Faut-il boire l eau du robinet? Dour ha Stêrioù Breizh PORCHERIE VERTE LE MAÏS ET LA SÉCHERESSE LES PESTICIDES EN LYCÉE AGRICOLE DOSSIER PAGE 11

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1 Dour ha Stêrioù Breizh PORCHERIE VERTE Automne 2005 N LE MAÏS ET LA SÉCHERESSE LES PESTICIDES EN LYCÉE AGRICOLE DOSSIER PAGE 11 Faut-il boire l eau du robinet?

2 Dour ha Stêrioù Breizh DOSSIER PAGE 11 Automne 2005 N PORCHERIE VERTE LE MAÏS ET LA SÉCHERESSE LES PESTICIDES EN LYCÉE AGRICOLE SOMMAIRE Eau et Rivières de Bretagne Association loi 1901 à but non lucratif, libre de toute appartenance politique depuis L efficacité et l indépendance d Eau et Rivières sont reconnues de tous. En adhérant vous permettez à l association de poursuivre son action en totale liberté. Objectifs - Promouvoir le respect et la sympathie à l égard de l eau. - Lutter contre les pollutions. - Contribuer à une gestion durable de l eau et des milieux aquatiques. - Défendre les consommateurs d eau. - Élever la conscience écologique. Moyens d action - Informer, sensibiliser. - Éduquer et former. - Être partenaire. - Manifester. - Poursuivre en justice. Faut-il boire l eau du robinet? Jeannette (S. Cariou) Délégation régionale Venelle de la Caserne Guingamp Tél./fax Centre Régional d Initiation à la Rivière Belle-Isle-en-Terre Tél Fax Côtes-d Armor 25, rue Olivier Perrin Rostrenen Tél./fax Bulletin d adhésion À retourner, accompagné de votre règlement, à Eau et Rivières de Bretagne, venelle de la caserne, Guingamp Nom Prénom Adresse Cp Commune Tél Profession ou compétence : Renouvellement Oui Non Simple adhésion Plein tarif 15 (98,40 F) Tarif réduit* 8 (52,20 F) Adhésion/abonnement à la revue Plein tarif 30 (196,80 F) Tarif réduit* 25 (164 F) Abonnement seul Tarif unique 20 (131,20 F) * Chômeurs, étudiants, conjoints et 25 ans. Associations, nous contacter. 2- Eau & Rivières Automne 2005 n 133 Finistère nord 1, rue Gabriel Fauré Brest Tél./fax Finistère sud 13, rue Louis de Montcalm Quimper Tél Fax Don Ille-et-Vilaine Maison de la Consommation et de l Environnement 48, boulevard Magenta Rennes Tél Fax Loire-Atlantique Miguel Garcia Tél Organe de l association Eau et Rivières de Bretagne Directeur de la publication : Denis de La Broise Eau et Rivières 1, rue Gabriel Fauré, Brest Comité de rédaction : Marcel Benot, Ronan Caignec, Bernard Dugornay, Michel Merceron, Sophie Legendre, Catherine Maillard, Françoise Quéré. Rédacteurs : Marcel Benot, Gérard Borvon, Guy Bourdon, Ronan Caignec, Arnaud Clugery, Bruno Coquin, Denis de La Broise, Miguel Garcia, Henri Girard, Gilles Huet, Guénaelle Lanez, Joel Le Bourdelles, Maryvonne Le Coustumer, Estelle Le Guern, Sophie Legendre, Michel Merceron, Cindy Pavis, Laurent Piquet, Jean-François Piquot, Michel Riou. Morbihan 9, rue Pierre Philippe Lorient Tél Fax Correcteur : J.M. Basnier. Copyright Eau et Rivières de Bretagne Dépôt légal à parution N CPPAP ISSN Fabrication : Photothèque : Arnaud Clugery Mise en page : Annick Bliss Photogravure : Contraste Impression : Cloître Imprimeurs Reproduction autorisée après accord écrit du comité de rédaction La gestion des abonnements/adhésions de l association est réalisée sur fichier informatisé. Conformément à la loi n du 6 janvier 1978 relative à l information et aux libertés, vous disposez d un droit d accès et de rectification sur les informations vous concernant. Ce droit peut s exercer exclusivement sur demande écrite auprès du secrétariat de la revue. + d informations sur notre site : eau-et-rivieres.asso.fr Sommaire Page 3 Éditorial Page : Biodiversité moins 25 %? Page 5 Le maërl : un milieu à sauvegarder Page 6, 7 Porcherie verte? Page 8 Le charabia des noms latins Page 9 Invasion sur les vasières Page 10 Le maïs et la sécheresse Page 11/18 Faut-il boire l eau du robinet? Page 19 Les pesticides en lycée agricole Page 20 Les oubliés des lois sur l eau Page 21 Le dernier meunier de Meil Wen Page 22/25 Brèves Région et départements Page 26 Écho des marais Page 27 À lire Page 28 Site Web

3 ÉDITORIAL De Binic à Bruxelles Treize ans après la plainte de notre association, quatre ans après une première condamnation, la France se fait à nouveau tancer par l Europe : quinze rivières de Bretagne sont toujours surnitratées. Ceci sans compter celles qui ont été laissées à leur triste sort mais dans lesquelles le pompage d eaux alimentaires a été stoppé! Merci à tous les hauts fonctionnaires qui se sont assis sur la législation européenne durant trois décennies. Merci aussi au lobby de l agriculture productiviste pour avoir fait de la région un contre-exemple européen en matière d environnement. Merci enfin aux élus locaux qui ont laissé croire aux consommateurs que l interconnexion des réseaux ou la dénitratation allaient régler le problème. Ce nouvel «avis motivé» contraint la France à respecter sous deux mois une directive qu elle ignore depuis trente ans. Personne, et surtout pas Eau et Rivières, ne peut être surpris de cet ultimatum. Que de temps perdu depuis trente ans! Là où il aurait fallu diversifier les modes de production agricole et encourager ceux qui respectent l environnement, la Bretagne a tout misé sur un modèle unique : résultat, la première région agricole de France n est ainsi en 2004 qu à la 10 e place régionale des surfaces de production biologiques Là où il faudrait une volonté professionnelle et politique forte pour réorienter cette agriculture bas de gamme, tout est fait au contraire pour pousser le plus loin possible et faire durer encore plus longtemps le modèle productiviste. Là où il faudrait un État ferme sur l application de la législation environnementale, l Administration se complaît dans des discussions à rallonge et des reports de délais Et comble du paradoxe, ce sont les pollués, consommateurs et contribuables nitratés, qui devraient payer l amende et l astreinte journalière qui risquent de s abattre sur la France. Si au moins cette affaire pouvait ouvrir les yeux et réveiller les consciences, notre plainte ne serait pas inutile. On peut en douter : profitant de la torpeur de l été, le ministère de l Écologie (c est ainsi qu il s appelle ) a signé deux mesures qui affaiblissent considérablement la protection de l eau : l abaissement de 35 à 10 m des cours d eau de la distance d épandage des lisiers, et le relèvement de à animaux du seuil d autorisation pour les élevages de volailles. Et comme un malheur ne vient jamais seul, à la défaillance de l État s est ajouté le silence des élus locaux responsables de la production d eau potable et des programmes de lutte contre la pollution. Pas un n a eu le courage de dénoncer ces reculs. Alors, de Binic à Ploermel et d Antrain à Plouénan, sans doute faudra-t-il de nouveaux rappels à l ordre de l Europe, pour que nos eaux soient mieux protégées. Merci Bruxelles. Gilles Huet, délégué régional Eau & Rivières Automne 2005 n 133-3

