LE BEAU. AU-DELÀ des apparences MALAISE. Samuel Archibald et Geneviève Pettersen. J ai un bar. VIVRE ENSEMBLE le confort et la différence

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1 HYPERLOCAL & INDÉPENDANT Vol. 1 Nº 1 Automne 2014 NOUVEAU et gratuit! LE BEAU MALAISE CHRONIQUE URBAINE VIVRE ENSEMBLE le confort et la différence J ai un bar DANS MA COUR PORTRAIT de FAMILLE Les auteurs Samuel Archibald et Geneviève Pettersen EMBOURGEOISEMENT AU-DELÀ des apparences

2 MERCI À TOUS NOS PARTENAIRES LOCATIFS DE LA RUE MASSON Le groupe Shiller est fier de contribuer au développement de Rosemont depuis 1954 Le Groupe Shiller et ses partenaires de la rue Masson souhaitent bonne chance et longue vie au magazine RueMasson.com et invitent tous ses lecteurs à encourager l achat local! Masson Acomptax Aquarium Café Bar Basha Bijouterie La Puce Boucherie Aux Deux Gaulois Boulangerie de Père en Fils Boutique d animaux Chico Boutique Mystik Brasserie Artisanale La Succursale Brûlerie St.Denis Buffet Casa Corfu Café Lézard Café Starbucks Caisse Desjardins De Lorimier-Villeray Charcuterie Varsovie Chocolaterie du Vieux-Rosemont Dépanneur Couche-Tard Frites Alors! Fruiterie Premier Choix Juste Nouilles L Heureux Bouddha La Culotte à l Envers La Presqu île La Source La Tête Dans Les Chaudrons Le Roi des Impôts Le SuperClub Vidéotron M sur Masson Madre Mëdz Salon Naturiste Nettoyeur De Luxe Oeuf & Bœuf Olive & Olives Pâtes & Compagnie Piri Piri Renaissance Restaurant Bon-D Sport Uptown Studio 3019 Coiffure Sushi Time Tandoori Masson Tik Tak Toc Vêtements Reda groupeshiller.com Karine Brazeau Conseillère en location poste 1512

3 HYPERLOCAL & INDÉPENDANT Vol. 1 Nº 1 Automne 2014 Sommaire 4 À QUI APPARTIENT Rosemont? Est-ce qu un quartier appartient à ses résidents? 6 Les sinueuses définitions DE L'EMBOURGEOISEMENT Phénomène économique et culturel 7 LE PREMIER BOURGEOIS DE ROSEMONT À Rosemont, ils ne datent pas d hier. 10 La nouvelle CLASSE MOYENNE PORTRAIT DE FAMILLE Rencontre avec Samuel Archibald et Geneviève Pettersen 13 J'AI UN BAR dans ma cour Une cohabitation pas toujours harmonieuse 14 LE LOGEMENT Nerf de la guerre L'accessibilité au logement est au cœur de la question de l'embourgeoisement. 17 UN ÉQUILIBRE COMMERCIAL FRAGILE «Pour faire vivre une artère commerciale diversifiée, ça prend de l'argent.» 18 Vivre ensemble LE CONFORT ET LA DIFFÉRENCE On en parle, on l'exige, on la souhaite. Mais qu'apporte la mixité sociale dans un quartier? 19 LE BEAU MALAISE CHRONIQUE mot de la rédaction Sacré papier. Il faut être un peu fous pour publier sur papier en Partout, les journaux ferment ou passent à des versions web. Pourquoi alors se lancer dans cette aventure à contre-courant? Bien établi sur le web depuis cinq ans, RueMasson.com est un média indépendant qui couvre les nouvelles du quartier dans tous les domaines. Nous parlons de ce qui dessine Rosemont : ses résidents, ses entreprises, sa culture, sa vie politique, ses organismes, son architecture, son histoire et son développement. Nous offrons des contenus informatifs sur cet endroit que nous aimons beaucoup. Ce magazine est une corde supplémentaire à notre arc pour couvrir des dossiers de fond. Le papier aura toujours cet indéniable avantage de se transporter facilement et de permettre à tous, technos ou pas, de rester informés. Mais aussi, l espace d un instant, de se débrancher. On peut enfin se concentrer sur un sujet, sans être interrompus toutes les quatre minutes par un texto, une vidéo de chats ou une batterie faible. En lançant le magazine RueMasson.com, on voulait faire les choses différemment. Sortir de l instantanéité, de «l exclusif» et du «dernière heure» pour prendre notre temps. Pour approfondir les histoires qui façonnent l identité de notre quartier. Notre identité. C est notre plaisir