Arthrose. pas une fatalité. souffrir n est. Objectif & action ACCOMPAGNER LA SANTÉ «GÉNÉRATION ÉCRANS» THYROÏDE CONTRACEPTION MUCS ASSISTANCE

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1 Objectif & action N 321 Avril-mai-juin ,75 Trimestriel ISSN : ACCOMPAGNER LA SANTÉ Le choix de la Mucs «GÉNÉRATION ÉCRANS» Accompagner plutôt qu interdire THYROÏDE Trop d ablations systématiques CONTRACEPTION Au masculin aussi MUCS ASSISTANCE A vos côtés en toute situation Arthrose souffrir n est pas une fatalité MUC

2 ICourrier des lecteurs Samu social de Paris «Votre reportage sur le Samu social (n 320, NDLR) m a convaincu de donner un peu de mon temps aux sans-abri. Comment faire pour rejoindre cette association et quelles sont les missions proposées aux bénévoles?» (M. A., Paris.) En fonction de leurs désirs et de leurs compétences, les bénévoles peuvent participer à la vie des centres d hébergement d urgence (accueil des sans-abri, accompagnement au cours des repas et dans les activités quotidiennes), apporter leur appui aux actions de terrain (maraudes) ou devenir écoutants sur le plateau téléphonique du 115 (de novembre à mars uniquement). Pour plus d informations, vous pouvez écrire au Samu social de Paris par courrier (Samu social de Paris, service bénévolat, 35, avenue Courteline, Paris) ou par Prime de rénovation énergétique «J ai lu avec intérêt votre article sur la prime de rénovation énergétique (n 320, NDLR), versée au propriétaire, dites-vous, pour des travaux dans la résidence principale. J occupe et j entretiens la maison de mon mari défunt, mais je n en suis pas propriétaire. Puis-je tout de même bénéficier de cette prime?» (Mme D., Lyon.) Non, la prime de rénovation énergétique n est versée qu aux propriétaires occupants. En revanche, en fonction des travaux que vous ferez réaliser et des dépenses engagées, vous pourrez peut-être profiter du crédit d impôt pour le développement durable ou obtenir l éco-prêt à taux zéro, voire cumuler les deux si le revenu de votre foyer fiscal de l avant-dernière année précédant l offre de prêt (de 2012 pour une offre d éco-prêt en 2014) ne dépasse pas euros. Effets indésirables «Si je constate un problème après avoir pris un médicament, comment faire pour le signaler aux autorités sanitaires?» (Mme A., par courriel.) Les patients et les associations agréées peuvent signaler tout effet indésirable aux centres régionaux de pharmacovigilance. Leurs coordonnées sont disponibles sur le site Internet de l Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm.sante.fr), où vous trouverez également des formulaires de déclaration à télécharger. Pesticides et fertilité «Votre article Pesticides : alerte sur la santé (Mutualistes.com, 6 février 2014, NDLR) n aborde pas les conséquences de ces produits sur la fertilité masculine, en particulier la baisse de la qualité des spermatozoïdes.» (Mme N., par courriel.) Depuis quelques années, en effet, les scientifiques suspectent les pesticides de nuire à la qualité des spermatozoïdes et donc à la fertilité. Une analyse française, menée par des chercheurs de l Institut de veille sanitaire (INVS) et de l Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient justement de paraître dans la revue internationale Reproduction. Précisant une précédente étude qui avait conclu à une baisse de près d un tiers de la concentration en spermatozoïdes en France métropolitaine entre 1989 et 2005, elle souligne que cette tendance est particulièrement marquée en Aquitaine et en Midi-Pyrénées, deux régions viticoles consommatrices de pesticides. Commission de surendettement Acné de l adulte «Dans votre article (sur l acné de l adulte, n 302, NDLR), vous ne citez pas la pose d un stérilet Mirena comme une possible cause d acné. Y a-t-il un lien avéré?» (Mme L., Dax.) Contrairement à certains contraceptifs oraux qui peuvent réduire l acné, comme ceux qui sont à base d acétate de cyprotérone, de drospérinone ou de norgestimate, Mirena est un dispositif intra-utérin (DIU) hormonal délivrant un progestatif, le levonorgestrel, tout le temps qu il est en place dans l utérus. Or cette hormone peut être, quelques mois après la pose du stérilet, à l origine de poussées d acné, en particulier chez les femmes qui en ont fait ou qui sont prédisposées à en faire. Quoi qu il en soit, la patiente doit toujours signaler à son gynécologue un antécédent d acné avant le choix d une contraception. «J aimerais savoir si je peux saisir la commission de surendettement (n 320, NDLR) alors que je suis propriétaire de mon logement, pour lequel je rembourse un prêt?» (M. G, Pau.) Le fait d être propriétaire de votre logement n empêchera pas la commission de surendettement de déclarer votre demande recevable, y compris si la valeur du bien est supérieure ou égale à la totalité de vos dettes. Le montant de vos mensualités de remboursement de prêt pourra être revu afin de vous laisser un «reste à vivre» suffisant. Attention : si vous ne réglez plus les échéances de votre crédit immobilier, il vous faut tout de même payer l assurance du crédit pour continuer à bénéficier de la garantie invalidité-décès. A défaut, l assureur peut résilier cette dernière au bout de cent vingt jours (au lieu de trente jours auparavant). Commission paritaire : 0718 M Dépôt légal : avril Mutualistes, Objectif et Action, Reproduction interdite sans autorisation. Réalisé avec un papier porteur du Label écologique européen, n d enregistrement FI/11/1, fourni par UPM. Prix du numéro : 1,75. Abonnement annuel : 7 (4 numéros par an) à souscrire auprès de la Ciem, 67, rue Blomet, Paris. 2 I mutualistes n 321 Mutualistes, Courrier des lecteurs, 67, rue Blomet, Paris. «Mutualistes», n 321, avril, mai, juin Trimestriel d informations mutualistes et sociales édité par Ciem, Coopérative d information et d édition mutualiste, pour Utema (organisme régi par le Code de la mutualité). 67, rue Blomet, Paris. Tél Fax Internet Directeur de la publication : Gérard Quittard Directeur délégué : Philippe Marchal Rédactrice en chef : Sylvie Irissou mutualistes.com) Secrétaire de rédaction : Jérémie Echard Rédacteurs : Delphine Delarue, Aude Malaret Réalisation graphique : Claire Gaspel, Gabrielle Claisse, Anne-Marie Halbardier, Christine Trembley Chef de fabrication : Cyril Dehay Régie publicitaire : Mistral Média, 365, rue de Vaugirard, Paris. Tél Fax Impression : Maury Imprimeur Couverture Boissonnet BSIP Ce numéro 321 de «Mutualistes, Objectif et Action» de 32 pages comprend : une couverture et trois pages spéciales (3, 4 et 5) pour la Memf ; une couverture et trois pages spéciales (3, 5 et 22) pour la Mutuelle saint-aubannaise ; une couverture et quatre pages spéciales (3, 4, 5 et 6) pour la MCA et l Union mutualiste de prévoyance ; une couverture et cinq pages spéciales (3, 4, 5, 28 et 32) pour Avenir Mutuelle et la Mutuelle des pays de Vilaine ; une couverture et cinq pages spéciales (3, 4, 5, 6 et 22) pour la Mutcaf ; une couverture et six pages spéciales (3, 4, 5, 6, 21 et 22) pour la Mucs ; une couverture et sept pages spéciales (3, 4, 5, 21, 22, 28 et 29) pour Sud-Ouest Mutualité ; une couverture et huit pages spéciales (3, 4, 5, 6, 21, 22, 28 et 29) pour MIP et Myriade. Cet envoi compote un supplément de 72 pages, «Tout savoir pour bien voir», pour les lecteurs de MIP.

3 MUC N 321 Avril-mai-juin ,75 Trimestriel ISSN : Le choix de la Mucs Accompagner plutôt qu interdire Trop d ablations systématiques Au masculin aussi A vos côtés en toute situation Objectif & action n 321 avril-mai-juin 2014 IEditorial ACCOMPAGNER LA SANTÉ GÉNÉRATION «ÉCRANS» THYROÏDE CONTRACEPTION MUCS ASSISTANCE Arthrose souffrir n est pas une fatalité 2 Courrier des lecteurs 3 Editorial 4 Actualité de la mutuelle Le choix de la Mucs : accompagner la santé 5 Le mot du président : la santé, c est aussi un enjeu coopératif 6 L actualité du passé : être mutualiste au début de la III e République 7 Economie de la santé 8 Entretien Questions à Olivier Houdé, professeur de psychologie. «Génération écrans» : accompagner plutôt qu interdire 10 Forme et bien-être Zumba : la danse qui nous fait fondre Thinkstock 11 Nutrition : pour ou contre le jeûne? 12 Prévention La contraception : c est aussi une histoire d homme 13 Santé des yeux : les cinq ennemis à combattre 14 Médecine Vertiges : quand s inquiéter, comment réagir 15 Thyro de : trop d ablations systématiques 16 Hyperactivité : faut-il avoir peur de la Ritaline? Garo Phanie 17 Dossier Arthrose : souffrir n est pas une fatalité 21 Vie pratique Mucs Assistance : un accompagnement de proximité en toute situation 22 Complémentaire santé obligatoire : la participation de l employeur fiscalisée 23 Accompagner un parent âgé ou malade : quelles aides pour l aidant familial? 24 Covoiturage, mode d emploi 26 Initiatives Radio Fajet : la parole est aux jeunes 30 Médiathèque Valentin-Haüy : lire quand on ne voit pas DR LE CHOIX DE LA MUCS, C EST ACCOMPAGNER LA SANTÉ POUR NE PAS ÊTRE QU UNE MACHINE À REMBOURSER (PAGES 4 ET 5). UNE TRADITION DÉJÀ BIEN VIVANTE EN 1881 (PAGE 6) ET QUI SE POURSUIT EN 2014, PAR EXEMPLE AVEC MUCS ASSISTANCE (PAGES 21 ET 22). Les enfants d aujourd hui naissent et grandissent dans un monde numérique : ordinateurs, smartphones, tablettes et consoles de jeu sont omniprésents dans leur quotidien, et certains parents s en inquiètent. Comment réagir? Pour Olivier Houdé, professeur de psychologie, mieux vaut accompagner qu interdire l utilisation des écrans (pages 8 et 9). La contraception est le plus souvent une affaire de femmes. Pourtant, les hommes aussi peuvent désirer maîtriser leur fécondité et des méthodes efficaces sont alors à leur disposition. Idées reçues et manque d information restent hélas un frein à leur utilisation (page 12). La Caisse nationale d assurance maladie a récemment alerté sur le trop grand nombre d ablations systématiques de la thyroïde. Une intervention loin d être anodine, qui avant d être décidée devrait être précédée d examens pas toujours pratiqués, bien que recommandés par les experts (page 15). Près de 10 millions de Français souffrent d arthrose et, contrairement à ce que l on pourrait croire, ce n est pas une fatalité liée au vieillissement. D ailleurs, une personne atteinte sur trois déclare en avoir ressenti les premiers signes avant l âge de 40 ans. Pour ne pas se résigner à subir douleurs et raideurs articulaires, des solutions complémentaires dépourvues d effets secondaires méritent d être essayées (pages 17 à 20). L Association Valentin-Haüy, qui se bat depuis plus d un siècle pour l autonomie des déficients visuels, nous a ouvert les portes de sa médiathèque, riche de milliers de titres en braille, en gros caractères ou sous forme de livres audio, à emprunter ou à télécharger. Le succès est au rendez-vous (page 30). La rédaction Mucs n 321 mutualistes I 3

