Aménagement de la dépendance à l adolescence

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1 Aménagement de la dépendance à l adolescence Intervention auprès des Conseillers Principaux d Education 17 novembre 2010, Collège de Chatte Avec Rachel REVOL, CPE animatrice du bassin Centre Isère M.O. AÏLANE Psychologue clinicienne, du Service de Psychiatrie Infanto-Juvénile, Centre Hospitalier Lucien HUSSEL de Vienne intervenant à : MARS, dispositif pour adolescents et jeunes adultes qui expriment leur mal être par des conduites négatives envers autrui, (troubles du comportement et des conduites) Obligations de soin, Groupe de parole de la scolarité des élèves en Classe relais Antenne Isère Rhodanienne de la Maison des adolescents, lieu d écoute et d orientation pour les adolescents ans. Territoire Isère Rhodanienne : St Jean de Bournay, Heyrieux, Vienne, Roussillon-Péage de Roussillon, Beaurepaire. Secrétariat-Accueil : Mission Local de la Bièvre à Beaurepaire. Dès 16 ans, dès la sortie du système scolaire. Vous m avez sollicité pour que nous parlions de l adolescence d aujourd hui. Rachel JIMENEZ m a fait parvenir quelques thèmes qui retiennent votre attention : Ceux qui décrochent et n ont envie de rien. Pourquoi et comment les aider? L influence des nouveaux moyens de communication Améliorer la communication avec les adolescents et leur famille Le rapport entre les nouveaux modèles familiaux et la complexité de l adolescence. Quelques éléments épidémiologiques situeront vos questions dans un contexte plus large. Puis j exposerai une compréhension du processus adolescent comme réaménagement de la dépendance, théorisation que propose Ph. JEAMMET parce qu elle rend bien compte des problématiques adolescentes d aujourd hui. Les questions que vous vous posez illustreront mon propos sur les dérives pathologiques. 1

2 EPIDEMIOLOGIE L adolescence représente quantitativement un groupe social important. On évalue à 6,2 millions, les jeunes gens âgés de 11 à 18 ans. Plusieurs rapports officiels ont attiré l attention des pouvoirs publics sur l accroissement en France, plus que dans d autres pays européens, du «mal être des jeunes» 15% d entre eux soit présentent des signes tangibles de souffrance psychique qui dépassent l effervescence adolescente ordinaire. POMMERAU X. Rapport sur la santé des jeunes, Longtemps ignorée par la psychopathologie, l adolescence est entrée en force dans le champ de la psychopathologie depuis quarante ans, au point que les difficultés des adolescents sont présentées depuis un peu plus d une vingtaine d années comme un véritable problème de santé publique. Les problèmes psychiatriques les plus sévères, schizophrénie ou troubles de l humeur, ne semblent pas plus fréquents qu avant. Par contre l inquiétude porte essentiellement sur l augmentation des troubles du comportement et de la personnalité, c'est-à-dire des difficultés pour lesquelles la frontière entre le normal et le pathologique est floue et dont l évolution très variable est liée au rôle de l environnement. Allongement de l adolescence et troubles narcissiques ont tendance à être rapproché. Les conduites à risques et les troubles des conduites et du comportement apparaissent de façon plus ou moins spectaculaire avec la puberté, au point d en être parfois le signe. Les médias ont d ailleurs tendance à ne retenir que ces signes les plus extérieurs de l adolescence. Les rapports sexuels non protégés, l usage de Substances Psycho-Actives, les conduites antisociales et la violence sous toutes ses formes sont en expansion régulière, tout comme les troubles des conduites alimentaires, l anorexie et la boulimie. Le suicide est la deuxième cause de mortalité à cet âge, et probablement la première si on inclut un certain nombre d accidents, équivalents suicidaires ou effets d une prise de risque inconsidérée. En France, 7% à 12% des jeunes ont déjà fait une TS et 9% y pense souvent. Les violences physiques ou verbales sont plus fréquentes que les atteintes aux biens. Parmi les jeunes français scolarisés, casser, frapper ou se bagarrer sont des comportements assez repandus alors que le racket est une violence plus rare. Ainsi 43% des jeunes cassent ou frappent quand ils sont en colère (29% des scolaires déclarent ce comportement «parfois», 14% «fréquemment») 45% participent à des bagarres (34% «de temps en temps», 11% souvent) et 2% ont déjà fait du racket. (CHOQUET M., LEDOUX S. Attentes et comportement des adolescents, Paris, Montpellier, INSERM Edition Espaces 34, 1998, Les victimes de violences physiques sont plus nombreuses que les victimes de violences sexuelles : 15% des ans ont subi des violences physiques, 4% des violences sexuelles, 1% a été victime de viol et 8% ont été blessé physiquement au cours des douze derniers mois. Facteurs de risques? (CHOQUET M (2000) Souffrances et violences à l adolescence Rapport à Cl. Bartelone ESF Paris) 2

3 - Les antécédents psychopathologiques des parents sont les premiers facteurs prédictifs de violences graves. La qualité des relations intrafamiliales est plus importante que le statut matrimonial. Les recompositions familiales n ont pas d incidence directe. En France : 1 couple / 2 se sépare, 1 enfant / 7 vit ds une famille monoparentale, 8% des familles sont recomposées (Lettre aux parents d aujourd hui, JEAMMET Ph BAYARD) - La qualité de la vie scolaire représente un facteur non négligeable (redoublement, insatisfaction scolaire, absentéisme sont associés aux tentatives de suicide et surtout aux conduites violentes) - Les facteurs sociaux ont un faible rôle. - La pratique sportive intense est un facteur de risque Les victimes de violences ont plus de conduites violentes que les autres. Ainsi les jeunes qui ont été victimes de violences sont environ deux fois plus nombreux à déclarer des conduites violentes que ceux qui n ont pas été victimes. Parmi les garçons, le lien entre la victimisation sexuelle et la violence est particulièrement fréquent. Usages des Substances Psycho Actives : Tabac : A 15 ans, l usage quotidien concerne presque un jeune sur 5 en Le tabagisme féminin est légèrement plus tardif mais en revanche plus fréquent à 15 ans (HBSC 2006 Tendances n 59) La diminution de la part des fumeurs quotidiens chez les 17 ans a été moins importante en Rhône Alpes que sur l ensemble du territoire national (ESCAPAD / 05) Cannabis : A partir des années 90, son expérimentation a connu une hausse très nette, surtout du fait des usages adolescents (un ado sur 2 a déjà expérimenté) et parait s être récemment stabilisé (2002). Les changements observés concernent surtout les garçons. Le cannabis est le toxique illicite dont l expérimentation est le plus précoce : vers 15 ans, en moyenne contre 16 ans pour les autres produits illicites (question est posée à 17 ans ESCAPAD 2005 Enquête sur la santé et le comportement lors de l appel de préparation à la défense). L alcool est expérimenté à 13,6 ans chez les filles et à 13,1 ans chez les garçons. En 2008, (ESCAPAD) 92,6% des 17 ans ont déjà bu de l alcool et 59,8% déclarent avoir déjà été ivres au moins une fois. Augmentation des ivresses depuis (Binge drinking) Age moyen d expérimentation de la première ivresse : 14,9 ans chez les garçons et 15,3 ans chez les filles. 13,6% des garçons de 17ans font un usage régulier d alcool et 4% des filles. Loi HPST «Bachelot» 2009 interdit vente d alcool aux mineurs. Parmi les ans, l alcool est responsable d 1/4 décès chez les jeunes gens et 1/10 chez jeunes femmes. Quant à la sexualité, l âge moyen du premier rapport sexuel se situe à 17,6 ans pour les filles et 17,2 ans pour les garçons. (INED 2003) Si cet âge a peu évolué pour les garçons depuis les 3 dernières décennies, il s est en revanche abaissé d un an environ chez les jeunes filles. Si 5% des grossesses surviennent avant 18 ans et 2% sont menées à terme (environ naissances annuelles) l écart entre le 1 er rapport sexuel et la naissance du premier enfant augmente régulièrement. L âge moyen des mères à la naissance du 1 er enfant se situe à 29,9 ans (INSEE 2007) 3

