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1 Distribution limitée FEM. 3 ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE M» L*"INFORMEL", LES FEMMES. ET LA PLANIFICATION DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE par Philippe HUGON Professeur de Sciences Economiques PARIS X Nanterre Avec la collaboration de Caroline Farrugia Les vues exprimées dans le présent document, la sélection des faits et l'interprétation qui en est donnée engagent la seule responsabilité de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement l'opinion de 1'Unesco. 3H3-89/V3-7

2 L'"informel", les femmes et la planification du développement en Afrique. Philippe Hugon Professeur de Sciences Economiques Paris X Nanterre Avec la colaboration de Caroline Farrugia 7

3 LES FEMMES, L,n INFORMEL" ET LA PLANIFICATION DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE. (Ph. Hugon) Introduction : - La crise de la planification - La prise en compte de l'informel - Les acteurs et le rôle des femmes 1. L'informel aux marges ou au coeur des sociétés africaines? 1.1. Un objet difficile à cerner, (critères, définitions, méthodes d'investigation...) 1.2. Des activités dynamiques en voie de croissance (résultats des principales enquêtes et recherches en Afrique depuis 1970) 1.3. Des réseaux urbains difficiles à démêler (liens entre les activités et le milieu socio-culturel) 1.4. Un rôle stratégique des femmes (exemple de la filière agro-alimentaire, de la parcelle à la préparation des repas. Présentations des autres activités féminines). 2. Que faire? 2.1. Eléments de débats de. politiques incitatives (concurrence et liens avec le secteur moderne, emploi ou productivité, action sur l'offre ou la demande, intervention sur l'informel ou son environnement, réformes du cadre juridique ou adaptation du droit...) 2.2. Les politiques d'appui et les incidences des politiques d'ajustement en cours (effets de substitution et de complémentarité vis-à-vis du secteur moderne) 2.3. La prise en compte de l'informel dans la planification du développement (limites de l'interventionnisme et dangers du laisser faire, réformes de la planification et politiques incitatives) 2.4. Agir sur les groupes stratégiques : l'appui aux femmes (expériences de réussite de politiques d'appui aux femmes et propositions Conclusion Vers une réforme de la planification du développement en situation de de l'afrique. - rupture f

4 I - Introduction/Résumé.: La planification du développement est en crise.si l'économie officielle connnaît dans un contexte d'endettement une régression économique, les activités non officielles jouent un rôle d'amortisseurs. L'importance du rôle régulateur joué par le "secteur informel" dans les économies africaines et le parti que les Etats pourraient en tirer en le prenant en compte n'est plus à démontrer. Néanmoins, les stratégies de développement prenant appui sur le secteur, informel ne peuvent être suivies d'effets positifs que si l'accent est mis sur les spécificités des acteurs. Or, toutes les enquêtes de terrain montrent que les femmes sont très présentes dans le secteur informel des villes africaines et qu'elles constituent même la majeure partie des commerces et des services ; elles sont généralement majoritaires dans les associations ou sociétés d'épargne informelles. En effet, les raisons culturelles, le manque de formation des femmes et les contraintes d'organisation du travail domestique (éducation des enfants, préparation des repas, etc) excluent largement les femmes des emplois salariés qui demeurent essentiellement masculins. Dans la mesure où, dans un contexte d'endettement, de déséquilibres financiers et de régression économique, l'afrique tend à connaître une stagnation de l'emploi salarié et un décalage croissant entre l'offre et la demande de travail, le rôle du secteur endogène (informel plus PME) semble stratégique et les politiques d'appui aux femmes sont au coeur d'un processus de planification du développement accompagnant- les dynamiques endogènes. 3

