LA TONTINE PRATIQUE INFORMELLE D'ÉPARGNE ET DE CRÉDIT DANS LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT. co co -LU LU O. Michel Lelart O O CO CC LU

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1 c c -LU LU O CO CC LU CL O O CC LA TONTINE PRATIQUE INFORMELLE D'ÉPARGNE ET DE CRÉDIT DANS LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT Michel Lelart Jhn Libbey EUROTEXT AUPELF

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3 LA TONTINE PRATIQUE INFORMELLE D'ÉPARGNE ET DE CRÉDIT DANS LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT

4 British Library Catalguing in Publicatin Data Lelart, Michel La tntine pratique infrmelle d'épargne et de crédit dans les pays en vie de dévelppement.. Develping cuntries. Finance I. Title 332,0972 ISBN Editins Jhn Libbey Eurtext 6, rue Blanche, 9220 Mntruge, France Tél. : () Jhn Libbey and Cmpany Ltd 3 Smiths Yard, Summerley Street, Lndn SW8 4HR, England Tél. : () Jhn Libbey CIC Via L. Spallanzani, 006 Rme, Italy Tel, : (06) , Paris II est interdit de reprduire intégralement u partiellement le présent uvrage li du mars 957 sans autrisatin de l'éditeur u du Centre Français du Cpyright, 6 bis, rue Gabriel- Laumain, 7500 Paris, France.

5 LA TONTINE PRATIQUE INFORMELLE D'ÉPARGNE ET DE CRÉDIT DANS LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT Michel Lelart Institut Orléanais de Finance Orléans Cedex 02, France Jhn Libbey EUROTEXT LONDON PARIS

6 Les cllectins «Universités francphnes» de l'uref : un instrument nuveau pur cnslider l'espace scientifique francphne L'Université des Réseaux d'expressin Française (l'uref), qui est appelée à devenir l'université de la francphnie, a créé un ensemble de cllectins «Universités francphnes» qui snt les instruments nécessaires d'une vie scientifique de qualité dans l'espace scientifique francphne. La cllectin dans laquelle s'inscrit le présent uvrage est cnstituée de mngraphies qui cntribuent à établir régulièrement, en français, un bilan des travaux de recherche, ntamment dans les dmaines d'activité scientifique des réseaux de recherche de l'uref. Nus espérns répndre ainsi à une demande suvent exprimée et servir les intérêts des chercheurs et de tus ceux qui attendent une relance de la prductin d'uvrages scientifiques de langue française. Cette nuvelle cllectin est cmplétée par une cllectin de manuels universitaires et par une cllectin («Actualité scientifique») d'actes de jurnées scientifiques et de cllques. Prfesseur Michel Guillu Délégué Général de l'uref

7 SOMMAIRE Liste des auteurs Avant-prps. Brun Pnsn Préface. Michel Lelart vu ix xi. Nus avns dit «tntines». Des tntines Nrd aux tntines Sud, Allers et returs. Henri Desrche PARTIE I. Les pratiques tntinières : de Ctnu à Taipei, de Ziguinchr à Paris Intrductin Les cmprtements d'épargne dans la sciété africaine : études sénégalaises. Claude Dupuy 3 3. Une tntine mutuelle dans l'administratin béninise. Michel Lelart Frmes traditinnelles de tntines chinises. Thierry Pairault 8 5. Un exemple parisien de tntine chinise. Thierry Pairault Tntines et tntiniers sur les marchés africains : le marché Saint-Michel de Ctnu. Michel Lelart et Simn Gnansunu PARTIE II. L'ampleur du phénmène tntinier : quelques enquêtes de terrain Intrductin L'épargne ignrée et négligée. Les résultats d'une enquête sur les tntines au Sénégal. Michel Drmain Epargne et crédit infrmels en milieu rural au Niger : L'activité des tntines et des gardes-mnnaie villageis. Kiari Liman Tinguiri 77