4 Usage des Nouvelles Technologies de l Information et de la Communication (TIC) En moyenne, un adolescent passe 6,5h : jour dans le cyberspace. Plus de la moitié des blogs (diminutifs de web log, «journal en réseau») sont tenus par des adolescents. Le premier objectif semble être de se connecter avec des copains. Les jeux virtuels : Les jeux de rôle massivement multi-joueurs en ligne (MMORPG) : Explosion des pratiques en une décennie : 20 millions de joueurs dans le monde, 2 millions en Europe dont la moitié sur Dofus ou World of Warcraft. Population masculine, moyenne d âge 28 ans. 12% des joueurs présentent un usage excessif de MMORPG (GRÜSSER SM, et al «Excessive computer game playing : evidence for addiction and agression?» in Cyberpsychology Behavior 2007 (cf GAON Thomas Psychopathologie des jeux en ligne» in MISSONNIER S. (ss la dir) Cliniques des technologies de l information et de la communication Carnet Psy HS nov % des 9-17 ans jouent aux jeux vidéos, en moyenne 9h par semaine (Thomas GAON, Sylvie CRAIPEAU CRDP Orléans Tours et région centre) Les images violentes ne rendent pas les jeunes plus violents, mais elles aggravent la violence de ceux qui ont tendance à être violents Et elles incitent aussi certains à développer leurs tendances créatrices et réparatrices, ce qu on oublie trop souvent. JOHNSON montre que les enfants qui regardent la télévision plus de 4h par jour à 5ans, présentent 5 fois plus de risques d adopter des comportements violents à l adolescence- pour les garçons- et à leur majorité pour les filles. 5% des enfants ayant regardé très peu la TV pendant leur petite enfance présentent le risque de devenir violent à l âge adulte, tandis que 25% des enfants ayant regardé beaucoup la TV pendant leur petite enfance présentent ce risque. 75% d enfants qui ont beaucoup regardé la TV n ont jamais développé de comportement violent à leur majorité! JOHNSON G. et al Televison viewing and aggressive behavior durind adolescence and adulthood, Science, vol295,n 5564, 29 mars 2009, p cité par TISSERON S. Virtuel, mon amour 2008 Albin Michel 4

5 Une des grandes caractéristiques de l adolescence est la nécessaire modification de la distance relationnelle aux parents et aux adultes, liée spécifiquement aux effets de la puberté. La puberté engendre en effet une modification brutale et rapide du corps de l enfant qui devient apte à agir sa vie pulsionnelle, en particulier la sexualité et l agressivité. L effet s en fait immédiatement sentir sur la relation aux parents qui perd son naturel. Mais cette nouvelle distance génère à son tour une interrogation sur la capacité d autonomie de l adolescent et la qualité de son estime de lui. L adolescence est révélatrice de la qualité de ce qu on a pu emmagasiner, intérioriser pendant l enfance. Plus on arrive à l adolescence pourvu d une sécurité intérieure, nourri de la qualité des liens avec l environnement, plus on serra en mesure de gérer la distance avec une certaine souplesse. Mais plus on accède avec un passif important, des traumatismes, une dépendance exagérée à l environnement, plus ce sera difficile. Les jeunes ont d autant plus besoin de se sentir reconnus qu ils ne sont pas sûrs eux-mêmes de leur propre valeur. Le doute plus ou moins important au sujet de ses capacités à assumer son autonomie fait éprouver à l adolescent un sentiment de dépendance à l égard des adultes d autant plus difficile à gérer que sa quête et son attente sont plus vives. Il risque d osciller dans ses relations d une excessive proximité en quête d un appui à un éloignement brutal pour sauvegarder son indépendance. Les conduites à risques et les conduites d opposition apparaissent à l adolescent comme une solution. L adolescence et la prise de distance qu elle impose, est aussi une période où l influence des autres peut être l occasion de rencontres notamment avec des adultes de la communauté scolaire pour peu que ces adultes sachent aménager la distance relationnelle en étant tout à la fois présents et en redonnant un rôle actif à l adolescent par le dialogue. La confrontation aux règles scolaires, par exemple, constitue alors une médiation possible de ces rencontres qui peuvent prendre l aspect d une véritable prévention sanitaire et sociale. L adolescence est une période de cheminement vers une identité achevée. Cette période correspond à une exigence de réorganisation de l image de soi et de la place occupée dans le groupe familial et social : tout individu y est confronté et toute société s efforce d y apporter solution. Rappelons qu elle peut rester discrète, paisible. L adolescence est donc un phénomène individuel, social et culturel, dont la forme et l issue sont largement conditionnées par la culture d appartenance. Notre culture moderne, post libérale qui valorise la réussite individuelle majore les idéaux d autonomie, à l origine de la «société du malaise» 1. 1 EHRENBERG A., La La fatigue d être soi, Dépression et société, Odile JACOB La société du malaise, 2010 Odile JACOB 5

6 CHAPITRE I : LES CHANGEMENTS PUBERTAIRES Détaillons les changements qu introduit la puberté 1. La place du corps En premier lieu, nous allons évoquer le corps parce qu il prend à cette époque une place considérable, place que les conduites à risques viennent souligner. Le corps semble révéler à l adolescent une nature autre, comme si se manifestait quelques propriétés, quelques caractéristiques tenues secrètes jusque là. Jusque là, le corps et soi ne faisait qu un, une seule personne. C est avec la puberté qu apparaît l écart possible entre un soi, personnel et intime, intérieur et un corps, une apparence physique. La puberté divise le sujet qui ne trouvera plus jamais l unité perdue de l enfance. Ce corps n est plus l écran protecteur derrière lequel l enfant pouvait cacher ses pensées et désirs. Au contraire, il devient la scène sur laquelle ses rougeurs, sa gaucherie et son trouble révèle ses émois et ses désirs les plus intimes. L adolescence vient mettre en échec son sentiment de maîtrise, central à la phase précédente, dans la mesure où le corps cesse d être cette barrière qui le protège des regards extérieurs mais devient en qq sorte le phare qui révèle ses émois intérieurs. Le phénomène du rougissement, par exemple, avec la honte qui l accompagne, est une des expressions les plus remarquables de cette crainte si centrale à l adolescence de perdre le contrôle de ses émotions et, au-delà, de tout ce qui est intérieur, intime. La honte reflète ce vécu d envahissement par une émotion. La perception d envahissement ne fait qu accroitre l importance et le malaise qu elle génère. C est l intérieur du sujet qui est découvert par une mise à nu livré aux regards moqueurs ou malveillants chargés de la haine rageuse que le sujet y projette. («il m a calculé» ou jeux de bousculades «boulette») Livré aux autres, seul au milieu de l arène, le sujet honteux ne peut qu érotiser (cad y trouver de la satisfaction) cette soumission qui devient alors masochiste Le changement affecte aussi l identité Le corps est le terrain privilégié où se concrétise et s étale l héritage des parents. Ressembler physiquement à ceux-ci dévoile au grand jour cet héritage au point que l adolescent peut ne plus savoir ce qui lui appartient en propre. Au travers de ces ressemblances c est la qualité des liens relationnels et des identifications qui va s exprimer. La mise en avant de ces ressemblances peut donner à l adolescent le sentiment que son corps ne lui appartient pas et qu il est le reflet voire le jouet de ce qu ont façonné ses parents. Ce corps est le fruit de l union des parents, il représente de façon privilégiée l union des parents. Dans ces conditions l adolescent peut avoir besoin de se réapproprier son corps : au travers de la mode vestimentaire 2 Ce mécanisme de défense protège d une souffrance trop intense et contribue à renforcer le lien aux autres avec ce que cela comporte de soutien mais aussi de menace d intrusion et d abandon passif à la pénétration par ce regard ; soutien possible parce que le lien ainsi crée replace le sujet au centre de la scène et de l intérêt des autres. Mais cette érotisation un temps protectrice, peut devenir intolérable et pousser toujours plus au passage à l acte. 6

