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1 VALETKA - 1 -

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3 Wanda LINDEN née Luxembourg Traduit du russe par Georges alias "Papst" Linden, son fils. Les notes du traducteur apparaissent [entre crochets] Les mémoires de Wanda Luxembourg appartiennent à l'université de Columbia (USA), à qui elle les a vendues, et ne peuvent être reproduites ou utilisées à quelque fin que ce soit

4 La Crimée en A la fin du mois de novembre 1917, nous avons décidé, mon mari et moi, de quitter Saint- Pétersbourg. Nous avions trois enfants, un fils de 11 ans, et deux filles de 9 et 7 ans. Mon mari qui occupait le poste de vice-directeur du département de la marine marchande au ministère du Commerce et de l Industrie, le perdit après la révolution d octobre, ainsi que tous ses collègues, qui furent remplacés par les huissiers et les scribes. Le ravitaillement devenait de plus en plus difficile. Pendant la guerre, avant la révolution, le ministère du Commerce et de l Industrie avait une situation privilégiée, car il était chargé de la distribution du ravitaillement des établissements publics, hospices, hôpitaux et orphelinats. Avant la guerre, ces produits étaient exportés en Angleterre, le producteur principal étant la Sibérie. Pendant la guerre, cette exportation cessa et tous les produits restaient chez nous. Le ministère du Commerce et de l Industrie recevait quelques wagons pour sa propre utilisation et j appris alors la richesse fabuleuse de notre Sibérie. On recevait des arrivages énormes de farine, de beurre, de gibier, de poisson fumé, de viande et de lard. La répartition des produits se faisait en fonction du rang occupé et, en conséquence mon mari était richement loti, alors que la piétaille recevait très peu de choses. Quand je l appris, je me suis mise à partager mon lot avec l huissier personnel et le cocher officiel mis à la disposition de mon mari. Lorsqu ils vinrent au pouvoir en octobre 1917, tous les deux s acquittèrent généreusement. La famine, nous ne la connûmes qu au mois de novembre, lorsque le ravitaillement fut désorganisé, et que commenca le pillage des trains immobilisés. Le père de mon mari avait une petite propriété en Crimée, près de la petite ville d Alouchta. La révolution ne s était pas encore déroulée jusqu à la Crimée et le ravitaillement y était plus facile. La Crimée se trouve pas loin de l Ukraine, le grenier de la Russie, et elle-même est riche en fruits et particulièrement en raisin. Nous avons pu mener notre voyage à bonne fin. Pourtant notre compartiment fut envahi par plusieurs matelots d aspect menaçant, mais mon mari et moi avons pu vite lier une conversation amicale avec eux, et nos enfants câlins aux yeux bleus leurs plurent tellement qu ils défirent leurs sacs et se mirent à nous régaler de gâteries que nous n avions pas vues depuis longtemps : pain blanc, saucisson, brioche. " Ne te gêne pas, sers-toi " me disait le chef. " En chemin, nous achèterons encore. Nous avons de quoi ". Il défit la tige de sa botte montante qui était bourrée de billets de 100 roubles, irisés du régime tsariste. Le gouvernement provisoire avait émis de nouveaux signes monétaires, appelés " kerenki ", ressemblant davantage à des timbre-postes qu à des billets de banque. Le peuple n avait pas confiance en eux, et exigeait les roubles du tsar, quoiqu il fut interdit de les utiliser. Mais la plupart du peuple était convaincu que le tsar aller revenir et que les kerenkis deviendraient alors des loques de papier sans valeur. Les billets de cent roubles irisés étaient acceptés volontiers par les paysans, quoiqu ils fussent des faux fabriqués par des spéculateurs habiles. Lorsque notre train roula dans les terres fertiles du midi, des " babas " (femmes de moujiks) surgissaient aux stations, portant des pots de lait et de crème, du pain blanc, et de grosses tranches de lard. Les matelots passaient par les fenêtres, sans compter, des paquets de billets de cent roubles, et les femmes, de même, sans peser ni mesurer, passaient leurs produits. Ma fille la plus jeune fit rire les matelots en disant : "maman, ici il n y a pas de magasin, et il faut acheter à ces dames ". Lorsque nous eûmes atteint Simféropol, les matelots nous aidèrent à descendre nos bagages, et prirent congé de nous très cordialement

5 Le père de mon mari, lieutenant général de la flotte, Linden, avait deux grandes maisons, une de vingt chambres, l autre de quinze, près de la petite ville Alouchta. L achat d un terrain de quinze déciatines (quinze hectares environ), était l idée absurde de sa femme fantasque, très fière d appartenir de la lignée des Hetmans Kavraïsky. [Note de Papst : Hetmans : au 17ème siècle, gouverneur " indépendant " de l Ukraine]. Le général Linden prit sa retraite en 1902, et ma belle-mère décida de trouver une source de revenus, car le montant de la retraite lui parut trop modeste. Elle obligea son mari d acquérir un lot de terre extrêmement mal commode, disposé sur une élévation assez éloignée de la plage, et dépourvu d eau, qu il fallait faire venir en tonneau d Alouchta, qui se trouvait à une verste (un kilomètre) de la propriété. Il fallait beaucoup d eau car " madame la Générale " avait planté des arbres fruitiers et de la vigne pour la vente. Il fallu énormément d argent et madame la générale fit construire alors deux maisons pour ouvrir une pension. Son calcul était fondé sur le fait que la pension serait une trouvaille pour les israélites, car Alouchta était la seule région de la Crimée où les israélites avaient le droit de résidence ; toutes les autres plages touristiques leurs étaient interdites. Mais son calcul n était pas juste. Les israélites qui avaient reçu une éducation supérieure, avaient le droit de vivre en dehors de ce qu on appelait la " zone de sédentarité ", alors que les riches banquiers et industriels préféraient aller à l étranger. Alouchta recevait une bourgeoisie israélite moyenne, assez mal élevée, criarde et exigeante. Ni madame la générale, ni ses filles ne savaient absolument mener l affaire. Le personnel, trop nombreux, mais engagé seulement pour la saison d été, travaillait sans retrousser les manches, le chef cuisinait mal, l économe volait. (le cuisinier était engagé après un dîner d essai chez nous, à Petrograd, et qui se terminait invariablement par un "pudding sauce sabayon", délice de nous les enfants). Au mois d août 1917, la générale mourut. Le général et ses deux filles, vieilles filles de 45 et 30 ans, quittèrent Saint-Pétersbourg, et s installèrent à Alouchta : l atmosphère était déjà trouble dans la capitale. [Note de Papst : erreur de ma mère : mon grand-père, sa femme et ses filles s installèrent à Alouchta en 1917 au plus tard, ne serait-ce qu à cause de la bronchite chronique de mon grand-père qui lui interdisait de vivre dans le nord]. Nous non plus n'avions rien à faire à Saint-Pétersbourg et nous partîmes à Alouchta. Quand nous nous sommes installés dans la grande maison non chauffée, la vie fut ennuyeuse, mais tranquille. Mais en Décembre 1917, la révolution éclata en Crimée; ce fut le commencement des réquisitions : on prenait les armes, l'or et les objets précieux, mais il n'y avait encore ni arrestations, ni assassinats. Le problème de combustible posait des difficultés, il apparut quasi impossible d'entretenir les deux maisons. Ici un coup de chance vint aider le général. Non loin de notre propriété, se trouvaient les plantations de tabac et les usines de cigarettes d'un richissime israélite, Ashkenazi. Il apprit les difficultés financières du général et décida d'acquérir la propriété à bon compte. Personne ne pensait alors que la propriété privée serait bientôt interdite. Le général accepta l'offre et acheta aussitôt à Yalta une petite datcha de sept pièces. l' achat s'avéra être des plus heureux. La datcha se trouvait aussi sur une colline, aux limites de Yalta. Les "arbas" (gros chars tartares) ne pouvaient pas monter jusqu'au portail; le petit jardin était disposé sur trois terrasses. La maison, elle aussi, était construite sur plusieurs niveaux et, le soir venu, on était exténué à force de monter et descendre les escaliers intérieurs. Le seul avantage était l'eau courante et une salle de bain splendide. Il apparut que quitter Alouchta n'était pas si simple que ça. Les "arbas" stationnaient déjà devant la maison pour le transports des meubles lorsque parut un étudiant maigrichon et hirsute qui ordonna de lui présenter le permis de changer de domicile. - "Nous ne savions rien au sujet d'un permis" dis-je "Où peut-on l'obtenir? - 5 -

