DÉVELOPPER ET METTRE EN ŒUVRE

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1 DÉVELOPPER ET METTRE EN ŒUVRE DES SERVICES EFFICACES DE SENBILISATION À L UTILISATION DE L ENERGIE DOMESTIQUE Andreas Huber, Jaap Kortman, Ana Martín Benito et Michael Scharp Ce manuel est à l usage des bailleurs sociaux, municipalités, énergéticiens, ONG et autres intervenants enthousiastes qui souhaitent encourager les résidents à économiser énergie et argent par des changements de comportements. Ce manuel/guide s inscrit dans le cadre du projet BewareE, cofinancé par le Programme Energie Intelligente pour l Europe (EIE/07/ Be wa ree). Les partenaires paneuropéens du projet BewareE sont: IZT en Allemagne (coordinateur), EIFER en France, IVAM aux Pays-Bas et IN ASMET-Tecnalia en Espagne. La responsabilité du contenu n engage que ses auteurs et ne reflète pas nécessairement l opinion des Communautés Européennes. La Commission Européenne décline toute responsabilité quant à l utilisation des informations contenues dans ce document.

2 Contenu Contenu À propos de ce manuel Chapitre 1 : Les Politiques de l UE contre le Changement Climatique Chapitre 2 : La Consommation d Energie dans les Foyers Chapitre 3 : Pourquoi Changer les Comportements est-il si Compliqué? Chapitre 4 : Stratégies d Intervention Chapitre 5 : Choisir un Service: Exemples Provenant du Projet BewareE Chapitre 6 : Comment Réussir la Mise en Œuvre des Services Chapitre 7 : Passer à l acte Annexe : Liste des Services Références

3 À Propos de ce Manuel 1 La lutte contre le changement climatique demande l exploration de toutes les voies possibles menant à une réduction de la consommation énergétique. S attaquer au changement climatique n est pas seulement un problème technologique comme par exemple remplacer l énergie con - ventionnelle par de l énergie renouvelable mais c est aussi un problème dû au comportement humain. Ce manuel explique comment l énergie peut être économisée en modifiant les comporte - ments relatifs à la consommation d énergie domestique. Les ménages peuvent, par exemple : s approprier des pratiques économes en énergie (par ex., lavage avec de l eau à basse température) ; éviter les pratiques nécessitant une forte consommation d énergie (par ex., prendre des douches rapides) ; éviter l utilisation inutile d énergie (par ex., tirer les rideaux pour se protéger du froid) ; acheter des équipements d économie d énergie (par ex., des ampoules à basse consommation) S ils sont bien pensés et planifiés, les services de sensibilisation à l énergie peuvent devenir des instruments très puissants d économie d énergie. Ce manuel vous aidera à élaborer et appliquer des mesures efficaces pour engendrer une modification des comportements. Il est basé sur les conclusions du projet BewareE, découlant de la compilation et l analyse d exemples de services de sensibilisation à l énergie dans toute l Europe. Etant basé sur la pratique, mais aussi sur la théorie, ce manuel explique comment mettre en œuvre des services permettant aux résidents de modifier leurs comportements, de réduire leur consommation d énergie et leurs coûts énergétiques. Dans le but de développer des services efficaces de sensibilisation à l économie d énergie, il importe de prendre en compte l expérience pratique, ainsi que les résultats scientifiques de différentes disciplines. L incitation à un changement de comportement a plus de chances de réussir si elle est élaborée à partir de réflexions provenant de différents domaines. Bien organisés, des services de sensibilisation à l énergie peuvent engendrer des économies d énergie de l ordre de 5 à 10 % et jusqu à 20 % dans certains cas! Il peut en résulter pour les foyers des économies allant jusqu à 300 par an. 1 Nous remercions Lieke Dreijerink, Diana Uitdenbogerd, Laure Frachet, Jean-Michel Cayla, Daniel Pichert et Michael Knoll pour leurs précieux commentaires sur ce manuel. 3

4 Source : pixelquelle.de/andreas Kessler y pixelio.de/henry Kessler Chapitre 1: La Politique de l UE de Lutte contre le Changement Climatique L expression «changement climatique» est couramment utilisée, ainsi que «réchauffement planétaire» et «l effet de serre». Le changement climatique se réfère à l augmentation dans l atmosphère des gaz provenant d activités humaines, gaz qui piègent la chaleur du soleil et qui provoquent des modifications dans les processus météorologiques à échelle mondiale. Les effets sur le climat comprennent la modification des régimes de précipitations, la fonte des glaces, l élévation du niveau de la mer, le débordement des rivières, des sécheresses potentielles, et un excès de chaleur. Parmi tous les gaz à effet de serre, les quantités croissantes de dioxyde de carbone, de méthane et d oxydes d azote sont une préoccupation majeure. Si la quantité de ces gaz dans notre atmosphère continue d augmenter, la terre pourrait connaître un réchauffement de 1,8 à 4 degrées d ici à la fin du 21 ème siècle (IPCC 2007), qui se traduirait par des modifications climatiques globales. Les images ci-dessous montrent quelques exemples d inondations en Europe. Les effets récents du changement climatique en Europe incluent des étés très secs en Espagne et dans le sud de la France, qui ont causé des pénuries d eau. D autre part, l Allemagne a souffert d un nombre accru de tempêtes qui ont occasionné de graves dommages et les Pays-Bas font face à des risques croissants de débordements de rivières dus à de fortes pluies. La Commission européenne souhaite lutter contre les effets et l ampleur des changements climatiques, pour cela, son objectif est de parvenir à une réduction de 20 % de la consommation d énergie d ici à 2020 (Commission européenne 2006). Réduire la consommation d énergie au moyen de services de sensibilisation à l énergie est un élément important de la politique d économie d énergie menée par l Union Européenne. En 2006, l Union Européenne a introduit la directive relative à l efficacité énergétique dans les utilisations finales et aux services énergétiques (Parlement Européen et Conseil 2006), qui prévoit la mise en œuvre de services énergétiques pour réduire la consommation d énergie. Une partie de ce plan d action se concentre sur les économies d énergie engendrées par l émergence d une prise de conscience et par un changement des comportements. La directive stipule que : Les Etats membres doivent parvenir à un objectif national de 9 % d économie d énergie en 2017; Le secteur public est supposé montrer la voie dans la réalisation de ces objectifs; Les Etats membres devraient imposer des obligations aux fournisseurs et aux distributeurs d énergie visant à promouvoir l efficacité énergétique; Les Etats membres devraient adopter une législation concernant la mesure et la facturation, afin d assurer que les consommateurs sont bien informés avant de prendre des décisions liées à leur consommation d énergie. 4

