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1 La Lettre d information de l Iris Invitation colloque NOUVEAU La Fondation Safadi, l'iris et l'institut du Monde Arabe ont le plaisir de vous convier au colloque : LE LIBAN DANS L'UNION POUR LA MÉDITERRANÉE Institut du Monde Arabe, Mardi 27 janvier 2009 ENTRÉE GRATUITRE - INSCRIPTION OBLIGATOIRE SUR PROGRAMME PAGE 10 - Observatoire des élections israéliennes L IRIS lance un Observatoire des élections israéliennes. Retrouvez régulièrement des analyses sur le scrutin, des sondages d opinions, des éditos parus dans la presse israélienne et internationale ainsi que des analyses de chercheurs. La Russie et l offensive israélienne dans la bande de Gaza - par Laure DELCOUR, Directrice de recherche à l'iris - 02/01/2009 La guerre dans la bande de Gaza : Est-ce si compliqué de la comprendre? - par Barry RUBIN - 02/01/2009 Où va la société israélienne? - par Jean-Yves CAMUS, chercheur à l IRIS - 02/01/2009 Le besoin d une stratégie pour contrer le Hamas - par Ely KARMON - 02/01/2009 Gaza un bilan déjà lourd : humainement pour les Palestiniens et politiquement pour les Israéliens - par Pascal BONIFACE, directeur de l IRIS - 02/01/2009 Entre Gaza et Huntington : nouvel échec annoncé pour la stratégie israélienne - Barah MIKAÏL, chercheur à l IRIS - 02/01/2009 Sur affaires-strategiques.info Retrouvez les points de vue des chercheurs et des invités du site d information de l Iris : Quelle place pour l action de la France dans le conflit israélo-palestinien? - par Didier BILLION, Directeur adjoint de l'iris, 5 janvier La Guinée : les risques de coup d Etat militaire après le décès du général Lansina Conté - par Philippe HUGON, Directeur de recherche à l'iris, 5 janvier Présidence française de l Union européenne : personnification, politisation, étatisation - par Béligh NABLI, chercheur associé à l'iris, 15 décembre N 279 / Mercredi 7 janvier 2009 Parution Détails page 11 Formation professionnelle DÉCOUVREZ LES PROGRAMMES DE FORMATION 2008/2009 > ENTRE JANVIER À FÉVRIER > module «COMPRENDRE LE MOYEN- ORIENT» > module «GÉOPOLITIQUE DE L UNION EUROPÉENNE» > ENTRE MARS ET AVRIL > module «QUESTIONS AFRICAINES» > module «QUESTIONS DE DÉFENSE» > ENTRE MAI ET JUIN > module «STRATÉGIE, INFLUENCE ET INTELLIGENCE ÉCONOMIQUES» > module «GÉOPOLITIQUE DE L EAU» Détails sur Politique intérieure : le bilan de 8 années de présidence républicaine 8 ans de diplomatie Bush - par Barthélémy COURMONT, chercheur à l'iris, 24 et 26 décembre États-Unis : vers une normalisation de la politique cubaine? - par Nicolas MARTIN-LALANDE, collaborateur parlementaire, spécialiste de la politique étrangère et de sécurité nationale américaine, ancien étudiant à l IRIS, 26 décembre Les nouveaux penchants européens de la Grande-Bretagne? - par Robert CHAOUAD, chercheur à l'iris, 24 décembre Quel bilan de la présidence française de l UE? par Michel FOUCHER, Géographe et diplomate, auteur de «L obsession des frontières», 22 décembre par Tommaso PADOA-SCHIOPPA, Président de Notre Europe, ancien ministre des Finances italien, 19 décembre Le Nigéria : un géant aux pieds d argile - par Philippe HUGON, Directeur de recherche à l'iris, 22 décembre Iran : une «parlementarisation» en trompe-l œil du régime? - par Igor SAFAVI, diplômé de l IPRIS, spécialiste de l Iran et des questions pétrolières, 22 décembre Pakistan/Afghanistan : une situation inexorablement liée? - par Sara DANIEL, grand reporter au Nouvel Observateur, 18 décembre DOSSIER BILAN ET PERSPECTIVES DE L ANNÉE 2008 Par les chercheurs de l IRIS / 7 janvier Dire que l année 2008 a été positive sur le plan international serait sans doute exagérément optimiste. Depuis le début du millénaire, à l heure de tirer des bilans stratégiques, la colonne des mauvaises nouvelles l emporte, hélas, régulièrement sur celle des bonnes nouvelles. Médias CHAQUE VENDREDI À 8H06, PASCAL BONIFA- CE DÉCRYPTE L'ACTUA- LITÉ INTERNATIONALE POUR LES AUDITEURS DE FRANCE MUSIQUE. > TÉLÉVISION Obama et Moyen-Orient Didier Billion par Public Sénat (07/01) Le conflit israélo-palestinien > Didier Billion par Canal Algérie (06/01) > Pascal Boniface par - C dans l air, Yves Calvi (France 5, 02/01 et 05/01)) - Fabrice Angotti (I-Télé, 02/01) > Barah Mikaïl par - C dans l air, Yves Calvi (France 5, 06/01) - William Irigoyen (Arte Info, 29/12) Sarkozy, l'ue et le Proche-Orient Barah Mikaïl par Public Sénat (05/01)

2 INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES - Tél : Rédactrice en chef : Gwenaëlle SAUZET / Directeur de la publication : Pascal BONIFACE Dans la presse EN 2009 ENCORE, LA RÉSOLUTION DU CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN DEVRA RESTER LA PRIORITÉ Pascal Boniface par Jean Piel / RFI / 6 janvier La première mission de Barack Obama est presque remplie du seul fait de son élection, à savoir réconcilier les Etats-Unis avec le reste du monde. Il doit redorer l image du pays, extrêmement dégradée par la présidence de George Bush. Sa victoire électorale, le 4 novembre, a été accueillie avec satisfaction presque partout dans le monde ; c est une première étape, qu il reste à concrétiser par une politique. SUITE PAGE 3 OBAMA NE CHANGERA PAS LA POLITIQUE AMÉRICAINE" Barah Mikaïl par Fabrice Aubert / LCI.fr / 6 janvier Depuis 1967, les Etats-Unis font en effet la part belle aux Israéliens et à leurs demandes. Evidemment, cela ne veut pas dire qu'il ne puisse pas y avoir d'exception. Mais la configuration politique américaine fait que Barack Obama aura du mal à se différencier de son et ses prédécesseurs et de se dégager des constantes stratégiques des Etats-Unis. SUITE PAGE 5 ON ASSISTE À UNE SORTE DE RÉPÉTITION DES ÉVÉNEMENTS DE 2006 Pascal Boniface par Adrien Cadorel / Métro / 4 janvier Lorsque le Hamas a eu de nouveau recours à des tirs de roquettes, brisant ainsi la trêve qui avait été indirectement conclue avec Israël, les combats ont immédiatement repris. On assiste à une sorte de répétition des événements qui se sont déroulés au Liban en SUITE PAGE 6 LA NON-POLITIQUE IRANIENNE DE LA FRANCE Thierry Coville / Mediapart / 2 janvier Face aux situations inextricables que les Iraniens rencontrent, la sagesse populaire dans ce pays a deux dictons qui permettent de faire face. Le premier est que «ce sont les 100 premières années qui sont difficiles, après, cela va mieux...». Le second est la traduction persane de Allah Akbar, «Khôdo bozorgeh», qui signifie «Dieu est grand» mais aussi, souvent, selon l'intonation, «On trouvera bien un moyen de s'en sortir». SUITE PAGE 7 REGARDS SUR 2008 : L'ANNÉE DE LA CRISE ET DE