CONFLIT FEMORO-ACETABULAIRE. D. Morillon, O. May

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1 CONFLIT FEMORO-ACETABULAIRE D. Morillon, O. May Hôpital Roger Salengro, CHRU de Lille Les lésions labrales et cartilagineuses de la hanche peuvent être secondaires à diverses causes dont un traumatisme, une dysplasie congénitale de hanche, une maladie de Legg- Perthes-Calvé ou une coxarthrose primitive [16]. En dehors de ces étiologies, un grand nombre de patients se plaignant de douleur de hanche serait porteur d anomalies morphologiques subtiles des hanches pouvant être dépistées en radiographie et suggérant un conflit fémoro-acétabulaire («femoro-acetabular impingement» selon les anglophones) (87 %) [16]. Ce conflit, de découverte récente, constitue une cause rarement reconnue de coxarthrose précoce [15]. Le conflit fémoro-acétabulaire antérieur survient lorsque la jonction cervicocéphalique du fémur bute contre le rebord acétabulaire antérosupérieur trop précocement dans les mouvements de flexion-rotation interne de la hanche [6]. Il se rencontre surtout chez des patients sportifs pratiquant une activité à risque comme les arts martiaux, la boxe française, le football, le rugby ou la danse [5]. On peut rapporter cette anomalie de liberté de mouvement à deux éléments : - un élargissement antéro-latéral du col fémoral [17]. Il s agit d une extension épiphysaire antéro-latérale sur le col responsable d un effet came («cam-type impingement») (fig 1) [14]. Dans le langage orthopédique, ceci s exprime sous la forme d un petit offset cervico-céphalique (fig 2) ; l offset cervico-céphalique étant le rapport du diamètre maximal de la tête fémorale sur le débord antérieur de la tête fémorale (ce débord étant mesuré entre la tangente au bord antérieur du col et sa parallèle tangente au point le plus antérieur de la tête fémorale). Il est mesuré sur un cliché de profil approprié de la hanche en rotation interne (incidence de Dunn en particulier) et est anormalement bas s il est inférieur à 0,15 [17]. - une surface trop importante de la paroi antérieure de l acétabulum résultant soit d une anomalie globale par coxa profunda, soit d une anomalie plus focale par rétroversion acétabulaire [6,11]. Dans ces conditions, on parle de conflit par effet tenaille («pincer-type impingement») (fig 1) [17]. L effet tenaille est également rencontré lorsque l antéversion du col fémoral est insuffisante. Dans ces cas, l offset cervico-céphalique est normal quand l effet tenaille est pur. 1

2 Fig 1 : a ) hanche normale. b, c, d) Facteurs de risque du conflit fémoroacétabulaire : la couverture acétabulaire excessive et l extension de l épiphyse sur la partie antérosupérieure du col fémoral avec diminution de l off-set cervicocéphalique, voire les deux associées (d après réf. 6). Fig 2 : définition de l offset c ervico-céphalique Ces deux anomalies osseuses peuvent coexister. Clinique La plainte clinique consiste en général en une douleur de hanche, des muscles adducteurs ou du grand trochanter. Survenant au départ dans les mouvements forcés, en particulier après le début d une nouvelle pratique sportive [11], la gêne douloureuse devient par la suite de plus en plus fréquente [5] et trouverait volontiers son origine au décours d un traumatisme minime [3]. Elle se déclare notamment lorsque les patients sont assis dans des sièges bas avec une flexion importante de la hanche [5] ou lors d une station assise prolongée [3]. La marche simple est habituellement indolore [5]. Des craquements, des pseudo-blocages et des épisodes de dérobement peuvent survenir [5]. Le test clinique recherchant un conflit de hanche consiste en une adduction passive en flexion de hanche à 90 et rotation médiale qui doit déclencher une douleur inguinale [17]. La rotation médiale est limitée surtout en flexion [5] alors qu elle est relativement conservée en extension. Ce tableau fait suspecter la possibilité d un conflit antérieur entre le col fémoral et le labrum ou l anneau acétabulaire [10]. Une douleur postérieure est parfois ressentie par un test de provocation consistant en une extension et une rotation latérale de la hanche [3]. Elle traduit un conflit postéro-inférieur et peut être liée à une lésion postérieure de l acétabulum ou à une instabilité [3,5]. 2

