Le rôle des artisans novateurs dans la diffusion des meilleures. techniques énergétiques disponibles

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1 Département Economie et Sciences Humaines ARTINOVA Le rôle des artisans novateurs dans la diffusion des meilleures techniques énergétiques disponibles Rapport final Marc Colombard-Prout Chantal Laumonier Nadine Roudil DÉPARTEMENT ÉCONOMIE ET SCIENCES HUMAINES Laboratoire Services, Process, Innovation Laboratoire Mutations Urbaines Techniques et Sociales Octobre 2007

2 Département Economie et Sciences Humaines ARTINOVA Le rôle des artisans novateurs dans la diffusion des meilleures techniques énergétiques disponibles Rapport final Marc Colombard-Prout Chantal Laumonier Nadine Roudil Octobre 2007 Financements : - ADEME : Convention n C 0110 du 10 mars CSTB : Fiches de recherche DESH ER INN PARIS - MARNE-LA-VALLÉE GRENOBLE NANTES SOPHIA ANTIPOLIS CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BÂTIMENT 4, avenue du Recteur Poincaré PARIS Cedex 16 Tél Fax : http : //www.cstb.fr

3 Remerciements Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont aidés pour réaliser ce travail : - Le groupe de pilotage : Maurice Manceau (Groupe Point.P), Gabriel Bajeux (CAPEB), Régine Trotignon (ADEME) ; - Les nombreuses personnes (artisans, instances représentatives, associations, organismes de formation, fabricants, distributeurs, etc.) qui ont accepté de nous faire part de leur expérience.

4 Table des matières Résumé et synthèse 1. Le contexte, les enjeux, les objectifs Quel est le contexte? Quel est l objet de la recherche? Quels sont les enjeux? Le déroulement de la recherche Le questionnement La méthode Le terrain d enquête L échantillon Le comité de pilotage Les résultats attendus Un contexte de changement L évolution programmée du marché de l électricité en France Des conditions climatiques et des atouts de territoires qui favorisent le recours aux énergies renouvelables Une prise de conscience du risque L évolution du cadre réglementaire Les énergies renouvelables sont devenues une alternative crédible aux énergies fossiles La question de l énergie est devenue localement une question politique La place de l innovation technique : diffusion culturelle de plus en plus importante auprès des ménages L artisanat comme maître d œuvre de l évolution énergétique du cadre bâti Les travaux de réhabilitation engagés par les particuliers L artisanat et le marché de la réhabilitation La répartition de l artisanat du bâtiment par région La région Pays-de-la-Loire possède une culture du collectif Il existe des coopératives d achat puissantes dans l Ouest Il existe un taux de syndicalisme important dans les Pays-de-la-Loire Les professionnels de l Ouest et les énergies renouvelables : les artisans entre culture du collectif et innovation La région Rhône-Alpes, l innovation comme bassin d emploi local Un secteur artisanal régional dynamique L énergie comme préoccupation politique Les opérations exemplaires au service de la promotion des meilleures techniques thermiques : deux exemples Rhônalpins Un bassin d emploi important Guichet unique et aides des collectivités territoriales Dans un contexte de modernisation énergétique, les artisans abolissent les frontières des métiers : les artisans novateurs et les énergies renouvelables Le secteur de l artisanat et ses évolutions Une évolution générale forte : le recouvrement des métiers Les nouveaux matériaux, techniques et mises en œuvre font évoluer les métiers Les nouvelles techniques de maîtrise de l énergie et les énergies renouvelables Une typologie des artisans face à la problématique du développement durable Description des différents types d artisans engagésdans les énergies renouvelables Fabricant, installateurs, distributeurs : émergence de nouveaux liens? Trois fabricants créent le label NOVENERGIE Les négociants investis dans les groupements d achat : une action très émergente et peu visible...69

5 5.3. Les groupes leaders de plus en plus actifs près à répondre au défi de la performance énergétique Un fabricant allemand implanté à Nantes : conquérir un marché de masse? Le nouvel enjeu de la formation La place et le rôle de l éducation nationale La formation continue Les cycles courts Les formations liées à la CAPEB Le temps de formation L enjeu de la qualité Questionner les nouvelles formes d organisations en lien avec l évolution des métiers De nouvelles organisations de professionnels L émergence de réseaux associatifs, le poids de l internet Les Espaces Infos-Energie comme support associatif Le rôle de la CAPEB et de la FFB Le système français au secours des métiers permettant le développement des meilleures techniques énergétiques Un dispositif d aides L association banque/collectivités territoriales Une opportunité de marché Remarques, éléments de discussion et préconisations Annexes...111