5 La crise de la planification africaine. La planification du développement en Afrique est en crise. Les raisons macro-économigues, notamment le poids des déséquilibres financiers et de la contrainte extérieure, constituent des facteurs essentiels de cette crise. L'absence de prise en compte des économies non officielles, des petites activités, domestiques ou informelles et plus spécialement des activités féminines, constituent également des éléments importants de distorsions entre le cadrage de la politique de développement et les dynamiques repérables au niveau des acteurs de la société civile. "L'Afrique est un cimetière de plans morts-nés". La crise économique et financière connue par la quasi-totalité des pays africains, la montée des incertitudes et des instabilités extérieurs, le poids des contraintes financières liées notamment à l'explosion du service de la dette conduisent privilégier le rétablissement des équilibres financiers, la réhabilitation à de la gestion des appareils de production en place, le pilotage de l'économie à court terme et à donner la priorité aux politiques de stabilisation, d'ajustement et de régulation conjoncturelle. Plusieurs facteurs interviennent pour expliquer cet échec relatif : nous en privilégions cinq : -L'insuffisance des systèmes d'information l La statistique étymologiquement est liée à l'etat. Or, beaucoup d'information échappent à l'appréhension au niveau étatique : De nombreuses activités "du bas", soit sont non légales et non enregistrées comptablement, soit renvoient à des modes de régulation non 1. Cf Anson Heyer

6 5 marchande. Le secteur dit informel ou les économies non 'officiel les échappent ainsi largement à l'enregistrement statistique. De nombreux flux commerciaux, financiers ou technologiques extérieurs ne sont pas enregistrés. Les échanges non officiels extérieurs entre les différents pays africains sont au moins deux fois plus élevés que les échanges officiels. L'endettement extérieur, certaines aides interventionnistes notamment militaires, les fuites de capitaux sont connus avec des marges d'erreurs très élevés. Enfin de nombreuses informations au niveau des systèmes productifs sont très peu fiables. Les statistiques de production agricole, les mécanismes de répartition des revenus sont parmi les plus incertains. Les insuffisances des systèmes d'information peuvent s'expliquer à plusieurs niveaux : -celui de l'organisation de l'information : les systèmes d'information normalisés (recensement des activités productives, comptes nationaux...) apparaissent peu adaptés à décrire les réalités économiques des pays africains. De nombreuses catégories - notamment ce 1 les de la comptabilité nationale - ne reflètent que très imparfaitement la diversité des structures de production et leur articulation. -celui de l'accès et de la maîtrise de l'information. Les pays à statistiques déficientes disposent d'un mauvais appareil statistique. Aux difficultés de la collecte de l'information s'ajoutent celles concernant se centralisation, son triage, son classement, son archivage et son traitement. D'une façon général l'information est cloisonnée, opaque et circule mal. Du fait de ces contraintes, les compte nationaux et les recensements agricoles et démographiques sont publiés très irrégulièrement. Leur faible fiabilité obère la qualité des travaux de prévision qui les utilisent largement.

7 -celui, enfin, de la qualité de l'information. Pour de nombreuses raisons, notamment politiques, certaines informations sont falsifiées et "construites pour les besoins de la cause". -L'instabilité croissante du système international Les économies africaines sont étroitement liées à l'espace économique international et leur croissance dépend en grande partie de leur commerce extérieur. Dans les années 80, les exportations des pays d'afrique sub saharienne contribuaient pour 23X en moyenne à la formation de leur produit intérieur brut. Or, les indicateurs d'instabilité des recettes d'exportation ont doublé au cours de la décennie 70 par" rapport à la décennie 60. Les fluctuations des taux de change, les mouvement erratiques des monnaies, les fortes variations des prix internationaux, les mouvements conjoncturels des capitaux ont contribué à accroître les fluctuations des recettes extérieurs. Or, celles-ci déterminent directement ou. indirectement les importations, les recettes de l'etat et les niveaux d'épargne privée et publique et les taux d'investissement inducteurs des rythmes de croissance. -La montée des contraintes extérieures Les déséquilibres financiers intérieurs et extérieurs ont conduit à une=écañoraie d'endettement généralisée obligeant les économies africaines à pratiquer des politiques d'ajustement et de stabilisation afin de rétablir les grands équi1ibres financiers. Pour l'ensemble des pays de l'afrique sub saharienne, l'encours décaissé de la dette publique garantie par le secteur public est passé (dollars courant entre 1970 et 1988 de 5,4 milliards de dollars à plus de 130 mi 11iards,öoit un coefficient multiplicateur de 20. Le service de la dette de 450 millions de dollars en 1970 atteignait 5,5 milliards de dollars en 1983 et 6