3 Bilan radiographique Le bilan radiographique comprend un cliché de bassin de face et au moins un cliché de profil de la hanche douloureuse. Pour analyser l acétabulum, l incidence du bassin de face doit être standardisée : elle consiste en un cliché strictement de face avec une pointe du coccyx à l aplomb de la symphyse, réalisé avec une distance focale de 120 cm et un rayonnement orienté dans le plan cranio-caudal de façon à ce que la distance entre le sommet de la symphyse pubienne et la jonction sacro-coccygienne soit d environ 4 cm (plus précisément entre 32 à 55 mm chez les hommes et 25 à 47 mm chez les femmes) afin d éviter d altérer l appréciation de la version acétabulaire par une bascule antérieure ou postérieure du bassin [13,17]. En position debout, la pointe du coccyx doit se trouver entre 1 et 2 cm de la symphyse pubienne [3]. Le cliché de profil de la hanche peut consister en un profil chirurgical (dont le résultat n est pas toujours garanti), une incidence de Sellier ou mieux encore une incidence de Dunn Cette dernière est habituellement réservée à la pratique pédiatrique mais elle peut être réalisée chez l adulte. Elle dégage la zone antéro-latérale du col fémoral en avant et le petit trochanter en arrière. L incidence de Dunn est réalisée en décubitus dorsal, avec un mouvement de flexion, d abduction et de rotation médiale de la hanche. Le faisceau incident est vertical et centré sur la hanche. Il faut bien respecter les critères de qualité qui consistent à dégager correctement le tubercule mineur en arrière et à conserver le bassin bien de face, sans inclinaison. Les anomalies rencontrées peuvent entrer dans deux cadres : Le conflit fémoro-acétabulaire par effet came Le terrain habituel est celui des jeunes hommes athlétiques [6], mais Stulberg pense que la déformation fémorale responsable du conflit par effet came est présente chez 40 % des patients développant une coxarthrose [10]. Ce conflit est dû à l absence anormale de concavité de la partie antéro-latérale de la jonction cervico-céphalique du fémur, se traduisant par une augmentation focale du rayon de la tête fémorale [6,14]. Il s agit d une anomalie constitutionnelle correspondant à une extension trop latérale de l épiphyse capitale du fémur, formant une «bosse» sur le col (le «bump» des anglophones) (fig 3) [14]. Lors de la flexion-rotation médiale, la portion osseuse anormale du fémur vient difficilement glisser sous le bord antérolatéral de l acétabulum et, à terme, génère une abrasion cartilagineuse [6,17] (fig 4)et une limitation de la rotation médiale de la hanche [10]. La chondrolyse expose secondairement le labrum qui peut alors se désinsérer ou se fissurer [6]. Fig 3 :schéma de l extension épiphysaire sur le col fémoral (d après réf. 14) 3

4 Fig 4 : effet came Sur le cliché de hanche de face, la déformation est parfois suggérée par un aspect «en crosse de pistolet» («pistol grip») (fig 5), décrit aussi sous le terme de «tête phallique» [5] de la jonction cervico-céphalique supérieure, qui correspond à la perte de la concavité de cette jonction [17]. Cette image n est pourtant pas toujours visible sur le cliché de face puisque l anomalie est antéro-latérale et peut se projeter sur le col fémoral [17]. Par contre le profil de Dunn met en évidence cette forme de dysplasie. Sur ce cliché, il est possible de mesurer l offset cervico-céphalique. Fig 5 : crosse de revolver 4