4 2015 : Biodiversité moins 25 %? Dans notre dossier spécial DCE, nous nous interrogions sur la notion de «bon état» des eaux telle qu elle sera retenue pour l application de la directive. Aujourd hui, les grandes lignes de la «doctrine» française apparaissent dans une circulaire. Elle fixe provisoirement le référentiel pour les eaux douces de surface. ACTU DCE Les valeurs du «bon état» Rappelons que pour être qualifiée en «bon état» au sens de la DCE, une masse d eau de surface doit être à la fois en bon état chimique et en bon état écologique. Dans le cas de non-respect du «bon état», il faut engager des plans de gestion pour y parvenir. L état chimique Des valeurs seuils (NQE) ont été définies pour une liste de quarante et une substances (métaux, éléments de la famille des hydrocarbures, pesticides). Si les valeurs moyennes mesurées dépassent le seuil pour une des substances, on ne sera pas en «bon état». Pour l atrazine et l isoproturon «habituées» des eaux bretonnes, les seuils sont respectivement de 0,6 et 0,3 µg/l. Actuellement, pour les pesticides dans les eaux des rivières et plans d eau, il existe uniquement une norme au-delà de laquelle l eau n est pas potabilisable ; elle est de 1 ug/l pour chaque molécule mesurée et de 5 ug/l pour l ensemble des molécules. Le suivi régulier de l ensemble des substances n est pas prévu, il ne portera que sur celles dépassant les NQE lors d un premier inventaire exhaustif. L état écologique Il est défini à la fois sur la base d éléments biologiques et physico-chimiques 1 - Les éléments biologiques. Une référence correspondant à un milieu peu ou non perturbé par les activités humaines a été définie pour les grands types de cours d eau. Le «bon état» a ensuite été qualifié comme un écart par rapport à cette référence. La tendance européenne actuelle est de considérer que la limite inférieure du bon état pourrait correspondre à «la perte de 25 % de biodiversité, sachant que ce sont les espèces les plus exigeantes qui ont disparu». 2 - Les éléments physico-chimiques. Ce sont des paramètres pouvant avoir une incidence sur la biologie, comme la température, l oxygénation de l eau, les nutriments (différentes formes de l azote et du phosphore), les polluants spécifiques synthétiques (on trouve dans cette catégorie les pesticides qui ne font pas partie de la liste des 41 substances). Des valeurs limites supérieures et inférieures du «bon état» ont été retenues pour chaque paramètre. On considère être en «bon état» sur un paramètre si 90 % des mesures sont entre les valeurs seuils. Ce n est pas la moyenne qui compte car on considère que des organismes aquatiques peuvent être affectés par une concentration maximale même peu fréquente. Pour les nitrates, la circulaire indique qu entre 10 et 50 mg/l, on parle de «bon état». La réflexion sur les nitrates est cependant élargie pour tenir compte des liens amont-aval. Ainsi, sur les bassins versants où l on rencontre des problèmes d eutrophisation ou de marées vertes, il sera possible de fixer des objectifs de réduction des flux de nitrates. L exigence devrait alors être plus forte que cette barre bien haute de 50 mg/l. Pour les polluants spécifiques synthétiques, le suivi des molécules pertinentes sera défini par bassin sur la base d un inventaire exceptionnel en Ainsi pour le glyphosate, par exemple, tout reste à jouer! Des applications immédiates Les valeurs de cette circulaire serviront jusqu en 2007 pour le choix des objectifs environnementaux de la révision du SDAGE et les programmes de mesures DCE. D ici à 2007 les objectifs et grilles de DCE Directive Cadre sur l Eau. Circulaire DCE 2005/12 du ministère de l Écologie et du Développement durable. NQE Norme de Qualité Environnementale. SDAGE Schéma Directeur d Aménagement et de Gestion des Eaux. SAGE Schéma d Aménagement et de Gestion des Eaux. ICPE Installation Classée pour la Protection de l Environnement. Pour le glyphosate, tout reste à jouer! qualité figurant dans les SDAGE et SAGE restent la référence pour la police de l eau et des ICPE. L objectif de non-détérioration est applicable immédiatement aux nouveaux projets. Des contrôles «amontaval» des rejets doivent être demandés aux pétitionnaires et exploitants sur la physico-chimie et la biologie. Ronan Caignec LES INVENTAIRES DE POISSONS, INVERTÉBRÉS ET DIATOMÉES SONT UTILISÉES POUR ESTIMER L ÉTAT BIOLOGIQUE. J.F. Hamon 4- Eau & Rivières Automne 2005 n 133

5 LITTORAL Le maërl : un milieu à sauvegarder La préservation de l environnement amène parfois à revoir certaines habitudes, pourtant anciennes. Il en est ainsi du maërl ou lithotamne, richesse marine trop lentement renouvelable, qui ne devrait plus être utilisé en amendement agricole. Un drôle d organisme C est une algue, elle est donc capable de photosynthèse. Elle est rose sombre et se construit un squelette calcaire à partir du CO 2 et du calcium contenus dans l eau de mer. Sa forme, une structure en branches ramifiées de quelques dizaines de millimètres, rappelle la forme de certains coraux (des animaux, eux). Là où le fond, les courants et la qualité de l eau lui sont favorables, on peut le trouver en bancs de quelques centimètres à plusieurs mètres d épaisseur, le long des côtes de Bretagne, d Angleterre, d Irlande ou d Écosse. Seule la fine couche supérieure, recevant la lumière, est vivante, et sa croissance est extrêmement lente: 0,2 à 2 mm par an. L accumulation de ces petites structures ménage sur ces zones une multitude de trous, supports, caches, pour la faune marine. CURIOSITÉ DE LA NATURE UNE ALGUE AVEC UN SQUELETTE. D. de La Broise Photosynthèse Fabrication de matière organique à partir du CO 2, de l eau, et de l énergie lumineuse, et libérant de l oxygène. ZNIEFF Zone Naturelle d Intérêt Écologique Faunistique et Floristique. Voir également : Magazine semestriel de Bretagne vivante, n 3. Une importance écologique majeure Il n est alors pas surprenant que les études scientifiques mettent en évidence dans ces zones à la fois une diversité biologique particulièrement élevée, et un rôle dans le développement de nombreuses espèces de coquillages (coquille Saint-Jacques, palourde rose, praire), et poissons (bar, turbot, daurade). Ces caractéristiques en font un milieu particulièrement sensible aux agressions physiques: dépôts de sédiments, retournements par les engins de pêche sur le fond De multiples applications D importance écologique majeure, ce maërl présente également des caractéristiques physiques et chimiques qui ont depuis longtemps intéressé l agriculture et l industrie. Source de carbonate de calcium, il permet la neutralisation des sols ou des eaux trop acides. Présentant une surface d échange très élevée, il peut servir de support bactérien en traitement biologique des eaux et des odeurs. Riche en calcium, magnésium et oligoéléments, il relève le ph des sols. Ces caractéristiques en font également un complément nutritionnel en alimentation animale et humaine, et l un des constituants des boues d enveloppement corporel en thalassothérapie. Ainsi, d une exploitation artisanale au XIX e siècle, est-on passé progressivement à une exploitation industrielle massive à l aide de dragues aspirantes, atteignant par exemple m 3 par an dans les années 1980 aux Glénan. À la surexploitation s est alors ajouté le rejet sur zone d une grande quantité de fines particules, amplifiant la dégradation du site. À la fin des années 1990, les concessions désormais accordées par la préfecture du Finistère étant épuisées, les extracteurs des Glénan ont souhaité exploiter de nouvelles zones, provoquant une levée de bouclier de Bretagne vivante, et des pêcheurs locaux. Depuis, appuyant leur lobbying sur la préservation de l emploi, et l utilisation du maërl en traitement de l eau potable, les industriels de la filière ont été autorisés à extraire de m 3 en 2000 à m 3 cette année, dans cette zone pourtant classée en ZNIEFF. Ce rythme d exploitation est-il compensé par le renouvellement naturel? On peut en douter fortement. Au moins pourrait-on, comme nos voisins anglais de l estuaire de la Fal, envisager d appuyer le chiffrage de volumes autorisés sur des études scientifiques. Rejet de fines particules Pourtant, les produits alternatifs en amendement des sols existent, et cette utilisation, courante en agriculture biologique en France ou en Angleterre, devrait disparaître. Les technologies alternatives en eau potable existent également, mais présentent un surcoût. Face à cela, les coûts environnementaux, mais aussi économiques, pour la filière pêche et le tourisme sont difficiles à chiffrer. En attendant, le bon sens suppose, dans une logique de développement durable, de cesser ou au minimum de réduire massivement les extractions. Denis de la Broise Eau & Rivières Automne 2005 n 133-5

6 Porcherie verte? RECHERCHE Porcherie verte est un programme national inter-organismes qui se donne pour objectif de concevoir et promouvoir des systèmes durables de production porcine. Mais aussi de contribuer à l identification de voies d évolution des systèmes de production porcine en s attachant plus spécifiquement à l évaluation et à la maîtrise de leurs effets sur l environnement. Pourquoi un programme de recherche? Dans un marché mondial de plus en plus compétitif, les producteurs de porcs français font face à des exigences croissantes en matière d environnement, mais aussi de bien-être de l animal, de sécurité sanitaire des aliments, de développement territorial Porcherie verte a pour ambition de réduire les zones d ignorance, sources de blocage, afin de rouvrir des marges de progrès et de dégager de nouveaux degrés de liberté. Il ne s agit pas d opposer des modèles entre eux, ni de proposer un modèle alternatif universel, mais de concevoir et de développer des systèmes de production adaptés à des contextes variés. Quels sont les thèmes abordés? Cinq axes thématiques, correspondant chacun à un groupe d actions de recherche, ont été retenus : Groupe «Méthode» : élaborer les outils d évaluation. Groupe «Contexte» : évaluer les contraintes et les opportunités. Groupe «Conduite d élevage» : étudier de nouvelles conduites d élevage. Groupe «Gestion des effluents» : tout en maîtrisant les risques de pollution, optimiser la gestion des effluents par les cultures végétales. Groupe «Systèmes de production» : intégrer les résultats des autres groupes afin de concevoir des modèles de production porcine adaptés à des contextes géographiques et agraires différenciés. Comment fonctionne ce programme? C est un Groupement d Intérêt Scientifique (GIS) qui rassemble l ensemble des acteurs de la filière porcine, soit dix-sept partenaires. Pour la première fois, les porteurs de projet s ouvraient à des organisations prônant l écologiquement viable, telle Eau et Rivières. Structurellement, il est composé du Comité stratégique (un représentant des dix-sept organismes partenaires, présidé par Jean Boiffin, directeur scientifique à l INRA), du Bureau d animation du programme (coordonnateur scientifique : Michel Bonneau, directeur de recherches à l INRA). De quels moyens est doté ce programme? Pour la période , le budget total s est élevé à 13 millions d euros. Environ quatre-vingt-dix chercheurs, soit quarante équivalents temps plein, toutes disciplines confondues, contribuent aux recherches soutenues par le programme. Débuté en 2001, le programme s achèvera cet automne par un colloque de restitution des travaux le 9 novembre à Angers. Au total, cinquante-deux actions de recherche auront été lancées. Un deuxième programme pourrait suivre pour explorer les domaines sur lesquels des études complémentaires semblent nécessaires (sciences humaines et économiques). Quelques résultats clés 1/ Effets des contraintes d environnement sur l installation et le développement des élevages de porcs au Danemark en Espagne et en France : les contraintes liées à l environnement sont un élément croissant de la compétitivité économique. Elles influencent et conditionnent le développement de la production porcine. 2/ Réduction des nuisances olfactives : il est possible de caractériser les atmosphères de porcherie et de quantifier les odeurs émises par des méthodes simples, objectives et rapides. 3/Influence de l alimentation sur le devenir des déjections porcines: la diminution de la teneur en protéines de l aliment entraîne une réduction notable de la volatilisation d ammoniac à partir des lisiers. 4/ Connaissance de la digestibilité du phosphore des matières premières et des aliments pour la couverture des besoins du porc charcutier et conséquences sur les rejets dans l environnement: les rejets de phosphore peuvent être réduits par une bonne adéquation des apports aux besoins des animaux. INRA Institut National de la Recherche Agronomique. 6- Eau & Rivières Automne 2005 n 133

