Spécificités de la littérature générale dans le passage au livre numérique

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1 UNIVERSITE SORBONNE NOUVELLE PARIS 3 Département Littérature & linguistique françaises et latines Master 1 Lettres Modernes Spécificités de la littérature générale dans le passage au livre numérique Mémoire préparé sous la direction de Michel BERNARD Par Adeline FACOETTI Année universitaire N étudiante :

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3 Remerciements Je tiens d abord à remercier Michel Bernard d avoir accepté d encadrer mon mémoire. Merci pour vos conseils, pour les réponses que vous m avez apportées, pour l expérience en matière de numérique que vous avez partagé durant votre séminaire, pour l intérêt que vous avez porté à mon sujet et pour votre curiosité qui m incitait à toujours chercher plus. Merci aussi aux personnes suivantes pour m avoir accordé du temps quand ils n en avaient que très peu. A Max Butlen, professeur à l université de Cergy, qui n a pas hésité à m ouvrir son carnet de connaissances de l édition afin de m aider dans l élaboration de mon projet. A Agathe Jacon, de Flammarion, pour son expérience en matière d édition et la richesse de ses réponses. A Bertrand Rocton, de Hachette Livre, pour son accessibilité et le regard jeune qu il porte sur l édition d aujourd hui. Enfin, merci aux personnes ayant accepté de répondre à mon questionnaire et ainsi de me faire avancer dans mon mémoire. 3

4 Engagement Je m engage à avoir réalisé ce travail sans aide extérieure ni sources autres que celles qui sont citées. Toutes citations qui sont reprises à la lettre ou dans l esprit sont signalées comme telles. Je m engage également à ce que ce travail n ait été soumis à aucun autre jury d examen quel qu il soit (en France ou à l étranger), sous une forme identique ou similaire. Date Signature 4

5 Sommaire Introduction... 7 I- La littérature générale et le marché du livre ) Les ventes et leur évolution A) La littérature générale sur livre papier : chiffres et explications B) Les différents secteurs éditoriaux dans le passage au livre numérique C) Le prix unique : du papier au numérique ) Le statut de l auteur A) La rémunération B) Les contrats II- La numérisation de la littérature générale par les éditeurs ) Des débuts difficiles A) L indécision des éditeurs B) Un marché tout juste émergent C) Des prix trop élevés ) Un retard rattrapé ) La littérature générale sur le support numérique A) Le format des fichiers B) Les fonctionnalités offertes par le livre numérique C) Les avantages du livre numérique ) Quelles conséquences pour le livre papier? III- Les réactions face à une telle révolution ) Les réactions des acteurs de la chaine du livre ) Les réactions des lecteurs et leurs réflexes de lecture Conclusion Annexes Agathe Jacon Bertrand Rocton Max Butlen

6 Articles de presse Réponses au questionnaire Tableau Mediadix Tableau du Centre National du Livre Index 1 : Définitions Index 2 : Rappel des postes occupés par les personnes citées Bibliographie

7 Introduction Le livre est un élément incontournable de la culture. Les siècles qu il a traversés ont fait de lui un objet considéré comme parfait : il est solide, léger, maniable, Mais il n en a pas toujours été ainsi. Avant de devenir le livre que nous connaissons tous, il a connu beaucoup de types de supports. En effet, les premiers écrits sont couchés sur des tablettes d argile ou de pierre. Puis, ce support se mue en volumen, un rouleau de papyrus fragile sur lequel on ne pouvait écrire que sur le recto de la page. A suivi le codex, plus résistant et maniable que le volumen, qui offre la possibilité d écrire sur les deux côtés de la page et ainsi de contenir plus de texte qu avant. C est avec l arrivée du papier que le livre, tel que nous le connaissons, voit le jour. Le livre a dû se faire une place dans une France illettrée. Certains voyaient en le livre une subversion des bonnes mœurs de l époque. La lecture a donc d abord été intensive : on lit lentement, collectivement et à haute voix. Les textes sont médités et mémorisés. Ces lectures sont entourées par des autorités telles que les parents, l Eglise ou encore les professeurs. Ce n est qu au XVIII e siècle qu elle se fait extensive et devient silencieuse et individuelle. Du côté des auteurs, la situation n est pas confortable : ils ne touchent qu une seule fois de l argent sur la vente de leur livre et cela lorsqu ils le vendent à un libraire. Ils devaient alors demander à des mécènes une pension pour pouvoir vivre. Certains devaient prendre un deuxième emploi pour survivre. La situation des libraires n est guère plus reluisante. Eux se démènent pour percevoir l argent qui leur est dû sur la vente des livres. Au XVIII e siècle naissent les droits d auteur. C est au théâtre, grâce à l initiative de Beaumarchais, qu ils voient le jour en La reconnaissance de ces droits n aura lieu qu en L auteur est alors détenteur de son œuvre mais doit l exploiter luimême. De nos jours, nous pouvons voir que ces différents projets sont encore d actualité. Seulement, ils doivent conjuguer avec les réalités de l époque, des difficultés pour le livre qui n existaient pas avant. En effet, les progrès réalisés en matière de technologie ont permis de créer un nouveau support de lecture qui tenait, jusqu alors, plus du rêve que de la réalité. Le livre numérique est né. Ce qui a ajouté des obstacles à la diffusion 7

8 de ce support et remis en question plus d un arrangement, que ce soit en matière de droits d auteur ou d organisation dans la chaine du livre. Mais pour cerner tous les enjeux d une telle invention et mieux comprendre pourquoi elle bouleverse ainsi le monde de l édition, il convient de la définir. Ce n est pas une mince affaire car la définition du support numérique varie. Hervé Gaymard explique le cas du plus simple des livres numériques. Pour lui, il s agit d un «fac-similé à partir de l édition papier» ou encore d un livre «homothétique» : «Comme l a très bien défini [Alain Absire], «c est un livre fermé, dont le texte, appelé à conserver son intégrité, a été établi une fois pour toutes lors d une édition première classique, et dont seuls le support et le mode de diffusion changent» 1. La définition fiscale du livre numérique, ayant pris effet le 1 er janvier 2012, indique que «le livre numérique ne diffère du livre imprimé que par quelques éléments nécessaires inhérents à son format. Sont considérés comme des éléments accessoires propres au livre numérique les variations typographiques et de composition ainsi que les modalités d accès au texte et aux illustrations (moteur de recherche associé, modalités de défilement ou de feuilletage du contenu)» 2. A ce propos, le président de la Société des Gens de Lettres, Alain Absire, complète sa définition en précisant que «[dans le cas] du livre numérisé, nous avons affaire à un livre achevé, se présentant sous la forme d un fichier informatique diffusé via internet et dont la lecture ne peut se faire que sur un écran d ordinateur, ou apparenté 3.» Ce qui nous amène à la distinction suivante : livre numérisé et livre numérique. Selon Alain Absire, le livre numérisé est «la version numérisée d un contenu préexistant, qui passe d un support ou d un mode de diffusion à un autre». Le livre numérique, lui, serait «un livre de nature différente, [ ] collaboratif, évolutif, intégrant 1 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Voir Webographie «La definition fiscale du livre numérique en France» 3 Hervé Gaymard, «Situation du livre : évaluation de la loi relative au prix du livre et questions prospectives», Culture Gouv, mars annexe p

9 des systèmes et des modes de création multiples, allant très au-delà du multimédia 1.» Et en effet, grâce aux progrès de la technologie, les livres dits «numériques» sont amenés à développer des fonctionnalités qui n étaient pas prévues a priori. A présent, ils peuvent contenir, en plus du texte, des images et du son. L ambiguïté peut aussi se présenter lorsque l on évoque le simple support, aussi appelé liseuse ou tablette. Le marché en déploie de plus en plus : Kindle, ipad, Oyo, Sony Reader, BeBook, Bookeen Cybook, Fnac Book, l Archos, Pour ce projet de mémoire, j ai choisi de concentrer ma recherche sur la littérature générale pour mieux comprendre comment est appréhendé ce secteur de l édition dans le passage au livre numérique. Ce secteur n est pas négligeable car il a longtemps été le premier secteur de l édition en France. Le passage au livre numérique pour la littérature générale constitue un bouleversement sans précédent dans le monde de l édition qui a eu du mal à s adapter. En effet, cette révolution remet en question toute la chaine du livre, les acquis de l édition depuis ses débuts et signe peut-être la fin de certains métiers qui ne pourront pas évoluer avec le livre numérique. Comme pour ce dernier, mieux vaut définir la littérature générale car elle est, le plus souvent, mal connue du plus grand nombre. D après le site de Hachette, c est la littérature de «romans, de récits et d'essais 2», autrement dit, c est le secteur de l édition qui publie des œuvres constituées uniquement de textes. C est une définition large qui comprend la fiction (romans, livres de jeunesse, théâtre, poésie, etc.) et la non-fiction (essais, documents, biographies, etc.) 3. Agathe Jacon, chef de projets numériques et responsable d édition du groupe Flammarion au pôle BD Jeunes, complète : «Elle désigne donc le roman ou la fiction sous ses différents genres (policier, populaire, de gare, autofiction, etc.) et la non fiction à destination du grand public (essais et documents, biographies, etc.). On peut également 1 Hervé Gaymard, «Situation du livre : évaluation de la loi relative au prix du livre et questions prospectives» 2 «Littérature générale», 3 Stéphanie Chevrier, «Plaidoyer pour le livre numérique», La Vie des Idées, 6 octobre

10 la définir par l usage (lecture de loisir, d agrément, ) ou encore par les formats 1.» Le site de la Fnac contient plusieurs catégorie en littérature générale : littérature française, roman historique, récit de voyage, littérature étrangère, classique, sentimentale, biographies et essais littéraires 2. Au regard de ces deux objets, nous nous demanderons si la révolution numérique permet l évolution de la littérature générale ou au contraire si elle marque encore plus sa différence par rapport aux autres secteurs de l édition. Pour répondre à cette question, nous étudierons dans un premier temps la littérature générale et le marché du livre en nous attardant sur les ventes et leur évolution et le statut de l auteur. Puis, dans un deuxième temps, nous verrons la numérisation de la littérature générale par les éditeurs en évoquant des débuts difficiles mais un retard finalement rattrapé. Nous étudierons son passage au support numérique. Pour finir, nous nous demanderons quelles sont les conséquences d une telle progression de ce support pour le livre papier. Enfin, dans un troisième temps, nous étudierons les réactions faces à une telle évolution avec celles des acteurs de la chaine du livre et celles des lecteurs ainsi que leurs réflexes de lecture. 1 Entretien Agathe Jacon (Annexe) 2 «Romans et nouvelles», FNAC, 10

11 I- La littérature générale et le marché du livre 1 ) Les ventes et leur évolution A) La littérature générale sur livre papier : chiffres et explications A la fin du XX e siècle, la littérature générale se place comme premier secteur de l édition en France 1. Aujourd hui, elle représente environ 27% des ventes en édition selon le Figaro du 19 mars 2011 contre 16% pour le livre jeunesse, 12% pour le livre loisirs-vie pratique et 11% pour la BD 2. Ici, on dissocie la littérature générale du livre de jeunesse mais on considère dans notre étude que les deux secteurs de l édition vont de pair. La production de littérature générale demeure donc importante même si elle a baissé en vingt ans 3. Il faut dire que l évolution des ventes dans ce secteur de l édition dépend beaucoup de la vente de certains titres et best-sellers. Par exemple, Twilight de Stephenie Meyer permet à lui seul de soutenir la croissance en littérature générale en En effet, «la littérature de jeunesse est, à elle seule, responsable de presque la moitié de la croissance du marché [cette année-là]» d après un cabinet d étude 4. Les ventes varient donc en fonction des années et des titres proposés. 2007, par exemple, a été une année ayant atteint des sommets de vente avec 15 livres vendus à plus de exemplaires comme Chagrin d école de Daniel Pennac ou encore L élégance du hérisson de Muriel Barbery 5. Hervé Gaymard confirme en déclarant que «la littérature générale [ ] [entretient] quant à [elle], bon an mal an, une relative stabilité» 6 et qu elle «[alterne] des périodes de hausse et de baisse» 7. De plus, il semble que la première place du secteur ait été maintenue grâce à une «surproduction 1 «Edition littéraire», et Annexe Médiadix 2 Annexes Articles de presse, n 2 3 «Edition littéraire», Annexe Mediadix et Annexe Tableau CNL 4 Annexes Articles de presse, n 4 5 «Edition littéraire» 6 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Op. Cit. p

12 en nombre des titres publiés essentiellement dans la production romanesque, et en incluant une part de plus en plus grande de rééditions en poche» 1. Nous allons voir par la suite comment la littérature générale s intègre dans la révolution numérique et si elle s assimile aussi bien à cette nouvelle technologie au regard des autres secteurs de l édition. B) Les différents secteurs éditoriaux dans le passage au livre numérique La littérature générale est ce qui est le plus téléchargé sur liseuse selon Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre. Elle est majoritaire et se développe plus vite car c est ce que les éditeurs ont numérisé en premier 2. Dans une étude de mai 2011, sur internautes interrogés, 68% déclarent lire de la littérature générale contre 34% qui lisent des livres pratiques (jardinage, cuisine, bricolage, etc.) et 6% qui lisent des beaux-livres ou des livres d art 3. De plus, les liseuses n ont pas encore développé suffisamment de fonctionnalités pour s ouvrir à tous les secteurs de l édition. C est en tout cas ce qu avance le site Electronlibre.info qui dit que le livre numérique «reste cantonné aux usages de la littérature générale» et que «des pans entiers de l industrie liés à la lecture restent encore bien matériels et attachés au support papier (la documentation technique, l éducation, l impression en entreprise, etc.)» 4. Par conséquent, la part de marché des ebook en France n atteint que 1,8% en juillet 2011 selon le SNE (soit 54 millions d euros) 5. Le magazine hebdomadaire français Stratégie annonce dans un article de 2010 que «d ici à cinq ans, le livre au format numérique représentera autour de 20% de l édition en littérature générale». C est ce qu avance aussi une enquête menée par Bain 1 «Edition littéraire» 2 Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 3 «Consommation de contenus numériques presse, ebook en hausse», Idboox, 3 mai Michel Dahan, «Ebooks : Reader 1 Tablette 0», Electronlibre, Reader-1-Tablette-0-par,01224, 11 mai «Etude : Etat du marché du livre numérique en France en 2011», Idboox, 12 octobre

13 & Compagnie dans six pays (États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, Corée du sud), citée par Eduscol, afin de mieux comprendre comment va évoluer l écrit vers le numérique. Cette étude révèle qu en 2015, la littérature générale devrait rester «le genre le plus en pointe de la migration numérique pour l industrie du livre» 1. Les autres secteurs tels que le livre pratique et technique, le livre illustré, la bande dessinée, les beaux-livres, le scolaire ou encore le parascolaire ne seront pas de simples fichiers numérisés que l on pourra lire sur le livre numérique dit «homothétique» (qui reproduit à l identique le livre papier). Ils appartiennent plutôt au domaine du livre numérique augmenté qui bénéficiera de fonctionnalités qui seront propres à chaque secteur selon Stefen Belfond, directeur général d I-Gutenberg 2. Hervé Gaymard pense même que ce sont les «éditions de savoir» qui devraient le mieux profiter des avantages du numérique : «L édition professionnelle d un côté avec les ouvrages scientifiques, techniques, médicaux ou de droit, et celui des encyclopédies et dictionnaires de l autre ont d ailleurs déjà très largement basculé vers un modèle numérique, souvent différent selon l une ou l autre de ces catégories. Les livres pratiques, et notamment les guides de voyages, commencent à tester également de leur côté des modèles numériques. Les livres scolaires et universitaires, selon des modalités encore différentes, ne devraient plus tarder à connaître à leur tour une évolution large vers le numérique.» 3 Pour ce qui est de la bande dessinée, elle n appartient pas à l édition de savoir mais promet d avoir sa place au sein du livre numérique en raison de plusieurs facteurs tels que l âge moyen des lecteurs, la lecture case par case, le fait que ce secteur soit de 1 «Edition numérique 2010», 2 Elizabeth Sutton, «5 questions à Stephen Belfond: Créer des ebooks augmentés pour ne pas être exclu», Idboox, 4 avril Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p