et notre privilège de pouvoir en témoigner. Stéphanie Lalut, rédactrice en chef LE MAGAZINE ruemasson.com VOL. 1 Nº 1 AUTOMNE 2014 Éditeur : Factorie l agence Éditeur délégué : André Bérubé Directrice artistique : Mylène Gingras Infographistes : Mariana Marques, Martin Lebrun Directeur de production : Richard Galarneau Chargée de projet : Monique Lampron Coordonnateur : Olivier Badeau Photographe couverture : Jimmy Hamelin Maquilleuse/coiffeuse : Virginie Vandelac Rédaction : RueMasson.com (Hyperlocal Média Inc) Rédactrice en chef : Stéphanie Lalut Journalistes : Cécile Gladel, Lisa Marie Noël Chroniqueur : David Bruneau Réviseurs : Philippe Antoun, Jeanne Lalut Imprimeur : Imprimerie Solisco Distributeurs : Diffumag, Publicité Sauvage Publicité : Factorie l agence Le magazine RueMasson.com est publié par Factorie l agence, 5425, rue de Bordeaux, bureau 329, Montréal QC H2H 2P9. Le contenu du magazine RueMasson.com ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans le consentement écrit de l éditeur. Dépôt légal aux bibliothèques nationales du Québec et du Canada. ISSN

4 À QUI APPARTIENT Rosemont? Par Cécile Gladel et Lisa Marie Noël Est-ce qu un quartier appartient à ses résidents? À ses propriétaires ou à ses locataires? Est-ce que les souhaits de ceux installés depuis trois générations sont plus respectables que ceux des jeunes familles récemment établies ou des étudiants de passage? Il n y a pas de petites réponses. Néanmoins, tout ce beau monde ne voit pas du même œil l embourgeoisement du quartier, inexistant pour les uns, créateur d inégalités pour les autres. La directrice générale de la SDC Promenade Masson, Doris Laflamme, soutient qu il n y a pas d embourgeoisement. «On me dit souvent qu on devient comme le Plateau et je ne suis pas d accord. On n a pas le même type de commerces. On est dans un quartier très familial avec beaucoup de parcs, des centres de loisirs, des écoles et des bibliothèques», soutient celle qui travaille dans Rosemont depuis 31 ans. Même le porte-parole du Front d action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), François Saillant, qui habite ici depuis les années 90, ne pense pas qu on se soit tellement embourgeoisés. Toutefois, des «signes» sont à surveiller comme l augmentation de la proportion de propriétaires, la perte de logements locatifs et la conversion des immeubles en copropriétés. «On a perdu 3000 logements dans Rosemont entre 2006 et 2011 et on a gagné plus de 5000 propriétés», dit-il. D autres signes ne trompent pas. Les maisonnettes d un étage de type shoebox sont remplacées par des immeubles et des propriétaires transforment leur duplex en maison individuelle. Selon l urbaniste Gérard Beaudet, on assiste à un embourgeoisement léger et graduel. «Certains y trouvent leur compte en vendant leur maison à prix d or pour avoir une retraite confortable. Pour les locataires, c est plus compliqué», reconnaît l universitaire, qui habite lui aussi le quartier. «Rosemont donne l impression d être un quartier relativement aisé. Cette image cache beaucoup de pauvreté qui est dissimulée par les nouveaux développements», soutient Jacques Brosseau, président de la Corporation de développement communautaire de Rosemont (CDC). Un quartier trop à la mode Le quartier est redevenu à la mode depuis une douzaine d années. Il n a même plus besoin du qualificatif de Nouveau-Plateau. Pour Jacques Brosseau, il est clair que cet engouement l a rendu de moins en moins accessible pour les gens à faibles revenus. «Il y a une gentrification majeure. Le défi des groupes communautaires est de soutenir ces personnes pour qu elles fassent valoir leurs droits.» D autres préfèrent parler de revitalisation. Paul Lewis, doyen de la Faculté de l aménagement de l Université de Montréal, leur donne raison. «Sinon on condamne