8 VI Smmaire 9. L'épargne et le crédit nn structurés au Tg. Duat Adjémida Sedjédé 203 PARTIE III. Dynamique et ratinalité des tntines : la finance infrmelle au securs du dévelppement Intrductin Réflexins sur les mécanismes financiers des systèmes tntiniers. Nathalie Murgues 245. Les tntines, frmes d'activités infrmelles et d'initiatives cllectives privées en Afrique. Jean-Michel Servet Sciétés de tntines et banques des petites et myennes entreprises à Taiwan. Thierry Pairault La finance nn-institutinnelle : expressin de la crise du dévelppement u de nuvelles frmes de dévelppement? Philippe Hugn Les infrmalités tntinières : traditins et innvatins. Jean-Luis Lespès 323 BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. Sur les tntines et les pratiques infrmelles d'épargne et de crédit 347

9 Liste des auteurs Desrche H., 79, rue du Mulin-du-Saquet, Villejuif, France. Drmain M., Le Briquet, Eu, France. Dupuy Cl., Caisse des Dépôts et Cnsignatins, 95, bulevard Saint-Germain, Paris, France. Gnansunu S., Université natinale du Bénin. Ecle natinale d'administratin, BP 223 Ctnu, Bénin. Hugn Ph., Université de Paris X-Nanterre, 200, avenue de la République, 9200 Nanterre, France. Lelart M., Centre natinal de la recherche scientifique. Institut Orléanais de finance. Université d'orléans, BP 6739, Orléans Cedex 02, France. Lespès J.L., Institut Orléanais de finance. Université d'orléans, BP 6739, Orléans Cedex 02, France. Liman Tinguiri K., Université de Niamey, BP 242, Niamey, Niger. Murgues N., Institut Orléanais de finance. Université d'orléans, BP6739, Orléans Cedex 02, France. Paîrault T., Centre natinal de la recherche scientifique, Centre de recherche et de dcumentatin sur la Chine cntempraine, 54, bulevard Raspail, Paris Cedex 06, France. Pnsn B., Ecle supérieure de cmmerce de Paris, 79, avenue de la République, Paris Cedex, France. Servet J.M., Université Lumière, 6, quai Claude-Bernard, Lyn Cedex 02, France. Sedjédé D.A., IUT de gestin, Université du Bénin au Tg, BP 55, Lmé, Tg.

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11 La Tntine, M. Lelart. Ed. AUPELF-UREF. Jhn Libbey Eurtext. Paris 990, pp. ix-x. Avant-prps Le présent uvrage a été élabré dans le cadre du réseau thématique de recherche partagée «Financement de l'entrepreneuriat et mbilisatin de l'épargne» de l'université des réseaux d'expressin française (UREF) au sein de l'assciatin des universités partiellement u entièrement de langue française (AUPELF). Le réseau, qui a démarré en mars 988, centre ses recherches sur les financements nn bancaires (au sens classique) des entreprises en Afrique. En effet, devant la grave crise financière que cnnaissent les entreprises et les guvernements, il a paru primrdial d'analyser divers circuits de cllecte et/u de distributin d'épargne afin d'en examiner l'efficacité actuelle u ptentielle dans le financement de l'entreprise. Un accent particulier est également mis, dans le réseau, sur des recherches en liaisn avec les prblèmes de financement, cncernant la créatin d'entreprise et la genèse de l'esprit d'entreprise. Le réseau, qui cmprend une cinquantaine de chercheurs venant d'une quinzaine de pays, se cmpse de quatre équipes, regrupant sur un même thème, des spécialistes de diverses disciplines (gestin et écnmie essentiellement, mais aussi scilgie, science plitique...) : épargne infrmelle, financements islamiques, impact des financements internatinaux sur l'entrepreneuriat, partenariat nrd-sud.