4 IActualité de la mutuelle Le choix de la Mucs Accompagner la santé Après avoir rendu obligatoire la complémentaire santé pour toutes les entreprises d ici à 2016, les pouvoirs publics n ont cessé de la fragiliser au nom d une baisse tous azimuts du coût public de la santé. Sauf qu en devenant des machines à rembourser au plus serré, les mutuelles risquent de perdre leur rôle de solidarité et de protection de la santé de leurs bénéficiaires. La Mucs n est pas la seule à vouloir échapper à ce dilemme. Elle vient d ouvrir le débat pour identifier les solutions et les partenariats à explorer. Il revient aujourd hui au législateur, aux partenaires sociaux et aux organismes de complémentaire santé de construire un nouveau modèle qui allie maîtrise des coûts et solidarité entre les adhérents, soit une complexe synergie entre les acteurs défendant l intérêt général, dont la Sécurité sociale, et les différents acteurs d un marché de plus en plus concurrentiel. Le carcan de la baisse des coûts Or, l environnement de la santé s est dégradé ces dernières années, la crise économique se conjuguant avec l harmonisation européenne pour limiter le déficit des budgets sociaux et réduire d autant la réponse aux attentes des partenaires sociaux. D où cette succession de textes souvent contradictoires. Citons d abord le désormais célèbre accord national interprofessionnel (ANI) de janvier 2013, qui, précisément, a conduit la loi à généraliser la complémentaire santé en entreprise. Mais en autorisant sinon la désignation, du moins la préconisation d un ou de plusieurs organismes, cette mesure favorise indirectement les offres à bas coût des «majors» de la profession. D où l importance des textes redéfinissant les contrats solidaires et dont le non-respect entraînerait un accroissement de taxation pour la complémentaire santé indisciplinée. Sans le dire, c est une autre façon d imposer des offres de complémentaire à bas coût. Autre exemple récent de cette recherche d une baisse du coût de la santé pour la collectivité : la nouvelle mesure fiscale qui intègre la participation de l employeur à la complémentaire santé dans l assiette de l impôt sur le revenu des salariés (lire à ce sujet l article en page 22). Cette évolution va évidemment peser sur le prix de la couverture santé. Celui-ci représente, rappelons-le, un difficile compromis entre l allégement de charges recherché par les 4 I mutualistes n 321 Cocktail Santé Les initiateurs des réformes actuelles de la complémentaire santé, Marisol Touraine, ministre de la Santé, et Etienne Caniard, président de la Mutualité française, ici au congrès de la Mutualité de 2012, à Nice. entreprises, la satisfaction des prestations attendues par les salariés et l ajustement des cotisations et des dépenses requis pour l équilibre financier des organismes complémentaires. Et cette focalisation sur le coût de la santé comprend des risques Le risque d une couverture à deux vitesses Succombant aux offres à bas coût, une part significative des entreprises fera le choix de se cantonner au panier de soins minimum défini par la loi, à commencer par celles qui n avaient pas encore de contrat obligatoire de couverture santé. Les salariés les plus aisés compléteront alors leur contrat obligatoire par des options facultatives, voire par une complé mentaire santé à titre individuel. La descente déjà amorcée vers une santé à deux vitesses n en sera qu accentuée. Thinkstock De plus, ces contraintes de gestion grandissantes, ajoutées à une prise en charge plus longue de la portabilité des contrats de santé des salariés en fin de contrat de travail (de neuf à douze mois), devraient mécaniquement conduire à une hausse des tarifs des contrats de santé. Il devient alors difficile, quoique plus que jamais nécessaire, de convaincre les salariés et les employeurs du bien-fondé de la mutualisation et du levier solidaire qu elle représente. Là encore, le repli individualiste apparaît tentant. Une priorité différente pour les mutuelles Ce sombre panorama ne doit pas occulter le fait que nombre de mutuelles entendent rester fidèles à leur vocation d origine et ne pas se limiter à la gestion du remboursement des frais de santé. Au-delà de celle-ci, la mutuelle peut et doit promouvoir la prévention des risques, la solidarité entre ses membres et l accompagnement de ces derniers dans leurs démarches de soin. Ainsi, le 11 décembre dernier, tous les intervenants, représentants de salariés, chefs d entreprise ou dirigeants de mutuelle, lors d une rencontre-débat organisée par la Mucs avec le média Miroir social, ont confirmé que la prévention Le repli individualiste reste tentant

5 IActualité de la mutuelle et l accompagnement de la santé restent une priorité de développement*. Or, si cette priorité peut être menée par l entreprise, elle peut également l être par la mutuelle, qui agit avant, pendant et après la prise en charge des soins. Explorer de nouveaux services Pour la Mucs, cela représente un élargissement de ses missions et le choix de solutions innovantes. L innovation peut être technique. Elle permet alors une plus grande interactivité des échanges entre l adhérent et sa mutuelle, une meilleure prise en charge. Exemple récent, les services de conseil et d accompagnement de ce qui devient Mucs Assistance viennent d être modernisés et enrichis (lire l article en page 21). Plus globalement, cet effort devrait se poursuivre pour accompagner à distance les adhérents dans leurs interrogations et leurs démarches médicales. L innovation peut également concerner des champs jusqu alors peu explorés. Pour reprendre les thèmes débattus le 11 décembre, la Mucs a notamment identifié trois projets potentiels à développer : la mise en place d un centre de télédiagnostic, pour mettre en relation patients et spécialistes au plus tôt de la maladie ; le développement d un réseau de transport sanitaire alternatif, pour faciliter les déplacements des patients, tout en limitant les coûts généralement élevés de ce type de service ; ou encore la mise en place d un réseau de chambres d hôtes à proximité des hôpitaux, pour permettre aux familles d accompagner au mieux l enfant hospitalisé. Autant de projets qui, espérons-le, pourront à terme renforcer la valeur ajoutée mutualiste apportée par la Mucs à ses adhérents. * Le compte rendu des débats de ce «Café social» est disponible sur Mucs.fr. Les premiers pas vers de nouveaux services, une question de volonté. Thinkstock Le mot du président La santé, c est aussi un enjeu coopératif La Mucs devient, par étapes, une mutuelle de référence pour les Scop. Pour ses élus coopérateurs qui en assurent le pilotage, le challenge est d importance : poursuivre le développement d un accompagnement santé en harmonie avec la solidarité entrepreneuriale des coopératives. Depuis la refonte de ses statuts à la fin des années 90, la Mucs est gouvernée par des délégués et des administrateurs majoritairement coopérateurs. Cette appartenance au réseau coopératif s explique par la communauté de valeurs entre une mutuelle qui priorise la qualité humaine de la couverture santé de ses adhérents et les sociétés coopératives et participatives (Scop) dont l épanouissement des salariés est l un des fondamentaux. Elle devient une passionnante opportunité coopérative pour développer un accompagnement moderne de la santé des salariés et de leur famille et réduire les risques actuels de régression du système de santé. Car l univers des mutuelles et des complémentaires santé n est pas sans contraintes. Ainsi, pour ne prendre que l évolution de son environnement législatif au cours de l année écoulée, se sont succédé l obligation pour toutes les entreprises de conclure un contrat collectif santé d ici à 2016, la fiscalisation de la participation employeur à ce contrat dès 2014 et l annonce d un possible complément de taxation des contrats ne respectant pas les règles des nouveaux «contrats solidaires». Tout en maîtrisant cette complexité, les offres santé de la Mucs proposent aux Scop de moderniser leurs contrats collectifs, dont la gamme des remboursements couverts, voire de faciliter l accès à des contrats seniors pérennes pour leurs salariés devenus retraités. Ces offres s adressent, a fortiori, aux coopératives qui n ont pas encore de contrats collectifs santé, du fait par exemple de leur création récente. Mais la Mucs propose aussi de partager un challenge pour l avenir : celui de l accès à une palette de services santé innovants qui, au fil du temps, s élargira pour accompagner le parcours santé de chacun. Les pistes à l étude concernent l information et les conseils médicaux, l accès à des dispositifs de diagnostic à distance pour prévenir et suivre des affections lourdes, etc. C est ainsi que, dans son domaine, la Mucs entend participer à l inven tion de solutions en osmose avec la solidarité entrepreneuriale des Scop et des sociétés coopératives d intérêt collectif (Scic). Jacques Landriot, président de la Mucs Groupe Chèque-Déjeuner n 321 mutualistes I 5