6 Résumé et synthèse Les objectifs de l étude : analyser le rôle des artisans dans la promotion des produits et actions d économies d énergie et de développement durable L étude que nous présentons fait suite à une précédente qui portait sur le rôle de la distribution comme promoteur de la diffusion de produits et équipements favorables à la qualité énergétique, environnementale et sanitaire dans l habitat. Celle-ci se centre sur les artisans promoteurs de solutions innovantes dans la diffusion des meilleurs techniques énergétiques. Elle cherche à étudier le processus qui place l artisan dans une trajectoire innovante en examinant la filière qui fait de lui un artisan novateur. Elle vise également à rendre compte de la place croissante des questions environnementales chez les artisans et à identifier les facteurs favorables ou défavorables à la promotion des solutions destinées à l amélioration des performances énergétiques de l habitat. Le travail cherche à déterminer dans quelles mesures il est possible de considérer les artisans qui s investissent dans le domaine de l amélioration énergétique et des énergies renouvelables comme «novateurs» c'est-à-dire comme diffuseurs ou/et développeurs de techniques innovantes. A cette fin, nous avons voulu considérer la situation d innovation qui se dégage de leurs initiatives. Nous avons ainsi questionné les caractéristiques de l apparition d une situation d innovation (avènement de nouveaux acteurs, mobilisations originales des modes d organisation déjà existant, renouvellement du cadre d exercice des métiers, nouvelles exigences et compétences transversales aux métiers, apparition d une nouvelle législation...) en émettant l hypothèse que le secteur du bâtiment parce qu il est le principal maître d œuvre du renouvellement énergétique du cadre bâti se trouve engagé dans ce processus. Nous sommes partis du postulat que de nouvelles combinaisons de ressources permettent l apparition d un marché qui contribue à vulgariser le recours à certains principes novateurs. Ceux-ci, tant organisationnels que techniques, sont susceptibles de constituer les prémisses d une redéfinition des règles du jeu social dans lequel sont engagés l ensemble des acteurs du bâtiment. L'enquête a été réalisée à partir d entretiens semi-directif auprès d instances syndicales, d artisans, de distributeurs, d associations, etc. partie prenante du développement durable, de la maîtrise de l énergie et des énergies renouvelables. Elle s est déroulée dans deux régions : les Pays-de-la-Loire et Rhône-Alpes, qui l une et l autre présentent des caractéristiques spécifiques. Le contexte environnemental est favorable à la diffusion de produits et d actions visant à développer les économies d énergie Un certain nombre de facteurs liés au contexte concourent à créer une situation favorable à la diffusion des meilleures techniques énergétiques. Ils contribuent à modifier les pratiques énergétiques des ménages, à favoriser la modernisation énergétique des logements et le recours aux énergies renouvelables. - conditions naturelles et géographiques, - augmentation du prix du pétrole et du gaz, - évolution du marché de l électricité en France, - évolution du cadre réglementaire et développement des labels et des chartes, - développement des techniques soutenant les énergies renouvelables, - prise de conscience du risque lié au changement climatique,

7 - évolution des attitudes et modes de vie des particuliers, - importance du marché de la réhabilitation pris en charge par les entreprises artisanales, - prise en compte de la question énergétique par les politiques et soutien financier. Les régions, Rhône-Alpes et Pays-de-la-Loire, possèdent un secteur de l artisanat très dynamique Les Pays-de-la-Loire est une des régions où l activité artisanale est la plus forte. Elle est également la région qui possède le plus grand nombre d apprentis. Sa forte culture du collectif contribue au développement de coopératives d achat d artisans puissantes et à un taux d activité syndicale professionnelle importante. En Rhône-Alpes, la rencontre de volontés politiques, associatives, industrielles et financières pour développer des projets de développement durable et d énergies renouvelables constituent une situation originale où l innovation organisationnelle vient faire écho à l innovation technique. En favorisant la création de structures industrielles, de centres de recherche, d associations de promotion, les Pouvoirs Publics favorisent l aménagement du territoire et la création d un bassin d emplois en lien avec les énergies renouvelables. Une évolution générale forte se dessine chez les artisans : le recouvrement des métiers Actuellement on note une tendance forte de changement dans le monde de l artisanat. Les artisans débordent de leur métier de base pour investir les métiers connexes. Les plombiers, en particulier, se trouvent les plus concernés. Ils activent de nouvelles compétences (en chauffage, génie climatique, couverture, etc.) pour répondre aux exigences du facteur 4 : mise en œuvre de solutions de maîtrise de l énergie et de systèmes introduisant les énergies renouvelables. La prise en compte de ces exigences entraîne des changements organisationnels qui vont se concrétiser par une prise en compte plus globale du bâtiment, une approche en termes de système et pas uniquement en termes de produit. Ces deux dimensions (contexte environnemental et évolution des métiers) nous a conduits à définir une typologie des artisans fondée sur le croisement entre leur approche des situations (mettre en œuvre un produit ou avoir une approche plus systémique), et leur attitude à l égard des énergies renouvelables et la capacité à y répondre (recherche de l information, formation, insertions dans des réseaux, etc.). 4 types d artisans se distinguent dans leur rapport aux économies d énergie - Les pionniers. Il s agit d artisans qui se sont tournés vers les énergies renouvelables dès la fin des années 70 et qui progressivement ont orienté la totalité de leur activité dans ce champ. Ils ont de fortes convictions écologiques. - Les artisans spécialisés en seconde carrière. Ce sont des artisans qui s engagent dans une seconde carrière, tournée vers les énergies renouvelables. Ils ont suivi une formation plutôt longue et réorientent leur activité. Ils estiment qu ils apportent un conseil fondé sur une approche globale des situations. - Les artisans débutants convaincus. Ce sont des jeunes motivés et sensibles aux enjeux des énergies renouvelables. Ils ont une vision globale du sujet et donnent une dimension éthique à leur démarche. Ils ont conscience de la nécessité de modifier les comportements en matière de maîtrise de l énergie. Ils possèdent une solide formation

