NUMÉRO SPÉCIAL SUR L'ITALIE

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1 NUMÉRO SPÉCIAL SUR L'ITALIE UN EXPLOIT DES ITALIENS L'éta^-maor italien a fait preuve dans cette guerre d'un esprit de décision et d'initiative tout à fait remarquable. Il s'agissait d'agir avec promptitude et le plan avait été soigneusement étudié. Dans Ja nuit, les batteries d'artillerie furent amenées au point voulu, placées, et, les servants et les pointeurs ayant repéré le but, elles étaient prêtes à entrer en action au premier commandement. En même temps, l'infanterie italienne s'avançait sans bruit dans les cols des Alpes, et, après avoir marché toute la nuit, occupait les positions indiquées par le général en chef, la veille. ) (Lire f<j suffe page J2

2 KÉDACTION S ADMISTRSTIOH : 73, boulevard Saint-Michel, PARIS. ABOPEIMTS : France : Un an, 6 fr. ; Sil mois, 3 tf. 50 GARDONS TOUJOURS NOTRE BONNE HUMEUR Du très spirituel Grosclaude, cette charmante anecdote. C'était après l'affaire de Crouy-Soissons. Le kaiser, ayant -enfin une «grrrrande» victoire à enregistrer, fait venir son «vieux bon Dieu allemand» et l'invite à s'asseoir : C'est très bien, lui dit-il..: Je suis content de toi... A l'avenir, tu t'appelleras von Go(t. }u'est-ce qu'ils vont prendre, les Italiens!.., L'Esprit de la Guerre Un ieiormé, rappelé au service après une révision sommaire, demande, avec insistance, à être examiné devant un nouveau conseil. Il se plaint des yeux et déclare qu'il ne voit pas clair du tout. On l'envoie à l'hôpital militaire où il est habituellement procédé aux examens de la vue. Un maor le met en présence du tableau sur lequel figurent des lettres et des chiffres de diverses grandeurs et lui demande en lui montrant les plus petits caractères : Pouvez-vous lire ça? Non, monsieur le maor. On lui montre de plus grosses lettres. lit ça, pouvez-vous lire? Non, monsieur le maor. On épuise toute la série des alphabets, usqu'à ceux qui comportent des lettres géantes. L'homme ne peut touours pas lire. On rapproche le tableau : même résultat. On lui met le tableau devant le nez : rien, touours rien. Mais, enfin, s'écrie le maor, vous êtes donc aveugle! Non, monsieur le maor. Alors, comment se fait-il que vous ne lisiez pas des lettres pareilles? Monsieur le maor, c'est... que e ne sais pas lire! Et cette historiette est peut-être vraie, aoute h Cri «7 Paris qui la conte. Un moine allemand, voyageant en Alsace, entra chez un pauvre curé de village, et lui demanda l'hospitalité. Le pauvre curé le reçut de son mieux, mais ne put lui présenter d'autre vaisselle que celle qu'il possédait : assiette de terre, cuiller d'étain, fourchette de fer, etc. Le moine allemand, habitué à plus de konfort, ouvrit sa valise et en retira.avec ostentation un service d'argenterie qu'il déposa sur la table, A la vue d'un tel luxe, le bon curé lui dit, non sans malice : Révérend père, nous ferions un bon religieux à nous deux. Pourquoi? demanda le moine boche. C'est que vous avez fait vœu de pauvreté, e ' 1UEe 1e l'observe. Deux eunes vauriens ayant voulu se soustraire à l'obligation de servir la Patrie, désertèrent, puis s'étant fait pincer par un gendarme, comparurent devant le commissaire vingt-quatre heures plus tard. Interrogatoire. Le gendarme, fier de sa capture, vient déposer comme témoin. Gendarme, demande le commissaire de police, quand avez-vous arrêté ces deux individus? Zhter, mon commissaire:! Gendarme, vous venez de résoudre un grand problème ; la postérité s'en souviendra. Vous venez de faire un cuir avec un seul mot! Un Allemand qui habitait Paris, ces dernières années, avait le défaut assez fréquent chez ceux de sa race, de se griser abominablement. Il se dépitait un our, dans un cercle, de son teint échauffé et de la rougeur éclatante de son appendice nasal. Il terminait en disant avec hvpocrisie : Che ne buis bas m'exbliguer où ch'ai bris ce nez-là! Au buffet! répondit une voix. Dans la Vossische Zeilung, un écrivain all'mand, Max Nordau, rend oh! sans le vouloir! hommage au peuple de Paris. 11 S. M. Victor-Emmanuel III est ne Naples le n novembre F>'s du mi aibert I et de Marguerite de Savoie. Alors que le roi d'italie que prince de Naples, il épousa, à Rome, le 24 octobre 1896, rincesse Hélène de Monténégro. Ils montèrent sur le trône er FRANÇOIS-JOSEPH. le 29 uillet 1900, à la mort du roi lltimbert Ier. 11 a attendu la décision de son peuple, mais il est de la race des braves et a déà su, depuis le début de la guerre, montrer qu'il était le digne petit-fils de VictorEmmanuel II. Satané macaroni... m voilà bien empêtré avec! constate que l'attitude des Parisiens fut diamétralement opposée à celle des Berlinois dont les violences se déchaînèrent dans les premiers ours des hostil.tés. Herr Max Nordau raconte qu'habitant Paris à cette époque, il fut amené au commissariat de police de son quartier, avec un grand nombre d'autrichiens et d'allemands. Ils attendirent quelques heures dans la rue, en plein soleil. Des gens s'arrêtaient pour les voir, sans que personne se permît une parole hostile, un geste incorrect, un regard mauvais. Certains disaient en hochant la tête : «Pauvres gens! 1 Et des femmes ayant remarqué que ce troupeau humain étouffait île chaleur, lui offrirent de l'eau et des fruits. Max Nordau voulut leur donner quelque argent et il s'attira d'une ouvrière parisienne cette frère réponse : En France, monsieur, la pitié ne se paye pas!... On disait, l'autre our, devant une femme d'esprit, que les Allemands voulaient diviniser leur Hindenburg et qu'ils avaient fait imprime! son portrait sur un important stock de méiladles qui sont vendues dans toute l'allemagne du Nord au profit de la Croix-Rouge. Voilà, dit la dame, une méda lie qui au»! un beau revers. S.A. R. LOUIS, duc des Abruzzcs. làmadrid, le 29 anvier 1873, fit toute Mnère dans la marine. Cousin germain M d'italie, père du comte de Turin et du fftdaoste, il est auourd'hui amiralissimc 'royaume. C'est un marin expérimenté et oïcier de grande valeur, qui saura mettre moi la puissance de la marine italienne. Général CADORNA. Nos alliés ont eux aussi leur «Joifre» eu la personne du général Cadorna. Et tous les Italiens ont pleine et entière confiance dans la valeur- du chef de l'armée, qui combat pour le droit et la liberté de son pays, et lier d'être le frère d'armes de notre généralissime. S. A. R. EMMANUEL, duc d'aostc. Né à Gênes, le 13 anvier 1869, est inspecteur général de l'infanterie. Il a épousé, en la princesse Hélène d'orléans dont d a eu deux enfants. Cousin germain du loi, c'est un homme d'une grande instruction et un esprit froid et fin, qui a en lui toutes les vertus de. la maison de Savoie. CHART.ES-ETIENNE, Petite Correspondance L. il/. Oui. dans huit ours. André. ÎXous vous le promettons. Jeanne C. Au mois de.septembre dernier.» A. S. Tout va aussi bien que possible. Marie. Vous pouvez en être certaine. Les Italiens, ouent de la mandoline... mais, sa pris u, e crois que, nous, nous ouons sérieusement des" flûtes! //. de C. Les numéros des Couleurs sont en vente partout. Eh! bien. 01C l'ami, «Trois une botte... italienne que tu ne connai ssais pa encore! LE BERSAGLIERK. ^0lr de la mobilisation italienne eut lieu à Renie une manifesta^atment enthousiaste, tout le. peuple se pressait devant le QuiriJM' est, depuis 1870, la résidence du roi. Hommes et femmes branl 'e drapeau italien, ainsi que celui de France, entonnèrent tour 1 ur hymne national et la Marseillaise. De toutes les poitrines sortaient les mots de : «Vive la guerre! vivent les Alliés». Quelle oie pour ce brave pays de pouvoir enfin donner un ours à ses désirs si longtemps contenus. On allait se battre... et ce fut, ce our-là. un délire incomparable dans toute l'italie.

