La cuisinière et ses ustensiles. Bois gravé anonyme du début du siècle.

Dimension: px
Commencer à balayer dès la page:

Download "La cuisinière et ses ustensiles. Bois gravé anonyme du début du siècle."

Transcription

1 La cuisinière et ses ustensiles. Bois gravé anonyme du début du siècle. 112

2 Roger Perrinjaquet et Roger Rotmann. Cuisines d'architectes, architecture de cuisines La constitution d'un savoir architectural distinct de la maîtrise des savoir-faire de construction s'était-il à peine établi que la cuisine faisait figure de terrain d'élection idéal pour concrétiser la supériorité d'un espace conçu : "c'est la'seule pièce de la maison que l'on fasse admirer aux curieux. Elégance, propreté, commodité, de toutes espèces, rien ne manque à ce vaste atelier : chef-d'œuvre moderne où l'architecture s'est plût à déployer ses ressources" (1755)(1).Au XIX^ siècle, les architectes bannissent pourtant la cuisine de leur champ conceptuel. La fétichisation de la nourriture et surtout l'accroissement de la distance sociale entre maîtres et domestiques y concourent (2). Ce refoulement, impliqué dans un processus plus général de ségrégation des lieux de production, se trouve à l'origine des cuisines reléguées dans les coins les plus obscurs et les plus reculés de l'appartement. Le discours médical, qui au gré des progrès de la scientif icité, impose ces tendances comme des vérités acquises et met à profit l'élévation du seuil de pénibilité à l'égard de l'aspect brut des aliments et une plus grande sensibilité aux odeurs, définit la position socio-spatiale de la cuisine. Dans l'appartement bourgeois, dont l'organisation se consolide dès 1860, elle est clairement affectée à l'un des trois domaines : celui de la domesticité, alors que l'axe constitutif le plus marquant sépare soigneusement de la sphère publique, la sphère intime, dialectiquement produite par la constitution de celle-ci (3). 01) Abbé Croyer "Bagatelles morales", ) Perrinjaquet R., Rotmann R., "La salle à manger pour quoi faire?" Alhutn (Milano, EI.ECTA) n'> 1, septembre 1980 (it ilien/anglais). 03) Perrinjaquet R., Rotmann R., "Lagenèse de la chambre d'enfant dans la pensée architecturale" Architecture d'aujourd'hui, n" 204, septembre 1979, pp ) Klopfer P. "Deutsche Bùgervvohnung- Winke und Wege" Freiburg/Leipzig : Verlag Paul Waemel, 1905, p he refoulement Dans cet esprit le livre de P. KlopferLogement bourgeois allemand'\ consacre en 1905, 10 pages sur 137 aux "locaux annexes", dans l'ordre salle de bains, toilette, cuisine, garde-manger, chambres de bonne (4) ; il va de soi que cette négligence, expression d'un refoulement psychologique transformé en idéologie particulière (K. Mannheim) aboutit à l'absence de toute prise^ en compte architecturale de l'organisation interne de la cuisine. Cela ne signifie nullement qu'elle soit, pour autant, livrée au chaos, au désordre ; elle reste en fait similaire dans sa structure aux modèles des ateliers d'artisans, conditionnés par les "techniques du corps" (Note 1). Ainsi, l'inégalité des plans de travail, loin de se faire de façon arbitraire, correspond à un ajustement optimal et tridimensionnel aux différentes tâches domestiques qu'on peut d'ailleurs observer dans les dispositions spatiales spécifiques à chaque corporation. Pendant tout le XIX^ siècle, l'évolution de la cuisine découlera assez étroitement des transformations Note 1 : Dans la définition exacte qu'en donne M. Mauss "acte traditionnel efficace"'en partant d'une idée qui serait fondamentale dans l'analyse de l'organisation spatiale des cuisines anciennes et qui réside dans le constat, en apparence simple, que "le corps est le premier et le plus naturel instrument de l'homme" M. Mauss "Les techniques du corps", 'Journal de Psychologie normale et pathologique, XXXII, 1935, pp. 271-

3 AUGUST BEBEL La femme et le socialisme. La préparation des repas doit se faire aussi scientifiquement que d'autres activités humaines, c'est-à-dire de la manière la plus avantageuse qui soit. Cela exige du savoir et du matériel. Il n'est guère besoin de démontrer que nos femmes, à qui incombe aujourd'hui pour l'essentiel la préparation des repas, ne possèdent en général pas ce savoir et ne peuvent pas le posséder. Il leur manque même l'équipement pour ce faire. La fabrication d'ustensiles de cuisine et des nombreux équipements techniques permettant de préparer tous les plats possibles et imaginables a atteint d'ores et déjà un point de perfection technique et économique, ainsi que nous le montrent toutes les cuisines d'hôtels bien aménagées, les cuisines de casernes ou d'hôpitaux et surtout les expositions d'art ménager. Ce sera désormais la règle. L'objectif est d'arriver au meilleur résultat avec le minimum de travail, de temps et de denrées. La petite cuisine individuelle représente, tout comme l'atelier du petit artisan, un stade dépassé, une installation qui n'aboutit qu'à gaspiller et dilapider de manière insensée du temps, du travail et des denrées. La préparation de la nourriture sera dans la société à venir une activité sociale, qui sera exécutée au plus haut niveau et de la manière la plus fonctionnelle et la plus avantageuse. La cuisine privée aura disparu, tout comme elle a disparu de chez les familles qui font habituellement préparer leurs repas par leur propre cuisine mais qui font appel à la cuisine d'un hôtel ou à un cuisinier privé dès qu'il s'agit d'organiser des banquets ou de préparer des plats raffinés pour lesquels ni eux ni leur personnel n'ont les connaissances requises. L'exposition universelle de 1893 à Chicago amis en évidence toute une série de faits intéressants qui documentent la révolution qui affecte désormais la cuisine et la préparation des repas. C'est ainsi qu'on a pu voir une cuisine où l'on fait chauffer, cuire et rôtir à l'électricité. L'électricité ne faisait pas qu'alimenter l'éclairage, elle actionnait également le lavage de la vaisselle, que la main de l'homme n'avait plus qu'à accompagner. Dans cette cuisine de l'avenir, il n'y avait plus de dégagement de chaleur excessif, plus de fumée, plus de vapeur. Un grand nombre de travaux qui étaient faits jusqu'alors par la main de l'homme étaient exécutés par une quantité innombrable d'appareils et d'accessoires. Cette cuisine de l'avenir ressemblait davantage à un salon qu'à une cuisine où personne ne pénètre s'il n'a rien à y faire. Travailler dans la cuisine de l'exposition de Chicago procurait le plus grand plaisir, loin de tous les désagréments de la cuisine actuelle. Est-il pensable que la petite cuisine individuelle bénéficie ne,serait-ce qu'approximativement des mêmes équipements? Que l'on songe aux économies de toutes sortes que permettra l'installation d'une cuisine centrale de ce type. Lorsque la cuisine d'aujourd'hui aura été échangée contre celle de l'avenir, nos épouses n'attendront pas longtemps pour retrousser leurs manches. August Bebel "Die Frau und der Sozialismus"(1885) Stuttgart iverlag J.B.W., 1895, 25^ édition. Ml p. 05) Heller G. "Propre en ordre-habitation et vie domestique : l'exemple vaudois". Lausanne: Editions d'en-bas, 1979, p ) Bonnier L. "La tuberculose et l'habitation" 1905 cité par B. Fortier "Habitat une si douce violence" Crée n" 18, nov., déc. 1972, pp fondamentales à l'œuvre dans toute la société. Le foyer devenant pour l'essentiel une unité de consommation, la cuisine voit se réduire les tâches multiples qui y étaient auparavant effectuées ; une grande partie de la préparation initiale des aliments s'opère désormais à l'extérieur (dépeçage de la viande, plumage des volailles, etc.), comme un peu plus tard la confection des produits de nettoyage (5). Dans les habitations urbaines bourgeoises, elle est inéluctablement intégrée à un processus d'épuration. C'est le savoir-faire acquis dans les cuisines collectives qui amorce cette évolution : ce n'est pas l'archaïsme culinaire rural, multipliant les opérations autant de fois que l'exige le nombre des convives (lors des noces rurales, dans les asiles et les hôpitaux) qui génère cette transformation, mais l'intégration de nouvelles techniques de cuisson et de procédés de préparation. Les restaurants dont l'exemple est tellement sollicité, exercent une certaine influence sur l'économie domestique. L'abandon des modes de préparation hérités du passé et l'enrichissement de la chaîne entre producteurs et consommateurs (crémeries, traiteurs) contribuent à éliminer la crasse; mais dans ce domaine, la diffusion d'inventions techniques et la distribution à domicile d'énergies propres éliminant le problème du stockage, jouent un rôle décisif. Notons l'importance des brûleurs à gaz Bunsen (inventés en 1855), qui rendent possibles vers les années 1880 une utilisation du gaz comme combustible, l'éclairage électrique introduit au tournant du siècle, et n'oublions surtout pas l'évacuation et l'adduction de l'eau à tous les étages, fièrement annoncée par les plaques émaillées apposées sur la façade des maisons cossues parisiennes. Nous sommes donc, durant vingt ans, placés devant un mouvement complexe de forces centrifuges et centripètes (par exemple, l'intégration des toilettes dans l'enveloppe du logement) qui améliore considérablement le niveau de confort de quelques privilégiés, et dans une même dynamique, élève les seuils de pénibilité et accroît la demande envers les concepteurs. Ce seront significativement les hygiénistes, les médecins et les enquêteurs sociaux venant de sphères du travail qui réintègrent dans le champ de la conscience ce domaine du logement, reflet de la place détenue par le lieu de production dans le vécu bourgeois. Parce qu'elle ne répond plus aux normes des hygiénistes, la cuisine devient porteuse de l'implacable bacille (celui de la tuberculose), et suscite sur ce thème une avalanche de discours ; mais ceux-ci ne jouent pas un rôle moteur, car ils entérinent des changements dus aux transformations techniques et au passage d'un économat de "l'oikos" (la famille élargie) à une économie domestique d'une unité sociale tendant à la famille nucléaire. Ces élucubrations amplifiées par les réformateurs sociaux sont révélatrices du décalage entre mode de vie bourgeois, espaces architecturaux pensés et conditions réelles d'existence des classes laborieuses dans lequel prendra naissance ce discours en apparence lié au progrès scientifique : "Le temps n'est plus où l'architecte n'avait à se préoccuper que de l'aspect artistique de son édifice ou de l'utilisation plus ou moins rémunératrice de la surface que devait couvrir son bâtiment. Les progrès incessants de la science ont démontré qu'il n'était pas indifférent de construire d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui (1905), les conditions que doit remplir une habitation salubre sont établies ^\ecla rigueur d'un théorème déclare non sans simplisme l'auteur de "La tuberculose et l'habitation" (6) (Note 2). Mais cette rigueur, quelle est-elle.'^ C'est celle qu'exige une sensibilité accrue, aux odeurs et déchets en partie évoqués. L'absence de sang et de plumes semble plus efficace pour éloigner les mouches, qu'astiquer les casseroles, tout comme l'absence de charbon a plus d'incidence sur la quantité de poussière que le nettoyage journalier du dernier recoin. 114

4 07) Fortier B. "Habitat une si douce violence" Crée n" 18 nov., déc p. 26. Note 2 : Nous convenons avec B. Fortier que "l'hygiène spatiale" devient à cette époque un élément constitutif du processus d'élaboration (7) du logement, à la nuance près que nous y décelons une application au logement social, à propos duquel on ne pouvait ni envisager d'onéreuses installations techniques, ni renoncer à chercher un mode d'intégration apparu indispensable. 115

5 08) Cotterau A. "La tuberculose: maladie urbaine ou maladie de l'usure au travail? Critique d'une épidémologie officielle : le cas de Paris". Sociologie du travail n" 2, avril-juin 1978, pp ) "La cuisine au gaz" in: L'Illustration, 16 avril 1870, n"l4l6, p ) Guerrand R.-H. "Les origines du logement social en France au XIX'^^ siècle "Paris : Ed. Ouvrières, 1967, 359 p. 11) Perrinjaquet R. "Eléments pour une sociologie de la production architecturale" St Saphorin (CH) : Ed. Georgi, 1980, 224 p. 12) Perrinjaquet R. "L'habitat en tant qu'univers de socialisation de l'enfant dans les sociétés industrialisées". Revue Internationale des Sciences Sociales, n" 3, vol. XXXI, 1979, pp ) Bourdieu P. "La distinction - critique sociale du jugement" Paris, Ed. de Minuit, 1979, p ) Uhlig G. "Kulturelle Modelle der Bau-und Wohnreformbewegungen : das Zentralkùchenhaus im Kontext von Architektur-und Stadtplanungsstrategien bis 1933" Aachen : Fakultat fur Bauwesen, 1979, p. 66 (thèse). 15) Halbwachs M. "La classe ouvrière et les niveaux de vie" (1912) Paris/London : Gordon and Breach, 1970, p. 437 (reprint). En ce sens, l'entrefilet paru dans "L'Illustration" du 16 avril 1870, consacrée au fourneau à gaz, a plus d'implication sur la nouvelle prise en compte de la cuisine par les architectes qu'une redécouverte du caractère contagieux de la tuberculose (par Koch 1882) (8) : "C'est que les cuisines ont toujours représenté un enfer rempli de fumée, d'odeurs acres, de cendre et de poussière de charbon. Comment y entrer et surveiller les fourneaux sans perdre sa toilette 1 La chaleur excessive de la fournaise attaquait Tépiderme de la face, il fallait rester au salon sous peine de voir ses traits vieillir, de devenir laide. Aujourd'hui, grâce aux inventions de M. Jacquet, la maîtresse de maison pourra surveiller elle-même sa cuisine, car cette cuisine sera aussi propre et aussi saine que les autres pièces de l'appartement" (9). S'en remettre aux architectes. Si pendant le dernier quart du siècle, le discours médical est l'occasion d'un nombre de spéculations intellectuelles inversement proportionnel à celui des réalisations philanthrophiques et sociales (10) les préceptes architecturaux, appuyés sur la prétendue rigueur scientifique, connaissent un impact autrement plus tangible. La cuisine, "naturellement" refoulée de la conception architecturale, acquiert dans ces circonstances une place de choix. Un paralogisme cohérent se forge dans ce contexte, articulé autour de l'irrationalité économique et de l'archaïsme des pratiques sociales de la préparation du repas; il se structure et se généralise en quelques années sur l'ensemble du continent, quand se produit une subite et massive intervention de l'etat, notamment dans la production du logement "pour le plus grand nombre". Le logement populaire, dont une infime partie était intégrée avant 1918 aux circuits économiques dominants et à la pensée architecturale, ne retient plus seulement l'attention de quelques bourgeois éclairés, mais donne lieu à de nombreuses réalisations. Le savoir architectural, mis à contribution, lui applique dans ces circonstances quelques préceptes qui, pour une part, ne rentrent pas en contradiction avec les valeurs que véhicule la pratique architecturale (11), et dans une plus faible mesure, médiatise de nouvelles données. A l'inverse, la pratique architecturale entre dans la formation du système de valeurs et de représentation à travers ses modes d'exercice et transmet des normes et des modèles spatiaux semi-conscients ou inconscients, dont la tendance générale est plutôt de reproduire les modèles sociaux sous-jacents, comme en témoigne l'objectivation de la signification des axes constitutifs du logement (12). Sauf réduite à sa plus simple expression, c'est-à-dire comprise comme une transcription des activités biologiques et sociales, l'inscription ou non des pratiques sociales populaires dans l'habitat est une question qui effleure l'esprit d'un faible nombre des décideurs. La réflexion sur la mise à disposition d'un habitat conforme au style de vie et à l'habitus (13) écarte presque systématiquement les dimensions symboliques et les habitudes populaires imprégnées d'archaïsmes ruraux, ou tout simplement incompréhensibles aux yeux des architectes. Hormis un large débat sur la cuisine-séjour ou la salle à manger séparée, alimenté en Allemagne par Muthesius, Taut, mais aussi par le conservateur Schultze- Naumberg et les architectes dits fonctionnalistes (14), les questions ne sont pas posées ou restent ouvertes. Comme l'exprimera M. Halbwachs à la même époque : "Le besoin logement est si peu développé, si confus et si incertain dans la classe ouvrière, que nous ne savons pas encore quels avantages de l'habitation sont les plus importants au regard des ouvriers (15)." A défaut d'autres critères, ce vide analytique favorise des considérations apparemment neutres qu'adorno analyse comme le produit de la "rationalité de la domination même". Dans "ce monde où la crainte du fils authentique de la civilisation moderne à l'idée de s'éloigner des faits qui 116

