TRAVAIL DE FIN D ETUDES EN VUE DE L OBTENTION DU DIPLOME D ETAT INFIRMIER LA MORT EN FACE

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1 TRAVAIL DE FIN D ETUDES EN VUE DE L OBTENTION DU DIPLOME D ETAT INFIRMIER LA MORT EN FACE «Enquête sur le vécu émotionnel des infirmiers confrontés à la mort brutale» Promotion

2 «L eau est source de la vie, c est pourquoi elle coule de nos yeux devant la mort» Olivier BLANCHETTE 1

3 Remerciements En prologue de ce travail de fin d études, je souhaite transmettre mes remerciements les plus authentiques à toutes les personnes qui m ont aidée et soutenue tout au long de la réalisation de ce projet. En particulier, je tiens à remercier sincèrement mon formateur référent, guidant de ce travail pour ses conseils, sa disponibilité et son écoute. Mes remerciements s adressent aussi à toute l équipe pédagogique de l institut de formation en soins infirmiers pour l ensemble des enseignements qu ils m ont apportés tout au long de ces trois années d études. Aussi, je remercie sincèrement tous les infirmiers qui ont accepté de répondre à mes questions, pour le temps qu ils m ont accordé et la richesse de leur propos. Mes remerciements s adressent aussi aux cadres de santé des services investigués pour leur accueil chaleureux. Enfin, ces remerciements vont aussi à mes proches et en particulier à mon mari pour son soutien indéfectible, à mes enfants pour leur patience et à mes parents pour toute l aide qu ils m ont apportée. Aussi, je n oublie pas mes amis qui ont toujours été présents dans les moments d incertitudes. A toutes et tous, merci. 2

4 TABLE DES MATIERES Introduction :... 5 Situation d appel :... 8 Réflexion personnelle : Problématique : Première partie : APPROCHE THEORIQUE Chapitre I : Les représentations 1. Généralités sur les représentations Les représentations individuelles Les représentations sociales Les valeurs soignantes de la profession infirmière Apport de ce chapitre Chapitre II : La mort 2. Généralités sur la mort Penser la mort L évolution des comportements face à la mort aux fils des siècles La mort à l hôpital Les représentations de la mort chez les soignants Apport de ce chapitre Chapitre III : Les émotions 3. Généralités sur les émotions Le vécu émotionnel des soignants face à la mort brutale Les opérations défensives des soignants Accepter ses émotions ou l'intelligence émotionnelle Les moyens aidants pour soutenir le soignant Apport de ce chapitre

5 Deuxième partie : APPROCHE METHODOLOGIQUE ET PRATIQUE Chapitre IV : Méthodologie de l enquête 4. Méthodologie Choix des terrains d enquête Choix de la population investiguée Elaboration des outils d enquête Chapitre V : Présentation et analyse des résultats de l enquête 5. Analyse Présentation des résultats et analyse des entretiens Présentation des résultats et analyse des questionnaires Synthèse de l analyse et question de recherche Limites de cette recherche : Conclusion : Bibliographie : Liste des annexes :

6 INTRODUCTION Soigner, c est l engagement que j ai pris lorsque j ai fait le choix de devenir infirmière. A travers cet engagement, je suis confrontée à la souffrance de l autre, à son déclin, à sa dépendance, à sa perte d autonomie, à sa mort. Mais je suis aussi présente lors des moments de joie, de progrès, de guérison. Cette profession dans laquelle je souhaite m investir, me donne la possibilité d apprendre chaque jour et de vivre des expériences humaines qui sont souvent source d émotions. Plus particulièrement, la confrontation à la mort de l autre nous ramène inéluctablement à notre philosophie du soin, à nos valeurs soignantes, mais aussi à notre perception de la vie. En effet, toute personne se retrouve confrontée à la mort au cours de sa vie personnelle, rare sont ceux qui y échappent. Cependant, je m interroge d un point de vue professionnel sur l impact que celle-ci peut exercer sur le soignant. L entrée en formation en soins infirmiers supposerait-elle une professionnalisation de la relation avec la mort? Je ne saurais répondre à cette question, cependant, il semble avéré que la mort est une question lancinante pour l Homme depuis la nuit des temps. Elle fascine autant qu elle suscite la peur. C est dans le but, d appréhender la relation qui se tisse entre le soignant et la mort, que j ai choisi d axer mon travail de fin d études sur ce thème. Toutefois, mon choix concernant ce sujet ne m est pas apparu avec évidence. En effet, il m a fallu vivre une situation qui m a confrontée pour la première fois à la mort brutale d une personne. Ce que j ai vécu au cours de cette expérience au sein d un service d urgences m a donné la possibilité de réfléchir à ce que la mort représentait pour moi et dans le même temps, d approfondir l impact de la mort brutale sur le vécu émotionnel des soignants. En effet, la mort, ce phénomène, apparait à chacun d entre nous comme ordinaire, de prime abord. Cependant, nous avons tous une représentation différente de ce qu est la mort et de ce fait, nous ne la percevons pas tous de la même façon. Dès lors qu en est-il de cette représentation de la mort, pour l infirmier qui y est inévitablement confronté au cours de son exercice? Que peut-il ressentir, face à cela? Peut-il s y 5

7 habituer? Ces questions ne sont que quelques-unes de celle que je me suis posée, lorsque j ai dû faire face pour la première fois à la mort. La formation en soins infirmiers ne nous apprend pas à gérer émotionnellement ces situations, parce qu il appartient à chacun de nous de trouver les ressources nécessaires pour affronter la mort. J ai donc choisi d explorer ce phénomène qu est la mort, dans l intention de rechercher des pistes de réflexion aidantes pour ma professionnalisation. J ai élaboré ce travail de fin d études en prenant pour point de départ ma réflexion personnelle qui a fait suite à la situation que j ai vécue. Le questionnement qui s en est profilé m a permis d aboutir à une problématique de recherche. Celle-ci tente de mettre en lien l impact des représentations de la mort et le vécu émotionnel de l infirmier face à la mort brutale. Cette problématique de départ s inscrit comme étant le fil conducteur de mon travail sur lequel je me suis appuyée pour construire la phase exploratoire. J ai choisi de scinder cette phase exploratoire en deux parties. La première partie sera donc consacrée au cadre conceptuel dans lequel j aborderais les représentations, la mort et les émotions. J ai envisagé l exploration de ces trois concepts, à travers plusieurs dimensions qui me semblent pertinentes pour éclairer la problématique de recherche. Tout au long de cette approche théorique, nous aborderons quelques facettes philosophiques et sociologiques. Nous voyagerons aussi un peu à travers l histoire et nous approcherons aussi le domaine de la psychologie. Les représentations seront étudiées à travers leur processus d organisation, leur poids social et professionnel, mais aussi à travers les valeurs communes et individuelles. La mort, quant à elle, sera observée sous l angle de la pensée philosophique, de l approche historique, mais aussi à travers ce qu elle renvoie aux infirmiers qui l a côtoie régulièrement. Nous terminerons cette partie dédiée aux concepts par les émotions, décrites comme les garantes de notre humanité. Nous approcherons aussi le vécu émotionnel des infirmiers confrontés à la mort brutale ainsi que les barrières qu ils mettent en place pour tenter de se protéger. Tous les apprentissages tirés de cette étude conceptuelle nous ouvriront ensuite les portes de l enquête sur le terrain. 6

8 La seconde partie de la phase exploratoire sera donc centrée sur les recherches de terrain. Elle s amorcera par la méthodologie employée pour construire l enquête et par l argumentation du champ d investigation. Nous aborderons ensuite, les outils d enquêtes et leur élaboration. Cette étude s appuiera sur des entretiens menés auprès d infirmiers exerçant au sein de services d accueil d urgence et de services mobiles d urgence et de réanimation, mais aussi sur des questionnaires diffusés dans ces mêmes services. J ai opté pour ces deux méthodes afin de pouvoir mettre en place une analyse à la fois qualitative et quantitative. Ensuite, je vous présenterais les résultats et l analyse de cette enquête. Mon objectif étant de mettre en lien les résultats obtenus avec la théorie issue du cadre conceptuel ainsi que mon positionnement professionnel. Aussi, je vous ferais part des limites de cette investigation de terrain. Au terme de cette étude, je rendrai compte des apports que j en aurai tirés quant à ma future pratique professionnelle. La réflexion et le cheminement que j aurai opéré tout au long de la réalisation de ce projet me porteront vers de nouvelles questions et vers de nouvelles pistes de réflexion qui s ouvriront sur une question de recherche. A présent, je vous invite à découvrir la situation de départ qui a donné lieu à ce travail de fin d études. 7

9 SITUATION D APPEL Cette situation s est déroulée au cours de mon premier stage de troisième année au sein d un service d accueil d urgence 1. Au cours de ce stage de dix semaines, j ai eu l occasion de sortir en intervention avec l équipe du SMUR 2. Avant cela, j ai dû passer une validation interne au service qui a pour objectif d optimiser les sorties SMUR des étudiants infirmiers. Cette évaluation m a permis de repérer le contenu du VML 3 et de connaitre le fonctionnement des équipements. Une fois cette validation acquise, j ai donc eu la possibilité de sortir avec l équipe du SMUR. Je suis au début de ma 4 e semaine de stage et je suis en poste du matin avec l infirmière détachée au SMUR. C est mon premier poste en SMUR. Je suis à la fois contente et en même temps inquiète en prenant mon poste, car j ai peur de ne pas être à la hauteur si l alarme retentie. J en parle avec l infirmière lorsque nous sommes en train de vérifier le VML. Elle me dit que si l on sort, elle m expliquera dans la voiture le rôle que j aurais à tenir. Il est 8 h 30 quand l alarme résonne, je me dirige immédiatement vers l imprimante afin de récupérer la fiche de départ et je me dis «ça y est, cette fois je sors en SMUR». La fiche de départ fait état d un malaise d apparence cardiaque chez une femme qui consultait chez son médecin généraliste. Dans le VML, l infirmière me dit que j aurai en charge le scope multiparamétrique tout au long de l intervention. En approchant du lieu d intervention, mon cœur se met à battre plus vite et en arrivant sur le lieu, je descends du VML, j ouvre le coffre et je prends le scope. Je n ai plus de crainte, je suis concentrée. En entrant dans le cabinet médical, nous sommes tous surpris, car nous voyons une dame assise sur une chaise qui ne présente aucun signe de malaise cardiaque. Le médecin décide de l installer dans l ambulance afin de pouvoir l ausculter. Je m occupe de scoper la patiente afin de prendre ses constantes et de réaliser l ECG 4. Le médecin pense que la dame a certainement fait un malaise vagal et que son transport vers le SAU 5 ne nécessite pas qu il soit médicalisé. 1 ANNEXE I : Organisation du service d accueil d urgence et du SMUR 2 SMUR : Service Mobile d Urgence et de Réanimation 3 VML : Véhicule Médicalisé Léger 4 ECG : Électrocardiogramme 5 SAU : Service d Accueil d Urgence 8

10 Nous repartons donc dans le VML. Nous sommes toujours sur le trajet de retour quand nous recevons un appel du centre 15 qui demande nos disponibilités afin de nous envoyer vers un arrêt cardio-respiratoire sur un lieu de travail. Nous changeons donc notre direction pour nous diriger vers cette usine. En arrivant sur les lieux, les pompiers sont déjà présents, nous prenons le matériel nécessaire c est-à-dire le scope, les sacs de réanimation et la mallette de médicaments. Nous courrons à travers ce grand bâtiment et je vois un pompier qui est en train d effectuer un massage cardiaque sur un homme couché par terre. Je n ai pas le temps de réfléchir, j installe le scope pendant que l infirmière pose la VVP 1, puis j ai besoin de gérer autre chose, je ne peux pas rester sans rien faire, du coup, je maintien la perfusion pendant que l infirmière prépare le plateau d intubation pour le médecin qui me demande d appuyer fortement sur la perfusion pour faire passer le sérum glucosé plus rapidement. Tout va très vite, le médecin intube, je change la perfusion et j observe ce qui se passe, c est-à-dire le massage cardiaque et la ventilation. L infirmière passe régulièrement de l adrénaline, je regarde l écran du scope qui ne laisse rien présager de bon. Le médecin nous dit qu il n y a plus beaucoup d espoir. Le médecin demande l identité de la victime et je donne un papier à un policier qui me note les coordonnées. Je donne le nom au médecin et je regarde cet homme par terre qui s appelle Mr P. et qui a toujours les yeux ouverts, je vois sa peau qui commence à se marbrer et je sens que les larmes commencent à me monter aux yeux. Immédiatement, je réagis, je me dis que ce n est pas professionnel, je n ai pas le droit de pleurer. Le médecin déclare l heure du décès à 10 h 3, après 45 minutes de réanimation. Il y a un moment de silence puis sans nous concerter l infirmière et moi-même commençons à remettre en ordre les lieux. Le médecin part rédiger le certificat de décès. Je déperfuse Mr P. puis nous essayons avec l infirmière de le recouvrir avec ses habits qui ont été découpés. Je rattache aussi son pantalon qui avait été détaché et nous replions ses bras sur lui. 1 VVP : Voie veineuse périphérique 9

11 C est la première fois que je suis confrontée à une telle situation. Je regarde Mr P. qui est jeune puisqu il a 58 ans et je me dis qu il a seulement deux ans de moins que mon père. Je ne peux m empêcher de penser à sa famille, je suis ébranlée et j essaie de ne pas le montrer. Les pompiers nous apportent un drap et nous le recouvrons. Je retourne au VML avec l infirmière pour ranger le matériel et pour attendre le médecin. Nous passons devant les collègues de travail de Mr P. qui nous regardent et qui sont tous très silencieux. Je suis mal à l aise. L infirmière me demande comment je me sens, je lui réponds que ça va, mais je dis quand même que c est un peu difficile. Elle me répond que c est normal, que pour une première sortie, je suis confrontée au décès de quelqu un de jeune, que je ne dois pas hésiter à parler de ce que je ressens. Elle continue en me disant que j ai tout à fait réussi à gérer cette situation de façon très professionnelle et qu elle n a rien à me reprocher. Une fois le matériel rangé, nous retournons dans l usine et nous allons parler avec les collègues de Mr P. Ils nous informent que le matin même tout allait bien et que c est arrivé d un seul coup. Mr P. allait être à la retraite dans 3 mois. Un des dirigeants de l usine nous informe qu il va rejoindre les gendarmes pour aller informer la famille du décès. Le médecin ressort du bureau et nous partons. Le retour au SAU se fait dans le silence. En rentrant au SAU, je remplis la fiche d intervention avec l infirmière, nous faisons l inventaire de ce que nous avons utilisé afin de le remplacer dans le VML. Durant notre intervention, beaucoup de patients sont arrivés aux urgences, de ce fait je n ai pas le temps de réfléchir beaucoup à la situation que je viens de vivre et je prends en soin de nouveaux patients. Je m étonne de réussir à passer aussi rapidement à autre chose et je me concentre sur les patients. Avant de quitter mon poste, une autre infirmière du service vient me voir et me dit elle aussi que si j ai besoin de parler de ce que j ai vécu je ne dois pas hésiter, elle me dit que dans ce service, il faut s appuyer sur les collègues, car c est comme cela qu il fonctionne. Je lui exprime mon ressenti, elle m écoute attentivement et me dit que ce n est pas une faiblesse, que nous sommes des êtres humains et que par conséquent, il est normal d être touché par cela. Elle me dit aussi qu au fur et à mesure des expériences, j apprendrais à me protéger. 10

12 En rentrant chez moi, je ressens un malaise que j ai du mal à identifier. J ai besoin de réfléchir à ce que je viens de vivre. J entreprends donc une réflexion personnelle que je souhaite vous faire partager. Cela me semble important afin que vous puissiez saisir le cheminement et les motivations qui m ont conduite à réaliser ce travail de fin d études à partir de cette expérience. 11

13 REFLEXION PERSONNELLE Cette analyse de la situation s avère être, en final, les prémices de mon mémoire. J ai choisi de l aborder à travers un questionnement qui s est présenté spontanément à moi et auquel je réponds à travers mes perceptions et mes émotions. Quelles sont mes représentations de la mort? En abordant ce sujet, je me rends compte que je ne m étais jamais posé cette question jusqu à aujourd hui. J ai déjà vécu plusieurs décès de personnes proches au cours de ma vie personnelle, cependant, ce que j ai vécu au cours de cette situation est complètement différent, puisqu il n y avait pas d affectif, car je ne connaissais pas la personne décédée. Néanmoins, je n y suis pas restée insensible. Ce qui m a décontenancée dans un premier temps, je pense que c est la vision physique de la mort, le fait de voir cet homme par terre avec sa peau marbrée et ses yeux ouverts. Cette confrontation m a renvoyé à ma propre perception et à ce que j imaginais de la mort corporelle. Je crois aussi que ce qui a été difficile pour moi, c est l âge de Mr P. Je pense qu inconsciemment, cela a fait écho à l âge de mon père et par conséquent à mes propres craintes. Je pense que si j avais été confrontée au décès d une personne âgée partie de sa «belle mort», j aurai certainement été touchée, cependant j aurai trouvé cela «normal» dans le sens ou cela s inscrit dans la continuité de la vie. Nous ne sommes pas immortels, j en ai bien conscience, mais avant de vivre cette situation, je crois que j avais des difficultés ou plutôt que je ne voulais pas me représenter le décès brutal de personnes jeunes. Mes représentations de la mort en elle-même sont très abstraites en final. Cependant, je me suis rendu compte de l importance que je porte au moment qui suit le décès. En effet, il ne me semblait pas concevable ni convenable d ailleurs de laisser le défunt torse nu avec son pantalon détaché. Le fait de le recouvrir avec ses habits et de replier ses bras sur lui dans le silence était une forme de respect à mon sens. C est aussi à ce moment que j ai eu une pensée pour sa famille. En effet, au-delà du décès de la personne, il y a les représentations que je peux avoir de la souffrance de la famille et des proches qui sont confrontés à cette épreuve. 12

14 La mort, est selon moi emprunte de tristesse, d effondrement et de pleurs pour les proches et d autant plus lorsqu elle survient brutalement. Lorsqu elle fait suite à une longue maladie, malgré la tristesse qui est présente, il y a aussi la délivrance de la souffrance du défunt qui permet une acceptation moins difficile. Les proches ont souvent déjà engagé un cheminement par rapport à la perte de l être cher. A présent, je vais aborder un autre aspect de cette réflexion qui concerne l impact que peut avoir un décès sur le soignant quant à la gestion de ses émotions. Quel impact la mort peut-elle avoir sur le soignant et comment faire face aux émotions qui en découle? Je pense que la mort a forcément un impact sur le soignant. Cet impact peut varier selon chacun d entre nous, mais je crois qu il est toujours présent, car avant d être un soignant nous sommes des êtres humains avec toute la complexité des émotions qui nous qualifie. Je connais maintenant l impact que la mort peut avoir sur moi dans ce contexte professionnel précis, cependant dans d autres circonstances, dans un autre service où une relation longue aura pu être instaurée avec le patient, je ne sais pas ce que je ressentirais. Dès lors, je pense que même sans certitudes à ce propos, je dois m interroger sur les émotions et notamment celles qui m ont envahie au cours de cette première confrontation avec la mort. Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, je n ai pas réfléchi à ce que je voyais, j étais concentrée sur ce que je devais faire. J ai donc scopé Mr P et après, durant un court instant, je me suis dit que je ne pouvais pas rester là, sans rien faire. J ai donc géré les perfusions. Je crois que c était pour ne pas affronter ce qui se passait d un point de vue émotionnel. A ce moment précis, je pense que c était un mécanisme de défense. Je crois que ce qui a été un déclencheur dans les sentiments qui m ont submergé, c est lorsque nous avons connu l identité de cet homme. Bien que je ne le connaisse pas, c est à ce moment-là que je l ai regardé et que je l ai vu. J ai été touchée, j ai ressenti de la peine et senti les larmes qui me montaient aux yeux, ce que j ai immédiatement refoulé. En effet, j ai instantanément pensé à l attitude professionnelle que je devais avoir et cela m a permis de surmonter ce sentiment. 13

