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1 DÉVELOPPER Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les un volet de la Stratégie de prévention en toxicomanie chez les jeunes Canadiens

2 Ce document est publié par le Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT). Citation proposée : Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies. Développer nos habiletés : Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales, Ottawa (Ontario), Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, Il s agit d un document évolutif que le CCLAT pourra réviser et mettre à jour selon les nouvelles données et recherches. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, CCLAT, 75 rue Albert, bureau 500 Ottawa (Ontario) K1P 5E7 Tél. : Courriel : Ce document peut aussi être téléchargé en format PDF à This document is also available in English under the title: Strengthening our skills: Canadian guidelines for youth substance abuse prevention family skills programs. ISBN

3 Développer Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales Un complément aux normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu scolaire et aux normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu communautaire Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies

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5 Résumé Développer nos habiletés : Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales vient compléter les normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu scolaire et les normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu communautaire. Ensemble, ces documents font partie d un portefeuille de normes et de lignes directrices nationales préparées sous la direction du Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT). Le portefeuille de normes fait partie intégrante de la Stratégie de prévention en toxicomanie chez les jeunes Canadiens, initiative quinquennale lancée par le CCLAT en 2007 pour diminuer l usage de drogues chez les jeunes Canadiens de 10 à 24 ans. La Stratégie répond à un appel à l action visant à réduire l abus de substances chez les enfants et jeunes Canadiens - une priorité nationale retenue dans le Cadre national d action pour réduire les méfaits liés à l alcool et aux autres drogues et substances au Canada (2005). L élaboration de la Stratégie de prévention en toxicomanie chez les jeunes Canadiens a été guidée par des travaux de recherche prometteurs indiquant notamment que l efficacité des efforts de prévention est accrue quand ils sont polyvalents (c.-à-d. quand on associe messages médiatiques et programmes préventifs mobilisant les écoles, les collectivités et les familles) et de longue durée. C est pourquoi la Stratégie fait appel à trois approches complémentaires qui viennent appuyer et multiplier les répercussions de chaque approche, tout en permettant l atteinte de résultats précis. Ces trois approches sont : établir et maintenir des partenariats durables (p. ex. Groupe consultatif national sur la prévention de la toxicomanie chez les jeunes); créer un portefeuille de normes canadiennes de prévention; créer et soutenir un Consortium des médias / des jeunes (p. ex. Les normes en milieu scolaire et communautaire guident les équipes de prévention dans l analyse de la situation dans une école ou une communauté et la décision de fournir ou non du soutien aux familles. En fonction des résultats de cette analyse, les équipes de prévention peuvent choisir d organiser ou de superviser des programmes d habiletés familiales selon une approche complète. Les programmes d habiletés familiales se définissent comme des programmes en plusieurs séances axés sur les habiletés à l intention de groupes de parents ou de familles comptant des enfants de 0 à 18 ans dont les objectifs incluent la prévention de la toxicomanie chez les enfants de ces familles. Le présent document (lignes directrices familiales) fournit une orientation aux équipes qui souhaitent concevoir leur propre programme d habiletés familiales, renforcer un programme existant ou adopter un programme publié. Il s agit d une ressource importante, car elle offre un modèle de programme d habiletés familiales ainsi qu un cadre pour la planification, la mise en œuvre et l évaluation des programmes. Les lignes directrices présentées dans ce supplément sont fondées sur des données probantes et constituent des pratiques exemplaires. Elles sont le résultat d une méthodologie rigoureuse, soit une recherche et une analyse approfondies de la documentation scientifique, d une orientation continue du Groupe de travail sur les normes canadiennes et d une consultation électronique bilingue auprès de personnes participant aux programmes de formation et d éducation des parents ou des familles partout au pays. Ces programmes sont au cœur des lignes directrices familiales parce qu ils se sont montrés efficaces dans divers contextes culturels et peuvent éventuellement servir à un large éventail de la population. La plupart des facteurs familiaux associés à l abus de substances sont également liés à d autres questions sanitaires et sociales, comme les problèmes de santé mentale, la violence, la criminalité et les comportements sexuels à risque. Ces programmes pourront donc avoir une grande influence. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