3 23? BEPPIN0, C tait un petit berger du Fridul. U passait sa vie dans l'alpe verte et gigantesque, en gardant son maigre troupeau. 11 avait touours vécu dans ses montagnes et savait peu de choses de la vie des peuples et des ambitions des monarques. A lais son grand-père, le seul parent qui lui restât lui parlait souvent, le soir, dans leur chaumière du village, des malheurs de leur pays. Tu es Italien, Bcppino! disait le vieillard, et tu as en tes veines le sang des anciens Romains qui ont été les conquérants du monde! Mais l'envahisseur autrichien, maudit, qui nous opprime t'a séparé de notre chère patrie, le sol où tu es né! A 4 ans, Beppino, dans le grand bois de mélèzes et de sapins profond et frais, dans les névés dénudés, dans les grasses prairies des «alpages» se remémorait, pour distraire sa solitude, les paroles émues du rand-père. Il savait lire, mais ne possédait qu'un seul livre, les Vies de Plutarqtte, traduites en italien par un prêtre, et il ne se lassait pas de parcourir le vieux volun.., auni et maculé de taches. Son âme enthousiaste d'enfant s'exaltait aux récits héroïques et, en lui, montait un désir frénétique d'imiter les hommes illustres dont il apprenait les hauts faits. Cependant, le soir, au village, des rassemblements se formèrent, soudain, à l'heure où Bcppino rentrait avec ses brebis. Tes hommes discutaient à boix basse et le mot de guerre revenait à tout instant dans leurs propos. Alors, le vieux grand-père, questionné, apprit à Bcppino que la Fi ance se battait contre l'allemagne, à cause des exigences. de l'autriche, et que l'italie allait peut-être se eter dans la mêlée. Des semaines passèrent. Tes gens nés dans le pays attend tient le geste libérateur de leurs frères italiens, mais ce geste tardait à se manifester. Mais les Autrichiens multipliaient les vexat ions et les inustices à l'égard des Frioùliehs et la colère grondait dans les cœurs. Dans leur chaumière, le grand-père et son petit-fils s'entretenaient ardemment des événements. Te vieux était sûr que l'italie allait se soulever, reconquérir les provinces perdues, châtier l'autrichien et délivrer ceux de sang latin qui gémissaient sous le oug de l'étranger. L'hiver arriva. Tes ournées s'écoulaient mornes et froides. Te grand-père perdait confiance... Puis, les beaux ours revinrent ': on reparla de l'intervention italienne et le vieillard vivait dans l'espoir. Insensiblement, les symptômes se firent plus sensibles. Tes soldats autrichiens furent renforcés et travaillèrent avec acharnement à des travaux de défense. Avril, surtout, décela les appréhensions des tyrans. Tes persécutions redoublèrent dans tous les pays. Mai commença. Un our, Beppino était dans une gorge sauvage; où il suivait ses bêtes qui broutaient le long d'un sentier. A quelques pas de là, lin grand pont dressait ses arches voûtées, ses piles énormes, enambant les deux bords du ravin. Ce pont supportait la voie ferrée qui mène de Udinc à Taybach et qui oint l'italie à l'autriche. Te soir tombait. Beppino remarqua soudain les allées et venues de plusieurs hommes qui descendaient dans le fond de la gorge et creusaient un trou au pied de la grande arche centrale. Agile comme un cabri, le gamin se laissa glisser usqu'au bas de la montagne et regarda les travailleurs: L'un d'eux l'interrogea en patois- Croate Par MARCEL DE LRNSRQ et l'enfant, qui connaissait très bien ce langage, lui répondit qu'il était berger et habitait près d'idria. Puis, enhardi, Bcppino demanda alors à l'homme ce qu'il faisait là, et l'autre, avec un ricanement, répliqua : Nous préparons une mine pour faire sauter le pont! Le petit eut un sursaut de surprise. Faire sauter le pont? Et, pourquoi donc? Eh! fit l'autre, il paraît que les Italiens veulent entrer en guerre avec nous! On craint'qu'ils n'envahissent la région sans prévenir Alors, n'est-ce pas, on prend des précautions... L'enfant ne comprenait pas encore. Il posa de nouvelles questions. L'Autrichien expliqua : A la moindre nouvelle que les soldats italiens arrivent, on place une mèche allumée là, dedans, et pff... plus de pont. Il riait d'un gros rire que ses camarades imitèrent... Plus de pont! répéta Beppino, effaré... Mais, si cela saute au moment où passe un train?. Alors, le train sautera aussi, et tous les «macaroni» qui seront dans ce train sauteront avec!... \-. Le gamin pâlit, tant de la perspective décrite que de l'inure infligée à ceux de sa race. Il se contint cependant et eut le sang-froid de dire : C'est cela qui serait beau à voir!... Tiens, regarde... fit l'homme, confiant. Beppino s'approcha des travailleurs. La cavité était, à présent, creusée assez profondément ; deux soldats apportèrent une caisse fort lourde, semblait-il, car" ils avaient du mal à la mouvoir. On ouvrit les planches et des obets bizarres apparurent. Qu'est cela 3... demanda le petit.. Des cartouches de dynamite. L'homme disposa les explosifs dans l'excavation, la bourra littéralement, puis, replaçant quelques pierres devant l'orifice, il s'exclama : Voilà!... tout est prêt!... A présent, au moment voulu, il n'y a plus qu'à faire entrer dans cette fente une mèche soufrée, à allumer l'autre bout... et e t'assure que cela fera un beau feu d'artifice!... Tous éclatèrent de rire. L'enfant, songeur, fit mine de courir après, deux brebis qui s'étaient écartées, du troupeau. Puis il revint au village, car il était déà tard. U ne dit rien à son grand'père de ce qu'il avait vu ce our-là, ni de sa conversation avec les Autrichiens. Mais, fiévreusement, il interrogea le vieillard : Dis... grand-père... que fait l'italie?.... Ah! mon enfant... encore un peu de patience!... Je crois que l'instant approche et que, bientôt, nous serons libérés du oug maudit!... En effet, les nouvelles se précipitaient. On arrivait au 20 mai. La décision de l' Italie semblait imminente et les troupes de l'empereur se succédaient, de plus en plus nombreuses. En rôdant, un soir, sur la place du village, en quête de nouvelles, Beppino entendit le maire annoncer, pour la nuit même, le passage d'un fort contingent autrichien. Us doivent passer sur la voie ferrée entre onze heures et minuit, venant de Lay. bach.. Et où se rendent-ils?... demanda quelqu'un. '.. Qui le sait... A la frontière, sans doute. Peut-être vont-ils reoindre d'autres forma- tions et tâcher de pénétrer en Italie, par S tf prise!... Sans déclaration de guerre!... Bah!... fit le maire, auourd'hui o, ne déclare plus la guerre... Le premier p en profite et fond sur son ennemi... ],c Sl)^? ustifie tout... Beppino, tout affolé, courut à sa maison En chemin, il murmura : Envahir l'italie... envahir l'italie' Us oseraient commettre une pareille cheté! U était tout frémissant d'indignation et une cruelle appréhension crispait son. cœur... L'Italie!... la terre sacrée!... la patrie, envahie soudainement, traîtreusement,,' souillée par les hordes ennemies... livrée brutalités de l'autrichien exécré!... Oh! non... il fallait empêcher cette aborai. nation!.'.. _/ '. 1 Que faire?... V Tui, Beppino, n'était qu'un enfant, vu humble berger. Que pouvait-il?... Prévenir les Italiens?... Mais, comment!.. Ta distance était longue usqu'à la frontière... Peut-être serait-il trop tard, même, quand il arriverait sur le sol italien!... En l'esprit du gamin, repassaient les récits héroïques des Anciens illustres dont Pl tarque avait retracé la vie comme le. pics merveilleux exemple de devoir, le plus admirable enseignement d'abnégation et de patriotisme. T'cnfant était tout enfiévré à ces souvenirs Et, soudain, il murmura : Moi aussi, e veux faire mon devoir... U entra dans la chaumière, affectant le calme de tous les ours, ne voulant rien confier au vieillard de ses pensées ardentes, U soupa, et, tout de suite, alla se mettre au lit. Dix heures sonnèrent. Te grand-père dormait paisiblement. Alors, sans bruit, Beppino se leva, s'habilla, avec mille précaution et prit une bouteille contenant du pétrole, une longue cord- de chanvre et des allumettes. Puis il sortit doucement de la maison. Dehors, la nuit s'étendait, sombre et silencieuse, sur le village. Beppino, longeant hâtivement les ruelles, atteignit la.campj et prit le sentier qui conduisait à la montagne. Le traet était assez long, mais, en trw quarts d'heure, le petit pâtre l'eut.fraium Sous la vague clarté de la lune, u ut. pont se dresser dans les ténèbres du.ratl Il s'arrêta, le cœur battant désordonné- 2 I auï ment.. n Puis, après avoir observé les wh sûr qu'il était bien seul dans le vallon ' descendit vers le fond de la gorge, niait» droit à la pile centrale du pont.. A tâtons, il enleva les pierres qui,lle chaieht- la cavité creusée dans le P!' ' nt sura que les cartouches de dynamite ew touours là.. -f.. Alors, se redressant, il eut un sourue 1 gueil indicible et prononça à dcini-voi%. Entre onze heures et minuit! a maire... U regarda les étoiles,, et, commet '- 1 bergers des montagnes, sut l'heure qn W l ] 'ai encore le temps! murmura-. Débouchant la bouteille de pe»,'j introduisit dans le goulot une «rtre» la corde de chanvre et en fixa 1 aut. dans le trou de mine, entre piusiefl touches., L Je crois que c'est bien ains,q»ua 1 faire! reprit-il. Le Croate pa' V mèche... e n'en-ai pas, hélas! m» fera le même office, certainement ; Puis/posant sa bouteille avec pr pour epte la corde continuât à s'imbiber, il grimpa le long du ravin et alla se poster sur le pont. La voie faisait un tournant brusque à l'entrée du pont, puis s'enfonçait dans un tunnel. Beppino, soucieux, pensa : Pourrai-e reconnaître à temps l'arrivée du train? Il s'accroupit sur le sol, plaça son oreille contre les rails, écouta de toute son âme. Longtemps, il resta ainsi, immobile, anxieux, craignant que son proet n'échouât. Soudain, il tressaillit : - Le voilà!... s'exclama-t-il. Et il écoutait avidement: Un grondîment sourd retentissait le long du mince ruban de fer, et l'oreille de l'enfant le percevait de plus en plus fort et distinct. \{- Oui!... fit Beppino, en se relevant... C'est le train,.. Il n'y a aucun doute... Vite, maintenant! Courant le long du pont, il dégringola la UÎSJ pente du ravin, au risque de se casser le cou et se trouva, en rien de temps, au pied de la montagne, devant le trou de mine. La nuit, brusquement, s'éclaira d'une petite lueur vive dans ce fond de ravin où un enfant allait accomplir une œuvre