14 plus en plus piraté 1, ce qui montre qu elle est sur le point de basculer dans le numérique, etc 2. Néanmoins, bien que mieux appréhendés sur liseuse en raison de ces fonctionnalités pouvant les mettre en valeur, ces secteurs sont sous-représentés dans les catalogues numériques en comparaison de la place qu ils occupent dans le livre papier 3. On peut d ailleurs le constater sur un site comme la Fnac : les bandes dessinées ne sont pas nombreuses en offre numérique. Elles sont organisées en différents groupes (Thriller / Polar, Jeunesse, Science-fiction, Roman Graphique, Humour, BD en anglais, BD en espagnol, BD érotique et Séries BD de A à Z). Le premier groupe, par exemple, ne contient que 42 séries différentes 4. Or, il en existe 46 en papier rien que pour le groupe Polar & Espionnage 5. Les groupes que l on retrouve pour le papier sont bien plus nombreux et divers. Le caractère récent du livre numérique est un facteur qui permet de comprendre pourquoi ces secteurs de l édition ne sont pas aussi développés sur support numérique que la littérature générale. Pourtant, de nombreuses fonctionnalités existent pour mettre les mettre en valeur. Cependant, le catalogue ne propose pas encore suffisamment de titres pour satisfaire les lecteurs de ces secteurs. C) Le prix unique : du papier au numérique La loi sur le prix unique sur livre papier de 1981, aussi connue sous le nom de loi Lang, «s applique à toutes les catégories de livres, quel que soit le secteur éditorial (littérature générale, scolaire, bande dessinée, ) et quelle que soit la provenance des 1 Voir aussi l étude du motif sur la question : Hervé Bienvault, «Le coût d un livre numérique», avril Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p «Edition numérique 2010» 4 «Thriller/Polar», FNAC, Humour/Thriller-Polar 5 «BD Polar et Espionnage», FNAC, 14

15 «Elle a sauvé beaucoup de choses, cette loi, mais elle pourrait bien freiner l essor du livre numérique. Nous en avons vendu dix fois plus que l an dernier, mais même si on en avait vendu cent fois plus, la différence ne serait pas grande Payer si cher pour un fichier impalpable est dissuasif.» 3 C est ce que révèle une étude menée sur internautes : 34% des lecteurs d ebooks ne lisent que des livres gratuits et seulement 2% lisent des fichiers payants. «On ne voit pas, à ce stade, comment la loi pourrait être bénéfique à l édition littéraire en France. Au contraire, elle risque de la scléroser sous des contraintes administratives livres (édités en France ou importés)» 1. Son but est de limiter la concurrence des prix entre les détaillants «au moyen de l imposition par l éditeur titre par titre, d un prix de vente minimal ainsi qu un prix de vente maximal» et de lutter contre une concurrence dite «asymétrique» entre des libraires qui pourraient proposer une vaste gamme de livres et des grandes surfaces qui proposeraient des œuvres à prix cassés 2. Cette loi peut permettre aux lecteurs de se tourner vers les librairies pour acheter leurs lectures plutôt que directement vers les grandes surfaces ou les revendeurs moins chers. D autant plus que les consommateurs ont à leur disposition des libraires qui connaissent les livres qu ils vendent et qui peuvent vous conseiller pour vos lectures. C est le cas de la Griffe Noire, une librairie à Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de- Marne. Les libraires ont tous lu les livres qu ils vendent, annotent chaque ouvrage sur de petits cartons et les affichent devant les livres concernés. Ils peuvent donner des conseils en toute connaissance de cause. Ce genre de librairie pousse à la lecture et vend encore beaucoup de littérature générale grâce à ce système. La loi Lang a permis d équilibrer le monde de l édition papier. Mais sera-t-elle aussi efficace pour le livre numérique? A la libraire en ligne Furet du Nord, l opinion est mitigée : 1 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Mathieu Perona et Jérôme Pouyet, Le prix unique du livre à l heure du numérique, Paris, éd. Rue d Ulm, 2010, p Jacques Drillon, «Numérique : pourquoi la France résiste», Le Nouvel Observateur, 14 octobre

16 excessives et inédites au monde, qui in fine ne profiteront pas au lecteur» 1 selon Guillaume Champeau, de Numérama, qui est du même avis. Si la loi Lang a été mise en place pour préserver les petites librairies, il semble, a priori, que la loi sur le prix unique du livre numérique, malgré ce qui avait été prévu au départ, ne joue pas vraiment en leur faveur. En effet, elle ne prévoyait pas de clause d extraterritorialité, c est-à-dire qu elle se s applique pas aux vendeurs en dehors de la France. Par conséquent, les géants comme Google, Apple ou Amazon n étaient pas touchés et pouvaient décider eux-mêmes des prix de vente de leurs livres 2. Ce qui ne rendait pas service aux librairies qui risquaient de voir leurs consommateurs déserter leurs boutiques pour acheter ailleurs. Mais finalement, la clause d extraterritorialité est réintroduite en mai 2011 par la Commission mixte paritaire. Ainsi, «le prix de vente fixé par les éditeurs devra s imposer aux personnes proposant des offres de livres numériques aux acheteurs situées en France» 3. Cette mesure permettra aux librairies de ne pas perdre plus de lecteurs qu elles n en perdent déjà. Si cette modification convient au Sénat et au ministre de la Culture, ce n est pas le cas de l Assemblée nationale et de la Commission européenne. La Commission craint, en effet, «une distorsion de concurrence et une entente [des éditeurs] sur les prix» 4. Avant le vote de la loi sur le prix unique du livre numérique, les éditeurs pouvaient fixer le prix qu ils voulaient, peu importe s il n était pas justifié. C est ce qu avance, en juin 2011, Elisa Boulard, responsable commerciale chez Immateriel.fr dans le domaine de la distribution numérique : «beaucoup d éditeurs déterminent le prix de vente de leur livre numérique en fonction du papier ce qui est complètement 1 «La loi sur le prix unique du livre numérique entre en application» 2 «Brève : prix unique du livre numérique», 16 février «Livre numérique : clause d extraterritorialité de retour», Génération NT, 5 mai «Prix du livre numérique : la clause d extraterritorialité fait son retour», Numérama, 4 mai 2011, et voir le procès d Apple : Fanny Pradier, «Procès d Apple et des éditeurs : la " piste de papier ", ActuaLitté, 13 avril

17 illogique» 1. Il faut dire qu avec l arrivée du numérique, les éditeurs ne savaient pas comment fixer les prix des fichiers numérisés. A la tête du groupe Flammarion, Teresa Cremisi déclare d ailleurs : «Fixer un prix est devenu, pour les éditeurs classiques, une pratique presque instinctive. Nous savons tous quel est le prix du marché, nous le sentons, nous le testons, nous en avons l expérience. En ce qui concerne le numérique, tout reste à inventer!» 2. Il semble que le prix des livres soit considéré comme l un des facteurs qui empêcheraient la littérature générale d aller un peu mieux. Néanmoins, Bernard Fixot, PDG de XO édition et de TF1 Edition, nuance à ce propos : «Je ne crois pas que le prix des livres soit la cause de l effritement progressif des ventes en littérature générale. Je crois en revanche que notre ennemi, aujourd hui, c est le temps passé sur Internet [ ], le temps passé à faire autre chose sur Internet» 3. D où l intérêt, dans ce cas aussi, de la loi sur le prix unique du livre numérique. D après le GFII (Groupement Français de l Industrie de l Information), cette loi s applique uniquement aux éditeurs de littérature générale et aux librairies généralistes mais pas à l édition scientifique et professionnelle (édition universitaire, médicale, juridique, technique, informatique, édition d ouvrages de management) 4. Elle a pour but de réguler les prix de vente. «Ce cadre législatif est censé empêcher la vente à perte, une tactique que certains revendeurs pourraient utiliser pour accroitre leur part de marché et tuer la concurrence» 5 selon le site 01net.com. Ce qui permettrait aux lecteurs de littérature générale de ne pas acheter plus cher dans certaines librairies. 1 «Les stratégies de développement numérique, quelles perspectives pour le livre?», Supedit, 25 juin 2011, p. 4 2 Marc Tessier, Bruno Racine, Jean-Noël Jeanneney, François Samuelson, Bernard Fixot et Teresa Cremisi, La Révolution du livre numérique, Paris, éd. Odile Jacob, mai 2011, p «Situation du livre : évaluation de la loi relative au prix du livre et questions prospectives», annexe p «Le prix unique du livre numérique», Blog Univers Doc, 29 janvier Coralie Cathelinais, «Remous autour du prix unique du livre électronique», 01net, février

18 Au regard de cette initiative législative, on peut se demander si l auteur bénéficie d une meilleure rémunération. Quels types de contrats peut-il conclure avec les éditeurs? Sont-ils intéressants pour les deux parties? Le passage au support numérique ne mérite-t-il pas que les auteurs réfléchissent à deux fois avant de confier leurs œuvres aux éditeurs? 2 ) Le statut de l auteur Elément incontournable de la chaine du livre, l auteur est l un des grands oubliés lors des débats concernant cette révolution numérique 1. Il convient de voir comment son statut évolue au sein de ce bouleversement que constitue le livre numérique. A) La rémunération Il semble que les auteurs ne soient pas en position de discuter le montant de leur rémunération. Aux Etats-Unis, sur manuscrits de romans proposés à l éditeur, un seul est publié d après R. E. Cave (Creative Industries). En France, Françoise Benhamou, professeur d'économie, spécialisée dans la culture et les médias, estime que moins de 5% des manuscrits non sollicités sont publiés 2. Si le leur est choisi, les auteurs doivent en quelque sorte s accommoder de ce que l éditeur est prêt à leur offrir, c est-àdire moins de 10% du prix final. Peu d auteurs parviennent à vivre de leur seule plume (2 500 sur ). La plupart prennent un deuxième métier. L écriture devient alors un revenu secondaire car les 10% touchés sur les livres qu ils vendent ne suffisent pas à les faire vivre 3. La rémunération pour la littérature générale sur livre papier varie entre 8% et 14% 4. Dans une récente étude consacrée aux relations auteurs/éditeurs à l occasion du Salon du Livre 2012, écrivains venant de tous les secteurs de l édition ont témoigné sur ce 1 Marc Tessier, Bruno Racine, Jean-Noël Jeanneney, François Samuelson, Bernard Fixot et Teresa Cremisi, La Révolution du livre numérique, Paris, éd. Odile Jacob, mai 2011, p Mathieu Perona et Jérôme Pouyet, Le prix du livre à l heure du numérique, Paris, éd. Rue d Ulm, 2010, p Ibid. 4 Lionel Maurel, «La cadre contractuel de la publication», Slideshare, 31 mai

19 sujet. 1 auteur sur 2 déclare toucher 10% ou plus sur la vente de ses livres en littérature générale. 1 auteur sur 4 toucherait en dessous de 8% 1. Touchés par le sort des écrivains et directement concerné, Jean-Claude Bologne, auteur, président de la Société des Gens de Lettres (SGDL) et membre du Conseil Permanent des Ecrivains (CPE), déclare que les éditeurs n ont jamais proposé aux auteurs de toucher 15% alors que ce taux aurait justement pu être discuté 2. En effet, il semble que le faible taux perçu par les écrivains les encourage à se tourner vers des éditeurs étrangers (les Etats-Unis attribuent 25% du prix du livre aux auteurs) ou encore à s auto-publier et ainsi à contourner la chaine du livre. Il faut donc encore définir des règles. Alban Cerisier, éditeur chez Gallimard en charge du développement numérique, est hostile à ce que la rémunération des acteurs de la chaine du livre dépende des conditions du marché. Il est, à l instar de Jean-Claude Bologne, pour une rémunération des acteurs juste et équitable 3. En 2008, cette question sur la rémunération restait un sujet clos et voué à aucun changement. «Les éditeurs proposent une rémunération à 10-11% comme le livre - alors qu on ne parle que de " diffusion numérique de l ouvrage " et non de livre et non à 50% comme pour la traduction. Ils estiment que le taux de rémunération de l auteur n évoluera pas plus que dans le livre imprimé alors qu il pourrait augmenter pour d autres acteurs de la chaine.» 4 En 2011, les éditeurs refusent toujours d augmenter le taux de rémunération des auteurs pour l édition numérique. Les choses changent uniquement pour le secteur de la littérature générale. En effet, certains professionnels de l édition acceptent un «taux de rémunération minimum pour le numérique de 15 à 20% du prix hors taxe de la vente». 1 «Baromètre des relations auteurs/éditeurs», Scam, 2 «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs», France Culture, 27 mars 2011, Ibid. 4 Commission Numérique Alire-SLF, Accueillir le numérique? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre, Paris, La Découverte, Juin 2008, p

20 Cela est intéressant car c est un calcul hors taxe. Cela l est moins quand il est fait sur le net, même avec un taux supérieur 1. Pour que chaque secteur de l édition puisse bénéficier d un tel traitement de faveur, il faudrait «définir l assiette sur laquelle sont calculés les droits d auteur dans le contrat car pour le numérique, d autres types de rémunération entrent en compte : revenus publicitaires, ventes par abonnement,» 2 Le 4 février 2011 s est tenue une assemblée composée de divers acteurs du livre, et notamment d auteurs, pour discuter des droits de ces derniers dans le cadre de l arrivée du numérique. Hervé Le Tellier, écrivain français, est intervenu pour soutenir le fait que le taux de rémunération est ridiculement bas pour ce que nécessite le livre numérique en frais de transformation de l ouvrage et de sécurisation : «Sur le livre papier, ce pourcentage était justifié par les coûts de l impression et de la diffusion. Mais pour le numérique, ces frais se transforment en frais de transformation de l ouvrage en format e-book et de sécurisation des données qui sont quasi nuls. Cela ferait 90% pour l éditeur du prix du livre» 3. Ce genre d intervention semble nécessaire. En effet, les auteurs n ont pas particulièrement voix au chapitre. A la question «Voyez-vous, dans le développement du livre numérique, une menace potentielle pour le droit d auteur?», Alain Absire, président de la Société des Gens de Lettres (SGDL), répond : «Ce qui me frappe, c est précisément à quel point l auteur se révèle le grand absent de la plupart des débats en cours! Je suis sidéré, pour ne pas dire scandalisé, de constater que les écrivains ne sont pas davantage invités à la table des négociations entre les différents partenaires alors que leurs œuvres en sont l enjeu principal» 4 1 «Le contrat numérique», 2 Ibid. 3 Clémentine Baron, «Collectif du 4 février : AG des auteurs sur les droits numériques», ActuaLitté, 7 février Marc Tessier, Bruno Racine, Jean-Noël Jeanneney, François Samuelson, Bernard Fixot et Teresa Cremisi, La Révolution du livre numérique, Paris, éd. Odile Jacob, mai 2011, p

21 On comprend donc qu il est difficile de changer un taux de rémunération sans la forte pression des auteurs dans les débats. Un éditeur ne prendra pas leur parti volontairement car il est plus dans son intérêt de toucher 90% que moins de 90%. D ailleurs, les débats qui ont lieu entre le Syndicat National de l Edition et le Conseil Permanent des Ecrivains ne notent pas d avancées spectaculaires à propos de la rémunération. Lors de celui du 25 mai 2011, la question des conditions de rémunération (proportionnelle ou au moins équivalente à celle perçue pour le papier) n a pas provoqué l accord des éditeurs 1. Ce n est pas la première fois qu une discussion entre le SNE et le CPE est caduque sur certains points. Le danger pour l édition, nous le verrons un peu plus loin, est de perdre des auteurs qui préfèreront se tourner vers l autopublication et toucher plus que 10% sur la vente de leur livre plutôt que de dépendre d éditeurs qui mettent du temps à accorder un taux de rémunération plus élevé. De plus, le travail sera de moins bonne qualité faute d une vérification et de conseils de la part d un éditeur, il y aura peut-être moins de lecteurs car les œuvres s en ressentiraient,... Cela pourrait conduire à la disparition du réseau pour les lecteurs et les auteurs. Après la rémunération et les nombreux débats qui ne trouvent pas forcément de réponse, qu en est-il de la question des contrats? B) Les contrats La question des contrats oblige à se demander si l édition numérique est de la même nature que l édition papier. Faut-il un contrat commun ou un contrat séparé? Ce genre de contrat séparé a déjà été utilisé dans des domaines comme l audiovisuel pour protéger l auteur. Les auteurs de BD revendiquent une limitation stricte de la durée des droits 2. Faudrait-il que l auteur de littérature générale demande la même chose? Le problème est que le numérique n a pas fini de se développer et donc de surprendre toute la chaine du livre. Selon Hervé Le Tellier, il serait donc dans l intérêt de l auteur de littérature générale de ne pas se précipiter pour signer l édition d un livre numérique. Lionel Maurel, blogueur reconnu s intéressant aux questions de droits d auteur, rappelle qu on ne peut pas prédire ce qu il va se passer dans le numérique et qu on ne peut donc pas encourager les cessions définitive des œuvres 3. 1 «Information aux auteurs sur les droits d exploitation numérique», Scam, 25 mai «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs», Ibid.,