8 de base, pensent qu ils vont trouver un métier d avenir dans ce secteur et ont un projet professionnel. - Les artisans traditionnels. Ils constituent la majorité des professionnels qui s engagent dans le secteur des énergies renouvelables. Ils estiment que c est un marché et une niche rentable aujourd hui. Leur chiffre d affaire est d environ 15 % réparti sur les chaudières à bois et les CESI. Ils font des formations courtes pour bénéficier des appellations et labels, sésames indispensables pour pénétrer le marché des énergies renouvelables. Une bonne connaissance des caractéristiques de l artisanat permet de lancer des actions bien adaptées en direction des différentes composantes professionnelles. Le développement des économies d énergie et des énergies renouvelable favorise l apparition de nouvelles techniques, de nouvelles organisations et de nouveaux acteurs Après avoir balayé le champ des économies d énergie et des énergies renouvelables (isolation, solaire, éolien, PAC, bois, etc.) nous avons fait le constat que le changement se situait essentiellement dans le secteur du solaire. C est là que se trouvent les innovations aussi bien au niveau des techniques que des organisations. Le recouvrement des métiers chez les artisans (déjà évoqué plus haut) conduit à la création des nouveaux métiers d installateurs/mainteneur, d assemblier, de techniciens en énergies renouvelables. Ces métiers modifient de manière importante la sociologie des professions liées à l artisanat. Ils tendent à supplanter les métiers de plombier/chauffagiste, d électricien, de frigoriste ou de couvreurs créant la nécessité d obtention de certificat professionnelle inédits. La compétence des artisans doit désormais être transversale aux métiers. Du coté des fabricants, on observe qu au-delà d une offre traditionnelle de produits, un certain nombre d entre eux ont fait évoluer leur gamme de produits de chauffage en les orientant vers des solutions alternatives, écologiques et économiques qui garantissent plus de confort (meilleur débit ECS, régulation performante, rapport qualité/prix) et bénéficient de déductions fiscales ou de subventions des collectivités territoriales. Certains fabricants ont également créé des labels (tels que NOVENERGIE) qui visent à permettre l identification d installateurs reconnus comme à même de jouer un rôle de conseil, de faciliter la prescriptions de leurs produits et solutions, et de mettre en œuvre les systèmes qui associent économies d énergies, avantages financiers et protection de l environnement. Par ailleurs, on assiste à la création d associations de professionnels réussissant des industriels, des distributeurs, des organisations syndicales patronales et à la marge des artisans. Elles attestant d une volonté de maîtriser le marché des énergies renouvelables. Par exemple, l association Qualit EnR symbolise un nouveau mode d organisation qui cherche à donner aux professionnels le contrôle d une filière en plein essor. Elle constitue un outil permettant la structuration du domaine des énergies renouvelables par la normalisation d un certain nombre de pratiques en s appuyant sur la promulgation de labels et de chartes. Qualit EnR tend à devenir un espace où les rapports de force entre ses différentes composantes industrielles et artisanales vont faire évoluer les métiers liés aux énergies renouvelables. D autres associations (Technosolar, les Outils Solaires, etc.) regroupant essentiellement des installateurs investis dans la filière solaire se sont constituées revendiquant une démarche éthique et militante. Elles s organisent en réseaux et regroupent des installateurs en photovoltaïque et thermique solaire qui ont souhaité, via un site internet, assurer eux-mêmes

9 la formation et l information des artisans et du public dans le domaine du solaire. La volonté de ce milieu associatif est de contrebalancer l action des grandes marques et d identifier les installateurs réellement solaires en se démarquant des plombiers/chauffagistes dont l intérêt est uniquement économique. Le financement des solutions d énergies renouvelables connaît également une mutation importante. Les aides financières soutiennent les innovations et s organisent autour de nouveaux partenariats Les collectivités locales ont pris le relais de l Etat dans la gestion du risque lié aux émission de gaz à effet de serre en dispensant des aides financières aux ménages choisissant la modernisation énergétique de leur logement. Elles existent à trois niveaux de territoire, celui de la région, du département et de certaines communes, et sont cumulables. Il n y a aucune uniformité dans la création des aides par les collectivités territoriales. Leur existence varie d une région à l autre, d une collectivité à l autre. Les aides attribuées aux particuliers ont eu un impact important. Dans certaines régions, elles ont eu un effet stimulant sur le bassin d emploi. Mais l engouement récent autour de ces aides est tel que certaines collectivités, face à l explosion des demandes et à la nécessité de réaliser d autres investissements, commencent à les diminuer et à les supprimer. Au moment où les aides vont se faire plus rares, une offre bancaire destinée aux ménages se développe. Elle revêt deux formes. La première est celle de l association avec certaines collectivités territoriales. Les établissements bancaires proposent des prêts préférentiels aux ménages pour leur permettre d investir dans les énergies renouvelables, soutenus en cela par les pouvoirs publics. La seconde repose sur l initiative individuelle, mais encore isolée, de certains responsables d agences bancaires qui lancent des campagnes incitatives autour de produits bancaires inédits afin de créer un segment de marché spécifique au développement de l énergie solaire auprès des ménages. Ces partenariats donnent une dimension nouvelle au jeu d acteur. Le secteur bancaire est en train de s imposer comme l acteur susceptible de financer l essor continu et régulier des énergies renouvelables, les prémices ayant déjà bénéficié à l énergie solaire. Ces différentes mutations techniques et organisationnelles s appuient sur des réseaux de professionnels bien qualifiés. Un des impératifs est la professionnalisation des artisans Mais nous avons constaté que, bien que la nécessaire professionnalisation de l artisanat soit reconnue par tous, les structures de formation ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux. Les Centres de Formation des Apprentis, gérés par l Education Nationale, ont le quasi monopole de la formation aux métiers de plombier-chauffagiste, d électricien, de couvreur ou de maçon, désormais chargés de la mise en œuvre des énergies renouvelables. L étude met en évidence que les enseignements dispensés restent cantonnés dans une approche très traditionnelle de ces métiers. La faiblesse de l engagement des acteurs publics ou parapublics dans la formation des futurs professionnels aux nouvelles techniques énergétiques ainsi qu aux énergies renouvelables est à souligner. La formation des installateurs solaires thermiques, photovoltaïques et bois reste globalement liée à des initiatives privées et bien souvent pour des formations courtes.

