Relations économiques du Canada avec l'afrique subsaharienne : Tendances récentes

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1 Conseil canadien pour la coopération internationale Forum Afrique-Canada Relations économiques du Canada avec l'afrique subsaharienne : Tendances récentes À titre d'hôte du Sommet du G8 à Kananaskis, en Alberta, le Canada a cherché à faire de la pauvreté et du développement un objectif prioritaire du Plan d'action du G8 pour l'afrique. Le premier ministre, Jean Chrétien, et les leaders du G-8 répondaient à l'appel pour un Nouveau partenariat pour le développement de l'afrique (NPDA), un plan lancé par des dirigeants politiques africains durant la dernière année. Le NPDA cherche à éliminer la pauvreté par " une nouvelle relation de partenariat de l'afrique avec la communauté internationale et, en particulier, les pays fortement industrialisés, afin de se sortir de l'abîme du sousdéveloppement qui s'est creusé au fil de siècles de relations inégales ". Le Canada a réagi en attribuant 500 millions de dollars au Fonds d'aide à l'afrique, somme qui sera affectée aux objectifs prioritaires du Plan d'action du G8 ainsi qu'à une initiative commerciale visant à hâter l'entrée au Canada, en franchise de droits, de produits en provenance des pays les plus démunis de l'afrique. 1 Pour bien situer ces initiatives, la présente note de synthèse aborde certains éléments du contexte de la coopération économique entre le Canada et l'afrique subsaharienne durant les années Il met en lumière la politique canadienne d'annulation de la dette, certaines tendances de l'investissement étranger direct et de l'aide publique au développement (APD) du Canada, ainsi que le commerce avec les pays africains au sud du Sahara. 1. Annulation de la dette Le Canada a été parmi les premiers pays du G7 à se prononcer en faveur d'une radiation complète de la dette bilatérale des pays les plus pauvres (PPTE) et à rechercher un accord multilatéral à cette fin. Ainsi, en février 2000, le ministre des Finances, Paul Martin, a annoncé que le Canada annulerait entièrement la dette contractée par les pays les plus pauvres envers la Société pour l'expansion des exportations (SEE) et la Commission canadienne du blé (CCB). L'Afrique subsaharienne doit environ 1,5 milliard de dollars de la dette des pays en voie de développement envers le Canada, dont 1,1 milliard de dollars représente la dette des PPTE envers les deux organismes mentionnés ci-dessus qui est couverte par l'engagement de radiation de la dette évoqué plus haut. La Côte d'ivoire (250,9 millions de dollars) et le Cameroun (440,1 millions de dollars) figurent parmi les pays les plus importants couverts. Selon les ententes avec le gouvernement, la SEE et la CCB récupèrent la totalité de leurs dettes au moyen des réserves budgétaires. Lorsque la dette est effectivement radiée au cours d'un exercice, le montant total est inscrit au titre d'aide publique au développement (APD) au pays concerné, ce qui augmente alors l'apd du Canada pour cet exercice. L'annulation de la dette canadienne est toutefois conditionnelle au respect par ces pays de toutes les conditions de l'accord conclu avec le FMI et la Banque mondiale dans le cadre de l'initiative pour les pays 1 Pour une analyse détaillée des allocations du Fonds canadien pour l Afrique, consulter De nouvelles initiatives pour l Afrique : la réaction canadienne au NPDA, une note d information du CCCI, septembre 2002 par Brian Tomlinson, équipe Orientation politique, à la page Orientation politique du site web du CCCI 1

2 pauvres très endettés (PPTE). Même si le gouvernement a accepté de ne percevoir ni le capital ni les intérêts de la dette lorsque le pays parvient à la dernière étape de mise en œuvre des programmes de ces institutions, cette mesure ne se concrétise que deux à trois ans après la radiation de la dette des livres de la SEE et de la CCB. Les ONG de l'afrique et de par le monde ont établi que plusieurs de ces conditions avaient pour effet d'appauvrir davantage les pays africains. Alors que le Ministre Martin (sans grand appui des autres ministres des Finances du G7) avait invité à un assouplissement des conditions de l'accord à l'égard des PPTE, le Canada n'a pas renoncé aux politiques macro-économiques de libéralisation et de privatisation auxquelles les pays les plus pauvres doivent se soumettre en vue d'obtenir un allégement très limité de la dette. 