22 Certains écrivains n ont pas encore pris conscience de toute la complexité du numérique. S ils signent dès à présent et que le contrat classique se révèle finalement moins intéressant que le contrat séparé, il sera trop tard. En effet, les droits seront cédés pour une durée indéterminée et les auteurs n auront pas de moyen de pression sur les éditeurs pour les récupérer. D autant plus qu il existe plusieurs type de contrat dont les suivants : Le contrat de cession des droits qui entraine un transfert de l auteur au profit de l éditeur. Le contrat de concession des droits (ou licence) qui se limite à autoriser l usage d une œuvre sans provoquer de transfert des droits. Depuis 2008, les éditeurs ont mis à jour leurs contrats en ajoutant une clause de «cession des droits d exploitation numérique». Loin de rassurer les auteurs, cet ajout leur paraît très peu explicite quant à l utilisation qui sera faite de leurs œuvres numérisées et un peu obscure concernant les conditions de leur rémunération 1. Concernant la durée de cession des droits numériques, les contrats d édition classique se fondent sur la durée de la propriété intellectuelle. Seulement, cette dernière s avère être bien trop importante pour s adapter à du numérique qui évolue rapidement. «Aujourd hui, pour les contrats que nous signons, l auteur nous cède les droits d exploitation sous forme numérique pour la durée de la propriété littéraire, soit 70 ans après son décès. A titre personnel je ne parle certes pas au nom de tous mes confrères du SNE [ ] je conviens que c est sans doute excessif. Il paraitrait assez raisonnable de fixer une durée limitée pour cette cession», explique François Gèze, PDG des éditions La Découverte 2. Pour le moment, aucun accord n a été trouvé à propos du contrat séparé pour l exploitation numérique et pour la durée limitée (de deux à trois ans à compter de la date de publication avec tacite reconduction) depuis la négociation du 4 mars 2011 entre le SNE et le CPE 3. Certains professionnels imaginent des solutions «d attente» avec des cessions de droits à durée déterminée, renégociable à échéance du contrat 1. 1 Commission Numérique Alire-SLF, Accueillir le numérique? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre, Paris, La Découverte, Juin 2008, p «Le cadre contractuel de la publication» 3 «Information aux auteurs sur les droits d exploitation numérique» et voir «Le contrat numérique», 22

23 Comme nous avons pu le voir dans cette partie, les bases du développement du livre numérique en littérature générale se mettent lentement en place pour permettre aux auteurs de profiter au maximum de cette révolution. Mais qu en est-il de la numérisation des œuvres de ce secteur? Les éditeurs ont-ils saisit la balle au bond ou bien ont-ils laissé passer leur chance dans le domaine du numérique, comme les professionnels de la musique avant eux? 1 «Le cadre contractuel de la publication» 23

24 II- La numérisation de la littérature générale par les éditeurs 1 ) Des débuts difficiles Les débuts du livre numérique n ont pas été un parcours de santé pour cette invention du début du siècle. Comme toute révolution ayant pour but de remplacer une réalité existante, des obstacles se sont dressés devant elle. Quoi de plus naturel pour une invention censée remplacer à long terme le livre papier, dont la pérennité n est plus à démontrer? Nous allons voir ce qui a contribué au retard pris par les éditeurs dans ce domaine. A) L indécision des éditeurs Les éditeurs (ainsi que les libraires), ne se sentant pas touchés par Internet et les nouvelles technologies, ont fermé les yeux sur l arrivée du livre numérique. Ils ont même été jusqu à l ignorer pour la plupart. C est en tout cas ce qu avance un article du Monde.fr en 2010 : «[Ils] ne voyaient pas l intérêt d entrer rapidement sur un support qui a tant fait souffrir la filière du disque et dont le modèle économique est encore incertain». Et l échec des premières liseuses ne les a pas plus motivés. Ils risquent néanmoins leur place «sur le marché physique» 1. En 2008, le site Laviedesidees.fr va même jusqu à déclarer que «dans la majorité des cas, on constate que les éditeurs commencent à peine à numériser leurs fonds, la plupart d entre eux estimant que la littérature générale n est pas vraiment un secteur émergent d édition numérique 2.» Serait-ce parce que ce secteur ne se prête guère aux fonctionnalités qu offre la liseuse? Ou bien parce qu elle ne diffèrera pas vraiment du livre traditionnel sur ce support? Le 4 février 2011, l écrivain français Hervé Le Tellier affirme, par conséquent, qu il est dans l intérêt de l éditeur de changer les choses, s il veut éviter de perdre son statut de label 3 et ne pas rater le coche de la révolution numérique. De plus, les auteurs risquent, au fil du temps, de choisir l auto-publication et donc de contourner le circuit de fabrication et de diffusion traditionnel. Ils ont en effet la possibilité de publier leurs textes sur des sites tels que Publie.net ou, par exemple, des plates-formes anglosaxonnes d auto-publication/promotion. C est ce qu a réalisé le romancier américain 1 Jean-Baptiste Chastand, «Livre numérique : éditeurs et libraires se battent pour tenter de sauver leur place», Le Monde, 15 février «Plaidoyer pour le livre numérique» 3 «Collectif du 4 février : AG des auteurs sur les droits numériques» 24

25 Barry Beckham en Son lectorat pouvait lire ses œuvres en payant un abonnement 1. Ceci pourrait permettre aux lecteurs de littérature générale de lire beaucoup à moindre prix. En 2000, Stephen King auto-publie lui aussi son roman The Plant (qui raconte «la tyrannie sanglante d une plante carnivore sur une maison d édition 2 ) sur le net. Cela fait les gros titres dans le monde car, à cette époque, la publication d une œuvre passait obligatoirement par un éditeur. Il met en place un système de téléchargement de son œuvre par chapitre et déclare sur son site Internet «My friends, we have the chance to become Big Publishing's worst nightmare 3.» Une revendication qui fait écho à ce que connait le secteur de l édition aujourd hui. Plus récemment, J. K. Rowling, l auteur de Harry Potter, a créé le site «Pottermore» et vend la saga sous forme d ebook, compatibles avec les principaux lecteurs, tablettes et smartphones 4. Cette initiative d auto-publication des auteurs français répond au fait qu ils ne touchent, en France, que 10% 5, si ce n est moins, sur leurs œuvres papier tandis qu aux Etats-Unis le taux atteint 25%. Le pourcentage se justifiait lorsqu il fallait s acquitter des frais d impression et de diffusion, ce qui n est plus le cas pour le livre numérique. A ce propos, l écrivain français Hervé Le Tellier s accorde avec les éditeurs sur le fait que les 90% que touchent ces derniers sur la vente du livre sont mérités car ils couvrent la prise de risque industriel. Cependant, cela n a plus aucun sens en numérique car il n y a plus d impression. Il ne croit pas à la version des éditeurs qui dit que la réalisation d un fichier numérique est chère 6. En plus de l autoédition, les auteurs risquent de se tourner vers des distributeurs innovants qui ne sont pas du milieu de l édition comme Apple ou Google et qui 1 Commission Numérique Alire-SLF, Accueillir le numérique? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre, Paris, La Découverte, Juin 2008, p «The Plant Stephen King», Stephenking999.com, «Riding the Bullet», https://partners.nytimes.com/library/magazine/home/ magking.html?scp=10&sq=riding%20bullet&st=cse (Le lien n est plus actif) 4 «Pottermore Shop», 5 Voir aussi le taux attribué aux auteurs sur Publie.net : 50% de la recette nette téléchargements ainsi que 30% des recettes abonnements par péréquation des pages lues. Publie.net, 6 «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs»,

26 promettent une rémunération de 70% 1. Les éditeurs se rendent alors compte que pour freiner ces groupes puissants, il faut qu ils proposent, eux aussi, des offres qui puissent séduire les lecteurs afin de «s assurer une place sur le marché du numérique» 2. Voici le schéma de fonctionnement possible : 3 Pour pallier à ce genre de menace, des négociations ont été menées entre le Syndicat National de l Edition et le Conseil Permanent des Ecrivains. Fin mai 2011, suite au dialogue des deux corps de métier, la Société Civile des Auteurs Multimédia annonce que «certains éditeurs proposent ou acceptent, en littérature générale tout au moins, un taux de rémunération minimum pour le numérique de 15% à 20% du prix HT de vente 4» pour l édition numérique. Mais en moyenne, cela varie de 8% à plus de 10% ce qui représente le meilleur taux de rémunération de tous les secteurs de l édition 5. Ce taux constitue un effort considérable au vu des nombreuses discussions entre les deux groupes qui se sont souvent révélées difficiles et parfois caduques. Pour les écrivains, ces entretiens ont pour but de trouver, en matière de numérisation de leurs 1 «Collectif du 4 février : AG des auteurs sur les droits numériques» 2 «Livre numérique : éditeurs et libraires se battent pour tenter de sauver leur place» 3 Françoise Benhamou et Olivia Guillon, «Modèle économique d un marché naissant : le livre numérique», février 2010, p.2 4 «Information aux auteurs sur les droits d exploitation numérique» 5 Adrien Aszerman, «Baromètre : mécontentement croissant des auteurs face aux éditeurs», ActuaLitté, 12 mars

27 œuvres, «un partenariat équilibré» avec leurs éditeurs. Ils ne réclameraient pas «un quelconque privilège supplémentaire. Ils veulent simplement s assurer une rémunération décente sur l exploitation de leurs livres dématérialisés 1» d après Alain Absire, président de la SGDL. On peut aussi supposer que les éditeurs n ont pas adhéré tout de suite au livre numérique non seulement par peur de bouleverser complètement la chaîne du livre traditionnel mais aussi car il ne se prête pas à la dématérialisation selon Hervé Gaymard : «Même si on ne peut jurer de rien, il apparaît [ ] que le livre papier, par ses caractéristiques et ses usages, se prête moins à la dématérialisation et la démultiplication infinie que le morceau de musique, ou le film» 2. Le lancement du livre numérique dépend beaucoup des éditeurs. Des modifications et des initiatives sont à prévoir pour assurer l avancée de cette révolution culturelle. Notamment la numérisation des fonds des maisons d édition et la mise en place de librairies numériques. B) Un marché tout juste émergent En 2009, il semble que le marché du livre numérique ne soit pas encore tout à fait existant. Dans La Tribune du 28 décembre de cette même année, il est dit que Marc Lévy, le romancier français le plus lu dans le monde, «n a pas réussi à séduire l internaute». Ce n est pourtant pas faute d en parler. En effet, Hervé Gaymard rappelle que Bruno Patino a déjà «très bien mis en évidence dans son rapport les éléments déterminants qui sont "des incitations à la dématérialisation car leur présence laisse deviner que l ouvrage numérique apporte une solution plus satisfaisante que le papier aux besoins des lecteurs "» 3. 1 Marc Tessier, Bruno Racine, Jean-Noël Jeanneney, François Samuelson, Bernard Fixot et Teresa Cremisi, La Révolution du livre numérique, Paris, éd. Odile Jacob, mai 2011, p Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Op. cit., p

28 Concernant la littérature générale, les éditeurs n ont-ils pas travaillé sur la numérisation des fonds dès l apparition du numérique parce qu ils pensaient que les avantages liés au numérique ne seraient pas déterminants pour ce secteur de l édition, comme le pense Hervé Gaymard 1? Ou bien est-ce tout simplement parce qu ils ont tellement ignoré la révolution numérique à son apparition qu ils n ont pas envisagé un seule instant la numérisation des fonds? Quoi qu il en soit, Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, assure qu aujourd hui chaque titre sort à la fois en papier et en fichier numérique. Cela prouve que la littérature générale a encore sa place dans le monde de l édition. Les éditeurs ont compris qu ils ne devaient pas, dans leur intérêt, tourner le dos au numérique et rattrapent actuellement leur retard en matière de numérisation de fonds. Cependant, les initiatives prises par certains éditeurs sont souvent «individuelles, non coordonnées, non pilotées par le marché 2» : «Certains éditeurs expérimentent dans l antre de leurs bureaux des versions numériques à partir de titres uniquement destinés à l imprimé et à la librairie ; au contraire, d autres proposent à la vente une double publication papier et numérique, tandis que des éditeurs spécialisés dans le livre électronique, comme feedbooks, font leur entrée sur le marché 3» d après Bernard Prost, créateur de l entreprise Ligaran. Mais peu importent les moyens mis en œuvre, l idée est de proposer un vaste de choix d œuvres numérisées aux lecteurs sur livre numérique afin qu ils adhèrent plus vite à la machine. En effet, si le choix de fichiers numérisés n est pas large, le lecteur délaissera la liseuse pour le livre traditionnel, que l on peut trouver partout. Ainsi, les efforts développés dans le but de promouvoir la liseuse auront été vains. Il ne s agit pas, dans l immédiat, de faire oublier le livre papier aux lecteurs mais plutôt de donner sa chance à la révolution numérique qui se met en place. 1 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Bernard Prost, Rapport d étude sur l édition numérique de livres scientifiques et techniques, l éditeur des années 2010, Paris, La Documentation française, «Plaidoyer pour le livre numérique» 28

29 En 2011, le site du Nouvel Observateur juge que l offre numérique est encore trop faible pour satisfaire les lecteurs prêts à changer de support de lecture. La France ne possède alors que trois plates-formes de distribution qui sont Numilog (de Hachette), Eden-Livres (de Gallimard, La Martinière et Flammarion) et E-plateforme (d Editis, Michel Laffont et une centaine d autres maisons d éditions!). Cependant, des problèmes d un autre ordre se posent encore actuellement. Et, de nouveau, les éditeurs ont la solution entre leurs mains. C) Des prix trop élevés Le prix est en effet l un des facteurs les plus déterminants du lancement du livre numérique. Avant la loi sur le prix unique du livre numérique, il a été mal fixé par les éditeurs. Elisa Boulard, responsable commerciale chez Immateriel.fr dans la distribution numérique, déclare que «beaucoup d éditeurs déterminent le prix de vente de leur livre numérique en fonction du papier ce qui est complètement illogique» 1. En effet, comme nous l avons pu le voir précédemment, la création d un fichier pour liseuse ne mobilise pas autant de moyens que le livre traditionnel. Il n y a plus besoin d avoir recours à un imprimeur, par exemple. Le prix ne peut donc pas décemment suivre le cours du livre papier. Le livre doit être d autant moins cher qu en littérature générale, les œuvres contiennent beaucoup de pages, de caractères et sont dénuées d illustrations. Les éditeurs font donc de grosses économies sur ce secteur de l édition qui demande beaucoup de moyens. Cependant, si le coût d un fichier numérique est moindre, il n est pas nul. Hervé Gaymard affirme ceci : «S il apparaît [ ] évident que le prix du livre numérique devra être significativement inférieur à celui du livre papier pour intéresser les internautes à une offre légale, l ampleur de cet écart est difficile à appréhender, alors même que l ensemble des coûts nécessaires à la réalisation et à la diffusion d un livre numérique est loin d être nul, bien qu il soit le plus souvent perçu comme tel par les consommateurs qui considèrent que le passage au numérique ne génère pas de coûts supplémentaires pour l éditeur» 2. 1 «Les stratégies de développement numérique, quelles perspectives pour le livre?», p.4 2 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p

30 Une étude sur le site lemotif.fr nuance en expliquant le processus de numérisation d un roman ou d un essai, ce qui permet de donner une idée du prix que peut coûter un livre numérisé. Il y est dit que «la simple mise en ligne d un fichier PDF à l identique de la version imprimée ne représente aucun coût supplémentaire. En revanche, si l on souhaite proposer une version PDF «augmentée» qui apporte un plus à la lecture (suppression des marges, pose de liens pour les tables des matières, appels de notes, etc.), l appréciation du coût se fait au temps passé par un opérateur 1.» Le livre numérique sera donc forcément moins cher que le livre traditionnel afin d attirer les lecteurs mais il ne pourra pas faire de miracles. Il faut aussi que l éditeur rentre dans ses frais. D après le Nouvel Observateur, des estimations prévoient un livre numérique 15% à 25% moins cher que le livre papier 2. Un taux à prendre avec des pincettes car, comme nous l avons vu avec la source précédente, le prix s établit au cas par cas, en fonction des enrichissements éventuels. Cet écart de prix permettrait d éviter le piratage. Surtout que les éditeurs ne sont pas à même d assurer aux auteurs une protection de leurs œuvres une fois qu elles passent en numérique. C est ce qu assure Hervé Gaymard dans son rapport de 2009 : «[ ] le numérique ne permet pas de garantir l intégrité de l œuvre, car tous les logiciels de protection peuvent être contournés, non plus que sa pérennité, car une grande incertitude règne sur la durabilité de la qualité des fichiers» 3. Ainsi, le prix pourrait être un des facteurs de l achat de littérature générale sur liseuse et peut être un facteur de motivation pour les lecteurs qui ne lisent pas encore des œuvres de ce secteur de l édition sur ce support. Bien sûr, il existe des œuvres du domaine public devenues gratuites sur livre numérique. Cependant, les lecteurs friands de lectures récentes devront s acquitter du prix demandé ou prendre leur mal en patience. Heureusement, ou malheureusement, pour le milieu, la loi sur le prix unique du livre numérique est votée le 17 mai Elle est dans la continuité de la loi Lang de 1 «Le coût d un livre numérique» 2 «Numérique : pourquoi la France résiste» 3 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p

