Les GUILLEGAULT, une famille blésoise de tailleurs de pierres, ( ). Première génération.

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1 Les GUILLEGAULT, une famille blésoise de tailleurs de pierres, ( ). Les GUILLEGAULT et alliés demeurant actuellement dans le Blésois sont tous issus du couple formé à Blois, en 18O2, par Silvestre GUILLEGAULT et Marie LEREIGLE. Silvestre vient d une famille d artisans originaire de la région castelroussine dans l Indre. Plus précisément de Busançais et Levroux, deux petits bourgs situés à une vingtaine de kilomètres au nord ouest de Chateauroux. De 1650 à 1780, les GUILLEGAULT de cette région ont exercé les professions de tailleur d habit, marchand, aubergiste, perruquier, voiturier et menuisier. Silvestre, lui, choisira le métier de tailleur de pierres. Travail que pratiqueront après lui quatre générations consécutives de ses descendants. Nous nous proposons d appréhender, du mieux possible, la vie de chacun de ces hommes qui ont travaillé la pierre de taille durant plus d un siècle dans la région blésoise. Nous nous efforcerons de les situer, eux et leurs familles, dans leur contexte environnemental et historique en nous aidant de documents d archives et bibliographiques. Première génération. Silvestre GUILLEGAULT est né le 28 Mars 1778 à Levroux. Son père, Charles GUILLEGAULT exerçait le métier de menuisier. Sa mère, Marie JOURDIN, elle aussi originaire de Levroux, est la fille d un tailleur de pierres, Jean JOURDIN. Silvestre est le troisième d une famille, d au moins, quatre enfants. Nous lui connaissons un frère, Charles, et deux soeurs, Anne et Catherine. De son enfance et petite enfance, nous ne connaissons rien de bien précis. Comme pour tous les enfants de cette époque, surtout en milieu rural, le lot quotidien était la lutte contre la maladie et la faim. En cette fin de 18 eme siècle les famines étaient moins fréquentes qu au début de ce même siècle. Ceci grâce, en partie, à l introduction progressive de la culture de la pomme de terre par PARMENTIER. Introduction soutenue par TURGOT, ministre de Louis XVI. Les grandes épidémies de choléra, dysenterie, typhoïde et petite vérole ( variole ) qui suivaient les disettes étaient, elles aussi, plus espacées et moins virulentes. La variole faisait, tout de même, encore de gros ravages parmi la population enfantine. Dés l âge de 5 ans, Silvestre, comme tous les enfants de son âge, devait participer aux menus travaux de la maison et de l extérieur ( vaisselle, balayage, arrachage des mauvaises herbes, surveillance des volailles attirées par les potagers, etc...) Afin d aider la mère. A 7 ans, à l âge de raison, il a peut-être commencé à aider son père, qui, rappelons le, exerçait le métier de menuisier. Ou bien, a-t-il, dés cet âge-là, aidé son grand-père maternel qui, lui, exerçait la profession de tailleur de pierres. C est aussi à partir de l âge de 7 ans que la plupart des enfants de cette époque fréquentaient le curé de la paroisse qui leur enseignait les rudiments de la «vraye foy» et leur apprenait aussi, mais pas tout le temps, à écrire. Silvestre, lui, n a pas dû apprendre à écrire, car sur aucun des actes officiels jalonnant sa vie n apparaît sa signature. Il a pourtant 11 ans lors de la révolution et il ne semble pas non plus avoir fréquenté l école de la république où on apprend à lire, écrire et compter sans oublier l enseignement de l instruction civique. C est plus tard, vers l âge de 13 ou 14 ans, qu il a dû véritablement commencer à apprendre le métier de tailleur de pierres, probablement auprès de son grand-père maternel. Son adolescence et sa 1

2 jeunesse se passent donc vraisemblablement à Levroux auprès de sa famille. En 1798 il a l âge de la conscription, c est-à-dire 20 ans. Il tire probablement un bon numéro, car il n est pas incorporé dans l armée. C est certainement à cette époque qu il décide de vivre sa vie en allant exercer son métier ailleurs. Il part pour Blois, ville du bord de Loire, située à environ 90 Km au nord de Levroux, dans le département du Loir et Cher, voisin de celui de l Indre. Pourquoi Blois? Parce que l ancienne cité royale est devenue depuis la révolution un vaste chantier. En effet, la nationalisation des biens religieux, en 1790, entraîna la vente et la destruction de nombreuses églises, couvents et abbayes. Bâtiments qui occupaient, en grande partie, le secteur bas de la ville, appelé Bourgmoyen, situé entre la Loire et le château. A la veille de l Empire, ce vieux quartier, qui n avait pas évolué depuis le XIIIeme Siècle, démantelé et partiellement détruit, demandait à être réaménager(cicontre, plan d aménagement de l époque, extrait du livre Blois, la forme d une ville, des cahiers du patrimoine). Pour cela il fallait une main d œuvre abondante. Ce qui explique, à cette période, une importante immigration d ouvriers du bâtiment provenant de nombreuses régions, principalement du Limousin et de la creuse. Revenons à Silvestre qui effectua le voyage vraisemblablement à pied en suivant ce probable itinéraire: Levroux, Valençay, Selles sur Cher, Contres et Blois. Nous pouvons l imaginer lors de son arrivée à Blois par la route de Sologne ( c était sa dénomination de l époque ), contemplant du haut de la côte du village de St Gervais la Forêt, la ville, à quelques petits kilomètres de là, dominée par le château et la cathédrale St Louis. Continuons à l imaginer passant l octroi de la levée des Acacias et, enfin, empruntant le pont sur la Loire, pont construit par l Ingénieur Royal Jacques Gabriel, une soixantaine d années auparavant, pour arriver au centre de la ville. Nous ne savons si Silvestre s installe définitivement à Blois ou si, comme beaucoup d ouvriers du bâtiment de cette époque, il restait travailler dans la ville pendant la belle saison et rentrait au pays pendant les mois d hiver. Toujours est-il qu il fait connaissance d une jeune femme de 7 ans son aînée, originaire d Orchaise, petit village situé à une dizaine de kilomètres à l ouest de Blois, et la choisit pour femme. L heureuse élue se nomme Marie LEREIGLE. Elle est née le 5 Avril Comme l indique son acte de naissance, ci-contre, dressé par le curé LEFONTEIX de Orchaise, l accouchement a dû être très difficile et l on craignait pour la vie du bébé, car celui-ci a été ondoyé à la maison à cause du péril de mort. L ondoiement est une formule rapide du baptême, réduite au seul rite de l ablution d eau. C était l usage, à l époque, quand on craignait pour la vie du nouveau né. Silvestre et Marie s unissent le 8 Floréal de l An 10 de la République (29 Avril 1802) à l Hôtel de Ville de Blois situé en ce temps-là sur la Loire à proximité du pont Gabriel. La cérémonie religieuse a probablement eu lieu à la cathédrale St-Louis, mais nous n en avons pas la preuve, car les actes de cette paroisse de l année 1802 n existent plus. C est l acte du mariage civil qui nous indique la 2

