L industrie agroalimentaire : le plus grand employeur industriel de l Ouest

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1 INTRO L industrie agroalimentaire : le plus grand employeur industriel de l Ouest En moins de 40 ans, la Bretagne est devenue la première région agroalimentaire française et constitue avec les Pays de la Loire et la Basse Normandie, le plus grand bassin alimentaire Européen. Les industries agroalimentaires se répartissent un peu partout sur le territoire car elles se sont mises en place à proximité des centres de production agricole. Elles sont le plus important employeur industriel du grand Ouest (25% des emplois salariés industriels en Bretagne, 20% dans les pays de la Loire et 21% en Basse-Normandie). Un tissu dense et diversifié De grandes groupes côtoient un tissu dense de TPE/PME (très petites, petites et moyennes entreprises). Cependant les deux tiers des emplois sont dans les entreprises de plus de 50 salariés et deux salariés sur cinq travaillent dans un établissement de plus de 200 personnes* «L industrie agroalimentaire du grand Ouest est très marquée par la transformation de la viande (bœuf, porc, volaille, mais aussi charcuterie, plats cuisinés à base de viande ) et du lait et des produits laitiers (beurre, laitage, fromage..), explique Jean Luc Perrot, directeur adjoint de Valorial le pôle de compétitivité breton des industries agroalimentaires. Cela représente à peu près les deux tiers de l activité. Mais elle offre aussi à côté une gamme très diversifiée de produits : produits de la mer, aliments pour bétail, légumes, biscuiterie, boissons» On peut aussi distinguer les industries dites de «désassemblage» ou de première transformation qui partent d un produit, une carcasse de viande ou 2/3 des emplois sont en production. un litre de lait, par exemple, et le fragmentent en différents éléments, et les entreprises «d assemblage» ou de deuxième transformation qui vont fabriquer un produit, une pizza par exemple, à partir d éléments achetés à l extérieur. Entre les deux, se situent les fabricants de PAI (produits alimentaires intermédiaires). Ce sont des fournisseurs d ingrédients qui vont produire une protéine, une molécule, un arôme ou plus simplement de la barde de porc à partir de matière grasse animale» Des emplois qui évoluent en production * source ASSEDIC 2004 en Bretagne. Les deux tiers des emplois en agroalimentaire sont des emplois de production. «Il y a quelques années, aucune formation n était nécessaire, constate Jean Luc Perrot, aujourd hui les entreprises demandent plus de connaissances sur le produit, l hygiène, la qualité, plus de polyvalence et de compétences techniques.» Les progrès technologiques et les besoins en recrutement amènent les entreprises à améliorer les conditions de travail. Voir page 13 Recherche, contrôle qualité, et commerce : des postes clés Face à la compétition internationale, l agroalimentaire doit jouer la carte de l innovation, de la qualité et de la sécurité alimentaire. «Actuellement 85% de son marché est français, 10% européen et 5% mondial, précise jean Luc Perrot. Il faut que les entreprises offrent une large palette de produits sans cesse renouvelés en sentant les évolutions des marchés : diététique, santé, commodité et rapidité d utilisation» Le tout en contrôlant les coûts pour répondre aux exigences de la grande distribution. Pour cela les équipes de marketing et de recherche et développement doivent se coordonner et bien connaître les contraintes de la production industrielle. La tendance est au renforcement de ces équipes en lien avec les établissements publics de recherche, même si aujourd hui les emplois en Recherche et qualité ne représentent que 2% de l emploi total dans les entreprises et les emplois en commerce 11%. Voir pages

2 Atout et handicap. «L industrie agroalimentaire du grand Ouest a des atouts pour réussir les tournants à venir» déclare Jean Luc Perrot. «Elle bénéficie d un tissu dense et varié d entreprises qui s organisent pour défendre leur marque et innover mais aussi de laboratoire de recherche et de formations de tous niveaux (voir page 32).» Mais il faudra aussi qu elle arrive à renouveler sa main d œuvre et donc à rendre les métiers plus attractifs. La proximité avec les producteurs permet un approvisionnement rapide et contrôlé «En légumes, par exemple, le pilotage de la production se fait de l usine. L ensemencement est planifié pour que les légumes arrivent en continu. Ainsi il n y a pas de stocks et les produits sont travaillés frais.» Mais c est aussi un handicap, car le grand ouest est excentré par rapport aux grands centres de consommation en France et en Europe. L organisation logistique (c'est-à-dire de l acheminement des produits) est donc déterminante surtout avec une grande distribution qui cherche à réduire les stocks au maximum. Nous ne traitons pas de la logistique dans ce dossier. Mais vous trouverez des informations sur les métiers de ce secteur dans notre REGARDS sur le commerce et la distribution. Acheteur p 28 Boucher p 19 Cuisinier p 8 Directeur commercial p 26 Ingénieur qualité p 31 Les métiers de l emballage p 30 Les métiers de la production p opérateur de fabrication conducteur de machine conducteur de ligne chef d équipe responsable d atelier responsable de production Responsable R et D p 11 Technicienne de laboratoire p 8 Responsable qualité p Technicienne en Technologie alimentaire p 9 Valorial une aide pour dessiner la filière agroalimentaire de demain Valorial comme 'VALOrisation pour la Recherche et l'innovation ALimentaire» est une association née de la création des pôles de compétitivité. Soutenus par les collectivités territoriales et l état, ces pôles cherchent à favoriser les projets collectifs entre entreprises, centres de recherche et organismes de formations. Ils ont pour but de favoriser l innovation et la croissance sur un territoire. Le pôle Valorial concerne l ensemble des acteurs des filières agroalimentaires (lait, viandes, ovoproduits, légumes ) de la production à la consommation : producteurs, industries agroalimentaires et leurs fournisseurs, équipementiers, fabricants d ingrédients Il regroupe plus d une centaine d entreprises et 29 centres de recherche et de formations. Pour en savoir plus : Vrai/faux Un cuisinier peut travailler en recherche et développement Vrai Il cherchera à développer de nouvelles recettes en prenant en compte toutes les contraintes de la production industrielle. Voir pages 8 et 37. Pas besoin de diplôme pour travailler dans les IAA Vrai et faux Plus d un tiers des salariés des industries agroalimentaires sont sans qualification. Mais leur nombre diminue au profit des ouvriers qualifiés et des techniciens. Aujourd hui les entreprises demandent des connaissances sur le produit, l hygiène, la qualité. Elles recherchent plus de polyvalence et de compétences techniques. Voir page 13. Beaucoup de femmes travaillent dans les IAA Vrai Le secteur agroalimentaire est le secteur industriel qui emploie le plus de femmes. Elles représentent 41 % des salariés. Alors qu elles ne sont que 26% pour l ensemble du secteur industriel. La majorité des emplois sont en production Vrai Plus des deux tiers des emplois sont des emplois de production. Actuellement les services recherche et développement et qualité ne représentent que 2 % des personnels. Mais la tendance est au renforcement de ces équipes. Voir pages 6, 13 et 20. Ce sont des métiers difficiles Vrai et faux Le secteur connaît actuellement un fort taux de maladies professionnelles dues au travail dans le froid, aux tâches répétitives, au stress. Mais les progrès technologiques et les besoins en recrutement amènent les entreprises à améliorer les conditions de travail. voir pages 13 et 18. Merchandising est le mot anglais pour marchandage Faux Merchandising signifie : techniques pour optimiser la vente dans un lieu : quels produits dans les rayons, à quelle place etc. Qualité organoleptique désigne la qualité des différents composants d un produit Faux Organoleptique désigne ce qui peut être apprécié par les sens humains. L hygiène est primordial dans les IAA Vrai Les mesures d hygiène sont de plus en plus strictes. Tout le personnel doit être formé afin de garantir un maximum d hygiène pour éviter des accidents alimentaires mettant en péril pas seulement le consommateur mais également l entreprise. 3