6 sont schématiquement préformés par les conventions dominantes de la science du commerce et de la politique, est la même crainte qu'inspire la déviation sociale (16)," les architectes se surpassent en théories et par là même légitiment leur pouvoir de décision devant une clientèle anonyme. Cela se vérifie avec une particulière clarté dans les propos tenus au sujet de la cuisine puisque c'est précisément elle qui servira de témoin de la supériorité de l'espace conçu. Focalisée sur l'absence apparente d'économie de temps, une véritable cacophonie internationale se développe, sur le thème de l'irrationalité et du gaspillage inhérents à l'organisation de la cuisine, surtout explicitée par les schémas des déplacements superflus de la ménagère dus à la mauvaise disposition des plans de travail et des espaces de rangement. Ces "développements" reposant sur des arguments empruntés soit au monde industriel, soit à certains courants féministes, et plus classiquement à l'omniprésent discours médical, la cuisine devient inexorablement le plat de résistance de la "cuisine" des architectes. La raison, incarnée dans un espace architecturalement structuré exige son tribut; dans une démarche éminemment réductrice, l'évidence du disfonctionnement est élucidée et démontrée en ne tenant aucun compte du plaisir d'avoir des ustensiles de cuisine à portée de main, de caresser les vieilles casseroles et les mets du regard : d'avoir un corps à corps avec le lieu et les objets qui servent à la préparation du repas - irréductible point de convergence entre besoins sociaux et besoins vitaux (17). Cette offensive n'est pas menée directement par les ténors de l'architecture moderne, mais est plus subtilement laissée aux femmesarchitectes, aux femmes économistes, si nombreuses du temps de nos grand-mères... Des ouvrages rapidement traduits en plusieurs langues font état d'une nécessaire rationalisation du travail domestique, grâce à la meilleure organisation de l'espace et à la mécanisation des gestes. Les cuisines réduites en surface, finalement proposées et réalisées, se distinguent par l'accroissement des espaces de rangement, amovibles et fermés, tandis que les transformations techniques récentes ont des répercussions peu perceptibles. L'amélioration de l'éclairage et de l'aération est surtout obtenue par une situation spatiale plus favorable. CUISINE BOURGEOISE VERS 1880 ''Toujours éclatante et nette la casserole doit être' 117

7 BRUNO TAUT La femme créatrice (...) Les femmes, à \^qui ce texte s'adresse en premier lieu, n'ont pas à craindre de se voir à nouveau servir une des nombreuses théories de l'architecture ou une nouvelle thèse. Il s'agit au contraire d'exposer clairement ce qu'est la réalité du logement et d'esquisser modestement ce qui pourra faciliter leur sort de femmes au foyer. Il ne fait aucun doute que cette question les concerne au premier chef ; c'est elles qui sont les véritables créatrices du foyer, et tout ce qui leur échappe est perdu à jamais : "L'architecte pense, la ménagère donne les direaives" (...) (...) Une chose est certaine, Mesdames : si tout, vraiment tout ce qui n'est pas directement indispensable à la vie disparaissait, non seulement votre travail s'en trouverait allégé mais ce serait le point de départ d'une beauté nouvelle. L'homme doit constamment œuvrer pour la création d'ensembles homogènes adaptés à ses dispositions naturelles et il est évident que le Fonaionnel ou le Beau en soi n'existent pas ; seul le langage les distingue, ce n'est qu'un expédient linguistique. Il n'existe au fond qu'un seul problème, et ce problème n'a pas plusieurs facettes, il est abordable de tous côtés, comme une boule. Vouloir aménager la cuisine pour la rendre la plus pratique possible revient à poser simultanément le problème du plan d'ensemble de la chambre et du séjour, qui devra être placé sous le signe de la clarté et de la netteté (...). (...) La femme poursuivra ses activités. Elle les organisera différemment, elle établira un nouveau plan de travail adapté en toutes circonstances aux données nouvelles, soins aux enfants, cuisine, préparation des repas, vaisselle, nettoyage, lavage, courses, etc. Cela devra inclure le temps nécessaire à la promenade et au sommeil, ainsi que l'enseigne la nouvelle science de la vie domestique, calquée sur le système taylor iste (...). 16) Adorno Th. W., Horkheimer M. "La dialectique de la raison" (Dialektik der Aufklarung, 1944) Paris, : Ed. Gallimard, 1974, p ) Chombart de Lauwe P.H. "La vie quotidienne des familles ouvrières". Paris : Ed. du CNRS, 1977, p. 201 (3^ éd.). 18) Forty A. "The Electric Home. A case study of the domestic révolution of the inter-waryears" in "British Design" Milton Keynes: Open University, 1975, pp ) Bourdieu P. "La distinction", op. cit. p ) Taut B. "Die neue Wohnung-Die Frau als Schôpferin", Leipzig: Verlag Klinkhardt- Birmau, ) Ibid. p. 104 (conclusion) 22) Giedon S. "Mechanization Takes Command" New York, The Norton Librairy, 1969, p r conséquence dans une lar j mesure de la dilution de l'espace urbain, préconisée par ces mêmes architectes mais surtout inscrite dans le processus général de translormation des villes. Il s agit de ne pas perdre de vue qu entre 1900 et 1925 le nombre de cuisines équipées, ou pour des raisons économiques équipables en autres "machines" que la cuisinière reste infime (18). (En 1910 en Angleterre, moins de 2% des maisons sont électrifiées.) La cuisine sert d'exemple d'un espace "purifié", où fioritures, bibelots et décor ayant été proscrits, l'entretien se trouve facilité. Pourtant c'est l'endroit même où les attaches symboliques sont sans surprise les plus tenaces, où l'entretien est le moins facile, et où comme le montre Bourdieu dans son récent ouvrage, la préparation de nourriture reproduit le mieux les pratiques sociales rebelles aux valeurs dominantes (19). Pourquoi les architectes, dans leur volonté de légitimer leur emprise sur la conception du logement du plus grand nombre, s'en sont-ils pris à un bastion du vécu quotidien? La cuisine est avant tout le domaine des femmes et l'oppression qu'elles subissent dans l'ensemble de la société se répercute sur les questions liées au logement et favorise par conséquent une situation de moindre résistance au pouvoir croissant des architectes. Ceux-ci ont pu, relativement consciemment, chercher à en tirer parti. L'espèce de paternalisme rénové dont ils font montre tend d'ailleurs à confirmer cette hypothèse; B. Taut, par exemple, dédie aux femmes un de ses ouvrages intitulé : "Le logement nouveau - la femme comme créatrice (20)." Avant une célèbre marque d'électro-ménager, les architectes prétendent "libérer les femmes", avec une conception du partage des tâches bien résumée par le slogan de Taut: "Der Architekt denkt-die Hausfrau lenkt (21)." Ils peuvent de surcroît se targuer de l'appui des pamphlétaires féminines pour une nouvelle économie domestique, qui ne manquent jamais de rappeler leur parfait accord avec les architectes. Ainsi, les conseils de "femme à femme" permettent de dissimuler une entreprise de désappropriation de ce domaine, et par là de dépossession des milieux populaires de rorganisation de Vensemble du logement. Cette vaste campagne, engagée à un moment stratégique, vaudra plus tard aux architectes bien des éloges. Ainsi S. Giedion, critique d'architecture avant d'être théoricien de "l'histoire anonyme", estime que c'est précisément avec l'architecture des cuisines que les architectes ont repris la place qu'ils avaient perdue au cours du XIX^ siècle (22). Le savoir architectural, développé sur le lieu même où s'exerce la plus grande force d'inertie aux transformations sociales, économiques et techniques, et qui s'impose avec la "rigueur d'un théorème" {loc. cit), prend toute sa signification dans le contexte des années d'après guerre, où la production du logement devient, à travers des conjonctures politiques très différentes (Vienne, République de Weimar, en France, en Suisse), un facteur économique; ce savoir développe ses effets à un moment historique où les réseaux de financement du logement mis en place depuis une trentaine d'années se trouvent enfin en mesure de répondre à une demande plus large; à un moment où les Etats-Nations, dans un souci de renouer avec d'anciens crénaux d'exportation interviennent avec toute une logistique administrative née de l'économie de guerre sur le marché du logement, afin de remédier au manque de capitaux, et surtout de diminuer la pression sur les salaires, néfaste au redéploiement industriel. On ne peut toutefois manquer de s'interroger sur la signification que revêt l'intervention d'un savoir constitué, et essayer de mesurer son impact sur des couches étendues de la population, leurs pratiques et leurs représentations. 118

8 (...) C'est dans ces conditions seulement que la création et la construaion de la maison nouvelle prend tout son sens. Dans quelle direaion fautil travailler pour obtenir une meilleure répartition et un meilleur aménagement des pièces.^ C'est la cuisine qui est le nerf de la maison, c'est là que la ménagère fait l'essentiel du travail. L'appartement de petite dimension ou de dimension moyenne occupe une place prépondérante ; mais ce qui est vrai pour ce type de logements l'est aussi pour les grands appartements lorsqu'il s'agit de résoudre un problème qui se pose dans le monde entier avec autant d'acuité, celui du personnel de service. Car ce que la femme fait dans le ménage restreint, c'est la cuisinière, la femme de chambre, etc., qui le fait dans la grande maison, et la bonne tenue de la maison pose un problème financier grave. Pour ce qui est de l'aménagement de la cuisine, il me paraît important de prendre en considération les croquis de Mrs. Frederick: ils figurent les. déplacements qu'impliquent la préparation et la cuisson des plats ainsi que leur rangement et la vaisselle (fig. 7). Cette amélioration doit s'accompagner d'un choix minutieux des appareils nécessaires à la cuisine ; on sait que ce choix est vaste et que l'industrie offre d'excellents produits à des prix avantageux (cf. par ex. la fig. 48). Il est notoire qu'en Amérique la cuisinière est considérée comme l'une des trois plus grandes inventions de notre temps, sur le même plan que le radiotélégraphe et l'avion. L'auteur n'a rien à ajouter à çe sujet ; les femmes en savent plus et peuvent s'informer facilement en lisant livres et revues. BRUNO TAUT 'Die neue Wohnung-die Frau als Schôpferin" Leipzig : Verlag Klinkhardt & Biermann 1924 UOp. (Extraits pp. 9/10, pp , p. 64, p. 67). ' La rationalisation des activités ménagères. Toute femme qui réfléchit ne peut que ressentir vivement l'arriération qui caraaérise encore aujourd'hui la tenue de la maison et prendre conscience que c'est là une des pires entraves à son propre épanouissement et à celui de sa famille. La femme, confrontée à cause de la vie trépidante des grandes villes d'aujourd'hui à des responsabilités bien plus astreignantes qu'il y a quatre-vingts ans, à une époque où elle menait une vie contemplative, est condamnée à tenir son ménage comme au temps de sa grand-mère, à quelques améliorations près. La question de rationalisation du travail domestique revêt la même importance pour pratiquement toutes les couches de la population. Les femmes des classes moyennes qui souvent tiennent leur maison sans aucune aide sont, tout comme les femmes de la classe ouvrière qui exercent une profession à l'extérieur, tellement surchargées de travail que leur surmenage ne pourra pas indéfiniment rester sans conséquence pour la santé publique. 23) Meyer E. "Der neue Haushalt - Ein Wegweiser zu wirtschaftiicher Hausfûhrung". Stuttgact : Franck'sche Verlagshandiung, 1928, p ) Bourgeois V. "Le programme de l'habitation minimum" reproduit in : M. Steinmann "CIAM" Basel/Stuttgart : Birkhauser Verlag, 1979, p. 51. Cuisines laboratoires Les variantes de la cuisine fonctionnelle, apparues dans TAUemagne des années 1920, constituent de façon cohérente un véritable "type" et font figure de modèle de référence. Elles semblent présenter la meilleure synthèse des préceptes hygiénistes, des théories de l'économie domestique scientifique et des considérations sur la double exploitation des ménagères. Le modèle Connue sous la désignation de "cuisine de Francfort" (du nom de la première, réalisée en série, 1924/25) sous l'égide de Ernst May - architecte en chef de la ville de Francfort), ces cuisines présentent, sous couvert de fonctionnalité, des caractéristiques qui relèvent d'un niveau de culture technique commun et répondent à des représentations qui méritent toute notre attention. Au-delà du choix des matériaux, des couleurs et de l'éclairage, au-delà de l'utilisation d'énergies propres et de l'intégration d'un discours médical, se profile au travers d'un aménagement approprié, un véritable choix socio-culturel d'où découlent des options technologiques pratiquement irréversibles. Le premier postulat décisif clairement formulé par L. Schùtte-Lihotzky (architecte et collaboratrice de E. May) réside dans l'affirmation de la suprématie de la cuisine individuelle sur la cuisine collective (cf. document). Cette cuisine, aussi appelée cuisine-unique (une seule cuisine par immeuble) n'aurait pas fait ses preuves; pourtant elle réunit les mêmes avantages en économie d'investissement et en temps quotidien utilisé pour la préparation du repas. Le deuxième postulat consiste à élever le "scientific management" industriel au niveau d'une théorie pertinente pour le travail domestique, et de transposer rigoureusement ses schémas de déplacement en un précepte architectural. Ces deux fondements de la cuisine moderne réunis se trouvent, de surcroît, parfaitement compatibles, avec ce qu'on pourrait appeler le bagage culturel de l'architecte fonctionnaliste (rupture avec l'académisme, emploi de certains matériaux, et certitude des bienfaits de la rationalisation de la construction). Elles conduisent ainsi à la cuisine individuelle cohérente, donc, à la conception de la cuisine-cellule. En cela, elles rejoignent les propositions américaines qui subissent l'influence des théories tayloristes et trouvent leur appui chez Erna Meyer, auteur à succès d'un livre intitulé: "Le nouveau foyer" (cf. document), qui formulera cette tautologie percutante : "que la cuisine ne contienne rien qui ne soit indispensable à l'accomplissement de sa vocation véritable (23)" comme premier principe de sa conception architeaurale. Cette économiste, collaboratrice de l'architecte hollandais J.P. Oud pour sa cuisine de l'exposition du Werkbund à Stuttgart (considérée comme une des premières cuisines représentatives du mouvement de l'architecture moderne) corrobore ainsi "l'autonomisation" des différentes pièces, et en particulier prend position contre les tenants de la cuisine-séjour. "Est-il nécessaire d'insister sur les désavantages de cette concentration de la vie familiale qui, pour tout le monde, se traduisent par une perte de temps et une ambiance défavorable?" demandera V. Bourgeois au deuxième Congrès du CIAM en 1929 (24). Chargé de dépouiller un questionnaire adressé à tous les membres, dont la plupart sont aujourd'hui connus comme les "pères" de l'architecture moderne (Note 3), cet architecte belge résume la position qui en ressort : "Si nos correspondants se sont peu à peu tous déclarés partisans de la petite cuisine indépendante, leur hostilité {sic) à la cuisine collective est aussi générale. (...) Dans les logements minimum, dont le groupe s'étend sur un vaste espace, techniquement, elle servirait Note 3 : Le Corbusier pour la France, Aalto, Rietveldt, Ginzburg, Neutra, May Gropius, etc. Secrétaire : S. Giedion. 119