7 RECHERCHE régions déjà très pourvues et malgré les effets connus de l intensification, l expansion de la production est relativement aisée dans le cadre réglementaire établi. Il y a dès lors lieu de s interroger sur la rationalité et l objectivité de l argumentaire de cette opposition. Des déterminants macro et micro économiques, sociologiques (rôle des élus ), psychologiques autant qu environnementaux entrent certainement en compte dans l acceptation sociale de cette activité. Ils n ont malheureusement pas été suffisamment examinés, de notre point de vue, par ce programme de recherche. LE PROGRAMME PORCHERIE VERTE DONT LES CONCLUSIONS SERONT DONNÉES LORS D UN COLLOQUE LE 9 NOVEMBRE À ANGERS, A CONSACRÉ UNE PARTIE DE SES TRAVAUX À L ÉLEVAGE DE PORCS SUR PAILLE. 5/ Mise au point de la conduite de litière en couche fine: ce type de conduite conduit à un abattement d environ 70 % de l azote excrété par les porcs en engraissement, dont environ un tiers sous forme d ammoniac. Quelles lignes Eau et Rivières a-t-elle tenues? Le lien au sol par opposition au hors-sol Un équilibre doit nécessairement être trouvé dans le système sol-plante-animal et dans ses interactions avec d autres compartiments que sont l air et l eau. Alors que la France comptait au milieu du XX e siècle cinq grandes zones de production (Bretagne, Midi-Pyrénées, Aquitaine, Rhône-Alpes, Pays de la Loire), la Bretagne n a cessé de renforcer sa prédominance. Elle concentre aujourd hui 56 % des effectifs porcins sur 6 % du territoire national. En 2000, la Bretagne apparaît comme la 3 e région européenne avec une densité de 4,8 porcs/ha contre 6,7 aux Pays-Bas et 5,3 en Belgique, suivie du Danemark avec 4,4 porcs/ha. Dès 1970, deux points d ancrage de la production bretonne peuvent être repérés: l un situé au nord du Finistère, l autre dans le bassin de Lamballe. Lesquels détiennent respectivement 25 et 29 % des effectifs bretons sur 11 et 14 % de la SAU de la région. Alors que la densité porcine moyenne de Bretagne en 2000 est de 4,8, celle de certains des cantons de ces deux bassins peut dépasser 15 porcs/ha. La seule production porcine sur l ensemble du canton est alors suffisante pour dépasser les capacités épuratrices du sol estimées à 12 porcs/ha (travaux de l ITP en 2003). Pour avoir pointé cette intensification, les résultats du programme confortent Eau et Rivières dans son rejet d un modèle de production basé sur le traitement industriel des lisiers. L acceptabilité sociale de la production porcine Paradoxalement, c est dans les régions où la production est peu présente que l opposition aux projets de développement est la plus exacerbée, alors que dans les Ce qu Eau et Rivières aura appris de cette participation, c est que l adoption de textes réglementaires très contraignants ne serait pas de nature à induire une désintensification de la production porcine ni à impulser une nouvelle dynamique spatiale. Tant que les freins et leurs mécanismes d évolution ne sont pas mieux appréhendés, notamment le rôle joué par les opérateurs amont et aval de l agriculture (banques!), il paraît peu vraisemblable que la prochaine décennie marque une nette modification de la géographie des grandes zones de production porcine. Guy Bourdon, représentant Eau et Rivières au GIS Extraits d interviews réalisées par l INRA et présentées au Comité stratégique (4 juillet 2005). J.Y. Griot, Réseau Agriculture durable : «Le système actuel de production de masse ne sera plus viable demain. Il est nécessaire de s intéresser à d autres systèmes et accepter que produire moins ne signifie pas forcément une diminution de l emploi.» Hélène Préveral Association Régionale Interprofessionnelle Porcine Région Centre : «Il est nécessaire de confronter les enjeux du programme à une réflexion sur l agriculture de demain. Attente forte sur les questions transversales concernant l exploitation porcine de demain : quel modèle, quelle légitimité, quelle acceptabilité sociale?» Jean-Yves Le Dantec DSV35 : «On attendait de l innovation et non des actions d amélioration de l existant [ ] Les thèmes importants pour l avenir ce sont les questions relatives aux rejets atmosphériques et la prise en compte du milieu humain (relation éleveurs-rurbains), [ ].» Bureau de la Fédération Nationale de la Coopération Bétail Viande (FNCBV) : «Les résultats de ce programme ne vont-ils pas donner des éléments aux ministères pour renforcer la réglementation, pour s opposer au développement productiviste de la production porcine, pour répondre favorablement aux opposants?» SAU Surface Agricole Utile. ITP Institut Technique du Porc. Eau & Rivières Automne 2005 n 133-7

8 Le charabia des noms latins ENVIRONNEMENT Filipendula ulmaria, Humulus lupulus, Allium ursinum Derrière ces noms abracadabrantesques se cachent reine-des-prés, houblon, ail des ours plantes de nos zones humides. À première vue, le langage des botanistes peut sembler incompréhensible. Au XIX e siècle, Alphonse Karr le soulignait ironiquement : «La botanique est l art d insulter les fleurs en latin et en grec». Le principe de la nomenclature binomiale fournit la seule carte d identité reconnue internationalement. De plus, comprendre les mots que l on utilise ne manque pas d intérêt ni de charme : d une part, cela permet de mieux les retenir, d autre part, on tombe souvent sur des anecdotes passionnantes. consoude, Symphytum officinalis, du grec sumphuo «pousser ensemble, réunir», a des propriétés cicatrisantes. L angélique, Angelica sylvestris, a longtemps été considérée comme une panacée, d où son nom issu du latin angelus «ange». Les rubiacées (gaillets, garance voyageuse, café) indiquent ainsi leurs propriétés tinctoriales : en latin, ruber signifie «rouge». Nomenclature binomiale Chaque espèce est désignée par un double nom (en latin), l un désignant le genre, l autre l espèce. Vernaculaire Nom d un animal ou d une plante dans la langue courante (le nom scientifique étant donné en latin). Centre Rivière L ANGÉLIQUE, UN CADEAU DES ANGES. Des plantes bien nommées Au départ, les botanistes ont formulé les noms latins à partir du vocabulaire latin, grec, celte, ou arabe. Ils sont surtout liés aux caractéristiques morphologiques et biologiques des plantes: taille, couleur, période de floraison, biotope Les primulacées, famille des primevères, du latin primula «petite première», sont en effet précoces dans la saison. La famille des renonculacées (bouton-d or, anémones) signe son attirance pour les milieux humides, rana signifiant grenouille. La salicaire, Lythrum salicaria, nous indique la couleur de ses fleurs, du grec luthron «sang mêlé de poussière», et la forme de ses feuilles, identiques à celles du saule, du latin salix «saule». D autres plantes ont été baptisées suite à des comparaisons avec le règne animal. C est le cas des géraniacées, famille des géraniums, du grec geranos «grue», par allusion à la forme de ses graines, ou du chanvre d eau, Lycopus europaeus, du grec lukos «loup» et podion «patte», en lien avec la forme de ses feuilles. L anatomie humaine est aussi source d inspiration: l ombilic, Umbilicus rupestris, annonce la silhouette de sa feuille en forme de nombril. Le cresson, Nasturtium officinale, a une odeur piquante qui fait froncer le nez, du latin nasus «nez» et torqueo «tordre»! D autres noms précisent les utilisations alimentaires, tinctoriales, médicinales ou la toxicité des espèces. La Derrière le nom, la légende Peu à peu, les ressources en noms se sont épuisées. Les botanistes ont alors eu recours à la mythologie, la géographie, voire même aux noms de leurs collègues, pour façonner de nouveaux noms. C est ainsi que le compagnon rouge, Silene dioica, tire son nom du dieu des sources et des fleuves, Silène. Gros mangeur et buveur, il était devenu d une corpulence extrême et ne se déplaçait que sur un âne. La forme renflée du calice évoque donc ce dieu ventripotent. Le port robuste de la berce, Heracleum sphondylium, lui a valu son nom, Heracleum, venant de Hercule. Son nom vernaculaire, issu du germanique Bär «ours», souligne également cette vigueur hirsute. Les menthes sont quant à elles liées à une sombre histoire d adultère : la légende raconte qu il y eut une nymphe, Mintha, qui fut aimée par Hadès, dieu des Enfers. Son épouse Perséphone changea la nymphe en plante dans un excès de jalousie Ces quelques lignes pour vous dire la richesse des noms latins. D apparence austère, ceux-ci regorgent de trésors de poésie, d imagination et d observation fine des plantes. L étymologie n est pas une chose simple, les interrogations nombreuses sont toujours d actualité: «De quoi y perdre son latin!» Cependant, reconnaître une belle inconnue et l appeler par ses nom et prénom est un véritable bonheur à déguster sans modération Cindy Pavis LE NOMBRIL DE VÉNUS, OMBILIC VÉGÉTAL. Centre Rivière Bibliographie Couplan F., Dictionnaire étymologique de botanique : comprendre facilement tous les noms scientifiques, Delachaux et Niestlé, Paris, 238 p. Adriaenssen, D., Le latin de mon jardin : guide futé de noms de plantes, Larousse, Paris, 240 p., 2 e édition (1 re édition en 2003). Deux sites Internet et LE BOUTON-D OR, FAMILLE DES RENONCULACÉES. Centre Rivière 8- Eau & Rivières Automne 2005 n 133

