LES ACTES. 23 novembre Centre des congrès et expositions Diagora Toulouse Labège

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1 LES ACTES 23 novembre Centre des congrès et expositions Diagora Toulouse Labège réseau régional multi-acteurs de la coopération et de la solidarité internationale

2 Événement fondateur de Midi-Pyrénées Coopdev, l Agora de la coopération et de la solidarité internationale est désormais un rendez-vous incontournable pour les acteurs de la région. Organisé dans le cadre de la Semaine de la solidarité internationale, il permet aux participants de tisser des liens, de confronter leurs expériences et de partager leurs savoir-faire. Les travaux des Ateliers dynamiques favorisent la construction de référentiels communs ; ils sont un outil de pilotage permettant de nourrir notre réflexion et d orienter nos actions. La Tribune des projets donne à voir des réalisations concrètes menées par les Midi-Pyrénéens et invite les participants à confronter leurs expériences. Le Grand Débat quant à lui permet de mieux comprendre les enjeux et d avoir une vision prospective sur des sujets prioritaires grâce à l éclairage d experts nationaux et internationaux. Cette troisième édition a réuni 330 participants. 58% étaient membres d associations, 10% étudiants ; 13% représentaient des collectivités, 10 % des entreprises et 9% des établissements publics. Qu ils soient tous ici remerciés de leur participation et de leur fidélité. sommaire Les Ateliers dynamiques 3 Atelier 1 - Le volontariat au service de vos projets 4 Atelier 2 - La formation pour quels changements? 7 Atelier 3 - Éducation à la solidarité internationale 12 Atelier 4 - Réussir son projet de solidarité internationale 15 Atelier 5 - Partenariat Entreprise-ONG 18 La Tribune des projets 22 Le Grand Débat 23 Discours d ouverture 24 [1 ère partie] apports et limites de la coopération et de la solidarité internationale 26 [2 e partie] : Quelles actions pour quelles solutions? 34 Synthèse 42 Discours de clôture 47 AGORA

3 LES ATELIERS DYNAMIQUES 1 Le volontariat au service de vos projets Dispositifs d envoi et d accueil de volontaires, recrutements, apports et impacts. Qui peut accueillir un volontaire? Quelles sont les modalités? Que peut m apporter le volontariat? page 5 2 La formation pour quels changements? Rôle et enjeux de la formation des acteurs de la solidarité internationale. Agir nécessite savoir-faire et savoir-être pour mener à bien des projets contribuant à l amélioration des conditions de vie des populations. En quoi la formation est-elle nécessaire? Quelle place lui accorde-t-on dans nos structures? page 8 3 Éducation à la solidarité internationale Comment déconstruire nos représentations pour transformer le monde? Interventions en milieux scolaires, participations à des forums, soirées de soutien Quels messages et représentations du monde transmettons-nous? Saisissons-nous les opportunités de rencontres pour changer les mentalités ici et faire évoluer le monde là-bas? page 12 4 Réussir son projet de solidarité internationale Les conditions d un projet abouti. Comment passer de l idée au projet en tenant compte des spécificités de la coopération internationale? Quels outils de suivi-évaluation mettre en place? Comment mobiliser les ressources nécessaires et nouer des partenariats pertinents? page 15 5 Partenariat Entreprise-ONG Comment construire un co-développement à l international? ONG et entreprises ont des compétences et savoir-faire complémentaires pour réussir une coopération à l international et contribuer au développement des pays dans lesquels elles interviennent. Comment déconstruire les représentations des unes visà-vis des autres, faire émerger un partenariat gagnant-gagnant? page 18 3 AGORA 2013