6 IActualité de la mutuelle L actualité du passé Etre mutualiste au début de la III e République Pour les employés du Commerce parisien, les précurseurs de la Mucs, les premières années de la III e République sont vécues comme une renaissance mais leur assemblée générale de 1881 illustre d abord l éternel débat de l équilibre à trouver entre progrès social et rigueur gestionnaire. Le dimanche 20 mars 1881, la société philanthropique L Union du commerce tient son assemblée générale dans la salle des fêtes du palais du Trocadéro, à Paris, sous la présidence d honneur de Léon Gambetta, président de la Chambre des députés. L allocution de celui-ci recueille les applaudissements répétés des neuf cents sociétaires présents, lesquels voient dans l un des fondateurs de la République un symbole de «la liberté retrouvée pour développer la protection des travailleurs». Regrettant sans les nommer les avatars du Second Empire et de la Commune, il leur promet que l Etat saura protéger une société philanthropique qui vient de fêter ses 34 ans. Après les épreuves de De fait, les sociétaires de 1881 peuvent se réjouir des avancées accomplies et des épreuves surmontées par leur société de secours mutualiste au cours de la décennie écoulée. Avec la guerre contre les Prussiens, l épouvantable boucherie de la fin de la Commune de Paris, L Union du commerce a vu son effectif fondre de sociétaires en 1870 à 1750 durant l été Et, cette année-là, l épidémie de variole n a rien arrangé, malgré le nouveau service de vaccins mis en place. Cependant, l effort déployé pour couvrir les secours aux soldats démobilisés se traduit, dès décembre 1871, par une remontée des effectifs à plus de 5000 sociétaires. Les années 1870 vont alors permettre d élargir la gamme des services santé de l union. En 1873, celle-ci étend son «tarif pharmaceutique» à l homéopathie. L équipe médicale 6 I mutualistes n 321 Musée Caravalet Roger Viollet Léon Gambetta, en 1881, symbolise «la liberté retrouvée pour développer la protection des travailleurs». DR passe de trois à dix généralistes et intègre deux homéopathes et trois chirurgiens-dentistes. Le siège de la mutuelle est transféré de la rue des Bourdonnais au 17, boulevard Sébastopol ; il ouvre désormais de 9 à 23 heures. Des pensions de secours de 350, puis 500 francs sont mises en place par prélèvement sur les intérêts du «capital social inaliénable». Toujours plus de services de santé A partir de 1876, la carte Famille de l union étend l ensemble de la couverture santé aux conjoints et aux enfants des sociétaires. Aux trois maisons de santé parisiennes, viennent s ajouter deux maisons de convalescence, choisies pour leur situation de plein air, à Vincennes et à Romainville. Des secours pécuniaires sont alloués aux familles des victimes d incendie de magasin, comme le Grand Monge en En 1880, la caisse de prévoyance, prévue à cet effet, vient d ailleurs de bénéficier du produit de la matinée-concert organisée au théâtre de la Gaité, soit francs. En 1881, le bilan de l union est plutôt Toujours proche du pont Neuf, le siège de L Union du commerce est alors ouvert de 9 à 23 heures. satisfaisant, même si, pour la première fois de son histoire, elle enregistre un léger excédent de ses dépenses sur ses recettes. Du fait de ce déficit et de l obligation statutaire de doter de francs les futures pensions de secours, elle a dû concéder un modeste tassement de son capital social de à francs. Les dépenses annuelles de 1880 ont atteint francs à cause des suites de l hiver 1879, qui a provoqué une multiplication de bronchites et de phtisies, ainsi que la reprise des épidémies de typhoïde et de variole. Le total des dépenses annuelles se répartit comme suit : 34,9 % pour les pharmaciens ; 28,5 % pour les maisons de santé et de convalescence ; 20,0 % pour les médecins ; 5,6 % pour les baigneurs ; 5,5 % pour les inhumations ; 2,8 % pour les secours pécuniaires ; 1,9 % pour les pensions de secours ; 0,8 % pour les bandagistes. Une prudence gestionnaire affichée L assemblée de la société philanthropique doit trancher un nombre impressionnant de demandes de dépenses nouvelles. On peut ainsi citer : l intégration de la gymnastique et de l escrime parmi les cours proposés gratuitement aux sociétaires, jusqu alors surtout de comptabilité et de langues étrangères (rejeté) ; l attribution de médailles pour les dix sociétaires qui auront fait le plus d adhérents pendant l année (rejeté) ; la convocation de trente sociétaires aux enterrements des camarades décédés (approuvé) ; l entretien des tombes des sociétaires décédés (rejeté) C est sans doute à cette dynamique de débats et à cette prudence gestionnaire affichée que la société philanthropique doit d améliorer, année après année, la protection et la promotion des travailleurs du commerce. Une progression qui ne va pas s arrêter de sitôt.

7 IEconomie de la santé Tiers payant généralisé Les médecins réticents face à la réforme Plusieurs syndicats de médecins ont fait part de leur réticence quant à la généralisation du tiers payant, alors que Marisol Touraine, ministre de la Santé, installait mi-février le comité d orientation qui accompagnera le déploiement du dispositif sur l ensemble du territoire. Cette réforme permettra aux usagers de santé de ne plus avoir à avancer d argent chez le médecin à partir de 2017 (et dès la fin de cette année pour les bénéficiaires de l aide à la complémentaire santé). Selon les médecins, qui seront rémunérés directement par la Sécurité sociale et les complémentaires santé, ce dispositif introduit des risques importants sur leur trésorerie et induit une réelle surcharge administrative. Les syndicats ont prévenu qu ils s opposeraient à tout dispositif qui ne serait pas «simple» et demandent la garantie d un «payeur unique identifié». Pour Etienne Caniard, président de la Mutualité française, cité par Le Monde (18 février), ces «oppo sitions cachent des motivations moins nobles [ ] : le tiers payant est un véritable révélateur des dépassements d honoraires». Une fois que le patient n aura plus à avancer les parts Sécu et complémentaire, il ne lui restera en principe plus rien à payer sauf si, en effet, le médecin pratique des dépassements, dont le montant apparaîtra alors clairement. Vers un plan drastique des dépenses de santé? Selon nos confrères des Echos (18 février), le gouvernement, actuellement à la recherche d une économie de 50 milliards d euros dans les dépenses publiques, se dirigerait vers un plan «drastique» des dépenses de santé. L Assurance maladie, qui représente pas moins de 185 milliards d euros de dépenses par an, pourrait ainsi être sérieusement impactée par un prochain plan d économies. Le quotidien rappelle que ces dépenses ont déjà été sérieusement bridées ces dernières années, avec une progression de moins de 3 % par an depuis Plan cancer : 1,5 milliard d euros contre les inégalités Le troisième Plan cancer ( ) «s est fixé comme ambition de donner les mêmes chances à tous, partout en France», a indiqué François Hollande, le 4 février dernier. Au total, 1,5 milliard d euros (contre 1,2 lors du précédent plan) seront consacrés à la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de prise en charge, au combat contre le tabac et au développement de la recherche. Parmi les mesures annoncées : la généralisation du dépistage organisé du cancer du col de l utérus à toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans, la prise en charge à 100 % sans avance de frais pour tous les examens effectués dans le cadre des programmes de dépistage ou encore l équipement en IRM des régions sous-dotées. Le plan prévoit également d améliorer la vie des patients pendant et après la maladie. Les salariés malades verront ainsi leurs droits en matière d aménagement du temps de travail et de formation professionnelle renforcés. Autre mesure : la mise en place d un «droit à l oubli» pour les anciens patients souhaitant souscrire à une assurance ou à un crédit. Photos Thinkstock Apnées du sommeil : fin de la télésurveillance pour les patients Le Conseil d Etat a récemment suspendu l arrêté qui conditionnait la prise en charge par l Assurance maladie des patients atteints d apnées du sommeil au suivi correct de leur traitement. Ces derniers devaient utiliser leur appareil de ventilation spontanée en pression positive continue (PPC), le traitement de référence, pendant une période prédéterminée. Un système de télémédecine permettait d évaluer la durée d utilisation de la machine par le patient. En cas de non-respect des règles, le remboursement de la location de l appareil pouvait être interrompu. Saisi en référé par plusieurs organisations de patients, le Conseil d Etat a finalement annulé ce décret, estimant qu il existait un doute sérieux sur sa légalité. Pacte santé territoire : un premier bilan satisfaisant pour Marisol Touraine Un an après le lancement de son plan de lutte contre les déserts médicaux, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a présenté un premier bilan d étape le 10 février. «Les résultats sont là», a-t-elle estimé, rappelant les avancées réalisées, comme la signature en 2013 de deux cents contrats de praticien territorial de médecine générale, un statut particulier qui garantit une rémunération fixe aux jeunes médecins s installant en zone de désert médical. Autre progrès : le nombre de maisons de santé regroupant plusieurs professionnels en exercice coordonné est passé d à peine 170 en 2012 à 370 aujourd hui, et il devrait atteindre les 600 d ici à la fin de l année. Page réalisée par Delphine Delarue FNMF Monico n 321 mutualistes I 7

8 IEntretien Questions à Olivier Houdé, professeur de psychologie Les enfants d aujourd hui sont nés dans un monde numérique : télévision, ordinateur, tablette, téléphone mobile et consoles de jeu les occupent heures par an, contre 900 heures passées à l école. Faut-il s en inquiéter? Olivier Houdé (1), directeur du laboratoire CNRS de psychologie du développement et de l éducation de l enfant à la Sorbonne, relativise les effets des écrans, s ils sont utilisés comme outils pédagogiques adaptés à chaque âge. «Génération écrans» : accompagner plutôt qu interdire SPL Phanie Mutualistes. Les pédiatres conseillent de ne pas exposer les moins de 3 ans aux écrans [lire l encadré en page 9, NDLR]. Or ces derniers faisant aujourd hui pleinement partie du quotidien des parents, il est difficile d en éloigner totalement les tout-petits. Comment trouver le juste équilibre? Olivier Houdé. L idée est d éduquer plutôt que d interdire. Les bébés arrivent au monde avec un formidable héritage : le cerveau humain, qui va permettre d établir, au cours du développement, 1 million de milliards de connexions entre neurones. Tous les spécialistes s accordent aujourd hui sur le fait que ce développement neurocognitif est contrôlé à la fois par les gènes et par les conditions de l environnement, c est-àdire par l expérience. Les écrans et les outils numériques font désormais partie de cet environnement culturel et technologique. Le bébé est génétiquement DR programmé pour apprendre. Aussitôt né, il est ainsi capable d imiter les humains qui l entourent, et notamment ses parents, en reproduisant leurs mouvements. Dans ce cadre d éveil pré coce, une tablette numérique inter active, à la fois visuelle et tactile, peut très bien, avec le concours d un adulte ou d un enfant plus âgé, participer au développement cognitif du bébé. L écran «high-tech» est un outil de stimu lation, d exploration et d apprentissage parmi tous les autres objets du monde réel, des plus simples : les peluches, les cubes, le hochet, aux plus élaborés, comme la tablette numérique tactile. Mais ce n est pas pour autant que les écrans peuvent tout apprendre, en particulier pour ce qui concerne le langage et la communication. Un consensus scien tifique se dégage aujourd hui pour considérer que l exposition passive et isolée aux écrans y compris aux DVD spécialement commer cialisés Une tablette numérique interactive, à la fois visuelle et tactile, peut très bien, avec le concours d un adulte ou d un enfant plus âgé, participer au développement cognitif du bébé. pour enrichir précocement le vocabulaire n aide pas les bébés à apprendre le langage oral. De façon générale, l ex p osit ion pr é c o c e et excessive des tout-petits sans présence humaine éducative est très clairement déconseil lée alors que, selon une étude américaine, 90 % des moins de 2 ans regarderaient régulièrement la télévision! A quel âge un enfant peut-il utiliser seul un écran et être capable de trier les informations qui arrivent à lui, par la télévision, ou qu il va chercher, sur Internet? Là encore, il n y a pas de réponse sur le mode du «tout ou rien», avec un âge de l autonomie face aux écrans qui serait fixé arbitrairement. C est un appren tissage très progressif. Entre 2 et 6 ans, l intelligence devient de plus en plus «représentative», symbolique, comme à travers le dessin, classiquement sur papier et désormais aussi 8 I mutualistes n 321