6 - "Chez le commissaire chargé des affaires de domicile. Voici son adresse." L'étudiant me tendit un morceau de papier assez sale. La maison du commissaire se trouvait à la périphérie éloignée, tartare, d'alouchta à deux verstes de notre maison. Le soleil d'août me grillait férocement. Dans la cour d'une maisonnette de bois un matelot de grande taille sciait un tronc puissant de chêne en poussant des jurons violents car il travaillait seul avec une scie à deux mains. - "Est-ce ici qu 'habite le commissaire?" demandai-je. "C'est moi le commissaire" répondit-il sans me regarder, "mais maintenant je n'ai pas le temps, revenez demain" - "Voulez-vous qu'on travaille à deux?" proposai-je au commissaire. Il se tourna pour la première fois et dit avec étonnement: - "Ce n'est pas un travail pour vous, ce n'est pas une affaire de femme" - "Essayons, tovarichtch" C'est qu'en fait j'avais appris à scier avec notre homme de cour tartare, Ibrahim. J'avais vu combien il lui était difficile de travailler; le frère cadet de mon mari, de constitution faible et paresseux, que j'avais appelé en mon for intérieur "le dadais issu de la noblesse" était une gêne plutôt qu'une aide; les servantes ne voulaient pas s'occuper de ce travail pénible. Moimême j'étais jeune, forte et savais très bien manier les avirons. Ibrahim me montra les tours de main nécessaires et au bout d'une semaine j'étais devenu un vrai scieur. Je pris la deuxième poignée de la scie, l'air résonna des coups forts et réguliers, les copeaux brillaient comme de l'or. Au bout d'une heure le tronc était scié et les bûches rangées proprement dans le hangar. - "Maintenant ce n est point péché que de se reposer et de régaler une bonne ouvrière", dit le commissaire gentiment. Je m assis sur un banc à l ombre dense d un platane pendant que le commissaire apportait de la maison une bouteille ventrue, de verre, une assiette de galettes et une petit table en bois. La liqueur de cerise était épaisse et aromatique, les petites galettes fondaient dans la bouche. Je louai cher ce délicieux régal et le matelot me dit : - "c est de la fabrication de ma mère, elle est une maîtresse en cuisine ; elle a servi dix ans comme aide du cuisinier dans la maison d un grand duc. Aujourd hui elle est partie pour toute la journée dorloter un petit-fils ; qu elle regrettera d avoir manqué une chère convive". - "Vous avez sans doute servi dans un équipage de la garde" - "Tout juste", répondit-il en rayonnant, "quartier-maître Ivan Timoféev, et vous même qui seriez-vous, ma petite barynia, et pour quelle affaire êtes-vous venue?" - "Mon nom de famille est Linden" - "Vous seriez fille du général?" - "Non, je suis la femme de son fils aîné et mon affaire c est obtenir de vous le permis de déménager à Yalta et le droit de transporter les meubles de cette pièce". Le commissaire revint bientôt avec un imprimé sur lequel il était écrit : "par la présente, il est permis à la citoyenne Linden de déménager à Yalta, avec droit de transporter l ameublement de NEUF pièces et TOUS les ustensiles domestiques". Le commissaire sourit malicieusement : "Cela vous va?" - "Merci beaucoup mon brave, mais voilà encore une question : nous avons une vache et quarante poules ; nous est-il permis de les emmener avec nous?" - "Voyez-vous, en ce qui concerne le cheptel, c est une situation particulière : il est considéré comme propriété du peuple, mais pour le moment, on en tient pas le compte ; mais si vous essayiez d emmener vos bien vifs, on vous les enlèvera aussitôt" - "C est dommage, j ai trois enfants et le général a pas mal d années d âge ; vous savez comme le ravitaillement est difficile. Leur principale nourriture, ce sont les œufs et les produits laitiers. Vous avez été en France, commissaire?" - "Mais oui. Il m est arrivé de visiter Toulon et Bordeaux aussi. C est un peuple gai et leur vin est de première classe. Mais pourquoi me demandez-vous cela?" - 6 -

7 - "Eh bien, voyez-vous, chez les français, tous les grands théâtres, les palais, les monuments sont propriété nationale, alors que chez nous, on a mis nos vaches et nos bœufs à égalité avec le grand opéra ; dommage qu ils ne le comprennent pas, sans quoi ils se sentiraient flattés". Le commissaire éclata de rire : "Quelle petite barynia! Elle ne sert pas de sa langue moins bien que d une scie. Il faut vous arranger cette affaire. Qui paie ses dettes s enrichit". Il m apporta un autre imprimé : "Compte-tenu des services spéciaux rendus par a citoyenne Linden pour l élevage du bétail domestique dans la presqu île de la Crimée, il lui est fait don d une vache et de quarante poules". En nous séparant, nous nous sommes fortement serré la main. Le lendemain, nous sommes partis, moi, le "dadais" et les enfants, pour Yalta, pour occuper la datcha : les locaux vides étaient réquisitionnés pour les familles des soldats de la vaillante armée rouge. Le général et ses filles voulaient emménager lorsque la " datcha " serait arrangée. A Yalta, les bolcheviques agissaient plus énergiquement qu à Alouchta. Il ne passait pas de jour sans que des soldats ivres, débridés, n envahissaient la datcha pour y perquisitionner. Quelques fois, il y avait jusqu à six perquisitions par jour. J étais la seule personne de sang-froid, et équilibrée dans la maison ; mon mari avait trouvé un emploi de bureau à Féodossia, et c est à moi qu échu le plaisir de conduire à travers les chambres des soldats effectuant la perquisition. Le chef du détachement appuyait son revolver contre ma tempe, et criait, menaçant "montre tout, et si nous trouvons de l or ou des armes, toi-même, tu sais ce qui t attend". Il n avait nulle intention de me tuer, mais un homme ivre n est pas toujours sûr de ce qu il fait avec sa main. Après les perquisition, il fallait beaucoup de temps pour mettre les chambres en ordre : le parterre était jonché d habits, de linge, de chaussures, de livres. En 1918, les bolcheviques conclurent la paix de Brest-Litovsk avec les allemands, mais l avance des troupes allemandes continuait dans le sud et l armée rouge leur opposait une résistance acharnée. Tous les "bourjouï" [Note de Papst : du français "bourgeois", terme qui s enracina dans la langue russe au moment de la révolution, avec à peu près le même sens] brûlaient de voir la venue des allemands, quoiqu ils sussent combien il était ignominieux d attendre la libération due à un ennemi qui haïssait la Russie. J allais au meeting qui se tenait dans la maison du peuple, anciennement théâtre municipal, et auquel, grâce à quelques allusions des orateurs, on pouvait deviner quelle était la situation au front. L allocution, d introduction du président proclamait: "Tovaritch! Il est strictement interdit d emporter les chaises avec soi. Les contrevenants seront punis avec toute la rigueur de la loi ". Mais dans le tohu-bohu qui se produisait à la fin du meeting, un certain nombre de chaises disparaissait toujours. Un assez grand nombre d orateurs était de race allogène, et l on pouvait entendre des perles de la langue russe comme celles-ci : "Lorsque, dans l armée du Tsar, le soldat devait se lancer à l attaque, le sous-officier lui tapait avec LE crosse sur LE tête, et le piquait avec LE baïonnette dans LA derrière". Le 17 mai 1918, les placards suivants furent collés à tous les croisements des rues d Yalta : Tovaritch! Aujourd hui, à huit heures du soir, tous les habitants de la ville de Yalta doivent se trouver à la maison. Les portes, les fenêtres et les volets doivent être fermés, et toutes les lumières éteintes. L autorisation de sortir dans la rue sera annoncée par un coup de canon. Les contrevenants au présent ordre seront fusillés sans sommation