3 recherche & développement Innovation L industrie agroalimentaire doit s adapter en permanence aux évolutions des consommateurs en offrant une large palette de produits sans cesse renouvelés. Il faut donc sans cesse innover pour s adapter aux évolutions du goût, aux demandes d aliments diététiques, bons pour la santé, qui répondent à des réglementation de plus en plus exigeantes Il faut sans cesse rechercher aussi de nouvelles méthodes de fabrication, de conservation qui soient plus efficaces et garantes de la qualité des aliments. C est le rôle de la fonction recherche et développement qui développe les nouvelles applications visant à la création ou à l amélioration des produits. Elle supervise les essais pour passer du laboratoire à la production industrielle. Ce peut être un service interne à l entreprise (page 9 et 11) ou confié à un conseil extérieur( page 7). Responsable, chef de projet, ou technicien tous participent à cette mission un enjeu important pour la compétitivité des IAA. Ils doivent travailler en lien avec la production et les commerciaux et bien connaître les impératifs des uns et des autres. Aujourd hui les postes en recherche et développement ne représentent qu un tout petit pourcentage (1%) des emplois dans l agroalimentaire. Mais la tendance est au renforcement de ces équipes surtout pour les industries de deuxième transformation. 6

4 Tout est bon dans le poisson ID. mer est un centre technique basé à Lorient, né en 1987, de la volonté de l IFREMER (Institut Français de Recherche pour l Exploitation de la MER), d industriels de la filière des produits de la mer et de l aide au développement économique local. Son rôle? Valoriser des produits issus de la mer et apporter un soutien technologique aux petites entreprises agroalimentaires qui veulent innover et qui ne disposent pas d un service recherche et développement intégré. Un atelier de 2000 m2 Des équipements pour fabriquer jusqu'à 2000 unités par jour. «Nous disposons d un atelier pilote de 2000 m2 équipé pour toutes sortes de procédés de fabrication et qui nous permet, en particulier, de mener une activité semi industrielle de valorisation de tout ce qui n est pas utilisé directement dans les poissons ou les mollusques comme la peau, la carapace, les déchets de filetage, les viscères», explique Eric Cormier ingénieur. «Il y a en effet, ONISEP Bretagne dans ces «co-produits» des composés de valeur que nous récupérons grâce à des procédés de transformation physico-chimique.» Ainsi il est possible d extraire de viscères de sardines des composants utilisables en cosmétique ou en compléments alimentaires! Ou encore de fabriquer de la colle pour l ébénisterie haut de gamme à partir de la peau de poisson En lien avec cette activité, deux personnes, une chercheuse en biologie marine et une technicienne de laboratoire, travaillent en recherche appliquée sur des projets qui déboucheront à terme sur des applications industrielles. Service tout compris Cet atelier pilote permet aussi de développer à la demande de très petites ou petites entreprises de nouveaux produits et procédés. «C est ce que nous appelons le service mise au point et expertise dont je suis responsable, précise Eric Cormier. Les demandes sont très variées et pas seulement en produits de la mer. Par exemple, un client vient nous voir avec une idée de recette de soupe de poisson qu il veut commercialiser. Nous allons à partir de là engager tout le processus de mise au point du produit.» Tester la recette, l adapter aux contraintes de la production en série, définir précisément les matières premières, leur dosage, la façon de procéder, les modes de conservation et de conditionnement, le coût, etc. le centre technique va jusqu au bout de la démarche puisqu il fabrique le produit en petites unités afin que le client puisse le tester auprès des consommateurs. Mais il peut aller encore plus loin. «Si le client ne peut ou ne veut pas investir dans un atelier de production tout de suite nous avons l équipement et la technologie pour fabriquer jusqu à 2000 unités par jour, cela lui permet de tester la viabilité de son produit. Ensuite nous pouvons aussi proposer les plans d agencement d un atelier de fabrication avec l emplacement des machines, le nombre de personnes nécessaires, les volumes de stockage» Parcours «j ai travaillé sur tout type de produits» Eric Cormier a longtemps travaillé comme ingénieur dans l industrie agroalimentaire avant d être, il y a trois ans, embauché à ID mer. Après avoir obtenu un BTSA Industries agroalimentaires spécialité industries des viandes, il commence au service qualité d une grande entreprise de plats cuisinés. Ensuite il passe au service recherche et développement et franchit toutes les étapes : assistant chef de projet puis chef de projet et enfin responsable RetD. En parallèle il prépare en formation continue avec le CNAM, son diplôme d ingénieur spécialité agro-industrie. «J ai travaillé sur tout type de produits, explique-t-il, et qu il s agisse de volaille, de plats cuisinés ou de produits de la mer, les technologies restent les mêmes. Ce qui m intéresse aujourd hui c est de proposer à des gens qui ne connaissent pas ce que j ai appris dans de grosses entreprises.» 7