12 X Brun Pnsn Les premiers résultats du réseau nt été présentés lrs de divers cllques, en particulier au curs des Jurnées scientifiques qui se snt dérulées du 6 au 8 février 989 à l'iscae de Casablanca sur le thème Financement, dévelppement et culture de l'entrepreneur. Numériquement la plus imprtante et animée avec une grande efficacité par M. Michel Lelart, directeur de recherche au CNRS (Paris), la première équipe du réseau travaille sur les circuits infrmels de financement et riente ses recherches à la fis sur la cllecte de l'épargne (tntines ntamment) et sur les financements du secteur prductif infrmel u artisanal, éventuellement sur les entreprises du secteur structuré dans la mesure ù elles nt recurs aux circuits infrmels. A côté de recherches sur la nature de l'acte d'épargne, sur la lgique écnmique et financière des circuits parallèles, l'équipe a entamé une quinzaine d'enquêtes sur le terrain dans les pays africains. Cet uvrage est le fruit des réflexins d'un certain nmbre de membres de cette équipe, mais aussi de chercheurs extérieurs qui lui snt assciés. C'est pur mi un grand plaisir que le réseau Entrepreneurial de l'uref ait pu en prmuvir la parutin. Puissent les pages qui suivent susciter la discussin et l'enrichissement des recherches au sein de la cmmunauté scientifique. Cet uvrage sera également particulièrement utile à tus ceux qui désirent mieux cmprendre les mécanismes financiers infrmels afin de dynamiser le dévelppement écnmique. Brun PONSON Prfesseur asscié à l'ecle supérieure de cmmerce de Paris Crdinateur du Réseau Entrepreneurial Tute infrmatin cmplémentaire sur le réseau peut être btenue en s'adressant au crdinateur, sit au Bureau eurpéen de l'aupelf/uref (92, bulevard Saint-Germain, Paris), sit à l'ecle supérieure de cmmerce de Paris (79, avenue de la République, Paris Cedex ).

13 La Tntine, M. Lelart. Ed. AUPELF-UREF. Jhn Libbey Eurtext. Paris 990, pp. xi-xni. Préface La mbilisatin de l'épargne dans les pays en vie de dévelppement a suscité des travaux d'une ampleur peu cmmune depuis la guerre. Les institutins internatinales, les autrités natinales de nmbreux pays, les banques elles-mêmes, filiales de banques étrangères u banques lcales, des chercheurs, des étudiants dans leur thèse de dctrat se snt penchés sur ce prblème pur cmparer ce qui était fait à ce qui aurait dû l'être. Malgré l'énergie déplyée pur truver des slutins, ntamment en Afrique, le bilan est glbalement désastreux. Les banques n'nt jamais réussi à attirer l'épargne ppulaire, et elles n'nt guère mieux réussi à utiliser les dépôts recueillis pur financer des prjets susceptibles de favriser le dévelppement de l'écnmie. Dans un nmbre impressinnant de pays africains, les banques snt en difficultés et les systèmes bancaires en vie de restructuratin. Cet échec intervient au mment ù les plitiques d'ajustement et de dévelppement recmmandées par le Fnds mnétaire et la Banque mndiale snt sérieusement remises en cause. La préférence marquée pur une régulatin par la demande u par une industrialisatin à base de grands prjets, prches des plitiques mises en place hier u aujurd'hui par les pays ccidentaux, n'est plus cnsidérée cmme la panacée. Rendu plus difficile par la crise qui affecte l'écnmie africaine, l'ajustement se fait par une extensin du secteur infrmel dnt l'existence est désrmais prise en cmpte par certaines analyses du dévelppement et qui truve en lui-même les myens de se financer. La Banque mndiale elle-même s'intéresse de très près depuis peu à ce phénmène. Sn dernier rapprt sur le dévelppement dans le mnde, cnsacré aux systèmes financiers, se termine par un chapitre sur la situatin