5 L objectif de la Commission Européenne est de parvenir à une réduction de 20 % de la consommation d énergie d ici à 2020 (Plan d action en matière d efficacité énergétique, 2006). Réaliser des économies d énergie en modifiant les comportements est le moyen le plus efficace et rentable d atteindre cet objectif. Ce manuel, basé sur les résultats du projet BewareE, est destiné à inspirer et à permettre la mise en place de «services de sensibilisation à l énergie» dans tous les États membres de l UE. Les exemples et les résultats des recherches conduites en sciences sociales démontrent que les services dédiés à la modification des comportements peuvent aider à atteindre les objectifs de l UE, tels que stipulés dans la directive CE relative à l efficacité énergétique dans les utilisations finales et aux services énergétiques (2006/32). Que Sont les Services de Sensibilisation à l Energie? Le comportement humain est composé, dans une large mesure, d habitudes quotidiennes et de pratiques sociales qui vont parfois à l opposé des objectifs d économie d énergie. Si les consommateurs adoptaient des pratiques d économie d énergie, l impact sur la consommation énergétique au niveau européen serait considérable. Le projet BewareE 2, cofinancé par l Agence Exécutive pour la Compétitivité et l Innovation (AECI), facilite la mise en place de «services de sensibilisation à l énergie» afin de réduire la consommation énergétique des foyers ainsi que les coûts associés à celle-ci. Un service de sensibilisation à l énergie est constitué par toute forme d action ou d outil destinée à aider les résidents à adopter des comportements durables pour une meilleure efficacité énergétique. Ces changements comportementaux sont liés aux habitudes quotidiennes, aux comportements d achats et d investissement. En collaboration avec les associations de logement et d autres parties concernées, le consortium du projet a systématiquement recueilli des informations sur les services de sensibilisation à l énergie. Les partenaires ont recueilli plus de 130 exemples de tels services dans toute l Europe. Ils ont été analysés, évalués et classés dans la base de données BewareE des services de sensibilisation à l énergie (www.izt.de/bewaree). Tout au long de ce manuel, nous présenterons des exemples choisis de ces services dans les encarts jaunes. Pourquoi les Services de Sensibilisation à l Energie Sont-Ils Importants pour Vous? Ce manuel s adresse aux fournisseurs potentiels de services de sensibilisation à l énergie: bailleurs et organismes immobiliers, municipalités, associations de consommateurs et de résidents, ainsi que d autres intervenants enthousiastes. Chacun de ces acteurs est stimulé par des motivations différentes. 2 BewareE : réduire la consommation d énergie des résidents par des changements de comportement 5

6 Les Bailleurs Fournir des services de sensibilisation à l efficacité énergétique ne fait pas partie de l activité principale des bailleurs. Pourtant, au cours de nos recherches, nous avons appris qu il existe diverses motivations qui incitent les sociétés de logement à mettre en œuvre des services de sensibilisation. Entre autres, ce sont des objectifs de renforcement de l image de responsabilité sociale des entreprises, d aide aux ménages à faible revenu en réduisant les factures énergétiques, évitant ainsi un possible défaut de paiement du loyer, et finalement le souhait d améliorer la qualité des logements ainsi que la cohésion de la communauté. Ces motivations sont décrites dans les paragraphes suivants. Tout d abord, la responsabilité sociale est devenue de plus en plus importante. Aujourd hui l engagement envers la protection du climat a une grande valeur publique. Par exemple, aux Pays-Bas, cet engagement en faveur de l environnement a été défini en 2008 dans un important accord des sociétés du secteur de l habitat (Ministère du Logement, 2008) qui a été signé par le Woonbond (l Association des Locataires Néerlandais), l AEDES (l Association Néerlandaise des Bailleurs) et le Ministère Néerlandais du Logement. Il vise à réduire la consommation d énergie du parc de logements en mettant en œuvre une série d initiatives. En ce sens, la mise en œuvre de services de sensibilisation à l efficacité énergétique est un très bon moyen de parvenir à avoir une image positive auprès du public. En deuxième point, les coûts croissants de l énergie diminuent le budget des ménages disponible pour couvrir les frais de subsistance et cela peut accroître le risque d endettement et de loyers impayés. Il est dans l intérêt des bailleurs de maintenir les coûts énergétiques aussi bas que possible. Les services de sensibilisation à l efficacité énergétique peuvent y contribuer. En outre, la mise en œuvre de ces services peut, dans certains cas, faire partie de l amélioration des logements et, si les services sont mis en œuvre en coopération avec les résidents, elle peut également renforcer la cohésion de la communauté. Ces bénéfices encouragent de plus en plus de bailleurs à s engager fermement à fournir des services de sensibilisation à l énergie. Certains des services les plus innovants en Europe découverts lors de nos recherches sont offerts par des bailleurs (voir les exemples dans les encarts jaunes). Les Municipalités Les économies d énergie et le changement climatique sont des préoccupations importantes dans les politiques des municipalités. Plus de 1600 municipalités européennes ont ainsi signé le Pacte des Maires. Ces municipalités sont maintenant engagées à présenter un plan d action local en faveur des énergies durables dans l année suivant leur signature (www.eumayors.eu). Fournir des services de sensibilisation à l énergie est un moyen rentable d atteindre les objectifs de réduction de la consommation d énergie pour beaucoup d entre elles. Les municipalités sont les autorités publiques les plus proches des citoyens. Elles sont bien placées pour fournir des conseils personnalisés d économies d énergie à des groupes cibles spécifiques, comme les ménages à faible revenu et les personnes âgées. Les Organismes de Consommateurs et de Résidents Pour les organismes de consommateurs et de résidents, les services de sensibilisation à l énergie sont des instruments pratiques pour aider les ménages à effectuer des économies d énergie et à réduire leurs coûts énergétiques. Entre 2000 et 2007, le coût de l énergie par ménage a augmenté 6