5 recherche & développement Cuisinier en développement alimentaire : «le plaisir d innover» Tester la recette... et l'adapter aux contraintes industrielles. «Au départ, j ai une formation de cuisinier, avec un BEP en hôtellerie restauration, mais la restauration ne me convenait pas, trop de stress et des horaires difficiles Ici je trouve le plaisir d innover, de rechercher des goûts avec des horaires réguliers.» Cuisinier en développement alimentaire, Michel Montier teste ou invente des recettes à la demande. Si le client arrive avec sa recette, il doit alors étudier comment l adapter pour une production industrielle. Il peut aussi avoir carte blanche pour inventer un plat. «L année dernière nous avons eu un contrat avec la Guyane pour développer des plats cuisinés à partir de poissons locaux, j ai travaillé sur des accras, des tartes au poisson..» Dans tous les cas il faut toujours avoir en tête les contraintes de la production et les coûts. «Si je fais une sauce, par exemple, je dois être capable de la doser afin qu elle ait toujours la même épaisseur pour passer dans les machines.» Une fois la recette élaborée, goûtée et approuvée par le client, Michel Montier passe à la fabrication d une pré série. Dans l atelier, il travaille toujours avec un ingénieur qui règle les machines. Lui, il vérifie le bon comportement du produit. Il regarde, par exemple, si le plat n a pas perdu son goût avec le mode de cuisson, s il vaut mieux pasteuriser ou stériliser, etc. «Je peux également, en fonction des besoins, travailler à la réalisation de séries semi industrielles. Cette semaine, par exemple, j ai fumé 450 kg de canard. Nous travaillons aussi avec un client qui veut produire une paella. Il a sa recette et sait exactement ce qu il veut. La seule recherche porte sur le mode de cuisson. Après il faut juste la fabriquer. J aime moins cet aspect du travail mais en même temps cela me permet de bien connaître le fonctionnement des machines et leurs contraintes.» Technicienne de laboratoire : «Beaucoup de rigueur et de minutie» Après avoir obtenu un BTSA Industries agroalimentaires, Emilie cherche pendant deux ans du travail en recherche et développement dans le secteur du poisson qu elle a découvert lors d un stage dans une entreprise de mareyage. Elle décide alors de compléter sa formation à l ENCPM (Ecole nationale de commercialisation des produits de la mer). Un stage à ID.mer lui permet de faire ses preuves, elle est embauchée. Aujourd hui, Emilie Cassim est technicienne de laboratoire à ID.mer. Elle fait beaucoup de chimie analytique et de manipulation sur les molécules (extraction, purification ). «Ce que j aime dans mon travail ici, explique-t-elle, c est la variété. Bien sûr il y a pas mal de manipulations de routine, mais je peux aussi travailler sur de nouvelles protéines et ça c est très intéressant, on acquiert de nouvelles connaissances. De plus ici, je ne suis pas tout le temps au labo. Je fais le lien avec le laboratoire de microbiologie extérieur qui analyse nos produits et je vais aussi à l atelier pour mettre au point des essais pilotes. Avec les techniciens et les ingénieurs, nous reproduisons en production des procédés d extraction testés au laboratoire. Ces premiers essais permettent de caler tous les paramètres. Je travaille sous la responsabilité d une chercheuse en biologie marine qui me laisse beaucoup d autonomie. C est un métier où il faut aussi un certain sens relationnel mais surtout beaucoup de rigueur et de minutie.» Beaucoup de manipulations. ONISEP Bretagne 8

6 Responsable service Recherche & Développement (R&D) L entreprise «Saveur», spécialisée dans les ingrédients alimentaires (épices, aromes ) dispose d un service important de R&D. Composé d une dizaine de personnes, ce service est dirigé par une jeune ingénieure, Hélène Féchant. Après avoir fait des stages en Inde et un stage de recherche à l INRA pendant ses études d ingénieur à l INSFA (cf. article p. 40), Hélène Féchant part avec son diplôme en poche au Danemark pour un premier contrat de travail. Elle y travaillera pendant 6 mois sur les ingrédients laitiers pour ensuite «rentrer au pays» chez «Saveur» à Bréal S/Montfort en Ille et Vilaine. Jeune ingénieure de 24 ans, elle commence comme chef de projet avec pour tâche d industrialiser la production de nouveaux produits. Un rôle d interface entre les différents services (achats, approvisionnement, laboratoire, production, service marketing..) souvent confié aux nouvelles recrues pour «mettre de l huile dans les rouages». Aujourd hui, à 34 ans, elle est responsable du service R&D (cf encadré). Le rôle de Hélène Féchant est d organiser le travail du service R&D et d assurer les relations avec la direction commerciale. Elle doit garantir la qualité du travail du service : respect du planning et qualité du produit. Elle doit aussi faire un travail de «sourcing» (recherche de nouveaux ingrédients) avec le service achats. La formation et le recrutement ainsi que les entretiens annuels et le suivi des carrières du personnel R&D lui incombent aussi. D une idée farfelue à un produit industriel «Il faut savoir écouter les clients afin de pouvoir concrétiser des idées parfois un peu farfelues. On les aide à les formaliser pour créer des nouvelles recettes, des nouveaux aromes et notre travail se fait sur tous les aspects du produit : de la réalisation concrète de la recette à sa fabrication industrielle et sa commercialisation», explique Hélène Féchant. Elle donne un exemple : un client demande une nouvelle gamme de produits pour les fêtes avec des plats adaptés de circonstance. «Nous faisons alors une étude. On propose des ingrédients, on compose toute la recette, on élabore le processus de fabrication et c est cet ensemble de services que nous vendons.» Les contraintes à prendre en compte sont multiples. Si par exemple il est question d un produit censé être exporté dans un pays musulman, il est interdit d utiliser des ingrédients d origine porcine. Il faut aussi composer les recettes en fonction des critères de durée et des possibilités de conservation qui varient selon les pays et l utilisation prévue par les clients. Sans oublier bien évidemment le goût qui doit toujours être adapté au public ciblé. Ce sont les commerciaux qui sont le plus souvent la source de nouvelles idées car ils sont en relation directe avec la clientèle. Les idées ou les demandes sont ensuite transmises au service R&D qui les analyse et élabore des propositions. SAVEUR 11