9 Voilà plus de 10 ans que des femmes t n \ ne ont reconnu qu'il était important de décharger la ménagère de l'inutile fardeau que constitue son travail et qu'elles réclament des maisons à gestion commune, c'est-à-dire équipées d'une cuisine commune. Elles demandent pourquoi il faudrait que 20 femmes fassent les courses si une seule peut faire les mêmes courses pour toutes. Pourquoi faut-il que 20 femmes allument 20 fourneaux si on peut faire la cuisine sur un seul pour toutes? Pourquoi faut-il que 20 femmes fassent la cuisine pour 20 familles si, les tâches étant bien partagées, 4 à 5 personnes peuvent faire le même travail pour ces 20 familles Ces considérations dont l'évidence saute aux yeux de toute personne sensée ont été suivies d'effets. On a construit des maisons avec une cuisine commune. Mais il est vite apparu qu'on ne peut pas réunir aussi simplement 20 familles en un ménage commun. Au-delà des disputes et des querelles de personnes, il est inévitable que les fortes disparités entre les situations matérielles des divers habitants ne débouchent sur des conflits entre les familles ainsi réunies. De plus, la maison avec cuisine commune n'est pas concevable pour les ouvriers et les employés du secteur privé, qui peuvent être mis en chômage du jour au lendemain, car le chômeur ne peut pas réduire son train de vie autant qu'il le lui faudrait. Le problème de la rationalisation du travail ménager ne peut donc trouver de solution en lui-même, il doit être posé dans le cadre plus vaste de la question sociale. Les expériences réalisées nous amènent à constater que nous en resterons au ménage familial, mais que nous devons dès maintenant l'organiser de la façon la plus rationnelle possible. Mais comment améliorer la manière actuelle de tenir la maison, source de gaspillage d'énergie et de temps ^ Nous pouvons appliquer au travail ménager les principes de la gestion des entreprises grâce auxquels on parvient à économiser de la force de travail, et dont l'application dans les usines et les bureaux a conduit à une augmentation de la production et de la rentabilité dépassant toute attente. Nous devons partir du principe qu'il faut trouver pour chaque travail la solution la meilleure et la plus simple, et par voie de conséquence la moins fatigante. Rechercher et appliquer la méthode la plus simple d'exécuter chacun des travaux ménagers, voilà l'importante mission et la responsabilité qui incombent à trois commissions: les ménagères, les industriels et les architectes. Parmi les ménagères, ce sont les femmes qui ont reçu une formation intellectuelle qui seront à même de travailler de plus en plus rationnellement. Avec l'aide d'appareils et de machines adaptées et dans un appartement correctement distribué, elles découvriront la manière la plus efficace de travailler. peu. Aidée par l'agencement de la cuisine, la tâche de la ménagère est encore simplifiée, d'une part, par l'emploi de conserves, de viandes et de légumes préparés, d'appareils servant à nettoyer les légumes, d'autre part, par la diminution progressive des repas (25)." Si le développement de ce type de cuisine est de fait inclus dans un processus qui favorise et anticipe l'individualisation et la nucléarisation de la famille ouvrière, voire qui contribue à reproduire la subordination des femmes en entérinant une division sexuelle des tâches, rendues apparemment plus acceptable, cela ne correspond guère aux intentions de leurs initiateurs ni à l'esprit dans lequel ces problèmes architecturaux ont été, à l'origine, abordés. N'y voir, comme ceci est de bon ton depuis quelques années, qu'une manière de traiter l'espace au seul bénéfice de celui qui en est le maître, capitaliste ou bureaucrate, considérer que les pères de l'architecture moderne - par idéologie interposée - ne font que garantir, par des valeurs étendues, la reproduction d'un ordre social, est certainement utile dans la remise en question du fonctionnalisme, mais ne rend pas compte des contradictions de ce mouvement. En voulant élaborer les bases d'un logement abordable et décent pour ceux qui vivaient avec le "Existenzminimum" (équivalent du SMIC, de là l'expression en français du "logement minimum"), ces architectes, pour la plupart très engagés sur un plan politique, syndical et coopératif (26), ont certes opté pour une certaine architecture, et opéré des choix, tel celui de la cuisine individuelle, mais ceci en médiatisant les représentations et le contexte économique de l'époque. 25) Ihic/. p. 5^ (Première version Tckhiic. n" 8, 1930.) Ainsi, Walter Gropius, directeur du Bauhaus, chargé de définir les 26) Kopp A. "C'est la faute à Corbu..." in: "données sociologiques pour le logement minimum" au IP Congrès du "Fonctionnalismes en dérive" lit,i erses», 1976, pp CIAM n'entrevoit pas, malgré les apparences, une individualisation à 120

10 Parmi les industriels, il s'en trouve déjà beaucoup (à l'exception des fabricants de meubles) qui s'adaptent aux exigences de notre temps et mettent sur le marché des appareils et des machines pratiques et qui permettent d'économiser de travail. Mais c'est dans le domaine du mobilier que nous sommes le plus en retard. Quand le public comprendra-t-il quel est le meilleur type d'aménagement intérieur possible, le plus pratique? Les efforts faits depuis des années par le Werkbund et quelques architeaes, les innombrables écrits et exposés réclamant un mobilier qui réponde aux exigences de dané, de simplicité et de rationalité et l'abandon de tout le kitsch légué par les cinquante dernières années n'ont servi à rien. Que trouve-t-on en pénétrant dans un appanement? Toujours les vieilles bricoles et l'habituelle "décoration" toujours aussi hideuse. Le peu de succès rencontré par tous ces efforts est essentiellement le fait des femmes, qui sont étonnamment peu accessibles aux idées nouvelles. Les marchands de meubles disent que les acheteurs réclament toujours de vieilles choses. Les femmes préfèrent faire un surplus de travail pourvu qu'elles aient un foyer "traulich" et "gemûtlich"*. Pour la plupart des gens, simple et pratique demeurent synonymes d'insipide. Le Hochbauamt** de Francfort a tenté, en exposant dans le cadre de l'exposition "Le nouveau logement et son aménagement intérieur" à la Foire de Francfort une maison modèle entièrement équipée, de convaincre le public du contraire. Il veut démontrer que simplicité et sens pratique ne sont pas seulement synonymes d'économie de travail mais aussi de clarté et de beauté, pour autant qu'ils aillent de pair avec le recours à de bons matériaux et à des formes et couleurs adéquates. Dans cette exposition, l'association des ménagères de Francfort a particulièrement mis en évidence l'importance que revêt la rationalisation du travail ménager. Ce seaeur de l'exposition, intitulé "Le ménage moderne", traitait en premier lieu du problème des gains de temps dans la cuisine. Une cuisine et une desserte de wagon-restaurant entièrement équipées fournissaient un exemple particulièrement riche d'enseignements de la manière d'économiser ses pas et ses mouvements. Trois autres cuisines entièrement aménagées avec des meubles encastrés, dont les deux premières ont été installées à quelques trois mille exemplaires à Francfort, montrent comment le travail peut être allégé par une bonne répartition et un bon agencement du mobilier. (...) * Qualificatifs allemands difficiles à traduire et exprimant les notions d'intimité familière et de confort agréable. (N. d. T.) ** Office de la construction, (N. d. T.) 27) Gropius W. "Architektur-Wege zu einer optischen Kultur." Hamburg/Francfurt : Fischer Verlag, 1955, (Première publication in : Diejustiz, n" 8, Bd. 5, 1929). 28) MCiller-Lyer F. "Die Entwicklungstufen der Menschheit-Eine systematische Soziologie in Ueberblicken und Einzeldarstellungen" Munchen : Albert Langen, 1920, 6 tomes. 29) Benjamin W. "Erfahrung und Armut" (19.^^) in: "Illuminationen", pp ) Chaunu P. "Le modèle allemand? Une ilémographie suicidaire" Commentaire, n" 9, printemps 1980, pp outrance d'essence libérale, mais prévoit au contraire une collectivisation croissante des divers aspects de la vie des individus. Dans une version plus complète de sa communication (27) il fait référence aux travaux d'un sociologue, qui, dans une vaste fresque, dégage les trois phases qu'aurait traversées l'humanité. Proche d'un A. Comte ou d'un Spencer, cet auteur donne une interprétation de l'histoire à travers l'ethnographie, où sont longuement commentées les relations interpersonnelles et sociales primitives. Mûller-Lyer réunit dans son ouvrage les cas de figures les plus divers pour esquisser un premier état des relations sociales fondées sur l'union libre, suivi de la constitution, puis de la prétendue désagrégation de la famille (28). C'est en particulier le processus de "Vergesellschaftung", sorte de collectivisation de tous les domaines de la vie et des moyens de production qu'il observe dans le dernier quart du siècle, et qui le conduisent à extrapoler la perspeaive d'imminentes transformations sociales. Gropius prend en compte, de manière plus opératoire, cette théorie, en joignant aux trois phases une quatrième, et part de l'hypothèse selon laquelle le logement minimum des années 30 ne peut enfermer le futur dans le moule du présent, en apparence en pleine mutation. Il insiste donc sur la mise à disposition d'une pièce individuelle pour chaque membre de la famille - aussi petite soit-elle - et suppose que ces petits appartements, réalisés dans une période de pénurie, seront adaptés à la constante augmentation d'individus ne vivant plus dans le sein de l'unité de vie traditionnelle. Envisagée de cette façon, l'existence des individus n'est plus articulée sur la vie de famille - qui dans l'idéologie bourgeoise participe en tant que telle à la vie de la société - mais directement en prise sur la rue, la production, les équipements collectifs; le logement n'a plus alors qu'à assurer certaines fonctions de reproduction. Cette fascination à l'égard des potentialités de la vie collective, qu'ils partagent avec des philosophes comme par exemple W. Benjamin (29), s'inscrit dans une vision d'ensemble, marquée par la certitude de l'imminence de bouleversements politiques et sociaux, encore aiguisée par la répression que connaît l'allemagne de l'après-guerre. Ce bouillonnement d'idées tranparaît mal dans la communication reproduite de Gropius : il juge que cet arrière-fond idéologique n'a même pas besoin d'être explicité. Il n'est pas lié seulement à la conjoncture politique que traverse l'allemagne, mais fondamentalement aux transformations de structure extrêmement rapides qu'elle vient de connaître. Là, d'après nous, est la source de cette avidité que manifestent les architectes pour intégrer une culture technique ambiante. La mise en série La standardisation, la rationalisation, la mécanisation, préconisées pour l'industrie du bâtiment, et d'autre part l'intégration du "scientific management" sont considérées comme deux formes abouties de la médiatisation des transformations économiques et sociales. Dans l'allemagne de 1923, le décollage industriel, interrompu pendant la guerre, n'est vieux que de trois à quatre décennies au plus, alors qu'en Angleterre, il se situe vers 1790, et en France entre 1830 et Pourtant, avant la fin du siècle, l'allemagne va devenir la locomotive du monde industriel, son taux de croissance industriel égale celui des Etats-Unis de 1900 à Les repercussions de cet effort ne se font pas attendre : sur le plan social, on assiste à une intégration des femmes au travail industriel et, compte tenu des nouvelles conditions d'existences, à l'abaissement considérable du taux de natalité. Alors que les femmes allemandes nées en 1875 ont mis au monde 5 enfants en moyennes, celles nées en 1900, 1,9 seulement. Comme le remarque P. Chaunu, à l'appui d'une idéologie pour le moins contestable, "La trajectoire que la France a décrite en 130 ans, l'allemagne l'a parcourue en 25 ans à peine (30)". 121

11 Rien d étonnant si cette expansion industrielle et cette nucléarisation de la famille en une seule génération exercent une influence profonde sur les ouvrages philosophiques, économiques et sociaux, indépendamment des intentions politiques poursuivies. La confiance illimitée dans les bienfaits de Findustrialisation en est une face; le vertige devant la déstructuration des valeurs traditionnelles en est le revers. Bien caractéristique de son époque (bien que lui-même fût persuadé de loriginalité de son œuvre écrite), nous nous arrêterons sur la pensée de W. Rathenau, fils du fondateur de AEG (Aligemeine Electricitats Gesellschaft), responsable d une commission ad-hoc chargée de faire fonctionner l'économie de guerre, et futur ministre des Affaires étrangères - assassiné - de la République de Weimar. Ce philosophe moraliste et économiste, devenu après sa réconciliation avec son père un des patrons du grand capital monopoliste, était un anticapitaliste convaincu. Mélangeant morale et analyse socio-économique, il voit dans la mécanisation l'instrument d'une répartition plus égalitaire des richesses mais surtout le levier du redressement économique. La guerre, présentée comme une catastrophe pour l'appareil économique, aurait cependant mûri les vertus de la mécanisation "ce que la nécessité morale n'a pu obtenir, la nécessité matérielle l'accomplira (31)." Un régime économique, pénétré par la moralité et la responsabilité, serait compte tenu de la situation très difficile de l'après-guerre, le seul moyen de faire enfin de la production industrielle une œuvre de solidarité humaine. Dans le monde de demain, l'avidité céderait le pas à la responsabilité. Au capitaliste jouisseur se substituerait un homme fier de décider des grandes options économiques et sociales. En ce sens, "le "faux" individualisme, l'originalité facile, détruisent notre fonds comme notre forme. Des rues dont les maisons sont divisées en 1 a Grete LITHOTZKY "Rationaliserung im Haushalt" Das neue Frankfurt, pp Extraits ) Rathenau W. "La Triple Révolution" Essai Bâle/Paris ; Aux Editions du Rhin, 1921, p

