IE Bercy EDITORIAL. THEMATIQUE PROSPECTIVE LE POINT DE VUE DU SCIE LE CERCLE SCISDI LOW COST AERIEN CLAUDE ABRAHAM Ancien DG de la DGAC

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1 IE Bercy La lettre d information de l Intelligence Economique des Ministères économiques et financiers N 36 Février 2014 EDITORIAL Jean-Michel JARRY THEMATIQUE PROSPECTIVE LE POINT DE VUE DU SCIE LE CERCLE SCISDI LOW COST AERIEN CLAUDE ABRAHAM Ancien DG de la DGAC LES MARCHES MONDIAUX DE MATIERES PREMIERES PHILIPPE CHALMIN Président fondateur de Cyclope BIG DATA MAEL PRIMET Co-fondateur de SNIPS ECLAIRAGE TERRITORIAL : REGION L exemple de l aéroport de Beauvais Tillé en Picardie LES CAHIERS DE LA VEILLE Pour aller plus loin sur AGENDA IE La politique publique d intelligence économique a été réaffirmée dans le courant de l année 2013, notamment au travers des volets anticipation, veille stratégique et influence qui concernent plus particulièrement les ministères économiques et financiers. Dans ce contexte et en l attente du premier comité interministériel de pilotage la présente publication compte poursuivre la refonte initiée l année dernière qui l a conduite à traiter de différents sujets ayant un impact sur la compétitivité, en donnant la parole à des experts et des praticiens, et en favorisant les échanges avec la mise en place du Cercle du «Soutien à la Compétitivité par l Intelligence Stratégique et le Développement de l Influence». Au travers des différents thèmes traités est ainsi illustrée la diversité des problématiques de l intelligence économique, activité transversale qui doit favoriser la circulation de l information et participer au processus d aide à la décision du dirigeant, tout en permettant de développer la dimension d intelligence collective qui sous-tend les actions d influence indispensables à la mise en œuvre de stratégies offensives. Cette publication traduit la volonté de favoriser le développement d une culture d anticipation face aux mutations profondes auxquelles nous sommes confrontés, prérequis indispensable à l adaptation des stratégies des organisations et au développement des avantages concurrentiels de demain. C est pour encore mieux répondre aux besoins de ses lecteurs (2300 à ce jour) qu IE Bercy évolue en Trois thèmes seront traités sous différents angles tout au long de l année : le transport, les matières premières stratégiques et l économie numérique, avec une parution bimestrielle au lieu de mensuelle jusqu à présent. Plusieurs numéros hors-série seront également réalisés au cours de l année traitant d un sujet d ensemble en lien avec la compétitivité, le premier en mars sur «Afrique et compétitivité» juste avant le sommet UE Afrique qui se tiendra le 2 avril à Bruxelles. Des «Ateliers du SCIE» sont également inaugurés début mars offrant un cadre d échange et de réflexion aux acteurs tant publics que privés sur différentes thèmes liés aux grands défis d une compétitivité à retrouver, le premier sujet traité étant «Les mutations du transfert de technologie». Le Service est également moteur d une réflexion initiée sur un modèle d offre globale à l international, susceptible de fédérer les acteurs d un domaine à fort potentiel export autour d un écosystème approprié ; cette réflexion s accompagne d une démarche de partage et de mutualisation de l information accompagnée d actions d influence vers les marchés cibles. Tout cela participe de l apport de l intelligence économique aux différentes actions conduites pour renforcer la compétitivité de notre économie et de nos entreprises. Jean-Michel JARRY Coordonnateur ministériel à l intelligence économique (p.i.) IE Bercy n 36 février 2014

2 LE POINT DE VUE DU SCIE LA DIMENSION PROSPECTIVE DES MUTATIONS JEAN-LOUIS TERTIAN ADJOINT DU CHEF DE SERVICE, CHEF DU DÉPARTEMENT DE L ANALYSE STRATÉGIQUE ET DE LA PROSPECTIVE IE Bercy va traiter, au cours de l année 2014, de trois thèmes simultanés destinés à illustrer la complexité des mutations qui sont en cours. Au travers de cette approche, la volonté est d illustrer, dans une logique d intelligence économique, tant la diversité des changements qui sont à l œuvre que les interactions qui sont susceptibles d exister entre eux. Ces thèmes sont les transports, les matières premières et l économie numérique, traités sous différents angles à chaque numéro. Avec «Le point de vue du SCIE», l objectif consiste, dans le cadre des thématiques traitées, à faire état des principaux éléments de réflexion du SCIE, tout en laissant toute leur place aux experts de haut niveau qui nous font l honneur d intervenir dans ces colonnes. Alors que chacun des bouleversements étudiés ce mois-ci sous l angle prospectif est constitutif de ruptures potentielles ou avérées pour la compétitivité de nombreuses entreprises, y compris hors des secteurs concernés, c est aussi la combinaison de ces évolutions qui recèle des potentialités tant en termes d opportunités que de risques pour les entreprises. Au travers d une réflexion prospective, ce sont bien les avantages concurrentiels susceptibles d émerger qui sont au cœur de la réflexion et de l action. Les outils de l intelligence économique l anticipation, l influence et la sécurité économique sont tout à fait pertinents pour appréhender des mutations complexes, par opposition à des modèles plus simples basés sur une adaptation à une mutation unique. La caractéristique commune d évolutions de cette ampleur est de nécessiter des changements dans de nombreux champs d activité de l entreprise. LE LOW COST AERIEN A REBATTU LES CARTES DU SECTEUR ET IMPOSE UN CHANGEMENT DE MODELE Dans un secteur comme celui du transport aérien de passagers, la différenciation rencontre une difficulté toute particulière car le produit l avion est similaire. Cela conduisait précédemment à des efforts de différenciation en termes de desserte, de service notamment. L arrivée d opérateurs «low cost» a conduit à un modèle désormais basé sur le choix du prix, souvent avant même la destination. Si ce modèle du «low cost» semble limité aux courts et moyens courriers, il n en reste pas moins qu il impose des changements de stratégie radicaux aux acteurs dominants, accélérant un processus de consolidation pour recréer des marges diminuées par ce changement de la donne concurrentielle. La stratégie du «low cost» n est cependant pas nécessairement adaptée à tous les secteurs ni à tous les acteurs. En particulier, elle ne doit pas être confondue avec une stratégie de «prix bas 1» car cette dernière n est pas tenable en l absence d avantages concurrentiels durables (comme un coût moindre de gestion de la flotte ou l utilisation d aéroports excentrés). Tout en reconnaissant les changements engendrés, il est nécessaire d en percevoir les limites en termes de reproductabilité. LA PRESSION SUR LES MATIERES PREMIERES IMPOSE LA CONDUITE DE STRATEGIES D ADAPTATION La définition d abondance et de rareté caractérise l ère dans laquelle nous nous situons, et ce bien avant les débuts de la révolution industrielle. Mais si l impression de rareté tend à prévaloir au travers de la constatation de la consommation voire surconsommation des ressources disponibles, elle ne saurait occulter l importance du rôle de l innovation pour surmonter cette augmentation de la rareté. Le besoin conduit ainsi souvent à renverser le cycle et passer de la rareté à l abondance. C est ce cycle entre les deux qu il importe d identifier pour anticiper les actions à mettre en œuvre. A côté du cycle de long terme qu il est possible de relativement bien identifier passant de périodes d abondance à des périodes de pénurie et inversement, au gré des évolutions de l offre et de la demande, il existe également des évènements non récurrents qu il importe d identifier suffisamment tôt, des évènements qui recèlent des caractéristiques proches de celles des «cygnes noirs» tels que définis par Nassim Nicholas Taleb 2. 1 Basée sur une réduction des coûts plus que sur une innovation 2 Les «cygnes noirs» sont des évènements imprévisibles, faiblement probables et non récurrents aux conséquences majeures 2 IE Bercy n 36 février 2014

