TICE : Pomp and Circumstance 1. Eléments d analyse sur les usages des TICE en 2008 en Angleterre

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1 1 TICE : Pomp and Circumstance 1 Eléments d analyse sur les usages des TICE en 2008 en Angleterre Alain Chaptal Plate-forme Arts, Sciences, Technologies Université Paris 8 Chercheur au LabSic de l Université Paris 13 Ce rapport s inscrit dans la continuité du travail mené l an passé 2, mettant cette fois-ci davantage l accent sur l analyse des usages conformément à la commande passée. Il a été réalisé en mars 2009 à la demande du pôle de compétitivité des contenus numériques, Cap Digital Paris-Région. Il n engage toutefois que son auteur. Il fait suite à une mission au BETT 2009 financée par le Pôle de compétitivité qui s intégrait dans un dispositif global organisé conjointement, comme en 2008, par Cap Digital Paris-Région, PM Conseil, la Chambre de Commerce et d Industrie de Paris, l Agence de Développement du Val de Marne et le Ministère de l Education nationale, dispositif qui comprenait aussi un pavillon regroupant les exposants français. Sommaire 1 - Le rôle important du BESA p Un contexte inédit : un système éducatif confronté à de nouvelles tensions p vers un réexamen du rôle des tests? p les limites des politiques de mise en concurrence des établissements p les difficultés de mise en place des nouveaux curriculums p une situation paradoxale pour le BSF p Une actualisation du Plan TICE p le rôle du Becta conforté p l état des équipements et des moyens p la fin des elearning Credits et l achat des ressources p Des usages croissants mais p les usages par les enseignants p les usages impliquant les élèves p le point de vue des élèves p le temps économisé? p quel impact sur la collaboration entre enseignants? p Les Learning Platforms, une montée en puissance plus lente que prévue p La «cible» parents p La question de la personnalisation de l apprentissage p Les futures priorités p. 61 Références p Oeuvre d Elgar, dont la Marche n 1, pompeuse et solennelle à souhait, est devenue aux USA l hymne de la remise des diplômes depuis sa première utilisation en 1905 à l occasion de la remise d un doctorat Honoris Causa de Yale au compositeur. 2 Cf. Chaptal 2008

2 2 Sensation étrange, la crise qui affecte durement la Grande-Bretagne semblait s être arrêtée aux portes de ce vétuste Olympia Hall, hymne victorien dédié initialement à l agriculture, fait de briques, de verre et d acier, où se tenait le BETT. Tradition et modernité, au prix d un étonnant contraste entre cet espace d exposition peu fonctionnel et l image d innovation et de performance que Londres mettait grand soin, jusqu à peu, à donner d elle-même. Malgré l arrêt en août dernier des elearning Credits, l édition 2009 du BETT fut un indéniable succès : plus de 650 exposants, en hausse notable par rapport à l an passé, des visiteurs en rang serré comme si de rien n était... Quelles explications trouver à ce phénomène? Elles sont au moins de trois ordres, d ailleurs complémentaires. D abord, le fait que cette industrie se nourrit quasi exclusivement de crédits publics, crédits ministériels pour leur plus grande part, crédits par nature d autant moins affectés par le ralentissement économique que l éducation apparaît comme un investissement indispensable pour préserver l avenir. S y ajoute le fait que les produits High Tech étaient, du moins jusqu à ce début 2009, apparemment épargnés par cette crise. 3 On peut aussi y voir, troisième aspect, l illustration de cette vieille tradition qui fait l honneur des britanniques, imposant jusqu au bout le respect scrupuleux de la solennité des formes et des rituels dans la sauvegarde des apparences, tout spécialement lorsque le sort est funeste, qu il s agisse d amener le dernier drapeau de l Empire ou de faire jouer l orchestre sur la plage arrière du transatlantique qui sombre. Raison pour laquelle ce titre inspiré d Elgar a paru approprié. Dehors la crise? Pourtant elle est bien présente, par exemple pour des universités confrontées à des difficultés budgétaires et qui viennent de subir plus de 250 millions de de pertes sur les fonds qu elles avaient placés en bourse. Au moment même où elles doivent faire face à la volonté gouvernementale de réformer les diplômes traditionnels en 3 ans pour adopter un modèle à l américaine et raisonner en termes de crédits transférables favorisant les possibles parcours différenciés et les reprises d études. Crise bien présente aussi pour l agence gouvernementale PfS, Partnership for Schools, chargée du programme BSF de rénovation des établissements secondaires qui peine à maintenir son mode de financement. Certains phénomènes propres au BETT mais inconnus les années passées, conduisent aussi à s interroger : une huitaine d espaces laissés vides dans les étages de l exposition, signe d un retrait de dernière minute, ou bien le fait que, cette année, sur les huit compagnies honorées d un des prestigieux BETT Awards pour une de leurs offres au titre des diverses catégories de ressources éducatives, pas moins de quatre n avaient pas de stand sur le salon, n offrant aucune visibilité pour ce produit. Aucune explication de cette situation insolite n a été fournie par les organisateurs, au-delà de commentaires sur la preuve de la liberté de choix des jurys. A l appui de cet étonnant optimisme apparent, il faut noter que dès le début octobre, au moment où il annonçait son plan de soutien aux banques britanniques, Gordon Brown a affirmé sa volonté de ne pas faire de coupes budgétaires pour l éducation. 4 Et que le Premier Ministre continue jusqu à présent d affirmer sa volonté de ne pas sacrifier l avenir en préservant l éducation. Mais pareil discours sera-t-il tenable si la crise se durcit dramatiquement comme beaucoup le redoutent? On l a dit, ce rapport s inscrit dans la continuité de celui de l année dernière, se focalisant cette fois-ci sur l analyse des usages. Pour ce faire, il exploite un nombre important de rapports officiels dont la très complète Harnessing Technology Survey 2008, conduite entre décembre 2007 et janvier 2008, qui constitue une source essentielle d information que nous confronterons aux autres études, source d autant plus importante qu elle a le mérite 3 Cf. étude GfK Marketing Services publiée le 15 janvier, citée par Le Monde du Dimanche 18 Lundi 19 janvier 2009, qui note un progrès de 14 des ventes mondiales de biens de consommation technologiques. 4 Cf.