14 XII Michel Lehrt du secteur financier infrmel. On y truve une descriptin très cmplète des mdes infrmels de financement, en particulier des tntines, dnt la ppularité est abndamment sulignée. La Banque mndiale parle d'elles au Camerun, au Niger, au Mzambique, mais aussi aux Indes, aux Philippines, en Indnésie, en Blivie et au Mexique, pur ne citer que ces pays-là. Elle insiste aussi sur leur ancienneté puisque les tntines nt existé autrefis en Eurpe et au Japn (). Ce phénmène est en effet cnnu depuis lngtemps, et a été analysé il y a bien des années. W. Bascm a parlé de YEsusu au Nigeria en 952, R. Andersn a parlé des assciatins rtatives d'épargne et de crédit aux Indes en 966. Mais ces travaux d'bservateurs u de chercheurs islés, plus suvent anthrplgues qu'écnmistes, avaient un caractère anecdtique, pur ne pas dire flklrique. Plus récemment, quelques chercheurs de l'université d'orléans, de l'université de Lyn II et du CNRS nt entrepris de travailler sur l'épargne et le crédit infrmels. A la faveur de missins en Afrique, et à titre exceptinnel en Asie, ils nt effectué des enquêtes sur le terrain et rencntré des chercheurs africains déjà intéressés par ce thème. Dans le cadre du Grupement de recherches crdnnées (GRECO) Mnnaie et Financement créé par le CNRS, ils nt eu l'ccasin de cpérer et ils nt décidé de réunir leurs travaux pur publier un uvrage cllectif. Ces travaux crrespndent parfaitement au premier des thèmes retenus par l'université des réseaux d'expressin française (UREF) pur mettre en place un réseau thématique de recherche partagée «Epargne infrmelle et entrepreneurial en Afrique». Une trentaine de chercheurs se snt à ce jur regrupés pur étudier les différents aspects de la finance infrmelle. A partir d'enquêtes effectuées sur le terrain, ils nt cmmencé à réfléchir ensemble à ce phénmène dnt l'actualité est devenue évidente (2). On ne dira jamais assez à quel pint l'uref a été bien inspirée en chisissant ce thème : elle ne puvait truver un meilleur dmaine pur susciter une cpératin entre chercheurs au sein de la Francphnie. () Banque mndiale. Rapprt sur le dévelppement dans le mnde, 989; systèmes financiers et dévelppement, Washingtn, juinl989, pp (2) Les travaux des premières jurnées scientifiques de l'uref rganisées à Casablanca les 6-8 février 989 vnt être publiés dans une autre série chez le même éditeur. M. Lelart a fait la synthèse des cmmunicatins relatives à l'épargne infrmelle dans Epargne sans frntière, n» 6, septembre 989, pp

15 Préface XIII Le présent uvrage cnstitue une intrductin idéale à de tels travaux qui vnt aller en s'amplifiant et dnt les résultats purrnt nurrir les prchaines publicatins de cette nuvelle série. Dans sa cntributin qui sert de pint de départ à cet uvrage, H. Desrche situe parfaitement ntre démarche. Dans le temps d'abrd, il retrace l'évlutin du phénmène tntinier qui a pris sa surce en Eurpe avec la mise en pratique des idées de Tnti sus Mazarin. Dans l'espace ensuite, il mntre bien la diversité des apprches liée à la variété de ces pratiques qui s'étendent désrmais à l'afrique entière. Et il distingue nettement les deux fnctins que remplissent les tntines : par leur fnctin de crédit, elles snt prches du crédit mutuel déjà implanté dans quelques pays africains ; par leur fnctin de prévyance, elles tiennent lieu de sciétés de securs mutuel qui snt encre à imaginer. Les travaux qui suivent ne cncernent que la première fnctin. Elle se truve étudiée successivement sus tris aspects : la première partie décrit le phénmène tntinier et permet d'élabrer une typlgie des tntines, en partant de mngraphies effectuées principalement au Bénin et auprès de ppulatins chinises; la deuxième partie mesure le phénmène et s'effrce de le quantifier, grâce à des enquêtes plus larges menées dans tris pays africains : au Sénégal, au Niger et au Tg; la trisième partie analyse le phénmène sus certains de ses aspects, à la fis micr- et macr-écnmiques, avant d'amrcer une réflexin sur ce que purrait être le rôle des tntines dans le financement du dévelppement. Michel LELART CNRS Institut Orléanais de Finance

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17 La Tntine, M. Lelart. Ed. AUPELF-UREF. Jhn Libbey Eurtext. Paris 990, pp Nus avns dit «tntines» Des tntines Nrd aux tntines Sud Allers et returs Henri DESROCHE 79, rue du Mulin-du-Saquet, Villejuif, France Dans la cnjncture Nrd, le régime tntinier ne se signale plus guère sinn par : des persistances mutualistes, des latences cutumières, des récurrences ludiques. Des persistances mutualistes Et par exemple, cette sciété à frme tntinière fndée en 844, dite «Les Assciatins mutuelles - Le Cnservateur» (AMC). Seln le cmpte rendu de leur assemblée générale (9 mai 969), ces AMC en étaient, en 968, à leur 25 e année depuis leur fndatin. Cette sciété tntinière regrupait et regrupe ses adhérents seln deux types d'assciatins : assciatins en cas de décès : pur adhérents qui désirent assurer un capital à leurs ayants drit en cas de décès, assciatins en cas de survie : pur adhérents qui désirent se cnstituer un capital dans un délai déterminé».

