COMPÉTITIVITÉS ET REVENUS AGRICOLES DANS LES SECTEURS AGRO-ALIMENTAIRES DES PECO

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1 Octobre 2001 COMPÉTITIVITÉS ET REVENUS AGRICOLES DANS LES SECTEURS AGRO-ALIMENTAIRES DES PECO IMPLICATIONS AVANT ET APRÈS ADHÉSION POUR LES MARCHÉS ET LES POLITIQUES DE L UE Par Alain Pouliquen* * Directeur de recherche à l'inra (France) Les opinions émises dans cette étude n engagent que l auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de la Commission européenne.

2 .

3 Remerciements Engagée en automne 2000 à la demande de la Direction Générale de l Agriculture de la Commission européenne 1, cette étude se nourrit largement des recherches que l auteur poursuit depuis 1975 sur l économie politique des transformations du secteur agro-alimentaire des Pays d Europe Centrale et Orientale et de la Communauté des Etats Indépendants. Naturellement elle est donc aussi tributaire des travaux et progrès de la communauté scientifique Est-Ouest des institutions et chercheurs les plus concernés, y compris à travers des débats qui ont opposé des pronostics très divergents sur les impacts du prochain élargissement agricole de l Union européenne. Je remercie particulièrement pour leur aide les instituts d économie agro-alimentaire et mes collègues des PECO, qui sont la source majeure de toute cette communauté, ainsi que les services responsables de la Direction Générale de l Agriculture 2 de la Commission européenne, ceux de l OCDE en charge de l analyse des politiques et dynamiques agro-alimentaires des économies en transition, et ceux du Ministère français de l agriculture. Mais par rapport à mes travaux antérieurs, la présente étude m'a conduit à un important saut qualitatif dans l analyse et dans son «calage» sur l information statistique et comptable disponible. Ce résultat a impliqué ma mobilisation intensive pendant plus d un an. Mais il doit aussi beaucoup à Dirk Ahner qui a lancé l opération, ainsi qu à la haute qualité professionnelle et à l appui de l équipe responsable de son suivi. Leurs réactions et suggestions, ainsi que leurs propres études, ont été des ressources très précieuses pour moi, sans jamais me détourner des lignes et conclusions essentielles de mon argumentation propre de chercheur. A tous ces égards, je remercie vivement Peter Berkowitz pour son implication particulièrement intensive dans ce suivi, ainsi que Wolfgang Munch dont l appui a été crucial, notamment en matière de données statistiques et de prévision. Alain Pouliquen 1 2 Contrat N AGR du Notamment dans ses précédents rapports sur la "Situation et (les) perspectives agricoles dans les PECO" auxquels j'ai été associé en 1995 et 1998

4 Table des matières REMERCIEMENTS... 3 TABLE DES MATIÈRES... 4 TABLEAUX ET GRAPHIQUES... 6 INTRODUCTION... 9 I. TENDANCES DE LA COMPÉTITIVITÉ EFECTIVE I.1. LA RELANCE ÉCONOMIQUE GLOBALE DES PECO I.2. NE S EST PAS TRANSMISE À LEUR PRODUCTION AGRICOLE, I.3.NI À SES DÉBOUCHÉS INTÉRIEURS, I.4.MAIS À LA DEMANDE D ALIMENTS TRANSFORMÉS ET À LEUR IMPORTATION NETTE EN PROVENANCE DE L UNION EUROPÉENNE I.5.MALGRÉ LEUR PROTECTION TARIFAIRE PLUS EFFECTIVE QUE CELLE DE L UNION À LEUR ÉGARD, I.6 ET MALGRÉ LES AVANTAGES DE NORMES QUALITATIVES MOINS CONTRAIGNANTES SUR LEURS MARCHÉS INTERNES ET TIERS I.7. DÉTÉRIORATION TENDANCIELLE ET ILLUSIONS DE LA COMPÉTITIVITÉ DES PRIX AGRICOLES DES PECO I.7.1. Convergence des prix agricoles vers les niveaux de l Union I.7.2. Handicaps hors-prix de l offre agricole des pays candidats I Ecarts de qualité...18 I Retards d organisation et/ou fragmentation excessive de l offre agricole...18 I Rentabilité agricole très faible ou négative...19 I.7.3. L appréciation monétaire a fait converger les prix agricoles, I.7.4 puis a imposé leur baisse interne, à partir de hauts niveaux relatifs, I.7.5. et a aligné les prix des intrants sur l Union, d où l effet de ciseaux, I.7.6 avec augmentation lente des marges en aval, plus étroites que dans l Union, MAIS LES SOUTIENS DIRECTS DE L AGRICULTURE RESTENT TRÈS INFÉRIEURS DANS LES PECO: HANDICAP ACTUEL, ATOUT POTENTIEL II. DÉTERMINATIONS DE LA COMPÉTITIVITÉ EFFECTIVE II.1. PRODUCTIVITÉS ET COMBINAISONS FACTORIELLES II.1.1. La faiblesse relative des productions agricoles par hectare...26 II.1.2 découle en partie d orientations productives moins intensives par hectare, II.1.3. mais aussi de la faiblesse persistante des rendements physiques, II.1.4 résultant de faibles usages d intrants achetés II.1.5. et plus fondamentalement du manque de financement, qui maintient la capitalisation du travail agricole à de faibles niveaux, II.1.6. La sanction: fortes sous- productivités du travail et de la terre agricoles II.2. DYNAMIQUES DES STRUCTURES ET REVENUS AGRICOLES II.2.1. Le chômage global et rural, facteur décisif de suremploi agricole II.2.2. Schéma général de la restructuration II Les exploitations individuelles de semi- subsistance...41 II Macro- exploitations sociétaires...45 II Les grandes exploitations individuelles, voie étroite pour l élevage intensif...48 II.2.3. Eléments de quantification: restructurations et revenus agricoles II Redistribution inter et intra- sectorielles des terres agricoles...49 II Analyse comptable par taille et forme sociale d exploitation...52 II.3. MARCHÉS FACTORIELS: FAIBLE INTÉGRATION DE L AGRICULTURE, ÉCARTS ET CONVERGENCES II.3.1. Marché du travail: exclusion prédominante II.3.2. Marché du capital: exclusion prédominante II.3.3. Marchés fonciers: faibles prix, faible activité II.4. INDUSTRIES ALIMENTAIRES: RETARDS PERSISTANTS EN AMONT, DYNAMISME EN AVAL II.4.1. Europe centrale II.4.2. Roumanie, Bulgarie II.5. DES POLITIQUES AGRICOLES SOUS FORTES CONTRAINTES MACRO-ÉCONOMIQUES ET SOCIALES II.5.1. Contraintes macro-économiques II.5.2. La contrainte sociale... 74