3 3 supplémentaire d être conduite chaque année depuis 2002 sous diverses appellations. On ne peut d ailleurs encore une fois qu être frappé du contraste avec la situation française pour laquelle très peu de documents sont disponibles, tout particulièrement concernant les usages. Plutôt que de paraphraser ou synthétiser les études analysées, ce rapport fait un large usage des citations en version originale et propose de très nombreuses références précises afin de faciliter pour le lecteur qui le souhaite la consultation de la source. Ce rapport comporte huit parties d inégale importance. Il évoquera d abord les conditions qui ont conduit l organisme professionnel, le Besa, à jouer un rôle déterminant. Il évoquera ensuite certains aspects des évolutions du système éducatif anglais intervenus en 2008 qui concernent aussi, plus ou moins directement, les TICE, avant de poursuivre avec une analyse du nouveau plan TICE et des moyens consacrés. La partie centrale, la plus importante en volume, traitera de différents aspects des usages. Enfin ce rapport s achèvera par quatre coups de projecteurs sur les Learning Platforms, le rôle des parents, la question de la personnalisation de l apprentissage et les priorités futures. 1 - Cette édition du BETT a fourni l occasion de mettre en valeur le 75 ème anniversaire du Besa. Juste retour des choses, cette organisation professionnelle, fondée en 1933, avait lancé le BETT en 1985 (à l époque, pratiquement aucun des exposants ne proposait des TIC). Le Besa compte aujourd hui plus de 300 membres, fabricants et distributeurs de matériels, de ressources, de consommables, de mobiliers, de technologie, de contenus ou de services numériques destinés au marché de l éducation. Au cours de ces 75 ans, le Besa a joué un rôle de plus en plus déterminant dans l élaboration des politiques éducatives. Cela n est pas dû seulement au talent de ses dirigeants. Il s agit de la concrétisation d un projet politique, élaboré par Margaret Thatcher et confirmé par le New Labour, attribuant un rôle important à l industrie, à sa vision d un marché et ses problématiques de retour sur investissement, dans la définition et la planification des politiques éducatives. Lors des deux premiers gouvernements conservateurs des années 80, des efforts importants ont été consacrés à la création d un marché éducatif. Pour cela les collectivités locales ont été mises à l écart, les crédits allant directement vers des établissements rendus autonomes pour leurs achats, et la profession enseignante s est vue déposséder de son rôle de gardien (et d arbitre) des valeurs éducatives 5. A l inverse, l accent a été mis sur l affirmation du droit des parents de librement choisir l école de leurs enfants, le gouvernement définissant des standards et un curriculum national (ce qui aura un impact considérable sur le secteur de l édition) et mettant en place le système des Standard Assessment Tests (SATs) dont les résultats seront regroupés en un palmarès national (League Tables) pour l information des parents. Peu après, le gouvernement de John Major réformera l inspection en créant en 1992 une structure indépendante, l Ofsted, dont les rapports seront rendus publics au nom du même objectif explicite de dénoncer («name and shame») les établissements dont les résultats ne seraient pas à la hauteur. 6 La poursuite de cette politique, avec néanmoins d importantes 5 Notamment à travers le Education Reform Act de La baronne Shirley Williams, universitaire et ministre de l éducation du gouvernement de James Callaghan de 1976 à 1979, juste avant l ère Thatcher, est revenue tout récemment dans le Guardian sur ces épisodes soulignant

4 4 inflexions, par le New Labour aura, en l espace de 20 ans profondément modifié le contexte dans lequel évoluent les écoles qui, d un contrôle local sont passées à un cadre national via une politique fondée sur des normes et qui leur demande de rendre des comptes (accountability). 7 Curieux paradoxe d une décentralisation qui favorise l autonomie des établissements en court-circuitant les collectivités locales pour renforcer le rôle de l échelon central. Une situation que les gouvernements travaillistes rééquilibreront toutefois progressivement, on en verra plus loin un effet en matière de politiques d achat. Cette analyse ne témoigne pas d une lecture idéologiquement orientée de la situation anglaise par l auteur de ces lignes. Elle est directement reprise du bilan officiel que le Besa a publié à l occasion de ses soixante-quinze ans d activité Un contexte inédit : un système éducatif confronté à de nouvelles tensions Il n est pas dans les objectifs de ce rapport de faire un bilan exhaustif de l actualité du système éducatif anglais. Toutefois, contrairement au rapport de l an passé, celui-ci s appuie sur un suivi de l actualité éducative britannique tout au long de l année 2008, fondé sur l exploitation des informations de presse disponibles sur Internet et plus particulièrement du fameux Times Educational Supplement et de l excellente rubrique spécialisée du Guardian. Il a donc semblé nécessaire de donner quelques éléments permettant de remettre dans leur contexte les problématiques spécifiques aux TICE. L année 2008 aura en effet été marquée par l apparition de tensions au sein du système éducatif anglais 9 qui ont pris une dimension inédite. Certes, par le passé, des tensions s étaient déjà fait jour 10 mais ce qui paraît tout à fait nouveau c est la multiplication de signaux inquiétants concernant des initiatives qui constituaient jusqu alors des axes structurants de la politique éducative du New Labour et qui n avaient, jusqu ici, pas été sérieusement mises en question. Une situation qui incite à la prudence quant au jugement porté sur le système éducatif anglais. Symbole spectaculaire de cette dégradation du climat, le 24 avril dernier, une grève nationale d un jour des enseignants a eu lieu à l appel du syndicat NUT sur la question des salaires 11, pour la première fois depuis 1987 (sous Margaret Thatcher), et alors que la combien le Education Reform Act de 1988 avait pour objectif de supprimer l autonomie dont jouissaient les enseignants notamment en matière de curriculum. Elle relevait aussi que le remplacement du Her Majest s inspectors par l Ofsted tenait au fait que ces inspecteurs se considéraient davantage comme des guides ou des conseillers travaillant en étroite relation avec les écoles pour mettre l accent sur l amélioration et non chercher l intimidation : «But the government saw the HMIs as too soft, too close to the teachers, and thought they needed to be brought to heel. Ofsted was to be a much tougher proposition. Cf. 7 Cf. Besa 2008a p Cf. Besa 2008a pp. 18 à 20 9 On rappellera que celui-ci diffère des systèmes Gallois ou Ecossais. 10 Par exemple en 2006, au moment où le gouvernement décidait d intensifier sa politique concernant les Academies (voir 2-2), un sondage du Guardian, la Headspace Survey, montrait que seuls 7 des headteachers la soutenaient contre 44 d opposants. Mais à la différence de cette époque, les critiques semblent aujourd hui converger Cf. 11 Cf