7 au travers de la façon dont il cherche à modifier son apparence corporelle, tachant par là d imprimer sa marque et son droit de propriété sur son corps. (piercing, look gothique, exorciser sa peur du changement en contrôlant la peur que ce look inspire aux adultes) être en relation sans montrer son corps (MSN, portables ) choix de l illustration de soi par les photos et les films diffusés par internet (blogs) ou portable. Maitrise de la mise en scène de ses images (Jeune fille et la question du féminin mis en scène sur une photo nue, un objet familier ds son sexe) création des avatars ds les jeux en lignes permet de choisir le personnage qui représente le joueur : choisir son sexe, son allure, Certaines filles se retrouvent par exemple en qq mois avec un corps de femme qui change totalement leur regard sur leur corps et celui des autres, notamment des adultes. Les dysmorphophobies par exemple peuvent être vues comme des attaques contre les figures parentales intériorisées. En attaquant et en rejetant une partie de son corps, c est avec ses parents que l adolescent règle ses comptes. Cependant, en même temps, dans ce bouleversement, le corps demeure un repère tangible de la continuité du sujet. On se trouve devant un paradoxe : le corps, par le fait des modifications pubertaires, est un facteur principal des transformations qui affectent l adolescent. Il est aussi ce qui offre une certaine constance et demeure un garant de sa continuité. Le corps est en effet un élément essentiel de l identité. Le corps spécifie un individu à ses propres yeux et aux yeux d autrui. Le corps est partie intégrante de la représentation de soi. Mais il est perçu également par le sujet comme un corps étranger dans la mesure où il lui échappe au contrôle. Sa matérialité, la distance que la conscience réfléchie peut prendre par rapport à lui le rapproche de la réalité externe. Le corps résiste. C est peut être ce qui explique qu il soit si fréquemment sollicité quand l identité est mise à l épreuve. (ex photos et films des ado ou l anorexie) Ex : jeune fille et l auto-érotisation de la faim «je veux réussir là où mes parents ont échoué/ leurs obésités» L anorexie reflète la capacité de maitriser l appétit, derrière laquelle se cache toujours la peur de devenir boulimique. La boulimie, au contraire traduit la perte de cette possibilité de contrôle. Le corps est donc tout à la fois ce qu il ya de plus personnel et de plus intime, et qui demeure tout à la fois quelque peu extérieur et étranger ème changement : la menace de la confrontation à la passivité. A l adolescence, les sources de cette passivité sont doubles et se renforcent l une l autre Passivité face aux transformations pubertaires dont le corps est l objet et qui s imposent à l adolescent. Passivité liée à la situation d attente à l égard des adultes. Mais aussi passivité face aux futurs objets d investissements tant affectifs que professionnels et du statut social d adulte à venir. On est là au cœur de ce qui représente la menace fondamentale pour l adolescent et, au-delà, pour l être humain et les organisations sociales qu il a érigées : la peur de se désorganiser, de ne plus être maitre de soi et chez soi. 7

8 Quand elle n est pas choisie par l être humain, la confrontation à la passivité est volontiers ressentie comme une menace En effet, être confronté à la passivité met en cause le sentiment de continuité et d unité, fruit de la progressive maitrise des moyens et des acquis. La peur d être débordé et de perdre le contrôle de la situation s exprime au moyen de représentations différentes : La peur d être fou, la gêne de se montrer en public, la gaucherie la peur de rougir attrait de la vitesse (ski, rodéos ) la compulsion à se regarder dans le miroir, le sentiment de ne pouvoir cacher ses émois, d être transparent ou deviné la peur si fréquente de s endormir et l inversion des rythmes veille sommeil Les pensées obsédantes, le mentisme (fuite des idées) permettent de la contrôler. C est le cas également de l élaboration de scénarios, notamment masochiques, d automutilations ou de sacrifices plus ou moins héroïques de soi qui autorisent une maitrise fantasmatique des situations de débordement et conjurent le sentiment de «mourir de honte», comme ils disent pour désigner une situation vécue de défaillance aigüe d effondrement de l image de soi (scarification) Bien sûr, l excitation sexuelle et la confrontation au désir et à l autre, objet de ce désir sont particulièrement susceptibles d être les déclencheurs de ces craintes de débordement. L adolescent va être comme fasciné par le pouvoir de renverser son vécu de passivité en une conduite active de refus. (cf les pathologies de la dépendance p14) 4. 4 ème changement : prise de distance avec les parents Non seulement, l ado n a pas choisi ces changements mais en plus la puberté le confronte à ses propres contradictions. Contradictions entre le désir de proximité avec les parents de l enfance et nécessité de prendre de la distance par rapport à eux à cause de ce corps qui se sexualise et qui sexualise les liens, qui change maman en une femme et papa en un homme, l un et l autre potentiellement désirables. Il devient de plus en plus difficile d ignorer que ceux-là ont sans doute une vie génitale. Le sexuel rapproche ; l adolescent le sait, il le sent. C est d ailleurs cela qu il tente de fuir en prenant ses distances avec ses parents. Cette soudaine prise de conscience de la réduction de la distance entre l adolescent et ses parents se manifeste par toute une série de réactions qui, dans la vie quotidienne, témoignent d un sentiment d invasion et de promiscuité permanent, comme si la présence des parents équivalait à un quasi contact physique. On passe vite de l attirance à un vague sentiment de rejet parfois de dégout. Ces attitudes contraires traduisent la même intensité de l attachement à l égard de la personne aimée et c est la force même de ce lien qui devient menaçant en se sexualisant et conduit à son inversion en refus. Ainsi l atmosphère familiale s épaissit Ado qui refuse le petit bisou dont il était si friand auparavant 8