L'ESPOIR Karim Bitar / L ENA Hors les murs / décembre L'irruption d'une crise économique systémique de grande ampleur et l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d'amérique sont deux événements qui permettent de dire que 2008 rentrera dans l'histoire comme une année charnière, rejoignant ainsi dans le calendrier historique les années 1914, 1929, 1939, 1968 et SUITE PAGE 8 Manifestation > MANIFESTATIONS À VENIR ADHÉRENT TAÏWAN, DE L'AUTRE CÔTE DU DÉTROIT, UNE ÎLE EN QUÊTE D'IDENTITÉS 13 janvier / 18h30 / Espace Kiron - Paris Conférence-débat autour de Barthélémy Courmont, chercheur à l'iris. À l'occasion de la parution de son ouvrage "Taïwan, de l'autre côté du détroit, une île en quête d'identités" (Ed. du Félin). Réservée aux adhérents de l IRIS - Renseignements et inscription : ADHÉRENT MOURIR POUR L'AFGHANISTAN 20 janvier / 18h30 / Espace Kiron - Paris Conférence-débat autour de Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération. À l'occasion de la parution de son ouvrage "Mourir pour l'afghanistan". Réservée aux adhérents de l IRIS - Renseignements et inscription : PUBLIC COLLOQUE "BILAN DE LA PRÉSIDENCE FRANÇAISE DE L UNION EUROPÉENNE" Samedi 7 février 2009 / Enghien-les-Bains Premiers Entretiens Européens d Enghien. Colloque organisé par l IRIS et la Ville d Enghien-les-Bains Inscriptions à venir > RADIO Médias Tensions indo-pakistanaises Olivier Guillard par Médi 1 et la RCF (05/01 et 06/01) Le conflit israélo-palestinien > Didier Billion par - RMC-Info (31/12 et 06/01)) - Médi 1 (31/12) - Radio Atlantique (31/12) - Radio classique (28/12) > Le débat du jour, Karim Bitar par RFI (29/12) > Pascal Boniface par - 8H, France culture (06/01) - 12H et 18H, Radio Orient (05/01) - RFI (05/01) - 7H, France Inter (31/12) - Et pourtant elle tourne, France Inter (30/12) - Radio suisse romande (29/12) - C est arrivé demain, Emmanuel Faux (Europe 1, 28/12) - RTBF (27/12 et 28/12) > Barah Mikaïl par - Forum débat, Beur FM (06/01) - BBC World (05/01) - RMC info (30/12) - L'invité, France Info (30/12) - Medi1 (30/12) - Beur FM (30/12) - Radio Free Europe (29/12) - Radio Orient (29/12) Sarkozy et Européens au Proche- Orient Barah Mikaïl par - RMC Info (05/01) - BBC Afrique (05/01) Crise du gaz russo-ukrainienne Laure Delcour par Radio Orient (05/01) Perspectives du Maghreb en 2009 Kader Abderrahim par France Info (31/12) Bilan de l année 2008 Jean-Pierre Maulny par BFM (29/12) > PRESSE ÉCRITE Turquie et situation à Gaza Didier Billion par Ech-Chourouk - Algérie (08/01) Crise du gaz russo-ukrainienne Laure Delcour par le JDD.fr, Le Figaro, le Parisien et Euractiv (07/01) UPM et Gaza Didier Billion par Euractiv (07/01) Présidence tchèque de l UE Fabio Liberti par la Voix du Nord (05/01) Sarkozy et Européens au Proche- Orient Barah Mikaïl par - 20 Minutes (05/01) - LeParisien.fr (05/01) Le conflit israélo-palestinien > Didier Billion par Myriam Ezzakhrajy (Menara - Maroc, 02/01) > Karim Bitar Al-Watan et Christian Science Monitor (04/01) et (05/01) > Barah Mikaïl par AFP et Afrik.com(06/01) ; 20 Minutes et Témoignage Chrétien (05/01) ; El- Watan (04/01) ; Associated Press, Lefigaro.fr,Pèlerin Magazine (30/12); La Vie, Mediapart (29/12) ; Sud-Ouest Dimanche (27/12) Bilan des années Bush Article de Karim Bitar dans An Nahar (31/12) Abonnement Désinscription sur simple demande à :

3 EN 2009 ENCORE, LA RÉSOLUTION DU CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN DEVRA RESTER LA PRIORITÉ Pascal Boniface par Jean Piel / RFI / 6 janvier Pascal Boniface est directeur de l Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Selon lui, l élection de Barack Obama permet d espérer des relations moins conflictuelles entre les Etats-Unis et le reste du monde. Même si le nouveau président américain a pour mission de défendre les intérêts de son pays et non des autres. Mais pour assurer une plus grande stabilité de la planète, la priorité reste la résolution du conflit israélo-palestinien. Barack Obama sera investi le 20 janvier. Peut-on attendre du nouveau président américain de réels changements en politique étrangère? La première mission de Barack Obama est presque remplie du seul fait de son élection, à savoir réconcilier les Etats-Unis avec le reste du monde. Il doit redorer l image du pays, extrêmement dégradée par la présidence de George Bush. Sa victoire électorale, le 4 novembre, a été accueillie avec satisfaction presque partout dans le monde ; c est une première étape, qu il reste à concrétiser par une politique. Mais, aussi populaire soit-il, Barack Obama ne peut pas faire de miracles. Les taches qui l attendent tant au plan économique que diplomatique sont très lourdes. Je pense à la situation en Afghanistan, au départ des troupes américaines d Irak, au conflit du Proche-Orient, aux relations indo-pakistanaises Les difficultés sont énormes, et la grâce de son élection ne permettra pas de les résoudre comme par enchantement. En outre, il ne faut pas oublier que Barack Obama a été élu président des Etats-Unis, pas des Nations unies. Son rôle sera de défendre les intérêts américains, pas ceux des autres pays. Certes, il peut avoir une vision des intérêts des Etats-Unis qui ne soit pas en conflit avec les attentes des autres nations. On peut même raisonnablement penser que Barack Obama aura une vision moins agressive de la défense des intérêts américains que ne l avait George Bush. Reste que la diplomatie d un pays, a fortiori celle des Etats-Unis, ne peut pas être radicalement transformée du jour au lendemain. L unilatéralisme que l on reproche à la politique étrangère américaine a certes été aggravé par George Bush, mais n a pas été créé par lui. Ceux qui s attendent à ce que Barack Obama défende les intérêts de tous et de chacun, et non les intérêts américains, seront déçus. Il défendra avant tout son pays ; c est pour cela qu il a été élu et c est légitime. On peut, par contre, espérer qu il aura une vision moins étroite des affaires du monde que son prédécesseur. Il ne faut donc pas s attendre à l émergence d un monde multipolaire après l investiture de Barack Obama? Un monde multipolaire ne se décrète pas. C est l évolution des rapports de force entre les Etats qui, éventuellement, peut aboutir à l émergence d un monde multipolaire. Ces dernières années, on assiste à une montée en puissance de la Russie, de la Chine, de plusieurs pays du Sud. Il y a incontestablement une redistribution des cartes au plan géopolitique. Mais c est une évolution lente et il ne faut pas se bercer d illusions : les Etats-Unis sont la première puissance mondiale, et le