15 Il me semble que le fait de m être positionnée en tant que professionnelle à ce moment précis m a permis de créer une barrière en diminuant l intensité de ce que je ressentais et m a permis de relativiser ce décès. Je comprends à présent que je peux être sensible à la situation en maintenant une distance qui me permet d éprouver des sentiments tout en restant dans mon rôle de soignante. Je crois que chaque soignant apprend avec l expérience, à canaliser ses émotions et à s en servir afin de connaitre ses limites. Au cours de cette expérience, je me suis étonnée de pouvoir passer rapidement à autre chose. En effet, lorsque nous sommes rentrés, c est de façon assez naturelle que je me suis concentrée sur l accueil et la prise en soin de patients qui venaient d arriver aux urgences. Cette attitude m a questionnée, car je venais de vivre une situation qui m a perturbée, néanmoins, j ai réussi à finir mon poste en me concentrant sur ce que je devais faire et en n y pensant pour ainsi dire, plus. Je pense que de façon inconsciente, c est aussi un mécanisme de défense qui s est mis en marche. Je devais me concentrer sur les patients afin de ne pas laisser de place à mes pensées. En rentrant chez moi à la fin de mon poste, j ai ressenti de la culpabilité à avoir aussi facilement mis de côté ce que je venais de vivre. J ai donc tenté d analyser pourquoi ce sentiment de culpabilité m a envahie. Je pense que cela reste très lié à mes représentations personnelles de la mort et au fait que lorsqu une personne décède, il y a toujours un moment de silence et de recueillement. Je me suis aperçue que j avais eu ce moment lorsqu avec l infirmière nous avons pu revêtir M.P. Je crois aussi que le soignant vit un deuil à chaque fois qu un patient meurt et cela même s il ne le connait pas. Cependant, ce deuil est différent, il est plus rapide, moins intense et ne se compare pas au deuil familial. Néanmoins, il est présent et je pense que chacun d entre nous à sa propre façon de faire son deuil d un patient. Il me semble essentiel d un point de vue professionnel, de se servir des expériences vécues afin d en tirer des apprentissages. C est pour cela que mener une réflexion autour de nos propres émotions ressenties au cours d une situation apporte beaucoup à la connaissance de soi et à la professionnalisation. Cette citation de Catherine Mercadier illustre l objectif du travail émotionnel réalisé par les soignants : 14

16 «La maitrise des émotions est une obligation implicite, intériorisée par le soignant au cours de sa socialisation professionnelle. Elle s intègre dans un véritable travail émotionnel qui permet au soignant d atteindre un niveau professionnel dans la relation thérapeutique, caractérisée par la neutralité 1». Après avoir analysé les émotions qui m ont envahie, je souhaite aborder l importance du soutien de l équipe lorsque nous sommes confrontés à des situations difficiles et éprouvantes. En quoi pouvoir s appuyer sur l équipe soignante est-il important? Ma vision de l équipe soignante est basée sur la communication, le partage d expérience, la confiance et l entraide. Dès lors, pouvoir s appuyer sur les collègues lors de situations difficiles est de mon point de vue, primordial pour maintenir un équilibre et une stabilité professionnelle. Pour ma part, le fait d avoir pu verbaliser mon ressenti auprès d une collègue ayant de l expérience m a permis d évacuer mes émotions auprès d une personne ayant déjà été confrontée à ce type de situation. En effet, pouvoir parler à quelqu un qui peut comprendre ce que j ai vécu et qui ne juge pas mon ressenti est facilitant et cela a pu me soulager émotionnellement. L échange qui a suivi m a rassurée sur la «normalité» de mes émotions dans cette situation et sur mon attitude qui a été adaptée dans ce contexte. Je pense que si le soignant perçoit le besoin d exprimer et de verbaliser ces émotions et qu il n a pas la possibilité de le faire, cela peut être destructeur pour lui. Le fait de contenir en lui ce qu il ressent, peut à long terme, le mettre en difficulté dans l exercice de son travail, mais aussi impacter sa vie privée. J ai la chance d être encadrée par des soignants qui prennent en considération mon ressenti et mettent un point d honneur à ne pas me laisser repartir chez moi avec mon questionnement. J espère avoir la même attitude lorsque je serai infirmière afin d être disponible autant pour l équipe avec laquelle je collaborerais qu avec les 1 MERCADIER, Catherine. Le travail émotionnel des soignants à l hôpital. Paris : Seli Arslan, p

17 étudiants que j aurai à encadrer. Je pense que dans ce métier il est important de prendre soin des patients autant que de ses collègues lorsque le besoin s en fait sentir. Je vais à présent, aborder les raisons qui ont motivé mon choix concernant cette situation pour mon travail de fin d études, ainsi que la construction de ma problématique. 16

18 PROBLEMATIQUE Tout au long de cette réflexion, de nombreuses questions se sont dégagées et c est à ce moment que j ai fait le choix d approfondir ce travail et de faire de cette expérience le point de départ de mon mémoire. En effet, depuis le début de ma formation, c était la première fois que je me retrouvais face à une personne décédée et jusqu à présent, je ne m étais jamais approchée de ce sujet et je n y avais jamais vraiment réfléchit d un point de vue professionnel, ce qui peut paraitre paradoxal lorsque l on se destine à une profession qui prend en soin des patients et qui malgré tout côtoie la mort régulièrement. En regard du questionnement 1 qui a émergé, il me semble important de continuer cette réflexion par rapport à la mort et à l impact qu elle peut avoir sur les émotions du soignant. Ce sujet me parait être d un grand intérêt professionnel, car chaque soignant y est inéluctablement confronté au cours de sa carrière. Cela d autant plus que depuis cette situation, j ai vécu d autres expériences en lien avec la mort brutale et cela m a donné à réfléchir sur mon positionnement professionnel. Pour construire ma question de départ, je me suis appuyée sur les interrogations qui ont émergé au fur et à mesure de ma réflexion personnelle. J ai tenté de les classer sous des catégories qui ont fait apparaitre les mot-clés de ma question de départ. A ce stade de mon travail, j ai fait un choix qui m est apparu naturellement en regard de mon questionnement et je me suis donc aidée de trois questions qui me semblent être pertinentes pour construire ma problématique. Notre culture, nos croyances, nos valeurs ont elles une influence sur notre perception de la mort? Quel impact la mort brutale peut-elle avoir sur le soignant? Nos émotions sont-elles influencées par nos représentations de la mort? En partant de ce questionnement, j ai formulé ainsi ma question de départ : 1 ANNEXE II : Questionnement de départ 17

19 Dans quelles mesures, les représentations de la mort peuvent-elles influencer les émotions de l infirmier, lorsqu il se retrouve confronté à la mort brutale au cours de son exercice? A travers cette question, je cherche à mieux comprendre le vécu émotionnel des infirmiers lorsqu ils sont confrontés au décès brutal d une personne. Je cherche aussi à savoir s il existe un lien entre nos représentations et les émotions qui découlent d une telle situation. Aussi, il me semble important de souligner que je ne cherche pas de vérité générale. Je cherche surtout à découvrir des pistes de réflexion qui pourront m aider dans ma professionnalisation. Nous allons donc aborder la première partie de ce travail à travers le cadre conceptuel. 18

20 PREMIERE PARTIE APPROCHE THEORIQUE 19

21 APPROCHE THEORIQUE Pour débuter mes recherches, j ai fait le choix d aborder les termes importants qui constituent ma question de départ. En effet, il me semble primordial d éclairer le concept de représentation, celui de la mort et enfin celui des émotions. A travers chacun d eux, j aborderais aussi le concept de l infirmier et de la pratique soignante. Pour éclaircir ces termes, je vais tout d abord m intéresser à leur étymologie. Je pense que connaitre l origine d un mot permet de découvrir son évolution au fil des siècles, mais surtout, elle permet d en comprendre le sens d une façon différente et souvent plus imagée. Ensuite, je vais aborder les définitions de chacun des termes et les différentes approches élaborées par plusieurs théoriciens afin d en avoir une vision élargie. Les auteurs sur lesquels je vais m appuyer pour construire cette partie conceptuelle sont issus d un choix personnel parmi les différentes doctrines qui se rapprochent des concepts étudiés. J ai fait ce choix d auteur en fonction de leur domaine de travail, pour d élargir le plus possible mes recherches avec plusieurs points de vue afin de ne pas rester figée sur une seule approche. Vous trouverez en annexe 1 une brève description de chacun d eux. Aussi, pour bâtir cette partie théorique, j ai fait appel à deux personnes que je considère comme des personnes ressources. L un est infirmier anesthésiste diplômé d état et détient plusieurs diplômes universitaires en lien avec mon objet d étude. Il a pu me donner son opinion et m a permis d approfondir mes recherches en lien avec les représentations. Il m a aussi aidée à clarifier les perceptions de la mort dans le milieu soignant. La deuxième personne que j ai rencontrée dans le cadre de cette approche théorique est une infirmière de secteur psychiatrique travaillant au sein d un service d urgences qui a pu m éclairer sur l angoisse de mort et sur les émotions du soignant lorsqu il y est confronté. Nous allons dans un premier temps, étudier le concept de représentation qui me parait être un concept riche de sens, qui toutefois reste très complexe à définir et à explorer. 1 ANNEXE III : Index des auteurs 20

22 Chapitre I : LES REPRESENTATIONS 1. Généralité sur les représentations Dans le but d amorcer mes recherches concernant les représentations, je me suis intéressée à l étymologie de ce terme qui est constitué de deux parties. Le préfixe «re» qui signifie la répétition, le recommencement et le radical «présentation» qui exprime le fait de montrer, de faire connaitre. Ce mot est directement issu du latin «repraesentatio» qui veut dire «action de mettre sous les yeux 1». Je remarque une évolution du sens initial de ce terme puisqu à présent il est défini comme étant «l action de mettre devant les yeux ou devant l esprit 2». En effet, à l origine ce mot désignait le fait de rendre présent devant les yeux, c est à dire d un point de vue sensoriel. A présent, il désigne aussi le fait de rendre présent à l esprit, c est à dire d un point de vue mental. C est d ailleurs à cette deuxième dimension que nous allons plus particulièrement nous intéresser dans le cadre de cette recherche. Je vais dans un premier temps chercher à comprendre le mécanisme de construction d une représentation mentale individuelle. A la suite de quoi, je vais tenter d éclaircir le concept de représentation collective pour me diriger vers les représentations du soin infirmier, les valeurs et les règles professionnelles qui régissent cette profession. Pour ce faire, je vais m intéresser aux apports de la psychologie, de la sociologie, de l anthropologie et de la philosophie dans ce domaine. 1.1 Les représentations individuelles Chacun d entre nous est un être unique et de ce fait nos représentations et le regard que l on porte sur le monde le sont aussi. En effet, notre culture, notre éducation, nos valeurs sont différentes et s intègrent dans le processus complexe de la construction des représentations. Ce schéma érigé par Edgar Morin, sociologue et philosophe contemporain, permet de comprendre la façon dont se construit une représentation. Pour lui, «la 1 CNRTL. Centre national de ressources textuelles et lexicales [en ligne]. <http://www.cnrtl.fr/etymologie/representation> (consulté le 26/11/2012) 1 LE ROBERT. Le grand Robert de la langue française. Version électronique <http://grv2.bvdep.com/gr.asp> (Consulté le 26/11/2012) 21

23 représentation est une synthèse cognitive dotée des qualités de globalité, de cohérence, de constance, de stabilité 1». A travers ce schéma, je remarque que la construction d une représentation est issue d une combinaison multifactorielle qui se crée à partir de la réalité et des acquis de notre mémoire. Je pense que c est en cela qu elle est complexe puisqu elle intègre une part du réel, une part de l expérience vécue, des perceptions et des émotions qui y sont associées et mémorisées de façon inconsciente, mais elle intègre aussi une partie de l ordre du fantasme et de l imaginaire qui vont interférer sur sa construction. En effet, dès notre plus jeune âge, nous cherchons à comprendre et à donner du sens à ce que l on vit. Les représentations se construisent donc naturellement, involontairement et inconsciemment à partir de nos expériences, de ce que nous avons appris, de notre éducation, de notre culture, mais aussi en fonction de la société dans laquelle nous sommes intégrés. Le point de vue d Edgar Morin concernant les représentations, se rapproche de celui de Catherine Garnier, psychologue spécialisée en psychopédagogie et de Lucie Sauvé, professeur-chercheur en éducation relative à l environnement, qui définissent ainsi le terme de représentation : 1 MORIN, Edgar. La méthode : la connaissance de la connaissance. Paris : Edition du Seuil, 1992, p

24 «Une représentation est un phénomène mental qui correspond à un ensemble plus ou moins conscient, organisé et cohérent, d éléments cognitifs, affectifs et du domaine des valeurs concernant un objet particulier. On y retrouve des éléments conceptuels, des attitudes, des valeurs, des images mentales, des connotations, des associations. C est un univers symbolique, culturellement déterminé, où se forgent les théories spontanées, les opinions, les préjugés, les décisions d action 1». Cette définition, reprend le schéma construit par Edgar Morin dans laquelle je retrouve aussi une notion de stabilité ce qui me laisse à penser que, nos représentations qui nous sont propres, sont difficiles à faire changer, car elles sont ancrées en nous. Cependant, il apparait aussi qu elles sont indispensables pour assurer une stabilité psychique et revêtent un caractère nécessaire et fonctionnel en constituant un système de référence qui nous donne la possibilité de prendre une décision rapide et nous permet d adapter notre comportement au cours d une situation donnée. Pierre Mannoni, docteur en psychologie, ajoute que les représentations forment en quelque sorte une mosaïque de perception en lien avec tout ce qui nous entoure. «Elles englobent effectivement d authentiques concepts (le vrai, le faux, le beau, le juste), des objets physiques (les chevaux, les arbres fruitiers) ou sociaux (la culture, la mode vestimentaire, les bonnes manières), des catégories d individus (les professeurs, les étudiants, les médecins, les boulangers). Elles intéressent les opérations prédicatives et attributives, ou encore les modes d être. Mais elles émaillent aussi les discours politiques et religieux, ainsi que tous les grands domaines de la pensée sociale : l idéologie, la mythologie, la démonologie, les contes et légendes, les fables et les récits folkloriques, la pensée scientifique même, ainsi que les domaines moins nobles comme la superstition, les croyances, les illusions répandues. Les idées justes en relèvent tout autant que les idées fausses 2». 1 GARNIER, C. et SAUVE, L. Apport de la théorie des représentations sociales à l éducation relative à l environnement. Education relative à l environnement, regard, recherche, réflexion. 1999, volume 1, p MANNONI, Pierre. Les représentations sociales. Paris : Presses universitaires de France, 1998, p.5. 23

25 Je remarque qu en final les représentations sont présentes dans tous les domaines de notre vie et que tout ce que nous connaissons peut se traduire par des représentations. De plus, la dernière phrase de cette citation démontre que nos représentations peuvent être autant des alliées que des ennemies puisqu elles peuvent être vraies ou bien erronées. Elles peuvent parfois déformer le réel et aboutir à des stéréotypes ou bien à des préjugés. Un autre point de vue concernant les représentations m interpelle aussi. C est celui d Emmanuel Kant, philosophe du XVIII e siècle qui exprime que pour connaitre, il faut s intéresser certes à l objet d étude, mais aussi et surtout à l homme qui l étudie. En réfléchissant à cela, je m aperçois que je suis d accord avec ce qu il notifie. En effet, nos représentations sont projetées sur la réalité comme si c était la réalité alors qu elles sont construites et issues de nous, de notre perception de la réalité. Dès lors, je pense qu effectivement chacun de nous construit sa vision du monde de façon inconsciente et que par conséquent nos recherches sont toujours imprégnées d une part issue de nos représentations. Les représentations se construisent donc de façon complexe et ne sont pas totalement fidèles à la réalité bien qu elles se fondent sur celle-ci. Je pense que ce concept est très intéressant à étudier, car il permet d aborder les relations instaurées entre l Homme et son environnement, mais aussi entre l Homme et lui-même. Jusqu ici, je n ai traité que des représentations individuelles or, il s avère qu elles ne peuvent être dissociées des représentations collectives ou sociales, car elles forment un ensemble qui guide notre quotidien. Nous allons donc dans la partie suivante, nous intéresser aux représentations sociales. 1.2 Les représentations sociales C est le sociologue Emile Durkheim qui a été le premier à s intéresser aux représentations collectives. Pour lui, elles influencent l individu à penser et à agir d une certaine façon, en fonction du groupe auquel il appartient. La pensée collective est pour lui supérieure à la pensée individuelle 1. 1 DURKHEIM, Emile. Représentations individuelles et représentations collectives [en ligne]. Edition électronique réalisée par Jean-Marie TREMBLAY d après la publication dans la revue de métaphysique et de morale, tome VI du numéro de mai p 24

26 Un peu plus tard, Serge Moscovici fondateur de la psychologie sociale, reprend cette notion et la définit ainsi «la représentation sociale est un corpus organisé de connaissances et une des activités psychiques grâce auquel les hommes rendent la réalité physique et sociale intelligible, s insèrent dans un groupe ou un rapport quotidien d échange, libèrent les pouvoirs de leur imagination 1». Pour Denise Jodelet, psychosociologue, la représentation collective ou sociale est «une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une vision pratique et concourant à la construction d une réalité commune à un ensemble social 2». Ce point de vue se rapproche de celui de Serge Moscovici. Dès lors, je m aperçois que les représentations collectives permettent à l individu de comprendre la réalité qui l entoure. Je remarque aussi qu elles ont une fonction identitaire dans le sens où elles donnent la possibilité à chaque individu d intégrer un groupe et de partager une vision du monde collective, en lui permettant aussi de mobiliser son imagination. Cependant, je m interroge sur la construction des représentations sociales qui forment ce que l on peut appeler la pensée sociale. En effet, si la construction des représentations individuelles est basée sur la réalité sans lui être complètement fidèle, qu en est-il de la construction des représentations sociales? D après mes lectures, j ai pu constater qu elles se construisent aussi de façon subjective, puisqu elles résultent des informations répandues et des interprétations qui en sont faites par les individus. La mémoire collective intervient aussi dans ce processus de construction. Cependant, il reste une question en suspens à laquelle je n ai pas trouvé de réponses à ce jour. Les représentations collectives sont-elles issues des représentations individuelles ou bien est-ce l inverse? Ce que je crois surtout, c est qu elles sont indissociables les unes des autres. Au cours de l écriture de cette partie concernant les représentations sociales, un autre point m est apparu. En effet, au fur et à mesure de mon cheminement, je me suis rendu compte que je pouvais établir un lien entre les représentations sociales et la notion <http://classiques.uqac.ca/classiques/durkheim_emile/socio_et_philo/ch_1_representations/represent ations.html> (Consulté le 3/12/2012) 1 MOSCOVICI, Serge. La psychanalyse, son image, son public. Paris : PUF, 1961, p JODELET, Denise. Les représentations sociales [en ligne]. Edition électronique réalisée par Bernard Dantier d après l édition de p.7. <http://classiques.uqac.ca/collection_methodologie/jodelet_denise/representations_pratiques_individu /Metho_jodelet_representations_soc.pdf> (Consulté le 7/12/2012) 25

27 de représentation professionnelle, qui est d après ce que j ai pu lire, une forme de représentation collective. D ailleurs, dans un article commun, Michel Bataille et Alain Piaser, deux maitres de conférences en sciences de l éducation et de la formation, définissent ainsi les représentations professionnelles : «Les représentations professionnelles sont des représentations portant sur des objets appartenant à un milieu professionnel spécifique. Elles sont partagées par les membres de la profession considérée et constituent un processus composite grâce auquel les individus évoluent en situation professionnelle : opinion, attitudes, prises de position, savoirs 1». Au sein de la profession infirmière, comme dans les autres professions d ailleurs, je pense que les représentations professionnelles sont présentes et peut-être même prévalentes. En effet, je crois que la pensée professionnelle permet la cohérence et la stabilité au sein des individus agissant dans le même corps de métier. Dès lors, mon cheminement m amène à présent à m intéresser aux soignants et en particulier aux valeurs soignantes infirmières. 1.3 Les valeurs soignantes de la profession infirmière Avant d aborder les valeurs infirmières en tant que telles, il me parait incontournable de définir le terme «valeur» et le verbe «soigner». En ce qui concerne le mot «valeur» que j ai déjà utilisé à de nombreuses reprises, il se définit comme étant «Une manière d être, d agir ou de penser qu une personne ou qu un groupe reconnait comme idéale 2». Les valeurs peuvent être de plusieurs types tels que les valeurs universelles, individuelles ou professionnelles par exemple. Ces dernières constituent le cadre de référence qui guide la posture professionnelle pour tendre vers l idéal. C est peut-être à travers la définition du terme «soigner» que les difficultés que rencontrent parfois les infirmiers à accepter la mort prennent leurs origines. En effet, soigner c est «l action d agir pour soi-même ou pour autrui afin d entretenir la vie, de 1 BATAILLE, M. et al. Représentations sociales, représentations professionnelles, système des activités professionnelles. L année de la recherche en science de l éducation. Paris : PUF, 1997, p LÊ-GERMAIN, E. Introduction à la sociologie et à l anthropologie. Cours Institut de Formation en soins infirmiers dans le cadre de l UE 1.1 S2 : Psychologie, sociologie et anthropologie