5 Les signes secondaires visibles en radiographie sont les remaniements dégénératifs de la coxarthrose avec les ostéophytes et d éventuelles géodes sous-chondrales. Le conflit fémoro-acétabulaire par effet tenaille Il intéresse typiquement les femmes athlétiques d âge moyen [6]. L acétabulum est normalement orienté de 25 vers l avant (antéversion physiologique) [5]. Un acétabulum trop développé en avant dans sa partie haute semble regarder vers l arrière, ce qui définit la rétroversion acétabulaire, symptomatique si elle est supérieure à 15 [11]. Dans le conflit fémoro-acétabulaire, l effet tenaille est induit par une augmentation de la surface supéro-latérale de la paroi antérieure de l acétabulum, qui est un obstacle à la flexion et à la rotation médiale de la cuisse sur le bassin. La butée répétée du col fémoral sur l acétabulum conduit à des lésions tout d abord labrales (fig 6) [6,13]. Le labrum affecté par ces hyperpressions répétées se fissure, et de petites formations liquidiennes se développent en son sein. Il peut aussi s ossifier, augmentant alors davantage la surface de la paroi antérieure. Les lésions cartilagineuses antéro-supérieures sont secondaires et souvent relativement limitées [6]. Lors de la flexion maximale de hanche, le col bute sur l acétabulum ce qui, par un phénomène de levier, peut provoquer une décoaptation postérieure de la tête fémorale. Lors du retour à l extension la tête viendra alors buter plus ou moins violemment sur la zone articulaire postérieure de l acétabulum [5]. Ce mécanisme par contre coup peut amener à une chondrolyse postéro-inférieure de la hanche [6]. La prévalence de la rétroversion acétabulaire a été mesurée à 20 % chez les patients atteints de coxarthrose et seulement à 5 % dans la population générale [4]. Fig 6 : ligne du haut : flexion-rotation interne avec acétabulum normal. Ligne du bas : effet tenaille par rétroversion de l acétabulum. Deux signes distincts, mais qui peuvent s associer, sont à rechercher sur la radiographie de bassin de face : - le rebord latéral de la paroi antérieure de l acétabulum est normalement en dedans du rebord latéral de la paroi postérieure et les deux lignes ne doivent pas se croiser [17]. En cas 5

6 de croisement à la partie supérieure de l acétabulum, la radiographie présente le «signe du 8» ou «signe du croisement» [17] (fig 7). - si le centre de la tête fémorale est en position latérale par rapport au rebord latéral de la paroi postérieure, cela signifie que cette dernière est médialisée et l on est alors en présence du «signe de la paroi postérieure» [17] (fig 7). Fig 7 : à gauche, signe du croisement ; à droite, hanche normale (d après réf. 11) Le signe du croisement peut être artificiellement présent lorsque le bassin présente une antéversion exagérée et faussement absent si la rétroversion est excessive [17]. Les lésions dégénératives secondaires sont d abord mieux identifiées sur le faux profil de Lequesne sous la forme d un pincement articulaire postéro-médial et d ostéophytes débutant sur la corne postérieure de l acétabulum [5]. On recherchera également sur le cliché de face des remaniements par impacts répétés du bord latéral de l acétabulum qui peut apparaître parfois fragmenté [11]. Un cas particulier de conflit fémoro-acétabulaire survient après ostéotomie périacétabulaire chez les patients opérés en raison d une dysplasie de hanche [9]. L intervention a pour objectif d étendre vers l avant et le dehors la couverture acétabulaire [9]. Elle peut donc engendrer un conflit en cas de jonction cervico-céphalique fémorale prédisposée, ce qui pourrait être le cas chez 29 % des patients opérés [9]. Compléments d imagerie Si la clinique est évocatrice d un conflit fémoro-acétabulaire mais que la radiographie est normale, on peut proposer une TDM (pour objectiver le «bump», mesurer l angle de Notzli, apprécier la version acétabulaire) ou une arthrorm à titre diagnostique. Ceci dit, les modalités chirurgicales envisageables dépendent de l existence et de la gravité des lésions cartilagineuses [12]. Un examen arthrographique doit donc être réalisé et, selon les possibilités, sera suivi d une arthrotdm ou d une arthrorm. TDM La TDM peut être utile pour confirmer la rétroversion lorsque la radiographie est problématique, en raison d une inclinaison pelvienne trop importante notamment [17]. Elle 6