8 13 milliards en 1988 coefficient multiplicateur de 30. Le ratio du service de la dette par rapport aux exportations atteint aujourd'hui environ 30%, il y a autonomisation du service de la dette. Face à cette explosion de l'encours de la dette et surtout du service de la dette, de nombreux pays ont négocié des accords de rééchelonnement et signé des accords avec le FMI garant et catalyseur de l'accès aux liquidités internationales. Or, les politiques de stabilisation et les accords de rééchelonnement se font dans des cadres annuels. Le poids des contraintes financières conduit ainsi à privilégier le court terme et les grands équilibres financiers aux dépens des objectifs du développement?-. Dana l'ensemble, il n'existe pas de mécanismes institutionnels permettant de coordonner les activités liées à la gestion financière à court terme avec l'analyse des politiques^ d'investissements à long terme. Les dysfonctionnements des systèmes de production Face au dysfonctionnement des systèmes de production existants, l'accent est mis davantage sur les problèmes de gestion, de maintenance, de prise en compte des amortissements : il y a prévalence du court terme et des questions de gestion. Durant la décennie 70, il y a eu dans de nombreux pays africains sur-investissements par rapport aux capacités d'absorption internes et apparition de "cathédrales-dans le désert". Or, de nombreux projets sont aujourd'hui en dysfonctionnement. Selon une étude de l'institut de l'entreprise sur 3A5 projets industriels étudiés en 1984, 280 étaient en dysfonctionnement. Les facteurs étaient multiples : problèmes de gestion, 7 Cf Hugon

9 projets surdlmensionnés, et mal localisés, difficultés d'approvisionnement ou de débouchés, environnement international. Il en résulte une priorité aux questions de maintenance, de réhabilitation la prise en compte des charges récurrentes, aux problèmes de gestion et de savoir-faire par rapport aux choix de nouveaux projets permettant de définir de nouvelles orientations. Les contraintes de devises, l'arrêt de nouveaux projets et les efforts pour faire fonctionner une partie de l'appareil mis en place aboutissent à privilégier les problèmes de gestion de court terme aux dépens des choix structurels de longue période. -La dynamique des économies non officielles et parallèles La planification privilégiant le secteur moderne et officiel néglige le secteur Informel ou encore résiduel. Face à l'épuisement des systèmes officiels, à la crise du secteur moderne, au dysfonctionnement et aux difficultés du secteur public, se développent des activités non officielles au niveau interne et extérieur qui constituent des réponses et sont des modes de régulation des sociétés africaines souvent efficaces mais qui se développent hors de tout cadre de la planification. L'essentiel des satisfactions des besoins urbains de nourriture, de logement, de transports échappe ainsi à la planification et est assuré hors des plans directeurs d'urbanisme ou d'une véritable prévision. 11 s'agit d'activités caractérisées par une grande flexibilité, par la non-officialité, permettant une réponse rapidement adaptée de l'offre par rapport à la demande. Or ces activités rentrent mal dans le.cadre des procédures lourdes de la planification. Entre le moment où le plan est élaboré J Kisekka (HNI, Igbuzurike 1986) S

10 et l'horizon de fin de plan, certaines villes africaines ont doublé de population. c La planification semble inadaptée à aborder les dynamiques qui apparaissent au niveau des micro-sociétés, les effets de fuite par rapport aux systèmes officiels ou les liaisons complexes villes/campagnes. 2-Prise de conscience de l'informel et évolution des problématiques La prise de conscience de l'importance des petites activités et de la dynamique du secteur informel en Afrique est antérieure à la crise économique et financière et à la mise en oeuvre des politiques d'ajustement début des années 80. Celles-ci ont toutefois révélé et accentué l'importance stratégique des petites activités tant sur le plan de la production des biens et services satisfaisant les besoins essentiels, que sur celui des revenus distribués, des emplois créés ou des formations et qualifications acquises Le secteur informel et là question de 1'emploi, durant la décennie Durant les années 1960 et 1970, malgré le décalage entre offre et demande de travail, le chômage apparent ou déguisé_n'a pas augmenté aussi rapidement que le laisserait supposer le rythme d'exode rural. Il fallait donc expliquer comment les "chômeurs" pouvaient subsister en ville ; les explications traditionnelles par le parasitisme (un travaileur fait vivre des non-travailleurs) ou par les transferts de la campagne vers la ville se sont généralement trouvées infirmées. Il est apparu, et les experts du BIT ont contribué à mettre le phénomène en évidence, qu'il existait un secteur non structuré ou informel mal connu qui jouait un rôle essentiel d'absorption des migrants (secteur transitionnel), de création d'emplois, de circulation des / Cf BIT (1976), Debl/Hugon (1982), Enerij (1974), Fields (1988) 9

