de l électorat (pages 2 et 3), d une présentation, avec affiches officielles, des douze personnalités en quête de suffrages, selon l ordre établi par tirage au sort du Conseil constitutionnel (page 4), de «Focus» thématiques (pages 5 à 11), de quatre grands entretiens avec Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, et, accompagnés d opinions «pour et contre» (pages 12 à 18) ainsi que d analyses (pages 19 et 2). Tous ces éléments d information, à l exception des affiches et des courbes retraçant un an de sondage de quatre instituts, ont déjà été publiés dans nos colonnes au cours des derniers mois. Il s agit d une sélection. Elle est subjective et assumée. Ce supplément n a donc pas la prétention d être un vade-mecum universel mais il pourrait plutôt se présenter comme un petit nécessaire pour voter. «Seuls les quatre derniers jours sont décisifs. Cela ne sert à rien de mobiliser les gens d ici là. Le jour du scrutin, je crois au sérieux du vote individuel. Autant le Français est peu sérieux collectivement, autant il le devient quand il est seul face à son bulletin.» C est le jugement définitif que prononçait Valéry Giscard d Estaing, en décembre 198, face à la journaliste Sylvie Pierre-Brossolette qui l interrogeait sur l élection présidentielle de Cinq mois plus tard, il était battu par François Mitterrand. a Olivier Biffaud Image de couverture Michal Batory CAHIER DU «MONDE» DATÉ MERCREDI 18 AVRIL 27. N O NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT

2 Enquête 2 Mercredi Présidentielle 27 La défiance au cœur du vote Six Français sur dix ne font confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays. C est ce que montre une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), menée du 5 au 19 février. Les électeurs prêts à changer de camp sont de plus en plus nombreux, particulièrement à gauche Les Français restent peu confiants La confiance pour gouverner le pays, selon la catégorie professionnelle en % Agriculteur Artisan, commerçant, chef d entreprise Profession libérale, cadre supérieur Enseignant Profession intermédiaire Employé Ouvrier Ensemble BEAUCOUP ASSEZ PEU PAS DU TOUT NE SE PRONONCE PAS Automne Hiver Février 27 4 % 46 % 46 % CONFIANCE DANS : LA GAUCHE LA DROITE Le résultat de l élection présidentielle de 27 permettra-t-il, selon vous, d améliorer les choses en France? en % des personnes sondées NI GAUCHE, NI DROITE Chaque élection présidentielle est marquée par un thème dominant : la «France unie» en 1988, la «fracture sociale» en 1995, l insécurité en 22. Celle de 27 pourrait bien être dominée par la défiance envers la gauche et la droite. En février, 61 % des Français déclarent ne faire confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays. Les quatre vagues d enquête du Baromètre politique français (BPF), réalisées entre 26 et février 27, montrent qu il s agit là d un phénomène structurel puisque ce pourcentage se situe, depuis un an, entre 6 % et 7 %. A deux mois du premier tour de l élection présidentielle, il ne se trouve que % des Français pour déclarer leur confiance dans la gauche pour J ai confiance dans la gauche pour gouverner le pays J ai confiance dans la droite pour gouverner le pays Je n ai confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays L évolution des opinions au fil des sondages PRINTEMPS 26 AUTOMNE 26 HIVER FÉVRIER 27 Avez-vous déjà choisi le candidat pour lequel vous voterez au 1 er tour? en % des personnes sondées % 54 : OUI TOTAL oui, tout Oui, plutôt à fait % : NON TOTAL Non, plutôt pas 2 26 du Non, pas tout + 2 points + 6 points 8 pts gouverner le pays et, à peine plus, 21 % exactement, pour déclarer leur confiance dans la droite. Ces résultats sont préoccupants car le mécanisme de la confiance est au cœur des institutions de la V e République, caractérisée depuis 1962 par l élection du président de la République au suffrage universel, et depuis 1988 par le scrutin majoritaire qui favorise la bipolarisation. Force est de constater la crise profonde du régime politique français. On distingue d abord les «intégrés» au système politique, qui se classent sur l échelle gauchedroite et font confiance à l un ou à l autre des deux camps pour gouverner le pays. Ils ne représentent plus que 36 % du corps électoral, alors qu ils étaient 52 % il y a dix ans, au moment des élections législatives de A l opposé, il y a les «hors système» qui se caractérisent par leur refus de l échelle gauche-droite (ils se déclarent «ni à gauche ni à droite») et leur absence de confiance pour gouverner le pays. Ils représentent aujourd hui 26 % de l électorat contre 23 % il y a dix ans. Entre les deux, le groupe dont l importance a explosé est celui des «défiants». Ils se reconnaissent dans le clivage gauche-droite, mais ne font confiance ni à l une ni à l autre pour gouverner le pays. Ils constituent désormais le groupe le plus important, soit 38 % de l électorat au lieu de 25 % il y a dix ans. Sur le plan social, en 1997, l intégration politique était précisément calée sur la hiérarchie sociale : à son maximum parmi les catégories intellectuelles, élevée parmi les catégories supérieures, plus faible chez les ouvriers et les employés. Dix ans plus tard, la crise est partout. La montée des «défiants» est massive dans les catégories intellectuelles (+ 26 points chez les enseignants, + 15 points chez les étudiants) et aussi parmi les classes moyennes (+ 23 points parmi les professions intermédiaires). Dans les années 199, la crise du système politique était une crise verticale qui opposait les ouvriers et les employés au reste de la société, et en particulier aux élites. Dans les années 2, la crise est devenue générale, associant les classes moyennes aux catégories populaires (comme l avait déjà montré le référendum de 25) et s étendant désormais aux couches intellectuelles de la nation, qui se comportent davantage, sur ce point, comme des suiveurs, plutôt qu en leaders d opinion. Sur le plan politique, la crise n oppose plus les partis périphériques ou extrémistes aux partis centraux. Elle plonge désormais au cœur du système. Suivant leur leader,, les sympathisants UDF ont basculé massivement dans le camp des «défiants» : 21 % en 1997, 55 % en 27. Mais le phénomène ne s arrête pas là. Durant ce laps de temps, les «défiants» ont augmenté de 14 points parmi les sympathisants socialistes et de 12 points chez les sympathisants de l UMP. La défiance politique pèse sur les comportements électoraux. Recueillies à la mi-février, les intentions de vote font apparaître une situation très.diversifiée selon la typologie du rapport au système gauche-droite. Les grands candidats de ces deux camps (Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy) ne dominent les intentions de vote que dans la seule catégorie des «intégrés» où ils totalisent, à eux deux, 76 % de suffrages exprimés alors qu ils n atteignent que 4 % parmi les «défiants» et 48 % parmi les «hors système». Dès la mi-février, au moment où s amorçait sa percée dans les sondages, se plaçait en tête parmi les «défiants». Les femmes plus pessimistes que les hommes sur la situation du pays EN AVRIL, 53 % des électeurs seront des électrices. En dépit d une professionnalisation et d une scolarisation croissante, de l action des mouvements féministes et de dispositifs institutionnels favorisant leur participation en politique, les Françaises n entretiennent pas le même rapport à la politique que les Français. L électorat féminin est plus âgé, plus isolé, plus fragilisé économiquement ou socialement et plus religieux que l électorat masculin : ce n est pas sans conséquence. 68 % des femmes sont pessimistes sur l évolution de la situation économique en France dans les six mois à venir, contre 61 % des hommes. Elles sont 54 % à déclarer s en sortir difficilement avec les revenus du foyer (contre 45 % des hommes) et 47 % à avoir le sentiment que la délinquance a augmenté en France ces derniers mois (contre 39 % des hommes). Enfin, 42 % estiment que la France doit se protéger davantage qu aujourd hui du reste du monde (contre 34 % des hommes). Parmi ces femmes sur le qui-vive, celles qui se sentent les plus menacées sont les plus précarisées, ce qui affecte leur rapport à la politique. Au pessimisme s ajoute la défiance. Les femmes sont beaucoup moins nombreuses (47 %) que les hommes (61 %) à déclarer s intéresser à la politique des écarts qui se maintiennent, quels que soient le statut, le diplôme ou la profession. Indifférence, incompétence, intériorisation d une autocensure : les interprétations s additionnent. A noter, leur méfiance particulière (66 % des femmes n ont confiance ni dans la gauche ni dans la droite pour gouverner le pays, contre 58 % des hommes), qui croît à mesure que l on descend dans l échelle socioprofessionnelle. Sociologie contrastée Les femmes tendent à répartir leurs choix entre la gauche et la droite, en minimisant leurs intentions de vote pour l extrême droite alors que les hommes assument cette tripartition de l espace politique. Les femmes déclarent avoir un peu moins l intention de voter pour des candidats de droite (6 %) que les hommes (63 %). Chez les femmes, les intentions de vote en fonction des professions révèlent des situations contrastées : dans les classes populaires, devance Ségolène Royal (36 % contre 25 %). Il fait jeu égal avec elle chez les professions intermédiaires, vivier électoral traditionnel de la gauche (3 % et 31 %). Le rapport de forces s inverse chez les femmes enseignantes (19 % pour Sarkozy et 4 % pour Royal) et les étudiantes (25 % et 46 %). Chez les femmes des professions libérales et cadres supérieurs, les deux candidats sont à l équilibre (33 % et 32 %). Dans l électorat de Ségolène Royal, l écart entre les femmes et les hommes varie entre 4 et 5 points selon les professions, et ne se creuse que chez les cadres supérieurs, les professions libérales et les étudiants (respectivement + 13 et + 19 points). Seule exception : il n y a pas d effet de sexe dans les classes populaires. Cumulant fragilités et protestation, l électorat féminin pourrait-il devenir un terrain de choix pour le FN? Les intentions de vote de la quatrième vague du Baromètre politique français montrent une très légère progression de Jean-Marie Le Pen chez les femmes (+ 2 points par rapport à la vague 3). Les ouvrières sont 19 % à déclarer vouloir voter pour lui, resserrant ainsi l écart avec les 22 % d ouvriers qui affichent la même intention. Si les femmes sont amenées à jouer un rôle dans le scrutin, ce sera grâce à la capacité des candidats à mobiliser et à redonner confiance à la «minorité majoritaire». a Sylvie Strudel

3 Enquête Mercredi De très peu, il est vrai, mais il importe de noter que le leader de l UDF recueille trois fois plus de voix dans cette catégorieen rupture avec le système gauche-droite que parmi les «intégrés». Pour sa part, Nicolas Sarkozy recueille un pourcentage d intentions de vote très élevé parmi les «hors système». Cela contribue fortement à son bon score global (31 % des suffrages exprimés à la mi-février dans l ensemble de l échantillon) et s explique par sa capacité à tenir tête, pour le moment au moins, à Jean- Marie Le Pen dans cette fraction de l électorat, la plus critique envers le système. Le fait que la gauche, toutes tendances confondues, soit faible, paraît lié à son excessive intégration au système politique. Elle totalise avec l extrême gauche 43 % des intentions de vote parmi les «intégrés», baisse à 38 % parmi les «défiants» et tombe à 33 % seulement chez les «hors système». Jusqu àprésent, lacampagne n apas permis de restaurer la confiance envers la gauche et la droite. Et la candidate socialiste paraît, pour lemomentaumoins, laplus fragilisée par ce phénomène. En effet, la crise de confiance affecte davantage les sympathisants socialistes que ceux de l UMP. Il importe de prendre la mesure de ces résultats lourds de sens : en février 27, il ne se trouveque 44 % des sympathisantssocialistes à faire confiance à la gauche pour gouverner le pays. Ce chiffre diverge nettement de celui de l UMP, qui résiste mieux à la crise du système politique, puisque 61 % de ses sympathisants font confiance à la droite pour gouverner. La difficulté à tenir leur position des candidats leaders, de la gauche avec Ségolène Royal et, à un moindre degré, de la droite avec, la forte progression de, l incertitude qui demeure sur le score de, doivent être reliés à la crise d adhésion au système gauche-droite qui structure, ou structurait, la vie politique à travers ses deux partis dominants, le PS et l UMP. La candidate socialiste ne peut espérer regagner le terrain perdu sur le seul thème du rassemblement et de la mobilisation de la gauche, puisque celle-ci ne suscite que % de véritable adhésion. Le candidat de l UMP ne pourra l emporter en s appuyant sur la seule droite, véritablement soutenue que par 21 % des Français. Le candidat de l UDF, s il parvient à être élu,le sera grâce à cette montée de la défiance, mais il ne pourra diriger le pays pendant cinq ans à partir d une telle motivation. Il y a là, pour les trois postulants à la victoire, matière à réflexion sur les profondes réformes politiques nécessaires à la bonne gouvernance du pays. a Jérôme Jaffré (directeur du CECOP, chercheur associé au CEVIPOF) (Mercredi 14.) MÉTHODOLOGIE Le Cevipof a lancé, avec le soutien du ministère de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et en partenariat avec l'ifop, un Baromètre politique français (BPF). Quatre enquêtes ont été menées de 26 à février 27 : la première, du 2 au 3 26, auprès de 5 65 personnes, la deuxième, du 11 au 26 septembre 26, auprès de personnes, la troisième, du 4 au 14 décembre 26, auprès de 5 24 personnes, et la quatrième, du 5 au 19 février 27, auprès de personnes. La représentativité des échantillons a été assurée par la méthode des quotas (sexe croisé par l'âge, profession ou ancienne profession du chef de ménage, niveau de diplôme) après stratification par région administrative et catégorie d'agglomération. Un électeur sur huit prêt à changer de camp Evolution depuis déc. 26 en % des personnes Baromètre politique français (BPF) sondées Vague Vague Cohérents De la gauche vers la droite De la droite vers la gauche Evolution en % des électeurs de gauche qui s apprêtent à voter à droite entre déc. 26 et 27 +2,3 Philippe de Villiers du 4 au 14 déc. 6 L ÉLECTORAT est de plus en plus volatil, changeant et infidèle. A six semaines de l élection présidentielle, la quatrième vague du Baromètre politique français (BPF) montre que 2 % des électeurs déclarent un second choix dans le camp opposé à celui de leur premier choix. Ces mêmes électeurs sont 12,1 % à choisir un candidat n appartenant pas à la famille politique dont ils se sentent le plus proche. Cette «dissonance» entre proximité partisane et choix électoral touche, depuis de longs mois, davantage la gauche que la droite. Elle est au cœur de l actuelle poussée de dans les intentions de vote. La «dissonance électorale» s est renforcée depuis décembre 26 : elle ne représentait alors que 9 % de l électorat, en février 27 elle touche 12,1 % de celui-ci. Cette évolution est largement due à la poussée qu a connue le «gauchobayrouisme» (+ 2,3 % de l électorat en deux mois). La dissonance touche de plein fouet la gauche : les électeurs proches des partis de gauche qui ont l intention de voter à droite sont six fois plus nombreux que ceux qui, se déclarant de droite, choisissent, pour l instant, un candidat de gauche. La dissonance la plus importante touche des électeurs de gauche qui expriment leur intention de voter en faveur de (4,9 % de l échantillon). +,7 +,2,3 91 7,5 1,5 du 5 au ,9 3,1 1,4 Depuis plusieurs mois, on constate une augmentation du nombre d électeurs qui, se réclamant d une famille politique, s apprêtent à voter pour l autre camp. Le phénomène touche davantage la gauche que la droite et profite d abord à. +2,9 +,1 Vient ensuite la dissonance gaucho-bayrouiste qui a beaucoup progressé (de 1,5 % de l électorat en décembre 26 à 3,8 % en février 27) suivie, plus loin, de la dissonance gaucho-lepéniste (1,2 % de l échantillon). Le mouvement de la droite vers la gauche est plus modeste (1,6 %) et profite essentiellement à Ségolène Royal, qui en capte les trois quarts. Dont : PS 36 % Dont : Verts Lutte ouvr. MRC PCF Rad. de gauche LCR 26 % % 9 % 6 % 4 % 2 % Autres Les électeurs infidèles, une des clés du scrutin 1,6 Un phénomène qui touche davantage la gauche Evolution entre sept. et déc ,6 % de la gauche... vers la droite N. Sarkozy 47 % J.-M. Le Pen 11 % P. de Villiers 5 % F. Bayrou 36 % Les «gaucho-bayrouistes» Les femmes sont surreprésentées dans cet électorat prêt à trahir sa famille politique d origine. Autre fait notable, à l exception des gaucho-bayrouistes, les électeurs peu diplômés sont également plus enclins à ce transfert. Enfin, la plupart des électorats dissonants affichent (sauf, une fois encore, les gaucho-bayrouistes) peu ou pas d intérêt pour la politique. L électorat gaucho-sarkozyste est le plus important mais aussi le plus emblématique de la dissonance. Il est massivement féminin, très populaire et très marqué par la distance et la défiance vis-à-vis de la politique. Toutefois, cet électorat attend, plus que d autres, quelque chose de l élection présidentielle : 55 % croient «en une amélioration des choses en France grâce à l élection présidentielle». Le candidat de l UMP paraît, lui, avant tout crédible sur la «volonté de changement» : 97 % pensent que Nicolas Sarkozy «veut vraiment changer les choses». Il est également perçu par 84 % de ces électeurs gaucho-sarkozystes comme «comprenant les problèmes des gens comme nous». La capacité de la candidate socialiste à reconquérir cet électorat et celle de à stabiliser ces ralliés seront deux enjeux forts de la campagne. De dimension beaucoup plus réduite, l électorat gaucho-lepéniste est assez proche, dans son profil social et politique, du gaucho-sarkozysme. Mais contrairement à ce dernier, il n attend pas grandchose de l élection présidentielle : 29 % seulement des gaucho-lepénistes croient «en une amélioration des choses en France grâce à l élection présidentielle». Le vote en faveur de reste très protestataire. Depuis décembre 26, c est l électorat gaucho-bayrouiste qui a connu la plus forte progression (+ 2,3 %). Les classes moyennes salariées y sont surreprésentées, il est bien doté socialement et culturellement et a un intérêt élevé pour la politique. En outre, 43 % des gauchobayrouistes choisissent Ségolène Royal en second choix, ce qui n est le cas que de 13 % des gaucho-sarkozystes et de 27 % des gaucho-lepénistes. Ces électeurs de gauche, sans doute déçus par l entrée en campagne de Ségolène Royal, sont séduits par la personnalité de François 2,2 % de la droite... UMP FN UDF MPF 39 % 27 % 23 % 12 % vers la gauche S. Royal 77 % Autres O. Besancenot 8 % D. Voynet 1 % J. Bové 8 % A. Laguiller 5 % Bayrou. Ils sont 71 % à considérer que le candidat de l UDF a l étoffe d un président de la République alors qu ils ne sont que 46 % à le penser pour Mme Royal. 93 % estiment que M. Bayrou a la volonté de «changer vraiment les choses» (65 % le pensent pour Mme Royal). Il faut noter cependant que, à la mi-février, l électorat de gauche séduit par M. Bayrou est encore peu cristallisé : 64,5 % disent n avoir pas encore fait leur choix définitif (contre 49 % chez les gaucho-sarkozystes). La dissonance de la droite vers la gauche est plus faible et ne présente pas de profil très typé. Le ralliement, essentiellement à Ségolène Royal, se fait sur son image mais n est pas porteur d une grande attente : seulement 36 % des transfuges de la droite vers la gauche croient «en une amélioration des choses en France grâce à l élection présidentielle». Dans les six semaines précédant le 22, les évolutions de ces électeurs dissonants vont être décisives. Une majorité d entre eux disent n avoir pas encore fait leur choix pour le premier tour. C est le cas de 65 % des gaucho-bayrouistes et de 62 % des gaucho-lepénistes. En revanche, 49 % seulement des gaucho-sarkozystes hésiteraient encore. a Pascal Perrineau (directeur du cevipof) (Mercredi 14.) L électorat de gauche un peu plus féminin Les intentions de vote A. Laguiller O. Besancenot J. Bové M.-G. Buffet S. Royal D. Voynet Total gauche C. Lepage F. Bayrou N. Sarkozy P. de Villiers J.-M. Le Pen Total droite HOMMES FEMMES La confiance dans la gauche ou la droite pour gouverner en pourcentage HOMMES FEMMES confiance dans la gauche confiance dans la droite confiance ni dans la gauche ni dans la droite ne se prononce pas L intérêt pour la politique en % HOMMES % 39 FEMMES % beaucoup assez peu pas du tout

4 Avoir la main Candidats 4 Mercredi Aun moment donné, il n est plus question que de celui-ci ou de celle-là. Un des candidats à l élection présidentielle semble être devenu lemaîtrede l heure. Naturellement, les partisans des autres soupçonnent volontiers une manipulation : pourquoi ne parle-t-on soudain que de, Ségolène Royal, ou? Cherche-t-on à tromper, à égarer, à faire peur? Ces derniers jours, ce fut. Certes, il y a déjà longtemps que les journaux posent de loin en loin la question : jusqu où le candidat centriste peut-il aller? Son pari mirobolant, qui consiste à proposer aux Français d inventer un président autre que celui ou celle que leur proposent les deux principaux partis, a-t-il la moindre chance de réussir? Les sondages donnent une indication sur l intérêt qu il suscite. Il y a aussi l assistance à ses meetings, les appuis qu il reçoit de leaders d opinion, d élus, de patrons, d experts, d universitaires et même de chroniqueurs. Que ces gens instruits, expérimentés, réfléchis, soucieuxde nepas s engagerà la légère se prononcent pour lui, voilà un gage du sérieux de sa candidature. En droit, tout candidat peut avoir ou prendre la main, chacun à sa manière. Celle de Jean-Marie Chronique Patrick Jarreau Le Pen consiste à faire craindre une surprise. Depuis 22, lechef del extrêmedroitebénéficied une indiscutable crédibilité dans ses prédictions. Bien peu l avaient vuvenir, alors. Il seprésente, àluiseul, commel anti-système. Ne croyez pas ce que l on vous dit! N écoutez pas les candidats qui s évertuent à proposer des programmes, les observateurs qui les expertisent, les spécialistes d économie ou de relations internationales qui donnent Les douze candidats du premier tour leurs avis sur l utilité de telle ou telle politique! Fiezvous plutôt à, qui sortira de l ombre avec son résultat«proche de 2 %» et quimettra tout le monde d accord. Contre lui. Ce sera, une fois de plus, le faiseur de rois de cette République. Il n est pas facile de dire à quoi l on reconnaît qu un candidat a la main. Avant le premier tour de 22, il était manifeste que l on entendait les «petits» candidats beaucoup plus que les «grands». Jacques Chirac et Lionel Jospin ne parvenaient pas à capter l attention. Les Français avaient l esprit disponible pour d autres discours, surtout à gauche et à l extrême gauche. La dispersion des voix a fait baisser la jauge d accès au second toursuffisamment pour que lefront national l atteigne. Aujourd hui, ce sont les «petits» candidats que l on n entend pas. Le vote à la carte, pour le candidat le plus proche de ses préoccupations, est une tentation toujours présente, mais personne n a envie d un nouveau 21. Deux candidats, évidemment, sont installés dans la compétition. On a vu faiblir après la victoire de Ségolène Royal dans la primaire socialiste, en novembre. Il a pris le dessus à partir de sa propre investiture par l UMP, à la mi-janvier. Un mois plus tard, c est elle qui a inversé la tendance, avec son «pacte présidentiel», puis grâce à son passage sur TF1 pour l émission «J ai une question à vous poser». Comparésàceux-là, nijean-marie LePen «onvoudrait bien m oublier, mais je suis toujours là» ni François Bayrou «plus vous vous affrontez, plus les Français m écoutent» ne parviennent à susciter la même attention. Ils ont présenté des programmes, eux aussi. Mais cesont des candidats relatifs. Leur audience dépend des deux autres et de l efficacité des critiques qu ils leur adressent. Les candidats peuvent tous se trouver momentanément en position privilégiée. Mais tout se passe comme si chacun était conscient que, à la fin des fins, l affaire dépend de deux d entre eux. a (Samedi 3.) «Nos vies valent plus que leurs profits» Olivier Besancenot, candidat de la Ligue communiste révolutionnaire. b Né le , à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). b Candidature à la présidentielle : 22 (4,25 %). b Formation : maîtrise d histoire contemporaine. Fonction actuelle : b Porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire. «Rassembler la gauche populaire et antilibérale» Marie-George Buffet, candidate du Parti communiste. b Née le 7 mai 1949, à Sceaux (Hauts-de-Seine). Mandats et fonctions actuels : b Députée de Seine-Saint-Denis (élue en 1997, réélue en 22). b Secrétaire nationale du Parti communiste (depuis 21, en congé le temps de la campagne présidentielle 27). b Conseillère municipale au Blanc-Mesnil (depuis 21). b Formation : licence d histoiregéographie. Anciens mandats et fonctions : b Conseillère régionale d Ile-de-France ( , 24). b Ministre de la jeunesse et des sports ( ). b Adjointe au maire de Châtenay- Malabry, Hauts-de-Seine ( ). «Candidat de maires à la présidentielle pour la reconquête» Gérard Schivardi, candidat soutenu par le Parti des travailleurs. b Né le 195, à Narbonne (Aude). Mandats actuels : b Maire de Mailhac (depuis 21). b Conseiller général de l Aude (depuis 23). b Formation : maçon. Ancien mandat : b Conseiller municipal de Mailhac ( ). «La France de toutes nos forces», candidat de l Union pour la démocratie française. b Né le 25 mai 1951, à Bordères (Pyrénées-Atlantiques). b Candidature à la présidentielle : 22 (6,8 %). Mandats actuels : b Député des Pyrénées-Atlantiques depuis b Membre du conseil général des Pyrénées-Atlantiques depuis b Formation : agrégé de lettres. Mandats passés : b Ministre de l éducation ( ). b Député européen ( ). b Président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques ( ). b Conseiller municipal à Pau ( ). «Un autre monde est en marche» José Bové, candidat altermondialiste. b Né le 11 juin 1953, à Talence (Gironde). b Profession : exploitant agricole. Fonctions passées : b Ancien porte-parole de la Confédération paysanne. b Ancien porte-parole de Via Campesina. «La révolution écologique» Dominique Voynet, candidate des Verts. b Née le 4 novembre 1958, à Montbéliard (Doubs). b Candidatures à la présidentielle : 1995 (3,32 % des suffrages exprimés). Mandat actuel : b Sénatrice de Seine-Saint-Denis (24). b Formation : médecin anesthésiste. Mandats et fonctions passés : b Conseillère générale du Jura ( ). b Conseillère municipale de Dole ( ). b Ministre de l aménagement du territoire et de l environnement ( ). b Députée du Jura (1997). b Conseillère régionale de Franche-Comté ( ). b Députée européenne ( : elle a partagé son mandat avec une colistière). «Retrouvez la fierté d être Français» Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France. b Né le , à Boulogne (Vendée). b Candidature à la présidentielle : 1995 (4,7 % des suff. exprimés). Mandats actuels : b Président du conseil général de Vendée (1988) et député européen (24). b Formation : Sciences Po et Ecole nationale d administration. Mandats passés : b Député de Vendée ( ). b Député européen ( ). b Député PR (UDF) de Vendée ( ). b Conseiller général de Vendée ( ). b Secrétaire d Etat auprès du ministre de la culture ( ). «Plus juste, la France sera plus forte» Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste. Elle a été désignée candidate officielle du Parti socialiste pour l élection présidentielle d 27 par le vote des militants du PS le 16 novembre 26 et investie à la Mutualité le 26 novembre. b Née le 22 septembre 1953 à Dakar au Sénégal. Mandats actuels : b Présidente du conseil régional du Poitou-Charentes depuis 24. b Députée des Deux-Sèvres depuis b Formation : Institut d études politiques, Ecole nationale d administration. Fonctions passées : b Ministre déléguée à la famille, à l enfance et aux personnes handicapées (2-22). b Ministre déléguée à l enseignement scolaire (1997-2). b Ministre de l environnement ( ). «La ruralité d abord» Frédéric Nihous, candidat de Chasse, pêche, nature, traditions. b Né le 15 août 1967, à Valenciennes (Nord). b Formation : DEA en droit économique international et communautaire et DEA en défense nationale et sécurité européenne. Fonction actuelle : b Directeur politique de Chasse, pêche, nature, traditions (CPNT), depuis 22. Fonction passée : b Secrétaire général du groupe CPNT au Parlement européen ( ). «Tous ensemble, relevons notre France», candidat du Front national. b Né le 2 juin 1928, à La Trinité-sur-Mer (Morbihan). b Candidatures à la présidentielle : 1974 (,74 % des suff. exprimés), 1981 (n obtient pas les parrainages), 1988 (14,38 %), 1995 (15 %) et 22 (16,86 %, puis,94 % au second tour). Mandat actuel : b Député européen (24). b Formation : licence en droit et diplôme de sciences politiques. Mandats passés : b Député européen ( ). b Conseiller régional Provence-Alpes- Côte d Azur (1992-2). b Député de Paris ( ) b Député de la Seine avec le Groupe d union et fraternité français puis le Centre national des indépendants et paysans ( ). «Qui d autre peut se dire sincèrement dans le camp des travailleurs?» Arlette Laguiller, candidate de Lutte ouvrière. b Née le , à Paris. b Candidatures à la présidentielle : 1974 (2,33 % des suff. exprimés), 1981 (2,3 %), 1988 (1,99 %), 1995 (5,3 %) et 22 (5,72 %). b Formation : BEPC. Mandats passés : b Député européenne ( ). b Conseillère régionale d Ile-de-France ( ). b Conseillère municipale aux Lilas ( ). «Ensemble, tout devient possible», candidat de l Union pour la majorité présidentielle. b Né le 28 janvier 1955, à Paris. Fonctions et mandats actuels : b Président du conseil général des Hauts-de-Seine depuis 24. b Formation : Avocat ; Institut d études politiques de Paris. Fonctions et mandats passés : b Ministre d Etat, ministre de l intérieur (25-27) ; Ministre de l économie (24-25) ; Ministre de l intérieur (22-24) ; Député des Hauts-de- Seine ( ) ; Maire de Neuillysur-Seine ( ) ; Ministre de la communication ( ) ; Ministre du budget ( ) ; Porte-parole du gouvernement ( ) ; Vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine ( ) ; Conseiller municipal de Neuillysur-Seine en 1977.