2. Investissement étranger direct du canada en Afrique L investissement étranger direct du Canada en Afrique forme un élément mineur de l investissement du Canada dans les pays en développement et a atteint un sommet de 5 p. 100 des investissements totaux en 1996, mais représentait moins de 200 millions de dollars en Dans les années de jeunes sociétés minières canadiennes ont montré un intérêt sans cesse grandissant pour les ressources de l Afrique subsaharienne. À la fin de l année 1996, selon des recherches effectuées par la professeure Bonnie Campbell et des collègues à l UQAM, plus de 170 sociétés minières canadiennes se trouvaient en Afrique et leurs coûts d exploration sur le sol africain s élevaient à plus de 16 p. 100 de l ensemble des coûts d exploration des sociétés minières canadiennes. Ces investissements ont souvent fait du tort : les ONG ont soulevé des inquiétudes sérieuses au sujet des questions liées aux droits de la personne et de l impact négatif important de l exploitation minière sur l économie et l environnement des collectivités locales et sur les pauvres vivant en milieu rural, ainsi que sur les questions reliées aux conflits et à la corruption. Les intérêts miniers se concentrent au Ghana, au Zimbabwe, en Tanzanie, en Afrique du Sud, au Burkina Faso, au Botswana et au Mali. Cet investissement dans le secteur minier a été facilité par des politiques de libéralisation mises de l avant par la Banque mondiale et le FMI et parfois d une manière directe par le programme d aide du Canada. Depuis la fin des années 1990, au Zimbabwe, par exemple, l ACDI a offert son appui à un système de titres miniers sur ordinateur utilisé au ministère des Mines, au survole de l environnement, à la formation technique et à des projets de lois sur les ressources minières. Le MAECI, parmi ses quatre objectifs prioritaires pour l accès au marché en Afrique du Sud, compte surveiller de près les modifications proposées dans la législation minière de ce pays pour assurer la protection des intérêts des investisseurs canadiens. 2 Depuis , l ACDI a affecté 3,1 millions de dollars au projet de politique minière et énergétique, allocation liée, sans aucun doute, aux objectifs politiques d investissement canadien en Afrique du Sud. 3. Tendances des relations d aide du Canada avec l Afrique subsaharienne En général, l aide n a cessé de diminuer dans les années 90, et l aide à l Afrique subsaharienne provenant de 22 donateurs officiels a fondu encore davantage. En dépit de l accent mis sur la réduction de la pauvreté, la plupart des bailleurs de fonds n ont pas accordé la priorité à cette région où la pauvreté a augmenté au cours de la dernière décennie. 2 MAECI,»Ouverture sur le monde : Priorité du Canada en matière d accès aux marchés internationaux 2002, 2

3 Performance de l aide en faveur de l Afrique En comparant l aide octroyée par les bailleurs de fonds sur dix ans, (en dollars de 1998), Le total de l'aide à l'afrique subsaharienne a fléchi de 11,2 p. 100 et Le total de l'aide des pays donateurs du G-7 à l'afrique subsaharienne a diminué de 18,8 p. 100! Dans leur rapport sur les engagements d'aide pris par les bailleurs de fonds, les auteurs du Bilan de l'aide 2002 dépeignent les donateurs du Nord comme «jamais aussi riches, ni aussi impitoyables». La richesse par habitant dans les pays donateurs a doublé depuis 1961, pour se rapprocher de $ en 2000, alors que leur aide par habitant est tombée en dessous de son niveau d'il y a quarante ans. Les donateurs du G7, qui aspirent à jouer un rôle prépondérant dans l'économie mondiale, consacrent à l'aide une part dérisoire de leur richesse - 0,19 p. 100 de leur revenu national brut (RNB) 3 en 2000, tandis que les donateurs ne faisant pas partie du G7 ont donné 0,46 p. 100 de leur revenu national brut, comparé à l'objectif de 0,7 p. 100 fixé par l'onu. À la Conférence sur le financement du développement en mars 2002, les États-Unis, l'union européenne et le Canada se sont tous engagés à accroître considérablement leur contribution à l'aide. Les pays de l'union européenne augmenteront collectivement leur aide de 7 milliards US pour atteindre 0,39 p.100 de leur PNB d'ici à 2006, tandis que George Bush proposera au Congrès de hausser l'aide américaine de 5 milliards sur trois ans à partir de Quoique bien accueilli, le communiqué des États-Unis, en particulier, (qui signifie un ajout total de 10 milliards à l'aide de 2004 à 2008) est lié au discours du président Bush aux pays qui suivront la voie difficile d'une réforme économique, sociale