11 flux réels et financiers dans les villes. Les enquêtes réalisées depuis 1969, notamment dans le cadre du programme mondial de l'emploi du BIT estiment que les activités de ce secteur non structuré représentent dans la plupart des villes du Tiers Monde entre 20 à 30X des emplois. Selon les définitions, l'emploi dans le secteur non structuré représente de 1/3 à 2/3 de l'emploi asiatique. Les emplois regroupent les auto-eraplois, les travailleurs non payés. Le paradigme de l'emploi salarié est en défaut (CfCfv.Bernard) ; il y a des vrais et des faux salariés (J.Hagaud) : apprentis, aides familiaux, assimilés, salariat à temps partiel, quasi-salariat, multiactivités, métayage urbain... A la limite le salariat n'existe que dans l'administration et pour certains effectifs du secteur moderne. Les analyses dualistes ont été ainsi inversées ; au lieu de.considérer que le secteur traditionnel a un râle passif de fournisseur de main-d'oeuvre à un taux de salaire déterminé par le revenu de subsistance, il est analysé dans son dynamisme propre et son rôle positif. Les organisations internationales et les économistes ont intériorisé le discours humaniste des années 60 (satisfaction des besoins essentiels ou non-couverture des coûts de l'homme) tout en développant une approche de type keynesien (insuffisance des revenus). Selon cette conception, au lieu de parler de chômage déguisé ou de traiter le chômage en terme de surplus de main d'oeuvre, il faut l'appréhender en terme d'activités insuffisamment rémunérées. L'emploi peut être défini en valeur comme une "situation dans laquelle un individu est susceptible d'obtenir une rémunération en monnaie en contrepartie d'une contribution d'activités personnelle et directe à l'effort de production, cette contribution étant motivée principalement par le désir d'obtenir cette rémunération". A la dichotomie ancienne secteur moderne/secteur traditionnel a été substituée ainsi l'opposition formel/informel (Hart), structuré/non structuré (Weeks, Sethuraman), moderne/transitionnel (Bugnicourt, Lachaud, Penouil),' 70

12 circuit supérieur/inférieur (Santos), économie d'entreprise et de bazar (Geertz). Le secteur informel et la dynamique des micro-entreprises durant la décennie 80 Si les questions initialement posées à propos de l'informel concernaient l'emploi, la pauvreté et les besoins essentiels, la focalisation s'est déplacée durant la décennie 1980 vers le financement, l'ai location optimale des ressources et l'inadaptation des réglementations. Dans un contexte de crise financière et d'économie d'endettement, de dysfonctionnement des appareils productifs et de rigidité des économies administrées, de nombreuses analyses, notamment réalisées par les Institutions de Washington, ont vu dans l'informel une pépinière d'entrepreneurs, une réponse spontanée aux distorsions créées par l'etat -et un secteur de micro-entreprises réalisant une allocation optimale des ressources et capables de mobiliser l'épargne interne. Dans le contexte de la crise économique et financière de la décennie 80 et de la généralisation des politiques d'ajustement, de la dérégulation et de la déréglementation le secteur informel est apparu aux yeux de certains comme un remède miracle. La question posée par les organisations internationales s'est en partie déplacée de la pauvreté-et de l'emploi vers l'émergence de micro-entreprises et du relai que celles-ci peuvent jouer visà-vis du secteur public et des grandes industries. Dans un contexte de contrainte financière, face à 1'inefficience des grandes organisations, à l'échec des grands projets et aux éléphants blancs, certains voient dans ce secteur la panacée ou un modèle alternatif de développement image de la réussite du marché contre l'etat ou de la beauté du petit. De nombreux auteurs ont montré le rôle des économies parallèles non officielles "out law" et les "dysfonctionnements" de la réglementation. 77