5 Enjeu Mercredi ÉLÉVATION DE LA TEMPÉRATURE GLOBALE MOYENNE DANS LE MONDE 14,5 en degrés 14, 13,5 13, Source : GIEC Elévation de la température enregistrée depuis 185. Selon les dernières évaluations, en 21, la température moyenne de la terre aura augmenté de 1,8 C à 4 C, en fonction de l'augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Des valeurs supérieures ne peuvent être exclues. LES SOURCES D ÉMISSION DE GAZ À EFFET DE SERRE (EN FRANCE EN 24) en % Traitements des déchets 3% Agriculture 19% Énergie 13% Industrie 2% ( -9%) ( -9%) ( -1%) ( -22%) 26 % ( +23%) ( +22%) Evolution de l activité depuis 199 Transports Résidentieltertiaire 19% Source : ministre de l écologie et du développement durable LE MAUVAIS ÉTAT DES EAUX SOUTERRAINES Risque avéré d un état insatisfaisant Risque potentiel Bon état probable La directive cadre européenne sur l'eau fixe comme objectif d'arriver au «bon état écologique des eaux» en 215. CET état des lieux a été réalisé en 25. Il détermine, pour chaque masse d'eau, la capacité d atteindre ou non l objectif du bon état. Source : IFEN 35 KILOS D ORDURES MÉNAGÈRES PAR HABITANT (PAR AN) Que sont devenues les ordures collectées en 24? 43 % incinération 13 % tri pour recyclage 38 % enfouissement 6 % traitement biologique en décharge Source : Ademe Environnement L étoile filante de la campagne D abord portée par Nicolas Hulot, l «urgence écologique» a fait long feu après sa décision de ne pas se porter candidat, fin janvier. La prise de conscience est partagée mais la plupart des prétendants ne proposent ni échéances ni objectifs chiffrés Dans le domaine de l environnement, la campagne pour l élection présidentielle marque un tournant. Pour la première fois, l écologie n est plus le domaine réservé des Verts mais s impose dans tous les camps, comme un sujet politique et non plus technique. L écologie est devenue un passage obligé. Les trois candidats actuellement en tête dans les sondages consacrent aux questions environnementales un volet détaillé de leur programme. Dans leurs déclarations publiques,, et Ségolène Royal s accordent sur un constat : la crise écologique met en jeu la «survie» de l humanité. Une succession d événements a favorisé cette prise de conscience : la visite en France de l ancien vice-président américain Al Gore, héraut de la lutte contre le réchauffement, la publication du rapport de l économiste britannique Nicholas Stern sur les conséquences économiques du changement climatique, la publication, le 2 février à Paris, du quatrième rapport de Groupe intergouvernemental sur l évolution du climat (GIEC), confirmant la responsabilité humaine dans le phénomène Et, bien sûr, l irruption sur la scène politique de l animateur de télévision Nicolas Hulot. En menaçant de se présenter si les candidats ne plaçaient pas la protection de l environnement au cœur de leur projet, le militant écologiste a bousculé le jeu. Pendant plusieurs semaines, les candidats se sont lancés dans une course au plus «vert», multipliant les engagements. Le point d orgue a eu lieu, mercredi 31 janvier, quand dix candidats à l élection ont affirmé solennellement leur engagement en faveur de son Pacte écologique, devant des militants ravis. Ce grand oral a permis de mesurer certaines convergences. Les principaux candidats promettent tous de renforcer le poids de l écologie dans le futur gouvernement, de s engager en faveur d une organisation mondiale de l environnement, d agir dans le cadre européen, de mettre l accent sur la recherche, de développer l éducation à l en- Le programme des candidats vironnement, de promouvoir des énergies renouvelables, de mieux reconnaître le rôle des associations, par exemple. Mais depuis que Nicolas Hulot s est retiré de la course, la fièvre verte est retombée. Les déclarations sont rares, les échanges de vues peu nombreux. M. Hulot tentera d ailleurs, dimanche 1 er, de ranimer la flamme en réunissant, à Paris, plusieurs dizaines d associations environnementales. Deux sujets seulement ont émergé dans la campagne sous la pression des militants écologistes : la place de l énergie nucléaire et le développement des OGM. juge l énergie nucléaire «propre», Ségolène Royal s est engagée, contre l avis d une partie du PS, à relancer le débat public sur le réacteur EPR. Elle souhaite amorcer une réduction de la part du nucléaire dans la production d énergie. Pour, cette filière est «un atout», mais «une expertise scientifique sur l EPR» et un «débat national avant l été» sur la politique énergétique sont nécessaires. A propos des OGM, l engagement en faveur d un moratoire sur les cultures réunit Ségolène Royal et, tandis que n y est pas favorable. En dehors de ces deux thèmes, la campagne est atone. Pourtant, les sujets brûlants ne manquent pas. Comment atteindre l objectif de division par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre d ici à 25? Faut-il augmenter la fiscalité sur les carburants fossiles et comment compenser cette charge pour les ménages et les entreprises? Faut-il repenser les déplacements? Par quels moyens assurer la transition vers l agriculture «durable»? La France atteindra-t-elle les objectifs européens de qualité de l eau? Comment protéger la biodiversité en métropole et outre-mer? Quelles mesures faut-il prendre face à l urbanisation galopante et à l asphyxie du littoral? Comment réduire nos déchets ménagers? Si les candidats n interviennent pas publiquement sur ces questions à l exception de Dominique Voynet, qui ne parvient guère à se faire entendre, c est parce que les interpellations sont trop rares, affirment leurs équipes. «Lors de l émission de télévision J ai une question à vous poser, sur TF1, personne n a interrogé sur l écologie, regrette Nathalie Kosciusko-Morizet, chargée de ce thème à l UMP. Même si l environnement intéresse, quand les gens n ont droit qu à une seule question, ce n est pas celle qu ils choisissent.» De nombreux échanges avec les équipes de campagne ont lieu par courrier, mais ils restent confinés aux cercles d experts. Malgré quelques impasses, sur l urbanisme ou la pêche par exemple, les principaux enjeux sont évoqués dans les programmes. Mais le flou persiste sur les objectifs et, surtout, sur les moyens de les atteindre. Par exemple, alors que tous les candidats chantent les louanges de l agriculture biologique, seuls Dominique Voynet et José Bové fixent un objectif précis en pourcentage de la surface agricole. Or l exemple des politiques menées à l échelle européenne prouve qu en matière d écologie la fixation d échéances et d objectifs chiffrés est le seul moyen de progresser. a Gaëlle Dupont Ségolène Royal Moratoire sur les OGM La candidate souhaite faire passer la part des énergies renouvelables à 2 % de la consommation en 22. Un programme d isolation de l habitat ancien et un soutien aux économies d énergie via des incitations fiscales sont envisagés, ainsi qu une éco-redevance sur les camions pour encourager le transfert du fret de la route vers le rail. Le développement des transports collectifs serait financé par des prélèvements exceptionnels sur les sociétés pétrolières. Réorienter les aides de la PAC. Deuxième pilier : la réorientation de l agriculture, qui devra «protéger l environnement». La candidate souhaite un moratoire sur les cultures OGM. Elle veut réorienter les aides de la politique agricole commune (PAC) en faveur de l environnement. Une partie serait gérée par les régions. Une réforme des modalités d application de la loi sur l eau et un programme de réduction de l usage des pesticides sont proposés. Pour préserver la biodiversité, la candidate souhaite créer un «réseau écologique national». Réformer la fiscalité verte Le candidat de l UMP souhaite réformer «en profondeur» la fiscalité verte, afin que les comportements vertueux deviennent moins chers que les comportements polluants. Le montant des taxes vertes serait doublé «à taux de prélèvements constants», grâce à une baisse parallèle de la fiscalité sur le travail. Un crédit d impôt environnement serait institué. Une TVA à taux réduit pour les produits respectant l environnement est proposée, ainsi qu une taxation du contenu en carbone des produits importés. Une redevance pour l utilisation du réseau routier français par les camions étrangers est aussi envisagée. L énergie nucléaire confortée. L énergie nucléaire, jugée «propre», serait confortée, les biocarburants et les énergies renouvelables seraient «développés». Côté entreprises, le candidat souhaite que les maisons mères soient responsables de façon illimitée des dommages causés par leurs filiales. Dans le domaine agricole, il prône le développement de l agriculture biologique et raisonnée, notamment en donnant à celle-ci l accès à l approvisionnement de la restauration collective. Réduire les déchets Le candidat de l UDF fixe pour objectif de réduire de 15 % les émissions de gaz à effet de serre en cinq ans. Pour cela, il prône l élévation des normes techniques d efficacité énergétique, un développement «ambitieux» des énergies renouvelables et «un maintien maîtrisé et transparent du nucléaire civil». Il souhaite «une expertise scientifique sur l EPR». Une taxe progressive sur le carbone serait instaurée. Son produit financerait le ferroutage. Dans les logements neufs, la norme de 5 kwh/m 2 /an serait imposée d ici 21. M. Bayrou souhaite un moratoire sur les incinérateurs. Un objectif de réduction de 2 % des déchets produits sur cinq ans est fixé. Limiter les pesticides. Une autorité indépendante chargée de l alerte sanitaire et environnementale, qui aurait pour mission de mener des études épidémiologiques indépendantes, serait créée. M. Bayrou est favorable à un moratoire sur les OGM. Il propose une «limitation» des pesticides, une «diminution» des engrais et la recherche de nouveaux débouchés. Les principes de l agriculture raisonnée seraient «progressivement imposés». Respect de la vie animale Pour le candidat du Front national, le réchauffement climatique n est pas certain, et la lutte dans le cadre international contre les gaz à effet de serre «remet en cause notre économie et notre indépendance». En revanche, selon le FN, «la richesse de la flore et des paysages français est un vecteur fondamental de la qualité de vie et de l identité nationale». Dons de la nature. L écologie est «une valeur traditionnelle, au bon sens du terme, exigeant le respect des animaux, qu ils soient sauvages ou domestiques ( ), le respect des dons de la nature que sont l air, l eau, le ciel, la terre et la mer, le respect de l ordre naturel». Le candidat propose «une grande politique de qualité de l habitat et des paysages», notamment par des aides à la rénovation de l habitat ancien et l insertion des constructions nouvelles dans le paysage. Les «cités sans âme des années 196» seraient remplacées par un habitat «de taille et d esthétique traditionnelles».il prône «un retour à l échelle humaine des échanges économiques» et une série de mesures pour «le respect de la vie animale». Dominique Voynet Un «contrat écolo» La candidate propose un «contrat écolo» en quinze mesures. Elle s engage à arrêter les projets d autoroutes nouvelles, à donner une priorité «absolue» aux transports collectifs et à instaurer un bonus-malus sur les voitures selon leurs émissions polluantes. La réduction de 2 % des gaz à effet de serre en cinq ans serait atteinte par le lancement d une filière industrielle des énergies renouvelables. Un plan d isolation des logements est prévu. La norme de 5 kwh/m 2 /an serait imposée pour les logements neufs. Sortie totale du nucléaire. Dominique Voynet fixe en même temps l objectif d une sortie totale du nucléaire d ici à 23. Plusieurs mesures fiscales sont proposées : instauration d une taxe progressive sur le carbone «en fonction des critères sociaux», calcul des taxes foncières et professionnelles sur des critères écologiques, TVA majorée sur certains produits. Les pesticides et les engrais chimiques seraient interdits d ici dix ans. Les essais, cultures, et importations d OGM seraient stoppés et 15 % des terres agricoles passeraient en production biologique d ici à 212. José Bové Contre le productivisme Pour le candidat, «le modèle économique actuel productiviste est incompatible avec les objectifs de préservation de la planète». Pour économiser l énergie, chaque logement mis en vente devra faire l objet de travaux d isolation obligatoires, afin de ramener la consommation d énergie à 5 kwh/m 2 /an. Un réseau de bus renforcé pour relier toutes les villes et villages aux réseaux de transports en commun serait mis en place. M. Bové souhaite un moratoire sur la construction d autoroutes et favoriser les circuits économiques courts, afin de «réduire les déplacements inutiles». Il est favorable à un moratoire sur le réacteur EPR et s engage à organiser un débat national sur la politique énergétique, suivi d un référendum. 25 % d agriculture biologique. Un objectif de 25 % de la surface agricole en agriculture biologique est fixé, ainsi qu une diminution de moitié des quantités de pesticides utilisés. Les cultures d OGM en plein champ seraient interdites. Les déchets devront être à 1 % biodégradables ou recyclables. Un moratoire sur les incinérateurs serait instauré. (Samedi 31.)

6 LES TAUX LES PLUS ÉLEVÉS AU NORD ET AU SUD en % de la population active, en à 12,3 9 à 11 7 à 9 5,1 à 7 Moyenne nationale : 8,6 % 12,1 Enjeu 6 Mercredi Chômage 12,1 5,1 12,3 12,3 LES JEUNES LES PLUS TOUCHÉS Taux de chômage en % ,9 21,6 moins de 25 ans Emploi DES CRÉATIONS D EMPLOIS EN HAUSSE en % du total des emplois 4 3,9 1,4 13, MOINS DE CONTRATS AIDÉS POUR LES JEUNES 11,5 9,3 DE MOINS DE 26 ANS Femmes en milliers Part en % dans l emploi des moins de 26 ans 8,6 Ensemble 8 7, plus de 5 ans 727 5, % 3 % 26,2 % ,2 % 1,9 % (total : emplois) Sources : Insee Emploi et chômage Défi global, mesures ciblées Au-delà du débat sur les chiffres du chômage et les 35 heures, les propositions des candidats masquent leur relative impuissance à proposer des orientations industrielles et économiques répondant au défi de la mondialisation Principale préoccupation des Français, l emploi et son corollaire, le chômage, ne pouvaient être absents des propositions des candidats à la présidentielle, qui en font leur priorité. Mais, derrière l obligation politique et électorale, les propositions des uns et des autres se déclinent plus souvent en mesures destinées à des publics particuliers les jeunes par exemple ou à des secteurs spécifiques les petites entreprises qu en politique globale de l emploi. Le bilan des cinq dernières années, avec moins de 5 emplois créés, devrait inciter les prétendants à l Elysée à la prudence. En 22, Lionel Jospin s était présenté au scrutin présidentiel en revendiquant la création de quelque 1 8 emplois (en cinq ans), mais il avait été éliminé au premier tour. En 26, la France a créé, avec une croissance faible de 2,1 %, quelque 2 emplois. Parallèlement, le nombre de chômeurs s est établi à moins de 9 % (8,9 % en juillet 26), record dont s est enorgueilli le gouvernement de Dominique de Villepin. Le taux de 8,4 %, atteint fin février 27, lui a permis de se prévaloir d un précédent qui remonte à juin Mais ce bilan est contesté par l institut européen Eurostat et par l Institut national de la statistique et des études économiques, qui a décidé d attendre la correction de sa propre enquête emploi et retardé la publication des données définitives de l année 26, à cet automne, afin de laisser passer l échéance électorale. Opposition et syndicats ne se sont pas privés de dénoncer ce flou statistique. Pour relancer l emploi, le gouvernement a choisi de renouer avec une politique de contrats aidés, avec l adoption de la loi de cohésion sociale de janvier 25, et une batterie de mesures destinées au secteur public comme au secteur marchand. Non sans avoir supprimé, en 22, pour des raisons plus idéologiques qu économiques, les emplois jeunes alors que l activité ralentissait. La multiplication des contrats aidés a été critiquée par la Cour des comptes, qui soulignait la «succession rapide des lois et décrets et Le programme des candidats l empilement des circulaires». A Matignon, en 25, M. de Villepin avait imaginé de nouveaux contrats afin de faciliter l embauche, en assouplissant le droit du travail (avec notamment une période d essai de deux ans). Ce fut d abord le contrat nouvelles embauches (CNE), créateur selon le premier ministre de «24 emplois» la gauche le supprimerait en cas de victoire, puis le contrat première embauche (CPE) destiné aux jeunes, sur le modèle du CNE. Adopté par l Assemblée nationale, le CPE a été suspendu à la demande de Jacques Chirac, en 26, compte tenu de la contestation qu il avait suscitée chez les jeunes et dans les rangs syndicaux. Hormis le développement des contrats d avenir, de mesures en faveur de l apprentissage et la forte croissance des services à la personne, la politique de l emploi est donc restée modeste. Les nouvelles règles d indemnisation du chômage et une politique «volontariste» d accompagnement du demandeur d emploi ont certes contribué à la diminution du nombre de chômeurs, mais, au-delà de cette baisse qui, selon le ministère de l emploi, a touché toutes les catégories, le chômage des jeunes reste l un des plus élevés d Europe. Enfin, malgré une politique volontariste en matière d emploi des seniors fondée sur un accord conclu en 26, les plus de 5 ans restent la variable d ajustement de la gestion de l emploi, dans l entreprise. Résultat? Le taux d emploi des ans, en France, est l un des plus faibles de l Union européenne, avec 37,9 %. Bref, les deux extrêmes du marché du travail sont particulièrement touchés. Au-delà de la polémique sur la baisse du chômage, les candidats dénoncent la qualité insuffisante des nouveaux emplois proposés et la précarité (contrats courts, temps partiel contraint, etc.). La nature du contrat de travail, qui doit être «unique» pour, à durée indéterminée en règle générale pour les candidats de gauche, est au cœur du débat. Comme la politique d exonération de cotisations patronales pour les entreprises dont l effet sur la création d emplois est toutefois mis en cause, notamment par la Cour des comptes. Ségolène Royal entend conditionner les allégements de charges à l engagement de sécuriser l emploi et de stabiliser le contrat de travail. M. Sarkozy veut, quant à lui, défiscaliser les heures supplémentaires et les exonérer de charges sociales pour favoriser le «travailler plus». François Bayrou, lui, tient à offrir deux embauches nouvelles, presque sans charges, aux entreprises. Cet arsenal de mesures masque surtout une relative impuissance à proposer des orientations industrielles et économiques susceptibles de répondre aux défis de la mondialisation, dans un cadre européen que les candidats évoquent peu. Délocalisations et rachats d entreprises aidant, face à des scénarios qui alimentent les peurs sociales, les candidats s accordent sur un point : la nécessité de développer une politique en faveur de l innovation et de la recherche. En espérant que, d ici à la prochaine échéance électorale, celle-ci débouche sur une politique de l emploi offensive et des résultats concrets. a Rémi Barroux Ségolène Royal Priorité aux jeunes M me Royal veut faire de l emploi, en particulier celui des jeunes, sa priorité. Elle leur propose 5 emplois tremplins, l instauration d un «prêt à taux zéro de 1 euros pour aider à construire un projet» et la mise en place d un «contrat première chance pour l emploi» destiné aux 19 jeunes sortis sans qualification du système éducatif : les entreprises de moins de 1 salariés se verront proposer un emploi, dont le salaire et les charges seraient pris en charge par l Etat ou les régions pendant un an. A l issue de cette période, l entreprise pourra recruter le jeune. Lutter contre la précarité. M me Royal compte supprimer le CNE et faire du CDI la règle. Pour lutter contre la précarité de l emploi, la politique d aide aux entreprises et les exonérations de charges seront conditionnées à la nature des contrats de travail. Sur le modèle scandinave, l Etat garantira au salarié une «sécurité sociale professionnelle», consistant notamment en une rémunération égale à 9 % du dernier salaire net perçu. Les 35 heures seront soumises à la négociation des partenaires sociaux. Travailler plus, gagner plus Pour le candidat de l UMP, il faut permettre aux salariés de «travailler plus pour gagner plus». Relativisant la politique des contrats aidés, il estime que l activité crée la croissance qui génère l emploi. Autoproclamé «candidat du travail», le candidat de l UMP veut dépasser les 35 heures en exonérant fiscalement et socialement les heures supplémentaires, payées 25 % de plus. Pour «libérer toutes les forces de travail du pays», M. Sarkozy veut favoriser le cumul emploi-retraites, fusionner l ANPE et l Unedic et mettre en place un contrat de travail unique (à droits progressifs), dont le but serait, notamment, de sécuriser juridiquement et financièrement le licenciement pour l employeur. Réglementer le droit de grève. Sans s opposer formellement au RMI, il souhaite conditionner les revenus d insertion à la reprise d une activité. Pour mener à bien ses réformes, comme le travail du dimanche ou l instauration du service minimum, M. Sarkozy entend réglementer le droit de grève, notamment en instaurant «un vote à bulletin secret au bout de huit jours de grève». Relancer l emploi des petites entreprises M. Bayrou promeut la «social-économie», concept grâce auquel il veut réduire la fracture entre «ceux qui seraient assistés» et «ceux qui seraient créateurs». Le candidat de l UDF cible ses principales mesures sur l emploi des petites et moyennes entreprises, souhaitant leur réserver dans le cadre d un «small business act» à la française «2 % des marchés publics» et «simplifier leur environnement juridique et fiscal». Pour toutes les entreprises, M. Bayrou propose l exonération de charges fiscales pour «la création de deux emplois nouveaux, quels que soient l âge ou la qualification du salarié», pendant cinq ans. Temps de travail négocié. Le temps de travail devrait être négocié, avec liberté d heures supplémentaires entre 35 et 39 heures payées 35 % de plus. Cela ne devra «pas coûter plus cher à l entreprise», grâce à l exonération de charges. M. Bayrou propose aussi une allocation unique, par points, qui unifiera les différents minimas sociaux, celle-ci pouvant se concilier avec un salaire. Préférence nationale Dispensant aussi bien ses piques aux «patrons du CAC 4 et autres barons du Medef» qu aux «oligarchies syndicales», le candidat du Front national veut en finir avec le chômage, «plutôt que l indemniser», «rendre l Etat-providence marginal» et «permettre la libération des forces productives», comme il l indique dans son «projet pour la France». Comme d autres candidats, il entend privilégier les petites et moyennes entreprises «créatrices d emploi» et propose de supprimer les contraintes administratives et fiscales «superflues, qui pèsent sur la création d entreprises et sur l embauche». D abord aux «compatriotes». Outre la révision du droit du travail, le FN compte faire sauter les verrous contraignant la liberté du travail : il faut pouvoir travailler au-delà de 65 ans, travailler plus de 35 heures Pour, les mesures sociales se conjuguant le plus souvent avec la «préférence nationale», le tout doit être réservé, comme les emplois ou les aides sociales, «prioritairement à nos compatriotes». Marie-George Buffet Pas d exonération de charges Marie-George Buffet préfère en appeler aux travailleurs qu à la «valeur travail»,et«donner aux travailleurs de nouveaux pouvoirs dans l entreprise». Hostile à l exonération de charges pour les entreprises, elle entend favoriser la création d emplois «par une politique industrielle et de service dynamique, et l investissement massif dans la recherche». Généralisation du CDI. La réduction du temps de travail, «vraiment créatrice d emploi», devra être étendue avec, à la clé, l abrogation des lois Fillon et «l amélioration des lois Aubry», comme la réintroduction des pauses dans le temps de travail. Le smic sera porté à 1 5 euros brut pour 35 heures avec une «augmentation significative immédiate». La candidate du PCF propose une allocation pour «accompagner les jeunes vers l autonomie». Le CDI devra être généralisé, «avec période de formation si nécessaire», les CDD et l intérim devront devenir «des emplois stables», le CNE et le «CDD senior» seront abrogés. Olivier Besancenot Interdiction de licencier Pour le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), la mesure phare est «l interdiction des licenciements» : «Tout licenciement abusif sera déclaré nul et se traduira par la réintégration du salarié licencié.» Opposant le travail à la «logique des profits», Olivier Besancenot refuse que le salarié soit une «variable d ajustement». Le CNE abrogé, le «CDI stable et à temps plein» doit devenir l «unique contrat de travail». Le smic à 1 5 euros net. Le candidat de la LCR souhaite porter la durée du temps de travail à «32 heures hebdo tout de suite, pour toutes les entreprises, et à 3 heures très rapidement». Côté salaires, il propose une réévaluation de 3 euros immédiate pour «les salaires dont le pouvoir d achat a été érodé» et un smic à 1 5 euros net. Ces mesures devront «être imposées au patronat». «Un fonds de sécurité sociale professionnelle» sera créé, alimenté par «des cotisations patronales assises sur les salaires et géré par des représentants des salariés». (Vendredi 6.)