resteront longtemps. Ce que l on est en droit d espérer, par contre, c est une gestion des affaires de la planète davantage multilatérale. Tout en restant la première puissance mondiale, les Etats-Unis peuvent choisir d adopter une diplomatie plus respectueuse des intérêts et des attentes des autres pays. Davantage tenir compte des opinions des autres capitales est d ailleurs, pour les Etats-Unis, le meilleur moyen de conforter leur leadership. Des élections législatives auront lieu en février en Israël. Peut-on attendre de ce scrutin une résolution du conflit israélo-palestinien? La certitude est qu en 2009 encore, la résolution du conflit israélopalestinien devra rester la priorité. De ce dossier dépend la solution de beaucoup d autres au Proche-Orient. C est sur ce sujet que des progrès doivent être obtenus le plus rapidement possible. Quant aux élections législatives en Israël, deux scénarii sont envisageables. Si le Likoud qui s est nettement droitisé ces derniers temps remporte le scrutin, c en est fini pour longtemps de toute perspective d avancée sur le dossier palestinien. Par contre, si l actuelle ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, s impose et renforce ainsi sa légitimité personnelle, elle pourrait, avec le soutien de Barack Obama, relancer les négociations avec l Autorité palestinienne. L intérêt à long terme de l Etat hébreu est évidemment de conclure la paix avec les Palestiniens. Le fait que Tzipi Livni vienne de la droite dure, qu elle ait été intransigeante dans le passé, ne signifie pas qu elle ne puisse pas faire preuve d ouverture aujourd hui. Ce second scénario permet d être optimiste ; le premier l interdit. Mais au-delà des élections israéliennes, reste la question de la division des Palestiniens entre Hamas et Fatah, qui constitue un autre facteur de blocage sera aussi une année électorale en Iran, alors que le pays entend avoir une influence croissante dans la région. Pensez-vous possible un assouplissement du régime de Téhéran? Pour l instant, Mahmoud Ahmadinejad semble bien parti pour conserver son poste de président de la République. Mais rien n est encore sûr, et l issue du scrutin dépend pour partie de Washington. Si l on assiste à l ouverture d un vrai dialogue entre l Iran et les Etats-Unis, dans lequel les Américains affichent leur fermeté contre le programme nucléaire iranien tout en montrant que leur but n est pas de renverser le régime en place à Téhéran, alors des avancées sont possibles. Un tel dialogue en effet desservirait Mahmoud Ahmadinejad et les conservateurs, qui ont besoin d un adversaire pour exister, qui jouent la stratégie de la tension, qui ont besoin pour être élus de s autodésigner comme les remparts contre «l agresseur» américain. Au demeurant, la politique étrangère provocatrice menée par George Bush a été l une des raisons de l élection de Mahmoud Ahmadinejad en Si la tension baissait entre Washington et Téhéran, les modérés pourraient plus facilement faire entendre leur voix à Téhéran, ce qui correspond largement aux attentes de la population iranienne, notamment de la jeunesse. En fait, Mahmoud Ahmadinejad n a pas personnellement intérêt à la reprise du dialogue avec les Etats-Unis, mais l Iran en tant que pays y a intérêt. L Iran est la puissance émergente dans la région, celle qui a le plus augmenté son influence devrait voir l Irak affirmer de façon croissante sa souveraineté. C est un facteur de stabilisation pour le Proche-Orient? Certainement. Ce sera un abcès de fixation en moins, une guerre en moins. Cependant, une situation apaisée en Irak ne légitime en rien le conflit passé. Ce retour au calme ne signifie pas que la guerre a été un succès, ni que son bilan est positif. La situation sécuritaire devrait s améliorer en 2009, mais le traumatisme de la guerre sera long à se (suite page précédente)

4 refermer, dans les pays musulmans mais aussi aux Etats-Unis. On aura du mal à effacer des mémoires collectives les combats, les attentats, les morts, les violences inter-communautaires, le scandale de la prison d Abou-Ghraib, les abus à Guantanamo. Le conflit en Afghanistan s envenime. En Inde, Bombay a été frappé par des attentats attribués à des groupes islamistes pakistanais. Ne pensez-vous pas qu en 2009, le principal foyer d instabilité viendra de cette partie du monde? Cette région est sans aucun doute plus problématique que l Irak. La partie qui se joue en Afghanistan est bien plus incertaine que celle qui se joue à Bagdad. La guerre n est pas finie dans l ancienne Mésopotamie, mais on peut imaginer, sans crainte de trop se tromper, les grandes lignes du futur. A contrario, l avenir en Afghanistan est difficilement prévisible, et il n est pas impossible que les Occidentaux subissent encore de mauvaises surprises dans ce pays. Une partie de la solution du conflit afghan se trouve au Pakistan. Le président Asif Ali Zardari se présente comme l allié des Etats-Unis. C est certainement un avantage au plan international, beaucoup moins au plan national vue l hostilité de la population pakistanaise à l encontre de Washington. La légitimité d Asif Ali Zardari pose aussi question; il a été emprisonné pour corruption, il doit largement son élection au fait d être le veuf de Benazir Bhutto. Cette moindre légitimité fragilise son pouvoir et sa capacité d action. émeutes que la Grèce a connues au mois de décembre 2008 peuvent être interprétées comme un premier avertissement, même si le contexte politique grec est spécifique. Mais la défiance de la jeunesse envers les dirigeants, l inquiétude face à l avenir, sont des données que l on retrouve à Athènes comme partout en Europe. On ne peut donc pas exclure un effet contagion dans les prochains mois. Cette crise économique ne pourrait-elle pas avoir des conséquences politiques en Chine? Ce n est pas impossible, et il s agit là d une menace bien plus tangible pour Pékin que la crise tibétaine. Pour les dirigeants chinois, le Tibet ne constitue un problème qu en termes d image de la Chine dans le monde. Sinon, les Chinois sont peu nombreux à contester l appartenance de la province himalayenne à leur pays, et le dalaï-lama n est guère populaire dans l Empire du Milieu. Par contre, le gouvernement chinois achète la paix sociale grâce à la croissance économique ; il achète la non-satisfaction des besoins des citoyens par la satisfaction des besoins de consommateurs. Si la croissance venait à trop faiblir, les autorités chinoises pourraient faire face à une crise de légitimité, cette dernière ne venant que des performances économiques du pays. Selon