7 de 70 %, jusqu à une moyenne annuelle de 300 pour l électricité et 455 pour le gaz et le pétrole (Kortman, 2009), et il est probable que ces coûts augmenteront encore dans le futur. En outre, les mesures d économie d énergie prises à l échelle communautaire peuvent renforcer la cohésion sociale entre les résidents. Les Energéticiens Les énergéticiens forment un autre groupe de fournisseurs potentiels de services. Comme les organismes de logement, ils peuvent renforcer leur image par la mise en œuvre de services de sensibilisation à l énergie. De plus, sous le régime des certificats blancs, fournir des programmes de changements comportementaux peut aussi être un moyen de se conformer aux quotas d économies d énergie. Enfin, en réduisant leurs coûts énergétiques, les énergéticiens peuvent améliorer la relation avec leurs clients, ce qui est essentiel dans un marché concurrentiel. Comment Utiliser ce Manuel? Ce chapitre d introduction vise à mettre en évidence l importance des services de sensibilisation à l économie d énergie dans la bataille européenne contre le changement climatique. Les chapitres 2,3 et 4 présentent d importantes informations de base pour la conception de mesures efficaces de changements comportementaux. Le chapitre 2 explique la quantité d énergie consommée et la répartition de son utilisation dans les foyers européens. De plus, les économies potentielles réalisables sont mises en évidence afin de comprendre l importance de la consommation énergétique des ménages. Dans le chapitre 3, les défis pour changer les comportements de consommation d énergie sont envisagés à partir d un point de vue théorique. Des réflexions provenant des domaines de l économie, la psychologie et la sociologie sont introduites pour expliquer la complexité des facteurs qui façonnent le comportement humain. À partir de ces idées, le chapitre 4 explore différentes «stratégies d intervention» possibles, à savoir les moyens d influencer les comportements de consommation énergétique. Les méthodes typiques telles que les campagnes médiatiques, les incitations et le feed-back aux consommateurs sont abordées dans ce chapitre. Les chapitres 5 et 6 sont conçus pour vous aider à développer vos propres services de sensibilisation à l énergie. Le chapitre 5 offre une vue d ensemble des différents types de services présents dans la base de données BewareE. Ces exemples pourraient vous inspirer pour développer votre propre service approprié en fonction du groupe ciblé. Reportez-vous à notre base de données BewareE qui contient plus de 100 services testés et éprouvés de sensibilisation à l énergie. En outre, nous suggérons une approche en six étapes pour une mise en œuvre réussie de tels services. Cette méthode a été développée en s appuyant sur les expériences internationales du projet BewareE et veut être un guide pratique pour vous aider à élaborer et mettre en œuvre vos propres services énergétiques. Finalement, le chapitre 7 fait appel à votre enthousiasme : passez à l acte! En résumé, nous présentons six règles d or pour la mise en œuvre de services efficaces de sensibilisation à l énergie. Commencez à concevoir votre service, rappelez-vous que des services de sensibilisation bien organisés peuvent engendrer des économies d énergie de l ordre de 5 à 10 % et dans certains cas jusqu à 20 % par an. Ce qui se traduit par de réelles économies financières pouvant aller jusqu à 300 par an. 7

8 Chapitre 2: La Consommation d Energie dans les Foyers En 2007, les foyers étaient responsables de 26 % de l énergie totale consommée en Europe (Eurostat 2010). D importantes différences existent entre les niveaux de consommation des différents États membres de l Union Européenne (UE). C est ainsi qu en Lettonie, en Hongrie et en Estonie, le secteur résidentiel représente une consommation d énergie bien supérieure à la moyenne de l UE (respectivement 34 %, 33 % et 32 %). Cependant, la part que représente le résidentiel est bien moindre pour certains pays comme le Luxembourg (15 %), Chypre (16 %) ou l Espagne (16 %) (Eurostat 2010, voir figure 1). Ces différences peuvent s expliquer par des facteurs tels que les conditions climatiques (demande en chauffage moindre dans les pays du sud comme Chypre et l Espagne) ou l importance relative des autres secteurs (la part de la consommation des transports est par exemple étonnamment élevée au Luxembourg). Figure 1 : Consommation finale d énergie en Europe dans les différents secteurs (2007) Source : Eurostat (2010) 8

9 Différences de Consommations Nationales Les statistiques révèlent également de fortes disparités au sein de l UE entre les consommations d énergie par ménage. C est ainsi qu alors que le Luxembourg détient le plus haut niveau avec 9700 kgep/habitant, la Roumanie affiche quant à elle un ratio de 1860 kgep/habitant (Eurostat 2010). Une autre différence significative dans la façon dont les ménages utilisent l énergie domestique concerne la répartition entre les différents usages (chauffage, eau chaude sanitaire, cuisson, éclairage et électricité spécifique). La figure 2 présente cette répartition pour 15 pays industrialisés dans le monde entier. Figure 2 : Usages de l énergie dans le résidentiel Source : Lautsten (2008) C est ainsi qu en Autriche, en France et en Allemagne, la consommation d énergie pour le chauffage est supérieure à la moyenne des 15 pays industrialisés. En revanche, en Norvège et en Espagne, cette consommation est inférieure à la moyenne. Une fois la consommation d énergie par habitant corrigée par les influences climatiques, on constate que les pays à climat relativement froid sont dans le groupe moyen (Norvège et Suède), tandis que les pays relativement chauds tels que la France se placent dans la catégorie de consommation élevée. Cela peut s expliquer par le fait que dans les zones de climat froid, les bâtiments ont tendance à être mieux isolés que les maisons construites sous des climats plus cléments. Concernant l Eau Chaude Sanitaire (ECS), la consommation d énergie est assez élevée en Finlande, en Suède et au Royaume-Uni, contrairement à l Allemagne ou l Italie. Quant à l éclairage, les foyers norvégiens sont de grands consommateurs, contrairement à la France. Enfin, par rapport à d autres pays, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède dépensent beaucoup d énergie pour l électricité spécifique. 9