7 Enjeu Mercredi BAISSE GÉNÉRALE DE LA DÉLINQUANCE CONSTATÉE DEPUIS 22 4,2 en millions 4,11 FORTE HAUSSE DES ATTEINTES AUX PERSONNES... 5 en milliers 434 (+ 5,6 %*) 4 LES VIOLENCES PHYSIQUES TOUCHENT D ABORD LES ZONES FORTEMENT URBANISÉES 4, 3,8 3,72 ( 1,3 %*) Taux pour 1 habitants (en 25) 9,8 à,6 3,6... MAIS BAISSE DES ATTEINTES AUX BIENS 3,1 en millions 3,6 7,1 à 9,8 5 à 7,1 3,4 2,9 2,7 2,53 ( 3,8 %*) 3,5 à 5 2,2 à 3,5 3, *Par rapport à 25 2, *Par rapport à 25 Moyenne des départements : 5,3 (Eure) Sources : Observatoire national de la délinquance (OND) et DGPN Sécurité et délinquance Les leçons de 22 La campagne de 27 n est pas, comme la précédente, centrée sur l insécurité. Mais les candidats ne négligent pas le sujet. M me Royal relance l idée de la police de proximité et promet de la «fermeté», M. Sarkozy entend poursuivre son action Il y a cinq ans, la campagne pour l élection présidentielle s était essentiellement résumée au thème de la sécurité. Le 3 22 sur TF1, Lionel Jospin avait fait aveu de «naïveté» dans son traitement de la criminalité. Le 21, il ne s était pas qualifié pour le second tour. Le 8 mai, Nicolas Sarkozy était nommé ministre de l intérieur. Son objectif : mobiliser policiers et gendarmes pour obtenir un renversement de la courbe statistique de la criminalité, grâce à une réorientation plus répressive de leur action. La police de proximité, symbole, pour M. Sarkozy, de «l angélisme» des socialistes, était aussi abandonnée. Sonnée par sa défaite, incapable de trouver un angle d attaque efficace contre le ministre de l intérieur, la gauche a longtemps été inaudible sur les questions de sécurité et de délinquance. Pendant ce temps, de nouvelles incriminations étaient votées par le Parlement au gré de plusieurs projets de loi et les pouvoirs policiers étaient étendus. Le programme des candidats La gauche, pour sa part, payait le prix d une mise en place trop abrupte et bureaucratique de la police de proximité entre 1997 et 22. «Le manque de conviction dans les dispositifs mis en œuvre, la méconnaissance des attentes des professionnels et le dogmatisme antisécuritaire avaient trop souvent conduit à une politique erratique et sans ambition qui fut, logiquement, sanctionnée par la population», expliquent Christophe Soullez, de l Observatoire national de la délinquance, et Luc Rudolph, ancien conseiller de M. Sarkozy, dans un ouvrage pro domo paru récemment et préfacé par le ministre de l intérieur (Les Stratégies de la sécurité, PUF, 22 euros, février 27). Le vent a commencé à tourner au moment du cycle de violences urbaines de novembre 25. Même si, dans les sondages, la crédibilité du ministre de l intérieur sur la sécurité est restée intacte après cette épreuve gérée sans dérapage majeur, les images des voitures brûlées par centaines et celles des forces de l ordre défiées par les jeunes dans les banlieues urbaines ont marqué les esprits. Face à l ampleur des problèmes, la politique volontariste de M. Sarkozy et ses discours offensifs semblaient avoir atteint leurs limites. En septembre 26, la publication par Le Monde d un courrier alarmant du préfet de Seine-Saint-Denis sur la montée des violences, adressé à la direction générale de la police nationale, avait rencontré un fort écho. M. Sarkozy avait alors choisi de centrer le débat sur le laxisme supposé des magistrats du tribunal pour enfants de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Police contre justice : un affrontement vieux comme la politique. En 27, la campagne pour l élection présidentielle n est pas, comme en 22, centrée sur le thème de l insécurité. Aucun candidat n a, toutefois, négligé ce thème, toujours présent parmi les préoccupations des Français, même si le chômage et le pouvoir d achat figurent aux premiers rangs. Le bilan contrasté de M. Sarkozy au ministère de l intérieur dont le point noir reste la montée permanente des violences contre les personnes (+13,9 % depuis 22) pousse, à présent, la gauche à relancer l idée de la police de proximité. Mais elle accorde, cette fois, une attention particulière au choix des mots. Pour éviter d être soupçonné de laxisme ou de «naïveté», le PS parle dorénavant de «police de quartier». Les socialistes assurent qu ils ont tiré les leçons de la rigidité excessive qui avait compromis la mise en place de la police de proximité. Cette fois, ils promettent de répartir les effectifs en fonction des besoins, en les concentrant sur les zones urbaines sensibles mais avec souplesse et pragmatisme., de son côté, défend son bilan et promet une poursuite de son action, en mettant davantage l accent sur le «qualitatif», plutôt que le «quantitatif». «La meilleure prévention, c est la certitude de la sanction», a-t-il répété le 11 janvier, à l occasion de la présentation des statistiques pour l année précédente. Le ministre de l intérieur met en avant la baisse générale des crimes et délits constatée par la police et la gendarmerie (- 9,4 % depuis 22) et il souligne l amélioration constante du taux d élucidation des affaires (de 26,3 % en 22 à 34,3 % en 26). Autre indice de l activité soutenue des services : le nombre de personnes mises en cause dans les affaires a augmenté de 21,3 % en cinq ans, celui des gardés à vue, de près de 4 %. Mais le prix de ces résultats a été une pression hiérarchique puissante sur les fonctionnaires, parfois amenés à faire vite plutôt que mieux ; un phénomène dénoncé, sur le tard, par certaines organisations syndicales. Lorsqu il est questionné sur la montée des violences aux personnes, en revanche, M. Sarkozy souligne que la police ne peut pas tout et pointe les carences de la chaîne pénale. «Si l on excuse la violence, il faut, hélas, s attendre à la barbarie», a-t-il lancé, le 11 janvier. Aujourd hui, plus personne ne doute de l importance de la sécurité ; le débat porte sur l organisation optimale des forces de l ordre et l amélioration de leurs relations avec les citoyens. a Piotr Smolar Une nouvelle loi d orientation Ce n est guère une surprise, Nicolas Sarkozy veut poursuivre l action entreprise au ministère de l intérieur. Il souhaite l adoption par le Parlement, dès 27, d une nouvelle loi d orientation, après celle d août 22. L un des objectifs serait de réaliser un nouvel effort pour l équipement des policiers en sécurité publique. Le candidat de l UMP veut encourager le développement des armes «à létalité réduite», comme le pistolet à impulsion électrique ou le flashball. Il souhaite que les patrouilles soient équipées, à bord des voitures, d une caméra vidéo destinée à filmer leurs interventions, afin de prévenir toute polémique sur ces dernières. Les ans jugés comme des majeurs. Pour les multirécidivistes, M. Sarkozy réclame des peines planchers ; pour les mineurs récidivistes, une révision de l ordonnance de 1945 qui permettrait de juger les ans comme des majeurs. Des jurys populaires seraient mis en place dans les tribunaux correctionnels. La vraie nouveauté pourrait venir de l organisation de la sécurité. M. Sarkozy veut réaliser deux projets qu il envisage depuis plusieurs années : un rapprochement plus étroit entre la police et la gendarmerie, cette dernière conservant le statut militaire, et la fusion entre les Renseignements généraux (RG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST) au sein d une grande direction antiterroriste. Ségolène Royal Dépôt de plaintes via Internet «Ferme contre la délinquance et contre ses causes» : Ségolène Royal a repris dans son programme la formule employée en son temps par Tony Blair. Se défendant de tout angélisme, la candidate PS veut revenir sur l orientation jugée strictement répressive de la police sous l autorité de M. Sarkozy, en relançant une «police de quartier», nouvelle appellation de la police de proximité. Cette fois, sa mise en place serait plus souple que sous le gouvernement de Jospin, entre 1997 et 22 : il s agirait de concentrer les effectifs dans les secteurs sensibles. «Une rémunération et des perspectives de carrière valorisantes» seraient offertes aux policiers et gendarmes travaillant dans ces secteurs, pour les fidéliser. Violences conjugales. Outre le plan de lutte et le vote d une loi sur les violences conjugales et familiales premier grand chantier annoncé de sa présidence, M me Royal affiche sa volonté de relancer les travaux d intérêt général, déjà prévus par la loi. La candidate socialiste envisage d autoriser le dépôt de plaintes via Internet, afin, notamment, de lutter contre la «loi du silence» dans les quartiers sensibles. L utilisation d Internet a été recommandée, dans la gendarmerie, par un groupe de travail conduit par le sociologue Sébastian Roché, qui a remis un rapport, à la mi-26, sur la nécessité de développer les contacts avec la population. Pour une «police fidélisée» Pour ne pas reprendre l expression «police de proximité» tout en critiquant l orientation répressive de la droite, le candidat centriste a décidé d adopter la formule employée par Jean-Christophe Lagarde, député (UDF) et maire de Drancy : il faut développer une «police fidélisée». «Une police, a expliqué le 7 février à Bordeaux, qui soit capable d interpeller les gamins en les appelant par leur prénom, non pas d arriver en camion avec parfois des caméras pour des opérations coup de poing venant de l extérieur.» Travaux d intérêt général. a dénoncé ces derniers mois les promesses non tenues par la droite en matière de criminalité : la construction d internats pour les mineurs délinquants ou la révision de l ordonnance de Selon le président de l UDF, «la détention des mineurs n est pas une solution», car «la prison est un pourrissoir moral». Dès lors, le candidat centriste propose la mise en place de vrais travaux d intérêt général (TIG), d une durée de 3, 6 ou 12 mois, «qui consisteraient, par exemple, à effacer les tags dans les cités et les trains». M. Bayrou voudrait aussi créer «des établissements d autorité civique pour encadrer les jeunes délinquants et leur donner les repères qui leur manquent». Immigration égale criminalité Le parti de établit un lien permanent entre la criminalité et l immigration. Dès lors, les solutions qu il propose sont souvent communes, telle la suppression du regroupement familial. Ainsi, le FN souhaite l expulsion des étrangers multirécidivistes incarcérés et la déchéance de la nationalité pour les naturalisés ou ceux qui ont la double nationalité, coupables de crimes ou de délits. Une «présomption de légitime défense». Le FN réclame aussi la mise en cause de la responsabilité civile des parents de mineurs délinquants. Afin que les peines prononcées soient vraiment appliquées, M. Le Pen veut, d une part, «bannir la politisation de la magistrature», et, d autre part, supprimer le système des remises de peine systématiques. Il veut aussi créer 1 places de prison, organiser le recrutement de 5 magistrats supplémentaires ainsi qu une loi de programmation pour la modernisation des locaux judiciaires. Comme M. Sarkozy, le candidat du FN prévoit de réformer l ordonnance de 1945 sur les mineurs délinquants. «Les limites inférieures d âge respectives de 13, 15 et 18 ans prévues par la loi seront ramenées à 1, 13 et 15 ans», souligne le programme. Enfin, pour «mettre fin à la suspicion qui pèse sur les forces de l ordre lorsqu elles font usage de la force», il veut créer une «présomption de légitime défense». Dominique Voynet Prévention et médiation La candidate des Verts veut donner la priorité à la prévention et à la proximité. «Il n appartient pas aux polices municipales de maintenir l ordre public, cela doit être du seul ressort de la police nationale», a expliqué Dominique Voynet à Aubervilliers, le 5 décembre 26. La candidate écologiste propose de réaffecter les effectifs municipaux à la prévention et à la médiation. Elle souhaite également créer 1 postes d éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Enfin, elle propose de transférer une partie des effectifs spécialisés dans le maintien de l ordre (CRS, gendarmes mobiles) vers la police de proximité. Le contrôle par les citoyens. Les fonctionnaires devraient aussi, selon M me Voynet, recevoir une formation nouvelle en matière de lutte contre les discriminations. Afin d éviter les abus de la part de policiers, elle propose de créer «un corps de citoyens de contrôle de la police, composé d élus, de magistrats, de militants associatifs, sous l autorité de la Commission nationale de la déontologie de la sécurité». (Samedi 1.)

8 Source : ÉCO-SANTÉ OCDE Source : Commission des comptes de la Sécurité sociale Enjeu 8 Mercredi Santé Retraite UNE AUGMENTATION DE 6,5 % DES DÉPENSES DE SANTÉ EN DIX ANS 15 millions d euros UN DÉFICIT DE 1,3 MILLIARDS D EUROS... en 25 FAMILLE VIEILLESSE MALADIE ET ACCIDENTS DU TRAVAIL 1,9 1,3 8, ET UN RÉGIME GÉNÉRAL EN DÉFICIT en milliards d euros *prévision , * 2 1,9 1,5 9,2 Source : ÉCO-SANTÉ OCDE *chiffre 23 **estimation 7,8 PART DE LA DÉPENSE NATIONALE DE SANTÉ DANS LE PIB, en 24, en % ALLEMAGNE* FRANCE** PAYS-BAS** SUÈDE** DANEMARK** ITALIE ROYAUME-UNI ESPAGNE** 9,1 8,9 8,4 8,3 8,1 Depuis dix ans, les dépenses de santé ont augmenté dans une proportion beaucoup plus forte que la croissance. Avec la réforme de 24, un coup de frein est donné au déficit de l assurance-maladie. Mais le trou de la Sécu continue de se creuser avec le financement des départs en retraite anticipés. Source : OCDE NOMBRE DE RETRAITES VERSÉES PAR LES DIFFÉRENTS RÉGIMES en milliers HOMME FEMME Source : Commission des comptes de la Sécurité sociale SUÈDE DANEMARK ROYAUME-UNI PAYS-BAS ALLEMAGNE ESPAGNE FRANCE ITALIE ÂGE EFFECTIF DE L ARRÊT D ACTIVITÉ, EN FRANCE TAUX D EMPLOI DES ANS en 24, en % 69,1 6,3 56,2 45,2 41,8 41,3 37,3 3,5 Source : Eurostat, Commission européenne Santé et retraites L inconnue du financement Le maintien du modèle français de protection sociale dépend de mesures qui devront être adoptées sans attendre. Malgré les déficits colossaux accumulés, les candidats à l élection présidentielle affichent une grande prudence sur les solutions Les deux principaux chantiers du quinquennat de Jacques Chirac laissent un goût d inachevé. La réforme des retraites de 23 devra être révisée au printemps 28. Et le redressement des comptes de la Sécurité sociale, à l origine de la loi d août 24, ne devrait pas passer l automne sans de nouvelles mesures pour tenter de combler un déficit abyssal qui pèse sur les finances publiques. Le maintien du modèle social de retraites et de santé dépend pourtant de solutions qui devront être adoptées dans un terme rapproché. Malgré les déficits accumulés, les candidats à l élection présidentielle affichent une grande prudence. Tant dans la sauvegarde des retraites par répartition que dans l organisation du système de soins, l heure n est pas à la rupture. En 26, le déficit de la Sécurité sociale (maladie, vieillesse, famille) reste évalué à 9,6 milliards et devrait rester quasi stable en 27. La «maîtrise médicalisée des dépenses» de l assurance-maladie introduite par la loi Douste-Blazy de l été 24, certes, a commencé de produire des effets. Le déficit devrait passer de 8 milliards d euros en 25 à 3,9 milliards d euros, selon l objectif fixé pour 27. Mais cet acquis reste fragile et les risques de dérapage subsistent. La pression exercée par les syndicats libéraux de médecins généralistes pour obtenir la qualification de spécialiste, avec un alignement de leurs tarifs, se heurte aux exigences comptables de la «Sécu», qui doit aussi prendre en compte les attentes des autres professions médicales. La réforme de l hôpital, dans son organisation, son fonctionnement et son financement, n est qu à peine esquissée. Et, une fois de plus, la campagne électorale est, pour tous les candidats, l occasion de mettre l accent sur l insuffisance des remboursements de certaines prestations et sur la prévention. Dans la logique de la loi de 24, Nicolas Sarkozy propose d instaurer une «franchise» sur les dépenses de soins, une somme qui s ajouterait au ticket Le programme des candidats modérateur. Cette mesure, qui s ajoute au déremboursement de médicaments, devrait contribuer à accroître la participation des patients. Avec l allongement de la durée de vie, la nécessaire prise en charge du handicap et surtout de la dépendance, la plupart des responsables politiques s attendent à une augmentation des dépenses, dont le financement est loin d être assuré. Lors de la cérémonie des vœux de 26, le président de la République, Jacques Chirac, avait relancé le débat sur le financement de la protection sociale en proposant de fixer une partie des cotisations patronales sur la valeur ajoutée des entreprises. L idée semble avoir été écartée. Si le PS préconise une hausse de la CSG sur tous les revenus, et François Bayrou penchent plutôt en faveur d une augmentation de la TVA. Certains experts prévoient également que cette forte croissance, pour peu qu elle soit accompagnée et encouragée, devrait s accompagner de recettes nouvelles et notamment de créations d emplois. Prévue au printemps 28 après cinq années d application, la renégociation de la réforme des retraites devrait également donner lieu à des révisions déchirantes. Le départ anticipé de 27 salariés de moins de 6 ans risque d aggraver le déficit de la branche vieillesse de 3,5 milliards d euros en 27. Malgré l allongement de la durée d activité de quarante ans à quarante et un ans d ici à 212 et l alignement progressif des salariés du public et du privé, les perspectives à moyen et long terme restent incertaines. Dans un rapport préparatoire publié en janvier, le Conseil d orientation des retraites (COR) a esquissé différentes hypothèses à l échéance de 22, voire 25. A cette date, selon l Insee, la France devrait compter entre 1,3 à 1,4 actif pour un retraité de plus de 6 ans, au lieu de 2,5 en 25. Ce déséquilibre mérite d être tempéré par l évolution des naissances, le taux de chômage, voire l apport de l immigration. Selon les versions retenues, les besoins de financements supplémentaires varient de,7 point par an jusqu à 5 points de produit intérieur brut (PIB). Pour préserver l équilibre financier des retraites par répartition, le gouvernement et les partenaires sociaux devront choisir entre trois paramètres : l âge de départ et le nombre d années de cotisation, le taux de ces cotisations et surtout le montant du revenu de remplacement. A gauche, Ségolène Royal comme Marie-George Buffet et Olivier Besancenot promettent de revaloriser les «petites» retraites, en les rapprochant du smic. veut s attaquer, en priorité, aux régimes spéciaux pour, assure-t-il, rétablir l équité entre tous les salariés. Cette réforme concernerait d abord ceux de la SNCF et de la RATP dont l âge de départ à la retraite reste fixé à 55 ans, voire 5 ans. En 1995, Alain Juppé, alors premier ministre, avait dû renoncer à cette réforme face à un vaste mouvement social. Alors que le PCF et la LCR restent farouchement attachés à cet acquis, la candidate du PS veut aborder cette question «sans tabou» lors de la négociation générale de 28. Une échéance délicate, quelle qu en soit l issue, pour le futur gouvernement. a Michel Delberghe Ségolène Royal Garantir le financement de l hôpital Critique sur la réforme de l assurance-maladie de 24, la candidate du PS n envisage pas de l abroger. M me Royal affiche la prévention dans ses priorités. Elle préconise le renforcement de la recherche pour les maladies graves, propose une carte «santé jeunes» pour les ans et veut renforcer la médecine scolaire et celle du travail. Pour favoriser «l égalité de l accès aux soins», elle entend garantir le financement de l hôpital et créer des dispensaires dans les zones rurales. Convaincue que les conséquences du vieillissement et de la dépendance nécessiteront des moyens considérables, elle envisage de recourir à la CSG. Renégocier les retraites. La candidate ne remettra pas en cause la réforme de 23, mais ouvrira une négociation avec les partenaires sociaux. Son premier souci : augmenter les petites retraites de 3 euros à 5 euros par mois et fixer un minimum de pension garanti proche du smic. Elle n exclut pas de se pencher sur les régimes spéciaux et préconise de prendre en compte la pénibilité et les charges de famille. Le financement serait assuré par une remise à niveau du fonds de réserve des retraites. Régionaliser le système de soins Convaincu qu il serait «immoral» de reporter «la dette et les probables réductions de prestations» sur les générations futures, le candidat de l UDF considère que «le maintien souhaité et souhaitable d un haut niveau de protection sociale ne permettra pas une baisse rapide des impôts». Pour éviter une «médecine à deux vitesses», préconise de régionaliser le système de soins. De nouvelles compétences (la prévention, la médecine de ville et la formation des professionnels, etc.) seraient confiées aux agences régionales de santé, élargies aux élus. Un conseil régional de santé serait créé avec les soignants, les gestionnaires des caisses et les associations d usagers. Des retraites à points. Pour l UDF, la réforme des retraites est «au milieu du gué». M. Bayrou propose un système de retraite à points permettant d individualiser les dates de départ et d introduire des bonifications selon la pénibilité, la composition des familles Partisan d une retraite minimale, égale à 75 % du smic, il entend corriger les inégalités entre le public et le privé et supprimer progressivement les régimes spéciaux. Egalité public-privé Le candidat de l UMP veut sortir d une «approche comptable de la santé». Son plan repose en grande partie sur la poursuite de la réforme de l assurance-maladie de 24, avec une amélioration des conditions de remboursement et le maintien de l accès aux soins sur tout le territoire entre les médecins de ville et les hôpitaux de proximité. Les généralistes devraient bénéficier d «espaces de liberté tarifaire». Quant à l hôpital, «victime de la désorganisation des 35 heures», le candidat veut lui donner les moyens de «dépenser mieux» et instaurer une égalité de traitement entre les secteurs public et privé. La fin des régimes spéciaux. Partisan d un renforcement de la lutte contre les fraudes, Nicolas Sarkozy veut instaurer une franchise non remboursée sur les actes médicaux. Il a également évoqué l instauration d une part de TVA sociale et la création d une cinquième branche de la Sécurité sociale pour financer la dépendance. La réforme des retraites devrait être poursuivie et l allongement de la vie professionnelle au-delà de 65 ans encouragée. Mais la priorité est d abord de mettre fin aux régimes spéciaux. Etatiser la gestion de la «Sécu» L Etat doit reprendre la Sécurité sociale en gestion directe et harmoniser tous les régimes. Le principe de préférence nationale s impose dans la politique d allocations familiales et le candidat du FN suggère une augmentation de 35 % des cotisations sociales pour les étrangers «légaux». Les économies réalisées dans la lutte contre les fraudes devraient permettre de mieux rembourser les soins optiques et dentaires. Jean- Marie Le Pen veut préserver la médecine libérale, abandonner la «maîtrise comptable» et établir une «gestion équilibrée» entre hôpitaux publics et cliniques privées. Il envisage d interdire la recherche sur les thérapies géniques, le clonage et l euthanasie. Retraite par capitalisation. Le FN est favorable au retour de l âge de la retraite à 65 ans, voire au-delà pour ceux qui le souhaitent. Il veut introduire un système de financement complémentaire par «capitalisation», déductible des revenus imposables. M. Le Pen souhaite améliorer les pensions de réversion et veut inciter les étrangers à prendre leur retraite dans leur pays d origine. Marie-George Buffet Remboursements à 1 % La candidate du PCF veut abolir la réforme de l assurance-maladie de 24 et préconise la réorganisation de l ensemble du système de soins, avec le développement des réseaux ville-hôpital. M me Buffet souhaite renforcer les politiques de prévention et propose le remboursement à 1 % des soins par la Sécurité sociale, au moins pour les enfants et les personnes dépendantes. Elle veut aussi donner plus de moyens à l hôpital avec la formation de 9 3 médecins et de 4 infirmières supplémentaires. Le financement serait assuré par l augmentation des cotisations patronales et un prélèvement additionnel sur les revenus financiers des entreprises. Retour aux 37,5 ans. M me Buffet souhaite le retour du droit à la retraite à 6 ans, à taux plein, après 37,5 années de cotisation, pour les salariés du public comme du privé. Pour ces derniers, le montant de la pension serait équivalent à 75 % du salaire brut moyen des dix dernières années. Une nouvelle réforme devrait reconnaître un droit au départ à 55 ans pour les salariés des travaux pénibles et des conditions spécifiques pour les femmes. Olivier Besancenot La fin de la médecine libérale Le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire préconise la fin de l exercice libéral de la médecine, du paiement à l acte et veut garantir l accès aux soins gratuits pour tous. Partisan de l abrogation de toutes les réformes «libérales», il entend créer un «véritable service public de l hôpital» avec la nationalisation des cliniques et la suppression des lits privés dans les services hospitaliers. Il préconise également la nationalisation de l industrie pharmaceutique et la mise sous contrôle public de la recherche. Des retraites à 75 % du salaire. Olivier Besancenot annulerait les mesures de la réforme Balladur de 1993 ainsi que la loi Fillon de 23 sur les retraites pour revenir à un seul régime de 37,5 annuités pour tous les salariés et à un droit à la retraite entière garantie à 6 ans, ou à un âge plus jeune, pour les métiers pénibles. Dans le privé, le taux de remplacement sera de 75 % du dernier meilleur salaire. Aucune retraite ne serait inférieure au smic. (Mardi 13.)

9 Enjeu Mercredi INDICE GÉNÉRAL DES LOYERS 6 % évolution annuelle 5 5,2 3, , PRIX DES LOGEMENTS ANCIENS 2 % évolution annuelle 1 CONTENTIEUX LOCATIF ET EXPULSIONS 1 en milliers 87,7 8 71,3 6 99,8 Décisions de justice prononçant l expulsion pour loyer impayé Décisions accordant le concours de la force publique 2 14,5 23,1 1,2 1 9,7 7,5 Interventions effectives de la force publique 23 PART DU LOGEMENT DANS LES REVENUS DES MÉNAGES LES PLUS PAUVRES en % Aides au logement 26,1 33,1 ILE-DE-FRANCE 31,3 36,2 39, PROVINCE 38,2 44,8 45, ,1 2,3 Taux net Source : Insee, Enquête logement TAUX DE LOGEMENTS SOCIAUX PAR COMMUNES EN 25 (Ile-de-France),1 à 5 % 5 à 14,9 15 à 19,9 2 à 39,9 4 à 77 YVELINES VAL D'OISE SEINE- ET- MARNE Source : Insee Sources : ministère de la justice, ministère de l intérieur En 22, les ménages les plus pauvres d'ile-de-france ont consacré à leur loyer 39,9 % de leurs ressources (26,1 % si l on déduit les aides au logement). ESSONNE Sources : Dreif/Iaurif Logement Sécuriser et construire Les mal-logés se sont invités dans la campagne avec l installation de campements de SDF dans plusieurs grandes villes de France. Les candidats promettent tous de faciliter l accès au logement, de sécuriser les locataires et de relancer la construction Il y a cinq ans, les candidats à l Elysée ne se souciaient guère du logement. Excepté le moment où Lionel Jospin avait lancé son slogan «zéro SDF en 27», cette question avait été assez peu abordée durant la campagne électorale. Depuis, les choses ont changé. La pénurie de logements à des prix abordables, qui frappait déjà les familles démunies ou à faibles ressources, s est aggravée : flambée des loyers et des cours de l immobilier résidentiel, incendies meurtriers d immeubles suroccupés, allongement des files d attente à l entrée du parc HLM, multiplication des squats Tout en gagnant la plupart des grandes agglomérations, la crise s est étendue à de nouvelles catégories socioprofessionnelles : employés, ouvriers, fonctionnaires, etc. Cette fois-ci, tous les prétendants en lice ont placé cette thématique en tête de leur programme quasiment à égalité avec l emploi ou l avenir des retraites. La question centrale, répétée à satiété depuis des mois, est simple, au moins dans son énoncé : comment garantir un toit à tous? Quelles politiques faut-il mettre en œuvre pour que le droit au logement, inscrit dans la «loi Besson» de mai 199, devienne réalité? Le sujet a monopolisé l attention lorsque des campements de sans-logis ont été installés à la mi-décembre 26, à Paris et dans plusieurs villes, à l initiative de l association Les Enfants de Don Quichotte. Sous la pression et à la demande de Jacques Chirac, le gouvernement a présenté, le janvier, un projet de loi instituant le «droit opposable au logement» un principe approuvé par les candidats du PCF, du PS, de l UDF et de l UMP. Le texte a été adopté par le Parlement, le 22 février. Cette réforme reste au cœur des débats car sa mise en application va imposer des obligations très contraignantes aux services de l Etat et aux collectivités locales. Dès le 1 er décembre 28, certains publics prioritaires pourront s adresser au préfet pour trouver un logement ou un lieu d hébergement. A partir Le programme des candidats de janvier 212, cette possibilité sera étendue aux ménages dont la demande en HLM n a pas été satisfaite après un «délai anormalement long». La population potentiellement concernée par cette réforme est importante, si l on en croit le dernier rapport de la Fondation Abbé-Pierre. Près de 975 personnes seraient «privées de domicile personnel» et condamnées à des formes de logement plus ou moins précaires (chambre d hôtel, meublé, abri de fortune, centre d hébergement, etc.). Les pouvoirs publics risquent de crouler sous les demandes à partir de la fin de 28, d autant que le déficit de logements entre 8 et 1 million d habitations, selon la Fédération française du bâtiment demeure substantiel. Dans ce contexte, en voulant «faire de la France un pays de propriétaires», ne donne pas la priorité à la résolution des situations les plus urgentes : pour des centaines de milliers de ménages, l essentiel est d avoir un toit, non d acquérir sa résidence principale. Le président de l UMP estime néanmoins que le statut de propriétaire constitue le meilleur rempart «contre la précarité». L une de ses ambitions est de mettre en vente un nombre élevé de HLM (4 par an). Dans son esprit, le logement locatif social doit être réservé aux personnes qui en ont le plus besoin ou qui ne sont pas encore en mesure d acheter leur logement. Tout en étant favorable au développement de l accession à la propriété, la gauche récuse la vision de M. Sarkozy, qui cantonne le parc HLM dans une fonction de sas et de «parking social». Elle s oppose aussi à la volonté du président de l UMP d inclure les opérations d accession sociale à la propriété dans le quota de 2 % de logements sociaux, imposé aux communes par la loi «solidarité et renouvellement urbains». En 26, des députés de la majorité avaient déjà essayé d introduire ce changement avant d y renoncer, sous la pression des associations. Pour le reste, les programmes des candidats du PCF, du PS, de l UDF et de l UMP proposent des mesures assez similaires. L instauration d un quota de logements sociaux dans tous les programmes immobiliers neufs fait consensus. Ce n est pas une idée nouvelle et plusieurs municipalités l appliquent déjà. Les candidats de gauche comme de droite semblent vouloir lui donner un caractère obligatoire. Les principaux prétendants à l Elysée considèrent aussi qu il faut revaloriser les aides personnelles au logement en fonction de la progression des loyers ce qui n a pas été le cas depuis plusieurs années. Mais leur vœu vient d être exaucé puisque cette disposition a été votée dans la loi sur le droit au logement opposable Autre point de convergence : la création d un mécanisme couvrant les impayés de loyer et finançant le dépôt de garantie. Là encore, le gouvernement a anticipé sur cette proposition, en créant la garantie des risques locatifs. Ségolène Royal propose d aller plus loin avec son «service public de la caution» qui concernerait l ensemble des locataires. a Bertrand Bissuel Ségolène Royal Un service public de la caution La candidate du PS s est engagée à créer un «service public de la caution» pour faciliter l accès et le maintien dans le logement. Ce dispositif participera au financement du dépôt de garantie et couvrira, le cas échéant, les impayés de loyer. Les dépenses consacrées au logement ne devront pas excéder 25 % du budget familial. M me Royal souhaite, par ailleurs, favoriser l accession à la propriété des personnes qui ont occupé une HLM durant quinze ans. Elle insiste sur la nécessité de produire un nombre élevé de logements locatifs sociaux (12 par an). Elle propose de vendre à moitié prix (par rapport au marché) des terrains et des bâtiments de l Etat aux collectivités locales qui veulent bâtir des logements sociaux. Quotas de HLM. Les sanctions contre les communes qui ne respectent pas leurs objectifs de construction locative sociale seront durcies ; le préfet se substituera aux maires récalcitrants et lancera des programmes HLM sur le territoire de leurs communes, conformément à une disposition de la loi «solidarité et renouvellement urbains» (SRU) qui n a pratiquement jamais été appliquée. Loyers plafonnés. Toute construction nouvelle devra contenir un certain pourcentage de logements sociaux. A défaut, une partie des habitations sera d office assimilée à des HLM et louée à des loyers plafonnés. Les services de l Etat pourront procéder à des réquisitions-réhabilitations. Simplifier les règles Le candidat de l UDF pose un «préalable» à toute politique du logement : «simplifier et stabiliser» les règles en vigueur. Le candidat de l UDF propose de confier provisoirement aux préfets le pouvoir de délivrer les permis de construire dans les communes qui ne font rien pour atteindre le quota de 2 % de logements sociaux fixé par la loi solidarité et renouvellement urbains (SRU). Un quart de la surface des programmes immobiliers nouveaux devra être réservé aux logements sociaux. Supprimer la caution. M. Bayrou souhaite que les loyers dans le parc HLM soient modulés en fonction du revenu des ménages. Il est partisan de la suppression du dépôt de garantie et des cautions réclamés aux locataires ; à la place sera institué un «système d assurance mutuelle» pour protéger les bailleurs contre les impayés de loyer. Aides ciblées. Il reviendra aux collectivités locales «de réguler et de financer» les mises en chantier, car M. Bayrou pense que les aides à la pierre et les aides fiscales doivent être ciblées en fonction des besoins qui s expriment à travers le territoire. La contribution des entreprises à l effort de construction sera régionalisée. Une France de propriétaires M. Sarkozy veut «faire de la France un pays de propriétaires». Pour aider les particuliers à acquérir leur logement, il propose de rendre déductible de l impôt sur le revenu la totalité des intérêts d emprunt et de développer le crédit hypothécaire. HLM mis en vente. Le président de l UMP se donne pour objectif de vendre environ 4 logements sociaux par an à leurs occupants (soit 1 % du parc HLM). Les communes qui sont tenues d avoir au moins 2 % de logements sociaux sur leur territoire pourront inclure dans le décompte les opérations d accession sociale à la propriété ; le quota sera revu à la hausse, mais M. Sarkozy n a pas précisé le pourcentage qui sera retenu. Risques locatifs. Les programmes immobiliers nouveaux, qui sont lancés dans des territoires comptant un faible nombre de HLM, devront intégrer une part minimale de logements sociaux. Les loyers dans le parc HLM seront modulés en fonction des ressources des locataires. Une garantie des risques locatifs sera mise en place pour couvrir les impayés de loyer ; en contrepartie, les cautions et le dépôt de garantie seront supprimés. Les personnes qui doivent déménager pour des raisons professionnelles seront exonérées de droit de mutation sur la vente ou l achat de leur logement. Enfin, le candidat de l UMP s engage à lancer un plan en faveur de la création de «logements étudiants modernes». Préférence nationale Qu il s agisse du secteur locatif ou de l accession à la propriété, un principe résume les mesures de en matière de logement : préférence nationale. Le candidat d extrême droite veut aider les «familles françaises» à acheter leur logement, notamment en revalorisant la rémunération de certains produits d épargne (plan épargne-logement, contrat épargne-logement). Son programme prévoit de «diversifier l offre de logements afin de l adapter» aux personnes âgées, aux handicapés physiques et aux étudiants. Impayés de loyer. Le système des aides personnelles sera remis à plat afin d être «strictement soumis aux conditions de ressources et à la situation familiale des familles françaises». Les logements sociaux seront attribués en priorité aux Français. Les impayés de loyer seront pris en charge par un dispositif ad hoc. Avant d être mis en location, tout logement du secteur privé devra passer un «contrôle technique vérifiant les normes d habitabilité et le niveau du loyer demandé». M. Le Pen veut imposer «des normes de construction respectueuses de l environnement en termes esthétiques» à travers un «label haute qualité architecturale». Marie-George Buffet 12 logements par an La candidate du PCF souhaite créer un «service public du logement, national et décentralisé», qui sera chargé de construire quelque 12 logements sociaux par an «jusqu à satisfaction des besoins». Réquisitions. Les maires qui ne respectent pas la loi sur le quota de 2 % de logements sociaux seront passibles d une peine d inéligibilité. Un programme de réquisition de logements vacants sera lancé. La candidate du PCF souhaite revaloriser les aides personnelles, pour que les dépenses liées au logement soient limitées à 2 % des revenus du foyer. Elle souhaite interdire les expulsions locatives et suggère de relever la part du budget de l Etat en faveur du logement à 2 % du PIB (contre 1,16 % en 26, selon la Fondation Abbé-Pierre). Spéculation foncière. Les aides fiscales en faveur de l investissement locatif seront supprimées si elles profitent à des particuliers très riches «qui louent à des loyers inaccessibles». Les revenus tirés de la «spéculation foncière et immobilière» seront soumis à des prélèvements. M me Buffet veut instituer un «droit au logement décent opposable» et une garantie des risques locatifs, de manière à favoriser l accès et le maintien dans les lieux. (Mardi 6.)