7 permet également de préciser s il existe une anomalie de couverture de la tête fémorale [17]. La version acétabulaire est appréciée sur les coupes les plus hautes passant par l articulation, puisque comme nous le démontre le signe du croisement, c est parfois seulement à ce niveau que la rétroversion peut être identifiée. La «bosse» antéro-latérale de la jonction cervico-céphalique est directement visible grâce aux reconstructions surfaciques tridimensionnelles [17]. Le faible débord antérolatéral de la tête fémorale par rapport au col, voire son absence, est identifiée sur les reconstructions radiaires perpendiculaires au plan de l acétabulum ou sur les reconstructions transversales obliques dans le plan du col fémoral, ainsi que les anomalies secondaires telles qu une sclérose osseuse ou une formation kystique sur le site du conflit [17]. La TDM permet de visualiser notamment sur le col fémoral les petites inclusions synoviales que l on nomme souvent kystes mucoïdes et que, dans cette pathologie, les anglophones appellent «pit herniation». L angle alpha de Notzli (fig 8 et 9) a pour sommet le centre de la tête fémorale. Il est compris entre la droite passant par l axe du col et la droite passant par le point à partir duquel l épaisseur de la tête fémorale dépasse le rayon céphalique considéré comme normal [10] (Fig). Il peut être mesuré sur les reconstructions transversales obliques et surtout sur les reconstructions radiaires axées sur le col fémoral. Il est plus élevé en cas de conflit symptomatique que chez des sujets asymptomatiques (66,4 contre 43,8 en moyenne) [17]. En deçà de 50, l angle alpha est normal [10,17]. Fig 8 : mesure de l angle alpha de Nötzli, inspiré de [10]. Fig 9 : ArthroTDM de la hanche droite. a) Mesure de l angle de Notzli sur une reconstruction transversale oblique selon l axe du col fémoral. b) Conflit fémoro-acétabulaire par effet came avec un foyer antérosupérieur de chondrolyse cotyloïdienne (flèche). Notez une irrégularité de la partie antérieure de la jonction cervico-céphalique (pit herniation) (tête de flèche) 7

8 ArthroTDM Cet examen a pour objectif de faire le bilan lésionnel labral et cartilagineux, c'est-àdire de rechercher des zones de chondrolyse et éventuellement des remaniements souschondraux (fig 9), mais aussi des fissures et des anomalies morphologiques labrales ou des kystes paralabraux. Il semble plus précis pour l heure que l arthrorm dans le diagnostic de chondrolyse. Les reconstructions seront faites dans les plans d étude habituels du labrum (coupes coronales obliques, sagittales obliques et transversales obliques). ArthroRM L arthrorm permet d identifier les lésions labrales, les formations kystiques paralabrales et les délaminations cartilagineuses [17]. L étude comprend des séquences transversales et/ou transversales obliques, coronales obliques, et éventuellement radiaires [7]. Une séquence T1 transversale permet d apprécier la version des acétabulums et de correctement positionner une séquence radiaire perpendiculaire au plan de l acétabulum [17]. Une séquence coronale ou transversale pondérée en T2 avec saturation du signal de la graisse est utile pour l étude des parties molles péri-articulaires et la recherche d un œdème osseux, d une ostéonécrose ou d une fracture de contrainte [17]. Les séquences radiaires réalisées selon l axe du col fémoral, et transversales obliques, sagittales obliques et coronales obliques dans les plans relatifs à celui de l acétabulum sont réalisées dans une pondération T1 avec saturation du signal de la graisse en écho de spin ou dans des séquences tridimensionnelles en écho de gradient pondérées en T1 (ou encore en densité de proton) [7,8,17]. Sur les séquences radiaires, l angle de Notzli peut être mesuré. Le labrum normal est une formation très hypointense en T1 et T2, triangulaire à la coupe, aux limites très franches, attaché de façon continue à l anneau osseux de l acétabulum [7]. Son signal en écho de gradient est à peine plus élevé, similaire à celui des tissus fibreux [8]. En cas de dégénérescence, le labrum présente : - une augmentation de son signal en T2, en densité de proton et en écho de gradient [8] - une augmentation de taille (surtout en cas de dysplasie de hanche, assez rarement en cas de conflit fémoro-acétabulaire) [7,8] ou une hypotrophie [17] voire son absence. - une anomalie de ses contours [17]. La fissure labrale se présente sous la forme d une accumulation de produit de contraste intra-labrale, reconnue comme une bande linéaire hyperintense à l intérieur du labrum, étendue à la jonction labro-cartilagineuse et parfois dans la couche cartilagineuse adjacente [7]. Dans les conflits fémoro-acétabulaires, les lésions labrales sont préférentiellement antérosupérieures [12] et siègent essentiellement au niveau de l assise labrale sur l anneau osseux acétabulaire [7]. Le labrum est le plus souvent de taille normale. Dans la dysplasie, les lésions labrales sont souvent associées à un élargissement du labrum et sont volontiers associées à des kystes paralabraux, tandis que ceux-ci sont rares dans le conflit fémoro-acétabulaire [7,17]. On devra également rechercher : - une désinsertion labrale [17] 8