8 Le commandant militaire de la ville de Yalta Capitaine Zvatchine 17 mai 1918 La nuit s étirait sans fin. Dans la pièce hermétiquement fermée, il faisait chaud et étouffant. Le sourd grondement de lourdes charrettes parvenait jusqu à notre quartier périphériques. Le matin vint, il était déjà neuf heures ; pourtant, le coup de canon promis ne résonnait pas. Je décidai de descendre jusqu au portillon du jardin : dans la rue, pas âme qui vive. J ai alors commencé à descendre lentement le boulevard menant à la place du marché. Toujours le même silence de mort. Soudain, je n en crus pas mes yeux. Deux officiers en tenue vert-gris, portant des casques d acier sur la tête, venaient à ma rencontre : des allemands! Ils me regardaient avec non moins d étonnement que moi. - "Sind sie wirklich deutsch?" (Etes-vous vraiment allemands?), leur demandai-je assez bêtement, mais les deux officiers firent aussitôt preuve de la politesse propre aux allemands de l époque. Ils claquèrent les talons en faisant résonner leurs éperons, et l aîné de présenta en s inclinant : - "Lieutenant Klücke von Klüguenau". Le plus jeune dit à son tour : "Aspirant von Choltitz". Que c était extraordinaire : devant moi se tenait le futur général von Choltitz, qui sauve Paris d une destruction totale en "Mon nom de famille est Linden et mon prénom Wanda ; de naissance, je suis une israélite polonaise"; un soupçon d étonnement parcouru la figure des officiers. "Quant à mon mari, il est russe et vient d une famille dont l ancêtre a été fait prisonnier à la bataille de la Poltava". [note de Papst : pure fantaisie de ma mère, ou voulait-elle en mettre plein la vue aux officiers allemands?] - "Vous parlez admirablement l allemand", dit Klücke von Klüguenau - "Nous, israélites, nous sommes souvent d excellents linguistes" Le silence de mort de la ville déconcertait les allemands et je leur expliquai à quoi il était dû. Pendant notre conversation, plusieurs fenêtres s ouvrirent : - "Les allemands, les allemands!"cria-t-on, et bientôt nous fûmes entourés d une foule de gens. Les questions fusèrent : - "Vous parlez leur langue?" - "Demandez-leur : on ne va nous opprimer? Donneront-ils des cartes de pain? Vont-ils nous prendre le bétail? " Je traduisis ce que demandaient les gens et Klücke répondit : "Personne ne sera poursuivi, s'il ne se livre pas à la propagande communiste; il n'y a aucune réquisition. Demain, toutes les boulangeries et tous les magasins d'alimentation seront ouverts. Nous avons organisé le ravitaillement en produits alimentaires de toutes sortes." Lorsque j'eus traduit cette réponse la foule cria joyeusement hourra! "Gnädige Frau" (chère Madame) dit Klücke en s'adressant à moi "vous pouvez rendre un service énorme au maïor le baron von der Saken, commandant la place de Yalta; consentiriez-vous à traduire ses ordres et ses instructions?" Je donnais mon accord et Klücke ordonna à von Choltitz : "Allez tout de suite voir monsieur le "maïor", et communiquez lui que nous avons trouvé une excellente traductrice et demandez lui de donner l'ordre à quelques soldats d'arracher tous les placards bolcheviks. Je reviens à mon hôtel." Klücke prit respectueusement congé de moi. Choltitz revint bientôt dans une élégante et légère calèche. Sur le siège du cocher était assis un soldat avec, à ses pieds, un volumineux panier. "Monsieur le "maïor" vous demande d'accepter l'expression de sa profonde reconnaissance et de lui permettre de présenter ses respects à 5 heures cet après-midi." Lorsque la calèche s'arrêta devant le portillon du jardin, toutes les portes et tous les volets étaient encore fermés; de toute évidence on attendait encore le coup de canon. J'ouvris le portillon et sonnai bruyamment. Les enfants coururent avec joie à ma rencontre; ma longue - 8 -

9 absence les avait beaucoup inquiétés, mais, la veille, leurs sévères tantes leur avaient interdit de sortir de leur chambre et là-haut personne n'était au courant de ma sortie. Les volets s'entrouvrirent, et lorsque l'aînée de mes "belles sœurs" (en français dans le texte) me vit moi, la calèche et le soldat, elle se mit à vociférer contre mon incartade impertinente juive. Le soldat apporta le panier, claqua des talons et s'en fut pendant que j'expliquai mon "incartade impertinente juive". On permit aux enfants de déballer le panier dans lequel on trouva un jambon entier, du saucisson, du sucre, du thé, chocolat et biscuits. Lorsque, pour finir, je dis qu'à cinq heures, nous aurions la visite le baron von der Saken, commandant de la place de Yalta, les snobs de la famille furent extrêmement flattés. Le baron fut reçu avec enthousiasme, comme "notre sauveur" ; lui aussi fut extrêmement aimable et s'adressait au général avec un respect presque exagéré. Le baron possédait parfaitement l'anglais et la conversation avec lui ne présentait aucune difficulté. Il nous raconta que les troupes allemandes étaient entrées dans Yalta à trois heures du matin et que le baron avait espéré prendre les bolcheviks au dépourvu, mais qu'ils avaient eu le temps de fuir. Partout gisaient les corps ensanglantés des officiers blancs; leurs femmes et leurs enfants avaient été jetés à la mer et la vue de ces morts, balançant sur les vagues à la lumière blanche de la lune était un tableau sinistre même pour un vieux guerrier comme lui. "Mais dites moi, baron" demandai-je "pourquoi votre gouvernement a-t-il conclu la paix de Brest-Litovsk, et vous continuez de les combattre?" Le baron sourit : "Nous ne combattons pas les bolcheviks, mais des bandes de bandits qui s'intitulent armée rouge. Nous continuerons à exterminer ces bandes jusqu'à ce que nous occupions Petersbourg et Moscou. Nous nous emparerons de l'europe toute entière. C'est nous qui aurons la gloire d'accomplir ce que disent les paroles valeureuses de notre chant : "Deutschland, Deutschland über alles!" (Allemagne, Allemagne au dessus de tout!). Mais nous n'allons pas opprimer les pays assujettis; nous leur laisserons leur gouvernement; nous exigerons seulement qu'ils soient nos alliés fidèles et obéissants." Mais je connaissais l'attitude de l'allemagne envers la Pologne conquise : il n'existait pas de gouvernement polonais, l'enseignement se faisait en allemand. Les allemands méprisaient les polonais, les appelaient race inférieure et peuple-fumier. L'avenir de l'europe me paraissait sombre. Et pourtant, malgré la certitude du baron, malgré le fait que les allemands avançaient vers Paris, il vivait en moi un espoir ferme : la victoire resterait aux alliés. Von Choltitz prit l'habitude de venir souvent à la maison. Il n'avait pas la fatuité et l'arrogance allemandes. Il connaissait très bien le français et l'anglais et nous avions des goûts communs en littérature. Nos officiers lisaient peu et ignoraient totalement les auteurs étrangers. Mais von Choltitz était fier des succès de l'armée allemande. Il nous lisait souvent les communiqués du général Ludendorff, commandant les troupes sur le front de France. Un de ces communiqués nous apprit que des canons à grande portée bombardaient Paris; les obus couvraient une distance de cent kilomètres. Mais ce nouveau canon, inventé en Mai 1918 atteignait rarement son objectif. Les français appelaient ces canons "les grosses Berthas" (en français dans le texte) et disaient que les dames allemandes ne se distinguaient pas par leur adresse. Mais entendre ces communiqués m'était pénible et je quittais bientôt la pièce lorsque von Choltitz les lisait. Une fois, il me suivit et me demanda pourquoi il m'étais apparemment désagréable de l'écouter : "Voyez-vous, von Choltitz " lui répondis-je " après Saint- Pétersbourg, il n y a pas de ville que j aime autant que Paris, et pourtant je connais presque toutes les capitales d Europe. A Paris, les monuments anciens et les bâtiments modernes sont aussi beaux les uns que les autres. Jour et nuit, Paris étincelle de joie et de vie ; ce n est pas sans raison qu on l appelle " la ville lumière " (en français dans le texte). Les français, je les aime pour leur bonhomie et leur politesse. Voilà pourquoi il m est terriblement triste de penser que cette ville merveilleuse puisse être détruite " - " Que les français se rendent ; leur position est tout à fait désespérée. " - 9 -