insolite. De l'entrée du tunnel, à présent, aillissait un fracas grandissant, annonçant l'approche du monstre de fer. Beppino, haletant, mais radieux, approcha son allumette de la corde imbibée de pétrole, et, tout de suite, une flamme rouge courut le long du chanvre. Puis, un bruit formidable retentit. Au même instant, deux lanternes énormes sortaient du tunnel, éclairant le pont. C'était le train. Mais cela ne dura qu'une seconde. Une gerbe de feu fusa, proetant dans l'air des pierres, d?s poutres, d s traverses de fer, et-, dans un tumulte épouvantable, le train entier s'abîma au fond de l'immense ravin... EXPLOIT DES ITALIENS Des cris humains s'élevèrent, perçant l'effroyable rumeur., Mais tout cela finit et s'éteignit dans un gémissement vague qui semblait sortir des entrailles mêmes de la terre... Cependant, sur le sol, près d'une arche à demi dressée, Beppino était étendu. U ne savait point, cet enfant, que l'explosion serait si soudaine, qu'il n'aurait point le temps de s'enfuir! Il avait essayé de se mettre à l'abri, instinctivement... mais, tout de suite, la commotion du choc l'avait proeté à terre et des pierres avaient roulé sur lui, le meurtrissant, l'écrasant, lui brisant les membres... Et le petit corps pantelant, que la vie paraissait près de quitter, rcstaitlà, douloureux, sans une plainte. L'héroïque enfant avait dans les yeux une flamme de oie triomphante, indescriptible.. Et ses lèvres, dans un effort, crièrent : Evviva l'italia!... MARCEL (Suiteetfin de la lre DE LANSAC. page) Lorsque le petit our se leva, tout était préparé pour l'attaque de la J Les Autrichiens, ahuris, ne savaient comment parer ce coup imprévu L ennemi qui ne se doutait de rien eut un réveil et leur indécision fut mise à profit par les Italens qui continuaient à envoyer, X artluene d une le dèrent 1 ' nce inouïe, bombarr le fort, des obus, des shrapnells et des bombes qui etaient le désarroi SU ia place. ^ parmi les assiégés. V w Le moment était venu, pour l'infanterie, de prendre part à la fête. La L'ennemi se détendit de son mieux, mais, démoralisé, il ne put opposer canonnade lui avait prépa-é la besogne. A un signal, des milliers de fantas- 5 à la vaillance italienne que le courage du désespoir, Cependant la lutte fut! s "? ' 'élancèrent à l'assaut, avec un entrain endiablé. Ils grimpent tes pentes ; chaude et les pertes assez élevées, surtout du coté des Autrichiens. Bientôt, aide, de la colline, encerclent la forteresse et pénètrent dans la place par te drapeau italien flottait sur les murs en ruines et fumants, consacrant la les brèches. victoire! l H Lire dans notre prochain numéro : RÉCENTS e MBftTS SUR LE DNIESTER

4 APRÈS Il faut les voir, ces glorieux soldats de! Mais semant partout la destruction et Victor-Eininaniiel lï, s'avançant vers la ville \ L'épouvante, ils font sauter les ponts, pillent dé Trente, renversant, les ouvragés ennemis, { et brûlent les villages, se consacrant euxforli liés a vec l a nt de patience. Aussi. les Autrimêmes dignes frères d'armes des.-.oldats de chiens abandonnent le terrain rapidement. I l'armée.de Guillaume II. Parfois, ils rencontrent dans leur course éperdue des soldats de l'armée italienne. Alors, s'avançant vers eux, ils les supplient de délivrer leur cher pays du oug de l'envahisseur. Et ils mettent toute leur confiance dans les bcrsaglicri. i Dans toutes les maisons, c'est un affolement, indescriptible. Les gens fuient, terro; risés, mais préférant n'importe quel destin plutôt que de rester chez eux et être la proie de ces hordes barbares. < On a vu, même, les femmes se baissant et embrassant les pas des soldats italiens. Depuis si longtemps le peuple attendait ces libérateurs,! C'est que l'heure de la délivrance va bientôt sonner pour tous ces > pauvres gens si longtemps opprimés! Avec quelle ardeur, quelle impétuosité, les soldats de l'armée! Enfin les hautes crêtes sont prises. Et leur po-itio:; est d'ir italienne se taillent un chemin dans les cols et gravissant les montagnes grande importance stratégique. Us y placent leurs canons qui vont et sèment la déroute chez leurs ennemis, dont les prisonniers eux-mêmes mis en action. Dans un bruit infernal, ils feront pleuvoir leurs obus s reconnaissent la haute valeur militaire à leurs adversaires. l'ennemi, qui sera obligé, une fois de plus, d'abandonner le terrain... o & Prochainement : UN NUMÉRO SPÉCIAL SUR LE GÉNÉRAL JOFFRE o & L'EXIL Le eune ftàl en, Antonio Rossi, élevé à Trente, lait ses études dans un collège de cette ville. Les professeurs, dont la plupart sont nés de parents italiens, gardent une haine profonde pour l'en vamsseur (l'autrichien maudit) et inculquent cette kaine à leur élève. Ce dernier, aussitôt ses devoirs terminés, se plaisait à aller s'asseoir, tout au fond du parc, loin de tous les bruits, loin de ses camarades, et, là, rêvait de la revanche possible, au our où sa chère ville de Trente serait, de nouveau, ville «italienne». Enfin, les ournaux annoncent la guerre de Son cœur bat plus vite à leur lecture. Il connaît, pepuis longtemps, les aspirations de sa mère-patrie, et son sang latin qui bout dans ses veines, lui dicte son devoir; U doit se tenir prêt. quitte Trente, car il croit fermement que 'Italie va se mettre en guerre et il ne veut, à lociin prix, être enrôlé parmi les Autrichiens. I veut être là. prêt à servir dans l'armée itawnne. Aussi, est-ce d'un cœur léger qu'il fait "es adieux.. Dès que les ournaux français arrivent, il faut voir avec quelle avidité, il lit, relit les communiqués, soupesant toutes les chances de voir son pays se mettre en guerre aux côtés des «Alliés». Quel bonheur ce sera pour lui!... Quelle oie... la guerre est déclaré l'armée de Victor - Emmanuel II va se battre contre celle de François-Joseph. Dans les rues, partout, des manifestations enthousiastes. Antonio se oint à tous ces gens et. de concert avec eux, crie bien haut : «Vive l'italie! Vive la guerre!» et s'engage... a été mol) Isé sur la frontière, r. ttifui, c'est à son tour d'être «garde de nuit». St a coup,,1 lui semble entendre quelques?mts sourds. Il écoute et se dissimule. Bientôt, aperçoit des Autrichiens qui avancent en dupant. Vite, sans éveiller les soupçons de ses ennemis, il court avertir les camarades qui arrivent aussitôt en grand nombre. Grand est l'émoi des Autrichiens qui étaient presque certains de la réussite île leur plan, et, maintenant, il est bien près d'échouer. Les ItaLens, dans un élan irrésistible, se sont précipités. Et, après un combat acharné, ont mis l'ennemi en déroute et ont fait plusieurs prisonniers. Après cette chaude alerte, Antonio est félicité, et sa oie est sans bornes, car il pense qu'il a un peu contribué à la victoire!

5 CROQUIS DU FRONT ITALIEN «PREMIERS COMBATS Les soldats du génie de Victor-Emmanuel sont des hommes déterminés qui ont déà donné des preuves de leur valeur. On en voit, ici, occupés à placer une. mine destinée à faire sauter un pont, ce qui retardera l'approche des ennemis. Les régiments italiens sont dotés d'un grand nombre de mitrailleuses et les corps alpins, en particulier, en ont beaucoup. C'est, en effet wh arme facilement transportable en montasne et dont nos alliés feront, certainement, le meilleur usage. >>'os nouveaux alliés, les Italiens, sont munis d'une artillerie des plus modernes, entre autres, d'un canon fort Semblable à notre 75 et ser\ i par des pointeurs dont les Autrichiens ont déà pù apprécier l'adresse. C'est ce que représente notre gravure. Enfin, la ilotte de guerre de notre sœur latine est digne de son armée de terre. La marine militaire italienne est la quatrième de l'europe et ses équipages brûlent du plus l'if patriotisme et sont tous ardents de se mesurer avec la flotte autrichienne. ' Les fantassins italiens ne le cèdent en rien aux autres corps de troupes du royaume, en courage et en endurance. L'entrain de l'infanterie est merveilleux et la rapidité des premiers succès de l'italie est due à l'enthousiasme de ces soldats. Les combats sur le front autrichien commencent à revêtir le caractère qu'ils ont sur le front allemand, on se bat dans les villages et notre gravure représente des chasseurs qui, abrites derrière une barricade improvisée, attendent l'ennemi. ipf' ^ W. à Le corps îles forestiers italiens est mobilisé et rend de grands services, car il prépare le passage des troupes dans les grandes forêts des Alpes et abat les arbres qui serviront aux alpins de retranchements contre les Autrichiens. L'Italie a conservé des régiments de lanciers comme en avait la France, autrefois. Ce sont d'excellents cavaliers, intrépides et durs à la fatigue, qui rendront beaucoup de services aux armées italiennes et causeront pas mal de désagréments aux Autrichiens. Prochainement : UN CONCOURS très original! dans les Alpes demande, de la P»; La guerre v ildats, des qualités exceptionnelles des soldats, exceptw ne "}" voure et d'adresse. Qu'on en uge par 1 a?c<~îlrs des plus dangereuses effectuée par ces cl1; _us italiens qui, à l'aide de cordes, se hissentau-ne d'un précipice. Au nord-ouest de Monte-Creco-Carmio, les Alpins ont livré aux"1 Autrichiens un combat nocturne, qui leur a donné la possession de [1 passe de Valentina. Cette prise leur permet d'occuper une position qui est pour eux d'une très grande importance. Les Diables Bleus de l'italie ont enlevé à leurs ennemis nombre " armes et de munitions. Leur sublime élan, dans cette attaque de f O O Prochainement. nuit, avait terrorisé leurs prisonniers, qui reconnaissent eux-mêmes la haute valeur de 1' «Alpin italien». Les troupes de l'empereur François-Joseph sont dans une bien mauvaise posture!... car il est certain que les soldats de VictorEmmanuel ne s'arrêteront [pas là et que, encouragés par la victoire, ils auront tôt fait de reconquérir les provinces perdues. UN NUMÉRO SPÉCIAL SUR LE GÉNÉRAL JOFFRE O O