5 5 politique du New Labour avait depuis 1997 donné une forte priorité à l éducation et aux investissements dans ce secteur. 12 Quatre éléments qui touchent à ces priorités du gouvernement paraissent devoir être particulièrement relevés : la montée des critiques concernant les tests ; les limites des politiques de mise en concurrence des établissements via notamment les «Academies» ; les difficultés de mise en place des nouveaux curriculums ; les problèmes de financement de projets et les limites du partenariat public-privé pour BSF. 2-1 vers un réexamen du rôle des tests? L Angleterre était sans discussion possible jusqu à présent, le pays champion du monde en matière de tests 13 et de publication de palmarès scolaires. Certes, des voix s élevaient depuis plusieurs années particulièrement parmi les enseignants ou les chefs d établissement pour en souligner les effets pervers et notamment la réduction des programmes enseignés aux seules matières importantes pour ces tests. Toutefois elles n avaient pas ébranlé jusqu à présent la volonté du ministère d en faire l élément clé pour à la fois stimuler la concurrence entre établissements et éclairer les choix des parents concernant la scolarité de leurs enfants. Plusieurs rapports officiels sont venus conforter ces critiques elles-mêmes nourries du fiasco des tests KS3 de l été 2008 (cf. ci-après). En mai, un rapport parlementaire du «Select Committee on Children, Schools and Families» de la House of Commons 14 avait sonné l alarme, pointant les conséquences dangereuses du système des tests nationaux et regrettant que «the professional abilities of teachers are, therefore, under-used and that some children may suffer as a result of a limited educational diet focussed on testing.» Le rapport Policy Commision 2008 du Besa relève également l importance de ces diverses critiques et y fait largement écho, jugeant le système actuel peu adapté à ses objectifs fondamentaux et proposant des changements : «One key issue identified by respondents from schools was that of formal assessment. SATs were judged too narrow a mechanism. Technology is already offering fast and reliable feedback which is non-judgmental that can be used directly by pupils to accelerate their learning in literacy and numeracy. These approaches were seen as having more potential.» 15 Et de noter plus loin le fardeau et la pression que constituent ces tests pour les écoles, soulignant ce besoin de changement : It is essential that the burden of assessment and accountability be reduced, both by doing less of them and by doing them more efficiently and intelligently. 16 Un point de vue partagé par l Inspection qui note, dans la partie de son rapport annuel consacrée au primaire, les effets pervers du «teaching to the test» : 12 On se souvient de la déclaration de Tony Blair à une conférence du Parti Travailliste le 1 er octobre 1996 «Ask me my three main priorities for government and I tell you education, education, and education.» 13 Un élève y passe en moyenne 70 tests nationaux durant toute sa scolarité (il est vrai qu il s agit généralement de tests distincts par matières). Chaque année, 25 millions de copies sont analysées. La plupart des tests ont été introduits sous les gouvernements conservateurs dans la première moitié des années quatre-vingt-dix. 14 Cf. ses conclusions 15 Cf. Besa 2008a p Cf. Besa 2008a p. 53

6 6 «Survey inspections found that in some schools, overemphasizing preparation for the national tests in English, mathematics and science, especially in Year 6, restricts the time available for activities that can most interest and challenge pupils: speaking and listening in English, using and applying mathematics, and scientific investigation. Pupils attainment can then become narrowly based. More generally, focusing too much on the three core subjects can have negative effects on the curriculum in terms of breadth, balance and pupils enjoyment. In the most effective schools, pupils do well in tests without this unduly restricted approach to teaching and learning. 17» Le rapport intérimaire de Jim Rose, personnalité de l éducation, ancien directeur de l Ofsted, chargé en décembre 2007 par le gouvernement d étudier une réforme des programmes du primaire, propose lui aussi, après de nombreuses consultations de tous les acteurs, de diminuer cette surcharge de travail pour les écoles, reconnaissant «the need to reduce curriculum overload and over-prescription». Bien qu il ait eu pour instruction explicite de ne pas aborder la question des tests, il évoque lui aussi les sérieuses inquiétudes relatives à leurs effets sur le curriculum. 18 Le 20 février 2009 était en outre publié un autre rapport très attendu analysant les programmes du primaire, le Cambridge Primary Review, projet dirigé par le professeur Robin Alexander, 19 qui stigmatisait très fortement l accent mis par le New Labour sur les tests et les conséquences néfastes d un enseignement primaire focalisé sur les fondamentaux (l anglais et les maths) au détriment d une éducation davantage citoyenne. Un rapport indépendant financé par des contributions privées et qui attaque durement, huit années après son lancement, le bilan d une des réformes travaillistes les plus emblématiques (cf. partie 7). Il faut souligner aussi, pour alourdir encore le dossier, que les tests eux-mêmes ont connu de graves difficultés cet été. Le gouvernement avait lancé un appel d offres pour l organisation des «Sats 20», les National Curriculum Assesments aux KS2 et KS 3 pour les élèves de 11 et 14 ans. La firme américaine spécialisée, ETS (Educational Testing Services), très impliquée notamment dans la définition des tests PISA, avait remporté ce contrat de 156 millions de sur cinq ans. La compagnie avait fait une offre particulièrement attractive, quasiment sans chercher à faire de bénéfices, car elle espérait visiblement ensuite valoriser son savoir-faire sur les marchés asiatiques où le système éducatif britannique est réputé. Dès mai, des problèmes concernant la formation des correcteurs ont surgi débouchant sur d énormes retards dans la publication des résultats. Fin juillet résultats pour le KS3 et pour le KS2 étaient toujours manquants débouchant sur la rupture du contrat avec ETS en août. La publication du palmarès des écoles en a été retardée. Le 14 octobre, sous le feu des critiques croissantes, le ministre Ed Balls annonçait la suppression des tests KS3 concernant élèves, provoquant un intense soulagement au sein de la communauté éducative. Une enquête administrative débouchait mi-décembre sur la démission du directeur général de la «Qualifications and Curriculum Authority», un ancien manager australien spécialisé débauché à prix d or, coupable de ne pas avoir suffisamment prêté attention aux références insuffisantes d ETS avant de signer le contrat, une démission suivie par l annonce de la suppression de la «National Assessment Agency» (NAA), son agence responsable du système de tests. Un gigantesque fiasco qui aura certainement des conséquences durables. 17 Cf. Ofsted 2008a p Cf. 19 Cf. 20 Diverses versions existent pour l acronyme «Sat» jouant sur les combinaisons possibles avec les mots «évaluation» et «niveau» (Assessment ou Attainment) : depuis Standard Assessment Tasks, semble-t-il à l origine, jusqu à Standard Attainment Tests qui semble aujourd hui la version la plus officielle.

