Edito N 13 3 EME &4 EME TRIMESTRE 2012

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1 Edito N 13 3 EME &4 EME TRIMESTRE 2012 En décembre 2011, le Secours Catholique, la Croix Rouge et l UNCCAS ont publié un Manifeste pour l inclusion bancaire en France des populations fragiles. Archime d, dont une des missions est d œuvrer pour un meilleur usage du crédit et du découvert en vue de prévenir le surendettement, a décidé de soutenir ce Manifeste. Les travaux de ce Manifeste seront largement représentés dans quelques jours, à l occasion de la Conférence de lutte contre la pauvreté et pour l inclusion sociale, organisée par le Gouvernement et visant à alimenter un grand projet interministériel. Un des chantiers de cette conférence sera en effet «le surendettement et l accès aux services bancaires». Le titre de ce chantier, qui semble conclure à la fatalité du surendettement pour les plus pauvres, est interpellant. Ces derniers ne peuvent-ils vraiment éviter les impayés de factures, les résiliations de contrats, les coupures d énergie l exclusion bancaire et le surendettement? Les situations rencontrées sur le terrain nous amènent souvent à penser dans ce sens. Comment viser l équilibre du compte bancaire quand les ressources disponibles après paiement de charges contraintes se limitent à peau de chagrin? Le découvert et le crédit peuvent-il raisonnablement constituer une réponse? Faire de la prévention de difficultés futures est-il réaliste quand le présent est si problématique? Comme beaucoup, nous serions tentés de baisser les bras, participant ainsi à la chaîne d exclusion. Car la pauvreté fait peur; la pauvreté fait fuir : les banquiers qui craignent de se sentir assimilés à des services d aide sociale et de ne pas savoir répondre à une telle attente; les bailleurs, même sociaux, qui veulent éviter des impayés de loyers face auxquels ils seront pieds et points liés; les travailleurs sociaux qui se sentent souvent démunis, au bout des outils disponibles; les amis et la famille qui se protègent des demandes d aide financière. La pauvreté exclut. Pourtant, nous ne pouvons pas et ne voulons pas abandonner. Parce que même si toutes les études affirment que l on ne peut pas vivre avec des ressources inférieures à un certain seuil, il y a des millions de Français qui vivent ainsi. Pour eux, nous avons choisi de porter un regard sur leur budget et la façon de le vivre et de chatouiller deux tabous : celui du bénéfice de la procédure de surendettement, souvent seule bonne solution pour recouvrer un niveau de vie décent et la sérénité. Celui de l épargne, réponse rarement envisagée, trop exigeante, mais tellement intéressante et rassurante pour des acteurs de prévention comme nous. Découvrir des expérimentations dans ce domaine est une note d optimisme. Catherine Martin - Directrice Dans les pages suivantes : P2 Approche de la notions de pauvreté P3 - Equilibrer son budget : les pauvres face aux obstacles P4 - Pauvreté et surendettement : quelle relation? P5 - Les freins face au dispositif de surendettement P6 Promouvoir le dispositif de surendettement? P7 - Développer l épargne auprès des pauvres : une utopie?