12 LA MAISON NOUVELLE ET LE MOBILIER Par FranzSchuster Au vue des conquêtes du XX^ siècle qui ont façonné notre univers quotidien, remodelé notre mode de vie et transformé nos pensées et nos actes, il apparaît de plus en plus évident que la maison doit connaître dans sa structure et sa construction la même transformation que celle qui a mené de la malle de poste au chemin de fer, à l'automobile et à l'avion, du télégraphe catoptrique à la radio, de l'ancien atelier d'artisan à l'usine, du monde de travail et du système économique des temps passés à ceux de notre siècle. Tous ceux qui réfléchissent à ces questions comprendront que la maison patricienne de l'époque de Goethe n'a plus sa place à côté des halles de gares et d'usines, des tramways et des machines à écrire. Les maisons construites dans l'esprit de notre temps seront utilitaires, clairement structurées et pleines de beautés nouvelles. On s'efforcera d'adapter de la manière la plus pratique possible le nombre des pièces, leur dimension et leur hauteur, leur disposition et leur aménagement aux possibilités financières, économiques et techniques de notre temps. C'est ainsi que s'élabore la forme de la maison nouvelle, et les critiques des profanes en la matière ne reposent la plupart du temps que sur l'ignorance des nécessités et du contexte actuels. Mais il faut à la maison nouvelle un mobilier nouveau, et l'homme de notre temps ne sera vraiment de son temps que si son logement, son mobilier et son mode de vie sont en accord avec ses actes et sa volonté. Les meubles et les nombreux autres éléments de la maison qui constituent notre environnement quotidien et que nous utilisons tous les jours nous ont été légués dans leurs formes et leurs styles par des époques depuis longtemps oubliées, ce sont les vestiges de modes de pensée et de vie depuis longtemps révolus. Non seulement ils sont la copie de choses inactuelles, mais de plus ils ont subi tant de modifications qu'ils en ont perdu tout caractère et qu'ils n'ont plus aucun rapport avec notre vie. Le buffet ouvragé est un souvenir superflu du meuble d'apparat que l'artisan sculptait pour le vaste antichambre de la maison bourgeoise; dans un appartement, la copie sans valeur de ce buffet, avec ses ornements gravés ou fabriqués à des milliers d'exemplaires insipides, prend la meilleurs place et écrase l'espace et les hommes. Il en est ainsi de tout l'appartement. Cela va du canapé Biedermeier*, sur lequel on ne peut s'asseoir confortablement et encore moins s'allonger pour se reposer, à la table à toilette beaucoup trop haute et d'autant moins commode qu'elle est garnie d'un fatras d'ornements superflus, sans parler des tables de nuit et de tout le reste. En fait, aucun des meubles usuels de la cuisine, du séjour et des chambres, et encore moins du "salon", n'a de rapport avec l'usage que l'on en fait. On s'en rend compte mais on endure cet état de fait au nom de la "beauté". Ce n'est pourtant que pure imagination, et la "Gemùdichkeit"** poussiéreuse exige un travail qui n'a rien de "gemûtlich" ni d'utile. La femme ne veut plus passer ses journées à faire le ménage et à s'occuper de choses insignifiantes; elle veut participer à la vie * Style d'ameublement correspondant au style Louis-Philippe (N.d.T.) ** Qualificatif difficilement traduisible en français et exprimant les notions de confort et d'agrément. (N.d.T.) 32) Ibid., p. 39. pièces semblables pour servir à des besoins semblables, deviennent des échantillons de fantaisie stylistique indisciplinée, des mobiliers simples sont modifiés d'après les formules mal interprétées des siècles et des contrées (32)." Selon lui, l'humanité à l'échelle planétaire était portée par la mécanisation, le mouvement le plus extraordinaire de son histoire ("Des choses de demain"). L'augmentation de la production, le souci de l'économie de travail et de matières premières seraient générateurs d'un processus irréversible de mécanisation. Tout en préfigurant le discours sur la standardisation et les amalgames établis au nom de l'architecture moderne, ses considérations indiquent dans quel climat émergera une "esthétique de la machine" transposée à un niveau réel ou symbolique dans l'architecture. La filiation Rathenau-Behrens-Gropius-Bauhaus (Gropius est le chef d'atelier de Behrens avant de devenir directeur du Bauhaus), on peut la percevoir autant comme un jeu complexe d'influence favorisé par le contexte berlinois de l'entre-deux guerres, que comme la transmission d'un savoir. Le livre de Rathenau "Des choses de demain" est significativement vendu à exemplaires en une année et connaît jusqu'en 1925 soixante-dix rééditions et de nombreuses traductions. L'espoir dans "l'homme nouveau" et "l'esprit nouveau" partagé en France dans le domaine de l'architecture par Le Corbusier, n'est pas propre à cet industriel-philosophe qui se disait avec ironie dilettante en seize domaines et passable commerçant (note 4). La vertu que ce "précurseur de la technocratie" (G. Duveau) attribue à la mécanisation au point d'y voir même un moyen de lutter contre la dégénérescence de la race allemande (tant il est préoccupé par l'abaissement du taux de fécondité), est sensiblement de même nature que l'aveugle espoir de la féministe Lily Braun dans l'industrialisation "pour libérer la femme". Cette militante du parti social-démocrate, auquel appartenait Rosa Luxemburg, s'efforce de démontrer combien la mécanisation contribue à rendre les tâches moins pénibles dans la production industrielle, et par conséquent ouvre le chemin vers l'égalité des femmes. Par déduction, la mécanisation introduite dans les équipements domestiques était susceptible de favoriser une pareille révolution dans la vie privée. A aucun moment il n'est envisagé que le progrès technique puisse conduire à autre chose qu'au progrès social. Le transfert de technologie, qu'august Bebel, président du parti socialdémocrate propose à propos de la cuisine collective ne laisse aucun doute là-dessus {cf. document). Le milieu où semble naître la discussion sur la rationalisation de l'appartement, des meubles et de la cuisine est donc passablement éloigné d'une vision comportant l'intégration pure et simple de quelques acquis techniques, comme en témoigne l'attitude d'architectes eux-mêmes partie prenante des coopératives d'habitation, ou encore prêts à se mettre au service des municipalités qui, après 1924, prennent le relais de l'initiative privée. L'Allemagne connaît alors des conditions de production du cadre bâti et surtout des logements sociaux sans commune mesure avec ce qui se passe en France à la même époque où la loi Loucheur, adoptée à la suite d'interminables palabres se concrétise de 1924 à 1928 par un saupoudrage rétroactif des capitaux à fonds perdus; le tracé "vers une architecture" était de nature fort différente. La nouvelle politique de la République de Weimar, fondée sur l'aide et sur la contrainte, pendant la période inflationniste modifiait sensiblement la structure du marché. Les Note 4 : L'AEG comptait avant la guerre employés et 966 fabriques. P. Berglar "Walter Rathenau - Seine Zeit - sein Werk - seine Persônlichkeit" Bremen : Schùnemann Universitatsverlag," 1970, p. 273 (Thèse d'etat - Cologne). 123

13 ' 4 m 124

14 intellectuelle de son temps, elle doit s'affirmer dans la lutte économique et elle ne peut plus gaspiller ses forces intelleauelles et physiques à des futilités, qu'elle soit mère, épouse ou seule, elle doit prendre sa place dans la lutte pour l'édification d'une ère nouvelle. Elle doit donc exiger aussi du logement - comme nous le faisons dans tous les autres domaines - qu'il n'inhibe pas, mais au contraire qu'il favorise le développement de nos meilleures facultés et de nos plus grandes forces; personne ne prétendra que laver, épousseter et astiquer les meubles soient des activités de grande valeur. Notre époque exige un mobilier nouveau. La maison nouvelle doit être aménagée de telle manière que l'homme et la femme soient l'essentiel, pas les objets. La maison est un objet usuel au même titre que les vêtements et les chaussures, ce n'est pas une pièce d'exposition ou un musée dont l'homme ne serait que le gardien, et il va de soi que ses formes devront être simples et évidentes. Les quelques ustensiles de travail, les meubles indispensables auront des formes nouvelles aussi simples, fonctionnelles et convaicantes que par exemple le verre ou la casserole les plus communs. La salle de bains, la cuisinière à gaz, la lumière électrique et le chauffage sont les derniers et les meilleurs produits de notre époque, le style sofa au contraire est un legs de l'univers de grand-mère, et il devrait y rester. Les rideaux de dentelles ne sont plus guère compatibles avec les difficultés et le prix du nettoyage, mais personne ne veut se séparer aisément de tout ce qui l'encombre; chacun s'imagine qu'il perdrait quelque chose s'il aménageait son appartement en suivant les enseignements de l'usine et du bureau et les exigences nouvelles de notre temps. La plupart des éléments de notre cadre de vie professionnel sont déjà l'expression de notre temps, ils constituent un modèle bien déterminé, ce n'est pas encore le cas pour nos maisons. Certes, il existe des meubles qui font semblant d'être "modernes"; mais ils ne sont qu'à la mode, ils ne sont que du vieux vin dans des outres neuves. Ce n'est pas la nouveauté de la forme qui fait un modèle nouveau, c'est l'esprit. (...) Franz SCHUSTER "Die neue Wohnung und der Hausrat" Das neue Frankfurt /1927, pp , (Extraits p. 123 plus passim.) Witt P.-Chr. "Inflation, Wohnungszwangswirtschaft und Hauszinssteuer. Zur Regelung von Wohnungsbau und Wohnungsmarkt in der Weimarer Republik" in : "Wohnen im Wandel" (Hrsg. L. Niethammer) Wuppertal : Hammer Verlag, 1979,pp Uhlig G. op. cit., p Siedlungen - cités - jardins - résultaient d'un effort coordonné entre Etat et municipalités, à qui était par ailleurs laissée l'entière responsabilité de leur conception. Ernst May construisit à Francfort au rythme de 4000 logements par an, et détermina l'ensemble des paramètres urbains et architecturaux. Dans l'ensemble, l'etat subventionna 90% des logements et mit à disposition la moitié du coût global de la construction (33). Il s'agit d'une subvention canalisée vers le logement social et favorisant des intervenants institutionnels, para-publics ou encore des groupements d'intérêt (au prix d'emprunts importants à l'étranger). Ces logements sociaux, réalisés à une échelle appréciable contribuent à créer les conditions nécessaires pour une mise en commun des efforts de l'industrie, des urbanistes et des architectes. Un autre facteur essentiel reste la volonté des architectes de proposer des solutions qui tiennent compte effectivement du niveau de vie'des travailleurs. Les cuisines de Oud, de Schuster ou de Schûtte-Lihotzky sont entièrement équipées et aménagées, afin que les futurs habitants ne se trouvent pas dans l'obligation de faire des installations coûteuses et encombrantes. L'augmentation excessive du loyer, par une trop grande élévation du niveau standard minimum, a été un sujet de préoccupation constant, compte tenu que les frais liés au logement ne devaient pas représenter plus de 25% du salaire d'un ouvrier. Cependant, les frais d'installation d'une cuisine aménagée (240 RM) étant ajoutés au coût global de construction, la dépense pour le locataire paraissait raisonnable. Cuisines standard Il est fort intéressant de constater qu'ernst May, qui devait cautionner "la cuisine de Francfort" se moquait peu avant de la taylorisation (chronomètre en main) de l'œuf au plat pour défendre l'idée du coincuisine séparé du séjour (34). Un choix C'est seulement au moment de la mise en série des habitations que semble s'être opéré le choix technologique en faveur de la cuisine individuelle. Toutefois, la mise en place de la cuisine intégrée va prévaloir sur la cuisine à proprement parler équipée. La cuisine de Dessau (Haus am Horn, 1923) prototype d'exposition élaboré par le Bauhaus, celle de J.P. Oud à l'exposition du Workbund à Stuttgart, les cuisines en série de Francfort et de Leipzig, plus tard celle de E. Meyer à Munich, sont juste équipées d'une cuisinière, d'un évier et parfois d'une marmite norvégienne (Kochkiste). C'est seulement vers 1928 que Schuster propose une ventilation, mais en 1941 encore, Stratemann s'en tient dans la "Gùtersloher Kuche" à cet équipement technique primaire. A y regarder de plus près, ce sont les espaces de rangement et les plans de travail, conçus comme partie intégrante de la maison, qui font l'originalité de ces cuisines et remplissent l'office de machines au foyer. Il est vrai qu'ainsi l'expansion du marché des appareils de cuisine se trouve canalisée et les cuisines-laboratoires préfigurées, mais de là à conclure que cette extension de la standardisation répond à des raisons d'ordre stratégique, comme l'introduction de la discipline à domicile, c'est heureusement plus une hantise qu'une analyse... Le design du Bauhaus et des architectes fonctionnalistes légitime sur un plan socio-culturel une certaine conception qui pose effectivement les jalons d'une technologie que les fabricants américains, avec le renfort des spécialistes de la nutrition, des psychologues, des ergonomistes, etc.. 125

15 LE NOUVEAU MENAGE Dr. Erna Meyer (...) Il ressort de toutes les enquêtes réalisées dans les usines modernes qu'une grande partie du temps nécessaire à tout travail est passé à aller chercher et à déplacer les outils. C'est pour cette raison qu'on a cherché et qu'on est parvenu à disposer les outils le plus près possible de l'ouvrier, de telle sorte qu'il puisse les saisir facilement : les économies ainsi réalisées sont à peine imaginables pour le profane. Il faut faire bénéficier le travail ménager de ces expériences, car là aussi, et peut-être plus encore qu'à l'usine, la plus grande partie du temps de travail se passe à chercher inutilement les ustensiles et les ingrédients, ce qui entraîne un gaspillage équivalent d'énergie. Il est utile de bien prendre conscience de l'étendue de ce gaspillage.(...) (...) // faut transformer notr maison pour en faire un lieu de travail fonctionnel, perfectionner nos méthodes de travail de telle sorte que la technique nouvelle du travail ménager permette à la femme de continuer à répondre aux exigences d'une vie devenue entre-temps si différente de celle qu'elle avait menée auparavant {...) (souligné par l'auteur). (...) A côté du problème de la bonne position du corps au travail, nous devons tenir compte d'un autre impératif, corollaire du premier : il nous faut veiller à avoir suffisamment d'air et de lumière tout au long de la journée de travail. Là aussi, l'industrie peut nous apprendre un certain nombre de choses. Alors qu'autrefois, et surtout au début de l'ère du machinisme, on ne craignait pas d'ouvrir une "manufacture" dans n'importe quel lieu destiné antérieurement à tout autre chose et de faire travailler les ouvriers entassés les uns sur les autres dans des pièces seulement éclairées à la lumière artificielle (souvent beaucoup trop faible) et dans un air perpétuellement vicié, on s'est enfin laissé convaincre qu'une bonne aération et un éclairage approprié sont essentiels pour l'obtention des meilleurs rendements. (...) Dr Erna Meyer "Der neue Haushalt - Der Wegweiser zu wirtschaftiicher Hausfûhrung" (extraits pp , p. 17, p. 21) élaboreront à partir de 1930 dans leurs bureaux d'études, et remettront en circulation dès 1934 aux Etats-Unis et après la guerre en Europe, sous une forme plus sophistiquée. Les cuisines-laboratoires standardisées des années 20 restent finalement une projection, un idéal. Elles recèlent malgré les apparences, des procédés de fabrication objectivement marqués par l'archaïsme du secteur du bâtiment, et cela en dépit d'une réflexion sur les avantages de la rationalisation de la production. La multiplicité des matériaux utilisés indique l'existence d'une fabrication et la présence d'une main-d'œuvre susceptible d'exécuter du "modem style". A côté des dix-huit tiroirs caractéristiques en aluminium, on trouve en effet : un tiroir en bois de chêne (pour que la farine, grâce au tanin, ne soit pas infestée par les vers), un plan de travail en bois de hêtre avec un créneau en métal, des étagères tapissées de linoléum, à qui on prête des vertus antiseptiques quasiment magiques; à cela, il faut ajouter le traitement de certaines surfaces avec de la peinture bleue, pour terroriser les mouches et l'utilisation de faïences sur les plans de travail par Le Corbusier... on ne découvre certes pas de raton laveur, il n'empêche que tout cela relève davantage du travail artisanal que de l'industrie. Nul doute que la fixation spatiale garantissait un certain déroulement des séquences de travail et des déplacements, et que la signification de cette esthétique de laboratoire corrobore cette intention. Il est certain aussi que l'utilisation très ponctjuelle de matériaux relativement onéreux ne traduit qu'un souci d'économie. Cette variante de "l'esthétique de la machine" se trouve cependant en flagrante contradiction avec le travail ménager lui-même., Celui-ci, tout d'abord, demeure socialement nié en tant que tel (Votre femme travaille.*^ Non, elle s'occupe du ménage), et bien évidemment non rénuméré. Il reste artisanal et continue de se situer au bout de la chaîne de transformation de la nourriture, si l'on excepte une vague de conservation à domicile et l'utilisation de la fameuse Kochkiste (qui. permet à la ménagère de faire mijoter pendant son absence le repas de midi, et donc de s'intégrer plus aisément à la production). Par là, les études de mouvement de L.K. Gilbreth, épouse de F.B. Gilbreth (Note 5) retrouvent les origines d'une sophistication du travail artisanal, ce qui est certainement contraire à l'image de marque que voulait se donner l'industrie du gaz américaine en engageant vers 1930 cette stakhanoviste au sourire. Un style Il est tentant d'affirmer que c'est justement dans ce décalage entre aspect préfabriqué, donc supposé induit par les procédés de fabrication, et réel procédé de réalisation que réside le style, en l'occurrence le "Bauhausstil". Au moment où des artisans insérés dans une structure précapitaliste de l'organisation du travail, réalisent des objets d'une certaine apparence, il appartient au groupe des usagers, historiquement et socialement déterminé, d'en qualifier l'adéquation aux représentations de l'époque. Ce serait évidemment différent si le design découlait effectivement, autant que le suggèrent les concepteurs des cuisines-laboratoires, d'usages et de contraintes liés au mode de production. Le plan de travail continu, précepte fondamental de la cuisine moderne, se révèle à cet égard exemplaire. Le "standard" se démasque dans cet aménagement comme un véritable style. L'utilisation d'innombrables Note 5 : Connu pour ses études d'ergonomie sur le lieu de travail, dont le comique, de nos jours, ne craint pas la comparaison avec la fameuse séquence d'alimentation de Charlie Chaplin dans "Les Temps Modernes". En fait, initialement artisan maçon, il incarne bien le genre d'individu à entrer volontairement en compétition avec "l'homme de marbre" de Wajda. 126