7 7 2-2 les limites des politiques de mise en concurrence des établissements Avec l arrivée au pouvoir du New Labour 21, l évolution du système éducatif anglais se structure selon deux axes principaux : d une part, une mise en concurrence directe des établissements, conçue comme un moteur de l évolution du système, via des palmarès conditionnant le choix de l établissement par les parents, nous y reviendrons ; d autre part, une diversification croissante de l offre éducative, prenant la forme d un éventail d options ou d un nouveau type d établissements secondaires, les Academies. La Commission Politique du Besa souligne ce phénomène : Since 1997 the route that has been taken to structure secondary education has been to further diversify the types of institution in which children are educated. / There were many inner-city areas where schools were still failing their local population, and the Academies programme was seen as a solution. Academies are usually set up in inner cities on the site of failing schools and each offer a distinctive characteristic based on their funding sponsor. They generally start their life with a new building, often designed to challenge the perception of school, and with the intention of encouraging students to make a fresh and more positive start. The belief in the importance of the built environment for education led to an ambitious plan to build new secondary schools across the country. Initially these were funded by the Private Finance Initiative (PFI). 22 Au passage, notons que cette politique a eu pour effet, même si les établissements reçoivent toujours l essentiel de leur budget des Local Authorities (ce qui induit d ailleurs de grandes variations), de faire passer leur contrôle effectif du niveau local au niveau national du fait de l évaluation centralisée de leur responsabilité et de leur conformité aux standards. Le projet des Academies a été annoncé par le ministre David Blunkett en mars 2000 pour accroître la diversité et les possibilités de choix, en particulier en offrant une grande flexibilité en termes d orientation pédagogique comme d organisation (notamment en matière d obligations pour les enseignants) et en favorisant l innovation d où, généralement, un accent mis sur les technologies éducatives. Implantées dans des zones difficiles pour remplacer des écoles en échec, financées sur fonds publics directement par le ministère mais gérées par des «sponsors» indépendants (parmi lesquels une notable proportion d organisations religieuses avec parfois l émergence d une logique de conglomérats, un même sponsor contrôlant plusieurs Academies 23 ), elles échappent au contrôle des Local Authorities. Le système, qui s accompagne en effet généralement d une construction nouvelle ou d une rénovation majeure de bâtiments, n est pas sans rappeler les Charter Schools américaines. 24 Les Academies ont d emblée suscité une vive opposition syndicale soulignant, comme le NUT, qu avec une contribution représentant seulement 8 du coût total du bâtiment, le sponsor prend le contrôle d une école modernisée dont le statut est de facto celui d une compagnie. 25 A l inverse, Lord Andrew Adonis, le Secrétaire d Etat chargé de ce secteur qui fut l architecte de ce projet et demeura, jusqu à son départ, son principal avocat, voyait tout simplement dans ces Academies le futur de l enseignement secondaire anglais. 21 mais dans la continuité des politiques précédentes 22 Cf. Besa 2008a p On compte au total plus de 40 sponsors fédérant plusieurs Academies. Le Oasis Trust, the Church of England et ARK gèrent ainsi plus de dix Academies chacun, préfigurant de nouvelles «chaînes» éducatives. 24 Dont la qualité des résultats, plus que mitigée, commence à poser problème même à leurs supporters qui appellent, comme le fait le président Obama, à séparer le bon grain de l ivraie. 25 Cf. NUT 2007

8 8 On compte actuellement 130 Academies : les trois premières ont ouvert en septembre 2002, suivies par 9 en 2003, 5 en 2004, 10 en 2005, 19 en 2006, 37 en 2007 et 47 en devaient ouvrir en 2009 et 100 en 2010 avec l objectif d atteindre au moins 400 établissements de ce type en Leurs résultats sont à ce jour assez contrastés. Des difficultés de gestion se sont fait jour, relevées dans le rapport de PricewaterhouseCoopers chargé depuis 2003 d une évaluation longitudinale indépendante par le Ministère. 26 Fin novembre 2008, le Edutrust Academies Charitable Trust, qui devrait ouvrir 80 nouvelles Academies en septembre prochain, a fait l objet d une enquête par le ministère DfCSF. 27 Si certaines Academies ont pu faire état d une amélioration sensible de leurs résultats, 32 ont affiché des performances médiocres à l occasion des dernières League Tables, provoquant un sévère avertissement du Ministre Ed Balls. Un nouveau ton remarqué qui, succédant au récent changement de portefeuille début octobre 2008 de Lord Adonis, leur principal défenseur, a suscité des doutes quant à la volonté du gouvernement de poursuivre aussi activement que par le passé cette politique. Ces League Tables, ces palmarès fondés sur les résultats aux tests étaient jusqu à présent l outil privilégié conditionnant le choix de l établissement par les parents. Tel était particulièrement le cas pour les résultats aux GCSE et aux A-Level marquant respectivement la fin de la première partie du secondaire (élèves de 16 ans) et les qualifications pour la poursuite des études supérieures. A l automne 2007, le Premier Ministre a fixé pour objectif aux établissements que 30 au moins des élèves obtiennent cinq «bons» GCSE (notés de A à C sur une échelle allant jusqu à E) dans des matières incluant l anglais et les maths, une condition généralement exigée pour la poursuite des études vers le A-Level. Faute de quoi, les écoles seraient qualifiées de «défaillantes» (failing) et s exposeraient à des mesures de soutien mais aussi de redressement progressives pouvant aller, en trois ans, jusqu à la fermeture ou leur transformation en Academies, mesures définies en juin 2008 dans The National Challenge Scheme, un dispositif assez comparable dans son esprit à celui mis en place aux Etats-Unis par l administration Bush avec le plan No Child Left Behind de En juin 2008, le Ministre Ed Balls appliquant à la lettre le principe de «name and shame» a désigné à la vindicte populaire 638 failing schools, les menaçant même d une fermeture accélérée, provoquant un émoi certain. Une annonce brutale qui a découragé nombre d équipes éducatives des secteurs difficiles qui, n ayant pas atteint ce seuil fatidique, ont vu fuir les parents, réduisant à néant les progrès accomplis d année en année. Une annonce dont la très grande fragilité des critères qui la fondent a éclaté au grand jour lorsque, aux League Tables suivantes de janvier , l une de ces écoles, Perry Beeches, située près de Birmingham, dont le principal avait publiquement protesté contre les annonces ministérielles de juin, a vu ses résultats bondir de 21 en 2007 à 51 en 2008, accédant du même coup instantanément au statut de high performing school et recevant de ce fait un bonus de Soulignant que l aide qui lui avait été proposée en tant que failing school n était que de , le chef d établissement a qualifié publiquement cette différence de traitement de scandaleuse (outrageous) 29. Entre temps et à la suite du fiasco des tests évoqué plus haut, le Ministre Ed Balls avait annoncé la mise à l étude d un nouveau système de notation des établissements inspiré du système controversé mis en place en 2006 à New York 30 évaluant les écoles selon une fiche 26 Cf. PricewaterhouseCoopers pp Cf. Education Guardian, November 28 th Où seuls 440 établissements étaient jugés en échec. 29 Cf. 30 Une sorte de retour des choses. Il y a trois ans, a contrario, New York avait importé le modèle britannique d évaluation par une structure d inspection extérieure.