10 Tendances Relatives à la Répartition de l Energie Domestique La figure 3 montre que la part du chauffage a diminué sur la période allant de 1990 à Cette tendance est contrastée par une part plus importante de la consommation d énergie pour les appareils (ordinateurs, téléphones mobiles, etc.) qui est passé de moins de 15 % à près de 20 % dans la même période. Figure 3: Consommation d énergie dans les bâtiments résidentiels en Europe Source : Lautsten 2008 / IEA 2008 Pour chaque usage de l énergie, des changements de comportement peuvent participer à la réalisation d économies. La base de données BewareE contient des exemples de services à sensibilisation à l énergie dans toutes ces catégories d utilisation de l énergie. Ils peuvent servir de point de départ au développement de vos propres services de sensibilisation à l énergie. 10

11 Chauffage Le chauffage constitue l usage le plus important dans la consommation d énergie des foyers et représente plus de la moitié de la consommation résidentielle totale d énergie dans la plupart des pays membres de l Agence Internationale de l Energie (AIE). Environ un tiers des services de sensibilisation à l énergie de la base de données BewareE concerne cet usage. Le service suivant est par exemple un moyen permettant de réduire la consommation d énergie liée au poste chauffage. Bonne Pratique : Entretien avec Conseiller : les Ramoneurs comme Ambassadeurs du Climat Les Intervenants : L Agence Autrichienne de l Energie, en coopération avec d autres orga - nismes de conseil en énergie et des partenaires industriels, a travaillé avec les ramoneurs pour en faire des «ambassadeurs du climat» et conseiller les foyers au cours de visites à domicile. Aspects Particuliers : Intégrer à l activité classique des ramoneurs des aspects relatifs aux économies d énergie est une excellente idée. En effet, leurs visites à domicile constituent l opportunité d aborder le sujet de l efficacité énergétique sans prises de rendez-vous supplémentaires. L Expérience : Cette initiative s inscrit dans le cadre du programme «klima:aktiv leben» qui a été lancé par le Ministère Fédéral Autrichien de l Agriculture, des Forêts, de l Environnement et de la Gestion de l Eau pour favoriser les mesures d économie d énergie et améliorer les comportements en faveur du climat dans les logements en propriété privée. Lors de leurs visites à domicile, les ramoneurs, qui agissent comme ambassadeurs du climat, distribuent des prospectus contenant des conseils relatifs aux économies d énergie. En outre, ils évaluent l état du système de chauffage et fournissent des conseils sur l achat de nouveaux équipements énergétiques performants. Ils fournissent de plus des informations sur l isolation thermique et le remplacement des fenêtres. Les demandes de renseignements ou de conseils supplémentaires sont inscrites sur une fiche d évaluation et enregistrées dans une base de données. Les questions supplémentaires sont traitées par un service d assistance téléphonique. Plus d Informations : Scharp et al

12 L Eau Chaude Sanitaire L eau chaude sanitaire représentait moins de 18 % de la consommation d énergie résidentielle dans les ménages européens en Cette part s était abaissée à environ 17 % en Seuls quelques services dans la base de données BewareE visent la réduction de la consommation d énergie pour l eau chaude sanitaire. L un d entre eux est présenté ci-dessous. Bonne Pratique : Entretiens avec Conseiller : Les Inspecteurs de Chaudières Les Intervenants : Aidés par les administrations locales italiennes, les inspecteurs de chaudières fournissent aux locataires et aux propriétaires des conseils liés à l énergie. Aspects Particuliers : L inspection obligatoire des chaudières offre l opportunité de donner des conseils liés à l énergie. L Expérience : Selon l article 31 de la loi 10/91, les municipalités italiennes de plus de habitants doivent veiller à ce que toutes les chaudières résidentielles soient inspectées au moins une fois tous les deux ans. Ce contrôle comprend les points suivants: vérification de l état d entretien de toutes les chaudières installées et de la garantie du respect des normes minimales d efficacité énergétique, vérification de la présence de régulation automatique de la température et de l équipement de sécurité, confirmation que la chaudière est conforme aux exigences légales pour les équipements de chauffage. L inspecteur doit également fournir aux utilisateurs des informations à propos des économies d énergie, des règles de sécurité et de la façon d atteindre un niveau de confort acceptable. On estime que 11 millions de chaudières seront inspectées tous les deux ans. Les résultats ont déjà montré que le programme d inspection des chaudières a permis d augmenter la prise de conscience par les citoyens de la nécessité d entretenir correctement les chaudières. Plus d Informations : Scharp et al Les Appareils Electroménagers Bien que les équipements électriques aient représenté moins de 15 % de la consommation d énergie résidentielle en 1990, cette part est passée à près de 20 % dans la majorité des pays européens en Parmi ces appareils, les machines à laver, lave-vaisselles, réfrigérateurs et sèche-linges sont de grands consommateurs, malgré une efficacité énergétique en progrès. Un quart des services de la base de données BewareE vise à réduire l énergie consommée par ces appareils. Voici un exemple ci-dessous. 12

13 Bonne Pratique : Incitations à Petit Coût : Projet de Suivi de Consommation «Mesurer C est Savoir» Les Intervenants : Pays-Bas. MilieuCentraal fournit des compteurs à tous les résidents intéressés des Aspects Particuliers : Comparé à d autres services de suivi de consommation, le compteur d énergie Conrad constitue un moyen relativement bon marché pour rendre la consommation d énergie transparente. L Expérience : Les résidents peuvent mesurer la consommation d énergie de leurs appareils électriques ainsi que les coûts énergétiques résultants ; ceci grâce à un compteur d énergie (le Conrad Energy Check 3000) prêté par MilieuCentraal. Cette organisation en viron ne men - tale fournit également des informations sur l utilisation efficace des appareils ainsi que sur la disponibilité sur le marché d autres appareils éco-efficaces. À la fin de l année 2005, 4000 compteurs étaient en circulation aux Pays-Bas. Chaque foyer est autorisé à conserver le compteur trois semaines avant de le transmettre à un autre foyer. Jusqu à présent, foyers ont participé à ce programme. Plus d Informations : Scharp et al Cuisson et Eclairage La cuisson et l éclairage ont représenté environ 8 % de la consommation d énergie résidentielle en Cette part a légèrement augmenté à 9 % en La consommation d énergie pour l éclairage devrait diminuer en raison de l interdiction des ampoules à incandescence en Europe. Une dizaine de services de sensibilisation à l énergie répertoriés dans la base de données BewareE visent à réduire la consommation d énergie pour la cuisson et l éclairage. Bonne Pratique : Incitation à Petit Coût : l Energy Box, Contenant de Produits en Faveur des Economies d Energie Les Intervenants : Le bailleur Woonplaats offre une «Energy Box» à ses résidents. Aspects Particuliers : La boîte est offerte aux résidents lors d une rénovation, moment idéal pour sensibiliser aux économies d énergie. L Expérience : Au cours d une rénovation, les locataires sont censés être plus ouverts au changement. Par conséquent, c est un bon moment pour diriger l attention sur l importance de comportements favorisant les économies d énergie. Pour encourager les locataires à économiser de l énergie, Woonplaats, un bailleur à Enschede, aux Pays-Bas, a offert gratuitement une Energy Box à ses locataires. Cette boîte contient plusieurs produits destinés à économiser l énergie, comme des ampoules basse consommation des interrupteurs de veille, etc. En outre, chaque Energy Box contient un guide avec des informations et des idées pour faire des économies d énergie. Plus d Informations : Scharp et al