16 35) Baudrillard J. "Pour une critique de l'économie politique du signe", Paris, Gallimard, 1972, p ) Ballereau J.B. "Cuisines modernes" Paris : Haut Enseignement Commercial pour jeunes filles, 1948, p. 96 (Diplôme). 37) Dastugue M. "Meubles et éléments pour installations de cuisines", Paris, Haut Enseignement, 1967, 145 p. (Diplôme). dessins, représentant une femme (note 6) debout ou assise en train d exécuter des travaux, présuppose, outre une femme elle aussi de taille standard, un évier ou une cuisinière à la hauteur des plans de rangement. Il apparaît alors avec évidence que c'est le fond de l'évier qui devrait être situé dans le prolongement du plan de travail, ce qui impliquerait que les parois constituent un décrochement en hauteur dans ce design, hypothèse sacrilège. Toujours pour une femme standard, l'exécution artisanale et les différentes composantes des cuisines traditionnelles et des ateliers d'artisans nous apprennent qu'un plan de travail sur lequel on peut prendre appui s'avère fort utile, et compte tenu de sa généralisation, indispensable. Cela dit, cette hauteur égale - qui est de 80 cm, de 85 cm ou de 90 cm selon les pays, et dont la disparité prouve l'arbitraire - est suffisante pour ouvrir des boîtes et déposer des ustensiles; elle va dans le sens d'une prohibition du corps à corps entre homme et matière, déjà timidement amorcée dans le discours hygiéniste. Les plans de travail continus trouveront avec l'inox et le chrome leur technologie appropriée (la cuisine noire de 1930, Kitchenmaid) et parachèveront alors la cohérence idéologique du design que Baudrillard qualifie hâtivement de Bauhaus en visant le "style international": "réconciliation entre l'infrastructure technique et social mise en place par la révolution industrielle avec la superstructure des formes et du sens (35)." Différences de commercialisation et commercialisation de la différence En attendant, la technologie de la cuisine réellement équipée, la diffusion de l'esthétique des scintillantes voitures américaines des années 50 et peut-être "l'emploi des conserves, des viandes et légumes préparés" (V. Bourgeois, loc.cit) le marché de la cuisine française et allemande de 1945 à i960 continuera à "faire" du standard. En 1948, la produaion française s'élève à 1200 unités complètes par an. Et le çiême auteur estime les cuisines meublées et non aménagées à 99% (36). De 1962 à 1964, l'industrie du meuble de cuisine représente 10% du secteur de l'ameublement. De 1958 à 1964 cette "industrie" évolue de lia 13%, avec une exportation significative tant elle est insignifiante (0,2%). Par ailleurs, cet ' artisanat évolue indépendamment de l'industrie de l'électro-ménager et du côté de la distribution sans aucune coordination avec les chaînes de magasins. Un grand nombre de fabricants traite directement avec la clientèle, et le secteur engouffre de 5 à 10% de son chiffre d'affaires dans la publicité, sans vraiment faire décoller la demande (37). Des milliers de petites entreprises se partagent cet aménagement "moderne" de la cuisine, et avec l'introduction des panneaux en fibre de bois (connus depuis 1930), et particulièrement avec celle du panneau "de particules" (mis au point entre 1945 et 1950), concurrencent, en raison de la faible cohérence de la demande, les cuisines en métal ou en matières plastiques. L'avantage de la structure en bois étant son adaptation à toutes sortes de configurations de lieux et d'équipements électro-ménagers, ces panneaux de remplissage en "aggloméré" ne présentent plus les mêmes inconvénients que le bois massif. Mais la compétitivité de ces petites entreprises réside précisément dans leur faiblesse. Incapables de réduire leurs coûts avec cette production hétérogène, incapables de jamais réussir un modèle standard et d'augmenter la productivité, les quelques entreprises spécialisées restent aux prises avec des menuisiers locaux. Le revêtement en stratifié viendra parfaire cette fabrication; collé dans la Note 6 : Une femme, pas un homme, bien sûr, ce qui viserait à décourager le partage des tâches... à moins que les conjoints ne soient de même taille

17 plus belle tradition de 1 ebénisterie, il fera l'unanimité en procurant enfin au bricolage cette esthétique de laboratoire tant recherchée, tout en permettant la perpétuation du mode de production artisanal. Ce revêtement, qui nécessite spécialement dans les angles une manutention onéreuse (contribuant ainsi aux plus belles justifications sur l'angle droit), présente il est vrai également de bonnes propriétés techniques. Le style venait de trouver sa technique. L'esthétique que R. Mallet-Stevens avait difficilement obtenue avec des faïences blanches, en supprimant pour les besoins de la cause le mobilier (voir couverture de cette revue), et qu'il avait si bien conceptualisée en 1931, a trouvé son expression, son décor. "Si un style moderne a été naturellement créé pour servir de cadre à la vie contemporaine, la cuisine n'a pas été oubliée. C'est elle, en effet, qui profite le plus des progrès de la science en matière d'habitation" et, poursuit-il après avoir énuméré tous les appareils ménagers y compris la machine à laver la vaiselle, la glacière électrique, et "toute la gamme des appareils mécaniques pour moudre le café, éplucher les pommes de terre"(...) "la cuisine moderne est un Salon des Arts ménagers en miniature. Il paraît normal que de telles transformations apportées à une seule pièce de la maison aient fait naître une esthétique nouvelle. La cuisine doit être claire, gaie, avenante... (38)." Le stratifié, à l'origine utilisé comme revêtement industriel en raison de sa résistance, se métamorphose en revêtement de décor industriel pour faire le bonheur des petites unités de production qui, en 1964, comprennent près de 70% d'entreprises familiales (39) dont 90% occupent moins de 50 employés. Alors qu'en 1962, plus de 60% du parc de logements est antérieur à 1914, la production d'unités de cuisines aménagées ne dépasse pas 50000, soit sept fois moins que celle des logements en construction. Voilà qui donne la mesure des résistances au changement, qui caractérisent ce secteur du bâtiment comme tant d'autres. C'est en 1965 qu'une nouvelle norme remplacera celle de 1955 sur "les meubles de cuisine et éléments pour installation de cuisine" et imposera comme innovation des dimensions standard liées à une coordination modulaire des éléments. Prenant ainsi le pas sur "l'industrialisation ouverte" préconisée dix ans plus tard pour le gros œuvre, en réaction contre les espoirs déçus et décevants du préfabriqué, cette coordination peut autant être considérée comme l'échec de la "cuisine standard" que comme le signe précurseur d'un encerclement du secteur du bâtiment par les grandes entreprises industrielles (Note 7). Alors que la France et l'allemagne se trouvent durant une assez longue période à la traîne des innovations dans le domaine des cuisines, en Suède et en Grande-Bretagne, une réflexion se poursuit sur leur aménagement, pendant qu'aux Etats-Unis se développe une technologie sophistiquée. Dans l'immédiat après-guerre, le Hemmens Forskingsinstitut de Stockholm met au point une cuisine modèle qui, par le relais de vastes coopératives de construction, connaîtra une application généralisée. Le plan de travail en acier inoxydable et une division en huit centres marquent une prolongation des recherches allemandes, et l'introduction du réfrigérateur une généralisation des équipements ménagers. Les espaces de rangement exécutés en bois peint (peinture émaillée) sont 38) Mallet-Sitvens Rob. "L'esthétique de la cuisine" L'Arl ménager n'' 50, mai 1931, p ) Dastugue M. op. cit.. p. 36. Note 7 : Encerclement, d'une part, fondé sur l'hypothèse d'un archaïsme inhérent et immuable (obstacle foncier, multiplicité de la demande, etc.) et, d'autre part, révélateur du décalage croissant entre un secteur qui pèse lourd dans l'investissement de capital fixe et qui ne semble pas de luimême s'adapter aux transformations économiques (capitalisme de papa contre circulation rapide du capital) et ce secteur industriel qui exerçait sa fascination sur les architectes des années 30, cf. R. Perrinjaquet: "Eléments pour une sociologie de la production architecturale", Paris, EHESS, 1978, p. 346 (Diplôme). 128

18 40) Cité par S. Giedion,.O/J, cit., p. 6l6. 41) Barjonet P.E., L'Hoste J. "Besoins de mobilité et demande de sécurité ; production de modèles de régulation et de contrôle social", Paris, Ministère des Transports, 1979, p. 19- fabriqués en série et, en 1945, réalisés en unités. L'Angleterre, dans son effort de reconstruction, et avec sa grande tradition de logements sociaux municipaux, accélère la standardisation par des plans d'installations mis au point dans des bureaux d'études étatiques qui serviront de référence aux fabricants. Contrairement aux recherches suédoises, les Anglais optent pour les "cuisines laboratoires" de 9 mètres carrés de surface. Ces cuisines sont en général équipées d'une cuisinière, d'un four, d'un réfrigérateur et souvent d'un ventilateur, d'un chauffage électrique et même d'armoires à légumes réfrigérées. Le ministère des Travaux publics supervise constamment la standardisation et la coordination entre les 50 à 60 entreprises avec lesquelles les pouvoirs ont négocié des contrats. Outre cette production de cuisine aménagée, des blocs-eau (cuisines et salles de bains accolées) et des blocsmécaniques avec des circuits de distribution et d'évacuation sont réalisés à plus petite échelle et rejoignent les recherches de Buckminster-Fuller dès 1927 sur les noyaux mécaniques. Significativement, la majorité des fabricants de cuisine utilise avec le métal (tiroirs et panneaux, plan de travail en inox) un procédé de fabrication en rapport avec la structuration du marché par des intervenants institutionnels. De cette manière, et par ce cheminement dans le temps et dans l'espace, la "cuisine de Francfort" améliorée revient dans les années 60 sous la dénomination de "Schwedenkûche" (cuisine des Suédois) dans son pays d'origine. Pendant ce temps, le marché américain reste très actif, mais se diversifie rapidement en raison d'une demande très individualisée, compte tenu de sa politique de la gamme, inspirée par celle de la General Motors pour les automobiles avec comme devise : "a car for every use and for every purse" (une voiture pour chaque usage et pour chaque bourse). L'industrie met en place une stratégie de diffusion sans égale, encouragée par I épouse de Gilbreth, qui, fière d'avoir su réduire à 24 les 50 opérations traditionnelles de la ménagère, déclare : "Le fabricant doit être conscient, qu'aujourd'hui (1930) son savoir sur ce qui est nécessaire à la ménagère est très limité. La femme elle-même ne sait que rarement ce qu'elle veut, encore moins ce dont elle a besoin (40)." Malheureusement, nous n'avons pas connaissance du budget recherche et publicité des électroménagistes américains. A mesurer l'avalanche de brochures mi-publicitaires mi-scientifiques, les concours lancés auprès des architectes pour susciter des "propositions" intéressantes, et probablement pour assurer un niveau de culture technique capable d'intégrer les possibilités illimitées et indéfiniment variables de cette industrie, l'effort devait être remarquable. L'impact de Mme Gilbreth : ouvrages, conférences, articles, en est témoin et fait aujourd'hui oublier qu'elle devait, en tant qu'employée de la Brooklin Gas Company, surtout favoriser un choix technologique plutôt qu'un autre. Ces conditions réunies font que comme nous l'avons constaté, les idées du Bauhaus, ou plutôt l'esthétique de cuisine de ce courant de l'architecture, est rapidement intégrée. Encore que les soi-disant "builtin" soient en général conçus comme meubles isolés. Parallèlement, la cuisine standard ne fera jamais sa variante américaine du "modèle unique", les fabricants étant probablement instruits par l'expérience d'henry Ford. A partir de 1927, celui-ci doit renoncer à sa politique du modèle unique (la Ford T) qui lui avait pourtant permis de couvrir 55% du marché, devant le déclin de ses ventes face à la concurrence des autres marques, et en particulier de General Motors, qui dès 1923 introduit le changement annuel de modèle (41), et accélère la recherche d'innovations qui réussissent à accroître la demande bien au-delà d'une simple exigence de remplacement d'un véhicule usagé. Comme cette société, les fabricants de cuisines >ouent la carte de la diversité et de l'innovation dans le domaine des machines au foyer. La concurrence ne portait plus tant sur les prix que sur les produits, ce qui 129