5 5 III. IMPLICATIONS PRÉVISIBLES APRÈS L ÉLARGISSEMENT III.1. LE SCÉNARIO DE L AGENDA III.1.1. Un recul des productions animales et plus encore des emplois liés III.1.2. Une éventuelle croissance modeste des productions céréalières et oléagineuses III. 2. L IMPACT À MOYEN TERME DES PAIEMENTS DIRECTS III.2.1. Le secteur animal : stagnation probable du porc et du lait, perspectives modestes pour l aviculture et la viande bovine III.2.2. Intensification et expansion de la production céréalière II.2.3. L impact sur les excédents communautaires III.3. DU RISQUE EXCÉDENTAIRE AU RISQUE SOCIAL: NÉCESSITÉ ET ENJEUX DE TRANSITIONS IV. CONCLUSIONS IV.1 AJUSTEMENTS SOUHAITABLES DES OUTILS COMMUNAUTAIRES DE L ÉLARGISSEMENT AGRICOLE IV.1.1 Le grand écart des politiques agricoles des PECO: quelles transitions vers la PAC? IV.1.2 Développement rural et/ou exode rural maîtrisé IV.1.3 Soutenir la fonction sociale de l agriculture de semi-subsistance: un filet social d accompagnement IV.2 DES TRANSITIONS BIEN CONDUITES, CLÉ DE LA RELANCE AGRICOLE À PLUS OU MOINS LONG TERME REFERENCES ANNEXE... 93

6 Tableaux et graphiques TABLEAU 1. CROISSANCE RÉELLE DU PRODUIT INTÉRIEUR BRUT: % DE VARIATION ANNUELLE...10 TABLEAU 2. PRODUCTION AGRICOLE BRUTE (1) ( % VARIATION ANNUELLE EN PRIX CONSTANTS)...11 TABLEAU 3. EVOLUTION DU BILAN PHYSIQUE GLOBAL DES PRINCIPAUX PRODUITS AGRICOLES DES DIX PECO CANDIDATS: MILLIONS TONNES...11 TABLEAU 4. DEGRÉ D AUTOSUFFISANCE DES PECO EN PRODUITS AGRICOLES MAJEURS: PRODUCTION % UTILISATION INTÉRIEURE TOTALE...12 TABLEAU 5. ECHANGES NETS DE PRODUITS AGRO-ALIMENTAIRES DES PECO (MILLIONS $)...12 TABLEAU 6. ECHANGES AGRO-ALIMENTAIRES NETS DES PECO AVEC L UE (1) (MILLIONS )...13 TABLEAU 7. PRINCIPAUX DROITS DE DOUANE (HORS QUOTAS PRÉFÉRENTIELS) MUTUELLEMENT APPLIQUÉS ENTRE TROIS PECO ET L UNION EUROPÉENNE: % ÉQUIVALENTS AD VALOREM...14 GRAPHIQUE 1. EVOLUTIONS DES TAUX DE CHANGE RÉELS PAR RAPPORT À L ECU...20 TABLEAU 8. RAPPORTS DU PIB EN POUVOIR D ACHAT (SPA-EURO) PAR HABITANT À SON NIVEAU EN EURO AUX TAUX DE CHANGE NOMINAUX EN TABLEAU 9. EVOLUTION CUMULÉE RÉELLE DES INDICES DE PRIX DANS TROIS PAYS CANDIDATS ET DANS L UNION EUROPÉENNE DEPUIS TABLEAU 10. ESTIMATION DU SOUTIEN À LA PRODUCTION: % ESP PAR PAYS...24 TABLEAU 11 - COMPARAISON DES PRINCIPAUX % ESP PAR PRODUIT, DE 1997 À TABLEAU 12. PRODUCTIONS AGRICOLES BRUTES (PAB) PAR HA SAU EN TABLEAU 13. ECARTS ENTRE PRODUCTIONS AGRICOLES BRUTES (PAB) ET «FINALES» (PAF) PAR HA SAU...27 TABLEAU 14. COMPARAISON PECO/UE DES PRODUCTIONS AGRICOLES BRUTES DIMINUÉES DES COÛTS FOURRAGERS TOTAUX (INTRACONSOMMATION AGRICOLE + ACHAT): PAR HECTARE SAU...28 TABLEAU 15. COMPARAISON PECO/UE DES ORIENTATIONS PRODUCTIVES...29 TABLEAU 16. COMPARAISON PECO/ UE DES PRINCIPAUX RENDEMENTS PHYSIQUES EN TABLEAU 17 : COMPARAISON PECO/UE DES PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DES BILANS FOURRAGERS ET ANIMAUX, PAR HABITANT...31 TABLEAU 18. COMPARAISON PECO/UE DES ACHATS D INTRANTS D ORIGINE EXTRA- AGRICOLE, PAR HECTARE SAU.33 TABLEAU 19. ACTIF TOTAL D EXPLOITATION (NON FONCIER), ACTIF MATÉRIEL FIXE, AMORTISSEMENT ET INVESTISSEMENT PAR EMPLOI AGRICOLE EN TABLEAU 20. COMPARAISON PARTIELLE PECO/UE DES DOTATIONS ET PRODUCTIVITÉS FACTORIELLES DE L AGRICULTURE...36 TABLEAU 21. COMPARAISON PECO/ UE DES TAUX DE CHÔMAGE, DES PARTS D EMPLOI AGRICOLE ET DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL AGRICOLE...39 TABLEAU 22. REDISTRIBUTION INTERSECTORIELLE DES SURFACES AGRICOLES: % SAU TOTALE ET TAILLES MOYENNES PAR SECTEUR...50 TABLEAU 23. SECTEUR INDIVIDUEL: % DE LA SAU PAR TAILLE ET PART DE LA SAU NATIONALE...51 TABLEAU 24. RÉSULTATS DES EXPLOITATIONS INDIVIDUELLES POLONAISES PAR CLASSE DE SAU (ÉCHANTILLON COMPTABLE) ET CALCULS DE L AUTEUR...53