et politique. Ce discours est en accord avec la teneur du document du consensus de Monterrey, lequel, sous les pressions et les manœuvres d'intimidation des États-Unis, établit que les pays en développement seraient responsables de leur propre pauvreté et qui prêche en faveur des solutions " universelles " pour la réduire, soit la libéralisation du commerce, la privatisation, le recouvrement du coût des services sociaux et l'investissement direct de l'industrie du Nord. Dans son budget de juillet, le gouvernement du parti travailliste du Royaume-Uni a annoncé une croissance substantielle de 35 p. 100 de l'aide ce qui représente près d'un milliard de dollars US. De plus, il s'est engagé à atteindre 0,40 p. 100 de son PNB d'ici à Lors de la réunion du G-8 à Kananaskis, la plupart des gouvernements (à l'exception des États-Unis) ont également promis de consacrer au moins la moitié de ces hausses à la programmation pour le développement de l'afrique. Aide canadienne à l'afrique Le premier ministre, Jean Chrétien, a annoncé à Monterrey que le Canada allait majorer son APD de 8 p. 100 chaque année et, au Sommet mondial pour le développement social, à Johannesburg, il a mentionné que le Canada doublerait son budget d'aide d'ici à Une croissance de 8 p. 100 par année 3 Le Comité d aide au développement de l OCDE a adopté le revenu national brut (RNB) comme base de référence de la générosité relative des donateurs, au lieu du produit national brut (PNB). Ce changement n a aucun effet pratique sur le ratio de l APD du Canada. 3

4 représentera chaque année une hausse cumulative de 200 à 300 millions de dollars, dont la moitié irait à l'afrique. On s'attend que le ratio de l'aide soit de 36 p. 100 d'ici à 2010 selon les taux de croissance de l'économie canadienne. Bien qu'il s'agisse d'une très bonne nouvelle, le Canada a réduit son aide d'une manière draconienne depuis 1990, soit de 0,48 p. 100 du revenu national brut à 0,25 p. 100 aujourd'hui comparé à l'objectif de 0,7 p. 100 fixé par l'onu. Comment s'est classée l'aide accordée par le Canada aux pays de l'afrique subsaharienne au cours des dix dernières années? Entre 1990 et 2000, l'apd canadienne à l'afrique subsaharienne a régressé de 34,4 p. 100 (en dollars réels de 1999), tandis que l'apd canadienne globale a chuté de 31,2 p Les pays de l'afrique subsaharienne n'ont pas été épargnés par les compressions de l'apd canadienne dans le milieu des années 1990 et ils n'ont guère bénéficié des faibles hausses de l'apd canadienne depuis La réduction des budgets d'aide dans les années 1990 a fait reculer considérablement le Canada parmi les pays donateurs. En , il était l'un des cinq premiers donateurs pour les décaissements destinés à sept pays d'afrique. En , le Canada ne faisait plus partie des cinq premiers pour l'aide dans quelque pays que ce soit en Afrique et il ne s'est retrouvé parmi les dix premiers donateurs que pour seulement cinq pays. En fait, sur un cumulatif de ces dix années, l'afrique subsaharienne accuse une perte de plus de 1,6 milliard de dollars d'aide en provenance du Canada, si l'on présume que celle-ci avait été maintenue à son niveau atteint en Dans ce contexte, le Fonds canadien pour l'afrique de 500 millions de dollars sur trois années annoncé dans le budget de décembre 2001 ne représente qu'une faible mesure pour rattraper ces pertes. L 'engagement pris par le G-8 de consacrer la moitié des nouvelles ressources d'aide à l'afrique entraînerait un virage dans ce domaine par l'apport d'une somme cumulative d'environ 4,8 milliards de dollars sans compter le Fonds canadien pour l'afrique. Le profil de l'aide canadienne à l'afrique subsaharienne a connu plusieurs changements de cap dans les dernières années. 4 La proportion du total des décaissements de l'aide bilatérale consacrée à la programmation de l'aide non urgente destinée à l'afrique au titre des besoins humains fondamentaux a augmenté de 35 p. 100 en à 38 p. 100 en Cette hausse a été répartie entre l'éducation de base (24,2 millions à 31,7 millions) et les soins de santé primaires (24,6 millions à 33,8 millions). La proportion des décaissements globaux allouée aux besoins humains fondamentaux par le gouvernement (ACDI) et les institutions multilatérales a également augmenté de 51 p. 100 à 59 p. 100 en trois ans pour la réalisation des objectifs prioritaires en matière d'éducation de base et de soins de santé primaires par le biais des programmes sectoriels de gouvernement à gouvernement. 4 Prière de noter qu en , l ACDI a passé en revue les catégories et les caractéristiques de ses secteurs ainsi que la codification par finalité. Les comparaisons avec les années antérieures ne sont donc esquissées qu à titre indicatif. 4