28 maintenir, restaurer et promouvoir la santé 1». Aussi, pour Marie-Françoise Collière, infirmière et enseignante, «Soigner est d abord, et avant tout, un acte de vie, dans le sens que soigner représente une variété infinie d activités qui visent à maintenir, entretenir la vie et à lui permettre de se continuer et de se reproduire 2». Soigner, c est donc prendre soin de la vie pour qu elle puisse subsister. Selon moi, soigner, est la valeur universelle de la profession infirmière. En effet, c est celle qui guide toute la conduite de nos soins. Dès lors, quand la mort survient, qu en est-il de cette valeur? Qu est-ce que la mort renvoie au soignant quant à son rôle? En effet, le choix de cette profession est bien souvent lié à la célébration de la vie, à sa prolongation. La mort représente alors une contrainte, une tension dans l idéal du soignant. Dès lors, je pense que mener une réflexion à ce propos est primordial dans le cadre des études infirmières afin de se sentir en accord avec le sens que l on donne à nos soins autant dans la vie que dans la mort. J en viens à présent au sens des valeurs soignantes. Elles sont indissociables du rôle infirmier et forment un cadre de référence et de responsabilités commun à l ensemble de la profession. Aussi, je crois que pour acquérir son identité professionnelle et s épanouir dans son rôle, les valeurs individuelles de l infirmier nécessitent d être proche des valeurs soignantes inhérentes à la profession. Sans quoi, il me parait difficile d exercer sereinement sa fonction. Cependant, cette adéquation entre les valeurs professionnelles et les valeurs individuelles ne mettent pas à l abri l infirmier d un éventuel conflit de valeur entrainant une souffrance. C est en cela que la réflexion sur soi et ses pratiques soignantes revêt une dimension importante pour maintenir son équilibre. En France et à ce jour, il n existe pas pour la profession infirmière de code de déontologie qui est le reflet des valeurs professionnelles. Il est en cours de création par l ordre national infirmier 3. Cependant, on retrouve dans le décret n relatif aux «règles professionnelles des infirmiers et infirmières 4» certains principes 1 AMIEC RECHERCHE. Dictionnaire des soins infirmiers et de la profession infirmière. 3ème Edition. Paris : Masson, 2005, p COLLIERE, Marie-Françoise. Promouvoir la vie. Paris : Edition Masson, 1996, p ONI. Ordre national infirmier [en ligne]. < (Consulté le 4/02/2013) 4 ANNEXE IV : Décret n du 16 février 1993 relatif aux règles professionnelles des infirmiers et infirmières. 27

29 fondamentaux présents aussi dans «le code déontologique international de la profession infirmière 1». Dans ces deux textes, l on retrouve le respect, la dignité, la tolérance, l équité, le prendre-soin. Autant de valeurs qui constituent les fondements de la profession depuis son origine. Etre infirmier aujourd hui, c est donc selon moi, avoir hérité de fondations solides et d un sens des valeurs humaines érigées au fil du temps 2. C est aussi, la pratique d un art, l art de prendre-soin de l autre. 1.4 Apport de ce chapitre dans le cadre de mon travail Il me semble intéressant au terme de cette recherche théorique concernant les représentations de clarifier ce que j ai pu apprendre et ce en quoi cela pourra m être utile dans le cadre de mon enquête sur le terrain. En premier lieu, ce que je retire de ce concept, c est sa richesse. En effet, j ai pu acquérir quelques principes de base concernant les représentations et cela m a aidée à comprendre que nos représentations sont toujours présentes de façon inconsciente et qu elles se retrouvent à tous les niveaux de la vie que ce soit au niveau individuel, social ou professionnel. Néanmoins, j ai trouvé que ce concept est très complexe à étudier dans le sens où tous les niveaux de représentations s imbriquent les uns dans les autres pour aboutir à notre perception de la réalité. Ensuite, j ai pu me rendre compte de la subjectivité de nos représentations et de la difficulté à les faire changer. Je pense que cette recherche m a permis d être justement plus objective et de comprendre que ce que je considère comme ma réalité peut être différent pour d autres. Je pense que c est en cela que cet apport théorique est important pour la suite de mon étude et justement lors de ma confrontation avec le terrain. Aussi, il m a paru primordial d aborder les représentations professionnelles, car j ai pu me rendre compte que les valeurs communes de la profession infirmière sont prépondérantes. Cette partie m a aussi aidée à comprendre les conflits qui peuvent parfois survenir et mettent en difficulté le soignant qui se retrouve en décalage entre son idéal soignant et ce qu il vit. 1 ANNEXE V : Extrait du code international de déontologie infirmière 2 ANNEXE VI : Historique de la profession infirmière 28

30 Dans ce chapitre, je n ai pas abordé les représentations de la mort, car il me semblait important de définir les différents aspects de la mort avant d en aborder les représentations. C est donc ce concept que nous allons étudier à présent. 29

31 Chapitre II : LA MORT 2. Généralités sur la mort La mort est depuis l aube de l humanité, une question obsédante pour l Homme. De ce fait, c est un sujet d étude intarissable puisqu il fascine autant qu il fait peur. La mort est souvent opposée à la vie puisqu elle est caractérisée par la cessation de celle-ci. Or, en m y intéressant de plus près, je me rends compte que les définitions diffèrent et qu il n existe pas de véritable signification universelle de la mort. A travers ces recherches, nous allons dans un premier temps aborder l étymologie de ce terme, puis la définition juridique de la mort. Ensuite, nous allons nous pencher sur un aspect plutôt philosophique concernant la pensée de la mort qui nous amènera à l évolution au fil des siècles, des comportements adoptés par l Homme lorsqu il s y trouve confronté. Cela nous conduira à la notion de mort à l hôpital pour finalement parvenir aux représentations soignantes de la mort. D un point de vue étymologique, le terme «mort» est issu du latin «mors» et «mortis» signifiant mourir 1. Cependant, mes recherches sur ce mot m ont conduite à une autre racine issue de l Égypte ancienne qui est «mouth» et qui est décrite par le «changement d état». Chez les Hébreux, on retrouve aussi le terme «moth» qui évoque également la modification 2. Je trouve ce parallèle intéressant, car il donne une autre image de ce terme, car l arrêt de la vie n y est pas assimilé, mais il est plutôt expliqué comme une transformation. Nous allons à présent nous pencher sur la définition juridique qui décrit l état de mort. D un point de vue médical, la mort est définie par le code français de la santé publique comme suit : «Si la personne humaine présente un arrêt cardiaque et respiratoire persistant, le constat de la mort ne peut être établi que si les trois critères cliniques suivants sont simultanément présents: 1 Absence totale de 1 LE ROBERT. Dictionnaire pratique de la langue française. Paris : Edition France Loisirs, 2005, p GARCET, Robert. Dossier lugernos en ligne. < etymologie-des-mots-mort-et-verite.html> (Consulté le 04/01/2013) 30

32 conscience et d activité motrice spontanée; 2 Abolition de tous les réflexes du tronc cérébral; 3 Absence totale de ventilation spontanée 1». Art.R Cette définition prend donc en considération l aspect physiologique de la mort qui permet d horodater le décès d un point de vue médico-légal. D un point de vue juridique, c est cet article qui détermine le décès de par la défaillance des fonctions organiques pour établir la mort physique. Ce point n est pas discutable dans le sens où il est défini par la loi, bien qu il y ait eu une évolution au fur et à mesure des avancées médicales. Cependant, je remarque que c est bien l état de mort qui est défini et non la mort en elle-même. Je pense que la mort ne se limite pas uniquement à cela. Je crois aussi que le trépas de l individu renvoie à la disparition de son statut d Homme parmi les humains. Dès lors, nous allons continuer ces recherches dans cette direction en nous intéressant à la conscience de la mort. 2.1 Penser la mort C est en parcourant la littérature philosophique à propos de la mort qu un point important concernant la conscience et la pensée de celle-ci est ressorti. En effet, l Homme est l unique espèce ayant conscience de la mort. C est le seul être capable de la penser et le seul qui accompagne la mort de l autre par des rituels funéraires. L Homme a aussi conscience que la mort est avec la naissance, le seul fait commun à tous. Nous naissons et nous mourrons. Cette notion de finitude qui détermine notre existence d un point de vue temporel est appuyée par Heidegger qui exprime que «dès qu un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir 2». Cependant, personne ne peut exprimer ce qu est l expérience de la mort puisque pour la vivre, il nous faut mourir. C est de cette inconnue, de cette énigme que provient la peur qui me parait légitime, de la mort. Les philosophes ont été les premiers à s emparer de ce mystère et je pense que les différentes approches qu ils en ont eues sont propices à la réflexion. Je vous propose donc de parcourir avec moi quelques pensées philosophiques à ce propos. 1 FRANCE. Code de la santé publique. Décret du 2 Août 2005 relatif au constat de la mort préalable au prélèvement et conditions de réalisation des prélèvements. Journal officiel, 6 Août HEIDEGGER, Martin. Etre et temps. Paris : Gallimard, 1986, p

33 Je débuterais par Epicure, philosophe grec majeur de l antiquité, qui exprime dans sa lettre à Ménecée ceci à propos de la pensée de la mort : «Familiarise-toi avec l idée que la mort n est rien pour nous, car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or, la mort est la privation complète de cette dernière [ ]. Ainsi, celui des maux qui fait le plus frémir n est rien pour nous, puisque tant que nous existons, la mort n est pas, et que la mort est là où nous ne sommes plus 1». Pour lui, la mort n est pas à craindre, car elle n est rien. La mort est égale au néant, car lorsqu elle arrive, l homme n en a plus conscience et ne peut donc pas la vivre. Le fait d en avoir peur ou bien d y penser empoisonne la vie et ses plaisirs. Contrairement à Epicure, pour le philosophe allemand Hegel, il est important de ne pas discréditer la mort, mais plutôt de l accepter comme faisant partie de la vie pour pouvoir l affronter et être en mesure de la maitriser. A ce propos, il déclare que : «La mort, si nous voulons nommer ainsi cette irréalité, est ce qu il y a de plus terrible et maintenir l œuvre de la mort est ce qui demande la plus grande force [ ]. Ce n est pas cette vie qui recule d horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction, mais la vie qui porte la mort, et se maintient dans la mort même, qui est la vie de l esprit 2». Une autre approche, celle de Karl Marx, s articule autour du désir d immortalité. Pour lui, «la mort apparait comme une dure victoire de l espèce sur l individu [ ] qui n est qu un être génériquement déterminé et à ce titre mortel 3». Il exprime que par le biais de la reproduction, il existe une continuité de l individu expliquant ainsi, en quelque sorte, le désir d éternité résidant en chaque Homme. Un autre regard sur la mort que je ne peux écarter est celui des spiritualistes. En effet, Platon, célèbre philosophe grec, exprime encore un autre point de vue. Il dit, 1 EPICURE. Lettre à Ménécée [en ligne].traduction de Maurice Solovine, <http://www.lycee.stjolapommeraye.fr/index.php?option=com_docman&task=doc_view&gid=278&i temid=48> (Consulté le 11/01/2013) 2 HEGEL, Friedrich. Phénoménologie de l esprit. Paris : Aubier, 1998, p MARX, Karl. Manuscrit de 1844 : économie politique et philosophique. Paris : Edition sociale, 1962, p

34 «Est-ce autre chose que la séparation de l âme d avec le corps? On est mort, quand le corps séparé de l âme, reste seul, à part, avec lui-même et quand l âme séparée du corps, reste seule, à part avec elle-même 1». Cette approche démontre la dualité du corps et de l âme. Pour lui, la mort est donc la séparation des deux entités qui constituent notre être. Plus tard, les croyances religieuses et notamment le judéochristianisme peuvent se rapprocher sur certains points de cette doctrine, puisqu elles évoquent la mort comme la fin du corps, mais maintiennent l immortalité de l esprit et l acquisition de la sagesse éternelle. La mort est dans ce cas, considérée comme un passage de l âme vers la lumière éternelle. De ce fait, l homme donne à la mort un aspect culturel par le biais des rites funéraires pour faciliter le passage de l âme vers l autre monde. Dans le cadre de cette étude, je n ai fait part que d une infime partie des théories philosophiques sur la mort. En effet, depuis toujours, ce thème a tourmenté l Homme et de ce fait, il me serait impossible d étudier toutes les doctrines érigées à ce propos. Toutefois, je constate que les philosophes que j ai choisi de citer émettent tous des hypothèses divergentes concernant la mort. Ce choix de confronter ces différents points de vue est volontaire, car il me donne à voir à quel point une théorie est discutable et ne reflète pas toujours la vérité, mais plutôt une vérité. Néanmoins, ce que je retiens de ces différentes approches, c est que la mort n est en fait qu une représentation que chacun de nous se forge puisqu effectivement lorsque nous la vivons, nous ne sommes plus. Par ailleurs, je remarque aussi que la mort ne présente en final, que deux issues d après les penseurs. Elle est considérée pour certains comme la fin de tout, le néant, alors que pour d autres, au contraire, elle se traduit comme étant un passage vers un autre monde, un ailleurs. Dès lors, je m interroge sur la capacité de l être humain à penser la mort, ou plutôt, devrais-je dire, à penser sa mort. Cela me semble difficile puisque nous n avons pas d expérience personnelle avec elle. Cependant, je remarque qu il est assez facile de l évoquer. Je pense que c est parce qu elle nous apparait comme abstraite, dans le sens où nous en avons conscience, mais que nous n en connaissons en final, rien. L Homme sait qu il va mourir, d ailleurs il n est pas rare d entendre «on meurt tous un jour». 1 PLATON. Le Phédon [en ligne]. Traduction d Emile Chambry. Edition électronique, p.68. <http://beq.ebooksgratuits.com/philosophie/platon-phedon.pdf> (Consulté le 15/01/2013) 33

35 Pour Heidegger, «Le on meurt répand l opinion que la mort frappe, si l on peut dire, le on. (...) ce n est chaque fois justement pas moi ; car ce on n est personne. Le trépas est ramené au niveau d un évènement qui frappe sans doute la réalité humaine, mais ne concerne spécialement personne 1». Ce que je comprends de cette citation, c est que pour Heidegger, l individu parle de la mort en utilisant le «on» qui est impersonnel et qui par conséquent démontre la négation de l individu à considérer sa mort. Cependant, lorsque nous sommes confrontés à la mort de l autre, le caractère théorique disparait. L expérience de la mort est alors vécue d un point de vue émotionnel. Cela nous renvoie à notre condition humaine mortelle. Bien que nous percevions la mort de l extérieur, elle induit en nous des sentiments, elle ne nous laisse pas indifférents. Néanmoins, elle ne se compare pas au fait de concevoir sa propre mort qui, pour Sigmund Freud, est une pensée impossible. En effet, d après lui, l individu croit de façon inconsciente à son éternité. Il affirme d ailleurs ceci à ce propos : «Le fait est qu il nous est absolument impossible de nous représenter notre propre mort et toutes les fois que nous l essayons, nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs. C est pourquoi l école psychanalytique a pu déclarer qu au fond personne ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même, dans son inconscient, chacun est persuadé de son immortalité 2». Penser sa mort serait donc irréalisable selon Freud. Dès lors, je me questionne, en a-t-il toujours été ainsi? Je pense que les comportements des Hommes et la relation qu ils entretiennent avec la mort ont évolué au fil des siècles, cependant, à ce stade je ne sais pas ce qui a changé. C est dans le but de percer à jour cette évolution comportementale face à la mort que je vous propose d aller explorer un peu d histoire. 2.2 L évolution des comportements face à la mort aux fils des siècles Pour réaliser cette recherche, je me suis intéressée uniquement au monde occidental et je me suis appuyée sur deux ouvrages de Philippe Ariès 3, historien, qui a 1 HEIDEGGER, Martin. Etre et temps. Paris: Gallimard, 1986, p FREUD, Sigmund. Notre relation à la mort. Paris : Payot, 1981, p ARIES, Philippe. L homme devant la mort : le temps de gisants. Paris : Seuil, 1985, 304p. Id., L homme devant la mort : La mort ensauvagée. Paris : Seuil, 1985, 343p. 34

36 consacré plus de quinze ans de sa vie à étudier ce sujet. Il a défini quatre étapes concernant l appréhension de la mort entre la première partie du moyen âge jusqu à aujourd hui. La mort apprivoisée Au début du moyen âge, du V e siècle jusqu au XII e siècle, la mort est un fait collectif et familier. Elle était considérée comme un élément naturel de la vie et l individu s y préparait. Les gisants mourraient entourés de toute une assemblée qui accueillait le trépas et ne ressentait ni peur, ni angoisse. Cette mort annoncée était donc acceptée, organisée et s apparentait à «la bonne mort». Contrairement à la mort «annoncée», la mort brutale, subite, appelée «mors repentina» était quant à elle, considérée comme une infamie, une mort honteuse, déshonorante qui induisait l effroi. En outre, au cours de cette période, les cimetières qui durant l antiquité était situé hors des villes, réintègrent la cité et deviennent même des lieux animés. La mort de soi Au cours de la deuxième partie du moyen âge, l expansion de la religion catholique fait émerger une nouvelle façon d appréhender la mort. En effet, à cette époque, la peur du jugement dernier influence les attitudes des Hommes qui ont pris conscience de leur individualité et de l importance de leurs actes au cours de leur vie. La mort est dramatisée notamment chez les plus riches et à présent, seuls les proches accompagnent la personne mourante. De plus, les tombes sont à nouveau personnalisées avec des inscriptions, ce qui n avait plus court depuis le V e siècle. La mort s individualise et les inscriptions au nom du défunt permettent de laisser une trace de son passage sur terre. Chacun prend peu à peu conscience de sa finitude personnelle. La mort de toi C est au cours de la renaissance que la mort prend une allure «romantique». La déchirure violente qu elle provoque entre celui qui meurt et ceux qui restent est vécue comme une rupture insoutenable et difficilement acceptable. Cette évolution modifie les comportements et le culte du souvenir de l autre est très présent. C est à cette époque que commencent à apparaitre les veillées funèbres, les obsèques cérémoniales avec le convoi funéraire. C est aussi au cours de cette période qu émerge le port du deuil qui devient une obligation sociale. En effet, les proches du défunt montrent leur souffrance 35

37 en s habillant de noir durant plusieurs mois, voire plusieurs années et s imposent une vie fixée par les convenances. La mort inversée C est à partir du XX e siècle que la relation des Hommes avec la mort s inverse. La mort devient en quelque sorte interdite, tabou. La mort fait peur et elle ne doit plus venir bouleverser les plaisirs de la vie. Cela est en partie lié aux progrès de la médecine et notamment de la réanimation qui fait chuter la mortalité et donne l espoir que la mort peut être déjouée. D ailleurs, pour les proches du défunt, le port du deuil s estompe. Il fait partie de la sphère privée et les endeuillés ne doivent plus exprimer publiquement leur souffrance. Aussi, on remarque à cette époque la disparition des veillées funèbres. Dès la deuxième moitié du XX e siècle, la mort se déplace à l hôpital, les soins sont confiés aux soignants et le médecin doit repousser les limites de la vie. Paradoxalement à cela, de nos jours, la mort est banalisée et exposée dans les médias, dans les fictions, elle est même exploitée dans certaines campagnes de prévention routière notamment. On la retrouve aussi dans le monde virtuel avec les jeux vidéos qui l exploite sans cesse avec une réalité déconcertante. D ailleurs, Jean Delumeau affirme cela en disant que «la mort se contemple sans être regardée, elle se regarde sans être vue 1». Je le rejoins dans son discours qui reflète tout à fait la vision de la mort à notre époque. Cette approche historique me donne à percevoir que la relation à la mort a radicalement changé et que les comportements humains se sont eux aussi largement modifiés. En effet, de l acceptation au moyen-âge à son interdit aujourd hui, on remarque une évolution considérable. C est d ailleurs ce constat qui a conduit Louis Vincent Thomas, célèbre anthropologue à fonder la société de thanatologie 2. Pour lui, «L occident d aujourd hui vit la mort comme obscène et scandaleuse ( ) Car dorénavant la mort cesse d appartenir au monde naturel ; c est une agression venue du dehors ( ) 3». Ce qu il définit par la thanatologie, c est l étude de la mort et de tout ce qui l entoure. C est un vaste sujet qui prend en considération l avant-mort, la mort et 1 DELUMEAU, Jean. Affronter la mort. Cité par l institut UPSA de la douleur [en ligne] p. 20. <http://www.institut-upsa-douleur.org/protected/userfiles/igwsiudv5/resources/ Document / ouvrages/soins_palliatifs/institut-upsa-douleur-soins-palliatifs-en-equipe-intro.pdf> (Consulté le 23/01/2013) 2 ANNEXE VII : La thanatologie 3 THOMAS, Louis Vincent. La mort, Que sais-je? Paris : PUF, 2003, p

