3 $ RICHARD BRANSON FEU VERT À EDGAR BORI LES DIMANCHES DU CONTE ZOOM SUR DANIEL RODRIGUES. Le businessman humaniste

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1 3 $ volume XX, n 21 Montréal, 1 er novembre RICHARD BRANSON Le businessman humaniste LES DIMANCHES DU CONTE ZOOM SUR DANIEL RODRIGUES FEU VERT À EDGAR BORI

2 Chez Cofomo, nous savons ce que ressource humaine veut dire. Notre firme a pour vocation de mobiliser les meilleurs conseillers en informatique disponibles sur le marché afin de couvrir l ensemble des besoins technologiques de l entreprise moderne. Nous avons à cœur votre épanouissement professionnel et nous mettons tout en œuvre pour vous aider à atteindre vos objectifs. Cofomo est fière de soutenir l œuvre caritative de l Itinéraire. COFOMO INC. 1000, de la Gauchetière Ouest, bureau 1500 Montréal (Québec) H3B 4W COF_Annonce_Cofomo_LItineraire_V2.indd :11

3 TRAJECTOIRE ZOOM SUR Daniel Rodrigues Travailler libre, dans la rue Poète réfractaire, Daniel Rodrigues s est fait une réputation au sein de L Itinéraire depuis son entrée en Aujourd hui, c est la liberté, l autonomie, l inspiration et le contact avec le public qui le motivent à pratiquer le métier de camelot. Une carrière de choix, au sein du journal qu il a vu évoluer pendant 15 ans. PAR THOMAS ÉTHIER Photos: gopesa Paquette J aime l aspect social de mon travail, il faut être ouvert et prêt à parler aux gens. qu est-ce que ce terme-là t inspire, en un mot?» : c est la question que pose Daniel «Normal: à son entourage et à ses clients du Plateau Mont-Royal. Un exercice réfléchi, surréaliste, flyé en ce qui le concerne, et qui doit l inspirer pour un texte qu il souhaite publier dans L Itinéraire. «L inspiration vient des gens, il faut les écouter», lance-t-il, pour résumer son art. À la fois inspiré et terre-à-terre, Daniel met du cœur à l ouvrage, et parle de son travail avec sérieux. L expérience transparaît autant dans son récit de vie mouvementée que dans ses techniques de vente. «J aime l aspect social de mon travail, il faut être ouvert et prêt à parler aux gens. Je me sers beaucoup de l humour pour vendre, c est très efficace», explique-t-il. Vieillir avec L Itinéraire Avant d être camelot, Daniel habitait à Québec, où il a travaillé en cuisine pendant quelques années dans sa vingtaine. «On faisait très peu d argent et on nous exploitait; je n étais plus capable et je suis parti.» C est sans argent et en laissant tous ses biens derrière lui qu il se retrouvera finalement à Montréal, dans la rue. Et c est dans la rue, ou plus précisément à la Maison du Père, que Daniel fera la connaissance de Jean- Marie Tison, camelot à L Itinéraire. «Un jour, Jean-Marie m a invité à prendre un café à L Itinéraire, puis m a emmené sur la rue Saint-Denis pour me montrer les techniques de vente. Les gens étaient moins ouverts à l acheter qu aujourd hui.» Sans expérience, le jeune camelot de 33 ans a dû aussi composer avec l intolérance et les préjugés des Montréalais, alors moins habitués au journal de rue. «L Itinéraire commençait, c était moins connu et les gens nous jugeaient beaucoup, se remémore-t-il. On se faisait dire d aller se trouver du travail! Mais c est ce qu on fait monsieur, on travaille!» Fort de ses expériences Puis en 2002, c est le retour à Québec. Daniel a du quitter Montréal pour fuir une dette de $. «80 % des sans-abri à Montréal doivent de l argent à un usurier», affirme-t-il, pour l avoir vécu lui-même. Le métier de camelot, lui, le suit partout: Daniel a pu regagner son argent en vendant La Quête, le journal de rue de la ville de Québec. Trois ans plus tard, les dettes réglées, Daniel était de retour à Montréal. Au fil du temps et de ses expériences, Daniel a pu forger une relation de confiance avec ses nombreux clients. «Je vends surtout à des femmes de 40 ans et plus. Ce sont mes plus grandes acheteuses, et je ne m en plains pas! souligne-t-il. J écoute, je joue souvent le psychologue. Les personnes vieillissantes surtout se sentent seules et veulent parler. La solitude, c est le mal du siècle!» Peu de temps pour parler de sa propre vie, Daniel doit ménager sa voix pour les clients, et se préparer à arpenter la rue Roy. «Sur Roy, Saint-Hubert, Saint-André et parfois Saint-Denis, je vends L Itinéraire en marchant, c est ma réputation. Ça demande de l énergie, mais le temps passe plus vite et, surtout, ça me permet de voir toutes sortes de monde.» 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 3

4 nos PARTEnAIRES ESSEnTIELS DE LUTTE COnTRE LA PAUVRETÉ l Itinéraire a pour mission de combattre la pauvreté et l exclusion par le travail et une place en société. Notre organisme soutient et fait travailler quelque 200 personnes par semaine. le magazine est donc une entreprise d économie sociale qui s autofinance. Mais son volet services sociaux comprend différents programmes pour offrir de l aide psychosociale, du soutien alimentaire et en logement ou encore des services adaptés aux jeunes. sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans les programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes. l Itinéraire, c est aussi plus de donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s en sortir. Merci à tous! PARTEnAIRES MAJEURS PRInCIPAUX PARTEnAIRES DE PROJETS RÉDACTIOn ET ADMInISTRATIOn 2103, sainte-catherine est Montréal (qc) h2k 2h9 LE CAFÉ L ITInÉRAIRE 2101, rue sainte-catherine est TÉLÉPHOnE : TÉLÉCOPIEUR : SITE : LE MAGAZInE L ITInÉRAIRE Éditeur : serge lareault Rédacteur en chef : sylvain-claude Filion Chef de pupitre Actualités : Marie-lise Rousseau Chef de pupitre Développement social : gopesa Paquette Coordonnatrice de la conception visuelle : Catherine Joannette Infographe : Christiane séguin Stagiaires à la rédaction : thomas Éthier et Philippe lajeunesse Collaborateurs : ursule Ferland, sophie gillig, Éric godin, et Denyse Monté Adjoints à la rédaction : hélène Filion, Jean-Michel Frenette, Kevin gravier, emily hill, gabrielle lauzier-hudon, Julie locas, stefania Neagu, lorraine Pépin et louis-charles trudeau Illustration de la une : Pascal Blanchet Révision des épreuves : Michèle Deteix, Charles-David emery, lucie laporte et sabine schir Design et infographie du site Internet : vortex solution COnSEILLÈRES PUBLICITAIRES Renée Larivière : Josée Poirier : LE COnSEIL D ADMInISTRATIOn Président : stephan Morency Vice-président : gabriel Bissonnette Trésorier : yvon Brousseau Secrétaire : serge lareault Représentant des camelots : Jean-Marie tison Conseillers : yvon Massicotte, andré Malouin, Philippe allard et Martin gauthier L ADMInISTRATIOn Directeur général : serge lareault Directrice générale adjointe : sylvie gamache Directrice du financement et des partenariats : sylvie Bouchard Adjoint au développement social : Philippe Boisvert Responsable de la comptabilité : Duffay Romano Adjoints aux communications et financement : shawn Bourdages et Dorian Keller GESTIOn DE L IMPRESSIOn tva studio Directeur général : Robert Renaud Coordonnatrice de production : andré-anne gauthier IMPRIMeuR : IMPRIMeRIe solisco Convention de la poste publication No , No d enregistrement Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9 Desjardins DU MONT-ROYAL ISSN n de charité : RR0001 L ITInÉRAIRE EST MEMBRE DE Le magazine L Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson. À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d aide et les maisons de chambres. Depuis mai 1994, L Itinéraire est vendu régulièrement dans la rue. Cette publication est produite et rédigée par des journalistes professionnels et une cinquantaine de personnes vivant ou ayant connu l itinérance, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sociale et professionnelle. abonnez-vous au ou par téléphone au poste 231