31 1981. Elle prend en compte les spécificités de l univers numérique, c est-à-dire ses supports et ses modes de diffusion. «Ainsi, seul l éditeur peut fixer le prix du livre numérique, qui doit être le même quel que soit le canal de vente au public» 1. En dehors du prix des fichiers, celui des liseuses fait débat. Les supports sont encore trop chers. Cela ralentit le développement du numérique sur le marché Français : Xavier Garambois, le directeur d Amazon, affirme fin 2011 que «si le prix de l ebook ne décroche pas, le marché ne décollera pas» 2. On ne peut pas vraiment déterminer s il s agit du support de lecture ou bien du fichier texte car l article reste vague concernant le terme. Aujourd hui, le mot «ebook» est utilisé pour parler du contenu mais son utilisation n est pas toujours rigoureuse. Néanmoins, le problème reste le même pour les lecteurs. Si ces réalités n enchantent pas vraiment les éditeurs qui tentent de voir par le numérique, cela promet encore de beaux jours pour la littérature générale sur livre papier. Nous verrons ce que les professionnels du livre interrogés voient comme conséquences pour ce support. 2 ) Un retard rattrapé Désireux d éviter le sort qu a subi le domaine de la musique, les éditeurs, pour rattraper leur retard, se sont mis à numériser les nouveautés en littérature générale ainsi que leurs fonds. En septembre 2010, lexpansion.lexpress.fr rapporte que le quart des titres de la rentrée littéraire de cette année-là est disponible en version numérique, ce qui n était pas le cas en «Sur les 700 romans publiés à /cette occasion/, entre 20 et 25% d entre eux sont disponibles en numérique. L an dernier, cette fourchette ne dépassait pas 5 à 7%. Quant à la production française, soit environ 150 romans et une cinquantaine 1 «Loi sur le prix unique du livre numérique définitivement adoptée», Enssib, 18 mai «Numérique : pourquoi la France résiste» 31

32 d essais, la part des ouvrages numérisés oscille entre 25 et 30%» précise Marie- Pierre Sangouard, directrice du livre à la FNAC 1. Jusque-là réticents à l idée de passer au numérique, les éditeurs ont finalement réagi rapidement afin de ne pas rater le coche de cette révolution technologique qui constitue un bouleversement pour la chaine et le monde du livre papier. D après Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, la grande maison d édition a déjà numérisé titres depuis quelques années, nouveautés et fonds confondus. Elle n est pas la seule à avoir rattrapé son retard : Editis en est à titres numérisés 2 d après le site Actualitte.com 3. Il en va de même pour Gallimard qui sort automatiquement les nouveautés en numérique. L idée est, selon Eric Marbeau, responsable de la diffusion numérique, de «proposer à [leurs lecteurs] les livres quel que soit le support de lecture qu ils choisissent. Toute nouveauté papier sort simultanément en numérique dès lors que l auteur cède ses droits 4.» Actuellement, la numérisation des œuvres papier est en cours. La littérature générale a donc encore de beaux jours devant elle. En effet, un porte-parole de Hachette Livre a déclaré que «sur la littérature générale, tous les livres sortent [ ] en version numérique sauf exception, lorsque nous n avons pas les droits ou lorsque l auteur ne le souhaite pas 5». On peut d ailleurs voir sur le site de la Fnac que ce qu avancent ces éditeurs est fondé. On retrouve le secteur de la littérature générale organisé en différentes parties. Le lecteur a donc une offre assez large à sa disposition. Même si ce que propose le site ne représente qu une infime partie du catalogue de livres papiers, on s aperçoit que la numérisation des œuvres de littérature générale a fait un bond en avant depuis trois ans. En effet, 510 titres sont proposés en littérature française, 425 en roman historique, 491 en littérature étrangère et 71 en récit de voyage par exemple. 1 «Rentrée littéraire : peut-on faire des affaires en numérique?», l Expansion l Express, 6 septembre Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 3 Nicolas Gary, «Enfin, Editis ouvre son catalogue à Apple et Amazon», ActuaLitté, 14 octobre «Rentrée littéraire: peut-on faire des affaires en numérique?» 5 Ibid. 32

33 Nous allons à présente étudier la littérature générale sur support numérique. Comment les fonctionnalités éventuelles mettent-elles en valeur ce secteur de l édition? Quels sont les formats utilisés sur liseuse? Permettent-ils une lecture claire des œuvres? Et enfin, quels sont les avantages de la liseuse en littérature générale? 3 ) La littérature générale sur support numérique A) Le format des fichiers Malgré le caractère récent du livre numérique, il existe déjà différents formats disponibles sur ce support pour la littérature générale : L epub : c est un format ouvert standardisé pour les livres électroniques 1. Il permet la visualisation sur écran d une publication en version électronique optimisée 2. Le PDF : c est un langage de description de pages d impression qui permet de préserver la mise en forme du texte telle qu elle a été définie par son auteur et de visualiser le fichier 3. Le FictionBook : aussi appelé FB2, c est un format ouvert de livres électroniques fondé sur XML. Peu de livres numériques prennent en charge ce format (liseuses Oyo de Chapitre.com, Cybook Odyssey de Bookeen, ). Il permet aux fichiers de contenir des images mais cela rend le fichier plus lourd 4. Le Mobipocket Creator : créé par la librairie numérique Mobipocket.com, ce format, nommé PRC/MOBI, est une compilation de fichiers HTML. On ne peut le lire que sur le Mobipocket Reader, la liseuse de cette librairie, et sur le CybookGen3 de Bookeen 5. Il y en a encore beaucoup d autres comme l AZW, format du Kindle d Amazon qui prend aussi en charge le format TXT (celui que nous connaissons sur nos ordinateurs). 1 «Epub (Format)», Wikipédia, 2 «Qu est-ce qu un epub?», Vidéo2brain, 3 «Portable Document Format», Wikipédia, 4 «FB2», Wikipédia, 5 «Mobipocket.com», Wikipédia, 33

34 Les formats représentatifs restent tout de même le PDF et l epub. Il y a une différence non négligeable entre les deux lorsqu on parle de littérature générale. La lecture sur livre numérique, qui n est pas encore totalement entrée dans les mœurs, a tout intérêt à être agréable d un point de vue esthétique et ergonomique pour le lecteur habitué au livre traditionnel. C est le cas de l epub qui se présente comme «un site web inséré dans une boîte [ ] : il s adapte complètement à la forme de tous les appareils». A son propos, Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, explique que c est le format de la littérature générale et la norme actuelle du format du livre numérique. L avantage est qu il s adapte à la taille de l écran. Cependant, on perd la mise en page du livre papier. C est le format du livre numérique aujourd hui mais lorsque les tablettes seront répandues, on peut imaginer que le format respectera une autre norme, selon lui 1. Le PDF, lui, est une image fixe où on ne peut que zoomer 2. Comme nous avons pu le voir, le développement du format pour les œuvres de littérature générale a considérablement progressé en très peu de temps. Mehdi Benlekehal, chef de projet au département développement numérique d Editis et lié à des maisons de littérature générale, affirme que «/cette dernière/ marche [ ] très bien. L epub [ ] est très pratique pour ce secteur car il permet de " faire du texte au kilomètre ", la mise en page est très simple.» Bertrand Rocton explique même que c est le format qui rend la littérature générale si particulière. On peut la reconnaitre facilement grâce à sa mise en page. Par conséquent, la littérature générale a-t-elle un avenir sur liseuse? Il semble, au vu de ces interventions, qu elle a en effet sa place dans l univers numérique. C est aussi l avis d Agathe Jacon, chef de projets numériques et responsable d édition du groupe Flammarion au pôle BD Jeunes qui pense que ce secteur de l édition implique un rapport moins sensuel à l objet que la bande dessinée ou le livre d art : «Le confort en mobilité et en largeur de choix que permettent les supports digitaux prend vraiment son sens pour la littérature générale. /Elle est/ celle qui nous accompagne au quotidien, qu on emmène dans les transports, en voyage, etc. Elle 1 Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 2 «Les stratégies de développement numérique, quelles perspectives pour le livre?» 34

35 fait donc partie des segments qui ont le plus à gagner des nouveaux supports de lecture simple de type reader 1.» Mais en dehors du format, les fonctionnalités proposées par la liseuse pourraient constituer un point décisif dans l avenir de la littérature générale dans son passage au livre numérique. Elles permettraient de la différencier de sa version papier à laquelle les fichiers numérisés s apparentent encore beaucoup. B) Les fonctionnalités offertes par le livre numérique A priori, pour la littérature générale, la liseuse ne propose pas beaucoup de fonctionnalités permettant de différencier le papier du fichier numérisé. En 2008, Bruno Patino, président de Télérama, explique : «L impact d un passage au numérique n est pas pour l instant notable dans d autres secteurs. Les critères les plus puissants (possibilité d indexation, divisibilité des contenus, mise à jour fréquentes) ne jouent pas pour la littérature générale, la littérature de jeunesse, les BD ou les beaux livres, les secteurs des essais/actualités ou du parascolaire 2.» En 2009, Hervé Gaymard ajoute «qu il semble [ ] que pour la littérature générale, les avantages indéniables du numérique soient moins opérants», contrairement à des secteurs comme l édition de savoir ou les livres pratiques 3, ou encore le livre de jeunesse qui tend à s élargir dans l univers digital en «intégrant de l animation et du son, du jeu», ce qui représente une opportunité pour la créativité selon Agathe Jacon 4. «Le papier aurait de beaux jours devant lui 5». Ces avantages moins opérants que dans d autres secteurs de l édition sont peut-être la raison du manque 1 Entretien avec Agathe Jacon (Annexe) 2 Bruno Patino, «Le devenir numérique de l édition», La Documentation Française, 2008, p.36 3 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p Entretien avec Agathe Jacon (Annexe) 5 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p

36 d intérêt des lecteurs français qui hésiteraient à acheter une liseuse présentant un fichier similaire au livre papier. Mais est-ce une raison pour éloigner la littérature générale du support numérique? Les éditeurs sont sceptiques sur l idée d un marché potentiel du numérique pour ce secteur car ils pensent que ce support ne sera pas aussi déterminant pour la littérature générale que pour les autres secteurs de l édition. Néanmoins, le négliger porterait préjudice à l édition car : «En premier lieu, le roman et le document représentent un peu la " vitrine " de l édition auprès des professionnels comme du public, en France et à l étranger. Deuxièmement, une certaine fiction les romans dits " typés " comme le thriller et policier, le genre historique, la fantasy, les biographies, les livres sur l histoire, le documentaire en général, sont des genres qui se prêteraient formidablement aux contenus multimédias complémentaires 1.» De plus, il existe depuis quelques années des œuvres d actualité et de notoriété (société, faits divers, politique, vie privée) qui remportent du succès auprès des lecteurs. Seulement, leur durée de vie est très courte et ces livres «exigent une rapidité d écriture et de publication». Pour ce genre d œuvres, le livre numérique est donc tout indiqué. C est aussi le cas pour «les livres épuisés, les livres à faible tirage, les niches éditoriales, les articles, les conférences, les journaux, les feuilletons qui ne trouvent plus, depuis longtemps, leur place dans la presse, peuvent donner lieu à une exploitation digitale et participer à l enrichissement des débats culturels et intellectuels 2.» Les fichiers numérisés seraient semblables au livre papier mais auraient pour intérêts d être publiés rapidement et à moindre frais. Cela permettrait aux éditeurs de ne pas perdre d argent sur des œuvres qui ne sont pas autant lues que des romans à grand tirage et offrirait aux lecteurs friands de ce genre de littérature la possibilité de lire des livres qu on ne trouve pas toujours en librairies. Ce genre de fichiers similaires au livre traditionnel constitue le livre numérique dit «homothétique» : il reproduit «à l identique l information contenue dans le livre imprimé, tout en admettant certains enrichissements comme un moteur de recherche 1 «Plaidoyer pour le livre numérique» 2 Ibid. 36

37 interne, par exemple 1». Il s oppose, par conséquent, au livre dit «enrichi» qui comprend des fonctionnalités telles que l indexation ou encore les mises à jour fréquentes comme nous l avons vu plus haut. Concernant la question du type de livre utilisé à terme en littérature générale, le directeur général d I-Gutenberg, Stephen Belfond, émet l opinion suivante : «Le livre homothétique restera sans doute largement majoritaire en littérature générale. Peut-être trouvera-t-on une double offre, simple ou enrichie. Même en matière de romans, d essais ou de documents, de nombreuses et pertinentes possibilités d augmentation existent : ressources documentaires, interview de l auteur [ ], organisation de débats pour prolonger le livre, audio livre intégré, etc 2.» Il y a donc des idées de fonctionnalités mais elles n ont pas encore vu le jour. Celles qui existent sur livre numérique sont peu nombreuses. Elles contiennent tout d abord des fonctionnalités d organisation des contenus. Cela permet aux utilisateurs de gérer leurs fichiers comme bon leur semble (ajouter, supprimer, déplacer, etc.). Ceci est primordial. Néanmoins, selon un sondage de janvier 2012, la fonctionnalité d organisation des contenus rend souvent la suppression de fichiers fastidieuse 3. Même si elle n est pas, a priori, nécessaire lorsque l on vient d acquérir une liseuse, elle le deviendra sûrement lorsque le lecteur voudra la vider d un texte pour le remplacer par un nouveau. Les livres numériques sont équipés de dictionnaires. Le sondage révèle des résultats assez homogènes qui ne permettent pas de dire pourquoi certains utilisateurs l utilisent plus que d autres 4. Peut-être est-il utilisé pour les livres en anglais. On peut néanmoins se demander si le dictionnaire est nécessaire en littérature générale en se référant à la lecture papier. Lit-on avec un dictionnaire à portée de main? Lirait-on ainsi 1 «Le livre numérique homothétiques et les autres», La Feuille Le Monde, 11 janvier «5 questions à Stephen Belfond : Créer des ebooks augmentés pour ne pas être exclu» 3 «Usages des liseuses : finalement, on utilise peu toutes leurs fonctionnalités», La Feuille Le Monde, 19 janvier Ibid. 37

38 avec le livre numérique? Quoi qu il en soit, le français est notre langue maternelle et on peut estimer que l utilisation d une telle fonctionnalité ne sera que ponctuelle. La liseuse contient aussi un moteur de recherche intégré. Pour la littérature générale, elle permet de retourner en arrière dans le livre pour comprendre qui est un certain personnage, par exemple. Son utilisation ne semble pas indispensable et elle est surtout difficile à utiliser car «la liseuse n est pas optimisée pour cet usage 1». L annotation est un autre point mis en avant par les constructeurs de liseuses. Elle remplace les notes prises dans les marges de nos livres papier. Cependant, il s avère que, selon le sondage, peu de personnes ont recours à cette fonctionnalité 2. Les hypothèses varient. N y a-t-il vraiment pas d intérêts à prendre des notes ou bien est-ce la liseuse qui ne permet pas une utilisation facile de l annotation? Comme nous avons pu le voir, les fonctionnalités qui pourraient être utilisées par des lecteurs de littérature générale ne sont pas nombreuses et ne correspondent pas à ce que les consommateurs sont en droit d attendre, la liseuse n ayant pas encore suffisamment évolué pour tenir ses promesses. Au vu des efforts que font les constructeurs pour attirer des lecteurs avec leurs fonctionnalités, nous venons à nous demander s ils ont un public-cible auquel ils aimeraient offrir les meilleures conditions de lecture possible en numérique. Il y en a forcément un, qui varie selon les liseuses et qui fait varier leurs contenus. Par exemple, pour l ipad, le maître de conférence à l université de Caen et spécialiste des questions liées à Internet, Hervé Le Crosnier, explique que «la tablette [ ] /favorise/ la lecture des jeunes qui, s ils lisent, liront du livre numérique 3». Mais le public «moyen» est féminin, plutôt âgé et gros lecteur. Il consomme surtout des romans, les liseuses favorisant leurs «lectures linéaires 4». Pour Michael Dahan, fondateur de Bookeen, le public-cible est avant tout celui des gros lecteurs, ceux qui /dévorent/ les livres». L avid reader, comme l appellent les 1 «Usages des liseuses : finalement, on utilise peu toutes leurs fonctionnalités» 2 Ibid. 3 «L ipad : caractéristiques, concurrents et public visé», La Croix, 28 janvier «Vers la démultiplication des liseuses», La Feuille Le Monde, 27 mai