vous, 2008 a plutôt été une bonne année pour les relations internationales? Au Venezuela, Hugo Chavez semble voir sa popularité décliner. Ne pourrait-il pas profiter des scrutins qui doivent avoir lieu dans quatre pays sud-américains cette année pour, à nouveau, essayer de s imposer comme le leader régional? Il n y aurait pas intérêt. L exemple du Pérou montre que, lorsqu il s investit trop dans une élection, il fait perdre le candidat qu il soutient. Les électeurs latino-américains n acceptent pas plus les ingérences d Hugo Chavez que celles des Etats-Unis. Ils ne déterminent pas leur vote en fonction de ce que dit un leader étranger, mais en fonction de ce qu ils pensent eux-mêmes. Plus Hugo Chavez interviendra dans les affaires politiques de pays voisins, plus il suscitera la méfiance à son encontre. En est-il conscient? Saura-t-il résister à la tentation de la provocation? Ce n est pas certain. La crise économique et financière que traverse la planète pourrait-elle avoir des conséquences politiques? C est peu probable. Cette crise n est pas aussi profonde que celle de 1929 ; il ne faut donc pas imaginer l arrivée au pouvoir de régimes totalitaires, d autant qu il existe aujourd hui des garde-fous qui n existaient pas à l époque. La crise économique aura peut-être des conséquences en termes de désaffection des citoyens pour la classe politique, de divorce croissant entre la population et les élites. La confiance des électeurs envers le «système» pourrait être mise à mal, alors qu elle est déjà mince. Le sentiment se généralise que ce sont les citoyens lambda qui paient pour les erreurs des dirigeants, lesquels dirigeants ne se soucieraient guère du sort de leurs administrés. Les élites gardent pour eux les profits lorsqu ils existent, mais exigent que les pertes soient partagées. Que ce sentiment ait des conséquences politiques, c est beaucoup moins sûr. Une certaine vigilance s impose néanmoins. Les Il y a rarement eu de bonnes années en relations internationales depuis le début de ce siècle. Mais il y a eu des années pires que Si l on doit faire un bilan, l élection de Barack Obama donne plus de facteurs d espoir que de facteurs de crainte pour les mois à venir. De façon très imagée, on pourrait dire que la victoire du candidat démocrate est comme un sourire sur les relations internationales. Mais 2008 a aussi eu son lot de mauvaises nouvelles, notamment au Proche-Orient et en Asie. On ne peut pas non plus oublier la crise armée entre la Géorgie et la Russie. Comme 2007 s était achevé par l assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan, 2008 se termine par les attentats de Bombay, des émeutes en Grèce et l offensive israélienne contre la bande de Gaza. Autant d éléments lourds d interrogations pour l avenir. Est-ce que l élection de Barack Obama répondra à toutes les attentes placées dans le nouveau président américain? Il est trop tôt pour le dire. Imaginons néanmoins un scénario extrêmement optimiste : Tzipi Livni remporte les élections en Israël et, avec le soutien de Barack Obama, s attaque sérieusement à la question palestinienne. On peut alors imaginer les prémices d un accord de paix qui soit acceptable pour tous les acteurs. Dans un tel cas, on aura privé Al-Qaeda d une grande partie de son argumentation. Le cours de l Histoire s en trouvera changé et la planète sera plus sure. Si on ajoute que le nouveau président américain engage un vrai dialogue avec l Iran qui conduise à un assouplissement du régime de Téhéran et à un apaisement des relations de celui-ci avec ses voisins, alors tous les espoirs seront permis. Mais il ne s agit là que d hypothèses. Malheureusement, en relations internationales, les catastrophes annoncées se réalisent souvent alors que les espoirs s envolent généralement face au choc de la réalité.

5 OBAMA NE CHANGERA PAS LA POLITIQUE AMÉRICAINE" Barah Mikaïl par Fabrice Aubert / LCI.fr / 6 janvier Barah Mikaïl est chercheur à l'institut des relations internationales et stratégiques. Il a notamment publié La politique américaine au Moyen-Orient (Editions Dalloz-Sirey). Les présidents américains sont traditionnellement proisraéliens. Obama peut-il se démarquer de la politique étrangère de la Maison-Blanche sur ce sujet? Depuis 1967, les Etats-Unis font en effet la part belle aux Israéliens et à leurs demandes. Evidemment, cela ne veut pas dire qu'il ne puisse pas y avoir d'exception. Mais la configuration politique américaine fait que Barack Obama aura du mal à se différencier de son et ses prédécesseurs et de se dégager des constantes stratégiques des Etats-Unis. Pour l'instant, il est bien sûr difficile de faire la part des choses entre Obama-candidat et Obama-président. Il y aura évidemment un décalage entre les deux. Lors de la campagne, sa déclaration la plus forte sur le conflit a porté sur Jérusalem comme capitale unifiée d'israël (cliquez ici pour relire notre article). Il s'agit d'un parti pris pro-israélien. Il rejoint d'ailleurs une ancienne déclaration d'hillary Clinton, future ministre des Affaires étrangères. Elle avait proposé il y a quelques années de transférer l'ambassade des Etats- Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Tout ceci laisse a priori penser qu'obama n'a pas de raison de vouloir changer l'attitude américaine vis-à-vis du conflit et de son évolution. Reste une inconnue : sera-t-il rattrapé par l'agenda international? Contrairement à ce qu'il a annoncé, va-t-il se consacrer au conflit israélo-palestinien en priorité par rapport à l'irak et à l'afghanistan? Outre la raison officielle de la période de transition, pourquoi est-il quasiment muet sur le conflit? que Bush, contrairement à McCain. Avec Obama, le monde espère autre chose. Reste à savoir si on aura autre chose sur tout. Cette nuance est importante. Pour le Proche-Orient, il va sûrement déléguer à son entourage. Dans ce contexte, cela laisse peu de place à des convictions personnelles ou morales. Bref, dans ses discours et dans la méthode, Obama sera bien sûr plus nuancé que Bush. Mais dans l'aboutissement, il sera difficile de voir une différence sur le fond. Il y a donc de fortes chances que le rapport de force actuel continuera. D'ailleurs, il faut remarquer que malgré la période de transition, il s'est exprimé sur l'économie, sur l'irak, sur l'afghanistan. Mais sur le conflit israélo-palestinien, il a botté en touche. Néanmoins, on imagine que des discussions ont lieu avec son équipe de politique étrangère, notamment Hillary Clinton. Que pourrait-il annoncer après le 20 janvier si la situation perdure? S'il y a une