les gens à vivre dans des ghettos. Ça fait des années qu on se plaint que les gens partent en banlieue. Quand ils reviennent ou s ils décident de rester en ville, on les accuse d embourgeoisement?» Le retour de la classe moyenne L arrivée de nouveaux résidents a rajeuni le quartier et a ramené l ambiance qui primait du début du 20 e siècle jusqu aux années 50. «À cette époque, il y avait une diversité de statuts sociaux et économiques. Avec la migration des gens au statut économique le plus élevé vers la banlieue, il y a eu homogénéisation de la population restée sur place. On assiste aujourd hui au retour de résidents avec de bons revenus et donc un retour à la mixité, qui s était atténuée lors de leur départ vers la banlieue», explique Gérard Beaudet. «Sans être richissimes, les nouveaux résidents ont de l argent, sont plus éduqués et plus écologistes», remarque la députée de Gouin Françoise David, qui s est établie dans le Vieux-Rosemont il y a 35 ans. «On ne plantait pas de fleurs quand je suis arrivée», raconte-t-elle. Aujourd hui, les ruelles vertes se multiplient et les citoyens entretiennent les carrés d arbres. Françoise David reconnaît qu on a réussi à maintenir un bel équilibre, mais elle s inquiète grandement pour l accessibilité au logement. Si ces nouveaux arrivants ne sont pas des riches, ils sont loin d être sur le seuil de la pauvreté. Jacques Brosseau se méfie des chiffres. «L indice de pauvreté tend à diminuer lorsque des gens avec des revenus supérieurs s établissent. Les pauvres sont toujours pauvres, mais ils ont l air plus riches, à cause des statistiques qui trompent la réalité!» ruemasson.com p. 4

5 À QUI APPARTIENT Rosemont? Photo : Cécile Gladel Les années tough Rosemont ne l a pas eu facile dans les années En effet, des repaires de criminels avaient pignon sur rue à deux pas de la rue Masson, des explosions de bombes et même des enlèvements faisaient la une des journaux. Doris Laflamme se souvient du temps où plusieurs locaux étaient vacants et où des commerces étaient entre les mains du crime organisé. Elle dit avoir travaillé avec acharnement avec les élus et les autorités pour éradiquer le climat d insécurité qui régnait à cette période. «On a amélioré les commerces et le mobilier urbain. Les gens en profitent et se sentent encore plus chez eux», soutient Mme Laflamme. Le sujet n est pas nouveau Le producteur et agent d artistes Jacques K. Primeau, qui s est fait connaître avec RBO, a été élevé dans Rosemont et y habite encore. Il parlait déjà d embourgeoisement dans les années 80 alors qu il était journaliste, notamment pour CIBL. «Il y a gentrification, mais plus lentement que dans d autres quartiers, et elle est plus harmonieuse. Estce de l embourgeoisement que de vouloir un café au lait et des restaurants de qualité? Alors peut-être que je me suis embourgeoisé Mais je vois des gens de toutes sortes et j ai l impression de vivre dans un endroit avec une belle mixité, ce qui en fait mon quartier préféré.» Il ne faut pas oublier que les mentalités ont changé dans toute la société québécoise. «On ne mange pas aujourd hui comme on mangeait il y a 30 ans, il faut mettre ça en perspective», croit Christian Yaccarini, président et chef de la direction de la Société de développement Angus, qui habite le quartier depuis Les gens ne se contentent plus du cheddar jaune ou du vin en vinier, savent cuisiner le quinoa, troquent le café filtre pour un espresso allongé et sont soucieux de leur alimentation. Cette demande se reflète dans l offre commerciale. De nouveaux restos gastronomiques ouvrent leurs portes, les anciennes tavernes deviennent des bars prisés et le barbier du coin passe son ciseau aux chics stylistes. Mais il demeure toujours dans le quartier les magasins à 1 $, les prêteurs sur gages, les restos rapides et