10 Dans le secteur privé, certaines démarches sont portées par des personnes ou des associations aux motivations idéologiques fortes et sensibilisées aux questions énergétiques. L action des pionniers dans le domaine de la formation est un signe qui conduit à souligner que le développement du secteur en est encore à ses prémisses. Les formations courtes sont souvent assurées par les industriels et les syndicats professionnels. Une grande majorité des artisans a recours à ces formations parce qu elles leur attribuent une «appellation», un «label» (Qualisol, Qualibois, etc.) permettant aux ménages de mobiliser les aides des collectivités territoriales et de bénéficier du crédit d impôt. Ce type de formation est parfois contesté par les professionnels qui considèrent que le temps passé ne suffit pas à assurer un bon niveau de qualification. Des associations comme Qualit EnR on été créées pour suivre les évolutions et assurer des contrôles sur le terrain. Parmi les mesures à envisager, des formes d incitation et de compensation seraient à prévoir pour compenser la perte d activité que représente le temps de formation. L orientation la plus soutenue par les acteurs du secteur se caractérise par une volonté de proposer une offre de formation globale susceptible de déboucher sur des solutions prenant en compte à la fois l enveloppe et les solutions de chauffage en dotant le cursus de modules solaires et liés au bois énergie. L apparition du métier d «assembleur» qui mobilise plusieurs types de compétences, tout en abolissant les frontières traditionnelles des métiers, constitue un défi en termes de formation professionnelle.

11 1. Le contexte, les enjeux, les objectifs 1.1. Quel est le contexte? Le rôle des artisans et des acteurs, qui dans leur sillage, assurent la promotion et la diffusion de solutions innovantes en matière énergétique et thermique est à la fois essentiel, mal connu et peu apprécié. Une toute première recherche sur le négoce, engagée en 2003, menée par le CSTB 1 suite à l appel à propositions «Préparer le bâtiment à l horizon 2010» de l ADEME, nous avait permis d examiner le rôle de la distribution dans un contexte analogue. Elle était exploratoire, volontairement limitée aux négociants généralistes et grandes surfaces de bricolage. Elle se focalisait sur les particuliers et le rôle d interface de la distribution dans la diffusion de produits et équipements favorables à la qualité énergétique, environnementale et sanitaire dans l habitat. Il était entendu en fin d étude qu elle devait se poursuivre par l examen du rôle des artisans dans la diffusion des meilleures techniques énergétiques et thermiques. Elle a permis de mettre en avant plusieurs éléments de nature à orienter le travail de recherche que nous présentons ici : - La nécessité d identifier les facteurs favorables ou défavorables à la promotion des solutions destinées à l amélioration des performances énergétiques de l habitat. - La nécessité d élargir et d approfondir la recherche aux professionnels, artisans et PME, qui sont à la fois prescripteurs et metteurs en œuvre, et qui constituent pour la distribution une cible déterminante. - La place croissante des questions environnementales chez les distributeurs généralistes principaux fournisseurs des artisans et PME. C est pourquoi dans cette nouvelle recherche, et à la suggestion du Comité de Pilotage 2, nous nous sommes centrés sur le rôle des artisans dans la diffusion des meilleures techniques énergétiques et thermiques disponibles. Ainsi cette approche aborde de manière privilégiée, les domaines de la modernisation énergétique de l enveloppe et les énergies renouvelables comme espace d innovation Quel est l objet de la recherche? L objet de cette proposition est d enrichir et d approfondir les pistes ouvertes par l étude menée par le CSTB suite à l appel à propositions «Préparer le bâtiment à l horizon 2010» de l ADEME. Contrairement aux particuliers qui se tournent en priorité vers les grandes surfaces de distribution et les négociants généralistes, les artisans développent des stratégies mixtes et 1 O. Catarina, M. Colombard-Prout, Ph. Dard et Ch. Laumonier, «Entre fabricants et particuliers : la distribution», Rapport Final, Avril Composé d une représentante de l ADEME, d un représentant de Point P, d un représentant de la CAPEB et des chercheurs du CSTB.