6 GUISEPPE X-E par 11 était la terreur des douaniers de la frontière. Jamais on n'était parvenu à le prendre en flagrant dél t et, cependant, depuis six ans. il n'y avait point de semaine que Guiseppe ne passât des ballots de marchandises en contrebande, à la barbe des douaniers italiens ou autrichiens. Les postes, des deux côtés de la frontière, nourrissaient, à son égard, la.même animosité, et c'était, entre eux, une sorte d'émulation qui les stimulait pour s'emparer du contrebandier ; mais leur acharnement.restait sans résultat. Guiseppe avait, avec lui, une bande de huit dix compagnons, tous hardis, forts, sans scrupules et sans peur. Les uns après les autres, ils s'étaient lait prendre, soit par les Ital ens, soit par les Autrichiens et Guiseppe, tranquille, insaisissable, remplaçait le disparu sur-le-champ et contiuua't son trafic délictueux. Une fois, on avait cru s'emparer de lui. Traie par un des siens, nouvellement embauché, il avait été cerné dans tin ravin désert qui franchissait la frontière. Les postes des deux pays attendaient, ayant combiné leurs efforts. C'était par une nuit d'hiver, extrêmement froide, aumdieu d'une chute abondante de neige. Les douaniers, tapis sur le sentier et invisibles, tant leurs vêtements éta;ent recouverts de neige, aperçurent bientôt les contrebandiers qui. chargés de pesants fardeaux, s'avançaient rapidement sur le liane de la montagne, semblables à des fantômes. Soudain, lorsque les douaniers s'étaient dressés, criant : Haut les mains ' Rendez-vous!» quelques coups de feu partirent et Guiseppe et ses compagnons, au risque de se tuer, dévalèrent à une vitesse folle la pente abrupte du précipice et disparurent au fond du ravin. Ils n'avaient même pas abandonné leurs ballots! Les douaniers les poursuivirent... vainement! Au our, seulement, en regagnant leur poste, ils trouvèrent, près du bâtiment de la douane, étendu sur la neige, les bras en croix, le traître qui leur avait foui ni le renseignement. Un poignard était planté dans sa poitrine. à Lorsque la guerre éclata en Europe, rien ne parut changer à ce point de la frontière, mais, insensiblement, des rumeurs coururent le pays, L'Italie, disait-on. allait se mettre de la partie, combattre l'autriche, reconquérir les provinces perdues. Guiseppe, lui. indifférent, continuait son métier avec autant de ponctualité, de sérénité que s'il eût exercé une profession officielle et respectable. Un soir, il se trouvait dans un petit bourg de Carniole, où il attendait son compère. Attablé dans une auberge, il fumait paisiblement, de l'air d'un bourgeois qui se repose. Un homme entra, soudant. Guiseppe le reconnut aussitôt. C'était Frantz Steinart, l'inspecteur des douanes autrichiennes. Il eut un sourire en apercevant le contrebandier, et. marchant à lui, s'écria aimablement : Hé! Guiseppe... te voilà rentier, mon ami? Comme vous voyez, signor inspecteur! Le commerce ne va donc.plus? Oh! si! touours! Tant que e serai eune et que ces deux ambes-là consentiront à me porter, e travaillerai!... Le fait est que tues un solide gaillard. Guiseppe 1... tu es le plus ag.le, le plus robuste contrebandier que e connaisse!... Vous êtes bien bon, signor inspecteur! Frantz Steinart parut embarrassé, puis, soudain, après avoir commandé une bouteille d'asti sprrmante, il s'assit en face de Guiseppe et lui dit à voix basse : Ecoute, mon ami, e vais te proposer une affaire... Ah! parlez, signor... Cette guerre est terrible et les Français et leurs alliés veulent nous prendre par la famine. Je l'ai entendu dire, dit froidement le contrebandier. Oh! s'exclama l'inspecteur, cela n'arrivera pas!... L'Allemagne est puissante et riche, et les provisions étaient faites depuis longtemps! Seulement, certains articles vont subir une augmentation de prix... et alors, un malin comme toi pourrait faire fortune en introduisant en Autriche les denrées ou métaux prohibés.... C'est-à-dire, signor, fit Guiseppe en souriant, que vous venez me proposer de faire de la contrebande de guerre? Eh bien! oui, déclara franchement Steinart... Et tu n'y perdras rien, sois-en sûr... L'autre garda le silence et l'inspecteur demanda, inquiet : Tu refuses? Xon ; 1'ttalie est restée neutre... Cela ne CONTREBANDIER J.-B. CHARENCY nous regarde pas. Moi, e suis contrebandier, n'est-ce pas? Ce que e veux, c'est gagner de l'argent, pour, plus tard, mener la vie des riches... e veux être heureux, moi, ne me priver de rien, aller au théâtre, rouler carrosse, avoir des domestiques, de beaux habits, manger des plats délicieux... Enfin, profiter de la vie. quoi! Tu as, certes, ra;son 1 approuva Steinart." Aussi, signor, dites-moi ce qu'il faut faire, vous pouvez compter sur moi!... Parfait! Je te donnerai une liste d'adresses des personnes qui 'te fourniront la marchandise nécessaire et tu t'arrangeras ensuite pour leur faire passer la frontière... A partir d'auourd'hui, Guiseppe, la douane autrichienne ne s'occupera plus de toi. Quant aux Ital.ens?... Bah! interrompit le eune homme... ceuxci, ils ne me gênent pas, signor inspecteur! Les deux hommes s'entretinrent encore un long moment, puis Frantz Steinart sortit, tout oyeux. Il savait que, désormais, Guiseppe et sa bande transporteraient de nombreux approvisionnements et que, lui, Steinart, en serait récompensé par ses chefs. En effet, de septembre à mai, Guiseppe introduisit en Autriche toutes sortes de denrées et de métaux prohibés. "Ses compagnons et luimême trava liaient sans arrêt et réalisaient d'importants bénéfices. Mai arriva. L'ital'e frémissait tout entière dans l'attente de son sort. Jusque dans les montagnes de Carniole, cette fièvre se répandait et Guiseppe, malgré son indifférence pour ce qui n'était pas la contrebatide, éprouvait un peu d'impatience et d'anxiété. Les douaniers autrichiens étaient touours fort aimables pour lui et lui disaient quelquefois en plaisantant : Ah! Guiseppe... Les Italiens deviennent fous 1 Voilà cpi'ils veulent nous faire la guerre! A quoi cela les avancera-t-il?... Nous envahirons ton pays et nous lui prendrons quelques provinces de plus. Ils feraient mieux de rester tranquilles! Guiseppe hochait la tête, sans répondre. Ma's. à part fui, dans ses longues courses nocturnes dans la montagne, il pensait à d'étranges choses. Son sang de Latin se faisait plus chaud, coulait 1 lus vite dans ses veines. Maintenant, quand les douaniers autrichiens disaient que Venise, Vérone i-l Milan dépendraient de la couronne de FrançoisJoseph... Guiseppe se répétait les paroles des gabelous! Suet de l'empereur! Suet autrichien! Voilà ce que e serai... Et tout son être tressaillait, le sang montait ses oues, comme sous une insulte. à Le 24 mai, la guerre fut déclarée. Guiseppe en éprouva une oie qui l'étonna, une sorte de dél vrance et se sentit tout prêt à faire son devoir de sohlat et dttal en. Mais il appartenait à une catégorie qui n'était point appelie tout de suite sous les armes, car.1 avait fait son service militaire en quai.té de lits aîné de veuve. Cependant, le soir même, il traversa la frontière et alla droit au bâtiment des douanes autrichiennes. Eh! Guiseppe!... s'écrièrent les gabelous... Quelle mine tu as! Tu pars peut-être, toi aussi? Non! répondit le contrebandier. Seulement, tous mes compagnons sont appelés et m'ont quitté. Alors, e viens vous dire que e ne peux continuer la contrebande. Le capitaine qui, d'une pièce voisine, avait entendu, s'avança et dit : Oui, mon ami, c'est vrai qu'il te serait difficile, désormais, de travailler... Mais, entre! J'ai à te parler. Guiseppe obéit et les deux hommes furent seuls dans le bureau de l'officier. Celui-ci commença tout de suite : Je sais, Guiseppe," que tu es un garçon inti 11 gent. Tu veux la fortune, n'est-ce pas? Tu nous as rendu des services, et tu peux nous en rendre encore... Seulement, auparavant, dismoi si tu es touours prêt à travailler pour nous? Je ne comprends point, fit le eune homme. La contrebande est impossible maintenant... Aussi, n'est-ce point de cela qu'il s'agit... C'est difficile à dire... Mais, enfin, tu te moques de la guerre, hein?... Peu t'importe qui sera vainqueur!... Et tu as raison... C'est bien cela, dis? Guiseppe commençait comprendre... Un frisson de honte le saisit... Il devinait ce que cet homme allait lui proposer... Pourtant, voulant savoir usqu'au bout, il se contint et répliqua avec un vague sourire : La pol.tique... e n'y connais rien! à Parbleu! s'écria l'autre, ravi. L'argent vain mieux! Etre riche, vo.là le vrai... Et, tu sais cette fois-ci, l'occasion est belb!... ' Ah! prononça Guiseppe, dont la rge se" serrâ t... Qu'est-ce que c'est?... Tout à fait confiant, à présent, l'officier ei. pliqua : 11 y a florins à gagner... C'est une somme. Et que fauelrait-d fa're J Pour toi, cela ne sera rien... Vo.là :,1 s'sin. rait de conduire une troupe de soldats-dans "la montagne... Toi, tu connavs les Alpes comme.ta poche... Alors, il ne te sera pas difficile di faire traverser la frontière aux Autrichiens sans <.Ue les Italiens s'en doutent!... Guiseppe crispa les poings. Pourtant, il eut h force de demander d'une voix indifférente : Ces soldats... Que feront-ils?... < Oh! rien de bien compromettant pour toi!... Ils feront sauter quelques rads de la voie ferrée... D'ailleurs, tu les attendras à un endroit convenu... Nul ne saura que tu étais complice... Et tu gagneras tes florins! Le contrebandier resta muet. 11 avait envie de se eter sur l'homme qui osait lui proposer une telle trahison et de l'étrangler sur-le-champ. Mais une idée germa subitement dans sa cervelle et ce fut d'une voix très calme qu'il prononça : Cela se passa au.monte Baldo, non loin de cette adorable petite ville C'est entendu!... Quand faut-il guiderles fcenâgeuse, qui s appelle \ érone. Un détachement d'alpins en reconnaissoldats?... lie venait <le. franchir des passages difficiles, et, avec leur impétuosité Ce soir même... Sois à dix heures sur pigable, avait gravi des pentes arides, lorsqu'arrivé dans un petit bois, il sentier qui mène au carrefour de Saut'Anna. Les surpris et cerné par un régiment autrichien, embusqué dans un repli de hommes seront là. nain. Bien. Combien seront-ils?... UTne cinquantaine. laie lueur de oie éclaira les yeux de Guiseppe, mais l'officier des douanes ne remarqua rien et les deux hommes se séparèrent amicalement Le soir, à l'heure convenue, le contrebandier attendait les Autrichiens. Ils ne tardèrent pas à apparaître, sous la conduite d'un capitaine du génie. Ils portaient des pioches et divers instruments pour accompl r leur lâche besogne. Guiseppe se fit connaître et dit simplement : Suivez-moi!... Tout le détachement se mit en marche derrière l'italien. Celui-ci allait à pas agiles dans h montagne, et, par moments, se retournait pour voir si les autres le suivaient. Une heure passa ainsi. On avançait lentement, car