2 Une approche de la notion de pauvreté Par Jacques Fleurette, administrateur bénévole d Archime d, Bartholomé Masurel, PSPE, Face et Réseau Alliances Page 2/7 La notion de pauvreté est difficile à analyser car sa mesure repose sur des données trompeuses : contrairement aux idées reçues, le taux de pauvreté des ménages a fortement baissé depuis 30 ans, passant de 15% à 6 % des ménages entre 1970 et Pour mieux comprendre, deux concepts sont à distinguer : celui de pauvreté monétaire, et celui de pauvreté ressentie La pauvreté monétaire : Sa mesure est basée sur la notion de «seuil de pauvreté» qui s exprime en pourcentage du revenu médian du pays considéré. La pauvreté d un français et celle d un grec sont donc de niveaux très différents. Une première difficulté apparaît, c est que plus le revenu médian d un pays augmente, plus le seuil de pauvreté augmente dans les mêmes proportions L indice ne traduit pas du tout la même réalité selon que les revenus sont dispersés ou concentrés autour de la médiane. On pourrait dire sous forme de boutade que lorsque notre voisin s achète une grosse voiture, notre niveau de vie relatif baisse. Une seconde difficulté provient du fait que l INSEE, l institut français de la statistique, utilise le pourcentage de 50% du revenu médian, alors que l institut européen, EUROSAT, utilise quant à lui le pourcentage de 60% pour comparer la pauvreté dans les pays de l Union Européenne. En France, une personne seule est considérée pauvre si ses revenus sont inférieurs à 803 euros (définition française) ou 964 euros (définition européenne). Avec le seuil de 60% au lieu de 50%,le taux de pauvreté des ménages français double, en passant de 6% à 12% La troisième difficulté provient du fait que la notion de pauvreté s appréhende par foyer et non par individu, et qu il a fallu moduler l indice en fonction de la constitution du ménage : à l intérieur d un foyer, un adulte va compter pour une valeur1, un adolescent de 14 ans pour 0,5 et un enfant pour 0,3 «unités de consommation». La pauvreté ressentie : La quatrième difficulté et non la moindre, provient du fait que cette notion de pauvreté dite «monétaire», ne coïncide pas vraiment avec celle de pauvreté «ressentie»qui se traduit par le sentiment de privation de biens ou de services jugés indispensables pour la vie courante. On observe une dichotomie importante entre pauvreté monétaire et pauvreté ressentie : La pauvreté monétaire a baissé en France entre 1970 et 1990 (où l on est passé de 9 à 8 millions de pauvres dans une population en croissance). Puis elle a stagné. Entre 1970 et 2010 le seuil de pauvreté a doublé en euros constants en passant de 400 à 800 euros. Les pauvres d aujourd hui sont deux fois plus riches que ceux d hier mais ils ne vivent pas dans la même société : les besoins ne sont plus du tout les mêmes. 98% des ménages disposent aujourd hui d un bain ou d une douche ainsi que d un téléphone. Nos grands parents n exprimaient pas un ressenti de pauvreté parce que leur logement ne comportait pas de salle de bains. Le téléphone et l internet apparaissent aujourd hui comme des besoins dont on peut difficilement se priver, ils n existaient pas dans la majorité des ménages français des années 60. Ceci montre à quel point la notion de pauvreté est relative. 4 types de dépenses expliquent à elles seules la plus grande partie de cette montée en puissance de la pauvreté ressentie : le logement, la santé, les transports et la communication, les dépenses de consommation socialisées. De 1960 à aujourd hui, le logement, qui représentait 9,7% du budget d un ménage, en représente désormais 19,4%; son poids a plus que doublé. Les transports et la communication sont passés de 9,5% à 13,5%. La santé est passée de 1,9 à 2,6%. Les dépenses de consommations «socialisées», part prise en charge par la collectivité en matière d éducation, de santé et de logement, sont quant à elle passées de 14,1 à 23,2%. Un autre enseignement peut être tiré d une analyse de l INSEE (revue Economie et Statistique numéro 383 à ) qui identifie 3 causes situées en amont du phénomène : la santé, la pauvreté relationnelle et la pauvreté subjective, liée notamment au comportement consistant à vouloir vivre au dessus de ses moyens. Les autres pauvretés : monétaire, conditions de vie, accès à l emploi, ne seraient que les conséquences des premières. Tout ceci montre combien la notion de pauvreté est complexe, relative et subjective. Certaines idées reçues sont à remettre en cause, la pauvreté monétaire est insuffisante pour traduire les réalités sociales.