5 Illustration de la une PASCAL BLANCHET Inspiré par notre thème, le tueux artiste a génétalenreusement conçu notre page couverture consacrée au dossier Un monde fou, fou, fou, fou. originaire de trois- Rivières, illustrateur à temps plein depuis une dizaine d années, Pascal Blanchet crée des images pour plusieurs magazines et maisons d édition d ici, et compte aussi plusieurs clients prestigieux comme Penguin Books, le National Post, le san Francisco magazine et le New yorker. 11 SOMMAIRE 7 ACTUALITÉS 8 ROND-POINT 11 RICHARD BRAnSOn Le businessman humaniste 14 DOSSIER Un monde fou, fou, fou, fou - Je suis fou, donc je suis - Des psys pour tout le monde? - Travailler comme un fou 20 Entrez dans le monde virtuel de la dépression 23 LE CŒUR DE L ITINÉRAIRE Les mots des camelots Elvis lave plus blanc Parce que certains savent qu être impliqué c est aussi savoir donner à son prochain, le groupe l Itinéraire tient une fois de plus à remercier chaleureusement tous ceux qui contribuent régulièrement ou occasionnellement à donner généreusement en temps, en argent, mais également en matériel pour que nous puissions subvenir à tous nos besoins. C est le cas d Ameublement Elvis (4349, avenue Papineau), qui nous a récemment offert une laveuse, que nous saluons et remercions. un geste apprécié qui contribue à faire la différence. Mots de lecteurs Don en cartes-repas Je viens de passer un bref moment à la Nuit des sans-abri de longueuil et j ai été vraiment touché/inspiré par ce que j y ai vu. À défaut d avoir identifié d autres meilleurs moyens de contribuer au mieux-être de ces courageuses personnes, voici un humble don que j espère renouveler souvent. Continuez votre valeureux travail! Gregory Fortin-Vidah longueuil 14 LES CAMELOTS SONT DES TRAVAILLEURS AUTONOMES. 50 % DU PRIX DE VENTE DU MAGAZINE LEUR REVIENT. 35 CARREFOUR 33 Info RAPSIM 35 L âge de raison 36 JUSTICE 39 PANORAMA 41 VIVRE 42 LIVRES 43 Les Dimanches du conte 44 DÉTENTE 46 FEU VERT À EDGAR BORI Boritinéraire La direction de L Itinéraire tient à rappeler qu elle n est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue. Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le journal ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L Itinéraire. Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Sylvie Gamache, directrice générale adjointe par courriel à ou par téléphone au poste 222. Des lettres courtes et signées, svp! La Rédaction se réserve le droit d écourter certains commentaires. Écrivez-nous à Québecor est fière de soutenir l action sociale de L Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.

6 LE PROGRÈS SOCIAL DÉPEND DE NOUS. CSN.QC.CA

7 ÉDITORIAL Docteur, suis-je normal? La société nous impose de plus en plus de normes. Pourtant, le tissu social n a jamais été aussi éclaté, chacun cherchant à se démarquer, à échapper au plus grand dénominateur commun. Il n y a plus de consensus. SyLVAIn-CLAUDE FILIOn lieu de constituer un groupe de plus en plus au homogène, l humain cultive son unicité. Le narcissisme inhérent à l exhibition permanente dans les médias, sociaux ou non, en pousse toujours un plus grand nombre à vouloir devenir une idole instantanée. On est en pleine Starmania. Les années qui passent confirment que l anticipation de Luc Plamondon et de Michel Berger aura été d une grande lucidité. On pourrait presque parler de névrose collective. Pourtant, dans la vie de tous les jours, qui veut sortir du rang est vite taxé d une maladie mentale quelconque; les psys n en finissent plus d en inventer pour décrire les comportements qui dévient un tant soit peu de la norme. À preuve, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), dont la liste de pathologies n en finit plus d allonger. Peut-être que les comportements qui expriment la différence sont justement des réflexes de bonne santé mentale? Enfant, on cherche d abord à faire comme à peu près tout le monde. Adolescent, on se rebelle. Les jeunes adultes d aujourd hui semblent plus réfractaires qu auparavant à joindre le troupeau. On leur attribue surtout une panoplie de «troubles» d ordre mental : bipolaire, personnalité limite, obsession-compulsion, anorexie-boulimie, trouble panique... À l heure actuelle, 23 % de la population canadienne consomme des antidépresseurs, une augmentation de 400 % en deux décennies seulement. Le tiers des ordonnances sont prescrites au Québec. Parlez-moi d une société vraiment distincte... Et si c était le monde qui était malade? Sous le régime du capitalisme triomphant, les familles sont désintégrées, les comportements hypersexualisés, 23 % de la population canadienne consomme des antidépresseurs, une augmentation de 400 % en deux décennies seulement. la corruption généralisée, les emplois de plus en plus précaires, les disparités de plus en plus flagrantes et les exclus laissés à eux-mêmes, plusieurss avérant contraints de joindre la cohorte grandissante des itinérants. Le monde d aujourd hui est avant tout économique : il faut produire plus, gagner plus, consommer plus et la technologie tentaculaire finit par nous prendre en otage. L humanité, au sens large, s estompe. Lire les journaux et regarder les infos ont à long terme des effets délétères. Le stress, une invention de l ère industrielle, a été la maladie du XX e siècle. Le nouveau millénaire a commencé sous le signe de l inquiétude et le présent siècle est menacé par la dégénérescence de la santé mentale. Or, comme l a souligné le rapport Salois il y a près d un an, une trop grande partie de la population est laissée en plan au niveau de la santé mentale. 86 % des salariés gagnant moins de $ par an ne peuvent pas consulter, faute de moyens. Introduire les services de psychothérapie dans la couverture de l assurance-santé apparaît comme le meilleur moyen de renverser la vapeur. Les efforts pour entretenir et préserver la santé mentale sont bien indigents si on les compare aux sommes dépensées en campagnes de prévention de la SAAQ. Pourtant, pour une moyenne de 520 décès sur la route chaque année, il y a 1130 suicides au Québec. Selon le Ministère de la Santé et des Services sociaux, 80 % des personnes qui se suicident souffrent de dépression. Notre dossier Un monde fou, fou, fou, fou, à lire en page 14, tente d identifier les racines du mal. Climats de travail malsains, vies devenues trop trépidantes, recherche d évasion par tous les moyens, c est à se demander si ce n est pas le monde dans lequel on vit aujourd hui qui est devenu fou. Car bien malin est celui qui serait capable de définir, actuellement, ce qui est normal ou pas. 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 7