7 recherche & développement Anticiper pour être les premiers La pro-activité est une autre activité importante du service R&D. Il s agit d anticiper la demande des clients pour être les premiers sur un marché toujours très concurrentiel. «C est vraiment l aspect le plus intéressant du travail. Il faut gagner du temps pour prendre de l avance», souligne Hélène Féchant. «Concrètement, on doit en permanence faire une veille de marché, surveiller l évolution du marché étranger, les tendances, regarder ce que font les leaders, la gastronomie, les tendances dans la presse» Il faut aussi participer à des séminaires sur le design culinaire, les emballages, le conditionnement... Chez «Saveur», un ingénieur du service R&D est affecté spécialement sur un poste «innovation». Le travail d innovation nécessite aussi une mise à jour scientifique et technique continue. Toujours à l affût de nouvelles idées et inspirations, Hélène Féchant travaille avec des chercheurs et des étudiants, elle accompagne des stagiaires et suit des projets tutorés des futurs ingénieurs de l INSFA. Elle suit également de près l évolution de la réglementation et en particulier l étiquetage nutritionnel imposé par Bruxelles. Diverses études cliniques nutritionnelles menées en collaboration avec des hôpitaux comme le CHU de Lorient lui permettent d étoffer sa réflexion dans un domaine qui pour elle constitue l enjeu de l alimentation de demain. J aime organiser le changement Si elle a choisi de devenir ingénieur dans le secteur des IAA, c était certes pour pouvoir rester travailler en Bretagne mais également pour pouvoir voyager même si aujourd hui ses déplacements se limitent à 3 à 4 réunions par mois avec les autres sociétés du groupe. Mais c est surtout la vie de l entreprise qui la passionne. Elle a créé de nouveaux outils comme par exemple un logiciel de gestion des ingrédients et recettes avec fiches techniques et étiquettes aujourd hui utilisé par les autres sociétés du groupe. Ce qui lui plaît le plus dans son travail aujourd hui, c est l organisation et le management du service. «Il n y a pas de routine dans le R&D, on ne fait jamais la même chose, le travail est très varié. En production ou en service qualité, les tâches sont beaucoup plus programmées et linéaires. On sait ce qu on a à faire et on n est jamais dans l incertitude. Chez nous en R&D, il faut savoir gérer le vide quand ça arrive et ne pas surgénérer des activités. Et bien sûr savoir donner un coup d accélérateur quand il le faut.» Le groupe «Saveur» Le groupe «Saveur» est composé de 4 sociétés dont celle à Bréal-sous-Montfort employant cinquante personnes. Dix personnes travaillent en R&D alors que dans une entreprise classique d IAA de la même taille, on trouve en général seulement une ou deux personnes. C est une entreprise est spécialisée dans la sous-traitance R&D pour les entreprises du secteur des IAA. Mais le produit Saveur n est pas connu des consommateurs car il s agit d ingrédients (fonds de sauce en poudre, marinades, aromes ) intégrés dans les produits alimentaires comme par exemple les plats cuisinés. Dix personnes travaillent en R&D : - 2 cuisiniers - 2 techniciens viande (titulaires d un BTS IAA) - 1 aromaticien (diplômé de l Institut Supérieur International du Parfum de la Cosmétique et de l Aromatique Alimentaire de Versailles) - 1 ingénieur chargé de mission innovation - 2 assistants de laboratoire - 1 charcutier - 1 chef du service 12 SAVEUR ONISEP Bretagne

8 production L'AGENT DE PRODUCTION au coeur du process Même si, aujourd hui, les entreprises automatisent de plus en plus leurs outils de production, les industries agroalimentaires ont toujours un besoin important d agents de production. Au coeur du processus de transformation, ils agissent directement sur le produit à l aide de différents outils et machines. Les industries agroalimentaires (IAA) occupent une place importante dans le tissu économique breton. Les entreprises agroalimentaires sont implantées dans toute la région : à la campagne, en ville et dans la périphérie des grandes agglomérations. On y trouve les mêmes métiers que dans d autres industries : gestionnaire, maintenancier, logisticien, commercial, etc., mais ils présentent certaines particularités. L agent d une chaîne de production doit ainsi être particulièrement vigilant sur l hygiène. Plus propre que moi, tu meurs «Quand le saumon arrive à l usine, je vérifie tout dès la réception. Je regarde la date d abattage, je contrôle la fraîcheur des poissons et je vérifie la température des caisses en polystyrène», explique Philippe, agent de production dans une entreprise de conditionnement de saumons frais. Le contrôle très strict de la qualité des produits est, en effet, essentiel pour une entreprise de production alimentaire. Lors de la réception des produits, Philippe note scrupuleusement dans un registre tous les paramètres «contrôle qualité» relevés. Ensuite, il transporte les caisses de saumons dans la salle froide de stockage où les opérateurs des chaînes de découpe et de filetage les récupèrent. La fraîcheur est générale et, à aucun moment, la chaîne du froid n est rompue pour éviter toute contamination des produits par des bactéries ou autres microbes. L hygiène est primordiale dans une entreprise travaillant avec des produits alimentaires frais. Pour entrer dans l unité de production, tout le monde enfile une combinaison stérilisée, met un filet sur ses cheveux, passe par un pédiluve désinfectant et se lave scrupuleusement les mains On peut manger par terre sans mettre une nappe! Autonomie, rapidité, efficacité Sur la chaîne de filetage, les opérateurs exécutent à un rythme soutenu des gestes précis et efficaces. Danielle, agente de production sur la chaîne de filetage, précise «qu il est essentiel d être rapide et autonome». Pour elle, les femmes sont égales aux hommes dans l exercice de ce métier car c est la technique et non pas la force qui permet de tenir la cadence sans trop se fatiguer. Elle aime bien son métier qui n est pas si monotone qu on pourrait le penser à première vue. Les agents de production polyvalents, comme c est la cas de Danielle, changent régulièrement de poste de travail. Mais elle rappelle toutefois que «le travail dans une ambiance humide et froide et les gestes répétitifs sont les inconvénients du métier». 16

9 Après le filetage, les saumons passent à la découpe et au conditionnement. Fabienne assure le travail de préparation des commandes, leur suivi et vérifie que l approvisionnement des opérateurs et opératrices soit fait en temps et en heure. «La traçabilité des produits est assurée par des étiquettes collées sur chaque barquette de saumon, ce qui nous permet de suivre de A à Z le parcours du produit distribué» Les petits plus du métier Les agents de fabrication n exercent pas un «métier passion», mais ils y trouvent néanmoins un certain nombre d avantages. Comme l explique Philippe, «les agents les plus motivés peuvent évoluer avec un peu d expérience et une bonne motivation vers des postes à responsabilités, chef d'équipe, conducteur de ligne...». Cuisinier de formation, il a choisi de changer de métier pour ne plus travailler le soir et les week-ends afin d être plus souvent avec ses amis et sa famille. Pour Danielle, le fait d avoir une usine près de chez soi procure l avantage tout simple ne pas avoir à faire des kilomètres pour se rendre au travail. Et Fabienne de rappeler que ce qui compte peut-être le plus dans le travail en usine, ce sont les relations avec les collègues. «Ici, les relations sont très bonnes avec l encadrement et il y a une excellente ambiance entre collègues». ONISEP Bretagne 17