9 9 («report card») dénommée «School Progress Report» synthétisant les diverses données pour attribuer une note globale de A à E. Un classement simplifié pour faciliter les choix des parents. 31 Le Ministre ne désarme pas. A l occasion de la publication des résultats des League Tables de janvier, il a lancé une nouvelle charge stigmatisant la «culture de l excuse» 32 des établissements des zones difficiles, déclarant qu il n admettait pas que le fait d avoir une majorité d élèves issus des quartiers pauvres justifie des résultats insuffisants et se montrant particulièrement exigeant à l égard des 32 Academies en situation d échec. 2-3 les difficultés de mise en place des nouveaux curriculums Le gouvernement avait lancé une ambitieuse réforme des diplômes dont l objectif était de remplacer à l horizon 2013 les traditionnels GCSE et A-Level pour les élèves de 14 à 19 ans par les «Diplomas» mêlant enseignement théorique et pratique pour dépasser le clivage entre enseignement général et enseignement professionnel et pouvant être liés à des qualifications validées par des entreprises 33 après un processus de certification nationale. Le choix du gouvernement était de démarrer petit en ne proposant la première année expérimentale qu un nombre restreint de diplômes, cinq en tout et pour tout, pour en privilégier la qualité (avec un objectif affiché de 17 «Diplomas» en 2011). Le très lent démarrage de cette réforme emblématique, l une des plus importantes des dix dernières années, a pris des allures d échec. Ces nouveaux diplômes, qui traduisaient également une orientation du curriculum davantage centrée sur les compétences, ont manifestement souffert d un déficit de crédibilité tant de la part des enseignants que des parents que le ministère n a manifestement pas réussi à convaincre. Une étude de la National Foundation for Educational Research a montré que les enseignants les considéraient comme destinés aux élèves moins scolaires, issus des milieux défavorisés et non destinés à poursuivre leurs études à l Université. Le nombre très restreint d élèves inscrits rend du coup les «Diplomas» sujets à caution comme l a noté un rapport parlementaire. 34 On comptait seulement inscrits en septembre 2008 très loin des estimations initiales à hauteur de avant que le ministère ne divise finalement par plus de deux ses ambitions affichant l objectif de étudiants inscrits pour le lancement officiel de ces nouveaux diplômes. 36 Il faut encore ajouter que ces étudiants choisissent très majoritairement la voie la plus facile, le diplôme de Creative and Media. 37 Parallèlement une étude de l université de Buckingham a mis en cause la politique de Tony Blair qui constitue d une certaine façon le soubassement des «Diplomas», politique dite des Specialist Schools, d un coût total de 3 Milliards de, en la qualifiant d illusion et en pointant la faillite de ce dispositif en matière d études scientifiques. Une politique qui visait elle aussi à combler le fossé entre enseignement général et enseignement professionnel en dotant ces écoles secondaires de financements complémentaires à la condition que la spécialité 31 Cf. et 32 Reprenant ainsi une thématique également développée par les responsables new-yorkais. 33 Don t McDonald cf. 34 Cf. 35 Cf. 36 Cf. 37 Cf.

10 10 enseignée soit sponsorisée par le privé à hauteur minimale de (la contribution ministérielle étant alors de d investissement plus une dotation complémentaire de 129 par élève). Aujourd hui, on compte environ 3000 Specialist Schools soit 88 des écoles secondaires publiques. Contrairement aux attentes, les écoles des zones les moins favorisées ont majoritairement choisi les spécialités les moins exigeantes comme les arts du spectacle, la technologie, les sciences de l ingénieur, l économie et gestion ou les sports. 2-4 une situation paradoxale pour le BSF Une des caractéristiques distinctives de la politique éducative anglaise est de considérer que la qualité des bâtiments est un facteur important du point de vue éducatif. 38. De là découle l ambitieux plan de 45 milliards de lancé en 2004 de rénovation des établissements secondaires d ici 2020, BSF, Building Schools for the Future. Le plan vise à favoriser l innovation et 10 du budget est destiné à financer des technologies d information et de communication. Les Academies sont partie intégrante de ce plan. Plus récemment, une initiative de même nature mais plus modeste a été lancée pour le primaire, le Primary Capital Programme qui prévoit un investissement global de 7 milliards de pour reconstruire d ici la moitié des écoles primaires 39 Le financement des TICE dans le cadre de BSF soulève cependant certaines questions. La procédure distingue diverses phases gérées par PfS, Partnerships for Schools. Cet organisme pèse très fortement (certains évoquent des pressions 40 ) pour que la solution retenue soit une solution externalisée (managed service) et centralisée pour toutes les écoles du ressort de l autorité dans le cadre d un Local Education Partnership de façon à faciliter le cas des élèves changeant d affectation. Outre que la procédure de désignation est peu transparente quand s applique, comme c est de plus en plus le cas, la procédure dite de preferred sponsor permettant à PfS de faire l économie d un appel d offres concurrentiel, l établissement scolaire perd la maîtrise de ses choix au profit d une solution standardisée. Un one-size-fits-all model assez contradictoire avec la double rhétorique gouvernementale de spécialisation des écoles et de personnalisation de l enseignement. Au cours de ses premières années d existence, le programme BSF a accumulé les retards et les dépassements budgétaires. Un rapport du National Audit Office constate que seuls 42 établissements sur les 200 initialement prévus avaient été reconstruits au bout de cinq ans. Dans le même temps, le coût total du projet devait être réévalué de 22, grimpant à 55 milliards de. En 2009, 54 établissements devaient ouvrir et 121 l année suivante. 41 Le programme BSF était fondé sur l idée de Partenariat Public-Privé et les mécanismes dits de PFI, Private Finance Initiative, destinés à lever des fonds privés pour réaliser ces investissements publics. Un mécanisme imaginé par le gouvernement conservateur de John Major en 1992, initialement critiqué par les travaillistes puis adopté par ceux-ci après leur victoire électorale de Un mécanisme qui a suscité un certain intérêt dans les pays développés dont la France et qui visait fondamentalement à transférer le risque au secteur privé au prix d une concession d exploitation de dix ans. Mais un mécanisme qui se révèle 38 Cf. Besa 2008a p Cf. 40 Cf. 41 Cf.