38 l après-mort en passant par ses causes, le vécu du mourant et de ses proches, mais aussi par les rituels qui l accompagne. Cette liste n est absolument pas exhaustive, car la thanatologie s intéresse réellement à tout ce qui touche la mort de près ou de loin. A travers cette recherche, je me rends compte que la mort est socialement tabou, elle est déniée et elle ne doit pas venir perturber la vie. Ce constat m interpelle, ce qui m amène à m interroger sur la vision de la mort en établissement hospitalier. En effet, cette représentation de la mort est-elle différente dans les hôpitaux où elle est vécue quasi quotidiennement dans certains services? C est ce que nous allons chercher à développer maintenant. 2.3 La mort à l hôpital Au cours de mes recherches à ce propos, j ai pris connaissance d un rapport mené par l Inspection Générale des Affaires Sociales rendu public en Ce rapport fait état d un sujet sensible, le déni de la mort à l hôpital. Cette dénégation de la mort est donc aussi présente au sein des établissements hospitaliers. Cela peut paraitre contradictoire et pourtant, d après ce rapport, c est une évidence. Malgré la fréquence des décès en ses lieux, l hôpital n accepte toujours pas la mort dans ses murs. Le déplacement de la mort vers l hôpital est une réalité puisqu aujourd hui, plus d un français sur deux décède à l hôpital. Malgré cela, «la prise en charge de la mort ne fait pas partie des missions reconnues à l hôpital. Pour les acteurs hospitaliers, la mort est vécue comme une incongruité, un échec, et à ce titre largement occultée 1». Il subsiste donc toujours un tabou de la mort à l hôpital bien que celui-ci tende à s inverser, et cela, notamment grâce au développement des soins palliatifs. Ce rapport met aussi en avant un manque de connaissance et de réflexion des médecins et du personnel paramédical sur la question de la mort. Par ailleurs, les difficultés des soignants confrontés à la mort, qu elle soit brutale ou annoncée, sont aussi perçues. En ce qui concerne la spécificité de la mort brutale, elle est considérée comme celle qui provoque le plus de stress au sein du personnel soignant et malgré ce constat, aucune étude n est menée sur son impact. 1 FRANCE. Inspection Générale des Affaires Sociales. Enquête sur la mort à l hôpital. La documentation française, RM p, novembre 2009, p.3. 37

39 A l issue de ce constat, plusieurs recommandations sont définies dans le but d améliorer la prise en charge de la mort à l hôpital. En ce qui concerne les soignants, deux mesures sont énoncées. La première concerne la mise en place d un suivi régulier et d un dispositif d écoute dédié à tous les soignants confrontés à la mort. La seconde concerne une nouvelle enquête qui permettrait d évaluer la formation que reçoivent les médecins et les paramédicaux au cours de leurs études. Ceci, afin de repérer si les apprentissages sont suffisants ou non, dans le but d y pallier et d améliorer la réflexion face à cette interrogation qu est la mort. La mort représente donc toujours une grande difficulté dans les hôpitaux. Elle doit continuer à se cacher. Un exemple probant de ce déni est représenté par la disposition du funérarium qui est quasiment toujours situé aux sous-sols des hôpitaux et cela même dans les constructions nouvelles. La mort doit être isolée, mise à distance. Cependant, je n ai abordé dans cette partie que l aspect institutionnel de la vision de la mort à l hôpital et cela nous amène à présent, à aller plus loin, en abordant les représentations soignantes liées au décès. 2.4 Les représentations de la mort chez les soignants Il me semble difficile, voir même impossible de définir une généralité concernant les représentations de la mort chez le soignant. En effet, les représentations étant propres à chacun et en même temps collectives, je ne peux pas affirmer que le soignant à telle ou telle vision de la mort. A ce stade de ma réflexion, je pense que même quand j aurais mené l enquête sur le terrain auprès des professionnels, je ne pourrais pas conclure avec des certitudes à ce propos, ce qui n est pas le but du travail de recherche d ailleurs. Néanmoins, j ai pu remarquer à travers mes expériences, mes réflexions, mes lectures et mes rencontres avec les intervenants pendant ma formation que je peux faire une distinction concernant les représentations de la mort selon l âge du défunt et le contexte dans lequel elle survient. En effet, la mort de l enfant, de l adulte et de la personne âgée ne renvoie pas la même vision aux soignants. De la même façon, lorsqu elle survient subitement, ou au contraire lorsqu elle est «annoncée», elle est appréhendée et vécue différemment. Je pense qu il est intéressant de regarder les 38

40 représentations soignantes de la mort à travers ce prisme afin d en extraire les points communs et les différences. Les représentations de la mort selon les âges Mourir jeune ou mourir vieux, à tout âge la mort est investie de gravité. Plus elle se présente tôt dans la vie, plus elle apparait comme inacceptable, absurde. D un point de vue social, la mort de l enfant est inimaginable, elle ne s envisage pas et ne se représente pas. En ce qui concerne le soignant, elle fait preuve d un illogisme absolu qui le renvoie à son impuissance la plus totale. La psychologue clinicienne Aline Mauranges va même plus loin en qualifiant la mort de l enfant comme étant un «désespoir thérapeutique 1». Cette mort renvoie au soignant un sentiment d injustice et de culpabilité à ne pas avoir pu soigner et même dans ce cas, guérir. Cela est d autant plus vrai pour les soignants qui ont des enfants. En effet, ce type de situation exacerbe le sentiment d angoisse de mort lié à la peur de perdre son enfant. La mort de l adulte implique aussi un rapport au cycle de la vie erronée. Mourir dans «la fleur de l âge» est aussi perçue d un point de vue social comme une injustice, une anomalie de la vie. Les soignants ont aussi cette représentation de la vie inachevée, interrompue, qui le renvoi cette fois à sa propre mort ou à celle de ses parents selon son âge. D un point de vue social, la mort de la personne âgée est quant à elle acceptée moins difficilement, d autant plus si elle survient naturellement. Elle se situe dans «l ordre de la vie». Les soignants qui y sont confrontés rationalisent cette mort. On entend souvent «il est parti de sa belle mort» ou encore «il a bien vécu». Cependant, même si l acceptation semble plus facile, elle n en demeure pas moins dépourvue d émotions. Elle peut réactiver chez le soignant la perte d un grand-parent. Jusque-là, j ai abordé les représentations de la mort selon les âges, cependant, les représentations diffèrent aussi selon ses conditions de survenue. 1 MAURANGES, Aline. Stress, souffrance et violence en milieu hospitalier. Paris : MNH, 2011, p.9. 39

41 La fin de vie et les soins palliatifs D après le Docteur Thérèse Vanier, les soins palliatifs «c est tout ce qui reste à faire quand il n y a plus rien à faire 1». J ai choisi cette définition courte et concise, car elle reflète tout à fait ma pensée des soins palliatifs. En effet, ces soins de continuité de la vie s adressent à toute personne, quel que soit son âge, souffrant d une maladie évolutive dont les traitements curatifs ne sont plus efficaces. Il en résulte une prise en soin active et holistique de la personne soignée et de son entourage dans le respect de ses choix, de sa dignité et de son projet de vie. D un point de vue social, les soins palliatifs et la fin de vie ont été associés durant plusieurs décennies, à la notion de mort imminente et de souffrance. Aujourd hui, ces représentations tendent à s inverser et dans l esprit collectif, les soins palliatifs ont à présent une image plutôt positive 2. D après l équipe mobile de soins palliatifs, intervenue au sein de l IFSI 3, les soignants exerçant dans ces services développent une philosophie de soins empreinte d humanitude 4 et de considération pour la personne soignée et sa famille. En effet, l objectif de guérison est remplacé par la prise en soin axée sur le confort et la qualité de vie du patient. La mort est considérée comme un processus naturel de la vie et les limites thérapeutiques liées à la gravité de la maladie sont acceptées. La mort ne représente pas de tabou et l équipe soignante est un soutien qui facilite l engagement d un travail de séparation et de deuil. Toujours d après l intervention de l équipe mobile de soins palliatifs, pour parvenir à cette représentation de la mort, un travail constant de réflexion personnelle est nécessaire, ayant pour but l amélioration de la connaissance de soi et la prise de conscience de ses propres limites. D un point de vue émotionnel, toutes les situations de fin de vie sont différentes et chaque soignant à son propre vécu par rapport à cela. Néanmoins, même si la tristesse est présente, la mort représente aussi souvent un apaisement, caractérisé par la délivrance de la souffrance. Ce sentiment de soulagement n est pas présent dans le contexte de mort non prévue. La mort brutale 1 MORIZE, Véronique et al. A propos des définitions des soins palliatifs [en ligne]. Bulletin documentaire n 3. Décembre 1999, p.2. < (Consulté le 27/01/2013) 2 IPSOS. Représentations sociales des soins palliatifs [en ligne]. (Consulté le 27/01/2013) 3 IFSI : Institut de Formation en Soins Infirmiers 4 Humanitude : Philosophie de soins élaborée par Yves gineste et Rosette Marescotti en 1995, basée sur les concepts de bientraitance, de reconnaissance et de sollicitude envers la personne soignée. Le maintien du bien-être de la personne soignée est le mot d ordre de cette philosophie. 40

42 La mort subite représente d un point de vue social, la mort idéale 1, la «bonne mort». La mort rapide, sans souffrance qui nous prend au dépourvu. Elle est définie par Francis Lévy et Bertrand Ludes, comme étant «un décès brutal, inattendu, de cause naturelle et souvent inexpliquée 2». Cependant, quand je parle de mort brutale, j entends aussi la brutalité de la séparation et de ce fait j y inclus aussi la mort accidentelle, la mort violente et le suicide qui implique à chaque fois, cette notion de rupture et de perte. Pour les proches, la mort brutale est traumatisante. C est une cassure, une déchirure vécue comme extrêmement violente pour l entourage qui a l impression de vivre une injustice profonde et un abandon. A ce propos, Christophe Fauré, médecin psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans l accompagnement du deuil, exprime que «si dans le cas d une longue maladie, la mort est une issue presque logique et compréhensible, la mort brutale, elle, échappe à toute explication 3». De ce fait, le deuil est souvent plus long et plus compliqué, car il n a pas été préparé. Pour les soignants, la mort brutale est aussi synonyme de violence. Violence liée à la cause, violence aussi liée à la confrontation au corps mort dont le souffle de vie vient de s échapper. La mort brutale active un stress important. Elle peut aussi induire un sentiment d échec et de culpabilité souvent réprimé par des expressions telles qu «on a tout fait, tout essayé», «on ne pouvait rien faire de plus» qui tendent à rassurer. Elle renvoie aussi au soignant le fait que nous sommes tous mortels et que la mort peut survenir à tout moment, et cela, même si nous sommes en bonne santé. Cette confrontation à la mort brutale fait prendre conscience de la précarité de la vie. A travers cette approche, je me rends compte que, quelles que soient les causes de la mort, elle induit inexorablement une souffrance indescriptible pour l entourage. Je m aperçois aussi que l on peut faire un lien commun à ces situations. C est les difficultés que rencontre le soignant quand il se retrouve confronté à la famille. La souffrance qui lui est renvoyée est difficilement acceptable et malgré cela, il doit faire 1 FRANCE. Assemblée nationale. Rapport fait au nom de la mission d information sur l accompagnement de fin de vie par Jean Léonetti. Enregistré à la présidence de l assemblée nationale, n 1708, 30 Juin p17 2 LUDES, Bertrand et LEVY, Francis. La mort subite par arrêt cardiaque, aspects médicaux légaux[en ligne].urgence pratique, 2007, n 81, p. 95. <http://www.urgencepratique.com/sites/default/files/medias/fichiers/articles/la_mort_subite_par_arret _cardiaque_aspect_legaux.pdf> (Consulté le 4/02/2013) 3 FAURE, Christophe. Vivre le deuil au jour le jour. Paris : Albin Michel, 2004, p

43 preuve de «maitrise» face à ces émotions afin de pouvoir accompagner le deuil de la famille. Les émotions, d ailleurs que sont-elles? C est la prochaine étape que nous allons franchir dans cette approche théorique. Etape que je considère comme le cœur de ce travail. Cependant, avant cela, je vais terminer ce chapitre par ce que j en ai retenu. 2.5 Apport de ce chapitre dans le cadre de mon travail J achève à présent cette partie en lien avec la mort et je sais qu elle est incomplète, car il me semble que je pourrais aborder de nombreux autres aspects liés à la mort. Cependant, dans le cadre de la problématique qui m occupe, il me semble pertinent de m arrêter là, afin de ne pas m égarer. Ce que je retiens en priorité de ce chapitre, c est la complexité de la relation qu entretient l Homme et la mort et cela d autant plus que l Homme en question est un soignant. Les pensées philosophiques m ont aussi aidée à comprendre que la mort est un sujet soumis à controverse. En effet, l hétérogénéité des doctrines idéologiques ne permet pas d extraire de vérité universelle, cependant, elle apporte matière à réflexion, ce qui me parait essentiel pour favoriser l ouverture d esprit. L approche historique quant à elle, m a appris que les attitudes ont évolué et qu à présent la mort banalisée et mise à distance est le reflet de notre société qui ne veut pas la voir. Cette contestation de la mort aussi présente à l hôpital me parait être une notion importante pour mieux comprendre les réactions des soignants face à la mort. En ce qui concerne les représentations soignantes de la mort, j ai pu entrevoir qu elles étaient différentes selon l âge, mais aussi selon les circonstances de survenue. Cependant, un point commun subsiste et concerne les difficultés à affronter la souffrance des familles. C est ce qui nous conduit à présent au dernier chapitre théorique de cette recherche qui concerne les émotions. 42

44 Chapitre III : LES EMOTIONS 3. Généralités sur les émotions «Ce n est pas la raison qui guide le monde, ce sont les émotions 1.» Je fais le choix d amorcer ce chapitre par une citation d Isabelle Filliozat, psychothérapeute, qui affirme que nos émotions conditionnent toute notre vie. Je consens complètement à cette idée, car pour moi sans émotion, il n y a pas d humanité possible. Pourtant, ce concept est difficile à appréhender de par sa nature qui définit en quelque sorte la personne que nous sommes. Je vais donc dans un premier temps aborder l étymologie de ce terme, puis je vous proposerais des définitions, ce qui nous conduira aux émotions du soignant face à la mort. A la suite de quoi, nous aborderons les opérations défensives des soignants pour nous diriger vers la théorie de l intelligence émotionnelle. Pour conclure, nous identifierons quelques ressources aidantes pour soutenir le soignant. Pour débuter, je me suis intéressée à la racine du mot émotion. Je m aperçois que ce terme est issu du latin et qu il est construit en deux parties. Le préfixe «e» issu de «ex» qui signifie éloignement vers l extérieur et le radical «motion» issu de «movere» décrit par le mouvement 2. Une émotion, c est donc littéralement un mouvement vers l extérieur. De ce point de vue étymologique, il n y a pas de divergences concernant l origine du mot «émotion» d après ce que j ai pu lire. Cela est différent en ce qui concerne le fait de le définir. En effet, de nombreuses théories 3 à ce propos ont vu le jour au cours du temps et même si l on retrouve des similitudes, il est impossible d accorder une définition unanime à ce concept. Toutefois, je vais vous faire part de deux définitions. La première est très courte et reste très vaste, c est celle du dictionnaire le Grand Robert qui définit l émotion comme étant un «état de conscience complexe, généralement brusque et momentané, accompagné de troubles physiologiques 4». La seconde définition que j ai choisi de vous faire partager est celle de Louise Bérubé, docteur en éducation, qui explique le terme émotion ainsi : 1 FILLIOZAT, Isabelle. L intelligence du cœur. Paris : Marabout, 2011, p.13 2 LE ROBERT. Le grand Robert de la langue française. Version électronique, <http://grv2.bvdep.com/gr.asp> (Consulté le 13/02/2013) 3 ANNEXE VIII : Les théories des émotions 4 LE ROBERT. Le grand Robert de la langue française. Version électronique, <http://grv2.bvdep.com/gr.asp> (Consulté le 15/02/2013) 43

45 «État affectif intense, caractérisé par une brusque perturbation physique et mentale où sont abolies, en présence de certaines excitations ou représentations vives, les réactions appropriées d adaptation à l environnement. La modulation inadéquate de la réaction émotionnelle entraine une exagération de la réaction en termes d euphorie ou de dépression, ou une diminution de celle-ci avec insensibilité et indifférence. Les fonctions cognitives peuvent en être secondairement affectées 1». Cette définition est certes plus complète, cependant, elle me semble très complexe. Ce contraste entre ces deux définitions est volontaire, car malgré la brièveté de la première et la longueur de la deuxième, ces deux explications n en restent pas moins floues. Néanmoins, je remarque tout de même une similitude, c est le trouble ou la perturbation qui est mis en avant dans les deux cas. C est d ailleurs cette perturbation qui nous signale que nous réagissons à un évènement et l intensité de ce trouble éprouvé, nous permet de distinguer la façon dont nous sommes affectés. Aussi, nos réactions qui en découlent sont en quelque sorte une traduction de l émotion vécue. Précédemment dans le chapitre consacré aux représentations, nous avons déjà pu aborder le fait que l émotion agissait aussi dans la construction d une représentation puisque c est en partie l affect associé à une situation qui était mémorisé. Dès lors, je remarque que les émotions sont imprégnées de plusieurs composantes qui sont de l ordre du comportement, de la physiologie et du cognitif. Je pense que c est l alliance de ces trois composantes qui donne toute sa richesse à ce concept, mais qui dans le même temps le rend aussi difficile à étudier puisqu en final, les émotions sont présentent dans tout ce que nous vivons. D ailleurs, je suis d accord avec Margot Phaneuf, infirmière et titulaire d une maitrise des sciences de l éducation, qui affirme que les émotions sont notre moteur d agir : «Nos émotions influent sur nos réactions, nos choix, nos décisions, elles orientent tout notre agir. Elles sont à la fois source de joie ou de souffrance et se manifestent, par exemple par la gaieté, la peur, l anxiété, la surprise, la 1 BÉRUBÉ, Louise. Terminologie de neuropsychologie et de neurologie du comportement. Montréal : Les Éditions de la Chenelière, 1991, p

46 méfiance, la colère, la tristesse voire la haine et le rejet, autant qu elles peuvent déclencher des sentiments d empathie, de tendresse et d amour 1». Cependant, ce qui me semble le plus important dans les émotions, ce n est pas tant le fait de comprendre ce qu elles sont d un point de vue théorique, mais c est surtout de prendre conscience qu elles guident nos actions et de savoir quoi en faire quand nous les ressentons. C est ce qui nous mène à présent à explorer le ressenti émotionnel des infirmiers confrontés à la mort brutale. 3.1 Le vécu émotionnel des soignants face à la mort brutale L infirmier comme tous les soignants est confronté quotidiennement aux émotions des autres, qui vont déclencher en lui ses propres émotions d où vont découler ses réactions. Néanmoins, il se retrouve aussi parfois dans des situations qui le renvoient uniquement à ses émotions personnelles notamment lorsqu il est confronté à la mort. Dès lors, que peut-il ressentir? La confrontation à la mort ne laisse pas insensible. Que la mort soit brutale ou bien «annoncée», les émotions sont présentes et cela même si parfois nous ne voulons pas l admettre. Avant d être soignants, nous sommes humains et les affects liés aux situations vécues sont réels et indissociables de la personne que nous sommes. Dès lors, nos réactions émotionnelles se manifestent et cela d autant de façon qu il y a de soignants. En effet, certains l exprimeront, d autres non ou bien adopterons une attitude d indifférence ou de détachement. Pourtant, je m interroge sur ces émotions que nous ressentons lorsque nous sommes face à la mort. Même si parfois, nous tentons de les dissimuler afin qu elles ne se devinent pas par ceux qui nous entourent, au fond de nous, il se passe quelque chose. En effet, certains ressentiront de la colère, de la tristesse, de la peur, d autres seront en proie avec un sentiment d échec, d impuissance, d injustice. Cette liste, loin d être exhaustive n est qu un petit éventail des émotions qui peuvent être ressenties par les soignants. 1 PHANEUF, Margot. Les intelligences émotionnelle et sociale, des outils pour la relation [en ligne]. 2010, p.3. <http://www.infiressources.ca/fer/depotdocuments/les_intelligences_emotionnelle_et_sociale_des_o utils_pour_la_relation.pdf> (Consulté le 23/02/2013, le 03/03/2013 et le 15/04/2013) 45