9 - une formation kystique para-labrale [17], siégeant entre la capsule et le labrum, due à une extrusion de tissu synovial par une fissure labrale ou acétabulaire [8]. Le kyste para-labral est souvent secondaire à une lésion du labrum dans son segment antéro-latéral dans les trois entités que sont la dysplasie congénitale de l acétabulum, la rétroversion acétabulaire et le conflit par effet came [17]. - une métaplasie osseuse du labrum [8] La délamination cartilagineuse articulaire de la hanche en IRM correspond en T1 à une image hypointense linéaire entre une zone hyperintense cartilagineuse sous-jacente et le liquide articulaire hyperintense en raison de l injection de gadolinium [17]. Cette image est appelée le «signe du cookie d Oreo inversé» (fig 10) [17]. Le cartilage délaminé peut présenter un clivage, qui n est repérable que si la zone hypointense mesure plus d un millimètre d épaisseur sur des images sagittales et coronales obliques [17]. Fig 10 : cookie d Oreo inversé Traitement Les traitements chirurgicaux consistent en une arthroplastie par résection partielle de l anneau acétabulaire ou en une ostéoplastie par résection ayant pour but de redonner une antéversion satisfaisante à l acétabulum ou un rayon céphalique fémoral adapté [6]. Les résultats sont satisfaisants dans 74 % des cas à 4 ans selon Beck mais ne sont intéressants que pour les patients ne présentant pas de chondrolyse macroscopique avant l intervention [1]. Devant la suspicion d un tel conflit, il est indispensable d éliminer un diagnostic différentiel (cruralgie, hernie inguinale, pubalgies ) et d objectiver le vice architectural avant de songer au traitement. Celui-ci doit être distingué selon que la hanche est déjà le siège de remaniements arthrosiques ou pas. En cas de pincement de l interligne, de subluxation de la tête sur le faux profil de Lequesne, il faut savoir mettre en place le traitement médical classique d une coxarthrose en attendant la solution chirurgicale qu apportera la prothèse de hanche, sachant que les progrès récents de cette intervention apportent une alternative acceptable chez des patients de plus en plus jeunes. S il n existe pas de lésion évidente du cartilage, c est-à-dire si la hauteur de l interligne n est pas modifiée sur les différentes incidences, on peut envisager un traitement chirurgical conservateur. 9