39 anglo-saxon, est à la recherche du «confort de l objet livre (lisibilité, prise en main, mobilité, autonomie) pour profiter alors de la puissance du numérique (stockage, librairie 24/24 et meilleur prix des livres 1». En 2009, le fondateur de Bookeen précisait que le lectorat ciblé était celui qui lisait plusieurs livres par mois et qui avait «les moyens d acquérir l appareil et de s offrir des téléchargements payants 2». Cela représenterait 8% de lecteurs d après une étude d Ipsos MediaCT de janvier 2011 pour Livres Hebdo 3. Le livre numérique permet de stocker beaucoup d œuvres en un seul objet. Hervé Le Crosnier poursuit en disant que la tablette d Apple séduira les lecteurs «qui ont toujours besoin d avoir à disposition plus de livres qu ils ne vont effectivement en lire 4». On mentionne ici l ipad mais on peut appliquer cette idée aux autres tablettes et liseuses qui permettent aussi de stocker beaucoup de fichiers. Cet avantage de la liseuse sur le livre papier (qui ne contient qu une œuvre) va «changer la vie des étudiants [ ] et devenir leur principal support d apprentissage» selon Jean-Louis Gassée, créateur du premier bureau d Apple en France 5. Nous avons donc vu que, malgré le peu de fonctionnalités permettant de mettre en valeur la littérature générale sur livre numérique, les constructeurs ne s arrêtent pas en si bon chemin et continuent de viser un public-cible susceptible de s intéresser à ce secteur de l édition sur écran. Si d autres fonctionnalités sont susceptibles de voir le jour, cela ne veut pas dire que la littérature générale n a plus d avenir, selon Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre. La lecture sera beaucoup plus assistée que ce que connaissent les lecteurs de livres traditionnels mais la lecture de ce secteur de l édition restera malgré tout la même. Pour le moment, la liseuse essaie de ressembler le plus possible au livre traditionnel. Mais comme le souligne Max Butlen, enseignant chercheur à l université 1 «Ebooks : Reader 1 Tablette 0» 2 Capucine Cousin, «E-books : Bookeen veut se faire une place dans la cour des grands», L entreprisel express, 21 novembre Marie-Laure Lerolle, «Livre numérique : 8% de lecteurs en 2011 Ipsos MediaCT, 4 «L ipad : caractéristiques, concurrents et public visé» 5 Ibid. 39

40 de Cergy Pontoise, «le livre numérique ne fait que commencer à exploiter d autres possibilités d un support qui présente l immense avantage sur le livre de pouvoir combiner texte, image (fixe et animée) et son. [ ] Il se pourrait que la nature de la lecture, la fonction du livre ainsi que la définition de la littérature en soient profondément modifiées 1.» En dehors des fonctionnalités de la machine, le côté un peu plus matériel de la liseuse est aussi un argument de vente. C) Les avantages du livre numérique Les premières «tablettes de lecture» inventées en 2001 (la tablette Cybook de Cytale étant la pionnière) présentaient plusieurs défauts. Elles possédaient un écran rétroéclairé qui brillait à la lumière, ne disposait que d une faible autonomie et cela à un prix prohibitif (870 ), ce qui plaçait le livre traditionnel au rang de meilleur produit au niveau qualité/prix. Elles ne proposaient pas, de surcroit, des fonctionnalités complémentaires à la lecture 2. Nous avons vu dans la partie précédente que ce n est pas ce qui prime en littérature générale. Cependant, lors de l apparition des liseuses, le lecteur avait besoin de voir ce qui rendait le livre numérique différent du livre papier et les fonctionnalités auraient pu faire la différence. Les constructeurs ont su s adapter aux exigences du lectorat, ce qui permet une meilleure approche de la littérature générale sur livre numérique. Ainsi, dès 2002, on s aperçoit que la liseuse a fait des progrès en matière d épaisseur, d écran et de rétroéclairage, de résolution et enfin de poids. En 1998, le lecteur devait se contenter d une liseuse encombrante pesant près d un kilo et ayant une faible autonomie et d un écran à cristaux liquides qui braillait à la lumière. De plus, ce support n offrait pas d usages complémentaires. Au fil du temps, les constructeurs ont investi dans l encre numérique (aussi appelé papier électronique) 3 qui ne «consomme de l énergie que lorsqu il est sollicité par le lecteur (pour tourner une page par exemple).» Cette liseuse peut être lue à la lumière, elle ne la réfléchit plus comme le précédent écran 4. 1 Annexe Max Butlen 2 «Plaidoyer pour le livre numérique» 3 Voir définition approfondie dans l Index 4 JK Lauret, «Tout savoir sur le livre électronique», Best Of Micro, 31 décembre

41 La maniabilité, la portabilité et la grande capacité de stockage sont devenus des critères non négligeables dans le processus de séduction du lecteur sur livre numérique 1. Il faut, en quelque sorte, que la liseuse se rapproche le plus possible du livre traditionnel pour ne pas créer une rupture totale chez le lecteur 2. C est ce qu avance Max Butlen, enseignant chercheur à l université de Cergy Pontoise : à ce jour, le livre numérique «s est efforcé d être aussi fonctionnel que le livre traditionnel, il s emploie à l imiter en tout point (accès, lisibilité, feuilletage, commodité). De plus, le texte n occupe plus de manière anarchique l espace qui lui est dévolu sur l écran, ce qui, dans ce secteur de l édition, est primordial pour le confort de lecture. Le livre électronique «réintègre les acquis de la typographie pour le confort de l œil et la lisibilité 3». L utilisation de l encre électronique a aussi changé les habitudes de lecture sur liseuse. Associée à un écran non rétroéclairé qui promet une autonomie plus longue de la machine, elle permet de lire au soleil sans que cela ne gâche en rien la lecture. En dehors du côté matériel de la liseuse, les prix des œuvres numérisées sont beaucoup plus attractifs qu en Ils sont relativement moins élevés que ceux du livre traditionnel en raison des moindres moyens utilisés pour la création d un fichier numérique. Par conséquent, même si la liseuse est un investissement non négligeable, elle est vite rentabilisée pour un lecteur affirmé. De plus, certaines œuvres de littérature générale tombées dans le domaine public sont gratuites et disponibles pour tous. Max Butlen, voit en les futurs progrès technologiques de la liseuse un moyen de faciliter l accessibilité aux œuvres du patrimoine et les échanges entre auteurs et lecteurs, rendant ainsi ces derniers «plus directs, plus nombreux et plus intenses». Il ajoute que «les lecteurs pourront circuler plus facilement à l intérieur d une œuvre et d une œuvre à l autre, les recherches littéraires en seront grandement facilitées, les pouvoirs des lecteurs pourront s étendre sensiblement dès lors qu ils maitriseront les outils de navigation» 4. 1 Claire Belisle, «Lire avec un livre électronique : un nouveau contrat de lecture?», 9 décembre «E-reader, l ater ego numérique du livre papier», Bouquineo, 3 «Lire avec un livre électronique : un nouveau contrat de lecture?» 4 Annexe Max Butlen 41

42 Au niveau de la «fabrication», la numérisation des œuvres papier provoque la redéfinition de la chaine du livre et, ainsi, pare à des difficultés telles que l absence de stock. Le livre numérique permet la suppression des frais d impression 1. Ceci est un point non négligeable dans la fabrication d un livre de littérature générale en raison du nombre important de pages que contient un volume. Il coûtera moins cher à la vente. Enfin, du point de vue du lectorat, la liseuse pourrait permettre d attirer de nouveaux lecteurs vers ce secteur de l édition : les jeunes qui ne lisent pas sur papier, les plus âgés qui ne lisent plus car les caractères sont trop petits, ceux qui lisent autre chose que de la littérature générale sur écran, etc. Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, pense qu il est possible de les attirer car les liseuses comme le Kobo de la Fnac ou le Kindle d Amazon sont des appareils de lecture multifonctions. Cela pourrait permettre à ce lectorat de s intéresser à la littérature générale grâce au livre numérique 2. Hervé Gaymard est convaincu que les avantages de la liseuse ne seront pas aussi opérants en littérature générale que dans un autre secteur de l édition et que le livre papier a encore de «beaux jours devant lui». Néanmoins, il nuance en ajoutant : «sauf si l accoutumance à l écran des plus jeunes générations les détourne définitivement de cet objet méticuleux et génial qui a changé le monde depuis tant de siècles 3». Nous avons pu voir que, bien que les liseuses aient fait des progrès en matière de fonctionnalités, il semblerait qu elles ne soient pas particulièrement indispensables à la lecture de la littérature générale. Néanmoins, le livre numérique a plusieurs avantages en matière de mise en page, de confort de lecture ou encore de prix. Les «gros» lecteurs habitués au livre traditionnel pourraient finir par y trouver leur intérêt sur le long terme. Il convient d ailleurs de se demander ce que deviendrait le livre papier si les ventes de livre numérique venaient à décoller dans les années qui viennent. Sera-t-il en voie de disparition? Aurait-il encore sa place sur le marché? 1 «Quel modèle économique pour le livre numérique?», ParisTech Review, 6 octobre Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 3 Hervé Gaymard, Pour le livre, Rapport sur l économie du livre et son avenir, Paris, éd. Gallimard, 2009, p

43 4 ) Quelles conséquences pour le livre papier? C est une question qui ne recevra en réponse, à ce jour, que des hypothèses, le sujet du numérique étant très récent. Il n empêche que certains professionnels donnent tout de même leur avis, optimiste ou pessimiste. En effet, l arrivée du livre numérique a remis en question la pérennité du livre traditionnel dans le futur. Plusieurs opinions qui s affrontent. Tout d abord, il y a ceux qui pensent que le numérique peut rendre service à l écrit (à prendre dans le sens général : le travail des auteurs et la lecture). A la question «selon vous, le livre représente-t-il une révolution pour le livre ou un danger?», Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, déclare que ce serait plutôt une opportunité. En effet, le livre numérique oblige à revoir le processus de création et offre de nombreuses perspectives 1. Agathe Jacon, chef de projets numériques et responsable d édition du groupe Flammarion au pôle BD Jeunes, voit elle aussi en la liseuse une opportunité pour le livre : «Je crois que le support digital est une opportunité pour le livre : tout le monde a des écrans entre les mains et en aura encore probablement plus dans les années qui viennent. Il ne s agira donc plus de passer d un objet à l autre, de prendre l habitude d un objet livre mais de " consommer " de l écrit sur écran 2.» Max Butlen, enseignant chercheur à l université de Cergy Pontoise, considère que le livre traditionnel entre dans une nouvelle ère de concurrence comme il en a connu d autres (le volumen concurrencé par le codex puis le livre de bibliothèque classique contre le livre électronique de la bibliothèque virtuelle). «Il en résulte peut-être un danger pour les éditeurs, les auteurs [et] les lecteurs qui ne sauront pas s adapter et conjuguer les supports, mais à mon sens, il n en résulte pas de danger pour la lecture qui ne peut qu y gagner» 3. Par conséquent, la littérature aurait à tirer son épingle du jeu de cette arrivée révolutionnaire du livre numérique. C est ce que soutient aussi Jean-Claude Bologne, auteur et président de la SGDL : le numérique serait une chance pour la diffusion et offrirait des possibilités créatives 1 Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 2 Entretien avec Agathe Jacon (Annexe) 3 Annexe Max Butlen 43

44 nouvelles 1. Lionel Maurel, blogueur reconnu sur les questions de droits d auteurs, partage la même opinion que Jean-Claude Bologne et pense que le numérique permet de bousculer les concepts établis même si cela a aussi pour effet de raidir les positions des professionnels 2. Antoine Gallimard, descendant du fondateur de la maison d édition, est certain que le livre traditionnel gardera une place importante. Il voit en le livre numérique, à l instar des personnes citées plus haut, une opportunité : «Un livre ne se définit pas seulement par un enchaînement de caractères, une mise en page et quelques chapitres Et le livre numérique se présente lui, simplement comme un nouvel organe constitutif du livre. Comme la photographie, le livre numérique offre une grande flexibilité : différents formats, réimpressions limitées. Par conséquent, il constitue une opportunité formidable pour enrichir le catalogue et maintenir les livres en vie 3.» Le magazine hebdomadaire français Stratégie, lui, déclare que le «sous réserve que les éditeurs restent maîtres de la chaîne de valeurs et donc des prix, le numérique pourrait être une chance pour l écrit». «D ici cinq ans, le livre sur format numérique représentera autour de 20% de l édition en littérature générale» 4 d après une étude de Bain & Cie. A cela se heurtent ceux qui pensent que le numérique marque la fin du livre traditionnel. Hervé Le Tellier, écrivain français, pointe du doigt un effet négatif de l arrivée de cette révolution : le danger serait que le livre numérique devienne un standard et que le papier soit relégué au rang de droit secondaire 5. Cela empêcherait peut-être certaines catégories de consommateurs de se fournir en littérature générale sur livres traditionnels, éléments incontournables de la culture. Même si, depuis 2009, le seul prix qui freine la consommation est celui du livre numérique, selon Emmanuel 1 «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs», Ibid, Alexis Jaillet, «Gallimard : le danger ce n est pas le numérique, c est la gratuité», Ebouquin, 30 mars Annexe Articles de presse, n 5. 5 «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs»,

45 Sordet, avocat associé du cabinet Denton Wilde Sapte. Il pense que cela empêche la dissémination de ce support. Il voit néanmoins en la liseuse une menace pour le support papier : «Je pense qu il est inéluctablement menacé mais pour autant, ce n est pas nécessairement un mal. Il ne faut pas s inquiéter et il faut plutôt prendre le numérique comme un avantage, comme un atout, et non quelque chose contre laquelle il faudrait lutter 1.» Cela semble aussi évident à Raymond Redding dans son livre L écrit fait de la résistance de Il est persuadé que l arrivée du numérique aura forcément des conséquences sur le livre papier et ses usages propres. Cependant, il nuance en ajoutant que «si le numérique porte en lui une menace mortelle pour l écrit papier, il lui offre aussi et surtout une opportunité de se rénover» à condition que les professionnels réagissent à cette révolution et «sachent la transformer» 2. Ce sera donc à eux de faire en sorte que le livre numérique soit une force et non une menace pour la chaine du livre et le livre lui-même. Ces professionnels sont, à l heure actuelle, en train de rattraper leur retard et de se familiariser avec cette révolution numérique. Agathe Jacon nuance : pour elle, «la production de l écrit en tant que tel n est pas mise en danger». Ce qui marque un changement important dans l édition est que «la création et la diffusion évoluent» 3. Frédéric Beigbeder, écrivain français, a un point de vue plus formel. Il soutient que le livre numérique dénature le livre de base au niveau de la forme : «Il uniformise toute la littérature du monde dans un seul objet, alors qu autrefois chaque livre avait sa forme, sa typographie, son nombre de pages, ses blancs. Avec le livre numérique, l auteur n est plus maître de ça» 4. Le livre numérique serait, selon lui, un objet impersonnel dans lequel on ne verrait plus la «patte» de l écrivain dans l édition du livre. Il est vrai que la liseuse tend à uniformiser les textes. Mais peut-être qu avec les 1 «Situation du livre : évaluation de la loi relative au prix du livre et questions prospectives», annexe p Raymond Redding, L écrit fait de la résistance, le futur de l écrit et du papier, entre technologie et innovation, éd. Nouveaux Débats Publics, 2011, p Entretien avec Agathe Jacon (Annexe) 4 Laurent Martiner, «Frédéric Beigbeder face à François Bon : le livre numérique est-il une apocalypse?», l Express, 15 novembre

46 progrès à venir, l auteur sera libre d organiser son œuvre comme il peut le faire avec le livre papier. Ainsi, il aura de nouveau l impression d avoir la main sur son travail malgré le côté abstrait d un fichier numérique. Nous l aurons compris, le livre numérique tend à s imposer depuis plusieurs années. Mais que va devenir la littérature générale sur livre traditionnel? Les lecteurs vont-ils tourner le dos à ce support pour préférer ce secteur de l édition sur liseuse? Bertrand Rocton pense qu il y aura encore beaucoup de lecteurs de livres traditionnels mais qu ils pourront venir progressivement à l utilisation de livre numérique. Cependant, cela dépendra encore des usages de chacun (voyages, déplacements, station à la maison, etc.). Max Butlen est du même avis : selon lui, les habitudes de lectures sont fortes et ne seront amenées à évoluer que très lentement. Rien ne dit que le livre papier va disparaitre dans les prochaines décennies. C est ce que pense Arnaud Nourry, patron de Hachette Livre : «tant que les enfants apprendront à lire sur des livres imprimés, ce dernier a encore un bel avenir» 1. Seulement, à terme, la liseuse pourrait être préférée au livre traditionnel. «Tout dépendra finalement de la valeur d usage de lecture sur écran et des bénéfices qu en tireront les lecteurs. Si ceux-ci sont manifestes, s il y a vraiment une valeur ajoutée, les lecteurs n hésiteront pas à passer d un support à l autre ou à changer chaque fois que [cela] est nécessaire 2.», assure Max Butlen. Par conséquent, tout reste encore à observer durant les prochaines années. On peut cependant commencer à s intéresser aux réactions que ne manque pas de provoquer cette révolution chez les professionnels du livre. 1 Annexe Articles de presse, n 1 2 Annexe Max Butlen 46