14 Potentiel d économies liées à un changement de comportement L attention du public se concentre souvent sur l amélioration de l efficacité énergétique des technologies. Or ce point de vue peut avoir tendance à négliger l importance du comportement. C est ainsi que des bâtiments avec les mêmes normes techniques peuvent afficher des niveaux de consommation d énergie très différents. Uitzinger (2004) a par exemple montré que les consommations annuelles de gaz (pour des maisons ayant les mêmes coefficients d efficacité énergétique) peuvent varier d un facteur d environ 1,5, en dessous et au-dessus de la moyenne. Gardner et Stern (2008) démontrent quant à eux quelles économies potentielles peuvent être obtenues par modification des habitudes quotidiennes ou par des investissements à faible ou moyen coût (voir la figure 1 ainsi que Kok et al. (2007), qui annoncent un potentiel d économies d énergie de 19 % à +/- 5 %). Tableau 1: Potentiel d économies liées à des changements comportementaux aux États-Unis (par rapport à la consommation totale) Habitudes quotidiennes Investissements à faibles et moyens coûts Réduction de la température de consigne du chauffage 3,4% (20 le jour, 18 la nuit) Augmentation de la température de consigne de la climatisation (25,5 au lieu de 23 ) Vaisselle et lessive à basse température 1,2% Total 4,6% Utilisation d ampoules basse consommation 4,0% Utilisation de joints isolants aux fenêtres 2,5% Changement de chaudières anciennes 1,5% Changement des réfrigérateurs 1,9% Changement des équipements de refroidissement / climatisation 2,2% Total 12,1% Total 16,7% Source : Gardner et Stern (2008) En conclusion, un fort potentiel d économies d énergie peut être atteint grâce aux changements de comportement des résidents ; ceci sans réduction du niveau de confort. Dans le chapitre suivant, nous allons discuter des défis à relever concernant les services liés à ces changements de comportement. En effet, le comportement humain présentant une forte inertie, il n est pas aisé de le modifier. Des concepts provenant de différentes disciplines telles que l économie, la psychologie ou la sociologie, peuvent aider à appréhender la complexité de ces processus de persistance et de changement. 14

15 Chapitre 3: Pourquoi est-il si Compliqué de Changer les Comportements? Les enquêtes d opinion au niveau européen et national suggèrent que la compréhension du public à propos du changement climatique, et de ses origines, venant d une utilisation excessive des ressources naturelles, a régulièrement augmenté durant ces dernières années. Par exemple, une étude publiée par le ministère de l environnement Allemand rapporte que 77 % des Allemands s attendent à ce que le changement climatique ait de sérieuses conséquences pour l homme et que 75 % des Allemands pensent que les consommateurs jouent un rôle crucial dans le changement climatique (BMU 2008). L agence française de l énergie, ADEME, a observé que le pourcentage des français percevant le réchauffement planétaire comme étant l un des deux facteurs les plus alarmants pour l environnement est passé de 6 % à 33 % de 2000 à 2007 (ADEME 2008). Au niveau européen, l Eurobaromètre indique que 62 % de la population de l EU27 (Europe des 27) considère le changement climatique comme étant l un des plus graves problèmes dans le monde, dépassé seulement par leur préoccupation vis-à-vis de la pauvreté et le manque de nourriture et d eau potable (68 %; Commission Européenne/Parlement Européen 2008). Utilisant ces statistiques comme point de départ, on pourrait en déduire que les consommateurs attentifs à l environnement seront bientôt prédominants dans notre société. Les craintes des populations vis-à-vis du réchauffement planétaire et la conscientisation de leur propre influence négative sur le climat devraient encourager un changement des comportements. La conscientisation des impacts du réchauffement planétaire et de la responsabilité personnelle des individus devraient encourager un changement des comportements. Néanmoins, l expérience montre que les comportements ne sont pas faciles à modifier. Pour beaucoup d entre nous, la nouvelle année est le temps des bonnes résolutions : arrêter de regarder la télé tard le soir et plutôt lire un livre, faire plus de sport et travailler moins, essayer d utiliser les transports publics ou le vélo au lieu de la voiture. Nous décidons de consommer des fruits d origine locale au lieu d acheter des fruits à forte empreinte carbone provenant du monde entier. Quelques semaines plus tard le temps des bonnes résolutions est passé : nous ne pouvons les tenir, nous ne réussissons pas à changer durablement de comportement. Cette contradiction entre la connaissance, notre attitude et notre comportement est connue comme «le fossé entre attitude et actes» («attitude action gap»). Une récente étude paneuropéenne (LogicaCMG 2008) révèle que les Européens n appliquent en moyenne que 1.4 sur 6 mesures identifiées comme cruciales pour réaliser des économies d énergie chez eux. Dépasser ce fossé entre attitude et actes constitue l un des défis les plus importants si l on veut gagner la lutte contre le changement climatique. Le comportement humain est complexe et difficile à prévoir. Il ne suit pas les modèles typiques régis par ces lois scientifiques (telles que le principe de Newton sur la gravité) dont la découverte a contribué au succès des sciences naturelles. Toutefois, comme cette approche «technique» de la résolution des problèmes est profondément enracinée dans notre société moderne, rationaliste et spécialisée, il est difficile de saisir la complexité, l incertitude et le flou du comportement humain et notamment comment et pourquoi il change ou non. Ce chapitre présente une vision de la complexité du comportement humain à travers l économie, la psychologie et la sociologie. Nous n avons pas l intention de présenter une revue exhaustive de la littérature existant sur le sujet, mais plutôt de comparer de façon générale les divergences de vue et d en tirer des conclusions pour l élaboration de stratégies visant à changer les comportements en matière d efficacité énergétique. Pour un aperçu excellent et plus détaillé des différentes disciplines et de 15