8 ROnD-POInT PAR THOMAS ÉTHIER, ÉRIC GODIn, PHILIPPE LAJEUnESSE ET MARIE-LISE ROUSSEAU 4 questions à Vincent Bolduc Comédien et porte-parole de GRIS Montréal, organisme de sensibilisation sur l homosexualité qui s adresse chaque année à jeunes dans les écoles. PAR THOMAS ETHIER Pédaler pour un monde meilleur Un conteneur de 424 vélos a récemment quitté le port de Montréal en direction du Salvador afin de contribuer au projet de développement de l organisme local CESTA-Amigos de la Tierra. Des centaines de Québécois ont fait don de leur ancien vélo par l intermédiaire de l organisme Cyclo Nord-Sud, qui récupère les bicyclettes pour les expédier à diverses communautés en voie de développement. Quelques centaines de Salvadoriens pourront ainsi jouir d un moyen de transport extrêmement utile, surtout dans les zones rurales du pays. Vous voulez faire un don à Cyclo Nord-Sud? Une collecte de vélos aura lieu au YMCA du Parc (5550, avenue du Parc), le samedi 9 novembre de 10 h à 13 h. Renseignements : Christine Guénette poste Des jeunes issus des quartiers défavorisés de San Marcos au Salvador suivent une formation en mécanique avec les vélos expédiés par Cyclo Nord-Sud. En quoi consiste le travail de GRIS Montréal auprès des jeunes? Sur le terrain, principalement, nos intervenants vont dans les écoles parler de leur vécu et démystifier l homosexualité. C est un travail courageux et colossal : au-delà de l homophobie, ce sont les préjugés en général qui sont brisés. Les jeunes comprennent que toute discrimination peut être dévastatrice. En 2013, comment les jeunes perçoivent-ils l homosexualité? On voit encore des choses très troublantes dans les questionnaires distribués avant les visites, par exemple que les gais doivent se faire soigner ou qu ils ne sont pas humains... Après l intervention, il y a un monde de différence! Ces mêmes jeunes admettent avoir saisi que l homosexualité n est pas une anomalie et les homosexuels de l école se sentent beaucoup moins stigmatisés. Comment peut-on s engager pour le GRIS? En faisant un don au GRIS, en devenant bénévole, ou, le plus important, en invitant un intervenant dans une école. Ces bénévoles ne viennent que sur invitation; organiser une intervention à l école de son jeune, c est un grand geste. En quoi consiste votre engagement comme porte-parole? Surtout à transmettre ce que les bénévoles nous rapportent. Le GRIS choisit des parents hétérosexuels comme porteparole, car prévenir l homophobie n est pas seulement la cause des homosexuels, mais bien de tout le monde. Dans nos écoles, on ne veut pas de discrimination, point. Jamais deux sans trois En , La rue des Femmes a dû refuser pas moins de demandes d hébergements d urgence, faute de places dans ses deux maisons pour femmes itinérantes soit plus d une dizaine de personnes par nuit. Afin de remédier à cette triste situation, l organisme désire ouvrir une troisième maison d hébergement à Montréal, qui offrirait 20 places en hébergement d urgence et 30 places en centre de jour. Pour se faire, La rue des Femmes a lancé la campagne «Vers une troisième maison», qui vise à amasser 2,5 millions de dollars. Pour effectuer un don, rendez-vous au (MLR) SPLI : L opposition tient bon L opposition contre la décision du gouvernement Harper de réorienter la Stratégie des partenariats de lutte contre l itinérance (SPLI) seulement vers l approche «Housing First» (logement d abord) continue de grandir. Le 7 octobre, c était au tour des élus municipaux, provinciaux et fédéraux de Hochelaga-Maisonneuve d unir leurs voix pour une approche diversifiée de lutte contre l itinérance. (MLR) Martin Paré de Dopamine, Julien Montreuil de L Anonyme et Marjolaine Boutin-Sweet, députée NPD d Hochelaga-Maisonneuve dans l autobus de L Anonyme. 8 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