les boutiques d articles usagés. «On continue d avoir des magasins pour les gens avec moins de sous. J espère que ça va rester comme ça», précise la députée Françoise David. Denis Leclerc, directeur général de la CDC Rosemont fait le même souhait. «La cohabitation est harmonieuse entre des gens de différentes classes sociales et de différents horizons. C est ça la beauté de Rosemont!» UN PLACEMENT TOUT-EN-UN POUR AMINA MAMAN ORGANISÉE LES PORTEFEUILLES DIAPASON UNE OCCASION À SAISIR MAINTENANT Facilitez-vous la vie avec un placement qui se gère tout seul et qui offre un bon potentiel de rendement. Parlez-en à votre conseiller de la Caisse Desjardins De Lorimier-Villeray desjardins.com/diapason Les Fonds Desjardins ne sont pas garantis, leur valeur fluctue fréquemment et leur rendement passé n est pas indicatif de leur rendement futur. Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d autres frais. Veuillez lire le prospectus avant d investir. Les Fonds Desjardins sont offerts par des courtiers inscrits dont Desjardins Cabinet de services financiers inc., un courtier en épargne collective appartenant au Mouvement Desjardins, qui distribue les Fonds dans les caisses du Québec et de l Ontario ainsi qu au Centre financier Desjardins. ruemasson.com p. 5

6 Les sinueuses définitions de l embourgeoisement Par David Bruneau et Cécile Gladel Gentrification, embourgeoisement, revitalisation, régénération, les termes ne manquent pas pour tenter d identifier ce phénomène qui est certes économique, mais également social et culturel. Certains préfèrent utiliser le terme gentrification, qui vient de l anglais gentry. Considéré comme un anglicisme, gentry fait référence à la noblesse, ce qui n est pas le cas du terme «bourgeois». Sa première utilisation remonte à 1963 par la sociologue britannique Ruth Glass dans une étude portant sur la ville de Londres. En quelques mots, l embourgeoisement c est «l arrivée de classes sociales supérieures qui s installent dans des quartiers ouvriers», résume Paul Lewis, doyen de la Faculté de l aménagement de l Université de Montréal. Sauf que les quartiers de Montréal que l on dit gentrifiés ou embourgeoisés comme Rosemont La Petite-Patrie, le Plateau-Mont-Royal et Villeray ne sont pas historiquement seulement ouvriers. Même Hochelaga abritait le bourgeois village de Maisonneuve. «Ces quartiers étaient mixtes avec des rues de petits bourgeois et d ouvriers», explique Paul Lewis. La rue Dandurand en est un exemple éloquent : les immeubles sont de plus en plus bourgeois au fur et à mesure qu on avance vers Pie-IX; on se logeait ainsi plus loin du bruit et de la pollution des usines. Phénomène économique et culturel On peut avoir tendance à voir l embourgeoisement comme étant essentiellement un phénomène économique. C est un peu ce que croyait le défunt géographe britannique Neil L. Smith qui a proposé un indicateur, le «différentiel de loyer», qui analyse l écart entre l évolution des revenus des résidents et l évolution de la valeur foncière des immeubles. En d autres mots : si le revenu des résidents augmente plus rapidement que la valeur foncière, c est que le quartier a un bon potentiel de gentrification (c est le terme qu il utilisait). Cette définition réduit l embourgeoisement à un phénomène essentiellement spéculatif où les résidents-propriétaires sont d abord des acteurs économiques attirés par le profit et les bonnes affaires. Le choix d un quartier n est pourtant pas qu une affaire d argent. Il faut considérer l aspect culturel. Car au-delà du prix d un condo ou d un plex et du nombre de restaurants trois étoiles à distance de marche, parmi les «facteurs d attraction» on trouve des concepts plus symboliques comme le besoin d identité et de différenciation, le mode de vie, «l ambiance», la qualité et la variété des