16 leur cadre d analyse, nous vous recommandons la consultation de Breukers et al. (2009), ainsi que Ehrhardt-Martinez (2008) et Jackson (2005). La Vision de l Economiste L économie et la psychologie dominent traditionnellement les débats sur les modèles comportementaux. Les économistes classiques présument les individus comme étant rationnels, dirigés par l intérêt personnel, tablant sur des ressources en termes de moyens financiers et de temps disponibles, évaluant et calculant le coût de comportements alternatifs. Cette approche pourrait expliquer certains comportements d investissement et d achat. Par exemple, selon la recherche économique, les consommateurs achèteront de nouveaux réfrigérateurs moins énergivores si le bénéfice retiré du produit et le gain en dépenses d électricité dépassent les coûts de conservations de leurs anciens équipements moins efficaces. De façon similaire, les individus ne rénovent pas leur maison en raison du manque de capital de départ, d un mauvais retour sur investissement et de grands risques financiers. De plus, les coûts générés par la recherche d information sur les différents produits (p. ex. comment utiliser ces nouveaux systèmes de suivi de l énergie?) peuvent freiner l investissement (Breukers et al : 39). De même, les économistes classiques font valoir que les habitudes quotidiennes de consommation d énergie peuvent être expliquées par les prix de l énergie, qui sont encore trop bas pour vraiment affecter les factures d énergie de la plupart des individus malgré une préoccupation croissante vis-à-vis de la précarité énergétique. En fait, l élasticité de la demande, c est-à-dire la manière dont la consommation décroît selon la hausse du prix de l énergie, apparaît plutôt faible (Frachet 2010). Plus récemment, certains économistes ont modifié le modèle classique de choix rationnel en prenant en compte «la rationalité limitée» («bounded rationality»). Selon cette hypothèse les utilisateurs ne suivent pas toujours la logique du profit maximum pour l effort minimum, basé sur les informations disponibles. Kahneman et Tversky (1979) font valoir que les individus sont «biaisés» dans leurs comportements et tendent à se comporter de manière irrationnelle dans beaucoup de situations. Par exemple, selon leur «Prospects Theory», les êtres humains ont plus peur des pertes qu ils ne sont motivés par des gains potentiels. Des études pilotes montrent qu un système de malus (pénalités tarifaire) en période de pic de consommation («critical peak pricing») est plus efficace à réduire la consommation d énergie qu un système de bonus (rabais) durant ces mêmes périodes («peak time rebates») (emeter Strategic Consulting 2009; IBM Global Business Services et emeter Strategic Consulting 2007; Faruqui et Sergic 2009). La tarification des pics / de consommation est destinée à encourager la réduction de la consommation grâce à des tarifs élevés aux heures de pointe, des dépenses éventuelles supplémentaires pour le consommateur tandis que les rabais en période de pics, sont des gains potentiels pour le consommateur. Ce biais peut également expliquer, jusqu à un certain point, pourquoi les individus se réfrènent à faire certains achats ou investissements même s il y a peu de risque de pertes. Richard Thaler et Cass R. Sunstein (2008) supposent une rationalité limitée qui n est pas expliquée par des biais, mais par les «heuristiques», une sorte de programmes cognitifs automatiques qui nous aident à faire face aux problèmes complexes de notre vie quotidienne. Selon Thaler et Sunstein les heuristiques qu ils définissent comme «pilotes automatiques» constituent la réponse à une «infrastructure de choix» fournie p. ex. la disponibilité ou la non-disponibilité de pistes cyclables qui peut «pousser» les individus à se comporter d une certaine manière (voir aussi Pichert 2010). Malgré de récentes modifications rapprochant l économie de la psychologie et de la sociologie, le paradigme de base de la prise de décision individuelle, maximisation des bénéfices et réduction 16