3 Un exemple de ce type d évènements est la montée en puissance des hydrocarbures non conventionnels aux Etats-Unis qui ont changé la donne en matière énergétique au niveau mondial, permettant un avantage concurrentiel significatif à ces derniers avantage non forcément répétable par ceux qui suivront et repoussant loin les craintes en matière de pénurie d hydrocarbures telle que véhiculée depuis le premier choc pétrolier. LE DEVELOPPEMENT DU «BIG DATA» MODIFIE LA RELATION AVEC LE CLIENT Dans la prolifération de données qui abreuve chaque secteur de l économie, le big data offre de réelles perspectives mais impose également des stratégies d adaptation pour en tirer parti. En favorisant le ciblage du consommateur de façon beaucoup plus fine et en temps réel, il recèle le potentiel d améliorer la qualité du service fourni, ce qui peut connaître des déclinaisons tant dans le domaine de la santé, que de la gestion des flux de transport ou de la surveillance de plantations, pour ne prendre que quelques exemples. L éventail des possibilités offertes suppose cependant une réflexion préalable pour trouver un équilibre entre la protection du caractère privé des données et leur utilisation publique. En la matière, le big data pourrait bien contribuer à faire bouger les lignes car son potentiel illustre à quel point l utilisation d un large panel de données peut bénéficier à l intérêt général à condition d accepter l utilisation de données privées. Gageons qu il y aura matière à débat, mais les perspectives en termes de compétitivité des acteurs français de ce secteur tout comme d amélioration des services offerts aux clients / usagers devront être bien prises en compte. Les trois mutations présentées ci-dessus illustrent la complexité de l exercice d aide à la décision et d adaptation en anticipation de la stratégie de l entreprise. Dans un contexte où l afflux d information et l impératif de réagir en temps réel génèrent une pression particulière sur les dirigeants, la tentation est grande de se concentrer sur la partie tactique d adaptation et de renoncer à la partie stratégique d anticipation d un univers aussi mouvant. C est là que face à cette tentation du vide stratégique, développée notamment par Philippe BAUMARD 3, la capacité à gérer les différentes facettes du temps, encore plus que de l espace, représente une réelle source d avantage concurrentiel. Si la prise de décision conserve une caractéristique de choix en situation d information incomplète, ce qui représente le quotidien du dirigeant, la capacité à retarder cette prise de décision 4 au maximum représente une réelle compétence et une source insuffisamment exploitée de différenciation stratégique. 3 Le Vide stratégique, Philippe Baumard, janvier 2012, CNRS Editions 4 Wait : The useful art of procrastination, Frank Partnoy, août IE Bercy n 36 février 2014

4 LE CERCLE SCISDI DU 12 FÉVRIER 2013 (SOUTIEN À LA COMPETITIVITÉ PAR L INTELLIGENCE STRATÉGIQUE ET LE DÉVELOPPEMENT DE L INFLUENCE) PARTICIPANTS : CLAUDE ABRAHAM, MAËL PRIMET De gauche à droite, Didier Etienne, Claude Abraham, Maël Primet Les invités du cercle SCISDI ont débattu de deux concepts en train de bouleverser des modèles économiques : le low cost qui bouleverse le monde des compagnies aériennes et le Big Data qui va procurer des vecteurs nouveaux de développement et bouleverser à terme certains secteurs notamment ceux en charge de la gestion des flux. Cet aspect rejoint également certaines problématiques liées à la ville intelligente. LES MUTATIONS DU «LOW COST» ET DU «BIG DATA» Les compagnies aériennes " low cost " ne sont pas simplement comme le nom le laisserait supposer - des compagnies moins chères. Ce sont surtout des entreprises qui ont une autre conception de ce qu'est le transport aérien. De même l'expression «Big Data» pourrait être comprise comme " encore plus de data ". Il ne faut pas penser qu il s agit de " plus de la même chose ", en laissant quasi intact les conceptions qui ont dominé dans le passé. Le Big Data est "autre chose" et il ne créera l'avantage concurrentiel qu'avec des modèles mentaux radicalement différents. Il faudra changer leur manière de penser aux clients avec des concepts jamais vus auparavant et des pratiques inédites. Big Data est avant tout un énorme défi pour la créativité dans l économie. Le transport aérien en particulier a vu émerger un modèle économique nouveau d abord aux Etats- Unis suite à la dérégulation des années 70 et à l émergence de Southwest Airlines, la première compagnie low cost de l histoire, puis en Europe. Les clés de succès du modèle low cost sont bien identifiées : une structure financière permettant des acquisitions et le financement de la croissance ; un marché visé finement défini (en clientèle ou en localisation des liaisons exclusivement sur le court et le moyen courrier) mais suffisamment vaste ; une structure d exploitation et des pratiques commerciales (prix de vente limité au transport sec sans prestations) permettant le maintien de prix de revient au siège kilomètre offert notablement bas. Enfin la qualité de la flotte, avec des avions récents et plus performants en termes de dépense énergétique, avantage aussi les compagnies low cost. LES STRATEGIES D ADAPTATION SONT A INVENTER On se retrouve face à l émergence de structures avec un état d esprit nouveau. Pour les acteurs existants, cela implique de sortir du modèle auquel ils sont habitués, ce qui est particulièrement difficile pour le leader dont le modèle d affaires a contribué au succès. Les modifications de modèle économique dans le transport aérien ne sont cependant pas à la portée des grandes compagnies. Le modèle social d Air 4 IE Bercy n 36 février 2014

5 France par exemple ne peut pas être modifié radicalement. Le coût d une transformation rapide de la flotte est également une difficulté. La transposition du modèle low cost à d autres secteurs du transport n est pas non plus envisageable : le ferroviaire est limité par les contraintes d utilisation du réseau ferré et l offre low cost de la SNCF «OUIGO» n introduit pas une modification substantielle du modèle économique. Quant au transport maritime il est contraint par le coup de la vitesse. Reste la route où, là, le Big Data devrait jouer à terme un rôle direct dans la régulation du trafic. Les modèles prédictifs peuvent apporter de nouvelles approches et une efficacité liée à l exploitation des données. Toutefois la question de la préservation des informations se posera car le caractère intrusif dans la vie privée posera problème. En effet l efficacité pour l usager dépendra de la qualité de son profilage. Un autre problème pourrait surgir de l éventuelle inadaptation des informations d où peuvent surgir des difficultés juridiques et le développement d offres assurantielles sur la qualité de l information. Mais si le low cost aérien a pu se développer sur un modèle économique à la fois innovant et efficace le Big Data n a pas fait émerger de «business model» car finalement on ne connait pas les prix des produits innovants. Enseignement : Pour chaque entreprise, la remise en cause de l évidence de son modèle économique doit être à l ordre du jour, notamment en s interrogeant sur la capacité à le modifier au travers de la suppression de certaines contraintes considérées comme établies. 5 IE Bercy n 36 février 2014

6 LES GRANDES COMPAGNIES AÉRIENNES EUROPÉENNES SONT ELLES MENACÉES PAR LES "LOW-COST"? CLAUDE ABRAHAM, ANCIEN DG DE LA DGAC L'apparition des entreprises de transport aérien, dites "low-cost " suit de peu la publication, en 1978 de l' " Airlines Deregulation Act ", applicable au seul marché intérieur américain. Pour la première fois, de nouvelles compagnies peuvent se lancer sur le marché, les anciennes compagnies sont à même d'ouvrir de nouvelles lignes en transport intérieur, les tarifs ne sont plus soumis à autorisation. A ces révolutions réglementaires, engendrant nouvelles concurrences, et baisses, voire guerres tarifaires, fait suite un bouleversement du paysage. Sur 10 grandes compagnies, cinq ont disparu, parmi lesquelles les légendaires Pan Am, qui a fait faillite en TWA a été rachetée par American Airlines en 2001 et Braniff, a disparu en Mais les concentrations se sont poursuivies: Eastern, compagnie de lancement de l'airbus aux USA, a fait faillite en 1991, Western a été absorbée par Delta en 1987, Northwest a fusionné avec Delta en 2010, Continental et United ont également fusionné en Mais c'est une petite compagnie, Southwest, créée en 1971 qui a inventé le low cost en Elle exploite aujourd'hui près de 600 appareils, tous des 737, en a plus de 300 en commande, et réalise plus de 3000 vols quotidiens. Mais elle ne saurait être rendue responsable, à elle seule, des concentrations qui ont totalement modifié le paysage. A l'intérieur du marché européen, le modèle américain s'est imposé progressivement. À partir d'une première phase de libéralisation en 1987, l'ouverture du cabotage aux compagnies européennes débute partiellement en 1990 pour être largement élargi de 1993 à Désormais, toute compagnie immatriculée dans l'un des états membres de l'union Européenne, et dont les capitaux sont obligatoirement en majorité européens, peut assurer un trafic de n'importe quel point à n'importe quel point à n'importe quels tarifs. L'évolution de l'environnement économique et réglementaire entraîne un bouleversement du paysage : des compagnies " low cost " voient le jour et leur trafic explose, représentant pour les compagnies traditionnelles un redoutable défi auquel elles ont tardé à répondre. En Europe, ces nouveaux venus ont conquis près de 50% d'un marché qu'elles ont indiscutablement contribué à développer. Leur part, en France, est de l'ordre de 30%. Elles ont nom easyjet, Ryan Air, Air Berlin, qui dominent le marché, mais aussi, en France, Vueling ou Volotea, qui affichent de grandes ambitions. Rappelons rapidement les caractéristiques actuelles du modèle low cost, communes à la majorité de ces compagnies, même si les modèles économiques et les marchés exploités peuvent différer : Spécialisation sur le court et moyen-courrier, et sur la clientèle voyageant pour motifs personnels Pas de garanties de correspondances, absence totale de flexibilité du billet. Minoration du temps d'escale pour permettre une rotation supplémentaire des appareils dans la journée. Pour certaines compagnies, utilisation d'aéroports secondaires avec durée de roulage minimale. Exploitation d'une flotte récente et homogène, réduisant le coût de formation du personnel, les coûts de maintenance, et les dépenses de carburant. Quand c'est possible, utilisation d'aérogares spécialement conçues pour réduire coûts et services. Services liés au coût du billet strictement limités au seul transport du passager. C'est ce qu'on appelle le " no frills ". Tout le reste est payant, et les ventes à bord, mais aussi les recettes auxiliaires, en particulier bagages, contribuent de façon importante au revenu. Vente quasi exclusive par Internet. Généralisation des prix d'appel, dont certains ne couvrent même pas les redevances aéroportuaires, et utilisation extensive du yield management. 6 IE Bercy n 36 février 2014