10 production Une entreprise innovante Pas de problème d embauche ou de maladie professionnelle pour l entreprise Fantou qui travaille pourtant dans un secteur réputé difficile, celui de la découpe et du conditionnement de la viande. HISTOIRE DE FAMILLE Fantou a démarré 1906 avec mon «L entreprise arrière grand père. Nous avions alors toute la filière viande, de l élevage à la boucherie de détail. A partir de 1999 nous nous sommes spécialisés dans la découpe et le conditionnement de viande pour des magasins de proximité.» Aujourd hui, Yves Fantou est responsable d une entreprise qui emploie 24 personnes. Son organisation lui permet d offrir une large gamme de produits même en petite quantité. Chaque semaine, barquettes sont livrées à plus d une centaine de clients avec lesquels l entreprise est en relation directe. «Nous nous rendons dans les magasins pour aider à implanter et valoriser le rayon boucherie. Nous apportons à nos client une garantie de qualité. Nous connaissons bien nos fournisseurs.» Un atelier sur mesure L essentiel des 24 employés travaillent à la production sur des postes de bouchers, de conditionnement et de préparation de commandes. Ce sont des métiers à fortes contraintes puisque la découpe se fait à 5 degrés, le conditionnement et le stockage entre 0 et 2 degrés. Les salariés du secteur sont confrontés à des soucis de maladies professionnelles en particulier au niveau des tendons, des muscles ou de la colonne vertébrale, et d accidents du travail (blessures dues aux couteaux, à la manutention de charges lourdes...). «Je ne voulais pas être confronté à cela. En 2002, quand nous avons dû construire un nouvel atelier, j ai cherché toutes les améliorations possibles. J ai visité d autres entreprises. J ai travaillé avec la CRAM (Caisse régionale d assurance maladie, département des risques professionnels) pour analyser la situation et chercher des solutions, avec un kinésithérapeute, une société de conception d outillages le tout en concertation avec les salariés». Beaucoup d intuition aussi et d adaptation pour imaginer pour chaque poste la meilleure solution : table réglable, bac en hauteur sur table roulante, échauffement musculaire tous les matins, tenue adaptée, etc. Mais l organisation matérielle ne suffit pas, il faut aussi trouver du sens à son travail. La communication est importante dans l entreprise : comptes rendus de réunions, briefing tous les matins Enfin la production est aménagée pour permettre à chacun de s organiser et pour développer l esprit d équipe. «C est important pour moi que chacun se sente le mieux possible dans son travail. Mais vous savez, ce n est pas par «bonté d âme», précise Yves Fantou. C est aussi l intérêt de l entreprise. Actuellement, je n ai aucun problème pour recruter, peu d absence ou de maladie et la productivité a augmenté de 20 %». VISITE GUIDÉE " Sur le quai de réception, les carcasses sont pesées et contrôlées, explique Yannick Grégoire, responsable de la production, avant d être rentrées dans le système informatique et étiquetées avec un numéro de lot. Ainsi tout au long de la production, on sait exactement quelle bête on travaille (ce qu on appelle la traçabilité). " Tout arrive accroché sur rail. Les carcasses sont ensuite poussées jusqu aux postes de parage et de désossage. Ce qui évite les ports de charges lourdes. Les ordres de préparation sont distribués aux bouchers sous formes d étiquettes avec code barre. Une fois préparés, les plateaux avec leur étiquette de préparation et de traçabilité sont convoyés jusqu aux operculeuses (machines qui conditionnent les barquettes sous atmosphère protectrice.) 18

11 Zoom sur : Boucher «Un boucher, c est comme un chirurgien qui n a pas fait d études. Il faut parfaitement c o n n a î t r e l anatomie des animaux, savoir où inciser, où couler un nerf c est à dire le retirer sans enlever de viande» le ton est donné, Arthur Pucet aime son métier. Dès la cinquième, il quitte l école pour préparer le CAP de boucher en apprentissage. En deuxième année, il finit premier de Bretagne au concours du meilleur apprenti. Il commence par quelques remplacements avant d être embauché à l entreprise Fantou. «Je préfère travailler ici plutôt que dans un commerce traditionnel, explique Arthur Pucet. C est moins dur physiquement et j apprécie les horaires. Certes on commence tôt le matin, en général, entre 5 heures et 6 heures 30, mais en contrepartie, on a tous nos après-midi et des week-ends complets.» «A moi de m'organiser» La journée commence avec l habillage. La tenue de travail conçue pour protéger du froid répond aussi aux règles de l hygiène et de la sécurité. Après avoir pointé, les employés s échauffent pendant 5 minutes. «On travaille tous les muscles et surtout les épaules comme le kinésithérapeute nous l a appris.» Ensuite, 5 minutes de réunion avec le responsable de la production qui donne des informations sur la marche de l entreprise et examine avec les salariés les point forts et les points faibles de la production. «Par exemple, précise Arthur Pucet, en cas de litige avec un client, on regarde ensemble s il y a erreur et d où elle vient.» Puis chaque boucher gagne son poste. «Je vais chercher la carcasse que je dois découper dans les frigos et je la pousse sur un rail jusqu à mon plan de travail. Je travaille surtout l agneau et prépare les commandes de filets de bœuf et de tournedos. Mais nous devons être polyvalents. Il faut beaucoup de rigueur et de soin pour tirer le meilleur parti des carcasses. J apprécie l autonomie dans mon travail, Je connais mes commandes sur la journée voire la semaine et c est à moi de m organiser. Si j ai fini plus tôt, je peux m avancer pour le lendemain ou aller donner un coup de main à un collègue. Cela favorise l esprit d équipe conclut-il, et c est vrai qu ici l ambiance est bonne.» ONISEP Bretagne Au moment de la mise en barquette, les informations sont transmises par flashage des codes barres. A ce poste, la présentation doit être parfaite car c est la dernière manipulation directe sur le produit. Ensuite, les barquettes sont automatiquement identifiées et attribuées à leur destinataire. Puis elles sont rangées dans les colis, par clients. 19