solution, elle viendra, comme en 2006 au Liban, d'une résolution onusienne qui avait été votée après une longue série de bras-de-fer. Obama donnera-t-il les impulsions au Conseil de sécurité? On ne peut pas l'exclure. Mais il restera dans la conception actuelle de la politique américaine, qui donne la primauté à la sécurité d'israël. En soi, l'argument n'est pas à blâmer. Mais les Etats-Unis offrent toute latitude à Israël pour juger de cette sécurité. Tant que ce rapport de forces et que les alliances stratégiques seront les mêmes, Obama serait coincé même s'il voulait aller à contre-courant. De toute façon, c'est loin d'être le cas. Il a par exemple annoncé vouloir changer les relations avec Cuba ou briser les tabous en Irak. Pour le conflit israélo-palestinien, il n'a rien dit de tel. Au-delà du souci d'éviter toute ingérence, dans les faits, il ne veut pas prendre parti dans un contexte où la donne israélopalestinienne est envenimée. Il préfère attendre d'avoir accès à la présidence et d'avoir des éléments concrets pour s'engager dans un sens précis. Son élection a créé de grandes attentes en Europe et même au Moyen-Orient. La déception pourrait être grande s'il ne change pas de ligne sur le sujet. Tout à fait. Je trouve qu'on a exagéré, voire fantasmé, le changement annoncé par Obama. La raison en était simple : la plupart des gens estiment qu'il ne pourra pas être pire

6 ON ASSISTE À UNE SORTE DE RÉPÉTITION DES ÉVÉNEMENTS DE 2006 Pascal Boniface par Adrien Cadorel / Métro / 4 janvier Comment analysez-vous l offensive israélienne dans la bande de Gaza? Lorsque le Hamas a eu de nouveau recours à des tirs de roquettes, brisant ainsi la trêve qui avait été indirectement conclue avec Israël, les combats ont immédiatement repris. On assiste à une sorte de répétition des événements qui se sont déroulés au Liban en Là encore, Israël a employé la force d une manière jugée excessive par les différentes opinions publiques. Pourquoi maintenant? On peut avancer plusieurs facteurs. D une part, la fin de la trêve entre Israël et les Palestiniens. D autre part, la vacance du pouvoir au Etats-Unis, puisque Georges Bush est un président en fin de mandat, tandis que Barack Obama n est toujours pas officiellement investi. A cela s ajoute la perspective d élections en Israël le 10 février prochain où les différents candidats au poste de Premier ministre souhaitent prendre une posture de force face à un électorat qui privilégie l action militaire. Comment expliquer l absence de consensus au sein de la communauté internationale sur cette question? C est assez traditionnel, car depuis 2000 et la destruction des acquis du processus d Oslo, nous ne sommes jamais parvenus à un consensus. Les Etats-Unis seront toujours du côté d Israël, quelque soit la position adoptée par l Etat Hébreu. La Russie, la Chine et les pays arabes sont davantage enclins à condamner Israël, tandis que l Europe est elle dans une position relativement médiane. Donc, il n y a pas de consensus de la part de la communauté internationale, et lorsque cela se produit ce ne sont que des déclarations platoniques qui ne sont pas suivies d effets. N est-ce pas déjà le cas? Il est vrai que ce conflit est latent sur le territoire. De plus, les relations intercommunautaires et le débat français sont assez souvent indexés sur la situation au Proche-Orient. En France, les rapports se sont très fortement dégradés entre 2000 et 2003, suite à la reprise de l Intifada. En 2005, les choses s étaient un peu calmées car il régnait un calme relatif au Proche-Orient. Compte tenu de ce qui se passe actuellement, nous avons des raisons d être inquiets. Comment prévenir ces tensions? Il est important que des voix s élèvent pour appeler au calme et souligner un facteur déterminant : on peut être en désaccord sur ce qui se passe au Proche-Orient mais cela ne doit pas se traduire soit par des accusations croisées d islamophobie ou d antisémitisme, soit par des actes violents. Il faudrait réunir les communautés et dire : soyons d accord sur nos désaccords. N enfermons pas les gens dans des cases communautaires. Plus on soulignera rapidement que cette affaire est d abord un désaccord politique et non ethnique ou religieux, plus on limitera peut-être rapidement les effets négatifs de ce conflit. Nicolas Sarkozy part lundi en tournée au Proche-Orient. Que peut-on attendre de ce déplacement? C est compliqué car il arrive alors que l offensive terrestre est déjà lancée. Il a reçu vendredi dernier la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, sans grand résultat. Les miracles, y compris en Terre Sainte, peuvent toujours survenir mais il ne faut pas forcément en attendre de la visite du président Sarkozy. Au niveau français, doit-on craindre une radicalisation des positions et des actes entre les deux communautés? C est un vrai risque. Nous avons vu ce week-end deux défilés distincts alors que l idéal aurait été une manifestation commune pour demander un cessez-le-feu. A la place, nous avons assisté à deux défilés dont on peut penser qu ils étaient hostiles l une envers l autre. Dans ces conditions, il est vrai que l on peut craindre une importation du conflit sur le territoire français.

7 LA NON-POLITIQUE IRANIENNE DE LA FRANCE Thierry Coville / Mediapart / 2 janvier Face aux situations inextricables que les Iraniens rencontrent, la sagesse populaire dans ce pays a deux dictons qui permettent de faire face. Le premier est que «ce sont les 100 premières années qui sont difficiles, après, cela va mieux...». Le second est la traduction persane de Allah Akbar, «Khôdo bozorgeh», qui signifie «Dieu est grand» mais aussi, souvent, selon l'intonation, «On trouvera bien un moyen de s'en sortir». Dans le cas de la politique iranienne de la France, j'espère que le deuxième dicton est le plus approprié. Et pourtant. Lors du 60e anniversaire des droits de l'homme, Nicolas Sarkozy a répété qu'il ne serrerait jamais la main d'ahmadinejad, actuel président de l'iran, ce dernier ayant nié l'holocauste. Quelques jours après, le ministre des affaires étrangères iraniens qui devait participer à Paris à une conférence sur l'afghanistan s'est désisté. En fait, depuis quelques mois, les relations entre la France et l'iran se sont considérablement dégradées. Le gouvernement français a été en pointe de la politique occidentale qui, à travers une politique de sanctions économiques, veut que l'iran arrête son programme d'enrichissement de l'uranium. De plus, les autorités françaises ont décidé de mener une politique systématique d'opposition au régime iranien à