9 GODIN DANS LA RUE Photo : humanité unie Drôles de pilules dans le métro L Alternative en santé mentale a envahi le métro de Montréal pour distribuer des «capsules alternatives», comme celles sur notre photo, à l occasion de la Journée mondiale de la santé mentale le 10 octobre dernier. Cette activité a permis de sensibiliser la population à la réalité des gens qui vivent avec un trouble en santé mentale. Le conteur Michel Faubert, porteparole de l événement, était de la partie pour rencontrer le public. Il sera aussi au théâtre Gesù les 18 et 19 novembre pour le Rendez-vous de l Alternative en santé mentale. (MLR) Recherché : Robin des bois Ironique, mais vrai. Le 1 % des Québécois les plus riches bénéficie d un taux d imposition plus avantageux que le reste de la population (99 %), et ce, même si son revenu augmente année après année, révèle une étude de l Institut de recherche et d informations socio-économiques (IRIS). Où es-tu, Robin des bois des temps modernes? (PL) Là, on jase L organisme Humanité Unie, qui vise à créer un tissu social dans les communautés du monde, a tout récemment lancé sa campagne des ronds blancs à Montréal. Sous forme d écusson que l on accroche à son chandail ou à son manteau, le rond blanc signifie : «Je vous invite à me dire bonjour». Le projet a pour mission d encourager le contact humain et se veut une alternative au chacun pour soi qui est maître de notre société. Ainsi, on favorise l intégration sociale, la diversité culturelle et le sentiment d appartenance à une communauté. Alors, si vous voyez une personne le revêtant, pourquoi ne pas lui adresser la parole pour un bref instant? (PL) Ron Rayside honoré par la Ville Ron Rayside, architecte et fondateur de la firme Rayside Labossière Architectes a mérité le prix Thérèse- Daviau 2013, remis par la Ville de Montréal. Le prix est attribué à la personnalité citoyenne de l année pour ses contributions à la vie sociale ou politique montréalaise. Depuis plus de 30 ans, Ron Rayside s implique dans la transformation des milieux de vie, notamment dans Ville-Marie, en développant et en réalisant des projets sociaux et des centres communautaires. M. Rayside a notamment été d une grande aide à L Itinéraire en nous supportant dans l acquisition et la rénovation de notre immeuble. (MLR) C est le nombre de personnes supplémentaires qui seront admissibles à l aide juridique gratuite dès le 1 er janvier Cette bonification du gouvernement québécois touche notamment les travailleurs à temps plein au salaire minimum et les personnes âgées seules bénéficiant majoritairement du supplément de revenu garanti. (MLR) LE NOMBRE 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 9

10 ROnD-POInT InTERnATIOnAL PAR GOPESA PAQUETTE Photo : KRIstINa WRIght États-Unis Retour de l enfant prodigue Après avoir sillonné le globe pour prodiguer des soins dans les communautés dépossédées, le D r Bob Sayson a ouvert le Centre de santé communautaire Good News à quelques pas de chez lui. Le quart des familles de ce quartier de Portland (Oregon) vivent sous le seuil de la pauvreté et la clinique du centre suit près de 6000 patients parlant 57 langues. Aux soins généraux à prix abordables ou payables en bénévolat s ajoutent ceux en santé mentale ainsi que pour les pieds et le diabète. «Ici, on parle à de vraies personnes qui cherchent une vraie solution, pas une simple patch», résume un patient. (Street Roots) Le D r Bob Sayson a ouvert le Centre de santé communautaire Good News en 2007 Suisse service à l auto La Suisse vient d inaugurer des kiosques à prostitution. Situées en périphérie des villes, les cabanes sont équipées d alarmes, de douches et de salles de lavage en plus d avoir des professionnels de la santé présents sur place. Les sites offriraient une sécurité aux prostituées tout en réduisant la perturbation pour les citadins. La prostitution est légale au pays depuis 1942, mais a augmenté significativement dans la dernière décennie. Les critiques soulignent que si la légalisation améliore les conditions des travailleurs du sexe, on assiste aussi à une augmentation du trafic humain vers les pays où la pratique est légale. (REUTERS) Les premiers visiteurs ont rapidement fui les médias regroupés pour l inauguration du site. Photo : ReuteRs/aRND WIegMaNN Photo : MoNDe KINgsley NFoR/IPs Cameroun Dragées empoisonnées Des docteurs de Yaoundé, capitale du Cameroun, affirment que 6 patients sur 10 utilisent les médicaments de contrebande qui inondent la région. Le Conseil national de la société pharmaceutique du Cameroun estime que près de 70 % des médicaments vendus au pays sont des contrefaçons. Les marchés affichent ces produits malgré l interdiction de vente imposée en raison des risques pour la santé. Un paquet de médicaments contre la malaria se vend entre 7 $ et 8 $ en pharmacie alors qu on trouve des contrefaçons à 3 $ sur la rue. L OMS souligne que le manque de médecins et la pauvreté accentuent cette tendance à l automédication avec des contrefaçons. (IPS) Les médicaments contrefaits sont facilement accessibles dans les marchés et les rues de Yaoundé. Pakistan Petits soldats Le district de Bannu dans le nord du Pakistan est le terrain de chasse des talibans qui enlèvent les enfants pour les enrôler dans leur jihad. La région abrite une centaine d écoles religieuses offrant nourriture et vêtements aux enfants des familles pauvres. Muhammad Jamal, professeur de sciences politiques à l université locale, affirme que les talibans enlèvent régulièrement les enfants de ces écoles pour les endoctriner et les armer. 500 enfants auraient été enlevés depuis cinq ans alors qu une quarantaine a réussi à s échapper. Tristement, de temps à autre, une famille reçoit une missive des talibans les remerciant du sacrifice de leur enfant qui vient de commettre un attentat suicide. (IPS) Plusieurs talibans capturés affirment que la pauvreté les a menés au terrorisme. Photo : ashfaq yusufzai/ips L'Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des Journaux de Rue - INSP). Le réseau apporte son soutien à plus de 120 journaux de rue dans 40 pays sur six continents. Plus de sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue. Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde. Pour en savoir plus, visitez 10 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

11 Richard Branson Le businessman humaniste Sir Richard Branson est un des plus grands noms du milieu des affaires. À commencer par le démarrage d une revue étudiante à 16 ans, en passant par la conquête de l industrie de la musique et jusqu à sa tentative de faire le tour du monde en montgolfière, l entrepreneur britannique est célèbre mondialement pour ses projets audacieux. D ici son envolée dans l espace prévue l an prochain avec Virgin Galactic, Sir Richard garde les deux pieds sur Terre en œuvrant au sein de sa fondation Virgin Unite et de l ONG The Elders. PAR AMy MACKInnOn Du Réseau international des journaux de rue (INsP) TRADUCTIOn : DAVID PATEnAUDE 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 11