5 Cependant les ONG canadiennes (en tant que catégorie de la société civile distincte des universités et des institutions) s'avèrent des réalisateurs importants de la programmation relative aux besoins humains fondamentaux pour l'acdi. La proportion de l'ensemble des décaissements bilatéraux alloués aux programmes des besoins humains fondamentaux mis en œuvre par les ONG canadiennes s'est accrue de 19 p. 100 en 1999 à 26 p. 100 en En outre, ces organisations ont consacré aux besoins humains fondamentaux 46 p. 100 des décaissements provenant de la Direction générale du partenariat canadien. En , l'aide alimentaire d'urgence et l'assistance humanitaire internationale (AHI) ont représenté plus de 10 p. 100 des débours destinés à l'afrique subsaharienne. Mais les pays de cette région ont aussi reçu 43 p. 100 des débours mondiaux de l'ahi et 54 p. 100 de toutes les sorties de fonds en aide alimentaire allouées par pays, ce qui indique l'étendue des crises humanitaires dans la région. Selon la nouvelle finalité adoptée par l'acdi depuis deux ans, en , les décaissements de son programme bilatéral pour l'afrique subsaharienne se sont accrus. Égalité des sexes : 8,2 p. 100 du total des débours dont 30 p. 100 par des ONG canadiennes Protection des droits 5,3 p.100 du total des débours humains et actions politiques : dont 42 p. 100 par des ONG canadiennes Institutions et pratiques 13,4 p.100 du total des débours démocratiques/ dont 8 p.100 par des ONG canadiennes Compétence du secteur public : Développement par le secteur 13,4 p.100 du total des débours privé (y compris les PME) dont 31 p.100 par des ONG canadiennes Environnement : 7,4 p. 100 du total des débours dont 10 p.100 par des ONG canadiennes Entre et , les décaissements en faveur de l'afrique subsaharienne ont changé de manière draconienne par rapport aux différents agents d'exécution canadiens (AEC). Proportion des décaissements bilatéraux Mise en œuvre par les ONG 19 p p. 100 Établissements - universités 12,7 7,5 Secteur privé 26,4 14 Gouvernement- institutions 39 57,6 multilatérales La proportion accrue pour l'exécution des projets par le gouvernement (par ex., l'acdi) est probablement attribuable à la plus grande importance de la programmation par secteur. Non seulement, les ONG canadiennes ont maintenu leur proportion mais celle-ci a augmenté par rapport aux AEC des établissements et du secteur privé. Le nombre d'ong agissant à titre 5

6 d'aec a augmenté de 34 en à 42 en Cependant, plus de 50 p. 100 des décaissements en sont allés à cinq ONG (comparé à 41 p. 100 en ). Nouvelles approches programmatiques de l'acdi Conformément aux orientations énoncées dans le document Pour une aide internationale plus efficace, l'acdi met en place de nouvelles perspectives de relations d'aide du Canada avec les pays de l'afrique subsaharienne et se propose d'intensifier ces aspects du programme. En Afrique subsaharienne notamment, l'agence apportera un appui coordonné aux donateurs sur le plan des stratégies relatives à la concentration par pays dans les secteurs de la santé et de l'éducation (swap) en s'appuyant sur les Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté de la Banque mondiale et du FMI. Présentement, 13 approches sectorielles ou activités semblables inscrites au budget ont été approuvées ou sont en voie d'élaboration au sein de l'agence pour l Afrique subsaharienne : ils visent en priorité l'éducation de base (Niger, Burkina Faso, Mali, Mozambique, Sénégal, Ouganda et Zambie), les soins de santé primaires (Malawi VIH/sida, Mali) et l'agriculture (Ghana). L'ACDI compte augmenter de manière significative les contributions canadiennes à des approches sectorielles sélectionnées en Afrique lorsque le programme bilatéral aura accès aux nouvelles ressources de l'aide. Par exemple, au cours de la prochaine décennie, l'agence devrait contribuer plus de 50 millions de dollars aux activités sectorielles pour l'éducation au Burkina Faso. Elle souscrira 26 millions d'ici à 2006 pour la gestion de l'environnement transfrontière à l'initiative ciblant le bassin du Nil. Les donateurs y compris l'acdi, en tant que responsables des diverses formes de ressources financières en commun pour ces programmes du ministère, s'inquiètent pour la plupart