10 Traitement médical et physique Il doit être systématiquement proposé aux patients symptomatiques avant d envisager la chirurgie. Il consiste en une adaptation des activités sportives, le sport incriminé dans la pathologie devant être proscrit. Le traitement conservateur implique une restriction des activités physiques générant la douleur et en particulier des sports avec de grands mouvements de hanche [6]. Les anti-inflammatoires peuvent être efficaces sur la douleur mais masquent alors le processus lésionnel [6]. La thérapie physique avec étirements et augmentation de la mobilité passive est contre-productive [6]. Ces patients ont souvent été victimes d un nomadisme médical secondaire à la méconnaissance de cette pathologie. L aboutissement au diagnostic et la modification des postures et des activités sportives suffisent parfois à une amélioration clinique acceptable des patients. La persistance des symptômes est parfois liée à des difficultés de compliance chez ces patients souvent jeunes et athlétiques. Malgré tout, la prise en charge doit être au cas par cas, sélectionnant pour la chirurgie les patients pour qui les symptômes sont invalidants pour leur vie quotidienne ou leur activité professionnelle, malgré un traitement médical bien conduit [11]. La visualisation de lésions cartilagineuses ou labrales en rapport avec la concrétisation d un conflit par imagerie plaident pour une prise en charge chirurgicale [6]. En effet, de telles lésions n ont aucune tendance à guérir spontanément. L aggravation est la règle et conduit de manière inéluctable à l arthrose de hanche avec un enraidissement souvent en rapport avec une ostéophytose péricapitale. Traitement chirurgical Chirurgicalement, le principe consiste à faire disparaître le conflit, c est-à-dire à corriger les vices architecturaux là où ils siègent. Il faut alors déterminer s il s agit d un conflit par effet tenaille ou d un conflit par effet came. En cas de conflit par effet tenaille, deux techniques sont proposées : l ostéotomie périacétabulaire de réorientation (fig 11) ou l acétabuloplastie de la paroi antérieure (fig 12) ; le choix entre les deux dépend de l existence d une paroi antérieure trop couvrante ou d une vrai rétroversion acétabulaire avec déficience de la paroi postérieure. En cas de conflit par effet came, on peut proposer une résection ostéoplastie du col fémoral ou plus rarement une ostéotomie inter trochantérienne de valgisation-flexion. Si les deux vices architecturaux co-existent ou en cas de persistance du conflit en peropératoire, les techniques peuvent être associées. La voie utilisée est une voie antérieure. Le conflit est objectivé par mobilisation peropératoire. La hanche est alors luxée en flexion-rotation latérale (cette voie protégeant la tête de la nécrose post-luxation [2]). Un bilan des lésions note l état du labrum, une potentielle désinsertion, l existence d une calcification labrale, l état du cartilage et l existence de clapets cartilagineux. Le traitement de ces différentes lésions peut être réalisé. On apprécie alors la sphéricité de la tête (bump) et la rétroversion acétabulaire. Une technique moins invasive avec décoaptation par traction et aide arthroscopique a été développée, mais elle ne permet pas la réorientation de l acetabulum. Actuellement, ces données ne reposent que sur les études de 2 équipes suisses (celle de Ganz à Berne et celle de Nötzli et Hodler à Zürich). Elles sont relayées en France par Laude. Les résultats préliminaires semblent très encourageants, même si le recul est encore trop faible (4ans maximum) 10

11 Fig 11 : ostéotomie périacétabulaire. GM : tubercule du muscle gluteus medius. S : tendon du sartorius. RF : droit fémoral, tendon direct et réfléchi (d après réf. 18). Traitement des CFA par effet tenaille - Ostéotomie de réorientation de l acétabulum (fig 11) La réorientation de l acétabulum correspond à une pure normalisation fonctionnelle du rebord acétabulaire. En fait, ce conflit peut être en relation avec une malposition de tout le bassin qui est en extension (hyperlordose lombaire associée). Ici, le principe de réorientation de l acétabulum est une diminution de la paroi antérieure, source du conflit, et augmentation de la paroi postérieure généralement insuffisante (antéversion seule). Apport de l imagerie : L imagerie tridimensionnelle est obligatoire au vu de l anatomie de l articulation de la hanche qui est par nature une énarthrose et qui aboutit à une réorientation dans les trois plans de l espace. Cette planification ne peut pas se faire sur la base seule du cliché radiologique conventionnel. La planification préopératoire étant pour nous essentielle, nous sommes obligés de rechercher un objet virtuel tridimensionnel pour avoir deux informations importantes. Tout d abord, il faut se demander si une réorientation tridimensionnelle, c est-à-dire dans les trois plans de l espace (sagittal, frontal et transversal), est possible pour aboutir à une hanche normalisée et, si oui, quels sont exactement les angles nécessaires dans ces trois plans pour pouvoir exécuter (sans «détour») la réorientation de l acétabulum après avoir effectué l ostéotomie péri-acétabulaire. Après avoir dûment reproduit l imagerie tridimensionnelle reconstruite à partir de la tomographie axiale ou de la résonance magnétique avec ou sans visualisation intra-articulaire à l aide du gadolinium, notre but est de reproduire le plus fidèlement possible l image simulée en préopératoire. - Acétabuloplastie de la paroi antérieure (fig 12) En cas de couverture antérieure importante isolée, sans rétroversion de l acetabulum vrai (c est-à-dire en absence de déficience de paroi postérieure), on peut pratiquer une résection isolée de ce rebord osseux proéminent afin d éliminer le conflit. - Résection ostéoplastie du col fémoral (fig 13) 11