4 ATELIER 1 LE VOLONTARIAT AU SERVICE DE VOS PROJETS Dispositifs d envoi et d accueil de volontaires, recrutements : apports et impacts conception animation restitution Commission Volontariats et engagements solidaires (VIES) de Midi-Pyrénées Coopdev Gaétan Cabié (Via Brachy), Florence Daumas (Revosi), Christiane Gambier (Centre d information pour un développement solidaire), Vanessa Lefrère (Cotravaux), Pierre Revel (France Volontaires), Chantal Verrey (Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale) Adeline Beauxis et Axel Boyon (étudiants du Master Développement économique et coopération internationale, Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Objectifs de l atelier : dresser un panorama des différentes formes de volontariat, montrer l intérêt d initier un volontariat. Synthèse (par les étudiants de Sciences-Po Toulouse) Il s est agit dans cet atelier de présenter le volontariat comme une forme d engagement à temps plein, bénévole ou indemnisé, de courte ou longue durée, au service d un projet d intérêt général. Le volontariat est rapidement identifié par les participants comme l un des principes fondamentaux de l action sociale et de solidarité au sein des sociétés. Il se développe à l échelle internationale où il prend une part croissante dans les projets d échange entre les pays occidentaux et les pays des Sud. Les organismes souhaitant y recourir cherchent souvent des informations plus précises quant à la diversité des statuts juridiques du volontariat et sont aussi particulièrement attentifs à la formation au départ des volontaires. La question des relations entre le volontaire, sa structure d envoi, la structure d accueil et les groupes concernés par son action est également posée, de même que son autonomie et ses attributions. L atelier a permis de préciser les différents types de volontariat existants et a cherché à nourrir le débat autour des interrogations récurrentes que suscite cette forme d engagement particulier. L étude régionale menée en 2012 par France Volontaires et la Région Midi-Pyrénées a mobilisé un Comité de pilotage inter-acteurs (services de l État, collectivités territoriales et têtes de réseaux). La dynamique de concertation et de recensement a abouti à l édition d un panorama détaillé du volontariat en Midi-Pyrénées et des pistes de développement. À la suite de ce travail, Midi- Pyrénées Coopdev a créé une Commission réunissant la plupart des membres du Comité de pilotage initial afin de favoriser la mise en œuvre des recommandations de l étude, renforcer la coordination du réseau d acteurs sur ce sujet, faciliter l accès à l information et aux offres. Durant l atelier, les participants ont eu un aperçu exhaustif et technique de la diversité des volontariats et engagements solidaires. Les questions relatives à la préparation au départ ont été récurrentes, elles démontrent le souci des organismes de former et de préparer les volontaires avant leur mise à disposition sur le terrain. Pour répondre à ce besoin, l association Via Brachy a mis en place un programme de préparation au départ sur une semaine, basé notamment sur l intervention de professionnels de la solidarité internationale ainsi que d anciens volontaires. Ces témoignages sont pertinents car ils reposent sur des informations concrètes et des expériences réellement vécues. AGORA