9 Distribution de l espace de la maison. Le nénuphar de l Ecume des Jours (B.Vian) 5. Tout et son contraire L adolescent lui-même ne comprend pas ce qui lui arrive. Ce malaise qui désoriente tout le monde, conduit souvent l adolescent à l évitement de ces contacts devenus perturbants ou à l enfermement dans le retrait, la raideur, la pseudoindifférence. «Faire la gueule» est une des solutions à cette impossibilité de choisir entre l envie de se jeter dans les bras du parent comme avant, et l envie de s enfuir dans sa chambre pour pleurer sur le malheur de ne plus comprendre ce qui arrive ou ce qu on souhaite et de ne plus percevoir l intérêt du monde. Il étouffe à l intérieur de la maison mais il se sent mal et il a peur à l extérieur. Comment faire? 6. Trop loin, trop près : de l abandon à l intrusion Pour la plupart des adolescents, ces contradictions ne seront pas un drame parce que ces interrogations demeurent discrètes, intermittentes et que l ado sera soutenu par les acquis de son enfance et sa confiance en sa famille et son environnement. S il n a pas trop de compte à régler avec les acquis de son enfance, le monde lui apparaitra plutôt à moitié plein qu a moitié vide. Il n aura pas plus à douter alors de ses forces et de ses potentialités qu il en a douter de la qualité des liens qui l unissent aux siens. L ajustement se fera sans trop de difficultés. Par contre, si cette confiance vient à manquer, il lui faudra chercher cette force qui lui manque. Cette force qu il ne se sent pas avoir dans la tête, dans le ventre, il va falloir qu il l acquière sous peine de s effondrer. Inévitablement, cet adolescent se tournera vers les adultes car quelle que soit l ambivalence de ses sentiments à leur égard, ils restent les représentants de cette force, qu il leur prête d autant plus facilement qu il l attend intensément. 7. Attendre des adultes cette force qui aide à s autonomiser met l ado en tension L ado se trouve alors face à une contradiction qu il risque de percevoir comme une impasse totale. Attendre des adultes dont il cherche à s émanciper cette force qui lui manque. C est se retrouver dans la position de l enfant dépendant dont on veut sortir et qu on a tant de peine à quitter. Désirer recevoir des autres ce qui nous manque pour pouvoir se passer d eux, c est donner du pouvoir à l autre sur soi. Cela peut devenir intolérable car c est prendre le risque de faire de l autre son maitre, de se soumettre à lui. Comment peut-on sortir de cette contradiction? Probablement, en comprenant déjà qu il ne s agit pas d une contradiction, a priori sans véritable solution, mais d un paradoxe. Un paradoxe c est deux propositions qui ne s opposent qu en apparence, car elles appartiennent en fait à deux niveaux différents de logique. Ce paradoxe vécu par l ado peut se formuler ainsi «ce dont j ai besoin pour pouvoir être autonome, cette force qui me manque, que je dois aller chercher chez les adultes supposés l avoir, c est ce qui menace mon autonomie» En résumé «Ce dont j ai besoin, c est ce qui me menace» C est d autant plus angoissant pour l ado qu il ne peut se formuler ce qu il vit de cette façon. Ce qu il en perçoit, ce sont les effets, c'est-à-dire la tension et malaise intérieur qui en résultent : le sentiment d impasse et de découragement, l absence de perspective. Pas de futur mais à la place une tension qui lui fait violence. Cette tension provoque un état de stress qui va déclencher des réactions émotionnelles de rage, de colère, de dépression, d impulsivité plus ou moins importante suivant le tempérament et l histoire de l ado. 9

10 L adolescent doit désormais reprendre à son compte les fonctions régulation de l estime de soi, d appui et de soutien qui sont largement le fait des parents jusqu à l adolescence. Il va devoir renégocier totalement les conditions de ce qui assure le sentiment de sa valeur, sa confiance en lui, en trouvant de nouveaux moyens de décharge des tensions et d obtention des plaisirs. Ce mouvement passe nécessairement par un recentrement de ses intérêts sur luimême, sur son corps et sur ses ressources propres qui doivent désormais assurer l essentiel de ce qui était auparavant dévolu aux parents. Sur un autre plan, ce processus correspond à un travail d intériorisation et d appropriation des capacités à prendre soin de lui, à respecter les interdits, à trouver de nouveaux idéaux jusqu alors portés par les parents. 8. Faire ses preuves En d autres termes, l ado est confronté à une obligation de faire ses preuves, cad qu il va devoir montrer de quoi il est capable et ce qu il «a dans le ventre» en agissant et en actualisant ce qui n était que des potentialités dont la réalisation pouvait jusque là être différée. L enfant sort de la crise œdipienne en différant : «plus tard, comme papa, j épouserai une femme» Les transformations pubertaires ressexualisent les liens et prennent de court l adolescent. C est là que vont se révéler la nature, la solidité et la valeur organisatrice des acquis antérieurs. Bien sur, cette «obligation de faire ses preuves» n est que virtuelle. Il lui est possible de trouver encore des moyens d en différer la réalisation. La société peut l y aider, par exemple en favorisant un fractionnement et un étalement dans le temps des tâches. L autonomisation sociale d avec les parents, l assomption d une identité sexuée définie, celle d un statut professionnel peuvent être plus ou moins indépendantes les unes des autres dans le temps. On peut penser que la société actuelle favorise au maximum ce décalage et qu elle est responsable de la difficulté croissante à poser un terme à l adolescence. Toutefois, on doit souligner qu il appartient spécifiquement à ce temps de l adolescence de confronter l adolescent à cette contrainte à laquelle nul ne peut échapper, car elle est constitutive du processus de la vie et du développement, qui est de se réapproprier son héritage, de le faire sien et d apprendre à s en servir pour devenir de plus en plus acteur de son développement dans un échange inévitable avec l environnement. Echange qui confronte le jeune à ses ressources, mais qui ne peut se faire sans un appui sur l entourage, entourage dont la Communauté scolaire est un élément particulièrement investi. C est l enjeu essentiel de l adolescence. Il ne faut pas que son attente à l égard des adultes et son besoin de recevoir d eux soient perçus comme une menace pour son identité et son autonomie et qu il soit alors tenté par un repli défensif sur son territoire, son identité qui va l enfermer et l appauvrir. L aménagement de la dépendance est une tache essentielle de l adolescence. CHAPITRE II : LES AMENAGEMENTS DE LA DEPENDANCE Pour comprendre le travail typiquement pubertaire d aménagement de la dépendance, il nous faut dire quelques mots du développement de la personnalité et nous attarder sur le traitement progressif des frustrations. On peut considérer, de façon schématique que la personnalité se développe selon deux grands axes. 10

11 - L axe relationnel, celui de l intériorisation. Il est fait des échanges entre le BB et son environnement, plus particulièrement des personnes les plus investies (on parle d objet = la mère, le père tout environnement humain familier). Ces échanges vont servir de base aux identifications. On se nourrit d échanges affectifs. Les qualités propres de ses échanges vont être intériorisées ou incorporées. Ce sont ces échanges qui littéralement nourrissent la personnalité de l enfant et servent de base aux identifications. Le sujet se nourrit d autrui de la même manière que le corps se sert de la nourriture qu il absorbe, transforme et fait sienne. La nécessité d un échange caractérise ce qu on appelle la relation objectale. Le sujet se nourrit de sa relation à ses objets d investissement qu il intériorise. - L axe de l autonomie, de la différenciation, du sujet naissant, par lequelle le sujet se reconnaît et s affirme en développant le sentiment de sa continuité, et de ce qui le différencie des autres, que nous appelons aussi narcissisme normal. Il est fait de tout ce qui contribue à renforcer cette autonomie et assure la différence entre soi et les autres. Mais être autonome signifie justement ne pas être trop dépendant des échanges. On voit bien que ces 2 axes portent en germe un possible antagonisme. Faire en sorte que ces 2 axes soit plus complémentaires qu en opposition est un des enjeu majeur du développement. En effet si le processus d échange se poursuit toute la vie, il est particulièrement intense et structurant pendant les 2 premières années de la vie. Les échanges identificatoires ultérieures porteront la marque des premières intériorisations, de leur tonalité émotionnelle et affective. Illustrons par des exemples le lien entre qualité de l environnement et l attrait pour l objet. 1) Prenez un enfant qui commence à avoir faim. Il entend sa maman «Voilà, J arrive, Je prépare le biberon.» Le son de la voix suffit pour réactiver le souvenir des expériences antérieures de satisfaction. L enfant va pouvoir attendre, parce qu il sait que sa mère va le nourrir. Il a confiance parce que la réponse de la mère s est inscrite dans la continuité, ce qui l a rendue fiable. L enfant acquiert une confiance dans l adéquation entre ses besoins et les réponses de son environnement. Une telle adéquation évite de se poser trop tôt et de manière trop massive la question de la différence entre soi et les autres et, au-delà, atténue les éprouvés d impuissance ou de dépendance face à l environnement. Les «assises narcissiques», c'est-à-dire ce sentiment de sécurité et de confiance tranquille en nous et dans les autres, se construisent dans ces moments heureux de relation à l autre, quand celle-ci est suffisamment adaptée aux besoins de l enfant. Parce qu il est en confiance un enfant peut attendre et, pendant qu il attend, il met en œuvre ses ressources propres : il babille, suce son pouce, joue En exerçant ses ressources, il les éprouve comme étant les siennes, ce qui lui évite de se sentir totalement dépendant et impuissant. Ses ressources internes autoérotiques lui permettent de tempérer son appétit pour l objet. En utilisant ses ressources, il apprend aussi à différer la satisfaction immédiate de ses besoins. Un début de choix devient possible entre appeler sa mère ou continuer ses activités. C est la base d une possible liberté ultérieure, celle de pouvoir choisir de contenir, plutôt que d être sous l emprise de ses émotions. On sait combien les ados en difficulté mais aussi certains adultes sont dans l incapacité d attendre et, donc, de pouvoir choisir leurs réponses. (ex : addiction «tout, tout de suite» cf pathologie de la liberté de s abstenir p18 ) 11