3 profession de Silvestre. Il est qualifié comme étant tailleur de pierres. Il est probablement ouvrier, mais nous ne savons pas s il exerce son métier dans une carrière, dans un chantier de taille ou carrément sur le chantier de construction. Mais dans cette dernière hypothèse il aurait été qualifié de compagnon du tas. Les carrières entourant Blois se situent en grande partie à La Chaussée St-Victor, Menars, St-Gervais la Forêt et Vineuil. Ce sont des carrières de calcaire lacustre exploitées à ciel ouvert qui fournissent une pierre très dure, très blanche et très appréciée. Les jeunes époux s installent à Blois dans la rue du Grenier à sel, dans le vieux quartier du Bas- Bourg au pied de la cathédrale St-Louis (voir cicontre). C est là que naîtra une petite Marie Louise, le 7 Frimaire de l An 11 (28 Novembre 1802 ). Ce premier enfant décédera probablement en bas âge, car, nous n avons plus trouvé aucune trace de lui. C est probablement à cette époque que Silvestre fait venir, de Levroux, sa jeune sœur Catherine à peine âgée de 20 ans. Cette dernière trouve un emploi de lingère et se mariera avec le sieur SENION de Blois. Le 24 Brumaire de l An 14 ( 15 Novembre 1805 ), Marie LEREIGLE met au monde un petit garçon du nom de Silvestre. Mais l acte de baptême, dressé le 24 Novembre 1805 en l église St-Louis, stipule, lui, les prénoms de Silvestre et Prosper. Il semble, mais nous n avons pu en trouver la preuve, que Marie LEREIGLE décède peu après la naissance de son deuxième enfant. Silvestre élève son garçon, probablement seul. Il habite toujours rue du Grenier à Sel et exerce toujours la profession de tailleur de pierres comme l indiquent les actes de mariage de son fils en A partir de cette dernière date jusqu'à son décès en 1855, nous n avons trouvé aucun acte le concernant. Nous supposerons donc que sa situation n a pas changé durant cette période. En 1853 il perd son fils unique âgé de 47 ans. Silvestre, lui, meurt le 14 Février 1855 à l hospice civil de Blois, Hôtel Dieu aménagé dans l ancienne abbaye St-Lomer située dans l ancien quartier du Bourgmoyen. Il est âgé de 87 ans. Sur son acte de décès, il est spécifié qu il est tailleur de pierres et sans domicile fixe. C est le concierge de l hospice qui déclare son décès. La vie de Silvestre aura été rude comme celle de tous les ouvriers du bâtiment de cette époque. En plus, il semble avoir été seul pour élever son fils. Au contraire de ce dernier, qui, nous le verrons plus loin, a eu une certaine réussite sociale, il semble avoir eu une vie besogneuse qui parait s être terminée d une manière assez misérable à l hospice. Deuxième génération. 3 Silvestre GUILLEGAULT est né le 24 Brumaire de l An 14 de la République (15 Novembre 1805 ). Il a été baptisé le 25 Novembre de la même année en la cathédrale St-Louis. Sur l acte de baptême, comme nous l avons vu plus haut, il est nommé Silvestre, Prosper. Sur la très grande majorité des pièces officielles consultées ( actes notariés, cadastre, enregistrement etc...) Il est prénommé Prosper. Il a probablement choisi ce prénom pour être distingué de son père.

4 En 1805 nous sommes au début de l Empire. Napoléon connaît la gloire des victoires et se lance dans la conquête de l Europe. Prosper ( comme lui, nous choisirons ce prénom afin de bien le différencier de son père ) passe probablement sa petite enfance et son enfance dans le Bas-Bourg. Il semble probable que cela soit son père qui l élève ou, peut être sa tante Catherine. Il ne semble pas aller à l école, car, comme son père, sa signature n apparaît sur aucun des nombreux actes consultés par nous. Cela ne nous étonne pas, car Napoléon a favorisé le développement des lycées et des grandes écoles afin de former une bonne élite issue de la bourgeoisie et il a délaissé l enseignement primaire, surtout pour les classes sociales moins favorisées voit, la défaite de Waterloo, la chute de l Empire, la restauration avec la venue de Louis XVIII sur le trône et l occupation d une partie de la France par les armées de la coalition. A Blois ce sont les Prussiens qui occupent la partie de la ville située au nord de la Loire. Prosper, qui avait 10 ans à cette époque, a dû garder le souvenir de ces soldats aux uniformes bleu et gris coiffés du Shako orné de la croix de Malte et qui patrouillaient, fortement armés, dans les ruelles étroites du Bas-Bourg en arborant ostensiblement des mines patibulaires. Cette occupation dura 4 mois, mais laissa un mauvais souvenir aux Blésois qui durent subir de lourdes réquisitions. Plus tard, vers 1820, à l âge de ans, Prosper a dû commencer à apprendre le métier de tailleur de pierre, probablement dans l entreprise où travaillait son père. Nous ne savons pas s il a été sous les Drapeaux, car, le registre de recrutement de l année 1825, année de ses 20 ans, n existe plus. Cette année 1825 voit le sacre de Charles X qui succède à Louis XVIII décédé un an auparavant. Prosper exerce le métier de tailleur de pierres et se mariera en Cette année 1829 resta longtemps dans la mémoire des blésois, car la Loire fut complètement gelée pendant plus d un mois. Le mariage a donc lieu le 16 Juin La jeune fille est originaire du faubourg de Vienne, situé au sud de la Loire. Elle se nomme Rose ROUGET, est âgée de 24 ans et exerce le métier de couturière. Son père est sabotier et habite rue de la Chaîne en Vienne, sur les bords de la Loire en amont du pont Gabriel. Rue ainsi nommée, car on prétend qu autrefois la chaîne des forçats passait par le faubourg de Vienne et faisait halte dans une maison de cette rue. Le mariage civil eut lieu à l hôtel de Ville de Blois et la cérémonie religieuse en l église St-Saturnin en Vienne. Sur l acte civil, Prosper a la profession de maçon, alors que sur l acte religieux le curé le qualifie de tailleur de pierres. Cela n est pas contradictoire, car, en ce temps-là, il existe une grande diversité dans ces métiers de la pierre. En plus du tailleur de pierres qui ne fait que ça dans un dépôt, il existe, entre autres, celui qui exploite lui-même sa carrière, taille ses pierres et les livre au maçon et aussi celui qui possède sa carrière, tailles ses pierres et les dresse en maçonnerie. Prosper semble, à cette époque, travailler chez un patron appartenant à cette dernière catégorie. Deux de ses témoins et amis, Constant BLEUCHET et Joseph DECRESSAI, sont respectivement tailleur de pierres et maçon. Les jeunes époux vont s installer au numéro 4 de la rue du Point du Jour, faubourg de Vienne, dans un logement qu ils doivent probablement louer (maison indiquée par la flèche sur l extrait d un plan de Blois de cette époque ). C est là que naquit le 16 Février 1830 une petite fille du nom de Victorine. Cette naissance fut suivie par celle d un petit garçon nommé Silvestre Prosper, le 19 Janvier A cette époque le faubourg de Vienne est une petite bourgade défavorisée par le risque important de crues. Seuls les mamelons insubmersibles des abords du pont Gabriel et ceux de l église St Saturnin sont habités. Quelques constructions commencent à s installer le long de l avenue St-Gervais, aujourd hui avenue du Président Wilson, ouverte en 1767 dans le prolongement du 4

5 pont en direction de la Sologne. Le quartier est, alors, peuplé en partie de migrants plus ou moins miséreux venant des campagnes environnantes. L habitat est souvent modeste quand il ne s agit pas de simples masures. En 1832, une importante épidémie de choléra se déclare dans les quartiers bas de la ville. Nous ne savons pas si le faubourg de Vienne fut contaminé. Si ce fut le cas, la famille GUILLEGAULT passa, semble-t-il, au travers de cette contagion voit, malheureusement, le décès de la petite Victorine à l âge de 6 ans. Décès probablement dû à la maladie. Par contre, le 19 Février 1837 naquit une autre petite fille du nom de Joséphine, Léontine. Cette naissance eut lieu, elle aussi, rue du Point du Jour. Le 27 Mars 1841, Prosper achète sa carrière à St-Gervais la Forêt, pour 60 francs. L acte est dressé par maître TARDIVEAU, notaire à Blois. C est à partir de cette date, pensons-nous, qu il se met à son compte. Les carrières de St-Gervais, comme celles de la région proche de Blois, extraient des pierres calcaires, d un calcaire dit lacustre. Ces pierres sont faites d anciens limons mélangés, depuis des centaines de milliers d années, avec des fossiles, des débris d animaux et des coquillages laissés par la mer quand elle s est retiré du continent. Ce sont ces pierres provenant de St-Gervais et Vineuil qui sont en bout du pont Gabriel et un peu partout dans les gros ouvrages de Blois. Elles ne sont pas sujettes à se déliter, mais sont difficiles à tailler à cause de leur extrême dureté. Une quinzaine de jours après l achat de la carrière, plus exactement le 12 Avril 1841, naquit une autre petite fille, prénommée Désirée. La naissance eut lieu, elle aussi, rue du Point du Jour. Sur l acte, Prosper est qualifié de maçon. Ce qui nous laisse supposer qu il extrait les pierres de sa carrière, les taille et les dresse en maçonnerie. Le 29 Septembre 1843, il achète, pour la somme de 300 francs, une parcelle de vignes mesurant 5 ares 6 centiares, dans la commune de Vineuil, commune voisine de celle de St-Gervais, à proximité du cimetière. Sur l acte de vente dressé par Maître TERRASSE, notaire à Blois, Prosper est qualifié de maître maçon entrepreneur. Ceci nous incite à penser qu il emploie maintenant des ouvriers. Sur ce même acte de vente, il est bien précisé que l acquéreur a toute propriété du terrain et qu il en pourra faire et disposer comme bien lui semblera. Peut être a-t-il l intention, dés ce moment, d arracher les pieds de vigne et d exploiter la parcelle comme carrière?... Le 11 Avril 1844 voit la naissance d un petit garçon nommé Constant Clovis, toujours rue du Point du Jour. C est Joséphine PROUST, sage-femme à Blois, qui fait la déclaration à la mairie. Prosper, lui, est déclaré absent pour affaire de son état. Le 26 Septembre de cette même année 1844, il achète une boulangerie au 21 de la rue Croix boissée, en Vienne, à proximité de l église St Saturnin, et une gate, ( probablement une remise servant de magasin), au 17 de la rue du Poirier qui est adjacente à la rue Croix boissée. Cet acte est aussi dressé par maître TERRASSE et fixe le prix en une rente viagère et annuelle de 300 francs versée aux anciens propriétaires de la boulangerie, prédécesseurs du vendeur. En outre, Prosper s engage à construire, pour le vendeur, dans un délai de deux ans, un four à boulangerie ou à pâtisserie de trois mètres de diamètre à l endroit indiqué par ce dernier. Un tel arrangement laisse supposer la destruction de la boulangerie afin de pouvoir, probablement, bâtir à sa place un autre bâtiment fut une très mauvaise année qui restera longtemps dans la mémoire des Blésois et des habitants de la région. Son début fut très humide et suivi d une longue période de sécheresse. De ce fait les récoltes de blé et de seigle furent pratiquement inexistantes. De plus, la pomme fut atteinte de maladie et ne put être vendue. Et pour couronner le tout, survint en octobre une terrible crue qui provoqua des dégâts considérables. La levée des Pingres fut rompue, ce qui entraîna l inondation de plus de 600 maisons de Vienne et du bas St Gervais, et la destruction du pont du Cosson (se référer, ci-dessus, au plan de l époque). 5