47 Pour aller plus loin, je me suis intéressée aux travaux de Paul Ekman, psychologue et pionnier dans l étude des émotions. Il dénombre six 1 émotions de base qui sont la peur, la colère, la tristesse, la joie, la surprise et le dégout. Dans le cadre de ce travail, j ai fait le choix d en approfondir trois d entre elles en m appuyant sur le guide des émotions de Michelle Larivey 2. C est donc la peur, la tristesse et la colère que nous allons explorer. En effet, ce sont celles qui se retrouvent le plus, quand nous sommes face à la mort. Ces trois types d émotions sont considérées comme négatives, car elles sont désagréables à vivre. Dans le but de ne pas alourdir ce travail, vous trouverez aussi en annexe 3 une explication concernant d autres émotions telles que le stress, la culpabilité, l angoisse. Nous débuterons par l approfondissement de la colère. La colère Elle traduit l insatisfaction, la frustration. Elle se ressent à plusieurs degrés, en passant de la simple irritation jusqu à la fureur. Lorsque nous sommes confrontés à la mort, la colère qui peut parfois être ressentie est une colère contre soi liée au fait de ne pas avoir pu empêcher la mort. Dans ce cas, elle rejoint le sentiment d échec, mais aussi d impuissance. La colère peut aussi être tournée contre le monde, contre la vie, c est le cas par exemple lorsque la mort atteint un enfant. Elle rejoint ici, le sentiment d injustice et provoque la révolte. La colère peut aussi parfois dissimuler la tristesse qui nous envahit, c est ce que nous allons tenter de comprendre maintenant. La tristesse La tristesse est elle aussi la traduction de l insatisfaction, de l impuissance. Elle est d ailleurs étroitement liée à la colère de par les causes qui la provoquent. Elle se manifeste par la peine et peut aller jusqu à la dépression, elle peut aussi être accompagnée de larmes qui sont parfois libératrices. Dans le contexte d une mort brutale, c est souvent la souffrance des proches qui va provoquer la tristesse chez le soignant. Tristesse qui est associée à l impuissance de réconforter la famille, à l incapacité d effacer la douleur ressentie par ceux qui restent, mais aussi, cette tristesse peut être liée à l inachèvement de la vie de celui qui vient de mourir d autant plus si 1 WAGNER, Luise et CROSS, Andréa. Paul Ekman, le visage décrypté [Documentaire]. ARTE, (53 mn). < 2011_tv?start=12#.UXKBtKLvjbQ> 2 LARIVEY, Michelle. Guide des émotions [en ligne]. <http://www.redpsy.com/guide/index.html> (Consulté le mois de Mars et Avril 2013) 3 ANNEXE IX : Les expériences émotives 46

48 celui-ci est jeune. Nous arrivons à présent à une autre émotion, la peur, qui revêt selon moi un sens particulier dans un contexte où la mort est présente. La peur C est une émotion innée, perçue et identifiée par tous les Hommes. Elle peut aller de la crainte à la phobie en passant par l effroi ou la terreur. Elle a pour but de nous protéger en nous avertissant d un éventuel danger, c est un signal d alarme. Elle est indispensable à la vie. Malgré cela, elle reste subjective et personnelle à chacun d entre nous comme toutes les émotions d ailleurs. Pourtant, devant la mort, la peur me semble être différente et cela me questionne. Qu est-ce qui fait peur puisque ce n est pas moi, mais l autre qui est mort? Je ne suis pas en danger immédiat et pourtant je ressens cette peur? C est en cela que je pense que la peur ici est particulière et différente. En effet, c est ce que nous renvoie la mort qui fait peur ici, c est l effet miroir. Selon la situation, le contexte de la mort, l âge de la personne décédée, nous pourrons ressentir de la peur. La peur de mourir nous-mêmes, mais aussi la peur qu un de nos proches meure. La confrontation à la mort renvoie tout cela aux soignants, il perçoit la mort d une façon concrète et réelle. Mais aussi, parfois, cette peur peut être liée au fait de ne pas savoir répondre à la famille, avoir peur des sentiments ressentis par les proches et de ne pas pouvoir y faire face ou encore avoir peur de la violence de la scène dans le cas d accident de la voie publique par exemple. En final, ce que je remarque, c est que nos émotions sont étroitement liées à notre perception d une situation et que l intensité de ce que nous ressentons est aussi en rapport avec les mouvements transférentiels qui s immiscent entre nous et l expérience vécue. C est en partie ces transferts, si je peux les nommer ainsi, qui font que nous vivons plus ou moins bien une situation et que telle expérience nous aura marquées plus qu une autre. Aussi, lorsque l émotion est trop forte, nous avons besoin de nous protéger et nous mettons en place un système de protection, les mécanismes de défense. C est ce que nous allons développer dans la partie suivante. 3.2 Les opérations défensives des soignants Les mécanismes de défense sont primordiaux pour maintenir l équilibre psychique de l individu. Ce sont des processus de sauvegarde qui permettent de lutter contre l angoisse, de diminuer les tensions et de donner la possibilité à la personne de s adapter en préservant son intégrité psychique. En effet, si nous n arrivons plus à nous 47

49 défendre, le risque d effondrement est très important. D ailleurs, Martine Ruszniewski, psychologue-psychanalyste, appuie ces dires en affirmant ceci à propos des opérations défensives. «Toute situation d angoisse, d impuissance, de malaise, d incapacité à répondre à ses propres espérances ou à l attente d autrui, engendre en chacun de nous des mécanismes psychiques qui, s instaurant à notre insu, revêtent une fonction adaptative et nous préservent d une réalité vécue comme intolérable parce que trop douloureuse. Ces mécanismes de défense, fréquents, automatiques et inconscients ont pour but de réduire les tensions et l angoisse et s exacerbent dans des situations de crise et d appréhension extrême 1». En effet, je pense que lorsque nous sommes touchés trop profondément, nous avons besoin de mettre en place des moyens de protections qui s apparentent à des barrières et c est le rôle des mécanismes de défense. Cependant, je pense que même si la majorité de ceux que nous utilisons sont inconscients, je crois aussi que nous arrivons à discerner certaines de nos attitudes. Chaque soignant va mettre en place son système de défense qui sera différent selon sa personnalité, selon la situation qu il vit et selon sa disponibilité psychique à ce moment-là. Il existe de nombreuses classifications concernant les mécanismes de défense, d ailleurs, George Vaillant, psychiatre américain, affirme qu «Il y a autant de défenses que notre imagination, notre témérité ou notre aisance verbale nous permettent d en inventorier 2». Toutefois, pour cette recherche, je m appuierais sur la classification de Martine Ruszniewski qui a identifié neuf mécanismes de défense 3 mis en place par les soignants, lorsqu ils sont confrontés à une situation émotionnellement difficile et angoissante. Je vais vous les exposer en tentant de les transférer au contexte de la mort brutale. Le mensonge Cette opération défensive est la plus préjudiciable pour le patient et sa famille. Le mensonge est mis en place par le soignant lorsqu il est submergé par ce qu il sait 1 RESPEL. Les mécanismes de défenses [en ligne]. 2006, p.11. <http://www.respel.org/fileadmin/telechargements/m_canismes_de_defense.pdf> (Consulté le 03/04/2013) 2 FRIARD Dominique. Les mécanismes de défense [en ligne]. <http://www.serpsy.org/formation_debat/defense.html> (Consulté le 03/04/2013) 3 RESPEL.Loc.cit., p

50 notamment dans l annonce d une maladie grave. Il consiste à transformer des informations. Dans le contexte de la mort brutale, il n est pas utilisé en tant que tel. Toutefois, l omission d informations peut se retrouver. Par exemple, lorsque la famille du défunt demande s il a souffert avant de mourir, la réponse apportée peut être «non, ça s est passé très vite», ceci dans le but de protéger les proches et de les aider à faire leur deuil moins difficilement. L évitement Il se caractérise par une attitude de fuite, une mise à distance de ce que vit le soignant. Par exemple dans le cadre d une mort brutale, le soignant fuit la vision du corps ou le considère comme un simple objet de soin. Il peut se concentrer uniquement sur la technique, sur les gestes qu il doit accomplir. Il peut aussi fuir la famille parce que cela est trop douloureux à supporter. La banalisation Ce mécanisme de défense consiste à standardiser le phénomène de la mort et à dépersonnaliser la personne décédée. C est une attitude de détachement pouvant aller jusqu à l indifférence. La dérision C est l utilisation de l humour ou de l ironie afin de rire d une situation trop difficile à affronter. Ce comportement peut parfois être assimilé à un irrespect du défunt alors qu il n est en fait, que la négation des sentiments qui envahissent le soignant. La dérision est un mécanisme mis en place pour dédramatiser. L identification projective Dans ce contexte de mort brutale, le soignant s identifie à la famille. Il se met à leur place. Ce mécanisme est à l opposé de la banalisation, il n y a plus de distance entre la famille et le soignant qui projette sur eux ses propres ressentis. La rationalisation Le soignant cherche à donner une explication cohérente, logique et acceptable à ce qu il vit. Il peut se dire qu il ne connait pas la personne décédée et que par conséquent, il n est pas affecté. Avec la famille, le langage employé peut être médical, lui donnant ainsi une posture d expert qui met à distance ses émotions. 49

51 La fuite en avant Le soignant va tenter d occulter ce qu il vit en se concentrant uniquement sur la technique au moment de la réanimation. Puis, il va passer immédiatement à autre chose, il va se focaliser sur la prise en soin d autre patient pour ne pas penser à ce qu il vient de vivre. L esquive Ce système de protection est aussi une sorte de fuite, le soignant va éluder les questions de la famille dans ce cas, en changeant complètement de sujet ou en renvoyant la famille auprès du médecin ou d un autre interlocuteur. La fausse réassurance Elle consiste à donner des informations optimistes concernant le patient ce qui entretient de faux espoirs. Dans le cas d une mort brutale, ce mécanisme n est pas mis en place puisqu il n y a plus d optimisation possible. Les mécanismes de défense agissent donc, comme des boucliers, pour parer aux «agressions émotionnelles» trop douloureuses à vivre pour les soignants. Ils sont donc nécessaires. Cependant, il me semble intéressant d en prendre conscience, de les repérer et de les accepter comme étant des réactions normales et protectrices. Le fait de les reconnaitre comme faisant partie intégrante de notre personnalité n est pas une faiblesse, mais au contraire, une force qui nous aide à mieux entrevoir nos limites. De la même façon, l identification de nos émotions, collabore aussi, à une meilleure connaissance de soi. Au cours des différents stages que j ai effectués, j ai souvent entendu que j apprendrais à gérer mes émotions avec le temps. Je crois que ce terme «gérer» ne convient pas tout à fait ma perception, car gérer signifie diriger, régenter mes émotions. Or cela me parait difficile à réaliser. Je crois plutôt, qu il est préférable d apprendre à les accueillir pour les accepter et de ce fait les utiliser. En effet, il me semble primordial de ne pas refouler ce que nous ressentons, car nos émotions nous définissent et quand elles nous envahissent, il est épuisant de lutter contre elles. De plus, je crois que sans elles, nos facultés d échange, de partage et d authenticité sont diminuées. 50

52 Bien que chacun de nous réagisse différemment aux émotions qu il éprouve, je pense qu il est important à un moment donné de travailler sur soi à ce propos, afin de parvenir à accueillir et à accepter ses émotions. C est pour cela que nous allons à présent nous intéresser à une théorie particulière établie pour la première fois par John Mayer et Peter Salovey, deux psychologues chercheurs, puis rendue publique par le docteur en psychologie clinique, Daniel Goleman 1. Cette théorie est celle de l intelligence émotionnelle. 3.3 Accepter ses émotions ou l intelligence émotionnelle Depuis toujours, c est l intelligence rationnelle déterminée par le quotient intellectuel qui a dominé pour définir les capacités de l Homme à raisonner. Bien que, cela soit fondamental et indispensable, depuis une vingtaine d années une nouvelle théorie a vu le jour qui tend à démontrer que cette intelligence rationnelle est intimement liée à l intelligence émotionnelle, autrement appelée l intelligence du cœur. C est d ailleurs, ce qui explique le fait que nous ne sommes plus objectifs ni en mesure de contrôler certaines de nos réactions lorsque nous sommes confrontés à une situation intense émotionnellement. L émotion prend le dessus sur la raison. C est pour cela que le travail sur l intelligence émotionnelle est intéressant, car il permet de mieux appréhender nos émotions et celles des autres. Néanmoins, les recherches en la matière sont encore très récentes et relativement controversées par la communauté scientifique. Malgré cela, il me semble tout de même pertinent de l aborder comme piste de réflexion. La définition la plus communément admise à ce jour, pour l intelligence émotionnelle est celle de Mayer et Salovey qui la définisse comme étant «l habileté à percevoir l émotion, à l intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre les émotions et à les maîtriser afin de favoriser l épanouissement personnel 2». L intelligence émotionnelle, nous permet donc, d identifier nos émotions et celles des autres, afin de les comprendre et de les accepter. Elle donne aussi, la possibilité de les exprimer de façon adaptée et d aider les autres à les extérioriser. Dans la profession infirmière, cette intelligence du cœur me semble importante pour mieux considérer la personne soignée et sa famille dans une vision holistique et 1 GOLEMAN, Daniel. L intelligence émotionnelle, accepter ses émotions pour développer une intelligence nouvelle. Paris: J ai lu, p. 2 QUOIDBACH, Jordi et HANSENNE, Michel. Gérer les émotions pour des équipes de soins plus cohésives et performantes [en ligne].hospitals.be, 2010, n 3, p.33 <http://www.hospitals.be/pdf/vol8n3p32.pdf> (Consulté le 08/04/2013) 51

53 pour maintenir une authenticité, indispensable, dans la relation soignant-soigné. Je crois aussi, que l intelligence émotionnelle aide à entretenir la concordance entre la personne que nous sommes, nos valeurs personnelles et professionnelles ainsi que notre ressenti. Elle permet d être à l écoute de soi, des autres et de garantir l humanité dans les soins. Toutefois, je pense que réussir à accepter ses émotions est plus aisé à dire qu à réaliser et qu une réflexion personnelle est nécessaire pour y parvenir. Pour tenter de mieux comprendre le cheminement d une émotion et pour parvenir à modifier nos réactions, je vais vous présenter le schéma 1 érigé par Margot Phaneuf. Le cheminement d une émotion Elément déclencheur Réponse émotionnelle Réflexion Possibilité de modifier cette réponse MODIFICATION Répétition du même comportement Nouveau comportement : Vie améliorée 1 PHANEUF, Margot. Les intelligences émotionnelle et sociale, des outils pour la relation [en ligne]. 2010, p.3. 52

54 Si je suis ce schéma, il est d abord, essentiel de comprendre l élément qui va déclencher l émotion ainsi que la réaction émotionnelle qui fait suite. Ensuite, engager une réflexion personnelle, permet de prendre conscience de ce que nous ressentons et de notre façon de réagir. Cette prise de conscience nous donne la possibilité de modifier notre comportement si nous en ressentons le besoin. Cependant, cette réflexion nécessite un travail de longue haleine et demande de l expérience pour y parvenir. Aussi, un autre aspect me parait essentiel dans l acceptation de nos émotions, c est le fait de pouvoir les évacuer. En effet, je crois qu il est primordial que chacun d entre nous puisse avoir la possibilité d exprimer ses émotions lorsqu il est confronté à une situation vécue comme difficile. Dès lors, je me questionne sur les moyens qui peuvent être mis en place pour aider le soignant à extérioriser ce qu il ressent. C est ce que nous allons aborder dans cette dernière partie. 3.4 Les moyens aidants pour soutenir le soignant Etre confronté à la mort laisse une trace plus ou moins importante chez toute personne. Bien que chaque décès n engendre pas une souffrance pour le soignant, cela engendre une multitude d émotions. D ailleurs dans un article commun, Marielle Maubon et Betty Saada, psychologues ainsi que Martine Nectoux, infirmière, affirment qu être «confronté régulièrement et fréquemment à la mort est repéré comme cause de souffrance psychique 1». Cela pouvant être une cause du syndrome d épuisement professionnel du soignant. Dès lors, quelles sont les ressources disponibles pour aider le soignant à exprimer ce qu il vit et sa souffrance? A travers mes lectures, j ai pu retrouver plusieurs moyens utilisés par les soignants, dans le but d évacuer leurs émotions. En premier lieu, l équipe fait figure de soutien privilégié lorsque le besoin de verbaliser son ressenti se fait sentir. Le plus souvent, ce moment d échange intervient lors des pauses ou des transmissions. Durant ces temps informels, la parole est libre et circule plus simplement, permettant ainsi de se libérer d un trop-plein d émotion. «Les pots de service, les pauses café, les pauses repas vont aider à se remettre d une 1 MAUBON, Marielle et al. Mort des patients, professionnels en deuils? Responsabilité, Décembre 2011, n 44. p

55 épreuve, à remettre en cause un sentiment d échec et à laisser du temps au temps 1». Cet échange dans l équipe, offre la possibilité de partager ses émotions, ses expériences auprès de personnes ayant déjà été confrontées à des situations similaires. Ensuite, les groupes de paroles sont d autres ressources parfois mobilisées par les soignants. Ces groupes sont des aides institutionnelles prenant la forme d une intervention ponctuelle, le «débriefing», lorsqu une situation violente a affecté plusieurs soignants d un même service. Ils peuvent aussi être planifiés, donnant ainsi au soignant, la possibilité de se décharger émotionnellement de façon régulière. Daniel Leboul, maitre de conférence en sciences humaines et sociales, définit le groupe de paroles comme «un lieu de soutien, de formation et d échange 2». C est un lieu de soutien et d écoute pour les soignants, qui peuvent venir y déposer leur souffrance s il le souhaite. En aucun cas, le groupe de paroles ne doit être imposé. On peut rapprocher des groupes de paroles, les temps d analyse de la pratique, qui se développent de plus en plus et qui peuvent aussi être propices à la verbalisation des émotions permettant aussi de porter une réflexion sur ce que l on vit. D autres moyens sont utilisés par les soignants pour se décharger émotionnellement. Que ce soit à travers une rencontre individuelle avec le psychologue de l hôpital, à travers une discussion avec ses proches, à travers la formation continue ou bien encore, à travers la pratique d une activité, chacun d entre nous à son propre exutoire pour l aider à maintenir son équilibre. J arrive à présent au terme de ce chapitre et je vais expliciter dans la partie suivante ce que j en ai retenu. 3.5 Apport de ce chapitre dans le cadre de mon travail Les émotions, vaste concept qui n a encore à ce jour pas de définition commune. Toutefois, c est ce qui lui donne tout son intérêt. En effet, c est peut-être parce que l émotion se vit, plus qu elle ne s explique, qu il est difficile de lui trouver une définition universelle. Ce que je retire de ce chapitre, c est que les émotions sont les maitres de nos actions et que tant que nous les ressentons c est que nous sommes humains. Cela me 1 INSTITUT UPSA DE LA DOULEUR. Soins palliatifs en équipe : Le rôle infirmier. Rueil- Malmaison : UPSA, 2006, p LEBOUL, Daniel. Groupe de parole de soignants en milieu hospitalier : la souffrance, cause commune? Lyon, p.3. 54

56 conforte dans mon idée de départ sur les émotions. Cependant, pour pouvoir cohabiter avec nos émotions, je retiens aussi qu il est essentiel de les accepter. Aussi, cette partie m a donné à réfléchir sur les émotions particulières ressenties face à la mort. J ai ainsi pu approfondir certaines d entre elles et mieux appréhender les mouvements transférentiels qui interfèrent dans cette relation, où la mort est présente. De la même façon, le fait d avoir développé les mécanismes de défense m a permis d entrevoir leur fonction protectrice et la nécessité d en prendre conscience pour mieux connaitre nos limites. Pour finir, je retiens de ce chapitre, l importance d évacuer nos émotions, à travers un moyen qui nous est propre et qui nous convient afin de ne pas s épuiser émotionnellement. Nous arrivons à présent, à la fin de cette première partie, définie par le cadre conceptuel de ce travail. Toutes ces données théoriques vont m aider à construire l enquête sur le terrain. C est ce que je vais vous exposer dans la deuxième partie de ce travail, qui est l approche méthodologique et pratique. 55