7 Externalisation de certaines fonctions, voire du recrutement d'une partie des personnels pour faire face à la saisonnalité de trafics, et recherche des implantations (bases) permettant de minimiser les coûts sociaux, en jonglant parfois avec la légalité.. On estime que le prix de revient au siège kilomètre offert de ces nouvelles compagnies pourrait être inférieur de moitié à celui des compagnies traditionnelles. Il est incontestable que l'apparition des low cost a conduit à un développement spectaculaire du transport aérien moyen-courrier, et qu'une partie non négligeable de leur activité est constituée d'une clientèle nouvelle. Mais la concurrence qu'elles exercent sur les activités des compagnies traditionnelles est lourde de menaces. Aujourd'hui en Europe, l'industrie du transport aérien est dominée par trois groupes : British Airways-Iberia (IAG); Lufhansa-Austrian; Air France - KLM. De nombreuses compagnies porte-drapeau ont disparu, d'autres, telles qu'alitalia ou SAS, sont à la recherche de partenaires. Ces trois groupes, dont l'ambition est de desservir le monde, seules ou en partenariat, exploitent trois marchés principaux : des liaisons transversales, en général moyen-courriers. -des liaisons de desserte de leurs bases principales, appelé hubs. Ces liaisons remplissent un double rôle : elles assurent la relation entre les deux points desservis. Mais aussi elles servent à l'alimentation du réseau long-courrier desservi à partir du hub. Sur chacune de ces liaisons, les compagnies ont tendance à privilégier la clientèle d'affaires, non sans avoir besoin de la clientèle pour motifs personnels pour améliorer le remplissage des liaisons long-courriers à partir du ou des hubs, qui constitue leut marché principal. La politique d'alimentation des lignes long-courrier par des lignes de rabattement s'est considérablement développée au cours des années récentes. Sur les liaisons transversales court et moyencourriers, les compagnies traditionnelles sont incapables de faire évoluer suffisamment leurs coûts pour les rapprocher suffisamment de ceux de leurs concurrents. Elles n'ont d'autre choix que de se retirer progressivement, tout en essayant de se faire remplacer par des compagnies low cost qu'elles auraient elles-mêmes achetées, constituées ou développées. Ces tentatives n'ont de chances de réussite que si ces compagnies, leurs personnels et leurs modes de gestion s'écartent délibérément de ceux de leur compagnie mère. Mais après tout, les compagnies traditionnelles pourraient renoncer à tout ou partie de ces liaisons transversales, sauf à les utiliser pour former leurs filiales low cost, dont l'importance demeurera sans doute marginale par rapport aux géants du secteur. Sur les liaisons d'alimentation des hub, la concurrence des low cost commence à s'exercer, mais avec un peu plus de difficultés compte tenu de la rareté des créneaux disponibles sur les grandes plates-formes. Cette concurrence tire les prix vers le bas, et siphonne une partie du trafic de ces liaisons d'apport. Or celles-ci sont essentielles au remplissage et à la rentabilité des relations long-courrier, menacées par ailleurs par la concurrence de nouveaux venus, en provenance en particulier du Moyen-Orient et tout particulièrement du golfe persique. En outre, la stratégie des compagnies low cost évolue, celles-ci cherchant à mordre sur le marché des voyages pour motifs professionnels, quitte à renoncer à certaines des caractéristiques traditionnelles des voyages à bas coûts : pas d'attribution de sièges, stricte limitation des bagages de cabine, absence de souplesse en cas de changement d'horaire. Sauf à remettre en cause la politique d'alimentation des hub par des liaisons d'apport qu'eles exercent en propre, les grandes compagnies peuvent envisager la mise en œuvre de filiales qui auraient fait leurs armes sur les marchés transversaux, ou éventuellement des accords avec certaines compagnies low cost, étant noté cependant que les contraintes d'exploitation liées au fonctionnement d'un hub sont difficilement compatibles avec les contraintes permettant à une entreprise de fonctionner à très bas coûts. L'irruption des low cost sur le marché du transport aérien ainsi que la concurrence accrue sur le longcourrier obligent les compagnies traditionnelles à de très douloureuse adaptations : renonciation à certains marchés ; programmes drastiques de réduction des coûts et d'amélioration de la productivité. Bien entendu, le modèle économique du low cost lui-même évoluera, en particulier pour attirer une fraction de la clientèle d'affaires. Toutes les compagnies actuelles ne survivront pas. Il n'est pas évident que les adaptations ou évolutions des grandes compagnies traditionnelles seront suffisantes, et l'on ne peut totalement exclure des évolutions à l'américaine, où la concentration du secteur se poursuivrait. La question de la survie, ou de l'autonomie de l'une au moins des trois grandes compagnies européennes risquerait, à moyen terme, de se poser. 7 IE Bercy n 36 février

8 LES MARCHES MONDIAUX EN 2013 PERSPECTIVES POUR 2014 PHILIPPE CHALMIN, PRÉSIDENT FONDATEUR DE CYCLOPE Alors que l économie mondiale peine à sortir de ce que Joseph Stiglitz appelle «le grand malaise», les marchés mondiaux de matières premières et de commodités sont restés en 2013 à des niveaux élevés qui permettent d affirmer que le choc majeur intervenu à partir de 2006 est encore loin d être terminé. Mesuré en dollars courant, l indice CyclOpe s inscrit en moyenne en repli de 5 % par rapport à 2012, de 8 % si l on ne tient pas compte du pétrole et des métaux précieux. Mais par rapport aux minima historiques enregistrés au début du XXIe siècle (entre 1999 et 2001), les prix mondiaux au début 2014 sont respectivement six fois et trois fois plus élevés. Le choc se poursuit donc! L année 2013 a été marquée par la relative stabilité du prix du pétrole, par la baisse sensible de nombre de produits agricoles, du maïs au café, et par la bonne tenue des marchés des métaux, les hausses des uns compensant plus ou moins les baisses des autres. Les plus fortes hausses moyennes, celle du gaz naturel aux États-Unis (+35 %) et celle du marché du fret maritime en vrac sec (+32 %) doivent être relativisées tant leurs prix avaient été déprimés en Cependant, dans un contexte macroéconomique sans véritable ligne de fracture, chaque marché a connu sa propre histoire, réagissant de manière plus ou moins forte à trois sources majeures d incertitude : la Chine, le climat et les tensions géopolitiques. L ETERNELLE INTERROGATION CHINOISE La Chine, en quelques années, est devenue le facteur déterminant pour pratiquement tous les marchés de la planète : à la limite il est plus simple d évoquer les quelques produits pour lesquels elle compte peu comme le café ou le cacao. Mais en 2013, la Chine est devenue une des clefs du marché céréalier mondial dont elle était presque absente jusque-là. Et que dire des 820 millions de tonnes de minerai de fer (+10 %) ou des 63 millions de tonnes de graines de soja (+8,6 %) qu elle a importé! Les marchés ont donc vécu au rythme des pulsations économiques mais aussi politiques de l Empire du Milieu : incertitudes durant les premiers mois de l année quant aux orientations économiques de la nouvelle équipe au pouvoir, doutes avec le ralentissement de la croissance au deuxième trimestre, optimisme se confirmant peu à peu sur la fin de l année malgré des craintes sur la santé de l appareil bancaire chinois. Dans le détail la stratégie chinoise reste toujours aussi difficile à décrypter : comment interpréter par exemple le rejet en décembre 2013 de plus de tonnes de maïs américain provenant d OGM «non conformes» : simple mesure sanitaire ou bien volonté de limiter un approvisionnement du marché local jugé excessif. Les mêmes interrogations se posent sur la gestion du stock public de coton que les autorités ont commencé à vendre aux filatures locales à des prix bien supérieurs aux prix mondiaux. Pour le minerai de fer, Pékin a même décidé de créer son propre indicateur de prix afin de ne pas dépendre des indices utilisés sur les marchés dérivés. 8 IE Bercy n 36 février 2014