6 Le 21 Mars 1849, Prosper vend à la ville de Blois un terrain de 19 ares 56 centiares situé rue Croix Boissée. Probablement le terrain sur lequel se trouvait la boulangerie achetée en L acte de vente est dressé par maître LEMAIRE, notaire à Blois. Le 1 er Novembre 1850, Il achète un terrain mesurant 1 are 14 centiares, à Blois, pour 260 francs. L acte est dressé, là aussi, par maître LEMAIRE. Le 17 Septembre 1852, il achète à l Etat un petit terrain de 14 mètres carrés pour la somme de 78 francs. L acte est dressé par le préfet de Blois. D après la matrice cadastrale de l époque, c est à ce moment-là, semble-t-il, que Prosper construisit pour son propre compte, probablement sur le terrain acheté en 1850, avenue St-Gervais, maintenant de plus en plus bordée d habitations, une maison avec grenier, cave et jardin. Demeure où il logera avec toute sa famille. Cette habitation située au numéro 77 de l avenue St-Gervais, devenue maintenant l avenue du Président Wilson, existe encore de nos jours. Comme nous pouvons le constater sur la photographie ci-contre, il s agit d une maison en pierres de taille avec un petit cachet bourgeois. Prosper décède le 23 Mars 1853 à l âge de 47 ans. D après l acte de décès effectué à l hôtel de Ville de Blois, il mourut levée des Grouets, au lieu-dit Hôtel-Pasquier, à 5 heures du soir. C est Silvestre Prosper, son fils, qui déclara le trépas à la mairie. Le lieu, éloigné de son domicile, et l heure du décès peuvent nous laisser penser à un accident, peut-être un accident du travail sur un chantier. Prosper ne semble pas avoir été inhumé à St-Saturnin où il ne figure pas sur le registre de sépulture. Contrairement à son père, Prosper évolua dans l échelle sociale. Démarrant comme ouvrier, il parvint à créer son affaire au bout d une quinzaine d années. Il dut ce résultat probablement à son esprit d entreprise illustré, notamment, par les assez nombreuses transactions qu il a effectuées et dont nous n avons probablement pas fait la liste exhaustive. Mais il le dut aussi à l accroissement progressif de la construction à Blois, à partir de Ce qui favorisa le développement des entreprises du bâtiment. Notons, pour les grandes réalisations, la construction de la préfecture en 1830, celle du palais de justice en 1848 et celle de la halle aux grains en L application, à partir de 1830, des plans d alignement dans les rues principales de la ville entraîne la reconstruction presque systématique des façades sur rue. Et pour ces travaux on utilise presque exclusivement de la pierre de taille. La période voit aussi l élargissement des portions de rues particulièrement étroites, ce qui oblige souvent à la reconstruction totale des maisons. Pour ce qui concerne son niveau de vie, nous n avons pas beaucoup d indications. Nous n avons pu consulter l inventaire dressé après son décès par maître LEMAIRE, notaire à Blois, car les minutes de ce dernier ont été détruites durant la dernière guerre. Le registre de l enregistrement nous indique sommairement l héritage laissé par Prosper. Il s agit d un mobilier estimé à 173 francs, d une maison située à Blois ( probablement celle de l avenue St-Gervais ), d une carrière à St-Gervais et d un passif de 2393 francs. L inventaire après décès aurait pu nous indiquer la nature exacte de ce passif. Etait-il dû aux fluctuations normales des affaires et, dans ce cas, facilement renflouable si son décès n avait pas été prématuré ou était-il le résultat d une mauvaise gestion? Prosper laisse derrière lui, sa femme Rose qui prend en charge ses trois derniers enfants mineurs ; ses deux filles Léontine et Désirée âgées respectivement de 16 et 12 ans et son fils Constant âgé, lui, de 8 ans. Elle reste dans la maison de l avenue St-Gervais. Son état de couturière va lui permettre de faire vivre sa famille d une façon décente. Elle apprend le métier de la couture à sa fille aînée qui l aide dans 6

7 sa besogne. Son fils aîné Silvestre Prosper, lui, à cette époque, est toujours à l Armée est ne peut l aider pécuniairement. Troisième génération. Silvestre Prosper GUILLEGAULT est né le 9 Janvier Sur l acte civil, le lieu de naissance est indiqué comme être la rue des Chalands en Vienne, mais il semble que cela soit, là, une erreur de l officier de l état civil. Il est probablement né, comme son frère et ses soeurs, rue du Point du Jour, toujours en vienne. Nous n avons pu mettre la main sur l acte de Baptême. Ce dernier existe-t-il vraiment? Comme nous le prouve sa signature, Silvestre Prosper ne gardera dans la vie courante que le prénom de Prosper. Nous continuerons, nous, à l appeler Silvestre Prosper afin de bien le distinguer de son père. En 1831, Louis Philippe règne depuis 1 an après avoir succéder à Charles X obligé d abdiquer après les Trois Glorieuses. C est le commencement de la Monarchie de Juillet. Revenons à Silvestre Prosper dont l enfance se déroule, semble-t-il, sans encombre dans le faubourg de Vienne. Enfance et adolescence partagées entre les tâches domestiques, avec ses soeurs, pour aider la mère qui continue à exercer son métier de couturière, et les jeux avec les enfants du faubourg. Nous pouvons l imaginer, l été, passer le plus clair de son temps sur les bords de la Loire, avec une bande de gamins, à rabouiller et regarder voguer les diverses embarcations garantissant le commerce tout le long de la Loire, et surtout les premiers bateaux à vapeurs assurant l approvisionnement d Orléans qui, à l époque, est encore le grenier de Paris. Il fréquente probablement l école, qui n est pas encore obligatoire, car, contrairement à son père et son grand-père, il sait écrire. Nous ne savons pas si cette instruction lui a été prodiguée par des laïques ou des ecclésiastiques. Le souvenir fort de son adolescence, il avait alors 15 ans, est probablement celui de la grande crue de 1846 où il a dût, avec sa famille et comme la plupart des habitants de Vienne, fuir en une heure, dans la nuit, sans bagage et presque nu, devant l inondation pressante. C est vers cette époque qu il fait son apprentissage de l extraction et de la taille de la pierre, probablement dans l entreprise de son père qui existe déjà depuis 5 ou 6 ans. Après son apprentissage, il travaille probablement avec son père jusqu'à son départ pour le service militaire. Il passe le conseil de recrutement ( nommé plus tard conseil de révision ) en 1851, l année de ses 20 ans. Nous sommes maintenant, depuis trois ans, sous la seconde République qui succéda à la Monarchie de Juillet. Louis Napoléon BONAPARTE est président de la République en attendant d être proclamé Empereur le 2 Décembre Le registre de recrutement nous donne une idée précise de l aspect physique de Silvestre Prosper. Il mesure 1,675 mètre, c est donc un homme relativement petit. Le visage est ovale et porte un front court, des yeux gris, un nez large, une grande bouche et un menton rond. Les cheveux et les sourcils sont bruns. Le teint du visage, lui, est coloré et témoigne de l habitude du plein air. Son bras gauche fracturé ( probablement lors d un accident du travail ) a été examiné par le médecin du conseil qui l a déclaré bon pour le service. Il est incorporé le 3 Juillet 1852 dans le 1er escadron de la 2eme compagnie du 1er Régiment du Génie, stationné à Arras, avec le matricule N 3891 et le grade de 2eme sapeur. Lors de la mort de son père le 23 Mars 1853, il semble qu il soit en permission à Blois puisque c est lui qui déclare le décès. Le 23 Mai 1854 il intègre le 2eme escadron de la 3eme compagnie alors que son ancienne compagnie part en Algérie pour un séjour de 5 ans. Il est nommé 1er sapeur le 30 Janvier Le 12 Août de la même 7