des questions de mise en œuvre p. ex., la capacité administrative, une imputabilité rigoureuse, et la gestion du risque que cela entraînera. La plupart des approches sectorielles en Afrique sont gérées en premier lieu par le bilatéral et les bailleurs de fonds multilatéraux. La contribution de 10 millions au programme du secteur de l'éducation de l'ouganda fait piètre figure en regard de celle de 144 millions du ministère du développement international du Royaume Uni et les 217 millions du crédit de rajustement au secteur de l'éducation alloués par la Banque mondiale. Dans plusieurs cas, les contributions canadiennes sont versées à un fonds d'affectation spéciale géré par une banque, où les décaissements sont conditionnels aux résultats vérifiés et conformes aux accords de prêts concurrents de la Banque mondiale (swap pour l'éducation au Burkina Faso). Les ONG s'inquiètent du fait que les opérations swap incitent l'acdi à rechercher presque exclusivement l'interaction avec les représentants des gouvernements, où toute responsabilité est renfermée dans les conditionnalités des donateurs imposées aux ministères respectifs. Jusqu'ici l'expérience résultant des SWAP a montré qu'ils tendent à faire fi de la nécessité de renforcer les mécanismes parlementaires de responsabilité. Une fois introduits, les swap passeront outre les importantes initiatives en matière d'égalité entre les sexes, d'éducation de base, de services de soins de santé primaires et de l'agriculture à petite échelle dans les collectivités par la conclusion de partenariats avec la société civile dans ces secteurs, maintenus durant des années par les ONG canadiennes et un appui considérable de l'acdi. Les documents de l'acdi définissant le rôle du Canada et les contributions au programme du secteur de l'éducation pour le Mozambique font état d un certain nombre de projets mis en œuvre par les ONG canadiennes (Vision mondiale Canada, UNICEF Canada, CODE) qui entrent dans le cadre de la politique gouvernementale touchant les swap. Cependant, les projets planifiés ou provisoires reposent exclusivement sur les fonds communs gérés par l'acdi et le renforcement des capacités. Les plans pour le 6

7 Malawi montrent que l Agence craint de ne pouvoir exercer un droit de parole en ce qui concerne les SWAPS pour l'éducation à cause des fonds limités. Sa solution consiste à supprimer graduellement la programmation et les partenariats dans d'autres secteurs, y compris le programme du Fonds des Nations unies pour la population/aphc axé sur la famille et la santé génésique. Un dirigeant de l'acdi, qui a généralement manifesté sa sympathie à l'égard des préoccupations des ONG, a avancé dans un document que le soutien accru aux swaps implique que «[L'Agence] n'aura plus besoin d'agences d'exécution canadiennes pour gérer ses projets. Elle devra plutôt faire appel à des experts canadiens pour l'aider à analyser, surveiller ou évaluer les activités au niveau du secteur et l'appuyer dans le partenariat relatif à la planification et la mise en œuvre du plan sectoriel». Il poursuit en soulignant l'évolution vers des niveaux de partenariat plus élevés avec les acteurs nationaux dans les pays en développement et insiste sur un intérêt accru pour le renforcement des capacités, ce qui ferait appel à un ensemble de compétences autres que celles qui sont associées à la gestion des projets du modèle classique. Les ONG canadiennes devront alors acquérir de nouvelles compétences pour travailler avec d autres intervenants [notamment le gouvernement], dans le contexte de projets d'envergure, bien qu'il n'y ait pas encore d'évidence et, il propose que les questions de responsabilité impliquent la présence d'une société civile forte. L'ACDI devra s appuyer sur les initiatives des ONG canadiennes qui, en dehors des swap, visent à renforcer la capacité locale, au lieu de financer les projets de développement habituels. Ce même dirigeant engage les ONG canadiennes à délimiter leur créneau dans un contexte en évolution. 5 Les donateurs sont de plus en plus attentifs au fait que les swap et les stratégies de programme par pays concordent en général avec le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté d un pays en développement. L'ACDI a joué un rôle minime dans l'établissement des rôles des cadres de stratégie pour la réduction de la pauvreté par la Banque mondiale, mais ses approches pour une aide plus efficace ne remettent pas en question la centralité du processus des DSRP dans la programmation de l'agence, en particulier avec les pays pauvres. 