7 7 TABLEAU 25. EVOLUTION RÉELLE DES REVENUS AGRICOLES HORAIRES ET DES REVENUS TOTAUX PAR PERSONNE DES EXPLOITATIONS INDIVIDUELLES POLONAISES, PAR CLASSE DE SAU...54 TABLEAU 26. POURCENTAGE DES EXPLOITATIONS INDIVIDUELLES POLONAISES PAR GROUPE DE SAU: ÉVOLUTION DE 1990 À TABLEAU 27. EVOLUTION DES PRODUCTIONS, DÉPENSES ET REVENUS PAR EXPLOITATION INDIVIDUELLE POLONAISE (MOYENNE PONDÉRÉE DE L ÉCHANTILLON COMPTABLE)...56 TABLEAU 28. COÛTS ET RENTABILITÉ DES PRINCIPAUX PRODUITS AGRICOLES DES EXPLOITATIONS INDIVIDUELLES POLONAISES EN 1999,...56 TABLEAU 29. EVOLUTION DE LA RENTABILITÉ MOYENNE (% DES COÛTS DE PRODUCTION) DES GRANDES EXPLOITATIONS EX-ÉTATIQUES DE POLOGNE...57 TABLEAU 31. RÉPUBLIQUE TCHÈQUE: EMPLOI AGRICOLE / 100 HA SAU, PAR TAILLE D EXPLOITATION ET PAR SECTEUR, SELON L ENQUÊTE TABLEAU 32. RÉSULTATS DE L ÉCHANTILLON COMPTABLE TCHÈQUE EN 1998 ET CALCULS DE L AUTEUR...61 TABLEAU 33. RÉSULTATS DE L ÉCHANTILLON FRANÇAIS POUR 1998 ET CALCULS PROPRES...63 TABLEAU 34. RÉPARTITION DE LA SAU EN CLASSES DE SURFACES: UE-15 ET FRANCE...64 TABLEAU 35. PRIX MOYENS DES TERRES AGRICOLES (PARCELLES): */ HA...68 TABLEAU 36. ROUMANIE: PRODUCTION DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES DE 1989 À TABLEAU 37. INDICATEURS DE LA CAPACITÉ MACRO-ÉCONOMIQUE DE SOUTIEN AGRICOLE EN TABLEAU 38. ESTIMATION DU SOUTIEN TOTAL: $ US PAR HABITANT ET % DU PIB; % ESP...74 TABLEAU 39. VALEUR DE SOUTIEN TOTAL : TRANSFERTS ANNUELS DES CONTRIBUABLES AU SECTEUR AGRO- ALIMENTAIRE: M. $ US...74 GRAPHIQUE 2. CONVERGENCE DES PRIX AGRICOLES DES PECO VERS LES NIVEAUX DE L UE-15 (SOURCE: DG AGRICULTURE)...93 TABLEAU 40. COMPOSITION EN % DES SOUTIENS TOTAUX DE LA PRODUCTION (ESP) ET DES SOUTIENS DIRECTS: COMPARAISON PECO-UE EN 1999 (1)...97

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9 INTRODUCTION Cette étude vise à dégager les enseignements majeurs des situations et dynamiques observées des secteurs agro-alimentaires des PECO, quant à leurs compétitivités actuelles et prévisibles avant et après adhésion, par rapport à l Union européenne à quinze, et leurs implications pour les marchés et les politiques communautaires. L exercice porte sur une période où la concurrence entre les PECO et l Union dans le secteur agro-alimentaire est encore fortement déformée par les protections mutuelles de leurs marchés des produits et des facteurs de production concernés, et par les différences des politiques et régulations respectives. En particulier les soutiens budgétaires des agricultures des PECO sont très inférieurs au niveau communautaire et leurs normes qualitatives sont généralement beaucoup moins contraignantes que celles de l Union. Tout en diminuant, ces distorsions de concurrence affecteront encore fortement les périodes pré- adhésion. Dans ces conditions, le réalisme commande de faire porter l étude sur la compétitivité "effective" de l offre agroalimentaire des PECO, c est à dire sur l évolution observée et potentielle de sa place sur leurs marchés intérieurs et extérieurs, dont celui de l Union, résultant de l élimination graduelle de ces distorsions de concurrence. C est dans cette optique que l on analyse d abord (I) les manifestations globales de cette compétitivité effective, en croisant logiquement les tendances observées des productions, des échanges et régimes d échange, des prix et des soutiens directs du secteur, puis (II) ses déterminations à moyen et long terme, par pays. On examine d abord celle des productivités agricoles par les combinaisons factorielles nationales, puis- plus directement- par les dynamiques interreliées des structures et des revenus agricoles. A leur tour, ces dynamiques sont mises en relation avec les marchés factoriels et leurs tendances, avec celles des filières agro-alimentaires et avec les contraintes macro-économiques et sociales qui conditionnent les politiques agricoles. En troisième partie (III) on en déduit les principaux impacts probables à moyen terme d intégrations agricoles anticipées, dans le cadre prévu par l Agenda 2000, ou avec accès aux paiements directs, sur les productions et échanges agro-alimentaires et sur l emploi des PECO, ainsi que sur les excédents agricoles de l'union élargie. La conclusion (IV) dégage les messages-clés de l ensemble de l analyse, quant aux ajustements souhaitables des politiques appliquées par l Union à son élargissement agricole, et quant à la perspective à long terme de relance agricole dans les pays candidats, après adhésion. Les fortes différenciations nationales et internes des dix économies concernées et de leurs agricultures, l hétérogénéité des informations disponibles et la complexité des processus étudiés nous imposent d en simplifier le traitement. On privilégiera donc la «robustesse» 3 de l argumentation générale, et sa modulation en fonction des principales différences nationales et par production, avec une attention particulière aux principales agricultures des pays les plus avancés dans le processus d adhésion. A cet égard, rappelons que la Pologne fournit 59% de la Valeur Ajoutée Brute des cinq pays du «Groupe de Luxembourg», la Hongrie 22%, et la République tchèque 11%, soit 92 % pour ces trois pays (tableau 20 infra). 3 Le croisement logique des enseignements partiels des divers chantiers analytiques concernés réduit la sensibilité des conclusions d'ensemble aux approximations quantitatives de chacun de ces chantiers.