18 2 Henri Desrche Ce qui, l'un dans l'autre, aura été, n va le revir, la lgique ludique et spéculative de la tntine Nrd, depuis l'astuce prpsée en 653 à Mazarin par le banquier naplitain Tnti. Des latences cutumières Dans la typlgie des tntines, n s'accrde pur discerner un type spécifique dit «tntine de travail» laquelle peut d'ailleurs glisser dans les cutumes mixtes ù ces «sciétés de travail» se mêlent et s'emmêlent aux «sciétés d'argent», alias tntines mnétaires []. Le même ruage rtatif fnctinne d'ailleurs dans les unes et les autres. Dans la tntine d'argent, un mntant mnétaire paritairement cllecté est sumis à redistributin rtative, seln le hasard (tirage au srt), seln les besins, seln les enchères u seln un calcul de cmpensatin. Dans la tntine de travail, c'est la même lgique de versements et de reversements à l'écart des banques et à l'insu du fisc. Nus smmes duze, quinze, en cptatin sur parle : je vais travailler une jurnée chez chacun des nze u quatrze autres et, lrsque advient mn «tur» dans mn «jur», mes partenaires cmpères et cmpagnns viennent travailler chez mi aux mêmes cnditins seln lesquelles je travaille chez eux, c'est-à-dire sans aucune rémunératin autre qu'une émulatin dans le rituel d'une cnsmmatin stentatire. Pas n'est besin d'aller au sud du Sahara pur truver ces latences. On les bservait dans les villages de chez nus lrsque, s'agissant de fenaisns, de missns u de vendanges, ns grands-pères s'y adnnaient, bras et gsiers, pur y cnjuguer labeurs et ripailles dans une banque de travail sans banquier, sans agis et sans pnctin fiscale. Hrs écnmie du gain mais en écnmie du jeu qui était tut autant écnmie du dn et du cntre-dn. Des récurrences ludiques Vhm ludens de Huizinga est en effet présent dans tutes les tntines, leurs pérennités au Nrd et leurs diversités au Sud. Jeu de hasard et dnc de lterie. Jeu de réjuissance et de festivité. Un quasi-casin dans un quasi-carnaval. Les calculs n'en snt pas mins austères et les disciplines

19 Des tntines Nrd aux tntines Sud 3 éventuellement rigureuses. Mais il y a le clin d'eil à une sprtivité espiègle avec ses enjeux et ses règles du jeu. Jeu de travail et jeu d'adresse, jeu d'esprit et jeu de catimini, une trame de spéculatin, un cup de burse, une aubaine de fire. La gratificatin d'un cmpérage clandestin et l'escmpte d'un bénéfice manifeste. Dès lrs, purqui pas des récurrences ludiques cmme celles surgies dans d'autres latitudes u d'autres cnjnctures, celles, par exemple, urbaines et industrielles à Sa Paul : des chrtes s'y frment et s'y refrment pur acquérir tntinièrement leur parc autmbile, sans parler de Paris-Chinatwn ù les mirblantes tntines aux enchères () dispensent les candidats entrepreneurs d'uvrir et de décuvrir un cmpte bancaire quelcnque... Et même dispense dans l'affairiste Duala ù tel entrepreneur Bamileke me narrait, à veillée lngue, cmment des tntines aux enchères lui avaient été nécessaires..., et suffisantes, pur créer ses quatre entreprises et leurs 4Ó0 emplis. Ecnmie du jeu! Quand tu nus tiens!... Par cntre, au Sud, et entre autres dans la francphnie sud-saharienne ù ntre explratin a été davantage avancée, ce tissu scial dit «tntinier» s'avère de jur en jur plus dense, plus cpieux, plus plantureux, plus dynamgénique, plus prliférant, en dépit du fait qu'il demeure et entend demeurer assez cnfidentiel, mais en raisn du fait que ns recherches le rendent plus familier. Ayant cnvenu ici de réinjecter dans la même nappe phréatique ns bibligraphies, ns listings, ns répertires et ns banques de dnnées, nus n'avns pas à épilguer sur une quelcnque exhaure empirique et dcumentaire. Il n'en demeure pas mins que nus disns et avns dit «tntines», et que, ce disant u ce redisant, tris questins sémantiques et stratégiques demeurent incrustées dans ntre spélélgie sciale. «Tntines», qu'est-ce à dire? Aux allers et aux returs...? dans l'histire Nrd de la prévyance, au lng de tris siècles d'aventures u de mésaventures depuis la mazarinade initiale; dans une cnjncture Sud ù cette étiquette exgène s'en vient s'épingler sur la marchandise endgène; celle-ci étant au demeurant diversifiée et cntrastée, pur ne pas dire éclatée; dans une ccurrence Nrd-Sud et éventuellement sn smse entre une traditin tntinière et une intrductin mutuelle u mutuellisante. (I) Sur les tntines aux enchères en Afrique, car elles ne snt pas un mnple chinis, cf A Henry. G H Tchente. P Cîuillermé. La scielé des amis Elude des tntines à enchères du Camerun. CCE. Ntes et htudes n" 34. avril <WO, 88 pages + annexes