12 2 hybrides d approvisionnement. Ils s adressent aux six familles de distributeurs, les généralistes comme les spécialisés, mais aussi directement auprès des fabricants. Dans ce contexte, nous avons souhaité étudier le processus qui place l artisan dans une trajectoire innovante en examinant le parcours qui fait de lui un artisan novateur. En effet, certains artisans tentent de se différencier de leurs concurrents en se saisissant des demandes nouvelles des particuliers et de nouvelles techniques peu répandues dont la fiabilité est éprouvée pour développer des créneaux d activité porteurs. La recherche vise à établir dans quelles mesures l action des artisans peut être qualifiée d innovante dans le contexte du développement de solutions techniques et thermiques alternatives aux énergies fossiles allant jusqu à l essor des énergies renouvelables. Le travail cherche à déterminer dans quelles mesures il est possible de considérer les artisans qui s investissent dans ces domaines comme «novateurs» c'est-à-dire comme diffuseurs ou/et développeurs de techniques innovantes. A cette fin, nous avons considéré la situation d innovation qui se dégage de ces initiatives. Nous avons ainsi questionné l apparition d une situation d innovation (apparitions de nouveaux acteurs, mobilisations originales des modes d organisation déjà existant, renouvellement du cadre d exercice des métiers, nouvelles exigences et compétences transversales aux métiers, apparition d une nouvelle législation... Joseph Schumpeter a montré que le passage de l invention à l innovation se fait en trois temps 3. Au départ l invention est le fait de quelques personnes qui prennent un risque par rapport aux usages en élaborant de nouvelles combinaisons de ressources. A leur suite, une fois l intérêt de leur apport innovant démontré, apparaissent des «imitateurs» qui les généralisent et développent des innovations secondaires. Enfin un troisième temps est caractérisé par l édiction de nouvelles règles en lien avec l apparition d un marché qui symbolise l intégration dans un milieu social de ces inventions. Un nouvel ordre social est issu de ces bouleversements. Nous avons émis l hypothèse que le secteur du bâtiment parce qu il est le principal maitre d œuvre de la modernisation énergétique du cadre bâti se trouve engagé dans ce processus. A travers cette recherche nous avons voulu questionner l apparition d un nouveau cadre d exercice des métiers du bâtiment en prenant en compte les combinaisons de ressources mobilisés par le milieu professionnel, la mise en œuvre technique, la dimension organisationnelle de l action et les stratégies des industriels, des distributeurs et des installateurs afin de déterminer s il s agit d une situation d innovation. Nous partons du postulat que de nouvelles combinaisons de ressources permettent l apparition d un marché qui contribue à vulgariser le recours à certains principes novateurs tant organisationnel que technique auprès de l ensemble des acteurs, fabricants, distributeurs, artisans installateurs, négociants, organismes de formation, réseaux associatifs et institutionnels engagés dans la filière du bâtiment. Cette situation constitue les prémisses à une redéfinition des règles du jeu social dans lequel sont engagés l ensemble de ces acteurs Quels sont les enjeux? - Une meilleure connaissance du rôle des artisans dans la modernisation énergétique de la ville. En effet, la question du bâtiment ne peut être détachée d une conception 3 Alter Norbert, Sociologie de l innovation, Paris, PUF, 2000.

13 3 globale de la ville. La question de la modernisation énergétique du cadre bâti renvoie à une manière de penser la ville dans sa dimension résidentielle et tertiaire. - Les artisans représentent le maillon clé, indispensable, de la chaîne allant du fournisseur de produits et d équipements au particulier permettant d envisager la transformation du cadre bâti et la modification durable du visage de la ville. - La place des artisans dans la diffusion et la promotion des meilleures techniques énergétiques disponibles. Entre les fabricants, la distribution et les particuliers, les artisans apparaissent comme le vecteur essentiel de diffusion de produits et d équipements destinés à favoriser la baisse des consommations d énergie. Leur activité débouche néanmoins sur un marché diffus. Cependant, leur rôle n est pas moindre, tout refus de leur part de promouvoir un nouveau produit se traduira irrémédiablement par un ralentissement du rythme et du volume de diffusion, une marginalisation en terme technique et de part de marché voire un échec de l innovation. - Connaître l importance réelle de la modernisation énergétique dans la rénovation du cadre bâti. La transformation qu implique la modernisation énergétique se fait majoritairement dans le cadre de la rénovation qui est un secteur peu enquêté. Dans ce contexte, 6 à 7 milliards d achats des artisans sont prescrits par les particuliers. - Montrer combien le jeu des relations sociales se trouve modifié par l intégration progressive de ces innovations dans le milieu professionnel. - Le rôle de chacun dans la mise en place d une situation d innovation qui n aura de cesse de se développer. Il renvoie aux stratégies et aux modes d organisation dont chaque acteur du secteur du bâtiment est à l initiative. Ils constituent un moyen d identifier les leviers d actions pour des politiques publiques destinées à favoriser la diffusion de solutions les plus performantes sur le plan énergétique et thermique. - Faire apparaître le rôle de la distribution spécialisée et des fabricants dans la diffusion de solutions techniques fiables et éprouvées auprès des artisans. - Montrer combien le champ de la formation est un espace en cours de redéfinition et de mutation dans le contexte des objectifs énergétiques fixé pour le cadre bâti. Les artisans mettent en œuvre et assurent la pose des produits et des équipements des industriels. Ils participent ainsi à leur diffusion attestant au passage de leur qualité technique. Leur savoir-faire contribue à la performance de ces produits. La question de la contre performance reste posée. Elle a été fatale dans les années 80 et pèse désormais sur l activité des artisans engagés dans la diffusion des techniques permettant la modernisation énergétique du bâti. La formation est devenue le gage d une compétence Elle permet désormais d intégrer de nouveau principes dans l exercice des métiers comme l aide à la prescription et à la mise en œuvre.