12 Fig 12 : acétabuloplastie de la paroi antérieure (d après réf. 6). Fig 13 : résection-ostéoplastie du col fémoral (d après réf. 6) Si la cause du conflit identifiée est le débord antéro-latéral de la jonction cervico-céphalique, (une absence anormale de sphéricité de la partie antéro-latérale de la jonction cervicocéphalique du fémur), celui-ci est réséqué afin de rétablir la sphéricité de la tête. L absence de conflit après résection est alors testé en per-opératoire. - Association des techniques. Souvent les vices architecturaux coexistent et ces techniques doivent alors être associées pour traiter le conflit. 12

13 Références 1. Beck M, Leunig M, Parvizi J, Boutier V, Wyss D, Ganz R. Anterior femoroacetabular impingement: part II. Midterm results of surgical treatment. Clin Orthop 2004: Ganz R, Gill TJ, Gautier E, Ganz K, Krugel N, Berlemann U. Surgical dislocation of the adult hip a technique with full access to the femoral head and acetabulum without the risk of avascular necrosis. J Bone Joint Surg Br 2001;83: Ganz R, Parvizi J, Beck M, Leunig M, Notzli H, Siebenrock KA. Femoroacetabular impingement: a cause for osteoarthritis of the hip. Clin Orthop 2003: Giori NJ, Trousdale RT. Acetabular retroversion is associated with osteoarthritis of the hip. Clin Orthop 2003: Laude F, Paillard P. Le conflit antérieur de hanche. Physiopathologie, imagerie et implication thérapeutiques. Médecins du sport 2002;53: Lavigne M, Parvizi J, Beck M, Siebenrock KA, Ganz R, Leunig M. Anterior femoroacetabular impingement: part I. Techniques of joint preserving surgery. Clin Orthop 2004: Leunig M, Podeszwa D, Beck M, Werlen S, Ganz R. Magnetic resonance arthrography of labral disorders in hips with dysplasia and impingement. Clin Orthop 2004: Leunig M, Werlen S, Ungersbock A, Ito K, Ganz R. Evaluation of the acetabular labrum by MR arthrography. J Bone Joint Surg Br 1997;79: Myers SR, Eijer H, Ganz R. Anterior femoroacetabular impingement after periacetabular osteotomy. Clin Orthop 1999: Notzli HP, Wyss TF, Stoecklin CH, Schmid MR, Treiber K, Hodler J. The contour of the femoral head-neck junction as a predictor for the risk of anterior impingement. J Bone Joint Surg Br 2002;84: Reynolds D, Lucas J, Klaue K. Retroversion of the acetabulum. A cause of hip pain. J Bone Joint Surg Br 1999;81: Schmid MR, Notzli HP, Zanetti M, Wyss TF, Hodler J. Cartilage lesions in the hip: diagnostic effectiveness of MR arthrography. Radiology 2003;226: Siebenrock KA, Schoeniger R, Ganz R. Anterior femoro-acetabular impingement due to acetabular retroversion. Treatment with periacetabular osteotomy. J Bone Joint Surg Am 2003;85-A: Siebenrock KA, Wahab KH, Werlen S, Kalhor M, Leunig M, Ganz R. Abnormal extension of the femoral head epiphysis as a cause of cam impingement. Clin Orthop 2004: Wagner S, Hofstetter W, Chiquet M, et al. Early osteoarthritic changes of human femoral head cartilage subsequent to femoro-acetabular impingement. Osteoarthritis Cartilage 2003;11: Wenger DE, Kendell KR, Miner MR, Trousdale RT. Acetabular labral tears rarely occur in the absence of bony abnormalities. Clin Orthop 2004: Zaragoza EJ, Beaulé PE. Imaging of the painful non arthritic hip: a practical approach to surgical relevancy. Operative Techniques in Orthopaedics 2004;14: (K. Klaue, Avec la collaboration de D. Reynolds Service d'orthopédie et Traumatologie, Hôpital régional San Giovanni, 6501 BELLINZONA (Suisse).) Conférences d'enseignement de la Sofcot 1999 ; 70,