travers notamment une réduction dramatique du nombre de visas accordés. Evidemment, les Iraniens répliquent de manière symétrique, ce qui a conduit à un recul sensible des échanges politiques, économiques et scientifiques entre les deux pays. Or, est-il rationnel de mener une telle politique d'opposition face à l'iran quand on veut également : 1) stabiliser l'afghanistan 2) stabiliser l'irak 3) stabiliser le Liban 4) régler le problème palestinien ; 5) lutter efficacement contre Al-Qaida. Accessoirement, compte tenu de notre engagement militaire en Afghanistan, il serait également utile de pouvoir bénéficier de la coopération des services de renseignement iraniens qui ne sont pas les plus mauvais de la région. Est-il rationnel de se priver de toute passerelle de communication avec l'iran, disposant des quatrième réserves de pétrole et les deuxième réserves de gaz du monde alors que la question de la diversification de l'approvisionnement en énergie de l'europe reste posée? Est-il rationnel, dans le contexte actuel de crise, de sacrifier les intérêts économiques des entreprises françaises sur ce marché alors que nos concurrents chinois, indiens, russes et même italiens sont en train de profiter de notre attentisme? Est-il rationnel de refuser de déclarer ouvertement que l'on préfèrerait discuter avec un autre président en Iran? L'histoire de l'iran démontre que tous les mouvements internes qui ont été soutenus par l'étranger ont perdu leur légitimité auprès de la population. Il suffit de se rappeler du soutien occidental au régime du Shah. Et la politique qui a consisté à soutenir un groupe plutôt qu'un autre en Iran, outre son caractère néo-colonialiste, a toujours échoué. Ahmadinejad est ce qu'il est et les atteintes aux droits de l'homme sont nombreuses en Iran. Mais cette politique d'isolement et de pression sur l'iran est aussi ressentie par la population iranienne comme une attaque directe. C'est se tromper complètement d'analyse que de croire qu'il est facile de séparer en Iran un «méchant» régime d'une «gentille» société. La société iranienne est en pleine transformation et le régime en est bien conscient. Or, la politique actuelle de la France va dans le sens de ceux qui, en Iran, veulent que ce pays se ferme le plus possible, ce qui faciliterait l'épuisement de ce mouvement de modernisation? Est-il rationnel d'isoler l'iran alors que l'on est beaucoup plus amical vis-à-vis des pays beaucoup moins démocratiques que ce soit au Maghreb ou dans le reste du Proche et du Moyen-Orient? Est-il rationnel de mener une politique de sanctions économiques vis-à-vis de l'iran alors que cette même politique en Irak a été un échec absolu. Le programme nucléaire iranien est un des rares points où il existe un consensus entre la population et le régime. Et il est clair que la politique actuelle des pays occidentaux de sanctions tant que l'iran n'a pas arrêté son programme d'enrichissement d'uranium ne donne aucun résultat. Est-il rationnel de refuser de discuter avec l'iran alors que le nouveau président américain a courageusement annoncé qu'il allait entamer des négociations avec l'iran. Pourquoi les Etats-Unis, dont le contentieux avec l'iran est beaucoup plus lourd que celui de la France font-ils évoluer leur politique iranienne? Que se passera-t-il si ces négociations donnent des résultats et si Ahmadinejad est réélu? Les entreprises françaises devront-elles alors s'allier avec des entreprises américaines pour pénétrer le marché iranien et les chercheurs français demander un visa pour l'iran à partir de Washington? Evidemment, face à tous ces faits, l'argument répété à satiété est que l'iran veut la bombe nucléaire et que son président veut détruire Israël. Le rapport des services de sécurité américains estimait que les Iraniens avaient abandonné leur projet militaire en Par ailleurs, il est aussi possible qu'ils veulent atteindre un seuil technologique qui leur permette d'obtenir éventuellement l'arme atomique en quelques mois (comme le Japon). Enfin, contrairement à ce qui est souvent dit, un pays pétrolier et gazier a aussi intérêt à développer une industrie nucléaire civile. Il ne s'agit pas de nier les risques qu'entraînerait une prolifération nucléaire dans la région. Néanmoins, on peut aussi se demander si la tactique actuelle qui consiste à dire à l'iran «On ne veut pas vous parler et faites ce qu'on vous dit (arrêtez l'enrichissement d'uranium) sinon on aggrave les sanctions» est véritablement efficace, tant elle contribue plutôt à faire de cette question une cause nationale en Iran. Enfin, on le sait, la meilleure manière de faire échouer une négociation est de se baser sur les supposés arrières-pensées de l'autre partie («ils veulent la bombe!). Quant aux déclarations de Ahamadinejad vis-à-vis d'israël, il est malhonnête de les lier à la question du nucléaire. Or, c'est pourtant ce qu'ont fait des chercheurs connaissant peu l'iran mais pour qui, la «bombe islamique» est aussi un bon plan marketing. Le régime iranien a prouvé depuis sa naissance sa rationalité (arrêt de la guerre avec l'irak, neutralité durant les guerres du Golfe, participation aux négociations ayant conduit à un nouveau gouvernement afghan après la chute des Talibans, etc.). Ahmadinejad ne représente qu'une partie du pouvoir iranien et plusieurs personnalités politiques en Iran ont condamné ses propos sur Israël. La télévision publique a diffusé une série en Iran faisant explicitement référence à l'holocauste. Et on rappellera quand même que l'iran est le seul pays du Proche et du Moyen-orient (avec la Turquie) où vit et prie une communauté juive. Il y a moins d'actes antisémites en Iran qu'en France. Face à toute cette irrationalité, on peut toujours espérer que la France commence à mener une vraie politique iranienne qui vise, sans privilégier un camp plutôt qu'un autre, à réinsérer l'iran dans le concert des nations. C'est la meilleure manière de favoriser une issue heureuse pour les évolutions sociales et politique sen cours en Iran. Il serait également souhaitable que la France et l'europe travaillent à un rapprochement de ce pays avec les Etats-Unis qui ne consiste pas pour le pouvoir américain à faire de l'iran son nouvel allié dans la région mais un pays normalement intégré dans la région et dans le monde. Thierry Coville est enseignant-chercheur à Negocia (centre international de formation vente et négociation commerciale, dépendant de la chambre de commerce et d'industrie de Paris) et chercheur associé à l'iris. Il a publié L'Iran : la révolution invisible à La Découverte en 2007.