12 2) A l opposé de cette évolution harmonieuse, tout ce qui fait sentir, trop tôt ou trop vite, le poids de l autre et sa propre impuissance face à lui, que ce soit par excès ou par défaut de présence, est susceptible de jeter un antagonisme entre soi et l entourage. Les assises narcissiques se constituent non plus avec et par l autre, mais contre lui. Une mère qui fait systématiquement attendre son bébé avant de le nourrir ne lui permet pas d acquérir la possibilité d attendre. A la place l enfant va pleurer, s agiter, sentir qu il dépend d un monde incompréhensible sur lequel il n a pas prise. La répétition de cette situation va créer un sentiment d insécurité. On aboutit au même résultat avec le comportement opposé : face à une mère qui devance répétitivement les besoins et le nourrit avant qu il ait eu le temps de réclamer, ne permet pas à l enfant de comprendre davantage ce qui lui arrive et a tout autant le sentiment d être démuni et impuissant face au monde qui lui échappe. 9. Les séparations révèlent la qualité des assises narcissiques Certaines expériences, comme les expériences de séparations, sont révélatrices de ce qu un enfant a intériorisé de plus ou moins sécurisant. Prenons un enfant de 2 ans environ qui voit partir sa mère. Il y a 3 façons de gérer cette séparation : 1) Il peut trouver en lui les ressources intérieures suffisantes pour suppléer cette absence. Il pleurera peut-être un peu, mais il développera vite toutes sortes d activités témoignant d un plaisir retrouvé : il sucera son pouce, prendra son doudou, babillera Cet état d apaisement est en fait nourri par la présence implicite de sa mère, qui certes n est pas présente dans la réalité, mais qui l est autrement, dans le plaisir que prend son enfant. Il est même probable qu un tel enfant n a pas besoin de penser spécifiquement à sa mère. L intériorisation progressive du lien sécurisant car construit sur une prévalence du plaisir et de la fiabilité lui confère la liberté d explorer le monde extérieur sans trop de crainte. L appropriation des caractéristiques rassurantes du lien maternel le rend de plus en plus indépendant des personnes qui en sont à l origine. C est comme s il les emportait avec lui. Cet enfant-là a acquis une relation de sécurité interne. 2) A l opposé, un enfant insécure va pleurer lorsque sa mère s éloigne. Il est en situation de dépendance, cad que pour son équilibre intérieur et sa sécurité, il a besoin de la présence physique de sa mère. C est même elle et elle seule qui peut lui permettre de retrouver un fonctionnement normal. Ce n est pas pathologique. Mais cet enfant est plus vulnérable. Quand sa mère n est pas là, il se désorganise et il n a pas la possibilité d utiliser ces ressources propres, lesquelles existent pourtant. 3) Il est une situation encore plus difficile, celle de l enfant carencé qui n a aucun lien avec une «personne ressource» qui pourrait faire sens pour lui. Sa détresse est considérablement accrue par l absence de figure d attachement. L intériorisation d un lien sécurisant et la constitution de ressources internes suffisantes sont simplement impossibles. Comme il ne peut trouver ni en lui ni dans un contact avec l extérieur cet échange qui est nécessaire à la vie, il le remplace par ce qui reste toujours possible avant l effondrement et peut être la mort : l automutilation de son propre corps. On voit ainsi nombre d enfants carencés se balancer de façon stéréotypée, se taper la tête contre les bords du lit, s arracher les cheveux, se frapper la figure avec les poings. 12

13 Pour suppléer l absence de référence humaine personnalisée, ces enfants sont en quête de sensations. A la place de l impossible relation à un personnage constant et chaleureux, ils substituent des sensations physiques, toujours douloureuses et toujours autodestructrices. Reprenons ces 3 modalités de gérer la séparation, d affronter la frustration 1) dans le 1 er cas, c est le plaisir du fonctionnement lui-même, c est à dire le plaisir qu il tire de l utilisation des ressources propres qui prend le relais de la personne absente. Il faut voir dans une telle réaction le signe d un lien sécure qui favorise tout autant l échange que la séparation. La qualité des interactions et de l attention dont l enfant fait l objet se retrouvent dans sa façon de s investir et d investir son corps. Le plaisir pris à fonctionner, à utiliser ses compétences, ses ressources physiologiques ou psychiques est toujours la traduction de liens intériorisés. L indispensable lien de continuité est assuré par ce plaisir que l enfant éprouve. Ce plaisir se manifeste par la capacité à jouer avec des objets familiers, peluches ou autres, à tirer plaisir de son corps en suçant son pouce, à babiller, à s abandonner à la rêverie ou à se raconter des histoires. A ce stade, il n y a pas chez lui de conflit entre sa dépendance aux autres et sa soif d autonomie. L une se nourrit de l autre. C est cette situation qu il faudra essayer de transposer avec les ados, en sachant que l âge en rend l issue plus aléatoire. Par exemple, c est ce que vous faites quand vous provoquez le dialogue avec l adolescent où vous l invitez à poser à plat le problème et où vous le soutenez pour trouver des solutions acceptables. 2) Dans le 3 ème cas, la recherche de sensations violentes par l attaque de son corps ou par l affrontement et la provocation des autres s est substituée à la relation : le plaisir est absent, c est la crainte qui triomphe. (Scarifications) La douleur vient annuler tout sentiment de perte. (snif d héroïne ou de cocaïne) 3) Dans le 2 ème cas, la présence réelle, contrôlable par la perception de la personne investie est nécessaire à l enfant. Ici, le lien est insécure. La relation de contrôle, de tyrannie, d emprise ou d agrippement domine, qui rend difficile aussi bien la séparation avec l autre que le plaisir de sa présence. Ce n est pas un choix. C est une contrainte, un réflexe basique de survie. Cette contrainte qui s impose à lui, il va devoir en miroir l imposer à sa mère en la contraignant de rester avec lui. A partir de 2 ou 3 ans, l enfant peut ressentir ce besoin comme un désir. Mais ce n est pas la force de son désir qui l oblige à garder sa mère près de lui, c est la peur de la perdre. Ce n est pas de l amour. C est un agrippement Or, comment va-t-il la retenir contre lui? Surement pas par le plaisir partagé. S il lui dit «maman, comme je suis content que tu sois resté près de moi, que tu m aies raconté une histoire!» Que va-t-elle répondre? «moi aussi, mon chéri. Maintenant tu dors, bonsoir» C est le drame des anxieux : toute expérience de plaisir prend fin et confronte à la peur de la séparation, de la solitude. Le déplaisir, surtout quand on se l inflige soi-même, peut toujours durer. Ce n est pas un choix, ce n est pas un plaisir, mais ce peut être sécurisant, une façon de maintenir un lien avec ceux qui pourraient nous rassurer, une façon de tenir la main du passé, à défaut de tenir celle de la mère. Comment sortir de cet engrenage? Par la fermeté si la mère est suffisamment convaincue et convaincante et par le recours au tiers, le père étant a priori le mieux placé, essentiellement parce qu il n est pas dans la situation de dépendance affective. 13