11 11 aujourd hui bien fragile, confronté au «credit crunch» qui limite drastiquement les possibilités d emprunt des entreprises privées pour financer leurs investissements. A Noël dernier, aucune banque n ayant accepté d investir dans le programme on envisageait de faire garantir par le gouvernement les emprunts, substituant une caution publique à une prise de risque privé défaillante. Dans un premier temps, le programme a dû chercher le concours de la Banque Européenne d Investissement pour se financer. On en frémit encore dans un pays où l euroscepticisme était fort. Mais le programme semble désormais sujet à interrogations : il fait en effet l objet d une procédure de Public Value Programme review, version locale de la Révision générale des politiques publiques. Le gouvernement n est d ailleurs pas au bout de ses peines pour gérer les conséquences de la crise. Face à la faillite brutale de cinq écoles privées (dont deux à Bristol), il a décidé de les nationaliser et de les transformer en Academies. Une autre devrait suivre en septembre. 3 - Une actualisation du Plan TICE Toutes les études convergent, les usages des TICE en Angleterre ont incontestablement progressé en termes quantitatifs durant l année 2008 (même si on peut noter que certains secteurs pourraient avoir atteint un plateau). Cela est également vrai pour les Learning Platforms, plus proche équivalent de nos ENT, comme on le verra plus loin, même si ces derniers usages demeurent extrêmement modestes. Selon les propos du Secrétaire d Etat (Minister of State for Schools and Learners) Jim Knight, «technology is no longer optionnal». Mais comme le note le rapport du Becta qui le cite, il reste encore un long chemin à parcourir avant que ce message ne reflète une réalité généralisée. Si les progrès sont constants, y compris partiellement en termes d enrichissement des usages, il reste en effet des «poches» où l adoption demeure très limitée en particulier dans l enseignement secondaire supérieur post GCSE (Further Education) mais on note aussi l existence d une «long tail» d écoles primaires à la traîne. 42 L actualisation du plan TICE est censée prendre en compte ce contexte. En 2005, le ministère avait publié sa Harnessing Technology Strategy, un plan de cinq ans reflétant une approche globale et systémique des TICE avec le double objectif de mettre en place une infrastructure adaptée et de soutenir à la fois les utilisateurs et les fournisseurs de dispositifs et de contenus. En 2005 également, le Education and Skills White Paper enclenchait une réforme du curriculum. En 2007, The Children s Plan exposait une vision à long terme ayant notamment pour objectif de renforcer le rôle et l implication des parents dans le processus éducatif via par exemple une ouverture accrue des établissements sur leur communauté et un regroupement, en leur sein, des services concernant l enfance. Le plan affirmait que tout enfant avait le potentiel pour réussir et qu il avait le droit tout à la fois de jouir pleinement de son enfance et d être préparé pour sa vie d adulte. 43 Entre temps, la structure ministérielle avait éclatée, le DfES (Department for Education and Skills) étant remplacé mi 2007 par le Department for Children, Schools and Families (DCSF) et le Department for Innovation, Universities and Skills (DIUS). Il était donc devenu nécessaire de réviser le plan initial pour tenir compte de toutes ces évolutions. 42 Cf. Becta 2008f p Cf. Besa 2008a p. 47

12 12 Le nouveau plan publié par le Becta en 2008, Harnessing Technology: Next Generation Learning , a pour objectif de faire en sorte que chaque établissement se sente assuré (confident) dans l usage des TICE et que les apprenants tirent davantage de bénéfices du recours aux technologies. Il cherche à obtenir cinq résultats : - improved personalised learning experiences - confident system leadership and innovation - technology confident, effective providers - engaged and empowered learners - enabling infrastructure and processes. 44 Cette phase 2 de la stratégie ambitionne de provoquer un véritable changement d échelle dans la façon dont la technologie est utilisée dans le système éducatif en mettant particulièrement l accent sur la personnalisation de l enseignement. On verra plus loin que cet objectif volontariste est encore en grand décalage avec les pratiques actuelles et l on peut se demander s il n y a pas là un risque de découplage des discours officiels avec la réalité. Developing an e-confident system 45 Le plan prévoit également une structure de gouvernance très élaborée incluant un National Strategy Group et un Expert Advisory Group 46 analogue dans son principe à celui proposé pour la France par la mission e-educ et que le Ministre de l éducation nationale avait envisagé de créer lors de la remise du rapport de celle-ci le 21 mai Si les partenariats école-parents repris du Children s Plan constituent un élément structurant du nouveau plan et si ce dernier a été élaboré après consultation de nombreux acteurs, on ne peut que s étonner de l absence parmi ceux-ci, dans la liste des partenaires figurant en annexe, des enseignants, de leurs associations professionnelles ou de leurs syndicats. Une situation très différente de l approche des auditions larges suivie en France par la commission e-educ mais 44 Cf. Smith et al. 2008a pp Cf. Becta 2008d p Cf. Becta 2008d pp. 43 et 44