3 Equilibrer son budget : les pauvres face aux obstacles Au-delà des critiques faites aux banques, nous avons recherché les nombreuses pratiques administratives et commerciales, peu aidantes vis-à-vis des pauvres désireux d équilibrer leur budget. Elles découragent les bonnes volontés et aggravent la pauvreté. Des bonnes volontés, nous en rencontrons au cours des séances de formation collective, dans les centres sociaux de Roubaix. Pour nos lecteurs qui trouveront l inventaire ci-dessous anecdotique, nous les invitons à venir rencontrer ces publics, comprendre à quel point il est difficile de mettre de l argent de côté quand on en a peu; d accuser le coup d une journée de décalage dans le versement des allocations quand les frais bancaires ne pardonnent pas; de maîtriser une facture de téléphone quand on n a pas internet; de contrôler et limiter chaque sou dépensé quand les paiements espèces deviennent impossibles, Inventaire à la Prévert des obstacles rencontrés par les pauvres Du côté des administrations : La fixation de l APL en fonction d une base de revenus passés Le paiement des impôts l année suivant la perception des ressources surtout quand on n en a quasi plus Les délais de transferts d un dispositif de ressources à un autre (passage des Assedic vers le RSA, des indemnités maladies vers le RSA, sans oublier les changements de CAF suite à déménagement) L ajustement des lois fiscales qui changent les règles du jeu en cours d année (taxe d habitation par exemple) Les dates aléatoires de versement des IJSS pour les personnes en longue maladie L ajustement trimestriel du RSA activité sur les revenus passés Les retraites complémentaires trimestrielles L absence de services de renseignements et d aide à la prévision des ressources en cas de changement de situation Les erreurs et incompréhensions dans les démarches, de part et d autres, qui se transforment en indûs Du côté des fournisseurs d énergie et des bailleurs : Les régularisations de factures une fois par an pour les personnes mensualisées L exigence du prélèvement automatique pour fixer un échéancier mensuel Le diagnostic énergie payant pour ceux qui dépensent beaucoup, ne peuvent régler leur facture et rêvent de pistes d économie La difficulté à mettre en adéquation le coût des logements et les budgets Pour tous les acteurs commerciaux et bancaires : Les services après-vente accessibles uniquement par internet ou téléphone, payants La consultation de factures et relevés de comptes par internet L exigence du paiement par prélèvement; le refus du paiement espèces; la facturation des mandats Les prélèvements qui se représentent x fois en cas d impayés La nécessité de payer pour rééditer certains justificatifs (relevés de banque, factures énergie) Les pénalités en cas de retards de paiement sans recours possible vers d autres fautifs éventuels Page 3/7 Mr E. : «je n y arriverai jamais» Mr E. a 57 ans. Ses ressources sont à peine supérieures au RSA; il ne travaille que 2h par semaine. Mr E a sollicité Archime d pour un micro-crédit en vue de déménager. Mr E. prépare son budget chaque mois. Toutes ses dépenses sont mensualisées et contrôlées. Il a été SDF et connaît la privation. Mr E a malgré tout des stress fréquents : à chaque début de trimestre avec le recalcul de son complément RSA : il vit comme un piège tant les pertes de salaire impactant le présent, que les quelques euros résultant d heures supplémentaires, impactant le futur en fin d année avec la régularisation de ses factures d EDF. L an dernier, il a été tellement choqué de devoir régler 300 (ce que nous l avons aidé à faire en combinant différents outils), qu il souhaitait résilier son abonnement!

4 Pauvreté et surendettement : quelle relation? Les Commissions de surendettement fixe des seuils au-dessous desquels les déposants sont considérés «sans capacité de remboursement» (cf tableau ci-dessous). Combien de Français entreraient dans cette catégorie s ils sollicitaient le dispositif? Il y a déjà les 1,4 millions de bénéficiaires du RSA socle (ex RMI). On atteint 2 millions si on prend en compte les bénéficiaires du RSA activité. 2,7 millions de Français sont rémunérés au SMIC et la plupart vont rencontrer la même contrainte budgétaire. En parallèle, l INSEE évalue à 12,5% la part de ménages français (soit 3,4 millions) vivant sous le seuil de pauvreté. A la vue des ces chiffres, nous nous interrogeons tout d abord sur la possibilité et le bien-fondé de l accès au crédit pour toutes ces personnes, aussi social soit-il. Nous nous interrogeons ensuite sur le fait que moins de personnes par an (plutôt autour de si l on ne retient que les déposant vivant sous le seuil de pauvreté) sollicitent le bénéfice de la commission de surendettement. Quid de ceux qui restent, de leur mode de vie, des réponses qu ils trouvent? Montant laissé pour les besoins quotidiens : l évaluation de la Banque de France : Toutes dépenses hors charges contraintes : logement, énergie, assurances, téléphone, impôts. Page 4/7 Zoom sur 20 dossiers de personnes pauvres accompagnés vers le surendettement (ménages ayant des ressources moyennes de 1 060, et 529 / personne) Archime d ne retrouve pas ici le dossier moyen de la Banque de France : les dettes moyennes sont de avec de crédits et découverts, contre respectivement et pour un dossier de surendettement «moyen». Seul montant