l'escalade «e faisait plus pénible. Le contrebandier, en effet, avait pris en pleine brousse et il fallait grimper sur le liane, à pic, sans même une seule piste, en côtoyant un précipice terrifiant. Guiseppe, soudain, murmura : Il faut descendre dans le ravin. Guidez-nous! dit le capitaine... Et toute la troupe dégringola vers le gouffre, avec nulle peines, et au risque de se rompre les os. Le fond du ravin atteint, on le. longea et on parvint à une sorte de grotte. Guiseppe y entra et tous, derrière lui. 11 faisait, là-dedans, une (upitements des Utiles échangées des deux côtés furent, heureusement, obscurité profonde et les Autrichiens avançaient pians d un régiment de bersaglieri. qui gravissait la montagne, non à tâtons, échangeant à voix basse quelques mots pae cette échauffourée. Les bersaglieri s'élancèrent aussitôt d'un pour s'encourager. pwipnnette en avant, au secours de leurs frères d'armes. Les Autrichiens. Brusquement, le contrebandier s'effaça dans ' s attendaient pas à cette venue, furent tout d'abord surpris par la un renfoncement de la muraille et attendit. Le premier soldat qui 11 suivait approcha. Lorsqu'il fut tout contre Guiseppe, celui-ci, sans un mot, le poussa rudement en avant et l'homme disparut dans la nuit. Chacun des autres qui suivit eut le même sort et pas une fois on ne perçut le moindre cri, la moindre plainte. Un à un. les cinquante hommes défilèrent ainsi devant l'ital en. touours blotti contre a roc... Le capitaine était le dernier. Quand il auprès de Guiseppe, celui-ci demanda : C'est vous, signor capitaine?... Oui... mais, comment éle vons là?... J. vous croyais en tête i... Attendez!... arretez-vou-.. prononça «contrebandier. 11 avait sorti de ;u poche une lampe électrique et une vive lueur inonda soudain la grotte. '" fs'l l'officier, terrifié, vit. à ses pieds, un gouttrç ouvert, tout béant. Il recul 1 et balbutia : Hein! Qu'est-ce que cela?... Où sont mes hommes?... Guiseppe eut un r ire aflreux et cria Tes hommes... Ils sont ton-, dans le lo"«du précipice... Va les reoindre... lit. sache qi> i Italien ne vend pas sa patrie!...' ",, ' En même temps, il poussa violemment canitaine qui tenta vainement de se crampe"!1 à lui Mais, Guiseppe, usant avec l'o^ ' du même moyen qu'avec les cinquante solda I Ntbatl"A"' V'èce ^'artillerie de montagne parvint à être hissée non loin le saisit à la gorge et serra l'apogée de cette fusillade, la pièce se mit à cracher sur An^rr ï^mi 1 Sans un gémissement, le capitaine ac» "- F,1 v- ol5u.s en quantité. Ce fut alors un instant inoubliable pour les son étreinte et se laissa pousser dans le gou" t«rir ',e 1''ttorio Emanuele, car ils virent leurs ennemis reculer.à la vo'x J.-B. CHARESCT. La partie était, encore une fois, gagnée pour l'italie. k combat Le s engagea, terrible. Les alpins, quoique peu nombreux ne songèrent pas un seul instant à se rendre. La situation, certes, était difficile et critique Car, comment une poignée d'hommes pouvait-elle lutter contre un régiment?. Allons, rendez-vous, dit 1111 officier autrichien. C'est pure folie de vouloir résister. C'esi une mort certaine.» Une fusillade fournie fut la seule réponse à ces paroi s. bruseuo arrivée des bersaglieri. Mais, bien vite, ils se ressaisirent et le combat s engagea avec une violence extraordinaire. De terribles corps à horriblement meurtriers, mirent les hommes aux prises durant des Mais les Italiens, tenant touours, ne faiblissaient pas malgré leurs pertes qui étaient assez élevées... corps heun s. \J Du cote autrichien, ce fut un sauve-qui-peut général, les bersaglieri pour suivant l'ennemi avec un clan surprenant, avec un acharnement, avec une bravoure dignes de ces troupes. Dans ce combat, les Italiens s'étaient emparés d'une des cimes culminantes du Monte Baldo, point stratégique de grande importance.

7 nt cortèg" d mi-carême. Les soldats du capitaine Vernier sont, en effet, mairitenmit terrés dans leurs tranchées. Ils sont rite devenus des artistes en terrassements, tous ces braves qui. les premiers ours, boudaient à la corvée de ia pioche et de k pelle. C'est qu'ils ont vite compris l'utilité de ces abris qui leur permettent de Lr lion sous là pluie des balles. de la mitraille et des marmites. Et, sous la conduite de leur capitaine, qui s'y entend à p! travaux de génie, ils ont établi on quelque- ours des tranchées qui sont un modèle du genre. 11 v a deux lignes de tranchées. L'une, plus en avant, qui est la ligne de combat : c'est là que. bien abrités, les hommes mettent les manœuvres des Allemands nui leur font face, et leur envoient des pruneaux, chaque fois que s'en présente l'occasion. L'autre, creusée plus profondément, est ligne de repos. C'est comme une suite Je petites cahutes où l'habileté et la tandis ie des constructeurs se sont donné ours, et dans lesquelles les combattants, thacun à leur tour, viennent se remettre de leurs fatigues et goûter un sommeil Grand Roman inédit d'actualité, par H. Pierre LINEL bien gagné. C'est dans cette deuxième ligne que se trouvent la «maison» du capitaine, et la «villa» des trois poilus. «Cette fois; mon bonhomme, on te tien «Louchon! C'est Louchon! Ah! la La «maison» du capitaine est combien. Ça t'apprendra à te faire inviter posée de deux pièces, l'une qui lui sert de canaille "...» à déeuner et à te déguiser en vieux>w logement et l'autre qui est pompeusement Et elle saisit une canne du docteur qui vant belge. lui tombe sous la main. nommée la «salle du conseil», dans la Je vais vous expliquer, balbutie L» quelle il travaille, et aussi reçoit ses gradés Louchon, se voyant découvert, est sur chon... le point de fuir. qu'il tient volontiers au courant des opé Tu expliqueras tout ce que ta vou- rations qu'il préparc, et dont il ne dédaigne Mais il est trop tard. dras au capitaine Vernier qui ne sera pas amais les avis. Et puis, il entend des pas au premier. fâché de t'entendre, interrompt Pichu. La << villa >> des trois poilus est particu - Et on te mettra au pied du mur. lièrement bien aménagée. Beaupré, en aoute férocement Ledoubec et pas pour châtelain pratique, qui a surveillé l'inslongtemps.» tallation de ses termes et de ses métairies, Ursule vient, de préparer trois verres A on a dessiné les plans en détail, et Pichu. à offre aux poilus la fine Champagne : la fois menuisier, serrurier et couvreur, en «Ça consolera le docteur, de savoir que a assuré l'exécution. Quant à Ledoubec, les uhlans n'ont pas été seuls à en bfflh il s'est chargé de la partie décorative et dit-elle en vantant la vieille eau-de-vie. artistique ; il a peint la plaque de la Fameuse!» s'écrient les trois poilus, qui aoutent en chœur : «Elle a un certain goût de rcvenez-v... Le coup de l'étrier!» proclame Beaupré qui aoute : «Je parle sérieusement. Nous allons nous trotter usqu'au tranchées sur les chevaux des uhlans. Ça fera plaisir au capitaine», a] prouve Pichu qui demande à Ledoubec «Tu te charges de Louchon?, «Louchon! C'est Louchon! Ah! la canaille!...» Je le mettrai en travers de nia selle, répond Ledoubec, comme quand e P des pas pesants, évidemment ceux des tais des sacs de farine en Bretagne. Et,8 trois uhlans dont les chevaux sont encore bouge, 'en fais de la galette!» à la porte Cinq minutes après, en effet, les w> La présence de ces trois Prussiens, qui poilus, grimpés surles chevaux des r sauront mettre "Ursule à la raison, reregagnaient leurs tranchées à tra^ donne du courage à Louchon qui leur crie champs., i <si une phrase en allemand. Beaupré, qui avait pratiqué la ÇWg Ce sont les trois poilus qui apparaissant! à courre, marchait en tête, gaillardeme^ «Tiens, s'écrie Pichu, voilà ce brave et Ledoubec fermait le cortège, tenan monsieur Louchon... travers de la selle Louchon qui WW' Fameuse! s'écrient les trois poilus. Qui venait demander des nouvelles lamentablement, ce qui faisait il"' de ses amis les uhlans, interrompt Beaupré. Pichu: «Le capitaine va croire q "villa >> avec les silhouettes des trois poilu, Eh bien! ils sont morts tous les lui ramène un veau! >> Se détachant sur un fond de fleurs tritrois, annonce oyeusement Ledoubec. C( «ores, et il a sculpté le support d'une mort que l'on peut qualifier de 0u sont rangées leurs blagues et leurs CHAPITRE XIV subite.» Pipes. Louchon s'est mis à trembler, et il Dans les Tranchées Les deux lignes de tranchées sont reliées regarde, de son œil qui louche, la porte de ( r Les trois poilus ne peuvent mallie" 1 ntrp e]l(.s par,\e nombreux boyaux qui sortie. ment pas faire leur entrée à cuev )rj. HRniettent aux hommes d'aller et venir Mais Ursule lui a mis carrément la main 3 l'abri des balles. D'autres boyaux conmilieu des camarades, comme en»!l au collet : WRent à un bois derrière lequel se trouve LES TROIS POILUS KESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Par un hasard de la guerre, le capitaine Ver nier se trouve appelé à défendre le pays où il possède un château que ses enfants, Robert et V aient i ne, ont transformé en ambulance. Arec eux sont restes dans la propriété le. docteur Rémond, la serrante Ursule et le ardinier Louchon. Ce dernier n'esi autre qu'un espion qui trahit son maître et indique aux. Prussiens les sentiers qui mènent au château. Le capitaine Vernier, obligé de mener ses hommes au feu, recommande, ses enfants à trois brares poilus : Pichu, Ledoubec et Beaupré. Les trois poilus organisent d'abord la défense du château, puis font évader les enfants de leur capitaine. Ils reviennent ensuite au secours du docteur Bémond et d'ursule et arrivent uste à temps pour les arracher des mains des Prussiens. Mais les trois poilus vont avoir à éviter les manœuvres et les traîtrises de l'espion Louchon tantôt déguisé en berger, tantôt transformé en vieux savant belge. C'est ainsi que les trois poilus mettent en fuite les Prussiens que Louchon tirait ramenés auchâteau, puis s'emparent d'une mitrailleuse cachée au cabaret du «Lapin Blanc». Et voilà que la servante Ursule, qui était restée au service du docteur Kémond, apprend par un billet que, sur les indications de Louchon, trois uhlans vont envahir la maison du docteur lié moud et y prendre le trésor qui s'y trouve caché. Les trois uhlsns savent qu'au our indiqué, a midi, ils peuvent se présenter sans crainte rite: le docteur Bémond : Ursule y sera seule. Mais Ursule a fait prévenir les trois poilus qui pénétrent dans la. maison