20 Henri Desrche Dans l'histire Nrd de la prévyance Un laburage plus prfnd émettant l'hypthèse d'un apparentement entre les tntines Nrd et la préhistire mutualiste lvée dans les cnfréries purrait scruter cmparativement l'encyclpédie de J. Bennet [2] et devrait entériner une histire de la prévyance actuellement cnçue par J.M. Thiveaud <2>. Ladite hypthèse serait par ailleurs cnfirmée par l'bservatin et l'analyse de «cnfréries» parissiales capverdiennes dnt nus espérns bien leur srtie d'ubliettes. Mais pur être plus expéditif, tenns-nus en à la vieille thèse de Jacques Mulin, Des tntines [3]. Il s'agit d'une thèse de dctrat «sutenue le mercredi 0 juin 903 à 2 heures et demie» et dnc publiée cette même année. Cette thèse en dépit de quelques escamtages à des références seulement alléguées nus permet de circnscrire l'acceptin du terme «tntine» à cette date, suite à sa persistance après pas mins de 250 années d'usage... C'est en effet en 653 que ce terme émerge du nm de sn initiateur, un banquier naplitain, Lrenz Tnti, en mal de «vendre» sn inventin au Cardinal Mazarin. Mais, en entrée de jeu, alignns plutôt quelques textes. «C'est en 653 que le banquier naplitain Lrenz Tnti prpse à Mazarin une cmbinaisn d'emprunt fndé sur un principe nuveau dnt il était l'inventeur. C'est à partir de cette épque que cmmence l'histire particulière des tntines, qui, après avir servi à émettre des emprunts publics, cnstituèrent, sus la frme de tntines privées, la seule frme d'assurance sur la vie vraiment usitée jusqu'au dévelppement mderne des grandes sciétés d'assurances sur la vie à primes fixes» (p. 3). «C'est alrs que Lrenz Tnti prpsa à Mazarin le plan d'emprunt basé sur le système tntinier. Il y avait eu, paraît-il, un essai en petit, en Italie, terre classique des cmbinaisns financières et des lteries. Il y avait entièrement réussi» (p. 6). Quel était dnc ce mdèle «tntinien»? «Au sens plus étrit dans une acceptin plus curante, n dnne ce nm à tute pératin financière qui a pur bjet de mettre en cmmun des fnds destinés à être partagés entre les sciétaires survivants à une épque déterminée d'avance u à être attribués au dernier d'entre eux. C'est en smme une pératin (2) Cnseiller histrique à la Caisse des Dépôts et Cnsignatins. Vice-président à la Biblithèque histrique des écnmies sciales (BHESS).