6 Les programmes d habiletés familiales conviennent mieux aux populations «universelles» et «sélectives» (c.-à-d. prévention primaire) et sont pilotés par des animateurs certifiés en prévention qui utilisent des techniques axées sur les points forts pour encourager l exploration personnelle de problématiques parentales communes (p. ex. communication, discipline), plutôt que de se concentrer sur les problèmes individuels. Ce document présente les programmes d habiletés familiales comme relevant à la fois de la prévention de la toxicomanie et des systèmes de soutien familial en place dans la collectivité. Si les organisations ou animateurs pourront mettre la main sur les lignes directrices familiales de plusieurs façons, elles sont avant tout conçues pour les personnes-ressources en prévention (c.-à-d. des personnes qui ont le mandat et l expertise pour effectuer des activités de prévention en milieu communautaire et scolaire) et qui font partie d une équipe s intéressant à la prévention et à la promotion de la santé dans les familles. Les lignes directrices familiales comptent quatre parties. La première partie : le contexte des lignes directrices aborde les facteurs influant sur le bien-être familial et l abus de substances chez les jeunes, présente une définition, une description et les fondements théoriques des programmes d habiletés familiales et résume les avantages et les enjeux liés à la mise en œuvre de ces programmes. La deuxième partie : les lignes directrices énumère et explique les neuf lignes directrices pour les programmes d habiletés familiales. La troisième partie : suggestion de contenu pour des programmes d habiletés familiales présente le cadre que propose l Office des Nations Unies contre la drogue et le crime dans son Guide d application des programmes d acquisition de compétences familiales pour la prévention de l usage de drogue (2009). Enfin, la quatrième partie : les annexes comprend la méthodologie, les références et la bibliographie. Voici les neuf lignes directrices pour les programmes d habiletés familiales : 1. Intégrer le savoir-faire culturel au programme 2. Préciser les besoins, les ressources, les cibles et les objectifs 3. Définir des fondements théoriques pour guider la conception, la mise en œuvre et l évaluation 4. Mettre en place un contexte organisationnel et communautaire solide pour le programme 5. Prêter attention à la sélection, à la formation et au soutien de l animateur 6. Veiller au recrutement actif de participants 7. Mettre en œuvre fidèlement des programmes factuels 8. Prendre des mesures pour éviter le départ des participants 9. Surveiller, évaluer et réviser le programme en conséquence En leur présentant un modèle de programme d habiletés familiales, le CCLAT encourage les équipes à constamment améliorer la planification, la mise en œuvre et l évaluation de ce type de programmes. En ce qui concerne les autres éléments du portefeuille de normes canadiennes de prévention de l abus de substances chez les jeunes du CCLAT, une multitude de ressources pratiques seront préparées et rassemblées pour appuyer les équipes dans ce travail. 4 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

7 Préambule : les lignes directrices familiales Développer nos habiletés : Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales (aussi appelées lignes directrices familiales) fait partie d un portefeuille de normes et de lignes directrices nationales préparées sous la direction du Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT). Bénéficiant d un soutien financier de Santé Canada, le CCLAT a pour mandat législatif d assurer un leadership à l échelle nationale et de fournir des analyses et des conseils factuels afin de mobiliser les efforts de collaboration visant à réduire les méfaits liés à l alcool et aux autres drogues. Les lignes directrices familiales ont été conçues par le Groupe de travail sur les normes canadiennes, qui se compose de représentants du CCLAT, de partenaires et d autres experts canadiens de pointe en prévention de la toxicomanie, en développement de l enfant et en éducation familiale de divers secteurs : Luc Beaucage, Gendarmerie royale du Canada Doug Beirness (coprésident), Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies Shiela Bradley, Alberta Health and Wellness Diane Buhler, Parent Action on Drugs Gloria Chaim, Centre de toxicomanie et de santé mentale Heather Clark, Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies Asma Fakhri, Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies Penny Froh, ministère de la Santé de la Saskatchewan Sylvia Kairouz, Université Concordia Marvin Krank (coprésident), Université de la Colombie-Britannique Jodi Lane, Alberta Health and Wellness Betsy Mann, Association canadienne des programmes de ressources pour la famille Ray Peters, Université Queen s Gary Roberts, Gary Roberts and Associates Corry Rusnak, Santé et affaires sociales du Yukon Le CCLAT tient à souligner la contribution de Gary Roberts aux analyses documentaires et à la rédaction de ce document. La présente initiative s inscrit dans la Stratégie de prévention en toxicomanie chez les jeunes Canadiens, qui a été lancée en Financée par le Fonds des initiatives communautaires de la Stratégie antidrogue de Santé Canada, la Stratégie est la réponse du CCLAT à un appel visant à combler les besoins des enfants et des jeunes adressé dans le Cadre national d action pour réduire les méfaits liés à l alcool et aux autres drogues et substances au Canada (2005). Les lignes directrices familiales ont été produites grâce à une contribution financière du Fonds des initiatives communautaires de la Stratégie antidrogue de Santé Canada. Les points de vue exprimés ne reflètent pas nécessairement ceux de Santé Canada. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

8 Portefeuille de normes du CCLAT Les lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales font partie du portefeuille de normes canadiennes de prévention de l abus de substances chez les jeunes du CCLAT. Le présent document vient compléter les normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu scolaire et les normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu communautaire. Il est possible de se procurer ces normes sur le site Web du Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies (www.cclat.ca). Le portefeuille de normes du CCLAT comprend des ressources spécifiques à plusieurs milieux et vise à renforcer la qualité des initiatives canadiennes de prévention de la toxicomanie destinées aux jeunes. Pour soutenir ces efforts et encourager sa mise en application, le portefeuille est accompagné de deux répertoires, soit un répertoire de ressources en prévention* pouvant favoriser la compréhension et la mise en œuvre des normes et un répertoire d initiatives canadiennes de prévention** s adressant aux intervenants à la recherche d initiatives qui ont été évaluées par rapport aux normes. établissements d enseignement postsecondaire, les milieux de travail et les bars) et assurer la coordination avec les projets scolaires, s il y a lieu. Les normes en milieu scolaire et communautaire guident les équipes dans l analyse de la situation dans une école ou une communauté et la décision de fournir ou non du soutien aux familles. D après les résultats de l évaluation, les équipes de prévention peuvent organiser ou superviser les programmes d habiletés familiales dans le cadre d une approche complète. Les lignes directrices familiales fournissent une orientation aux équipes qui visent cet objectif. Les normes en milieu scolaire et communautaire visent le renforcement du travail des groupes et des équipes en les amenant à mettre en œuvre dans leur domaine respectif des initiatives complètes et à long terme. En ce sens, les normes scolaires et communautaires se complètent et incitent les équipes des milieux concernés à s efforcer de coordonner et d intensifier les activités qui sont interconnectées. Dans le contexte scolaire, une «approche complète» signifie prendre en considération l environnement d une école, son programme d études et ses politiques, et établir des partenariats et coordonner des initiatives au sein de la collectivité, comme des programmes d habiletés familiales par exemple. Dans le contexte communautaire, une «approche complète» signifie combler les lacunes, offrir des programmes de qualité et coordonner des initiatives dans d autres cadres (comme les programmes familiaux, les loisirs, les médias, les * ** 6 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