services. Ainsi, l essor des ruelles vertes dans le quartier, l accès à une certaine offre culturelle de proximité (cinéma, expositions, concerts dans les parcs), l accès à des produits biologiques et «équitables» et des initiatives simples comme les bibliothèques libre-service sont des exemples de facteurs attractifs du quartier qui caractérisent l embourgeoisement culturel. Sur la résonance des mots Si «embourgeoisement» et «gentrification» ont une connotation négative, il en est autrement de «revitalisation». Dans le cas de Rosemont, il serait juste de prétendre que le quartier vit d abord une revitalisation, si on tient compte du fait qu il a été plus riche dans le passé. Si toute revitalisation ne mène pas systématiquement à un embourgeoisement, elle en est souvent un catalyseur. Chose certaine, la mutation des quartiers centraux est un sujet d actualité dans la plupart des grandes villes du monde. ruemasson.com p. 6

7 LE PREMIER BOURGEOIS DE ROSEMONT Par Lisa Marie Noël À Rosemont, les bourgeois ne datent pas d hier. Grâce à quelques recherches historiques, on a retrouvé le premier bourgeois en 1871! En 1871, un habitant de la Côte-de-la-Visitation (le village avant Rosemont) déclare, comme profession, être bourgeois. Il s agit de Hardoin Lyonais, 63 ans. Il habite sur la rue Colborne (aujourd hui De Lorimier) avec son épouse Henriette et ses enfants, alors dans la vingtaine. Ses trois fils aînés sont respectivement imprimeur, teneur de livres et étudiant. Mais Côte-de-la-Visitation est loin d être un quartier chic de Montréal. Il s agit plutôt d une paroisse agricole fondée en Le village se résume alors à quelques fermes parsemées le long du chemin de la Côte-de-la-Visitation, aujourd hui le boulevard Rosemont. Des champs à perte de vue Plusieurs terres appartiennent déjà à des familles dont le nom perdure : les Nesbitt, Molson ou Bourbonnière. Les familles anglophones et francophones se côtoient et un peu plus de la moitié de la population est canadienne-française. L immense terre Crawford, une des plus grandes du village, deviendra le lieu des premiers développements du Vieux-Rosemont. RECENSEMENT DE des 139 travailleurs sont cultivateurs 440 personnes réparties dans 73 familles 246 Canadiens-français 106 Irlandais 61 Écossais 27 Anglais Une grande proportion des travailleurs de Côte-de-la-Visitation sont des agriculteurs. Dans les années 1880, en plus de cultiver la terre, au moins sept familles du village font l élevage de vaches laitières de race Ayrshire. James Drummond, qui possède une terre aux alentours de l actuelle avenue Bourbonnière, est un prospère éleveur de vaches. Photo : istock En 1871, on retrouve entre autres au village une dizaine de charrons et d apprentis (fabricants de chariots et brouettes), presque autant de forgerons, quatre couturières, trois cordonniers, une institutrice, un étudiant en philosophie et notre fameux bourgeois. On compte également une trentaine de journaliers. Ces derniers pouvaient aussi bien travailler dans les fermes du village que dans les carrières de calcaire qui se trouvaient à proximité. Le promoteur U.H. Dandurand nomme Rosemont en l'honneur de sa mère Rose Phillips. ORIGINE DES TRAVAILLEURS EN Français 165 Anglais 25 Écossais 24 Italiens 21 Irlandais 11 Autres Source : Société d'histoire Rosemont-Petite-Patrie 5 Chinois 4 Polonais 2 Inconnus ou illisibles 1 Grec 1 Russe BRAVO à RueMasson.com pour cette parution papier. Vous êtes précieux dans notre quartier par la qualité de vos informations et par vos commentaires pertinents. Longue vie! FRANÇOISE DAVID Députée de Gouin ruemasson.com p. 7