10 - " Et vous, von Choltitz, est-ce que vous ne défendriez pas Berlin, même s il était menacé de périr inéluctablement " - " Evidemment, j aurais combattu pour l Allemagne et je donnerai ma vie pour elle ; c est qu elle est ma patrie " - " Les français sentent la même chose, lui dis-je ". Les allemands sont des combattants courageux, mais ils sont mauvais en politique. Dans les deux guerres mondiales, ils se mirent l Amérique à dos, et les deux fois c était la cause de leur défaite. En août 1918, un sous-marin allemand coula un navire hôpital américain, le Lusitania, qui transportait aux Etats-Unis des soldats blessés, français et anglais [totalement faux : le Lusitania fut coulé en 1915 et était un simple paquebot]. Le commandement allemand avait décidé que l Amérique, sous couvert de la Croix-Rouge, fournissait des armes aux alliés. Tous les blessés et l équipage américain périrent. Le président Wilson déclara la guerre à l Allemagne sans tarder, et les troupes américaines toues fraîches et bien armées, commencèrent à affluer à l aide des français. Les français continuaient à se défendre héroïquement sous la direction de deux généraux extraordinairement courageux et intelligents : Foch et Galliffet (la culotte " Galife " très élargie à la cuisse était très prisée par les commissaires bolcheviks). Les troupes américaines qui n étaient pas éprouvées par quatre ans de guerre écrasèrent les allemands. Au mois d août, nous sentîmes que l humeur des allemands était devenue inquiète. On voyait moins de troupes, les concerts militaires s arrêtèrent dans les jardins publics [Papst: j étais surtout attiré par les gesticulations du chef d orchestre et le gonflement en aplatissement des joues d un gros soldat soufflant dans je ne sais quel instrument à vent] ; von Choltitz cessa de venir chez nous. Bientôt les troupes allemandes abandonnèrent la Crimée et furent remplacées par les " blancs". Par le journal "le Messager de Yalta", édité par le gouvernement de paille [?] de la Crimée, nous apprîmes les revers militaires allemands qui venaient de commencer. Le départ de allemands inquiétait beaucoup de gens. On craignait le retour possible des bolcheviks, on n'avait que peu confiance dans la force des tropes blanches. Mais nous apprîmes que des troupes françaises et roumaines avaient débarqué à Odessa et qu'elles nous défendraient si cela s'avérait nécessaire. Mais tout l'été 1918 se passa tranquillement en Crimée. Mon mari obtint à nouveau son poste de vice-directeur du département de la marine marchande au ministère du Commerce et de l'industrie dans le gouvernement ukrainien du hetman Skoropadski, et fut nommé membre du conseil d'administration de la compagnie de navigation, le "Dobrovolnii Flott". Mon mari réussit à trouver un petit appartement meublé à Odessa, qui était le lieu d'emploi de ses deux fonctions. Je reçus une lettre dans laquelle il me faisait savoir que je devais me rendre au bureau de la compagnie russe de navigation et de commerce à laquelle il avait commandé quatre billets sur le navire "Ksenia" [si je me rappelle bien, le nom complet était "Grande Duchesse Ksenia"], qui partait pour Odessa le 28 août. [Ma mère commet une erreur de chronologie compréhensible, mais l'indication de la date exacte du départ du Ksenia, est étonnante. En fait, comme le dit ma mère dans ses dernières lignes, et comme je me le rappelle parfaitement, nous sommes arrivés à Odessa lorsque les français étaient en train d'évacuer leurs troupes à la suite des mutineries sur les navires de guerre français. Or la grande encyclopédie soviétique indique qu'elles eurent lieu début avril La date réelle de notre départ de Yalta serait-elle le 28 mars?]. Les enfants et moi, étions extrêmement heureux à la pensée qu'après une longue séparation, nous vivrions de nouveau ensemble. Quand je suis venue aux bureaux de la compagnie russe, un employé me conduisit au bureau du chef de l'agence qui essaya de me persuader de reporter le départ sous le prétexte qu'il n'y avait plus une seule cabine de première classe libre à bord du "Ksenia". Mais lorsque je lui déclarai que j'étais prête à voyager même sur le pont, il me tendit une petite note à présenter à la caisse: "Je vous souhaite un heureux voyage" me dit-il avec un léger tremblement de la voix, et à la caisse,

11 on me donna, à ma grande surprise, des billets pour deux cabines de première classe. Le voyage fut très agréable : une mer de glace, un temps ensoleillé mais pas chaud. Une heure avant d'arriver à Odessa, le second annonça par haut-parleur que les voyageurs devaient préparer leurs passeports pour les présenter aux autorités françaises. Mais lorsque "Ksenia" s'amarrait, il régnait sur le quai une grande inquiétude chez les gens qui attendaient. Je vis mon mari et il me cria: "Les bolcheviks approchent. Les troupes françaises évacuent Odessa en toute hâte. Descends le plus vite possible!"

12 Odessa en 1919 Au début d'août 1919 [en fait fin Mars-début Avril 1919 : voir ma note à la fin de l'article II : La Crimée en 1918], j'ai quitté la Crimée où je vivais avec mes trois enfants, un fils de 12 ans et deux filles de 11 et 9 ans. A ce moment, mon mari servait à Kiev dans le gouvernement du hetman Skoropadsky et occupait son poste antérieur de vice-directeur du département de la Marine Marchande au Ministère du Commerce et de l'industrie. Il avait fallu nous séparer car Kiev était tellement bourré de réfugiés de la Russie Soviétique qu'on avait réquisitionné avec peine une chambre pour mon mari. Il avait fallu me résigner à me loger avec mes enfants dans la propriété du père de mon mari en Crimée, général en retraite, qui y vivait avec ses deux filles, de véritables "vieilles filles." Le dicton russe :<< "Belles sœurettes" égal tapettes à tapis >> leur convenait parfaitement. Elles me haïssaient, moi et mes enfants avec une haine féroce. J'étais une youpine dégoûtante et mes enfants de sales "youpinets". Leur frère était un brillant jeune fonctionnaire et très bel homme. Comment avait-il pu tomber amoureux de cette petite juive sans dot d'aspect tout à fait quelconque qui n'avait en tout et pour tout la bonne connaissance de cinq langues étrangères. Encore plus forte était l'indignation de ma future belle-mère appartenant à la lignée des hetmans Kavraïski. Mais Micha (mon mari) lui avait déclaré fermement que si l'on ne m'accueillait pas comme leur propre fille, elle devrait oublier qu'elle avait un fils. Il avait fallu se soumettre. Ma belle-mère est morte au début d'octobre Je dois dire qu'à la fin de sa vie, elle m'avait acceptée et qu'elle adorait nos enfants. De son vivant les "tapettes" n'osaient pas être si cruelles envers moi : en fin de compte, nos relations sont devenues si tendues, qu'elles m'ont trouvée une chambre grande mais misérable chez une couturière, Maria Alexéevna Petrov; je voudrais que son nom soit conservé pour les générations futures car elle était d'une bonté et d'une abnégation telles que seule possède une femme russe simple. S'il fallait de l'aide, on accourait chez la Tante Macha comme tous les habitants l'appelaient. Elle était restée veuve à 23 ans; son mari, ivrogne invétéré était décédé, mais deux ans avant sa mort il était devenu un fou violent. Dans les accès de folie, il menaçait de l'égorger, mais malgré les prières des voisins elle le gardait à la maison. "Je ne peux pas le mettre dans un asile d'aliénés. C'est trop affreux comme ils vivent là-dedans". Elle ne pensait pas à elle-même et le soignait sans plainte. Une nuit, contre toute attente, arriva mon mari. Il s'était senti patraque (à Kiev) et le docteur avait supposé que c'était le début de la grippe espagnole. Les hôpitaux étaient surchargés et il conseilla à mon mari de revenir à la maison à Yalta où il serait mieux soigné. Le lendemain matin, je fis venir un médecin qui diagnostiqua qu'il ne s'agissait pas de la grippe espagnole mais de la fièvre typhoïde. Il fallut revenir d'urgence chez le général et les tapettes. Il n'était pas possible de garder le malade dans une chambre avec les enfants. Je l'ai sauvé à force de soins malgré tous les tourments et la faim cruelle auxquels les "tapettes" m'avaient soumises. Lorsque mon mari fut guéri, il apprit que le "Dobrovolniï Flott" avait été créé dans les années 90 sous le règne d'alexandre III [L'histoire exacte du "Dobrovolniï Flott" se trouve dans la notice nécrologique consacrée à mon grand-père Guillaume Linden qui avait été la cheville ouvrière de son développement]. Les riches industriels et marchands de cette époque avaient compris que la Russie manquait terriblement de navires de commerce alors que ses exportations étaient énormes. Nous fournissions l'europe en farine, sucre, œufs et gibier. En France la farine pour les nouilles et les macaronis s'appelle encore "Iaganrog" parce qu'on l'expédiait par le port de ce nom. Les riches industriels firent des dons très importants pour la construction de la marine marchande et les navires reçurent les noms des villes où les fonds volontaires (Dobrovolniï) avaient été collectés : Moscou, Iver, etc... On proposa à mon mari, le poste de Membre du Conseil d'administration et il dut s'installer à Odessa. Hélas! la crise du logement y était aussi aiguë et les tapettes persuadèrent mon