9 Invasion sur les vasières NATURE L automne. Les journées sont de moins en moins longues et de plus en plus sombres. Alors que les dernières hirondelles se rassemblent dans les roselières avant de nous quitter pour l Afrique, les vasières alentours se garnissent de silhouettes alertes et légères ; dans le ciel, une masse tantôt clair, tantôt sombre, ondule, virevolte, se pose et redécolle aussitôt. Les limicoles sont de retour. M. Riou LÀ OÙ POUSSE LA SALICORNE, LE LIMICOLE N EST PAS LOIN. Durant la mauvaise saison, les conditions climatiques extrêmes du Nord de l Europe privent de nourriture de nombreux oiseaux et incitent ceux-ci à entreprendre des migrations. La Bretagne et son doux climat deviennent alors une terre privilégiée pour y faire étape ou pour y séjourner jusqu aux beaux jours. À cette période, nos marais et estuaires semblent soudain revivre avec l arrivée en masse d oiseaux spécialisés. Bec effilé et pattes plus ou moins longues, les limicoles sont remarquablement adaptés aux zones humides et pour se nourrir, chaque espèce a sa technique : picorer une «puce de mer» en trottinant, sonder la vase et y extraire un ver, ouvrir un coquillage, piétiner la vase pour faire remonter une petite proie Ces oiseaux utilisent toute la palette du parfait pêcheur à pied. Et après l effort, le réconfort ; quand l eau a recouvert la vase, il est l heure de se rassembler et de faire une pause. Sur le littoral, le schorre devient alors un reposoir pour des milliers de ces petits échassiers. Sur une patte et le bec dans les plumes, ils attendent le prochain repas. pluvier argenté paraît moins pressé mais est néanmoins toujours sur le qui-vive. De leur côté, l élégante avocette balaye de son bec retroussé les eaux peu profondes tandis que le courlis cendré perfore la vase molle de son sabre recourbé. Enfin, le tricolore huîtrier-pie utilise astucieusement son bec pour briser, ouvrir, extraire et déguster une moule ou une coque. Les prairies humides et les cultures abritent aussi quelques limicoles : la zigzagante bécassine des marais dans les premières, les grégaires vanneaux huppés et le pluvier doré dans les seconds. Dans chacun de nos départements, ils s offrent à vos yeux : de la baie des cochons (Saint-Brieuc) à celle de Goulven, de la rade de Brest à la rivière de Pont-l Abbé, sans oublier les incontournables golfe du Morbihan et baie du Mont-Saint-Michel, le spectacle est gratuit! Bretagne, zone stratégique Les sédiments charriés par nos cours d eau et stockés dans nos estuaires, en dehors des problèmes que l on connaît, abritent des tonnes d organismes qui constituent un véritable garde-manger pour des centaines de milliers d oiseaux sédentaires, de passage et visiteurs d hiver. La situation géographique de la Bretagne et son climat offrent des conditions de premier ordre pour ces oiseaux adeptes des longs courriers. Nous avons pour cela en partie le sort de ces nombreuses populations de volatiles entre nos mains. Et il ne s agit pas là du patrimoine naturel local mais bien international! Enfin, tout ce spectacle rend encore plus beau notre littoral sous les vents et les pluies. C est l hiver. Au revoir estivants, bonjour limicoles! Michel Riou Limicoles (Du latin «limas» : boue, vase et «colere» : habiter). On appelle ainsi les oiseaux échassiers qui recherchent leur pitance dans les sédiments mous. Puce de mer Appelée aussi crevette de sable, c est un minuscule crustacé que l on voit sautiller autour des végétaux morts (algues). Schorre C est la partie haute de la vasière fixée par la végétation (salicorne, obione ) et qui est recouverte seulement par les pleines mers de vives eaux. De passage Ce sont les oiseaux qui font simplement une halte migratoire (généralement à l automne et au printemps). La Bretagne n est pour eux qu une étape, mais salutaire. Visiteurs d hiver Ce sont les oiseaux qui passent la mauvaise saison sur notre territoire. Ils sont remplacés ensuite par les visiteurs d été (hirondelle, coucou ) qui eux, passent la belle saison chez nous. Richesse de notre littoral De nombreuses espèces peuvent être observées dans nos estuaires, marais littoraux et intérieurs. Les bécasseaux sont souvent les plus nombreux. De petite taille, ils alternent sans arrêt les vols en groupe et les courses nerveuses sur le sédiment ; ils sont souvent accompagnés par les gravelots, guère plus grands. D allure plus élancée et rarement en grand nombre, les chevaliers et les barges semblent sans arrêt mesurer la profondeur de la vase à l aide de leur long bec. Plus trapu et souvent isolé, le À MARÉE BASSE, LA VASIÈRE OUVRE SON GARDE-MANGER. M. Riou Eau & Rivières Automne 2005 n 133-9

10 Le maïs et la sécheresse ENVIRONNEMENT À l occasion de la sécheresse qui a régné ces derniers mois, en particulier dans le sud-ouest et l ouest du territoire national, une politique de désinformation s est remise en place. - la culture du maïs a incité au développement du drainage enterré (plus de ha) pour permettre l accès d engins lourds, dans les parcelles, à la mise en place de la culture et à la récolte en octobre ; - on observe aussi la poursuite de la suppression systématique des boisements linéaires, en vue de l obtention à 100 % de la surface cadastrale de la subvention PAC, y compris pour le maïs ensilage pris en compte comme une céréale. SAU Surface Agricole Utilisée. PAC Politique Agricole Communautaire. G. Lanez EN BRETAGNE, PRÈS D UN QUART DES SURFACES AGRICOLES UTILISÉES SONT OCCUPÉES PAR LE MAÏS. Qui n a pas entendu ou lu des propos du genre : «Le blé et les prairies consomment plus d eau que le maïs», «Il faut développer la création de réserves collinaires au niveau des exploitations agricoles pour être en mesure de compenser le déficit hydrique sur les parcelles cultivées en maïs par l irrigation». On omet de préciser que la culture du maïs est concentrée sur les cinq mois les plus déficitaires en pluviosité de l année (mai à septembre). Le tableau ci-joint présente mois par mois le bilan prévisionnel en eau du maïs dans une commune d Ille-et-Vilaine, en prenant en compte tous les facteurs: sol, eau, plante. On constate que l évapotranspiration réelle peut dépasser l équivalent de 1000 m 3 d eau à l hectare durant les cinq mois considérés. La course aux plans d eau D autre part, en préconisant la création de plans d eau, on ne prend pas en compte le phénomène d évaporation directe à partir de ces surfaces d eau libre et du réchauffement pernicieux du milieu aquatique. Il est bon de rappeler qu un déficit d étiage minimal doit légalement être maintenu sur tous les cours d eau. En Bretagne, près de 25 % de la SAU sont occupés chaque année par le maïs (maïs grain et maïs ensilage). Le développement de cette culture a nécessité des investissements important tels que ceux portant sur : - un équipement spécialisé: plus de 1500 ensileuses, plus de tonnes à lisier ; le renforcement de la puissance des tracteurs (il y a à l heure actuelle en Bretagne plus de tracteurs de plus de 80 ch de puissance) ; Ben alors, comment faire? Il serait préférable de réagir, dans le but de maintenir une ressource en eau de qualité et en quantité, y compris dans les périodes où les débits d étiage des rivières sont particulièrement faibles en Bretagne. Il faudrait, entre autres choses, éviter les surcharges en sédiments dus à l érosion des sols à la suite de labours profonds ou après la récolte du maïs en automne. Il serait aussi souhaitable de poursuivre la diversification des options culturales et cela en fonction des différentes conditions de sol et de climat (céréales, lupin, colza, protéo-oléagineux et m 3 d eau à l hectare bien sûr prairies), car n oublions pas que le maïs absorbe à lui seul une grande partie des pesticides utilisés en agriculture et qui font les beaux jours de nos cours d eau. Il faut enfin maintenir et reconstituer un paysage fonctionnel avec des méandres dans les ruisseaux, des talus en contre-pente, des zones humides et leur rôle épuratoire et de stockage. On oublie trop souvent que 60 ou 70 % de l eau des cours d eau proviennent des déplacements souterrains. Joël Le Bourdellés Bilan de la consommation en eau du maïs en année moyenne (site de Plélan-le-Grand, Ille-et-Vilaine) Mois Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Total Moyenne des pluies sur 40 ans (en mm) Pluies efficaces ou stock initial (en mm) 50* Évapotranspiration du maïs (en mm) Bilan eau (en mm) * Eau stockée facilement utilisable par les plantes, à la fin du mois d avril. On constate que dès le début de l été, le bilan en eau sera négatif, c est durant cette période d été, période de croissance maximale du maïs, qu il faudra apporter un complément d eau par irrigation. Comparativement, en prairie, la production sera maximale au printemps, quand l eau est disponible, et ralentie en été. L irrigation n est donc pas nécessaire dans ce cas Eau & Rivières Automne 2005 n 133