9 En 2013, en tous cas, la croissance de la demande chinoise est restée le principal élément de soutien des marchés mondiaux. Et en toute logique il en sera de même en Les autres pays émergents pèsent peu sur les marchés : Brésil et Russie sont des exportateurs de matières premières. L Inde reste largement autarcique avec même un renforcement notable de sa politique alimentaire. Quant aux autres pays d Asie, leurs flux d importation subissent relativement peu d àcoups. AU RISQUE DU CLIMAT Sur le plan climatique, 2013 aura été une année presque «normale» et en conséquence les productions agricoles ont battu de nouveaux records : près de 2,5 milliards de tonnes de céréales par exemple! Ceci a eu un impact fort logique à la baisse sur les marchés des grains notamment pour le maïs et les oléagineux, le blé résistant mieux grâce aux besoins de la Méditerranée et de la Chine. Il en a été de même pour le café (l Arabica en particulier) et pour le sucre. La sécheresse en Océanie au printemps a, par contre, provoqué de fortes tensions sur les marchés des produits laitiers. En fin d année, la vague de froid aux États-Unis a été à l origine de la forte remontée des prix du gaz naturel jusque-là fort déprimés par le développement de la production de gaz de schiste. INQUIETUDE GEOPOLITIQUE Nous sommes bien loin en matière géopolitique de quelque «fin de l histoire» que ce soit et les matières premières sont rarement absentes des régions en crise. Force est de constater cependant une autre manière de voir l évolution des prix : variation entre le 1er janvier et le 31 décembre (en pourcentage) : calculs de Bloomberg présentés par Les Echos que les tensions actuelles ont eu peu d impact sur les marchés. La guerre civile en Syrie, le problème du nucléaire avec l Iran, les guerres africaines, du Mali au Sud-Soudan, les tensions en Égypte, en Tunisie et en Lybie, n ont pas entamé la sérénité du marché du pétrole qui a fait même preuve d une étonnante stabilité évoluant en 2013 dans une fourchette de $ 100 à $ 120 le baril de Brent, un prix correspondant à une sorte d équilibre politique (même si nombre de pays producteurs ne parviennent plus à équilibrer leur budget à de tels niveaux, le «record» en la matière étant détenu par l Algérie autour de $ 170!). Ceci est lié à l ajustement réalisé par l OPEP et surtout par l Arabie Saoudite, le déclin des besoins américains avec le développement de la production de pétrole de schiste étant compensé pour partie par l appétit chinois et indien. C est de la Russie que sont venues sinon des perturbations au moins des menaces dans le domaine des matières premières : utilisation du gaz naturel pour ramener l Ukraine dans un giron presque «soviétique», projet de créer un cartel céréalier de la Mer Noire avec l Ukraine et le Kazakhstan, affrontement avec la Belarus sur la gestion du marché de la potasse et enfin montée en puissance des opérateurs russes sur les marchés avec par exemple la reprise par Rosneft, le premier pétrolier «privé» mondial des activités de trading de Morgan Stanley. Un autre pays producteur a aussi affirmé son indépendance : l Indonésie avec son embargo sur les exportations de minerai de nickel notamment, remettant ainsi en cause le développement de la production chinoise de fonte de nickel. OU EN EST LE CYCLE DE L INVESTISSEMENT? Les fortes tensions sur les prix depuis 2006 avaient remis les matières premières dans le peloton de tête des thèmes d investissement tant pour les financiers que pour les acteurs des marchés, producteurs, négociants ou consommateurs. Contrairement aux idées reçues, le fait que les matières premières soient devenues une classe d actifs à part entière, augmentant de manière considérable les volumes traités sur les marchés dérivés de la planète, n a pas eu d effet négatif sur le comportement des prix à moyen terme. Au contraire même, cette «spéculation financière» a eu le mérite d apporter au marché la liquidité suffisante pour permettre aux opérateurs de couvrir leurs risques y compris sur le long terme. D une tout autre nature sont les décisions d investissement dans de nouvelles capacités de production pour répondre à la demande des marchés : c est la faiblesse des investissements liée à l atonie des prix à la fin du XXe siècle qui est à l origine des déséquilibres qui ont provoqué les flambées des années 2006/2013. Assez logiquement, la hausse des prix a été un puissant aiguillon tant en termes de productivité que de nouveaux projets. Cependant, avant même de parler de quelque épuisement de ressources que ce soit, il faut tenir compte du temps nécessaire pour mener à bien un projet majeur qu il soit énergétique, minier ou agricole : en 2013, le complexe minier d Oyu Tolgoi en Mongolie a produit sa première tonne de minerai de cuivre, quelques vingt ans après les premières études de faisabilité. Quelques semaines plus tard, le site pétrolier de Kashagan au Kazakhstan a été inauguré, mais il faudra encore plusieurs années avant qu il soit opérationnel. Le «temps» de la mine ou du champ d hydrocarbures est bien de l ordre de quinze à vingt années et il en est de même dans le domaine agricole. 9 IE Bercy n 36 février

10 Ce temps s est même rallongé avec la montée en puissance, pour de bonnes et mauvaises raisons, de groupes de pression émanant de la «société civile» au sens le plus large sur des sujets comme le nucléaire, la bio-diversité, les OGM ou le gaz de schiste. Le marché dont le cycle de l investissement est le plus court est celui du fret maritime : il faut trois ans à peine entre la commande et la livraison d un navire : la flambée des taux de fret de 2005 à 2008 explique l effondrement du marché à partir de 2011 avec l arrivée des bateaux commandés en période d euphorie. À l exception de ce cas particulier, il est manifeste que l investissement en capacités nouvelles reste insuffisant et même que, depuis 2012, pour des raisons de rentabilité interne, il a marqué le pas dans le domaine minier. Si on réfléchit à l impact que pourra avoir, au-delà de la Chine, la décennie à venir, on comprend mieux le message adressé encore par les marchés avec des prix élevés. DES HAUTS ET DES BAS La stricte comparaison des variations de cours n a toutefois pas beaucoup de sens. Il faut en effet tenir compte des coûts de production directs et indirects. Alors que pour des produits comme le pétrole, les grains, le cuivre, le minerai de fer ou l étain et même dans une moindre mesure le coton, le caoutchouc ou le sucre, les niveaux de prix du début de 2014 restent largement rémunérateurs, tel n est pas le cas pour le gaz naturel aux États- Unis, pour le fret maritime, pour le nickel ou pour l aluminium dont les prix sont bien inférieurs aux coûts de production de la plupart des producteurs(avec la variable d ajustement du coût réel de l énergie dans le cas de l aluminium). Le cas le plus désespéré est paradoxalement celui du carbone dont le marché en Europe reste le symbole de la mauvaise gestion de l offre par les autorités européennes. QU ATTENDRE DE 2014? La plupart des analystes s accordent à penser que la croissance économique mondiale sera plus forte en 2014, autour de 3,5 %. La reprise américaine semble à peu près assurée et devrait permettre aux Etats-Unis de supporter un resserrement progressif de la politique monétaire. On en sera encore loin en Europe même si le pire semble désormais derrière nous. La véritable interrogation reste celle des pays émergents et au premier chef de la Chine. Les orientations données par la nouvelle équipe au pouvoir à Pékin semblent suffisamment réalistes pour qu une croissance de l ordre de 8 % (chiffre légèrement supérieur au consensus des économistes) soit envisageable. Dans cette hypothèse, la demande chinoise en matières premières resterait soutenue et les prix mondiaux ne connaîtraient qu un recul modéré en fonction des situations ponctuelles d excédents ou de déficits anticipés puis constatés. Nous tablons sur un recul des prix à peu près identique à celui de 2013, de l ordre de 4 % pour l indice CyclOpe. Bien des paramètres climatiques ou géopolitiques peuvent bien sûr affecter cette relative sérénité : la baisse anticipée des prix agricoles peut être remise en cause par un nouvel accident climatique et il faudra mesurer par exemple l impact réel de la vague de froid qui a affecté l Amérique du Nord au début de L équilibre du marché pétrolier peut être remis en cause par la normalisation de la situation iranienne. Enfin, la Chine elle-même n est pas à l abri de quelque révolution de palais comme l ont mis en évidence des «affaires» récentes. Et puis, il faut tenir compte de l environnement monétaire, de la corrélation implicite entre la valeur du dollar et les cours des matières premières, de l adaptation d autres devises, du yuan chinois au real brésilien. Le monde n a guère fait de progrès en matière de gestion de l instabilité. En 2013, l OMC a fait un tout petit pas en avant, mais la coordination économique internationale demeure largement un vœu pieux. Par leur hétérogénéité, par leur sensibilité aux moindres accidents économiques, géopolitiques ou naturels, les marchés de matières premières et de commodités sont probablement le meilleur reflet des tensions d un monde qui trace sa voie à l orée du siècle, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Le «grand malaise» n est pas terminé. 10 IE Bercy n 36 février 2014