9 IEntretien sur tablette graphique avec stylo numérique. L enfant de 2 ans se sert des principes cognitifs qu il a appris lorsqu il était bébé, mais cette fois avec une distance par rapport au réel. Il se met à les intérioriser et à les combiner mentalement, à les jouer, à les dessiner, etc. Dans ce cadre, il va peu à peu apprendre à distinguer ce qui est réellement présent de ce qu il imagine. De 2 à 6 ans, c est la construction de cette pensée symbolique qui se joue, et les débuts d une prise de conscience : les écrans sont des fenêtres sur un monde virtuel. Ensuite, entre 6 et 12 ans, c est la période où il faut éduquer explicitement les enfants à une pratique modérée et autorégulée des écrans, au service du développement cognitif, en préservant l équilibre et la santé (repos des yeux, sommeil, sport, etc.). Cette éducation doit se faire, à la maison comme à l école, à l aide de modules pédagogiques appropriés. Voilà pourquoi notre Avis de l Académie des sciences est complété Aujourd hui, la plupart des scientifiques considèrent que l exposition passive et isolée aux écrans n aide pas les bébés à apprendre le langage oral. par un module pédagogique (2) comportant vingt-deux séances pratiques, inspirées des découvertes en sciences cognitives, pour apprendre aux élèves de l école primaire un usage raisonné des écrans : évaluer le temps qui passe, apprendre à inhiber ses réponses impulsives, réfléchir et raisonner face à l écran, trier, organiser et analyser les informations tout en déjouant les pièges. Que se passe-t-il à l adolescence? Après 12 ans, cet apprentissage du contrôle cognitif et du raisonnement doit se poursuivre intensément, car o r d i n a t e u r s, smartphones et tablettes numériques connectées sont présents presque jour et nuit dans la vie et l intimité des adolescents : à la maison, en classe, dans le métro, en promenade, au concert Un phénomène renforcé par l attraction forte des réseaux sociaux. Or l adolescence est une période de grand potentiel cognitif, mais aussi de fragilité émotionnelle liée à des phénomènes physiques et cérébraux. Ce qui se joue, c est une ouverture inédite sur tous les possibles. D où une exploration presque sans limites et plus ou moins maîtrisée du monde numérique et virtuel : amis, avatars, rencontres et jeux variés L âge de la puberté, avec ses transformations physiques et sexuelles, est aussi celui où s opère une sorte de «décrochage» de la pensée par rapport au réel. En matière d écrans, l éducation et le contrôle des parents restent donc essentiels pour l adolescent, autant qu ils l étaient pour le bébé et l enfant. En matière d écrans, l éducation et le contrôle des parents restent essentiels pour l adolescent, autant qu ils l étaient pour le bébé et l enfant. les liens sur les moteurs de recherche, que les contenus eux-mêmes et leur synthèse. L enjeu est ici de préserver complémentairement, pour les nouvelles générations, une forme d intelligence et de mémoire plus lente, profonde et «cristallisée», ou fixée, comme l était l intelligence litté raire depuis la révolution de l imprimerie Les écrans peuvent-ils être des outils pour les enfants en difficulté scolaire ou en situation de handicap? Les laboratoires de sciences cognitives ont conçu des logiciels spécialisés, par exemple «La course aux nombres (3)» pour les difficultés d apprentissage en calcul. En cas de dyslexie, une application ipad-iphone d espacement de lettres aide l enfant à lire correctement. L usage des écrans pour la pédagogie peut permettre du «sur-mesure» et une aide individualisée d apprentissage, où l ordinateur et l application s adaptent aux difficultés et au rythme de chacun, en étant par définition d une grande patience face à ses marges de progrès. Propos recueillis par Vanessa Pageot-Françoise (1) Co-auteur du livre L enfant et les écrans, un avis de l Académie de médecine (Le Pommier, 140 pages, 17 euros), Olivier Houdé est également l auteur du «Que sais-je?» sur Le raisonnement (PUF, 128 pages, 9 euros). (2) Les écrans, le cerveau et l enfant, ouvrage pédagogique conçu et réalisé par la fondation La Main à la pâte, en partenariat avec les éditions Le Pommier (180 pages, 19 euros). (3) Plus d infos sur Lacourseauxnombres.com. Thinkstock Les écrans ne diminuent-ils pas la capacité des jeunes à réfléchir de façon plus «littéraire»? Les avantages cognitifs des écrans sont l attention visuelle ciblée, la flexibilité, les capacités multitâches et la prise de décision très rapide. Or ils peuvent s accompagner parfois d une pensée trop rapide, superficielle et excessivement fluide : la «culture du zapping». L usage d Internet tendrait dès lors à appauvrir la mémoire humaine. Une étude de psychologie expérimentale a ainsi mis en évidence que les jeunes adultes retiennent davantage les accès, Règle des : ce que recommandent les pédiatres Pas de télévision avant 3 ans, avec discernement après. Pas de console de jeu personnelle avant 6 ans, pour favoriser la créativité. Internet accompagné à partir de 9 ans, pour préserver l enfant. Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence. Source : Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa), 6 septembre n 321 mutualistes I 9

10 IForme et bien-être Zumba La danse qui nous fait fondre Arrivée en France comme une déferlante, la Zumba a redonné aux Françaises et aux Français de tous âges l envie de bouger et de se trémousser en musique. Effet de mode? Qu importe, on danse et on se dépense dans la bonne humeur. Créée par Beto Perez, danseur et chorégraphe colombien, la Zumba (une marque déposée) est un cocktail détonnant de danse et de fitness, qui compte désormais plus de 14 millions d adeptes dans 185 pays. Les cours se sont multipliés partout, même dans les plus petits villages, et les «Zumba partys» organisées régulièrement dans les grandes villes regroupent, lors de shows dansants à l américaine, plusieurs milliers de fans qui transpirent durant des heures sur des rythmes endiablés. C est du sport! Les chorégraphies, qui associent des pas de danses latinoaméricaines (salsa, cumbia, reggaeton, merengue, kuduro ) et des mouvements simples de fitness, sont assez toniques et font travailler intensément le système cardiovasculaire (la dépense énergétique varie de 500 à calories par heure), 10 I mutualistes n 321 ainsi que tous les groupes musculaires. Si rien n est franchement difficile les pas se retiennent vite, il faut suivre la cadence Pour les adeptes, c est un pur bonheur : on se prend pour Beyoncé ou Shakira, on transpire dans la bonne humeur et on raffermit son corps de haut en bas. Mais surtout, la Zumba s adapte à tous les niveaux, y compris aux débutants peu sportifs, et chacun peut mettre dans son geste plus ou moins de vitesse, d énergie, ce qui permet de faire se côtoyer sur la piste des adolescentes de 15 ans, leur mère et leur grandmère! Un véritable atout, qui est pour beaucoup dans la popularité de ce mélange original, dont Thinstock le slogan est «Séchez la gym, venez faire la fête». Et pour couronner le tout, la Zumba a fait la preuve de ses bienfaits chez les personnes atteintes de certaines pathologies dégénératives (comme la maladie de Parkinson), du syndrome d Asperger ou de polyarthrite rhumatoïde. Une machine internationale bien rôdée Côté enseignement, chaque «instructeur» doit suivre une formation officielle (et payante) de plusieurs jours, qui lui donne un diplôme et le droit d exercer. Il souscrit ensuite un abonnement mensuel (payant également) lui permettant d accéder à de nouvelles musiques et chorégraphies, qu il peut réinterpréter à sa manière. Avantages : les «chorés» et les musiques évoluent régulièrement (on n a pas le temps de s ennuyer), les profs sont bien formés et leurs univers variés (prof de danse ou de fitness, coach sportif ) donnent à chaque cours une couleur personnelle. Pour tous les âges et tous les goûts Surfant sur le succès, la marque Zumba a su diversifier son offre pour toucher tous les publics. On peut désormais pratiquer l Aqua Zumba, à la piscine, pour augmenter le travail musculaire grâce à la résistance de l eau, la Zumba Sentao, avec une chaise comme accessoire et partenaire, pour viser plus particulièrement les abdominaux, les triceps et les adducteurs, la Zumba Toning, avec des bâtons tonifiants, pour sculpter les bras, ou encore, depuis le début de l année en France, la Zumba Step, qui utilise une sorte de marche (le step), comme en fitness, pour solliciter et muscler tout le bas du corps. On trouve également des cours d initiation pour les enfants (Zumba Kids) et même les bébés (Zumbini) ou, à l opposé, pour les seniors (Zumba Gold). Bref, un éventail complet, pour que chacun puisse se décider à bouger un peu plus, sans (trop) souffrir et avec le sourire. Jeanne Gabin Pour plus d infos : Zumba.com.

11 IForme et bien-être Nutrition Pour ou contre le jeûne? Paré de mille vertus par ses adeptes, le jeûne semble aujourd hui offrir une réponse presque philosophique à la surabondance alimentaire morbide. Bien qu il existe depuis des millénaires dans certaines cultures, peut-il être considéré comme sans danger, voire bénéfique? Les médecins s affrontent. C est connu, quand un animal est malade ou blessé, il cesse instinctivement de s alimenter et, en cas de maladie, les médecins préconisaient autrefois du repos et une diète. Selon ses partisans, l absence de nourriture nettoierait le système digestif et reposerait l organisme en permettant l évacuation des toxines. Un documentaire* faisait récemment découvrir au grand public les bienfaits du jeûne pour préserver la santé, mais aussi pour lutter contre certaines maladies, dans un processus d «autoguérison». Ce reportage et les nombreux articles qui l ont suivi ont toutefois déclenché une levée de boucliers, des médecins s insurgeant contre une pratique qu ils estiment «extrême et dangereuse». De vrais effets Il a été prouvé que la restriction calorique est bénéfique pour la santé et la longévité : elle agit favorablement sur certains troubles cardio vasculaires et sur les problèmes de poids, tout en retardant les effets du vieillissement et des maladies associées. Le jeûne n est, finalement, que la version «jusqu au-boutiste» de cette restriction alimentaire. Le jeûne thérapeutique est pratiqué depuis des années en Russie, où de nombreuses études sur le sujet ont été réalisées, et en Allemagne il est proposé dans une dizaine d hôpitaux publics, suivi médicalement et remboursé par la Sécurité sociale, pour soulager des pathologies chroniques contre lesquelles la médecine classique reste parfois démunie : hypertension, diabète, allergies, arthrose, polyarthrite, fibromyalgie, syndrome de l intestin irritable, migraine, problèmes de sommeil Plus surprenant, le jeûne semble améliorer les résultats des chimiothérapies anticancéreuses. En 2012, Valter Longo, Thinkstock professeur de gérontologie et de biologie à l université de Californie du Sud, a ainsi montré que des souris atteintes de tumeurs agressives (mélanome, gliome, cancer du sein ou neuro blastome) guérissaient mieux quand on les faisait jeûner de quarante-huit à soixante heures avant, pendant et après la chimiothérapie que quand on continuait à les alimenter. Selon ce chercheur, «le jeûne est un cauchemar pour les cellules cancéreuses», qui se nourrissent de sucre : privées de «carbu rant», elles souffrent et meurent, alors que les cellules saines de l organisme résistent sans difficulté. Chez l homme, la publication de dix cas de malades ayant jeûné de leur propre initiative en accord avec leur oncologue fait état d une baisse des effets secondaires de la chimio thérapie (nausées, diarrhées, fatigue, perte de poids). Reste qu il faut valider ces résultats par de véritables études scientifiques à plus grande échelle. Plusieurs recherches sur l homme sont en cours, dont une en Europe, mais leurs conclusions ne seront pas disponibles avant deux ans. Et le risque de dénutrition étant un facteur aggravant du cancer, pas question de se mettre à la diète quand on a déjà perdu du poids pendant la maladie!... mais des dangers pointés du doigt Si certains médecins crient au scandale, c est parce qu ils estiment qu «affamer» l organisme favorise la perte mus culaire et les carences en vitamines et en minéraux ce que contestent les adeptes du jeûne, qui affirment au contraire y gagner en énergie et en sérénité. Comment le pratiquent-ils? Les sessions durent de trois jours à trois semaines, avec une phase préparatoire (réduction des quantités et passage à une alimentation végétarienne) et une phase de réintégration alimentaire progressive en fin de parcours. Dans tous les cas, elles doivent être accompagnées sur le plan médical. Dernier point : il ne faut absolument pas jeûner pour mincir. Certes, ne rien manger fait perdre du poids, mais comme avec tout régime, les kilos perdus seront repris par effet rebond, à plus ou moins long terme, si les habitudes alimentaires ne sont pas améliorées. Un vrai mauvais calcul, que contournent certains en proposant depuis peu un régime qui mêle journées «normales» et jeûne intermittent. Très en vogue, ce nouveau régime, loin d un véritable jeûne, se révèle moins adapté et plus dangereux qu un réel et bénéfique rééquilibrage alimentaire. Isabelle Delaleu * Le jeûne, une nouvelle thérapie? de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, Arte, disponible sur Arte.tv.fr, rubrique «VOD DVD» (56 minutes, 6,99 euros). A lire en complément : Le jeûne, une nouvelle thérapie? de Thierry de Lestrade (Arte éditions-la Découverte, 218 pages, 19 euros). n 321 mutualistes I 11