12 Vous n aviez que 16 ans lorsque vous avez fondé Virgin, comment était-ce? Excitant. En fait, j ai fondé le journal Student à 16 ans, parce qu on voulait donner une voix aux jeunes sur les grands enjeux de l actualité. Nous avons véritablement fondé Virgin par la suite, après un an ou presque, lorsqu on a vu que l industrie de la musique avait besoin de bouger. C est là qu on a décidé de s impliquer. On essayait d améliorer les choses et de faire une différence dans la vie des gens. C est une vision stimulante et c est ce qui nous motive depuis les 43 dernières années. Qu est-ce qui vous motive et d où tirez-vous toute cette énergie? La motivation peut surgir de plusieurs endroits différents. À ce stade de ma vie, je concentre beaucoup de mon temps et de mes efforts à notre organisme à but non lucratif, Virgin Unite, qui aide beaucoup de gens. De plus, il y a tellement de projets excitants Les trois étapes du bonheur selon Richard Branson Avoir un travail qu on aime Avoir du temps pour sa famille et ses amis Faire le bien dans le monde qui sont menés dans nos entreprises, l idée de pouvoir aller dans l espace avec Virgin Galacticm aidecertainement à sortir du lit le matin! Comment progresse Virgin Galactic? Irez-vous dans l espace bientôt? À ce jour, c est une aventure incroyable, car nous sommes véritablement des pionniers dans ce domaine. Nous avons bâti une équipe formidable au cours des dernières années et nous avons l impression que nous sommes désormais dans une très bonne position. Si tout se passe comme prévu, nous devrions aller dans l espace l année prochaine, nous envisagerons notre prochain but. J aimerais beaucoup voir un hôtel Virgin sur la lune avant la fin de ma vie. Il y a tant de choses qu on peut accomplir maintenant que des jalons ont été posés. Dans un récent billet sur votre blogue (Five steps to happiness 26 juin), vous dressez la liste des cinq étapes vers le bonheur de votre ami Ray Chambers. Quelles seraient vos propres étapes et pourquoi les auriez-vous choisies? Avoir un travail qu on aime, avoir du temps dans sa vie pour être avec sa famille et ses amis et faire le bien dans le monde. Si vous accomplissez ces trois choses, alors vous ne serez que plus près du bonheur. Avec Peter Gabriel, vous avez cofondé l organisation The Elders. D où vous est venue cette idée? Nous ressentions tous les deux qu il doit exister un espace où les leaders les plus respectés et indépendants du monde peuvent se rassembler en groupe et affronter un des plus grands défis de l humanité : la résolution de conflits. Nous avons eu le grand privilège de travailler avec Nelson Mandela et sa charmante femme, Graça Machel, ainsi qu avec l archevêque Desmond Tutu, afin de mettre au point l idée 1 : Journal de rue de l Afrique du Sud et sélectionner les «Elders» [ndlr : «Aînés»]. C est devenu une merveilleuse force du bien, qui travaille sur des enjeux complexes et difficiles, en particulier ceux qui ne sont pas populaires. Qu espérez-vous que les Elders accompliront? J espère et je crois que le travail des Elders se perpétuera pour des centaines d années à venir. Avec les fondations que Nelson Mandela a établies, en plus du merveilleux travail de Desmond Tutu et de la superbe direction du nouveau président Kofi Il faut avoir le courage d assumer ses idées et de se démarquer. Le bon sens et l instinct peuvent mener loin. Annan, les Elders peuvent avancer en cumulant leurs forces. Quels sont les enjeux mondiaux les plus urgents aujourd hui, selon vous? Un des enjeux sur lequel j ai beaucoup débattuestlapolitique internationale de lutte contre la drogue. La guerre auxnarcotiquesestundésastre total et plus rapidement elle prendra fin, mieux ce sera. Si un membre de ma famille venait à souffrir d un problème de toxicomanie, je souhaiterais qu il reçoive de l aide médicale et non pas une peine d emprisonnement. En juin 2011, vous avez été le rédacteurinvité du Big Issue South Africa 1. Quelle est votre opinion sur le concept de journal de rue, et comment cela peut-il faire une différence? Les projets de journaux de rue ont eu beaucoup de retombées positives. En premier lieu, pour avoir mis en marché 12 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

13 Si un membre de ma famille venait à souffrir d un problème de toxicomanie, je souhaiterais qu il reçoive de l aide médicale et non pas une peine d emprisonnement. une revue avec le journal Student, j ai beaucoup d admiration pour ces projets. Le fait que cela ait aidé tant de gens est merveilleux, les projets de journaux de rue dans quarante pays à travers le monde permettent d avoir une incroyable portée mondiale. Nous concevons les camelots comme des petits entrepreneurs. Ils achètent leurs revues avec leur propre argent, et ensuite, c est à eux de les vendre pour faire un profit. Quel conseil donneriez-vous aux petits entrepreneurs qui démarrent? Faites une différence dans la vie des gens. Étudiez le marché où vous entrez et assurez-vous de vous démarquer des autres. Il faut que les gens aient une raison d acheter votre produit ou votre service. Il y a tant d industries où il y a encore place à l amélioration, si vous parvenez à innover, alors vous aurez une occasion en or de changer les choses. Le titre de votre plus récent livre, Le business sera humaniste ou ne sera pas, semble devenir votre devise. Que voulez-vous dire par là? Beaucoup d entreprises ont trop peur de prendre des risques de nos jours, elles sont nombreuses à choisir de ne pas oser. Bien que nous ayons tous besoin de comptables, je ne suis pas particulièrement enthousiasmé par leur présence dans le démarrage d une entreprise. Il faut avoir le courage d assumer ses idées et de se démarquer. Le bon sens et l instinct peuvent mener loin. Vous avez un succès phénoménal des tentatives de record mondial jusqu à l exploration spatiale - et je dénombre 84 entreprises faisant partie du Virgin Group sur votre site web. Quelle est la prochaine limite à repousser pour votre entreprise? Nous avons des projets stimulants qui cogitent. Notre plan pour Virgin Galactic est de créer une entreprise pionnière qui connaîtra du succès et de démarrer une nouvelle industrie qui pourrait définir le XXI e siècle, de la même façon que l aviation commerciale a défini le siècle précédent. Le lancement de nos satellites dans l espace pourrait nous permettre d accomplir beaucoup, de la réduction de la radiation solaire sur la Terre à l assistance humanitaire. Dans les années à venir, comment aimeriez-vous que le monde vous perçoive, en plus de vos réussites? Au lieu de regarder mes réussites personnelles, j aimerais que les gens se rappellent de ce que tous les employés de Virgin ont accompli, dans le passé et au présent. Nous avons révolutionné tellement d industries et nous continuerons à le faire. Nous avons cherché à avoir un impact positif dans la vie des gens et nous avons eu énormément de plaisir à le faire. / INSP Les projets de journaux de rue dans quarante pays à travers le monde permettent d avoir une incroyable portée mondiale. 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 13