8 Rosemont est loin d être un quartier résidentiel confortable. Les égouts et l éclairage de rue ne commencent à être construits qu à partir de 1907 et de façon plutôt imparfaite. Les résidences sont également à proximité des usines Angus et des carrières de calcaire que l on retrouvait à l époque à Montréal. Fermées dans les années 1930, ces carrières sont pour la plupart devenues des parcs (Pélican, Lafond, Père-Marquette, Jardin botanique). Usine Angus : entrée de la rue Rachel Mettre Rosemont sur les rails Source : Société d'histoire Rosemont-Petite-Patrie En 1903, les promoteurs immobiliers Ucal-Henri Dandurand et Herbert Samuel Holt (des bourgeois) achètent la terre du défunt cultivateur Alexandre Crawford qui est laissée à l abandon (les limites approximatives sont de la 1 ère à la 10 e Avenue et du boulevard Rosemont jusqu au boulevard St-Joseph). Ils divisent cette terre en lots pour les vendre aux futurs ouvriers des usines Angus, grand atelier de fabrication de matériel ferroviaire du Canadien Pacifique. C est ainsi qu une partie du village de la Petite-Côte devient Rosemont. Entre 1906 et 1910, différents territoires de Rosemont sont successivement annexés à la Cité de Montréal. Les rues du Vieux-Rosemont portent des noms de bourgeois notables : Holt et Dandurand bien sûr, mais aussi Masson, qui est le premier millionnaire canadien-français. Ça roule pour le quartier À son ouverture, l usine embauche plusieurs milliers d ouvriers. Mais ceux-ci n adoptent pas instantanément Rosemont comme lieu de résidence. L essor démographique se remarque davantage durant la décennie , selon Marie-Hélène Lachance, auteure du mémoire De l espace rural à la banlieue industrielle : le quartier Rosemont de 1892 à En se basant sur le recensement de 1911, elle indique que Rosemont comporte «une population ouvrière comptant une majorité de travailleurs qualifiés disposant de salaires relativement élevés. Contrairement à d autres quartiers ouvriers, une proportion importante des chefs de ménage sont propriétaires de leur logement. Même si plusieurs groupes ethniques sont représentés, la population est surtout partagée entre Canadiens-français et Canadiens-anglais sans toutefois qu il y existe de différenciation spatiale». La rue Masson est ouverte en 1904, mais prend son réel essor commercial dans les années Avec les Amis du Jardin botanique de Montréal profitez d une porte ouverte sur la nature! Famille : 84 $ Adulte : 45 $ Aîné : 42 $ Étudiant : 34 $ Incluant un abonnement à la revue Quatre-Temps. Tous les détails sur : amisjardin.com ruemasson.com p. 8

9 LE PREMIER BOURGEOIS DE ROSEMONT Au fil du temps on y retrouve des boutiques de vêtements, des magasins à rayons, des cinémas, des tavernes, des ferronneries, des marchés rien de bien bourgeois. La rue Masson connaît un coup dur avec l ouverture des premiers centres commerciaux à Montréal dans les années 1950 comme le centre Le boulevard situé au coin des rues Jean-Talon et Pie-IX. Dans les années 30, il y a encore quelques fermes, mais l ensemble résidentiel continue à progresser. Le début de la fin Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les usines Angus roulent au maximum avec près de employés qui s affairent à construire des chars d assaut. Mais après la guerre, la demande pour du matériel ferroviaire décline. Dans les années 50, l automobile gagne en popularité suivie du transport aérien dans les années 60. Ce qu il y a de bourgeois et de mieux nantis s exile en banlieue, considérée à l époque comme le nouvel Eldorado. En 1970, une grande partie de l usine Angus ferme, puis, en 1992, on met la clé dans la porte de tout le complexe industriel. C est la crise! Dans les années 1980, les temps sont durs dans Rosemont, mais aussi dans tout Montréal. Les secteurs industriels très lucratifs qui ont fait la gloire de Montréal n ont plus la cote. «L annonce de la fermeture des usines Angus en 1991, montre bien qu une page de l histoire manufacturière de Montréal est tournée», écrit l historien