47 III- Les réactions face à une telle révolution 1 ) Les réactions des acteurs de la chaine du livre Alors que le livre numérique continue sa conquête des lecteurs de livres traditionnels, les acteurs de la chaine du livre se posent des questions quant à la pérennité de leurs métiers. Libraires, imprimeurs, diffuseurs-distributeurs et même éditeurs sont-ils amenés à disparaitre? A la question «le numérique est-il une chance?», Hervé Le Tellier explique que cela dépend d où l on se situe dans la chaine du livre. C est ce qu affirme Frédéric Beigbeder, écrivain français lors d un entretien avec François Bon, écrivain et défenseur du livre numérique : «Si jamais on arrive à concevoir ce livre numérique réussi, avec talent, silence, écart, solitude, profondeur, vous êtes quand même conscient que cela signifie la fermeture des librairies, des bibliothèques, la disparition de beaucoup de métiers comme celui d éditeur [ ]!». La littérature générale reste sauve mais la chaine du livre l est beaucoup moins. Par exemple, ce n est pas une chance pour les libraires ou les imprimeurs. Selon lui, il est certain que le numérique représente un progrès mais peut-être pas une chance 1. En effet, cette évolution du livre nécessite des changements qui ne sont possibles avec ces acteurs que si ces derniers s adaptent aux modifications que va imposer le numérique. Or, ces métiers ne semblent pas pouvoir s adapter aussi facilement. C est ce qu avance Max Butlen, enseignant chercheur à l université de Cergy Pontoise, à propos des multiples concurrences qu a dû souffrir le livre durant des siècles : «Il en résulte peut-être un danger pour les éditeurs, les auteurs, les lecteurs qui ne sauront s adapter et conjuguer les supports mais, à mon sens, il n en résulte pas un danger pour la lecture qui ne peut qu y gagner 2.» Agathe Jacon, chef de projets numériques et responsable d édition du groupe Flammarion au pôle BD Jeunes, voit en le numérique un facteur de tension entre les différents métiers de la chaine du livre : 1 «Livre numérique : l impossible concorde entre auteurs et éditeurs», Annexe Max Butlen 47

48 «Ces évolutions (création / diffusion) induisent de nouveaux rapports de forces entre créateurs, producteurs, éditeurs et distributeurs. Ces tensions sont aujourd hui à l œuvre sur le marché du livre numérique et devraient continuer à évoluer dans les années qui viennent 1.» Il semble que ce ne soit pas le passage de la littérature générale au livre numérique qui engendre le danger pour la chaine du livre mais bien le livre numérique en lui-même et tous les changements qu il impose à des métiers qui n ont pas eu à s adapter à quoi que ce soit depuis des années, le livre n ayant souffert aucun concurrent depuis longtemps. Cependant, selon Antoine Gallimard, descendant du fondateur de la maison d édition du même nom, «le danger n est pas le numérique : [ ] l édition numérique est une opportunité. Le vrai danger, c est la gratuité. Il ne s agit pas d accuser Internet mais le piratage 2.» C est d ailleurs l un des points qui préoccupent les auteurs. Ils «veulent savoir comment sera protégée l intégralité de leurs œuvres et garantis leurs droits d auteurs 3.» Le piratage est certes un danger mais les métiers de la chaine du livre entre eux peuvent aussi représenter une menace. Que deviendraient les librairies si les éditeurs décidaient de se passer d eux et de vendre les livres numériques par eux-mêmes? C est ce qu anticipe lemonde.fr dans une page consacrée à l avenir des éditeurs et des libraires : «Pour l instant, les maisons d édition assurent qu il n en est pas question. La plate-forme d Editis et Eden-livres du regroupement Gallimard, Flammarion et La Martinière ne sont accessibles qu aux libraires et distributeurs. Pour acquérir un ouvrage, les clients sont donc contraints de passer par eux. Mais un autre éditeur, Hachette, a déjà décidé de s affranchir de ce modèle fermé sur sa plate-forme Numilog 4.» Cela inquiète d ailleurs Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, qui craint que les éditeurs choisissent de suivre la voie de Hachette et 1 Entretien avec Agathe Jacon (Annexe) 2 «Gallimard : " le danger ce n est pas le livre, c est la gratuité "» 3 «Plaidoyer pour le livre numérique» 4 «Livre numérique : éditeurs et libraires se battent pour tenter de sauver leur place» 48

49 de vendre les fichiers numériques sans passer par les libraires 1. Pour le moment, les librairies ont le soutien des autres maisons d édition. La Martinière assure même «qu [ils] ne sont pas prêts à tuer les libraires pour investir un marché numérique qui reste largement hypothétique 2». L explication du cas de Hachette s explique par le fait que cette maison d édition est moins dépendante que les autres pour vendre ses livres. Elle a d ailleurs revendu Numilog en avril 2012, quatre ans après avoir acquis la société. Ce n est pas la conjoncture actuelle qui l aurait décidé mais les services de Numilog qui ne correspondaient plus au projet initial de Hachette Livre 3. L article du site lemonde.fr va dans le sens de cette nouvelle. Elle précise que si l évolution du marché l exige, les éditeurs sont prêts à abandonner les libraires pour s en sortir 4. Le temps est donc à l incertitude concernant certains métiers de la chaine du livre. La situation est d autant plus inquiétante que «l édition est un secteur relativement fragile, aux équilibres précaires et dont les acteurs dépendent fortement les uns des autres 5», souligne Bruno Patino dans son rapport. Le temps nous dira s ils avaient raison de se méfier de leurs partenaires. Les professionnels sont perplexes quant à leur devenir. Si du côté des acteurs de la chaine du livre le temps est à l inquiétude, qu en est-il des lecteurs? Comment appréhendent-ils cette révolution numérique? Quelles sont leurs habitudes de lectures? Certains facteurs sont-ils plus déterminants que d autres en matière de lecture? 2 ) Les réactions des lecteurs et leur réflexes de lecture Le passage au numérique amène à s interroger sur les habitudes de lecture des lecteurs de littérature générale. Changeront-ils de support? Y a-t-il un lecteur particulier 1 «Livre numérique : éditeurs et libraires se battent pour tenter de sauver leur place» 2 Ibid. 3 Nicolas Gary, «Hachette revend Numilog, qui retrouve son indépendance», ActuaLitté, 16 avril «Livre numérique : éditeurs et libraires se battent pour tenter de sauver leur place» 5 «Plaidoyer pour le livre numérique» 49

50 du livre numérique? Observe-t-on des critères récurrents chez ces lecteurs du numérique? On pourrait céder à des idées préconçues selon lesquelles les jeunes, appartenant à la génération des «Digital Natives 1» et ayant grandi avec des ordinateurs, liront sur livres numériques. C est l idée que soutient La Tribune en décembre 2009 : «Pour la littérature générale, le débat est vif entre ceux qui jurent la main sur le cœur que jamais ils ne pourront lire un roman sur une tablette électronique et les autres, souvent plus jeunes, pour qui le basculement vers le numérique est inéluctable 2.» Cependant, cette idée ne reflète pas vraiment la réalité. On peut bien sûr faire des suppositions. Néanmoins, la préférence d un support aux dépens d un autre dépendra du caractère de chacun, de sa façon d aborder la lecture et naturellement de ses moyens financiers. Par conséquent, il n y aura jamais un lectorat bien déterminé. On peut cependant dégager des groupes de lecteurs. Les plus jeunes ne sont pas les seuls adeptes du livre numérique, loin de là. C est ce que j ai pu remarquer grâce à un questionnaire que j ai fait circuler sur le net et autour de moi 3. Les personnes interrogées ont entre 19 et 62 ans. On peut s apercevoir que les deux plus jeunes de ce panel (19 et 21 ans) ne lisent pas de livres numériques et ne souhaitent pas changer de support. En revanche, quatre personnes, hommes et femmes (56, 35, 61 et 62 ans) lisent ou se disent prêts à lire en numérique. Ceci est un panel réduit qui n a pas de valeur représentative. On peut néanmoins s entendre, avec ces témoignages, sur le fait que le livre numérique n est pas consulté uniquement par les plus jeunes lecteurs sous prétexte que c est un outil technologique. Bertrand Rocton, responsable de projets en développement numérique chez Hachette Livre, nuance quant à cette idée préconçue : pour lui, on ne peut pas dire aussi facilement que ce soit une question d âge même s il est vrai que les «Digital Natives» auront plus de facilités à se servir de ce support que les lecteurs de la génération précédente. Le passage au livre numérique se fera plus naturellement. Cependant, aux Etats-Unis, les lecteurs de liseuses appartiennent à différentes tranches d âge. Il est donc difficile de se prononcer sur ce point, selon lui 4. 1 Annexe Index 2 Annexe Articles de presse, n 1 3 Annexe Réponses au questionnaire 4 Entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 50

51 En 2011, le site Idboox.com publie un article sur la consommation de contenus numériques presse et ebook. Sur internautes de 15 à 65 ans interrogés, 14% lisent des livres numériques dont 7% de lecteurs qui ne lisent que sur ce support. 68 % lisent de la littérature générale 1. Comment peut-on expliquer ce phénomène? Plusieurs facteurs peuvent être déterminants : L âge : Ce n est pas celui qui compte le plus mais il peut décider certains lecteurs de passer au numérique. Par exemple, les personnes âgées 2 ou celles qui ont la vue qui baisse peuvent grossir la police du roman qu elles lisent. Cela leur permet un meilleur confort de lecture. Elles ne sont plus obligées de tirer un trait sur la lecture à cause d une mauvaise vue. La fréquence de lecture : «L avid reader 3» peut prendre en compte un intérêt financier en achetant une liseuse. Elle représente, certes, un investissement mais celui-ci sera vite amorti selon le nombre de livres que ce lecteur achètera. En 2002, dans le cadre d un colloque intitulé «Les défis de la publication sur le web, hyperlectures, cybertextes et métaéditions», Claire Bélisle, ingénieure de recherche au CNRS explique que des liseuses 4 ont été proposées au prêt 5 (d une durée de quinze jours) dans des bibliothèques pour observer les types de lecteurs. Il est apparu que le public emprunteur était composé de «grands lecteurs, ayant fait des études supérieures et fréquentant régulièrement les bibliothèques. [ ] [C est] un public qui entretient une relation privilégiée avec le livre papier 6.» De plus, certaines personnes ayant répondu à mon questionnaire affirment 1 «Consommation de contenus numériques presse, ebook en hausse» 2 Ibid. 3 Annexe Index 4 Il est important de préciser que les liseuses en question étaient plus chères et pas aussi convaincantes que celles dont nous disposons aujourd hui. 5 Peut-être qu avec ce système de prêt, le livre numérique pourrait toucher le public qui hésite à investir dans ce support. Si ce n est pas le cas, c est que le prix n est pas le seul facteur. L habitude de lire sur un livre papier pourrait jouer un rôle. 6 «Lire avec un livre électronique : un nouveau contrat de lecture?» 51

52 qu il est intéressant pour eux de stocker un certain nombre de livres sans charger leur sac 1. Un contenu d origine : Selon ce colloque, les emprunteurs apprécient que le texte ne subisse pas de changements. Par conséquent, «l attachement au contenu, au texte, aux mots existe toujours! Certains trouvent même que la lecture est aussi agréable, plus confortable, aisée, l accès au texte plus facile et plus rapide 2.» Besoin d un confort de lecture : Les personnes interrogées pour le questionnaire soulignent que la liseuse est utile. L écran n est pas trop éclairé mais permet tout de même la lecture sans que le lecteur ait besoin de forcer sur ses yeux. L éclairage est bon. Le confort de lecture serait comparable à la lecture du livre papier 3. Une mobilité plus grande : Beaucoup des travailleurs d aujourd hui se déplacent en transports en commun. Le livre leur permet donc de passer le temps pendant leur trajet. Néanmoins, le poids du livre papier pèse dans les sacs de chacun. Le livre numérique constitue donc un bon compromis. Léger, il peut tenir dans une main si le lecteur souhaite faire autre chose à côté : «Aucun livre récent ne reste ouvert à la bonne page sans être maintenu. Or, j aime lire en faisant autre chose : manger, tricoter, me limer les ongles, éplucher les légumes,... 4» explique une femme de 61 ans ayant répondu à mon questionnaire. Autant de facteurs qui permettent aux lecteurs de se lancer et d acheter une liseuse. Néanmoins, ceux qui restent fidèles à la littérature générale sur livre papier ont des leurs arguments : Possibilité d échange : L échange d œuvres n est plus possible avec le livre numérique à moins de prêter sa liseuse à quelqu un. Cela représente une possibilité d échanger des conseils avec des libraires ou encore des 1 Annexe Réponses au questionnaire 2 «Lire avec un livre électronique : un nouveau contrat de lecture?» 3 Annexe Réponses au questionnaire 4 Ibid. 52

53 lecteurs, selon une personne interrogée. Par conséquent, un phénomène tel que le Bookcrossing, par exemple, qui consiste à lire des livres puis à les déposer dans des endroits publics n a plus de raison d être. On ne peut plus offrir le livre lorsqu il est sous forme numérique 1. Catalogue numérique restreint : Les personnes interrogées soulignent un manque de choix dans le catalogue numérique. C est souvent ce qui les freine pour l achat d une liseuse. La première personne (de 21 ans) en aurait pourtant besoin pour alléger son sac. Mais les œuvres dont elle a besoin ne sont pas encore numérisées 2. Synonyme de repos : Dans notre monde rempli d écrans (ordinateur portable, télévision, téléphone portable, ), le livre papier est, pour l homme de 35 ans interrogé, un moyen de «décrocher». Sans quoi on reste dans la technologie à longueur de journée. De plus, le livre traditionnel est un objet beaucoup plus sensuel : on aime le sentir, le toucher et pouvoir constater l avancée de notre lecture. Une femme du panel affirme même que la liseuse est «trop impersonnelle, trop froide pour transmettre toute l émotion du papier» 3. Frédéric Beigbeder, écrivain français, déclare lui-même : «J'ai des habitudes de vieux garçon, de lire en caressant le papier, en tournant des pages. Je ne vais pas me bagarrer, je ne vais pas mourir pour défendre le livre sur papier, mais je serais triste s'il disparaissait, parce que j'aime ces vieux gestes. Ma crainte, c'est que ce ne soit pas seulement la disparition d'un objet, mais aussi la disparition de ce qui allait avec, le silence, le temps, la solitude, la longue histoire du roman. Prendre son temps pour rentrer dans le cerveau de quelqu un d autre 4.» Nous avons pu voir dans cette partie que, concernant le livre numérique, on ne peut pas simplement supposer concernant les lecteurs et leurs habitudes de lecture. Il 1 Annexe Réponses au questionnaire 2 Ibid. 3 Ibid. 4 «Frédéric Beigbeder face à François Bon : le livre numérique est-il une apocalypse?» 53

54 convient d observer ces habitudes et de tirer des hypothèses. Mais elles seront ellesmêmes dépendantes de facteurs qui sont propres au lecteur. C est pourquoi il est difficile de parler d un lectorat type lorsqu il est question de liseuse. 54

55 Conclusion Pour résumer, la littérature générale est un secteur de l édition qui se maintient dans les ventes. Une année peut être meilleure que la précédente si des best-sellers ont été vendus. Malgré cela, elle reste le secteur de l édition le plus lu car elle englobe la catégorie des romans, essais, livres de jeunesse, C est ce genre de lecture qui est choisi dans les transports pour se détendre au retour du travail, par exemple. Ce secteur a aussi un aspect culturel, il est le témoin de notre histoire littéraire. Les textes des grands auteurs français attirent un public scolaire et universitaire. Sur liseuse, la littérature générale est le secteur qui est le plus téléchargé d après Bertrand Rocton 1. Un sondage effectué sur internautes révèle qu ils sont 68% à en lire sur livre numérique. Par conséquent, tous les lecteurs ne se détournent pas de la littérature générale sous prétexte qu elle évolue de plus en plus sur liseuse. Néanmoins, cela peut freiner certains habitués du livre traditionnel. Le fait que le livre numérique puisse être homothétique 2 plutôt qu enrichi 3 marque la différence avec les autres secteurs de l édition. En effet, le livre numérisé ne sera que la copie du livre papier, ce qui ne représentera pas un grand intérêt auprès des lecteurs qui se braquent déjà face au livre numérique. Les enrichissements pourraient permettre à la littérature générale de se renouveler et peut-être de toucher un lectorat plus large comme celui des aveugles, par exemple, qui se feront lire par une voix enregistrée le roman qu ils souhaitent découvrir ou redécouvrir. Les fonctionnalités de la liseuses sont plus opérantes pour les autres secteurs éditoriaux que pour la littérature générale. Le livre numérique représente aussi un danger pour une édition qui n a pas eu à s adapter à ce type de bouleversement depuis des siècles. Il remet en questions des acquis qui n étaient plus, ou peu, discutés, comme par exemple la rémunération des auteurs. Avec le numérique, les auteurs de littérature générale se sentent en droit de revendiquer une hausse de rémunération. En effet, le coût de la numérisation et de l édition d un livre numérisé est moindre que celui d un livre traditionnel. De plus, le pourcentage que touchaient les éditeurs pour couvrir les risques industriels n a plus lieu d exister car il n y a plus de sortie papier. Tout peut être rattrapé sur informatique. Un refus net de l éditeur d augmenter son écrivain peut, de nos jours, déboucher sur 1 Voir entretien avec Bertrand Rocton (Annexe) 2 Voir Index 3 Ibid. 55