9 Table des matières Résumé 3 Préambule : les lignes directrices familiales 5 Portefeuille de normes du CCLAT 6 Première partie : le contexte des lignes directrices Introduction Facteurs familiaux influant sur le bien-être des jeunes et l abus de substances Définition et description des programmes d habiletés familiales Contextes théoriques et conceptuels des programmes d habiletés familiales Avantages et enjeux des programmes d habiletés familiales Conclusion 20 Deuxième partie : les lignes directrices Intégrer le savoir-faire culturel au programme Préciser les besoins, les ressources, les cibles et les objectifs Définir des fondements théoriques pour guider la conception, la mise en œuvre et l évaluation Mettre en place un contexte organisationnel et communautaire solide pour le programme Prêter attention à la sélection, à la formation et au soutien de l animateur Veiller au recrutement actif de participants Mettre en œuvre fidèlement des programmes factuels Prendre des mesures pour éviter le départ des participants Surveiller, évaluer et réviser le programme en conséquence 43 Troisième partie : suggestion de contenu pour des programmes d habiletés familiales Contenu et compétences pour les parents Contenu et compétences pour les enfants Contenu et compétences pour les familles 52 Quatrième partie : les annexes Méthodologie Bibliographie Références 62

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11 Développer Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales Première partie : le contexte des lignes directrices Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies

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13 1 Première Partie : le contexte des lignes directrices Développer nos habiletés : Lignes directrices canadiennes pour les programmes de prévention de l abus de substances axés sur les habiletés familiales 1. Introduction Au Canada, les enfants et les familles vivent dans des situations extrêmement diverses présentant des atouts et des défis uniques (p. ex. les familles vivant dans des collectivités rurales et éloignées, les familles monoparentales, les familles dont les parents sont du même sexe, les familles d accueil) i. En ce qui a trait aux origines ethnoraciales, le Canada est l une des nations les plus diversifiées de la planète 1. Depuis 2006, les Canadiens ont déclaré 200 origines ethniques, et un Canadien sur cinq est né à l extérieur du pays 2. Cette même année, le nombre de Canadiens qui se définissaient comme Autochtones a dépassé la barre du million 3. Étant donné cette diversité, le terme «famille» revêt plusieurs significations, et la vie familiale prend de multiples formes. Dans leurs formes diverses et leurs gratifications, le rôle parental et la vie de famille sont des défis quotidiens. Au fil des années, un ensemble de ressources et de services de soutien ont été créés pour aider les parents à jouer leur rôle, dont des groupes récréatifs parents-enfants, des fiches d information, des devoirs pour les parents sur les problèmes des jeunes, des séances d information, des messages dans les médias, des cours sur les habiletés parentales, des thérapies familiales, des consultations au téléphone et des visites de soutien à domicile. Les lignes directrices familiales fournissent une orientation aux groupes qui souhaitent mettre en œuvre une forme précise de soutien en matière de prévention, à savoir les programmes d habiletés familiales pour la prévention de la toxicomanie chez les jeunes. Les programmes d habiletés familiales se définissent comme des programmes en plusieurs séances axés sur les habiletés à l intention de groupes de parents ou de familles comptant des enfants de 0 à 18 ans dont les objectifs incluent la prévention de l abus de substances chez les enfants de ces familles. Les programmes d habiletés familiales sont au cœur des lignes directrices familiales, car : ils s intéressent à certains des principaux facteurs du développement des jeunes et de prévention de l abus de substances 4 ; L efficacité potentielle d initiatives scolaires et communautaires exhaustives sera largement accrue par l inclusion de programmes d habiletés familiales i Voir le document d accompagnement L union fait la force : Normes canadiennes de prévention de l abus de substances en milieu communautaire pour une analyse de divers groupes de jeunes (p. ex. jeunes autochtones; jeunes désengagés des activités scolaires et communautaires; jeunes gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres; jeunes nouveaux au Canada; jeunes qui ont moins accès aux déterminants sociaux de la santé; jeunes ayant des problèmes de santé mentale) et une analyse des différences sexospécifiques. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