17 des coûts est toujours très puissant et définit fortement le discours public sur l efficacité énergétique. Pour atteindre les objectifs d économie d énergie, les dirigeants politiques créent des cadres financiers (mesures incitatives et dissuasives) et des dispositifs qui aident à réduire le temps de recherche des consommateurs (étiquetage des produits et standardisation). La Vision de la Psychologie La recherche en psychologie sur les comportements des consommateurs et les facteurs environnementaux comprend des théories de la psychologie sociale, cognitive, environnementale et de la personnalité. Les psychologues étudient ce que les individus font afin de protéger l environnement, pourquoi ils se comportent d une certaine manière (à la fois durable et non durable); dans quelle mesure ils sont cohérents dans leurs comportements, et comment les individus peuvent être incités à se comporter de façon durable. Les théories et les modèles en psychologie diffèrent dans leurs hypothèses sur le déclenchement des comportements. Deux distinctions importantes peuvent être faites : d abord entre les comportements raisonnés et les comportements habituels ; puis entre les comportements qui s expliquent par des processus individuels et ceux conditionnés par les rapports sociétaux (Steg & Buijs 2004). Le choix d un modèle dépend du contexte et du type de comportement étudié. La plupart des théories utilisées pour expliquer les comportements environnementaux se concentrent principalement sur le comportement de l individu. Par exemple, selon la Théorie du Comportement Planifié (Theory of Planned Behaviour ; Ajzen 1985) le comportement est le résultat d une intention et cette intention résulte de l attitude, des règles sociales d une personne, et son contrôle conscient des résultats. Concernant l utilisation de la voiture, les chercheurs avancent que l attitude positive ou négative d une personne quant à l utilisation d une voiture est conditionnée par l opinion de ses amis sur ce sujet, et la mesure dans laquelle il peut se déplacer facilement sans voiture. Cette intention influence de fait l utilisation réelle de la voiture. Un autre exemple, la «Norm Activation Theory» (Schwartz 1977) stipule que le comportement est le résultat de standards personnels, de la connaissance des conséquences, et de l attribution des responsabilités. Enfin, la «Value-Belief-Norm Theory» (Stern 2000) propose une relation sophistiquée entre valeurs, représentations et normes. Par exemple, les personnes qui se sentent concernées par les valeurs «vertes» tendent à être plus conscientes de l impact de leurs comportements sur l environnement et s en sentent plus responsables. De plus, elles ressentent comme un devoir d économiser l énergie et tendent à accepter des politiques énergétiques plus strictes. Ces modèles supposent que le comportement est, pour l essentiel, le résultat d un processus cognitif délibéré. Mais beaucoup de nos comportements quotidiens ordinaires sont effectués avec une prise de conscience très faible (Jackson 2005). La psychologie cognitive suppose que les habitudes, la routine et les automatismes jouent un rôle vital dans l effort cognitif requis pour «fonctionner» correctement. Par conséquent, la transformation de la conscience environnementale en action est entravée, en partie, par le fait que la consommation d énergie est souvent liée à des routines automatisées et aux habitudes (Heijs et al. 2006). Cela explique, dans une certaine mesure, le fait que malgré de bonnes intentions, les individus sont bloqués par des comportements automatiques et non durables. Des exemples typiques de cela sont: aller au travail en voiture, acheter certaines marques de café, allumer les lumières, éteindre la télévision, prendre un bain ou une douche (Jackson 2005). Dans le but de combiner aussi bien les composantes de notre comportement liées aussi bien à notre raison qu à nos habitudes, des modèles de psychologie intégrative ont été mis en place. Les exemples de modèles intégratifs sont le modèle du Contexte Attitude-Comportement (ABC Atti- 17

18 tude Behavior Context ; Stern 2000), la Théorie des Comportements Interpersonnels de Triandis (1977), et le modèle de l Action du Consommateur de Bagozzi, Gürnao-Canli et Priester (2002). Jackson (2005) postule qu un modèle utile doit tenir compte : des motivations, des attitudes et des valeurs, des facteurs contextuels ou situationnels, des influences sociales, des capacités individuelles et des habitudes. Selon de tels modèles intégratifs, la consommation d énergie d une personne est définie en partie par la façon dont il entend utiliser l énergie, en partie par ses habitudes de con - sommation d énergie, et en partie par les contraintes situationnelles et les conditions de vie (par exemple le type de maison, l argent disponible pour des appareils éco-énergétiques, etc.). Ses intentions peuvent être influencées par des facteurs sociaux, normatifs et affectifs (par exemple qu est-ce que les autres personnes font et pensent) aussi bien que par des décisions rationnelles (que sait-elle à propos de l utilisation de l énergie). La Vision de la Sociologie Alors que les économistes et psychologues tendent à étudier les comportements liés à la consommation d énergie comme étant autonomes dans les schémas individuels, les sociologues étudient les comportements de consommation d énergie comme des actions enchâssées dans un système plus large dit «socio-technique». D après ce point de vue sociologique, la technologie et l infrastructure peuvent être utilisées de nombreuses manières différentes et la consommation d énergie dépend au final de l appropriation sociale de la technologie : comment les individus utilisent-ils l environnement construit existant, les transports, les infrastructures de loisirs, ou leurs appareils électroménagers 3. Les sociologues se réfèrent à leurs «pratiques sociales» (Shove 2003 et 2009; Bartiaux 2008; Bartiaux et al.2006; Wilhite 2007; Wilhite et al. 2000; Breukers et al. 2009; Heiskanen et al. 2009; Rettie et Stuttley 2009; Gram-Hanssen 2008). Lorsqu ils utilisent l énergie, consciemment ou inconsciemment, les individus répondent à des conventions sociales sur «comment faire les choses», ou à des croyances socialement définies sur le «comportement normal». Beaucoup de comportements, comme l utilisation de la voiture au lieu du vélo pour aller à une réunion importante, ont un fort sens symbolique et sont destinés à signaler l appartenance à un certain groupe social (Jensen 2005). En répliquant ces pratiques sociales reconnues, les individus reconfirment le «régime» socio-technique existant, une configuration stable des règles et des pratiques qui détermine l évolution et l usage de la technologie. Par conséquent, la sociologie suppose la «construction sociale» (Berger/Luckmann 1966) de la con - sommation d énergie ou, pour utiliser les mots d Emile Durkheim (1895) : ces paramètres des pratiques sociales deviennent une sorte de «fait social existant par lui-même», qui est indépendant de l individu. Partant de cette perspective, changer les schémas de consommation est compliqué car l individu n agit pas isolé du monde extérieur, mais fait partie d une gamme de réseaux sociaux qui confirment certaines pratiques et en découragent d autres (Bartiaux 2008; Ehrhardt- Martinez 2008 : 10). Il est cependant important de noter que, malgré la grande persistance de pratiques sociales, cellesci ne sont pas statiques (Shove 2003) comme le démontrent les exemples suivants. Dans beaucoup de pays européens la perception de la température normale moyenne d une pièce est passée à 22 ou 23 durant les dernières décennies, même si 18 est absolument suffisant pour la santé. De la même manière, prendre une douche quotidiennement est maintenant une convention sociale de propreté, alors qu auparavant un bain hebdomadaire était la norme. L internet a créé de nouvelles formes d interactions sociales, faisant des ordinateurs des compagnons permanents qui ne sont 3 De même, la technologie façonne les comportements des individus par la «connaissance» inhérente. Wilhite (2007) avance comme exemple que le conditionnement de l espace a figé de nombreuses pratiques aux USA, tels que les déplacements dans les villes : marcher est inhabituel et même «risqué» (ibid, p.28) du fait que les infrastructures sont étudiées uniquement pour les déplacements en voiture. De façon similaire, l utilisation de réfrigérateurs a changé les consommations de nourriture en Inde, où la religion Hindou considère les restes «morts» comme des aliments à éviter. 18