8 année il est muté dans la compagnie des mineurs qui revient juste d Algérie où elle a effectué de nombreux travaux notamment à Philippeville, Bône, et Guelma. Il est libéré le 31 Décembre 1856, il reçoit un certificat de bonne conduite. Lorsqu il revient à Blois, en Vienne, il peut certainement, encore, observer les stigmates de la terrible crue qui a ravagé le val de Vienne au mois de Juin précédent. Sa famille a dû lui raconter les affreux moments passés à cette époque. Toutes les maisons de Vienne furent envahies par les eaux jusqu aux limites de l octroi. Soit 641 maisons et 400 hectares de jardins et cultures maraîchères. L eau monta jusqu'à 1,50 m. Les habitants durent fuir plusieurs jours. Napoléon III, lui-même, vint constater les dégâts. Des fonds substantiels furent débloqués pour entamer de grands travaux de défense contre les eaux. Rentré de l armée, Silvestre Prosper pense alors à prendre épouse. Il se marie le 17 Août 1857 à l hôtel de ville de Blois. L heureuse élue se nomme Marguerite PRUDHOMME. C est une jeune fille âgée de 24 ans, couturière de son état et demeurant rue Croix Boissée, en Vienne. Cette rue a longtemps été la rue principale de Vienne, car située dans le prolongement de l ancien pont médiéval détruit en 1716 et remplacé vers 1730 par le pont Gabriel. C était la route vers l Espagne avant que ne soit ouvert le Chemin Neuf, appelé plus tard l avenue St-Gervais, dans le prolongement du nouveau pont. Au XVIIIeme Siècle cette rue Croix Boissée était jalonnée d auberges et de commerces. Vers 1830 les auberges et estaminets de toute sorte disparaissent de plus en plus et laissent la place à une population d ouvriers. Louis PRUDHOMME, le père de Marguerite, est lui aussi tailleur de pierres, probablement ouvrier. Les deux jeunes gens devaient se connaître depuis toujours, habitant l un et l autre le même quartier. Le mariage religieux, lui, a lieu le 25 Août 1857 en l église St-Saturnin. Il ne nous apprend rien de plus que l acte civil. C est ce dernier qui nous fait découvrir la signature de Silvestre Prosper ( voir ci-contre ). Cette signature est très intéressante, car elle nous fournit de nombreux renseignements. Tout d abord, du double prénom, seul celui de Prosper n est utilisé. Remarquons aussi la mauvaise orthographe du patronyme, due probablement à l émotion du moment. Mais les spécialistes en graphologie pourraient tirer, eux, d autres indications sur la personnalité de Silvestre Prosper. D après eux, le P et le G majuscules, grands et avec des lassos, pourraient indiquer une nature qui aime séduire et qui possède aussi un peu d arrogance. La direction montante de la signature montrerait, en plus, un désir d ascension, ce est-à-dire de l ambition. Le point placé au bout de la signature indiquerait, lui, de la correction et de la prudence. Le double paraphe en lasso confirmerait ce désir de séduction, mais par des moyens spirituels. Voilà, là, une image intéressante de la personnalité de Silvestre Prosper. Bien que celle-ci soit très importante, les spécialistes insistent bien sur le fait qu il ne faut jamais porter un jugement sur la seule signature. Il faut examiner l ensemble de l écriture et bien peser le pour et le contre. Chose que nous ne pouvons, malheureusement, pas faire. Par contre, la signature de Marguerite refléterait plus, en réitérant les réserves mentionnées ci-dessus, un manque de confiance en soi au sens physique et moral. Après leur mariage, les deux jeunes époux vont s installer quelques temps chez Rose ROUGET, la mère du jeune homme, avenue St-Gervais. Le 14 Mars 1858 Silvestre Prosper achète une carrière à St-Gervais la Forêt. C est un terrain de 10 ares 12 centiares de superficie partagé en vignes et en terrain à carrière et situé au lieu-dit Les Closeaux. Le prix est fixé à 200 francs payables 6 ans plus tard sous condition d acquitter un intérêt annuel durant cette période. La jouissance démarrant le 1 er Novembre L acte est dressé par Maître DESCHAMPS, notaire à Blois. Maintenant Silvestre Prosper peut extraire et tailler ses propres pierres. Sur tous les actes rendus à notre connaissance, il est toujours qualifié de tailleur de pierres, le 8

9 terme de maçon n apparaît jamais.. Il semble donc, contrairement à son père, qu il ne dresse pas les pierres en maçonnerie. L achat de cette carrière laisse supposer la vente de celles de son père, probablement pour éponger le passif laissé par ce dernier lors de son décès. On peut imaginer Silvestre Prosper, maintenant, extraire ses blocs de pierres dans sa carrière des Closeaux avec son grand pic de carrier, les débiter avec ce même pic, la masse ou la sciotte ( scie à débiter ) et façonner les débris obtenus avec le marteau têtu, le marteau taillant, la polka ou la boucharde, afin d obtenir de belles pierres à bâtir aux dimensions adéquates L année 1858 est aussi celle de la naissance de la petite Alexandrine, Léontine. Cette dernière est donc née le 19 juillet, avenue St-gervais chez Rose ROUGET. Après cette naissance, les jeunes parents vont s installer au N 13 de la rue du Point du Jour. C est là que naîtront Léon Prosper le 19 Novembre 1859, Maria Eugènie le 11 Juillet 1861 et Berthe le 16 Juillet L année 1863, plus exactement le 9 décembre 1863, voit le décès de Constant, le jeune frère de Silvestre Prosper. Le jeune homme avait 19 ans, vivait encore chez sa mère et exerçait le métier de typographe. Nous ne connaissons pas les circonstances de cette disparition. Silvestre Prosper et Marguerite quittent, vers cette période, le N 13 de la rue du point du jour pour aller habiter au N 15 de la Croix Boissée. Marguerite retrouve la rue de son enfance et de sa jeunesse. C est là que naîtront Octave Camille le 16 Août 1864 et Léontine le 19 Février Le 26 Septembre 1866 voit la dernière grande crue de ce 19 eme Siècle, à Blois. Elle fut de même ampleur que celle de 1856 mais, grâce aux travaux entrepris depuis, Vienne est restée au sec. Au début de la montée des eaux, les habitants, qui avaient encore en mémoire les désastres causés 10 ans auparavant, se précipitèrent sur l autre rive de la Loire afin de se réfugier sur le plateau. Un vitrail de St-Saturnin ( ci-contre ) conserve le souvenir de cet épisode. Le 5 Septembre 1868 voit la naissance du dernier enfant de Silvestre Prosper et de Marguerite. Il s agit d un petit garçon prénommé Edouard, Clovis. Le 24 Novembre 1869, Désirée, l une des deux soeurs de Silvestre Prosper, décède à l âge de 28 ans, probablement lors d une couche. Le 18 Janvier 1870, Rose ROUGET vend sa maison de l avenue St-Gervais où elle vivait, alors, avec sa sœur Marie, veuve du sieur LUXEREAU. L habitation est vendue 3000 francs à Jean Augustin COINDE, propriétaire à Blois. C est maître DESCHAMPS notaire à Blois qui rédige l acte. Rose va s installer au N 31 de la rue Croix Boissée, elle est, maintenant, rentière sans profession. Le 19 Juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Après une série de défaites de l Armée Française et le siège de Paris, Blois est occupée le 13 Décembre 1870 par les Prussiens, onze jours après la déchéance de l Empire et la proclamation de la République. L occupation de la ville est assez lourde, car les Allemands sont nombreux ( 7 à 8000 ) et ils sont logés par groupes d une dizaine chez l habitant. Le 28 Janvier 1871, Vienne est délivrée par les Français après de rudes combats. Mais l autre rive reste encore aux mains de l ennemi. L armistice est signé le même jour. La partie de la ville située au nord de la Loire restera occupée jusqu au 12 Mars. Après cette période de guerre, à l aube de la Troisième République, la vie normale reprend pour Silvestre Prosper, vie partagée entre la rue Croix Boissée, où il vit avec sa famille, et la carrière de St- Gervais la Forêt. L année 1874 est importante dans l histoire sociale du secteur du bâtiment de la région blésoise. La plus grande partie des ouvriers de ce secteur s est mis en grève durant tout un mois. Une augmentation de leur salaire était leur unique revendication. Leur rémunération journalière était, à l époque, de 3,50 9