Paul-André Linteau dans Histoire de Montréal depuis la Confédération. Les vieux quartiers en voie de désindustrialisation, comme Rosemont, sont durement touchés par le chômage. De plus, la population fait face à une pénurie de logements et les taux d intérêt atteignent des sommets himalayens! TAUX D INTÉRÊT DES PRÊTS HYPOTHÉCAIRES Septembre 1981 : 21,46 % Mars 1982 : 19,41 % Octobre 1982 : 16,2 % Taux sur 5 ans. Source : Banque du Canada Entre en scène la riche société Marathon, une filiale du Canadien Pacifique, qui entend développer Rosemont à sa manière, c est-à-dire en construisant un immense centre commercial d un million de pieds carrés et places de stationnement. Pour ce faire, elle vise le grand terrain de 100 acres à l est de St-Michel, laissé vacant par la première fermeture des usines Angus dans les années Menés par Allan Koury, propriétaire de la Mercerie Allan, les petits commerçants de la rue Masson s opposent farouchement à la venue du centre commercial, qu ils voient comme un concurrent. De leur côté, les associations de locataires réclament du logement abordable, qui manque cruellement dans le quartier. À coup de consultations et de pressions politiques, les Rosemontois obtiennent que la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec achètent le terrain. C est ensuite l OBNL la Société des terrains Angus (SOTAN) qui a le mandat de le réaménager (de 1983 à 1993). Les associations de locataires maintiennent la pression pour que des logements sociaux soient construits. Afin de permettre à tous de s y installer, autant les mieux nantis que les populations à plus faible revenu, logements sont construits dont 40 % sont des coopératives ou des logements sociaux. Parmi les nouveaux noms de rue de ce développement à forte mixité sociale, on rend hommage non seulement à des bourgeois (les notaires Guillet et l ingénieur Marius Dufresne) mais aussi à un ouvrier, Moïse Picard, chaudronnier aux usines Angus. BISTRO DE QUARTIER 2876, rue Masson msurmasson.com ruemasson.com p. 9

10 PORTRAIT DE FAMILLE La nouvelle CLASSE MOYENNE Samuel Archibald et Geneviève Pettersen Par Cécile Gladel Elle est chroniqueuse. Il est professeur. Ils partagent un amour pour l écriture, deux enfants, bientôt trois, un colley qui s exprime un peu trop et un petit cottage du début du 20 e siècle aux planchers à géométrie variable. Très loin de leur Saguenay natal, ils ont choisi de s enraciner à Rosemont pour élever leur famille. Ce couple, c est d abord Geneviève Pettersen, alias Madame Chose. Sa chronique dans La Presse+ offre aux lecteurs des conseils naviguant entre la philosophie, la nostalgie et un pragmatisme bien assumé. La Déesse des mouches à feu, son premier roman, a été bien accueilli tant par la critique que par le public. Son mari Samuel Archibald (ils se sont mariés devant le notaire en haut d un Jean Coutu), auteur du roman Arvida, est professeur au Département d études littéraires de l UQAM. Son essai Le sel de la terre : confessions d un enfant de la classe moyenne, publié en 2013 par Atelier 10, examinait notre relation mitigée avec cette notion de classe moyenne. Sous le charme Habitant le quartier depuis sept ans, ils se plaisent à dire que Rosemont les a choisis. «Avant, on habitait Hochelaga-Maisonneuve. En déménageant ici, je n étais pas certaine d aimer le coin. Ce n était pas très bien desservi par le transport en commun», se rappelle Geneviève. «Ça ne l est toujours pas!», réplique Samuel. Après deux semaines, elle avait changé d avis. «Pour la première fois, j avais le sentiment d être chez moi, peut-être car j avais des enfants. J aime le côté village de Rosemont, les petits vieux, les ruelles qui sont moins trash. On parle à nos voisins et on ne peut pas aller sur Masson sans rencontrer quelqu un qu on connaît, comme à Chicoutimi.» Ce