11 DOSSIER L EAU DU ROBINET Faut-il boire l eau du robinet? Eau potable ou non? Telle était la question que se posait le numéro spécial de la revue d Eau et Rivières au premier trimestre 1982, il y a presque un quart de siècle. Deux directives européennes et une loi la loi sur l eau (bientôt deux) plus tard, la question n a perdu ni de son actualité ni de sa pertinence. Si 73 % des Français pensent que l eau du robinet est de bonne qualité, seulement 15 % des Bretons partagent cette opinion (40 % la trouvent médiocre et 45 % la trouvent moyenne - voir sondage paru dans le n 131 de notre revue). Pourquoi 60 % des Bretons ne boivent plus l eau du robinet? Plusieurs hypothèses : Origine et circuit méconnus Le manque de confiance des particuliers vient peut-être d un manque de connaissance sur l eau, son origine, son cycle. Quel pourcentage de la population est capable de dire d où vient son eau? Par quelles étapes elle est passée pour finir au robinet? (cf. rubrique Eau potable des derniers numéros de la revue mais également la rubrique Eau potable du site Internet). Les avantages de cette diversité sont de pouvoir répondre aux pics de la demande et de diluer les eaux trop nitratées avec des eaux de meilleure qualité (et ainsi distribuer une eau conforme à la réglementation). Une histoire de goût Très souvent, le goût (dit javellisée) est aussi une raison pour ne plus boire l eau du robinet. Le chlore, utilisé pour détruire les germes, virus et bactéries pathogènes, combiné avec la présence de matières organiques est responsable de l apparition du goût et de l odeur d eau de Javel. C est pourquoi, un tiers des ménages consommant de l eau en bouteille le font pour des raisons de goût (sondage paru dans la presse en 1998). Que doit-on penser dès lors de l application du plan Vigipirate qui impose à tous les distributeurs de surdoser les apports de chlore depuis près de quatre ans La qualité des eaux brutes n est guère encourageante Après avoir subi les marées noires, les Bretons ont découvert grâce à l action des associations et Eau et Rivières en tête, le problème des nitrates puis celui des pesticides, mais aussi les marées vertes (et les algues dont il faut se débarrasser à grands frais), puis aujourd hui les marées bleues (dues à des algues minuscules : les cyanobactéries, responsables des interdictions de baignades). Médiatisées, ces pollutions réelles, fréquentes, et répétitives ne plaident pas pour un regain de confiance, et l image de l eau dans sa globalité, et de l image «marketing», l eau du robinet en particulier, ne s en trouvent guère améliorées, loin de là La force marketing des eaux en bouteilles L eau est devenue un produit de consommation au même titre que les sodas ou les boissons alcoolisées. On ne boit pas forcément parce qu on a soif, mais aussi parce que notre eau est source de jeunesse ou un formidable partenaire minceur. Que reste-t-il alors à l impopulaire eau du robinet face au battage publicitaire permanent? A. Clugery Eau & Rivières Automne 2005 n

12 DOSSIER L EAU DU ROBINET De la source au robinet Chaque année en France, 6 milliards de m 3 d eau potable sont produits par les unités de traitement existantes. Avec km de canalisation (600 km pour la seule ville de Rennes), le réseau de distribution d eau peut aujourd hui alimenter la quasi-totalité de la population française. Eaux météorite et pluviale : source de l eau alimentaire La source de toute eau est l eau de pluie. Or «nous avons la pluie que notre société fabrique, et sa qualité n est pas bonne» selon la formule de Gérard Miquel dans son rapport au Sénat sur l eau et l assainissement en France. La pluie transporte de plus en plus de polluants, si bien qu il arrive que l eau de pluie ne soit ni potable, ni potabilisable au regard des normes européennes du fait de leur teneur en pesticides. Ceux-ci, présents dans l atmosphère, sont entraînés dans l eau de pluie. Les concentrations de certains pesticides peuvent atteindre dix, vingt fois les normes tolérées pour l eau potable. Bien que l ouest de la Bretagne soit plus arrosé que l est, une moyenne de l d eau (1 m 3 ) tombe par m 2 chaque année sur le sol breton. Mais ces chiffres sont trompeurs ; seulement 23 % de l eau s infiltre, 16 % ruisselle vers les cours d eau, tandis que 61 % de toute cette eau s évapore. En ruisselant, l eau se charge encore d autres polluants. En ville, sur des surfaces imperméables, elle transporte les nombreux polluants liés au trafic automobile et à l activité industrielle (métaux lourds, notamment plomb et zinc). Sur les champs, les pluies provoquent le phénomène dit «de lessivage des sols». L eau «nettoie» la terre et se gorge de nitrates, phosphore et pesticides Origine de l eau potabilisée Cette charge de polluants par le ruissellement est d autant plus inquiétante que 84 % de l eau bretonne destinée à la consommation humaine est prélevée dans les eaux de surface, contre seulement 16 % dans les nappes souterraines mieux protégées des pollutions. La qualité des eaux brutes La mauvaise qualité des eaux brutes bretonnes est malheureusement de réputation nationale et dans l œil du cyclone bruxellois. En effet, celles-ci sont chargées de nitrates, de phosphore, de pesticides, de matières organiques, de métaux lourd, de résidus médicamenteux En 2004 jusqu à vingt molécules de pesticides ont été détectées dans un même échantillon. Dans un autre, 12,6 µg/l de pesticides ont été retrouvés soit vingt-quatre fois plus que la norme autorisée. En ce qui concerne les nitrates, 11,7 % des prises d eau ont compté au moins un dépassement de la norme (50 mg/l) en % des prises d eau superficielle connaissent un dépassement du seuil de matières organiques et 90 % des 90 prises Chaque année, des captages sont abandonnés observées sont au-dessus de la valeur guide phosphore (0,4 µg/l). Chaque année, des captages sont abandonnés pour des raisons de non-conformité de l eau aux normes. L exemple de Rennes : plusieurs sources d approvisionnement pour un même lieu de distribution Cinq ressources sont exploitées pour alimenter la ville de Rennes en eau potable : 1 - Drains installés dans la région de Fougères. 2 - Captage sur le Couesnon à Mézières-sur-Couesnon. 3 - Barrage de Rophémel sur la Rance. 4 - Captage sur le Meu à Mordelles. 5 - Barrage de la Chèze-Canut. L eau est claire, sa gestion l est-elle? Les municipalités ont en charge la distribution de l eau et ont le choix entre deux types de gestion : Régie : elles assurent elles-mêmes le traitement et la distribution de l eau, avec leur propre personnel. Il existe encore régies en France (souvent des petites communes), mais ce nombre diminue chaque année. Pourtant, la DGCCRF a montré que le prix de l eau était moins élevé lorsque sa gestion se faisait en régie. Délégation : les municipalités délèguent ce service à un opérateur privé. Pourquoi déléguer la gestion de l eau? Aujourd hui, les ressources en eau sont de plus en plus éloignées des lieux d habitation et les normes de plus en Météorite Eau de pluie. Pluviale Eau de pluie qui est entrée en contact avec le sol. DGCCRF Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence et de la Répression des Fraudes Eau & Rivières Automne 2005 n 133

13 DOSSIER L EAU DU ROBINET plus sévères. L exigence d assainissement oblige à mettre en place des technologies complexes. Les collectivités ne sont souvent pas assez armées sur le plan technique. De plus, les aménagements de nouveaux équipements ou le renouvellement des anciens sont souvent très lourds à gérer financièrement. En déléguant le service de l eau, les collectivités font plus facilement face à leurs obligations, en restant dans les deux cas seules maîtresses des tarifs appliqués. Logique publique contre logique de marché Puisque l eau est patrimoine commun de la nation (art. 1 er de la loi sur l eau de 1992), il serait logique que ce bien public soit géré par un service public. Une entreprise privée se doit de faire des bénéfices. Il n est donc pas étonnant que le prix de l eau «privée» soit 14 % plus élevé que lorsque la gestion se fait en régie (enquête DGCCRF de 1998). Mais il est malheureusement vrai que la dégradation de la qualité des eaux brutes permet aux compagnies privées de mettre en avant leur savoir-faire technologique (sachant que cette technologie augmente le coût de potabilisation). Une gestion rationnelle par l État devrait inciter à améliorer la qualité des eaux en amont, pour minimiser les coûts de traitement en aval, là où actuellement, il a tendance à ignorer le problème. Les traitements de potabilisation Pour fabriquer de l eau potable (puisqu elle ne l est plus naturellement), il faut la débarrasser de tous les éléments indésirables d origine bactériologique (bactéries, virus, parasites et autres agents pathogènes) et de tous les éléments chimiques indésirables ou toxiques tels que les nitrates, les pesticides, le plomb, les métaux lourds, les substances radioactives, etc. À quoi sert l eau potable? L eau du robinet est traitée afin de satisfaire les exigences d une eau alimentaire. Pourtant sur les 120 à 150 l d eau du robinet que consomme chaque jour un Français, seulement 7% sont destinés à l alimentation. Répartition de l'eau consommée à des fins domestiques Domestiques divers 6 % Lavage voiture, jardin 6 % Bains et douches 39 % Source : C.I.Eau. Boisson 1 % Nourriture 6 % Vaisselle et linge 22 % Sanitaires 20 % certains micropolluants. Il améliore également la saveur, l odeur et la limpidité de l eau. Des procédés d ozonation, de filtration sur charbons actifs ou sur membrane sont réalisés. 3/La désinfection Cette étape, qui a pour but de neutraliser tous les virus et bactéries pathogènes, s effectue par adjonction d agents chlorés, par l ozone ou par l utilisation d ultraviolets. Le traitement de l eau se fait en plusieurs étapes : 1/ La clarification Elle permet d obtenir une eau limpide par élimination des matières en suspension en combinant les procédés: - de coagulation-floculation (l eau reçoit un réactif destiné à provoquer l agglomération des particules en suspension en gros flocons de boue) ; - de décantation (qui consiste à provoquer le dépôt de particules plus lourdes que l eau) ou de flottation (qui consiste à faire remonter les particules en suspension à la surface en utilisant de l air sous pression) ; - de filtration (l eau passe à travers du sable). 2/ L affinage Il a pour effet l oxydation et la biodégradation des matières organiques et l élimination ou l absorption de LES POMPES À CHLORE PERMETTENT UN DOSAGE PRÉCIS, PARFOIS MÊME UN SURDOSAGE PRÉCIS! A. Clugery Eau & Rivières Automne 2005 n