13 13 qui est en ligne avec les lointaines origines Thatchériennes de ces projets et la perte de la responsabilité des enseignants sur l avenir de leur profession qu elle avait organisée (cf. plus haut). Il est vrai qu en Angleterre, les associations professionnelles d enseignants sont infiniment moins actives que leurs homologues françaises. Sans doute, le fort turn over des enseignants, un tiers d entre eux quittant la profession un an après avoir été qualifiés 47, explique-t-il en partie cette situation de même que leurs niveaux de formation assez variables. Les matières scientifiques souffraient ainsi notoirement d un déficit d enseignants qualifiés. Conséquence inattendue de la crise, de nombreux scientifiques, jadis captés par la City, se tournent désormais vers l enseignement des sciences. Contrairement aux enseignants, les cabinets de consultants en technologie éducative, une profession quasi inexistante en France mais très commune et importante en Angleterre où elle assiste aussi bien les collectivités locales que directement les établissements, figuraient au nombre des partenaires. Le cas de Schoolzone, l un des sites éducatifs les plus visités, est assez emblématique. Créée en 1997 par un groupe d enseignants et de parents d Oxford enthousiastes décidant de faire profiter leurs collègues de leurs conseils, l initiative s est transformée en structure professionnelle vendant services et études. 3-1 le rôle du Becta conforté Non seulement l agence gouvernementale a été la cheville ouvrière de l actualisation du plan TICE mais celle-ci s affirme comme un acteur de plus en plus déterminant et ses services sont de mieux en mieux connus des collectivités territoriales comme le montre le tableau suivant 48 : 99 de celles-ci ont connaissance de ses offres, conséquence d une baisse de 6 points en un an des «ignorants» qui ne représentent plus que 1. Figure 5.1: Extent to which respondent is aware of the support Becta can provide 47 Cf. 48 Cf. Hewton et Mortimer 2008 p. 60

14 14 Les domaines d intervention où ses conseils et dispositifs sont les plus appréciés concernent le leadership (avec le self-review framework), la sécurité, les technologies émergentes, la dissémination des bonnes pratiques et les services d achat. Le self-review framework propose une démarche pour évaluer et améliorer l usage des TICE par les écoles. Une enquête conduite auprès des collectivités locales a montré que la quasi-totalité de celles-ci jugeaient (à 96) que ce service était très ou assez efficace. 49 Cela prend d autant plus d importance que les mêmes considéraient comme la plus haute priorité la personnalisation de l enseignement grâce aux TICE (à 72 en 2008 contre 66 en 2007), une évolution significative alors que les autres priorités du curriculum restaient globalement stables (à l exception de l enseignement des TIC et du design, en déclin). 50 Il faut toutefois noter un changement spectaculaire au niveau des écoles qui nuance ce bilan flatteur. Celles-ci ont beaucoup moins tendance à rechercher les conseils des Local Authorities (pour le primaire, 69 en 2008 contre 94 en 2007 ; pour le secondaire, 60 en 2008 contre 83 en 2007). Un déclin similaire affecte aussi les sources gouvernementales. Si en 2007, les écoles primaires étaient 60 à rechercher des informations sur le site du ministère, 45 sur celui du Becta, et 41 sur celui de QCA, Qualifications and Curriculum Authority, en 2008 elles n étaient plus respectivement que 32, 30 et 18. Une baisse également observée, quoique moins spectaculaire pour les établissements secondaires. Une tendance à rapprocher du rôle croissant joué aux divers niveaux par les consultants intervenant notamment dans les National Strategies school-improvement programmes. 51 Mais on sait aussi combien ces consultants s appuient sur les orientations et priorités du Becta pour conduire leurs missions. Le Becta a par ailleurs poursuivi ses efforts en matière d interopérabilité pour les tableaux blancs interactifs en travaillant avec les fabricants sur un modèle de format de fichier commun permettant aux utilisateurs de partager ou d utiliser leurs ressources sur des appareils de différentes marques. Ce projet devrait déboucher en juin. On n en trouvait toutefois aucune mention sur le salon. Sur le site du Becta, la liste des entreprises présentées comme partenaires est la suivante : einstruction (Interwrite Learning) Hitachi Luidia Mimio RM Sahara Presentation Systems Smart Technologies (le leader du marché) TeamBoard 52 On note d emblée une absence de taille : Promethean. Interrogés sur le salon, tant Andy Dennis, le directeur technique qu Iwan Streichenberger le directeur marketing ou Stephen Jury, le vice-président chargé de la stratégie éducative affirmaient qu ils ne s expliquaient pas cette omission puisque un représentant de la compagnie participait à ce comité, confirmant en outre avoir clairement annoncé leur intention de soutenir ce format dès lors qu il serait finalisé. Ces dirigeants considèrent comme très importante pareille approche ouverte même si elle ne saurait constituer une panacée et s ils peuvent, par exemple, regretter qu à l occasion de la définition de 49 Cf. Hewton et Mortimer 2008 p Cf. Hewton et Mortimer 2008 p. 22 et Cf. Smith et al. 2008a p Cf.

15 15 ce dénominateur commun, certaines fonctionnalités avancées de leurs produits soient «lost in translation». Dont acte. La première version de ce format devrait être présentée en juin prochain. Reste que la réserve formulée par les dirigeants de Promethean demeure. Au-delà de fonctionnalités simples de présentation, ce sont précisément les possibilités d interactivité qui font l intérêt potentiel d un tableau blanc interactif. Smart et Promethean ont déjà ajusté les possibilités d échanges de fichiers entre leurs équipements. Le format commun permettra-t-il le même degré d interactivité? 3-2 l état des équipements et des moyens Une certaine imprécision existe dans les chiffres et les moyennes proposées dans les divers rapports du Besa et du Becta ou dans les résultats des enquêtes auprès des coordinateurs TIC. Il n y a toutefois aucune divergence importante, simplement des variations, les tendances générales de l évolution étant parfaitement convergentes. Les chiffres donnés ici sont ceux qui nous apparaissaient comme les plus cohérents 53. Ils ne doivent cependant être pris que comme des ordres de grandeur et non des valeurs garanties à la virgule près. L année 2008 a été marquée par une poursuite de la progression des équipements et tout particulièrement des tableaux blancs interactifs (Interactive White Boards ou IWB) tant dans le primaire que le secondaire. On compte IWB dans le primaire et dans le secondaire correspondant en moyenne à respectivement 8,6 et 24,6 par établissement. L équipement en ordinateur présente une particularité : 53 Cf. Smith et al. 2008b pp. 15 et 16