en phase avec le dossier de surendettement moyen : les indûs et amendes... Taille de la famille 1 personne 2 personnes 3 personnes Budget vie courante alloué Toutefois, certaines charges fixes étant retenues forfaitairement (avec des conséquences pénalisantes pour les dépenses d énergie par exemple souvent subies pour des logements mal isolés), les résultats des commissions sont souvent difficiles à anticiper. Ainsi, certaines personnes sollicitant le bénéfice de la procédure se retrouvent avec un montant supérieur et d autres avec un montant plus faible. Montant disponible pour les besoins quotidiens : approche de la réalité Le budget d une personne au RSA Ressources RMI 475 Allocations logement 250 A. TOTAL DES RESSOURCES 725 Charges contraintes loyers et charges locatives 350 électricité - gaz - eau (Chauffage) 40 Assurances (logt, RC) 10 taxes (habitation / foncière / redevance TV) Assurance voiture pas de voiture Mutuelle santé CMU téléphone fixe, portable, internet 40 impôts exonéré frais bancaires 4 B. TOTAL DES DEPENSES 444 A-B Montant disponible pour vie courante 281 Le budget d une personne au SMIC Ressources Salaire Allocations logement 100 A. TOTAL DES RESSOURCES Charges contraintes loyers et charges locatives 500 électricité - gaz - eau (Chauffage) 80 Assurances (logt, RC) 10 taxes (habitation / foncière / redevance TV) 30 Assurance voiture 60 Mutuelle santé 50 téléphone fixe, portable, internet 40 impôts frais bancaires 4 B. TOTAL DES DEPENSES 774 A-B Montant disponible pour vie courante 344

5 Les freins au dépôt de dossier de surendettement Difficile d imaginer que, dans les milieux défavorisés, le dispositif de surendettement ne soit pas connu. Face aux difficultés, génératrices de contact avec un travailleur social ou une association, il sera généralement abordé. Ceci ne signifie toutefois pas qu il soit activé. Chez Archime d, seul un quart des personnes préoccupées par des dettes qui nous sollicitent va au bout du dépôt de dossier. 10% préfèrent une médiation de dettes et 10% trouvent d autres procédures de résolution (aides sociales, remise de dettes, vente de biens). Restent 55% qui abandonnent ou repartent hésitants suite à un premier entretien : une minorité d entre eux trouvent des solutions pour liquider leurs dettes (aides de la famille, arbitrages dans les modes de vie, ); nous supposons qu un grand nombre jongle durablement sans solution. Certains reprendront la démarche quelques mois plus tard; d autres auront peut-être la chance de constater l abandon des poursuites des créanciers. Les causes identifiées de non recours sont les suivantes : La renonciation devant des démarches qui paraissent trop compliquées (nombreux justificatifs à rassembler) Les craintes liées aux conséquences de la procédure (fichage, perte d accès au découvert et au crédit, sans lesquels la vie devient inimaginable, saisie de la voiture, impact sur un tiers : conjoint, parent, ami, ) Le refus de solliciter de l aide, de subir le regard ou les questions d un tiers La honte face aux dettes et à l incapacité de mener une vie décente Page 5/7 L envie d honorer ses dettes Mr et Mme U. : «je ne pourrais plus faire face à mon employeur». Mr et Mme U. ont de nombreux arriérés de factures et une coupure EDF imminente. Ils ont choisi à un moment de solliciter l aide financière de l employeur de monsieur mais les difficultés sont loin d être résolues. Mr n oserait plus se présenter devant son patron s il déposait un dossier de surendettement. Le couple se voit donc piégé, s enfonce, sans trouver la force de réagir. Melle A. «j ai fait des erreurs, j assume, je vais rembourser» Melle A. a 30 ans et vit seule avec ses 3 enfants. Elle a pris un congé parental de 3 ans et perçoit 1200 d allocations. Elle trouve la force de porter un regard positif et confiant sur la vie. Face aux difficultés pour rembourser des crédits renouvelables, souscrits de longue date, elle consulte Archime d. Nous lui suggérons différentes solutions, dont le surendettement. Melle A. analyse les budgets simulés et choisit une médiation de dettes, moins avantageuses pour elle sur le plan financier. Elle indique qu elle rationalisera son mode de vie. Elle déménage effectivement pour un logement moins onéreux Consciente de ses limites et soucieuse de protéger ses enfants, elle revient voir Archime d à chaque évènement délicat. Le dossier de surendettement est préparé à 2 reprises mais non déposé à ce jour. Mr P. : «j ai refusé la procédure de rétablissement personnel» Mr P. vit de petits boulots depuis des années. Il n arrive pas à être à jour de ses charges car dérape à chaque interruption de contrat de travail et ne remonte jamais la pente. Il rencontre aussi des aléas, comme des pannes de voiture, qui ne facilitent pas sa situation financière. Il a emprunté pour régler des dettes, pensant que cela l aiderait, et souscrit un micro-crédit pour remplacer son véhicule. Il est reconnaissant à certains prêteurs de lui avoir fait confiance malgré sa situation. Quand il se résout à déposer un dossier de surendettement, il change vite d avis à réception de la décision de la Banque de France qui envisage une procédure d effacement. C est hors de question : il dit qu il y mettra le temps qu il faut mais il remboursera nous souhaitons seulement que ses créanciers l entendent et l aident avant qu il ne s use.