14 ils reposent sur des données probantes solides, y compris des résultats de recherches canadiennes 5,6,7 ; ils sont rentables 8 ; ils peuvent s adapter à une gamme de contextes culturels 9 ; ils peuvent desservir un large éventail de familles dans une collectivité 10. Cette section explique le contexte des présentes lignes directrices. Elle expose les facteurs familiaux influant sur le bien-être des jeunes et l abus de substances, présente une définition, une description et les fondements théoriques des programmes d habiletés familiales et elle résume les avantages et les défis liés à la mise en œuvre de ces programmes. Par conséquent, l efficacité potentielle d initiatives scolaires et communautaires exhaustives sera largement accrue par l inclusion de programmes d habiletés familiales. Ces programmes devraient être perçus, d une part, comme faisant partie d une approche globale de la prévention de l abus de substances et, d autre part, comme une composante du soutien familial et parental général offert au sein d une collectivité. Bien que des organisations et des animateurs puissent disposer de cette ressource dans le cadre d autres services, elle est avant tout conçue pour les intervenants en prévention (c.-à-d. des personnes qui ont le mandat et l expertise pour effectuer des activités de prévention communautaire ou scolaire, ce qui peut s inscrire dans le cadre d une description de travail plus large). On encourage les intervenants en prévention à travailler avec une équipe ou un groupe regroupant divers acteurs ii, qui pourraient comprendre le personnel responsable du programme, des participants au programme (anciens ou actuels), des partenaires financiers, des collègues d organismes partenaires et d autres intervenants. On incite les équipes à consulter cette ressource lorsqu elles se préparent à concevoir leur propre programme, à renforcer leurs programmes actuels ou à adopter un programme publié 11. Elles peuvent aborder le travail en toute confiance, puisque les lignes directrices présentées dans ce document sont fondées sur des données probantes et constituent des pratiques exemplaires. Elles sont le résultat d une méthodologie rigoureuse, soit une recherche et une analyse approfondies de la documentation scientifique, d une orientation continue du Groupe de travail sur les normes canadiennes et d une consultation électronique bilingue auprès de personnes participant aux programmes de formation et d éducation des parents ou des familles partout au pays (pour une méthodologie détaillée, voir la quatrième partie : les annexes). ii Dans les normes et lignes directrices du CCLAT, le terme «équipe» renvoie aux groupes qui réunissent divers membres et représentants de la collectivité pour prendre des mesures préventives visant à lutter contre la toxicomanie chez les jeunes. 12 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

15 Facteurs familiaux influant 2. sur le bien-être des jeunes et l abus de substances Les facteurs qui peuvent influer sur le développement des jeunes et la consommation problématique de substances sont nombreux. Les différents facteurs allant de la génétique à la personnalité en passant par diverses influences sociales et environnementales interagissent pour former une matrice complexe de protection et de risque tout au long de la vie d une personne. Parmi ces différents facteurs, la qualité du soutien parental et de la vie familiale influe fortement sur le risque de toxicomanie chez les jeunes et sur d autres questions sanitaires et sociales qui en découlent 12. La vie parentale et la vie familiale subissent, à leur tour, les effets de facteurs sociétaux élargis (p. ex. des politiques socioéconomiques gouvernementales, un écart salarial important, des problèmes d équilibre travail-vie familiale, des changements apportés par les nouvelles technologies) 13,14,15. De tels facteurs influent sur la capacité de la famille à accéder aux divers déterminants sociaux de la santé (p. ex. revenu et statut social, réseau de soutien social, instruction et alphabétisation, emploi, conditions de travail, possibilités de loisirs, culture) 16. L accès à ces déterminants varie selon l endroit où une personne habite au pays (p. ex. dans une ville, une réserve, un endroit éloigné ou nordique) 17. La plupart des localités présentent à la fois des atouts et des défis, p. ex. une collectivité rurale dispose peut-être d un moins grand nombre de personnes-ressources, mais celles-ci travaillent en étroite collaboration les unes avec les autres, ce qui leur permet d en faire plus. La «culture» est un déterminant de la santé qui a une grande incidence sur les valeurs et les pratiques associées à la vie de famille et à la consommation de substances. On peut définir la culture comme un système de croyances, de pratiques et de valeurs collectives qui guident les décisions et les actions d une façon prédéterminée 18. Au-delà de la grande diversité des groupes ethnoculturels du Canada, les Canadiens possèdent de multiples identités culturelles, soit p. ex. les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les gais, les lesbiennes, les bisexuels, les transgenres, les personnes ayant différentes capacités, les membres de groupes religieux et les membres d affiliation (p. ex. les militaires). La culture se traduit par des facteurs socioéconomiques et d autres facteurs environnementaux qui augmentent ou diminuent l accès aux déterminants de la santé et qui ont un effet sur les habitudes de consommation de substances et la structure de la vie familiale : Les habitudes de consommation de substances sont largement influencées par la culture les différentes cultures ayant différentes histoires, divers rituels sociaux et religieux ainsi que différentes normes et attitudes face à des substances particulières (de même que des degrés d ouverture assez distincts pour ce qui est de discuter de la consommation de substances ou de demander de l aide); elles peuvent constituer des facteurs de protection ou de risque. De nombreux aspects critiques de la vie familiale, comme le rôle assigné à chacun des sexes (y compris celui au sein de relations entre partenaires de même sexe), les pratiques en matière d éducation des enfants et le rôle de la famille élargie, sont également fortement influencés par la culture; ils peuvent également constituer des facteurs de protection ou de risque. Dès le début, les facteurs élargis tissent la vie familiale quotidienne et tracent le parcours unique de chaque enfant. Du point de vue du développement, les premières expériences de risque et de protection peuvent faire boule de neige et modifier le cours du développement. Les interactions entre parents et enfants en bas âge jettent les bases du développement émotionnel et social de l enfant 19. À titre d exemple, les pratiques parentales peuvent contribuer à un comportement agressif en bas âge. Si aucune mesure n est prise, un tel comportement peut mener à des problèmes scolaires, comportementaux et sociaux, ce qui inclut l abus de substances 20. Les premiers facteurs de risque sont généralement déterminants, mais on peut dire la même chose des premières expériences de protection. Le simple fait d inscrire un enfant à un programme pour les garçons ou les filles peut avoir des bienfaits à long terme. L enfant demeure vulnérable aux risques et aux influences protectrices tout au long de son développement, mais les transitions peuvent être des moments de vulnérabilité. Par exemple, un enfant qui n a pas connu d ennuis peut devenir vulnérable en se posant des questions sur sa sexualité à l adolescence. Par conséquent, les interventions précoces et au début des périodes de transition sont importantes. Bien que d autres facteurs puissent influer sur le bien-être d un jeune et un éventuel problème de toxicomanie, les facteurs familiaux revêtent une importance cruciale puisqu ils peuvent augmenter ou diminuer l effet de ces influences extérieures 21. Par exemple, à l adolescence, les camarades et les médias (y Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