14 DOSSIER Je suis fou, donc je suis Les grandes maladies de notre époque sont l anxiété, la dépression et, désormais, une flopée de troubles de santé mentale parfois farfelus. Entre l éclatement de la famille et les rythmes de travail effrénés de la société actuelle, pas étonnant qu on soit le fou de quelqu un d autre. Mais à mots couverts, les patrons, l État et les psychiatres ont tendance à placer le blâme sur ceux qui souffrent, en les qualifiant de malades mentaux. PAR SOPHIE GILLIG Le taux d hospitalisation pour des troubles de santé mentale est de deux à trois fois plus élevé chez les pauvres que chez les riches. Une fois sur trois, lorsqu un employé demande un arrêt de travail, c est parce qu il vit une période de souffrance psychologique. Mais un chiffre revient partout : 50,8 milliards $ en perte de productivité découlent de troubles de la santé mentale. Ces pertes amènent les dirigeants d entreprises et les gouvernements à scruter la question. Mais qui est vraiment malade? Vous et moi, ou le monde dans lequel on vit? Gare à vous si votre enfant est irritable et pique des colères plusieurs fois dans la semaine! Il n est pas en pleine crise d adolescence mais est plutôt atteint du syndrome d «humeur explosive». Mesdames, vous êtes prises de sautes d humeur à l approche de vos menstruations? Vous souffrez certainement de «trouble dysphorique prémenstruel». Vous avez perdu un être cher dans les deux dernières semaines et n avez toujours pas remonté la pente. Vous faites évidemment une dépression. Le nouveau Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, appelé DSM-5 et paru en mai dernier, a provoqué de vives réactions chez les différents acteurs de la santé mentale. Les exemples cités plus haut font partie des nouveaux venus parmi les 297 troubles mentaux répertoriés dans cette bible des psychiatres. Beaucoup trop aux yeux des critiques, qui jugent que l on transforme des comportements excentriques en maladies de l âme. En s allongeant de décennie en décennie, le DSM finit par laisser croire que l on est tous le fou de quelqu un d autre. «C est l idée que tout le monde se sente concerné et, en effet, comment ne pas l être quand un manuel de psychologie de 900 pages représente la vie humaine. Si on ne se reconnaît pas dans le DSM, c est qu on n existe pas!», lâche Marcelo Otero, professeur de sociologie à l Université du Québec À Montréal (UQÀM). Ces changements dans le - Marcelo Otero manuel risquent d augmenter la proportion de personnes susceptibles de recevoir des diagnostics psychiatriques, d être stigmatisé inutilement et d augmenter les prescriptions de médicaments. On oublie qu un problème de santé mentale est une problématique à la fois médicale et sociale. «On ne se pose pas les bonnes questions» Déposé il y a un an par le commissaire Robert Salois, le rapport sur l état de la santé mentale au Québec propose cinq grandes recommandations et 15 actions concrètes afin d améliorer la performance du système de santé et des services sociaux 14 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

15 dans le secteur de la santé mentale au Québec. Outre la lutte à la stigmatisation, le rapport préconise la prévention des troubles mentaux auprès des jeunes de moins de 25 ans, de consolider les liens entre les différents services de soins en santé mentale, d assurer un accès équitable à des services de psychothérapie et de favoriser la participation sociale des personnes atteintes de troubles de santé mentale. «Nous avons déjà mis en place des mesures de prévention des troubles de santé mentale, notamment auprès des gens suicidaires avec l aide d organismes communautaires. Des travaux sont également en cours afin d assurer des soins de santé équitables», précise Marie-Claude Lacasse, chargée des relations de presse au ministère de la Santé et des Services Sociaux. Elle ne peut en dire plus pour le moment, un nouveau plan d action devant être publié prochainement. Si on ne remet pas en doute l organisation du travail, on ne pourra pas comprendre la hausse de la dépression. «La discussion du rapport Salois n est, selon moi, pas très intéressante parce que la définition de la maladie mentale n y est étudiée qu à partir de la psychiatrie et on ne la remet pas en question, critique Marcelo Otero. On ne se pose pas les bonnes questions car on réduit tout à la question de la maladie comme si elle nous tombait dessus, mais on oublie qu un problème de santé mentale est une problématique à la fois médicale et sociale.» Alain Bachand, auteur de L imposture de la maladie mentale, écrit que cadrer la question en termes de maladie cache le fait que «nous avons affaire à une forme déguisée de discours moral Si les comportements inconvenants sont susceptibles d être interprétés comme des signes de maladie mentale, les conduites convenables sont interprétées comme des signes de santé mentale». La maladie est ainsi un problème médical et non plus une détresse humaine à situer dans son contexte social. La pression professionnelle La dépression a augmenté de manière fulgurante depuis les trente dernières années à tel point qu elle deviendra d ici 2030 la première cause de morbidité. Les Occidentaux dépressifs sont de plus en plus nombreux et les récents changements sociaux et démographiques ne sont pas étrangers à cela. Dans son livre, Tous Fous, publié aux éditions Écosociété, Jean-Claude St-Onge affirme que «les exigences de performance qui n en finissent plus de porter la barre plus haut, le devoir de bonheur, l idéologie du "tout est possible", la tyrannie de l apparence physique [ ] Ces exigences exercent une pression Une personne sur cinq est susceptible d être atteinte d un trouble mental au cours de sa vie. Les troubles anxiodépressifs constituent près des deux tiers (65%) des troubles mentaux. 65% des Québécois âgés de 15 ans et plus sont atteints, à un moment de leur vie, d au moins un trouble anxieux (trouble de panique, phobie sociale, agoraphobie) ou de l humeur (dépression, manie). Selon Statistique Canada, des gens ne vont pas chercher de l aide en raison de la méconnaissance de la maladie et de la peur de la stigmatisation. La population défavorisée est plus à risque en raison de conditions de vie stressantes et du manque de facteurs de protection. (Source : Rapport Salois, décembre 2012) 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 15