10 Enjeu 1 Mercredi LES PRINCIPAUX FLUX D ENTRÉE D ÉTRANGERS SUR LE TERRITOIRE DEPUIS 2 (hors tourisme, hors UE) Entrées à caractère : en milliers Temporaire Regroupement familial Etudiants Travail temporaire (dont saisonnier) Réfugiés Immigration de travail Sources : ANAEM, OFPRA Permanent UN NOMBRE STABLE DE VISAS DÉLIVRÉS... en millions (courts et longs séjours) Demandés Délivrés 3,4 2,91 2,51 2,51 2,41 2,12 2,5 2,3 2,2 2, Source : ministère des affaires étrangères D OÙ VENAIENT LES IMMIGRÉS ENTRÉS SUR LE TERRITOIRE EN 25? AMÉRIQUE Amérique centrale et du Sud Amérique du Nord 3 31 AFRIQUE Afrique subsaharienne OCÉANIE EUROPE Maghreb CEI* ASIE *Anciennes républiques soviétiques hors UE Autres LES DÉBOUTÉS DU DROIT D ASILE LES MESURES DE RECONDUITE À LA FRONTIÈRE 6 Prononcées Exécutées Source : ministère de l intérieur Immigration Malaise et surenchère L évocation par d un «ministère de l immigration et de l identité nationale» a relancé un thème jusque-là plutôt absent de la campagne. Mais la question centrale de la gestion des flux n est pas clairement posée Le thème de l immigration a soudainement fait irruption dans la campagne. Début, le sujet était encore étrangement absent, alors qu il avait largement occupé le débat politique en 26, avec la question de la régularisation des familles sans papiers d enfants scolarisés et l adoption par le Parlement, le 24 juillet 26, d une nouvelle loi proposant une politique d «immigration choisie». «Nous avons un coup d avance sur nos adversaires avec l immigration choisie. Notre philosophie est claire, les Français savent où nous voulons aller. Pour qu il y ait un débat, il faut que la gauche clarifie sa position», estimait-on alors dans l entourage du candidat de l UMP. C est pourtant qui a lui-même fait ressurgir le sujet en proposant, le 8, la création d un «ministère de l immigration et de l identité nationale». Ce n est pas la première fois que le ministre de l intérieur évoque cette idée. Le programme des candidats Déjà, le 12 décembre 26, il avait fait part de son souhait de nommer, s il accédait à l Elysée, «un ministre chargé de l immigration qui sera à la tête de toutes les administrations responsables de ce dossier». Désormais, il pose à côté du mot «immigration», le terme d «identité nationale». Face à et à son discours récurrent sur les immigrés, cause principale de tous les problèmes, M. Sarkozy a souhaité reprendre la main. Mais force est de constater qu ainsi posé le débat élude les questions de fond et empêche une véritable clarification du positionnement des différents candidats sur la gestion des flux migratoires. Le candidat de l UMP se repose sur l acquis de la loi du 24 juillet 26 et se contente d afficher sa volonté de durcir encore les conditions du regroupement familial. Les propositions alternatives à l «immigration choisie» de Nicolas Sarkozy ne sont, quant à elles, que timidement exposées. Pourtant, si dans l opinion le clivage droite-gauche sur l immigration tend, depuis quelques années, à s atténuer, la lecture des programmes traduit des approches différentes. Tandis que Dominique Voynet (Verts) et Marie-George Buffet (PCF) proposent une régularisation de tous les sanspapiers, Ségolène Royal se prononce contre une régularisation globale, comme son concurrent de l UMP. Mais à la régularisation sur décision discrétionnaire des préfets défendue par M. Sarkozy, la candidate socialiste oppose «une régularisation sur critères» (linguistiques, durée de présence sur le territoire, promesse d embauche, scolarisation des enfants ) et promet le réexamen individuel des dossiers des étrangers ni régularisables ni expulsables. Comme M me Voynet, la candidate du PS insiste sur la reconnaissance de l apport de l immigration au dynamisme démographique et au développement économique. Aussi, pour créer une dynamique de développement dans les pays du Sud seul argument pouvant, selon M me Royal, convaincre un candidat à l émigration de rester au pays, «ilne faut pas, soutient-elle, multiplier des règles qui seront d ailleurs aussitôt contournées, mais faciliter les migrations de travail en permettant les allers-retours avec un même visa». Cette idée de rendre plus fluide la circulation des personnes est également portée par Dominique Voynet. Pour ces deux candidates de la gauche, une telle politique va de pair avec un accroissement réel de l aide européenne au développement en Afrique. Le codéveloppement est présent dans tous les programmes des partis. Mais, là encore, les approches diffèrent. Si les candidates socialiste et écologiste plaident pour le développement d accords de partenariat, «d échanges et de croissance», le candidat de l UMP insiste sur la nécessité de lier aide au développement et maîtrise des flux migratoires. Par ailleurs, il conçoit pour l essentiel le codéveloppement à travers la mobilisation de l épargne des migrants., pour sa part, fait du développement des pays pauvres le cœur de sa politique d immigration. Pour le candidat de l UDF, «c est la seule politique responsable qui vaille». Mais, au-delà des grands principes, il fournit peu d arguments pour convaincre de sa nouvelle approche. En fait, ni le candidat centriste ni la gauche n osent aborder ouvertement le thème de l immigration. «Parler d immigration, c est faire le jeu de Le Pen. Nous ne voulons pas nous laisser entraîner dans les exagérations qu entraîne une campagne. Lorsque vous avez un agité qui fait fantasmer les gens, il n est plus possible de poser le débat sereinement. Le Pen rend inéluctable un débat irréfléchi», estime Jean-Christophe Lagarde, député (UDF) de Seine- Saint-Denis et porte-parole du candidat centriste. Ce même état d esprit prévaut au sein du PS, se désole l universitaire Sami Naïr. Ce proche de Jean-Pierre Chevènement qui fut, entre 1998 et 1999, délégué interministériel au codéveloppement et aux migrations internationales alimente en notes la candidate socialiste pour l inciter à poser, dès à présent, les jalons «d un grand débat vérité» sur la question. a Laetitia Van Eeckhout «Immigration choisie» Le candidat de l UMP veut «poursuivre et renforcer» la politique d «immigration choisie» promue par la loi du 24 juillet 26. Il entend ainsi durcir les conditions du regroupement familial, «afin que vivre en France soit un projet fondé sur le travail, pas sur le bénéfice de prestations sociales». Apprendre le français. S il est élu, fera adopter, dès juillet, une nouvelle loi destinée à «encadrer» la procédure. Pour faire venir sa famille, «il faudra un logement, un travail, mais aussi apprendre le français avant de venir». M. Sarkozy entend fixer des plafonds annuels d entrées par catégorie (immigration économique, asile, regroupement familial), afin d «adapter les flux annuels d immigration aux besoins et aux capacités d accueil de la France». Attirer les plus qualifiés. Il veut mettre en place un système à points multicritère (maîtrise de la langue, niveau de diplôme, etc.) pour attirer les étrangers qualifiés «sans porter atteinte aux intérêts des pays d origine». Avec ces derniers, à l instar de l accord signé avec le Sénégal en septembre 26, il souhaite multiplier les traités de codéveloppement et d immigration concertée. Ségolène Royal Régulariser «sur critères» La candidate PS souhaite revenir sur les dispositions les plus restrictives de la loi Sarkozy du 24 juillet 26. Elle entend, notamment, restaurer la régularisation de plein droit après dix ans de résidence en France que la loi Sarkozy a supprimée. Opposée à une régularisation globale de tous les sans-papiers, elle se dit favorable à une «régularisation sur critères» (durée de présence sur le territoire, attaches personnelles, scolarisation, promesse d un contrat de travail). Aide au développement. Favorable à une politique d immigration reposant «sur la reconnaissance des réalités économiques», elle souhaite que l Europe fasse beaucoup plus pour l aide au développement en Afrique et en faveur d une politique d échange et de développement dans le Bassin méditerranéen. Elle souhaite faciliter les migrations de travail en instituant un visa valable plusieurs années, permettant plusieurs allers-retours. Elle propose de confier aux préfets et aux acteurs régionaux le soin de réguler ces migrations en fonction des besoins économiques réels. Cela permettrait de «rendre plus crédible la lutte contre le travail illégal dans des secteurs [tels] le bâtiment et l hôtellerie-restauration». Une politique commune à l Europe Pour le candidat UDF, il n existe qu «une politique de l immigration responsable : le développement des pays pauvres et notamment de l Afrique ( ), abandonnée». A l immigration choisie de son adversaire UMP qui, selon lui, «est au mieux un slogan, au pire un leurre», M. Bayrou préfère une «politique d échanges équilibrés». Le candidat de l UDF souhaite construire, au sein de l Union européenne, une politique commune de visas, de lutte contre l immigration clandestine, mais aussi de codéveloppement. En attendant, il entend mieux coordonner les services concernés, promouvoir une politique nationale d immigration, bâtie pour partie avec les pays d émigration, sur la base de «principes clairs et certains» : maîtrise de l immigration clandestine, lutte contre les filières et les trafics d êtres humains, et mise en œuvre de partenariats. Régulariser au cas par cas. M. Bayrou soutient une «régularisation au cas par cas», sur la base «de critères clairs, de règles établies», au terme d une certaine durée (par exemple cinq ans), s il y a un contrat de travail, que l on parle français et maîtrise le mode de vie, et les «valeurs élémentaires de la France». Inverser les flux migratoires Le candidat du Front national fait de la mise en œuvre de ce qu il appelle «une politique d inversion des flux migratoires» une priorité. Elle se traduirait par «l arrêt de toute nouvelle migration» et «l assimilation de ceux qui respectent nos lois, nos coutumes et acceptent les devoirs qui découlent des droits accordés, et considèrent la France comme leur patrie, à l exception de toute autre». Rétablissement des frontières. Cela passerait par un rétablissement des frontières et par la dénonciation de tous les traités européens sur l immigration. Tout étranger rentré illégalement sur le territoire serait expulsé, et les ressortissants français naturalisés depuis moins de dix ans et condamnés à plus de six mois de prison ferme seraient déchus de leur nationalité. Jean-Marie Le Pen veut supprimer le regroupement familial et réduire la durée de carte de résident de dix à trois ans, «y compris pour ceux qui se trouvent actuellement sur notre territoire». Enfin, les travailleurs étrangers n auraient plus droit aux aides sociales qui, comme les allocations familiales, seraient réservées aux seuls Français. Dominique Voynet Régulariser tous les sans-papiers Dominique Voynet souhaite une «autre politique d immigration, tendant vers la liberté de circulation et d établissement». La candidate juge nécessaire de «faciliter la délivrance de visas de long séjour à entrées multiples». Pour elle, seule la possibilité d allerretour pour les migrants et des accords contractuels entre l Union européenne et les pays d origine permettront d «éviter le pillage des pays du Sud». Harmonisation européenne. Pour cela, elle demande le transfert des politiques d immigration du ministère de l intérieur vers un ministère de la coopération solidaire. En matière d accueil des réfugiés, M me Voynet se prononce pour le rétablissement de l autorisation de travail pour les demandeurs d asile, et leur accès à tous les droits sociaux. La candidate écologiste plaide pour une plus grande harmonisation européenne des politiques d asile et d immigration, sous réserve qu elles ne soient plus de la compétence des ministres de l intérieur ce qui «accentue les aspects sécuritaires et répressifs» et se fassent sous le contrôle du Parlement européen. Philippe de Villiers Immigration zéro Pour le candidat du Mouvement pour la France (MPF), «la France n a pas d autre choix que celui de l immigration zéro». Cette politique de «fermeté» passe par le rétablissement des frontières, l arrêt du regroupement familial et «une lutte sans merci» contre les clandestins. Philippe de Villiers entend ainsi mettre fin aux «droits exorbitants» dont bénéficient selon lui les sans-papiers, notamment l aide médicale d Etat (AME) et la scolarisation. L identité nationale menacée. Estimant que «l identité nationale est menacée aujourd hui par l euromondialisme et le communautarisme, notamment islamique», le candidat du MPF préconise de soumettre l acquisition de la nationalité française à une «assimilation effective (connaissance de la langue, des valeurs républicaines, respect des mœurs)». Pour fixer les populations dans leur pays d origine, Philippe de Villiers propose aussi une politique de codéveloppement, mais celle-ci serait essentiellement destinée aux pays francophones et liée à l acceptation par les pays du tiers-monde du retour de leur population. (Mercredi 21.)

11 Enjeu Mercredi LA FRANCE PARMI LES PAYS LES PLUS ENDETTÉS en % du PIB Estonie Luxembourg Lettonie Roumanie Irlande Rép. tchèque Danemark Pologne Royaume-Uni Espagne Suède Hongrie Autriche Portugal France Allemagne Belgique Italie Source : L Etat de l Union 27, rapport Schuman sur l Europe EN FRANCE, UNE AUGMENTATION CONTINUE DE LA DETTE PUBLIQUE en milliards d euros Dette publique et fiscalité La bataille de l impôt COMMENT EST ALIMENTÉ LE BUDGET DE L ÉTAT en %, en ,5 6 Impôts indirects 5 38,5 4 Impôts directs Source : Rapport économique, social et financier (RESF) Source : lois de règlement POIDS DES PRÉLÈVEMENTS : A QUOI SERVENT LES IMPÔTS LA FRANCE DANS LE PELOTON DE TÊTE ET LES COTISATIONS Institutions européennes Impôts Administrations,6 % Cotisations sociales de sécurité sociale Etat 33,5 % 5,7 % en % du PIB, en 25 Organismes 5 divers (prévisions 27-2,2 % 4 Projet loi finances) Collectivités locales 13,1 % Suède Danemark Belgique France Autriche Zone euro Italie UE 25 Allemagne Luxembourg Hongrie Royaume-Uni Portugal Rép. tchèque Espagne Pologne Irlande Estonie Lettonie La réduction de la dette publique a transformé le débat sur la fiscalité. Si droite et gauche s accordent sur l allégement de l impôt sur les sociétés, la baisse ou l augmentation de l impôt sur le revenu continuent de les diviser Sources : Eurostat, OCDE En quittant Bercy, Thierry Breton pourra se targuer d avoir fait œuvre de pédagogie sur l endettement public : le ministre de l économie présente un bilan «flatteur» en ce domaine. Depuis que la commission présidée par Michel Pébereau lui a rendu son rapport sur la situation financière de la France, plus aucun responsable politique ne peut ignorer que la dette des administrations publiques a été multipliée par 5 entre 198 et 25 et que son remboursement pèsera sur les générations futures. Ainsi devront-elles rembourser les dépenses courantes de santé de leurs parents pour les années 199 à 26, tout en faisant face à leurs propres dépenses. Elles paieront donc deux fois Identifié depuis longtemps, ce problème ne fait l objet d une prise de conscience collective que depuis la publication du rapport Pébereau commandé par M. Breton. Et cette problématique de la réduction de la dette, sur laquelle se penchent les trois candidats en tête des intentions de vote (UMP), Ségolène Royal (PS) et (UDF), est venue compliquer, ou à tout le moins modifier, le débat sur la fiscalité. Il ne se résume plus à la confrontation traditionnelle entre une droite désireuse d afficher sa volonté de baisser les impôts et une gauche tentée de les augmenter pour financer ses dépenses et maintenir l Etat-providence. Ni à la controverse opposant les partisans d un impôt proportionnel à ceux d un impôt progressif. D autres questions ont émergé : la baisse des prélèvements obligatoires est-elle compatible avec la diminution du déficit budgétaire, comme le pense le candidat UMP? Faut-il, au contraire, stabiliser la part des impôts et des cotisations sociales en pourcentage de la richesse nationale (44,4 % du PIB en 26) pour assainir nos finances publiques, comme l assurent ses rivaux du PS et de l UDF? Aussi fondées soient-elles, ces questions relèguentelles derrière elles celles de justice fiscale chères aux socialistes et aux centristes? Faut-il, enfin, que les candidats se laissent obnubiler par l endettement de la France Le programme des candidats au risque d y sacrifier des mesures de nature à relancer la croissance alors que celleci demeure la meilleure garantie d une diminution de la dette, comme le soulignait dans ces colonnes l économiste Philippe Aghion? Dans une Union européenne (UE) où la concurrence fiscale joue à plein, attisée par la mobilité du capital, la plupart de nos voisins ont cherché à diminuer les impôts pesant sur les entreprises, quitte à augmenter la TVA. En France, l idée d alléger l impôt sur les sociétés (IS) ne heurte plus que la gauche de la gauche. Elle est acquise pour l UMP, l UDF, le PS et le FN, même si les candidats de ces partis proposent de la mettre en œuvre de manière différente. Pour les PME, selon MM. Bayrou et Le Pen. Sous condition d investissement et de création d emplois pour M. Sarkozy, d exportation pour M me Royal. Traditionnellement enclins à mieux traiter les bénéfices réinvestis, les socialistes font remarquer, à juste titre, que les comparaisons de taux d IS dans l UE ne sont pas valables, l assiette de l impôt français étant déséquilibrée par les niches fiscales. La baisse de l IS est donc assez consensuelle. En revanche, celle de l impôt sur le revenu (IR) constitue une ligne de fracture entre candidats de l UMP et du FN, d un côté, ceux du PS et de l UDF de l autre. MM. Sarkozy et Le Pen sont les seuls à en défendre la nécessité alors que le rendement de l IR est faible, par rapport à celui de la TVA ou des contributions sociales (CSG et CRDS) et à soutenir que cette baisse est compatible avec la diminution de la dette, parce que, disent-ils, elle aura des effets positifs sur la croissance, donc sur les recettes fiscales. Le président de l UMP ne fait pas de cette mesure (incluse dans son bouclier fiscal à 5 %) une priorité du prochain quinquennat. Et ne s attarde pas sur la façon dont il entend financer la protection sociale, la TVA sociale restant une question ouverte. Les candidats de l UDF et du PS sont, eux, défavorables à une telle orientation. Par principe : ils suivent M. Pébereau, qui préconise de «ne pas diminuer le niveau global des prélèvements obligatoires pendant la phase de retour à l équilibre». Mais aussi pour des raisons d efficacité et de justice. M. Bayrou propose de revenir sur quelques-unes des 189 niches fiscales de l IR en les plafonnant. M me Royal aussi, mais n a pas repris pour l instant la suggestion du député PS de l Isère, Didier Migaud, d instaurer, comme aux Etats- Unis, une imposition minimale. Quant à l impôt de solidarité sur la fortune (ISF), sur lequel les libéraux de l UMP se sont si souvent opposés à la gauche, il pourrait bien rester en l état. La candidate socialiste ne veut pas y toucher. MM. Sarkozy et Bayrou contournent la difficulté : le premier cherche à le vider de sa substance en l incluant à terme dans un bouclier à 5 %, le second veut le transformer en impôt sur le patrimoine à taux faible mais à base large. M. Le Pen était le seul à proposer que la résidence principale soit exclue de l assiette de cet impôt. Une partie de l UMP plaide aussi en ce sens, depuis la flambée du marché de l immobilier. a Claire Guélaud Réduire les impôts directs Le président de l UMP veut ramener la dette publique à moins de 6 % du PIB d ici à 212, limiter la progression des dépenses publiques à 1,8 % par an en volume et baisser les prélèvements obligatoires de 4 % du PIB sur dix ans. Un programme coûteux : 32 milliards d euros, selon l UMP, 61,58 milliards (51,93 en net) selon Débat 27, cellule de chiffrage de l Institut de l entreprise, présidé par Michel Pébereau. Droits de succession supprimés. M. Sarkozy veut détaxer les heures supplémentaires, supprimer les droits de succession pour 95 % des Français et leur permettre de déduire les intérêts d emprunt, pour financer leur logement. Il propose, «quand ce sera possible», d abaisser le bouclier fiscal à 5 % les impôts directs ne dépasseraient pas la moitié des revenus en y intégrant les contributions sociales (CSG, CRDS). Il veut que les assujettis à l ISF puissent en déduire les sommes investies dans les PME (jusqu à 5 euros) et que «les entreprises qui investissent et qui créent des emplois» paient moins d impôt sur les bénéfices. M. Sarkozy veut défiscaliser totalement les emplois de service à la personne et supprimer les droits de mutation en cas de mobilité professionnelle. Ségolène Royal Réduire le train de vie de l Etat. La candidate socialiste est favorable à la stabilisation des prélèvements obligatoires, estimant qu il est «impossible» de les baisser, tout en réduisant la dette publique. Ségolène Royal ne détaille pas le financement de son programme, qui est l un des plus coûteux (35 milliards d euros selon le PS, 62,68 milliards selon Débat 27). Dans Les Echos du 15, M me Royal assure qu il y a «des marges de manœuvre» sur la réforme de l Etat et que ce dernier doit réduire son train de vie et diminuer le nombre des ministères. Nouveau barème de l IR. M me Royal défend «un redéploiement assez drastique des effectifs publics» (Etat et collectivités locales) et préconise de «réajuster le nombre des agents publics en fonction des transferts de compétences». Elle veut que le nouveau barème de l impôt sur le revenu, qui a «scandaleusement creusé les inégalités», soit «redébattu dans le cadre de la loi de finances pour 28». M me Royal n entend pas toucher à l ISF, et elle n a pas retenu l idée de Dominique Strauss-Kahn d un impôt sur les Français de l étranger. Elle défend une baisse de l impôt sur les sociétés «pour les entreprises qui exportent». Transformer l ISF en impôt sur le patrimoine Le président de l UDF, qui s est fait le champion de la réduction de la dette, veut stabiliser les prélèvements obligatoires à leur «niveau actuel» (44,4 % du PIB) et «inscrire dans la Constitution l interdiction pour un gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement (hors période de récession)». propose que les premiers exercices bénéficiaires des «jeunes pousses» (entreprises créées ou reprises) bénéficient d «une exemption fiscale dégressive, notamment si l argent gagné est réinvesti dans l entreprise». Plafonner les niches fiscales. Partisan de mettre à l étude «une tranche allégée» de l impôt sur les sociétés à 18 %, il veut exonérer d impôt les revenus des brevets déposés par deschercheurs en France. Quant à l ISF, il le transformerait en impôt sur le patrimoine «à base large, à partir de 75 euros, sans niches défiscalisées, sans exemptions, mais à taux léger».un prélèvement de,1 % rapporterait 3 milliards d euros par an, l équivalent de l ISF aujourd hui, sans être pénalisant, a-t-il indiqué. M. Bayrou souhaite aussi plafonner les niches fiscales de l impôt sur le revenu, économisant ainsi 4 milliards d euros. Lutter contre l étatisme et le «fiscalisme» Le candidat du Front national se donne comme priorité «l arrêt de l immigration» et l application de «la préférence nationale». Pour M. Le Pen, qui dénonce un endettement «abyssal», une fiscalité «excessive et complexe», des dépenses publiques «pléthoriques et inefficaces», «l étatisme», «le fiscalisme» et «le réglementarisme» ont placé la France «en queue de peloton parmi les pays européens pour la liberté d entreprendre», et il convient de «libérer au maximum l entreprise des contraintes de toute nature qu elle subit». «Choc fiscal». Favorable à «un grand audit des comptes de la nation», partisan de réorienter la dépense publique vers l investissement et de réduire de 3 % les subventions de l Etat aux associations, M. Le Pen propose un «choc fiscal» pour relancer la croissance. L impôt sur le revenu diminuerait, le nombre de tranches étant ramené de 5 à 4 et les taux abaissés (de 4 % à 2 % pour le taux marginal). Le taux de l impôt sur les sociétés serait réduit à 1 %, 15 % et 2 % pour les PME. Les droits de succession en ligne directe seraient allégés et la résidence principale exonérée de l ISF. Dominique Voynet TVA majorée sur les produits polluants et de luxe Tout à son projet d «engager la conversion de l économie pour faire décroître notre empreinte écologique», la candidate des Verts ne dit mot de la dette publique dans son «contrat écolo». Elle propose, au contraire, de «sortir des critères de Maastricht des investissements réalisés» dans le cadre de cette conversion écologique et défend des mesures chères sans en préciser le financement : revalorisation de 5 %, en 5 ans, des minima sociaux, allocation d autonomie pour les ans, construction d un million de logements sociaux, etc. Taxe carbone progressive. M me Voynet souhaite «une fiscalité verte, plus juste et plus efficace» qui passe par une progressivité accrue de l impôt sur le revenu, par le maintien de l ISF, par l instauration d une taxe carbone progressive, par le calcul de la taxe foncière et de la taxe professionnelle «sur la base de l empreinte écologique», par une TVA majorée à 33 % sur les produits de luxe et sur les produits les plus polluants, comme les 4 4 et les berlines. Elle veut faire de l impôt sur les sociétés, à taux unique, une nouvelle ressource fiscale européenne. Arlette Laguiller Taxer les pétroliers et l agrochimie Convaincue que «la forme d organisation économique du monde actuel, injuste et irrationnelle» ne peut pas durer, la candidate de LO ne s intéresse pas à la dette, mais au «danger que représente ( ) la domination sur l économie et sur la société de quelques centaines de conseils d administration incontrôlés et irresponsables». Taxe sur les carburants réduite. Pour financer des mesures coûteuses hausse uniforme de 3 euros par mois des salaires et des pensions, abrogation des réformes des retraites, etc., Arlette Laguiller propose «une augmentation importante et progressive des impôts sur le revenu, au-dessus de la première tranche, y compris les plus-values immobilières et mobilières». L Etat doit financer «toutes les charges qu il a mises au compte des collectivités locales». La candidate critique la «familialisation» de la fiscalité et veut «rétablir les droits de succession au-dessus d uncertain seuil», taxer «5 % des bénéfices», supprimer TVA et niches fiscales, «réduire les taxes sur les carburants» et augmenter «les impôts surles bénéfices des pétroliers, des constructeurs automobiles et des entreprises agrochimiques». (Mardi 2.)