14 A l adolescence, les sujets les plus insécures vont remplacer les caprices de l enfance par une insatisfaction chronique, une opposition systématique, comme le refus scolaire et un harcèlement des adultes par l inquiétude qu ils suscitent. L hostilité, les provocations notamment par leur absentéisme deviennent alors la manifestation privilégiée de leur attachement insécure à leur entourage. (carnet de suivi) CHAPITRE III : LES PATHOLOGIES DE LA DEPENDANCE A L ADOLESCENCE Comme Ph. JEAMMET nous y invite, on peut regarder d un point de vue psychopathologique l ensemble des troubles de l adolescence sous l angle de l aménagement de la dépendance. Avec ce point de vue, on définit l adolescence comme ce passage de la dépendance infantile à une position plus autonome. Nous sommes tous dépendant bien entendu d un apport extérieur pour notre survie, personne ne peut vivre en autarcie. La question est de savoir si nous avons une certaine marge de liberté, une marge de jeu possible envers notre dépendance affective, matérielle, à l égard du monde externe. Vont être dépendants ceux qui vont utiliser de façon dominante, contraignante la réalité perceptive externe, pour contre-investir une réalité interne, sur laquelle ils ne peuvent pas s appuyer car elle ne leur donne pas cette sécurité interne nécessaire, base de cette relative liberté. Hyperactivité = maladie de la modernité. 10. Ce dont j ai besoin, c est ce qui me menace Nous avons vu qu on peut schématiser le développement de la personne selon 2 grands axes. L axe relationnel qui va s intérioriser au fil du développement L axe de l autonomie et de la différenciation L adolescence interroge la solidité de chacun de ces axes et ce faisant elle risque de les conflictualiser et de les faire apparaître comme antagonistes au lieu d être complémentaires. Un tel antagonisme entre ces deux lignes de développement n est évidemment pas perçu par l adolescent. Il est vécu et subi comme une contrainte interne qui ne dit ni son nom, ni son origine, et qui ne peut être perçu que par ses effets de tension. L adolescence est la première fois où on se sent si seul. Si on a besoin des autres, c est devenu impossible car avoir besoin entraine un rapprochement qui est devenu impossible. Soit on se débrouille comme le bébé de la 1ère situation avec son plaisir de fonctionnement autoérotique (ex le MP3 et son casque sur les oreilles). Soit on risque d avoir recours aux actes (situation 2 et 3) Par exemple, la mise en danger du corps dans les conduites à risques est une quête d affirmation de soi. Une des caractéristiques de cet âge, est en effet l attrait du négatif. (modes, tatouages, attributs divers, etc.) Cet attrait pour le négatif peut se concevoir comme un travail de réappropriation d un destin, face à la pesanteur de ce qui lui est imposé et avant tout comme une maitrise sur ses propres besoins de dépendance affective. L adolescent a plusieurs recours possibles à disposition / dépendance devenue insupportable : Dire «je n ai pas besoin de toi» Rajouter du coté de l autonomie. «Tout ce que dit le parent, c est cause toujours ou c est nul!» 14

15 L échec scolaire. C est parfait pour mobiliser les parents par l inquiétude que suscite l échec sans leur permettre le plaisir qui risquerait d entrainer le relâchement de leur présence attentive. L échec scolaire, est parfait pour maintenir la dépendance tout en s opposant aux désirs de réussite et d autonomie des parents. Les conduites d opposition Ex L absentéisme scolaire. C est élaboré car c est un compromis. C est un conflit qui tient le lien de dépendance. Par ses absences, l adolescent s appuie sur ceux auxquels il s oppose (parents, communauté scolaire) tout en affirmant son apparente indépendance puis qu il s y oppose. Les oppositions ne marchent que s il y a des règles. C est un conflit vivant à condition de trouver des parents, des adultes, du «répondant». Les conduites à risques (TS) L ado a pris un otage= sa propre personne. Les parents ramènent leurs exigences à une seule. De cet enfant, il ne reste plus que le corps. Il faut remettre de la «chair psychique». Faire comme s il n existait pas de problème. Je fais ce qu il faut pour que mes conflits internes n existent pas et je les remplace par l activité. Le dehors est le lieu où se déroule tout ce que je vais percevoir. Mécanisme souvent utilisé : hypertravailler. Pour ne pas ressentir la dépendance aux parents s organise une dépendance à une activité mentale dénuée d affect. Je remplace le sentiment de perte ou d abandon par le remplissage par une activité de dépendance. Ex usage intensif des jeux vidéo: l ado est dans une activité compétitive qui ne laisse pas place à ce qui le concerne. Utiliser son cerveau pour ne pas penser (math) La paresse. On a l impression que l ado se retire dans une espèce de vide : la TV Il ne sait même plus ce qu il regarde. Sa mère lui tourne autour, ça n a aucun effet. Quand le père rentre, il accepte Par contre, quand il va chez les voisins, ils sont ravis d avoir un jeune si actif. Le sommeil devient une façon de se retirer en deçà de cette confrontation à la tension du paradoxe de la dépendance. La violence Echec par rapport aux valeurs sociales. Permet d être au centre de l attention et de mettre à distance l autre parce que ça ne lui fait pas plaisir. Ca permet de décharger la tension. C est la situation 3 du bébé qui s automutile. Il existe des violences d appel à la contenance de ce qui fait peur, dont l ado sent que ça peut dépasser ses capacités de contenance. (ex d un adolescent de 14 ans, vu en consultation pour avoir commis une agression sexuelle sur une fillette de 5ans et qui a mobilisé contre lui le quartier et le collège. Sa mère a pu entendre de moins pousser ce garçon né après la séparation du couple à être «son petit homme», et surtout de moins dévaloriser son père, grand absent. Car dévaloriser son père c est l empêcher de s identifier, de se nourrir de l image qu il se fait de cet homme et donc fragiliser ses assises narcissiques. Agresser un jeune enfant permet de retrouver l image idéalisée de lui avant la tourmente pubertaire) Nous avons évoqué précédemment que la crainte majeure de l adolescent est celle de la perte de contrôle et de la confrontation aux désirs passifs. Une hypothèse sous tend cette proposition : Ce qui ne peut se traiter en interne par le biais des représentations et des affects, se traite par la réalité externe. La question de la maitrise du lien et du contrôle de la distance devient centrale. (situation 2) Quand l équilibre narcissique est massivement dépendant d appuis externes, les phénomènes de réaction en miroir sont sollicités en une sorte de réflexe de protection de l identité. L adolescent cherche alors à rendre dépendant de lui l objet dont il dépend.(carnet de suivi réinstaure autoritairement une dépendance qu il convient de lever après réflexion. On connaît tous ces adolescents dépendants qui au moment où on les 15