12 COMMERCE - DISTRIBUTION La Bretagne, les Pays de la Loire et la Basse Normandie forment ensemble un des premiers bassins agroalimentaires en Europe qui représente un marché de 400 millions de bouches à nourrir. Mais seulement 10% du marché des IAA du Grand-ouest est européen contre 85% pour le marché français et 5% pour le reste du monde et la concurrence est rude dans le monde agroalimentaire. Dans un contexte de baisse des soutiens financiers publics et de mondialisation des échanges avec des coûts de production largement supérieurs aux concurrents des pays émergents, l avenir des IAA dépend en grande partie de leur capacité à protéger les marchés européens voire gagner des parts et développer les exportations. Un véritable défi pour les commerciaux! Il faut être très présent sur les marchés et savoir se remettre en cause. Le commerce est «une bataille permanente» selon M. Le Brun directeur commercial à CERECO (cf page 26). Il faut être très dynamique, à l écoute des clients afin de pouvoir répondre au besoin d innovation des consommateurs qu ils soient français ou japonais. Tous les 5 ans, la moitié des produits est renouvelée dans les linéaires des grands surfaces! Il faut sans cesse inventer, innover et être très réactif. Le rôle des commerciaux est essentiel du fait de leur contact permanent avec les clients. Qu il s agisse d acheteurs ou de vendeurs, ces professionnels doivent être aptes à négocier. Le meilleur prix reste le leitmotiv de tout commercial. Mais les relations commerciales sont différentes selon le type de clientèle. Négocier avec la grande distribution disposant de nombreux points de vente et d une force financière considérable est très différent d une négociation avec un réseau de magasins spécialisés. Le rapport de force joue et le jeu devient difficile entre d un côté les producteurs de matières premières voulant un juste prix pour leurs produits et de l autre côté les grandes surfaces voulant des prix d achat encore plus bas. Un jeu complexe avec de multiples paramètres qui bougent en permanence. Les propos d Armel Le Pape posent toutefois une approche plus sage et raisonnable de la relation commerciale dans ce monde d apparence impitoyable : «Il est essentiel d être capable de comprendre leurs (les clients NDLR) besoins et intérêts pour gagner leur confiance sans oublier les nôtres..», (cf. page 28). 8 25

13 COMMERCE - DISTRIBUTION DIRECTEUR COMMERCIAL Le commerce de produits bio a ses particularités : une clientèle très avertie et exigeante et des producteurs et commerciaux convaincus de la cause bio. Mais «business is business» et le secteur n échappe pas aux règles du marché. Gilles Le Brun est directeur commercial chez CERECO, société de fabrication de céréales bio pour le petit déjeuner. L usine installée à Domagné près de Rennes donne le ton avec ses panneaux solaires sur le toit, sa récupération de l eau de pluie, son toit végétalisé, l utilisation de biomatériaux pour sa construction, ses sas bioclimatiques Gilles Le Brun a rejoint l entreprise il y a un an après 20 ans de carrière de commercial dans les IAA (cf. encadré). Comment mieux vendre? Pour M. Le Brun, la vente est une bataille permanente : «On s adresse à des gens qui viennent dans le magasin avec une liste de commissions où il est marqué : «céréales pour le petit déjeuner» et ils choisissent très rapidement. Des études montrent que dans les grandes surfaces tout se joue en 3 secondes en moyenne. Même les consommateurs avertis dans les magasins spécialisés bio sont marqués par 30 ans de grande distribution et de publicité. Si le commercial ne connaît pas le comportement des consommateurs pour mieux placer ses produits, il n a aucune chance de réussir.» Il doit faire du «merchandising»(1) pour optimiser les ventes. «C est fondamental d amorcer la pompe pour lancer le produit, après ce sont les consommateurs qui tirent le produit», précise-t-il. L entreprise fait 60% de son chiffre d affaire avec des magasins spécialisés dans l alimentation biologique, 25 % avec la grande distribution et 15% à l exportation, principalement vers le Japon. CERECO Le directeur commercial En tant que directeur commercial, M. Le Brun fixe les objectifs commerciaux avec le directeur de l entreprise et met en place un plan d action à développer dans le réseau : quels produits dans quels magasins, quels risques prendre Il analyse l évolution de la vente, magasin par magasin, produit par produit, et établit à partir de cette évolution un schéma de campagne en refixant un cap et les moyens à mettre derrière. Une fois le travail fait de manière globale pour l ensemble de l entreprise, il fixe des objectifs spécifiques pour chaque commercial. L entreprise dispose d un réseau de 15 agents commerciaux multicartes (2) répartis sur le territoire national qu il informe et forme en continu sur l évolution des produits. Pour le réseau de magasins spécialisés et leurs clients avertis, il était nécessaire d avoir un spécialiste de la gamme de produits CERECO. L entreprise a donc embauché un agent commercial qu elle partage avec 4 autres entreprises fabricants de produits bio. 26