choix, ils l ont fait aussi pour la qualité de vie et pour les espaces publics qui sont vivants. «J ai peur pour la survie de ces espaces en banlieue et en région. Les enfants jouent dans les cours. Ici, en ville, on sort, on va au parc Lafond rencontrer les amis, à la piscine, dans les commerces», constate Samuel Archibald. Et dans la ruelle. «À 17 h, c'est l heure magique dans notre ruelle, les mêmes familles y jouent. En hiver, c est la guerre des tuques!», ajoute la jeune maman. «Dans Rosemont, il y a un fond ouvrier, une vraie classe moyenne, ça nous ressemblait plus», souligne son mari. ruemasson.com p. 10

11 ENTREVUE Rester en ville : un défi financier Le couple a acheté dans le Vieux-Rosemont à l est de Saint-Michel. Un achat qu ils ne pourraient plus se permettre. «Aujourd hui, acheter l équivalent aurait été impossible avec la montée fulgurante des prix. Mais Rosemont est encore un coin où les familles peuvent devenir propriétaires», concède Samuel. «À Montréal, on est très chanceux par rapport à des villes comme Toronto, New York ou Paris, où il faut être riche pour habiter au centre-ville.» Ils se défendent bien d être des gentrificateurs. Au contraire, les voisins étaient bien heureux qu une famille achète la maison, qu ils comptent rénover en respectant l architecture d origine. Le couple avoue avoir fait un effort financier lourd de conséquences pour rester en ville, par choix. «Ceux qui disent qu on est riches devraient regarder notre compte de banque. Le côté négatif de la popularité du quartier, c est qu on a de la misère à payer nos taxes qui augmentent. Les riches, ils sont plutôt dans Angus mais on est toujours le bourgeois de quelqu un d autre», lance Geneviève. Photos : Jimmy Hamelin ruemasson.com p. 11

12 ENTREVUE Un peu cliché? Parlant de bourgeois, se sentent-ils vaguement comme les dignes représentants d une certaine classe sociale accusée d envahir le quartier? «Jamais personne ne nous a fait de reproches. Et nous sommes des piliers chez Corvette!» dément avec humour Samuel. Ils se sont toujours sentis bien accueillis et bienvenus. RueMasson.com c est une équipe dynamique, toujours à l avant-garde, des passionnés de leur quartier, un média de qualité et de proximité. Tout simplement, un incontournable dans Rosemont! JEAN-FRANÇOIS LISÉE Député de Rosemont 3308, boulevard Rosemont jflisee.org «Je vois un changement de clientèle à l école de nos enfants, les gens ne sont pas plus riches, mais ils n ont pas les mêmes préoccupations, les mêmes métiers. Il y a maintenant plus d artistes et de professionnels», soutient Geneviève. Son conjoint n est pas totalement d accord. «Il y a toujours des familles défavorisées, même s il est vrai qu elles sont moins nombreuses. De toute manière, la classe moyenne est loin d être homogène.» Contrairement à Samuel, Geneviève n aime pas les bars de la rue Masson. «Je suis une vraie grand-mère, je ne sors pas et je n aime pas la faune qui les fréquente. Rosemont s est plutôt endouchifié», dit-elle en conjuguant le mot «douchebag». Si la jeune femme fuit les foules devant les bars, le couple fait ses courses dans les commerces du quartier : chez Paulines, Pâtes et compagnie, le Frigo de Bacchus, La Culotte à l Envers, Tik Tak Toc. «Notre but est d en faire le plus possible à pied.» Mais Geneviève avoue fréquenter assidûment le Loblaws depuis qu elle a une voiture. «L auto est l ennemi des petits commerces», conclut-elle. Les deux ont toujours un projet d écriture sous le coude. Geneviève Pettersen publie un nouveau livre Vie et mort du couple, du dating au divorce le 27 octobre, aux éditions La Presse et prépare une BD dont l action se déroulera dans le quartier. Samuel Archibald sortira deux romans jeunesse début ruemasson.com p. 12

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