11 L'ANALYSE CONTEXTUELLE PRÉDICTIVE DU BIG DATA EST UNE OPPORTUNITÉ POUR LA FRANCE MAËL PRIMET, CO-FONDATEUR DE SNIPS Le Big Data, l'analyse de jeux de données massifs et inhomogènes, est en plein essor, et la France a de nombreux atouts pour devenir l'un des acteurs forts du domaine. QU'EST-CE QUE LE BIG DATA? Qu'est-ce que le big data? Il s'agit d'outils et de méthodes pour collecter, stocker, organiser, archiver, analyser, et visualiser des grands volumes de données mises à jour en temps réel et de nature inhomogène -- géolocalisation de téléphones mobiles, avis de consommateurs sur des millions de produits, contenu vidéo sur Youtube, sources opendata des gouvernements, capteurs de trafic en temps réel, millions de clics par seconde sur les pages web, centaines de milliards de transactions financières. La promesse du big data c'est de détecter la fraude financière avant qu'elle ne se produise, de développer des traitements médicaux plus efficaces et à moindre coût, de prédire la demande pour un bien de consommation, de fournir des services personnalisés au plus grand nombre, ou encore optimiser les transports pour réduire la consommation énergétique et améliorer le confort des citoyens. Il s'agit de mieux mesurer pour prendre de meilleures décisions et développer de nouveaux produits. Les défis du big-data, c'est de former des scientifiques créatifs capables de construire des outils et des méthodes innovantes, de développer des partenariats entre les grands groupes et les startups pour favoriser l'émergence d'acteurs français reconnus, de veiller au respect de la vie privée des individus, et de s'assurer que l'automatisation de la prise de décision ne créera pas de nouveaux exclus. De l'entreprise à l'école, des politiques aux collectivités, des organisations non gouvernementales aux médias, les dirigeants devront comprendre et maîtriser les implications du big data dans leur secteur. *** sur de grands ensembles de données, fournissent des résultats spectaculairement bons, qui peuvent dépasser d'autres modèles plus sophistiqués qui utilisent moins de données. L'autre aspect fondamental du big-data est que la puissance de calcul et les méthodes d'analyses actuelles rendent aujourd'hui exploitable des données d'une grande diversité : textes, séries, images, son, vidéo, géolocalisations. Des données qui n'avaient souvent jamais pu être considérées avant dans les modèles d'analyse de nombreuses entreprises. Connaître la série TV la plus populaire sur Twitter permettra de prédire le pic de consommation d'énergie dans la soirée, analyser les photos des restaurants sur Instagram permet de les classifier automatiquement selon leur ambiance, connaître le flux de téléphones mobiles dans le réseau Transilien permet aujourd'hui à ma startup Snips de prédire l'affluence dans les trains dans l'application Tranquilien développée en partenariat avec la SNCF. Le big data est devenu crucial pour les entreprises et les institutions, et c'est aujourd'hui un facteur qui fera la différence entre celles qui stagnent et celles qui se développent sur de nouveaux marchés. Parmi les usages que le big data rend possible, soulignons : - une meilleure connaissance de son activité et de ses clients : la capture et l'analyse de centaines de millions de points d'observation allant des capteurs sur les infrastructures de production jusqu'aux réseaux de distribution, des choix de produits des clients aux nombres de jours de congés pris par les employés, permet de mieux comprendre le fonctionnement de son activité et d'améliorer la productivité de son entreprise et la fidélisation des clients en fondant les décisions commerciales et opérationnelles sur des données de qualité mises à jour en temps réel L'attrait principal du big data, c'est la taille immense des ensembles de données qu'il permet de traiter. Dans certains cas il apparaît en effet que des modèles simples, lorsqu'ils sont calibrés 11 IE Bercy n 36 février

12 - la segmentation plus fine des clients pour leur fournir des services personnalisés et adaptés à leurs changements d'habitudes et de niveau de vie, par exemple chez Criteo, qui analyse des milliards de cookies sur internet afin de proposer du contenu et de la publicité personnalisée - la création de services nouveaux qui demandent l'analyse croisée d'un grand nombre de flux. Un exemple est le Centre de Contrôle des Opérations de Rio de Janeiro qui centralise les données issues des 30 agences municipales afin de mieux les coordonner et répondre aux besoins de cette ville en forte croissance - la monétisation des données : certains analystes projettent que 30% des entreprises vont monétiser leurs données d'ici Les entreprises réalisent que leurs données et les analyses qu'ils en font ont potentiellement de la valeur pour d'autres, permettant de transformer un coût de stockage en revenus additionnels. Un bon exemple est les opérateurs mobiles qui utilisent l'information issue de leur réseau pour proposer des services à d'autres entreprises tels que des mesures de trafic ou d'affluence dans les magasins - l'utilisation de méthodes prédictives pour optimiser son activité et fournir de nouveaux services à ses clients : la puissance de calcul et de nouvelles méthodes d'analyse permettent aujourd'hui de ne plus se limiter à observer des historiques de big-data, mais à les utiliser pour construire de modèles prédictifs pour les jours et mois futurs. Par exemple, ma startup Snips construit des modèles prédictifs pour prédire l'affluence dans les trains en partenariat avec la SNCF, ou l'affluence dans le retail en partenariat avec La Poste. *** Plusieurs actions doivent être prises par les entreprises et par les dirigeants politiques pour solidifier la position de la France et de ses entreprises dans le domaine du big data. Il est crucial pour les entreprises et les institutions de mettre en oeuvre une infrastructure de traitement de données capable de traiter du bigdata. Elles vont être en effet amenées à capturer, archiver, sécuriser, analyser et visualiser des volumes toujours plus importants de données. Les décisions opérationnelles et d'affaires doivent pouvoir s'appuyer systématiquement sur des analyses de données mises à jour en temps réel. Il faut également adopter l'approche "data first", qui consiste à construire les projets autour de la collecte de données, et non plus comme une capture a posteriori après que le projet a été construit. Un bon exemple est la ville de Songdo en Corée du Sud qui cherche à être la première ville numérique et a été conçue entièrement autour de capteurs. Ceci permettra aux entreprises de capitaliser sur la valeur marchande des données récoltées qui va fortement augmenter avec le développement de nouveaux business-models de partage de données. Les grands groupes industriels doivent apprendre à recruter des ingénieurs créatifs capables non seulement de développer des outils, mais également de trouver des façons nouvelles d'explorer la donnée. Aujourd'hui les entreprises qui veulent mettre en place des équipes big data se heurtent pour la recherche des talents à la concurrence de Google et Facebook, qui fournissent certes des salaires extrêmement compétitifs, mais encore plus un environnement de travail dans lequel les ingénieurs peuvent apprendre avec les meilleurs, peuvent utiliser les outils qu'ils préfèrent, et travaillent sur des problèmes motivants. Pour créer de l'innovation les entreprises devront mettre en place des laboratoires internes d'expérimentation et adopter une stratégie de travail en petites équipes avec plus de libertés, sur le modèle de startups incubées. De façon plus importante, il est crucial pour les entreprises de favoriser les partenariats avec les startups existantes qui ont su prouver leur qualité et leur créativité, et permettent aux grands groupes d'accéder à des technologies de pointe et d'accélérer les initiatives big data. Il faut construire des modèles de partenariat innovants qui assurent l'équilibre économique des parties, notamment du point de vue de la propriété des données, de la propriété intellectuelle, et du partage des revenus. La France peut devenir un leader du big-data prédictif. Il existe de nombreuses solutions pour le traitement des historiques de données, leur visualisation et le calcul distribué dans le cloud. Aujourd'hui, la nouvelle frontière est de développer des méthodes d'analyse prédictives efficientes pour le big-data. La France a des atouts de taille dans ce domaine qui requiert des connaissances et de la créativité : une école mathématique de pointe et des scientifiques de premier rang. Afin de mettre à profit ces atouts, et de créer en France des leaders du big-data prédictif, il faut mettre l'accent dans les formations scientifiques sur l'importance de savoir coder et donner une formation complémentaire à l'entrepreneuriat. Le big data demande en effet d'avoir à la fois des idées novatrices, mais aussi d'avoir une connaissance fine de tous les outils techniques pour savoir évaluer leur potentiel et les réaliser. Il faut aussi multiplier les initiatives autour du sujet du big-data prédictif. *** 12 IE Bercy n 36 février 2014

13 Bien évidemment, avec l'augmentation des mesures et l'automatisation d'une partie des décisions, le big-data va fournir un défi pour la protection de la vie privée et pour l'égalité entre populations. Google sait que vous êtes malade quand vous faites une recherche pour un médicament, Facebook sait avec qui et dans quel café vous avez posté un statut, et les banques pourront proposer des taux de prêt en fonction de variables qu'elles auront peut-être elles-mêmes du mal à vous expliquer. La société française, à travers notamment le travail de la CNIL, s'est montrée sensible à ces questions. Il est évident que la perception de ce que les citoyens sont prêts à partager va évoluer, tout d'abord avec une information et une éducation des citoyens sur cette question, l'obtention de services en échange d'un partage d'information, la possibilité pour les individus de sélectionner les informations qu'ils souhaitent échanger et l'utilisation qui en est fait au cas par cas, et de nouveaux modèles de privacy proposés par les entreprises. Il faut toutefois veiller à garder l'équilibre entre la protection de la vie privée et la possibilité pour les entreprises françaises d'expérimenter avec de nouveaux services. C'est en créant des leaders français sur des produits utilisant les données personnelles pour fournir des services innovants qu'on permettra d'imposer une vision française de la protection des données personnelles au niveau global. *** L'importance du big data pour les entreprises et les institutions ne va faire que s'accroître dans les prochaines années, et il est impératif pour elles de mettre en place des infrastructures de collecte et de traitement de données pour le big-data. De nombreux outils sont disponibles, souvent en open-source, pour faire des analyses sur l'historique des données, les visualiser, et distribuer des calculs dans le cloud. La nouvelle frontière est le développement d'algorithmes prédictifs efficaces. L'école française de mathématiques et la créativité des scientifiques français sont un atout de poids pour que la France devienne un acteur majeur de ce développement. Il faut s'assurer que ces scientifiques maîtrisent également le côté technique et entrepreneurial nécessaire à construire les leaders mondiaux du big data. Pour cela, il est nécessaire de souligner dans les écoles l'importance de savoir coder et créer plus d'initiatives autour du big-data prédictif. Le big data n'est pas sans danger par rapport à la vie privée ou a la possibilité de créer des exclus, et il faudra veiller à conserver un équilibre entre la protection des individus et la liberté d'innover -- mais aujourd'hui il est clair qu'un retour en arrière est impossible. 13 IE Bercy n 36 février 2014