14 Un «univers» en mouvement continu Gilles Le Brun négocie aussi avec les grands groupes de la distribution pour obtenir des accords nationaux mais il avoue que c est vraiment très difficile pour une petite entreprise comme CERECO. Heureusement les magasins indépendants fonctionnent différemment des grands groupes, avec eux les négociations se font en direct. Deux à trois fois par an, il travaille sur le montage d opérations de promotion avec les grossistes. Pendant cette période, il se déplace alors deux à trois fois par semaine dans toute la France et il en profite pour visiter en même temps ses agents multicartes. En fin et en début année avec les signatures de nouveaux contrats commerciaux, il est aussi amené à parcourir le pays. «Il ne faut pas compter son temps. C est vraiment un travail pour des passionnés dans un univers en mouvement constant. Il faut savoir se remettre en cause et avoir l esprit de synthèse, être très rigoureux et organisé. Des qualités incontournables pour bien préparer les rendez-vous. Mais c est aussi un métier où on est assez libre, on gère son temps. Un commercial peut travailler plus une semaine et moins la semaine suivante. Il est maître de son temps, l essentiel c est le résultat», explique M. Le Brun. Il apprécie son travail à CERECO, l équipe est petite et les bureaux et l usine sont collés. «Je croise tous les jours les collègues, chacun sait ce que fait l autre et ça crée un certain dynamisme, plus de réactivité ce qui essentiel pour le commerce.» ONISEP Bretagne Vocabulaire (1) Merchandising : Techniques pour optimiser la vente dans un lieu : quels produits dans les rayons à quelle place etc. (2) Représentant de commerce salarié qui exerce ses fonctions pour le compte de plusieurs employeurs. (3 ) Compte clé : Un des principaux clients d une entreprise. Compte tenu de la part du chiffre d affaires qu il représente, il fait l objet d une attention particulière. En règle générale, un contact particulier responsable de son compte lui est affecté, afin qu il puisse bénéficier d une relation commerciale plus personnalisée. Parcours Le parcours de Gilles Le Brun est très riche en expériences commerciales. Après son bac scientifique en 1981, il entre en classe prépa pour devenir ingénieur agronome. Il se rend compte que c était plutôt le commerce qui l intéressait. Après un BTS commercial et son service militaire, il entreprend une formation de cadre IAA. Il commence alors sa carrière chez les Fromageries «Bel» comme chef de secteur. Son travail consiste à visiter les magasins de la grande distribution pour faire de la «revente», c est à dire optimiser la vente en négociant les têtes de gondoles, la place des produits dans les prospectus de la grande surface Par la suite il passe chef de produit. Une position clé au centre de l entreprise. Il faut faire un travail de positionnement commercial d un produit en collaboration avec les tous les services : la direction, le service juridique, commercial, Recherche & Développement Ensuite il travaille pour Les grands saloirs Saint Nicolas puis Tribalat. Chez cette dernière, il est responsable de «comptes clé» (3), et gère des négociations avec plusieurs centaines de magasins. Sa première expérience dans le monde du bio date de son entrée chez Biocoop (un réseau de 300 magasins spécialisés) en 2003 où il s occupe du pôle vente en gérant une équipe de 8 personnes chargées de faire du merchandising. Il arrive chez CERECO en

15 COMMERCE - DISTRIBUTION ACHETEUR DANS L'INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE Acheteur de goût Le métier d acheteur dans une entreprise spécialisée dans les ingrédients alimentaires nécessite de solides connaissances techniques. Armel Le Pape a travaillé de nombreuses années dans des services R&D avant de devenir acheteur. Armel Le Pape travaille depuis 15 ans dans l entreprise «Saveur» spécialisée dans des ingrédients destinées aux produits alimentaires (arômes, épices (1), fumets, bouillons, colorants, conservateurs etc.). Après de nombreuses années dans les services de Recherche & Développement, il change de métier en 2001 pour devenir acheteur. Un nouveau défi qui lui plait même si c est parfois un peu stressant. «On traite parfois de très grosses commandes et des sommes importantes et la pression est forte pour obtenir à la fois un bon prix et la meilleur qualité». Au plus près du client La société «Saveur» propose différents services à ses clients fabricants de produits alimentaires. Elle les aide à finaliser les recettes, simplifie leur travail, et apporte des garanties de qualité (la réglementation est de plus en plus rigoureuse et contraignante) Un ensemble de prestations qui fait dire à M. Le Pape que les services rendus sont aussi important que les ingrédients. Quand par exemple un fabricant de plats cuisinés a besoin d un goût, d une texture, d une couleur «Saveur» fournit le mélange prédosé correspondant exactement aux besoins. Quand on sait qu un tel mélange contient jusqu à 30 ingrédients différents et que le client règle une seule facture (au lieu de 30), on comprend que le service rendu est non négligeable. Un globe-trotter virtuel Acheteur d épices on s imagine un globe-trotter parcourant la planète à la recherche d épices rares, voire inconnues! M. Le Pape quant à lui voyage surtout sur le web à la recherche de fournisseurs, de nouveaux arômes, et bien sûr les meilleurs prix. «Ce sont des achats très techniques, il faut connaître parfaitement les ingrédients et savoir détecter des adultérations et d autres fraudes l acheteur doit d être quelqu un de curieux, toujours au courant des évolutions, des nouveautés du marché», précise-t-il. Il s appuie aussi sur un réseau de partenaires et de délégués commerciaux en Chine, en Europe et en Amérique du Sud. La maîtrise de l anglais est bien sûr obligatoire dans la profession et une deuxième voire une troisième langue est appréciée. Dans l entreprise il s occupe également du suivi des contrats approvisionnements. Il jongle avec prés d un millier d ingrédients différents. Par exemple, pour fabriquer une arôme de poulet il faut une trentaine d ingrédients (épices, amidon, sucre, sel ). «Je travaille sur la rationalisation des achats et je suis en contact avec les responsables Recherche & Développement des autres sites de production et laboratoires de notre société pour essayer de faire des regroupements d achat et aussi rationaliser les approvisionnements». 28

16 Tous se négocie sauf la qualité! Le volet le plus important de son travail est la négociation commerciale qu il est le seul à assurer dans l entreprise. «C est l aspect de mon travail qui me plait le plus, confie M. Le Pape, j aime beaucoup le contact avec les gens, c est essentiel pour exercer ce métier». Pour négocier avec les fournisseurs il faut avoir une vue claire et précise sur la qualité, sur l approvisionnement, sur le rapport qualité/prix comparé au prix du marché. «Pour certaines épices comme le poivre on connaît le prix de référence sur le marché mondial et cela donne des repères. Mais ce n est pas le cas pour la grosse majorité des ingrédients. C est une affaire très complexe et il faut s y connaître! Une fois les informations en main, le jeu des influences commence : quelle quantité acheter? chez qui? et à quel prix. Tout se négocie sauf la qualité!» Pour chaque nouveau fournisseur un plan de contrôle renforcé (bactériologique, chimique.) est mis en place pour les 10 premières livraisons et avant d utiliser les ingrédients, l accord du laboratoire contrôle-qualité est obligatoire. «Chez nous, souligne M. Le Pape, nous travaillons gagnant/gagnant avec nos partenaires. On leur apporte du business et ils nous livrent des ingrédients de qualité. Mais il est essentiel d être capable de comprendre leurs besoins et intérêts pour gagner leur confiance sans évidemment oublier les nôtres. Et quelle satisfaction quand on décroche un bon contrat!» ONISEP Bretagne (1) L épice se distingue de l aromate dans la mesure où son goût l emporte sur son parfum. Mais la confusion entre épices et aromates reste fréquente en matière d assaisonnement. 29