16 complimente sont contraints au négatif et nous ramène à leur réimposer un contrôle dont ils ont besoin!) CHAPITRE IV : SECIFICITE DE LA PSYCHOPATHOLOGIE A L ADOLESCENCE Il existe pendant toute la période d adolescence une communauté d enjeux qui fait de cet âge une période critique à risques spécifiques. Ces enjeux, on peut les situer dans la possibilité de voir ce qui est de l ordre d une vulnérabilité dans l enfance faire place à l adolescence et dans l immédiate adolescence à des conduites pathogènes car susceptibles de réorganiser la personnalité autour d elles et de figer le sujet dans la répétition de ces conduites que l on peut alors qualifier de pathologiques. Le caractère non plus seulement pathogène mais pathologique est lié à cette contrainte à répéter une conduite, qu elle soit purement représentationnelle ou comportementale, malgré des effets dommageables pour le sujet et /ou son environnement. Les enjeux identitaires risquent de figer le comportement pathogène. «C est un toxico! Un délinquant!...» Le dilemme est le suivant : vont-ils pouvoir reprendre un lien narcissisant avec les objets parentaux et achever leurs identifications? Ou vont-ils être contraints de développer des stratégies de lutte contre la dépendance qui à des degrés divers comportent toujours une attaque et une mise à distance des objets parentaux qui concerne inévitablement une part plus ou moins importante des potentialités de l adolescent lui-même? Ce qui est frappant à cet âge c est combien à organisation psychique semblable, les destins de ces sujets peuvent être radicalement différents. Les uns font de leur relative fragilité le moteur d une évolution ouverte, en tout cas qui autorise la mise en valeur de leurs potentialités, les autres, au contraire, s enfoncent dans un destin marqué par la répétition, le masochisme, l autodestruction. Il semble, dans ces cas, que ce qui contribue à ces différents destins, c est en grande partie la nature de la réponse de l environnement. C est là que se discute votre interrogation sur les nouvelles recompositions familiales où l adolescent parfois ne trouve plus sa place soit parce que physiquement il n a plus d espace d intimité (provocation/ corps identitaire qui ne protège plus) entrainant conflits ou fuite Par surchauffe de la sexualisation adolescente (les mères qui se retrouvent seule avec un ado créant un climat incestuel (plus ou moins excitant) pouvant aller jusqu aux violences intra ou extra familiales. 11. les conduites violentes Il serait caricatural de ramener les situations de violence à une signification unique. Mais il existe une dynamique commune qui peut aider à se repérer. La violence répond à une menace sur l identité à laquelle s oppose la possibilité d une maitrise, comme l agrippement chez l enfant apeuré. Toute violence comporte en effet une dimension d emprise sur l autre qui répond à l effraction des limites du sujet. Elle instaure un processus de séparation, de coupure, de différenciation abrupte avec l autre. Dans tout comportement de violence, il ya une tentative de renversement en son contraire, en particulier une tentative de transformer la passivité en action et de faire subir à l autre ce qu on a subit soi-même. Le comportement de violence réalise en effet un compromis. Donner un coup marque apparemment la différence, l opposition, mais ce geste témoigne aussi d une proximité extrême puisqu il va jusqu à toucher l autre, jusqu au corps à corps. D ailleurs, les jeux virils, 16

17 les taquineries, les bagarres à la sortie du collège sont souvent un moyen pour les jeunes de commencer à négocier leur sexualité, une façon de faire qq chose qu on oserait jamais faire en dehors de ce cadre, à savoir réaliser une proximité physique, qu on peut méconnaitre dans sa signification réelle de désir de rapprochement. Plus qu à une finalité autodestructrice, les conduites agies répondent à la volonté de défendre, au moyen d une conduite active de maitrise, une territoire narcissique menacé. (jeux de boulettes, violences filmées en présence de témoins passifs. Happy Slapping 3 ) La tentative de suicide Il n est pas rare de constater qu elle survient après la prise de conscience par l ado de l importance qu un autre a pris pour lui et de sa dépendance à son égard. La TS devient alors le moyen d attaquer cet autre en soi, mais au-delà, de redevenir en qq sorte maitre de son destin. Il y a dans bien des gestes suicidaires le désir de maitriser ce qui échappe, de transformer le «je n ai pas demandé à naitre» propos que tant d adolescents prononcent et qui renvoie fondamentalement à ce sentiment de dépendance et de passivité à l égard du désir parental sur lequel ils n ont eu aucun pouvoir, en «Je n ai pas demandé à naitre mais je peux choisir de mourir» On voit ce que cette conduite négative offre de pouvoir. Face à ce lien dont ils sont exclus, les ado se posent en miroir, avec la capacité de détruire ce que les parents ont construit. Si un ado dit à ses parents «vous m avez fait tel que je suis, et je ne me plais pas comme ça Je suis déçu par ceci ou cela Mais, bon je vais vivre avec» Il se place dans la continuité et l acceptation de son héritage. En revanche s il dit «J ai choisi de mourir» il introduit une rupture et peut avoir le sentiment de choisir son destin puisqu il se différencie radicalement de ses parents et s y oppose de la façon la plus absolue qui soit. Les conduites addictives Les addictions sont certainement parmi les conduites humaines celles qui interrogent le plus sur les frontières entre le normal et le pathologique. Leur situation au carrefour du besoin et du désir leur confère une position centrale en matière de conduites humaines. Sans doute parce qu elles sont liées à cette capacité de détourner de leurs finalités naturelles un certain nombre de fonctions physiologiques comme la faim, la soif, la sexualité, la régulation du plaisir, l alternance tension-détente ou encore la recherche de sensations. L équilibre de ces sujets demeure largement dépendant de la réalité de leur relations, de leur qualité et de leur permanence. La relation addictive est une relation narcissique en ce sens 3 Le «happy slapping» consiste à enregistrer et à diffuser des images de violence. L explosion de ces conduites a contraint le législateur à de nouvelles dispositions pénales ( loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, art du code pénal) Les peines encourues par les auteurs de ces infractions : 3 ans d emprisonnement et d amende sont particulièrement lourdes puisque toute violence, même légère, est punie de 3 ans d emprisonnement et de d amende, dès lors qu elle est commise sur un mineur de moins de 15 ans, une personne vulnérable ou une personne chargée d une mission de service public, comme un enseignant. Sont également punis par la loi : > le fait d enregistrer et de diffuser des images de violence ; > le fait de diffuser l enregistrement de telles scènes. Ces infractions sont très largement le fait d adolescents scolaires. Aussi convient-il de sensibiliser les élèves et leurs parents. 17

18 qu elle correspond à une tentative de venir au secours d assisse narcissiques défaillantes. La façade caparaçonnée est censée défendre un intérieur menacé d effondrement, si, relâchant la garde, elle laissait filtrer des émotions dans une échange réalité extérieure /monde interne ; d où l appui trouvé dans les sensations qui servent de barrière corporelle à l envahissement redouté. De l usage récréatif à l addiction à internet MSN et blog Beaucoup d ados mettent en ligne leurs pensées les plus personnelles. Pour certains, le blog est un miroir intime où se livrer, croient-ils, en sécurité du fait de l autorisation d accès qu ils donnent aux lecteurs. Les blogs ne sont pas impénétrables car il suffit qu un ami transmette le mot de passe à une autre personne pour que tous les contacts de celle-ci connaissent à leur tour le mot de passe du blog du premier. L ado n a pas conscience qu une information émise sur Internet peut y demeurer à jamais. Même s il l a retire après 24h, on ne peut pas exclure qu elle ait été sauvegardée quelque part et réapparaisse bien plus tard, à son grand dépit. «Le fossé générationnel» Au départ les parents sont fiers de voir leurs enfants utiliser l internet puis ils sont dépassés. Les parents qui utilisent internet le font pour leur travail et ne s imaginent pas ce que sont les jeux vidéo. Ils se sentent parfois coupable d avoir introduit l ordinateur à la maison L utilisation d internet n est pas un savoir transmis par les anciens. Elle s apprend entre jeunes. Les médias relaient une image relativement négative sur les jeux : on oppose souvent la réalité physique, bourgeoise «c est bien»/ au virtuel qu on pathologise : on parle de «la violence» et de «l addiction» Or, nous trouvons tous un attrait dans le virtuel (film, théâtre, romans ) comme moyens de développer nos connaissances, un échappatoire, une consolation On peut rappeler que les écrans ont toujours fait l objet de débats : Cinéma, début du XXè siècle «que vont-ils faire dans les salles sombres bizarre» TV a soulevé des débats et de nombreuses controverses. Comment s en servir, faut il laisser les enfants devant? Aujourd hui, les parents limitent accès pour les plus jeunes Cependant, on assiste à un changement des types de spectateurs et de spectacles : La famille ne se réunit plus devant l écran : chacun son espace, chacun ses écrans : on ne partage plus même programme Les spectacles sont de plus en plus interactifs : «reality show» depuis Ces écrans de télé interactifs nous amènent à celui d internet. Nous dépendons de multiples choses. Ces attachements renvoient à quelque chose d extérieur à nous qui nous procure du plaisir : on va donc le répéter. Addiction est une autre forme de relation : forme tyrannique, extrême «pathologie de la liberté»: perte de liberté de s abstenir (situation n 2 du BB dépendant de la perception de sa mère) Je ne peux faire autrement que d exécuter ce comportement qui tout à la fois, me procure un soulagement d un malaise et en même temps entraine des conséquences négatives. On a tendance à étiqueter «toi t es un vrai addict» alors que l addiction est une vraie souffrance : les addictés veulent arrêter mais n y arrive pas. «Ce n est pas une norme extérieure, un nombre d heures passées devant l écran, c est le fait de souffrir de ne plus pouvoir limiter seul son temps devant les écrans, au casino, au PMU ou avec le produit». (Marc VALLEUR) 18