10 10 I. TENDANCES DE LA COMPÉTITIVITÉ EFECTIVE I.1. La relance économique globale des PECO Au prix d une (Europe centrale) ou deux (Balkans) phase(s) préalable(s) de forte récession inflationniste, la plupart des PECO candidats semblent avoir créé les bases systémiques d une nouvelle croissance globale durable, où les investissements étrangers jouent un rôle important. Depuis , cette relance globale a été particulièrement robuste en Pologne, Hongrie et Slovénie. Ses récentes pauses en République tchèque et en Slovaquie sont dépassées, ainsi que dans les pays baltes, qui ont été lourdement frappés par la chute du Rouble en La relance est aussi engagée depuis trois ans en Bulgarie, mais reste modeste en Roumanie. Tableau 1. Croissance réelle du produit intérieur brut: % de variation annuelle Pologne -11,6-7,0 2,6 3,8 5,2 7,0 6,1 6,9 4,8 4,1 4,2 Hongrie -3,3-11,9-4,3-2,3 2,9 1,5 1,3 4,4 5,1 4,5 5,3 R. tchèque -1,2-11,5-3,3 0,6 2,7 6,4 3,9 1,0-2,7-0,8 3,1 Slovénie -8,1-5,5 2,8 5,3 3,9 3,1 3,7 3,9 4,9 4,5 Estonie -22,0-8,5-1,8 4,3 4,0 5,2 4,0-1,1 6,6 Roumanie -5,6-12,9-8,8 1,5 3,9 7,1 4,1-6,6-7,3-3,2 1,6 Bulgarie -8,4-7,3-1,5 1,8 2,9-10,1-6,9 3,5 2,4 5,4 Slovaquie -2,5-14,4-6,5-3,7 5,0 7,0 6,9 5,9 4,4 1,9 2,2 Lituanie -3,3-13,1-34,0-30,4 1,0 3,3 4,7 5,7 5,1-4,2 2,9 Lettonie -34,9-14,9 0,6-0,8 2,8 3,5 3,6 1,1 5,7 PECO-10-3,2 0,6 4,1 5,7 4,3 3,5 2,2 4,0 UE-15 3,1 1,8 1,1-0,4 2,8 2,4 1,6 2,5 2,7 2,3 3,1 Source: Commission européenne I.2. ne s est pas transmise à leur production agricole, La récession initiale a frappé aussi l agriculture, surtout dans le secteur animal auparavant très soutenu. Mais le recul de la production agricole a été relativement modéré dans les pays à prédominance héritée (Pologne, Slovénie) ou nouvelle (Roumanie) de petites exploitations individuelles. Puis, après sa brève relance autour de 1995, due à une conjonction favorable du climat, des cycles productifs et du marché mondial, la production tend 4 généralement à reculer ou, au mieux, à stagner en termes réels, comme le montre le tableau 2 ci-après. Notons aussi qu à nouveau, sauf en Pologne, ce recul affecte surtout le secteur animal. 4 Compte tenu des aléas climatiques (dont l'impact est accru par la conduite extensive des cultures) et des variations cycliques dans l'élevage.

11 11 Tableau 2. Production Agricole Brute (1) ( % variation annuelle en prix constants) p Pologne -2,2-1,6-12,7 6,8-9,3 10,7 0,7-0,2 5,9-5,6 0,0 Hongrie -4,7-6,2-20,0-9,7 3,2 2,6 4,9-0,6-0,3-3,3 n.c R. tchèq. -2,3-8,9-12,1-2,3-6,0 5,3-0,9-5,9-1,3 1,1 n.c. Slovénie 4,2-0,2-5,5-1,0 10,1 1,2 1,2-3,5 3,5-2,4 n.c. Estonie -13,1-5,8-19,5-12,2-12,9-0,9-6,3-1,5-5,0-8,2 6,4 Slovaquie -7,8-9,0-21,7-8,1 4,8 2,3 2,0-1,0 5,9-5,6 0,0 Roumanie -2,9 0,8-13,3 10,2 0,2 4,5 1,8 3,4-7,5 5,2 n.c; Bulgarie -7,8-7,5-9,0-18,1-2,8 8,2-15,3 5,3 3,0 1,9-3,3 Lituanie -4,4-5,8-23,4-5,4-20,2 6,0 10,3 6,5-3,3-12,2-7,5 Lettonie -10,2-3,9-15,6-22,2-17,7-6,1-6,8 1,0-13,2-18,7 Source: OCDE, 2001; p:provisoire (1) production végétale + production animale I.3.ni à ses débouchés intérieurs, Au début de la transition, la rupture systémique a aussi fortement rétréci les débouchés intérieurs de la production agricole (tableau 3). Mais ensuite, la relance économique n a pas élargi ces débouchés globalement, tout en suscitant des substitutions internes à chaque famille de produits, comme celle de viande de volaille au bœuf, et d huiles végétales et margarine au beurre et au saindoux. En effet- on y reviendra plus bas- sous contrainte de revenus encore bas et face à des prix agricoles relatifs élevés, les gains de pouvoir d achat ont tendu logiquement à se porter vers d autres consommations, y compris celle de transformations alimentaires accrues. Le tableau 3 ci-après illustre l évolution qui en résulte pour les bilans physiques des principaux produits agricoles, à l échelle des dix pays candidats. Non reproduits ici, les bilans nationaux montrent qu elle a le même sens dans tous ces pays, malgré la diversité de leurs positions excédentaires ou déficitaires. Par ailleurs d autres sources indiquent que les bilans globaux et leurs évolutions sont à peu près similaires pour le sucre, les pommes de terre, les légumes et les vins. Tableau 3. Evolution du bilan physique global des principaux produits agricoles des dix PECO candidats: millions tonnes Production Utilisation intérieure Solde Céréales 88,2 83,7 75,9 72,9 62,2 89,6 75,0 72,1 72,2 67,0-1,4 8,7 3,8 0,7-4,8 Oléagineux 4,4 3,6 4,7 5,9 4,3 3,8 4,0 4,4 4,4 4,1 0,6-0,3 0,3 1,5 0,2 Lait 38,9 28,2 29,0 28,2 27,6 35,1 25,6 26,3 26,1 25,7 3,8 2,6 2,7 2,1 1,95 Bœuf et veau 2,06 1,22 1,16 1, 09 1,07 1,68 1,10 1,02 1,02 0,99 0,37 0,114 0,114 0,137 0,075 Porc 5,49 4,43 4,47 4,62 4,22 4,94 4,08 4,30 4,36 4,10 0,54 0,349 0,171 0,262 0,125 Poulet 1,78 1,57 1,68 1,78 1,80 1,43 1,52 1,61 1,67 1,68 0,35 0,05 0,07 0,11 0,12 Ovins, capr. 0,13 0,13 0,12 0,12 0,12 0,11 0,11 0,10 0,013 0,012 00,01 3 Source: Commission européenne «Prospects for Agricultural Markets in the Associated CEECs», novembre 2000; 1989: Summary Report ,013