21 Des tntines Nrd aux tntines Sud 5 financière cnsistant dans la frmatin d'une espèce de cagntte, d'une masse indivise faite en cmmun par plusieurs persnnes qui versent des ctisatins et dnt le prfit dépend pur chacune d'elles d'une cnditin de survie» (p. 4). En réalité c'était tut simplement une frme nuvelle de la lterie qui devait d'autant mieux réussir, disait sn inventeur, «que chacun crit vivre beaucup plus lngtemps que les autres». Chacun cryait dnc avir a chance de vivre lngtemps. «Si cette chance se réalisait, l'heureux gagnant était assuré d'une vieillesse drée» (p. 5). Plus cncrètement, et s'agissant d'un emprunt d'etat en cntrepartie de rentes viagères à 5 % : «Vici quel était le système appliqué. Les suscripteurs étaient divisés d'après leur âge en 0 classes distinctes. L'emprunt se décmpsait entre 0 fnds u séries de livres de rentes chacune crrespndant aux 0 classes. Dans la première n cmprenait les enfants jusqu'à 7 ans des deux sexes; dans la secnde ceux de 7 à 4 ans, et ainsi de suite dans les huit autres classes par intervalles de 7 ans jusqu 'à 63 ans et au-dessus. Pur être admis dans la classe crrespndant à sn âge, chaque prêteur devait payer une smme de 300 livres dnt l'etat lui servait un intérêt à 5 pur 00 au denier vingt, cmme dit l'arrêt. Dans chaque classe la part des prémurants accrissait celles des survivants, mais dans chaque classe seulement. Au décès du dernier titulaire de chaque série la réversin s'effectuait au prfit du Trésr» (p. 6-7). Tnti en attendait et prmettait mnts et merveilles pur ledit Trésr. Hélas! En 653, ce système fut refusé par le Parlement... Cette mésaventure initiale n'enraya pas pur autant une diffusin ultérieure, et même dans une duble filière : d'abrd celle des tntines publiques, puis celle des tntines privées. La première série se dérule d'pératins à pératins, myennant aménagements et réaménagements sit dans le nmbre des «classes» de suscripteurs sit dans les taux d'intérêt mdulés seln ces classes, sit dans d'éventuels transferts sur «ayants drit des prédécédés» sit dans les drits et mntants réservés aux puvirs publics, etc. Opératins, entre autres, de 689, 696, 733, 744, 745, 759, 763, 785 et même sus la Cnventin (26 Messidr, An III) un décret par lequel «il sera uvert une tntine natinale». L'pératin de 733 aura été un turnant: sur billets prpsés «4 000 devaient se vir attribuer des lts en espèces, en deniers cmptants au myen d'un tirage au srt», d'ù «l'attrait particulier de la lterie» (p. ). A partir de 692, «l'angleterre fit aussi d'assez nmbreuses applicatins du principe tntinier à ses emprunts publics» (p. 33). Cmme n le vit, ces tntines snt fndamentalement des tntines de survie : elles bénéficient aux survivants puisqu'ils capitalisent sur leur tête les