6 Surendettement : promouvoir le dispositif? Page 6/7 Le non recours au droit (c est-à-dire la non sollicitation d un dispositif légal existant) est toujours interpellant. Dans le cas du surendettement, il amène de nombreuses personnes à vivre dans des conditions misérables, sujettes aux poursuites de créanciers, aux mesures de coupure d énergie et d expulsion Etvivre avec des dettes non résolues est bien plus problématique que de vivre avec un plan de surendettement. Si nous n avons jamais entendu personne soutenir que le surendettement était une solution face à la pauvreté, la pratique de terrain tend pourtant à démontrer l inverse. Que proposer d autre quand plus aucune aide n est activable et que les ressources couvrent à peine les charges? Et s il reste une petite capacité d apurement, ce sont parfois les créanciers qui la méprisent et se ferment à toutes propositions, préférant le risque de tout perdre au compromis (cfencart ci-dessous). Faut-il donc voir dans le surendettement une solution miracle, satisfaisante pour tous, et mener des campagnes d information, voire d incitation au dépôt de dossier de surendettement? On touche là une question d ordre politique qui effraie et remet en cause l ordre moral, économique et social. Promouvoir le dispositif de surendettement ne généraliserait-il pas tout d abord l idée que toute personne gagnant moins d un seuil de ressources soit légitimement déchargée de régler ses dettes? et par suite éventuellement ses factures, préexistantes aux dettes? Jusqu où risque-ton un appel d air à tous ceux qui s efforcent de tenir? Ensuite, il faut rappeler que les conséquences du surendettement (effacement total ou partiel des créances; réduction des facturations contractuelles) sont financièrement à charge des créanciers. Jusqu où peut-on forcer leur «solidarité»? Quelles conséquences économiques en attendre, surtout dans le contexte de crise que nous traversons (faillites d entreprises, licenciements, )? Et puis, étant donné le système de libre-entreprise qui est le notre, difficile d imaginer que cela n ait pas de conséquences sur l accroissement de l exclusion des plus pauvres. On constate déjà la dureté de certains bailleurs, même sociaux, à proposer des solutions de relogement, et suspectons qu ils aient l arrière-pensée d activer une procédure d expulsion. Pour ces différentes raisons, Archime d envisagerait difficilement des campagnes publiques de promotion du dispositif de surendettement. Nous sommes satisfaits qu il offre un «possible»; nous ne souhaitons pas en faire une procédure «normale». En outre, une mesure de surendettement constituant malheureusement rarement une solution suffisante, nous préconisons que le dispositif soit revisité, pour intégrer conseil et accompagnement. Ceci permettrait de mobiliser les moyens nécessaires à la réinstauration d une vie digne. Cela contribuerait aussi à mieux identifier les problématiques et à alimenter les travaux de lutte contre la pauvreté. Le coût d un tel dispositif serait peut-être, au moins à court terme, plus important que le traitement productif des dossiers de surendettement. Mais n a-t-on pas tous à y gagner à moyen terme? Les créanciers : des promoteurs du dispositif de surendettement malgré eux? Mr N. : «je voulais payer ils n ont pas voulu» Mr N. a souscrit un crédit revolving lorsqu il travaillait. Il a perdu son emploi depuis longtemps et perçoit le RSA. Pour 5000 dus, il rembourse 200 par mois. Il a toujours réglé mais il n en peut plus. Il veut toutefois rembourser, mais à un rythme plus adapté. Il envisage 50 par mois. La société de crédit qualifie cette proposition de ridicule. Mr N. décide de déposer un dossier de surendettement, humilié, découragé et révolté à la fois. Mr et Mme O. : «s ils ne veulent pas faîtes-nous un crédit» Mr et Mme O. et leurs 2 enfants vivent d un demi SMIC, d un complément de RSA et d allocations. Leurs charges d énergie sont conséquentes et ils ont cumulé 2600 d arriérés (gaz, électricité, eau). Ils cherchent à obtenir des apurements mais les fournisseurs refusent d envisager un accord sur plus de 10 mois. Hors de leur capacité! Le dépôt d un dossier de surendettement devient pour eux la seule issue.