6 Sur ce point les dirigeants de l'acdi ont appuyé le processus des DRSP en s'engageant à divers degrés au cours des deux dernières années. Il est arrivé qu elle affecte parfois des fonds peu importants en vue de favoriser une plus grande inclusion et une réflexion plus critique des stratégies du gouvernement pour la réduction de la pauvreté (l'inclusion des spécialistes en équité entre les sexes par exemple). Mais il devient de plus en plus clair que la conformité de la politique de l'agence aux hypothèses néolibérales et aux conditionnalités de la Banque mondiale et du FMI, véhiculées par les DSRP, entravent la liberté de faire des choix de programmation différents en vue de leur mise en œuvre. Par exemple, en Tanzanie, l'acdi participe conjointement avec les donateurs à une activité pour le mécanisme de soutien du budget tanzanien de réduction de la pauvreté. Le soutien du budget, sous les auspices de la Banque mondiale, a été pratiquement abandonné par l'agence au début des années 90. Bien que les fonds en commun alloués dans le cadre stratégique de réduction de la pauvreté en Tanzanie permettent au gouvernement de mieux prévoir le financement à moyen terme et un cadre de responsabilité commun, il est également obligé d'accepter des «engagements» plus fondamentaux. L'accord sur le mécanisme comprend des engagements détaillés quant à l'examen des dépenses, l inventaire des dettes 5 Réal Lavergne, Notes sur les partenariats canadiens et les swaps, Direction générale du partenariat canadien, ACDI, mars Pour plus de détails sur l ACDI et le DRSP, voir The Politics of Institutional Reform in the Aide Regime : CIDA and PRSPs, un mémoire présenté par Brian Tomlinson au Colloque au Centre d étude sur le droit international et la mondialisation, Université du Québec à Montréal, mai

8 arriérées, des programmes contre la corruption dans le secteur et le gouvernement local et la réalisation de toutes les mesures prévues par le processus de l'initiative II en faveur des pays pauvres les plus endettés (PPTE). En outre, les donateurs assujettiront également l'accès aux décaissements du mécanisme aux progrès correspondant au cadre stratégique de réduction de la pauvreté et de croissance du FMI et aux programmes de crédit de la Banque mondiale pour l'ajustement structurel. Il est clair que la communauté de bailleurs de fonds, y compris l'acdi, a une notion étroite de la prise en main par la Tanzanie des stratégies propres à combattre la pauvreté. 7 Enfin dans Pour une aide internationale plus efficace l'acdi se propose de mettre l'accent sur sa programmation dans un plus petit groupe de pays de concentration. Si les noms des pays de concentration qui bénéficieront des nouvelles ressources n'ont pas été divulgués, le président de l'agence, Len Good, a indiqué que l'orientation générale de l'acdi serait de poursuivre les programmes les plus courants, tout en accordant la priorité d accès aux nouvelles ressources de l aide aux pays qui se seront dotés d'une bonne gouvernance et de stratégies efficaces pour éliminer la pauvreté par l'utilisation de ces nouvelles ressources de l'aide. M. Good a fait cette déclaration lors des consultations entre le CCCI et l'acdi en avril Compte tenu des engagements des mois précédents du premier ministre, les nouvelles ressources pourraient représenter une somme considérable (voir ci-dessus). Le président a ajouté que l'agence poursuivra dans les 10 à 15 pays dudit groupe la mise en œuvre de ses stratégies. " Même alors, en parlant de travail avec le gouvernement... nous traiterons de la participation de la société civile... nous aborderons la question des responsabilités du gouvernement et des entreprises ". Le CCCI a insisté sur l'importance de la gouvernance au-delà du gouvernement. À cette même occasion, le président-directeur général du CCCI, Gerry Barr, a affirmé que «la gouvernance implique la participation des citoyens à la vie publique. Elle implique la participation des gouvernements, mais aussi des enceintes qui favorisent le dialogue entre ces derniers et les citoyens, où peut se manifester leur désaccord, ainsi que la présence d'intervenants publics et de mouvements sociaux». 