14 DOSSIER L EAU DU ROBINET 4/ Le traitement final Afin d empêcher la prolifération des micro-organismes dans les canalisations et les tuyauteries, une quantité de chlore est ajoutée afin de détruire les dernières bactéries et préserver la qualité de l eau tout au long de son parcours dans les canalisations. Suivant la qualité des eaux brutes, des traitements spécifiques sont réalisés pour éliminer les métaux lourds, l ammoniaque, les nitrates (par procédé physico-chimique ou par procédé biologique), les pesticides (par charbon actif ou par nanofiltration - procédé fort onéreux utilisé par les agglomérations comme Rennes aujourd hui et Brest peut-être demain) et les micropolluants organiques. Mais ces indispensables traitements peuvent également avoir des effets négatifs sur la santé publique. La chloration de l eau forme les trihalométhanes (voir encadré). Les trihalométhanes Les THM (trihalométhanes) sont des sous-produits formés lors du traitement de chloration des eaux. Quatre molécules forment les THM : chloroforme, bromoforme, dibromochlorométhane et bromodichlorométhane. Des spécialistes ont montré que les THM semblaient augmenter le risque de cardiopathie congénitale chez l animal. Le chlore ne peut pourtant pas être supprimé du traitement. Il est nécessaire dans le traitement des eaux brutes riches en matières en suspension et en matières organiques. En 2002, seulement deux prélèvements sur 249 effectués en Bretagne, ont montré une teneur supérieur à 150 µg/l (norme actuelle) et neuf au-dessus de la norme prévue en 2008 (100 µg/l). - la reconnaissance de limites des indicateurs de contamination fécale, - la découverte de nouveaux agents pathogènes difficiles à repérer et insensibles aux traitements de désinfection classique. Or, la recherche de ces paramètres bactériologiques crée souvent un malentendu. La réglementation impose la recherche d indicateurs de contamination fécale à partir de bactéries cultivables et faciles à observer mais n impose pas une analyse La qualité bactériologique des aliments est la priorité exhaustive des millions de micro-organismes présents dans l eau. De telle sorte que l eau distribuée sera toujours une eau chargée de micro-organismes évalués à 1 à 10 millions par litre d eau! Même si une infime fraction est pathogène, il en reste suffisamment pour entraîner des complications intestinales sous forme de diarrhées ou de gastro-entérites». Les nitrates En matière de nitrates, la France comme le reste de l Europe, suivant une recommandation de l OMS, doit respecter une valeur guide (25 mg/l) et une valeur limite (50 mg/l) pour l eau potabilisée. Et ce parce que des travaux ont montré les risques des excès de nitrates pour le nourrisson (maladie bleue) et la femme enceinte. De récentes recherches lui attribuent une possible causalité dans les cancers de l intestin, du fait de la transformation des nitrates en nitrites. OMS Organisation Mondiale de la Santé. Les analyses et contrôles En plus des analyses effectuées par les distributeurs d eau, les DDASS effectuent nombre de contrôles pour s assurer du respect des normes en regard de la potabilité de l eau. La microbiologie Le contrôle de la qualité bactériologique des aliments est la priorité des priorités en matière de santé publique, on notera tout de même dans le Rapport parlementaire Miquel 2002/03 que : «Jusqu à ces dix dernières années, le premier critère de qualité de l eau distribuée était de garantir l absence de contamination bactérienne d origine fécale. Les paramètres indicateurs de contamination fécale étaient simples à identifier et les bactéries étaient simples à éliminer par désinfection/chloration. Une évolution profonde est en cours depuis dix ans, et ce dans deux domaines : BEAUCOUP D'USINES DE TRAITEMENT D'EAU DE SURFACE DISPOSENT D'UN LABORATOIRE D'ANALYSE SUR SITE. A. Clugery 14 - Eau & Rivières Automne 2005 n 133

15 DOSSIER L EAU DU ROBINET Plus je consomme, plus je paie? Selon que vous soyez petit ou gros consommateur domestique, que vous soyez dans une commune dispendieuse ou économe en eau, vous ne paierez pas le même prix. Dans certaines communes, plus vous consommez, plus le tarif est dégressif (dit autrement, plus vous consommez moins le m 3 vous coûte cher). À l inverse, le prix du m 3 croît en fonction de votre consommation. Les pesticides La teneur maximale de 0,1 µg/l par pesticide et de 0,5 µg/l pour toutes les substances présentes étant souvent dépassée, deux tiers des usines de potabilisation bretonnes sont équipés de moyens de traitement pour les éliminer (filtre au charbon actif en poudre ou en grains, voire nanofiltration pour les usines desservant de grandes populations). Chaque année, plus de analyses de pesticides sont réalisées en Bretagne. Consommation domestique Elle représente entre 10 à 12 % de la consommation totale d eau potable, sachant qu un Français consomme 130 à 150 l/j et un Européen de 100 à 200 l/j. L Américain en consomme deux à trois fois plus, soit 300 à 600 l/j alors que certains Asiatiques et Africains moins de 30 l/j. Fréquence des contrôles : pas tous égaux Selon que vous soyez citadin(e) ou campagnard(e), la fréquence et la qualité de surveillance de votre eau faite par l État seront plus ou moins draconiennes. Partant de l idée qu il est moins grave de contaminer un hameau de trois feux qu une agglomération de habitants, la fréquence et le nombre des analyses fluctuent suivant le nombre de foyers raccordés au réseau. De deux à quatre analyses annuelles seront faites dans une commune de moins de 500 habitants contre 500 pour une ville de habitants. L eau est transparente, son prix l est-il? Quel que soit le mode de gestion choisi, les collectivités doivent gérer les dépenses et les recettes dans le respect du principe de «l eau paie l eau». Le prix de l eau potable fournie au robinet comprend les frais de potabilisation de l eau ainsi que le traitement des eaux usées, ainsi qu une redevance «pollution» versée à l Agence de l Eau. Selon le rapport Voynet, ces frais de dépollution représentent un coût de 100 euros par ménage et par an. La facture comprend l abonnement ou part fixe comprenant les frais de Respect du principe, l eau paye l eau location de compteur (étant non proportionnelle au litre d eau facturé, elle désavantage de fait les grands économiseurs d eau payant beaucoup plus cher que les gaspilleurs), la part variable c est-à-dire la consommation, les taxes Parmi ces taxes, les redevances de prélèvement, de lutte contre les pollutions (reversées aux Agences de l Eau), et le cas échéant celles sur les voies navigables de France (pour les communes prélevant ou rejetant leur eau dans une voie navigable). À toutes ces redevances s ajoute naturellement la TVA au taux de 5,5 %. En 2001, alors que la moyenne française était de 2,80 euros le m 3, les consommateurs morbihannais payaient en moyenne 3,80 euros (source IFEN 2004). Le business de l eau Robinet Le secteur de l eau réalise un chiffre d affaire de 15 milliards d euros (source Engref). Si ce chiffre ne vous parle pas, vous pouvez le comparer aux 23 milliards d euros de chiffre d affaires d EDF. Les 3 grands distributeurs sont : - Véolia (ex vivendi) ; - Suez (ex Lyonnaise des eaux) ; - Bouygues (SAUR) ; Bouteille La France possède 800 sources d eau minérale et 60 marques se partagent le marché. Un français en consomme 110 l/an ce qui représente un marché de 5,1 milliards de litre (1,5 milliard d euros de chiffre d affaires), Nestlé et Danone se partagent 50 % des parts de marché. À noter : L eau en bouteille coûte 100 à fois plus cher que d eau du robinet. IFEN Institut Français de l Environnement. Eau & Rivières Automne 2005 n