8 REGARDS SUR 2008 : L'ANNÉE DE LA CRISE ET DE L'ESPOIR Karim Bitar / L ENA Hors les murs / décembre / Points de vue Ce texte a servi d'article introductif au dossier Regards sur 2008, paru dans L'ENA hors les murs, no 387, décembre L'irruption d'une crise économique systémique de grande ampleur et l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats- Unis d'amérique sont deux événements qui permettent de dire que 2008 rentrera dans l'histoire comme une année charnière, rejoignant ainsi dans le calendrier historique les années 1914, 1929, 1939, 1968 et L'année fut en outre marquée par le fracassant retour de la Russie sur la scène internationale, à la faveur d'une intervention musclée en Géorgie, et par le succès des Jeux Olympiques organisés par la Chine. Ces deux faits saillants, intervenus simultanément au début du mois d'août, viennent appuyer les thèses de ceux qui estiment que nous assistons à l'émergence d'un monde " post-américain ", ou encore à la fin de la " séquence occidentale " de l'histoire universelle, séquence qui perdure depuis quatre siècles. Il est tentant, dans ce contexte, de se souvenir de la célèbre phrase de Gramsci : " Le vieux monde se meurt, le monde nouveau tarde à paraître, et dans ce clair obscur, les monstres surgissent. Le monde face à la crise crise semblent en effet énergiques, mais parfois confuses et désordonnées. Les sommes investies dans les projets de relance sont faramineuses, mais elles n'ont pas réussi à rassurer les marchés boursiers ou à empêcher les vagues de licenciements. Le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson reconnaît luimême que son plan de sauvetage de $ 700 milliards n'aura pas les effets initialement escomptés. La Chine, quand à elle, a pris les devants et lancé un véritable " New Deal ", puisque son plan de relance de $ 586 milliards équivaut à 16 % de son PIB. Pour Paul Jorion, l'objectif de ce New Deal chinois est de maintenir un taux de croissance annuel au moins égal à 8 %. Dans une Europe frappée par la concurrence chinoise, de plus en plus de voix s'élèvent, qui soulignent qu'à défaut de pouvoir construire dans l'immédiat ce nouvel ordre économique mondial, il faudrait envisager un retour au protectionnisme européen, qu'elles estiment seul capable de relâcher la pression sur les salaires et de relancer la demande intérieure. Cette vision est toutefois contestée par plusieurs écoles d'économistes. Nous aurons l'occasion de revenir en mars sur ce débat dans un numéro entier que nous consacrerons à la crise mondiale et aux politiques économiques. Un homme, un espoir Et c'est bien à une crise " monstrueuse " que nous sommes aujourd'hui confrontés. Après avoir entraîné l'effondrement des marchés boursiers, elle commence à faire des ravages dans ce qu'on appelle " l'économie réelle ", et toute l'année 2009 sera probablement rythmée par les licenciements massifs et autres conséquences de cet effondrement du système économique en vigueur depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Cette crise n'était pas imprévisible, loin de là. Il ne s'agissait pas à proprement parler d'un " cygne noir ". Certains esprits lucides et courageux avaient mis en garde contre la financiarisation excessive de l'économie et contre le triomphe de la spéculation. Certains avaient même décrit dans le détail les mécanismes pervers nés dans le secteur immobilier et qui allaient entraîner l'éclatement de la bulle. Mais ces hommes là n'ont guère été écoutés. Longtemps, des personnalités comme l'irano-américain Nouriel Roubini, le belge Paul Jorion, l'américain Peter Schiff et le britannique Martin Wolf ont été dénoncées comme étant des oiseaux de mauvais augure, des Cassandre, des catastrophistes. Comme s'il fallait brûler les messagers plutôt que d'avoir le courage de regarder en face les dysfonctionnements du système et de tenter de construire une nouvelle architecture économique mondiale. Maintenant que les faits sont venus donner raison aux plus alarmistes, il ne s'agit pas uniquement de réhabiliter les Cassandre, mais de réfléchir, éventuellement avec eux, aux meilleurs moyens de limiter les dégâts, à court terme, et surtout, de construire sur le long terme un système qui ne reposerait plus sur la prédation, la spéculation et l'esbroufe. Or, rares sont les responsables politiques qui ont pris leur téléphone pour solliciter l'avis des quelques hommes ayant eu raison avant les autres. Les premières réactions des gouvernements occidentaux à la Année de la crise sans nul doute, 2008 fut aussi l'année de l'espoir. L'espoir, comme la crise, est venu d'amérique, cette Amérique dont Tocqueville nous a expliqué que " (s)a grandeur ne consiste pas à être plus éclairée que les autres nations, mais plutôt en sa capacité à réparer ses fautes." Cherchant à réparer les fautes majeures commises durant les huit dernières années, notamment la guerre d'irak, une majorité d'américains a élu Barack Obama à la présidence la République. Rarement dans l'histoire de l'humanité autant d'espoir aura été placé en un seul homme. Si la situation des Etats-Unis, et de la planète, n'était pas aussi grave, on pourrait être tenté de sourire, et de rappeler, cyniquement, une évidence quasi mathématique : autant d'espoir ne pourra que susciter de grandes désillusions, car quelles que soient les qualités intellectuelles et humaines du président élu, et elles sont indéniables, il ne pourra relever tous les défis qui se posent à lui. Enrayer la crise économique et relancer la croissance, se dépêtrer des bourbiers irakien et afghan, fermer la page déshonorante de Guantanamo et des dérives de l'anti-terrorisme, établir un système de santé qui permettrait enfin aux 43 millions d'américains privés de couverture médicale d'être couverts, relancer le dialogue israélo-palestinien, entamer des négociations avec l'iran, établir un nouveau partenariat avec la Russie, permettre aux Etats-Unis de sortir de leur dépendance énergétique envers les monarchies pétrolières du monde arabe, convaincre les Chinois de ne pas perdre confiance en la capacité de l'amérique à leur rembourser sa dette, restaurer un minimum de prestige moral à un pays qui a perdu beaucoup de son soft power, prendre enfin des mesures permettant de lutter contre le réchauffement climatique, ce ne sont là que quelques uns des travaux d'hercule que Barack Obama devra accomplir, sous peine de voir l'amérique décliner durablement et perdre son statut.

9 Mais quelle que soit la difficulté des tâches à accomplir, elle ne doit pas nous conduire au cynisme, et il n'y a aucune raison de ne pas se réjouir des résultats de cette élection, qui constituent l'une des très rares bonnes nouvelles à l'échelle internationale depuis Suite à l'effondrement du mur de Berlin et à la réunification de l'europe, Vaclav Havel avait eu cette heureuse formule : " novembre 1989, dit-il alors, marque la réconciliation de la morale et de l'histoire. " Si Havel, ami de longue date de John McCain, a néanmoins tenu à apporter officiellement son soutien à Barack Obama et à le soutenir activement durant sa campagne, c'est probablement parce qu'il ressentait que l'élection de ce dernier permettrait à l'histoire des Etats-Unis, marquée par la tâche indélébile qu'a constitué l'esclavage, de se réconcilier à son tour avec la morale. Enfin, " un vent frais va souffler dans l'air de Washington ", s'écria avec soulagement Havel le 4 novembre Les prises de position de Vaclav Havel avaient pourtant dérouté certains de ses admirateurs durant les dernières années. Au nom de la fidélité envers les Etats-Unis, il avait soutenu les guerres déclenchées par George W. Bush durant son premier mandat, mettant ainsi son prestige moral au service de causes dont