12 IPrévention La contraception C est aussi une histoire d homme En matière de contraception, l homme reste le plus souvent en dehors du débat. Il peut pourtant, lui aussi, souhaiter maîtriser sa fécondité, et pour cela des méthodes efficaces sont à sa disposition. Manque d information, de volonté politique et médicale, craintes infondées : tout bloque. S il faut être deux pour procréer, la contraception est souvent laissée aux bons soins des femmes : hormis le préservatif ou le coït interrompu (peu fiable), les hommes sont mis à l écart de la question. Certains peuvent pourtant souhaiter éviter à leur compagne, ou leur partenaire d un soir, de gérer seule la contraception et ses aléas. Des méthodes peu connues Bien que l on n en entende quasiment jamais parler, il existe plusieurs méthodes contraceptives «au masculin». La contraception thermique est ainsi proposée depuis les années 80. Basée sur le fait que la température des testicules doit rester inférieure de 2 C environ à celle de l organisme pour que les spermatozoïdes soient fabriqués, elle consiste en un slip chauffant qui remonte et cale les bourses contre la peau. Une méthode qui peut sembler peu séduisante Thinkstock et plutôt saugrenue, mais qui se révèle simple et efficace. Autre possibilité : la vasectomie. Cette intervention mineure, réalisée sans hospi talisation (sous anesthésie locale en cabinet), consiste à sectionner les canaux déférents qui amènent les spermatozoïdes des testicules, leur lieu de fabrication, à la prostate, où ils sont mélangés au liquide séminal. Les gamètes sont donc toujours fabriqués, mais ne peuvent plus être éjaculés. Cela n affecte ni l érection ni l éjaculation (les spermatozoïdes ne représentent que 2 à 3 % du volume de celle-ci). Bémol : cet acte reste dans la grande majorité des cas irréversible et exige donc la certitude de ne pas changer d avis un jour ou l autre. En France, alors que la vasectomie est légale depuis 2001, elle n est quasiment pas demandée, proposée et pratiquée : moins de 1 % des hommes y ont recours, contre 15 à 20 % dans des pays voisins comme l Allemagne ou les Pays-Bas. D autres pistes de recherche sont ouvertes. Une «pilule» masculine est par exemple en cours d élaboration et d amélioration depuis de nombreuses années (elle nécessite pour l instant des injections), mais aucun essai clinique n a été lancé, par manque d investissement des laboratoires pharmaceutiques : pas d autorisation de mise sur le marché (AMM) en vue, donc. Même chose pour le Vasalgel (ou Risug), un gel non toxique qui, injecté dans les canaux déférents, rend les spermatozoïdes non fécondants : cette méthode, développée par une ONG, est actuellement évaluée en Inde, mais personne en France ne semble s y i nt ér e s s er. Un manque d empressement notable D après les sondages, 61 % des hommes seraient prêts à prendre une pilule masculine si elle existait (sondage CSA, 2012). Pourquoi ne se passe-t-il absolument rien? D abord, par manque de demande et d implication : même s ils ne sont «pas contre», la plupart des hommes estiment que c est aux femmes d assumer la responsabilité et les contraintes de la contra ception. Ensuite, nombreux sont ceux qui s inquiètent de leur potentielle perte de fécondité, qu ils assimilent à une perte de virilité : ils craignent à tort de ne plus avoir d éjaculation ou d érection et associent vasectomie et impuissance. Enfin, ni les pouvoirs publics ni le milieu médical ne semblent concernés : difficile de trouver un médecin formé, informé, attentif et ouvert au dialogue, et pour certains hommes volontaires, cela relève d un chemin de croix démotivant. Ce manque d investissement est fortement déploré par le Planning familial, dont la secrétaire générale, Marie-Pierre Martinet, affirmait récemment que «limiter la capacité reproductive des hommes fait peur : cela questionne leur rôle, celui des femmes, la fertilité, la virilité», mais, ajoutait-elle, «si les femmes se sont battues pour avoir cette maîtrise, pourquoi empêcher les hommes d en faire autant?». A l heure de l égalité homme-femme, la contraception masculine reste un enjeu majeur, dont hélas personne ne se préoccupe vraiment. Isabelle Delaleu Garo Phanie 12 I mutualistes n 321

13 IPrévention Santé des yeux Les cinq ennemis à combattre Grâce à nos yeux, nous pouvons voir, observer, lire, communiquer, créer, travailler ou encore nous déplacer : autant dire qu il faut en prendre soin, afin de les conserver en bonne santé le plus longtemps possible. Zoom sur les cinq ennemis à combattre pour préserver son «capital vue». Le soleil Parce que les yeux laissent passer la lumière, ils sont particulièrement vulnérables aux rayons infrarouges et ultraviolets (UV) provenant du soleil. Si l on s expose trop longtemps et sans protection, les UV risquent de provoquer une kératite, c est-à-dire une inflammation de la cornée, ou une ophtalmie, sorte de coup de soleil de l œil très douloureux, mais heureusement bénin. Plus grave : en attaquant directement le cristallin, ces rayons invisibles peuvent contribuer à l installation de la cataracte, première cause de cécité dans le monde selon l Orga nisation mondiale de la santé (OMS). Et quand les UV atteignent la rétine, ils risquent d endommager la macula et de favoriser la dégénérescence maculaire liée à l âge (DMLA). Pour se protéger, une seule solution : porter des lunettes solaires de qualité. Avant l achat, vérifiez bien la présence du marquage CE, de la catégorie de protection (de 0 à 4), du filtre 100 % UV et de la norme Afnor. L alcool et le tabac En excès, l alcool est susceptible d entraîner des cécités par névrite optique (une inflammation du nerf optique). Les ophtalmologistes conseillent donc de ne pas dépasser les recommandations officielles du Programme national nutrition santé (PNNS), soit pas plus de deux verres de vin de 10 centilitres par jour pour les femmes et trois pour les hommes. Le tabac, lui non plus, n est pas sans conséquences sur la santé des yeux. Il peut, comme Photos : Thinkstock l alcool, être à l origine d une névrite optique et sa toxicité conduit, à terme, à l occlusion des petits vaisseaux sanguins qui alimentent la rétine. Enfin, un fumeur a trois à quatre fois plus de risques de développer une DMLA ou une cataracte qu un non-fumeur. L «excès» d écrans S il n a pas été prouvé que les écrans provoquent des pathologies oculaires, on sait que leur mauvaise utilisation peut entraîner une fatigue visuelle réelle (picotements, rougeurs, vision trouble). Devant un écran, les muscles qui permettent à l œil de s adapter pour voir net sont fortement sollicités et la fréquence des clignements des paupières diminue. Les ophtalmologistes recommandent donc de ne pas se placer trop près (à 40 centimètres minimum), de faire des pauses régulières et d harmoniser la lumière de la pièce. Les appareils doivent être placés perpendiculairement à la fenêtre, pour que la lumière du jour ne s y reflète pas. Sachez en outre que les écrans peuvent révéler des anomalies préexistantes, comme l astigmatisme, un strabisme caché ou un problème de sécrétions lacrymales. La sédentarité Même en matière de santé visuelle, la sédentarité est un ennemi à bannir. En ayant une pratique sportive régulière, vous préserverez votre corps du surpoids et de l obésité, et par conséquent des risques associés pour la vue. Il faut savoir que l excès de poids favorise le diabète sucré, une maladie qui peut se compliquer avec l apparition de la rétinopathie diabétique. Cette affection spécifique, due à un taux de sucre trop élevé dans le sang (hyperglycémie), affecte les vaisseaux qui nourrissent la rétine. En France, c est la première cause de cécité chez les plus de 65 ans. Une alimentation déséquilibrée Comme le reste de l organisme, les yeux n échappent pas à l influence de la nutrition, aussi est-il conseillé d avoir une alimentation équilibrée. Certains aliments riches en oméga 3 et en antioxydants sont particuliè rement bénéfiques pour les yeux, parce qu ils contribuent à limiter le processus de vieillissement et donc l apparition de maladies oculaires comme la cataracte ou la DMLA. Parmi les incontour nables : les poissons gras (le saumon, la sardine ou le hareng, riches en oméga 3), les fruits riches en vitamine C (agrumes, kiwi), le chou, le brocoli ou les épinards (riches en pigments anti oxydants). N oubliez pas la vitamine A, présente dans le thon, les huiles de foie de poisson, les légumes et les produits laitiers, ainsi que la vitamine E, que l on trouve dans différentes huiles, le germe de blé ou la margarine. Mathilde Leroy A lire pour plus d infos : Tout savoir pour bien voir, guide Ed. Ciem (72 pages, 3,90 euros). Disponible sur commande auprès de la Ciem : 67, rue Blomet, Paris. n 321 mutualistes I 13