16 DOSSIER L EAU DU ROBINET Normes et réglementation pour une eau de qualité La première disposition légale concernant l eau en 1790, a attribué aux communes la responsabilité de la distribution de l eau sur leur territoire. Depuis, bon nombre de mesures ont été prises, et la réglementation actuelle est la suivante. Le rôle de l État Les deux services de la distribution et de l assainissement dépendent des communes et sont placés sous le contrôle de l État, par l intermédiaire de plusieurs ministères : - le ministère chargé de la Santé assure le contrôle de la qualité des eaux potables. Il établit aussi le modèle de «règlement sanitaire» qui, dans chaque département, fixe les principes techniques à respecter en matière d eau et d assainissement ; - le ministère de l Intérieur veille à la légalité des décisions communales ; - le ministère de l Environnement contrôle les déversements dans le milieu naturel, - les ministères de l Équipement et de l Agriculture assurent un contrôle technique, respectivement dans les communes urbaines et rurales. Réglementation des eaux brutes destinées à la potabilisation Les prélèvements dans le milieu naturel entrepris par une collectivité publique dans un but d intérêt général nécessitent l avis du Conseil Départemental d Hygiène suivi d une autorisation préfectorale. Les eaux prélevées doivent être conformes à des normes de qualité spécifiques. Le décret du 20 décembre 2001, relatif aux eaux destinées à la consommation humaine, impose des valeurs de qualité minimales aux eaux superficielles utilisées pour la production d eau potable. Il faut respecter des paramètres : - organoleptiques (couleur, odeur, saveur) ; - physico-chimiques (dureté, acidité, taux en oxygène ); - concernant les substances indésirables (nitrates, ammoniaque, azote, hydrocarbures dissous, cuivre, zinc, phosphore ) ; leur présence est tolérée tant qu elle se situe en dessous d un seuil minimal ; - concernant les substances toxiques (arsenic, cadmium, cyanure, plomb, chrome, mercure, sélénium, hydrocarbures ) ; - microbiologiques (bactéries) ; - concernant les pesticides. Selon les caractéristiques des substances analysées, ces eaux sont classées en trois catégories qui déterminent le type de traitement obligatoire : - A1 : bonne qualité traitement physique simple et désinfection ; - A2: qualité moyenne traitement physique, chimique et désinfection ; - A3: qualité médiocre traitement physique, chimique poussé. Aujourd hui, près de 60 % des ressources superficielles subissent un traitement complexe (A3). Réglementation sur l eau du robinet L eau alimentaire doit pouvoir être consommée tous les jours, pendant toute une vie, sans aucun risque pour la santé. Le décret du 20 décembre 2001, transposant la directive européenne du 3 novembre 1998 sur la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose des normes plus sévères que précédemment, introduit de nouveaux paramètres et surtout modifie fondamentalement la définition de l eau destinée à la consommation humaine. Voici les principales évolutions : Le distributeur est tenu de surveiller en permanence la qualité des eaux par un examen régulier des installations, un programme de tests ou d analyses effectués sur des points déterminés en fonction des risques, la tenue d un fichier sanitaire recueillant l ensemble des informations recueillies. Aux usages alimentaires (boisson, cuisson et préparation des aliments) l eau doit pouvoir servir à tous les usages domestiques (douche par exemple). De ce fait, les nouvelles normes prennent en compte de nouveaux risques liés au contact avec l eau (telle la légionellose, les allergies cutanées, les risques cancérigènes liés à la chloration). Avant ce décret, l eau devait répondre aux normes lors de sa mise à disposition (c est-à-dire au sortir de l usine de potabilisation). Dorénavant, c est au robinet que la qualité de l eau pourra se vérifier en regard des nouvelles normes Eau & Rivières Automne 2005 n 133

17 DOSSIER L EAU DU ROBINET Sachant que parmi les paramètres physico-chimiques figurent le nickel, le cuivre et le plomb, on mesurera aisément les implications de ce décret puisque, jusqu à une date très récente, la plupart des tuyauteries des immeubles collectifs et individuels étaient en plomb. Pour augmenter le degré de protection sanitaire, de nouveaux paramètres liés aux sous-produits de désinfection (bromates, chlorites, trihalométhanes), ou résultant des interactions eau-matériau (chlorure de vinyle, acrylamide ) ont été pris en compte, et les limites de qualité de certains paramètres ont été renforcées; c est le cas, notamment, des bromates, des chlorites, THM, du plomb, de l arsenic et du nickel. La valeur limite pour le plomb passe progressivement de 50 µg/l à 10 µg/l (25 µg/l à partir du 25 décembre 2003 et 10 µg/l à partir du 25 décembre 2013). Qui est responsable? Le maire ou le président du syndicat est responsable de la distribution. Le distributeur doit s assurer en permanence de la qualité de l eau distribuée. Le propriétaire ou gestionnaire d immeuble doit mettre en place des dispositifs de protection contre les retours d eau. Il importe de bien comprendre que le distributeur d eau a une obligation de moyen c est-à-dire qu il doit s entourer de tous les moyens nécessaires à distribuer une eau conforme et une obligation de résultat. Et s il distribuait accidentellement une eau non conforme bien qu ayant pris tous les moyens nécessaires pour éviter ce type d accident, sa responsabilité serait néanmoins engagée. En Bretagne, la Lyonnaise des Eaux a été condamnée par la cour d appel de Rennes (3 mai 2003) pour avoir distribué une eau non conforme en nitrates, mais celleci s est retournée vers l État qui n avait pas pris les moyens nécessaires pour éviter la pollution agricole diffuse. L État a été, à son tour, condamné. Des jurisprudences qui dérangent Quand les normes réglementaires ne sont pas respectées, les consommateurs peuvent demander aux tribunaux de condamner les distributeurs à leur verser une indemnité. En Bretagne cela a déjà été fait avec succès à trois reprises : - Mme Lorguilloux c/sté Lyonnaise des Eaux ; Tribunal d Instance de Guingamp, 28 juin 1995 ; - Cour d appel de Rennes, 9 mai 2003 Mr Baulier c/syndicat d adduction d eau du Trégor ; - Cour d Appel de Rennes, 14 novembre 1996, N 770, SA Compagnie Générale des eaux. À L USINE, LA MORT DES TRUITES DÉCLENCHE L ALARME. La loi sur l eau du 3 janvier 1992 stipule que les résultats des contrôles doivent être communiqués et affichés en mairie en termes simples et compréhensibles par tous les usagers. A. Clugery Principales normes de qualité des eaux destinées à la consommation humaine d après le décret en vigueur. Paramètres Limite de qualité Arsenic 10 µg/l Baryum 0,7 µg/l Benzène 1 µg/l Bore 1 µg/l Bromates 10 µg/l Cadmium 5 µg/l Chrome 50 µg/l Chlorure de vinyle 0,5 µg/l Cuivre 2 µg/l Cyanures totaux 50 µg/l 1.2 dichloroéthane 3 µg/l Fluorures 1,5 µg/l Mercure total 1 µg/l Microcystine-LR 1 µg/l Nickel 20 µg/l Nitrates 50 mg/l Nitrites 0,50 µg/l Pesticides 0,1 µg/l Total Pesticides 0,5 µg/l Plomb 25 µg/l depuis le 25/12/2003 et 10 µg/l à partir du 25/12/2013 Sélénium 10 µg/l Tétrachloroéthylène et trichloroéthylène 10 µg/l Total THM 150 µg/l depuis 25/12/2003 et 100 µg/l à partir du 26/12/2008. Turbidité 1 FNU Eau & Rivières Automne 2005 n

18 DOSSIER L EAU DU ROBINET À quelle eau se vouer? Pasteur, qui savait que l eau est le premier de nos aliments, disait : «Nous buvons 90 % de nos maladies.» Quand on sait que tous les polluants, qu ils soient dans l air ou le sol, finissent toujours par atteindre un jour ou l autre nos rivières, ce n est donc pas un hasard si les textes officiels, y compris les directives européennes, font autant référence à l eau alimentaire. L eau stigmatise nos peurs On l a vu au cours de ce dossier, l eau est l aliment le plus contrôlé. On peut pourtant s interroger pour savoir, jusqu où nous devons aller dans la recherche de la qualité absolue, alors même que nous multiplions les contacts avec un environnement qui ne cesse de se dégrader. Air que nous respirons, nourritures que nous mangeons, produits de synthèses en tous genres (dérivés pétroliers) que nous côtoyons Toutes ces agressions que nous subissons au quotidien ne sont sans doute pas aussi chargées symboliquement que l eau et à ce titre endorment notre méfiance. L eau courante un produit marketing de supermarché! Le cocktail : accumulation de faits scientifiquement démontrés et peurs ancestrales, a engendré de façon pernicieuse une quête d un genre nouveau. Celle qui consiste à tenter de se sauver soi-même. Se sauver en se précipitant à la fontaine miraculeuse (la dernière du canton! Jusqu à ce qu on y trouve là aussi nitrates, glyphosate et autres phosphates). Se sauver en écoutant les sirènes des nouveaux marchands du temple qui nous chantent les louanges d une eau en plastique, dont on omet de comptabiliser les litres de pétrole gaspillés et la pollution qu elle engendre. Se sauver en installant, à grand frais, un filtre (osmoseur, carafes en tous genres) dont on ne sait jamais vraiment s il filtre trop ou pas assez tout ces polluants dont nos rivières sont les victimes. Faut-il boire l eau du robinet? Et si se sauver vraiment conduisait les Bretons à dire stop aux montagnes de bouteilles plastiques, stop au forage privé, stop aux fabricants de carafes et autres osmoseurs? Et si on prenait vraiment le problème à sa source? Car tout le monde s accorde sur un point, c est la constante apparition et propagation dans l environnement, de nouvelles molécules de synthèses (pesticides, produits médicamenteux, dérivés d hydrocarbure ) et la concentration excessive de moyens de production sur un territoire restreint qui conduit le fabricant d eau à toujours traiter davantage. Conséquence de cela, un usager de moins en moins confiant dans un produit qu il paie de plus en plus cher! Sans certitudes d aucune part, comment choisir le comportement adéquat. Car peut-on boire l eau du robinet en sachant qu on ne dose pas tout lors d une analyse, que les petites communes sont souvent moins bien loties que les grandes agglomérations, que le traitement de l eau provoque parfois l apparition de nouveaux contaminants, que l eau traitée est parfois considérée comme «maltraitée»? La bonne question à ce poser n est peut-être pas «peuton boire l eau du robinet?» mais «doit-on boire l eau du robinet?». Car elle seule garantie un accès à l eau pour tous (même si à 3 le m 3 on s en éloigne), elle seule nous oblige à une vigilance citoyenne de la ressource. À Eau et Rivières, comme dans l ensemble de la société, les réponses à cette question sont diverses, mais en ajoutant que la seule garantie, la seule solution durable consiste non pas à toujours plus de traitement, mais à toujours moins de pollution à la source. Alors plutôt que de tenter (sans certitude de réussite) de se sauver seul, on se doit d agir collectivement pour protéger et reprendre le contrôle citoyen de notre eau. Rejoindre notre association est un premier pas qu il faut savoir faire. Dossier préparé par Guénaelle Lanez, Jean-François Piquot, Arnaud Clugery GOÛTEUR D EAU, VOILÀ UN TEST AMUSANT ET RÉVÉLATEUR QUE L ON PEUT PROPOSER SUR LES STANDS EAU ET RIVIÈRES AVEC LES ENFANTS OU DIRECTEMENT À LA SORTIE DES SUPERMARCHÉS. A. Clugery 18 - Eau & Rivières Automne 2005 n 133