du docteur Rémond et y rencontrent les trois uhlans. Une bataille terrible s'engage dans laquelle les trois uhlans sont massacrés. Pendant ce combat, Ursule, qui tinette ce qui se passe dans la rue, aperçoit an berger qui rôde autour de la maison. Elle flaire un espion ci VappeUe. Le berger s'avance en baissant son chapeau sur ses yeux. CHAPITRE XIII Les trois Uhlans (Suite) Et. le vicuv berger, prudent et sournois, n'a pas plutôt atteint le vestibule, que la terrible Ursule lui enlève son chapeau d'une gifle retentissante. Elle n'a pas plutôt aperçu la tête décoiffée, faisant une grimace qtii laisse voir la place de deux dents, et montrant deux yeux bleus effarés et qui louchent, qu'elle n'écrie : un village occupé par les Français. C'est de ce côté que se fait le"ravitaillement. Maintenant que, grâce à l'initiative des tr >is poilus qui ont enlevé, une nuit, la mitrailleuse dissimulée par les Allemands à l'auberge du «Lapin-Blanc», cette auberge est tombée en notre pouvoir, les soldats du capitaine Vernier en ont fait un véritable fortin qui commande la route et le petit bois qui borde la route. Les Prussiens ont été obligés d'évacuer ce petit bois qui est sous notre feu, et ils se sont terrés dans leurs tranchées dont le long ruban se'déroule en face des nôtres. Les deux tranchées ennemies sont donc séparées par la route et quelques champs : elles sont environ à cent cinquante mètres l'une de l'autre. Les premiers ours. Allemands et Français se sont canardés avec acharnement. Puis, on a compris, de chaque côté, que c'était inutile de gâcher les rimnitions. Et, maintenatit. on se guette, on attend pour tirer qu'une cibl > "'offre au regard. Et puis, aussi; on se ép re ' des embûches, on creuse des mines. Arrivés dans le petit obis qui précède la ligne des tranchées où se trouvent la «maison» du capitaine et leur «villa», les ro!s poilus mettent pied à terre et attachent solidement à des arbres les chevaux pris aux trois uhlans. Ledoubec a soulevé l'espion Louchon à bras raccourcis, puis l'a posé à terre, en lui disant : «Maintenant, mon bonhomme, tu vas marcher par tes propres moyens et tu vas tâcher de bien tç conduire. - On va te présenter au capitaine Vernier, ton ancien patron. H ne sera pas fâché de retrouver son ardinier, blague Pichu. Un ardinier épatant, qui cultive surtout l'amitié des officiers boches.» Louchon ne paraît pas très fier de la présentation annoncée. Il grimace bien un sourire en montrant les trous de ses deux dents qui manquent, mais, son air est inquiet, et, sous ses sourcils froncés, amais, ses yeux d'un bleu de faïence n'ont aussi drôlement louché. Du plus loin que le capitaine Vernier aperçoit ses trois poilus, il leur crie : «Quel bon tour avez-vous encore oué, et quel animal ramenez-vous là?»., liais, aussitôt que le capitaine a reconnu son ancien ardinier, le traître Baptistin. il lui dit, en portant la main à son revolver : «Ah! bandit, vil espion!... Depuis le temps que e me suis uré de te tuer comme un chien, ce n'est pas trop tôt!...» Puis, reprenant son sang-froid, le capitaine aoute : «.Mais, on t'entendra, avant de t'exécuter.» Se tournant, alors, tout souriant, vers ses trois poilus, il demande : «Où avez-vous cueilli cet oiseau-là? Dans la maison du docteur Rémond, où il avait manigancé un tour de sa façon, explique le sergent Pichu. «C'est la brave Ursule qui l'a reconnu sous des frusques de vieux berger, après lut avoir, d'une gifle, enlevé son chapeau. Il était du reste là en bonne compagnie. Il y avait, au premier, trois uhlans... Dans la maison du docteur ; inter. rompt vivement le capitaine. Ils y sont même encore, intervient Beaupré de sa voix tranquille. Seulement, on les a quelque peu détériorés et leur temps de service à l'armée de "Guillaume est complètement achevé. Nous avons même ramené leurs chevaux qui se seraient ennuyés tout seuls, aoute Ledoubec. On les a attachés dans le petit bois. Bravo.! s'écrie le capitaine Vernier en serrant la main de ses trois braves. Vous avez fait là du beau travail, et e constate avec oie que vous n'avez rien de cassé. ii Ah! bandit, vil espion/... Oh! ça n'a pas traîné, explique Pichu ; on a pris les trois vautours au nid. Ils ont bien essayé de nous faire du bobo, mais on a été plus malin qu'eux. Pour vous récompenser, déclare alors le capitaine d'une voix grave, vous allez me faire le plaisir de prendre part au conseil qui va décider du sort de cet espion. Puisque c'est vous qui l'avez pris, c'est bien le moins que vous ayez voix au chapitre. Je vous attends dans vingt minutes, «chez moi». Le capitaine Vernier prononçait ces mots «chez moi» avec une solennité amusante, comme s'il recevait dans son ancien château. Et les trois poilus étaient d'autant plus amusés de cette attitude de «propriétaire», qu'ils avaient oué un rôle prépondérant dans la construction de la «maison» du capitaine. Sur un geste de ce dernier, deux soldai s viennent s'emparer de Louchon. «Ayez l'œil sur lui, ordonne-t-il, et, dans vingt minutes, vous le conduirez à la «salle du conseil». On va se donner un coup de brosse, mon capitaine», dit Pichu en saluant. Et il se dirige vers la «villa des trois poilus», suivi de ses deux compagnons. Le capitaine Vernier connaissait bien ses braves poilus. Il ne pouvait leur donner une plus grande marque de son contentement et de sa sympathie qu'en les admettant à son «conseil». << On va se bichonner un peu. déclare Beaupré, en se regardant de tout près dans un bout de glace. Mâtin! s'écrie Ledoubec, rien que ça de coquetterie. Monsieur a rapporté un miroir. C'est pour me construire un périscope, explique Beaupré en riant. Avec ça, e serai plus tranquille pour viser mes Boches.» Beaupré s'aperçoit alors que ses deux compagnons portent chacun un petit paquet. «Qu'est-ce que vous avez encore déniché pour notre villa? demande-t-il. intrigué.

8 Moi. répond Ledoubec-. Ce sont des planchettes pour aouter à ma bibliothèque et des cartes postales... Et moi. s'écrie Pichu en claquant la langue, c'est un cadeau que cette brave Ursule m'a donné pour nous trois. Devinez quoi '. Des biscuits? Du savon? Un réveille-matin! dit Pichu en défaisant triomphalement son paquet. Avec "Ayez l'cei.' sur lui, ùrdtmhê'-t-it... ça, on pourra roupiller tranquilles, sans craindre de rater l'heure de la relève... C'est vrai, conclut Ledoubec, on s'est habitué an bruit des marmites et au tapage des mortiers. Et ça berce le sommeil. Il faut, pour être réveillé, un petit bruit plus discret. Sans compter qu'avec une pendule, fait remarquer Pichu, très grave, on est mieux h même d'apprécier la durée du temps qui nous sépare de la tin de la guerre. A l'heure militaire, les trois poilus se présentant à la < maison.» du capitaine qui les fait aussitôt entrer dans la «salle du conseil». Très simple, du reste, ce conseil. Il se compose, outre les trois poilus, du capitaine Vernier et du eune sous-lieutevant. Georges Mauduit. Les deux officiers, eux aussi, ont soigné leur tenue. On ne dirait pas qu'on est en pleine «campagne». à cent cinquante mètres des tranchées allemandes, et sous le feu d'une art illerie lourde qui creuse des entonnoirs d'où aillissent Ja, terre et la boue. Le capitaine Vernier. tout frais rasé, a mis son. képi numéro 1, et le sous-liéutenant Maudirtt, portant haut sa petite tête énergique, redresse les pointes de sa moustache noire. Quant à Pichu, en sa qualité de sergent, il arbore uu faux-col tout blanc qu'il a tiré on ne sait d'où. Ledoubec. lui-même, a mis de l'ordre dans son imposante barbe blonde, où s'épanouit son bon sourire de poète et de philosophe. Seul, Beaupré, avec sa figure taillée à coups de serpe, a dédaigné do faire des frais ; mais les deux grands yeux noirs, intelligents et énergiques, qui éclairent son visage, font passer le reste. En face de ces cinq hommes qui vont avoir à le uger, l'espion Louchons encadré des deux soldats chargés de le surveiller, se tient tête baissée et la mine sournoise. De temps à autre, il lance au capitaine Vernier un regard qui trahit la crainte et aussi la curiosité. Il comprend que les choses sont en train de se gâter pour lui. Cette espèce de conseil de guerre, réuni à la hâte, pour décider de son sort, ne lui dit rien qui vaille. Il est, du reste, vite fixé à la façon dont le capitaine Vernier l'interroge : «Je ne voua demande, dit-il. aucun détail sur vos noms, prénoms, états de service et antécédents. Je les connais. Vous êtes entré chez moi comme ardinier, et vous n'avez touours été qu'un vil espion. Ou vous a pris une première fois en flagrant délit d'espionnage dans mon propre château dont vous avez ouvert les portes aux Prussiens. On vient de vous arrêter dans une maison où vous aviez introduit des uhlans. avec l'intention de commettre un vol... au moins. «Il y a là trois fois plus qu'il n'en faut pour vous faire fusiller. «Qu'avez-vous à répondre \ J'ai d'abord à m'exeuser de tout le mal que 'ai pu vous faire, vous qui avez touours été si bon pour moi. déclare Louchon d'une voix tremblante où percent d'hypocrites sanglots. J'ai été entraîné malgré moi dans une mauvaise voie, mais e m'en repens. (-t 'en suis bien puni à cotte minute, où e suis obligé de comparaître devant un ancien maître qui m'a touours si bien traité... Vous on convenez, c'est déà ça " interrompt le capitaine Vernier qui aoute truite voix moins rude : < En tout cas, ce sont là dos regrets et non pas des explications.» Au ton dont cette dernière phrase lui est adressée, Louchon devine que tout n'est peut-être pas perdu. Et, à cette idée qu'il lui reste peut-être une chance de gagner du temps, si petite soit-elle, l'ancien ardinier se redresse, l'œil vif et l'oreille attentive, prêt à profiter de tous les incidents qui pourront tourner en sa faveur. v La meilleure des preuves que e puisse vous donner delà sincérité (le mon repentir, s'écrie-t-il en ayant l'air d'invoquer tous les saints du paradis, c'est que e suis disposé à vous renseigner sur les proets de l'ennemi. Ma situation m'a permis de recueillir certains secrets précieux, et, surtout, elle me facilite encore des rapports avec l'armée allemande. Si. pour racheter une partie de ma faute, vous Voulez de moi certaines confidences, et. même, certaines interventions qui pourraient vous être utiles, 'y suis prêt... Autrement dit. rip >ste le capitaine Vernier avec un geste