12 12 Ainsi, au prix d une réduction substantielle, puis de la stagnation globale de leurs consommations agricoles par tête, les dix pays candidats ont globalement conservé des bilans physiques légèrement excédentaires en produits agricoles de la zone tempérée. Mais dans le secteur animal, particulièrement dans la production de viandes, cette position excédentaire est désormais beaucoup plus étroite que durant l ère communiste où les filières animales étaient très fortement subventionnées. Tableau 4. Degré d autosuffisance des PECO en produits agricoles majeurs: production % utilisation intérieure totale Céréales Oléagineux Lait Bœuf et veau Porc Volaille Ovins, caprins Source: idem tableau 3 et calculs de l auteur. I.4.mais à la demande d aliments transformés et à leur importation nette en provenance de l Union européenne En revanche le solde en valeur des échanges agro-alimentaires des dix pays est globalement négatif et s est fortement détérioré durant la transition dans tous les pays, y compris les deux seuls exportateurs nets que sont la Hongrie et la Bulgarie (tableau 5). En 1998 et 1999 on observe toutefois une stabilisation relative de ce solde dans trois pays (Bulgarie, Slovénie et Estonie) de poids global très minoritaire. Tableau 5. Echanges nets de produits agro-alimentaires des PECO (millions $) Pologne Hongrie R. tchèque Slovénie Estonie Roumanie Bulgarie Slovaquie Lituanie Lettonie Source : OCDE, 2000, et statistiques nationales (P,H,RT en 1999) Cette divergence croissante entre excédents physiques de produits agricoles «européens» et déficit agro-alimentaire croissant en valeur, est partiellement due à l importation de produits sans substitut domestique (café, thé, fruits tropicaux, soja, ingrédients divers, animaux reproducteurs, semences et plants sélectionnés, etc.), auparavant plus restreinte. Par ailleurs certains produits importants ont des qualités et des prix moyens plus élevés à l importation qu à l exportation. Mais l explication principale tient au degré moyen de transformation agro-alimentaire beaucoup plus élevé à l importation qu à l exportation, en particulier dans les échanges avec

13 13 l Union européenne 5, qui sont majoritairement responsables du déficit agro-alimentaire global des PECO (tableau 6). Autrement dit, ceux-ci sont principalement importateurs nets de valeurs ajoutées industrielles et commerciales d origine communautaire. Tableau 6. Echanges agro-alimentaires nets des PECO avec l UE (1) (millions ) Pologne Hongrie R. tchèque Slovénie Estonie PECO I Roumanie Bulgarie Slovaquie Lituanie Lettonie PECO II PECO Source : Eurostat- Phare, DG AGRI; calculs des soldes et sommes par l auteur. (1) avec les 15 pays- membres d après 1995; tous produits de 1à 24, produits URA inclus, moins poissons et produits du poisson. En revanche c est très majoritairement vers la Communauté des Etats Indépendants (principalement la Russie), et plus modestement vers d autres économies émergentes ou en développement, que les PECO ont trouvé des débouchés extérieurs pour des produits moins élaborés et de qualité hors normes communautaires, mais adéquats aux habitudes et au faible pouvoir d achat des consommateurs de ces pays. De 1992 à 1998 ce débouché a été fortement accru par l effondrement du secteur agro-alimentaire russe et la modération de sa protection douanière. Ainsi au premier semestre 1998, la CEI absorbait la moitié des exportations agroalimentaires de la Pologne et le quart de celles de la Hongrie. L effondrement du Rouble en été 1998 a divisé par trois ce débouché, et la relance de l économie russe depuis 1999 reste loin de lui avoir restitué son niveau antérieur, car elle a principalement bénéficié aux exportateurs occidentaux. Cette évolution, cette composition et cette orientation des échanges agro-alimentaires des PECO traduisent conjointement la difficulté structurelle de leur appareil de production et de transformation hérité du système antérieur, à répondre au basculement systémique de leur demande vers des produits plus élaborés, normés et diversifiés (cf. infra II). Globalement elles révèlent donc la sous- compétitivité effective de l offre agro-alimentaire des PECO par rapport à l Union et sa détérioration tendancielle. Cette indication est renforcée par le fait que ces tendances se sont développées malgré des barrières tarifaires et des écarts de réglementations qualitatives qui, dans les échanges mutuels, protègent en fait d avantage les PECO que l Union. Examinons ce point ci-après. 5 A. Charron "Les échanges commerciaux des PECO en produits agro-alimentaires", Rapport de stage, DG Agriculture, La dissymétrie des échanges UE-PECO porte principalement sur les produits les plus transformés.

14 14 I.5.malgré leur protection tarifaire plus effective que celle de l Union à leur égard, D une part en effet les industries alimentaires des PECO ont bénéficié jusqu à présent de droits de douane croissant avec le degré de transformation des produits agricoles, alors que cette «escalade des tarifs» est abolie dans l Union. D autre part la quasi-stagnation de la production agricole des PECO et de ses débouchés domestiques n a été obtenue que sous protection de droits d importation prohibitifs, même quand ils sont notablement inférieurs aux droits réciproques de l Union. Inversement, ces derniers s avèrent souvent inutilement élevés, voire sans objet, vis-à-vis des productions agricoles majeures des PECO, faute d offre compétitive aux normes et qualités requises. Les cas polonais, hongrois et tchèque en fournissent les illustrations suivantes, pour un ensemble de produits agricoles de base contribuant à la grande majorité de la valeur ajoutée et de l emploi agricoles de ces pays. Le tableau 7 présente l évolution récente (1997 et fin 1999) des droits effectivement appliqués par ces trois pays aux importations de produits de base, et leurs plafonds souscrits à l Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour 2000, ainsi que ces derniers pour l Union européenne. Il s agit des pleins droits appliqués au-delà des contingents à droits réduits des Accords Européens et des accès minima ou courants de l OMC. Les droits spécifiques ont été convertis en équivalents ad valorem en utilisant les prix mondiaux communs pour 1997 et Tableau 7. Principaux droits de douane (hors quotas préférentiels) mutuellement appliqués entre trois PECO et l Union européenne: % équivalents ad valorem Pologne Plafond Hongrie Plafond Rép. Tchèque Plafond UE: plafond Blé Oléagineux Sucre Beurre LEP * Fromage Bœuf Porc Volailles Sources : 1997 et 2000: CE 1998; 1999 : douanes hongroises, instituts nationaux des PECO et «Agra- food Europe»; seules sont mentionnées les variations repérées par l auteur. * LEP: lait écrémé en poudre Contrairement à une vision courante 6, la protection tarifaire appliquée par ces pays aux principaux produits agricoles de base en provenance de l Union n apparaît pas très inférieure 6 La confusion a été entretenue par la comparaison de moyennes des droits de douane, pondérées par les importations correspondantes. Surtout dans le cas présent, cette pondération sous-estime grossièrement la protection effective de chaque production nationale, car elle donne un poids très faible aux droits prohibitifs empêchant l'importation de produits majeurs et sensibles, et un poids considérable aux droits faibles ou nuls sur des produits secondaires et/ou sans substitut domestique (par exemple certains produits tropicaux), majoritairement importés. Les moyennes arithmétiques des droits ne sont guère plus fiables, car elles dépendent des nomenclatures conventionnelles de produits. Seule la pondération par les parts concernées de la production nationale donnerait un indicateur pertinent du degré de protection.