13 Depuis le début de la décénie 80, le secteur informel apparaît non seulement comme un régulateur du chômage mais il est présenté comme un substitut face à la défaillance du secteur moderne et du secteur publique voire comme un modèle a 1ternatif montrant la voie endogène du développement. Dans le contexte du mise en place des politiques d'ajustement caractérisées par la privatisation le démentèlement des entreprises publiques, on observe une baisse des emplois du secteur moderne. Face à 1'informaiisation du secteur formel, à l'échec des modèles étatistes. à l'absence de greffe du système industriel et à la montée des déséquilibres financiers, le secteur informel apparaît la panacée et une des alternatives. A titre exemplaire le rapport de la Banque Mondiale sur l'afrique Sub-Saharienne de 1989 souligne le rôle du secteur endogène, (en y incluant les PME et le secteur informel) et l'apport des politiques d'appui en supprimant les obstacles réglementaires au développement en élargissant le majrché et en proposant un appui direct au crédit. Il y a conscience que l'essentiel se joue hors des circuits institutionalises. Il y a également volonté de faire émerger des microentreprises ainsi que de lutter contre la pauvreté. 3-Les acteurs et le rôle des femmes. Il y a parallélisme entre l'occultation du rôle économique joué par les femmes et par le secteur informel. Dans l'ensemble, si l'informel est oublié des politiques officielles de développement, les femmes sont largement exclues des politiques incititatives menées vis à vis de l'informel (exemple : prêts ou formation). Or il est bien connu que les femmes jouent un rôle déterminant dans le développement, tant au niveau de la production des biens et services que de la reproduction des agents dans le secteur officiel et non officiel. Les statistiques officielles ne prennent pas en compte les activités non enregistrées qu'elles soient domestiques ou marchandes. Il existe une économie domestique ayant ses propres modes de fonctionnement par rapport aux 72

14 économies socialisées marchandes et non marchandes'. Plus fondamentalement, les sociétés africaines sont caractérisées par une pluralité des unités de décisions (maisonnées, segment de lignage,...) ne rendant pas la cellule des ménages significative. Les femmes appartiennent à des communautés caractérisées par des droits et par des obiigations ; elles ont le plus souvent des gestions propres de leur budget, participent à des associations d'épargne et à des groupements au niveau de la production. Privées de l'accès aux moyens de production, reléguées dans les secteurs précaires les moins rémunérées, exclues des systèmes éducatifs, les femmes participent à la production de subsistance vivrière, au travail domestique mais également aux petites activités marchandes. De nombreuses enquêtes en milieu rural montrent que le temps de travail féminin est de 20% supérieur à celui des.hommes (Burkina, Burundi, Bostwana). La contribution au revenu est supérieur à celui des hommes si gn inclut le revenu domestique. Il faut toutefois intégrer les obligations quant aux contraintes du temps et rappeler que le travail peut revêtir une autre signification que celui des sociétés industrielles et donc relativiser les résultats des enquêtes budgétants. On estime que 2/3 à 3/4 du petit commerce de l'afrique de l'ouest sont aux mains des femmes ; les principaux problèmes sont ceux du manque de capital et de liquiditées malgré l'organisation de système de crédit tournant (esusu) ou des banquiers ambulants ou des gardes-monnaies. Par contre dans d'autres régions, comme l'afrique de l'est, les femmes n'ont pas d'activités de commerce. Là encore il faut tenir compte de la grande diversité des situations et des 2 formes différentes de la division sexuelle du travail. On estime que plus de 50 millions de femmes, soit 1/3 de la population active totale, sont engagées dans une activité économique agricole, î Cf Garabaghi (1983) 2 Cf ßoserup E. Women's role in Econonic Developnent - Londre Allen and Unwin