méprisant, vous êtes tout disposé à trahir les Prussiens, après avoir trahi les Français. Sans doute, pour toucher des deux côtés! Combien demandez-vous pour cette besogne? Pas un sou! s'écrie Louchon avec un geste superbe d'indignation. Je cherche à réparer, dans la mesure du possible, le mal que 'ai fait. >> S'adressant alors aux trois poilus, le capitaine leur demande, à tour de rôle, leur avis. «Il faut fusiller, répond Beaupré d'une voix nette. Et il ne l'aura pas volé, souligne aussitôt Pichu. On pourrait peut-être, propose Ledoubec, le mettre à l'épreuve.» Se raccrochant à cette solution qui h; sauverait d'une exécution immédiate, Louchon s'écrie avec feu : HISTOIRE POPULAIRE DE LA GUERRE DE C'est cela, mettez-moi à l'épreuve Seulement vingt-quatre heures. J'entends' pendant ce délai, rendre à la Francà un service dont on me saura peut-êtr» gré.» Se tournant alors vers le sous-lieutenant Georges Mauduit. l'espion continue : «Vous vous rappelez, le téléphone qui' est établi dans la cave de l'auberge du «Lapin-Blanc» '. Permettez-moi de m'en servir et e transmettrai aux PrussiPns toutes les indications que vous voudrez. Vous connaissez la langue allemande, e. vous ai entendu la parler. Par conséquent, vous n'avez à craindre, de ma part, aucune manœuvre, aucun subterfuge. Je dirai mot à mot ce que vous me soufflerez... U est vrai, int'rrompt le capitaine, poursuivant sa pensée, que l'on pourrait suggérer à l'ennemi une attaque qui h coûterait cher, par exemple, celle du fortin même de Pau beige. Ce serait de bonne guerre. Ce serait: la réponse à la mitrà'i... A la statue leuse qu'ils avaient dissimulée pour pn nos tranchées en enfilade.» L'unanimité n'est pas moindre dans la Se tournant à nouveau vers les trois fcssc. poilus, le capitaine demande : Témoins cpiclques extraits, à cette même <i Qu'en dites-vous. Beaupré >. ^te (lu 2 août : 11 faut fusiller, mon capitaine, et Note radicale (t) : tout de suite. Je ne sors pas de là. [Auourd'hui, il ne peut y avoir deux Fran Et vous, Pichu \ i. :-.!! se haïssent. [1 est temps que nous confcssions la oie de nous aimer. De nous aimer par J'avoue que la proposition est tenqu'il y a de plus grand entre nous : le dévoiltante. Les Prussiens nous ont assez oué ât témoigner devant les hommes que nous de tours, si on leur en servait un de noire 'ivons pas dégénéré de nos pères et que nos liants n'auront pas à baisser les yeux quand façon? «leur parlera de nous. Nos fautes mêmes, dont Et vous, Ledoubec i vaine répartition appartient à l'histoire, ne Je suis plus partisan que amais lavent_ plus nous mettre au cœur qu'un famehe" désir de les couronner d'une telle vertu d'un sursis de vingt-quatre heures. Il sera vique et militaire qu'on y découvre encore un touours temps de uger après, et d'exésèment de grandeur. Ni récriminations, ni cuter. pases grandiloquente», ni promesses de mourir. Assez de paroles. Des actes, des actes réfléchis de C'est aussi mon avis, intervient le pdence ordonnée et d'action sans retour.» sous-lieutenant Georges Mauduit. La pronote royaliste (2) : position que fait cet homme ne le rend pas 1 Nous nous ruons à la défense de nos champs, moins coupable, au contraire. Mais, à la i nos foyers, de nos libertés, de notre rang dans guerre, on n'a pas le droit de repousser les inonde et de notre honneur, au secours de nos ^== fcs de Metz et Strasbourg ployés depuis quamtc-trois interminables années sous le oug du [bs lourd et du plus arrogant des vainqueurs, u champion d'une civilisation sans rivale est larmes. 11 saura disputer l'univers à la baril >. Note conservatrice (3) : 'La France n'engage pas la lutte à cause du (Mit austro-serbe. Elle met ses armées en camd'abord pour respecter la parole qu'elle a : à sa grande alliée la Russie, mais aussi pce qu'elle est directement visée par l'ennemi TOeilleux, patient et sournois qui, depuis quapte ans, ne lui a pardonné ni sa défaite matépw. ni sa victoire mora'e. En un mot, l'auekjie se bat pour prendre la Champagne et la J^M pour reprendre l'alsace-lorraine.' Et f<st parce qu'ils le savent bien qu'hier au soir petits soldats partaient en chantant pour la Nière.». ' Pas un sou! s'écrie Louchon avec un geste superbe d'indignation. occasions qui s'offrent de tendre un piège a l'ennemi. >> Alors, le capitaine Vernier. d'une voixnette, décide, s'adressant à l'espion : «C'est entendu, on vous donne vingtquatre heures. On vous dira ce que voi» aurez à faire. >> Et, d'un signe, il ordonne aux deu soldats d'emmener leur prisonnier. H.-PIERRE LJN^- (Lire la suite eudi prik-itain J ft il, G. de Tawlowsky (4), sous le titre 0l!s avons enfin un idéal», s'écriait, dans F?az?tte strictement artistique : 'Gardons-nous, dans les circonstances pré^es- de toute parole vide et creuse, de tout 01 cabotinage. Ce qui caractérise la France, ellet, c'est son intellectualité réfléchie, le. '"tune qu'elle a acquis depuis quarante s au bon droit et de la raison. Nous voici rae 1S70. La guerre n'est plus, auourd'hui, nous, une simple fête ; elle n'est plus, 'K.iart, pour les Allemands. le résultat Kice profonde et mûrement réfléchie de r! nommes d'etat ; les rôles sont intervertis 1 suifit à nous démontrer quelle sera l'issue r< cs s( Strl'c^ -'»nt intervertis ; mais com^fiérente chez nous l'attitude, usqu'au PC»t'4,e VUr""' /> "'V'>. de Fiers). par Georges NORMAND Y ====================== où Strasbourg érige la tendresse immortelle de sou souvenir... bout digne et résolue, des cinq irréductibles du Parlement impérial refusant, en 1870, de sanctionner de leur vote la folle équipée de Napoléon III, berné par Bismarck, combien différente du servilisme de la SocialDémokratie teutonne se disputant l'honneur et la gloire d'accorder, au despote Guillaume II, les moyens d'étrangler à amais la liberté française! Une voix, il est vrai, une seule, celle de Liebknecht, s'élèvera pour proclamer le droit imprescriptible des nations de ne point céder à la force brutale ; mais tous les autres Allemands, tous, les conservateurs comme les' agrariens, les socialistes comme les libéraux, tous portent et porteront éternellement la responsabilité du crime où leur empereur les a entraînés. Tous méritent d'être compris dans l'anathème que leur adressait alors M. Georges Clemenceau : «La Gazette Nationale de Berlin annonce cpie l'allemagne se payera de tous frais à nos dépens, en nous volant (il n'y a pas d'autre mot) trente milliards. C'est, depuis longtemps, le chiffre courant dans la presse allemande. Je ne puis m'empêcher d'admirer le merveilleux cynisme de cette politique de détrousseurs. En tout autre pays, un homme qui écrirait cela serait déshonoré. Là-bas, cela met les gens en goût d'entreprendre. «Il faut se défier. Bonnot lui-même, avec des intentions identiques, rencontra des résistances et finit de très mauvaise façon. Le banditisme a parfois des mécomptes. Nous tâcherons de lui en susciter le plus que nous pourrons.» Par bonheur, les choses n'ont pas tourné tout à fait comme ils l'espéraient. Mais, à cette époque du 2 août, ils étaient tous si convaincus de vaincre sans difficulté, d'en terminer avec nous en quinze ours et d'écraser ensuite la Russie en moins d'un mois, que les ournaux allemands, avec la forfanterie coutumiôre à la presse reptilienne, publiaient à l'envi cette information sensationnelle : «En raison du risque de guerre, le mariage du prince Oscar, cinquième fils du kaiser, avec la comtesse Ina de Basscnvitz a eu lieu, hier soir, à sept heures, au château de Beaevue, en présence de l'empereur. «La cérémonie officielle a été fixée à septembre.» A septembre!... En septembre, notre J offre, dans les plaines de la Marne, devait avoir le mauvais goût de troubler pour longtemps les fêtes de oyeux hyménée qu'on apprêtait déà... En septembre, après de dures épreuves, le France allait recevoir enfin la récompense de l'admirable conduite qu'elle sut tenir dés le premier our de la mobilisation. Je me propose d'en donner, dans le chapitre suivant, un aperçu à la fois pittoresque et documenté aux meilleures sources. CHAPITRE II Paris tel qu'on ne l'avait amais vu! A Berlin! A Berlin! C'est en hurlant cette rengaine, sur l'air national des Lampions, qu'en uillet 1870, le peuple de Paris avait accueilli la nouvelle de la déclaration de guerre de la France à la Prusse. Savamment surchauffées par l'enthousiasme policier d'entraîneurs en blouse blanche émargeant au budget de la Préfecture, des bandes suspectes parcouraient rues et boulevards, drapeaux éployés en tête. I.a plupart de ces braillards, exempts alors de toutes obligations militaires, savaient c'ailleurs pertinemment que, si amais les troupes françaises devaient, en effet, s'emparer de la capitale prussienne, ce ne serait pas eux qui risqueraient leur peau pour la conquérir. Les moins exposés s'avéraient, aussi bien, les plus belliqueux et le phénomène, dit-on, n'est pas pour surprendre quiconque s'intéresse à la psychologie des foules, de cette foule plébiscitaire, surtout qu'en mai 1870, déà le grand Hugo stigmatisait de cette apostrophe cinglante :... «Ménade ivre de forfanterie et d'alcool, bacchante prête à mêler les déhanchements des «chahuts» aux nobles élans des marches guerrières et triomphales!» En 1914, Paris donnant au monde un spectacle de dignité inoubliable ne connut point les déchaînements de cette fouledà... C'est sur les bords de la Sprée, le long de la Sièges Allée, devant les mornes marbres funéraires commémorant la lignée des Hohenzollern, c'est sous la Brandenburger Thor, c'est Unter den Linden, usqu'aux palais impériaux, lourds et 1 ;ds comme des forteresses, que déferla le flot monstrueux d'une populace en délire. Ici, tout de suite, ce fut le silence impressiorhiant, l'activité conscience de tout un peuple instruit de la grandeur de son devoir et de la nécessité de son sacrifice. Point de phrases, point de cris, point de discours. Des actes, du courage, de la résolution. Ce n'est pas nous qui l'avons voulu, le «coup de chien» qu'on attend depuis quarante ans. Mais, puisqu'on nous l'impose, soit, finissons-en! Et, comme il faudra touours en arriver là, réglons l'affaire une bonne fois pour toutes. Le plus tôt sera le mieux. Telle était l'opinion de Jacques Bonhomme, opinion raisonnée, raisonnable, exprimée tout de go, avec un tranquille courage et une calme fermeté du meilleur aloi.