14 IMédecine Vertiges Quand s inquiéter, comment réagir Souvent bénigne, l inquiétante sensation que tout tangue et que le sol se dérobe peut aussi signaler une affection sérieuse, nécessitant des soins. En cas de vertiges, mieux vaut consulter au plus vite pour en trouver la cause et le remède. Un Français sur sept dit avoir ressenti au moins une fois un vertige et, chaque semaine, ils sont à consulter pour ce type de symptôme. Attention, toutefois, à ne pas confondre vrais et faux vertiges. Le vrai se définit comme la perception d un déplacement de l espace environnant, qui entraîne un déséquilibre du corps. Il peut avoir plusieurs causes, toutes liées à un trouble de l oreille interne. La maladie de Menière Symptômes : d abord une sensation d oreille bouchée, puis un vertige qui dure d une vingtaine de minutes à vingt-quatre heures, voire davantage, et s accompagne de sifflements et de bourdonnements d oreilles. Causes : cette maladie apparaît généra lement entre 40 et 60 ans et touche davantage les femmes que les hommes. On sait qu elle est provoquée par une hyperpression dans l oreille interne, mais ce phénomène reste inexpliqué. Chronique, la maladie évolue en fonction du mode de vie du patient : la fatigue, le stress, l anxiété et les traumatismes affectifs sont par exemple des facteurs aggravants. Traitement : en dehors de la prise de diurétiques pendant la phase aiguë pour diminuer la pression dans l oreille interne, l important est d améliorer son hygiène de vie, en apprenant notamment à gérer le stress. Le vertige paroxystique bénin Symptômes : l impression que tout tourne autour de soi en cas de changement rapide de position de la tête (c est toujours le même mouvement qui déclenche le vertige), accompagnée de bourdonnements d oreilles. C est le vertige plus fréquent : en France, chaque année, 4 millions de personnes deux fois plus de femmes que d hommes sont touchées. Causes : ce vertige, dit paroxystique parce qu il est bref, mais aigu, et bénin, parce que sans gravité, est dû à la migration de cristaux (otolithes) dans l oreille interne. Traitement : quelques séances de manipulation, par un ORL ou un kinésithérapeute, permettent de remettre en place les cristaux ou de les disperser. La névrite vestibulaire Symptômes : un violent vertige rotatoire, associé à des nausées, à des vomissements, voire à des palpitations, vous clouant au lit durant trois jours. Si l on bouge la tête, ces manifestations s accentuent et peuvent aboutir à un évanouissement. Causes : il s agit d une inflammation d origine virale (elle est souvent liée à une infection des voies respiratoires) ou circulatoire (hypertension) du nerf vestibulaire, dans l oreille interne. Une seule oreille est touchée, et c est cette asymétrie qui crée le vertige. Traitement : pendant les phases aiguës de vertige, la personne doit être alitée. Le reste du temps, il faut se lever pour réadapter les yeux et le corps à garder l équilibre, ne pas se tenir la tête en bas et bien se réhydrater. On peut, en début de crise, prendre des antivertigineux, mais la plupart des patients récupèrent en quelques semaines sans traitement. Les «faux vertiges» Symptômes : un inconfort, une sensation d instabilité, accompagnée d un brouillard visuel. Causes : les «faux vertiges» peuvent être dus à un déséquilibre par faiblesse musculaire (une sciatique, une arthrose de la hanche ou une prothèse, par exemple, peuvent provoquer des sensations de perte d équilibre), à une hypotension orthostatique (lorsque l on passe brutalement de la position couchée à la position debout, le sang chute au niveau des jambes, réduisant temporairement l afflux sanguin vers le cerveau et entraînant ainsi un déséquilibre), à la migraine ou encore à une hypoglycémie (le manque de sucre dans le sang peut se manifester par un déséquilibre, en particulier chez le diabétique). Traitement : les troubles traduisant en réalité une autre pathologie (sciatique, hypotension, migraine, diabète ), c est celle-ci qui doit être traitée, et non le vertige. Patricia Riveccio Pour plus d infos : Vertiges.info. Garo Phanie L équilibre, une fonction complexe Chez l être humain, l équilibre met en jeu trois organes sensoriels : l oreille interne dans sa partie vestibulaire, les yeux et les terminaisons nerveuses périphériques (colonne, nuque, bassin, pieds), qui indiquent la position du corps dans l espace. Si l un de ces organes ils travaillent ensemble est perturbé, les autres le seront également, ce qui peut conduire à des vertiges. 14 I mutualistes n 321

15 IMédecine Thyroïde Trop d ablations systématiques Selon une étude de l Assurance maladie parue en octobre dernier, trop de patients porteurs de nodules bénins subissent une ablation injustifiée de la thyroïde faute d examens préalables, pourtant recommandés par les experts de différentes sociétés savantes. En 2010, plus de thyroïdectomies (ablations de la thyroïde) ont été pratiquées en France. Un chiffre trop important selon une étude de la Caisse nationale d assurance maladie (Cnam) sur la pertinence de ces interventions, publiée en octobre dernier. Si dans la majorité des cas l opération demeure justifiée lorsqu il s agit d hyper thyroïdies provoquées par exemple par un goitre, un adénome toxique ou la maladie de Basedow, elle devient plus discutable pour les nodules sans hyperthyroïdie, ces derniers pouvant être soit cancéreux, soit bénins. «Plusieurs examens sont nécessaires pour décider de la pertinence à opérer ces nodules, explique le professeur Françoise Borson-Chazot, présidente de la Société française d endocrinologie (SFE). Lorsque l on trouve une petite boule au niveau de la thyroïde, on commence par effectuer un dosage des hormones thyroïdiennes et une échographie. Si le nodule mesure moins de 1 à 2 centimètres de diamètre, la SFE recommande de ne pas y toucher. Il faut savoir que les micro-cancers de la thyroïde ont très peu de risques d évoluer. Mais si le nodule est plus gros, et d autant plus s il est déjà suspect à l échographie, on fait pratiquer une cytoponction.» C est cet examen cytologique, préconisé par différentes sociétés savantes en préalable à la thyroïdectomie, qui permettra de déterminer le risque de cancer. Burger Phanie Cytoponctions insuffisantes Or, selon l Assurance maladie, la ponction n est pas suffisamment réalisée avant l opération. En 2010, elle n a eu lieu que chez 44 % des malades dont la thyroïdectomie a permis de confirmer la suspicion de cancer et chez 34 % des patients pour lesquels elle a finalement révélé un nodule bénin. Résultat : de nombreuses personnes subissent Lorsqu une petite boule est détectée au niveau de la thyroïde, on pratique d abord un dosage des hormones thyroïdiennes et une échographie. Et si le nodule mesure moins de 2 centimètres, les experts recommandent de ne pas intervenir. des interventions «inutiles et non dénuées de complications», précise l Assurance maladie. Après une thyroïdectomie, le patient doit en effet suivre à vie un traitement par hormones thyroïdiennes, ce qui peut induire un déséquilibre hormonal assorti de troubles de l humeur, de fatigue ou de frilosité. Par ailleurs, 4 % des personnes opérées subissent des dommages au niveau des cordes vocales. «Peut-être que l on n utilise pas suffisamment les moyens à disposition pour poser l indication, commente le professeur Borson-Chazot. Peut-être aussi que ces moyens sont mal répartis sur le territoire, puisque certains chirurgiens manquent d experts en cytoponction. Alors, face à un nodule suspect, ils préfèrent opérer, par peur du cancer, pour mettre les gens à l abri. Et puis, dans environ 30 % des cas, la cytoponction ne permet pas de dire si le nodule est malin ou bénin. On parle alors de ponction indéterminée. Il y a d ailleurs des recherches en cours à ce sujet, pour affiner le diagnostic.» Quand la cytoponction est incertaine, le médecin se retrouve face au même dilemme : opérer pour protéger du cancer, au risque de ne découvrir que des nodules bénins, ou ne rien faire et passer à côté de la maladie. Cancers peu évolutifs «Il faut tout de même dédramatiser et rappeler que les cancers de la thyroïde sont très peu évolutifs, insiste Françoise Borson-Chazot. Dans 90 % des cas, il s agit de cancers papillaires avec un taux de survie d environ 98 % à dix ans. Il y a donc un travail d éducation à faire. Théoriquement, ces chirurgies thyroïdiennes ne devraient être réalisées que par des centres expérimentés. Plus quelqu un va être compétent sur une question, plus il va poser les indications à bon escient. Il faudrait aussi diffuser des référentiels reconnus sur la question.» Problème : pour l instant, les seuls référentiels émanent de sociétés savantes et de recueils d apprentissage qui n ont pas forcément la même approche globale. En octobre, l Assurance maladie a donc annoncé une série de mesures : saisie de la Haute Autorité de santé (HAS) sur le parcours officiel à suivre après la découverte de nodules thyroïdiens sans hyperthyroïdie, information «aux chirurgiens qui opèrent massi vement sans cytoponction» et diffusion de messages soulignant l importance de cet examen auprès des médecins généralistes. Mathilde Leroy Pour plus d infos : Sfendocrino.org. n 321 mutualistes I 15