16 compris les médias sociaux) sont des facteurs qui peuvent contribuer à la toxicomanie. Un milieu familial positif peut toutefois compenser ces influences 22. Un milieu familial positif peut avoir des effets préventifs sur les comportements de consommation et d autres questions sanitaires et sociales, comme les problèmes de santé mentale, la violence, la criminalité et les comportements sexuels à risque 23. Les facteurs familiaux qui fournissent une protection contre ces problèmes et qui promeuvent la résilience iii,24 incluent 25,26,27,28 : lien parent/enfant sécurisant et sain (p. ex. chaleur, confiance); supervision et suivi assurés par les parents; discipline efficace et constante; transmission de valeurs et d attentes familiales saines; implication des parents dans la vie des enfants (p. ex. temps passé en famille); soutien parental (p. ex. sur le plan émotionnel, cognitif, social et financier); aptitudes familiales à la résolution de problèmes et à l adaptation; soutien aux enfants pour les aider à avoir des rêves, des buts et un objectif dans la vie. L absence, dans une famille, des facteurs ci-dessus expose les enfants et les jeunes au risque de développer des problèmes sociaux et sanitaires, dont la consommation problématique de substances. Il existe d autres importants facteurs de risque, notamment 29 : des exemples de communication négatifs (p. ex. critiques, blâmes, absence de compliments); le laisser-faire des parents par rapport à la consommation de substances; un environnement familial chaotique ou des conflits parentaux; La plupart des facteurs familiaux associés à la toxicomanie sont également liés à d autres questions sanitaires et sociales, comme les problèmes de santé mentale, la violence, la criminalité et les comportements sexuels à risque. des parents ou frères et sœurs ayant une dépendance à une substance, souffrant de maladie mentale ou se livrant à des comportements criminels ou de gang. La présence continue de facteurs de risque au sein de la famille peut entraîner des comportements nuisibles pour la santé ou des problèmes de santé mentale chez les enfants. Les problèmes peuvent prendre différentes formes, telles que la consommation précoce d alcool ou d autres substances (soit habituellement avant l âge de 13 ou 14 ans), qui, à son tour, est perçue comme un facteur de risque important de divers problèmes à l âge adulte 30. Selon leur mode de fonctionnement, les familles peuvent, d une part, contribuer à la dépendance à une substance d un membre de la famille ou, d autre part, constituer un facteur crucial de la guérison. Les familles dont un parent est toxicomane vivent des perturbations importantes et durables. Les enfants de ces familles peuvent être exposés de manière répétitive à des conflits et à de la violence (ce qui inclut la violence verbale et physique) et à des comportements toxicomanes nuisibles à la santé. Les familles aux prises avec des problèmes de dépendance ont tendance à souffrir d isolement social, et leurs enfants peuvent développer moins de relations positives 31. Les enfants des familles dont un parent est toxicomane présentent un risque élevé de développer euxmêmes des problèmes de santé mentale ou de consommation de substances. Un fort soutien familial permet aux membres toxicomanes d une famille de s en sortir, et cette réussite peut avoir un effet préventif important chez les enfants de cette famille. Au Canada, les pères de famille participent davantage à l éducation des enfants et s en occupent davantage 32. Il s agit là d une tendance très positive, mais, jusqu à présent, peu de recherches ont été menées sur les différents rôles, les facteurs qui influencent ces rôles et les répercussions de ces rôles sur la vie familiale. Il est plus utile de considérer la nature et l envergure de la place qu occupent les pères auprès des enfants comme le résultat d une combinaison d atouts et d obstacles chez les personnes, au sein des familles et dans les différents milieux iii La résilience est l aptitude des enfants et des familles à s adapter avec succès aux événements ou circonstances difficiles (Masten et Obradovic, 2006). 14 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

17 (p. ex. politiques, normes, disponibilité de services de soutien destinés aux pères). Les données actuelles laissent entendre que la participation du père a un effet positif sur la réussite scolaire des enfants, leur comportement social et la protection contre la délinquance et la dépression, particulièrement chez les garçons 33,34,35. Parmi les nombreux facteurs qui influent sur le bien-être et les comportements de consommation des jeunes, les facteurs liés à la vie familiale et au rôle parental sont déterminants. Ces facteurs peuvent également avoir un effet sur d autres comportements à risque pour la santé ainsi que sur la santé mentale des enfants et des jeunes. Les programmes d habiletés familiales se sont montrés efficaces pour traiter bon nombre de ces facteurs de risque pour une variété de familles et ont contribué, de différentes façons, à la santé des jeunes ainsi qu au bien-être des familles. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