13 mari que je reste avec les enfants chez elles. Mon mari avait un petit traitement et ne pouvait verser qu'une modeste contribution. Elles préféraient me garder qu'avoir des locataires qui s'éclipsaient sans avoir rien payé. Dès que mon mari fut parti, commencèrent les grossièretés et les reproches. les enfants étaient blessés par les remarques grossières constantes. J'essayais d'amadouer les tapettes en aidant les servantes à laver et repasser le linge. Mais ma principale performance était le sciage du bois que m'apprit l'homme à tout faire de la cour, le tartar Ibrahim. Il boitillait et il lui était difficile de travailler, mais il prisait le travail chez les "tapettes" car on lui avait alloué au-delà de la palissade, une cabane misérable et un lopin de terre dont il fit un potager, où sa femme faisait pousser un peu de pommes de terre et de chou. En guise de repos, elle couvrait de taloches ses innombrables petits tatars qui me paraissaient tous être du même sexe et âge. Je regardais avec compassion le pauvre Ibrahim ; il était inondé de sueur car, seul, il travaillait avec une scie à deux mains. J'eus la conviction que le sciage était un des mouvements de la gymnastique suédoise alors à la mode : il faut lancer le bras droit en avant avec force et de manière régulière. J'ai demandé à Ibrahim de diriger plusieurs fois mon bras après quoi je pourrais l'aider. D'abord Ibrahim refusa, mais en fin de compte je l'ai persuadé et le travail marcha comme sur des roulettes. À tous les gens qui passaient Ibrahim disait:" Aï! Vaï! regarde la scieuse que j'ai!". Soudain arrive une lettre joyeuse de mon mari : il avait réussi à louer trois-pièces cuisine chez un certain Guerassimenko. L'enveloppe contenait des billets pour deux cabines de première classe sur le navire "Ksenia" de la Compagnie Russe de Navigation et de Commerce. Mon fils courut au port et apprit que l'embarquement était fixé pour le lendemain matin à 8 h. Nous nous mîmes à emballer nos affaires en toute hâte et avec joie. Le lendemain nous prîmes congé du général et des tapettes en les remerciant de leur aimable hospitalité. Lorsque j'inculquais cette phrase à mes enfants la veille, mon fils me dit sur un ton moqueur : " maman, n'as-tu pas honte de mentir ainsi? " Il y avait environ 4 km jusqu'au port et nous nous mîmes en route à peine le jour levé. Mon fils et moi, nous poussions une brouette prêtée par une voisine, les filles marchaient vaillamment derrière nous. " Ksenia" était déjà à quai et un gentil marin d'un certain âge saisit nos bagages et nous conduisit à nos cabines. Nous nous installions rapidement et montâmes sur le pont. Le temps était merveilleux, clair mais pas trop chaud ; la mer était de glace. Le commandant vint vers moi. Il est apparu qu'il était camarade à l'école navale, du frère de mon mari. Il nous invita dans la salle à manger et nous offrit du café excellent avec des petits pains chauds, du beurre et du miel. Après le café nous sommes de nouveaux sortis sur le pont. Les enfants firent vite connaissance avec d'autres enfants et ce fut aussitôt des jeux bruyants. Je m'étendis avec délices sur une chaise longue (en français dans le texte) : la fatigue des dernières années se fit soudain sentir. À côté de moi s'assit une jolie jeune femme qui me demanda timidement si je parlais français. En apprenant que je parlais couramment cette langue et que j'avais été plusieurs fois à Paris, elle s'en réjouit énormément. Madeleine (nous nous étions mis à nous appeler par nos prénoms aussitôt) ne dit qu'elle était femme d'un officier français qui servait dans la garnison d'odessa. Après la défaite de 1918, les Allemands avaient quitté Odessa et furent remplacés par des détachements français et roumains. Quelques navires français était en rade à Odessa. Le temps passait vite dans nos vives conversations. Comme beaucoup de français de cette époque, Madeleine croyait que la Russie était un pays à demi sauvage et fut très surpris d'apprendre qu'avant la révolution de 1917 Saint-Pétersbourg avait un théâtre français permanent. Le lendemain matin, le commandant nous demanda de tenir nos passeports prêts, nous accosterions bientôt, les autorités françaises devaient les viser. Nous fûmes surprises par le nombre de gens qui s'étaient massés sur le quai. Un jeune officier français, le mari de Madeleine, se fraya un chemin à travers la foule et cria de toutes ses forces : " descends immédiatement, les bolcheviques occuperont Odessa demain (selon mes

14 souvenirs reconstitués : " nous foutons le camp "). Dans une heure nous devons embarquer pour Marseille sur un navire des Messageries Maritimes". Les passagers du " Ksenia " furent pris d'une panique tumultueuse. La plupart ne comprenaient pas le français et posaient des questions les plus absurdes. Le commandant exigeait que l'on descende à terre le plus vite. Je me tenais, en désarroi, à côté de mes enfants : mon mari n'était pas en vue. Je me trouvais dans une ville inconnue, sans un kopeck en poche : les " tapettes ", avec des cris hystériques, m'avait arraché la petite somme d'argent que mon mari n'avait envoyé pour le voyage. Tout à coup, résonna un cri joyeux " papa! papa! ". Mon mari m'expliqua qu'il s'était attardé en emballant des archives du Dobroflott. Maintenant nous devions nous rendre à notre appartement, prendre du thé ; puis, en peu de temps, deux matelots devaient arriver, nous emmener au port où nous embarquerions sur le " Wladimir " à destination de Marseille. En fait, au bout d'une heure, on entendit un coup de sonnette mais, au lieu de matelots, apparut un membre du conseil d'administration du Dobroflott, Nicolaï Adamovitch Rjévousski. C'était un arriviste et homme de moralité douteuse, mais il avait une apparence extrêmement agréable et l'allure d'un "grand monsieur". Il déclara que l'équipage du Wladimir ne voulait pas quitter la Russie et était descendu à terre. Par conséquent, il nous était absolument impossible d'embarquer. - " Mais, objecta mon mari, nous avons assez d'officiers et d'hommes dans la force de l'âge pour vous débrouiller avec un seul navire " - "Non, dès que l'équipage verra que nous mettons les chaudières sous pression, les hommes envahiront le navire, détruiront tous, et de plus notre situation pourra s'avérer dangereuse ". En ce moment, la situation des navires du Dobroflott était complexe. Une partie des navires se trouvait dans les ports de la mer Baltique et était au pouvoir des soviets. Une autre partie était attachée aux ports de la mer Noire. La Crimée était le dernier rempart de l'armée blanche qui, sous le commandement du baron Wrangel se battait avec les rouges. Une troisième partie des navires se trouvait à New York où ils étaient arrivés avec des marchandises et y était restés pour réparation et pour réceptionner deux navires commandés en Amérique. Le siège de la direction générale du Dobroflott était à Féodossia, port important de la mer Noire. Mon mari et Rjévousski avaient reçu l'ordre de rester pour gérer l'agence d'odessa. Lorsque le Président du Conseil à Féodossia apprit la rupture du front de l'armée blanche, il envoya un télégramme à Rjévousski pour que lui et mon mari, avec leurs familles, embarquent immédiatement sur le Wladimir et se dirigent sur Marseille. Plus tard on apprit que Rjévousski réussit à entrer en contact avec les autorités rouges et leur promit que si on le nommait Président du Conseil du Dobroflott il retiendrait tous les navires jusqu'à la venue de l'armée rouge. Presque tous les stocks de charbon se trouvaient à Odessa. Malgré les ordres du Président du Conseil, l'amiral Kniaseff (plus tard, à Paris et à Wiesbaden, il venait jouer au bridge chinois presque tous les dimanches), Rjévousski ne fournit pas charbon. Les membres du conseil d'administration réussirent embarquer sur le Tver'. Tous les autres navires tombèrent dans les mains des bolcheviques. Lorsque le pouvoir soviétique se fut établi en Russie, Rjévousski fut effectivement nommé Président du Dobroflott. Mais quelques années plus tard il fut exécuté pour relations avec " l'occident impérialiste ". Je ne suis pas une femme vindicative et un ennemi résolu de la peine de mort, mais je n'ai pas ressenti de pitié pour Rjévousski. Il fallut se soumettre à Rjévousski. Nous ne soupçonnions pas la bassesse de ses intrigues mais nous sentions qu'il y avait quelque entente entre les matelots et lui. La journée passa tranquillement. La petite ruelle (d'après moi, rue large et appartement de rez-de-chaussée) sur laquelle donner notre appartement en sous-sol, conduisait droit au port. Nous regardions avec mélancolie par la fenêtre, les troupes françaises et roumaines qui s'y dirigeaient en tenues complètes de combat. L'artillerie roulait à leur suite. Le commandant en chef des