57 DEUXIEME PARTIE APPROCHE METHODOLOGIQUE ET PRATIQUE 56

58 Chapitre IV : Méthodologie 4. La méthodologie Dans le cadre de cette recherche exploratoire, je me suis appuyée sur les cours de méthodologie de recherche 1, reçu à l IFSI dans l unité d enseignement, relative à l initiation à la démarche de recherche. Pour réaliser cette enquête, j ai fait le choix d utiliser deux techniques d investigation. Une méthode qualitative avec la réalisation d entretien et une méthode quantitative avec la diffusion de questionnaires. Ce choix me semble pertinent et complémentaire, car il me permet à la fois d allier une recherche de sens avec les entretiens et une étude statistique avec les questionnaires. A travers cette enquête, je poursuis mon objectif de départ, qui est la recherche de pistes de réflexion aidante à ma professionnalisation en rapport avec le vécu émotionnel des infirmiers confrontés à la mort brutale. Pour rappel, ma question de départ est la suivante : Dans quelles mesures, les représentations de la mort peuvent-elles influencer les émotions de l infirmier, lorsqu il se retrouve confronté à la mort brutale au cours de son exercice? Je vais donc expliciter dans ce chapitre le choix des terrains d enquête, ainsi que le choix de la population investiguée. Ensuite, j expliquerais la construction des outils d enquête soit, le guide d entretien et le questionnaire, ainsi que les tests réalisés avant de les utiliser. 4.1 Le choix des terrains Les terrains que j ai choisi d investiguer sont trois services d urgences ayant une division SMUR. J ai diffusé les questionnaires au sein de deux d entre eux et j ai réalisé les entretiens dans le dernier. Il me semblait pertinent de ne pas diffuser les questionnaires dans le même service afin d avoir un panel de réponse élargi. Toutefois, par commodité, c est auprès des infirmiers investigués en entretien que j ai testé mon questionnaire. 1 CORNUD, Agnès. Introduction à la recherche et méthodes qualitatives. Cours Institut de Formation en soins infirmiers dans le cadre de l UE 3.4 S4 Initiation à la démarche de recherche

59 Mon choix s est porté sur les services d urgences uniquement, car il me semble que ce sont ceux les plus confrontés à la mort, dans un contexte brutal. Les critères d inclusions et d exclusions que j ai définis sont les suivants : Critère d inclusion : Services d urgences avec division SMUR. Critère d exclusion : Tous les autres services. 4.2 Le choix de la population investiguée J ai choisi d investiguer des infirmiers et des infirmières diplômés d état travaillant au sein de service d urgence et qui interviennent aussi en SMUR. Le choix de la population s est centré uniquement autour des infirmiers, car ce sont eux qui accompagnent le médecin lors des interventions SMUR. Les critères d inclusions et d exclusions que j ai définis sont les suivants : Pour les entretiens Critères d inclusions : Les infirmiers exerçants aux urgences et intervenants en SMUR, ayant déjà été confrontés à la mort brutale. Critères d exclusions : Les infirmiers exerçants uniquement aux urgences et qui n interviennent pas en SMUR. Tous les autres soignants exerçants au sein des urgences. J ai donc réalisé sept entretiens avec 4 infirmiers et 3 infirmières, dont l entretien-test. Pour les questionnaires Critères d inclusions : Les infirmiers exerçants au sein des services d urgences et intervenant ou non en SMUR. Critères d exclusions : Tous les autres soignants exerçants aux urgences. J ai déposé 20 questionnaires dans le premier service, cela correspond au nombre d infirmiers qui y exerce et 30 dans le second. Soit un total de 50 questionnaires. Je pense récupérer en récupérer 50 %, soit 25 questionnaires. 58

60 4.3 L élaboration des outils d investigation Au moment de réfléchir à l élaboration des outils d enquête, l entretien me semble incontournable. En effet, ma problématique de recherche abordant, les représentations, les émotions et la mort, qui reste un sujet délicat, l entretien semidirectif me parait être le plus adapté pour mener l investigation de terrain. En effet, cette méthode permet de réaliser une analyse qualitative grâce à la richesse et à la nuance des propos rapportés par les investigués. Aussi, grâce à ce face à face, je pourrais me rendre compte du climat émotionnel régnant dans la pièce. En effet, j ai bien conscience que le sujet que je vais aborder risque de faire émerger quelques souvenirs douloureux. Aussi, j ai fait le choix d élaborer un questionnaire que je vais diffuser dans des services d urgences, différents de celui investigué par les entretiens. Je pense que ce questionnaire me permettra d élargir ma vision et de compléter mon analyse avec des données quantitatives. De plus, ce travail étant réalisé dans le cadre d une initiation à la recherche, il me semblait important de pouvoir expérimenter l élaboration et l analyse de plusieurs outils d enquête. Le guide d entretien J ai élaboré ce guide d entretien 1 à travers sept questions principales, dans lesquelles nous retrouvons les axes de recherche en lien avec la problématique de départ. Je vais vous présenter l élaboration argumentée de ce guide qui est le guide d entretien final, avec lequel je me suis présentée aux entretiens. Avant d y parvenir, j ai dû le modifier à plusieurs reprises. Dans un premier temps, j avais élaboré un guide qui était trop directif et qui influençait beaucoup les réponses. J en ai pris conscience lorsque je l ai présenté à plusieurs formateurs. Je l ai donc modifié et je suis allée le tester auprès d un infirmier au cours d un entretien-test. Cela m a permis de vérifier si les questions étaient comprises par mon interlocuteur et m a aussi fait prendre conscience de la difficulté à mener un entretien. En effet, j ai parfois eu des difficultés à recadrer l entretien sur l objet d étude, si bien qu a la fin, je n ai pas posé toutes les questions que j avais prévu. Ce test m a donc permis d ajuster le guide d entretien et la technique d investigation pour la suite. 1 ANNEXE XI : Guide d entretien 59

61 A l issue de celui-ci, j ai rajouté deux questions de relance, celles qui présentent ce sigle*. Aussi, j ai élaboré le guide d entretien à travers le vouvoiement, toutefois, le service que j ai investigué étant celui où j avais réalisé mon stage, j ai utilisé le tutoiement. Question 1 : Pouvez-vous me décrire brièvement votre parcours professionnel? A travers cette question, je cherche à avoir un aperçu du parcours professionnel des infirmiers depuis l obtention du diplôme d état jusqu à leur arrivée au sein du service d urgences. Cela me permet aussi de savoir, s ils ont eu d autres expériences, dans d autres services et qu est-ce que cela leur a apporté. a) Question de relance : Pensez-vous que la mobilité favorise l acquisition de compétence? Selon la réponse apportée à la question 1, je pense pouvoir rebondir facilement qu ils aient eu ou non d autres expériences avant le service d urgences. Je cherche à savoir si les soignants considèrent que la mobilité interservices est un gage d acquisition de compétences. Cette question de relance est aussi présente afin de ne pas arriver trop rapidement aux questions plus délicates. Elle me permet d allonger un peu le temps de démarrage de l entretien. b) Question de relance : Votre choix de travailler aux urgences est-il un choix personnel? Je cherche à savoir si leur arrivée aux urgences est issue d une volonté, ou bien si elle est issue d un choix institutionnel. Question 2 : Au cours de votre exercice, quelles ont été les situations de soins les plus douloureuses? Avec cette question, je commence à rentrer dans le sujet. Je cherche à savoir quelles situations ont le plus impacté le soignant, sans avoir influencé auparavant la réponse, puisqu à ce stade, je n ai pas abordé le thème de la mort. Je cherche à savoir si spontanément, je vais retrouver la mort comme situation difficile à vivre. a) Question de relance : De quelle façon avez-vous pu les surmonter? A travers cette question, je cherche à connaitre quels sont les moyens utilisés par les soignants investigués pour faire face à ce type de situation, difficile à vivre pour eux. 60

62 Question 3 : Quelles sont vos représentations de la mort? Bien que difficile, cette question va me permettre de savoir à quoi les soignants associent la mort. a) Question de relance : A quoi l associez-vous? Cette question n est qu une reformulation, au cas où les soignants ne saisissent pas bien ce que je cherche à travers le terme «représentation». Question 4 : Si je vous dis mort brutale, qu elle est votre première vision? Je cherche à savoir ce qui leur vient spontanément à l esprit, quand je prononce ces mots, afin de voir à quoi ils associent la mort brutale. a) Question de relance : Que ressentez-vous face à cette situation? Je cherche à discerner s ils sont en mesure d identifier leurs émotions quand ils y sont confrontés. b) Question de relance : Pensez-vous que cette confrontation à la mort brutale influence vos soins? Je cherche à savoir si selon eux, les soins qu ils prodiguent sont influencés par ce contexte et s ils sont modifiés. Autant sur le moment qu après. Question 5 : Quelles attitudes adoptez-vous quand vous y êtes confrontés? Cette question me permet de discerner s ils sont conscients de leurs mécanismes de défense sans poser la question en ces termes. a) Question de relance: Est-ce une attitude propre au contexte de mort brutale?* Je cherche à savoir s ils ont les mêmes attitudes dans d autres situations, si cela est transférable. b) Question de relance: Pensez-vous mettre en place des mécanismes de défense? * Cette question est présente au cas où, il ne m aurait pas identifié de mécanismes de défense. J ai conscience que c est une question qui influence la réponse. 61

63 c) Question de relance : Pensez-vous à présent mieux accepter vos émotions qu en début de carrière? Je cherche à savoir s ils ont perçu une évolution entre leur début de carrière et aujourd hui, concernant leur acceptation des émotions. Question 6 : Vous sentez-vous suffisamment accompagné? Je cherche à savoir s ils reconnaissent des moyens d accompagnement et dans le même temps savoir de quoi ils ont besoin lorsqu ils sont confrontés à ces situations. a) Question de relance : Identifiez-vous des personnes ressources? b) Question de relance : Pouvez-vous vous appuyer sur vos collègues? Ces deux questions sont uniquement présentes au cas où, les soignants n arrivent pas à identifier les ressources dont ils disposent. Question 7 : Avez-vous envie d évoquer un autre aspect que je n aurai pas abordé? Cette question me permet de conclure l entretien en laissant un temps d expression libre et en leur donnant la possibilité d aborder d autres points s ils le souhaitent. L entretien en pratique Avant de réaliser les entretiens, j ai demandé l autorisation 1 auprès du directeur des soins de l établissement que je souhaitais investiguer. J ai fait cette demande par courriel et la réponse obtenue étant favorable, j ai pu prendre contact avec la cadre de santé du service d urgences concerné. Au cours d un entretien téléphonique, je lui ai explicité la problématique de recherche et Nous avons pu mettre en place plusieurs rendez-vous pour mes interventions. Toutefois, nous avions convenu que j appellerais avant chaque rendez-vous programmé afin de s assurer que l affluence des patients dans le service permettait de libérer un infirmier. Aussi, je tiens à préciser que les infirmiers que j ai pu investiguer étaient tous volontaires, et cela même sans connaitre le sujet. La cadre de santé a grandement facilité mon travail d investigation d un point de vue organisationnel. J ai débuté chaque entretien en expliquant l objectif de ma venue sans, toutefois, exposer le sujet. Je leur expliquais que, dans le but de ne pas influencer certaines réponses, je leur donnerais la problématique à la fin de l entretien. Aussi, j ai à chaque 1 ANNEXE X : Les autorisations 62

64 fois, demandé l autorisation d enregistrer avec un dictaphone, ce qui a toujours été accepté. Enfin, j ai garanti l anonymat et je me suis engagée à transmettre les résultats de l enquête. La durée de chaque entretien est fluctuante. Elle oscille entre 12 et 38 minutes. Aussi, il me semble important de souligner que grâce à l appui de la cadre de santé, tous les entretiens n ont jamais été interrompus, ce qui est un élément facilitateur pour maintenir le fil de l entretien. Le questionnaire J ai construit le questionnaire 1 à travers plusieurs parties qui reprennent les axes d exploration de la question de départ. J ai organisé le questionnaire de façon à suivre un fil conducteur logique et en intégrant une seule idée par question. L ordre de progression des questions est le suivant: Identification des personnes investiguées : Sexe ; âge ; année du diplôme ; expériences aux urgences ; choix personnel ou institutionnel Les représentations de la mort : Q1 ; Q2 La confrontation à la mort brutale : Q3 Les émotions : Q4 ; Q6 Les mécanismes de défense : Q5 Les moyens d accompagnements : Q7 ; Q8 ; Q9 Expression libre : Q10 Pour la construction des questions, j ai utilisé des questions fermées et des questions préformées avec des propositions de réponses. Les modalités de réponses sont soit à choix unique, soit à choix multiple. J ai mis une consigne lorsque plusieurs réponses étaient possibles. Aussi, j ai intégré à ce questionnaire une seule question ouverte, à la fin. Avec chaque questionnaire, j ai associé un courrier dans lequel je présente qui je suis et l objectif de ma recherche ainsi que mes remerciements. Je garantis l anonymat et je m engage à transmettre les résultats de l enquête. J ai testé mon questionnaire auprès de six infirmiers. Ceux que j ai investigués au cours des entretiens. Cela m a permis de reformuler certaines questions qui n étaient pas suffisamment explicites. J ai aussi rajouté deux réponses dans la question n 4. 1 ANNEXE XII : Le questionnaire vierge 63

65 Le questionnaire en pratique Avant de diffuser les questionnaires au sein de deux services d urgences, j ai demandé l autorisation auprès des directeurs des soins des établissements concernés. J ai fait cette demande par courriel pour l un d entre eux et par courrier pour le second. A chaque demande d autorisation, j ai associé un questionnaire. Les réponses obtenues étant favorables, j ai pu contacter les cadres de santé des services concernés. Nous avons convenu d un rendez-vous afin que je vienne déposer mes questionnaires, ainsi que d une date de restitution soit quinze jours après le dépôt pour l un et une semaine après le dépôt pour l autre. A présent, je vais vous présenter les résultats et l analyse. 64

66 Chapitre V : Présentation et analyse des résultats de l enquête A l issue de l investigation sur le terrain, je me suis attelée au dépouillement des questionnaires 1 et à la retranscription 2 des entretiens. Ceci dans le but d en extraire des données objectives afin de les confronter à la théorie en faisant apparaitre mon positionnement professionnel. En ce qui concerne les entretiens, qui me permettent d obtenir des données qualitatives, j ai fait le choix de réaliser une analyse inter-entretien autrement appelée transversale. Ce type d analyse me semble la plus pertinente par rapport à ma question de départ dans le sens où je cherche à savoir, s il existe un lien entre les représentations de la mort et le vécu émotionnel des infirmiers. Ainsi, je pourrais mettre en évidence les similitudes, les nuances et les différences retrouvées pour chaque variable que je vais identifier. Pour ce faire, j ai dans un premier temps, retranscrit tous les entretiens selon le 2 ème niveau. C est-à-dire que j ai retranscrit les paroles, les hésitations et les silences. Cela me semblait important au vu de mon sujet d étude. Ensuite, je me suis appuyée sur le modèle d outil d analyse pris en note, lors du cours concernant la méthodologie de recherche. Celui-ci m a permis de classer les données en les catégorisant par question puis par thème 3. A la suite de cela, j ai rendu compte des résultats obtenus, pour les mettre en lien avec les données théoriques et mon positionnement professionnel. Pour ce qui est des questionnaires, je n ai pas utilisé la même méthode puisque les résultats recherchés sont d ordre quantitatif. J ai donc dans un premier temps dépouillé tous les questionnaires sur un logiciel 4, à la suite de quoi, j ai réalisé un tri à plat des données afin de les traduire sous forme de graphique. Dans un second temps, j ai tenté d analyser les graphiques afin de leur donner du sens. 1 Tous les questionnaires de l étude sont disponibles dans le livret «Retranscription des entretiens et questionnaires de l enquête», qui vous est transmis. 2 Toutes les retranscriptions des entretiens de l étude sont disponibles dans le livret précité. 3 Annexe XIII : Outils d analyse des entretiens 4 Logiciel informatique : File maker pro advanced 65

67 5.1 Présentation des résultats et analyse des entretiens a) Identification des infirmiers investigués (Question1) Dans cette première partie, il me semble important de vous présenter les infirmiers qui ont répondu à mes questions. Je vais donc vous les décrire sous la forme d un tableau. La colonne verte est celle de l entretien-test que je souhaite aussi exploiter dans l analyse des résultats. -- Femme -- Homme -- Test IDE 1 IDE 2 IDE 3 IDE 4 IDE 5 IDE 6 IDE entretien test Genre Femme Femme Homme Homme Homme Femme Homme Age 37 ans 40 ans 32 ans 53 ans 37 ans 30 ans 39 ans Année du diplôme Années d expérience 7 ans 13 ans 10 ans 8 ans 7 ans 3 ans 7 ans aux urgences Choix Personnel Institutionnel Institutionnel Institutionnel Personnel Personnel Personnel Tableau n 1 : Récapitulatif de l identification des infirmiers investigués Ce tableau nous montre qu il y a eu 7 entretiens réalisés, dont l entretien-test. On peut aussi remarquer que les infirmiers interrogés sont 3 femmes et 4 hommes. En ce qui concerne leur âge, on constate qu ils ont entre 30 et 53 ans. La moyenne d âge étant d environ 38 ans soit relativement jeune. On peut voir également, que 4 d entre eux sont diplômés depuis moins de 10 ans, un depuis 11 ans et les deux autres le sont depuis une vingtaine d années. En ce qui concerne les années d expérience aux urgences, on remarque qu elles s échelonnent de 3 à 13 ans. Avant de débuter aux urgences, ces infirmiers ont tous exercé dans d autres services de soins sauf un, qui a toujours travaillé aux urgences. Aussi, on peut noter une quasi-égalité par rapport aux choix, puisque pour 4 d entre eux, le fait d intégrer les urgences était une volonté, tandis que pour les 3 autres, ce choix était institutionnel. Malgré cela, ils sont satisfaits de travailler dans ce service et d ailleurs, l un d eux aime à dire que «l urgence on y vient peut-être par hasard, mais on n y reste jamais par hasard 1». 1 Entretien n 3, p.15 de la retranscription 66

68 b) La mobilité interservices et l acquisition de compétences (Question 1a) Cette question de relance, qui permettait de prolonger l introduction de l entretien, permet aussi de se rendre compte, que pour la majorité des infirmiers enquêtés, le fait d avoir travaillé dans d autres services avant les urgences est un gage d acquisition de compétences. En effet, 6 des 7 personnes entretenues s accordent à dire que la mobilité favorise l acquisition de compétences. Les compétences sont tirées d un ensemble construit autour des connaissances, du savoir-faire et du savoir-être. Cependant, je crois aussi que les compétences sont liées à l expérience, d ailleurs ce lien entre expérience et compétence est mis en avant à plusieurs reprises au cours des entretiens. D ailleurs, un des infirmiers interrogés exprime que, «si tu acquiers de l expérience, de toute façon, tu acquières des compétences 1». En effet, je pense que la compétence se développe aussi par l expérience et que la mobilité interservices favorise la transformation de l expérience en compétence. c) Les situations douloureuses à vivre (Question 2) Par cette question, j ai en quelque sorte, demandé aux infirmiers d aller puiser dans leurs souvenirs, les situations douloureuses qu ils ont vécues. Pour tous, avant d y répondre, il y a eu un temps de silence, de réflexion. Lorsque j ai abordé cette question, avec chacun d entre eux, j ai senti que l ambiance était devenue plus grave et plus pesante émotionnellement. J ai donc réellement amorcé l entrée dans mon sujet d étude avec cette question, à travers laquelle, je cherchais à savoir si la mort allait ressortir comme situation difficile à vivre, de façon spontanée, sans avoir au préalable dévoilé mon sujet. Les réponses apportées divergent et je m aperçois que la mort n est pas toujours liée aux expériences difficiles. J ai donc pu déduire plusieurs sous-thèmes qui ont été abordés par les infirmiers entretenus. En premier lieu, ce qui apparait le plus spontanément, c est tout ce qui touche à la prise en soin des enfants et pas spécialement dans un contexte de décès. Il en ressort 1 Entretien n 4, p.19 de la retranscription 67