56 l autoédition dudit auteur qui préfèrera toucher beaucoup plus que 15 ou 20% de la vente de son livre, pourcentage qui représente pourtant la meilleure rémunération parmi tous les secteurs de l édition. L autoédition pourrait faire imploser la chaine du livre. Alors que certains écrivains s affranchissent des éditeurs, d autres signent des contrats sans saisir toute la complexité du livre numérique. Depuis, les éditeurs et les écrivains discutent à propos d un contrat séparé du livre traditionnel qui respecterait des règles différentes. Néanmoins, les discussions ne débouchent pas toujours sur des solutions, les deux parties étant trop opposés sur le sujet. Cette chaine du livre est déjà très fragile. Elle se maintient en équilibre précaire grâce à la solidarité de tous les membres. Cependant, si la situation est critique, nous avons vu que certains éditeurs n hésiteraient pas à abandonner les librairies pour s en sortir. Aujourd hui, les acteurs de la chaine se battent pour survivre à cette révolution numérique. Des métiers pourraient disparaitre. La prise de retard lors des débuts du numérique y est pour quelque chose. Si l édition avait réagi plus tôt, les librairies se seraient peut-être équipées du matériel nécessaire à la vente de livre numérique, un catalogue plus complet aurait été mis sur pied, les lecteurs seraient peut-être plus nombreux aujourd hui. Le numérique n en est qu à son point de départ et peine à décoller en France alors qu il a du succès aux Etats-Unis. Pourtant, des progrès ont été réalisés sur les liseuses depuis la toute première, sortie en Elles permettent un confort de lecture que ne pouvait offrir la Cytale de Cybook, sont plus légères, plus autonomes, fonctionnent à l encre numérique, Au niveau de la numérisation des fonds, chaque nouveauté est d office numérisée et proposée dans le catalogue numérique des librairies comme la Fnac, par exemple. La littérature générale n est donc pas morte : le numérique pourrait permettre son ascension sur un autre support et toucher encore plus de lecteurs. La numérisation des œuvres est un travail de longue haleine car en plus de devoir traiter les nouveautés, les éditeurs doivent aussi s occuper de leurs fonds. Le travail de fourmis qu ils accomplissent actuellement permettra un jour de posséder une bibliothèque numérique aussi importante que celle des livres papier. Mais la numérisation crée une méfiance de la part des auteurs. En effet, rien ne garantit que leurs œuvres soient protégées du piratage. Si certains prennent le piratage de leur travail comme un compliment, d autres ne sont pas prêts à céder aussi facilement. Il semblerait que le prix du livre numérisé soit la raison d une telle initiative de la part de lecteurs peu scrupuleux. Des acteurs extérieurs comme Amazon, eux, 56

57 n hésitaient pas à proposer des œuvres à des prix défiants la concurrence des petits libraires. La loi sur le prix unique du livre numérique est alors créée ce qui permet de garantir une concurrence à la loyale. Il semblerait que l arrivée du livre numérique puisse rendre service à l écrit. Il permettrait de le renouveler. Cependant, le risque serait, sur le long terme, de considérer le numérique comme un droit standard et le papier comme un droit secondaire. Cela créerait des inégalités au niveau de la culture, les lecteurs ne pouvant pas tous s offrir une liseuse et des fichiers numérisés. Enfin, bien qu étant un produit de la technologie, le livre numérique n est pas consulté que par des jeunes. Mes recherches ont montré qu il rassemblait des lecteurs de tous les âges et que cela ne répondait pas spécialement à une logique stricte. Comme nous l avons vu, plusieurs facteurs entrent en jeu. Nous avons pu voir tout au long de ce travail de recherche qu on ne peut pas dire que la littérature générale n ait pas d avenir sur liseuse. On ne peut pas non plus affirmer qu elle évoluera grâce au livre numérique. La nuance est de rigueur. La liseuse est un support qui est plein de promesse pour le livre. La littérature générale connaitra-telle le même succès que pour le livre traditionnel? Rien ne nous permet de l affirmer. Mais ce qui est sûr, c est qu elle perdurera encore longtemps dans l édition, forte de ses années auprès de lecteurs de plus en plus avide d œuvres d hier et d aujourd hui. 57

58 Agathe Jacon (mail du 1 mars 2012) 1. Quelle est votre définition de la littérature générale? Je comprends ici la littérature générale par opposition aux littératures spécialisées (technique, enseignement, bande dessinée, livres d'art, pratique). Elle désigne donc le roman ou la fiction sous ses différents genres (policier, populaire, de gare, autofiction...) et la non-fiction à destination du grand public (essais et documents, biographies...). On peut la définir également par l'usage : lecture de loisir, d'agrément par les formats (des livres de texte Grand format ou de poche, par opposition aux beaux-livres illustrés), etc. 2) Selon vous, le livre numérique représente-t-il une révolution pour le livre ou un danger? L'introduction du média digital dans le champ de l'édition apparaît comme une révolution : la production d'écrits en tant que tels n'est pas mise en danger mais la création et la diffusion évoluent. En revanche, ces évolutions (création/diffusion) induisent de nouveaux rapports de forces entre créateurs, producteurs, éditeurs et distributeurs. Ces tensions sont aujourd'hui à l'œuvre sur le marché du livre numérique et devraient continuer à évoluer dans les années qui viennent. 3) A votre avis, y aura-t-il plus de lecteurs de littérature générale sur livre numérique que sur livre papier? Pourquoi? Je crois que le support digital est une opportunité pour le livre : tout le monde a des écrans entre les mains et en aura encore probablement plus dans les années qui viennent. Il ne s agira donc plus de passer d un objet à un autre, de prendre l habitude d un objet livre mais de «consommer» de l écrit sur son écran. Cependant, l essentiel est le goût de la lecture, qui s apprend dès l enfance, et qui est indépendant du support sur lequel on lit. 4) La littérature générale a-t-elle un avenir sur un tel support? Pourquoi? 5) Qu est-ce que la littérature générale a de spécifique dans le passage au livre numérique? Qu est-ce qui la rend si particulière comparée aux autres types d édition? 58

59 La littérature générale me semble tout à fait avoir un avenir sur les supports numériques. C est une lecture qui, à mon sens, implique moins un rapport sensuel à l objet que la bande dessinée ou le livre d art, par exemple. Le confort en mobilité et en largeur de choix que permettent les supports digitaux prend vraiment son sens pour la littérature générale. La littérature générale est celle qui nous accompagne au quotidien, qu on emmène dans les transports, en voyage etc Elle fait donc partie des segments qui ont le plus à gagner des nouveaux supports de lecture simple de type reader. Chaque segment sera cependant concerné mais de façon qui corresponde à ces spécificités. 6) Selon vous, est-ce que le livre numérique pourrait être un atout pour le livre de jeunesse et la bande dessinée? Pourquoi? Est-ce que la littérature générale ferait le même usage du livre numérique? Pourquoi? Le livre numérique concernera et concerne déjà le livre jeunesse ainsi que la bande dessinée : les blogs de BD sont déjà la preuve de la vitalité et de la créativité nouvelle que le digital apporte au segment de la bande dessinée. Des auteurs qui viennent du monde de la BD ou au contraire qui ne le connaissent pas du tout s expriment aujourd hui de cette façon. Les web docs, qui intègrent souvent une partie de dessin mêlée au son, à la vidéo, au texte voire au jeu sont également une nouvelle façon de raconter des histoires, et d insuffler une nouvelle créativité dans la bande dessinée. De même, le livre jeunesse s élargit dans l univers digital en intégrant de l animation et du son, du jeu. C est donc une superbe opportunité pour la créativité, et on peut supposer que cohabiteront des formats simples («homothétiques») de livres ainsi que des livres enrichis. De nouveaux logiciels de création commencent à apparaitre qui faciliteront la création de ces livres. De très belles opportunités donc de création, de diffusion, d expérience. Mais l essentiel reste d abord, et avant toute prouesse technique, la qualité des histoires et de la création que le livre doit continuer à véhiculer. 59

60 Reconstitution de la conversation téléphonique du 7 décembre 2011 Bertrand Rocton, responsable de projets, développement numérique chez Hachette Livre 1) Selon vous, le livre numérique représente-t-il une révolution pour le livre ou un danger? Ce serait plutôt une opportunité. Le livre numérique oblige à revoir le processus de création et offre de nombreuses perspectives. 2) A votre avis, y aura-t-il plus de lecteurs de littérature générale sur livre numérique que sur livre papier? Pourquoi? Il est possible qu il y ait plus de lecteurs. Le livre numérique tel que le Kobo de la Fnac ou le Kindle d Amazon est un appareil de lecture multifonctions. Il serait possible de toucher avec cela les gens qui ne lisent pas sur livre papier et même ceux qui lisent autre chose que de la littérature générale sur écran. Ils pourraient venir à la littérature générale grâce à cela. Il y aura encore beaucoup de gens pour le livre papier mais ils pourront venir au livre numérique progressivement. Dans quelques années, on estimera que le livre numérique aura 10% du marché. Mais il dépend des usages de chacun : voyage, besoin de se déplacer,... On ne peut pas dire aussi facilement que ce soit une question d âge. La lecture numérique peut faciliter la vie des personnes âgées par exemples. Mais il est vrai que la génération des Digital Natives aura plus de facilité à lire en numérique. Le passage à l écran sera plus naturel que pour les autres. Cependant, aux USA, les lecteurs de livres numériques appartiennent à différentes tranches d âge. Il est donc difficile de se prononcer sur ce point. 3) La littérature générale a-t-elle un avenir sur un tel support? Pourquoi? Oui elle a un avenir car elle est de plus en plus développée. Hachette numérise avant tout les nouveautés en littérature générale puis leurs fonds. Ils ont déjà numérisé titres, nouveautés et fonds confondus. Ils sont avancés par rapport à d autres éditeurs. Mais certains comme Editis n ont pas perdu de temps non plus : titres sont déjà numérisés. La numérisation de toutes les œuvres papier est en cours. 60

61 4) En 2010, dans lepoint.fr et l express, il est dit qu il y a plus de livres pratiques que de littérature générale téléchargés. A quoi cela est-il dû d après vous? C est faux, il n y a pas plus de livres pratiques que de littérature générale car c est essentiellement elle qui est vendue. Après, il est possible que ces sources classent dans la catégorie «livres pratiques» d autres livres que les livres de cuisine ou encore les guides de voyage. Mais c est la littérature générale qui reste majoritaire. Peut-être que les livres pratiques auront un avenir mais pour le moment, la littérature générale se développe plus vite car c est ce que les éditeurs ont le plus numérisé. Le texte est en noir et blanc. Le format pour la littérature générale dans le livre numérique est l EPub. C est la norme actuelle du format du livre numérique. Il est utilisé par Hachette mais par d autres éditeurs aussi. L avantage est qu il permet au texte de s adapter à la taille de l écran. Néanmoins, on perd la mise en page du livre papier. Il n y a pas de format généralisé. Après, on peut imaginer de l interactivité (pour les livres comme Le livre dont vous êtes le héros). On peut imaginer que quand les tablettes seront répandues, le format sera modifié et respectera une autre norme. 5) Qu est-ce que la littérature générale a de spécifique dans le passage au livre numérique? Qu est-ce qui la rend si particulière comparée aux autres types d édition? Le format la rend particulière. Il y a toujours un usage de la lecture. Même s il y a de nouvelles fonctionnalités qui vont apparaître, cela ne veut pas dire que la littérature générale n a plus d avenir. Au niveau de l achat de livres numériques, les textes qui sont tombés dans le domaine public sont gratuits. Les fichiers vendus dont les auteurs détiennent encore les droits sont moins chers que les livres papiers. Même si la tablette est un investissement, elle est vite rentabilisée chez un gros lecteur. 61

62 Max Butlen, enseignant chercheur à l université de Cergy Pontoise (section 9 CNU, Littérature et langue française) 1) Quelle est votre définition de la littérature générale? essai. Cette question me semble beaucoup trop large, pour y répondre il faudrait un 2) Selon vous, le livre numérique représente-t-il une révolution pour le livre ou un danger? La révolution du livre numérique ne fait que débuter. Elle entraine déjà des modifications importantes du rapport à la lecture et des pratiques de lecture, particulièrement dans le champ de la lecture documentaire dans la mesure où l'information sur support numérique permet une actualisation incessante des données et leur mise à disposition immédiate, permanente. Le livre documentaire classique semble y perdre certaines positions, hier dominantes. S'agissant du livre de littérature, la partie ne fait que commencer, grâce aux progrès récents et spectaculaires des liseuses (e-books). Nous entrons à cet égard dans une nouvelle ère de concurrence, fort intéressante au demeurant. Mais l'histoire de la lecture en a connu d'autres. L'objet livre traditionnel est désormais concurrencé comme autrefois la lecture a été concurrencée par d'autres pratiques culturelles. Comme le volumen a été concurrencé par le codex, le livre de la bibliothèque classique est concurrencé par le livre électronique de la bibliothèque virtuelle. Il en résulte peutêtre un danger pour les éditeurs, les auteurs, les lecteurs qui ne sauront pas s'adapter et conjuguer les supports, mais à mon sens, il n'en résulte pas de dangers pour la lecture qui ne peut qu'y gagner. 3) A votre avis, y aura-t-il plus de lecteurs de littérature générale sur livre numérique que sur livre papier? Pourquoi? C'est bien possible à terme. Pour autant, il n'est nullement assuré que l'objet livre papier disparaisse dans les prochaines décennies. Les habitudes de lecture sont fortes et n'évoluent que lentement. L'histoire de la lecture le montre amplement. Tout dépendra finalement de la valeur d'usage de lecture sur écran et des bénéfices qu'en tireront les lecteurs. Si ceux-ci sont manifestes, s'il y a vraiment une valeur ajoutée, les lecteurs n'hésiteront pas à passer d'un support à l'autre ou à en changer 62

63 chaque fois que nécessaire. 4) La littérature générale a-t-elle un avenir sur un tel support? Pourquoi? Les progrès technologiques permettront probablement non seulement une plus grande accessibilité aux œuvres du patrimoine mais aussi des échanges plus directs, plus nombreux et plus intenses entre les auteurs et les lecteurs. La littérature générale a donc, à mon sens, un bel avenir sur ce support, grâce aux possibilités d'intervention des acteurs et à l'interactivité. Les lecteurs pourront circuler plus facilement à l'intérieur d'une œuvre et d'une œuvre à l'autre. Les recherches littéraires en seront grandement facilitées, les pouvoirs des lecteurs pourront s'étendre sensiblement dès lors qu'ils maitriseront les outils de navigation. 5) Qu est-ce que la littérature générale a de spécifique dans le passage au livre numérique? Qu est-ce qui la rend si particulière comparée aux autres types d édition? Pour l'heure, le livre numérique s'est efforcé d'être aussi fonctionnel que le livre traditionnel. Il s'emploie à l'imiter en tous points (accès, lisibilité, feuilletage, commodité...). Il se peut que ce combat apparaisse bientôt dépassé. Le livre numérique ne fait que commencer à exploiter d'autres possibilités d'un support qui présente l'immense avantage sur le livre de pouvoir combiner texte, image (fixe et animée) et son. Quelques éditeurs l'ont bien compris et sont en train de créer de nouveaux objets livres qui jouent sur cette triple articulation. Il se pourrait que la nature de la lecture, la fonction du livre ainsi que la définition de la littérature en soient profondément modifiées. C'est sur ce point que, selon moi, risquent de se situer les grands bouleversements. 63