18 Définition et description 3. des programmes d habiletés familiales Les programmes d habiletés familiales se définissent comme des programmes en plusieurs séances axés sur les habiletés à l intention de groupes de parents iv ou de familles v comptant des enfants de 0 à 18 ans dont les objectifs incluent la prévention de l abus de substances chez les enfants de ces familles. Bien que la différence ne soit pas toujours évidente, les programmes d habiletés familiales conviennent mieux aux populations «universelles» et «sélectives» (qui représentent ensemble la «prévention primaire»). La prévention universelle vise des groupes (des familles dans ce cas-ci) indépendamment du niveau de risque, alors que les programmes de prévention sélective visent les groupes que l on sait à risque (p. ex. les familles dont un parent est en traitement pour une toxicomanie, celles qui éprouvent du stress et qui traversent une période de transition) vi. Les familles qui présentent des problèmes plus graves ou plus profondément ancrés (p. ex. problèmes émotionnels ou comportementaux chez l enfant, interruption des interactions entre les parents et les enfants, problèmes de violence) pourraient tirer profit des programmes d habiletés familiales en raison de la forte motivation qui pousse à résoudre les pressions familiales et parentales. Par contre, elles profiteront probablement davantage de services de prévention ciblée vii ou de traitement comme la thérapie familiale personnalisée donnée par des professionnels avec de l expérience clinique, services sur lesquels le présent document ne porte pas 36,37,38. Les programmes dont traitent les lignes directrices familiales sont ceux qui sont offerts par des animateurs certifiés en prévention qui encouragent l exploration personnelle de problématiques parentales communes (p. ex. communication, discipline), plutôt que de se concentrer sur les problèmes individuels 39. Comme on ne s attend pas à ce que les animateurs effectuent le dépistage des participants à risque élevé ou qu ils fournissent du counseling individuel, ils n ont pas à posséder des compétences en consultation clinique viii. Les animateurs emploient différentes méthodes pour atteindre leurs objectifs, dont de courtes séances pédagogiques, la démonstration et la pratique de compétences, le jeu de rôles, la formation à l aide de vidéos et la résolution de problèmes en groupe. Certains programmes ne visent que l éducation ou la formation des parents, alors que d autres comportent aussi des séances de formation pour enfants et des séances parent-enfant, lesquelles offrent des avantages additionnels 40. La littérature sur la prévention de la toxicomanie fait souvent état de l efficacité des interventions axées sur les compétences dans le changement des comportements de consommation de substances, et de l inefficacité généralement observée des approches fondées sur les connaissances ou l information 41. Ces données sont tirées de la recherche sur la prévention de la toxicomanie pour les familles. Des programmes efficaces visent à améliorer les rapports entre les parents et les enfants et le fonctionnement de la famille en renforçant les compétences et aptitudes en protection des membres de la famille 42. Les parents acquièrent en général des compétences de base en gestion familiale comme la discipline efficace des enfants, la supervision, la création de liens et la résolution de problèmes avec leurs enfants. Le volet enfant met habituellement l accent sur l amélioration du comportement grâce au développement des aptitudes sociales (p. ex. communication, résolution de problèmes) et au renforcement de l engagement scolaire. La composante qui vise le fonctionnement familial général inclut l attention consacrée à la cohésion familiale, les relations et la résolution des conflits 43. Les programmes pour les parents d enfants de moins de dix ans peuvent exclure le contenu propre à la consommation de substances (les recherches n ont pas encore permis de iv Le terme «parents» est défini de manière large pour inclure les personnes qui s occupent d enfants dans un contexte familial et peut, par exemple, s appliquer à des parents de même sexe, des beaux-parents, des parents de famille d accueil et des grands-parents. Il désigne les hommes comme les femmes, bien que les hommes soient moins susceptibles de participer aux programmes et qu on en sache moins sur l efficacité des programmes pour les hommes (Moran et coll., 2004). v La notion de «famille» ne concerne pas uniquement les parents biologiques et leurs enfants, mais aussi quiconque est considéré comme membre de la famille (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 2009). vi La prévention sélective n exige pas de la part des praticiens qu ils effectuent le dépistage des facteurs de risque ou des problèmes de consommation de substances des participants. Les praticiens se fondent plutôt sur la recherche épidémiologique sur le risque (p. ex. enquêtes sur la prévalence de la consommation de substances) afin de cibler une population pour la prévention sélective; par conséquent, la prévalence ou le niveau de risque réel de problèmes de consommation de substances chez une population donnée est inconnu au début du programme (ces données seraient recueillies au cours d un programme aux fins d évaluation). vii On définit la prévention ciblée (ou secondaire) comme des programmes destinés aux personnes qui ont des comportements problématiques (p. ex. agressivité, abus de substances), mais qui ne souffrent pas de trouble grave ou diagnostiqué (p. ex. troubles des conduites, dépendance à une substance). viii Les animateurs doivent être conscients de leurs limites professionnelles. Si on soupçonne qu un participant pourrait bénéficier de services plus intensifs, un animateur averti peut recommander des ressources ou préparer un aiguillage au cours d un «moment propice au changement» qui pourrait s avérer crucial. 16 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