16 Nous vivons aujourd hui dans une société individualiste de masse où le travail occupe la place centrale de nos vies. - Marcelo Otero telle sur le corps et le psychisme qu ils ne peuvent pas le supporter.» «Nous vivons aujourd hui dans une société individualiste de masse où le travail occupe la place centrale de nos vies au détriment de la famille, comme c était le cas dans le passé, rapporte Marcelo Otero. Aujourd hui, si on vit une séparation, cela sera beaucoup moins important que si l on perdait notre identité professionnelle.» Pour le sociologue, si on ne remet pas en doute l organisation du travail, on ne pourra pas comprendre la hausse de la dépression. Une vision que nuance Alain Marchand, professeur à l École des relations industrielles de l Université de Montréal. «Les éléments de troubles de santé mentale se rapportent souvent au travail, mais pas seulement. Cela dépend aussi des relations familiales et des traits de personnalité de chacun. Le travail n est pas le seul déclencheur.» Cette position évoque celle adoptée par le Conseil du patronat Québec qui met l accent sur la responsabilité individuelle en contestant tout cadre voulant responsabiliser les employeurs. Changer de cadre Face aux taux d absentéisme alarmant de 30 % et des pertes de productivités estimées à 50 milliards $, les entreprises augmentent les initiatives afin de limiter les impacts des troubles de santé mentale de leurs employés, rappelle le professeur Marchand. «Dans des organisations où on privilégie la reconnaissance, la gratification et de bonnes conditions de travail, on observe beaucoup moins de symptômes de maladie mentale. Au contraire, si la charge de travail est trop lourde, que les employés n ont pas assez d autonomie et vivent des relations conflictuelles avec leurs collègues, cela va provoquer des situations à risque.» On lit entre les lignes des discussions des intervenants des milieux industriels un souci constant de trouver la juste dose de pression professionnelle qu il est possible d exercer sans qu un employé ne craque. Selon MM. Bachand et Otero, particulièrement critiques de cette position, la solution ne consisterait pas uniquement à se bourrer de médicaments et à parler à son psychologue, mais à recadrer la question de la santé mentale. «Il ne faut pas seulement s attarder sur les symptômes, le problème est beaucoup plus complexe. Ce sont tous les rapports entre le travail et la famille qu il faut repenser avant de dire qu une personne est déprimée et souffre de maladie mentale», conclut Marcelo Otero. Des psys pour tout le monde? Primordiales, mais inabordables pour trop de patients, les visites chez le psychologue pourraient bientôt faire partie de la couverture de base de l assurancesanté. Figurant parmi les cinq recommandations principales du Rapport Salois, l idée progresse. Près d un an plus tard, le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, dresse son bilan. PAR THOMAS ÉTHIER 16 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

17 Un an après la présentation de votre rapport sur la santé mentale, l idée des consultations psychologiques gratuites se concrétise-t-elle? Aux dernières nouvelles, le dossier avance très bien. Le ministre de la Santé Rejean Hébert a mandaté l institut d excellence en santé et services sociaux (INESS) pour en étudier la faisabilité. L INESS élabore présentement les mécanismes qui permettraient aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale d accéder gratuitement aux services de psychologues. Les pistes de solutions sont présentées au ministre Hébert. Vous estimez les coûts de cette mesure à 400 à 500 millions $ par année. L implantation totale est-elle réaliste? Selon moi, le tout va se faire graduellement, avec une période de rodage. Avec l INESS, on présente au ministre une mise en place progressive du système, pour que le gouvernement puisse absorber tranquillement les coûts année après année. Il y a aussi un argumentaire de rentabilité. Les coûts associés aux problèmes de santé mentale au Canada sont d environ 48 milliards de dollars (1) par an. Je crois qu il y aura des gains associés à cette mesure, qu il faudra mesurer de façon rigoureuse. Comment se déroulerait le processus d implantation jusqu à la gratuité? On suggère avant tout d implanter des indicateurs précis de mesure des résultats, pour s ajuster et corriger le tir si nécessaire. Il y a actuellement beaucoup d indicateurs de volume d activité en santé, mais peu d indicateurs de résultats. Le système d accessibilité à la psychothérapie se développerait donc dans une culture d amélioration continue. Croyez-vous qu on pourra voir apparaître ce nouveau système dans un avenir rapproché? Je pense que oui. Il y a une effervescence incroyable partout au Québec depuis quelque temps. Dans les consultations du commissaire, on constate un intérêt grandissant pour la prise en charge des patients atteints de problèmes de santé mentale et de leurs familles. Le prochain plan d action du ministère de la Santé pourrait faire évoluer les choses en ce sens. Le rapport préconisait un ensemble de mesures, entre autres dans la promotion et la prévention. La situation générale progresse-t-elle? Autant sur le plan de la gestion que dans les groupes communautaires et les soins de première ligne, on sent déjà une réelle mobilisation pour la prise en charge des personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. C est une période très favorable. Cela dit, on investit trop peu dans la prévention. Le système de santé est surchargé par la Robert Salois, commissair à la santé et au bien-être. demande des patients qui ont besoin de soins psychologiques. C est pourquoi le rapport est aussi centré sur les jeunes. Plusieurs troubles courants se développent à l adolescence, et la prévention des troubles mentaux passe en grande partie par cette clientèle. Peut-on s attendre à des actions concrètes du gouvernement dans les prochaines années pour la santé mentale? Le plan d action de en santé mentale a apporté des changements majeurs et significatifs qui avaient été très bien accueillis dans le milieu. Le prochain plan d action, selon moi, donnera un élan à la prise en charge adéquate et au traitement des patients atteints de problèmes de santé mentale. (1) Journées de maladie, invalidité de courte durée, perte de productivité, etc. Le prochain plan d action du Ministère de la Santé pourrait faire évoluer les choses en ce sens. 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 17

18 SAnTÉ MEnTALE ET MILIEUX DE TRAVAIL Travailler comme un fou Burnout, stress excessif, anxiété, dépression. Même si les entreprises sont conscientes du problème, le nombre de Québécois atteints de maladies mentales causées par leur milieu de travail ne cesse d augmenter. PAR PHILIPPE LAJEUnESSE Près du tiers des causes d absence des employés est due à un problème de santé mentale En quête infinie de performance, les entreprises mènent la vie dure à leurs employés qui tombent comme des soldats au champ d honneur. En effet, les troubles et maladies mentales sont les principales causes d invalidité de courte et de longue durée au Canada. Une situation problématique et particulièrement coûteuse. «Un employé fatigué aura tendance à avoir des troubles de mémoire, sera plus irritable donc moins disposé à entretenir de bons liens avec ses collègues et sera généralement porté à tourner les coins ronds. Puis une fois au bout du rouleau, l employé devra s absenter», explique Michel Vézina, professeur à l Université Laval et spécialiste en maladies mentales dans les milieux de travail. M. Vézina affirme que près du tiers des causes d absence des employés est due à un problème de santé mentale. «Il serait temps que les entreprises cessent de nier le problème et que l on considère le fait que les difficultés d un employé peuvent s expliquer par la qualité de son milieu de travail», explique-t-il. Entreprise malade, employé malade Les conditions mentales des travailleurs sont en lien direct avec le rendement et la performance d une entreprise. Comme le dit M. Vézina : «entreprise malade, employés malades». Considérant que le cercle vicieux des maladies mentales au travail est négatif pour tout le monde, il est surprenant d apprendre que le nombre de personnes touchées par le problème est en augmentation année après année. En juin dernier, lors d une table ronde avec la ministre du Travail Lisa Raitt et différents dirigeants syndicaux, on a convenu que les coûts reliés aux incapacités engendrées par les problèmes de santé mentale étaient beaucoup trop élevés. «La santé mentale entraîne des coûts élevés sur le plan humain, social et économique. La recherche de moyens pour prévenir et traiter les maladies en milieu de travail fait partie intégrante des mesures visant à maintenir notre économie concurrentielle et notre main-d œuvre forte et en santé», explique la ministre. Ces coûts représentent 50 milliards de dollars par année, voir l équivalent d une fois et demie le budget du ministère québécois de la Santé et des Services Sociaux. De quoi faire réfléchir les entreprises qui traitent encore leurs employés comme des citrons bons à presser. 106 désordres mentaux (130 pages) 182 désordres mentaux (134 pages) 265 catégories diagnostiques (494 pages) 297 désordres (886 pages) 297 désordres (947 pages) 1952 DSM-I 1968 DSM-II DSM-III 1980 DSM-IV 1994 DSM ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