14 Le déroulement de la recherche Le questionnement Un questionnement destiné à chaque groupe d acteurs permet d orienter la recherche et de mettre à plat le processus d innovation technique, énergétique et organisationnel dans lequel sont engagés les artisans. Les artisans - Comment et sous quelle forme, les préoccupations énergétiques et environnementales s expriment chez les artisans? - Quelles sont les conditions qui peuvent encourager les artisans à être des agents actifs de la promotion des préoccupations énergétiques et environnementales? - Comment l innovation technique chez les artisans débouche-t-elle sur l innovation organisationnelle? - Comment les réseaux d artisans novateurs sont ils organisés et développés? Quel est le rôle des d industriels fabricants dans de telles initiatives? Comment et selon quelles modalités? Les artisans sont-ils fidélisés en bénéficiant d une exclusivité pour certaines marques? - Quel écho et quel appui les artisans novateurs rencontrent-ils de la part des fabricants, des distributeurs généralistes et spécialisés - ceux qui proposent des conseils techniques, de l assistance à la prescription et aux chiffrages de solutions, des formations, voire recommandent des artisans pour des prestations de pose aux particuliers? - Ces artisans s approvisionnent-ils en priorité auprès des distributeurs généralistes, des négociants spécialisés ou directement auprès des fabricants? Les fabricants - Quelles sont les actions menées par les fabricants auprès des artisans pour valoriser des produits économes en énergie, prennent-ils des initiatives pour sensibiliser leur clientèle à la prise en compte des préoccupations énergétiques? - Comment diffusent-ils et assurent-ils la promotion de leurs nouveaux produits? - Comment travaillent-ils avec les distributeurs et les négociants? - Quelle est la part de la collaboration artisans-fabricants dans la mise sur le marché de nouveaux produits? Les négociants et distributeurs - Quelles sont les actions menées par les négociants généralistes / spécialisés auprès des artisans pour valoriser des produits économes en énergie et soutenir leur commercialisation? Prennent-ils des initiatives pour sensibiliser leur clientèle à la prise en compte des préoccupations énergétiques? Les actions des distributeurs spécialisés se distinguent-elles de celles des négociants généralistes? - Quels sont les freins et les leviers à la diffusion de ces nouveaux produits?

15 5 - Comment les distributeurs généralistes / spécialisés perçoivent-ils les attentes et les motivations des artisans, et quelles sont les évolutions et tendances observées? Ont-ils dressé une typologie des artisans? - Les distributeurs généralistes / spécialisés se font-ils le relais auprès des fabricants des attentes des artisans? L action publique - Quels services associés (diagnostic, financement etc..) les réseaux proposent-ils aux artisans pour favoriser la prise de décision par les particuliers? Avec quels appuis institutionnels? - Quels obstacles faudrait-il lever pour favoriser davantage la diffusion de solutions économes en énergie? - Quelles sont les actions des fabricants et distributeurs vis-à-vis des acteurs publics? Quelles sont leurs éventuelles attentes en ce domaine? Les liens artisans particuliers - Les artisans prennent-il des initiatives pour sensibiliser leur clientèle à la prise en compte des préoccupations énergétiques? Quelles sont les actions menées par les artisans pour valoriser des produits économes en énergie auprès de leur clientèle? - Sur quelles niches les artisans au contact des particuliers développent-ils des offres de prestations nouvelles? La formation - Quel est le rôle du secteur de la formation dans la diffusion de solutions énergétiques innovantes, alternatives aux solutions énergétiques classiques? - Quels dispositifs de formation rencontrent le plus de succès auprès de ces artisans novateurs : les dispositifs professionnels CAPEB / FFB? les dispositifs publics? les dispositifs des industriels fabricants? les dispositifs des négociants? - Quelle place les questions relatives à la qualité énergétique et environnementale des équipements et des produits occupent-elles dans les dispositifs de formation initiale et continue des artisans? Quels en sont les promoteurs et les initiateurs? Les organisations professionnelles, les organismes publics, les industriels et les négociants? - Ces préoccupations énergétiques et environnementales sont-elles intégrées dans les cursus d apprentissage? Cela débouche-t-il sur de nouvelles qualifications professionnelles reconnues? La méthode Cette étude qualitative a été réalisée à partir d entretiens semi-directifs auprès d un échantillon varié d acteurs de l ensemble de la filière dans laquelle les artisans sont impliqués. Quarante trois entretiens ont été réalisés et sont présentés en annexes. Un recueil documentaire (information, fiches commerciales et techniques, classification des produits et équipements suivant leurs qualités, etc.) est également réalisé auprès des organisations professionnelles, des pouvoirs publics, de certains négociants spécialisés, fabricants et installateurs.