15 15 globalement, c est-à-dire en termes grossièrement pondérés par les productions respectives, à la protection réciproque de l Union. Elle lui est supérieure dans les trois pays pour les porcs et les volailles, soit plus de 80% des viandes produites et consommées par les PECO, ainsi que pour le blé et les oléagineux polonais, et pour les oléagineux tchèques. Par ailleurs son infériorité est sans portée effective dans tous les cas où son niveau est absolument prohibitif vis-à-vis de l Union. C est le cas pour le sucre, pour le boeuf et - à l exception du fromage tchèque- pour les produits laitiers, et même pour le blé hongrois. Déjà en 1997, avant la vague protectionniste de , ces droits dépassaient, en général largement, ceux des «restitutions» (subventions) aux exportations correspondantes de l Union vers les PECO, sauf également pour les fromages importés par la République tchèque 7. En conséquence, les exportations communautaires de ces produits vers les PECO sont restées confinées- pour l'essentiel- dans les limites étroites de quotas duty free ad hoc et/ou des contingents préférentiels des Accords Européens et/ou de l OMC, qu elles ont significativement utilisés largement malgré les droits encore substantiels appliqués à ces contingents. Par ailleurs les droits d importation appliqués par les PECO aux pommes de terre et aux principaux fruits et légumes frais nationaux en pleine saison sont généralement prohibitifs. Au total, c est essentiellement à leurs protections douanières que ces pays doivent la faible pénétration de leurs marchés intérieurs par ces exportations de l Union, et non pas à leur compétitivité effective pour ces productions de base. En sens inverse, la sous-compétitivité effective de ces productions des PECO sur le Marché Unique est également suggérée par le fait que leurs exportations vers l Union sont souvent restées loin de saturer les modestes quotas des Accords Européens à droits réduits (20% des pleins droits), malgré des subventions compensant généralement ces derniers, et encore moins les quotas OMC d accès minimum à l Union, à droits moins préférentiels. Les contreexemples minoritaires des exportations hongroises de céréales et de volailles appellent les précisions suivantes. Outre leur solide protection tarifaire contre l importation, les élevages porcins et avicoles de Hongrie, et ceux de la République tchèque en période de cours mondiaux élevés des céréales, et/ou de faibles récoltes, ont bénéficié d un soutien de prix indirect par la restriction quantitative de l exportation des céréales. Permise par leur position exportatrice nette de grains, surtout en Hongrie, cette politique a longtemps maintenu les prix intérieurs de ces derniers notablement au-dessous des cours mondiaux et communautaires. Ainsi les taux de soutien des volailles et des œufs, et du porc tchèque en 1999, qui-selon la méthodologie de l'ocde- incluent le soutien indirect découlant de bas prix des céréales, sont clairement supérieurs à ceux de l Union qui selon la même méthodologie incluent les aides directes aux productions végétales consommées par ces élevages (tableau 11 infra). Ceci traduit bien la médiocrité des niveaux moyens de productivité de ces élevages. En contrepartie, ces prix défavorables des céréales se sont joints à l inefficacité de la conversion fourragère pour contraindre financièrement la céréaliculture à des conduites très extensives. Mais toute relance céréalière dans ces deux pays impliquerait des coûts unitaires et des prix plus élevés. En ce qui concerne les impacts de l élargissement, ceci relativise la portée de la compétitivité apparente de leur céréaliculture, que suggèrent conjointement des prix agricoles et des droits de douane encore inférieurs à ceux de l Union, et la saturation régulière du contingent de blé 7 Comparaison par l'auteur des droits des PECO aux taux de restitution communautaire calculés en équivalents ad valorem. par Chevassus et Gallezot pour 1997 ("Effets de l'élargissement de l'ue aux PECO sur les marchés agricoles et agro-alimentaires", rapport au Ministère français de l'agriculture, décembre 1998).