19 déterminer si les programmes d habiletés familiales doivent se concentrer de façon particulière sur la consommation de substances pendant cette période) 44, alors que les programmes à l intention des parents d adolescents, eux, s intéressent à ce contenu. Il y a de grandes chances pour que ces derniers programmes fonctionnent en raison du fait qu ils ont un effet précis sur la consommation de substances, ainsi qu un effet protecteur global (les deux sont habituellement liés) 45. Ces programmes adoptent une approche fondée sur les forces plutôt que sur les lacunes. La littérature sur la prévention de la toxicomanie et le soutien familial contient des données probantes qui appuient cette approche 46,47,48,49. Les animateurs doivent avant tout établir et maintenir un milieu habilitant pour les participants. Le message primordial à transmettre est le suivant : bien qu il soit extrêmement gratifiant, le rôle de parent peut être très difficile, et tous les parents gagnent à renforcer leurs compétences. Dans leurs faits et gestes, les animateurs doivent préciser que les parents qui participent aux programmes sont capables de gérer avec succès leur famille. Les programmes d habiletés familiales sont une ressource importante dans la trousse d outils d une collectivité (du point de vue de la prévention de la toxicomanie et du renforcement global de la famille), et les lignes directrices familiales reflètent l état actuel des connaissances relatives à l efficacité. Il nous reste beaucoup de choses à apprendre sur ce qui est le plus efficace pour les différents types de participants, sur les meilleures approches et sur les formats possibles pour les différentes populations (p. ex. format abrégé, séances en ligne, programmes à domicile et autonomes). doivent être conscients de la possibilité que d autres formes de prévention familiale ou de soutien intensif soient mieux adaptées à certaines familles ou qu elles soient plus pertinentes qu un programme d habiletés familiales 51. Les organismes, les équipes et les animateurs doivent montrer un savoir-faire culturel au travail. Cela signifie qu ils doivent comprendre la mosaïque et les tendances culturelles de la collectivité (c.-à-d. la race, l ethnicité et les autres sources de culture) et s engager dans un processus de réflexion et de renforcement dans leur relation avec les divers groupes culturels de la collectivité. En règle générale, les pères participent moins à ces types de programmes (ou demandent habituellement moins d aide) que les mères. Il existe de nombreux facteurs potentiels qui influencent la participation des pères à ces programmes, comme des facteurs individuels et environnementaux, mais il se peut également que bon nombre des programmes ne soient pas particulièrement intéressants pour les pères. C est pourquoi les équipes doivent évaluer la situation propre aux pères et trouver des façons créatives de les intéresser aux programmes et de les fidéliser. Il est très important que les organisations et les animateurs appliquent leur jugement professionnel et leur compréhension des cultures et circonstances locales à ce travail. Ils doivent être prêts à concevoir ou à adapter des programmes en fonction des besoins des parents locaux, tout en se fondant sur des théories solides, et à évaluer leurs efforts ix. Par exemple, il se peut que des programmes limités suffisent à certains groupes de parents. En écoutant les parents, et grâce à une innovation et à une évaluation soigneuses, les équipes et les animateurs peuvent viser des programmes qui conviennent parfaitement (c.-à-d. le bon type et la bonne «quantité»), ce qui garantit non seulement l efficacité, mais aussi une bonne utilisation des ressources limitées et du temps dont disposent les participants 50. En outre, les concepteurs de programmes ix Les programmes reposent tous sur une théorie; il s agit parfois de la théorie implicite du concepteur du programme sur la façon dont le changement se produira. Il est important d expliciter cette théorie. Si elle n est pas appuyée par des données scientifiques, il incombe d autant plus au concepteur du programme de s assurer que cette théorie est logique et de l évaluer. Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

20 Contextes théoriques et 4. conceptuels des programmes d habiletés familiales Ces programmes doivent être considérés comme relevant (a) de la prévention de la toxicomanie et (b) des systèmes de soutien familial en place dans la collectivité. (a) Système de prévention de l abus de substances : Le portefeuille de normes du CCLAT explique pourquoi certains jeunes prennent des substances et d autres non à l aide d un cadre théorique «social écologique». Selon ce cadre, l enfant ou l adolescent est exposé à des facteurs de risque et de protection situés dans des sphères d influence concentriques (p. ex. facteurs individuels, interpersonnels [c.-à-d. familiaux, sociaux, scolaires], communautaires et sociétaux) 52,53. Considérer les facteurs entrant en ligne de compte dans la vie des jeunes d un point de vue social écologique nécessite que soit adoptée une approche «systémique» par l ensemble de la communauté 54. Des résultats positifs sont plus susceptibles d être obtenus lorsque les programmes d habiletés familiales sont accompagnés d initiatives de prévention qui visent les jeunes dans d autres parties d un système communautaire (comme les écoles, les milieux récréatifs, les médias jeunesse, les milieux de travail, les établissements d enseignement postsecondaire et les bars). Figure 1. Cadre social écologique (b) Système de soutien familial : Un cadre théorique social écologique peut également aider à comprendre la santé de la famille et le rôle parental au sein d une collectivité 55. La qualité et la quantité de temps consacré par les mères et les pères à leurs enfants peuvent découler d un certain nombre de facteurs (ressources et obstacles) que l on peut classer dans les sphères personnelles, interpersonnelles, communautaires ou sociétales. Dans la sphère communautaire, les parents peuvent avoir l appui d un éventail de ressources, telles que des messages médiatiques, des programmes de visites à domicile, de brèves consultations, des dépistages des problèmes de développement, des cours de langue française et de la thérapie familiale 56. Les programmes d habiletés familiales font partie de cet ensemble de ressources familiales fournies dans la collectivité. Les programmes d habiletés familiales qui créent des liens à la fois avec les systèmes de soutien familial et de prévention de la toxicomanie s intègrent bien dans une approche de type systémique ou «population globale». En effet, une approche de type «population globale» fournit un contexte solide pour les programmes axés sur les compétences, car elle vise à «normaliser» le soutien parental et familial ainsi que la recherche d aide et, idéalement, mène à une gamme de services continus plus ou moins intensifs offerts aux familles dans des situations différentes et à des niveaux de risque différents 57,58. Cette approche de soutien familial et de prévention de la toxicomanie requiert une collaboration entre des personnes, des programmes et des organismes qui pourraient ne pas avoir eu beaucoup de rapports par le passé. L objectif d une telle collaboration peut être d accroître l efficacité des programmes pour les personnes et les organismes participants, d améliorer l intégration de services ou de militer en faveur de normes et de politiques communautaires visant la promotion de la santé. Voici les résultats qui peuvent découler d une plus grande collaboration dans ces domaines 59 : plus de projets conjoints; augmentation du nombre d aiguillages; responsabilisation accrue entre les organismes; leadership communautaire plus inclusif; meilleure coordination et réduction de la fragmentation des services; interventions plus complètes; modification des politiques et renforcement des normes (p. ex. lien entre les jeunes et les adultes ainsi que les institutions communautaires). 18 Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies, 2011