12 Entretien 12 Mercredi La candidate socialiste fixe ses cinq priorités si elle est élue présidente de la République Ségolène Royal : «Mes cent premiers jours à l Elysée» Si vous êtes élue le 6 mai, emménagerez- vous à l Elysée? Je choisirai la solution la plus utile à l exercice de ma fonction, tout en préservant ma vie de famille. Au pouvoir, comment conserverezvous le lien avec le «peuple»? En veillant à ne pas me laisser enfermer. Chaque semaine, je ferai en sorte de me trouver sur le terrainaux côtés des Français, ceux qui souffrent comme ceux qui réussissent. Pour avoir exercé des fonctions ministérielles et avoir vu comment marche le cœur de l Etat, je sais qu il faut tenir son cap avec constance, lutter aussi contre soimême, l inertie, la routine, la mécanique de ses propres idées, car la charge de travail est énorme et le temps passe vite. Vous fonctionnerez très différemment de François Mitterrand? Forcément. Ce sera l incarnation d un changement profond de la présidence de la République, de son protocole comme de son allure. Je sais que je dois faire mes preuvesplus qued autres. Jepensequ ilestpossible de concilier la grandeur de la fonction et la simplicité, exercer pleinement le pouvoir, conduire une politique étrangère conforme à notre génie national et résister en même temps à cette tentation monarchique à laquelle la République a trop souvent cédé. «Avec moi», dites-vous, «la politique ne sera plus jamais comme avant» Nousvivons une crisedémocratique profonde. Je pense être la seule candidate à en avoir fait lucidement le constat, à m être remise en cause sur la façon dont je faisais de la politique et dont doit se nouer le lien avec les électeurs. Les Français sont prêts à venir voter une fois de plus une dernièrefois, j allais dire. Ils doutent du système politique et, en même temps, ils ont tellement envie d y croire, tellement besoin «Je n ai pas besoin d étiquette. Je suis dans le socialisme du XXI e siècle» de son efficacité, de sa capacité à sortir la France de son état de déprime. Je mesure que le rapport au temps a changé avec le quinquennat. Il faut aller vite, non seulement au début, mais tout au long et jusqu au bout. Je veux fonder mon mandat sur le principe de responsabilité. Comment concevez-vous le rôle de la présidente : arbitre ou super-premier ministre? Ni l un ni l autre. Présider, c est arbitrer, décider, mais aussi parfois entrer dans le détail. Je ne m interdis rien dans le respect d institutions profondément rénovées. Quelle forme de gouvernement mettrezvous en place? Une équipe restreinte? Parité homme-femme? Je choisirai les plus compétents. En tenant compte à la fois de l expérience et du désirde renouvellement, enayantnaturellement la parité pour objectif. Le gouvernement devra, chaque année, rendre compte de son action et vérifier qu il dispose toujours bien de la confiance de l Assemblée nationale, laquelle verra son rôle de contrôle de l exécutif renforcé. Une équipe 1 % PS? Tous ceux qui se reconnaîtront dans le pacte présidentiel auront vocation à rejoindrelegouvernementet lamajoritéprésidentielle. Je souhaite qu elle soit la plus large possible. Des ministres de la société civile? Il est bon qu un responsable politique se soit confronté au suffrage universel. L exercice d un mandat électif change la façon de voir la réalité. Il donne une expérience irremplaçable. Il vous rend solidaire d une majorité et vous donne le sens du débat parlementaire et celui si essentiel de rendre des comptes. Tout cela ne s improvise pas. Comment transformez-vous l écoute en action? Enconcevantlepouvoir comme unmandat. Et en faisant de mon pacte présidentiel la traduction de cette volonté. Je ne suis liée à aucun réseau, aucune puissance d argent, aucun lobby, aucun grand média, aucune grande entreprise. J ai horreur des gaspillages et du temps perdu. Je n ai personne à placer et ne dois rien à personne si ce n est au peuple français. Je suis d une indépendance d esprit totale. Et si je respecte le Parti socialiste, auquel je suis fière d appartenir, je suis suffisamment autonome pour ne me laisser enfermer dans aucun dogme, comme je l ai maintes fois prouvé. Quels dogmes? Le pacte présidentiel est neuf et tire les enseignements du passé. Par exemple, la réconciliationdesfrançais aveclesentreprises. Ou l urgente nécessité d insuffler à notre pays le sens des compromis sociaux, à partir d un syndicalisme puissant et rénové. Il est temps que la France sorte des logiques d affrontement pour aller vers des logiques de dialogue et construise des cercles vertueux. A chaque fois qu on défend les droits, il faut rappeler les devoirs et construire une société solidaire qui est le contraire de l assistanat. A chaque fois que l on veut distribuer, il faut dire comment produire plus et mieux. Il faut investir dans la qualité du travail pour en donner à plus de salariés. C est résolument social-démocrate? Jen aipas besoind étiquette. Jesuis dans le socialisme du XXI e siècle. Quelles seraient vos premières mesures dans les cent jours de votre arrivée au pouvoir? La bataille pour l emploi des jeunes sera ma première priorité. En aidant les petites et moyennes entreprises (PME) à les recruter. Jelanceraitoutdesuitelesemplois-tremplins. Je dispose d un levier majeur, les régions, qui se sont déjà mobilisées : parmi les candidats, je suis la seule à proposer de les faire avancer dans le même sens que l Etat. Les 65 milliards d euros d aides aux entreprises seront redéployés, Ségolène Royal dans ses bureaux de campagne, boulevard Saint-Germain à Paris, samedi KATE BARRY POUR «LE MONDE» poursupprimerleseffetsd aubaine et les concentrer sur les PME qui innovent et qui exportent. Le deuxième acte, pour relancer l activité par le pouvoir d achat, sera la convocation immédiate de la conférence sur la croissance et les salaires avec les partenaires sociaux : hausse du smic, relèvement des bas salaires avec le souci de ne pas écraser l échelle des salaires. J ai entendu les inquiétudes des salariés juste au-dessus du smic qui doivent aussi avancer. Les petites retraites seront revalorisées. Un état des lieux sera fait sur la dégradation du système de santé. Le troisième concernera la préparation de la rentrée scolaire. Le rétablissement des emplois qui ont été supprimés dans l éducation nationale permettra de diminuer le nombre d élèves par classes et d autoriser des expérimentations pédagogiques pour prendre en charge les élèves les plus difficiles. La culture fera une entrée massive à l école. Sur tout cela, l organisation d Etats généraux en définira les contours avec les enseignants, auxquelsje garantiraila reconnaissance de la Nation. L excellenceenvironnementalese traduira par le moratoire immédiat des OGM en plein champ, des incitations fiscales aux particuliers pour les énergies renouvelables et des actions énergiques contre la pollution de l eau. Enfin, le premier texte de loi sera la lutte contre les violences faites aux femmes et l accès gratuit à la contraception des jeunes. La réforme institutionnelle limitation du cumul des mandats, réforme du Sénat, suppression du 49-3, introduction d une part de proportionnelle, jurys citoyens, place de l opposition sera soumise aux Français à l automne par voie référendaire. Demanderez-vous le remboursement des aides publiques aux actionnaires privés d Airbus qui se désengagent comme Lagardère? Oui, si un profit spéculatif a été enregistréjusteavant quenesoientrévéléesles difficultés de l entreprise. Il faut aussi repenser la question du comportement des dirigeants, en particulier au regard de leur rémunération et des conditions dans lesquelles ils partent après avoir échoué. Il y a des pratiques qui nourrissent une colère sociale profonde et légitime. Que direz-vous à la chancelière allemande, Angela Merkel, à propos d Airbus? Je vais d abord écouter son point de vue. Et chercher avec elle un diagnostic commun et des solutions industrielles. La chance que nous avons c est qu elle a une approche très pragmatique et que je n ai pas été impliquée dans les décisions antérieures. Nous pouvons avoir un regard neuf. Quand les intérêts des peuples et des salariés sont en jeu, il faut faire de la diplomatie autrement. En politique industrielle, c est la Commission européenne qui a autorisé les Canadiens à racheter Pechiney et qui a supervisé le sauvetage d Alstom On ne peut pas continuer à gérer les dossiersindustriels auniveau européenuniquement sous l angle de la concurrence. Il faut fixer un autre mandat à la Commission. L emploi, le développement des territoires et la sauvegarde de nos technologies doivent être des critères déterminants pour apprécier les fusions. Vous voulez modifier les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), mais Mme Merkel s y oppose Rien n est jamais figé. Par sagesse et envie de régler les problèmes, je refuse le tout ou rien. Il me semble qu elle aussi. Nul ne peut être opposé au fait qu une banque centrale doive être aussi au service de la croissance et de l emploi, sans affecter la valeur de la monnaie. On peut rassembler l Europe sur ce doubleobjectif. Tout estquestion deméthode. Les Polonais sont très libéraux et leur ambassadeur me disait qu il n était pas possible d avoir une charte sociale. Je lui ai dit que son pays avait voulu affirmer dans la Constitution européenne les racines chrétiennes dans l Europe et que les textes chrétiens défendent le respect de la personne humaine, la lutte contre la misère, le droit pour chaque famille de vivre dignement. Qu est-ce d autre sinon d avoir droit à un salairecorrect, unaccès à la santé? Il ne m a plus rien répondu. Il faut s appuyer sur les convictions dans le respect des identités et montrer que le chemin que doit prendre l Europe n est pas antinomique. Voilà comment je conçois la diplomatie. «Je demanderai le remboursement des aides si un profit spéculatif a été enregistré avant la révélation des difficultés d Airbus» Quels changements doivent être apportés au traité constitutionnel pour que les Français puissent le ratifier? Il faut d abord renouer le lien de confiance entre la présidence de la République et le peuple français, par rapport à son vote précédent. Je pense être la seule à le faire, ne serait-ce que parce que j ai dans mon équipe des responsables qui ont voté oui et non. Ensuite, il faut renouer avec les autres dirigeants d Europe. La France est malmenée, pour ne pas dire humiliée dans les instances européennes après avoir donné des leçons à tout le monde. Il y a un travail considérable à accomplir dans le cadre de relations interpersonnelles pour renouer cette confiance. Je suis une Européenne convaincue, et en même temps j ai compris le sens du non, en particulier du non des jeunes : la réponse à leurs problèmes immédiats ne pouvait pas être incarnée par ce qu on leur proposait. Il va falloir faire cette Europe par la preuve. Lorsqu on aura réduit le chômage, quand l Europe prouvera qu elle parvient à se protéger contre les règles destructrices et illégales du commerce mondial, et les délocalisations, alors le regard changera. L Europe doit lancer les chantiers mille fois annoncés mais jamais réalisés dans la recherche, l énergie, la santé et l enseignement supérieur. Mon intention est de passer par les pôles de compétitivité. Nous nous faisons une guerre économique interne alors que nous sommes en passe de nous faire dépasser par l Inde et la Chine. Avant, on délocalisait des t-shirts. Maintenant c est Alcatel. Les gens ont peur. Nous avons un gouvernement inerte. Je veux mener cette bataille économique pour la France. Vous ne faites rien à propos des traités européens? Si. Mais il n est pas possible de revenir devantlepeupleavec lemêmetexte. Lespartiesun etdeux, sur les institutionsetla Charte des droits fondamentaux, n ont pas fait vraimentdébat en France. Il faudra revoirla partietrois. Je proposeà la placeunprotocole traitant des politiques nouvelles, du progrès social, des services publics et de l environnement. Il faudra faire preuve d humilité et de conviction, comme me l a dit Jacques Delors, que je consulte à ce sujet. Ce protocole se substituerait à la partie 3 de la Constitution? Oui, mais plutôt que de parler de Constitution, parlons de traité. L Europe a besoin, pour avancer à nouveau, de deux jambes : desinstitutionspluspolitiques etplusefficaces, etdes actions communes pour préparer l avenir. Le protocole serait porteur de droits? Oui, même s il faut des transcriptions en droit interne. Les idées progressent, même si c est difficile de faire accepter par tous le respect impératif des principes liés aux droits sociaux. Quand prévoyez-vous un référendum sur le nouveau traité européen? Il faut avoir réglé la question avant les élections pour le Parlement européen de juin 29, ou au plus tard le même jour. Je suis prête à consulter de nouveau les Français, mais je demande qu entre-temps l Europe fasse ses preuves sur les politiques communes et sur le social. C est un délai très court. Mais c est ainsi que l Europe a toujours avancé. Si le référendum est négatif, démissionnerez-vous? Non. S ilest bienpréparé, afinderassembler ceux qui se sont hier divisés, il n y a aucune raison d échouer. Je suis même très optimiste. Avec la fin du mandat de M. Chirac, son immunité pénale tombe. Faites-vous une amnistie, une grâce, ou laissezvous faire la justice? Il existe en démocratie un principe très simple : l indépendance de la justice. a Propos recueillis par Arnaud Leparmentier, Isabelle Mandraud et Caroline Monnot (Mardi 6.)

13 Débat Mercredi Pour Madame la présidente Ségolène Royal n est pas parfaite, Dieu merci, mais elle est la meilleure Je suis un universitaire à la retraite qui ne connaît aucun candidat. Homme de gauche, j ai milité à la base de 1958 à 1962, au Parti socialiste unifié (PSU), pour rendre à la gauche sa dignité perdue pendant la guerre d Algérie., qui me fait peur depuis longtemps malgré ses qualités, m a inquiété un peu plus après son voyage à Washington. Les éléphants du Parti socialiste se sont autoexclus : Lionel Jospin par sa déclaration d abandon de la vie politique en 22, sur laquelle il ne peut revenir ; Laurent Fabius a commis la grosse erreur de soutenir le non au référendum européen sans tenir compte des ouvertures que ce texte imparfait contenait. Jacques Le Goff Historien L hostilité envers Ségolène Royal de pseudo-intellectuels, un quarteron de soidisant intellectuels qui laissent entendre aux Français qu ils ont une pensée politique, a fait déborder le vase. Ségolène Royal, ancienne collaboratrice de François Mitterrand, a trouvé un nouveau type de rapport avec ses électeurs. La démocratie participative, qui, maintenue loin du populisme, est un progrès démocratique, ne se laisse pas affaiblir par les utopies de l ultragauche. Ceux qui ont travaillé avec elle me l ont décrite autoritaire, tant mieux. Il faut, au sommet de l Etat, de l autorité qui ne soit pas l autoritarisme qu affiche. On dit que la France veut être gouvernée au centre. Je ne le crois pas. Le sympathique épisode François Bayrou transformera au second tour un partage de ses voix je crois majoritairement en faveur de Ségolène Royal. On la dit inexpérimentée : qu on regarde sa carrière. On la voit peu connue en Europe et dans le monde. Elle a entamé, ailleurs qu à Washington, une tournée de présentation, qu elle étendra si elle est élue. Tant mieux si elle a encore à apprendre. J ai aimé qu elle aille en Chine, grande puissance potentielle, apprécier les réussites et les dangers d un tournant encore peu démocratique. De tous les candidats elle est, me semble-t-il, celle qui s intéresse le plus à l enseignement, qui doit rester, modernisé, la base de la démocratie républicaine. Les enseignants, qui font la fine bouche devant elle, finiront par la rejoindre et la soutenir, échaudés par les erreurs récentes du pouvoir. Elle n est pas parfaite, Dieu merci, et certains de ses concurrents ont des mérites. Je la crois la meilleure, nettement. Dans le domaine qui échappe le plus, surtout en ce temps de mondialisation, aux puissants gouvernants, l économie, je la crois, avec les conseillers qui viendront à elle, la plus capable de défendre les intérêts des Français, et en particulier du monde du travail, qu elle aime invoquer. Enfin, c est une femme. Ce serait bien qu un des grands pays européens ait à sa tête une femme qui ne soit pas de droite, comme Margaret Thatcher ou Angela Merkel, et que la France prenne place parmi les pays qui ont été dirigés par une femme, comme l Inde d Indira Gandhi, ou le sont, comme le Chili aujourd hui., qui fait feu de tout bois et ne craint pas de citer Jean Jaurès et Léon Blum, se trouve maintenant des accents gaullistes. Il parle à la France, Ségolène Royal parle aux Français, c est-à-dire à la France véritable. Il faut qu une majorité de Français l élise pour pouvoir lui dire soit, familièrement, «Je vous salue Ségolène», soit, respectueusement, «Je vous salue, je vous suis et vous soutiens, M me Royal». a (Samedi 24 février.) Contre La gauche aux abonnés absents Le discours tenu par Ségolène Royal pille et plagie sans vergogne le programme de l UMP. La clarification s imposera vite Elephant woman par Cagnat (Jeudi 1 er.) Il ne suffit pas d être le candidat du PS pour être de gauche. La situation devient totalement baroque. A bien écouter Ségolène Royal, sa logorrhée sur l ordre moral, son obsession sur les mineurs, son bavardage sur chacun des sujets qu elle aborde sans jamais exprimer la moindre idée, le plus petit commencement d une proposition concrète, des frissons commencent à nous parcourir. Dans la tradition de chaque parti politique, on cache au placard de l Histoire un objet obscur, un rejeton qu à aucun prix on ne veut voir ressurgir. Et pourtant là, à y regarder de près, et comme l on dit aujourd hui en toute transparence, ce discours-là évoque des thèses, des prises de position, une culture, une posture qu avaient adoptées des responsables socialistes aujourd hui passés aux oubliettes. La renaissance de cet hyperconservatisme de gauche rencontre un écho bien paradoxal. On savait les socialistes sur la pente dangereuse d un conformisme rentier, à défendre les fonctionnaires, leurs avantages, les 35 heures et le confort de quelques cadres nantis, et pour le reste, en déshérence ; on les anticipe avec la hargne de gagner pour que leurs chefs retrouvent les Peugeot 67 et autres carrosses de la République, mais surtout aveuglément avec la peur au ventre que ne se reproduise 22. Au fond, tout cela est sans surprise. Mais la France, celle qui ne se résout pas à cette gauche postée désormais à la droite de la droite, sera-t-elle victime du même rapt? Des mêmes mensonges? Je voudrais ici revenir sur toute une série d incongruités politiques. Une rengaine s installe : faute de programme, «je suis le chef, donc je les suis!». Le problème, c est qu il y a bien un contenu : archaïque, obsessionnel, contradictoire. Le problème, c est qu il y a une méthode. Pleine de sourires, des gestes sectaires et antipathiques, du calcul et un brin d autoritarisme. Ainsi le message depuis des semaines sonne-t-il bruyamment : les Français attendent une façon de faire de la politique autrement. Et ce sont les femmes qui seraient reines de cette nouvelle manière de faire. Mais, au résultat, Ségolène Royal refuse de saluer le leader de l opposition du Chili, et de serrer la main de Françoise de Panafieu en Israël. S il y a une attente, ce dédain monarchique la ruine. Est-ce que les femmes ont besoin d être encore plus sectaires que les hommes? Mais le message aussi se répète : à chacun de ses interlocuteurs, elle dit «vos idées sont les miennes!», au Proche-Orient, sur les horaires des enseignants. Aujourd hui, que va-t-elle dire sur la Turquie alors que le PS et les socialistes européens se déclarent favorables à l adhésion de ce pays à l Union européenne? Enfin, ses messages n arrêtent pas de transvaserdu creuxdansle vide. Elleannonce qu elle va parler et ne dit mot, et quand Nathalie Kosciusko-Morizet Députée UMP de l Essonne elle parle ce ne sont que vieux propos à la mode du jour. Pire, elle n agit jamais comme elle dit. L environnement? Elle ne vote pas la Charte constitutionnelle, contrairementaux Verts et à certains de ses collègues socialistes. Les violences faites aux femmes? Une loi vient en débat, elle l ignore alors qu elle est votée à l unanimité et qu elle contient des mesures fortes : l éloignement du conjoint violent, l autorisation du mariage à la seule majorité civile Après les fêtes, il y aura un devoir de clarté. Car ce rêve qu elle essaie de nous vendre est bien trop flou. Et en même temps il vire à la caricature, au délire d avenir! De plus, elle plagie outrageusement Nicolas Sarkozy et tente à tout instant de piller le programme de l UMP. Elle le fait à sa manière, parfois sans vergogne et auprès des siens avec un succès mitigé, comme ce fut le cas avec la carte scolaire. Cette absencedecandidatdegauchevapeserlourdementdanslesprochainessemaines. L ambiance pour elle n est pas au rassemblement, plutôt à quelques ralliements de façade, comme celui de Jean-Pierre Chevènement qui sauve sa circonscription qu il a perdue en 22 ou comme les radicaux de gauche qui, évinçant Christiane Taubira, capturent 36 circonscriptions. Surtout, le brouhaha de sa campagne masque pourl instant le silence de ses amis. Mais c est un silence genre Silence des agneaux. Ils attendent tous le couteau entre les dents. Comment pourrait-il en être autrement? Comment par ailleurs la gauche antilibérale peut-elle se résoudre à l ordre juste et à l ordre moral? Le monde politique est un peu cul par-dessus tête. a (Samedi 23 décembre 26.) Pacte contre pacte Elle s est longtemps fait attendre, alors qu elle semble être en campagne depuis plus d un an. Près de trois mois après avoir été investie comme candidate du Parti socialiste, Ségolène Royal a répondu, dimanche 11 février, au désir de projet de ses partisans. Il était temps! La présidente de la région Poitou-Charentes avait pris un risque lourd en privilégiant, alors que son principal adversaire battait déjà l estrade, des débats participatifs qui renvoyaient à plus tard ses propositions. Son décrochage dans les sondages traduisait cette impatience. Le 11 février, M me Royal a présenté, lors d un discours très appliqué de plus de deux heures, son «pacte d honneur» qui est d abord le fruit de cette démocratie participative qu elle a érigée en Intentions de vote au premier tour depuis mai 26 4 en % ,5 2 Ségolène Royal mai juin juillet sept. oct. oct. nov. déc. janv janv. 31 janv. 1 er fev. méthode et en modèle et dont elle entend continuer à s inspirer si elle est élue. «Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous», a-t-elle assuré. Nicolas Editorial Sarkozy avait cité Jean Jaurès et Léon Blum. Ségolène Royal n a fait référence à aucun grand ancien du socialisme, évoquant André Malraux et Aimé Césaire, et surtout les «vraies gens» des débats participatifs, ceux et celles qui ont fait entendre leurs «colères» et leurs «espérances». Le pacte présidentiel de M me Royal est un savant mélange de projet socialiste sans qu il soit mentionné, pas plus que le Les sondages TNS Sofres sont réalisés pour Le Figaro, Le Figaro Magazine, RTL, LCI et France 5, avec le concours d Unilog, sur un échantillon de 1 personnes. Les pourcentages diffusés ici n ont pas de caractère prédictif, leur marge d incertitude est de + ou 3 points er Source : TNS Sofres mot socialiste, dont sont issues nombre de propositions, et de «ségolénisme». L ancienne ministre a réitéré «sans détour» toutes les positions iconoclastes carte scolaire, encadrement militaire, 35 heures, jurys citoyens qui avaient fait sa singularité, quitte à la placer parfois en rupture avec les éléphants socialistes. Elle a gardé sa liberté. Mais elle y a ajouté une forte dose de mesures sociales susceptibles de rassurer son camp et de rassembler la gauche. La substance somme toute classiquement de gauche de ce catalogue de cent propositions ne saurait faire oublier les petites musiques nouvelles qu elle a fait entendre. Elle a insisté sur le caractère «insoutenable» de la dette publique et a critiqué la lourdeur de l Etat «jacobin» auquel elle veut donner «un coup de jeune». Ce discours n est pas sans courage alors que les fonctionnaires constituent de gros bataillons de l électorat socialiste, mais il aurait été plus crédible si la candidate avait indiqué comment elle va financer ses promesses. M me Royal a proposé une «nouvelle donne» à la jeunesse, avec, là aussi, une philosophie nouvelle aux oreilles socialistes selon laquelle «chaque nouveau droit devait aller de pair avec des devoirs». Les deux principaux candidats ont chacun un projet : au «pacte présidentiel» de M me Royal s oppose le «pacte républicain» de M. Sarkozy, qui se projette déjà dans le second tour. Celui de gauche privilégie la solidarité et la sécurité, celui de droite, la liberté et le mérite. Que la campagne électorale commence! Enfin! a (Mardi 13 février.)