il n'était point entièrement convaincu. Le fait majeur qui a conduit Havel, et qui a conduit les personnes les mieux disposées à l'égard de l'amérique, à prendre leurs distances avec une administration devenue indéfendable, c'est sans doute cette insolente légitimation morale, politique et intellectuelle de la torture à laquelle nous avons assisté durant les dernières années. C'est notamment grâce à l'un de ses amis proches, le psychologue Philip Zimbardo, qu'havel a été amené à réévaluer ses positions. Et ce désenchantement d'un ami fidèle des Etats- Unis en dit long sur la faillite de l'administration sortante. Mais l'espoir incarné par Barack Obama ne repose pas uniquement sur un rejet des pratiques des huit dernières années. Obama n'est pas uniquement l'anti-bush. Il est aussi un homme d'une très grande culture et d'une envergure intellectuelle qui rappelle celle de certaines des plus grandes figures de l'histoire des Etats-Unis. Les Rêves de mon père, le livre publié par Obama après sa sortie de Harvard est un ouvrage remarquablement bien écrit et tissé de réflexions passionnantes sur la question des identités multiples, problématique centrale dans le monde d'aujourd'hui. Du simple point de vue de la politique politicienne, et sans même que nous n'abordions les questions de fond, Obama a réussi une campagne qui restera dans les annales, en venant à bout, avec un calme olympien, des deux machines électorales réputées les plus vicieuses de la terre : celles des époux Clinton durant les primaires, puis celle des républicains et de Karl Rove. Non seulement elles n'ont pas réussi à le broyer, mais il en est sorti renforcé. Les attaques qu'a du affronter Obama au sujet de ses origines ne sont pas sans rappeler les campagnes antisémites menées naguère en France contre Léon Blum, Georges Mandel ou Pierre Mendès France. Et le candidat a réussi à surmonter tous ces obstacles sans jamais avoir recours aux bas instincts. A aucun moment, il ne provoqua des clivages, cherchant au contraire à toujours les surmonter et à faire émerger des synthèses porteuses d'espoir. Il ne désigna aucun bouc émissaire, et jeta la rancune à la rivière avant même d'être élu. Il n'y a donc pas de doute, le personnage est historique dans tous les sens du terme, et l'espoir qu'il incarne, quand bien même il se dissiperait très vite, et quand bien même il serait suivi de cuisantes désillusions, n'est pas pour autant un espoir mal placé. Car l'échec de Barack Obama ne serait pas celui des démocrates américains, mais serait celui de la démocratie elle-même. Pareil échec laisserait le champ libre à ce qu'il y a de pire, et dont nous avons eu un avant goût durant la campagne : l'émergence d'un néo-maccarthysme, d'un populisme autoritaire, d'un anti-intellectualisme et d'un antiélitisme primaires incarnés par des figures aussi caricaturales que Sarah Palin ou par le recours à " Joe le plombier ". Sans même parler du " backlash " sur les questions raciales, ce retour de bâton auquel on peut s'attendre. A tout moment, les vieux démons peuvent resurgir. Quelques regards sur 2008 Comme à l'accoutumée, ce n'est pas un exhaustif bilan de 2008 que nous vous proposons en ce dernier numéro de l'année, mais plutôt quelques regards personnels et subjectifs sur l'année écoulée, qui permettent d'ouvrir des pistes de réflexion. Le ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, dresse un bilan de l'année internationale, et souligne que 2008 fut l'année du renouveau européen. Charlotte Lepri, spécialiste des Etats-Unis, revient sur l'année américaine, qui fut celle des grandes mutations. Paul Jorion, l'homme qui avait prévu cette grande crise, en établit le bilan accablant. Olivier Ferrand, président de la fondation Terra Nova nous offre une stimulante réflexion sur la crise, et préconise une politique progressiste de " compétitivité-qualité ", qui permettrait de sortir de la crise " par le haut ". Arthur Goldhammer, chercheur associé au Center for European Studies de Harvard et francophile invétéré, porte un regard caustique sur l'année de la politique intérieure française. Nicolas Tenzer, directeur du Banquet et président du CERAP, s'inquiète de certaines évolutions ou tentations de la société française. Le bilan de l'année du cinéma est établi par la scénariste et critique Sandra Mézière, celui de l'année de l'audiovisuel français par la productrice Simone Halberstadt Harari, et celui de l'année littéraire par l'écrivain et journaliste François Broche. Finalement, le directeur de l'ena, Bernard Boucault, revient sur quelques moments clés dans la vie d'une école toujours en mouvement.

10 La Fondation Safadi, l'iris et l'institut du Monde Arabe ont le plaisir de vous convier au colloque : LE LIBAN DANS L'UNION POUR LA MÉDITERRANÉE Mardi 27 janvier Institut du Monde Arabe (1 rue des Fossés Saint-Bernard - Paris 5e) 14H00 - ALLOCUTIONS DE BIENVENUE Dominique Baudis, Président de l'institut du Monde Arabe Mohammed Safadi, Ministre de l'économie et du Commerce du Liban Message de M. le Président de la République, Nicolas Sarkozy 14H45 - L'ÉCONOMIE LIBANAISE DANS L'ÉCONOMIE DES PAYS ARABES MÉDITERRANÉENS OUVERTURE DE LA SÉANCE : Christine Lagarde, Ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi PRÉSIDENT : Pascal Boniface, Directeur, IRIS Hervé de Charette, Député, Président de la Chambre de Commerce Franco-Arabe, ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, Sénateur du Territoire de Belfort, Président du Mouvement Républicain et Citoyen et de la Fondation Res Publica, ancien ministre Toufic K. Gaspard, Économiste Nicolas Sarkis, Directeur du Centre arabe des études pétrolières à Paris 16H30 - LE LIBAN, CARREFOUR DES AUTOROUTES TERRESTRES ET MARITIMES PRÉSIDENT : Antoine Sfeir, Écrivain et journaliste, Directeur des Cahiers de l'orient Gilles de Robien, ancien ministre de l'équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer Jacques R. Saadé, Président de la Chambre de Commerce Franco-Libanaise, Fondateur et Président du Directoire du groupe CMA CGM Un représentant français Un représentant libanais 18h00 - ALLOCUTIONS DE CLÔTURE Serge Telle*, Ambassadeur chargé du processus euroméditerranéen Mohammed Safadi, Ministre de l'économie et du Commerce du Liban *sous réserve de confirmation ENTRÉE GRATUITE - INSCRIPTION OBLIGATOIRE sur

11 / Parution L ÉCONOMIE DU DÉVELOPPEMENT ET LA PENSÉE FRANCOPHONE de Philippe HUGON Editions des archives contemporaines - nov pp euros Est-il légitime de parler de pensée (s) francophone (s)? Les théories scientifiques sont universelles. Comment éviter la subjectivité voire le provincialisme ou le nombrilisme visant à privilégier un courant défini par sa langue et par sa culture et dont la seule originalité serait, à la limite, d'ignorer les travaux non francophones? La pensée développementaliste est largement forgée dans les institutions internationales ou les universités où se côtoient des originaires de cultures différentes. Les débats théoriques et doctrinaux se font entre écoles néoclassiques, keynésiennes, institutionnalistes, dépendantistes ou structuralistes, beaucoup plus qu'entre traditions linguistiques. Cet ouvrage présente l'évolution de l'économie du développement et la situation de la ou (des) pensée (s) francophone (s) et plus spécialement française (s). Philippe Hugon est professeur émérite d'économie à Paris-X - Nanterre/ EconorniX. Il est directeur de recherche à l'iris et consultant international. li a écrit plus de quinze ouvrages sur l'économie du développement et l'économie politique internationale. Il a été membre du HCCI. Il est docteur honoris causa de l'université d'arequipa (Pérou). EN VENTE EN LIBRAIRIE

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