21 Avantages et enjeux des 5. programmes d habiletés familiales Les évaluations du processus ont révélé que lorsque les programmes d habiletés familiales sont bien présentés (p. ex. qu ils ne font pas que donner de l information), les parents signalent que la participation augmente leur bien-être et le plaisir qu ils ont à assumer leurs responsabilités parentales et à interagir avec leurs enfants. Ils apprécient la nature concrète de ces programmes, les compétences acquises, les conseils pratiques pour la maison et le soutien que leur apportent d autres parents 60. Les évaluations des résultats ont montré que les programmes universels et sélectifs d habiletés parentales et familiales peuvent avoir des effets positifs sur l enfant, le parent et le fonctionnement de la famille : Les résultats positifs pour les enfants incluent une augmentation des comportements favorables à la santé et une diminution des comportements problématiques comme l agressivité et la délinquance. On a également remarqué des effets positifs concernant le début et la prévalence de la consommation d alcool 61,x. Les enfants ont aussi montré un engagement scolaire accru au début du secondaire et de meilleurs résultats scolaires à la fin du secondaire, une augmentation de l acceptation par les pairs et une interaction positive accrue avec leurs parents 62. Les résultats positifs pour les parents incluent des comportements parentaux améliorés sous la forme d un renforcement de la gestion des enfants (p. ex. discipline plus positive et adéquate, imposition de limites, punitions moins sévères), une amélioration des habiletés en résolution de problèmes et une amélioration des attitudes (p. ex. meilleure acceptation de leur enfant) 63. Les parents apprécient la nature concrète de ces programmes, les compétences acquises, les conseils pratiques pour la maison et le soutien que leur apportent d autres parents. Les aspects du fonctionnement familial touchés, selon les évaluations, incluent une amélioration des relations parent-enfant, une diminution des conflits familiaux, une augmentation de la cohésion familiale et une diminution des problèmes sanitaires et sociaux des familles (ce qui comprend l abus de substances) 64. Étant donné que la plupart des facteurs familiaux visés par les programmes d habiletés familiales axés sur l abus de substances sont aussi liés à la prévention d autres problèmes sanitaires et sociaux (p. ex. problèmes de santé mentale, violence, comportement criminel, pratiques sexuelles à risque), ces programmes ont des effets préventifs potentiellement considérables 65. Comme les facteurs familiaux peuvent offrir de la protection contre une gamme de facteurs de risque environnementaux difficilement modifiables (p. ex. grande disponibilité des substances, diverses influences sociales), les programmes d habiletés familiales sont une option importante pour la prévention 66. Comme dans le cas des programmes d éducation des parents, la prestation de programmes d habiletés familiales présente des défis importants. Un défi courant consiste à recruter des participants (en particulier des pères) et à maintenir leur niveau d engagement tout au long des programmes. De nombreuses raisons peuvent expliquer cette situation, mais les équipes doivent être conscientes qu il y a toujours un coût ou un risque pour les participants à ce type de programmes. Le coût peut être la perte de revenus pendant la participation au programme, la perte de temps libre ou encore des frais de gardiennage et de transport. On peut considérer une telle expérience d apprentissage comme une occasion de croissance personnelle, mais on peut aussi la voir comme un risque en raison de son caractère inconnu. La possibilité d acquérir de nouvelles connaissances et compétences peut causer de l anxiété parce qu elle sous-entend le fait d abandonner certaines habitudes. Il existe aussi un risque que les programmes d habiletés stigmatisent les participants (ou leur causent des souffrances ou que les parents ne puissent y assister), si les programmes en question ne sont pas présentés, organisés et donnés de la bonne manière 67. x Une caractéristique importante et presque unique de ces programmes est que les avantages relatifs à la consommation de substances pour les jeunes ont été maintenus pendant plus longtemps que dans le cas de la plupart des autres approches (p. ex. dans le cas de l éducation antidrogue à l école, les avantages ont tendance à disparaître en un an ou deux) (Foxcroft et coll., 2003). Centre canadien de lutte contre l alcoolisme et les toxicomanies,

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