15 troupes françaises était le maréchal Franchet d'esperey. Il avait promis que, si un danger menaçait Odessa, il la défendrait de toutes ses forces et la quitterait le dernier. Mais le maréchal ne put pas tenir sa parole. Le parti communiste était très fort à Odessa et menait une propagande habile non seulement dans la population, mais aussi dans les troupes françaises. Le communiste de marque Marty réussit à arriver à Odessa sur le croiseur Mirabeau. Lorsque Marty apprit que les bolcheviques s'approchaient d'odessa, il se mit à persuader les soldats qu'ils connaîtraient une vie de paradis dans la république communiste. Le drapeau rouge fut hissé sur le Mirabeau. Franchet d'esperey donna alors l'ordre d'un retour immédiat des troupes en France. Les soldats étaient fatigués de quatre années de guerre et voulaient tous rentrer chez eux. Quelques marins seulement du Mirabeau restèrent à Odessa, Marty pour sa part rentre en France. Chez mon mari, il se trouva quelques provisions et je préparais un dîner douteux. Les enfants, par chance, dorment dans n'importe quelle condition ; quant à moi je me retournais toute la nuit sur un lit dur et ne pouvais pas fermer un œil : j'étais assailli par un tel nombre de punaises que je crus que j'allais être dévorée vive. Le matin je suis partie au marché. On y vendait, au prix fort il est vrai, pain, lait, fromage, des légumes et les fruits ; il y avait de la viande mais elle n'était pas à la portée de gens peu fortunés. Mon mari venait de recevoir son traitement et je pus faire quelques provisions. La plupart des boutiques étaient fermées. À côté de notre maison, un arménien d'un certain âge était en train de baisser le rideau de fer de son magasin d'alimentation. - " Entre, ma blonde " me dit-il. - " Mais j'ai peu d'argent, mon vieux " - " Pourquoi faire de l'argent? Il vaut mieux donner gratis à une belle qu'aux tovarichtch ". Et il me remplit un cabas plein de sucre, de thé, de miel et de confiture. Exaltée par ce succès, je courus à la maison où un déjeuner délicieux provoqua une tempête de joie. Après le déjeuner, les premiers détachements des rouges descendirent le Malyë Pereoulok (notre rue) les uns après les autres. Il était difficile de reconnaître une armée dans ces groupes de loqueteux affamés. La plupart n'avaient pas de chaussures et les pieds étaient bandés de sales torchons à travers lesquels suintaient le sang et le pus. Je me rappelais les revues de la garde : des tenues brillantes, les chevaux bien nourris et pansés, les marches entraînantes des trompettes argentées claironnantes. Il fallait le génie de l'avocat juif Bronstein-Trotzki pour faire de cette racaille l'armée la plus puissante d'europe

16 Odessa en 1919 (suite) A la première page du journal s'étalait un ordre : " à partir de ce jour, le 6 août 1919 [non, sans doute 6 avril], la ville d'odessa doit se soumettre aux ordres des autorités rouges. Toute tentative de résistance sera étouffée le plus sévèrement. Tous les magasins alimentaires peuvent être rouverts pour mettre à disposition des " krasnoarmeïtz " [soldats rouges] toutes les provisions indispensables. Notre mot d'ordre est : " approprie-toi par pillage ce qui a été approprié par pillage par d'autres ". Les services d'eau et d'électricité sont suspendus de six heures du soir à six heures du matin. " Naturellement les krasnoarmeïtz profitèrent immédiatement de l'autorisation de piller. Avant tous ils se ruèrent sur les magasins de spiritueux et de vin qu'ils buvaient sur place dans la rue. Aussi, comme le russe en état d'ivresse devient violent, des rixes et même des fusillades commencèrent. L'ordre qui suivit effraya encore plus les habitants d'odessa : " tous les " bourjouï " (du français " bourgeois ", ici au sens de " possédant ") d'odessa sont soumis à une contribution. À cette fin les " bourjouï " seront divisés en catégories. La désignation de ces catégories et la somme que tout contribuable devra verser seront publiées demain. Tant qu'un contribuable n'aura pas versé la somme exigée il sera détenu à la Tcheka ". Cette " commission extraordinaire pour la lutte contre la contre-révolution " remplissait de terreur tout ce qui avait à faire avec elle. Les prisonniers y étaient soumis à la torture pour qu'ils révèlent les noms des " ennemis du régime communiste". Sous l'effet de la peur, nombre de prisonniers désignait des personnes absolument innocentes. L'argent devait être versé exactement dans un mois après la parution de l'ordre. Les familles des contribuables, effrayées, se mirent rapidement à collecter l'argent pour la contribution : la Tcheka plongeait tous dans la panique. Les habitants d'odessa sont des gens prospères et l'argent fut vite amassé. La contribution avait été imposée aux banquiers, fabricants, joailliers, gros industriels et marchands, et l'argent fut versé même avant la date fixée. Mais là dessus les " odessites " eurent une surprise douloureuse. Le commandant Troubnikoff publia un nouvel ordre : " étant donnée la célérité avec laquelle la contribution a été payée, on fixe un deuxième versement, de même importance que le premier. La date du versement est fixée au 25 septembre" (c'est-à-dire dans quinze jours) [c.-à-d. 25 mai]. Les odessites furent plongés dans le désespoir. Pour payer la première contribution tous avaient eu assez d'argent liquide, mais maintenant il fallait recouvrer des dettes, mettre en gage et vendre des titres. En Russie septentrionale où le pouvoir soviétique s'était établi fermement dès 1917, la propriété privée avait été déclarée propriété publique. Les banques avaient été obligées de rendre au trésor rouge tous les biens de leurs clients ainsi que tous les objets précieux dans les coffre-forts. Les propriétaires d'or, d'argent et des pierres précieuses étaient aussi obligées de les remettre. Leur dissimulation était punie par exil en Sibérie. Mais ces instructions n'avaient pas encore atteint Odessa et Kiev où le pouvoir changeait constamment de main. Les opérations financières s'y faisaient et les propriétaires pouvaient disposer de leurs biens. Mais ces transactions ne pouvaient être effectuées que par les chefs de famille : pour les femmes elles étaient trop compliquées. Les " contribuables " soumirent donc une requête au commandant en demandant la permission de sortir pour une journée à fin de collecter l'argent. Le commandant y consentit mais à la condition que les contribuables désignent un membre proche de la famille, homme ou femme, pour servir d'otage pendant leur absence. Si le contribuable s'enfuyait, l'otage était exilé en Sibérie. La Tcheka détenait aussi les prisonniers politiques, et leurs familles étaient soumises au chantage des plus cruels par leurs gardiens rouges. Les gardiens apparaissaient chez les membres de la famille et exigeaient de l'argent. Ils promettaient de partager avec les services de la Tcheka et, avec leur aide, de donner aux prisonniers la possibilité de se faire libérer et retourner chez eux ; par contre, en cas de refus, les gardiens ne répondaient pas du sort des prisonniers. Dans de rares cas, tel ou tel prisonnier revenait mais la plupart disparaissaient pour toujours. Dans la rue, des formations de soldats rouges poussaient devant eux, on ne savait pas où, des hommes pâles et apeurés