16 16 hongrois des Accords Européens. Ceci relativise aussi la signification de la saturation du contingent hongrois de poulets et dindes, spécifiquement important (cas unique). Le cas de la viande de bœuf et de veau appelle aussi les précisions suivantes. Son exportation des PECO vers l Union relève presque uniquement d un contingent annuel de l ordre de veaux et jeunes bovins vivants, à droits très faibles et récemment annulés par les nouveaux Accords Européens 8. Ce contingent est très (et de plus en plus) majoritairement utilisé par la Pologne, à destination principale de l Italie, pour engraissement. Cette viande bovine est presque exclusivement le sous-produit excédentaire d une production laitière à rendement faible ou très faible. Sa qualité moyenne est donc basse. De plus les marchés domestiques des PECO la dévalorisent fortement: sa consommation par habitant est très faible et décroissante, ses prix de détail sont généralement inférieurs à ceux du porc. En conséquence, comme le montrent notamment les comptabilités polonaises, l élevage de ces veaux et jeunes bovins est de loin l activité agricole la moins rentable. La hausse des rendements laitiers conduit donc à la réduction tendancielle de l offre de viande bovine, provisoirement atténuée ou inversée par la décapitalisation correspondante du cheptel. Par ailleurs il est significatif que le substantiel quota d accès à très faibles droits au marché communautaire de la viande bovine, a priori très avantageux parce que très soutenu par rapport au marché mondial, n ait suscité en dix ans aucune émergence notable dans les PECO, d un élevage bovin spécialisé pour la viande, de type communautaire (vaches «allaitantes»). L obstacle décisif tient aux structures agraires. En effet, à la différence de l Union, les PECO disposent de très peu de surfaces herbagères à faible densité d emploi agricole, qui conditionnent absolument la viabilité économique de cette spécialisation. Ainsi s explique la lente diminution de cette exportation dont l élimination est prévisible à moyen ou long terme, jusqu à impliquer le passage des principaux PECO à l importation nette de viandes bovines. L infériorité des prix et des tarifs douaniers des PECO, par rapport à l Union ne reflète donc pas une compétitivité effective dans cette branche. Le rétrécissement tendanciel du marché communautaire de la viande bovine, amplifié par les épizooties (maladie de la vache folle, fièvre aphteuse), ne peut que la compromettre davantage. A première vue, les nouveaux Accords Européens, dits «doubles zéros», graduellement signés depuis Mai 2000, confirment bien l analyse qui précède. En effet la déprotection mutuelle PECO/UE y fait quelques progrès encourageants, mais sans risques commerciaux notables car elle se limite approximativement, en ce qui concerne les produits sensibles examinés plus haut, aux échanges de ces dernières années.le tableau 7 traduit aussi la réaction protectionniste des PECO examinés à la chute des prix mondiaux, entre 1997 et 1999, et ses limites. La hausse spectaculaire des droits polonais sur les céréales reflète bien les coûts élevés du morcellement foncier de cette agriculture. Ces coûts excluent tout passage de la Pologne jusqu à présent importatrice nette régulière de céréales- à leur exportation nette, d autant plus que le GATT n accorde à cette dernière aucun droit à subvention. Utilisant les clauses de sauvegarde, cette poussée protectionniste a même dépassé en 1999 les plafonds GATT en Pologne pour le porc et dans les deux autres pays pour le sucre. En Pologne elle a aussi affecté les yaourts (passage des droits de douane de 9% à 35%) et les œufs (de 40% à 111%), et en République tchèque les pommes et les pommes de terre (jusqu à des taux respectifs de 95% et 122%). Par ailleurs, en 1998 et 1999, la poussée protectionniste a gravement perturbé l application des accords préférentiels Centre Européens (CEFTA): les préférences tarifaires mutuelles ont fait l objet de suspensions partielles ou totales pour les produits sensibles. De façon non surprenante, la Pologne a initié ces mesures pour les céréales, le sucre, les viandes de porc et de volaille, et les yaourts, principalement à l encontre des exportations hongroises. La rétorsion hongroise a visé les fromages, les pommes de terre et les betteraves sucrières en provenance de Pologne. 8 dits du "double zéro" (zéro droit, zéro restitution).

17 17 I.6 et malgré les avantages de normes qualitatives moins contraignantes sur leurs marchés internes et tiers Durant les années 1990, les réglementations qualitatives et sanitaires des PECO sont restées beaucoup moins contraignantes que l acquis communautaire dans ce domaine, malgré leurs premiers progrès vers son application. Il n est donc pas surprenant que les normes communautaires aient constitué un obstacle non tarifaire majeur aux exportations agroalimentaires des PECO vers l Union. Mais ceci ne crédite nullement leur compétitivité potentielle sur le Marché Unique élargi, puisque cette intégration requiert l alignement unilatéral de leurs normes sur celles de l Union, y compris sur leurs marchés intérieurs et à l exportation vers les pays tiers. En revanche la réglementation moins contraignante des PECO a donné jusqu à présent à leurs secteurs agro-alimentaires un substantiel avantage comparatif de moindre coût (ceteris paribus)sur ces marchés intérieurs et tiers, par rapport aux exportations de l Union. Sur ces marchés, elle leur a ainsi fourni indirectement un soutien équivalent à une protection non tarifaire additionnelle vis-à-vis des exportations communautaires. Mais cette protection est vouée à l érosion, puis à la disparition, par la perspective d intégration européenne. Au total donc la prise en compte des écarts PECO/UE de régulation qualitative aggrave le diagnostic et le pronostic de sous- compétitivité effective croissante de l offre agroalimentaire des premiers par rapport à la seconde, que suggèrent les constats précédents. I.7. Détérioration tendancielle et illusions de la compétitivité des prix agricoles des PECO I.7.1. Convergence des prix agricoles vers les niveaux de l Union En ce qui concerne les produits de base, une récente étude interne de la Commission 9 (voir graphique 2 en annexe) confirme la convergence tendancielle des prix agricoles moyens des pays candidats vers les niveaux communautaires, et parfois à les dépasser, à partir de leur infériorité marquée du début des années Point crucial, elle montre aussi que cette tendance est conditionnée par le rapprochement tendanciel entre les prix communautaires et mondiaux. A cet égard deux cas doivent être distingués. Les soutiens de prix des PECO par rapport au marché mondial ne peuvent pas atteindre les niveaux de l Union quand ceux-ci sont élevés, car ils sont limités par les contraintes qu ils ont souscrites à l OMC, et plus encore par leurs faibles pouvoirs d achat intérieurs et l inefficacité relative des filières agro-alimentaires concernées. (infra II.4.) Par degré croissant de soutien, ceci concerne le lait, le bœuf et le sucre. Toutefois la tendance convergente est claire pour le lait et le bœuf, et a déjà conduit leurs prix notablement au-dessus des niveaux mondiaux, surtout dans le groupe de Luxembourg. Confrontée à sa baisse mondiale, l évolution du prix du sucre est plus diverse. Sans atteindre encore le niveau communautaire, la Pologne et la Slovénie s orientent vers un fort soutien de prix, qui reflète conjointement les coûts élevés d une production betteravière hautement fragmentée et l influence des corporations sucrières nationales. Dotées de meilleures structures de production et de transformation, la Hongrie et la République tchèque sont en situation intermédiaire. Les autres pays restent très proches des 9 "Agricultural Prices in Candidate Countries", Document interne de la DG Agriculture, Les principaux données sont reproduites en annexe.