15 commerciale ou de services à l'extérieur ou à l'intérieur de la cellule domestique. Si le travai1- féminin en milieu rural est bien connu (production agricole, vivrière, activités domestiques, corvée de bois, etc...), il apparaît que l'essentiel des activités dites informelles en milieu urbain sont occupées par des femmes : services domestiques, commerce de microdétail, notamment alimentaire, préparation des repas, etc.. "Epouse, mère et travailleuse" 'Ch. Oppang), la femme africaine continue de subir une "profonde ségrégation dans l'accès à l'éducation et à l'emploi". Une analyse fine du secteur informel et un repérage des acteurs montrent que les femmes jouent un rôle central dans la dynamique des petites activités. Dans l'ensemble, au- delà des grandes divergeances nationales et régionales, les femmes ont des tâches réclamant un niveau de formation inférieur, plus ingrates et moins rémunérées que les hommes. L'essentiel de leurs activités se nouent autour :. des filières agro-alimentaires : production vivrière, petit commerce agro-alimentaire, production d'aliments et de boissons, restauration, etc... - des activités artisanales : d'art, vannerie, poterie - des activités textiles : couturière - des services et du commerce de distribution. Au delà de ces généralités, il importe de prendre en compte les différences de statut des femmes selon les sociétés africaines et d'analyser les relations existantes entre les agents individuels et leurs groupes d'appartenance. Selon les systèmes de parenté et les divers modes d'organisation socio-économiques, les femmes ont un rôle plus ou moins déterminant. Les communautés auxquelles participent les agents font que les comportements et les analyses économiques ne peuvent être réduites à une étude 14

16 des ménages et de la place qu'occupent les femmes au sein de ceux-ci. Une analyse anthropologique est ainsi nécessaire. Nous voudrions dans cette étude montrer les interdépendances existantes entre les unités domestiques où le travail féminin est essentiel, les petites activités marchandes "informel les" et 1'Etat acteur et régulateur au niveau de la planification du développement. Nous différencierons : 1ère partie : La dynamique de 1'"informel" et le. rôle stratégique loué par les femmes (l'informel aux marges ou au coeur des sociétés africaines?) 2ème partie : Les politiques d'appui au secteur "informel" et le rôle de la planification du développement (Que faire?).

17 Première partie L'informel : aux marges ou au coeur des sociétés africaines. 16

18 Le secteur Informel peut être défini statistiquement comme l'ensemble des activités échappant aux moyens d'investigation empirique : producteurs travaillant sans emplacement fixe, ne payant pas de patente ou d'impôt, exclus des réglementations sociales ou n'ayant pas de comptabilité. Or l'appréhension montre que ces activités en pleine expansion contribuent à la majorité des emplois urbains, elles fournissent des biens et services essentiels aux modes de vie des agents, elles distribuent des revenus supérieurs à celui du monde rural et souvent comparables à ceux du secteur moderne, elles satisfont les besoins du plus grand nombre : se nourir, se vêtir, se déplacer ou se distraire. Au-delà de ces éléments, il importe de prendre en compte la très grande rétérogénéité des petites activités, d'étudier leurs dynamiques différenciées selon les sociétés et de rattacher leurs logiques de fonctionnement aux rapports de parenté et aux systèmes socio-culturels. Le travail féminin est notamment au coeur des relations qui se nouent entre les unités domestiques et les petites activités marchandes. 17