19 Les pesticides en lycée agricole ACTION EE Depuis cinq ans, sous la coordination de la MCE, un groupe interassociatif œuvre contre la banalisation des pesticides. Des professionnels de la distribution (signature de la charte «jardinons au naturel, ça coule de source») jusqu à la sensibilisation dans les lycées agricoles (production animale, végétale, horticole, vente en jardinerie ). Ce groupe bataille sur un front très large A. Clugery C est aux animateurs d Eau et Rivières de Bretagne qu a été confiée la mission de sensibilisation en lycée agricole ce qui permet d aller à la rencontre d une cinquantaine de classes par an. Informer Dans un domaine ou la désinformation est la règle, rétablir des vérités constitue la base de l intervention. Rappeler ce qu est un pesticide, de quoi est-il constitué, l impact des matières actives et de leurs métabolites sur l eau, sur l environnement et la santé. Cet état des lieux effectué, il convient de s intéresser à l évaluation toxicologique des différentes molécules, puis aux procédures d autorisation des pesticides. Comprendre ce qui signifie la DL 50, comment est calculée la dose journalière admissible (DJA), ce qu est le coefficient de variabilité inter et intra-espèce, etc. Cette première partie de l intervention, étayée par des données récentes issues des services de l Administration (DIREN, DRASS, MISE ), a donc pour objectif d apporter des connaissances cognitives. Ces prérequis permettent ensuite d analyser objectivement les messages (publicitaires ) ou situations relatées dans la presse (apiculture et Gaucho ) auxquels nous sommes exposés quotidiennement. PARLER DU DANGER DES PESTICIDES, C EST AUSSI ÊTRE CAPABLE DE PRÉSENTER DES ALTERNATIVES, ICI UNE BALAYEUSE À POILS DURS EN COURS DE TEST À BREST. Éveiller l esprit critique Place maintenant à un regard critique sur les failles qui permettent aux firmes de phytosanitaire de prospérer, malgré les risques avérés de l utilisation de ces produits chimiques sur l environnement et notre santé. La première démonstration concerne les lacunes de l évaluation toxicologique des molécules : non-prise en compte D abord étonnés, puis outrés de la présence des pesticides dans l air, calcul de la DJA reposant sur des règles théoriques Ensuite, nous nous intéressons aux messages publicitaires exagérément rassurants (campagne de presse de l UIPP), voire mensongers (le Round-Up «biodégradable»). Analysés, décortiqués, ces différents éléments permettent aux lycéens de se rendre compte de la nécessaire vigilance à adopter face à des firmes qui n ont rien de philanthropes et à des circuits d information qu il faut savoir décrypter en croisant ses sources. Faire réagir D abord étonnés, puis outrés ou carrément scandalisés les lycéens ne se font généralement que peu d illusions sur le pouvoir du citoyen face à ces géants de l agrochimie. Il est donc important ensuite de démontrer que malgré l inégalité abyssale des moyens, la résignation est souvent la première des pollutions et que chacun est porteur d une parcelle de pouvoir, celui de consommer ou pas! Cette veille citoyenne permet de faire progresser les réglementations et participe à l information de chacun (ex : l enquête diuron). Une présentation des nombreuses alternatives aux pesticides conclut l intervention. Puis place est faite au débat qui, chaque fois, est très riche d enseignements sur les pratiques observées par les lycéens à l occasion des stages et selon leur spécialité (paysagiste, horticulture ). D après certains, des vocations d écotoxicologues seraient même nées dans les filières scientifiques suite à ces interventions! Laurent Piquet Conseiller technique Éducation Environnement MCE Maison de la Consommation et de l Environnement (www.mce-info.org). Le groupe interassociatif Adéic, CGL, UFC-Que choisir, UFCS, Bretagne vivante, Ciele, Eau et Rivières de Bretagne, Jardiniers de France. DL 50 Quantité de matière active nécessaire pour tuer 50 % d une population. DJA Dose Journalière Admissible. L UIPP Union de l Industrie de la Protection des Plantes. L enquête diuron Une enquête menée par Eau et Rivières dans 61 points de vente, avait démontré la non application de la réglementation en matière d information sur les désherbants à base de diuron. Ce qui avait conduit à l interdiction de cette matière active. Eau & Rivières Automne 2005 n

20 Les oubliés des lois sur l eau REGARD EXTÉRIEUR La Bretagne reste un modèle en matière de pollution de l eau. Pourtant, c est à des milliers de kilomètres de l Hexagone qu il faut aller chercher les exemples les plus dramatiques de territoires contaminés : dans les paradis ensoleillés de la Guadeloupe et de la Martinique. Informer, c est déjà être solidaire. Guadeloupe : un rapport explosif Le 15 juillet 2005, dans l indifférence estivale, était rendu public un rapport parlementaire sur «l utilisation du chlordécone et des autres pesticides, dans les agricultures guadeloupéenne et martiniquaise». Il faisait suite à un «Rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe» remis Le 5 juillet 2001 à Dominique Voynet. Ces deux rapports faisaient état d une pollution de l eau et des sols des bananeraies par trois insecticides organochlorés, interdits d usage depuis plusieurs années, dont le plus toxique : le chlordécone. Le chlordécone, breveté en 1952 aux États-Unis, y avait été interdit de fabrication dès 1975 pour cause de pollution de l environnement ainsi que pour ses effets toxiques aigus sur les travailleurs de l usine productrice. La production était alors reprise en France et le pesticide utilisé sur les bananes jusqu en 1993! En plus de cas d intoxication aiguë, une intoxication chronique par ce pesticide est soupçonnée dans le fort taux de cancers de la prostate en Guadeloupe ou dans l existence d une forme locale de la maladie de Parkinson ou encore dans le domaine des troubles de la reproduction. Faut-il être optimiste quand un rapport officiel estime que «La Guadeloupe constitue un lieu privilégié pour poursuivre un certain nombre d études épidémiologiques sur les effets des pesticides sur la santé humaine». En Martinique aussi Une cargaison de patates douces a alerté la métropole en octobre 2002 quand les fonctionnaires de la DGCCRF ont arrêté, sur le port de Dunkerque, une tonne et demie de ce tubercule en provenance de la Martinique et contenant des quantités importantes de chlordécone. Des mesures effectuées sur place indiquent fois la dose maximale de chlordécone dans des patates douces et fois dans des poissons. Effrayant, surtout si on en croit cette estimation de l INRA : «Il faudra plusieurs siècles pour que le lessivage des terres par le drainage vienne à bout de la pollution au chlordécone». Devant un tableau aussi noir, une question se pose: comment en sommes-nous arrivés là? PARADISIAQUE EN APPARENCE. Les oubliés des lois sur l eau La loi du 16 décembre 1964 met en place les six Agences de l Eau et les six comités de bassin mais avec un oubli manifeste : les départements et territoires d outre-mer. Il faut attendre plus de trente ans (1996), pour qu un comité de bassin, organe consultatif, soit créé en Guadeloupe et Martinique et 2003 pour que des «offices de l eau» y soient autorisés à prélever des redevances. Auront-ils la volonté et les moyens de le faire? La montée en puissance des Agences de l Eau métropolitaines a été lente. Quarante ans de retard ne se rattraperont pas aussi facilement. Un devoir de réparation s impose Personne ne peut imaginer que, livrés à leurs seuls moyens techniques et financiers, les offices de l eau qui se mettent en place dans les DOM/TOM puissent redresser quarante ans de laisser-faire. Ces biotopes particulièrement riches, ces milieux fragiles, auraient dû faire l objet d une attention particulière. On les a, tout au contraire, laissés se dégrader pour des intérêts à court terme. L État français a un devoir de réparation vis-àvis de ces départements et territoires qui font partie du patrimoine mondial. DGCCRF Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes. G. Borvon Gérard Borvon 20 - Eau & Rivières Automne 2005 n 133

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