14 Entretien 14 Mercredi Le candidat de l UMP affirme que l on peut «trouver des économies» pour réduire la dépense publique Sarkozy : «Il faut que les Français en aient pour leur argent» Quelle est la première de vos priorités économiques? La priorité des priorités est de revaloriser le travail. La crise morale française porte un nom : c est la crise du travail. C est lui qui est créateur d emplois, et pas le partage du travail. Le travail crée le travail. Il faut donc récompenser le travail, créer de l activité, favoriser la croissance. Et ce sont les réformes qui feront la croissance, pas les économies budgétaires. Notre premier grand problème est celui du pouvoir d achat. Pourquoi avons-nous, depuis quinze ans, un taux de croissance inférieur de 1 % à celui des meilleurs des pays libres? Parce que les salaires sont trop bas, les charges trop lourdes, la pression fiscale trop élevée. Les 35 heures ont servi de prétexte à la rigueur salariale et creusé le déficit de l Etat. milliards d euros, sur les 22 milliards d euros d allégements de charges, servent à les payer. Comment redonnerez-vous du pouvoir d achat aux Français? Je propose une véritable révolution économique. On ne peut pas se dire européen et se satisfaire de prélèvements obligatoires qui représentent 45,3 % du produit intérieur brut (PIB), soit 4 points de plus que la moyenne de l Union européenne à quinze. Il faut que les Français en aient pour leur argent. On peut leur donner des prestations meilleures en dépensant moins. Si on réduit de 4 points nos prélève- «Donner à ceux qui paient l ISF la possibilité de déduire (...) jusqu à 5 euros, à condition de l investir dans les PME» ments obligatoires, on rend 68 milliards d euros aux Français : 2 euros rendus aux Français par foyer et par an, y compris les retraités, et 4 9 euros par foyer si l on s en tient à la France qui travaille. Comment le ferez-vous concrètement? Nous le ferons en réduisant la fiscalité qui pèse sur le travail. Nous le ferons aussi en récompensant le travail supplémentaire. Tout est fait aujourd hui pour décourager les entreprises d en donner. J estime qu on a payé son dû à la Sécurité sociale quand on a payé les cotisations pour la durée moyenne de travail. Je propose donc que les entreprises ne paient pas de cotisations sur les heures supplémentaires ce sera une incitation pour l entreprise à en donner et que le salarié ne paie pas d impôt sur le revenu supplémentaire qu il perçoit. Songez qu un salarié rémunéré au smic qui fera 4 heures supplémentaires par semaine augmentera son revenu de près de 2 euros par an. C est un double bonus. Et l Etat y trouvera son compte car, lorsque les salariés ont plus de pouvoir d achat, ils consomment davantage, et les recettes de TVA augmentent. Le Conseil constitutionnel semble avoir des réserves sur l exonération de l impôt sur le revenu Je suis prêt à affronter ce débat tant il me paraît essentiel à la croissance française. Vous êtes prêts à affronter ce débat sur l exonération de l impôt sur le revenu avec Jean-Louis Debré, s il est nommé entre-temps président du Conseil constitutionnel? J ai la volonté de réhabiliter le travail. Cela n a rien à voir avec la nomination du président du Conseil constitutionnel. Je veux également mettre fin à une injustice qui consiste à rémunérer différemment les heures supplémentaires : 1 % de plus dans les entreprises de moins de 2 salariés et 25 % dans les autres. Tout le monde doit avoir 25 %. Peut-on réduire à ce point la dépense publique? Trouver des économies est possible à condition de traiter de l emploi dans la fonction publique. Avec les retraites des fonctionnaires, il représente 45 % du budget. Je fais mien l objectif de ne pas remplacer le départ à la retraite d un fonctionnairesur deux. La moitiéde la productivité ainsi gagnée doit servir à réduire les déficits, l autre à augmenter le pouvoir d achat des fonctionnaires. Il faudra aussi supprimer tous les organismes inutiles, comme le Conseil monétaire de la Banque de France, et faire une révision systématique de tous les programmes. Nous ne voulons pas consacrer 5 milliards d euros aux préretraites : nous voulons utiliser l argent public pour créer de l activité, pas pour empêcher les gens de travailler. Les 23 milliards de la formation professionnelle constituent un gisement de productivité considérable. Et il ne faut plus de minima sociaux sans contrepartie d activité. Dans notre société, les devoirs doivent être la contrepartie des droits. Que ferez-vous sur l université? Nous proposerons un statut d autonomie pour toutes les universités qui le désireront. Les universités qui accepteront de se réformer auront des moyens supplémentaires. Dans quelles dépenses de l Etat-providence peut-on tailler? Je ne pense pas qu il y ait matière à beaucoup d économies dans la santé. Compte tenu de l allongement de la durée de la vie, du progrès médical et de l aspiration bien naturelle de nos concitoyens à vivre en bonne santé, l investissement dans la santé sera forcément majeur. Restez-vous favorable à une santé quasi totalement socialisée? Je suis pour une santé fondée surla solidarité, mais nousn éviterons pas de responsabiliser les patients. Il faut instaurer une franchise modeste par famille, et pas par individu, sur les premiers euros de dépenses annuellesen consultations médicales ou en examens biologiques. Je suis en revanche réservé sur le forfait de 1 euro sur les boîtes de médicaments, qui pénalise, c est un comble, ceux qui sont le plus gravement malades. Faut-il instaurer des cotisations maladie progressives, alors qu elles sont aujourd hui proportionnelles? Je n y suis pas favorable. Il faut essentiellement responsabiliser le patient. Tous les ans,il y aura un débat au Parlement : si l objectif national de dépenses est respecté, on baissera la franchise. Si ce n est pas le cas, on l augmentera. Il y aura certaines exonérations, par exemple pour les ménages les plus modestes. Cette formule me semble infiniment plus utile que l augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG), qui n a aucune vertu pédagogique et pèse sur les prélèvements obligatoires. Doit-on responsabiliser le corps médical? Ill est. La médecinelibérale, qui nereprésente que 15 % des dépenses, a fait beaucoup d efforts. Je propose deux réformes sur l hôpital : celle de la gouvernance, car les hôpitaux ont besoin d un patron, et celle de la carte hospitalière, mais sans s inscrire dans une logique du tout ou rien. Je précise qu il faut conserver des équipements de proximité. On peut avoir des regroupements d établissements en gardant des sites géographiques différenciés. Pouvez-vous préciser vos propositions sur la fiscalité? J ai déjà évoqué la fiscalité sur le travail. Je veux en outre que 95 % des Français soient exonérés des droits de succession. La vieest mal faite : quandon est plus âgé,on a moinsde besoins et plus de revenus. Quand on est jeune, on a beaucoup de besoins et peu de revenus. Je crois à la mobilité du capital, du patrimoine. Le problème de la France, c est qu on hérite trop tard. Quand on a travaillé toute sa vie et qu on a créé un patrimoine, on doit pouvoir le laisser en franchise d impôt à ses enfants. Faut-il exonérer les patrimoines jusqu à 3 euros? Qu il faille un plafond, sûrement, mais je préfère m en tenir à des principes. Je veux laisser prospérer le débat. Les socialistes veulent augmenter les impôts. Nous voulons les réduire. Voici l un des grands débats de la présidentielle. N est-ce pas contradictoire avec l idée qu il faut accumuler pour la retraite? La retraite, ce n est pas un problème d épargne mais de travail. Si cela vous intéresse de travailler jusqu à 7 ans et de partir ensuite en vacances plutôt qu acheter un, mardi 3 27 : «La retraite, ce n est pas un problème d épargne mais de travail (...) En travaillant davantage, vous contribuez à résoudre le problème de l équilibre des retraites.» DENIS DARZACQ/AGENCE VU/ POUR «LE MONDE» appartement pour vos petits-enfants, c est votre droit. Mais en travaillant davantage, vous contribuez à résoudre le problème de l équilibre des retraites. 7 ans, est-ce un cap à fixer? Non, le cap c est la liberté. Il faut que celui qui veut travailler plus longtemps puisse le faire. Je souhaite une société du libre choix. Faut-il garder la retraite à 6 ans? Ledroit à la retraiteà 6ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d être la durée hebdomadaire légale du travail. Que ce soit un minimum, cela me va très bien. Ce que je n accepte pas est que cela soit aussi un maximum. Quelle drôle d idée que d interdire aux Français de travailler plus pour gagner plus. Réformerez-vous les stock-options? Je n aime pas l idée de stock-options réservées à un petit groupe de cadres dirigeants. Je suis très tenté par l idée de plans de stock-options pour tous, ou pour personne. Il faut aussi débloquer les fonds de participation. Je suis également très réservé sur les «golden parachutes». Les gros salaires ne me choquent pas à condition qu ils soient associés à un vrai risque. Pour prendre un exemple, Patrick Kron qui a redressé Alstom mérite un gros salaire. Son prédécesseur ne méritait pas de golden parachute. Que ferez-vous de l impôt de solidarité sur la fortune (ISF)? Il n y aura pas de suppression de l ISF si je suis président de la République. Il est normal que ceux qui ont les plus gros patrimoines paient davantage. En revanche, je crois à un bouclier fiscal à 5 % intégrant la CSG et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Autrement dit, nul ne paiera au fisc plus que la moitié de ce qu il a gagné. Il faut faire revenir les patrimoines et créer une nouvelle génération de capitalistes familiaux, qui investissent dans les petites et moyennes entreprises et au service de l emploi. J entends donc donner à ceux qui paient l ISF la possibilité de déduire une somme de cet impôt, par exemple jusqu à 5 euros, à condition de l investir dans les PME. Je veux que tous ceux qui ont des projets puissent les financer et pas seulement dans la high-tech ou dans Internet. Sortirez-vous la résidence principale de l assiette de l ISF? L Etatn a pas àarbitrer sur leschoixd investissement des Français. Surtout, on ne peut pas se plaindre de la faiblesse de l actionnariat français et considérer qu il faut payer l ISF quand on achète des actions mais pas quand on a de l immobilier. Que faire néanmoins sur l immobilier? Grâce à l inflation, les classes moyennes, ilyaquaranteans, pouvaientaisément devenir propriétaires de leur logement. Elles ne le peuvent plus aujourd hui. Ce n est ni normal ni juste. Je veux une France où chacun puisse accéder à la propriété et propose que l onpuissedéduire 1 % desintérêts d emprunt contracté pour l acquisition de son logement de son impôt sur le «Des taux réduits de 19,6 % à 5,5 % de TVA, par exemple pour les voitures propres ou les travaux d isolation» revenu. Il n y a aucune raison qu onpaiedesimpôtssurlesintérêts qu on verse. L Etat, lui, doit mettre sa signature au service de celui qui n a pas de caution je suis pour un service public de caution et, en outre, il faut supprimer la surprime imposée aux malades qui empruntent. Je veux aussi le crédit revolving, c est-à-dire donner la possibilité d emprunter de nouveau à mesure que l on rembourse ses emprunts. Une société qui emprunte est une société qui croit en l avenir. Doit-on augmenter le smic? Porter le smic à 1 5 euros, comme le proposent certains socialistes, ce serait un tout petit effort sur la durée de la législature. En réalité, tout en conservant le smic, il faut s attaquer à l écrasement des grilles salariales et faire un effort sur l ensemble des salaires. Eux veulent l augmentation du seul smic ; je préfère l augmentation de tous les salaires grâce à l augmentation de la quantité de travail. La chancelière allemande Angela Merkel dit qu il faut laisser la BCE hors de la politique. Je suis tout à fait d accord. Mais si nous avons fait l euro, c est pour faire une zone de croissance. J ai confiance dans l euro, maisla stratégie quiconsiste à rester en permanence immobile sur les taux d intérêt, c est l exemple inverse de ce qu a fait Alan Greenspan [ancien président de la Réserve fédérale américaine] aux Etats-Unis ou Gordon Brown [chancelier de l Echiquier] en Angleterre avec le succès que l on connaît. Il ne faut pas sepriver de cetinstrument décisif qu est l instrument monétaire, même si, s agissant de la France, il ne nous dispensera pas de faire également desréformes structurelles. Qu entendez-vous par fiscalité écologique? Ilne s agit pas de mettre une taxesur l essence, mais d instaurer une fiscalité différenciée pour les produits propres et les produits polluants. Actuellement, la fiscalité écologique représente 2,5 % du PIB. Il faut passer à 5 % en faisant payer les pollueurs. Il faut aussi négocier avec nos partenaires européens des taux réduits de 19,6 % à 5,5 % de TVA, par exemple pour les voitures propres, les bâtiments à haute qualité environnementale ou les travaux d isolation de son pavillon. Croire en la démocratie sociale et annoncer le vote en juin d une loi sur le service minimum en cas de grève dans les transports, n est-ce pas incompatible? Je ne vois pas pourquoi ce serait incompatible. En quoi un service minimum, qui est la contrepartie d un monopole, serait-il contraire à la démocratie? Il existe déjà dans les hôpitaux, à la télévision. Je crois au droit de grève individuel, pas à la prise d otages. Avec la bonne conjoncture, le déficit budgétaire s est réduit plus que prévu. Faut-il accélérer le retour de l endettement sous la barre des 6 % du PIB? Ce qu il faut, c est en priorité faire des réformes. Ce sont elles qui apporteront la croissance et les économies. L objectif, en tout cas, doit être atteint car un pays lourdement déficitaire met en danger son indépendance. a Propos recueillis par Claire Guélaud, Arnaud Leparmentier et Philippe Ridet (Lundi 23 janvier.)

15 Débat Mercredi Pour Pourquoi je choisis La gauche est repliée sur l Hexagone. Lassé, le philosophe décide de soutenir le candidat de l UMP La surprise de la présidentielle a eu lieu. Avant d aller voter, les Français vivent une mutation mentale. Les sondages varient, lescore reste imprévisible, mais partout perce le rejet d une France figée en musée-hôpital et livrée aux infections nosocomiales : égoïsmes, discrimination, fureurs, dépression. Ségolène Royal et ont peu de chose en commun, sinon l âge, mais furent tous deux plébiscités par une base réfractaire aux encadrements traditionnels et aux doctrines surannées. On ne vote plus socialiste ou gaulliste, on veut élire un sursaut. A Paris, les SDF gèlent en hiver depuis un quart de siècle. Soudain ils apparaissent, les tentes crèvent les yeux, l opinion s en mêle et le gouvernement s y met. Pourquoi pas avant? Comme en février 1954, les Français sentent qu il n est plus temps de donner du temps au temps. «Il a suffi qu un homme agisse en dehors des chemins officiels pour que les Français marchent, mais il a fallu aussi le froid. Sans le froid, pas d abbé Pierre! Quand la France aura froid, je pourrai agir, moi aussi.» (De Gaulle). Une France lucide a de nouveau «froid», moment gaullien où il convient d oser penser, fût-ce contre ses propres certitudes, puis d oser entreprendre. La bataille des idées est un fait accompli A droite étrangement. Le débat Sarkozy-Villepin, plus qu une querelle d ego, illustre l affrontement de deux visions de la France et du monde. Mouvement contre conservatisme. Sarkozy rompt clairement avec cette droite habituée à cacher son vide derrière de grands concepts pontifiants. Exemple : en prônant la discrimination positive, qui contrevient à l égalité virtuelle pour éradiquer les réelles inégalités dues à la couleur de la peau, au domicile et au nom de famille. Ou encore : en théorisant l aide publique à la construction de mosquées pour éviter aux fidèles de la deuxième religion de France de prier dans des caves ou des locaux offerts par de riches intégristes. Quitte à froisser une conception figée de la laïcité, rappelons qu en 195 la France aux dizaines de milliers de clochers ignorait les minarets. La demande a changé, l offre est restée la même. La société évolue, les principes doivent évoluer avec elle. La rupture à droite embrasse la politique internationale non moins que l intérieure. Curieux avatar du «gaullisme», le fétichisme conservateur cultive le primat des Etats, quoi qu ils fassent. Cette Realpolitik sacrifie notre histoire et notre rayonnement aux intérêts à courte vue de ventes d armes et de contratspétroliers. Alachutedumurde Berlin, nos dirigeants firent la moue, puis soutinrent leurs alliés génocidaires du Rwanda et décorèrent Vladimir Poutine de la grandcroix de la Légion d honneur. Curieuse évolution qui fit de la patrie des droits de l homme l apôtre des ordres établis. Une France généreuse pourtant n oubliait pas les opprimés : boat people vietnamiens fuyant le communisme, syndicalistes embastillés de Solidarnosc, «folles de Mai» sous le fascisme argentin, Algériennes en butte au terrorisme, torturés chiliens, dissidents russes, Bosniaques, Kosovars, Tchétchènes Dans nul autre pays, on ne parla autant de ces monstruosités et de ces résistances. La possibilité de s ouvrir fraternellement au monde est inscrite dans notre patrimoine culturel, voyez Montaigne, voyez Hugo, voyez les French doctors et leurs émules. Aucune fatalité ne condamne nos compatriotes à bouder tous azimuts, à vitupérer le «plombier polonais», à se couper du monde. est le seul candidat aujourd hui à s être engagé dans le sillage André Glucksmann Philosophe de cette France du cœur. Il dénonce le martyre des infirmières bulgares condamnées à mort en Libye, les massacres au Darfour et l assassinat des journalistes, puis énonce une règle de gouvernance fort éloignée de celle de Jacques Chirac. «Je ne crois pas à ce qu on appelle la Realpolitik qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner un seul contrat. Je n accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, parce que 25 Tchétchènes morts ou persécutés ce n est pas un détail de l histoire du monde. Parce que le général de Gaulle a voulu la liberté pour tous les peuples et la liberté, ça vaut aussi pour eux Le silence est complice et je ne veux être complice d aucune dictature», a déclaré le président de l UMP le 14 janvier. Que répond la gauche? Peu de chose malheureusement. Où se niche le combat Asile par Plantu Dans son roman 1984, Orwell décrit plusieurs ministères instituésdansle paystotalitaireocéania : le ministère de la vérité, celui de la paix, de l amour, de l abondance., candidat à la présidence de la République, vient d allonger cette liste en promettant de créer, s il était élu, un «ministère de l immigration et de l identité nationale». Orwell précise que les nouveaux ministères sont désignés en «novlangue» par des abréviations : Miniver, Miniamour, et ainsi de suite ; c est à cette série qu appartiendrait le nouveau Minident. Pourquoi jugeons-nous indésirables les ministères imaginés par Orwell? Non parce que nous sommes contre la vérité ou l amour. Mais nous pensons que ces grandes catégories ne relèvent pas de l action gouvernementale. C est aux scientifiques et aux journalistes qu il faut laisser la libre d idées qui fut si longtemps son privilège? Où s est égaré l étendard de la solidarité internationale, fierté autrefois du socialisme français? Pas question d incriminer une candidate que je respecte même si je n avale pas sa justice chinoise élevée en modèle de célérité. Elle se trouve aux prises avec un vide plus grand qu elle, n en déplaise aux commentateurs ou aux jaloux qui fustigent à bon compte sa démarche ou sa personne. La leçon d 22 n a débouché sur aucun renouveau conceptuel au PS. La gauche officielle se croit moralement infaillible et mentalement intouchable. Le Mouvement et la République, c est elle. Voilà qui était relativement exact jusqu en La gauche avait osé les remises en question et mené les combats d où naquit notre démocratie laïque et sociale. Mais depuis 1945, Vichy ayant enterré la bienpensance de droite, la gauche professionnelle s est endormie sur ses lauriers. Elle recherche de vérité ; c est à chaque individu de s occuper de ses affaires amoureuses. Ni le gouvernement ni le Parlement n ont à s en mêler. C esten cela que notre démocratie est libérale : l Etat ne contrôle pas entièrement la société civile ; à l intérieur de certaines limites, chaque individu reste libre. Il en va ainsi de l identité nationale : ce n est pas un hasard si, pour l instant, aucune démocratie libérale n a confié sa protection à un ministère. Qu entend-on par cette formule: «identiténationale»? Ilfautrappeler que, non exceptionnellement, mais partout et toujours, il s agit d une identité mouvante, en constante évolution. Seules les nations mortes ont acquis une identité méprisa les discussions allemandes (autour de Bad Godesberg) ou anglaises (à propos du New Labour), elle ignora l explosion spirituelle de la dissidence à l Est, elle se fiche des «révolutions de velours» de Prague à Kiev et Tbilissi. Marinant dans son narcissisme, elle se trouve fort dépourvue, lorsque Nicolas Sarkozy, prenant à contre-pied son camp, se réclame des révoltés et des opprimés, du jeune résistant communiste Guy Môquet, des femmes musulmanes martyrisées, de Simone Veil abolissant la souffrance des avortements clandestins, de Frère Christian à Tibéhirine comme des républicains espagnols. Au lieu de crier à la captation d héritage, permettez que je me réjouisse. En retrouvant dans le discours du candidat Hugo, Jaurès, Mandel, Chaban, Camus, je me sens un peu chez moi. Dans une campagne présidentielle, il est utile d aligner les confrontations impitoyables. Normal aussi de rappeler les candidats à leurs limites. A condition de ne pas éliminer celui que l on combat en le rayant de la nation. Comme le fait ce député PS qui vitupère le «néoconservateur américain à passeport français». L ostracisme et la stigmatisation de l anti-france furent longtemps l apanage d une droite qui n avait guère d arguments à opposer aux conquêtes de Blum ou de Salengro. La gauche mérite mieux que cela. Jamais au cours d une vie longue et pleine d engagements, je n ai pris publiquement parti pour quelque candidat, sauf au deuxième tour de mai 22. Fils de juifs autrichiens qui combattirent les nazis en France, ce pays est mon choix et la gauche ma famille d origine. C est pour elle que, depuis quarante ans, je ferraille contre ses pétrifications idéologiques (soutien à Soljenitsyne, aux dissidents antitotalitaires de l Est, critique des œillères marxistes). J ai un temps rêvé d une candidature de Bernard Kouchner, restituant à la gauche française une dimension internationale perdue. Veto d un PS effrayé par l audace de l électron libre. J aurais aimé un ticket Sarkozy-Kouchner. En prenant position pour le premier, je vais perdre des amis. Ma décision, faite de douleurs anciennes et de perspectives nouvelles, est réfléchie. Je ne partage pas toutes les options du candidat UMP. Exemple : les «sanspapiers», je souhaite une régularisation plus ample, fondée sur des critères d humanité mieux respectés. Voter n est pas entrer en religion, c est opter pour le projet le plus proche de ses convictions. L humanisme du XXI e siècle s abstient d imposer une idée parfaite de l homme. Garde-fou contre l inhumain, en nous et autour de nous, il ne peut se satisfaire de déplorer les victimes et de recenser morts ou laissés-pour-compte. Récusant l indifférence coupable et la manie doctrinaire, l humaniste s obstine lutte sans cesse recommencée à «faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle» (discours du 14 janvier). Le «murmure des âmes innocentes» que Sarkozy entendit à Yad Vashem lui dicte cette définition de la politique. Depuis toujours, c est ce murmure qui porte ma philosophie. a (Mardi 3 janvier.) Contre Un ministère indésirable dans une démocratie libérale Une société n existe que dans le mouvement et les rencontres. Son identité est le fruit de cette dynamique Intentions de vote au premier tour depuis 26 4 en % Ségolène Royal mai juin juillet août sept. oct. nov. déc. déc. janv janv. 27 janv. Tzvetan Todorov Historien des idées et essayiste Les sondages Ipsos sont réalisés pour Le Point et, depuis le 1 er 27, avec le concours de Dell, pour SFR sur un échantillon de plus de 1 personnes. Les pourcentages diffusés ici n ont pas de caractère prédictif, leur marge d incertitude est de + ou 3 points janv er Source : Ipsos 29,5 25,5 13,5 (Jeudi 15.) immuable. La société française de 27 n a que peu de traits communs avec celle de 197, et encore moins avec celle de 7. Si l identité ne devait pas changer, la France ne serait pas devenue chrétienne, dans un premier temps ; laïque, dans un deuxième. L identité évolue parce que les intérêts des groupes qui la composent ne coïncident pas entre eux, et que ces intérêts forment des hiérarchies instables. Par exemple, l octroi du droit de vote aux femmes en 1944 leur a permis de participer activement à la vie publique du pays : l identité nationale en a été transformée. Vingt-trois ans plus tard, les femmes ont obtenu le droit à la contraception : cela a entraîné une nouvelle mutation de l identité nationale. Celle-ci évolue aussi en raison du contact avec d autres populations : américanisation des mœurs, européanisation des institutions, ou encore, aujourd hui, présence de minorités significatives venues du Maghreb, d Afrique noire, d Europe de l Est ou d ailleurs. Les migrations n ont, elles non plus, rien d exceptionnel, puisqu on sait qu un Français sur quatre a un parent ou un grand-parent immigré. Or, en proposant un ministère traitant ensemble de l identité nationale et de l immigration, le candidat à la présidentielle suggère un rapport négatif entre les deux : l immigration est ce dont il faut protéger l identité française. Cefaisant, iloublieque cetteidentité, comme celle de toutes les grandes nations, est le produit, aussi, des rencontres entrepopulations, depuis le tempsdes Gaulois, Francs et Romains jusqu à aujourd hui. L impact qu ont ces rencontres sur l identité française est la preuve que celle-ci est toujours vivante. Qu est-ce qu être français? Le candidat explique : «La France, ce n est pas une race, pasuneethnie», eten cela ilaraison. Ilpoursuit : «La France, c est tous les hommes qui l aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs Etre français, c est parler et écrire le français.» Ce sont là des formules inconsistantes: il y a évidemmentbeaucoupde non- Français, hors de France, qui aiment ce pays, qui parlent etécrivent sa langue ; réciproquement, un certain nombre de Français, on le sait hélas, sont analphabètes : celane lesempêche pasd être debons Français Mais surtout, l amour n a rien à faire ici(pasde ministèrede l amour): la citoyenneté ne se définit pas par des sentiments, seuls les Etats totalitaires rendent l amour de la patrie obligatoire. Le candidat poursuit : «L identité française est un ensemble de valeurs non négociables», et il cite à titre d exemple : «La laïcité, l égalité homme-femme, la République et la démocratie.» Ces valeurs sont belles, et l on doit effectivement les défendre. Mais sont-elles spécifiquement françaises? Démocratie et République sont revendiquéesbienau-delà desfrontières hexagonales, égalité et laïcité font partie de la définition même de ces régimes politiques. Au vrai, ces valeurs appartiennent non à l identité française, mais au pacte républicain auquel sont soumis les citoyens et les résidents du pays. Ce n est pas parce qu elle est contraire à l identité française que la soumission des femmesestcondamnable. C estparce qu elletransgresseles loisoules principes constitutionnels en vigueur. L identité nationale, elle, échappe aux lois, elle se fait et se défait quotidiennement par l action de millions d individus habitant ce pays, la France. Il serait souhaitable que le candidat renonce à son projet d un ministère de l identité ; ou, sinon, qu il n ait pas l occasion de mettre son projet à exécution. a (Samedi.)