9 Admirable exemple de la rue qu'un spectateur synthétisait, le lendemain, dans ce tableau d'une rare éloquence évocatrice : La niait ilude peut elcr d'augustes flammes; Mais qu'un 'cent souffle : ou voit descendre tout à coup, Du haut de l'honneur vierge au plus bas de l'égoat, La foule, celle grande et fatale orpheline, El celle Jeanne d'arc se change eu Messaline! Cinq heures. Le décret de mobilisation générale est affiché. A la porte des mairies, sur lus murs des gares, sur les vitres des postes, nous avons lu l'appei de la République. Sur un carré de papier aune, quelques mots, un ordre laconique... Ah! les prévisions, les doute?, les espérances, les notes officieuses ou officielles, les proclamations, tout cela est à présent fini! Il ne s'agit plus de discuter ou de discourir. «Pour la première fois, depuis tant de ours fiévreux, nous avons entendu le son de la voix militaire ; le temps n'est plus aux articles, aux discours ; il s'agit d''ordres maintenant ; il faut obéir. «Vous, en qui nous avons confiance, commandez et nous obéirons! Auourd'hui, à votre signe, nous nous sommes rangés pieusement, et nous avons connu l'ivresse fraternelle de nous sérier l'un contre l'autre. Demain, les rangs attendront, l'arme au pied. A votre premier geste, ils se mettront en marche. Sans regarder derrière nous, nous suivrons le chemin que vous indiquerez à nos étendards, et tout notre avenir n'est plus que notre honneur. «La France est divisée, il n'y a plus de France», disiez-vous dans vos ournaux et dans vos réunions ô insensés qui mesurez votre puissance à votre orgueil et forts de cette assurance, vous avez brandi vos épées. Vous attendiez sans doute l'éveil dislocateur des drapeaux rouges? Eh bien! oui, les drapeaux rouges se sont dressés! Et, tout à l'heure, 'ai vu leurs couleurs révolutionnaires se mêler aux trois couleurs... de la grande Révolution! Chimères, utopies, qui fleurissez dans nos cerveaux aux ours de la prospérité, comme le plus pur de votre folie nous semble impur dès que frémit le sol qui nous est cher! Soit, vos pliilosophies ont illuminé vos cerveaux, mais les lumières se sont éteintes, dès qu'à l'horizon incertain se sont allumés les feux de l'envahisseur. Qu'importent les cerveaux? Il n'y a plus que des cœurs ; tous les cœurs battent ensemble! Et voilà pourquoi, dominant la foule vibrante qu'entraînait le commun amour de la patrie, les drapeaux des anarchistes suivaient les drapeaux de nos régiments et proclamaient leur abnégation sublime et leur volonté d'être, avant tout, des drapeaux français! «De cinq à six heures, tandis que se répandait la nouvelle de la mobilisation générale, certes, nous avons connu autant d'émoi que d'ardeur. Et, acclamant les troupes enivrées, qui, déà parcouraient les rues en clamant la Marseillaise, nous n'avons pu détourner nos regards du spectacle poignant des femmes en pleurs. Epouses, mères, fiancées... Ah! une angoisse nous éteignait : et nous nous arrêtions, et nous regardions ces eunes hommes qui s'en allaient en chantant, et nous pensions : si vraiment demain c'est la guerre, combien en reviendra-t-il, de tous ces généreux enfants éperdus d'autour? Mais les yeux en pleurs dont nous plaignions la détresse nous fixaient à leur tour. Miracle de piété! Des larmes d'un instant, il ne restait plus qu'une gravité sublime et, élans les âmes redressées, la douleur cédant au devoir, c'était déà de l'allégresse!... «Voici la nuit... nuit merveilleuse, inoubliable. La rue n'est plus qu'un grand cœur ardent, le peuple n'est plus qu'une grande voix amoureuse. Ah! tout cela, cette foule, ces cris, ces chants et ces drapeaux, tout cela, c'est de l'amour ' et nous sommes emporté dans le flot oui monte, qui monte de la place de la République à la statue où Strasbourg érige la tendresse immortelle de son souvenir! Oui, usqu'à cette veille tragique, Paris a observé un calme admirable qui affirmera dans l'histoire notre désir de paix et d'humanité. Mais aux menaces succèdent les provocations. Alors, n'attendons plus... Et, suivons nos drapeaux et ceux de nos alliés, découvrons-nous, mêlons notre chant au chœur de la ville! «Ces rues que transporte, ce soir, une formidable clameur de loi, pendant des années nous les avons parcourues avec indifférence. Alors, nous étions des individus, nous étions des passants... Il n'y a plus d'individus, et c'est toi te la France qui passe! C'est la France, c'est notre" Patrie, notre belle Patrie... C'est Paris, ce sont nos villes et nos campagnes, c'est notre terre chérie, c'est notre ciel léger et c'est la beauté de nos femmes! Allons! Aux armées! Le sol tressaille... «LaVictoire en chantant nous ouvre la carrière» (i)! Ce qui, tout de suite, a le plus changé l'aspect de la ruche parisienne, c'est la disparition immédiate, instantanée des autobus.. Ces énormes bolides, lancés d'ordinaire au milieu du mouvement des autres véhicules comme un molosse dans une nichée de poussins, ces bruyants défonceurs de payé ne font. plus trembler les immeubles le long' desquels ils passaient naguère en trombe. Des la première heure, ils ont été mobilisés pour le transport de la viande aux points de concentration où doivent se rassembler les armées. Les tramways, le métropolitain sont assaillis par les longues théories de réservistes qui vont aux gares reoindre les détachements appelés les premiers. Mais, là aussi, la mobilisation imprévue désorganise les services. Déà, un grand nombre d'employés, de receveurs, de watmen sont touchés par l'ordre de départ. Le per- (i) Comœdîa. ' sonnel manque. La compagnie du mét obligée de faire afficher dans ses earp r c ^ nombre des trams-scr - réduit s/r t & lignes. Deux mêmes sont forcées A~M de pendre tout trafic. Les correspqndanc sont plus assurées à Yilliers, p-s_ Ull Lachaise, à la Concorde, l.e Xord-Si I ses portes Sur les tramways, le voyageurs non rrd bilisés sont invités à céder leur place "J m le font tous, d'ailleurs, de bonne'<u-àeè 1 à quiconque, exhibant son carnet militl ; prouve qu'il doit reoindre sans délai (S régiment, son escadron ou sa batterie w grappes humaines s'écrasent sur les pial? formes, débordent usque sur les marcht pieds. Aux côtés du chauffeur, deux 5 officiers, en tenue, leur cantine près d'eu' 5 faute de voiture ou d'auto-taxi, réquic' tionnent ce démocratique moyen de'trait" port pour arriver à temps auxtrains quiu emporteront vers la frontière. Mais, tout ceci se fait sans heurts, sansdis. eussions, sans bousculades..11 semble que la grande épreuve ail assasi tout le monde. Avec le flot de ceuxlmi partent, se croise le flot de ceux qui rentrent. Dès les premières chaleurs, combien d»! Parisiens étaient allés déà s'installer an bord de la mer, à la forêt ou dans la mon. tagne! On avait hésité un peu, à cause des' bruits de guerre. Et puis, comme tout semblait, finalement, devoir s'arranger, comme le désir d'éviter les complications s'avérait dans toutes les communications des ambassades de la Triple-Entente, dans le langage des ournaux anglais, français et russes, comme on avait, en somme, déà connu tant de fausses alertes, traversé.sans encombre tant de passages difficiles, on s'était-décidé à ne rien changer aux proets de vacances, on avait envoyé la femme et les enfants prendre leurs quartiers d'été; on venait ou on était sur le point de les reoindre.., Et voilà que l'ordre de mobilisation bouleversait tout! Il fallait revenir en toute hâte à Paris, tir s des trains encombrés, sur des lignes où i s nécessités des transports militaires se luisaient déà sentir, sous forme de longs retards, d'arrêts interminables aux stations d'embranchement. A l'arrivée, autre embarras : pas un fiac r, pas une auto, pour transporter les bagages. Tout cela doit être hissé sur des charrettes à bras louées par quelques bagottiers avisés! qui font des affaires d'or. Et, le dimanche soir, en de brèves notes de calepin, un ournaliste enregistre ces impressions, ointes à d'autres croquées çà et là, au hasard élu reportage vécu : Dès la première heure, ils ont été mobilisés pour le t ransport de la viande. Li 'Gérant-:'"L.-'N. LESAGE - «Les enfants étreignent les filets qu'ils avaient emportés pour la pêche. Ils ont les yeux humide-. Quelle nuit ils ont passée! Mais dans leurs regards rougis perce un sérieux qui devance leur âge. Us se taisent. Les mamans ont les yeux voilés, elles aussi. Le père part dema auourd'hui... «Et c'est le 2 août, à l'heure où pour ceuxlà les vacances s'annonçaient si belles! «Ce matin, à Xotre-Daine-des-Victoires» grand'messe. Avant le commencement del'om l'église est remplie de fidèles. Beancc»? d'hommes. On entend des femmes se moues Dans la nef, les buissons de cierges ardents son plus fournis encore que d'habitude. C'est oofflb' un grand brasier qui emplit de son haleine n l'église." Dehors, un orage menace, le ciel e= gris, I'asmosphère lourde... Les murs, les P lllc '] de la nef couverts de leurs inscriptions de 1 connaissance, de leurs élans de foi, rend! qu'on voit plu.î émouvant... Dans les chape latérales, des femmes prostrées, agenouille»" Et, dans le va-et-vient incessant des çioud portes battantes, des officiers, de simples ^ dats, leur équipement snr eux, des i eun?lf s ir qui partent, tout à l'heure, un petit baluchon ", l'épaule et viennent faire une courte p 11 prendre un pew de ce réconfort-là, aussi, a\ de monter dans le train qui les emportera Fontenay-aux-Roses. Imp. L. BELLENAN?-

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