5 Le volontaire peut donc se projeter plus facilement, commencer à envisager les difficultés auxquelles il sera confronté et les solutions à apporter. Les intervenants ont souligné l importance pour l organisme d envoi de définir de façon précise (en partenariat avec la structure d accueil) le champ d action du volontaire et ses responsabilités durant sa mission. Sur le terrain, les volontaires peuvent se sentir délaissés ou tiraillés entre les attentes de la population et la mission définie parfois sans concertation par l organisme d envoi. La diversité des types de volontariat permet de répondre aux attentes de l organisme comme du volontaire. Certaines missions (telles que les chantiers) ne nécessitent pas de compétences particulières et reposent sur le désir de découvertes et d échanges, de participer à un projet d intérêt général ; d autres nécessitent des compétences et connaissances précises. Dans ce cas, l action du volontaire doit se formaliser par une convention tripartite, voire multipartite entre structures d envoi, d accueil et le volontaire. Ces garanties peuvent être renforcées par des organismes de suivi de volontaires, comme France Volontaires et le Service coopération au développement (SCD) qui assurent un suivi individualisé. Le volontariat présente un intérêt pour l ensemble des parties. Concrètement, l organisme de départ peut soutenir un projet et en assurer le suivi grâce aux compétences d un volontaire qui s intègre à la communauté bénéficiaire. La préparation au départ et le suivi tout au long de la période de volontariat permettent de fonder des bases solides pour que le volontariat se déroule dans de bonnes conditions, principalement parce qu il formalise les attentes de chacun. Le volontariat est bénéfique aux jeunes des pays du Sud comme des pays du Nord. Il est courant d envoyer des volontaires européens dans les pays en développement ; il est également possible de faire venir des volontaires du Sud dans les pays du Nord. Cette démarche - au centre du Programme européen Erasmus+ (ex Peja), particulièrement novateur dans ce domaine - existe dans le cadre des chantiers ; elle peut aussi être mise en œuvre dans le cadre du service civique international. Présentation des différentes formes de Volontariat et d engagements solidaires Le volontariat de solidarité internationale (VSI). Permet l envoi d un volontaire à l étranger pour une durée maximum de 24 mois (une durée de 12 mois minimum est exigée par l État pour que le VSI dispose d aides et puisse cotiser). Celui-ci doit être âgé au minimum de 17 ans (SVE, nouveau programme Erasmus +) bien que les associations demandent la plupart du temps un âge minimum de 21 ans. Les indemnités perçues varient en fonction du profil des volontaires, des actions réalisées, des associations d envoi et des pays ciblés par l intervention. La structure d envoi doit nécessairement être une ONG ou une association de solidarité internationale (ASI) agréée par le Ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE). L engagement de service civique. C est un service volontaire d une durée de 6 à 12 mois. Les volontaires de 16 à 25 ans reçoivent des indemnités directement prises en charge par l État (à l exception des coûts de transport et des frais de séjour qui peuvent être couverts par les associations partenaires). Les missions de service civique ne sont pas conditionnées à un niveau de compétences particulier. Tout organisme français à but non lucratif (ou toute personne morale de droit public) peut être agréé et établir un contrat d engagement de service civique. Les chantiers internationaux de volontaires bénévoles. Cette formule permet d associer, l espace de quelques semaines, un groupe de volontaires à la réalisation d un projet de solidarité internationale. Ils sont le plus souvent ouverts à tous et peuvent être mis en place par les associations de loi 1901 ou par des collectivités locales. Aucune indemnité n est envisagée dans le cadre des chantiers. Les chantiers JSI (jeunesse et solidarité internationale) et VVV-SI (ville-vie-vacances et solidarité internationale. Ces programmes favorisent la rencontre de groupes de jeunes du Nord et de jeunes du Sud autour d une action de développement dans les pays éligibles mais également en France. 5 AGORA 2013

6 Le VVV-SI permet plus spécifiquement à des jeunes issus des territoires relevant de la politique de la ville, de réaliser des actions de solidarité internationale avec l agrément obligatoire de la cellule départementale Ville-vie-vacances. Peuvent être soutenus : les projets de construction, de réhabilitation, à caractère environnemental, culturel ou sportif. Les groupes sont constitués de 5 à 16 jeunes ayant de 15 à 25 ans pour une durée du projet allant de 15 à 21 jours. Dix jours sont pleinement consacrés à la réalisation du projet, le reste du chantier étant consacré à l échange et à la fraternité entre les deux groupes. Le projet est mis en place par toute association à condition qu elle soit parrainée par l une des huit organisations agréées par le MAEE. Le financement ne porte que sur les activités menées dans le pays d accueil et ne prend pas en compte les frais de voyage. Le dispositif est géré par le Fonds de coopération de la jeunesse et de l éducation populaire pour le compte du MAEE. Les réseaux régionaux multi-acteurs (RRMA) tels que Midi-Pyrénées Coopdev font partie des huit organisations pouvant parrainer les JSI et VVV/SI. Le service volontaire européen. Le SVE permet à des jeunes de 17 à 30 ans de réaliser des missions d intérêt général de 6 à 12 mois (animation socio-culturelle, protection du patrimoine, information des jeunes, aides aux personnes en difficultés, d économie sociale et solidaire, etc.) au sein d une structure à but non lucratif (associations, collectivités ) accréditée, et d acquérir des compétences utiles à l insertion socio-professionnelle. Tous les frais des volontaires sont pris en charge par le programme, la structure d accueil et la structure d envoi : voyage, assurance, hébergement et nourriture, déplacements locaux, cours de langue Les volontaires reçoivent une indemnité (argent de poche) et bénéficient d un suivi tout au long de leur service (préparation au départ, tutorat sur le projet, accueil au retour). Conclusion DE L ATELIER 1 Les représentants de collectivités, d entreprises et d association présents ont particulièrement sollicité les intervenants sur les aspects concrets du volontariat : Quel profil de volontaire recruter : chef de projet? technicien? animateur? Où trouver les bonnes informations? Quels sont les avantages pour le VSI? Comment lui garantir les meilleures conditions sociales? Comment préparer le retour en France après la mission? Est-il préférable de prendre un volontaire ou un salarié? Quel type de mission peut-on confier à un volontaire? Le volontaire fait-il fonction d interface entre les partenaires locaux et la structure d envoi? Peut-il faciliter les démarches administratives? Comment préparer les volontaires à la relation interculturelle? Les différentes interventions ont permis de mettre en lumière le faible niveau de connaissance des acteurs régionaux de la solidarité internationale, en matière de volontariat et d engagement solidaires : aspects administratifs, contractuels, organisationnels, encadrement, finalités et la nécessité d effectuer un travail d information renforcée auprès des acteurs et des jeunes. La Commission VIES de Midi-Pyrénées Coopdev intègrera ces conclusions dans ses réflexions et ses actions de promotion du volontariat sous toutes ses formes. AGORA