69 que pour 3 infirmiers, ces situations sont douloureuses à vivre et qu il y a une appréhension particulière avec les situations impliquant des enfants. D ailleurs, l un d eux exprime que, «les enfants, c est un truc bien particulier 1». Au cours d un autre entretien, une infirmière explique que le seul endroit où elle ne souhaiterait pas travailler, c est la pédiatrie à cause des transferts qu elle pourrait faire par rapport à ses enfants 2. Sur ces 3 infirmiers, un seul a vécu des décès d enfants. Il évoque sont ressenti ainsi, «la plus douloureuse, j allais dire, la mort subite du nouveau-né, j en ai fait déjà 3, j en suis à ma troisième, ça fait beaucoup je trouve 3». Ce ressenti particulier par rapport à la prise en soin des enfants me renvoie à l approche théorique vue précédemment dans ce travail, où il est question de la représentation de la mort chez les soignants selon les âges. Je pense pouvoir m y référer, car même si j ai réalisé mes recherches en lien avec la mort, je pense que le sentiment d injustice est présent pour toutes les situations qui touchent les enfants. En ce qui me concerne, je n ai jamais vécu de situation où la vie d un enfant était en danger, toutefois, je sais que j ai une très grande appréhension de ce type de situation et comme une des infirmières l a exprimé, je sais que je ne pourrais pas travailler dans un service de pédiatrie pour les mêmes raisons qu elle a évoqué. Ce qui apparait en second lieu, ce sont les situations d accidents de la voie publique et notamment lorsqu ils impliquent des personnes jeunes. Il est intéressant de constater que les 3 infirmiers qui vivent difficilement les situations avec des enfants sont les mêmes qui expriment aussi des difficultés avec les AVP 4. La difficulté à vivre ces situations est surtout liée à la violence des images parfois engendrées par les accidents et notamment pour une infirmière qui est particulièrement sensible au caractère visuel. Ensuite, pour 2 infirmiers, les situations qui les affectent le plus sont des expériences vécues autour de l accompagnement de fin de vie. Situations qui n ont pas été vécues aux urgences, mais au cours de leur exercice dans d autres services. Une infirmière exprime qu elle a eu beaucoup de difficultés à gérer cela et notamment par rapport à la famille et aux liens qui se créent sur la durée. L autre infirmier exprime ses difficultés à travers ces termes «Professionnellement le plus douloureux c est de voir 1 Entretien n 5, p.28 de la retranscription 2 Entretien n 1, p.7 de la retranscription 3 Entretien n 3, p.15 de la retranscription 4 AVP : Accident de la Voie Publique 68

70 pourrir des gens vivants dans le sens littéral, c est-à-dire des gens qui sont en fin de vie et qui ont toute leur tête et qui pourrissent vivant 1». Les termes employés peuvent sembler durs, toutefois, ils expriment clairement le ressenti de cet infirmier qui affirme que le fait de vivre cela deux fois a été horrible pour lui. Précédemment dans ce travail, nous avons abordé brièvement les soins palliatifs et la fin de vie. Nous avons pu voir que les soignants travaillant dans ces unités de soins faisaient preuve d une réflexion constante pour parvenir à accepter la mort. En effet, je pense que pour exercer dans les services où l accompagnement de fin de vie est présent, il est primordial de porter une réflexion sur la vie et sur la mort, afin d avoir connaissance de ses limites. Aussi, je pense que ces services ne sont pas à la portée de tous les soignants et que le fait d y travailler doit être issu d un choix personnel. En ce qui me concerne, je n ai pas d appréhension particulière par rapport à ce type de service et je me sentirais tout à fait capable d y exercer. Le point que nous allons aborder à présent concerne l institution qui est ressortie à deux reprises, dans les réponses à cette question. Cela m a surprise et m a questionnée. En effet, je n avais absolument pas pensé que l institution pourrait être assimilée à des situations douloureuses, ce qui a pourtant été mis en avant par deux des infirmiers interrogés. L un d eux évoque que «par manque de personnel par augmentation de passage, tu deviens presque maltraitant pour les gens, qui restent sur les brancards 2». Pour lui, cela est vraiment lié à l institution et au manque d organisation de l établissement. Le second infirmier exprime que : «t es pas vraiment maitre de ta destinée, parce que sur une situation bien précise qui peut être éventuellement conflictuelle, on dit que telle décision est prise et que tu peux rien faire d autre que d accepter la soi-disant décision et c est comme ça que je me suis retrouvé aux urgences 3». Il évoque aussi un manque de considération de la profession infirmière qui d après lui n évolue plus. Ces deux réponses en lien avec l institution m ont donné à réfléchir, car avec le recul et le retour sur la théorie en lien avec les valeurs professionnelles, je me rends compte qu effectivement, les règles institutionnelles 1 Entretien n 4, p.19 de la retranscription 2 Entretien test p.1, de la retranscription 3 Entretien n 4, p.20 de la retranscription 69

71 peuvent parfois être une source de tension qui va créer un conflit de valeur entre la vision professionnelle de l infirmier et ce qu il vit. Le dernier point qui est ressorti des réponses à cette question concerne la mort brutale. Une seule infirmière désigne la mort brutale comme situation difficile à vivre, de façon spontanée. J exclus ici la mort subite du nourrisson que nous avons précédemment abordé. Cette infirmière nous fait part d expériences vécues qui l ont marquée, telles que des situations de meurtres et de suicide. Aussi, pour elle, «les décès à domicile sont toujours douloureux du fait de la famille, c est pas le décès en luimême, mais du fait de la gestion de la famille par rapport au décès 1». En effet, comme nous avons pu le voir dans le cadre théorique, la douleur ressentie par les familles endeuillées est souvent difficile à affronter pour les soignants. L analyse de cette question nous permet donc de distinguer que la mort n est pas toujours intégrée au vécu douloureux des soignants et bien souvent, c est le contexte de la situation qui va les impacter avec plus ou moins de force. Nous allons à présent nous intéresser aux représentations, de la mort et de la mort brutale, chez les infirmiers entretenus. d) Les représentations de la mort (Question 3) A travers cette question, je cherchais à déceler à quoi les infirmiers associaient la mort. Encore une fois, les réponses divergent, ce qui ne m étonne pas en regard de la théorie sur les représentations. En effet, les représentations étant propres à chacun d entre nous, je constate que cela se traduit aussi dans l analyse de ces entretiens. En premier lieu, on peut observer que pour 3 des infirmiers enquêtés, la représentation de la mort est liée à a vieillesse. D ailleurs, une infirmière exprime «la représentation de la mort, pour moi, c est ça, c est l âge, la vieillesse. J ai pas de représentation de la mort de quelqu un de jeune 2». Elle explique aussi que quand la personne qui décède est âgée, il y a une certaine logique puisque c est dans le sens de la vie. Je peux donc faire le parallèle avec ce que nous avons vu auparavant, concernant les représentations de la mort chez les soignants selon les âges et où il était ressorti, que la mort était acceptée plus facilement lorsqu elle touchait une personne âgée. 1 Entretien n 6, p.32 de la retranscription 2 Entretien n 1, p.5 de la retranscription 70

72 Le thème qui ressort en second lieu dans les réponses apportées à cette question est la maladie. En effet, 3 infirmiers associent la mort à la maladie et contrairement au paragraphe précédent, l un d eux exprime que «l âge ne rentre pas dans les critères 1». Ensuite, apparais à deux reprises, la mort brutale par accident énoncée par deux infirmiers. Un autre point est aussi mis en exergue, il met en lien les représentations de la mort et la douleur de la famille. D ailleurs, une infirmière exprime que «pour la famille, que ce soit brutal ou que ce soit suite à une maladie, pour moi, la mort, elle représente la douleur 2». En ce qui me concerne, mes représentations de la mort sont aussi associées à la souffrance qu elle engendre au sein de la famille et des proches. Dans les réponses analysées jusque-là, nous pouvons voir que les représentations de la mort sont associées à des causes et des conséquences. Toutefois, d autres réponses se rapprochent de ce que nous avons pu voir dans le cadre conceptuel en lien avec les philosophes. Ainsi 2 infirmiers expriment leurs représentations de la mort comme étant la fin. L un d eux dit que «la mort, c est la fin et puis c est tout 3». Aussi, un autre infirmier affirme qu «on est là pour partir, à un moment donné, faudra bien qu on parte 4». Cela me renvoie au paragraphe vu précédemment, en lien avec le fait de penser la mort. En effet, cet infirmier utilise le «on» pour exprimer ses représentations de la mort et si l on suit la théorie d Heidegger, cela pourrait signifier une certaine négation à considérer la mort. Un autre infirmier dit que «la plus grande cause de mortalité, c est la naissance 5» et que pour lui, «la mort c est comme une angine 6». A travers ces propos, il exprime une certaine distance en banalisant le phénomène de la mort. Nous pouvons constater qu aucun infirmier n a abordé le côté spiritualiste de la mort si ce n est, une infirmière qui a exprimé qu elle n avait pas de croyance. L analyse de cette question montre réellement à quel point nos représentations de la mort sont différentes et que chacun possède ses propres représentations en fonction des expériences qu il a pu vivre. 1 Entretien n 5, p. 29 de la retranscription 2 Entretien n 6, p. 33 de la retranscription 3 Entretien n 3, p.15 de la retranscription 4 Entretien n 4, p.21 de la retranscription 5 Entretien test, p.1 de la retranscription 6 Ibid. 71

73 e) La vision de la mort brutale (Question 4) La mort brutale quant à elle, est majoritairement associée pour les infirmiers investigués, à deux circonstances qui sont l AVP et l infarctus. Cela est peu étonnant puisque les cardiopathies ischémiques représentent à elles seules environ décès par an en France. Bien que ce chiffre tende à diminuer, notamment grâce à la prévention, il reste élevé 1. En ce qui concerne les AVP, le taux de mortalité est de 3645 décès en 2012, d après les chiffres de la sécurité routière 2. On peut constater que dans les réponses apportées, 4 infirmiers évoquent l AVP qu ils associent aussi à une mort violente et que 3 infirmiers évoquent simultanément l AVP et l infarctus lorsque je leur demande quelle est leur vision de la mort brutale. En outre, dans les réponses apportées, le suicide apparait à 2 reprises. On peut aussi remarquer qu un seul des infirmiers investigués parle de l entourage. Quand je lui pose la question, il répond instantanément «dur, mais bien parce que, dur pour l entourage et puis quelque part bien pour la personne parce qu au moins quel que soit l âge, elle avait pas demandé ça, ça lui tombe dessus, mais on en parle plus on tourne la page 3». Il exprime aussi que pour lui, la mort brutale est la meilleure mort, ce qui nous ramène à ce que nous avons déjà évoqué précédemment, dans l approche théorique, avec la «mort idéale» qui est d un point de vue social la mort inattendue. A présent, nous allons nous approcher du vécu émotionnel des infirmiers investigués lorsqu ils se retrouvent face à la mort brutale. f) Le ressenti (Question 4a, 4b, 5c) A travers l analyse de ces questions en liens avec les émotions et le ressenti des infirmiers, je peux d ores et déjà vous affirmer que, chaque infirmier à un ressenti unique et cela même si nous pouvons ébaucher des similitudes. En ce qui concerne les émotions et les sentiments, je me rends compte qu il est difficile de faire une synthèse de ce qui a pu m être dit au cours des entretiens. 1 CENTRE D EPIDEMIOLOGIE DES CAUSES MEDICALES DE DECES. Interrogation des données sur les causes de décès de l année 2010 [en ligne]. <http://www.cepidc.inserm.fr/> (Consulté le 24/04/2013) 2 SECURITE ROUTIERE. Bilans annuels de la sécurité routière en France [en ligne]. <http://www.securite-routiere.gouv.fr/la-securite-routiere/l-observatoire-national-interministerielde-la-securite-routiere/bilans-annuels/bilans-annuels-de-la-securite-routiere-en-france >(Consulté le 24/04/2013) 3 Entretien n 4, p.22 de la retranscription 72

74 Toutefois, j ai pu en identifier plusieurs et notamment le sentiment d injustice, la culpabilité, la colère et la tristesse. En effet, une infirmière exprime qu elle ressent de l injustice face à la mort brutale, une autre exprime une certaine culpabilité, ce qui se ressent à travers ses propos, «tu te dis que t as peut-être pas été assez efficace, que t as pas été là au bon moment, que t aurais peut-être dû être plus présente ou plus attentive à certains signes 1». Un autre infirmier encore, abordera la colère qu il a ressentie face à un patient qui selon lui est mort sans avoir eu toutes les chances de son côté. La tristesse quant à elle se ressent à travers les mots d une infirmière qui dit «ça m arrive toujours de pleurer face à certaines situations 2». En ce qui me concerne et pour faire le lien avec la situation d appel de ce travail, je sais avoir ressenti plusieurs de ces émotions qui étaient, la tristesse et la culpabilité, mais j ai aussi ressenti du stress. Outre les émotions en tant que telles, 3 infirmiers ont abordé la notion de transfert face à certaines situations. C est notamment le cas d une infirmière qui dit parfois faire «du transfert quand c est des jeunes qui ont des jeunes enfants, oui forcément on fait un transfert par rapport à ses propres enfants par rapport à ses parents 3». Nous avons déjà abordé les mouvements transférentiels dans la première partie de cette étude et je constate que cela ressort aussi dans les entretiens. J ai d ailleurs moi-même vécu cela et notamment dans la situation que je vous ai décrite. En effet, l âge de Mr P. et son lieu de travail m ont renvoyée à mon père qui a le même âge et qui a travaillé dans cette même usine tout au long de sa carrière professionnelle. De surcroit, à 3 reprises, les infirmiers ont abordé les difficultés à faire face au décès d un patient, lorsque celui-ci ravive le décès d un de leurs proches. A ce propos, un infirmier exprime «J ai un peu plus de mal, moi, à gérer la mort depuis quelques années parce que j ai perdu mon père 4». Il explique aussi qu émotionnellement, la mort est maintenant pour lui plus difficile à gérer. Un autre thème est mis en exergue dans le ressenti des infirmiers investigués, c est les difficultés à affronter la famille. En effet, 3 infirmiers font part de cela. Une infirmière exprime que : 1 Entretien n 2, p.11 de la retranscription 2 Entretien n 6, p.34 de la retranscription 3 Ibid. p.26 4 Entretien n 5, p.29 de la retranscription 73

75 «c est pas évident d aller voir la famille et de les réconforter. Quand c est tellement brutal comme ça, les gens sont pas préparés, donc c est très difficile et d autant plus difficile quand c est une personne qui est jeune parce que c est vraiment une vraie souffrance 1». Cela nous renvoie au cadre théorique dans lequel il est question des représentations de la mort chez les soignants et où la souffrance de la famille apparait comme une réelle difficulté émotionnelle à maitriser pour les infirmiers qui y font face. Le dernier point mis en avant par les infirmiers investigués concerne le souvenir de certaines situations qu ils ont vécues. A 4 reprises, ils ont abordé le fait de repenser à certaines expériences. Une infirmière notamment décrit très bien que ce qui lui reste, c est les images des lieux d accidents. Une autre exprime qu «on n oublie jamais, mais ça passe. On vit avec quoi 2». En ce qui me concerne, je pense qu effectivement certaines expériences qui nous ont marquées laissent des traces et la situation que je vous ai relatée en fait partie. Aussi, je peux remarquer qu autant les hommes que les femmes interrogés arrivent à faire part de leurs émotions. Ceci est intéressant puisque dans la pensée sociale l homme est moins sensible que la femme, ce qui ne se confirme pas ici. En ce qui concerne l influence sur les soins prodigués au cours d une situation de mort brutale, les infirmiers se rejoignent majoritairement pour affirmer que ce contexte n influence pas ou rarement la prise en soin de la personne sur le moment et après dans la continuité des soins. Une seule infirmière explique que ce type de situation va influencer la suite de ses soins en disant que «t es plus attentive et même les autres patients après, tu les vois différemment, t es plus attentive à leur ressenti, à leur état 3». Je terminerais l analyse du vécu émotionnel des infirmiers, avec les réponses apportées à la question mettant en lien l expérience et l acceptation des émotions. Sur les 7 infirmiers interrogés, 5 répondent que l expérience leur permet de mieux accepter leurs émotions. Toutefois, certains émettent un bémol, en expliquant que malgré 1 Entretien n 2, p.11 de la retranscription 2 Entretien n 6, p.33 de la retranscription 3 Entretien n 2, p.12 de la retranscription 74

76 l expérience, il reste toujours des situations qui les touchent, mais qu ils sont plus à même de maitriser leurs émotions. Un autre infirmier exprime qu «on en prend à chaque fois un coup derrière les oreilles malgré tout. Même avec le temps, on a beau essayer de se faire une carapace je crois qu on encaisse à chaque fois un peu 1». Pour ma part, je suis d accord avec ce que cet infirmier exprime. Je pense qu il est impossible de se «blinder», mais je crois que l expérience est facilitante pour apprendre à accueillir nos émotions et à les accepter comme nous avons pu le voir à travers le schéma du cheminement des émotions de Margot Phaneuf. C est ce qui nous amène maintenant à l analyse des mécanismes de défense. g) Les mécanismes de défense (Question 5, 5a, 5b) Bien que nous n ayons pas conscience de toutes les opérations défensives que nous mettons en place, nous arrivons tout de même à discerner certaines de nos attitudes. A travers les réponses apportées par les infirmiers enquêtés, j ai pu déduire 5 attitudes de protection utilisées par eux. En premier lieu, c est le refuge dans la technique et les attitudes de fuite qui apparaissent majoritairement. Comme nous avons pu le voir dans l approche théorique consacrée à la classification des mécanismes de défense érigée par Martine Ruszniewski, les comportements de fuite sont caractérisés par une inhibition des émotions, obtenue par une concentration sur les gestes techniques et une mise à distance des situations vécues par exemple. Les réponses apportées par 7 des infirmiers interrogés corroborent avec une attitude de fuite. Une infirmière traduit très bien son attitude, en disant que «c est vraiment de se mettre dans une bulle 2». Une autre dit «l hyperconcentration fait que je ne vois plus rien autour 3». Un autre infirmier encore exprime que «si c est une réanimation, sur un arrêt, ça va être geste technique pur, c est vrai qu on fait un peu abstraction de tout ce qui se passe autour 4». Toujours par rapport à ce mécanisme de défense, un autre infirmier exprime «je mets la situation de côté et si y a du boulot, j enchaine 5», tout comme un autre dit «je fais mon boulot, je fais mes 8 heures et c est terminé après 6». Tous ces extraits, sont autant d illustrations d un comportement de fuite, que j ai moi aussi déjà mis en place et notamment au cours 1 Entretien n 5, p.30 de la retranscription 2 Entretien n 1, p.5 de la retranscription 3 Entretien n 6, p.34 de la retranscription 4 Entretien n 5, p.30 de la retranscription 5 Entretien n 3, p.16 de la retranscription 6 Entretien-test, p.2 de la retranscription 75

77 de la situation que vous ai décrite. Nous pouvons donc constater que la fuite est très largement utilisée par les infirmiers investigués lorsqu ils se retrouvent face à une situation difficile d un point de vue émotionnel. En second lieu, la rationalisation définie comme étant la recherche d une explication logique et cohérente pour mettre à distance les affects, est aussi abordée par 2 infirmiers qui font référence à ce mécanisme de défense dans leurs réponses. Une infirmière exprime que «t as pas ce rapport de longueur donc t arrives à mettre la barrière plus facilement 1». D ailleurs, ce terme de barrière image très bien la mise à distance, la protection mise en place. La dérision quant à elle, n est que très peu mise en avant dans les réponses. Cela me surprend, car l infirmière de secteur psychiatrique que j ai rencontrée dans le cadre de mes recherches théoriques m avait signifié que la dérision était le mécanisme de défense le plus utilisé par les soignants. Moi aussi, j avais déjà pu me rendre compte de cela au cours de mes différents stages et je pense d ailleurs que ce mécanisme de défense est nécessaire, car il apporte une bouffée d oxygène lors des situations difficiles. Or, je m aperçois ici que seule une infirmière en fait part. Elle exprime que : «sur certaines circonstances, ça va des fois dévier avec l équipe sur une petite blague, mais pas forcément par rapport au patient lui-même, mais par rapport à autre chose qui est à côté et oui c est une manière de détendre un peu une atmosphère qui est hyper pesante par moment 2». De la même façon, l identification projective est aussi peu mise en avant, un seul infirmier l exprime en disant : «moi aux urgences ou en Smur, je sais que j aime bien accompagner le médecin au moment de dire à la famille que la personne est décédée, parce que la plupart du temps, ils posent toujours les mêmes questions Je pense que des fois ils ont besoin de plusieurs personnes pour leur dire, pour corréler un peu le tout, parce que quand ils ont qu une seule personne qui est autour d eux, ils se sentent pas 1 Entretien n 2, p.12 de la retranscription 2 Entretien n 6, p.34 de la retranscription 76