19 allait ouvrir une ère d'innovation technologique dont nous ne connaissons en Europe que quelques retombées. Nous n'avons jamais eu par exemple l'insigne bonheur de choisir entre 200 modèles d'ouvreboîtes électriques. Conçus en fonction des exigences du standing et certainement des autres habitudes de consommation, ces produits ont en fin de compte difficilement traversé l'océan. Un autre facteur, probablement plus déterminant que d'éventuelles particularités d'ordre sociologique - telle la recherche effrénée d'une accumulation de signes - serait, serions-nous enclins à penser, la disposition même de la cuisine à l'intérieur de la maison américaine. La cuisine est d'avantage un lieu de passage, et il semble que le plus grand nombre d'activités ménagères s'y déroulent (comme le montre l'adjonction systématique d'une buanderie, lingerie, ou souillarde). Par ailleurs, les cuisines sont souvent des cuisines-séjours dont les plus fameuses nous viennent de F.L.Wright, mais également de Ch. Frederick, un des pionniers du scientific management appliqué à la cuisine, qui opte dès 1933 pour cette solution alors que dans ses ouvrages, la cuisine-laboratoire se trouvait déifiée (42). Quoi qu'il en soit, cette évolution, qui rejoint une volonté d'affirmation de l'augmentation du niveau de vie et une extension des capacités de production de l'industrie, conduit inexorablement à des aménagements de cuisines composites, non coordonnés et sophistiqués à outrance. Quand nous lisons dans une étude de marché française de 1967 que les "Américains estiment que l'idée française de livrer des appartements équipés est une erreur" parce que "chez eux les entrepreneurs laissent toujours quelque chose d'inachevé, pour permettre à des clients de "personnaliser" leurs installations" (43) cela laisse rêveur. Le culte de la machine, où se mêlent crainte et vénération dans les années de la grande crise, et dont le mouvement technocratique autour de Howard Scott et Stuart Chase est l'expression, fera le reste. Ces technocrates sur lesquels plane l'ombre de Bellamy (1887 "Looking Backwards") et celle de Thorsten Veblen seront tous épris de la mécanisation croissante et y verront le fondement du système sociétal et du bouleversement des modes de vie traditionnel. Persuadés que "l'atelier remplacera le gouvernement" comme l'avait pensé longtemps avant eux Proudhon, ils préconisent des solutions radicales qu'on appellera plus tard totalitaires. Stuart Chase s'en prendra au faible rendement des 20 millions de cuisinières à charbon, pour proposer le suppression des maisons individuelles et tel de ses disciples allemands énumérera le nombre de machines existant dans les foyers américains (Note 8) pour démontrer l'influence inévitable que devrait avoir cette mécanisation sur la transformation des modes de vie (44). Ces chiffres, probablement assez optimistes pour l'année 1933, traduisent une véritable fascination qui contribuera à rendre équivalente aux yeux des Européens l'amélioration des conditions de vie et l'équipement croissant en appareils ménagers; en retour, elle sera pour certaines couches sociales aux USA la preuve de la supériorité manifeste de r"american w^ay of life", exprimée dans une technologie d'avant-garde incontestable. L'énorme réfrigérateur, qui emprunte aux voitures leurs formes aérodynamique, fait ainsi certainement partie d'un élément constitutif du patrimoine, dans l'ancienne acception du terme. Dans le vieux monde, 42) Bernège P. "Quand une femme construit sa cuisine - Une réalisation de Chr. Fredericks", L'Art ménager n" 77, août 1933, pp ) Dastugue M., op. cit., p Pfeiffer E. "Technokratie - Wie amerikanische Techniker und Forscher sich die Ueberwindung der Maschinenherrschaft denken" Stuttgart : Franck'sche Verlagshandiung, 1933 p. 19. Note 8 : Cuisinières à gaz, mazout et électriques : Chauffages centraux : Machines à coudre : Fers à repasser électriques : Aspirateurs : Machines à laver la vaisselle : Réfrigérateurs mécaniques :

20 il aurait d'ailleurs pu avantageusement être utilisé à des fins collectives. La naissance d'un tel monstre s'explique par une concurrence qui porte davantage sur le produit que sur le prix. Le protectionisme s'exerçant plus facilement sur les marchandises que sur les idées, cette vague de technocratie avec toute l'ambiguïté qui la caractérise relancera au milieu des années trente une conception concrète de la cuisine équipée. Cependant, les protections douanières instaurées après la Seconde Guerre mondiale (et un réseau électrique différent) s'avéreront suffisamment étanches pour que l'europe puisse pays par pays et avec des décalages considérables, consolider un marché, en fin de compte naissant. Les facteurs, qui expliquent les disparités considérables entre les différents pays d'europe, sont nombreux puisqu'ils tiennent à la fois aux conditions concrètes de production d'une part, à l'idéologie et aux valeurs dominantes d'autre part. En France, si le manque de dynamisme des industriels (fabricants ou distributeurs d'énergie) et le peu d'efforts déployés par les pouvoirs publics pour structurer le marché, expliquent partiellement le retard en équipements des cuisines, l'élément décisif est certainement la faible part de leur revenu que les Français ont longtemps consacré à payer leur loyer. Cause ou conséquence d'une politique de contrainte sur les loyers, la construction cesse pratiquement de 1920 à 1950; l'existence d'un parc de logements anciens et de mauvaise qualité rend donc, après la Seconde Guerre mondiale, extrêmement difficile, l'introduction d'une cuisine équipée. Compte tenu du coût absolu, mais surtout relatif d'une cuisine laboratoire, comparé au coût global de la construction, de plus, vu l'existence d'un taux d'intérêt en moyenne deux fois plus élevé que dans la plupart des pays industrialisés, il devenait improbable que les producteurs de logement - promoteurs ou bureaucrates - se fixent leurs propres normes standardisées de confort. Comme se greffe sur cette situation, le faible poids d'un groupe d'intervenants "intermédiaire" dans la production de logements (coopératives, municipalités, comités d'entreprise), qui auraient pu créer un nivellement vers le haut des conditions de confort, l'équipement en machine au foyer reste irrémédiablement une affaire d'individus et obéit par conséquent à des règles relativement immuables* A contrario, la structuration du marché du logement, en Allemagne, sous la république de Weimar, en Suède et en Angleterre après 1945, produit les effets inverses; les habitations coopératives allemandes et, à titre d'exemple, le logement philanthropique anglais du XIX^ siècle, intègrent un grand nombre de "commodités"(vide-ordures, eau courante à l'étage) dès Le courant utopiste lui, en ne transformant pas le logement collectif en une addition de logements individuels, opère dès le début du dernier siècle des transferts de technologies importantes (Fourier, Owen) et à travers quelques réalisations communautaires propose une substantielle modification de la cuisine traditionnelle (44). Il n'en reste pas moins que, de nos jours, avec un niveau d'équipement comparable, la conception et le marché des cuisines semble pays par pays obéir à une dynamique propre qui relève de pratiques architecturales aussi disparates. L'incidence de la conjugaison entre des conditions de production et un savoir architectural transmis au niveau de la pratique, se traduit évidemment par une esthétique intégrant plus ou moins l'accumulation de composantes ou tend vers une cohérence qui reflète la manière dominante de concevoir et de produire en fonction d'un marché. Ainsi, les cuisines américaines reflètent en même temps "la politique de la gamme" et l'individualisation de la demande (70% de propriétaires) alors que l'architecture des cuisines allemandes accuse autant le poids de la tradition, la structuration des intervenants (le plus grand producteur de logements a statut de coopérative) que le faible nombre de propriétaires. Il semble en effet que globalement, un taux d'intérêt moyen et un faible 131

La conception du service public «à la française» Gilles GUGLIELMI

La conception du service public «à la française» Gilles GUGLIELMI La conception du service public «à la française» Gilles GUGLIELMI Professeur à l'université Paris-II Je tiens d abord à vous remercier de cette invitation et de la thématique de ce colloque qui je partage

Plus en détail

AVANT-PROPOS CREATIVITE, FEMMES ET DEVELOPPEMENT L'EXEMPLE QUI VIENT DES AUTRES...

AVANT-PROPOS CREATIVITE, FEMMES ET DEVELOPPEMENT L'EXEMPLE QUI VIENT DES AUTRES... AVANT-PROPOS CREATIVITE, FEMMES ET DEVELOPPEMENT L'EXEMPLE QUI VIENT DES AUTRES... Tellement à la mode depuis quelques années, le mot de créativité est peut-être déjà démodé. La publicité, la médiatisation,

Plus en détail

Droit de la protection de la propriété industrielle et commerciale :

Droit de la protection de la propriété industrielle et commerciale : Droit de la protection de la propriété industrielle et commerciale : Chapitre I La théorie des droits privatifs de la propriété industrielle et commerciale : Section 1 La notion de la propriété industrielle

Plus en détail

La révolution de l'activité féminine. Hervé Le Bras EHESS

La révolution de l'activité féminine. Hervé Le Bras EHESS La révolution de l'activité féminine Hervé Le Bras EHESS En cinquante années, d'un point de vue démographique, le travail a changé de nature. On pouvait craindre que l'allongement de la vie et celui des

Plus en détail

LES TACHES DU MANAGER

LES TACHES DU MANAGER 1 LES TACHES DU MANAGER 1 Domaines de Management Avant de définir les tâches, il me semble utile de classer les différents domaines entrant dans le cadre du management d une équipe. J en ai défini cinq.

Plus en détail

LA CONSTRUCTION DES PUITS EN AFRIQUE TROPICALE

LA CONSTRUCTION DES PUITS EN AFRIQUE TROPICALE LA CONSTRUCTION DES PUITS EN AFRIQUE TROPICALE BURGÉAP EAU-SOL-ENVIRONNEMENT LA CONSTRUCTION DES PUITS EN AFRIQUE TROPICALE Collection Techniques rurales en Afrique MINISTÈRE DE LA COOPÉRATION ET DU DÉVELOPPEMENT

Plus en détail

Comparaison des enjeux énergétiques de la France et de l Allemagne

Comparaison des enjeux énergétiques de la France et de l Allemagne Comparaison des enjeux énergétiques de la France et de l Allemagne Dans la perspective de la première conférence franco-allemande sur l énergie qui se tiendra le 2 juillet prochain à Paris 1, il paraît

Plus en détail

Centres d'intérêt et Motivations Personnelles

Centres d'intérêt et Motivations Personnelles Centres d'intérêt et Motivations Personnelles 16.8.2013 COMPRENDRE VOS FACTEURS DE MOTIVATION La connaissance des attitudes et des motivations d'un individu nous renseigne sur POURQUOI cette personne fait

Plus en détail

Le travail de la femme

Le travail de la femme POUR ou CONTRE Le travail de la femme Dissertation rédigée à partir de copies d élèves Il y a un siècle, les jeunes filles n'avaient pas besoin (le droit) d'apprendre un métier parce qu'elles devaient

Plus en détail

LE DECRET STATUTAIRE RELATIF AUX ENSEIGNANTS-CHERCHEURS (par le bureau du Collectif pour la Défense de l Université)

LE DECRET STATUTAIRE RELATIF AUX ENSEIGNANTS-CHERCHEURS (par le bureau du Collectif pour la Défense de l Université) LE DECRET STATUTAIRE RELATIF AUX ENSEIGNANTS-CHERCHEURS (par le bureau du Collectif pour la Défense de l Université) Après avoir fait adopter sa loi «Libertés et Responsabilités des Universités» en plein

Plus en détail

Entreprises et ménages

Entreprises et ménages Entreprises et ménages Producteurs et consommateurs Les agents économiques sont classés dans les comptes nationaux en fonction de leur rôle dans le processus de création, de répartition et de destruction

Plus en détail

l'association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS)

l'association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS) ÛFEflS Présentation de l'association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS) aux Consultations particulières et aux Auditions publiques sur le projet ôe loi no 144, Loi sur [es prestations familiales

Plus en détail

Le logement dans tous ses états. Définition : le logement et l'habitat

Le logement dans tous ses états. Définition : le logement et l'habitat Le logement dans tous ses états 17/10/ 2012 Définition : le logement et l'habitat Le logement est un produit : une maison, un appartement, un type 3, un duplex L'habitat est un service : l'espace produit

Plus en détail

LES FRANÇAIS VOYAGENT DE PLUS EN PLUS

LES FRANÇAIS VOYAGENT DE PLUS EN PLUS LES FRANÇAIS VOYAGENT DE PLUS EN PLUS Nelly GOUIDER En, chaque personne résidant sur le territoire métropolitain a effectué en moyenne près de six voyages à plus de kilomètres de son domicile au cours

Plus en détail

Une nouvelle muséologie pour le musée moderne

Une nouvelle muséologie pour le musée moderne Une nouvelle muséologie pour le musée moderne André Desvallées, dir., Vagues, une anthologie de la nouvelle muséologie André Desvallées, dans cet extrait de Vagues, une anthologie de la nouvelle muséologie

Plus en détail

Après une longue phase de gestation, les préoccupations. L éco-conception : quelques questions posées à l architecture DES OUTILS, PROCESS

Après une longue phase de gestation, les préoccupations. L éco-conception : quelques questions posées à l architecture DES OUTILS, PROCESS 010-014 Gontier 29/10/08 10:55 Page 10 DES OUTILS, PROCESS ET MÉTHODES EN QUESTIONS L éco-conception : quelques questions posées à l architecture Le développement d une architecture fondée sur le principe

Plus en détail

Annexe I (Modifiée par les arrêtés des 10 juin 2003 et 14 juin 2004) MATHÉMATIQUES ET INFORMATIQUE. Première année :

Annexe I (Modifiée par les arrêtés des 10 juin 2003 et 14 juin 2004) MATHÉMATIQUES ET INFORMATIQUE. Première année : Classes préparatoires - nature des classes composant les classes préparatoires économiques et commerciales aux grandes écoles Arrêté du 23-03-1995 http://mentor.adc.education.fr/exl-doc/scanbo/resk9500106a.pdf

Plus en détail

Texte 13 La résolution de problèmes en techniques de génie électrique

Texte 13 La résolution de problèmes en techniques de génie électrique Texte 13 Deux personnes décrivent la résolution de problèmes comme stratégie pédagogique. Lise Poirier Proulx, adjointe à la direction de PERFORMA à l Université de Sherbrooke en 1997, décrit cette stratégie

Plus en détail

Réponse de la COFACE à la Consultation de la Commission européenne à propos du Livre vert sur les retraites

Réponse de la COFACE à la Consultation de la Commission européenne à propos du Livre vert sur les retraites Confédération des Organisations Familiales de l Union européenne Réponse de la COFACE à la Consultation de la Commission européenne à propos du Livre vert sur les retraites Commentaire général Le premier

Plus en détail

Avis Publicité et stéréotypes sexuels, sexistes et sexués.

Avis Publicité et stéréotypes sexuels, sexistes et sexués. Avis Publicité et stéréotypes sexuels, sexistes et sexués. La réflexion du CPP sur la sexualisation précoce des enfants dans la publicité, qui a fait l'objet d'un Avis publié le 16 avril 2013, s est prolongée

Plus en détail

Tony GARNIER. Son projet de «Cité industrielle» révolutionne l urbanisme et l architecture

Tony GARNIER. Son projet de «Cité industrielle» révolutionne l urbanisme et l architecture Architecte urbaniste, ce Lyonnais visionnaire conçoit, dès 1917, les bases de l urbanisme actuel et à ce titre, influence durablement l architecture contemporaine. Tony GARNIER Né le 13 août 1869 à 10

Plus en détail

Les firmes de services professionnels au défi de la

Les firmes de services professionnels au défi de la Les firmes de services professionnels au défi de la gouvernance Antoine Henry de Frahan A l heure où de nombreuses firmes de services professionnels (associations d avocats, cabinets d experts-comptables,

Plus en détail

Séminaire Enseigner les faits religieux dans une école laïque A la rencontre des œuvres et des lieux de culte

Séminaire Enseigner les faits religieux dans une école laïque A la rencontre des œuvres et des lieux de culte Séminaire Enseigner les faits religieux dans une école laïque A la rencontre des œuvres et des lieux de culte Atelier : Enseigner les faits religieux au musée du quai Branly Annexe 1 Comment exploiter

Plus en détail

Une villa de pro. Architecture. 42 Maisons et Ambiances 1.12 Maisons et Ambiances 1.12 43

Une villa de pro. Architecture. 42 Maisons et Ambiances 1.12 Maisons et Ambiances 1.12 43 Une villa de pro Un savant mélange d audace et d harmonie donne le ton à cette villa de décoratrice. Les matières sensuelles et les nombreuses références empruntées à l univers de la mode maison rythment

Plus en détail

Pour l environnement. Strength. Performance. Passion.

Pour l environnement. Strength. Performance. Passion. Strength. Performance. Passion. Pour l environnement Réduire les émissions de CO 2 en optimisant les matériaux de construction et les méthodes de production Holcim (Suisse) SA Les fondements de notre avenir

Plus en détail

Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels,

Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un

Plus en détail

Etude sur les Maisons des Services Publics en Europe (hors la France)

Etude sur les Maisons des Services Publics en Europe (hors la France) Etude sur les Maisons des Services Publics en Europe (hors la France) Résumé du rapport réalisé par EUROPA pour la DATAR DATAR EUROPA Etude sur les maisons des services publics en Europe Résumé du rapport

Plus en détail

The view from the Bars and Law Societies: What is expected from pre-professional education?