16 6 Des données statistiques ont été mobilisées afin d établir un portrait socio-économique des acteurs en présence. Une recherche et une analyse des sites internet institutionnels et professionnels concernant ce sujet a été réalisé. L équipe projet du CSTB est constitué d économistes et de sociologues des laboratoires «Services, Process et Innovation» et «Mutations Urbaines Techniques et Sociales» du Département Economie et Sciences Humaines. La recherche relève à la fois de l économie et de la sociologie : - Le thème d'ordre économique concerne le processus de diffusion de certains équipements ou produits environnementaux. Il repose notamment sur l examen des actions des artisans novateurs et de leur impact sur l'acceptabilité économique de solutions environnementales innovantes. - La dimension sociologique est également prépondérante dans l'étude. Un des enjeux du projet est en effet d'arriver à mettre en avant les caractéristique de la participation des artisans au processus d innovation ainsi que les facteurs qui les incitent à prescrire ou à avoir recours à des produits qui favorisent la baisse des consommations d'énergie. L objectif est de mesurer l évolution des pratiques qu implique l introduction de ces nouvelles techniques mais aussi l émergence de nouveaux enjeux liés à la modernisation énergétique. L évolution des métiers, les conséquences en termes de sociologie des professions sera au centre de la démarche. Une analyse des interactions entre acteurs s'avère incontournable pour comprendre comment le processus de diffusion de nouvelles techniques est activé. Ceci repose notamment sur l examen détaillé des rapports entre acteurs de la filière professionnelle, leur organisation en réseau et les modes d association qui peuvent apparaître Le terrain d enquête L enquête s est déroulée dans deux régions : la région Rhône-Alpes qui a engagé une importante politique de promotion des énergies renouvelables et qui à elle seule regroupe 10 % des installations en France. La région Pays de Loire où se trouve un mode d organisation original : celui de la coopérative d achat.

17 L échantillon Cette étude qualitative a été menée par entretiens auprès des acteurs mentionnés précédemment. Plusieurs modes d analyse ont été appliqués. L objectif de l échantillonnage n est pas d être représentatif mais de couvrir des situations suffisamment variées pour rendre compte des dynamiques en œuvre, et ainsi enrichir notre champ d observation et d interrogation. Ainsi des entretiens ont été réalisés 4 auprès des : - organisations professionnelles ; - artisans : plombier chauffagiste, maçons, menuisiers, constructeurs bois (15 entretiens) ; - fabricants (6 entretiens réalisés) ; - distributeurs (5 entretiens réalisés) ; - organismes de formation (7 entretiens réalisés) ; - banques (2 entretiens réalisés); - Organisation professionnelles et associations (9 entretiens réalisés); A côté des artisans réactifs qui établissent des relations classiques de client à fournisseur avec les acteurs situés en amont, on trouve des artisans novateurs qui cherchent à bâtir une offre innovante pour leur clientèle et à mettre en œuvre des solutions techniques favorables à la baisse des consommations d énergie dans l habitat. Pour analyser comment ces artisans élaborent leur offre, nous nous sommes focalisés sur quelques familles de solutions innovantes. Elles ont servi de point d appui pour comprendre quelles compétences et quels réseaux les artisans novateurs mobilisaient pour bâtir leur offre. Par ailleurs, le rôle des artisans, comme relais et promoteur des nouvelles solutions techniques favorables à la baisse des consommations d énergie, passe par la constitution de nouvelles compétences et donc par la formation. Il importe alors d analyser les dispositifs de formation destinés aux artisans et PME (état des lieux en France, insuffisances, perspectives d amélioration). L'analyse s est focalisée sur les solutions ci-dessous qui ont été définies en accord avec les propositions et les attentes des membres du comité de pilotage, lors de la constitution du projet : - l enveloppe (isolation, menuiseries extérieur etc..), - le chauffage et l eau chaude sanitaire, - la ventilation mécanique contrôlée, - le solaire thermique et photovoltaïque, - les pompes à chaleur, - la géothermie, - les vitrages faiblement émissifs, - les isolants minces réfléchissants. 4 La liste des enquêtés est disponibles en annexe.