17 Quoique les services d'eau et d'électricité dussent être assurés de six heures du matin à six heures du soir, nous étions parfois privés des journées entières de l'un et de l'autre. On allait chercher l'eau au robinet public le plus proche, jusqu'auquel il y avait quand même un demi kilomètre de marche. Le soir on allumait une lampe à pétrole. Le pétrole m'était fourni par mon ami l'arménien [Voir Odessa 1919]. Les produits alimentaires devenaient de plus en plus rares : les paysans ne venaient plus en ville. Pour les " odessites " de souche, le problème était plus facile : ils partaient à la campagne et troquaient les tapis, les draps et ustensiles ménagers contre la farine, œufs et lard. Mais nous avions quitté Saint- Pétersbourg en 1917, et je n'avais pu emporter qu'un peu de linge d'argenterie. Les autorités soviétiques distribuèrent des cartes de pain, mais il était si horrible que nous le mangions avec peine. Il est effet de pois secs avec lesquels les français faisaient des galettes pour leur mulet [mon souvenir : mes sœurs ne mangeaient pas toute leur ration et me passaient le reste sous la table en cachette des parents]. Nos fenêtres faisaient face aux bâtiments de la Tcheka, ancien palais d'un noble odessite, le prince Mavrocordato. Sur la grande place en face du palais se dressait un monument de Catherine II, enveloppé dans un immense linceul. Naturellement, à son sommet brillait une étoile électrique rouge. À peu près à minuit quelques camions s'arrêtaient devant le bâtiment de la Tcheka sur lesquels on amenait les " smertnik ", c'est-à-dire les condamnés à mort " pour leur appartenance aux partisans du régime tsariste ". Ils étaient fusillés dans la cave de la Tcheka à coup de revolver dans la nuque. Pour étouffer le bruit des salves, on faisait tourner les moteurs à pleine puissance et on les appelait les " moteurs de la mort ". [Ma remarque : grand-père Doubinski a été détenu dans cette Tcheka, mais Odessa a été libérée par les blancs avant qu'il ne soit exécuté]. Ce qui se passait à la Tcheka, je l'ai appris du couple Yankovski, des Polonais charmants chez qui j'ai vécu lorsqu'ils avaient été libérés après la prise d'odessa par les troupes blanches. Les Yankovski, leur fils et sa toute jeune femme ont été enfermés dans la Tcheka parce que les Polonais combattaient contre les rouges. On les avait arrêtés au mois d'août (avril) lorsque les rouges occupèrent Odessa. On les amena sans leur laisser la possibilité d'emporter même un seul change de linge, et ne serait-ce qu'un habit d'hiver. Les prisonniers étaient répartis dans deux grandes salles du palais : une pour les hommes, une pour les femmes. Parmi les femmes, il n'y avait pas seulement des " politiques " et des polonaises, mais aussi des voleuses et des prostituées. La nuit, lorsque les moteurs de la mort commençaient à vrombir, les soldats et les marins rouges faisaient irruption dans la salle des femmes. Ils apportaient une quantité énorme de vodka, de vin et de " zakouski ". Aux sons d'accordéon, les soldats se livraient à une débauche sauvage et violaient les jeunes filles polonaises. Un grand nombre d'entre elles restaient malades mentales toute leur vie. Les pauvres Yankovski étaient au désespoir. Leur fils et leur belle-fille furent soit fusillés, soit déportés au bagne militaire. Durant ces jours de lourdes épreuves, j'eus la révélation combien il y a de gens bons sur terre, combien il y a de bonté et combien d'aide je reçus d'eux. Avec une profonde gratitude je me rappelle le couple Blumenthal, mari et femme. C'était des Petersbourgeois et David, homme d'affaires habile, avait amassé une grosse fortune. Flora avait une mine très agréable et était pleine de bonhomie. Quand nous vivions à Saint-Pétersbourg ils aspiraient à venir en visite chez mes parents. Comme la plupart des juifs ils étaient pénétrés de vénération envers les " ikhesam " (aristocrates). Or mon beau-père [ma note : il s'agit du second mari de sa mère], ingénieur bien connu, " conseil d'état effectif " et seul juif en Russie à être décoré de la croix de St Wladimir, était pour les Blumenthal une connaissance hautement désirée. Mon beau-père, lui, méprisait Blumenthal, homme d'affaires sans éducation qui s'enrichissait grâce à la réussite de ses spéculations. Lorsque j'ai rencontré les Blumenthal à Odessa, ils s'en réjouirent beaucoup et notre connaissance les flattaient beaucoup : mon mari avait occupé un poste important au Ministère du Commerce de l'industrie ; il avait été " conseiller d'état effectif " et un cousin germain de l'empereur, le grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch avait assisté à notre mariage [ma note :??]. Flora s'est attachée sincèrement à moi et m'était très reconnaissante pour mes conseils culinaires

18 utiles. David gagnait gros et Flora pouvait acheter tout ce qu'elle voulait, mais elle ne savait absolument pas faire la cuisine, alors que j'avais appris à cuisiner fort convenablement. Tout particulièrement je réussissais les pirojki et les petits pains sucrés qu'on ne pouvait se procurer à aucun prix. Le problème de l'alimentation devenait de plus en plus difficile. Les odessites de souche avait la ressource de troquer avec les paysans leur linge, tapis, et ustensiles ménagers contre la farine, le lard et les céréales, mais nous, arrivés du Nord, n'avions pu emporter grand-chose avec nous et je voyais, avec angoisse, la vitesse à laquelle disparaissait mon linge de table et la literie. On nous distribua des cartes alimentaires contre lesquelles nous recevions une quantité risiblement petite de produits. Le pire était la situation avec le pain : on le préparait avec de la farine de pois secs que les Français avaient abandonnés, et qui leur servait pour les galettes de leurs mulets. On en obtenait une sorte de mastic vert, et les boulangeries exhalaient une odeur si horrible qu'on ressentait du dégoût en passant devant leur soupirail. Presque le seuls objet précieux qui nous restait était une ancienne montre en or de mon mari. J'ai proposé à David de l'acheter mais il refusa : " c'est que cette montre est tout ce qui reste entre vous et la mort par la famine de toute votre famille. Vous devez gagner de l'argent et voici comment. Vous êtes, indiscutablement un boulanger né et vous devez entreprendre la préparation de petits pains et de pirojki. Je vous prêterais l'argent pour l'achat des matières premières ; se les procurer c'est votre affaire. Si vous aboutissez à un échec, vous ne me rendrez pas votre dette ; ce n'est ni la première, ni la dernière fois que j'aurais fait une mauvaise affaire. Quand vous aurez réussi un premier lot, je vous enverrai une commissionnaire Rivka Chtromeberg ; elle vendrait sa propre mère, si ça devait lui rapporter ". J'ai remerciai David mais j'avais peu d'espoir de réussir. Et là encore, j'eus la révélation de la bonté et de la sympathie des gens. La Compagnie Russe de Navigation et de Commerce organisait, le dimanche matin, des excursions sur la mer Noire. La fin du mois d'août approchait, il faisait un temps merveilleux et j'ai décidé de faire une excursion sur mer avec les enfants. Les billets étaient tout à fait bon marché et je craignais de laisser les enfants sortir dans la rue, car, malgré leurs habits vieux et usés et leurs sandales de bois, ils gardaient quand même une apparence de " bourjouï ". À cette occasion, ils pourraient respirer l'air vivifiant de la mer. Nous descendîmes au port où était amarré le navire " Ksenia ", celui-là même sur lequel nous étions arrivés à Odessa. Cela m'a paru un bon présage. Je me suis assise à côté d'un jeune couple marié d'ukrainiens, au teint halé, les sourcils noirs. Je vis que la femme voulait entrer en conversation avec moi mais n'osait pas, et je m'adressai à la première : " quel temps bienfaisant! " -- " Le temps, juste comme il faut " répondit-elle, " mais pourquoi es-tu seule en promenades, sans un gentil copain? ". Je ris. " Mon mari ne permet pas " -- " Mais es-tu vraiment mariée? " -- " depuis longtemps déjà. J'ai trois enfants et mon fils sera bientôt plus grand que moi. Les voilà justement ". Les enfants passaient en courant devant nous. Je les appelais. " Dites bonjour à Ostap et Maroussia " (ils m'avaient dit leur nom). Mais enfants avaient suivi de leçons de danse et de maintien correct avec un maître de ballet. Mon fils salua selon toutes les règles de l'art et mes filles firent une révérence. " Regarde, Maroussia, des " bartchouk " (enfants de seigneurs), qu'ils sont polis. Et qu'ils sont beaux " -- " ton mari, il doit être bon " -- " il n'y en a pas de meilleur " répondis-je. " Mais voilà, de quoi allons-nous vivre maintenant, je ne le sais pas. " Je leur racontais notre situation difficile et la proposition de David. " Ne t'en fais pas. Nous allons t'aider. J'ai une petite réserve de farine de la meilleure qualité. Je peux te céder un "poud" (16 kg). En ce qui concerne le paiement, ne t'inquiète pas. Quand tu auras établi ton commerce, tu rembourseras ; tu es une petite "baba" capable. Donne-moi ton adresse. Demain, à peine le jour levé, je serai chez toi ; j'apporterai du lait et de la levure pour la première fournée. " Je n'en croyais pas mes oreilles, mais le lendemain, encore avant le lever du soleil j'entendis le grincement d'une télègue, s'arrêtant devant notre maison. La