16 IMédecine Hyperactivité Faut-il avoir peur de la Ritaline? Burger Phanie Indiqué dans le traitement du trouble de déficit de l attention associé à l hyperactivité (TDAH), le méthylphénidate, un psychostimulant classé parmi les stupéfiants, soulève bien des inquiétudes. En France cependant, si l on constate une augmentation significative des prescriptions, on est encore loin des situations de surtraitement observées outre-atlantique. Très encadré, ce médicament, plus connu sous le nom de Ritaline, peut en outre apporter un bénéfice certain à des enfants en grande détresse. Fin 2013, le British Medical Journal publiait un article mettant en garde contre les dangers de surdiagnostic et de surtraitement médicamenteux du trouble déficitaire de l attention associé à l hyperactivité (TDAH) chez l enfant. De son côté, l Agence française du médicament (ANSM) soulignait, dans un rapport publié en juillet, une augmentation des ventes de méthylphénidate (connu et commercialisé sous le nom de Ritaline, Concerta ou Quasym), le psychostimulant de référence indiqué dans la prise en charge de ce trouble, de l ordre de 70 % entre 2008 et Est-on en passe de vivre le phénomène de dérive que connaissent les Etats-Unis ou le Canada, des pays affichant des taux élevés d enfants atteints et dont la majorité seraient traités par Ritaline? «Nous sommes encore bien loin de telles situations, répond le docteur Michel Lecendreux, pédopsychiatre à l hôpital Robert-Debré, à Paris. En France comme en Europe, environ 5 % des enfants d âge scolaire souffrent de ce trouble neuro cognitif désormais reconnu par la communauté scientifique internationale. Aux Etats-Unis, les estimations peuvent atteindre les 12 %. Cet écart vient notamment des différences entre les systèmes de classification utilisés. Par ailleurs, toujours en France, un rapport de l Inserm* publié en 2012 estime à 0,15 % la prévalence des enfants qui reçoivent un traitement par méthylphénidate : c est quarante fois moins qu en Islande, le pays le plus consommateur d Europe.» 16 I mutualistes n 321 Pour le spécialiste, cela signifie aussi que, dans notre pays, moins de 1 % des enfants atteints de TDAH qui devraient être traités au méthylphénidate le sont effectivement. «Chez nous, la prescription est très encadrée, les autorités sanitaires sont particulièrement précautionneuses», précise-t-il. Suivi national de pharmacovigilance Ce produit bénéficie notamment d un suivi national de pharmacovigilance et d addictovigilance depuis Il est soumis à des conditions de prescription et de délivrance particulièrement restreintes. L ordonnance initiale et les renouvellements annuels du traitement doivent être effectués par des spécialistes, par des services hospitaliers de neurologie, de psychiatrie, de pédiatrie ou par les centres du sommeil. Des règles très strictes : «Un vrai casse-tête pour les familles, ajoute le docteur Lecendreux. Le médicament n est délivré que pour vingt-huit jours et tous les mois vous devez faire renouveler l ordonnance chez votre médecin. Il faut bien comprendre que le méthylphénidate est d un secours certain pour de nombreux enfants en très grande difficulté. Le produit est généralement bien toléré et il les aide à se canaliser et à diriger leur attention, ce qui améliore aussi l agitation motrice. Malheureusement, en France, on a plutôt tendance à leur prescrire des neuroleptiques ou des sédatifs. Ce n est pas une bonne chose, parce que l on ne répond pas à la question posée. Il faudrait former davantage de spécialistes du TDAH et assouplir les conditions de délivrance, tout en maintenant la surveillance.» Balance bénéfice-risque positive De son côté, bien qu elle mette en garde contre les effets indésirables (risques neuro psychiatriques, risque sur la croissance staturo-pondérale ), l ANSM reconnaît «la balance bénéfice-risque positive du méthylphénidate lorsqu il est utilisé sur la base d un diagnostic bien établi dans le respect des conditions d utilisation». En général, le médicament est prescrit en fonction du degré de handicap généré par le trouble. Si la vie sociale, familiale et scolaire est sérieusement impactée, la médication sera mise en place, mais toujours dans le cadre d une prise en charge multidisciplinaire (psychomotricien, orthophoniste ). «L aspect nutritionnel est également important, précise le docteur Lecendreux. Le fer, les oméga 3 et les acides gras sont essentiels pour nourrir le cerveau de ces enfants.» Un travail complet, donc, à envisager sur le long terme, mais qui porte généralement ses fruits et permet à de nombreux petits patients, s ils sont bien suivis et traités suffisamment tôt, de devenir des adultes épanouis. Delphine Delarue * Institut national de la santé et de la recherche médicale, NDLR. Pour plus d infos : association Hyper-Supers TDAH-France, Tdah-france.fr.

17 Dossier réalisé par Patricia Riveccio Arthrose : souffrir n est pas une fatalité Longtemps considérée comme une usure normale liée au vieillissement, l arthrose est aujourd hui reconnue comme une affection articulaire à part entière, qui ne touche pas que les personnes âgées : un malade sur trois en a d ailleurs ressenti les premiers symptômes avant l âge de 40 ans. Caractérisée par une destruction des cartilages osseux, elle s accompagne de douleurs et d une perte de mobilité qui peuvent se révéler invalidantes. Si les causes de la maladie sont nombreuses, les traitements ne le sont pas, mais il existe des solutions complémentaires permettant aux patients de ne pas laisser la douleur gâcher leur quotidien. Garo Phanie Phototake Phanie Articulation normale C est l une des plus vieilles maladies du monde les premières descriptions ont été réalisées à l issue d autopsies au XVII e siècle, mais aussi la plus fréquente des maladies rhumatologiques : environ 9 à 10 millions de Français en souffrent, soit 17 % de la population, et c est le premier motif de consultation en Europe chez les plus de 60 ans. Or, l arthrose est souvent douloureuse et entraîne une perte de mobilité qui peut se révéler invalidante : sept personnes sur dix considèrent qu elle a un réel impact sur leur activité professionnelle (47 % des malades arthrosiques ont moins de 60 ans et sont donc le plus Genou Fémur Erosion du cartilage Formation de «becs osseux» Liquide synovial Cartilage Inflammation de la membrane synoviale Tibia Arthrose évoluée Erosion de l os sous-chondral souvent encore actifs) et 44,2 % la jugent responsable d une augmentation de leur fatigue (1). A quoi cette maladie est-elle due et pourquoi fait-elle souffrir? L arthrose, qui peut concerner toutes les articulations, mais surtout les doigts notamment les pouces, les genoux (gonarthrose), les hanches et la colonne vertébrale, est caractérisée par la dégradation, puis la destruction progressive du cartilage qui recouvre l extrémité des os. Une maladie du cartilage, mais pas seulement «Ce n est pas une maladie du cartilage seul, mais de toute l articulation, précise le professeur Pascal Richette, professeur en rhumatologie à l AP-HP Lariboisière (2), à Paris. Nous savons aujourd hui qu elle n est pas simplement liée à l usure, au sens où l arthrose ne survient pas de manière inéluctable avec le temps. Quand on regarde une articulation arthrosique de façon macroscopique, à la radio ou en IRM, on voit que c est une pathologie qui touche le cartilage, mais aussi l os sous-chondral, situé sous le cartilage, et le tissu tapissant l intérieur des articulations, la membrane synoviale. Ces trois tissus sont capables de se parler, de s envoyer des médiateurs qui influent les uns sur les autres. Toute la question est de savoir lequel est le premier touché. La membrane synoviale va épurer les fragments de cartilage dégradés, ce qui va déclencher une inflammation, puis éventuellement une synovite. C est la raison pour laquelle, n 321 mutualistes I 17

18 dans une arthrose du genou, celui-ci peut gonfler et faire mal la nuit.» La fonction du cartilage est de permettre aux os de s articuler entre eux avec un coefficient de friction extrêmement faible. Quand il y a un défaut sur ce cartilage, les contraintes qui s appliquent sur l os sous-jacent sont complètement différentes : l os va envoyer au cartilage un stress mécanique important, ce qui participera vraisemblablement à sa dégradation. De multiples facteurs de risque Les facteurs favorisants de l arthrose ont été assez bien identifiés : âge, hérédité, surpoids, sédentarité, traumatismes articulaires, activités professionnelles ou sportives sollicitant les articulations de manière très importante Il y a aussi des risques hormonaux : la carence en œstrogènes en est un, ce qui Fotolia explique pourquoi on observe fréquemment des poussées d arthrose à la ménopause. Chez les personnes obèses, le risque de déve lopper une arthrose du genou et de la main est accru en raison de facteurs sanguins, également : «Nous avons compris que, dans le sang de ces patients, se trouvaient des éléments toxiques pour le cartilage, et en particulier des taux d adipokines [protéines sécrétées par le tissu adipeux ; plus d infos sur Mutualistes.com, NDLR] nocifs pour le cartilage», explique le professeur Richette. Certaines personnes ont par ailleurs une légère prédisposition à «faire» de l arthrose, parce que leur cartilage est de moins bonne qualité, ce qui, associé par exemple à une obésité, va favoriser l apparition de la maladie. Quel est le poids respectif de tous ces facteurs de risque? «Le plus important, c est la sénescence, répond le professeur Richette. Quand vous laissez du jambon traîner sur le plan de travail de la cuisine, il noircit, il caramélise : c est le processus dit de glycation, que l on observe aussi dans le cartilage âgé. Celui-ci devient plus dur, moins souple, et ses capa cités à absorber les chocs, à transmettre moins de stress mécanique sur l os sous- chondral sont altérées.» Résultat : 65 % de la population est touchée après 65 ans et 80 % au-delà de 80 ans. Quant à la fréquence de la maladie, elle varie en fonction Arthrose ou arthrite? Le terme «rhumatisme» recouvre différentes pathologies. Il en existe deux types : les rhumatismes dégénératifs, dont l arthrose est le plus connu ; et les rhumatismes inflammatoires, regroupés sous le terme d arthrite. Ces derniers, qui peuvent avoir de multiples causes (facteurs génétiques, infection, maladie auto-immune ), sont pour la plupart des maladies chroniques, parmi lesquelles la polyarthrite, Hooton-SPL Phanie qui atteint de nombreuses articulations, la spondylarthrite ankylosante, qui touche surtout le bassin et la colonne vertébrale, et le rhumatisme psoriasique, qui s accompagne de psoriasis. Alors que l arthrose est caractérisée par une usure des articulations, l arthrite est liée à une inflammation qui endommage celles-ci. La fréquence des douleurs est par ailleurs différente. Les douleurs arthrosiques sont habituellement mécaniques : elles apparaissent lors de l effort et se calment avec le repos. Les douleurs inflammatoires, elles, surviennent au repos et donc plutôt la nuit. Elles sont ainsi à l origine de réveils nocturnes et de raideurs matinales. de sa localisation : chez les ans, c est l arthrose de la colonne vertébrale qui est la plus courante (70 à 75 % sont touchés) ; puis vient celle des doigts (60 %), l arthrose du genou et celle de la hanche concernant respectivement 30 % et 10 % des personnes de cette tranche d âge (3). Les traitements médicamenteux Les lésions du cartilage ne régressent pas et leur évolution n est pas linéaire, il est donc bien difficile de prévoir l évolution de la maladie. Elle peut être très rapide et très douloureuse ou beaucoup plus lente et ne pas entraîner de handicap majeur. On constate cependant une évolution en deux phases : l une, chronique, au cours de laquelle la douleur est modérée et la gêne variable ; et l autre, dite de crise, où l articulation peut être très douloureuse. Quoi qu il en soit, neuf personnes atteintes sur dix déclarent être en quête de solutions pour «soulager [leurs] douleurs», et deux sur trois pour améliorer leur mobilité. De quel arsenal thérapeutique la médecine dispose-t-elle? «Il n existe pas actuellement de traitement capable de freiner de façon importante la dégradation du cartilage, souligne le professeur Richette. Les médicaments disponibles, qu ils soient administrés par voie orale ou par injections, sont essentiellement symptomatiques. La prise en charge repose donc avant tout sur la douleur et sur l amélioration du handicap fonctionnel, notamment en ce qui concerne les articulations de la main, du genou et de la hanche.» > Les médicaments par voie orale. Les antalgiques, comme le paracétamol, sont les premiers prescrits par le médecin, qui pourra aussi recourir aux antiinflammatoires, mais ces derniers ne doivent être pris qu en période aiguë (ils peuvent en effet être toxiques pour l estomac, alors que les antalgiques le sont moins). > Les infiltrations. Si les douleurs sont trop fortes, le médecin peut proposer, principalement pour l arthrose Les infiltrations de corticoïdes, indiquées quand les traitements par voie orale n ont pas réussi à soulager la poussée inflammatoire, agissent rapidement et leur effet peut se prolonger plusieurs semaines. Burger Phanie 18 I mutualistes n 321