78 tout à fait rassuré tandis que quand il y a l équipe qui s est occupée de la personne vers eux, déjà c est différent 1». De plus, un autre mécanisme de protection a été décrit par ce même infirmier. Je ne l ai pas assimilé à un des neuf mécanismes de défense élaborée par Martine Ruszniewski, car je ne le retrouve pas dans sa classification. Cet infirmier exprime ceci : «je parle pas, c est un moment où je réfléchis beaucoup et en principe mes collègues le savent parce que c est un moment où je me ferme et où j essaie de repenser à ce que j ai fait, à ce que je n ai pas fait, à ce que j aurai du faire, à ce que j aurai du faire et que j ai peut être fait, mais mal fait. J essaie de me revoir en fait, ce qui aurait pu peut-être, éventuellement changer la donne, voilà. Donc en principe, j essaie de trouver des solutions, peut-être qu il n y en a pas, mais j essaie d en trouver à ma manière 2». Cette attitude m a questionnée, car au cours de mes recherches théoriques, je n avais pas trouvé de mécanisme de défense se rapprochant de ce que cet infirmier décrit. J ai donc réamorcé mes recherches qui m ont permis de mettre en lien ce comportement avec ce que l on peut appeler l auto-observation définie comme un mécanisme de défense par Dominique Friard, infirmier de secteur psychiatrique et détenteur d une maitrise de santé mentale. Il explique cette opération défensive ainsi, «Le sujet traite le conflit émotionnel ou les facteurs de stress internes ou externes en amorçant une réflexion sur ses propres pensées, sentiments, motivations et comportements et en répondant de manière appropriée 3». A travers les réponses, ont peut constater que les infirmiers investigués ont conscience de certains de leurs mécanismes de défense. Cela signifie qu ils arrivent à s adapter aux situations qu ils vivent ce qui est primordial pour leur équilibre psychique. Cela nous amène à présent, à nous intéresser à leur besoin en matière d accompagnement. h) Surmonter les situations difficiles (Question 2a et question 6) 1 Entretien n 3, p.17 de la retranscription 2 Entretien n 4, p.16 de la retranscription 3 FRIARD, Dominique. Les mécanismes de défense [en ligne]. <http://www.serpsy.org/formation_debat/defense.html> (Consulté le 01/05/2013) 77

79 Comment tenir face aux situations difficiles? Comment évacuer les émotions? A travers les réponses à ces questions en lien avec l accompagnement, nous allons tenter d analyser quels sont les moyens identifiés par les infirmiers investigués pour se libérer des tensions auxquelles ils sont confrontés quand ils vivent des expériences difficiles. A l unanimité, ce qui apparait en priorité, c est le soutien apporté par l équipe. En effet, les 7 infirmiers investigués considèrent l équipe comme étant le moyen privilégié qui les aide à verbaliser ce qu ils ressentent. Un infirmier exprime qu «on a la chance d être une équipe très soudée, ce qui fait que ça tient. Si on a un souci, on peut en discuter entre nous 1». Une autre dit que «j ai besoin d en parler, donc j en parle à l équipe, j en parle avec mes collègues. On est très proches ici 2». Un autre infirmier va même plus loin en affirmant que «quand t en as un qui va pas, toute l équipe va pas 3». Toutes les autres réponses vont dans le même sens. Au sein de ce service, l esprit d équipe est primordial, tout comme la confiance qu ils ont les uns en les autres. Le fait de pouvoir verbaliser leurs ressentis et d échanger leurs expériences apparait comme libérateur et permet de se décharger émotionnellement. Dans l approche théorique de cette étude, il ressortait aussi que l équipe était le soutien privilégié pour les infirmiers. Toutefois, je m interroge sur un point, qu en est il de ce soutien lorsque la cohésion d équipe est défaillante? Le deuxième moyen de soutien mis en avant concerne le dialogue avec les conjoints qui travaillent aussi en tant qu infirmier ou pompier. 2 infirmiers en ont fait part dans leurs réponses. Une infirmière exprime que «j ai un conjoint pompier avec qui je peux travailler en collaboration, on arrive à en parler. Il arrive à comprendre ou à me faire verbaliser aussi certaines choses 4». Pour l autre infirmier qui aborde ce moyen, il dit «j ai une compagne infirmière, donc on arrive à en parler de ces choseslà 5». Dans le cadre théorique, j ai très peu abordé ce moyen de soutien. Or, il s avère que le fait de pouvoir discuter avec une personne qui a déjà vécu ce type de situation est un facteur facilitant pour évacuer ces émotions. 1 Entretien n 5, p.31 de la retranscription 2 Entretien n 6, p.32 de la retranscription 3 Entretien test, p.3 de la retranscription 4 Entretien n 1, p.5 de la retranscription 5 Entretien n 3, p.17 de la retranscription 78

80 En ce qui concerne les aides institutionnelles, 4 infirmiers les ont abordées, toutefois, leurs avis divergent à ce propos. En effet, pour l un d entre eux «l institution n a jamais montré quoi que ce soit au niveau accompagnement 1». Les autres expriment qu il est possible de rencontrer la psychologue de l hôpital, mais que jusqu à présent, ils n ont pas ressenti ce besoin, car ils avaient les ressources suffisantes au sein du service. En dernier lieu, le temps a aussi été identifié comme étant un facteur permettant de surmonter les situations difficiles. Une infirmière explique aussi qu elle a changé de service lorsque ce qu elle vivait était trop difficile à gérer. On peut donc constater à travers ces réponses que l équipe est le véritable pilier de soutien sur laquelle tous les infirmiers investigués peuvent se reposer lorsqu ils en ressentent le besoin. Toutefois, je remarque qu aucun des infirmiers investigués n a identifié la formation comme étant un moyen aidant. i) L expression libre (Question 7) J ai terminé tous les entretiens avec une question ouvrant à l expression libre. J ai pu remarquer que chaque infirmier commençait par «non» dans leur réponse puis à plusieurs reprises, ils abordaient tout de même d autres points où bien ils complétaient leurs réponses. Ce temps d expression libre en fin d entretien était très enrichissant. Nous allons maintenant aborder l analyse de l enquête par questionnaire. 5.2 Présentation des résultats et analyse des questionnaires a) Identification des infirmiers investigués Répartition par genre des infirmiers investigués 19 8 Homme Femme Total=27 Graphique n 1 : Nombre des infirmiers investigués selon leur genre 1 Entretienn 4, p.25 de la retranscription 79

81 Ce graphique démontre que j ai obtenu 27 réponses sur les 50 questionnaires que j ai diffusés, soit 54 % de réponse sur la totalité. Ce taux me semble satisfaisant dans la mesure où, j obtiens un taux de réponse supérieur à la moitié des questionnaires diffusés. Aussi, ce graphique fait part du nombre de personnes investiguées selon leur genre et on peut constater que sur 27 questionnaires, 8 ont été remplis par des hommes et 19 par des femmes. La population infirmière étant majoritairement féminine à 88 % 1, ce résultat reste en cohérence avec les chiffres. Toutefois, j ai bien conscience que le nombre de questionnaires n est pas représentatif, puisqu il reste très faible. Nous allons à présent regarder la répartition par classe d âge, par années d expériences au sein des urgences et par la nature du choix du service. Répartition par classe d'âge Années d'expériences aux urgences ans ans 41 ans et ans ans ans ans Graphique n 2 : Ages des infirmiers investigués Graphique n 3 : Nombre d années d expérience aux urgences Choix d'exercice aux urgences Personnel 24 Institutionnel Graphique n 4 : Nature du choix d exercice dans ce service 1 BARLET, Muriel et CAVILLON Maria. La profession d infirmière : Situation démographique et trajectoires professionnelles. Etude et résultat. DRESS, 2011, n 759, p.1. 80

82 Le graphique n 2 nous indique les classes d âges des différents infirmiers enquêtés dans le cadre de ce projet. On remarque que la majorité d entre eux a entre 25 et 30 ans. On peut voir aussi que 9 d entre eux ont entre 31 et 40 ans et que seulement 4 ont plus de 41 ans. La moyenne d âge est de 32 ans, ce qui est jeune en sachant que la moyenne d âge dans la population infirmière est de 40,3 ans 1. Le graphique n 3 fait part du nombre d années d exercices au sein du service d urgences uniquement. On constate que les infirmiers ayant moins de 3 ans d expérience dans ce service sont majoritaires. L expérience varie entre 6 mois et 22 ans. Le dernier graphique nous montre que pour 24 infirmiers sur les 27 investigués, l exercice aux urgences est issu d une volonté, d un choix personnel. Seulement 3 travaillent dans ces services par choix institutionnel. b) Les représentations de la mort Cette partie recouvre la question n 1 concernant la vision de la mort et la question n 2 en lien avec «la mort idéale». Je me rends compte au dépouillement des questionnaires que 3 infirmiers ont coché 2 réponses à la question n 1 et que 4 infirmiers ont aussi coché plusieurs réponses à la question n 2, alors que je n attendais qu une seule réponse. Cela est certainement lié au fait que je n ai pas mis de consigne de réponse à ces questions. Je m aperçois que cette erreur rend le dépouillement difficile. Toutefois, j ai fait le choix de traiter ces données par rapport à leur fréquence d apparition totale. La vision de la mort Ibid., p.3. Graphique n 5 : La vision de la mort selon les infirmiers enquêtés 81

83 Cet histogramme nous permet de constater que les réponses à la question n 1 sont diversifiées. Néanmoins, on peut remarquer que «la fin de tout» et «un passage» sont les réponses les plus communément citées. Cela me ramène encore une fois, à l approche philosophique de la mort, précédemment étudiée et de laquelle j avais pu extraire deux issues d après les philosophes. Ces deux issues étaient la fin de tout et le passage. Aussi, nous pouvons constater que le tabou n apparait dans aucune réponse. Cela me questionne puisque comme nous avions pu le voir, le tabou de la mort est omniprésent à l hôpital, ce qui ne ressort pas ici. De la même façon, la peur n est pas identifiée comme étant un item prépondérant dans la vision de la mort. En ce qui concerne les réponses de la catégorie «autres», on retrouve en précision la fin de la vie, une vision différente de la mort selon le contexte, un drame en cas de mort inattendue et une étape de la vie. En ce qui me concerne, j ai débuté ce travail avec une réflexion personnelle dans laquelle je fais part de mes représentations de la mort qui étaient très abstraite. A présent, je me rends compte que cela a évolué et je peux dire que si j avais dû répondre à mon questionnaire, ma réponse à cette question aurait été la peur. Nous allons à présent voir les représentations de la «mort idéale». La mort idéale Brutale 8 Entourée de ses proches Laisse le temps de se préparer Sans peur Autre Graphique n 6 : La «mort idéale» selon les investigués Contrairement à la pensée sociale qui considère la mort brutale comme la «mort idéale», nous pouvons remarquer que c est la mort sans peur qui ressort majoritairement auprès des infirmiers investigués. Cela m interpelle, car à la question précédente, peu d entre eux ont répondu la peur comme étant associé à la représentation de la mort. Je pense que cela est en partie liée à la formulation de ma question n 1. En 82

84 effet, je pense que j aurai dû expliciter clairement ce que j attendais à travers le mot «vision» et plutôt employer celui de «représentation». Néanmoins, on peut constater que la «mort entourée de ses proches» est cochée 8 fois, ce qui démontre l importance de l entourage dans l accompagnement à la mort. La mort brutale arrive donc à la 3 ème position. En ce qui concerne la mort qui «laisse le temps de se préparer» et qui était considérée comme la mort idéale au début du moyenâge, elle n apparait ici que 2 fois, démontrant l évolution des comportements. La réponse «autre» quant à elle, est justifiée par «il n y a pas de mort idéale». Quant à moi, la réponse que j aurai donnée à cette question aurait été, la mort sans peur comme la majorité des infirmiers investigués ici. Avant de passer au ressenti des infirmiers, j avais posé une question afin de savoir s ils avaient déjà été confrontés à la mort brutale au cours de leur exercice, c est la question n 3. Tous ont répondu «oui, plusieurs fois». Cela me rassure par rapport au choix des services investigués. En effet, les urgences et le SMUR sont confrontés régulièrement à ce type de situation. J ai d ailleurs moi-même pu m en apercevoir, car au cours de mes 10 semaines de stages aux urgences, j ai vécu plusieurs expériences de ce type qui à chaque fois ont fait émerger des émotions différentes selon les situations. c) Ressenti, émotions et protection A présent, nous allons observer les résultats des questions n 4 et n 5 concernant le ressenti des infirmiers et les mécanismes de défense décelés par eux, lorsqu ils sont confrontés à la mort brutale. Nous regarderons aussi les réponses attribuées à la question n 6, en lien avec le fait de repenser aux situations vécues Emotions et sentiments Graphique n 7 : Le ressenti face à la mort brutale 83

85 Cet histogramme met en exergue les réponses, à la question n 4, des infirmiers investigués. On peut remarquer que les expériences émotives les plus fréquemment citées sont le sentiment d échec, l impuissance, l injustice et la tristesse. Cela peut s expliquer, notamment pour le sentiment d injustice, par le fait que la mort brutale survient la plupart du temps chez des personnes n ayant pas encore l âge «accepté socialement» pour mourir. Toutefois, je ne m attendais pas à ce que le sentiment d échec soit aussi présent dans le ressenti des infirmiers. Cela me questionne et je pense pouvoir faire un lien entre ce sentiment d échec et l idéal du soignant. En effet, comme nous avons pu le voir précédemment, soigner, c est maintenir la vie. Dès lors, quand la mort, brutale de surcroit, se présente, elle créée une brèche dans l idéal du soignant. C est cette contradiction entre l idéal et la réalité qui peut causer ce sentiment d échec et par la même occasion une remise en question de ses compétences en tant qu infirmier. Le sentiment d impuissance apparait lui aussi comme prévalent dans le ressenti des infirmiers investigués. L impuissance face à la mort brutale ne me surprend pas contrairement au sentiment d échec. Le fait de ne pas pouvoir maitriser toutes les situations provoque une frustration et fait prendre conscience que la «toute-puissance» n existe pas. La tristesse quant à elle, ressort à 13 reprises. La mort étant considérée comme un évènement triste, cette donnée ne m interpelle pas. En ce qui me concerne, au cours de la situation que je vous aie décrite en préalable de ce projet, j ai ressenti de la tristesse. Tristesse liée à l achèvement trop rapide d une vie, mais aussi liée à la pensée de la famille du défunt qui allait vivre une souffrance inqualifiable selon mes représentations. En ce qui concerne le stress, il apparait à 8 reprises. Ce chiffre me surprend. En effet, le rapport IGAS que nous avons déjà évoqué dans le cadre conceptuel fait le constat que, la mort brutale est celle qui provoque le plus de stress auprès des soignants. D après ces résultats d enquête, le stress ressort en 5 ème position, ce qui signifie qu il n est pas prédominant pour les personnes investiguées. Deux autres points me questionnent à la lecture de ces résultats, c est l angoisse et la peur. On remarque que ces 2 réponses n ont été choisies qu une seule fois chacune. 84

86 Pourtant d après la théorie, nous subissons tous l angoisse de mort et la peur de la séparation lorsque nous sommes face à la mort. Toutefois, l angoisse de mort étant inconsciente, cela pourrait expliquer le peu de choix pour cette réponse. Aussi, je pense que la formulation de ma question n était pas adaptée pour ces deux réponses. En ce qui concerne les réponses «autre», elles ont toutes deux fait ressortir l empathie dans les précisions. Effectivement, en voyant ces deux réponses, je pense que cet item manquait dans le choix proposé. L empathie étant un sentiment de compréhension du ressenti affectif, par rapport à la famille dans ce cas, il aurait été judicieux de le proposer. Nous allons maintenant passer à l observation des résultats en lien avec les mécanismes de défense. Les mécanismes de défense Aucun 5 Détachement 7 Rationalisation 13 Identification projective 8 Dérision 2 Banalisation 3 Fuite Graphique n 8 : Les mécanismes de défense utilisés par les infirmiers investigués Ce graphique en barres met en avant les réponses de la question n 5. On remarque que deux mécanismes de défense sont prévalents. Le premier est la rationalisation qui permet une mise à distance des affects et le second est l identification projective où le soignant s identifie à ce que ressent la famille. J ai pu remarquer au 85

87 cours du dépouillement que ces deux items étaient souvent cochés en même temps. En effet, 7 infirmiers sur les 13 ayant choisi la rationalisation ont simultanément coché l identification projective. Pourtant, ces deux mécanismes de défense ne se rejoignent sur aucun point. Je pense pouvoir déduire que ces infirmiers ont choisi ces deux options par rapport aux différentes situations vécues et où, ils ont pu mettre en place l un ou l autre de ces mécanismes de défense selon le contexte. Le détachement est à la 3 ème position. Comme nous avons pu le voir précédemment, c est le fait de banaliser, de standardiser le phénomène de la mort. Le détachement se rapproche de la banalisation. Dans le questionnaire, j avais mis ces deux items et en final, je me rends compte que j aurai pu les associer sous le terme de banalisation. De ce fait, cela crée un biais dans l enquête, car si je les comptabilise ensemble, ils donnent un total de 10, ce qui les places en 2 ème position dans les mécanismes décelés par les infirmiers enquêtés. En ce qui concerne la case «aucune de ces attitudes», on peut constater qu elle a été cochée par 5 infirmiers. Je pense que cela est lié au fait que je n ai pas fait une liste exhaustive des opérations défensives. Cela est un tort, car les infirmiers qui ont répondu «aucune» ne se sont certainement pas reconnus dans les items proposés. Je peux aussi émettre une hypothèse par rapport au fait que les mécanismes de défense étant inconscient, les 5 infirmiers n arrivent peut-être pas, à repérer ceux qu ils mettent en place. Au cours de la situation que j ai vécue, je pense avoir utilisé plusieurs mécanismes de défense. Avec la prise de recul, je crois surtout avoir eu une attitude de fuite et plus particulièrement, la fuite en avant. En effet, je m aperçois à présent que je me suis réfugiée dans l action au moment même de l intervention puisque j exprime que je ne pouvais pas rester sans rien faire et ensuite lorsque nous sommes rentrés aux urgences, je me suis immédiatement occupée d autres patients qui venaient d arriver. Je pense que mon attitude était liée au refoulement de ce que j avais vécu et que j avais besoin de mettre à distance mes affects. Les situations marquantes laissent des traces dans la mémoire des infirmiers qui les vivent. C est pour avoir le point de vue de ceux investigués que j ai demandé à la question n 6, la fréquence à laquelle ils repensaient aux situations vécues. 86

88 Repenser aux situations vécues Souvent Parfois Rarement 16 Jamais Graphique n 9 : Représentation de la fréquence des souvenirs Ce secteur démontre que la majorité des infirmiers enquêtés repensent, parfois aux situations qu ils ont vécues. Je m aperçois que cette fréquence, «parfois» n est pas objectivement quantifiable puisque chacun de nous à sa propre perception du «parfois», tout comme du «souvent» et du «rarement» d ailleurs. Toutefois, cela donne un ordre d idée signifiant, que les infirmiers investigués ne sont majoritairement pas en prise avec des souvenirs fréquents concernant les situations qu ils ont vécues comme difficiles. Nous allons maintenant nous intéresser aux moyens utilisés par les soignants pour évacuer leurs émotions. d) Extérioriser ses émotions, son ressenti Les réponses aux questions n 7, 8 et 9 nous permettent de discerner les moyens mis en œuvre par les enquêtés pour exprimer ce qu ils ressentent et nous donnent à voir, s ils se sentent suffisamment accompagnés. Expression du ressenti Accompagnement suffisant Collègues Proches Collègues et proches 8 19 Oui non Graphique n 10: Personnes privilégiées pour exprimer le ressenti Graphique n 11 : Accompagnement 87

89 Moyens de soutien Graphique n 12 : Les ressources utilisées par les infirmiers enquêtés A travers le graphique n 11, nous pouvons voir que 19 infirmiers sur 27 se sentent suffisamment accompagnés lorsqu ils vivent une situation difficile. Le graphique n 10 qui représente les réponses à la question n 7, nous montre que les collègues sont identifiés comme étant des interlocuteurs privilégiés dans l expression du ressenti. En effet, si l on comptabilise le nombre d infirmiers ayant coché «les collègues», on se rend compte qu ils sont 25 sur 27. Cela représente un nombre important au vu du nombre de questionnaires remplis. On peut donc déduire que 93 % de la population investiguée considère les membres de l équipe comme étant un facteur important dans l évacuation des émotions. Aussi, en ce qui concerne les moyens de soutiens utilisés par les infirmiers investigués, là encore, on remarque que le dialogue en équipe apparait à 23 reprises. Cela confirme ce que nous avons pu voir dans le cadre conceptuel de ce projet, où l équipe apparait comme le premier moyen de soutien. En ce qui concerne les aides institutionnelles avec les groupes de paroles et le psychologue, on remarque qu ils sont peu utilisés. Cela s explique peut être par le fait, que le besoin de verbalisation du ressenti est suffisant au sein de l équipe et ne nécessite pas d autres moyens pour la majorité des soignants enquêtés. 88

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