17 COMMERCE - DISTRIBUTION LINPAC le plastique dans tous ses états. INPAC comme en emballage de parfum par exemple. Elle doit avant tout produire des films adaptés aux exigences techniques, sanitaires et économiques de ses clients. Ce gros site est totalement autonome et possède un laboratoire, un service qualité, des services techniques (maintenance et travaux neufs), logistiques, financiers, commerciaux (avec des assistants bilingues et trilingues car les trois quarts de la production partent à l export), informatiques Ce procédé de fabrication implique une activité continue des machines. Ici les ateliers fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les 350 employés à la production se relayent donc en équipe de matin, d après midi et de nuit. On recherche des opérateurs formés en plasturgie ou en conduite de machine automatisée. L entreprise LINPAC à Noyal-Pontivy emploie 500 personnes. Elle produit du film plastique pour l emballage alimentaire et travaille pour les industries agroalimentaires et des distributeurs. L esthétique n est pas sa préoccupation première, 24 H/24 Les films plastiques sont principalement fabriqués par la technique de l extrusion : La matière première est chauffée puis elle traverse une filière qui lui donne sa forme. INPAC Les métiers de l emballage alimentaire En production d emballage, chacun travaille selon le matériau. Les trois principaux matériaux au contact des aliments sont le plastique (50% des aliments sont emballés dans du plastique), le métal et le verre. Les métiers varieront en fonction des matières transformées, mais on aura partout besoin de mécaniciens formés au pilotage et à la maintenance de machines automatisées. Quelque soit la catégorie cependant, on retrouve les mêmes préoccupations : minimiser la taille, le poids et l impact de l emballage sur l aliment. Le consommateur est de plus en plus vigilant, la réglementation de plus en plus précise, on trouve donc aussi des experts qui sauront analyser les problèmes de leurs clients et répondre à leur demande. Ils seront d un profil matériaux (physique chimie) ou laboratoire (réglementation, analyse) ou encore technicocommerciaux. INPAC Les industries de l emballage en Bretagne La Bretagne compte près de 300 entreprises travaillant dans le domaine de l emballage, avec des savoir-faire diversifiés: bois, céramique, métal, verre, papier-carton, plastique, cellulose, mais aussi machines de conditionnements et services en emballage (design, conditionnement à façon, conseil...). Ce secteur regroupe emplois et génère plus d un milliard d euros de chiffre d affaires. le site pour connaître tous les professionnels de l emballage en Bretagne. 30

18 Zoom sur : INGÉNIEUR QUALITÉ Benoît Catteau est ingénieur qualité dans une entreprise qui produit du film plastique pour l'emballage alimentaire. La base de sa mission : garantir aux clients que les produits de l entreprise répondent à leurs exigences techniques, économiques ou sanitaires. «Ce que j aime dans mon métier, c est la diversité des tâches. Pas de monotonie dans mon travail. Je dois traiter simultanément de nombreux sujets y compris parfois dans les domaines techniques liés aux matériaux ou aux machines. Je jongle avec des problèmes qui peuvent concerner le développement, le laboratoire, la production ou encore la logistique.» Benoît Catteau est ingénieur qualité à l entreprise LINPAC de Noyal-Pontivy Plus de 200 formules «Nous avons aujourd hui plus de 200 formules de plastique. Elles varient en fonction des aliments emballés, gras ou secs, si ce sont des produits frais ou de longue conservation, s ils doivent être surgelés, cuits dans l emballage, sous atmosphère protectrice, etc, précise Benoît Catteau. Les contraintes ne seront pas les mêmes non plus si le conditionnement est manuel ou automatisé.» Chaque emballage doit être léger et économique sans compromettre la préservation du contenu et la facilité de sa manipulation et de son utilisation. Il ne doit pas non plus changer le goût ou l aspect de l aliment. Pour garantir aux clients la qualité souhaitée, une grande partie du travail de Benoît Catteau avec le service qualité, consiste à veiller au respect de leurs exigences par le biais des certifications. Celles-ci, délivrées par un organisme indépendant, prouvent que chaque étape de la mise en oeuvre du produit est réalisée selon des procédures précises et régulièrement vérifiées. «Nous validons des instructions très détaillées, explique Benoît Catteau, pour qu à tout niveau, chacun sache exactement ce qu il a à faire. Ici, les ateliers fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il faut donc assurer que chaque équipe travaille avec la même rigueur. Les opérateurs remplissent des fiches nominatives qui prouvent qu ils ont bien effectué tous les contrôles. Je mets en place des audits internes pour vérifier la conformité de la mise en oeuvre et des produits» La démarche qualité ne se limite pas à la production, elle s étend à toute l activité de l entreprise jusqu à la livraison, la facturation, la fourniture des documents indispensables (certificat d aptitude au contact alimentaire, documents douaniers), etc. Contribuer à la sécurité sanitaire : une priorité La fabrication des films plastiques, qui seront en contact direct avec les aliments, doit aussi répondre à des règles d hygiène très strictes.. «Après avoir été chauffé, notre film plastique est stérile, nous devons maîtriser tout risque de le contaminer. L entreprise a mis en place diverses mesures inspirées de l agroalimentaire : lavage des mains, port de la charlotte, zone climatisée à air filtré, pièges à insectes, double porte» Qualité, hygiène mais aussi sécurité au travail ou encore impact sur l environnement des activités de l entreprise, l ingénieur qualité s intéresse à tout. Et cela en relation constante avec le client. «J analyse bien entendu les réclamations traitées par le labo, mais je dois aller plus loin et mesurer le niveau de satisfaction de nos clients grâce à des enquêtes régulières, afin d y trouver des pistes d amélioration.» Avec ses collègues, Benoît Catteau répond également aux multiples questions des clients qui, eux-mêmes en démarche de certification, doivent avoir confiance «Au départ, c est le hasard et l opportunité d un premier emploi dans le secteur de l emballage plastique qui m ont orienté vers ce secteur et finalement j y suis depuis 24 ans!». Muni d un diplôme d ingénieur Arts et Métiers, Benoît Catteau travaille d abord 13 ans en production d emballages en Eure & Loir. Puis LINPAC lui propose un poste à Pontivy. Il commence aux services techniques où il gère la maintenance et les travaux neufs. Dans ce cadre, il anime durant un an le démarrage d une nouvelle usine du groupe en Uruguay. En 2001, il change de poste et rejoint le service qualité de l entreprise. en leurs fournisseurs. Certains de leurs audits ou questionnaires peuvent demander plusieurs jours de travail! «C est un métier aux multiples facettes qui demande beaucoup de rigueur, d organisation et de polyvalence, conclut Benoît Catteau. Il faut toujours s informer des attentes du client, connaître la législation et s adapter aux évolutions.» ONISEP Bretagne 31

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