18 Le comité de pilotage Des professionnels du secteur comprenant un représentant de la distribution spécialisés (Point.P Saint-Gobain Distribution), une fédération professionnelle d artisans (la CAPEB) et des représentantes de l ADEME co-financeurs de l étude, ont été associés à la conduite de la recherche. Ce choix résulte d'une volonté de confronter les expériences d'acteurs dont les activités sont complémentaires. Les membres de ce comité se sont réunis quatre fois en cours de projet (au démarrage du projet puis à l issue de chaque phase). Lors de ces réunions, le CSTB a présenté l état d avancement de ses recherches et les orientations pressenties. Les membres du comité ont discuté et validé le rapport intermédiaire issu de ce travail de réflexion collective et les orientations de l'équipe projet Les résultats attendus Cette recherche met à jour des leviers d actions et des acteurs susceptibles d accélérer le rythme et le volume de diffusion des meilleures techniques, thermiques et énergétiques, disponibles comme l identification : - d actions qui permettent, d améliorer les circuits de distribution et les services en direction des artisans et des PME. - de certaines solutions qui pourraient être mises en œuvre par les institutions publiques (ADEME et ministères) pour encourager les artisans et les autres acteurs de la filière professionnelle à promouvoir des équipements et des produits techniques économes en énergie. L étude a permis de mettre en avant un certain nombre d axes qui constituent autant de pistes à explorer dans le contexte de la diffusion des meilleures techniques énergétiques et thermiques permettant la modernisation du cadre bâti. A travers ce rapport nous en abordons sept qui définissent l existence d un changement. Dans un premier temps nous abordons le contexte du changement (chapitre 2) afin de montrer quels sont les facteurs qui réunis autorisent à penser que la modernisation énergétique peut engendrer une situation d innovation où la diffusion des meilleures techniques énergétiques et thermiques ne constituerait qu une partie d un processus plus global et systémique de transformation du milieu professionnel du bâtiment. Ensuite, nous développons trois chapitres qui sont au cœur de notre travail. Le premier (le chapitre 3) présente l action des artisans chargés de la modernisation énergétique du cadre bâti en Pays de Loire et Rhône-Alpes. Le suivant, le chapitre 4, met à plat les données de l enquête pour montrer combien les artisans, à la faveur de la modernisation énergétique, sont engagés dans l abolition des frontières des métiers. Le dernier (chapitre 5) se focalise sur les liens nouveaux et inédits entre fabricants, distributeurs et installateurs. La dernière partie du rapport présente les éléments structurels qui permettent de penser l existence d une situation d innovation et l apparition d un dispositif susceptible de pérenniser le recours aux techniques les plus innovantes en matière de modernisation énergétique. Ainsi, le chapitre 6 aborde la question centrale de la formation à la fois comme un enjeu, une revendication et une garantie pour un marché émergeant. Le chapitre 7 évoque

19 9 les nouvelles formes d organisation apparues avec l évolution des métiers chargés de la modernisation énergétique des bâtiments. La particularité du système institutionnel français, interventionniste et moteur en matière de soutien au développement de solutions alternatives pour assurer une meilleure efficacité énergétique des bâtiments sera abordée dans le dernier chapitre, le chapitre 8. En conclusion de cette étude, des pistes de réflexion et des préconisations pratiques seront dégagées afin d ouvrir des perspectives d investigations futures. En annexe, est présenté un certain nombre de documents susceptibles d illustrer notre démarche d enquête. Une liste des entretiens réalisés, une fiche sur la politique énergétique des deux régions qui ont servis de terrain et un document sur la mise en place du guichet unique par le département de la Savoie sont ainsi attachés en fin de volume.

20 10 2. Un contexte de changement Plusieurs éléments concourent à créer une situation favorable à la mobilisation des esprits mais également des techniques permettant la modernisation énergétique du cadre bâti. La nécessité d économiser l énergie s est imposée aux ménages depuis la publication des pronostics d augmentation du coût des matières premières fossiles associée à la rareté programmée de ces ressources. Le rôle de l Etat dans cette annonce n est pas négligeable. Il a permis une prise de conscience qui mobilise désormais à la fois les ménages et les professionnels du bâtiment autour de la nécessité de rendre les logements plus efficaces en termes de consommation énergétique. L augmentation du prix du pétrole et du gaz L augmentation constante du prix du pétrole et du gaz incite les ménages à mobiliser leurs ressources pour rendre leur logement plus efficace ou à se tourner vers des énergies moins coûteuses sur une longue durée, qui paraissent offrir une maîtrise du coût de l énergie sur le long terme. En effet, ces dix dernières années, le cours moyen du baril de pétrole a progressé de 254 %, passant de $ en 1995 à $ en juin pour avoisiner les 70 $ 6 en La hausse la plus spectaculaire est récente puisqu en 6 mois, entre fin 2004 et juin 2005, le prix a augmenté de 60 % (passant de $ à $ le baril). Actuellement 7, le baril s échange à 81$. Les prévisions pour l année à venir annoncent un prix d achat moyen autour de 105 $ le baril 8. L écho donné à cette actualité est très important. La presse locale et nationale n a de cesse de relier l augmentation du prix du baril à l augmentation du coup de l énergie «à la pompe» mais aussi en termes de chauffage. Les conditions sont réunies pour préparer les ménages à faire un autre choix. Le passage à l acte se produira lorsque les ménages auront intégré la notion de manque dans leur rapport à l énergie, ce qui n est pas encore le cas L évolution programmée du marché de l électricité en France L évolution programmée du marché de l électricité 9 est un second facteur susceptible d entraîner la modification des pratiques énergétiques des ménages et de favoriser la modernisation énergétique des logements. Deux éléments sont à prendre en compte. L augmentation des tarifs et l impossibilité pour les ménages accédant à un logement à pouvoir disposer librement des tarifs régulés. Les conditions qui seront faites aux particuliers concernant les futurs tarifs de l électricité sont peu claires et hypothèquent le maintien de tarifs réglementés sur le long terme. La décision du conseil constitutionnel du 30 novembre 2006 montre que les tarifs réglementés pour les contrats en cours sont maintenus. L augmentation des tarifs sera contenue jusqu en 2010, 5 Source ministère des finances et de l industrie. 6 Pour mai 2007, le cours moyen est de 67.49$ en France. End-user petroleum product prices and average crude oil import cost, July 2007, International Energy Agency. 7 A la fin du mois de septembre in 9 Lois du 10 février 2000 et du 13 juillet 2005.

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