19 n 1.1. Un objet difficile à cerner Si "l'importance de l'informel est aujourd'hui reconnue stratégique, sa définition fait, depuis plus de 15 ans, l'objet d'un débat que nous résumerons en opposant : - les définitions opératoires à.partir de critères ex ante - les décompositions analytiques en typologies et filières 1-1 kes_imijnjtji?ns_opér.a.t^ices Les critères proposés pour définir le secteur informel ou non structuré peuvent se placer au niveau :. - du.cep.é.ra3e sia.tj^.tlaue. Le secteur informel échappe aux moyens d'investigation empiriques, producteurs, travaillant sans emplacement fixe, ne payant pas de patente ou d'impôt, exclus des réglementations sociales, n'ayant pas de comptabilité.^.; - de l'unité de production.. Les critères les plus souvent retenus depuis le fameux rapport Kenya sont la facilité d'accès aux activités, le recours aux ressources locales, la propriété familiale des entreprises, l'échelle restreinte des opérations, les techniques à forte intensité de main-d'oeuvre et adaptée, les qualifications qui s'acquièrent en dehors du système scolaire officiel, des marchés échappant à tout règlement et ouverts à la concurrence ( 1 ) ; - des neyenus. HART distingue les sources de revenus formelles (salaires et allocations diverses) et informelles selon le critère du salaire et de 1'auto-emploi; celles-ci peuvent être légitimes ou illégitimes (services : réel, usure, trafic de drogue, prostitution, corruption, contrebande; transferts : vols, détournement de fonds, escroquerie, jeux de hasard); (1 ) ILO/KENYA, 1972

20 i n - du tr.ay.ail. L'emploi informel regroupe généralement aussi bien les emplois familiaux dans le secteur artisanal et les petits métiers que les activités occasionnelles ou temporaires à l'intérieur du secteur moderne (tâcherons du bâtiment, journaliers des docks, volant de main d'oeuvre flottant...); - de JJ!Jnte.oai1^..c^pltali.s_tiqy.e. Plusieurs études, notamment celles de STEEL (1980) utilisent le critère de l'intensité capitalistique qui est en corrélation avec la dimension de la firme; le secteur moderne utilise du capital fixe qui constitue une barrière à l'entrée pour les entrepreneurs individuels alors que le secteur intermédiaire a un capital fixe réduit : la barrière à l'entrée conduisant à une productivité marginale positive. Le critère de l'intensité capitalistique permet délier la question des barrières à l'entrée pour les producteurs avec celle de l'accès aux marchés financiers; - de l'organisation sociale et juridique. Mazumdar (10 définit un marché du travail non protégé sans systèmes d'assurances sociales ou un marché des produits concurrentiels et non réglementé qui délimitent le champ des activités non structurées. Weeks fonde la dichotomie SS/SNS sur les caractéristiques des rapports d'échanges et la position économique de l'etat. - des conditions de vie. Les marginaux ou infra-urbains sont des exclus du système; la marginalité se traduit par des indices économiques, tels que la faiblesse et l'irrégularité des revenus, l'habitat dans les taudis, mais plus fondamentalement par des traits psychologiques et sociaux tels que l'errance, l'anomie, le manque d'identité spatiale ou culturelle Les groupes vulnérables et la pauvreté, concernent des agents dont les revenus des diverses activités sont insuffisants pour subvenir aux besoins les plus essentiels. La misère, non satisfaction des besoins primaires, peut être différenciée de la pauvreté, impossibilité d'achats de biens autres qu'alimentaires. D'autres critères peuvent être retenus tels l'exclusion des réseaux d'infra-solidarité à base parentale ou de sécurité publique. - Selon SETHURAMAN (1976), les critères retenus sont l'emploi de 10 personnes au plus, la non application des règles légales et administratives, l'emploi des aides familiaux, l'absence d'horaires ou de jours fixes de travail, l'inexistence des crédits institutionnels, une formation scolaire des travailleurs inférieure à 6 ans. En outre l'absence d'énergie mécanique et électrique et le caractère ambulant ou semi permanent des activités sont applicables pour certains métiers. Ces débats sur la définition d'un champ, permettant de construire des enquêtes ou d'analyser la dynamique des petites activités, n'est pas seulement académique; ils renvoient à la très grande hétérogénéité des objets et des méthodes. Il semble ainsi nécessaire de retenir une pluralité de critères qui ne se recoupent que très imparfaitement et qui permettent de définir des objets différents : légalité, pauvreté, taille, enregistrement, technologie, organisation, précarité (7 )MAZUMDAR, 1974; WEEKS, 1975 (2 ) IDEP, 1974; OUIJANO, 1974; VERHIERE, 1973; NUN, 1969;

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