19 télègue était chargée de paille sur laquelle était assise Maroussia tenant une grande cruche de lait dans les mains. J'ouvris doucement la porte. Ostap sauta au bas de la voiture et déchargea dans la cuisine deux sacs de farine, un grand, l'autre un peu plus petit. " Dans le grand sac, c'est de la farine de froment, dans l'autre c'est de la farine de seigle ; fais-en le pain pour toi. Tout à l'heure arrivera mon compère avec du charbon et du bois. Il travaille au dépôt. Donne la levure, Maroussia ". Tous les deux partirent rapidement. L'émotion m'empêcha de prononcer un seul mot, mais mes yeux étaient pleins de larmes et il comprirent combien je leur étais reconnaissante. Bientôt apparut le compère avec des sacs de charbon et de bois, eux aussi cachés sous la paille. " En ce qui concerne le paiement, je m'arrangerai avec Ostap " me dit le compère. Entre-temps était venu mon fils pour aider le compère à traîner des sacs dans le débarras. " Quel vieillard, ton frérot " -- " mais c'est ma maman, et tout le monde la prend pour ma sœur. Ce n'est pas une maman mais une source de rire. " Le compère éclata de rire et lorsque en disant au revoir, mon fils lui serra la main, il fut attendri au-delà de toute expression : " que Dieu te donne le succès. Je passerai dans deux trois jours. " Mon mari alluma le poêle et je préparais le levain et courus chez mon ami l'arménien. Je lui ai expliquais pourquoi j'étais venue et, très volontiers, il me fournit du sucre, de l'huile de tournesol et de la confiture. " Ce petit mot, donne le à Karapet, le boucher, c'est un ami à moi. Au four, tu cuiras des petits pains et des pirojki [ma note : farcis de viande] et la soupe te restera pour toi et les tiens. L'argent tu le rendra quand tu auras fait des bénéfices. " -- " combien nombreux sont les gens bons sur terre ", pensai-je. Quand je suis revenue à la maison, ma pâte avait déjà parfaitement levé et je me suis mise aussitôt à la cuisson. Par toute la maison et la cour se répandit l'odeur des petits pains et des pirojki chauds, mais il était triste de voir les pauvres enfants attroupés devant la fenêtre, la bouche ouverte, rappelant des oisillons affamés. Dès que la première fournée fut cuite, mon fils courut chercher Rivka Chtromeberg qui revint au bout d'une heure, rayonnante. Elle n'avait pas eu assez de marchandises et apportait de nombreuses commandes. Ainsi par la grâce de Dieu et de gens bons, le 17 août 1919 [en fait avril ou mai], je suis devenue boulangère et la famine cessa de menacer (les jours de mévente, je vendais des petits pains dans un grand panier dans la rue)

20 [Il manque une page dans le texte russe] Alexandre Fedorovitch Kerenski J'ai fait la connaissance d'alexandre Fedorovitch Kerenski lorsqu'il était jeune assistant d'un avocat connu, Leontief. Kerenski était un excellent orateur, mais de ce que le peuple russe a désigné très justement du nom de " krasnobaï " (péroreur). Ses discours étincelaient et pétillaient comme le champagne dans un verre, mais au bout de quelques minutes la mousse s'évapore et il ne reste dans le verre que quelques gorgées de vin. Tels étaient les discours de Kerenski, brillants et entraînants, mais qu'on essaie de les répéter : il ne restait que quelques mots bien sonnants. Personne ne pouvait prévoir le rôle important que Kerenski était destiné à jouer dans l'histoire de la révolution russe ; sans doute il ne s'y attendait pas lui-même. Kerenski avait des opinions d'extrême gauche ; il était membre du parti clandestin des socialistes -- révolutionnaires (couramment appelés en russe par le sigle :s.r.). Les membres aux opinions avancées de l'intelligentsia russe le prisaient; la jeunesse estudiantine russe le vénérait, exception faite évidemment, des aristocrates et des ploutocrates. Il faut dire qu'il émanait de Kerenski un charme indéfinissable, extraordinaire -- j'ai rarement rencontré d'hommes qui eussent autant d'amis inconditionnellement fidèles. En 1908, Kerenski fut élu membre de la première Douma. Mais le nom de Kerenski acquit une notoriété étendue lorsque, avec d'autres jeunes avocats, il se présenta comme défenseur de Beïliss dans un procès rappelant un peu le célèbre procès Dreyfus. À partir de 1907, le mouvement révolutionnaire commençait à prendre une extension de plus en plus inquiétante. Aussi le parti des monarchistes extrémistes, appelé les " cent noirs " décida de détourner les esprits par quelque événement sensationnel. Les " cent noirs " répandirent une rumeur absurde au sujet de meurtres rituels et accusèrent le juif Beïliss du meurtre d'un garçonnet orthodoxe, Andriouska (illisible) qui était mort peu avant la pâque juive. Les cent noirs soudoyèrent au prix fort un clochard affamé afin qu'il déterre le corps d'andriouska et en évacue le sang. De même des témoins furent soudoyés pour affirmer que Beïliss avait tué Andriouska pour en retirer le sang, car le sang d'un garçon chrétien était nécessaire pour la " matsa " (pain azyme), le pain juif de la pâque. Les parents d'andriouska aussi acceptèrent volontiers, après avoir reçu une jolie somme, de dire que leur fils était mort après avoir mangé un gâteau, évidemment empoisonné, que lui avait offert Beïliss. Aucun des avocats de renom ne voulait assumer la défense de Beïliss. Les cent noirs avaient à leur tête le procureur tout-puissant du saint synode, Pobiedonostsev, favori de l'empereur, et qui pouvaient présenter cette affaire comme une tentative de renverser le régime existant, ce qui menaçait les coupables d'exil. Aussi deux avocats célèbres, Vinaver et Passover, persuadèrent-ils Kerenski d'assurer la défense de Beïliss, en lui promettant d'établir le plan de la défense et, dans le cas d'une condamnation de soutenir matériellement Kerenski avec sa famille. Par contre le gain du procès pouvait en faire une lumière du barreau. Kerenski accepta. Aux déductions rigoureusement logiques de ses collègues, ses aînés, Kerenski ajouta sa propre plaidoirie enflammée. L'affaire prit un tour tout autre que celui que les cent noirs avaient escompté. Il n'avait pas prévu la réaction extrêmement défavorable de l'intelligentsia russe dans laquelle on comptait de nombreux aristocrates éminents. Le procès d'un meurtre rituel était une opprobre pour toute la Russie, la ramenant à l'époque obscurantiste du moyen âge. Beïliss fut acquitté et le nom de Kerenski devint célèbre. Mais Kerenski avait un défaut qui l'empêcha plus tard de devenir un chef : il était poltron à l'extrême. Je l'ai rencontré souvent chez des amis communs après le procès Beïliss. Avant de s'en aller, il courait d'une fenêtre à une autre, voulant apercevoir un "chpik" (agent de la police secrète) qui le guetterait. Le soir, dans la rue, il demandait toujours à ses amis de

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