7 Développer l épargne des pauvres : une utopie? Page 7/7 Le crédit n est rien autre qu une épargne à l envers. C est ce que nous expliquons aux personnes rencontrées qui souhaitent emprunter mais se déclarent incapables de mettre le moindre argent de côté. A la différence du crédit, l épargne est toutefois source de beaucoup plus de sérénité. L initiative d incitation à l épargne, menée par le Réseau de Financement Alternatif nous parait donc digne du plus grand intérêt. Épargner sans son banquier Le microcrédit est de plus en plus largement connu. Son pendant, la micro-épargne, l'est un peu moins. Le Réseau Financement Alternatif a conçu plusieurs initiatives pour lancer des personnes à faibles revenus sur les traces de l'épargne et de la solidarité. L'épargne n'est pas toujours une chose acquise d'emblée. Nombre de personnes disposant de faibles revenus pensent qu'elles n'ont pas assez de ressources pour pouvoir mettre de l'argent de côté, n'en perçoivent pas l'intérêt immédiat, ou encore n'arrivent pas à laisser leur épargne de côté sans y toucher. Plusieurs études montrent pourtant que, dans la plupart des cas, il est possible d'épargner et, qu'en outre, l'épargne, pour les personnes précarisées, sert véritablement de filet de sécurité en cas de coups durs ou d'imprévus. Fort de ce constat, le Réseau Financement Alternatif (RFA) mène depuis 2011 des projets de microépargne. En 2011, le Réseau Financement Alternatif a recruté plus de 180 personnes à faibles revenus par l'intermédiaire des CPAS (centres publics d'action sociale). Le programme prévoyait que les épargnants mettent chaque mois une petite somme de côté et qu'au bout d'un an, ils récupèrent leur épargne majorée de 50 % (1). En échange, ils s'engageaient à épargner de manière régulière (au minimum 7 fois sur 12) et à assister à des rencontres et animations sur la gestion budgétaire, le crédit et l épargne. Pour éviter aux participants toute tracasserie administrative (notamment en leur obligeant de fournir la preuve au RFA que l'épargne avait bien été versée chaque mois), le Réseau Financement Alternatif a ouvert des comptes d'épargne au nom de l'association, sur lequel les participants étaient invités à directement verser leur épargne. Les résultats de ce programme furent positifs. Sur les 180 participants, pratiquement la moitié a réussi à épargner sur le long terme. Plus précisément, 52 % des inscrits n'ont pratiquement pas ou absolument jamais participé au programme et 48 % ont rempli les conditions pour recevoir la bonification en fin d'année. Le montant moyen épargné est de 263,81, ce qui représente une épargne moyenne de 21,9 par mois. Les résultats qualitatifs de l'étude montrent également que les personnes qui ont épargné, sont heureuses et fières d'avoir pu le faire (nombre d'entre elles pensait ne pas en être capables) et jugent très positivement le fait que leur argent soit plus difficilement accessible. Plusieurs se sont dites prêtes à continuer à épargner, même sans bonification. Le Réseau a donc entamé un deuxième programme cette année. Cette fois, le programme a été ouvert à un public plus large et l incitant financier a été supprimé. Les participants ont le choix entre trois formules : participer à un groupe de micro-épargne, une tontine ou une communauté autofinancée (CAF). La première formule leur permet de verser chaque mois un somme d'argent versée sur un compte ouvert au nom du RFA. Dans la tontine et la CAF, le groupe gère l'épargne. Chaque mois, les participants se retrouvent et versent de l'argent dans un «pot commun». Dans le système de tontine, chaque participant à tour de rôle, reprend la cagnotte. En revanche, dans la CAF, les participants décident librement de la somme qu'ils souhaitent épargner chaque mois et s'ils emprunteront ou pas dans le pot commun, en fonction de leur besoin. Les raisons pour les participants d épargner au sein d'une CAF plutôt qu'à la banque sont multiples. Ils aiment la flexibilité mais aussi le fait de se rencontre et de s entraider. Laurence Roland (1) La bonification était plafonnée à 120, ce qui correspond à une épargne mensuelle de 20 pendant un an.

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