19 Definition de l addiction : «processus par lequel un comportement qui peut produire un plaisir ou fournir une échappatoire à un malaise interne est caractérisé par faillite récurrente pour contrôler ce comportement et par sa poursuite en dépit des conséquences négatives» Elizabeth ROSSE Quand on est devenu addict on va rechercher ce comportement avec une certaine avidité : dès que jeune se lève il va allumer l écran. OLIVENSTEIN définit le toxicomane comme la rencontre d une personnalité, d un produit et d un moment socio culturel. Il faut : une certaine vulnérabilité (qualité des assises narcissiques) un produit présentant des caractéristiques addictogènes (alcool, tabac, jeux en ligne ) et une rencontre à un moment socio culturel spécifique: pour nous l invention de cette révolution cybernétique. L invention de l ordinateur équivaut à l invention de l imprimerie qui marqua l entrée de la Renaissance. Autre exemple, l abandon du chanvre du fait de l invention des fibres synthétiques réduisit son usage à celui du cannabis (Alain ODDOU) Quand on parle de cyberdépendance on parle essentiellement de dépendance aux jeux vidéo et pas à n importe quel jeux : Les MMORPG 4 (= jeux de rôle massivement multi joueurs en ligne) Ex un 1 er MMORPG «Ever kest» quelques mois après sa sortie on le surnommait «never rest»= pas de repos! Jeu développé surtout en Asie. En Corée on retransmet les matches de tirs type Counter Strike à la TV! un peu comme un sport. On relevait 8000 personnes addictes en Corée du sud au 1 er sem La place des jeux n est pas la même et donc la place de l addiction non plus! En France, on compte quelques centaines de personnes addictées au jeux vidéo reçues dans les Centre de Soin, d Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) Le jeu de référence actuellement «World of warcraft» totalise 11 millions de joueurs dans le monde Il s agit de migrations vers des terres inconnues merveilleuses. Le surinvestissement du jeu apparait souvent à des périodes de tournant existentiel. Manière de ne pas se confronter au choix du cursus scolaire auquel ils n ont peur de se confronter Ex au moment du bac. Internet offre la possibilité d être partout à la fois. Dans la réalité, choisir implique un renoncement. Les joueurs disent leur difficulté à rencontrer les autres IRL «in réal life» Difficulté à trouver une place pour des raisons différentes (déménagements, absence pour maladie, malaise dans leurs corps, parce qu avec les filles, c est pas facile ) Quand les joueurs addicts viennent consulter, le jeu ne les intéresse plus vraiment. Au départ quand ils montent leur personnage c est intéressant puis ça devient répétitif. Mais ils ne savent pas quoi faire à la place. Tant qu ils sont dans le jeu même répétitif ils ne pensent pas aux questions existentielles. Bénéfice d avoir une place dans un groupe (guilde). Ils sont souvent parmi les plus performants. A quoi sont- ils accro? A l échappatoire de la vie réelle (leur corps) 4 Massively Multiplayer Online Role Playing Game 19

20 Parlons de la fonction cathartique des jeux comme dans les films, les romans, le théâtre cathartique= mettre hors de soi un certain nombre de pulsions amoureuses et agressives On accuse les jeux d encourager la violence «Counter strike est souvent montré du doigt par les adultes. Il s agit de tuer un certain nombre de personnages ennemis en un minimum de temps sans se faite tuer. Est-ce que ça n apprend pas à mon enfant à tuer? Les adultes confondent souvent le réel et le virtuel contrairement aux adolescents. C est un personnage de pixel que tue l ado. Cette confusion, cet amalgame est induit par les médias (massacre de Colombine : 2 jeunes gens sans doute en situation de mal être psychique, se sont rendus dans leur lycée pour tuer une dizaine de personnes et se sont donné la mort. Les médias ont dit qu ils avaient trouvé l idée dans les jeux vidéo. On sait maintenant qu ils jouaient en «mode divin» pour répéter ce qu ils avaient prévu depuis longtemps. Ils se sont servis du jeu pour simuler ce qu ils avaient pensé antérieurement) Quand on rentre dans un jeu, on sait qu il a ses propres règles, on sait qu on va faire ce qui est mal, interdit ou dangereux parce qu on sait qu on ne peut pas le faire en vrai Ex GTA plaisir de transgresser la loi car ça fait plaisir de le faire dans le virtuel. Amalgame n est pas démontré scientifiquement. Les 4 propriétés addictogènes des MMORPG La définition d OLIVENSTEIN parle de produit addictogène. Qu est-ce qui fait que les jeux de rôles accrochent tant. On va choisir un avatar on peut choisir l apparence de son avatar être beau ou laid, immortel, invincible, on peut dominer, on peut choisir un autre sexe et s exercer dans ce monde virtuel qui est toujours réversible. On peut protéger et soigner. Les joueurs ont l impression d avoir une plus grande maitrise de leur environnement dans les jeux que dans la réalité Dans la réalité impression que tout leur échappe alors que le jeu offre possible maitrise et impression d être reconnu par la communauté. Ce qui rend l illusion d autant plus crédible, c est le fait que les autres y croient aussi. D autres jouent avec moi. Petit à petit on y croit aussi! 1 Infinitude Il n y a pas de fin. Il y a sans cesse à faire évoluer son personnage Permanence Il n y a pas d horaire universel de repos. Il y aura toujours quelqu un qui ira se promener sur la toile et je trouverais quelqu un. Cette permanence peut créer une préoccupation constante. Je peux me demander si mes ennemis et mes amis sont entrain de se battre. Les adjonctions. Les créateurs de logiciels ont pensé à rajouter des nouveaux territoires à explorer rend le jeu sans fin 2 Dans les jeux on est dans la certitude. Tout est prévisible et gratifiant. Si j exécute la bonne mission qu on m a demandé on me félicite immédiatement A l école, c est différent, il faut attendre pour avoir la note. Si la prof m a dans le pif, je n aurai pas la meilleure note (subjectivité) Dans le jeu c est facile. La réussite est indexée sur le temps passé, et non sur le talent. Les 1ers jeux étaient fabriqués pour être chronophages. Actuellement c est moins vrai. 3 Le caractère d immersion. On plonge dans le monde choisi de notre avatar. Dans World of warcraft il s agit de réaliser des bonus qui vont permettre d acheter des équipements aux personnages On est dans le monde de Tolkien, monde de plus en plus esthétique, un univers planant de plus en plus réaliste. On a l impression d y être vraiment. 4 la communauté et l interdépendance entre les joueurs. Les éditeurs des logiciels ont organisés les jeux pour que les joueurs se regroupent dans les guildes pour pouvoir tuer ces boss Ces guildes sont très organisées, hiérarchisées. En haut il y a les officiers et vs descendez dans la guilde avec chacun son grade un peu comme chez les militaires. Ce qui crée l interdépendance : Pourquoi votre enfant ne vient-il pas manger? Si l ado s est engagé auprès 20

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