16 Entretien 16 Mercredi Le candidat de l UDF annonce, s il est élu, la création d un «grand parti démocrate» Bayrou : «La vague dépassera de beaucoup la présidentielle» Imaginons que vous soyez élu le 6 mai. Comment formez-vous votre premier gouvernement? Depuis des années, j ai observé la dégradation de la vie politique française et les signes multiples de l affaiblissement de notre pays. J en suis arrivé à la conclusion que son redressement passe par un électrochoc : il faut une union nationale pour donner à tous les Français la certitude qu on va poser les vraies questions et y apporter des réponses non partisanes. C est pourquoi, élu président de la République, investi d un mandat clair par les Français, je formerai un gouvernement composé de femmes et d hommes compétents, d accord sur les grands choix, et représentatifs des grandes sensibilités démocratiques du pays. Mais le PS et l UMP ne sont pas prêts à s engager dans cette démarche. L élection présidentielle, c est la décision profonde d un peuple qui s exprime par le choix d un nouveau président. Les appareils de parti sont souvent verrouillés, mais ils ne peuvent pas refuser d entendre ce message. Sinon, ils seraient rejetés aux élections législatives. En Allemagne, il y a quelques mois, la CDU et le SPD disaient qu ils n accepteraient jamais de gouverner ensemble. Il se trouve que le peuple allemand leur a donné mandat, avec le vote aux législatives, de travailler ensemble. Et ils l ont fait. Vous pariez sur un éclatement du PS et de l UMP? Non. Ils prendront leurs responsabilités. La nouveauté de la proposition politique qui est la mienne est qu elle invite à voir ce qui rassemble et non ce qui sépare artificiellement. Donc on va aux élections, au scrutin majoritaire, avec des candidats «majorité présidentielle» Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple, je nomme un gouvernement de rassemblement. Ce gouvernement accordera un label dans chaque circonscription aux candidats qui le soutiendront. La nouvelle majorité présidentielle sera présente dans chaque circonscription du pays. Et les Français la choisiront. Cela vous amènera-t-il à créer un nouveau parti? Oui, je crois que ce sera une nécessité. Pour porter ce nouvel espoir et cette grande responsabilité, l UDF dans sa forme actuelle ne suffira pas. Il faudra un grand parti démocrate pour la France. En 1988, après l élection de François Mitterrand, les candidats de la majorité présidentielle avaient perdu plus d un million de voix par rapport à ce qu il avait obtenu au premier tour. La vague n est pas automatique. Vous verrez le contraire. La vague dépassera de beaucoup l élection présidentielle. Les Français ont entre les mains la séquence du changement : un nouveau président, un nouveau gouvernement, une nouvelle majorité. En 1988, Mitterrand a manqué à son engagement : il se fait élire sur «la France unie» et, aussitôt après, il referme cet engagement en se contentant de quelques débauchages. Les Français n ont pas aimé cette attitude, et je les comprends. Je suis contre les manœuvres, je suis pour les rassemblements assumés devant le pays. Et vous changez le mode de scrutin? Parmi les premiers grands chapitres du redressement, il y a les institutions. Nous devons construire un Etat impartial. Le président de la République assume ses responsabilités, le gouvernement ne pratique plus le passage en «Le Front national et l extrême gauche pourront entrer au Parlement, si les électeurs en décident ainsi» force. Le 49-3, les ordonnances n entrent plus dans le cadre des rapports entre le gouvernement et le Parlement. On met en place une loi électorale juste : 5 % des sièges au scrutin majoritaire de circonscription, 5 % à la proportionnelle, avec une barre à 5 % des suffrages. On garde ainsi une dynamique majoritaire tout en répondant à l impératif d une représentation équilibrée des territoires et des opinions. Donc le Front national entre au Parlement? Oui, il entre au Parlement si les électeurs le veulent. Ainsi les confrontations auront lieu à visage découvert. Et l extrême gauche entre au Parlement, si les électeurs en décident ainsi. On a besoin d un Parlement qui représente la France dans sa diversité. Parmi les chantiers prioritaires, vous mettez l éducation nationale. Vous voulez discuter avec les syndicats. Mais aurez-vous le courage de réformer? Réformer, le mot n est pas suffisant. Ce qu il faut, c est refonder. Je ne partage pas la vision de ceux qui présentent le travail à conduire avec l éducation nationale comme une mise au pas, avec des coupes claires ou sombres à tous les étages! Je veux que l on revienne à l égalité scolaire, c est-à-dire à de bonnes conditions d étude et à l excellence partout. Y compris dans le collège de banlieue ou dans le monde rural profond. Je connais les enseignants, et il se trouve que je les estime. Je passerai un contrat avec l éducation nationale. Je garantis les moyens, j arrête la chasse perpétuelle aux postes, d ailleurs infructueuse. Avec ces moyens garantis, on va augmenter l exigence de résultats. On va s obséder de cette idée qu il n y aura plus de collèges de seconde zone, plus de collèges ghettos. Je me fixe l objectif que l école publique soit réhabilitée et que la discipline revienne dans les établissements. Cela veut dire : être capable d identifier les quinze ou vingt enfants déstabilisés qui déstabilisent la vie scolaire et de leur donner une pédagogie adaptée, avec des éducateurs, avec des psychologues, pour leur permettre de retrouver des repères. En les sortant de l établissement, mais sous sa responsabilité. Quand j ai défini ce concept, en 1995, j avais appelé cela le collège hors les murs. Malheureusement, l idée a été abandonnée. Où réalisez-vous des économies et comment engagez-vous la réforme de l Etat? Je me fixe l objectif que, en trois ans, la dette soit stabilisée et ne progresse plus. Avec une croissance annuelle de 2 %, les rentrées fiscales, à prélèvements égaux, augmentent d environ 14 milliards d euros par an. Je propose d en affecter automatiquement la moitié, 7 milliards, à la baisse du déficit. Cela fait 21 milliards en trois ans. C est le montant nécessaire pour stopper la croissance de la dette. Pour arriver à faire des économies, il faut engager une conférence avec les collectivités territoriales, parce qu elles sont une partie du déficit du pays. Je proposerai d en finir avec les compétences croisées. C est-à-dire qu une collectivité, et une seule, s occupe d un secteur. Je veux fondre en une seule collectivité les départements et les régions : même administration, administrée par les mêmes élus désignés «Je me fixe l objectif que l école publique soit réhabilitée et que la discipline revienne dans les établissements», le candidat de L'UDF à l'élection présidentielle, mercredi 28 février 27, à son siège de campagne, rue de l'université, à Paris. MARC CHAUMEIL POUR «LE MONDE»/FEDEPHOTO selon le même principe d équité : moitié au scrutin de circonscription, moitié à la proportionnelle, de manière que soient représentés les territoires et les opinions. Pour couronner le tout, j inscrirai dans la Constitution l interdiction de présenter un budget en déficit de fonctionnement. On ne peut pas baisser les prélèvements obligatoires tant qu on n a pas retrouvé l équilibre de nos finances publiques. En vous inscrivant dans le cadre de ces grandes contraintes, notamment en matière de fiscalité et de prélèvements obligatoires, comment pensez-vous parvenir à rééquilibrer le partage des richesses? Cela ne peut pas se faire par la loi, cela ne peut se faire que de manière incitative. Je proposerai une mesure incitative forte pour que les entreprises soient amenées à partager leurs bénéfices à la fin de l année avec leurs salariés. C est plus que la participation, parce que la participation est bloquée pendant cinq ans. Il faut que cet intéressement puisse être liquide et que l entreprise trouve un avantage à partager ses bénéfices avec ses salariés. Cela se discutera avec les organisations représentant les entreprises. Je pense que la bonne répartition, ce devrait être un tiers pour le capital, un tiers pour l investissement et un tiers pour les salariés. En vingt ans, on a assisté à une dérive de huit points vers le capital. En quoi consiste votre idée d une Europe à deux cercles? Il y a deux projets européens en concurrence. Le projet qui veut une Europe la plus large possible, dont l objectif est de faire un marché commun avec des règles juridiques communes. Notre projet est plus exigeant : il est de regrouper nos forces pour agir ensemble sur le destin du monde, pour défendre des valeurs et un projet de société. Dans l état actuel des choses, ces deux projets coexisteront, pendant longtemps. On a ainsi un des schémas politiques de l avenir de l Europe. L Europe active doit être ouverte, elle doit pouvoir être rejointe. Son socle, ce sont les fondateurs et la zone euro. Les pays qui considèrent que commerce et règles juridiques suffisent formeront le deuxième cercle, qui peut également s élargir, par exemple au bassin méditerranéen, à l Ukraine Êtes-vous prêt à accepter l entrée de la Turquie, à laquelle vous étiez opposé? Mon opinion n a pas changé sur le fond. Je me suis opposé à la décision d ouverture des négociations. Je pense toujours que l adhésion de la Turquie prépare une Union européenne qui n est pas l Europe active et solidaire que j appelle de mes vœux. La décision d ouverture des négociations a cependant été prise. Bien entendu, à ces négociations, la chaise de la France ne restera pas vide. Il y a une continuité de l Etat, mais je serai exigeant et je continuerai d explorer d autres formules que l adhésion pure et simple. Envisagez-vous de rediscuter avec les partenaires européens sur le droit de veto et la présence permanente de la France au Conseil de sécurité des Nations unies? Nous avons la chance d être au «L Europe active doit être ouverte, elle doit pouvoir être rejointe. Son socle, ce sont les fondateurs et la zone euro» Conseil de sécurité des Nations unies. Je considère que nous y sommes en notre nom et que nous représentons aussi une part de l Union européenne. C est une chance pour l Union européenne d avoir deux membres permanents aux Nations unies. Mais je ne pense pas qu on puisse envisager l édification de l Europe par un amoindrissement de la France. Je crois que la voix de la France, pour être entendue, doit avoir cette chambre d écho européenne. Par exemple, sur l Irak? La France a bien fait de dire ce qu elle a dit. J ai dit à cette époque à quel point je soutenais la position de Jacques Chirac. Et je peux vous dire que les pressions n ont pas manqué pour que je fasse un autre choix. Je n ai qu une seule nuance avec lui : je suis persuadé que si on avait eu une expression forte du président de la République française dans le cadre d un Conseil européen, celle-ci aurait eu un écho extraordinaire dans les autres pays européens. Êtes-vous favorable à un nouveau référendum sur l Europe? Je ne laisserai pas se creuser le fossé entre les Français et l Europe. Ils ont voté non, et je n éluderai pas le débat avec eux. La position de, qui veut court-circuiter le vote des Français et faire voter un minitraité par le Parlement, dès le mois de juillet, est d une part totalement irréaliste et d autre part dangereuse car elle risque de couper les Français un peu plus de l idée européenne. a Propos recueillis par Arnaud Leparmentier, Caroline Monnot et Patrick Roger (Samedi 3.)

17 Débat Mercredi Pour La balle Que faire? par Pessin (Mardi 6.) au centre, enfin! Face à une bipolarisation trop facilement acceptée, s'impose, entre la gauche chabichou et la droite rambo Des sondages le disaient bien avant l ouverture de la campagne présidentielle : deux Françaises et Français sur trois ne veulent plus marcher au pas cadencé du droite-gauche, dénoncent la vieille règle du jeu constitutionnelle et les modes d élections à la hache qui remettent aux ténors et élus, de l UMP comme du PS, le soin de régner partout en solo alterné. Et alors qu ils ne séduisent pas plus d un tiers des électeurs. Pourquoi ne pas entendre un candidat hors norme mais entêté de morale civique et d union nationale, un modéré immodérément républicain qui tient un discours pour adultes, refuse la guerre des deux camps et demande de retrousser les manches? Pourquoi, depuis que les sondages deviennent plus favorables à, ces piaillements de la gauche chabichou et de la droite rambo, sans parler du sourire des extrémistes patentés? Pourquoi tant de condescendance parce qu un centriste de SAMU revient au vif du vrai débat et souhaite aider à donner les premiers soins à la patiente si mal en point? Il n est ni incongru ni illégitime d avoir aujourd hui à compter avec ce représentant d une famille politique souvent effacée dans l alignement gauchedroite, désunie et impuissante plus qu à son tour mais qui, malgré tout, a gardé l œil et l esprit vifs, l âme en paix et le Le succès de dans les sondages m invite à sortir du silence. Etant l un des rares survivants de la petite équipe qui, autour de Jean Lecanuet, Joseph Fontanet, Jacques Duhamel, René Pleven, Bernard Stasi, créa le Centre démocrate, dans l été 1962, pour nous démarquer d un gaullisme encore imprégné de souverainisme, et dont nous redoutions qu il casse les reins à l élan de la construction européenne, je devrais me réjouir de cette percée. Tout au contraire, j en suis angoissé, et voici pourquoi. A tous ceux qui déçus du bilan de Jacques Chirac, ou stupéfaits que le socialisme français n ait pas encore effectué l aggiornamento que les Allemands ont réussi dès 1949 et les Britanniques voilà plus de dix ans se rejoignent dans l intention de voter, il faut d urgence signaler qu ils vont vers une impasse. C est le même sentiment qui, en 1969, me poussait à dissuader Alain Poher, dont j avais été le collaborateur et dont j étais l ami, de se présenter à la succession du Général. Il pouvait être élu. Il n aurait pas pu gouverner, faute de majorité. En 1974, Valéry Giscard d Estaing échappa à ce danger de blocage en obtenant, grâce à Jacques Chirac, le soutien des gaullistes. Sa démarche était dépourvue d ambiguïté. Aujourd hui, l élection d un candidat qui cultive le strabisme entre la gauche et Jean-Pierre Rioux Historien cœur à l aise depuis la Révolution. Quand une poignée d Impartiaux voyaient déjà dans l affrontement orchestré entre droite et gauche une promesse de guerre civile et une garantie d impuissance. Cette famille est restée durant deux siècles, de Guizot à Barre, de Ferry à Schuman, de Gambetta à Simone Veil, une force centripète postée à l affût entre ultras et jacobins, entre étatistes et libéraux, entre autoritaires et révolutionnaires. Elle a su, temporairement mais non sans succès, négocier et dépasser des conflits, défendre les libertés, porter la modernité, mobiliser des «couches nouvelles», promouvoir le travail, l association et l instruction. Ce centre démocratique a réuni des libéraux assagis, des non-conformistes prophétiques, des néoconstructeurs, des gestionnaires avisés, des notables populaires, des sociaux-démocrates avoués, des résistants non encartés, des rénovateurs et des personnalistes de tout poil. Forcer le destin Et, surtout, il a rameuté des catholiques sociaux puis des démocrates chrétiens en quête d une nouvelle République et des radicaux solidaristes, mendésistes et réformateurs. Il a été copieusement défait et raillé par de Gaulle et les gaullistes au temps de Monnerville, de Lecanuet et de Poher, tenu en laisse puis désaffecté sous Giscard, méprisé par le Contre Le strabisme entre gauche et droite serait désastreux La démarche personnelle du candidat de l'udf conduit à une dangereuse ambiguïté Antoine Veil Président du Club Vauban et d'av Consultant la droite serait désastreuse. Laissons de côté les aspects personnels de quelqu un chez qui le culte de l ego n est pas absent et dont les performances au ministère de l éducation s arrêtent à une délégation de pouvoir aux syndicats. Quelques réserves qu inspire légitimement notre «système» institutionnel et électoral, personne ne peut ignorer que derrière l élection présidentielle se profile une élection législative, dont le mode de scrutin ne se prête pas à transcender le clivage entre la gauche et la droite, et donc à dégager la majorité nécessaire à. Intentions de vote au premier tour depuis 26 en % juin oct. nov. janv Ségolène Royal janv Une fausse bonne idée Dès lors, les institutions, dans les textes et dans la pratique, interdisent de voir autre chosedans la démarchepersonnelleducandidat qu une fausse bonne idée, une sorte de Canada Dry. Prenons-y garde. Le signataire de ces lignes n a cessé depuis vingtcinq ans, à travers les activités du Club Vauban, de lutter pour que le bipolarisme de notre échiquier politique ne fasse pas perdre de vue les convergences entre sociauxdémocrates et sociaux-libéraux. Pour autant, le «système» institutionnel et électoral qui est le nôtre interdit de penser qu on puisse imaginer une majorité stable qui transcende la ligne de partage. Je mecrois donc astreintà le dire à haute voix : attention, danger., ce n est pas le changement, c est l impasse. a (Jeudi 22.) Les sondages IFOP sont réalisés pour Le Journal du dimanche et Paris Match auprès d échantillons variant de 846 à 954 personnes. Les pourcentages diffusés ici n ont pas de caractère prédictif du résultat, leur marge d incertitude est de + ou 3 points , Source : IFOP 28, PS. Et il n a jamais pu prendre ses aises dans le présidentialisme et la bipolarisation imposés par la V e République. C est alors que intervient, à l heure exacte où présidentialisme et bipolarisation sont entrés en déconfiture, où droite et gauche implosent, où le pays menacé voudrait tant reprendre courage. Il a forcé le destin, enfoncé le coin entre majorité et opposition, gagné en popularité et en souffle, engagé une bataille de France profonde où héritage et anticonformisme ne font pas, semble-t-il, si mauvais ménage. L héritage? Ce sont les idées-forces du centrisme offensif. La promotion d un humanisme chrétien et laïque, de confession libre et d instruction obligatoire, qui défend la personne et leste l individu désemparé, bataille pour la vérité et la justice face à la raison d Etat, dénonce ceux qui, ayant la puissance et l argent, croient pouvoir imposer leur matérialisme inégalitaire et pervers. La valorisation d une démocratie représentative où les personnes, les collectivités, les associations qui mutualisent et haussent l art de vivre ensemble seront mieux installées et reconnues, pourront expérimenter, diversifier, participer, corrigeant ainsi notre propension nationale à l autoritarisme, à l égalitarisme et à l idéologisation. La conviction qu aucune question nationale ne peut être bien posée et réglée sérieusement si l on n étend pas ses attendus et ses modes de gestion aux deux extrémités, si conflictuelles, si modernes et donc si vivantes et si prometteuses de notre espace-temps, la région et l Europe. L anticonformisme? C est cette prétention à concilier centre et vigueur, rassemblement et singularité ; cet allant, pour tout dire, de Béarnais des «fors», ces mini-constitutions qui vers l an mil avaient déjà inventé là-bas l habeas corpus, la démocratie de base et l art de franchir les cols. C est cet espoir, inédit dans sa famille, de pouvoir convaincre aussi, au passage, outre les classes moyennes, les abstentionnistes et les extrémistes. Fédérateur et pugnace, voici un centriste plus insolent qu à l habitude. Mais moins que jamais insolite ou aventuriste. a (Samedi 27 janvier.) // 3/7 NE MANQUEZ PAS LE CAHIER SPÉCIAL ÉLECTIONS Tous les résultats complets et détaillés Cahiers spéciaux lundi 23 avec Le Monde daté 24 et lundi 7 mai avec Le Monde daté 8 mai 27

18 Entretien 18 Mercredi Le président du FN est persuadé de rééditer le scénario du premier tour de 22 : «Je ne crois pas à l Europe» Qu est-ce qui vous fait dire que vous serez au second tour? Là où les sondages me donnaient 1 % d intentionsdevote, jefaismaintenant 13 % ou 14 %. J extrapole tout naturellement. Vous croyez donc aux sondages! Non, je crois à la méthode. Les sondeurs sont des incompétents et des escrocs qui vendent une camelote qui n existe pas et qui font acte d hostilité à mon égard. L envolée de Bayrou, c est du bidon. On n a jamais vu un candidat passer de 6 % à 25 % en deux mois. Dix millions d électeurs qui, d un seul coup, auraient vu saint Bayrou et auraient été transfigurés, ce n est pas sérieux. Il va se dégonfler comme une baudruche. Comme M. Chevènement en 22. On l a maintenu à bout de bras pour empêcher que Le Pen soit le troisième homme. Qu est-ce qui joue en votre faveur? La prise de conscience directe par les citoyens de l évolution de la situation du pays. Il y a un phénomène tsunamique de rejet du système qui fait qu à gauche comme à droite des gens se disent, cette fois-ci ras le bol, je voterais Le Pen. Mes adversaires qui sentent cette évolution essaient de courir derrière moi et me renforcent. Par rapport à 22, il y a une différence d offre. M me Royal, candidate pour la première fois Voilà quelqu un qui a été imposé par les sondages. C est parce que les sondages ont affirmé que M me Royal battrait au second tour que les socialistes se sont ralliés à sa candidature, mais, à mon avis, elle va faire un bide. Elle n est pas du tout à la hauteur du rôle, pas du tout! Certains dans votre électorat naturel se souviennent de la mobilisation de l entre-deux tours en 22. Ils s apprêtent à voter utile au premier tour car ils se disent que Le Pen n accédera jamais au pouvoir. Je rappelle que le général de Gaulle début 1958 faisait 3 % des voix et six mois après il était au pouvoir pour onze ans. Qui se souvient de la mobilisation de l entre-deux-tours de l élection présidentielle de 22? Il y a pourtant eu mobilisation. Cela a été bidon. Entièrement artificiel. Monté, comme 1968, par le jeu des médias. Une mousse médiatique. Il y a eu 5 morveux contents de sortir dans la rue encadrés par leurs profs pour crier «Le Pen à mort», «A mort Le Pen» Cela s est traduit dans les urnes par le score de Jacques Chirac. Un score glorieux il faut le reconnaître. Un homme, décrit par tout le monde comme le plus grand menteur et le plus grand voleur de France, a fait 82 % des voix! De quoi avoir quelque doute sur les vertus de la démocratie. Vous ne craignez pas que cela se renouvelle? Non. Vous proposez de consulter les Français par référendum. C est même un des éléments fondamentaux de mes propositions. Je propose non seulement un programme, mais une méthode dans un pays où il n y a plus de «Vous n allez pas me faire la querelle de l inégalité des races, dont j ai apporté la démonstration» légitimité démocratique parce que la démocratie représentative ne représente pas 5 % des électeurs. Il peut y avoir 36 députés UMP, cela ne fait pas l adhésion populaire. Or, un régime démocratique a besoin d une adhésion ou en tous les cas du consentement populaire. Quels sont les changements apportés à votre programme? Je suis candidat au poste de chef de l Etat, pas de premier ministre. Je note une dérive de l exercice politique dans cette campagne électorale, chacun se conduisant comme si on s était rallié à la conception américaine de la présidence ce qu on comprend chez Sarkozy, à savoir que le président gouverne. Je suis désolé mais, dans nos institutions, ce n est pas le président qui gouverne. Il faut que les Français sachent qu ils ne choisissent pas un programme politique à l élection présidentielle. Ils choisissent une personnalité qui sera l incarnation provisoire de l Etat et à ce moment-là un peu l héritier des rois de France. Quelqu un dont on aura les preuves de son patriotisme. M. de Villiers dit : «Je suis patriote.» Mais il l a montré où? Sur les terrains de tennis de Vendée? Si vous arrivez au pouvoir, que ferezvous? Je ne le vous dirai pas. Cela fait partie de la stratégie. Si vous voulez le savoir, lisez le livre de Jean-Claude Martinez, écrit il y a vingt ans, Les cent jours de Le Pen à l Elysée. Dans vos discours de Metz et de Valmy vous avez parlé de République. Qu estce que la République pour vous? Si c est celle de la caisse du Crédit lyonnais, du sang contaminé, la «Ripoublique», ce n est pas la mienne. Je ne conçois pas qu il puisse y avoir une République contre la nation. La nation reste le cadre le plus performant pour la défense de la sécurité, de la liberté de la solidarité. Comment peut-on faire une solidarité nationale s il n y a pas de cadre national? La solidarité implique la notion d ensemble, la notion de cercle, la notion de club. Est-ce que vous ferez alliance avec la droite actuelle? Non, je ne ferai pas d alliance. Je fais une critique fondamentale de la manière dont la France a été gouvernée depuis trente ans. Ce n est pas pour rechercher une alliance avec des gens dont je considère qu ils sont directement responsables de la situation. Il faudrait qu ils évoluent s ils veulent redéfinir un rapport républicain avec moi et le Front national. Ce n est pas moi qui m alignerai sur eux. Vos rapports étaient bloqués avec Jacques Chirac, une ère nouvelle peut s ouvrir avec? Pourquoi pas? Oui. Dans votre livre Les Français d abord, vous dites : les citoyens sont égaux en droits, pas les hommes, qu entendezvous par là? Un vieux n est pas égal à un jeune, un unijambiste pas à une danseuse étoile. Vous n allez pas me faire la querelle de Intentions de vote au premier tour depuis 26 en % 19 mai 7 juin 14 sept. 18 oct. 8 nov. 21 nov. 13 déc. 3 janv. janv chez lui, à Saint-Cloud, le 2. DENIS DARZACQ/AGENCE VU/POUR «LE MONDE» l inégalité des races dont j ai apporté la démonstration en disant qu il était évident que les Noirs étaient très supérieurs aux Blancs dans la course à pied et, qu en revanche, en natation les Blancs leur étaient supérieurs. Vous dites que vous allez créer la surprise dans les banlieues auprès des Français d origine étrangère. Pourquoi voteraient-ils pour vous? Les trublions en banlieue c est,5 % de la population et le reste, 99,5 % souffrent. Cela dit, les trublions sont eux mêmes des victimes. Tous savent que les responsables sont les gens de gauche et de droite qui ont permis la surpopulation dans les banlieues, la sous-scolarisation, le chômage, et pas Le Pen. Ils se disent : «Le type qui conteste cette politique-là, il est assez sympathique», voilà. Comme ils pensent que c est un homme qui a du caractère, ils se disent que si un jour il y avait des problèmes graves d insécurité, il sera en mesure de prendre les décisions qui s imposent. Et quelle est la méthode? Cela passe par l immigration zéro. On ne règle pas le problème de la banlieue en envoyant des CRS et des chars d assaut. Vous voulez être le représentant «des petits, des sans-grade». Que leur proposez-vous? Ségolène Royal janv. Source : CSA Les sondages CSA sont réalisés pour Le Parisien/Aujourd hui en France et I-TELE en 27, pour Marianne, Le Bleu de Profession politique, Le Monde, France Europe Express et France Info en 26 auprès d échantillons variant de 777 à 1 7 personnes. Les pourcentages diffusés ici n ont pas de caractère prédictif, leur marge d incertitude est de + ou 3 points D arracher leur pays à l esclavage. De leur garder ce que Jaurès disait : «La dernière richesse des pauvres, quand ils ont tout perdu, c est la patrie.» Ensuite, de faire les réformes économiques susceptibles de leur redonner du travail et de recréer la prospérité en France en réduisant un peu la boulimie de l Etat ainsi que celle de classes dirigeantes trop heureuses de pouvoir faire les généreuses avec l argent des pauvres. En même temps vous leur proposez d augmenter leur journée de travail, puisque vous êtes contre les 35 heures Je ne crois pas du tout que ce soit un cadeau que l on ait fait aux travailleurs. Cela, c est la conception marxiste qui consiste à proposer aux gens ce que l on propose aux instituteurs depuis trente ans : à savoir vivre en savates avec un blue-jeans dégueulasse en travaillant le moins possible. Eh bien moi, je voudrais que les gens souhaitent s habiller le dimanche, accéder à un niveau de vie supérieur autrement que par la voie de la discrimination positive de Sciences Po. Reculer l âge de la retraite, refondre le code du travail, est-ce prendre la défense des travailleurs? Mais c est inévitable, compte tenu de l allongement de la vie et de l augmentation du nombre des inactifs. Ou bien on augmentera le temps de travail et le nombre de travailleurs par le plein emploi, ou bien on ne pourra pas le faire. Et, dans ce cas, les retraites seront vidées de leur substance puisqu il n y aura plus de cotisations. Et l assouplissement des règles de licenciement? Ce modèle social français, c est le scaphandrier cycliste. Les différents gouvernements ont ajouté au scaphandre un masque à gaz, un casque, un parachute ventral. Le cycliste est protégé, mais il ne peut plus monter sur son vélo. Je veux démonter ce système. Il faut libérer le droit du travail. Il faut permettre aux entreprises de lutter. Quand on les oblige à lutter en ouvrant les frontières et en les livrant à la rivalité des pays du monde où il n y a pas de coût social, fiscal ou monétaire, il est évident qu on les égorge. Le rêve des bourgeois et des bobos, c est les Restos du cœur! Là au moins on peut démontrer la générosité de la classe dirigeante. C est beau Vous prônez une libéralisation forte mais avec protection aux frontières? Oui, évidemment. Les frontières de la France? Je ne crois pas aux frontières européennes. Je ne crois pas à l Europe. Vous faites quoi? Je mets des tarifs douaniers avec des impôts modulables et remboursables. Quand la Chine nous vendra pour 1 milliard de chemises elle sera taxée à 3 %, soit une somme de 3 millions, qu elle pourra utiliser pour acheter en France. Qu est-ce que vous ferez de l euro? J en fais des confitures! L euro a été institué parce qu on voulait créer un Etat supranational. Manque de pot, l Etat supranational s est pris les pieds dans la Constitution et s est cassé la gueule. Moi, je dis que l euro périclitera. A l Elysée, vous ferez des réformes constitutionnelles Cela se fera par référendum, donc on verra bien. D abord vivre et survivre. Il faudra aveugler la voie d eau par laquelle le bateau se remplit et qui peut le faire couler, c est-à-dire arrêter l immigration. Vous n avez pas changé. J ai passé l âge. Quand on dit : M. Le Pen s est assagi Oui, maintenant il fait sous lui, c est bien connu. Il n en peut plus Je déplore la tendance de la classe politique à la mièvrerie sentimentale et au compassionnel. Je pense que l homme public étant par définition chargé d imposer l intérêt général à des minorités, il ne peut pas espérer être aimé. S il est respecté, c est déjà exceptionnel. Y a-t-il un homme politique français qui soit votre modèle? Vous vous doutez bien que ce n est pas Albert Lebrun. Ce serait Clemenceau à la rigueur ce vieux rad-soc, francmac -là parce qu il était patriote et que c était un vieux con en plus! Il me sert d alibi en quelque sorte. a Propos recueillis par Christiane Chombeau, Arnaud Leparmentier et Caroline Monnot (Jeudi 5.)