19 Thinkstock du genou, d injecter un médicament corticoïdes ou acide hyalu ronique directement dans les articulations touchées. L infiltration de corticoïdes est indiquée quand les traitements antalgiques et anti- inflammatoires n ont pas réussi à soulager une poussée inflammatoire ou en cas de contre- indication à ces médicaments. Agissant sur la douleur et le gonflement en quelques jours, voire en quelques heures, elle permet souvent d obtenir un bon résultat à court terme et son effet se prolonge de quelques jours à un ou deux mois. Il est toutefois recommandé de limiter le nombre d injections à trois par an et par articulation, car si les trois premières n ont pas eu un effet suffisant, il est peu probable qu une quatrième se montre efficace L injection d acide hyaluronique est quant à elle recommandée en cas d articulation non enflammée. En lubrifiant celle-ci, elle permet de soulager les douleurs et de repousser éventuellement une opération. Le recours à la chirurgie Lorsque les douleurs ne sont plus calmées par les traitements médicamenteux, une intervention chirurgicale peut être envisagée, afin de remplacer l articulation défectueuse par une prothèse. Une technique qui concerne le plus souvent le genou et la hanche, mais qui est également possible pour l épaule. L intervention n est pas anodine : elle dure entre cinquante minutes et deux heures, exige au préalable un bilan clinique et radiologique complet et est obligatoirement suivie par une rééducation et par un contrôle régulier chez le médecin traitant ou le rhumatologue. Cela dit, la pose d une prothèse se révèle souvent efficace : elle supprime 80 à 95 % des douleurs et améliore nettement la mobilité. Chaque année, environ prothèses de genou sont mises en place, principalement à cause de l arthrose, et ce chiffre pourrait atteindre en 2030 si d ici là les traitements n ont pas progressé. Les solutions complémentaires D autres solutions ont montré leur efficacité pour soulager la douleur elles ne ralentissent pas l évolution de la maladie et peuvent donc être utilisées parallèlement aux médicaments. «Aucune donnée scientifique ne démontre, par exemple, l intérêt de l homéopathie ou de la nutrition, précise le professeur Richette, mais ces prises en charge n ont pas d effets secondaires, alors» > Les compléments alimentaires. «Certaines études montrent que les complé ments à base de chondroïtine sulfate ou de glucosamine fonctionnent un peu, poursuit le professeur. Il faut être pragmatique : si cela permet au patient d éviter la prise d anti-inflammatoires, je n ai pas de raison de m y opposer. Dans une maladie pour laquelle il n existe pas une pharmacopée énorme, il faut les essayer.» Votre pharmacien habituel saura vous conseiller. > La phytothérapie. Il existe des plantes à l action anti- inflammatoire, qui permettent de limiter la prise de médicaments. La première, connue depuis environ quatre siècles, c est le cassis ; la seconde, d utilisation plus récente en Europe, l harpagophytum. Les bourgeons et les feuilles du cassis contiennent des polyphénols (antioxydants) et plus particulièrement des flavonoïdes, aux propriétés anti-inflammatoires. Les feuilles ont également une action diurétique majeure, qui favorise l élimination des déchets. La plante peut aussi être utilisée en teinture mère, à raison de cent gouttes à prendre une ou deux fois par jour en cas de douleurs. L harpagophytum se trouve quant à lui le plus souvent sous forme de gélules ou d ampoules. Ajoutons la prêle, riche en éléments minéraux Chassenet BSIP Certaines plantes, comme le cassis et l harpagophytum, permettent de limiter la prise de médicaments anti- inflammatoires. (surtout en silice et en calcium) et reconnue pour ses effets reminéralisants sur les articulations. Attention, les plantes ne sont pas sans danger (demandez conseil à votre pharmacien). L harpagophytum est notamment contre-indiqué en cas d ulcère gastrique. > L homéopathie. La rhumatologie est l un des domaines où les patients ont le plus souvent recours aux méthodes alternatives, et en particulier à l homéo pathie, pour réduire leurs douleurs chroniques. Une étude menée en 1993 a d ailleurs évalué l efficacité d un traitement homéo pathique, Rhus toxicodendron, dans l arthrose du genou et de la hanche et l a trouvé plus efficace que le placebo. «Il existe un très grand nombre de remèdes d homéo pathie pour les douleurs rhumatismales, auxquelles appartiennent les processus dégénératifs arthrosiques, explique le docteur Luu, docteur en pharmacie, sciences naturelles et sciences bio logiques. Certains sont plus spécifiques de l os, d autres davantage en rapport avec la synoviale, les ligaments ou les muscles, d autres encore concernent le tissu nerveux et seront mieux adaptés au processus névralgique.» Il est donc indispensable de consulter un médecin homéopathe : «Celui-ci va tenir compte du terrain du malade, de ses antécédents pathologiques, de ses réactions, pour trouver le ou les remèdes à prescrire.» Les traitements homéopathiques sont en effet personnalisés, et ce qui fonctionne chez l un sera peut-être inefficace chez un autre. > La nutrition. Renforcer les articulations passe par l amélioration des défenses antioxydantes et la lutte contre l inflammation. Il convient d adopter une alimentation saine, pauvre en toxines et surtout en acide urique le principal responsable des douleurs articulaires, mais riche en calcium, l un des principaux constituants du squelette. Ce n est pas si compliqué : par exemple, 100 grammes Burger Phanie n 321 mutualistes I 19

20 Une alimentation riche en légumes et en fruits renforce les articulations en améliorant les défenses antioxydantes. de chou chinois équivaut, côté calcium, à un verre de lait, les anti oxydants en plus! Une autre source de calcium biodisponible, moins connue, nous est conseillée par le docteur Luu : «Faites dissoudre de la coquille d œuf avec sa membrane dans un mélange de jus de citron et de vinaigre de cidre. Une fois filtré et conservé au réfrigérateur, ce liquide apporte un calcium directement utilisable par l organisme.» Enfin, les légumes (en particulier le chou) et les fruits (tous les fruits rouges, le kiwi, la datte) apportent des antioxydants, et les poissons gras (sardine, thon, saumon, maquereau), les noix et les graines de lin, des oméga 3. > Le sport. Il est très important de garder une activité physique régulière et, si le sport n est pas conseillé pendant les périodes douloureuses, il ne faut pas Burger Phanie que le repos soit trop prolongé, car l articulation a besoin d être régulièrement mobilisée. Les spécialistes conseillent d éviter les sports traumatisants, mais de pratiquer un exercice L arthrose à 20 ans, c est possible? Si elle est d abord liée au vieillissement, l arthrose peut se déclarer à tout âge et même apparaître chez le jeune, dès 20 ans. Il s agit alors le plus souvent d une arthrose cervicale, d une arthrose du genou (gonarthrose) ou encore de la hanche, due à une pratique sportive de haut niveau (arts martiaux, hip-hop, football ). Ces cas sont généralement sévères, car les personnes atteintes sont plus actives et demandent davantage à leurs articulations que les seniors. Certaines malformations des articulations (dysplasies) peuvent également provoquer, chez le sujet jeune, une arthrose évolutive. Si celle-ci est dépistée tôt, on peut réaliser une intervention correctrice de l architecture articulaire permettant d en ralentir considérablement l évolution. 20 I mutualistes n 321 physique modéré (marche, randonnée, vélo ou natation, par exemple), à raison de vingt-cinq à trente minutes trois fois par semaine. Dès la moindre douleur et si celle-ci augmente durant votre activité, il est temps d arrêter! > La kinésithérapie. Elle peut éviter que l arti culation ne s enrai disse et permet de retrouver une certaine souplesse lorsque celle-ci est déjà raide, mais aussi de conserver ou de renforcer les muscles (sans eux, les articulations ne peuvent pas bouger). Elle corrige également les mauvaises postures, soulage l articulation et agit ainsi contre la douleur. > La cure thermale. C est un moment privilégié pour s occuper de soi et de ses articulations, mais aussi pour acquérir de bonnes habitudes (exercice, diététique ). Certaines stations sont spécialisées dans les troubles rhumatismaux et l arthrose. Les soins, assez semblables à ceux pratiqués en thalasso thérapie : hydromassages, marche en piscine, Benoist BSIP aquagym, sont le plus souvent associés à de la kinésithérapie. > Semelles et orthèses. Les aides techniques se révèlent souvent utiles pour soulager le travail des articulations. En présence d une gonarthrose, par exemple, les semelles orthopédiques, en amortissant les chocs et en réduisant les contraintes sur le cartilage, peuvent avoir un effet bénéfique contre les douleurs au genou. Elles se révèlent particulièrement efficaces lorsque l arthrose touche l intérieur de l articulation : en modifiant l axe de la jambe, elles soulagent cette zone des contraintes exercées pendant la marche. Thinkstock Quant aux orthèses, ces appareils qui soutiennent l articulation et l immo- bilisent afin de corriger une déviation, elles sont de trois types : l orthèse simple, comme la genouillère élastique ; l orthèse dynamique, réservée au genou, qui en corrige la déviation ; et l orthèse de repos ou d immobilisation, le plus souvent utilisée pour l arthrose des doigts. Et la recherche? Que peuvent espérer les malades dans les années à venir? Le professeur Richette se montre assez optimiste : «La recherche est très dynamique et aboutira très probablement à la mise au point de traitements qui freineront la dégradation du cartilage. Nous sommes dans une période où l on essaie de comprendre comment tout cela fonctionne. Par exemple, si l on bloquait telle ou telle protéine, cela pourrait-il se révéler bénéfique pour le cartilage? Des greffes de chondrocytes ont également été envisagées, mais les résultats ne semblent pas très concluants.» Peut-on espérer reconstituer du cartilage à l aide de biomatériaux, afin d obtenir un cartilage semi-artificiel? Et en ce qui concerne les cellules souches, où en est-on? En tout cas, les essais de thérapie cellulaire sur l animal semblent prometteurs. «Il faut soutenir la recherche en faisant des dons (4), car il existe hélas un réel manque de subventions», conclut le professeur. Et il y a urgence : en 2030, l arthrose pourrait toucher 22 % de la population française. (1) Chiffres : enquête «Stoparthrose», Association française de lutte antirhumatismale (Aflar), octobre (2) Service de rhumatologie et unité Inserm (3) Source Inserm, chiffres Société française de rhumatologie. (4) Pour plus d infos : France Rhumatismes, un fonds de dotation créé par la Société française de rhumato logie (SFR), France-rhumatismes.org. Pour en savoir plus Stop-arthrose.com : le site de l Alliance nationale contre l arthrose, une initiative de l Association française de lutte antirhumatismale (Aflar). Rhumatologie.asso.fr : le site grand public de la Société française de rhumatologie (SFR). > Pour encore plus d infos, consultez Mutualistes.com.

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