14 ECLAIRAGE TERRITORIAL - L IMPACT DU LOW COST AÉRIEN : L EXEMPLE DE L AÉROPORT DE BEAUVAIS TILLÉ EN PICARDIE Entretien avec M. Vincent Zuterek, chargé de mission innovation et prospection à la communauté d agglomération du beauvaisis. IE Bercy : Pouvez vous nous présenter l aéroport de Beauvais Tillé? Vincent Zuterek : L aéroport date de Voici quelques chiffres clés : 1997 : Arrivée de la compagnie Ryanair 2008 : création du syndicat mixte de l aéroport de Beauvais Tillé (SMABT) contitué du conseil régional de Picardie, du conseil général de l Oise et de la Communauté d agglomération du Beauvaisis : 2,5 millions de passagers (top ten) 2010 : construction d un second terminal En 2012, l aéroport de Beauvais Tillé comptabilise 3,86 millions de passagers (3,95 en 2013) le plaçant ainsi au 8 ème rang des aéroports de France en termes de transport de passagers. IE Bercy : Parlez nous des compagnies Low Cost. VZ : L aéroport accueille 6 compagnies : RYANAIR, WIZZAIR, BLUE AIR, AIR MOLDOVA, JETAIRFLY et EUROLOT. Elles proposent plus de 60 destinations sur les principales métropoles européennes. Les compagnies opérant sur Beauvais offrent aux passagers leurs modèles économiques Low Cost. Ce sont des vols sur l Europe, en classe unique, avec embarquement simplifié des passagers ; la commercialisation des sièges se fait sur internet ; le transporteur aérien n utilise qu un seul modèle d avions et le plus récent ; il réduit la durée des escales au strict nécessaire. Mais j attire l attention sur le fait que seules les compagnies sont Low Cost, l aéroport de Beauvais, lui, ne l est pas, et se veut de standard international avec des services modernes et personnalisés. IE Bercy : Peut-on mesurer l impact économique et social de l aéroport pour le territoire picard? VZ : ORSEA, l Observatoire des Retombées Socioéconomiques de l Aéroport vient de rendre ses derniers résultats (13/02/2014). En 2012, l aéroport a permis la création de emplois emplois (+ 8%) concernent la Picardie dont 917 emplois directs. On notera que 87% des employés résident en Picardie. Par ailleurs, l activité de l aéroport a généré 284 millions d euros de valeur ajoutée, dont 90 millions (+ 41%) pour l économie picarde. IE Bercy : Qu en est-il de l impact touristique? VZ : En 2012, un peu plus de 8% des passagers visitent et consomment en Picardie. En terme de destination, 83% d entre eux restent dans l Oise et visitent Beauvais (49%) ou le parc Astérix (23%) ; 24% vont dans la Somme, principalement à Amiens (21%) IE Bercy : Qu en est-il de la proximité de Paris? VZ : Il n y a que des avantages pour le développement de l aéroport et donc pour l économie locale. Beauvais Tillé se pose en effet en alternative aux grands aéroports parisiens. IE Bercy : Quels avantages concurrentiels ou opportunités permet cet aéroport régional? VZ : L activité aéroportuaire profite à l économie locale comme le montrent encore les chiffres de l étude de l observatoire. Elle favorise l activité d import/export et représente un atout dans les décisions d implantations d entreprises nouvelles. L aéroport constitue un élément clé dans le développement du territoire régional. IE Bercy : Quelles tendances à venir pouvez vous envisager? VZ : La communauté d agglomération du Beauvaisis aménage actuellement une zone d activités, l Ecoparc Beauvais Tillé, le long de l aéroport, soit 120 ha pour l implantation et le développement des entreprises. Cette zone accueillera à terme pas moins de emplois. (Entretien réalisé par le chargé de mission régional à l IE de Picardie, Christophe Cavignaux) 14 IE Bercy n 36 février 2014

15 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN LA STRATEGIE LOW COST Le low cost, une révolution économique et démocratique Dans cette note, l auteur dresse un panorama de l offre low cost et invite à dépasser les craintes suscitées par l émergence de ce modèle économique alternatif. Il souligne l apport économique et démocratique du low cost qui permet à tous d accéder à une gamme plus large de consommation. Note d Emmanuel Combe, Fondapol, février LowCost WEB.pdf The design and characteristics of low cost products Cet article réalise un état de l'art de la production low cost (conception, caractéristiques, émergence, gestion, impact sur les marchés) au travers d un échantillon de 50 produits. Il observe deux modèles, l'un basé sur une approche fonctionnaliste avec la suppression des fonctions non essentielles et l'autre basé sur la conception intelligente d'un nouveau produit moins coûteux à partir de zéro pour répondre aux besoins des consommateurs. Le second génère plus d'innovation. Milena Klasing Chen, Mines Paristech, décembre Les limites de l approche low cost dans la réduction de la pauvreté Article de Philippe Silberzahn et Bernard Buisson, Entreprendre & Innover, septembre Le low cost : modèle économique des années frileuses? Le low cost se banalise. Si pour beaucoup, le low cost se résume à la vente d'un produit à bas prix, il constitue pour une entreprise une véritable stratégie d'activité. Article de Stephan Bourcieu, L'Expansion Management Review, mai Les forces et limites de l'exercice low cost Le modèle se caractérise finalement par trois éléments : sa simplicité, son dynamisme, sa capacité d exploiter au maximum ses actifs. le secteur est aujourd hui en phase de consolidation, une consolidation qui devrait jouer en faveur des «marques». Note d'étonnement du Centre d'etude et de Prospective Stratégique, juin FORCES-ET-LIMITES-DE-L-EXERCICE-» LOW COST».pdf LE LOW COST AERIEN La révolution low cost : une menace pour les compagnies traditionnelles européennes? Selon ce rapport, le paysage actuel est rendu très confus par la prolifération incontrôlée des compagnies dont le nombre devrait sensiblement se réduire dans les prochaines années. CSC - Groupe Transport Tourisme, mars Why airports can face price-elastic demands: margins, lumpiness and leveraged passenger losses Joint Transport Research Centre, décembre html Airline Economic Analysis 2013 Pour la première fois, aux Etats-Unis, les recettes unitaires (distance, siège) des compagnies low cost ont dépassé sur les lignes intérieures, celles des autres compagnies. Rapport Oliver Wyman, novembre Identité organisationnelle et adoption d'une innovation de business model Cet article analyse en particulier l adoption du modèle low cost par Air France entre 2004 et 2012 par le biais de sa filiale Transavia. Il met en évidence l importance de l identité organisationnelle et de ses deux composants, de similitude et de spécificité, comme facteur influençant l adoption d une innovation de rupture. Jean-François Gagne, novembre The Low Cost Carrier Worldwide Cet ouvrage donne un aperçu global de l'évolution du phénomène du low cost aérien dans le monde et des différentes approches régionales débouchant sur des succès variés, liés notamment aux restrictions juridiques locales. Sven Gross, Hochschule Harz - University of Applied Sciences, Germany and Michael Lück, AUT University, New Zealand, août Low Cost»-Carrier- Worldwide/dp/ Les compagnies aériennes européennes sont-elles mortelles? Perspectives à vingt ans Les compagnies aériennes ont longtemps vécu dans un environnement réglementé. La libéralisation aux États-Unis puis en Europe rend leur avenir plus incertain, face aux compagnies étrangères et low cost. Claude Abraham, Commissariat général à la stratégie et à la prospective, juillet An evaluation of the world's major airlines' technical and environmental performance Les performances de 48 compagnies dans le monde ont été évaluées de 2007 à La Chine et l'asie du Nord se place en tête sur les aspects techniques et l Europe sur les aspects environnementaux. University of Wollongong, juillet pers 15 IE Bercy n 36 février 2014