The view from the Bars and Law Societies: What is expected from pre-professional education? Discours de Hartmut Kilger, Président de «Deutscher Anwaltverein» à la conférence du CCBE «Improving legal education and training in a converging Europe» du 25 au 28 septembre 2007 The view from the Bars

Plus en détail

Alternatives Économiques - Hors-Série Numéro 105 - avril 2015

Alternatives Économiques - Hors-Série Numéro 105 - avril 2015 Pages 38 à 41. Pourquoi on a fait l'euro. Alternatives Économiques - Hors-Série Numéro 105 - avril 2015 - situe en 1970 le projet de créer une monnaie unique au sein de la Communauté économique européenne

Plus en détail

Un appartement entièrement restructuré pour mieux vivre ensemble

Un appartement entièrement restructuré pour mieux vivre ensemble Page 1/14 Par Amélie Pierquin, le 27 Avril 2015 Un appartement entièrement restructuré pour mieux vivre ensemble rw fc i u w Décloisonnement intégral et répartition inédite des pièces, voilà ce dont a

Plus en détail

Sylvie Guessab Professeur à Supélec et responsable pédagogique du Mastère Spécialisé en Soutien Logistique Intégré des Systèmes Complexes

Sylvie Guessab Professeur à Supélec et responsable pédagogique du Mastère Spécialisé en Soutien Logistique Intégré des Systèmes Complexes Préface Toute personne est un jour confrontée à devoir prendre une décision, qu il s agisse de l étudiant qui réfléchit à son orientation académique, du chercheur qui doit privilégier une option scientifique

Plus en détail

Table des matières PRÉFACE 7 INTRODUCTION 13

Table des matières PRÉFACE 7 INTRODUCTION 13 Table des matières PRÉFACE 7 INTRODUCTION 13 CHAPITRE PREMIER HISTORIOGRAPHIE DE LA RESTAURATION ET DE L'ALIMENTATION 17 Histoire de la cuisine : un savoir-faire d'origine domestique 18 Antiquité et Haut

Plus en détail

Chapitre 1 : Introduction aux bases de données

Chapitre 1 : Introduction aux bases de données Chapitre 1 : Introduction aux bases de données Les Bases de Données occupent aujourd'hui une place de plus en plus importante dans les systèmes informatiques. Les Systèmes de Gestion de Bases de Données

Plus en détail

POURQUOI CONNECTER UNE ÉCOLE À L INTERNET?

POURQUOI CONNECTER UNE ÉCOLE À L INTERNET? 61 POURQUOI CONNECTER UNE ÉCOLE À L INTERNET? L école de Pinay est connectée depuis deux ans et demi à l Internet. Cela laisse suffisamment de recul pour une réflexion sur cette pratique. Il convient pour

Plus en détail

PREMIERE PARTIE L IMPACT DE L INTRODUCTION DE LA MECANOGRAPHIE SUR L ORGANISATION DES STRUCTURES

PREMIERE PARTIE L IMPACT DE L INTRODUCTION DE LA MECANOGRAPHIE SUR L ORGANISATION DES STRUCTURES L on parle souvent de l ère de l information. Le monde vit dans un réseau planétaire et dans une période où l information est devenue omniprésente et omnipotente. Le degré de démocratie des sociétés, la

Plus en détail

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES EN CHINE. Introduction

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES EN CHINE. Introduction 1 DROIT PÉNAL DES AFFAIRES EN CHINE Introduction Histoire. Qu il semble loin, le temps où il suffisait au souverain d écouter son conseiller avisé pour trouver l harmonie du royaume. Il y fallait des qualités

Plus en détail

Réduire l effet de levier des banques, un impact néfaste sur notre économie? (2/2)

Réduire l effet de levier des banques, un impact néfaste sur notre économie? (2/2) Réduire l effet de levier des banques, un impact néfaste sur notre économie? (2/2) Une précédente analyse 1 a introduit le concept d'effet de levier, procédé visant à s'endetter pour chercher à accroître

Plus en détail

SOMMAIRE. Introduction... 9

SOMMAIRE. Introduction... 9 SOMMAIRE Introduction... 9 Première partie LA THÉORIE DU RANGEMENT Qu est-ce que le rangement?... 15 Les vertus du rangement... 21 Rangement, personnalités, cultures et sociétés... 31 L ordre, une thérapie...

Plus en détail

Andréas Boes et Thomas Lühr. Travail et temps en Allemagne Un système de mise à l épreuve permanent

Andréas Boes et Thomas Lühr. Travail et temps en Allemagne Un système de mise à l épreuve permanent Andréas Boes et Thomas Lühr Travail et temps en Allemagne Un système de mise à l épreuve permanent Pour les salariés allemands les plus qualifiés, l effacement des limites entre temps professionnel et

Plus en détail

Perspectives. Les Orientations générales de la politique monétaire en Afrique du Sud. Ediab Ali. que monétaire

Perspectives. Les Orientations générales de la politique monétaire en Afrique du Sud. Ediab Ali. que monétaire ARTICLE & ETUDE Les Orientations générales de la politique monétaire en Afrique du Sud Ediab Ali Le concept de la politi- Économiste que monétaire La politique monétaire est une des plus importants piliers

Plus en détail

LE BILAN DE VINGT ANNEES POUR LA PRISE EN COMPTE DE L'ENVIRONNEMENT DANS LES TRAVAUX ET AMENAGEMENTS

LE BILAN DE VINGT ANNEES POUR LA PRISE EN COMPTE DE L'ENVIRONNEMENT DANS LES TRAVAUX ET AMENAGEMENTS LE BILAN DE VINGT ANNEES POUR LA PRISE EN COMPTE DE L'ENVIRONNEMENT DANS LES TRAVAUX ET AMENAGEMENTS 1 - A l'origine, l'atelier Central de l'environnement (ACE) 2 - De l'ace à la Sous Direction de l'aménagement

Plus en détail

41/128 Déclaration sur le droit au développement

41/128 Déclaration sur le droit au développement 41/128 Déclaration sur le droit au développement L'Assemblée générale, Ayant à l'esprit les buts et principes de la Charte des Nations Unies relatifs à la réalisation de la coopération internationale en

Plus en détail

LES DECISIONS STRATEGIQUES ET ORGANISATIONNELLE A L INTERNATIONAL :

LES DECISIONS STRATEGIQUES ET ORGANISATIONNELLE A L INTERNATIONAL : LES DECISIONS STRATEGIQUES ET ORGANISATIONNELLE A L INTERNATIONAL : ANALYSE CONCURRENTIELLE ET STRATEGIE MARKETING INTERNATIONAL : L entreprise a le choix entre 3 grands types de stratégie : La standardisation

Plus en détail

Cet examen comprend 2 parties. Les réponses à ces deux parties doivent figurer sur des pages séparées. MERCI

Cet examen comprend 2 parties. Les réponses à ces deux parties doivent figurer sur des pages séparées. MERCI Cet examen comprend 2 parties. Les réponses à ces deux parties doivent figurer sur des pages séparées. MERCI!"#-t-! $!#%&'!( PARTIE I? Expliquez ses idées en vos propres mots et commentez-les (environ

Plus en détail

Déclaration sur le droit au développement

Déclaration sur le droit au développement Déclaration sur le droit au développement Adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 41/128 du 4 décembre 1986 L'Assemblée générale, Ayant à l'esprit les buts et principes de

Plus en détail

LE NOUVEL "ASTER" Jean-Pierre Astolfi

LE NOUVEL ASTER Jean-Pierre Astolfi LE NUVEL "ASTER" Jean-Pierre Astolfi Cette nouvelle revue Aster résulte de la transformation du bulletin interne aux équipes de didactique des sciences expérimentales de l'inrp. Elle vise à fournir aux

Plus en détail

Développer et piloter l implication des collaborateurs Paru dans : Employeur Suisse, 8.4.1999

Développer et piloter l implication des collaborateurs Paru dans : Employeur Suisse, 8.4.1999 Daniel Held Développer et piloter l implication des collaborateurs Paru dans : Employeur Suisse, 8.4.1999 La valeur ajoutée apportée : le vrai défi pour les ressources humaines Depuis plusieurs années,

Plus en détail

L'INTERET DES SALLES MICROBIOLOGIQUEMENT MAITRISEES. François MOREL - CABINET MOREL 1, rue des Bucherons 78100 SAINT - GERMAIN EN LAYE

L'INTERET DES SALLES MICROBIOLOGIQUEMENT MAITRISEES. François MOREL - CABINET MOREL 1, rue des Bucherons 78100 SAINT - GERMAIN EN LAYE L'INTERET DES SALLES MICROBIOLOGIQUEMENT MAITRISEES François MOREL - CABINET MOREL 1, rue des Bucherons 78100 SAINT - GERMAIN EN LAYE Aujourd'hui, les salles propres trouvent de nouveaux domaines industriels

Plus en détail

Plus de 15% d'économie d'énergie. 10 à 15% d'économie d'énergie

Plus de 15% d'économie d'énergie. 10 à 15% d'économie d'énergie MAZOUTMASSUIR.BE Utilisation rationnelle de l'énergie Légende: Chacun devrait considérer qu'il est de son devoir d'utiliser l'énergie de la façon la plus rationnelle possible. Ceci favorise non seulement

Plus en détail

REVUE DE PRESSE. FFCT Tour de l horloge. 4 place Louis Armand - 75063 Paris cedex 12 Tél. : 01 72 74 55 29 - Fax : 01 72 74 55 99

REVUE DE PRESSE. FFCT Tour de l horloge. 4 place Louis Armand - 75063 Paris cedex 12 Tél. : 01 72 74 55 29 - Fax : 01 72 74 55 99 REVUE DE PRESSE La naissance de la a fait l objet d une conférence de presse en décembre 2008. Ci-dessous, une sélection d articles publiés dans la presse et sur le web. N 24 - Novembre 2009

Plus en détail

D'UN THÉORÈME NOUVEAU

D'UN THÉORÈME NOUVEAU DÉMONSTRATION D'UN THÉORÈME NOUVEAU CONCERNANT LES NOMBRES PREMIERS 1. (Nouveaux Mémoires de l'académie royale des Sciences et Belles-Lettres de Berlin, année 1771.) 1. Je viens de trouver, dans un excellent

Plus en détail

Les voyages d'études. Définition, objectifs, et méthode

Les voyages d'études. Définition, objectifs, et méthode Association pour l'amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l'eau et des Ressources Naturelles Siège social : 14, rue de la Mégisserie, 92 220 Bagneux, France Bureau exécutif : 45 bis, avenue de

Plus en détail

réagencer rénover réhabiliter son appartement

réagencer rénover réhabiliter son appartement réagencer rénover réhabiliter son appartement Carine Merlino Groupe Eyrolles, 2006 ISBN : 2-212-11773-6 049 chapitre 3 Comment optimiser son espace vital Une opération de rénovation ou de réhabilitation

Plus en détail

NOTE DE SYNTHÈSE TREMPLIN 1 FICHE D EXERCICES N 1 COMPRENDRE, ANALYSER, SYNTHÉTISER

NOTE DE SYNTHÈSE TREMPLIN 1 FICHE D EXERCICES N 1 COMPRENDRE, ANALYSER, SYNTHÉTISER NOTE DE SYNTHÈSE TREMPLIN 1 FICHE D EXERCICES N 1 COMPRENDRE, ANALYSER, SYNTHÉTISER Page 2 COMPRENDRE, ANALYSER, SYNTHÉTISER : EXERCICE Les textes qui vous serviront pour cet exercice sont ceux qui composent

Plus en détail

établir; v) débouchés et bonnes voies de communications. - 317 -

établir; v) débouchés et bonnes voies de communications. - 317 - Rapport régional 6 L'ARTISANAT AU JAPON (Sommaire du texte anglais) par Satsuo Nagata, Chef adjoint, Section de formation, Bureau de la formation professionnelle, ministère du Travail, Tokyo - Japon 1.

Plus en détail

TABLE RONDE - COLLECTIF DE RECHERCHE EN GESTION DES ORGANISATIONS DE LA SANTE ET DE L ASSISTANCE

TABLE RONDE - COLLECTIF DE RECHERCHE EN GESTION DES ORGANISATIONS DE LA SANTE ET DE L ASSISTANCE TABLE RONDE - COLLECTIF DE RECHERCHE EN GESTION DES ORGANISATIONS DE LA SANTE ET DE L ASSISTANCE INSTITUT CATHOLIQUE DE RENNES France LE CHAMP A EXPLORER Longtemps monopole de l univers public et associatif,

Plus en détail

Qualités techniques et expressives de la production du candidat

Qualités techniques et expressives de la production du candidat ARTS PLASTIQUES L évolution des modalités de passation des épreuves d Arts plastiques du CRPE offrait, cette année, un cadre d évaluation quelque peu différent de celui jusqu à lors mis en œuvre. S il

Plus en détail

LA TAXATION DES AVOCATS : LE TYPE MEME DE LA FAUSSE BONNE IDEE

LA TAXATION DES AVOCATS : LE TYPE MEME DE LA FAUSSE BONNE IDEE Août 2014 LA TAXATION DES AVOCATS : LE TYPE MEME DE LA FAUSSE BONNE IDEE Dans le débat sur la réforme du financement de l aide juridique apparaît, aux côtés des propositions de taxation des actes juridiques

Plus en détail

Réf. : FO801401. Monsieur le Maire,

Réf. : FO801401. Monsieur le Maire, Réf. : FO801401 Monsieur le Maire, Vous voudrez bien trouver ci-joint le texte des observations relatives à l'association " Service social du personnel territorial et assimilé de la ville de TOULOUSE "

Plus en détail

Au-delà du flux. «Lean Management» et risques psycho-sociaux. Pour une politique de civilisation du travail 1. Interview de Marcel Lepetit

Au-delà du flux. «Lean Management» et risques psycho-sociaux. Pour une politique de civilisation du travail 1. Interview de Marcel Lepetit Au-delà du flux. «Lean Management» et risques psycho-sociaux. Pour une politique de civilisation du travail 1 Interview de Marcel Lepetit Fondateur de DSetO, Marcel Lepetit est un observateur attentif

Plus en détail

CONSEIL DE L'EUROPE COMITÉ DES MINISTRES RECOMMANDATION N R (89) 5 DU COMITÉ DES MINISTRES AUX ÉTATS MEMBRES

CONSEIL DE L'EUROPE COMITÉ DES MINISTRES RECOMMANDATION N R (89) 5 DU COMITÉ DES MINISTRES AUX ÉTATS MEMBRES CONSEIL DE L'EUROPE COMITÉ DES MINISTRES RECOMMANDATION N R (89) 5 DU COMITÉ DES MINISTRES AUX ÉTATS MEMBRES RELATIVE À LA PROTECTION ET MISE EN VALEUR DU PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE DANS LE CONTEXTE DES

Plus en détail

Le jugement esthétique d Alain Flamand à travers son ouvrage Regard sur la peinture contemporaine au Maroc

Le jugement esthétique d Alain Flamand à travers son ouvrage Regard sur la peinture contemporaine au Maroc Le jugement esthétique d Alain Flamand à travers son ouvrage Regard sur la peinture contemporaine au Maroc Le critique d art français Alain Flamand est venu enseigner au Maroc en 1969. Son ouvrage Regard

Plus en détail

Gestion technique de l immobilier d entreprise

Gestion technique de l immobilier d entreprise Gestion technique de l immobilier d entreprise Pascal Hendrickx Jean Perret Groupe Eyrolles 2003 ISBN 2-212-11251-3 Introduction Le patrimoine bâti n est pas un produit éphémère et périssable. C est un