8 La tendance de l'acdi à la sélectivité s'appuie fortement sur l'analyse et l'avis de la Banque mondiale voulant que l'aide n'ait été efficace que dans un contexte de bonne politique et de bonne gouvernance. Tant les universitaires que les ONG ont contesté l'analyse technique qui préside aux conclusions de la Banque et plaidé pour une aide déterminée par les besoins des pauvres et pour l'engagement des partenaires en faveur de l'élimination de la pauvreté Commerce entre le Canada et l'afrique subsaharienne Bien que les États-Unis soient de loin le plus important partenaire commercial du Canada, ce dernier a connu une croissance considérable dans le commerce avec les pays en voie de développement pour lesquels les exportations ont augmenté de 3,4 p. 100 annuellement et les importations, de 15,7 p. 100, durant les dix dernières années. Mais la croissance la plus forte est concentrée en Asie et dans les 7 ACDI, Project Approval Document : Support for Tanzania s Poverty Reduction Budget Support (PRBS) Facility, janvier 2002, cité dans Tomlinson, op.cit. 8 CCCI, Renforcer les partenariats entre l ACDI et les organisations de la société civile, Consultations CCCI-ACDI, avril 2002, Rapport sommaire, disponible à la page Orientation politique du site web 9 Voir EURODAD, Moving Beyond Good and Bad Performance, why the emphasis on selectivity could undermine the current focus on ownership, participation and poverty reduction, juin 2002, disponible sur le site 8

9 Amériques, où le Mexique et la Chine représentent 54 p. 100 des importations canadiennes en provenance des pays en développement pour l'année Le commerce entre le Canada et l'afrique subsaharienne reste marginal même comparé aux autres pays en voie de développement. Il ne représente que 3,2 p. 100 des importations en provenance des pays en développement et 4,1 p. 100 des exportations du Canada vers celles-ci. Le pétrole brut et autres huiles minérales constituaient 46 p. 100 des importations en provenance d'afrique en 1999 et les vêtements usagés occupent la première place des exportations du Canada vers beaucoup de pays africains. Ouverture sur le monde, la stratégie commerciale du gouvernement canadien touchant les objectifs prioritaires de l'accès au marché international en 2002, se concentre uniquement sur l'afrique du Sud parce que ce pays offre de grandes possibilités au Canada pour le commerce et l'investissement, étant donné son énorme potentiel dans les secteurs des mines, des transports, des télécommunications et de l'aménagement d'infrastructures. 10 L'initiative du gouvernement canadien visant à étendre l'accès en franchise et l'accès hors quota aux exportations des pays les moins avancés (PMA) est considéré d'un bon œil. Les pays africains composent la majorité des PMA et seraient les mieux placés pour en profiter. Mais la proposition n'apportera que très peu de retombées pour la réduction de la pauvreté en Afrique parce que l'impact majeur résultera en un accès accru pour les textiles et les vêtements, et la plupart des intérêts commerciaux pour ce secteur se trouvent en Asie méridionale et en Chine. Un analyste a signalé que dans le secteur des textiles, seul le Lesotho bénéficierait de l'exportation dans ce domaine, mais seulement dans une catégorie, celle des pantalons. 11 Mais les gains pour la lutte contre la pauvreté sont également influencés par les conditions pour l'emploi et l'investissement. Par exemple, l'importation de vêtements du Lesotho pour les grands magasins mentionnée plus haut, a été remise en question par les ONG canadiennes à cause des préoccupations relatives aux droits des travailleurs dans les usines qui confectionnent ces vêtements. Le soutien aux droits de la femme et aux organisations de femmes est crucial étant donné la prédominance féminine qui existe dans beaucoup de ces secteurs d'exportations. Les ONG canadiennes ont également fait remarquer que les mesures destinées à réduire les tarifs canadiens auront une incidence limitée sur la réduction de la pauvreté sans une action concertée par le Canada visant à réformer les règles commerciales actuelles et à démocratiser le processus d'établissement de ces règles. Les accords de commerce actuels doivent concéder plus de latitude aux pays en développement afin qu'ils de leur permettre de répondre à leurs besoins de développement en agriculture et en sécurité alimentaire ou en soins de la santé à coût abordable, par exemple. Révisé en septembre 2002 Brian Tomlinson, Agent de programme, Orientation politique, CCCI 10 Équipe Canada inc., Ouverture sur le monde : priorités du Canada en matière d accès aux marchés internationaux 2002, MAECI, «The Globe and Mail», 3 avril

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