10 francs. Ce qui est peu, car le montant des dépenses quotidiennes d un ménage sans enfants de cette période est estimé à 3,65 francs. Bien que travailleur indépendant à son compte, Silvestre Prosper a dû, tout de même, souffrir de ces remous sociaux. Cette période a dû être très pénible pour lui et sa famille. Après ce mouvement important, les différentes professions du bâtiment s organisèrent petit à petit et créèrent à partir de 1884, dix ans après la grève, des syndicats professionnels. L année de ses 18 ans, en Décembre 1880, Berthe, la deuxième fille de Silvestre Prosper, se marie avec un serrurier de Blois, Michel BOURGER. Le jeune époux est âgé de 22 ans et originaire de Morsbach, en Lorraine. Le 24 Mars 1887, Silvestre Prosper achète par adjudication, à la ville de Blois, un terrain de 327 mètres carrés situé au lieu-dit Le Colombier, en Vienne, dans l ancienne fosse Bigarée, coté section B4 parcelle n 1138 bis dans le cadastre de l époque (voir flèche grise ci-contre ). Cette parcelle borde la rampe bigarée qui deviendra, un peu plus tard, l avenue de la Belle Jardinière. La fosse Bigarée, doit sa dénomination à une maison du même nom, contemporaine à Louis XII et située à proximité. Cette fosse fut laissée par la grande crue de 1755 qui avait rompu la levée à cet endroit-là. L'adjudication eue lieu à la bougie, au plus offrant et dernier enchérisseur lors de l extinction des feux. Silvestre Prosper a pu obtenir cette parcelle pour 412 francs soit 1,26 francs au mètre carré. C est maître MEUNIER, notaire à Blois, qui fut son délégué face à la ville de Blois représentée par son maire, Monsieur Anatole BADAIRE. Peu de temps après l achat de ce terrain, il y construit sa maison. Une habitation de plein pied comprenant un rez-de-chaussée avec quatre pièces à cheminée, un grenier dessus et un toit en ardoises. Elle est entourée d une cour et d un jardin avec dépendances. Cette demeure existe encore de nos jours, au n 3 de l avenue de la Belle Jardinière (voir photographie ci-contre ). Il s y installe avec sa famille. C est-à-dire, sa femme Marguerite, ses deux fils Léon et Edouard, tailleurs de pierres, âgés respectivement de 29 et 19 ans, deux de ses filles, Maria et Léontine, couturières comme leur mère et âgées de 27 et 22 ans et son petit fils Michel BOURGER, âgé de 9 ans, l aîné de sa fille Berthe. Ces renseignements nous sont rapportés par le recensement de Le 23 Juin 1888, il emprunte, avec sa femme Marguerite, une somme de 3000 francs au sieur GROUTEAU, propriétaire à Villejoint. Somme remboursable au 24 Juin 1898 avec un intérêt annuel de 135 francs. L acte est rédigé par Maître MEUSNIER, notaire à Blois. 10

11 Le 18 Novembre 1889, il marie, en l Hôtel de Ville de Blois, son fils Octave Camille qui exerce aussi la profession de tailleur de pierres. C est encore vers 1889, comme nous le montre la matrice cadastrale de l époque, qu il achète une carrière à St-Gervais la Forêt au lieu dit La borde, situé à proximité de sa carrière des Closeaux. C est un terrain de 11 ares 25 centiares de superficie. C est aux alentours de 1890, comme nous l indique l annuaire professionnel de Blois, qu il crée son entreprise, il est qualifié de maçon. Il a, alors, 59 ans. Maintenant, comme son père, il extrait sa pierre, la taille et la dresse en maçonnerie. Ses trois fils, Léon, Octave Camille et Edouard travaillent probablement avec lui. Le 20 Mars 1891 voit la disparition de Rose ROUGET, sa mère, qui est âgée de 86 ans. Le décès a eu lieu à l hôpital général de Blois. La vieillesse et la maladie en sont probablement la cause. Au mois de Mai de cette même année, Silvestre Prosper marie sa deuxième fille, Maria Eugènie, âgée de 30 ans, qui épouse le Sieur Jules BLANCHARDIN, mécanicien de son état voit une nouvelle crise sociale secouer le Bâtiment Blésois. En effet, le 5 Avril, les patrons réagissent à la formation des syndicats en licenciant les ouvriers syndiqués. Il s'ensuit, un vaste mouvement de solidarité qui oblige le patronat à faire machine arrière. Nous ignorons l attitude de Silvestre Prosper durant cette période de crise. A-t-il suivi le reste du patronat, où bien, s 'est-il tenu à l écart de cette affaire?...nous n avons pas trouvé de documents pouvant nous donner une quelconque indication sur ce sujet est aussi l année du mariage d'edouard, son troisième fils, qui épouse Mélanie LORESTIER, une jeune fille de la rue Croix Boissée. La sœur cadette de Silvestre Prosper, Joséphine, décède le 2 Février A partir de ce moment-là, il reste le seul survivant des cinq enfants de Prosper GUILLEGAULT et de Rose ROUGET. En Janvier 1896, il marie sa quatrième fille, Léontine, âgée de 30 ans, qui épouse le Sieur Georges Ambroise SEGNAUD, agent d assurance de son état. Le 19 Avril 1898, sa troisième fille, Berthe, décède à l âge de 36 ans laissant derrière elle quatre enfants âgés de 17 à 7 ans. Leur père, Michel BOURGER, ayant disparu de la circulation depuis le mois de Mars 1892, un conseil de famille, réuni sous la présidence du Juge de Paix du canton Est de Blois, nomme Silvestre Prosper comme tuteur légal des quatre mineurs. Le 31 Mai de cette même année 1998, Silvestre Prosper demande une prolongation du remboursement de sa dette de 3000 francs envers le sieur GROUTEAU, décédé depuis, à la sœur de ce dernier, devenue son héritière. Cette dernière accepte et fixe la date du remboursement au 24 Juin C est maître MEUNIER, notaire à Blois, qui rédige l acte. Silvestre Prosper, comme nous l indique l annuaire professionnel de Blois, semble cesser son activité de maçon, tailleur de pierres vers Il décède le 2 Avril 1902, à l âge de 71 ans dans sa maison de l Avenue de la Belle Jardinière (voir l acte de décès ci-contre ), ou il demeurait avec sa femme et trois des enfants de sa fille Berthe. Ce sont ses deux fils, Léon et Edouard qui vont faire la déclaration à la mairie de Blois. IL est inhumé à St- Saturnin le 4 Avril. Le 12 Mai suivant, maître RIQUOIS, le successeur de maître MEUNIER, dresse l inventaire après décès, à la demande de Marguerite PRUDHOMME, la veuve du défunt. Cet inventaire nous apprend que les deux époux occupaient, dans 11