19 Analyses Mercredi Politique Trois Français sur cinq disent ne faire confiance à aucun des deux camps pour gouverner Les réalités mouvantes du clivage droite-gauche L a brusque irruption d un candidat du centre aux premiers rangs d une campagne présidentielle fonctionnellement bipolaire n a pas manqué de relancer le débat sur la pertinence et la permanence de l opposition entre la droite et la gauche. Affichant, cinq ans après Jean-Pierre Chevènement, sa volonté de rassembler des représentants de ces deux camps autour d un même projet, le candidat de l UDF a promis de mettre à bas les frontières partisanes pour ne plus privilégier qu un critère : celui de la «compétence». Par nécessité, sinon par conviction, veut signifier que le plus ancien clivage de la vie politique française a vécu. Par nécessité, sinon toujours par conviction, ses concurrents disent le contraire. Qu en est-il réellement? Le clivage droite-gauche a indéniablement perdu de son lustre au cours du dernier quart de siècle. Un (relatif) rapprochement idéologique s est opéré dans les années 198, avec le virage gestionnaire opéré par la gauche au pouvoir, puis l abandon par la droite de ses options les plus libérales. En réduisant les marges de manœuvre de tous les gouvernants, l emprise croissante des normes européennes ainsi que la mondialisation de Faux consensus Des expressions, voire des objectifs communs, peuvent masquer des approches très divergentes. Et la réalité du clivage droite-gauche dépasser la fiction du consensus. Vrais clivages Quelques sujets traditionnels et emblématiques du clivage droitegauche. Ces sources d affrontement semblent encore loin d être épuisées. l économie ont à leur tour réduit l écart. En introduisant une part de confusion institutionnelle, les deux cohabitations ont contribué encore à entretenir le flou. Les déceptions accumulées par la mécanique de l alternance ont convaincu une partie de l opinion que l opposition ne pouvait guère faire mieux que la majorité sortante. D où la volonté de les renvoyer dos à dos. Après la qualification de au second tour de l élection présidentielle de 22, la récente percée de M. Bayrou a montré que l idée d un «autre chemin» avait gagné en crédibilité ce que la droite et la gauche ont perdu au pouvoir. Selon la dernière vague du Baromètre politique français réalisé par le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), trois Français sur cinq (61 %) déclarent ne faire confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays. Mais ils sont plus nombreux encore (74 %) à accepter de se classer sur l échelle gauche-droite (Le Monde du 14 ). S ils s efforcent désormais, pour contrer M. Bayrou, de raviver le clivage droite-gauche, et Ségolène Royal ont contribué précédemment à brouiller les repères. Le premier en invoquant les mânes de Jean Jaurès et de La «valeur travail» La défense de la «valeur travail» masque de réelles divergences. Contre «l assistanat», la droite promeut le volontarisme individuel et l effort récompensé. S il ne revient pas sur la durée légale du travail à 35 heures, M. Sarkozy entend défiscaliser et exonérer de charges sociales les heures supplémentaires. Il veut inciter fermement au retour à l emploi et créer un contrat de travail unique : le salarié aurait des droits croissants avec le temps tandis que l entreprise aurait une plus grande sécurité juridique pour licencier. M me Royal ne parle pas de «partage du travail» mais veut étendre les 35 heures aux salariés des PME et en éviter les effets pervers (précarité accrue, pouvoir d achat faible). Sur l emploi des jeunes, contrairement à la droite, elle préconise une politique très volontariste de contrats aidés via les «emplois tremplins». Elle prône le remboursement de «toutes les aides publiques et exonérations sociales» pour les entreprises qui délocalisent ou qui ferment quand elles sont bénéficiaires. La mixité sociale La mixité sociale dans l habitat est un objectif largement partagé. Mais les modalités pour y parvenir opposent droite et gauche. Cette dernière a fait adopter la loi solidarité et renouvellement urbains (SRU), qui impose le quota de 2 % de logements sociaux. La plupart des membres de l UMP jugent ce texte coercitif et injuste. La droite considère que l accession à la propriété des familles modestes doit être prise en compte dans le quota des 2 %. Cette option est rejetée par la gauche et par les centristes car elle ne répond pas, selon eux, aux besoins des plus démunis. Plus généralement, M. Sarkozy L impôt entend diminuer la pression fiscale, en réduisant les prélèvements obligatoires, et atténuer la progressivité de l impôt. Il veut aussi réduire l ISF. L assainissement des finances publiques n apparaît pas comme sa première priorité, à la différence de. Ce dernier veut diviser par cinq le taux d imposition de l ISF. Ségolène Royal veut stabiliser la pression fiscale. Le Parti socialiste veut revenir sur les allégements fiscaux consentis aux ménages les plus aisés par Jacques Chirac et créer de nouveaux droits, en augmentant les petites retraites et le smic. Le PS est également tenté d accroître la progressivité de l impôt et d alourdir la taxation du capital. En revanche, la baisse (sous conditions) de l impôt sur les sociétés a des partisans partout. La sanction pénale M. Sarkozy met un peu de réinsertion dans sa vision de la prison ; et M me Royal, partisane de l «ordre juste», a une attitude plus ferme qu une partie des socialistes sur la nécessité des sanctions. Mais le clivage reste important. M. Sarkozy veut accroître l arsenal législatif mis en place depuis 22, en imposant des peines planchers pour les multirécidivistes. Il s oppose aux libérations conditionnelles et aux remises de peine. M me Royal insiste sur les alternatives à la prison pour éviter la détention provisoire, mais aussi pour lutter contre la récidive. La socialiste est favorable à des «sanctions fermes et rapides» pour les mineurs, mais privilégie les mesures éducatives sur l emprisonnement. La fonction publique L augmentation de la dette publique, conjuguée avec le départ à la retraite, d ici à 215, de 4 % des 5,2 millions de fonctionnaires, a relancé le débat sur les missions de l Etat et les effectifs de la fonction publique. M. Bayrou souhaite le renforcement des services publics dans les zones en difficulté, la droite continue de prôner un Etat rénové et allégé : M. Sarkozy a proposé de ne remplacer qu un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Les économies réalisées seraient réaffectées, pour moitié, à des hausses de salaires, attribuées au mérite. Cet objectif veut faire de la France un pays de propriétaires tandis que M me Royal insiste plus sur le logement social et n exclut pas les réquisitions. Quels moyens pour l école? L idée d un système éducatif «de masse», organisé par l Etat, est aujourd hui commune aux grands partis. Mais leurs approches divergent. La droite estime que le système éducatif pèse trop lourdement sur les finances publiques pour une performance insatisfaisante. M. Sarkozy veut des professeurs moins nombreux, mais, dit-il, mieux payés. Pour la gauche comme pour M. Bayrou, l éducation doit être considérée comme un «investissement». Et rester une priorité budgétaire. S agissant de la réforme de la carte scolaire, le candidat de l UMP met en avant la liberté de choix des parents, tandis que la socialiste explique vouloir mettre fin à son détournement pour renforcer la mixité sociale. a est jugé irréaliste par la gauche, qui s est engagée à débattre des suppressions de postes budgétaires programmées. Elle conteste vigoureusement la remise en question du droit de grève dans les transports et les services publics, qui figure parmi les «priorités» de M. Sarkozy. L immigration Les passes d armes ne sont plus aussi vives que par le passé. M. Sarkozy a rompu avec le principe d «immigration zéro», longtemps défendu par la droite. Quant aux socialistes, ils n hésitent plus à afficher leur volonté de mener «une politique de fermeté à l égard de l immigration illégale». Objectifs et méthodes restent différents. Partisan de l immigration «choisie», le candidat de l UMP défend une approche restrictive et sélective des flux migratoires. Très axée sur la lutte contre l immigration illégale, sa politique de fermeté vise aussi à rendre plus contraignante l immigration légale. Se refusant à entretenir la peur de l invasion, le PS soutient une politique de circulation. Ainsi M me Royal préconise-t-elle de «faciliter les migrations de travail en permettant les allerretour avec un même visa» valable plusieurs années. a Nouveaux consensus Le principe de réalité peut parfois mettre un terme à de rudes affrontements. Quand la droite comble son retard sur la société, et que la gauche modifie son regard sur les entreprises. Les droits des homosexuels En 1999, les parlementaires socialistes avaient inventé le pacte civil de solidarité sous les huées de la droite, qui avait appelé à une grande manifestation contre ce contrat «inutile» et «dangereux». A l époque, Roselyne Bachelot avait été la seule députée RPR à voter pour cette forme d union ouverte aux homosexuels comme aux hétérosexuels. La droite a depuis changé de ton : M. Sarkozy (UMP) et M. Bayrou (UDF) plaident en faveur d une Faux clivages Des joutes verbales cachent parfois un diagnostic commun, voire une entente de fait. Retraites et sécurité sociale Les candidats de droite et du PS s accordent sur deux points : ne pas abroger la loi Fillon de 23 et augmenter les petites pensions. La gauche, sous le gouvernement Rocard, avait préparé les esprits à la nécessité d une réforme des retraites, laissant à Edouard Balladur le soin, en 1993, d allonger la durée de cotisation des salariés du privé. Critiques dans l opposition, Parce qu ils traversent chacun des grands partis de gouvernement, certains sujets (d accord ou de désaccord) échappent au clivage droite-gauche. Débats et batailles sans frontière Léon Blum ; la seconde en s évertuant à briser les «tabous» du PS, notamment dans le domaine de la sécurité, ce terrain de prédilection de la droite. A la faveur de la personnalisation du débat présidentiel, l ancien choc des valeurs s estompe. «Ordre juste» contre «rupture tranquille» : ainsi formulée, la ligne de partage n est pas des plus claires. Dans ce paysage troublé, il semble plus pertinent d éclairer la question de l opposition entre la droite et la gauche à la lumière des politiques que préconisent leurs principaux partis de gouvernement. Depuis que les membres de l Assemblée constituante se sont placés les uns à droite, les autres à gauche du président de séance, le 28 août 89, les sujets de controverse entre les deux camps ont varié. Où en est-on aujourd hui? Au cours de la dernière décennie, d anciennes discordes sont devenues des terrains d entente. D autres sources d affrontement semblent inépuisables. Il y a de fausses querelles, comme de faux consensus. De nouvelles batailles se dessinent. Le débat ne serait-ce que sur la pertinence du clivage droite-gauche! est toujours là, bien vivant. a Jean-Baptiste de Montvalon (avec le service France) union civile célébrée en mairie, ouvrant les mêmes droits que pour les couples mariés. Toutes les frontières n ont pas disparu : en prônant l ouverture du mariage et de l adoption aux couples de même sexe, M me Royal (PS) défend l égalité des droits, alors que l union civile proposée par M. Sarkozy et M. Bayrou créerait un statut spécifique pour les couples homosexuels. M. Sarkozy est en outre fermement opposé à l homoparentalité. Le développement des PME Les candidats semblent s être donné le mot sur les PME, premières pourvoyeuses d emplois. La plupart veulent leur donner les moyens de grandir pour constituer ces «minigroupes» qui manquent à la France. D où l idée d un «Small Business Act» à la française, promu notamment par François Bayrou, qui réserverait une part des marchés publics aux PME. Ils veulent faire en sorte que l ISF ne conduise pas à la délocalisation de centres de décisions. Pour aider les PME dans la mondialisation, Ségolène Royal veut donner aux entreprises de l «agilité» pour leur permettre d adapter leurs besoins de main-d œuvre, sans pour autant mettre au chômage les salariés, grâce à la Sécurité sociale professionnelle (un concept défendu par tous). Les candidats divergent sur les moyens de leur faciliter l accès au crédit ou d augmenter le nombre des «business angels» (investisseurs providentiels). a les socialistes, revenus au pouvoir, conservèrent cette réforme. M me Royal n a pas repris la proposition du PS d abroger la loi Fillon, qui a aligné les fonctionnaires sur le privé. Et préfère, comme tous les candidats, se focaliser sur la revalorisation des petites retraites. Seule la question de la réforme des régimes spéciaux fait encore débat. Sur le reste de la protection sociale, les candidats observent un silence prudent. Ce consensus par défaut apparaît plus fort que les traditionnelles lignes de fracture, entre une droite tentée de laisser de plus en plus de dépenses à la charge des ménages, et une gauche encline à mettre l accent sur la couverture des plus démunis et le développement du public. V e ou «VI e» République Cette querelle du chiffre semble, de prime abord, opposer un (lointain) héritier du gaullisme à ses concurrents socialiste et centriste. Mais ni M. Bayrou ni même M me Royal tous deux partisans d une «VI e République» n entendent vraiment remettre en question les (vastes) pouvoirs dont dispose le président de la République. a Europe Les référendums sur Maastricht puis sur la Constitution ont montré que le clivage sur l Europe ne passait pas par les partis. Les plus fédéralistes (UDF, une partie du PS) ont renoncé à leurs ambitions et se sont rapprochés des Européens de raison. A plus court terme, M. Sarkozy veut négocier un minitraité pour régler la question institutionnelle tandis que la gauche veut une discussion globale sur les politiques européennes pour aboutir à un texte soumis à référendum. Girondins et Jacobins Les contours de cette bataille ancestrale sont particulièrement mouvants. A lui seul, le résultat des élections peut d ailleurs primer sur les idéologies. Ex-président de région, Jean-Pierre Raffarin (UMP) avait fait de la décentralisation son premier chantier lorsqu il avait été nommé à Matignon. Ayant raflé la quasi-totalité des régions, le PS a repris le flambeau. A son tour, M me Royal appelle de ses vœux une «nouvelle étape de la décentralisation». Portant encore sa double casquette de ministre de l Intérieur et de président du conseil général des Hautsde-Seine, M. Sarkozy est accusé par le PS de jacobinisme. Réchauffement climatique La lutte contre le réchauffement climatique est prise en compte par la plupart des candidats. Certaines solutions font consensus : les énergies renouvelables, le renforcement des transports en commun, la réforme de la fiscalité environnementale. M me Royal, après des hésitations, n a pas remis fondamentalement en cause le nucléaire. Avec M. Bayrou, elle prône un moratoire sur la culture d OGM en plein champ. La laïcité M. Sarkozy a relancé le débat sur la laïcité en octobre 25, lorsqu il a annoncé son intention d «apporter des amendements» à la loi de 195 sur la séparation des Eglises et de l Etat. Critiqué par la gauche et le centre, qui excluent toute remise en cause de la loi, M. Sarkozy s est ensuite contenté de déclarations de principe rejoignant celles de ses deux principaux adversaires. M me Royal souhaite aller au-delà en intégrant une «charte de la laïcité» à la Constitution. M. Sarkozy a également mis sous le boisseau une approche jugée communautariste qu il avait manifestée dans sa gestion de l islam de France, ou lors de la nomination d un préfet musulman. Le candidat de l UMP met désormais en avant les valeurs de la «République universelle». a (Samedi 24.)

20 Analyses 2 Mercredi La gauche en état de faiblesse Une «patinoire». La métaphore de Gérard Le Gall, le «M. Sondages» du Parti socialiste, à propos de la situation politique dessinée par les enquêtes sur les intentions de vote des Français à l élection présidentielle, a fait florès. Elle décrit bien un paysage flottant où «tout le monde peut chuter». Le resserrement des écarts entre les trois principaux candidats Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou, que révèlent tous les instituts de sondage, résulte d abord d une forte indécision de l électorat, beaucoup plus élevée qu à la même période de 22, où près d un électeur sur deux n a pas fait son choix. Dans cette «phase de tentation», comme disent les sondeurs, qui précède la «phase de décision», de plus en plus tardive, tout est possible, y compris une remontée de. De cette confusion sondagière qui rend encore plus aléatoires les enquêtes sur les intentions de vote au second tour qui n ont de sens qu au soir du premier, il ressort deux tendances fortes pour le 22 de la gauche : M me Royal est à un niveau élevé, et l ensemble gauche-extrême gauche se situe dans de très basses eaux. Suivant les six principaux instituts de sondage, la candidate socialiste oscille entre 23 % et 27 % et semble se stabiliser autour de 25 %. Un score que le renfort de Jean-Pierre Chevènement et de Christiane Taubira a rendu possible. Tous deux candidats en 22, ils avaient contribué à l élimination de Lionel Jospin. En additionnant leurs trois résultats, on arrivait à 23,83 %, soit légèrement plus que les 23,3 % de M. Jospin en Ainsi M me Royal se rapproche du niveau de François Mitterrand en 1981, qui avait recueilli 25,9 %. Mis à part les scrutins de 1965 et de 1974 où François Mitterrand défendait les couleurs socialistes et communistes avec 31,7 % au premier tour de 1965 et 43,2 % en 1974, dans la foulée du programme commun, le candidat socialiste n a été au-dessus de ce socle qu en François Mitterrand avait atteint 34,1 % au premier tour, bénéficiant de l effondrement d un Parti communiste ramené à 6,8 %. En 1969, les 5 % de Gaston Defferre résultaient de la mise hors jeu de la gauche en mai 68. Cette année, la gauche, encore traumatisée par son élimination du et par ses divisions lors du référendum de 25 sur l Europe, est, d après les sondages, à un niveau historiquement bas. Toutes les enquêtes dégagent une rare constante, c est celle des très faibles scores attribués aux petits candidats de gauche et d extrême gauche Marie-George Michel Noblecourt Buffet, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, José Bové, Dominique Voynet, Gérard Schivardi qui, tous ensemble, oscillent entre 7 % et 1 %. La seule extrême gauche, qui avait recueilli en 22 1,44 %, peine à dépasser 5 %. Le total de la gauche et de l extrême gauche fluctue donc entre 32 % et 35 %, très en deçà de tous les scrutins présidentiels depuis 1969 (31 %) : 47,2 % en 1974, 46,8 % en 1981, 45,4 % en 1988, 4,5 % en 1995 et 37,15 % en 22. Deux fers au feu face à M. Bayrou Mais cet état de faiblesse est moins dû à la candidate socialiste qu aux autres partis de gauche. L effondrement du PC, qui faisait encore 15,3 % en 1981, avec Georges Marchais, et 8,6 % en 1995, s est accéléré. M me Buffet a la moitié de son appareil contre elle et les sondages la situent en deçà des 3,37 % de Robert Hue en 22. Très loin des 5,25 % de Noël Mamère en 22, les Verts souffrent d un affaiblissement persistant et n ont même pas profité de la non-candidature de Nicolas Hulot. Quant à la gauche radicale, reléguée dans l arrière-cour par des grands candidats qui se sont tous présentés, à un moment, en «rupture» avec le système, elle aligne quatre candidats. Cette faiblesse de la gauche peut être un handicap rédhibitoire pour M me Royal si elle se qualifie pour le second tour. Derrière l apparente sérénité du PS et de sa candidate se cache une vraie fébrilité. Au premier tour des élections régionales de 24 il y a seulement trois ans!, la gauche regroupait 4,2 % des suffrages, auxquels s ajoutaient les 4,5 % de l extrême gauche. Où est donc passé l électorat de gauche? A entendre François Hollande, il reste globalement à 4 % mais une partie de 5 % à 7 % est tentée par le vote Bayrou. Des «déserteurs» du vote socialiste qui sont allergiques au «ségolénisme», déçus par la candidate ou convaincus que le vote utile pour battre M. Sarkozy est désormais à rechercher du côté de l UDF. A ce qui n est encore qu une tentation chez un électorat qui n est pas «fixé», le PS réplique en dénonçant les chimères d un tel calcul. Aux indicateurs mouvants des sondages, il oppose le baromètre en hausse continue de l affluence aux meetings. Il veut se convaincre qu au final il y aura un vote utile pour Ségolène Royal d une gauche encore culpabilisée par le remords du 21. Cela lui impose une stratégie «subtile», selon la formule de M me Royal. Pour être élue, elle devra à la fois récupérer une majorité d électeurs de M. Bayrou si le candidat de l «extrême centre» ne se hisse pas au second tour et de la gauche radicale. Le PS a deux fers au feu. Dominique Strauss-Kahn, héraut de la social-démocratie, tente de contourner M. Bayrou, en dénonçant l «illusion» de l union nationale, mais il ménage l ancien ministre de l Education nationale d Alain Juppé et son électorat. Laurent Fabius, fidèle à son ancrage à la gauche du PS et censeur vigilant de toute velléité de rapprochement avec les centristes, choisit l affrontement avec le candidat de l UDF et prône une «opposition frontale». Mais en jouant ces deux cartes, comme si elles étaient complémentaires, le jeu risque d être à somme nulle. C est un sacré défi pour Ségolène Royal de faire revenir dans le giron socialiste les sympathisants égarés et de priver le président de l UDF de toute crédibilité, sans le discréditer au point de ruiner ses propres chances le 6 mai. Mais dans cette «patinoire», les socialistes réfléchissent au scénario où ce ne serait pas in fine leur candidate qui serait la victime de la montée sondagière de M. Bayrou mais celui de l UMP. Avec un second tour où le candidat centriste devrait rassembler droite et extrême droite pour prétendre battre la candidate socialiste a (Mercredi 14.) Le grand écart de Communément présentée comme l occasion d un vaste débat sur les grandes orientations de la politique nationale, la campagne présidentielle est tout au moins à ce stade surtout source de confusions. Dans ce registre, c est qui force l admiration. Conscient de l impressionnant décalage entre ses paroles présentes et ses actes passés, le président de l UDF a eu ce mot, destiné à concilier les unes et les autres : «J ai été longtemps un jeune conformiste. Et sans doute formiste est-il de trop» (Le Monde du 1 er décembre 26). Cette fausse autocritique témoigne de l ampleur du grand écart. Quelques rappels pour mémoire. M. Bayrou est un pur produit du «système» qu il pourfend depuis quelques mois. Entré en politique en écrivant les discours de Pierre Méhaignerie et de Jean Lecanuet, il a patiemment gravi les échelons du Centre des démocrates sociaux (CDS), creusant ainsi son sillon dans la maison mère, l UDF. Du parti fondé par Valéry Giscard d Estaing, il fut délégué général ( ), secrétaire général ( ), puis président (depuis 1998). Parallèlement à cette ascension partisane, M. Bayrou a conquis à peu près tous les mandats électifs disponibles dans le «système». On notera, en outre, que l UDF a toujours appartenu à ce que l on appelle communément la droite. N étant pas parvenue, contrairement aux vœux de son fondateur, à supplanter le RPR, l UDF à l exception de quelques débauchages obtenus par François Mitterrand a servi, pour l essentiel, de supplétif au parti chiraquien. Siège social : 8, bd Auguste-Blanqui 7577 PARIS CEDEX 13 Tél. : +33 () Fax. : +33 () Télex : F Edité par la Société Editrice du Monde, président du directoire, directeur de la publication : Jean-Marie Colombani La reproduction de tout article est interdite sans l accord de l administration. Commission paritaire des journaux et publications n o ISSN : Pré-presse Le Monde Impression Le Monde 12, rue M.-Gunsbourg Ivry Cedex Printed in France Rester soi-même et devenir un autre. S inventer en homme nouveau tout en restant un homme d expérience. La fabrication du candidat et sa transformation en président passe par cette alchimie entre les assurances martiales de l homme public et les doutes de l homme privé. a porté très loin cet exercice de dévoilement. Dimanche 14 janvier, le président de l UMP a choisi son premier discours de candidat investi par son parti pour dire sa vérité. Comme s il ne voulait plus être craint pour ce qu il paraît, mais aimé pour ce qu il est. Elevant ses souffrances personnelles au niveau de ses épreuves politiques, il a pris les milliers de militants à témoin de ses «épreuves», de ses «échecs», de ses «doutes» pour leur dire : «J ai changé.» : «on ne peut pas partager la souffrance de celui qui connaît un échec professionnel ou une déchirure personnelle si on n a pas souffert soi-même. On ne peut pas tendre la main à celui qui a perdu tout espoir si l on n a jamais douté». «L échec professionnel» fait référence à la défaite d Edouard Balladur, le candidat qu il soutenait en 1995 ; à l ostracisme dont il Jean-Baptiste de Montvalon Elle a, à ce titre, combattu la quasitotalité des projets de la gauche. Les gouvernements Balladur ( ) et Juppé ( ), dont M. Bayrou a été membre de bout en bout, furent des gouvernements de droite. L intéressé semblait d ailleurs s accommoder de ces clivages qu il dit aujourd hui vouloir effacer. En 1991, M. Bayrou assurait au quotidien Libération que le grand parti du centre dont il rêvait ne serait pas «la roue de secours du PS» : «Ni de près ni de loin, nous ne gouvernerons avec les socialistes», prévenait-il alors. Si on ne peut écarter l hypothèse que le président de l UDF soit gagné par la ferveur des nouveaux convertis, il reste que le «nouveau chemin» proposé par M. Bayrou résulte d un itinéraire personnel très largement contraint. Lorsqu il prend les rênes de l UDF, en 1998, M. Bayrou se distingue en condamnant les accords conclus par plusieurs présidents de région avec le Front national. Mais son parti est déjà partiellement vidé de sa substance idéologique. La plasticité de Jacques Chirac a permis au RPR d importer deux idées phares qui avaient fait l originalité de l UDF : la défense de la construction européenne et de la décentralisation. M. Bayrou va dès lors indexer l autonomie de son parti sur sa propre ambition, la principale raison d être de l UDF comme jadis le RPR pour M. Chirac devenant de conduire son chef aux plus hautes destinées. Une certaine indépendance Les moyens n étant pas les mêmes, M. Bayrou doit surmonter de multiples obstacles pressions du RPR sur les élus centristes, mode de scrutin majoritaire qui favorise la bipolarisation, etc. pour se faire entendre. Il s y emploie, non sans un certain panache. A défaut d être fondée sur un socle idéologique a été victime, au moins jusqu en 1997, de la part des chiraquiens, et enfin à la contre-performance aux européennes de La «déchirure personnelle» renvoie à sa rupture avec son épouse Cécilia, ou, plus loin de nous, le divorce mal vécu de ses parents quand il était enfant. Ces confidences ont un objectif : convaincre les Français qu il n a pas toujours été le personnage ambitieux d une success story sans accroc. En politique, l échec peut être parfois plus séduisant que le triomphe. Les cicatrices se portent comme des décorations. Il peut encore espérer que l aveu d un désordre sentimental tempérera son image d homme d ordre, illustrée jusqu à la caricature par ses formules sur la «racaille» et le «Kärcher». Enfin, en faisant le pari de la sincérité, il indique que le président de la République qu il veut être sera celui de l authenticité. M. Sarkozy n est pas le premier, ni le seul, à faire ce pari. Lors de l élection présidentielle de 1995, au sortir de quatorze années de mitterrandisme marquées par le culte obsessionnel du secret, Jacques Chirac, candidat du RPR, a compris le premier qu il devait en passer par cette épreuve de vérité. Seul par la force des choses solide et spécifique, sa volonté d indépendance personnelle est indéniable. Après avoir conduit une liste UDF autonome aux élections européennes de juin 1999, où elle obtient 9,28 % des voix, M. Bayrou se porte candidat à l élection présidentielle de 22. S il évoque déjà sa volonté de rassembler «de Balladur à Delors», le président de l UDF mise alors sur la volonté présumée des Français de tourner la page Chirac. Sa campagne est peu audible, hormis deux «coups» médiatiques : le 23 février, à Toulouse, le candidat UDF s invite à une convention de la très chiraquienne Union en mouvement (UEM, prélude à la future UMP) ; le 7, à Strasbourg, il inflige une gifle à un enfant qui était en train de lui faire les poches. Son score au premier tour (6,84 %) n est pas négligeable ; mais la qualification surprise de, et donc l écrasante victoire annoncée de Jacques Chirac, ne lui laisse aucune marge de négociation. La configuration de l échéance La mutation rêvée de Philippe Ridet présidentielle de 27 n était guère plus favorable à M. Bayrou. Si le député des Pyrénées-Atlantiques en convainquant une partie de ses collègues de s associer au vote d une motion de censure socialiste était parvenu à accréditer l idée d une certaine indépendance politique, l espace du «renouvellement» était occupé par M. Sarkozy. M. Bayrou a donc dû hausser considérablement le ton. C est ainsi que l ancienne «plume» de M. Méhaignerie s est mué en candidat de l «extrême centre», s adressant au «peuple» en usant de recettes qui étaient jusqu alors l apanage du Front national : rejet du «système», renvoi dos à dos des deux principaux partis de gouvernement, dénonciation des médias. Dans la préface de son dernier livre (Au nom du tiers état, Hachette Littérature, 26), M. Bayrou évoquait «un réseau opaque d intérêts partisans, claniques, économiques, médiatiques». Le 12 novembre 26, devant le conseil national de l UDF, il s en après qu Edouard Balladur eut attiré à lui la moitié des élus et la plupart des cadres de son parti, M. Chirac sut faire de son isolement la parabole de son courage. Pour le maire de Paris, l urgence était de rompre avec l image d un homme de clan, d ambitions et calculs et de coups. D un homme pressé, préoccupé par sa seule ambition. Décrié en «agité», il se fit passer pour «le candidat qui prend son temps». Ayant cessé d être courtisé parce qu il n incarnait plus de chances réelles de victoire pour son camp, on le r- evêtit de toutes les qualités qu il n avait pas démontrées jusqu alors : humanité, profondeur, compassion. Mais il fallait encore, pour finaliser la fabrique du candidat, théoriser cette transformation. «Il s est rejoint», expliquait, mystérieuse et mystique, sa fille Claude, comme si deux Chirac cohabitaient dans la même personne. «L homme d Etat, l homme de cœur», lisaiton alors sur son matériel électoral. Afin d illustrer l émergence du «nouveau Chirac», ses déplacements de campagne prirent le rythme d une visite de sénateur. On le vit, lors d un déplacement à l abbaye de Port-Royal-des-Champs (Yvelines), en février 1995, s abîmer dans la contemplation d un portrait de Madame Arnault par Philippe de Champaigne. On apprit un peu plus tard qu il aimait les arts premiers que les Indiens Taïnos étaient l une de ses passions secrète. prend aux «deux candidats prétendument rivaux» qui font la course en tête. «Ils ne sont pas un duel, ils sont un duo», insiste-t-il. Le 2 septembre, M. Le Pen avait de la même façon dénoncé la «valsehésitation» des deux favoris des sondages, qui «s enlacent dans une sorte de tango». Dans ce registre populiste, M. Bayrou a joué un coup de maître le 2 septembre 26, au journal de TF1, en défendant en direct, devant des millions de téléspectateurs, la thèse du «complot médiatique». Ce soir-là, le président de l UDF a fait coup double, en s attirant la sympathie d une partie de l opinion, ainsi que la bienveillance de médias plus fragiles et culpabilisés qu on ne le croit. Tel est le socle sur lequel M. Bayrou a pu ensuite entamer sa forte progression dans les sondages. Le président de l UDF a gagné son pari personnel, qui était de se faire entendre. Pour quel projet? Et avec quelle majorité? Ces questions restent aujourd hui entières. a (Vendredi 9.) Projection de l image de soi Pour l avoir ignoré et avoir habité, toute la campagne, la peau d un premier ministre sûr de lui et persuadé que sa fonction primait sur sa personnalité, M. Balladur n est, en revanche, pas parvenu à s incarner en président de la République. Il lui manqua le mystère, une passion secrète, une souffrance intime : quelque chose à avouer. Lionel Jospin, d une manière plus retenue, consentit lui aussi à cet exercice de vérité consistant à quitter les habits de sa fonction. Le , il fit cet aveu en forme de métaphore : «Grâce au peuple et à sa chaleur, j ai fendu l armure.» Une manière de reconnaître que l austère protestant qu il était devait lui aussi changer de registre et mettre son âme à nu. Comprenant, après M. Chirac, que la présidentielle se joue sur une projection de l image de soi dans toutes ses facettes, il admit encore que l on pouvait le juger «compassé et trop pudique». A l inverse, sept ans plus tard, en 22, le même Jospin choisit de jouer à fond des atouts supposés du pouvoir. Loin de se rejoindre, il se disjoint : «C est mon frère» déclara-t-il à propos des révélations sur son passé de militant trotskiste ; «Ce n est pas moi, cela ne me ressemble pas», dit-il en réponse aux attaques qu il avait portées sur l âge de M. Chirac. La suite est connue. L enjeu de la mutation du candidat n est pas neutre. Cette mue peut être un mythe, mais elle est en passe de devenir un exercice obligé pour le prétendant. En choisissant de placer le projecteur sur lui-même, M. Sarkozy invite Ségolène Royal et à se dévoiler en bataille d ego et d image. «J ai compris que l humanité est une force, pas une faiblesse», a-t-il encore expliqué aux militants venus l écouter le 14 janvier. Dans son cas, il voudrait en faire aussi un atout politique. Comme si, pour convaincre les électeurs qu il pouvait changer la France, il devait d abord les persuader qu il avait changé lui même. a (Vendredi 19 janvier.)

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