19 presque jamais hors-service une chose que les premiers créateurs des ordinateurs personnels n auraient pas pu imaginer. Dans les années 50, prendre l avion était un privilège pour quelques personnes des classes supérieures. Aujourd hui il est considéré comme normal de prendre l avion pour le voyage d un week-end. Le nombre de kilomètres parcourus s est accru d un facteur 5, ce qui a plus que compensé les économies dues aux gains d efficacité de 50 % (Pichert 2010). Dans les premiers temps des voyages en voiture, les piétons qui se sentaient perturbés par ces «fous du volant» comme ils appelaient les conducteurs demandèrent à leurs autorités locales de limiter la vitesse des voitures dans les villes à la vitesse de la marche à pied (von Randow 2009), de nos jours les cyclistes et les piétons regagnent doucement le terrain perdu dans les villes. Ces exemples montrent des routines et des habitudes qui sont intégrées dans les systèmes sociotechniques. Ces systèmes socio-techniques ne sont pas seulement historiquement variables (Rettie et Stuttley 2009), mais diffèrent d un pays ou d une région à l autre (Shove 2003 : 199). Par exemple, le tri sélectif est accepté en Allemagne depuis les années 90, mais ce n est que récemment que les Espagnols et les Français ont commencé à utiliser des containers mis à leur disposition pour le recyclage du verre et du papier. De même, les schémas de consommation d énergie doivent être appréhendés dans un contexte culturel précis, qui varie également au sein des sociétés individuelles (Prose et Wortmann 1991). Par exemple, malgré un large plébiscite en faveur de compteurs intelligents, une récente étude de la société Allemande suggère que seulement 2 ou 3 sur 10 groupes sociaux identifiés, apprécient l idée de vivre dans une «maison intelligente», et peuvent imaginer intégrer les technologies de l information dans leurs pratiques de consommation d énergie quotidiennes. (Sinus Sociovision 2009; voir également une étude de Birzle-Harder et al. (2008) qui ont identifié 4 groupes cibles pour les compteurs intelligents). En résumé, les fournisseurs de services devraient être sensibles à l importance de l influence sociale sur les comportements et se souvenir que les pratiques sociales varient selon les groupes sociaux et l époque. Combiner les Visions des Différentes Disciplines Chacune des différentes approches présentées plus haut, contribue à une meilleure compréhension des comportements liés à l énergie. Aucune d entre elles ne peut prétendre détenir l explication unique. Ces approches doivent être considérées comme étant complémentaires, chacune expliquant une partie de l image. L économie met en relief l importance des conditions de marché dans la persistance ou le changement des comportements. Par exemple, le comportement d investissement dépend du risque et de la rentabilité. Pour les achats ponctuels (réfrigérateurs, machines à laver ) ceci peut prendre une très grande importance. La psychologie renseigne les fournisseurs de services sur les interactions entre les attitudes et les valeurs, les intentions conflictuelles et les processus cognitifs qui mènent aux comportements liés à la consommation d énergie. On peut s attendre à ce que ces variables influencent de manière significative les comportements, par exemple le choix de la température pour les lavages en machine. Enfin la sociologie met en avant la dimension sociale des schémas de consommation, poussant les chercheurs à étudier la persistance et les changements des conventions sociales dans le temps et selon les milieux sociaux, les réseaux ou les communautés. Cette optique est importante dans la découverte des tendances derrière les processus individuels, tendances qui peuvent influencer le schéma de consommation d énergie du groupe culturel cible, ex., lors de l étude des comportements des jeunes individus, il faut prendre en compte leur «connexion» aux réseaux sociaux en ligne tels que Facebook. Ainsi, plutôt que d adopter une stratégie renseignée par une seule discipline, les praticiens doivent être à l écoute des différentes écoles de recherche sur les changements comportementaux. Il est 19

20 claire cependant, que cette connaissance ne relève que des aspects généraux (voir les remarques plus bas) et doit être utilisée comme une sorte de carte intellectuelle, une sorte d aide dans l approche de la complexité des comportements liés à l énergie. Les idées dans cette brochure sont présentées comme sources d inspiration pour l élaboration de stratégies et de programmes d actions pour influencer les comportements des groupes cibles (voir figure 4). Figure 4: La complexité du comportement humain Source : propre illustration De fait, changer les comportements de consommation d énergie dépend d une multitude de facteurs. «Les références théoriques aussi bien que les champs d expérimentation forcent [nous forcent ; les auteurs] à être très prudents concernant les prévisions sur les comportements futurs liés à l énergie. Les consommateurs sont en réalité poussés par une combinaison de plusieurs facteurs, qui ne sont pas seulement nombreux et complexes mais aussi en concurrence et même paradoxaux.» (Barthiaux 2008 : 1). Pour les praticiens, il est impossible d analyser de manière exhaustive et scientifique tous les facteurs pouvant intervenir dans les comportements de consommation d énergie du groupe cible. La plupart des fournisseurs de services ne peuvent pas se permettre de faire appel à une société de recherche en vue d une étude sur les pratiques spécifiques de consommation d énergie des résidents, sur leur niveau de connaissance, leurs attitudes, leurs perceptions des comportements normaux, leurs ressources financières, etc. Cependant, les idées présentées plus haut peuvent aider les praticiens à se rendre compte des différents facteurs qui peuvent influencer les comportements du groupe cible et quelles variables méritent le plus d être considérées pour l élaboration de services de sensibilisation. Cela pourrait aider à la conception de mesures de sensibilisation qui sont basées sur des hypothèses de probabilités pragmatiques. Si ce processus de réflexion est correctement mené, le résultat devrait être meilleur qu une approche uniforme toute faite. Dans tous les cas, nous recommandons fortement de faire participer votre groupe cible dès la conception de vos services et mesures de sensibilisation. Prenez le temps de leur rendre visite chez eux pour comprendre leur situation, invitez-les à une table ronde ou à un échange sur un forum en ligne. Sur la base de cette relation bilatérale, vous pourrez créer ensuite un service de sensibilisation à l énergie qui sera plus adaptée à la situation particulière de votre groupe cible. Dans le chapitre suivant nous étudierons quels types de stratégies d intervention vous pouvez envisager. 20

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