16 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN LE LOW COST AERIEN (SUITE) Le renouveau du ciel africain Le ciel africain connaît actuellement une croissance de 5 % par an avec une forte concurrence entre les compagnies «historiques», les compagnies africaines, les low cost, et les compagnies du Moyen-Orient. Direction du Transport aérien, juin f Perspectives d'évolution de l'aviation civile à l'horizon 2040 Le rapport s'efforce d'une part de discerner les défis auxquels la France sera confrontée d'ici 2040, notamment vis-à-vis de l'émergence de nouveaux modèles économiques de transport aérien et d'autre part d'examiner les réponses à apporter. Rapport sénat, Roland Courteau, juin Le tourisme, un objet géopolitique Le développement des compagnies low cost induit d importantes mutations dans les modalités du transport aérien. Tourisme de masse ou tourisme plus élitiste, le choix est fondamental pour l image de la France. Article de Sylvie Matelly, IRIS, juin The Changing Low Cost Airline Model: An Analysis of Spirit Airlines Cette étude de cas porte sur la compagnie Spirit Airlines, le modèle d'exploitation le plus réussis aux Etats-Unis. D Rosenstein, Purdue University, janvier rads The growth limits of the low cost carrier model Ce document identifie les facteurs susceptibles de limiter la croissance des compagnies low cost et explique comment les plus grandes en Europe et aux États-Unis réagissent. Jaap G. de Wit, Joost Zuidberg, juillet Ceci n est pas (seulement) du low cost Les compagnies low cost ne cherchent pas uniquement à minimiser leurs coûts mais générent aussi du chiffre d affaires avec une stratégie hybride de différenciation positive tout en dominant leurs coûts. Emmanuel Zilberberg, L'Expansion Management Review, février page-102.htm Les vertus cachées du low cost aérien Loin de la freiner, les pouvoirs publics doivent permettre à la France d en saisir toutes les opportunités, tout en accompagnant les mutations qu elle génère et en améliorant la régulation touchant les nouveaux types de produits proposés aux consommateurs. Emmanuel Combe, Fondation pour l'innovation politique, novembre Low Cost»-aerien/ Jusqu où aller dans la rationalisation du paysage du transport aérien en Europe? La rationalisation du paysage du transport aérien analysée sous le prisme de deux «métiers» principaux, les compagnies aériennes et les aéroports : entre concentrations meurtrières et jeux de concurrence monopolistique Note d'étonnement du Centre d'etude et de Prospective Stratégique, février IE Bercy n 36 février 2014

17 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN PERSPECTIVES DES MARCHES MONDIAUX DE MATIERES PREMIERES Cyclope 2014 Ouvrage de référence, le rapport réalisé sous la direction de Philippe Chalmin, offre de précieuses analyses de fond, comme par exemple sur le poids et la responsabilité de la Chine, sur les négociations du cycle de Doha de l OMC, sur le développement des marchés du recyclage, etc. Janvier Recent Developments and New Challenges in Commodity Markets Cette note de la Cnuced examine l'évolution récente du marché des produits de base et analyse les facteurs de fluctuations des prix. La note fournit des recommandations à destination des pays en développement. Janvier Commodity Market Outlook Selon le rapport de la Banque mondiale, en 2014, le prix du pétrole reculera de 1 %. On devrait assister à une baisse des prix agricoles -2,5 %, des matières premières -2 %, des métaux -1,7 %, des engrais -12 % ainsi que des métaux précieux -13 %. Tandis que, la croissance des prix du gaz naturel dans l'union européenne restera modérée en raison d une faible demande. Janvier modity_markets_outlook_2014_january.pdf The Choiseul Energy Index (2014) Cette étude de KPMG et de l Institut Choiseul mesure la compétitivité énergétique et fournit un classement ainsi qu une vision globale des politiques énergétiques par pays. Décembre World Energy Outlook 2013 Le rapport annuel de l IEA analyse les perspectives énergétiques mondiales d ici 2035 et mesure l impact sur la compétitivité globale. Il explore les actions des politiques en matière d'efficacité énergétique et dresse un panorama des différents marchés pétroliers dans le monde. International Energy Agency, novembre ,en.html World Energy Resources : 2013 Survey Cette enquête consacre douze chapitres à chacune des ressources énergétiques. Elle dresse un bilan aussi bien technique qu économique et analyse les problématiques marché. Conseil mondial de l énergie, novembre survey Commodity Markets Outlook La Banque mondiale élabore ses propres perspectives des marchés des produits de base. Octobre MarketsOutlook_October2013.pdf 2052: A Global Forecast for the Next 40 Years L auteur suggère que la croissance du PIB mondial continuera jusqu'en 2050 parallèlement à la consommation énergétique qui croîtra lentement jusqu'en 2040, permettant à de nouveaux types d énergies d émerger. Ouvrage de Jorgen Randers, septembre LE CONTEXTE Afrique subsaharienne : comment aider les nouveaux producteurs de matières premières (FMI et AFD) Février 2014, article par François Pargny, Le Moci Pénurie de terres en Chine Bien des terres cultivées ne sont plus cultivables à cause de la pollution. Il en est de même pour des terres abîmées à cause de l'exploitation minière et de l'épuisement d'eau souterraine Ministère de la Protection environnementale chinois, décembre Trade and Environment Review 2013: Wake Up Before it is Too Late Ce rapport de la Cnuced a identifié des indicateurs clés en faveur d une transformation nécessaire de l'agriculture mondiale. Septembre Bubbles in Food Commodity Markets: Four Decades of Evidence Au cours des quatre dernières décennies, les périodes d explosion des prix des matières premières ne représentent que quelques épisodes de courte durée et les plus récentes ne semblent pas aussi graves que celles des années FMI, mars rwin.pdf The Global Resource Nexus The Struggle for Land, Energy, Food, Water, and Minerals Cette étude met en évidence une accélération possible des pénuries en matière de ressources et identifie un nombre croissant d interdépendances entre elles. Le rapport analyse les défis, les dangers et les opportunités qui se présentent. The Transatlantic Academy, mai n.pdf Matières premières : vers une pénurie mondiale des ressources Alors que la population mondiale augmente et que l industrialisation est en plein essor, la concurrence pour les matières premières s intensifie, soulevant des inquiétudes concernant l accès à des ressources naturelles essentielles pour l industrie européenne Euractiv, mai IE Bercy n 36 février 2014

18 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN MATIERES PREMIERES INITIATIVES Compagnie nationale des mines de France Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif a annoncé la création de la Compagnie nationale des mines de France chargée d'explorer les sous-sols français et étrangers. Février Encadrement de la spéculation sur les matières premières Le Parlement européen, le Conseil européen et la Commission européenne ont scellé un compromis politique visant à limiter la spéculation excessive sur les contrats dérivés de matières premières. Janvier Transitions vers une industrie économe en matières premières Pour conforter la transition, déjà engagée, vers un fonctionnement plus circulaire de l économie, des obstacles d ordre technique, sociologique sont à lever tandis que la viabilité économique de certains secteurs est à assurer. Avis du Conseil économique, social et environnemental, Yves Legrain, janvier nsitions_industrie_econome.pdf National material efficiency programme: sustainable growth through material efficiency Le gouvernement finlandais a initié un programme national pour une croissance durable. Décembre Deuxième feuille de route pour la transition écologique Cette feuille de route propose une réduction de 50 % de la consommation d énergie finale de la France à l horizon 2050 et la réduction de 30 % de la consommation d hydrocarbures d ici à Septembre Competition for Access to Natural Resources: Are Collaborative Solutions Possible? Cet article donne un aperçu du projet européen visant à identifier par des approches de solutions collaboratives les défis concurrentiels pour l'accès aux ressources. FEEM, Review of Environment Energy and Economics, Daniele Benintendi, Philip Andrews-Speed, juillet Testing for bubbles in agriculture commodity markets En temps de crise, la politique commerciale peut contribuer à réduire la volatilité des prix. La constitution de stocks (riz), l observation des données comportementales autour des bulles pourraient aider à surmonter les futures flambées des prix (céréales, soja, colza ). FAO, juillet Initiative «matières premières» de l UE Cette initiative de la Commission européenne vise à garantir des conditions équitables en matière d accès aux ressources dans les pays de l UE, à favoriser un approvisionnement durable en matières premières à partir de sources européennes, à dynamiser l efficacité des ressources et à promouvoir le recyclage. Juin Going for growth: A practical route to circular economy Ce rapport démontre qu au Royaume-Uni, le recyclage des produits en fin de vie aiderait à récupérer 140 millions de tonnes de ressources non utilisés limitant ainsi la demande. UK Environmental Services Association, juin Portail de l UE sur les matières premières Cette page du site de la Commission européenne est consacrée à la présentation des initiatives en cours : partenariat d innovation européen, matières premières critiques, aspects internationaux, recyclage et utilisation efficace des ressources Plus d informations et liens vers des documents officiels premieres-commission-europeenne-prend-train-marche- 341.html?display=normal Euractiv, mars 2013 L économie circulaire L objectif de l économie circulaire est de produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l eau et des sources d énergie. Lancement de l Institut de l économie circulaire Février Les clés du renouveau grâce à la crise Cet ouvrage traite de la mise en œuvre de l économie de fonctionnalité pour les entreprises, du potentiel et des limites du modèle économique basé sur la vente de l'usage d'un bien avec comme objectif de générer plus de valeur ajoutée. Ouvrage d Eric Fromant, septembre Métaux stratégiques Le comité pour les métaux stratégiques (COMES), crée en 2011, est un lieu de concertation entre les acteurs français face aux difficultés d accès aux matières premières que pourraient rencontrer les entreprises. 18 IE Bercy n 36 février 2014