12 leur maison, seulement deux pièces sur les quatre. Les deux autres chambres étant louées au Sieur DUPUIS pour un loyer annuel de 35 francs. Cet inventaire nous permet, aussi, d imaginer leur façon de vivre dans cette maison. Une première pièce, donnant sur le jardin, est meublée d une table carrée, de deux chaises, d un lit en noyer, garni de sa literie complète, et d un gros fourneau avec sa batterie de cuisine et un moulin à café. Le tout agrémenté d une petite glace, d une pendule, de deux petites lampes et d une suspension. Cette pièce devait tenir lieu de salle de tous les jours, actuellement nous utiliserions le terme de Living Room. La seconde chambre contient une table ronde, six chaises paillées, un lit en noyer avec toute sa literie, une commode en noyer, une armoire à deux portes, aussi en noyer et une table de nuit. Le tout agrémenté d une glace et d un tapis. Ce dernier étant probablement disposé sous la table. L inventaire indique aussi un service à café, un service à liqueurs et une lampe statuette, sans doute posés sur cette même table. Il signale encore, une pendule, deux vases et deux flambeaux que l on imagine bien, placés sur la commode. Cette pièce devait servir de chambre à coucher et de salle à manger pour le dimanche, par exemple. Nous l avons vu, le mobilier est de bonne qualité et témoigne d un niveau de vie très acceptable pour l époque. Au contraire de son père, Silvestre Prosper s est mis à son compte tout de suite après son mariage. Son seul investissement aura été celui de sa carrière des Closeaux à St-Gervais. Pour ce qui est du matériel, il a dû récupérer celui de son père. Il n a pas suivi l exemple de ce dernier qui a créé son entreprise de taille de pierres et de maçonnerie peu de temps après l achat de sa première carrière. Il a attendu une trentaine d années avant de le faire. Durant cette période, il a taillé ses pierre et exploité seul sa carrière, ou, peut-être, aidé d un ou deux journaliers. Il a dû avoir de l ouvrage, car à partir de 1850, avec l élection d Eugène RIFFAULT comme maire de Blois, s ouvre une période de grands travaux qui durera une vingtaine d années. Grands travaux illustrés par le percement, dans le prolongement du pont, de la rue du Prince Impérial, qui deviendra plus tard la rue Denis PAPIN, et par l élaboration d un escalier monumental, dominant la dite rue, et qui prendra, aussi, vers 1880, le nom de l inventeur (voir ci-contre une reproduction de la peinture de E. GERVAIS qui remémore la construction de cet escalier, musée de Blois). Travaux, illustrés encore par l aménagement des boulevards de l Est et de l Ouest. Le premier, nommé depuis, boulevard Eugène RIFFAULT, relie les quais de la Loire, situés en amont du pont, à l évêché et au Centre Administratif, installés, eux, sur le coteau. Le second franchit le dit coteau pour relier les quais, situés en aval du pont, à la gare ferroviaire située, elle, sur le plateau et qui n était, à l époque, qu un simple embarcadère. Les bâtiments de la Gare seront construits en Quand on parle de grands travaux, il ne faut pas oublier, non plus, la construction des digues sur les deux rives de la Loire, de part et d'autres du pont, qui transformèrent radicalement les abords du fleuve. Après 1870, l intensité des travaux diminua sensiblement pour devenir quasiment nulle à la veille du nouveau siècle. C est peut-être la raison pour laquelle Silvestre Prosper décida, vers 1890, de ne plus se limiter à la seule taille de la pierre, mais de se diversifier en pratiquant, en plus, la maçonnerie. Il a aussi, probablement, profité du fait d avoir trois fils, devenus hommes, exerçant son métier de tailleur de pierres et, donc, pouvant l aider, pour se lancer dans la création d une entreprise. Après la disparition de son mari, Marguerite PRUDHOMME est nommée par le conseil de famille tutrice de ses petits enfants, les mineurs BOURGER. Ces derniers resteront avec leur grand-mère 12

13 jusqu'à leur majorité. Marguerite demeurera dans sa maison du N 3 de l avenue de la Belle Jardinière jusqu'à son décès, en Quatrième génération. Octave, Camille GUILLEGAULT est né le 17 Août 1864 rue Croix boissée, en Vienne, à 10 heures du soir. C est son père qui le déclare à la mairie de Blois, le lendemain. Octave, Camille a déjà un frère, Léon, et trois soeurs, Alexandrine, Maria et Berthe. Le baptême a lieu le 21 Août en l église St- Saturnin. Le parrain est Georges ROULET et la marraine Hortense MERELLE, probablement des amis de la famille. De ses deux prénoms, seul le deuxième sera utilisé par son entourage. Nous le nommerons donc, nous aussi, Camille. Sa petite enfance et son enfance se sont probablement passées comme celles de son père, entre les petits travaux ménagers pour aider la mère, qui exerçait toujours son métier de couturière, et les jeux d enfants dans la rue Croix Boissée, les rues voisines et les bords de la Loire. Le souvenir fort de son enfance, il avait 6 ans, dut être celui des combats féroces qui eurent lieu en Vienne, et notamment dans la rue Croix Boissée, le 28 Janvier Combats menés par les soldats français pour délivrer Blois des mains des Prussiens. Seul le quartier de Vienne fut libéré. L Armistice, signé le même jour, arrêta l engagement sur le pont Gabriel. Une stèle, dressée, à l époque, en face de l octroi de St-Gervais, commémore cette dure bataille. Il dut fréquenter l école, car sa signature apposée au bas des documents officiels portés à notre connaissance, nous le prouve. Ainsi que le feuillet du registre de recrutement le concernant qui signale un degré 3 d instruction générale. Ce niveau indique la maîtrise de l écriture, de la lecture et du calcul simple. Il a été à l école trop tôt, pour avoir pu bénéficier de l enseignement gratuit. La loi de Jules FERRY sur la gratuité de l instruction n ayant été votée qu en Mars Comme pour son père, nous ne savons pas si cette instruction lui a été prodiguée par des laïques ou des ecclésiastiques. C est probablement entre 1875 et 1880 qu il apprend la taille de la pierre. Ce sont certainement son père et son frère Léon, ce dernier étant de cinq ans son aîné, qui l initient au métier. Après 1880 il travaille vraiment avec eux à la carrière des Closeaux à St-Gervais. C est aussi à cette époque qu il fréquente une jeune fille qui habite, avec sa mère, dans l île des Ponts Chartrains au lieu dit Le Glacis, plus exactement dans la 4 eme impasse du Glacis. (voir, ci-contre, l extrait d un plan de Blois de cette période). Cette jeune fille se nomme Joséphine LIOMAIN, elle est née à Chinon (37), le 26 Septembre Elle exerce, elle aussi, la profession de couturière. Sa mère Victoire LIOMAIN, fille MESSEAU, a divorcé en 1877 de Joseph LIOMAIN, le père de Joséphine. Après son divorce, vers 1880, Victoire MESSEAU va s installer à Blois avec ses quatre enfants ; Joséphine, l aînée, âgée alors de 18 ans, Joseph, âgé de 10 ans, Alfred, âgé de 3 ans et Gustave, âgé, lui, de 1 an. Victoire trouve du travail au Glacis dans l île des ponts chartrains, comme journalière chez un jardinier ( de nos jours, on utiliserait plutôt le terme de maraîcher) nommé Jules GODARD, avec lequel elle ne tarde pas à se mettre en ménage comme nous le laissent supposer un acte de vente daté de 1885 et le recensement de