22 6 Henri Desrche intérêts des «prémurants». Ainsi la tntine de 683 «se termina en 726 par le décès d'une veuve âgée de 96 ans. Au mment de sa mrt l'etat lui servait une rente de livres» (p. 9). La secnde série est celle des tntines privées. Elle s'embîte dans la série précédente, encre que, pur les tntines frmées avant 793, «n manque de tut renseignement à leur endrit». Après cette date, la thèse en repère la généalgie, les furchettes, les cmbinaisns, les aléas (u les escrqueries). Elle puise au passage dans une enquête natinale de 80, rdnnée par Naplén (p. 02 et ss.). Emergences à Paris, Aix-en-Prvence, Nantes, vire Anvers, Breda, Berg-p-Zm... Flre et faune jusqu'à la fin du siècle, d'autant plus cmplexe que, «à partir de 830», la tntine des survivants s'assrtit d'une tntine des «prémurants»... «nuvelle cmbinaisn tenant nn plus de l'assurance en cas de survie mais de l'assurance en cas de décès, ayant pur but de partager chaque année entre les ayants drit des prédécédés les mises versées par tus les assciés» (pp. 4-5). Dnc apparentement avec sciétés mutuelles d'assurance sur la vie. Il y aura même une frme de «sciétés dites du Franc au décès» basées sur des «cllectes» pnctuelles et actualisées au cup par cup des funérailles : «résurrectin de la frme la plus ancienne de la sciété de securs mutuels» puisque «de pareilles sciétés existèrent dans la Rme antique entre les esclaves qui avaient l'habitude de se ctiser pur faire les frais des funérailles du camarade mrt à la tâche» (p. 69). Il y aura aussi des tntines «dtales» (p. 6) et même «de nmbreuses sciétés dnt le but était d'assurer aux sciétaires u à leurs fils l'exnératin du service militaire. Ces sciétés étaient en général des sciétés tntinières» (p. 7). Du fait de la dérivatin (u du redressement) ainsi bservée, ces frmes anciennes des tntines françaises ne snt pas sans côtyer les frmes persistantes des tntines africaines. Qu'n relise seulement les analyses du Muvandimwe au Rwanda : sn dépliement n'a-t-il pas pur rigine quelque chse cmme une tntine funéraire au cup par cup? Il n'empêche qu'initialement, tant dans sa filière publique que dans sa filière privée, la tntine aura été une lterie dnt les grs lts furent reversés nn pas aux «prémurants» mais aux «survivants». On vit assez bien par quelles mutatins successives ce mdèle initial s'est transféré de l'institutin publique à l'initiative privée, d'une spéculatin sur la survie à un calcul de prévyance. On vit mins bien cmment la même étiquette a cuvert des transactins aussi disparates. Et n vit encre plus mal cmment ce nuveau label a été véhiculairement adpté pur traduire des pératins aussi luxuriantes que celles repérées en tant de pays africains et

23 Des tntines Nrd aux tntines Sud cnntées dans maint cllque. Mais peut-être, après tut, cmme dit Michel Fucault : «les mts en savent plus lng que nus sur les chses». Dans une cnjncture Sud dûment cntrastée Nnbstant la béance sémantique encre inexpliquée le mt français est venu s'épingler sur la chse africaine, laquelle bien sûr ne l'avait pas attendu pur fnctinner véhiculairement sus terminlgies à mille et une variatins. Quant à la chse, et cmme tut un chacun, j'ai et j'avais entendu, parfis auditinné, et les allégatins de sn inexistence et les rumeurs sur sn insignifiance et les balurdises sur sa flklrisatin et les arrgances sur sa vacuité et les mandarinades sur sn cnfinement, pur les uns urbain et pur d'autres rural, et les cuistreries sur sa gracilité et les Messieurs Hmais sur sn anachrnisme et les Buvard et Pécuchet sur sn infrmalité et les geais des expertises parés des plumes du pan de leurs esbrufes. Eberlué et assurdi, je n'en nurris pas mins, pur cette aire culturelle du mins, une prbabilité se crisant avec une cnvictin. Prbabilité : dans certaines ethnies, certaines régins u mêmes certains pays d'afrique sud-saharienne, la masse d'argent chaud drainé en circuit tntinier est prbablement plus imprtante et de beaucup que le cntingent d'argent frid manipulé par les circuits bancaires (3). Cnvictin : et, sans vulir pardier André Frssard... : La tntine existe... je l'ai rencntrée... Je l'ai même rencntrée à tris reprises : dans une décuverte, pnctuelle puis élargie en 983, dans un questinnaire cllatéralement crrbrateur, dans un arrivage subséquent de dssiers cumulatifs. Qu'il me sit permis pur cnnter ces tris reprises d'adpter un tn existentiel, quelque chse cmme tris histires de tntines à adjindre en fascicule même label publié en numér spécial (et même numér ) des Histires de dévelppement... Et que l'ethnméthdlgie uvre sur ces anamneses le parapluie de ses cautins. Ce ne snt que des histires menues, mais elles me snt arrivées, et elles snt arrivées à l'histire du dévelppement (3) Sur cette ppsitin, cf. G. Bédard, Argent chaud et argent frid. Cahier UC n 7, 986, 36 p. Prépublié in : ASSCOD 75, 986, pp Et intégré ultérieurement in : G Renard, La mbilisatin de l'épargne lcale par les institutins de type cpératif et sn impact sur le dévelppement lcal dans sept pays africains. Genève BIT, 987.

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