Plus en détail

Filières industrielles culturelles et créatives, et stratégies transversales

Filières industrielles culturelles et créatives, et stratégies transversales Filières industrielles culturelles et créatives, et stratégies transversales Bernard Miège, Univ- Grenoble Alpes, [GRESEC] F-38040 Grenoble Bernard.Miege@u-grenoble3.fr La Plaine Siant-Denis Cité du Cinéma,

Plus en détail

Prix du Label de l'excellence de l'oci dans le domaine de l Artisanat

Prix du Label de l'excellence de l'oci dans le domaine de l Artisanat Prix du Label de l'excellence de l'oci dans le domaine de l Artisanat (Pour préserver et développer l'artisanat traditionnel et contemporain du monde musulman) A remettre durant les sessions de la Conférence

Plus en détail

LOGICIELS D'AIDE À L'ÉCRITURE DE CONTES APPROCHE DIDACTIQUE

LOGICIELS D'AIDE À L'ÉCRITURE DE CONTES APPROCHE DIDACTIQUE 133 LES : APPROCHE DIDACTIQUE Face aux divers logiciels d'enseignement, on se trouve actuellement face à une difficulté qui s'explique par l'évolution des logiciels. Les premiers didacticiels, mimant en

Plus en détail

II. 2 Jacques Bertin et la «graphique»

II. 2 Jacques Bertin et la «graphique» II. 2 Jacques Bertin et la «graphique» (1) Les deux premiers paragraphes sont largement inspirés par la page internet de B. Planque wwwusers.imaginet. fr/~bplanque/ II.2.1 Introduction (1) Docteur ès-lettres,

Plus en détail

SOMMAIRE OBJET ET CHAMP D'APPLICATION DE LA NORME... 1-4 INTRODUCTION... 5-11 DATE D'APPLICATION... 12

SOMMAIRE OBJET ET CHAMP D'APPLICATION DE LA NORME... 1-4 INTRODUCTION... 5-11 DATE D'APPLICATION... 12 IES 3 SOMMAIRE Paragraphes OBJET ET CHAMP D'APPLICATION DE LA NORME... 1-4 INTRODUCTION... 5-11 DATE D'APPLICATION... 12 DES PROFESSIONNELS COMPTABLES... 13-18 ENSEIGNEMENT GENERAL... 19 24 Novembre 2006

Plus en détail

Bricofiche 04.09 AMENAGER UNE CUISINE LES CUISINES EN KIT ELEMENTS HAUTS ET BAS LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN

Bricofiche 04.09 AMENAGER UNE CUISINE LES CUISINES EN KIT ELEMENTS HAUTS ET BAS LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN Bricofiche 04.09 AMENAGER UNE CUISINE LES CUISINES EN KIT ELEMENTS HAUTS ET BAS LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN LA CONCEPTION DU PLAN REALISATION PORTES ET FENÊTRES LES CUISINES EN KIT CONCEPT:

Plus en détail

Aménager un espace nuit : 80 m2 convertis en chambres

Aménager un espace nuit : 80 m2 convertis en chambres Grâce à la récupération d'une surface de 80 m2, une famille parisienne a pu transformer son appartement en duplex de 160 m2. Regroupées à l'étage inférieur, toutes les pièces de nuit forment un espace

Plus en détail

Biais sociaux et procédure de recrutement, l exemple de l examen d entrée à Sciences Po 1 ère année Septembre 2002. Conclusions d enquête

Biais sociaux et procédure de recrutement, l exemple de l examen d entrée à Sciences Po 1 ère année Septembre 2002. Conclusions d enquête Cécile RIOU Assistante de Recherche (CEVIPOF / IEP) Vincent TIBERJ Chargé de Recherche (CEVIPOF / FNSP) Biais sociaux et procédure de recrutement, l exemple de l examen d entrée à Sciences Po 1 ère année

Plus en détail

Travail à faire. 2. Construire le compte de surplus réel (formation et répartition) pour N. Que peut-on en déduire?

Travail à faire. 2. Construire le compte de surplus réel (formation et répartition) pour N. Que peut-on en déduire? Cas NACRAY S.A. La société anonyme NACRAY a été créée, il y a plus de vingt ans, par un entrepreneur qui venait de déposer un brevet pour un nouveau type de mobilier de rangement, destiné aussi bien aux

Plus en détail

Pouvoirs locaux, marchés publics et coopération public-public

Pouvoirs locaux, marchés publics et coopération public-public Pouvoirs locaux, marchés publics et coopération public-public La coopération entre pouvoirs publics ne dispense pas de l'application de la réglementation des marchés publics. En effet, pour incongru que

Plus en détail

LA LECTURE, C EST L AFFAIRE DE TOUS

LA LECTURE, C EST L AFFAIRE DE TOUS LA LECTURE, C EST L AFFAIRE DE TOUS Michel Eymard INTELLECTUELLEMENT, J'AI COMPRIS... Depuis quelques années, nous nous sommes appliqués, d'abord à nous convaincre, ensuite à démontrer, que : "L'ENFANT

Plus en détail

LE PROBLÈME DE RECHERCHE ET LA PROBLÉMATIQUE

LE PROBLÈME DE RECHERCHE ET LA PROBLÉMATIQUE LE PROBLÈME DE RECHERCHE ET LA PROBLÉMATIQUE Un problème de recherche est l écart qui existe entre ce que nous savons et ce que nous voudrions savoir à propos d un phénomène donné. Tout problème de recherche

Plus en détail

SCHOTT et l architecture

SCHOTT et l architecture SCHOTT et l architecture Verres antireflets SCHOTT Des solutions inédites en verre pour l architecture et le design Verres de décoration Eclairage par fibres optiques SCHOTT, groupe technologique international,

Plus en détail

ORGANISATION MONDIALE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE GENÈVE UNION INTERNATIONALE DE COOPÉRATION EN MATIÈRE DE BREVETS (UNION DU PCT)

ORGANISATION MONDIALE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE GENÈVE UNION INTERNATIONALE DE COOPÉRATION EN MATIÈRE DE BREVETS (UNION DU PCT) OMPI PCT/R/1/22 ORIGINAL : anglais DATE : 15 mai 2001 ORGANISATION MONDIALE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE GENÈVE F UNION INTERNATIONALE DE COOPÉRATION EN MATIÈRE DE BREVETS (UNION DU PCT) COMITÉ SUR LA

Plus en détail

NOTRE société évolue de plus en plus vite, l espérance de vie des Français

NOTRE société évolue de plus en plus vite, l espérance de vie des Français Préface NOTRE société évolue de plus en plus vite, l espérance de vie des Français et leur longévité augmentent bien plus que nous ne l avions imaginé depuis cinquante ans. Dans de nombreux domaines, on

Plus en détail

Thème: Les nouvelles technologies de l'information ATTITUDES ET ORIENTATIONS À PRENDRE DANS LE SECTEUR D'ÉDUCATION FACE AUX NOUVELLES TECHNOLOGIES

Thème: Les nouvelles technologies de l'information ATTITUDES ET ORIENTATIONS À PRENDRE DANS LE SECTEUR D'ÉDUCATION FACE AUX NOUVELLES TECHNOLOGIES Colloque organisé par l'institut d'administration publique du Grand Montréal et par l'association des diplômés et diplômées de l'école nationale d'administration publique Thème: Les nouvelles technologies

Plus en détail

Planification Industrielle & Commerciale. démystifiée. Livre Blanc

Planification Industrielle & Commerciale. démystifiée. Livre Blanc Livre Blanc La Planification industrielle et commerciale (S&OP) démystifiée Intégrer stratégies de vente et efficacité opérationnelle pour une rentabilité maximale Planification Industrielle & Commerciale

Plus en détail

ASSEMBLÉE NATIONALE 6 septembre 2013 AMENDEMENT

ASSEMBLÉE NATIONALE 6 septembre 2013 AMENDEMENT AVANT ART. 49 N 527 N o 527 ARTICLE ADDITIONNEL AVANT L'ARTICLE 49, insérer l'article suivant: Avant l'article 49, insérer un article additionnel ainsi rédigé: " A l'article L 411 du code de la construction

Plus en détail

Révision du «Cadre conceptuel» de l IASB : PROPOSITIONS POUR UNE COMPTABILITE PLUS PRUDENTE ET CENTREE SUR LE «BUSINESS MODEL»

Révision du «Cadre conceptuel» de l IASB : PROPOSITIONS POUR UNE COMPTABILITE PLUS PRUDENTE ET CENTREE SUR LE «BUSINESS MODEL» Révision du «Cadre conceptuel» de l IASB : PROPOSITIONS POUR UNE COMPTABILITE PLUS PRUDENTE ET CENTREE SUR LE «BUSINESS MODEL» La représentation de l activité des entreprises, dans les normes comptables

Plus en détail

COMMENT L APP0 EST-IL PERÇU PAR LES ETUDIANTS?

COMMENT L APP0 EST-IL PERÇU PAR LES ETUDIANTS? COMMENT L APP0 EST-IL PERÇU PAR LES ETUDIANTS? Retour sur l expérience vécue par les tuteurs et réflexion sur le ressenti des étudiants ETOUNDI Ulrich, HENRIEL Théo, NAHORNYJ Robin Etudiants en 4 ème année,

Plus en détail

3-La théorie de Vygotsky Lev S. VYGOTSKY (1896-1934)

3-La théorie de Vygotsky Lev S. VYGOTSKY (1896-1934) 3-La théorie de Vygotsky Lev S. VYGOTSKY (1896-1934) Psychologue russe contemporain de Piaget, a également élaboré une théorie interactionniste de l'apprentissage, sage, mais qui insiste sur tout sur la

Plus en détail

MAINTENANCE INFORMATIQUE - Introduction -

MAINTENANCE INFORMATIQUE - Introduction - ENSEIGNEMENT DE PROMOTION SOCIALE Cours de MAINTENANCE INFORMATIQUE - Introduction - H. Schyns Septembre 2005 1. Introduction 1.1. La notion d'ordinateur Aujourd'hui, quand on parle d'ordinateur, on comprend

Plus en détail

Sites pour la vie autonome et évolutions des politiques du handicap

Sites pour la vie autonome et évolutions des politiques du handicap Sites pour la vie autonome et évolutions des politiques du handicap Jean-Pierre BOURELY, Chef du bureau de la vie autonome des personnes handicapées (DGAS) Vie autonome des personnes âgées et des personnes

Plus en détail

Décideurs. Finances pour non financiers. Comprendre les mécanismes de base de l économie d entreprise

Décideurs. Finances pour non financiers. Comprendre les mécanismes de base de l économie d entreprise Décideurs Finances pour non financiers Comprendre les mécanismes de base de l économie d entreprise Serena-Team Aidez vos équipes à atteindre vos buts 06 08 48 27 87 info@serena-team.fr http://www.serena-team.fr

Plus en détail

STAGE. La place du dessin dans le cours d'arts plastiques SALLE 306

STAGE. La place du dessin dans le cours d'arts plastiques SALLE 306 STAGE La place du dessin dans le cours d'arts plastiques SALLE 306 Les évolutions en arts plastiques - Académie de Nice année 2012/2013 La place du dessin dans le cours d'arts plastiques Les évolutions

Plus en détail

LA TRADUCTION AUTOMATIQUE

LA TRADUCTION AUTOMATIQUE 165 La "Traduction Automatique" s'inscrit dans un ensemble de recherches menées depuis le début des années 1950 - recherches que l'on a coutume de regrouper sous l'appellation de "traitement automatique

Plus en détail

un état d esprit Plus qu un espace de vie, La nature est donnée, les espaces et l habitat sont une conquête qu il faut savoir mener et accomplir.

un état d esprit Plus qu un espace de vie, La nature est donnée, les espaces et l habitat sont une conquête qu il faut savoir mener et accomplir. Plus qu un espace de vie, un état d esprit La nature est donnée, les espaces et l habitat sont une conquête qu il faut savoir mener et accomplir. Dans le respect de l environnement, l architecture intérieure

Plus en détail

Deux exemples de l impact d un choc exogène sur l évolution des prix : le prix du pétrole et la déréglementation

Deux exemples de l impact d un choc exogène sur l évolution des prix : le prix du pétrole et la déréglementation Deux exemples de l impact d un choc exogène sur l évolution des prix : le prix du pétrole et la déréglementation Deux chocs importants ont affecté le comportement des prix de détail des principaux pays

Plus en détail

CONSTRUCTION D ÉQUIPE SANS PERDRE DE TEMPS

CONSTRUCTION D ÉQUIPE SANS PERDRE DE TEMPS CONSTRUCTION D ÉQUIPE SANS PERDRE DE TEMPS par Marshall Goldsmith et Howard Morgan Les équipes deviennent de plus en plus fréquentes et importantes. Au fur et à mesure que l école traditionnelle de leadership

Plus en détail

Article. «La Chambre de Commerce du Canada à l heure de la diligence» Pierre Harvey. L'Actualité économique, vol. 37, n 3, 1961, p. 553-556.

Article. «La Chambre de Commerce du Canada à l heure de la diligence» Pierre Harvey. L'Actualité économique, vol. 37, n 3, 1961, p. 553-556. Article «La Chambre de Commerce du Canada à l heure de la diligence» Pierre Harvey L'Actualité économique, vol. 37, n 3, 1961, p. 553-556. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI:

Plus en détail

I. Introduction (texte rédigé par l'apféé)

I. Introduction (texte rédigé par l'apféé) MISSION D'ÉVALUATION IGAS-IGAEN IGAENR-IGEN IGEN Rapport de juillet 2006 I. Introduction (texte rédigé par l'apféé) Pour mémoire, le Coup de Pouce Clé s'attaque à la source première d'inégalité des chances

Plus en détail

Le développement des compétences au service de l organisation apprenante

Le développement des compétences au service de l organisation apprenante Daniel Held et Jean-Marc Riss : Le développement des compétences au service de l organisation apprenante Paru dans : Employeur Suisse, no 13, 1998 Les changements de plus en plus importants et rapides

Plus en détail

Lutter contre le sentiment d impuissance

Lutter contre le sentiment d impuissance ANALYSE 2010 Lutter contre le sentiment d impuissance Publié avec le soutien de la Communauté française Lutter contre le sentiment d impuissance Les phénomènes sociétaux et les conflits qui font l actualité

Plus en détail

Pour une politique de la lecture par Augustin Girard

Pour une politique de la lecture par Augustin Girard Pour une politique de la lecture. Texte in extenso (4) extrait du Livre et la lecture en France, Paris, Les Éditions ouvrières, 1968, 342 p. [coll. «Vivre son temps», n 19]. Ont participé à cet ouvrage

Plus en détail

Alain d Iribarne. L aménagement des bureaux Un outil de management de la conduite du changement

Alain d Iribarne. L aménagement des bureaux Un outil de management de la conduite du changement Alain d Iribarne L aménagement des bureaux Un outil de management de la conduite du changement Les aménagements des espaces de travail sont souvent utilisés comme des outils du management de la conduite

Plus en détail

Chapitre 4: Les facteurs de production: le travail et le capital.

Chapitre 4: Les facteurs de production: le travail et le capital. Chapitre 4: Les facteurs de production: le travail et le capital. I. Le facteur travail. A. Aspect quantitatif: la population active. 1. La population active. Si on suit les définitions du bureau international

Plus en détail

REDIGER UN COMPTE RENDU DE TYPE JOURNALISTIQUE

REDIGER UN COMPTE RENDU DE TYPE JOURNALISTIQUE FICHE MEDIAS N 1 REDIGER UN COMPTE RENDU DE TYPE JOURNALISTIQUE A l'attention des enseignants des cycles II et III Initiative de sensibilisation au handicap mental l'écolensemble Objectifs pédagogiques

Plus en détail