14 Vers 1883, Camille et Joséphine vont s installer à Tours, où, semble-t-il, Camille exerce son métier de tailleur de pierres. Ils habitent au N 25 de la rue du Cygne, à Tours. C est là que naîtra le petit Camille, Prosper, Joseph, le 11 Juillet Le 5 Décembre de cette même année 1885, Camille est incorporé au 68 eme Régiment d Infanterie, stationné à Issoudun (Indre), sous le matricule Son état signalétique, dressé à ce moment-là, indique quelques traits de ressemblance avec son père. La taille est identique, 1,68 mètre. De même, le visage est ovale, les yeux gris, la bouche grande et le menton rond. La distance, relativement peu importante entre Issoudun et Blois, permet à Camille de rendre régulièrement visite à son fils et à la mère de ce dernier qui vient de s installer dans cette ville au N 3 du quai du Département. Il partage donc son temps entre la vie de garnison à Issoudun et sa famille à Blois. Le 23 Septembre 1886, il est nommé caporal. Le 4 Février 1889 voit la naissance, au domicile de sa femme, d une petite Blanche, Joséphine, Victorine, probablement conçue lors d une permission. Camille est libéré le 23 Septembre 1889, après avoir reçu un certificat de bonne conduite. Au retour de l Armée, il revient travailler avec son père et ses deux frères. En effet, Edouard, le benjamin de la famille, âgé maintenant de 21 ans, travaille depuis quelques temps avec Silvestre Prosper et Léon. Camille et Joséphine se marient le 18 Novembre 1889 à la mairie de Blois. Ils en profitent pour légitimer leurs deux enfants nés auparavant. Les trois témoins de Camille sont, Eugène DION, le mari de sa tante Léontine GUILLEGAULT, son beau frère Michel BOURGER, le mari de sa sœur Berthe, et son frère Léon qui, lui, est toujours célibataire et le restera jusqu'à la fin de ses jours. Cet acte nous apprend que Joseph LIOMAIN, le père de la mariée, est charpentier et habite toujours Chinon. La cérémonie religieuse a lieu le même jour à St-Saturnin, en Vienne. Ces deux actes nous font découvrir la signature de Camille qui nous donne, elle aussi, quelques renseignements intéressants ( voir ci-contre ). Il signe là Octave Camille, alors que plus tard il signera simplement Camille. Intéressons-nous à la signature, elle-même. Le O majuscule ouvert indiquerait une personne à l esprit large et aimant parler de ses propres affaires. Le paraphe soulignant est, ici, un peu compliqué et témoignerait, lui, d un certain contentement de soi-même. Voilà des indications qui nous permettent d entrevoir la personnalité de Camille. Mais n oublions pas les réserves des spécialistes qui hésitent à tirer toute conclusion sur la seule signature. Les jeunes époux vont s installer au Glacis prés de la demeure de la mère de Joséphine. Camille, lui, travaille avec ses deux frères, Léon et Edouard, dans l entreprise que son père vient de créer. Le 28 Décembre 1891 voit la naissance, au Glacis, d une petite Marie, Thérèse, Léontine, plus connue, par les descendants GUILLEGAULT, sous le nom de Tante Thérèse. Elle vécut jusqu'à l âge de 105 ans. Cette naissance fut suivie, toujours au Glacis, par celle de Renée, Hélie, Elodie, le 3 Mars 1894, et celle de Gustave, Kleber, léon, le 8 Septembre fut aussi l année du remariage de Victoire MESSEAU, la mère de Joséphine, avec René LEOTHIER. Ce dernier, originaire d Indre et Loire, est veuf de Louise MESSEAU, la sœur de Victoire, et exerce la profession de charretier. Les nouveaux époux habitent, avec Alfred LIOMAIN, l un des fils de Victoire, dans la maison de cette dernière, située au début de la 4 eme Impasse du Glacis, probablement héritée, entre autres biens, de Jules GODARD, décédé entre temps. Le 8 Novembre 1896, Joséphine, la femme de Camille, accouche, au Glacis, de Lucienne, Marie, Madeleine, puis, le 3 Décembre 1897, 8 mois après le décès de cette dernière qui ne vécut que quatre mois, de Andrée, Madeleine. C est après cette dernière naissance qu a été prise la photographie de famille reproduite ci-contre. Nous pouvons reconnaître les deux parents, bien sûr, le jeune Camille fils qui tient sa mère et sa sœur Blanche par les épaules, Thérèse et Renée qui entourent leur père et la petite Andrée, Madeleine assise sur les genoux de sa mère. 14

15 Le petit Gustave décède le 12 Février Il est alors âgé de deux ans et demi. Nous ne connaissons pas la cause de cette disparition. Le 24 Avril 1900 voit la naissance, toujours au Glacis, du deuxième garçon de Camille, le petit Raymond. Cette année 1900 est aussi l année de la loi MILLERAND qui fixe la journée de travail à 11 heures et qui sera progressivement ramenée à 10 heures dans un délai de 4 ans est l année, nous l avons vu plus haut, de la disparition de Silvestre Prosper. Ses trois fils continuent l exploitation de la carrière de La borde à St-Gervais. Ils ne semblent plus pratiquer la maçonnerie, mais seulement l extraction et la taille de la pierre. C est aussi vers cette époque que Camille fait travailler son aîné, Camille fils, à la carrière pour lui apprendre le métier de tailleur de pierres. En Juin 1906, Camille et sa famille vont s installer au bout de la 4 eme impasse du Glacis, dans une maison appartenant à Victoire MESSEAU. Cette dernière vient de l acquérir en échange d une propriété située à Chinon qu elle tenait de ses parents. Cette maison du Glacis existe toujours, mais rénovée, et appartient à une descendante GUILLEGAULT. Le 17 Mars 1908 voit la naissance, toujours au Glacis, du dernier enfant de Camille et Joséphine. C est un petit garçon qu ils nomment Robert. Le 13 Novembre 1909, ils marient Blanche et Camille fils. La première, qui exerce le métier de couturière, épouse Auguste CHAUVEAU, domestique de ferme de son état, le second, lui, épouse Maria FLEURY, une jeune fille de St Gervais la Forêt. Le 15 Juillet 1911, c est Thérèse, la cadette de Blanche, elle aussi couturière, qui se marie avec un jeune tailleur de pierres, Espérance SAQUIN. Ce dernier s associera, plus tard, pour fonder une entreprise de taille de pierres et de ravalement, route de Chateauroux, en face du Glacis. Après leur mariage, Thérèse et Espérance s installent chez Marguerite PRUDHOMME, la grand-mère paternelle de Thérèse, au N 3 de l Avenue de la Belle Jardinière est aussi l année où les trois frères GUILLEGAULT ; Léon, Camille et Edouard, cessent l exploitation de la carrière des Bordes à St-Gervais. Léon, lui, crée son entreprise de maçonnerie dont le siège est au N 40 de la rue Denis PAPIN. Ses deux frères semblent travailler avec lui, du moins au début. Vient ensuite 1914 et le début de la première guerre mondiale. Les trois frères GUILLEGAULT, eux, sont trop âgés pour être incorporés. Seul Camille fils, est en âge de l être, mais le conseil de révision de 1907 l a réformé pour myopie supérieure à 7 dioptries. Les dures années de guerre durent se passer pour la famille GUILLEGAULT, comme pour toutes les familles françaises, dans la pénurie, la souffrance et l attente de la paix. L activité de la taille de pierre et de la maçonnerie fut énormément ralentie durant cette période. C est aussi l époque de la disparition de Renée, la troisième fille de Camille et Joséphine, qui décède en couches à l âge de 20 ans. Le 29 octobre 1918, 13 jours avant l armistice, Andrée, la quatrième fille de Camille, couturière comme sa mère et ses deux soeurs, épouse Rodolphe VANDENDRIESSCHE, son filleul de guerre. Rodolphe, originaire de Ypres en Belgique, est clairon au 3 eme Régiment de chasseurs à pied de l Armée Belge, mais dans le civil, il exerce le métier de sculpteur sur bois. Après la fin de la guerre, la vie quotidienne redevient, petit à petit, normale. La période d après guerre voit un regain de l activité économique. L entreprise de Léon semble bien se développer et se situe toujours au N 40 de la rue Denis PAPIN. Mais cette activité économique, qui reste limitée, n empêche pas les tensions sociales. Tensions qui aboutissent, en 1920, à une grande grève ouvrière. De mi-mars à mi-avril, ouvriers cessent le travail. Le secteur du bâtiment participe massivement à ce mouvement. Les principales revendications sont l augmentation des salaires et la liberté syndicale. Les rues de Blois voient de grandes manifestations. Les grévistes défilent aux cris de Vive la CGT, vive l Internationale Ouvrière. Ce vaste mouvement n aboutit à rien. Le travail reprend dans tous les secteurs, sans résultat. Le 2 Mai 1921, Victoire MESSEAU, devenue veuve, vend la quasi totalité de ses biens, dont la maison où habitent Camille et Joséphine, à sa petite fille Thérèse SAQUIN, la deuxième fille des dits Camille et Joséphine. Depuis le décès de son deuxième mari, René LEHOTIER, Victoire vit dans sa petite maison du début de la 4 eme Impasse du Glacis. Elle y loge des locataires. Elle arrive à subsister 15