64 Articles de presse 1- «La révolution du livre numérique est en marche» par Sandrine Bajos et Jean-Baptiste Jacquin, La Tribune, 28 décembre Le livre numérique est encore inexistant mais on ne parle que de lui. Il attise les convoitises des géants de l'internet comme Amazon, Google ou Apple. [ ] Marc Levy a beau être le romancier français le plus lu dans le monde avec plus de 17 millions d'exemplaires vendus, il n'a pas réussi à séduire l'internaute. Non pas parce que son livre n'est pas bon, mais tout simplement parce que le marché du livre numérique est encore quasi inexistant. Ce marché pèse aujourd'hui dans l'hexagone entre 30 et 40 millions d'euros, soit à peine 1 % du marché de l'édition. Mais la machine est bel et bien enclenchée. Arnaud Nourry, patron du premier éditeur français Hachette Livre, raconte souvent que tant que les enfants apprendront à lire sur des livres imprimés, ce dernier a encore un bel avenir. Mais, justement, après des années d'immobilisme, l'édition scolaire devrait être un des secteurs les plus en pointe sur le livre numérique. L'idée séduit déjà tous ceux qui déplorent le poids des cartables. Le ministère de l'éducation nationale a déjà lancé des appels d'offres, mais jusqu'alors aucun dossier n'a été jugé assez bon. Pour la littérature générale, le débat est vif entre ceux qui jurent la main sur le cœur que jamais ils ne pourront lire un roman sur une tablette électronique et les autres, souvent plus jeunes, pour qui le basculement vers le numérique est inéluctable. L'univers de l'édition jeunesse, avec ses albums riches en couleurs, songe à son avenir sur le numérique. Quant au secteur de la bande dessinée, il devrait lui aussi à terme migrer sur le Net. Les adolescents dévorent déjà des BD sur leur téléphone mobile comme en témoigne le succès de l'application Wallace et Gromit, qui offre gratuitement l'album à lire sur l'iphone. Éclairés par ce qui s'est passé sur le marché de la musique, les éditeurs promettent de ne pas rester spectateurs de la révolution numérique annoncée. Mais, faute de certitudes sur le modèle économique du livre dématérialisé, ils ne sont pas encore vraiment acteurs. Les plus actifs aujourd'hui sur ce marché, certes balbutiant, ne sont pas issus du monde de l'édition. Il s'agit d'amazon (lire page 10), un groupe de distribution en ligne, de Sony, un géant de l'électronique grand public, ou de Google, un moteur de recherche. Amazon, qui a lancé aux États-Unis son lecteur électronique Kindle, y vend des versions numériques de livres à un prix le plus souvent de 64

65 9,99 dollars. Sony, qui a lancé son Reader Touch, se montre plus prudent 2- «L édition ouvre la page du numérique» par Alexandre Debouté Le Figaro, extrait, 19 mars La littérature générale (27% des ventes), jeunesse (16%), loisirs-vie pratique (12%) et BD (11%) représente les deux tiers du marché. Le livre numérique, lui, ne pèse que 1,5% (moins de 0,5% hors livres professionnels). La menace d'une captation de la valeur par des acteurs extérieurs, observée dans la musique ou le cinéma, a été jusqu'ici écartée. Et les lancements récents de plusieurs nouvelles liseuses et tablettes n'y ont rien changé. 3- «Autoriser la publicité pour le livre à la télévision» par Arash Derambarsh Editeur, La Tribune, 23 septembre Dans cette période de mutation historique, les éditeurs doivent s'adapter et trouver de nouveaux moyens afin de promouvoir leurs ouvrages. Ainsi, l'édition française représente emplois salariés qui sont répartis dans l'édition de livres et dans le commerce de détail en magasin spécialisé. Et c'est sans compter également sur tous les emplois situés autour de cette activité comme les collaborateurs externes dans l'édition ou encore les imprimeurs, les diffuseurs et les distributeurs. C'est donc un secteur d'activité influent. Le marché du livre en 2010, c'est 268 millions d'ouvrages vendus neufs pour un chiffre d'affaires de 2,8 milliards d'euros (Ipsos). La littérature générale au grand format représente à elle seule 26% du chiffre d'affaires devant la jeunesse (17%), la littérature poche (16%), la bande dessinée (12%), les ouvrages pratiques (11%), les beaux livres (6%), les guides touristiques et les cartes (6%)... Si la littérature générale en grand format voit ses ventes progresser (les romans et les essais grand format se sont en effet bien vendus), les ventes de littérature au format poche accusent en 2010 un recul ( 3% en volume). Le fonds surtout voit ses ventes fortement baisser ( 5% en volume) alors que la nouveauté progresse sensiblement (+ 1% en volume). De même, il y a une baisse sur les marchés de la jeunesse, de la bande dessinée (albums et mangas), de guides touristiques et de beaux livres. Le constat est donc simple. L'édition française aujourd'hui, c'est un marché à deux vitesses : une minorité qui gagne de l'argent et qui va en gagner encore beaucoup plus, et la majorité qui stagne ou qui perd de l'argent et qui voit ses difficultés s'accélérer, au 65

66 point de disparaître. Car en effet, le système s'est perverti. Un livre qui marche va marcher encore mieux en raison du système de la «best-sellerisation» et ceux qui vendent un peu moins ou pas beaucoup ne vendront quasiment plus. Autrement dit, nous assistons à la lente et progressive disparition de la «classe moyenne» de l'édition. Arash Derambarsh, Directeur département politique et personnalités publiques aux Éditions du Cherche-Midi 4- «La littérature jeunesse a tiré les résultats de l édition» par Delphine Denuit Le Figaro, 26 mars Carton plein pour Twilight Le succès retentissant de la trilogie Twilight a, certes, bien soutenu cette croissance en Selon GfK, les trois opus de Stephenie Meyer ont généré, toutes éditions confondues, 2,9 millions de ventes, bien plus que la série Millenium qui avait pourtant été vendue, en 2008, à 1,4 million d'exemplaires en France... «La littérature jeunesse est, à elle seule, responsable de presque la moitié de la croissance du marché en 2009», conclut le cabinet d'études. Dans le même temps, la littérature générale et les ouvrages pratiques ont continué de séduire les lecteurs. La crise s'avère même un sujet vendeur, comme le montre le succès du dernier ouvrage de Jean-Pierre Coffe, Le Plaisir à petits prix, vendu à exemplaires en «Le numérique peut être une chance», Stratégie, 4 novembre Nicolas Seydoux, président de Gaumont, préside le Forum d Avignon, qui s'ouvre le 4 novembre et se consacre depuis deux ans à développer les liens entre culture, économie et médias. Interview. Quelles seront les lignes directrices de cette troisième édition du Forum d'avignon? Son thème est: «Nouveaux accès, nouveaux usages à l'ère numérique: la culture pour chacun.» Une étude de Bain&Cie y sera notamment dévoilée sur l'écrit à l'heure du numérique. Après la musique et le cinéma, le livre entre à son tour dans la révolution qui se présente à nous avec la multiplication des tablettes. D'ici à cinq ans, le livre sur format numérique représentera autour de 20% de l'édition en littérature générale, 25% en Corée du Sud et plutôt moins de 20% en France. Sous réserve que les éditeurs restent maîtres de la chaîne de valeurs et donc des prix, le numérique peut être une chance pour l'écrit. 66

67 Réponses au questionnaire Questions : 1) Quel âge avez-vous? 2) Etes-vous une femme ou un homme? 3) Lisez-vous ou seriez-vous prêt à lire sur livre numérique? Pourquoi? 4) Quel est votre support de lecture favori? Pourquoi? ) 21 ans. 2) Femme. 3) Je ne lis pas sur livre numérique, parce que je n'en ai pas actuellement l'utilité. Cependant, pour en avoir déjà eu un entre les mains, je trouve ce nouveau moyen de lecture intéressant dans la mesure où il permet de stocker un certain nombre de livres, et par conséquent de diminuer le poids de ce que l'on tient entre ses mains. Les énormes livres sont en effet assez encombrants, et le livre numérique permet de pouvoir les emmener partout ; cela fait une gêne en moins. Ce qui me rebute légèrement pour l'usage du livre numérique est le manque actuel de choix dans les œuvres proposées : étant étudiante en lettres, je trouverais intéressant que les ouvrages mis à disposition se diversifient, je pense par exemple au fait d'inclure des dictionnaires (par exemple des dictionnaires de langue) dans les livres à télécharger. 4) Mon support de lecture favori reste pour le moment le livre papier, en premier lieu pour le plaisir de tenir un livre "matériel" entre les mains, de voir sa couverture, de pouvoir humer l'odeur des pages et de l'encre ; c'est avant tout un plaisir de tous les sens alors que le livre numérique n'est intéressant que pour la vue. Pas de problème de manque de choix également, on peut trouver à peu près tout ce que l'on cherche, malgré quelques problèmes (rupture de stock, arrêt de la publication,...). Le livre papier permet aussi, à mon sens, des échanges : aller en librairie et demander conseil, pouvoir s'inscrire dans une bibliothèque. J'ai également entendu parler d'un phénomène où les gens pouvaient laisser leurs livres, gratuitement, dans des endroits publics (déposés sur un banc, sur un muret, etc), en prendre un autre qui avait été laissé par un inconnu. Cela s'appelle le bookcrossing et il serait impossible de faire cela avec le support numérique. 1) 54ans 67

68 2) Femme 3) Vous lisez sur livre numérique. Quel est pour vous l'intérêt d'un tel support? C est moins lourd, un peu moins cher, moins encombrant dans un appartement, et il est possible d avoir plusieurs livres en stock quand je pars donc d'être moins chargée. 4) J'ai encore une préférence pour le papier du fait de mon parcours en sa compagnie, mais aussi pour son contact, ses couleurs ou illustrations, son odeur et sa texture, pour l'immense variété de ses possibilités (contenant et contenu). Je peux facilement prêter un livre papier pour en discuter avec des amis ce que je fais depuis très longtemps. Je peux aussi après lecture offrir un livre papier. Quand j'ai besoin d'un livre au niveau professionnel et que je prends des notes car les ouvrages dont j'ai besoin ne sont pas disponibles en ebook et j'ai souvent besoin de plusieurs livres à mettre en parallèle ce qui est faisable avec des livres papier. Je suppose qu'un jour le catalogue sera plus généreux et je devrai choisir les livres à supprimer. J'aime revenir sur certaines lectures donc je ne peux préjuger de ce que je ferai. 1) 56 2) Homme 3) Oui, je lis déjà en numérique : docs, articles du net, quelques livres numériques. 4) Ce serait l'ipad : qualité de lecture, accès rapide à toute une bibliothèque sur une seule machine, possibilité de livres interactifs. Pour l'instant, je lis encore sur papier, principalement parce que les livres que j'ai ne sont pas portés sur une tablette. 1) 51 ans 2) Femme 3) Pas du tout. Bien que le livre numérique me semble effectivement plus pratique à transporter dans un sac à main qu'un gros livre ou qu'il représente un gain de place considérable dans une bibliothèque, cela reste "une machine" trop impersonnelle, trop réductrice, trop "froide" pour transmettre l'émotion véritable du papier. 4) J'aime acheter des livres rien que pour le plaisir. Regarder leur couverture, lire le résumé au dos, tourner les pages et sentir le papier sous mes doigts. J'aime aussi avoir un livre dans mon sac à main, sur ma table de nuit, posséder une bibliothèque avec des beaux livres. 68

69 1) 35 ans, 2) Homme 3) Vous lisez sur livre numérique. Quel est pour vous l'intérêt d'un tel support? * Réduit l'encombrement du support. *Permet de naviguer dans ses références, faire des recherches, écrire et synthétiser ses notes rapidement. * L'accumulation d'œuvres dont le support papier n'est pas primordial (édition particulière, commentaires, traductions,...) ne vient plus encombrer des étagères déjà bien pleines. * Accéder à des œuvres libres de droits que le coût d'une édition papier ne permet pas de diffuser largement. * Technologie d'un confort de lecture comparable au livre traditionnel (peu fatiguant pour les yeux, peu énergivore, moins encombrant que bon nombre d'ouvrages,...). Je précise que cela concerne essentiellement les liseuses dédiées. * Pouvoir changer de support suivant les conditions de lecture: liseuse dans un environnement maîtrisé (chez soi, hôtel, vacances,...) ou tablette, ordinateur, smartphone pour la lecture impromptue (entre deux bus, en attendant un RDV,etc.) 4) Le support de lecture que je préfère reste le livre traditionnel car il est synonyme de repos, de conditions confortables de lecture (exit métro, train, arrêt de bus...), de confort en général (avoir du temps chez soi), financier en particulier (prix du livre, d'une belle édition, coût du chauffage et d'un bon canapé dans un appartement assez spacieux pour profiter en plein de ce moment privilégié qu'est la lecture d'un livre traditionnel, pouvoir le stocker ensuite et profiter de l'objet pour ses charmes propres comme ses matières, son odeur, son poids, ses couleurs,etc.). 1) 19 ans 2) Femme 3) J'ai déjà lue sur support numérique, mais ce n'est décidément pas mon truc... Je reste fidèle aux livres papiers. J'ai toujours aimé lire depuis l'enfance, et j'écris beaucoup aussi, donc forcément j'opterais toujours pour le papier... Qui se perd malheureusement..! 4) Papier! 1) 61 ans 69

70 2) Femme 3) Oui, je crois que je serai prête pour le livre numérique. J'ai renoncé à lire Middlemarch, que j'ai pris à la bibliothèque, parce que le livre est trop gros (Folio édition bibliothèques), trop lourd et que les caractères sont petits. Il est dans le catalogue Kindle à prix raisonnable. Je garde également un très mauvais souvenir de Millénium : non seulement, il faut les deux mains pour tenir le livre ouvert mais encore, il faut s'y cramponner parce que la couverture est glissante. J'ai aussi fait de gros efforts physiques à la lecture des Incorrigibles Optimistes. Aucun livre récent ne reste ouvert à la bonne page sans être maintenu. Or, j'aime lire en faisant autre chose : manger, tricoter, me limer les ongles, éplucher les légumes... Ma vue devient mauvaise et il me faut un vraiment bon éclairage. 4) Je préfère le livre papier, mais l'âge et les éditeurs vont me pousser vers la liseuse. Si le père noël s est finalement décidé pour autre chose, je pense que la fête des mères m'apportera un Kindle et que je partirai plus légère en vacances d'été. Je me demande quand même si j oserai l'amener à la plage. J'espère que les autres lecteurs continueront avec le livre papier, car j'aime voir ce que les gens lisent dans les lieux public. 1) 62 2) Femme 3) Tout à fait prête à lire du numérique, j'attends même avec impatience de m'y mettre! C est moins encombrant, j ai la possibilité d'avoir toujours un ou plusieurs livres avec moi (j'en ai toujours un, mais parfois c'est lourd), d'agrandir les caractères les soirs de fatigue, de rechercher qui est M. Untel quand j'ai tout à fait oublié alors qu'on en a parlé 100 pages avant, de chercher un passage précis, au lieu de feuilleter désespérément des tas de pages et d'abandonner. Ce qui ne m'empêcherait pas de continuer à lire du livre papier, selon les circonstances, et d'adorer avoir devant moi une bibliothèque pleine de livres. 4) Je préfère le livre papier pour l'instant. Je ne suis pas passée au numérique pour plusieurs raisons : - Les livres numériques sont presque aussi chers que les livres papiers. - J emprunte la plupart des livres que je lis à la bibliothèque, donc ne me coûtent rien. Mais dès qu'elle peut nous prêter des fichiers livres, j'investis dans une liseuse. Pour l'instant, il est juste question d'en avoir quelques-unes en "démonstration" mais 70

71 personne n'a pu me dire si dans peu de temps, il y aurait possibilité de "prêt" de textes. - Je lis surtout du livre jeunesse et pour enfants, pas les livres numérisés en priorité, donc peu de choix qui me conviennent pour l'instant. 1) 39 ans 2) Femme 3) Je ne lis que des livres papier pour l'instant. 4) J'aime le livre en tant qu'objet. J'adore avoir mes bibliothèques remplies de livres (ne dit-on pas une bibliothèque, c'est comme une chambre pleine d'amis?) et en effet, passant toute la journée devant un écran, je n'aimerai pas lire un roman devant un autre écran bien que c'est différent et que le support d'une liseuse est fait pour ça. Cependant, pour partir en vacances, c'est sûrement plus pratique et peut-être même plus économique que de payer des excédents de bagage pour avoir mis dans sa valise beaucoup de livres... Donc peut-être un jour mais tout en ayant mes livres papier. 1) 50 ans 2) Femme 3) Un livre numérique? Non certainement pas! J'adore lire, mais j'ai besoin de tenir le livre. C'est si bon d'être déconnectée de tout et juste un livre dans les mains! 4) Le livre papier. 71

72 Tableaux Mediadix 72

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