19 Existe-t-il un remède? La commission de la santé mentale du Canada a publié, en janvier dernier, la norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail. Ce guide destiné aux entreprises explique en détail ce que devrait être un milieu de travail sain. Première de sa catégorie, cette norme d application volontaire propose des moyens, des outils et des ressources pour aider les milieux de travails de toutes tailles et de n importe quel secteur à promouvoir la santé mentale et à prévenir les préjudices psychologiques des employés. Le Conseil du patronat du Québec s était opposé à ce projet de normes notamment parce qu il ne responsabilisait pas suffisamment les employés et ne se basait pas sur des indicateurs objectifs, le qualifiant d inapplicable et questionnant sa pertinence. De son côté, M. Vézina explique que les dirigeants d entreprises devraient toujours encourager leurs employés à parler de leurs problèmes. De plus, les faire participer aux décisions qui les concernent et reconnaître ce qu ils font de bien sont de bons moyens d éviter leur affaissement psychologique. De cette manière, plus grande est la chance pour l entreprise de maximiser sa performance et pour les employés, d être heureux. De plus, il est indispensable pour l entreprise d ajuster le niveau de soutien, d aide et de collaboration en fonction de la charge de travail administrée à l employé : «trop souvent, les entreprises augmentent la charge de travail des employés, mais sans jamais augmenter les ressources qui l aideront à effectuer son travail». Ces réformes ne sont que la base, mais sont essentielles au bien-être psychologique des employés. Les dirigeants d entreprises devraient toujours encourager leurs employés à parler de leurs problèmes 1 er novembre 2013 ITINERAIRE.CA 19

20 JEUX VIDÉO ET MALADIE MEnTALE Entrez dans le monde virtuel de la dépression Vous entrez dans une pièce grise, il fait sombre, une musique mélancolique accompagne vos pensées. Vous êtes Alex; démotivé par tout ce qui vous entoure, vous êtes déprimé. Voici comment on pénètre dans le jeu vidéo Depression Quest. PAR URSULE FERLAnD idée de base de ce jeu est de L mettre l utilisateur dans la peau d un dépressif. Alex, alias le joueur, avance dans sa petite vie de tous les jours et se retrouve devant des situations banales du quotidien. Il doit faire des choix. Les réponses qui seraient normalement sélectionnées par une personne sans trouble dépressif, sont rayées et ne peuvent être choisies. Vendredi soir, Alex a eu une mauvaise semaine au bureau. Il est stressé et fatigué. Comme il a tendance à s isoler et à trouver de bonnes raisons pour rester seul à la maison, sa copine s ennuie de lui. Elle lui propose de l accompagner à une fête où ils auront des amis communs avec qui ils aiment faire le party. Le choix de réponse numéro un serait le plus envisageable : j accepte l invitation et je vais lâcher mon fou avec ma copine. Cette réponse est visiblement rayée et indisponible au joueur. Il doit plutôt opter entre la réponse deux : je mens et je dis que je dois absolument travailler sur un projet, ou la trois : je lui dis que je ne «file» pas pour aller à une fête, que je suis trop fatigué. Le joueur progresse dans cet univers à travers les 150 possibilités d orientations qui se tissent selon les choix qu il fait. L objectif de Depression Quest n est pas d amuser, mais de sensibiliser les utilisateurs aux réalités de la dépression. Comprendre la dépression John Walnut 1, joueur polyvalent, a exploré Depression Quest à quelques reprises. Il voulait connaître les différents tournants que pouvait prendre la vie d Alex. Pour lui qui a déjà souffert d une dépression, l idée de créer ce type de jeu en est une bonne. «La dépression est très mal comprise, même dans la société d aujourd hui. Certains croient que les personnes déprimées sont paresseuses ou qu elles sont à la recherche d attention. Le jeu peut montrer que ce n est pas le cas», indique John Walnut. Plus Alex est déprimé, moins il y a de choix de réponses qui s ouvrent à lui. Plus le jeu avance, plus il y aura d options rayées en rouge : réponses indisponibles. Même si le joueur ne veut pas opter pour la réponse qui l isole du reste du monde, il en devient obligé car en réalité, c est généralement comme ça que ça fonctionne, une personne dépressive. Zoe Quinn, co-conceptrice du jeu et basée à Boston, déclare dans un article du Giant Bomb (spécialisé en jeux vidéo), que «leur but en créant ce jeu, c était de faire quelque chose contre la stigmatisation vis-à-vis de la maladie mentale. Le fait de se mettre dans la peau de quelqu un d autre peut susciter de l empathie chez le joueur», soutient-elle. Depression Quest attire l attention sur les enjeux de la dépression. Le jeu vidéo, qui parvient à plonger l utilisateur dans une ambiance sinistre et réaliste, pourrait-il accompagner une personne qui souffre véritablement de dépression vers la fin de son mal? Vers la guérison? Outil thérapeutique Jocelyn Morettini, psychologue et neuropsychologue, ne croit pas qu un jeu puisse remplacer un traitement thérapeutique. «Peut-être pas remplacer, mais tout de même appuyer une démarche thérapeutique», affirme-t-il avec nuance. Il donne en exemple un autre jeu de rôle traitant de la maladie mentale, Actual Sunlight : «c est une représentation de la maladie, de la dépression. Il y a tout un monde entre la recherche scientifique et l art», soutient-il. Le site américain PubMed. gouv, qui répertorie des articles de la U.S. National Library of Medicine, nous renvoie à trois recherches scientifiques qui tournent autour du sujet, mais qui n abordent pas précisément les effets obtenus par des jeux tels que Depression Quest ou Actual Sunlight. «Il y a mille et une raisons qui peuvent être à la source d une situation dépressive. Ça peut prendre jusqu à un an avant de mettre le doigt dessus, avant même de pouvoir commencer à traiter le patient», explique le psychologue. 1 Nom fictif 20 ITINERAIRE.CA 1 er novembre 2013

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