16 16 Dans le primaire, le ratio était de un ordinateur pour 13,9 élèves et un ordinateur portable pour 31,8. Dans le secondaire, il était respectivement de un pour 4,3 et un pour 61,4. Ce dernier chiffre pourra surprendre. On le sait, l Angleterre n a pas connu la vogue des portables pour les collégiens qui a existé aux Etats-Unis et que nous avons connue dans quelques départements français. 54 En 2008, les établissements secondaires ont massivement investi dans des ordinateurs de table comme le montre clairement le graphique page précédente. 55 A noter aussi, une autre particularité : les Thin clients représentent 39 des équipements en réseau du primaire et 34 dans le secondaire. 56 La maintenance est assurée par un enseignant/coordinateur TICE dans 24 des cas dans le primaire et par un technicien partagé avec d autres écoles dans 20 alors que les établissements secondaires disposent en propre d un tel technicien spécialisé dans 80 des cas. 57 On notera toutefois que ce dernier pourcentage est en baisse sensible (il était de 94 en 2007) comme d ailleurs à un moindre degré dans le primaire également, suggérant un recours croissant à l externalisation et aux managed services. 58 Les enseignants sont dans leur très grande majorité satisfaits des équipements disponibles. Seuls les équipements de mesure scientifique informatisée, les Data loggers (et dans une moindre mesure les Handheld et PDA) suscitent une certaine réserve. 59 On verra plus loin que l usage des technologies dites web 2.0 est encore extrêmement peu fréquent. Parallèlement, la croissance de la bande passante Internet disponible se poursuit. 54 Cf. Smith et al. 2008a p Cf. Besa 2008b p Cf. Smith et al. 2008b p Cf. Smith et al. 2008b pp. 36 et Cf. Smith et al. 2008a p Cf. Smith et al. 2008b p. 23

17 17 L établissement secondaire dispose d un accès à 15,7 Mbits/ s en moyenne contre 3,7 pour une école. Loin, cependant, des débits jugés optimaux, estimés respectivement à 55 et 13,4 Mbits/s. 60 Les établissements scolaires continuent leurs investissements massifs en matière de technologies d information et de communication. En , les écoles publiques ont dépensé 614 millions de, hors contenus liés aux programmes. Pour , les estimations du Besa tablent sur un montant de 644 millions correspondant à une croissance de 8,4 pour le primaire et 5,1 pour le secondaire. Et prévoient 672 millions de pour L évolution dans le temps de ces dépenses marque la constance de l approfondissement de l effort des écoles publiques dans tout le Royaume-Uni 61 : Au sein de ces budgets, le Besa met toutefois en évidence des recompositions assez tranchées. C est ainsi que les deux tableaux suivants anticipent une baisse importante des dépenses générales de logiciels (système d exploitation et outils génériques) tant pour le 60 Cf. Besa 2008b p Cf. Besa 2008b p. 6

18 18 primaire (- 3,6, graphique orange) que le secondaire (- 5,5, graphique bleu) alors que les achats d ordinateurs ne faiblissent pas (+12 dans le primaire et près de + 9 pour le secondaire). Au total, la carte de visite TIC d un établissement moyen en 2009 sera la suivante : Il serait cependant erroné de vouloir prolonger encore ces courbes de croissance des dépenses d équipement. La réactualisation du plan TICE annonce en effet clairement dans son alinéa 86 un futur désengagement de l état vis-à-vis des dépenses d équipement en ordinateurs en se fondant sur le développement rapide des terminaux personnels (PDA, téléphones, UMPC ) acquis par les familles. There are significant opportunities to deliver educational information, resources and services via many personally-owned devices. Parents, learners and employers are already directly funding many of these and public funds can be used not to replicate this provision but to support its use for

19 19 learning. The era of government investing in the major share of technology used by individuals for education and skills is passing 62. Et de mettre les points sur les «i» quelques lignes plus loin The tendency noted earlier towards greater personal ownership of technology will also reduce the pressure on hardware expenditure within the education budget. Une mesure doublement en décalage avec d une part la réalité des achats des établissements secondaires cette année, d autre part avec le fait que ces outils de la mobilité ou de l informatique ubiquitaire sont actuellement généralement bannis en classe (cf. plus loin). Une contradiction évidente. 3-3 la fin des elearning Credits et l achat des ressources Comme prévu, les elcs, ces crédits fléchés à disposition des établissements et destinés exclusivement à l achat de ressources labellisées sont arrivés à échéance en août Le site qui regroupait la liste des ressources a de même été fermé. Il n y a donc plus de liste accessible de ressources labellisées jugées correspondre au curriculum. Désormais, le Harnessing Technology Grant (fusionnant les anciennes Grant 121, Digital Infrastructure, et 122 elcs) constitue la source principale de financement des TIC à l école, à l exception des programmes de rénovation des locaux comme BSF ou éventuellement PCP (Primary Capital Program) ce qui ne va pas sans poser problème comme on le verra un peu plus loin. Quel est le montant dépensé pour les ressources liées aux programmes? 62 Cf. Becta 2008d p. 39

20 20 En se fondant sur son panel de ICT leaders et coordonnateurs, le BESA estime 63 que les écoles primaires anglaises dépenseront en la somme de 67 millions de pour les contenus et logiciels liés aux programmes (dont 8 millions correspondant aux derniers 5 mois de fonctionnement des elcs). Pour les établissements secondaires, les chiffres sont respectivement de 48 millions de dont 6 provenant des elcs comme on peut le voir sur le tableau suivant 64 (attention, les deux échelles en abscisse ne sont pas les mêmes sur le tableau page précédente) Ce tableau montre une décroissance régulière des sommes consacrées par les écoles anglaises aux ressources pédagogiques spécifiquement liées au curriculum depuis qui ne s est toutefois nullement traduite par une baisse apparente d activité au niveau du salon BETT. Une réalité qui tient sans doute à la situation plus générale relative au Royaume Uni, à l ensemble des Nations comme on dit. Le graphique suivant, fourni lui aussi par le Besa, montre en effet à ce niveau une croissance régulière des dépenses. On pourrait penser voir dans ces deux états contrastés en Angleterre et au Royaume-Uni (car les politiques éducatives sont différentes selon les Nations) les effets de la diminution et de la suppression des elcs et donc aussi une preuve a contrario de l effectivité d une politique de création de l offre. Malheureusement les chiffres fournis par le Besa en regard de ce schéma sont en totale contradiction avec celui-ci dont, d ailleurs, les échelles sont manifestement erronées. 65 Une erreur surprenante et peu professionnelle s agissant d un document officiel accessible sur le site de l organisation patronale et distribué sur le salon BETT dans le dossier de presse spécial relatif à son 75 ème anniversaire! Les chiffres analysés dans le commentaire du schéma indiquent au contraire une dépense prévue de 80 millions de en pour l ensemble des écoles primaires britanniques, en baisse de 8 millions par rapport à ; et de 62 millions de, en baisse de 2 millions, pour les établissements 63 Cf. Besa 2008b p Cf. Besa 2008b p Cf. Besa 2008b p. 5

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