19 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN ENJEUX DU BIG DATA Construction du plus grand centre chinois de big data A l'horizon 2020, la Chine pourrait générer à elle seule 22 % des données du monde entier. Bulletin Adit, janvier The Big Data Revolution: Privacy Considerations Le Think Tank américain, aborde, dans cette étude, les problèmes de confidentialité liés au big data. Technology Policy Institute, décembre 2013 https://www.techpolicyinstitute.org/files/lenard_rubin_thebigdatarevolut ionprivacyconsiderations.pdf Analyse des big data Quels usages, quels défis? Cette note analyse les enjeux du big data, notamment son fort potentiel. Elle montre comment différents pays et entreprises ont d ores et déjà investi dans ce secteur. Commissariat général à la stratégie et à la prospective, Marie-Pierre Hamel, David Marguerit, novembre Innovation 2030 Le big data constitue l un des sept défis du programme d innovations de rupture identifié par Anne Lauvergeon. Commission Innovation 2030, octobre Former des «data scientists» Former des «data scientists» compétents et capables de tirer profit du big data tout en sensibilisant l ensemble de la société Adit, bulletin, septembre Five opportunities for US growth and renewal Parmi les cinq grandes opportunités de croissance pour l'économie américaine, le rapport McKinsey a identifié l analyse du big data susceptible de générer 325 milliards de gains dans l'industrie et la distribution, et 285 milliards de dollars d'économies d'ici à 2020 dans le secteur public et le domaine de la santé aux Etats-Unis. Juillet Internet : prospective 2030 Se profilent des batailles industrielles intenses pour le partage de la valeur dégagée dans l'écosystème du big data : entre industriels, entre réseaux et services mais aussi entre nations pour le contrôle stratégique, industriel et fiscal de ces activités Rapport du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, juin note-danalyse-02-juin-2013/ Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think Illustré d'exemples, l'ouvrage analyse le changement en cours et dresse un état des enjeux. les sciences comme l astronomie et la génomique. Ouvrage de Viktor Mayer- Schönberger et Kenneth Cukier, mai The Value of our Digital Identity La valeur créée par la réutilisation des données personnelles pourrait représenter 8 % du PIB de l'union européenne avec des gains de 330 milliards euros pour les entreprises et les gouvernements jusqu'en Etude du Boston Consulting Group, mars 2013 https://www.bcgperspectives.com/content/articles/digital_economy_c onsumer_insight_value_of_our_digital_identity/ Privacy in Context Ouvrage d Helen Nissenbaum, professeur à l'université de New York, connu pour son travail en matière de protection de la vie privée des consommateurs aux Etats-Unis. Article Internet actu, avril INITIATIVES Tackling the Challenges of big data Le MIT Computer Science et Laboratoire d'intelligence Artificielle a mis en ligne son premier cours sur les défis du big data à destination des professionnels. Mars Challenges big data Cet appel à manifestations d intérêt vise à rassembler dans un même écosystème les entreprises, ou entités publiques, détenant des données exploitables, d une part, et les startups ou PME ayant une grande expertise sur le big data, d autre part. Ministère du redressement productif, dgcis, février Driving the Data Revolution L édition 2014 du concours international CODE_N s'adresse aux startups innovantes du big data. 450 candidats provenant de 60 pays ont répondu à l'appel. 50 finalistes sont sélectionnés. BigData-Startups, mars pdf Une nouvelle chaire soutenue par la Fondation Télécom La chaire est portée par Stéphan Clemencon, maître de conférence à Télécom Paristech. Septembre IE Bercy n 36 février 2014

20 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN BIG DATA, INITIATIVES (SUITE) Partenariat public-privé européen (PPP) En 2014, ce partenariat devrait réunir chercheurs, constructeurs de logiciels et sociétés de capital-risque afin de soutenir la recherche et de stimuler la demande. Discours de la Commissaire Neelie Kroes, novembre Seizing the data opportunity: a strategy for UK data capability Au Royaume-Uni, la stratégie «data capability» vise à placer le pays au premier plan dans le domaine de l exploitation des données. Department for Business, Innovation & Skills, novembre 2013 https://www.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_da ta/file/254136/bis strategy-for-uk-data-capability-v4.pdf Big data Paris Ce livre Blanc présente une sélection d acteurs du marché. Novembre Programme d Investissements d Avenir du gouvernement Dans le cadre des investissements d'avenir, l Etat soutient 7 projets de big data pour 11,5 millions d euros. Avril L'Union européenne, colonie du monde numérique? Ce rapport du Sénat sur la gouvernance européenne du numérique explore la possibilité et les modalités d'une régulation publique de la révolution numérique à l'échelle européenne. Il met l accent sur le retard considérable qu'est en train de prendre la France, et en général l Europe, par rapport à cette transformation. Commission des affaires européennes, mars L Alliance big data Ce groupement d'acteurs du big data a ouvert ce portail afin d offrir une vision des services et des projets dans le domaine du big data en France. Aproged, mars Fiscalité du numérique Les auteurs de ce rapport sur la fiscalité du numérique considèrent qu'une taxe sur le big data est nécessaire. Le Conseil national du numérique souhaite lui une approche européenne. Nicolas Colin, Pierre Collin, janv «Big Data is a Big Deal» Cette initiative assortie d'une enveloppe de 200 millions de dollars, a été lancée en mars 2012 aux Etats-Unis. Six agences gouvernementales sont impliquées dans ce projet, chacune spécialisée dans des programmes précis. _fact_sheet_final_1.pdf LE MARCHE DU BIG DATA Google X Lab Le laboratoire de Google concentre ses travaux sur des projets liés aux innovations de rupture. https://www.google.fr/#q=google+x+lab&tbs=qdr:y Big Data Vendor Revenue and Market Forecast Cette analyse étudie les tendances du marché et identifie une sélection de 75 prestataires mondiaux. Wikibon, février cast_ Gartner Reveals Magic Quadrant for Advanced Analytics Selon Gartner, des entreprises comme IBM, SAS. Alteryx, Révolution Analytics, RapidMiner et Knime seront à surveiller en Février Analyse et valorisation de masses de données Quels sont les cas d'usages couverts par les solutions de valorisation et d analyse massive de données? Livre blanc, février Projets européens en matière d infrastructure de données Les projets sont consultables sur le portail Cordis. nfrastructure Le big data dans la finance Des chercheurs de l'université de Hildesheim travaillent sur ce sujet Bulletin électronique Adit, février Marché du big data en 2014 L'explosion du Big Data se confirme. Les projections de croissance pour les années à venir s'envolent. Le point avec les principaux indicateurs du marché. JDN, janvier L équipe de France du big data Issu d une note de veille du pôle de compétitivité Cap Digital, octobre Publications de veille prospective du pôle uct Le big data fait-il l inverse de ce qu il promet? En quoi les big data sont-elles personnelles? Travail et travailleurs de la donnée Articles InternetActu, décembre IE Bercy n 36 février 2014

21 Les Cahiers de la Veille POUR ALLER PLUS LOIN LE MARCHE DU BIG DATA (SUITE) Pour le meilleur et pour le pire Il parait légitime de se questionner sur le respect de la vie privée des citoyens américains ainsi que celle de tous les honnêtes utilisateurs à travers le monde. Bulletin électronique Adit, juillet Big data Study: Introduction and Key Findings Une enquête auprès de 1217 entreprises dans le monde a mis en évidence les facteurs qui permettent aux organisations de tirer le meilleur parti des technologies du big data. Tata Consultancy Service, juin How data is driving corporate strategy and what still lies ahead Ce rapport, commandité par la société Wipro à The Economist Intelligence Unit, examine comment les données sont le moteur de la stratégie d'entreprise. Mai Strategic-Use-of-Data-According-to-the-Economist-Intelligence-Unit-Survey The big data revolution in healthcare Ce rapport McKinsey identifie cinq domaines pour réduire les coûts de santé aux Etats-Unis. Avril data_revolution_in_us_health_care The Data Revolution and Economic Analysis Les données peuvent considérablement améliorer la façon dont nous mesurons l'activité économique et permettre aux chercheurs de retracer les conséquences d'événements. Innovation Policy and the Economy Conference, avril The fourth paradigm : Data-intensive scientific discovery Le big data a fait entrer la science dans une nouvelle ère, les découvertes par l ordinateur lui-même. Bulletin Adit, mars A qui les algorithmes prèteront-ils de l argent? Un autre mode de scoring via les réseaux sociaux est désormais en train d'émerger. Internet actu, mars Quelles possibilités offertes par l analyse des big data pour améliorer les téléservices publics? Le développement de l analyse du big data peut contribuer à améliorer les performances du secteur public. Marie-Pierre Hamel, David Marguerit, revue française d'administration publique, février _abstract L amélioration du reciblage par les big data : une aide à la décision qui menace l image des marques? Cet article explore les liens possibles entre retargeting, intrusion perçue et image de marque. Revue internationale d intelligence économique, article de Maria Mercanti-Guérindu, février p-153.htm Les limites du ciblage publicitaire personnalisé Avons-nous le droit de ne pas être tracés? Et si l extrême ciblage était inefficace? Internet actu, article, avril Nous faudra-t-il payer pour préserver notre vie privée? Que vaut notre vie privée? Internet actu, article, mars IE Bercy n 36 février 2014

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