18 18 cours mondiaux, en relation avec leur forte dépendance, ancienne (pays baltes) ou nouvelle (Bulgarie, Roumanie), de l importation nette de sucre brut et/ou raffiné. En revanche les prix des céréales (à moindre degré pour le maïs et le seigle) et des oléagineux sont dans l ensemble très proches des moyennes communautaires, et celui du blé polonais les dépasse déjà notablement. Au delà des cycles productifs, le dépassement tendanciel est aussi acquis généralement pour le porc, les volailles et les œufs, surtout à qualité égale. Vu les très faibles niveaux tendanciels de rentabilité de ces productions dans les PECO (infra II), ces convergences et leur différenciation traduisent assez bien les évolutions respectives des coûts convertis en Euro. I.7.2. Handicaps hors-prix de l offre agricole des pays candidats I Ecarts de qualité Faute de statistiques plus élaborées, les comparaisons de prix agricoles moyens à la ferme portent sur les qualités moyennes effectives, qui, dans les PECO, sont encore commercialement inférieures aux niveaux de l Union, et largement hors normes communautaires. A qualité égale, la proximité et/ou le dépassement des prix communautaires apparaîtraient donc plus marqués, particulièrement pour les produits animaux et dans les pays les moins avancés dans l application de ces normes. Au sein du groupe de Luxembourg, ceci concerne notamment la Pologne, handicapée à cet égard par la forte fragmentation de sa production. Ainsi par exemple la fraction encore minoritaire (qualité «extra») du lait polonais correspondant à la qualité la plus courante dans l Union reçoit déjà des prix très proches de la moyenne communautaire. En Hongrie et en République tchèque, ces écarts qualitatifs sont nettement moins larges, en relation avec une concentration plus élevée de l offre et une restructuration plus avancée de la filière laitière. En dynamique, l application étendue des normes communautaires dans les PECO conjugue et conjuguera deux effets contradictoires sur leur offre agricole et ses prix moyens. D un côté, elle exclut du marché une offre sous-standard à bas prix, encore recherchée par les catégories pauvres de consommateurs, sur les marchés intérieurs des PECO et sur certains de leurs marchés extérieurs, en particulier la CEI. A structures constantes ou peu évolutives, ceci peut rétrécir l offre et/où augmenter ses coûts et prix moyens, donc réduire sa compétitivité effective. D un autre côté, l application croissante de ces normes peut avoir les effets inverses, en accélérant les restructurations génératrices de gains d efficacité en agriculture et dans les filières agro-alimentaires. Le premier effet risque de prévaloir à moyen terme dans les pays où ces restructurations sont les moins avancées et les plus lentes. C est notamment le cas de la Pologne, par opposition à la Hongrie et à la République tchèque où des structures agraires et des filières agro-alimentaires plus concentrées, intégrées et évolutives permettent d espérer une prédominance plus rapide du deuxième effet, favorable à la compétitivité «européenne» du secteur. I Retards d organisation et/ou fragmentation excessive de l offre agricole Dans l Union européenne comme dans toutes les économies développées, la compétitivité effective de l offre agricole dépend de plus en plus de son aptitude à satisfaire les exigences élevées et croissantes de concentration, d organisation, de flexibilité, et de «traçabilité», imposées par les industries de transformation, qui les subissent elles-mêmes du grand commerce de détail. Ce paramètre relativise fortement le rôle des prix agricoles, c est-à-dire peut rendre compétitives des offres concentrées et adéquatement organisées à prix agricoles

19 19 supérieurs à la moyenne. Ceci n a rien de surprenant car ce paramètre commande la baisse des coûts 10, l augmentation des profits et celle des parts de marché pour les opérateurs dominants en aval des filières agro-alimentaires, en particulier les centrales d achat des hypermarchés et supermarchés. A cet égard la production agricole des PECOs est encore loin d'avoir surmonté l'héritage de "l'économie d'offreurs" antérieure. De plus sa fragmentation, encore particulièrement excessive en Roumanie, en Pologne et en Slovénie, s'est aggravée dans la majorité des autres pays durant la dernière décennie. I Rentabilité agricole très faible ou négative En deuxième partie on verra que, ces dernières années, la rentabilité de la production agricole dans les PECO est restée globalement très inférieure aux niveaux communautaires et s est détériorée, au point d entraîner généralement la décapitalisation du secteur. Ceci constitue le facteur limitant clef de leur offre agricole et entrave la baisse de ses coûts unitaires. En revanche l offre agricole de l Union était alors et reste principalement contenue par sa régulation quantitative directe et indirecte, cependant que les profits et les investissements agricoles y ont permis la poursuite soutenue de gains de productivité. A prix agricoles désormais globalement comparables, cette dissymétrie correspond nécessairement à une moindre compétitivité effective des PECO, et conduit à sa détérioration tendancielle. I.7.3. L appréciation monétaire a fait converger les prix agricoles, Au début de la transition, pour atteindre la convertibilité et une stabilisation relative de leurs monnaies, les PECO les ont fortement dévaluées. En conséquence, leurs taux nominaux de change (exemple: n Zlotys par Euro) étaient alors trois à cinq fois plus élevés que leurs taux réels, calculés à parité de pouvoir d achat. Toutes choses égales par ailleurs, cet écart conférait aux PECO une forte compétitivité internationale (au moins apparente) de leurs prix agricoles. Depuis, cet écart tend à diminuer car les dévaluations des PECO, c est-à-dire les hausses de leurs taux nominaux de change, ralentissent au point de ne plus compenser leurs écarts d inflation par rapport à l Union, ce qui diminue les taux réels (RER sur le graphique 1 ciaprès où NC désigne les monnaies nationales). Ce mécanisme «d appréciation réelle» des monnaies des PECO est conjointement impulsé par leurs croissances globales, leur stabilisation monétaire graduelle, leur intégration croissante dans les échanges internationaux, leurs excédents commerciaux et les investissements nets étrangers. Il transforme mécaniquement des prix constants en termes réels internes (corrigés de l inflation nationale) en prix réels croissants en Euro, donc détériore la compétitivité-prix des PECO vis-à-vis de l Union. Or, après leur chute des débuts de la transition, les prix agricoles des principaux PECO se sont approximativement stabilisés en termes réels internes jusqu à Ceci a résulté d une stabilisation relative de leur demande intérieure par leurs relances globales, mais aussi de la hausse des prix mondiaux et de la montée de leurs protections douanières. Dans ces conditions, l appréciation réelle tendancielle des monnaies des PECO impliquait la hausse des 10 Notamment les coûts de collecte, stockage et transport, ainsi que ceux des pertes de produits périssables

20 20 prix agricoles des PECO en Euro, donc leur convergence vers ceux de l Union, alors que ceux-ci se rapprochaient de prix mondiaux en forte hausse. Graphique 1. Evolutions des taux de change réels par rapport à l ECU Luxembourg Group: Development of the RER NC/ 1995= Czech Republic Estonia Hungary Poland Slovenia EU Helsinki Group: Development of the Real Exchange Rate (NC/ ) = Bulgaria Latvia Lithuania Romania Slovak Republic EU I.7.4 puis a imposé leur baisse interne, à partir de hauts niveaux relatifs, Le graphique 1 montre aussi que, depuis 1996, cette appréciation monétaire a continué à un rythme soutenu dans les PECO. Même si les prix mondiaux en étaient alors restés constants, ceci impliquait tôt ou tard un tournant de tendance vers la baisse réelle interne des prix agricoles des PECO, du fait des limites susmentionnées de leurs possibles soutiens de prix. La forte baisse des prix mondiaux en a donc amplifié brutalement ce tournant. Ainsi, de

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