16 grâce au produit de ses locations et à quelque chèvres qu elle élève. Elle est d ailleurs restée dans la mémoire familiale comme étant la grand-mère aux biques. Victoire décède le 24 Mai 1921 dans sa maison du Glacis, peu de temps après avoir vendu ses biens. C est Camille, son gendre, qui déclare le décès à la mairie. Toujours en 1921, comme nous l indique le recensement, Camille ne travaille plus avec son frère, mais pour l entreprise FABRE. Le document photographique, ci-contre, semble dater de cette époque. Camille est le personnage, debout sur l échelle, dont le buste est cerclé. Il est toujours qualifié de tailleur de pierres, mais, travaille dans une entreprise de maçonnerie. Ceci, jusqu'à 1930, année, où le recensement le déclare sans profession. Le 2 Octobre 1929, lors de la déclaration de décès de sa mère, Marguerite PRUDHOMME, il était encore qualifié de tailleur de pierres. Camille semble donc avoir cessé son activité professionnelle en 1930, à l âge de 66 ans. A partir de cette époque il continue à vivre dans la petite maison du fond de la 4 eme Impasse du Glacis, qui appartient maintenant à sa fille Thérèse, avec sa femme et ses deux derniers fils, Raymond et Robert. Ces derniers exercent aussi le métier de maçon, tailleur de pierres. Léon, le frère aîné de Camille, qui, à prés de 70 ans, continue de travailler, installe son entreprise, vers 1932, au N 18 de l Avenue de Verdun, à Blois, prés de la levée des Tuileries, sur la rive droite de la Loire. Andrée, la troisième fille de Camille, et son mari Rodolphe VANDENDRIESSCHE viennent s installer, aussi à cette époque, avec leur famille, au Glacis, dans une maison construite par Raymond et Robert à la place d un bâtiment, contigu à la maison de Camille et Joséphine, qui servait, auparavant, d écurie aux chèvres de Victoire MESSEAU. Cette maison existe toujours, mais rénovée, et appartient, elle aussi, à une descendante GUILLEGAULT. Robert quitte ses parents et son frère un peu plus tard pour la région parisienne afin d y créer son entreprise. Raymond habite, maintenant, seul avec ses parents, il s occupe, avec ses deux soeurs, Thérèse et Andrée, de Joséphine, devenue hémiplégique. Cette dernière décédera le 25 décembre 1935 à l âge de 73 ans, peu de temps après avoir marié son dernier fils, Robert. Pendant deux ans, Camille vivra, toujours au fond de la 4 eme Impasse du Glacis, à proximité de sa fille Andrée, avec son fils Raymond et la compagne de ce dernier, Odette MOUCHARD. Odette est une jeune femme d origine normande qui demeurait en région parisienne. Voisine et amie de Robert et de sa femme Suzanne, elle fit la connaissance de Raymond au mariage de ces derniers. Camille décède le 14 Août 1937, lui aussi, à l âge de 73 ans, en son domicile. C est Raymond qui fait la déclaration de décès à l Hôtel de Ville de Blois. Camille est inhumé, aux côtés de sa femme, dans le cimetière de St-Gervais la Forêt. Au contraire de son frère Léon, chef d entreprise jusqu'à la fin de sa carrière de tailleur de pierres, Camille qui a commencé la sienne, comme lui, dans l entreprise familiale, d abord chez son père et ensuite avec ses frères, la finit comme ouvrier chez un patron. Des relations de plus en plus détériorées avec Léon sont-elles la cause de cette évolution? Nous ne le savons pas. Il faut tout de même noter, au lendemain de la première guerre mondiale, une situation économique, pour le bâtiment, qui reste moyenne et, de ce fait, peut faire hésiter un homme de plus de 50 ans, à la tête d une famille nombreuse, à créer son entreprise. Effectivement, l entre deux guerres ne connaît pas une grande recrudescence de la construction à Blois et dans ses environs immédiats. Seuls les quartiers du Haut Montigny, vers la route de Paris, et de Cabochon, vers la gare, voient l épanouissement de vrais lotissements composés de petites maisons basses, pourvues de cour et jardin. En Vienne, les constructions nouvelles se limitent aux abords des quais et le long des rues Bertheau et Ronceraie. Et n oublions pas, non plus, 16

17 l apparition, dans les techniques du bâtiment, de l utilisation du ciment, du ciment armé et du béton qui commence à concurrencer celle de la pierre à bâtir. Voilà encore une raison pour faire hésiter Camille à se lancer dans la création d une entreprise artisanale de taille de pierres. Pour ce qui est du niveau de vie de Camille et de sa famille, il semble avoir été très acceptable. Il n existe pas d inventaire après décès qui puisse nous en donner une idée exacte. Au contraire de son père et de son grand-père, Camille n a jamais été propriétaire. Il a toujours vécu chez lui sans vraiment l être. Puisqu il demeurait, d abord chez sa belle mère, puis, plus tard, chez sa fille Thérèse. Conclusion. Le passage en revue de ces quatre générations nous indique une grande stabilité dans la famille GUILLEGAULT. Stabilité qui se vérifie sur le plan de la fécondité, sur le plan géographique et sur le plan social. Sur le plan de la fécondité, il existe une certaine stabilité. Mis à part Silvestre et Marie LEREIGLE qui n ont eu que deux enfants, à cause du décès prématuré de cette dernière, les trois autres couples ont fondé des familles nombreuses. Prosper et Rose ROUGET ont eu 5 enfants, Silvestre Prosper et Marguerite PRUDHOMME en ont eu 7 et Camille et Joséphine LIOMAIN, eux, en ont eu 9. Sur le plan géographique, les quatre générations ont vécu sur Blois et trois sur quatre dans le faubourg de Vienne. Sur le plan social, cette stabilité est effarante. Tous les hommes, à l exception de Constant, le frère de Silvestre Prosper, ont exercé le métier de tailleur de pierres. Une grande majorité d entre eux a été, à un moment de sa vie, chef d une petite entreprise artisanale ou associé dans la gestion de cette entreprise. Stabilité qui se retrouve aussi dans le métier même de tailleur de pierres. En effet, c est une profession qui est restée, durant cette période, purement manuelle et dont les techniques n ont pas très évolué depuis le moyen âge et même les romains. La mécanisation ( scies mécaniques, engins pneumatiques de percussions, engins motorisés, etc...) ne semble pas avoir envahi ce secteur avant la deuxième guerre mondiale, surtout en province où ces métiers étaient pratiqués par des petits artisans sans grands moyens. On peut imaginer ces quatre générations de tailleurs de pierres utiliser les mêmes outils. Comme le pic qui sert à extraire et débiter la pierre, les marteaux têtu ou taillant et la boucharde qui servent à la modeler, la sciotte ou le passe partout qui servent à la débiter aussi et les appareils de transport comme le binard qui est un chariot basculant à deux roues, traîné par des chevaux. Toujours sur ce plan social, cette stabilité se retrouve aussi chez les femmes qui, à l exception de Marie LEREIGLE, la femme de Silvestre, ont toutes pratiqué le métier de couturière. En règle générale, chez les GUILLEGAULT, les hommes, tailleurs de pierres, se mariaient avec des couturières, les filles exerçaient la profession de leur mère et les fils celle de leur père. ********************************* 17

18 Documentation. Documents d archives. Actes d état civil : Archives Municipales de Blois ( série 4E ), Archives Départementales du Loir et Cher (série E ), Archives Municipales de Tours (série E). Actes religieux : Archives de l Evêché de Blois. Actes notariés : Archives départementales du Loir et Cher (série 3E), Archives de l étude de Maître ARMAN à Blois, Archives de l étude de Maître ROBERT à Blois, Archives de l étude de Maître CEDELLE à Blois. Documents militaires : Archives Départementales du Loir et Cher ( série R ), Service Historique de l Armée de terre à Vincennes ( historique du 1 er Régiment du Génie ). Documents cadastraux : Archives Départementales du Loir et Cher. Registres de recensement : Archives Départementales du Loir et Cher ( série M : 202 M ). Registres de l Enregistrement : Archives Départementales du Loir et Cher ( série Q : Q ). Plans de Blois 1839 et 1885: Archives Municipales de Blois. Annuaires de Blois ( ) : Archives Départementales du Loir et Cher ( série Per ). Documents bibliographiques. Histoire de Blois et de sa région. Privat. Histoire de Blois. J Chavigny BLOIS, la forme d une ville. Cahiers du Patrimoine Les maçons dans le Blésois de la révolution au second Empire. M Gobillon. Tome 37 des mémoires de la société des Sciences et lettres du Loir et Cher Des carrières qui sont aux environs de Blois et de la qualité des pierres. Amis du vieux Montrichard N Technologie de la taille de la pierre. Aladenise ********************************* 18

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