7 ATELIER 2 LA FORMATION POUR QUELS CHANGEMENTS? Rôle et enjeux de la formation des acteurs de la solidarité internationale conception animation restitution Commission Formation de Midi-Pyrénées Coopdev Hélène Cettolo (CCFD-Terre solidaire), Audrey Chalumeau (REVOSI), Denis Paillard (Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Cécile Carrara et Bryan Salvatico (étudiants du Master Développement économique et coopération internationale, Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Objectifs de l atelier : faire émerger les difficultés et les besoins en formation des acteurs préambule La relation aux financeurs et la façon dont le développement est mené est ici questionnée. Les grands bailleurs internationaux exigent de plus en plus de résultats. On fait également le constat d une diminution certaine des ressources. Il y a donc un changement dans la façon dont le développement est financé, mais également dans la manière dont le développement est pensé. On le pense moins comme une relation verticale et asymétrique entre le Nord et le Sud. Certes, il faut un apport technique, mais surtout un développement qui convienne aux acteurs locaux. Cela se traduit par des changements dans la manière dont les projets sont menés : sortir des habitudes néocolonialistes, remettre en question les pratiques traditionnelles du développement. Les deux éléments fondateurs des nouvelles pratiques du développement sont : la Déclaration de Paris de 2005 et l accord de partenariat de Busan 2011 Pour cet atelier, les participants ont été répartis en deux groupes. Un premier groupe a réfléchi à la thématique «identifier et conduire un projet», le deuxième a travaillé sur «la formation aux projets de développement à l international». Groupe 1 : identifier et conduire un projet 1) Les acteurs directs et indirects du projet Les bénéficiaires et plus largement les populations locales, les formateurs, les bailleurs de fonds et l équipe projet ont été évoqués comme les parties prenantes du projet. L identification de ce dernier point a conduit les participants à s interroger sur la composition possible de l équipe projet. Une équipe qui serait construite en deux temps : un premier temps correspondant au lancement du projet et la constitution «d un noyau dur», puis un second temps avec le développement du projet, l arrivée de nouveaux acteurs dans l équipe. Les acteurs locaux doivent être intégrés pour - entre autre - faire fonction d appui et/ou de liens entre l équipe projet et le pays. Ce besoin de liens avec le pays où est conduit le projet fait apparaître une nouvelle nécessité, celle d identifier les problèmes auxquels font face les populations locales. Ainsi, Madame Haguet (Grandir en Haïti), évoquant son expérience en Haïti, rappelle que cette prise de connaissance ne peut se faire que par une implication personnelle des acteurs, et par plusieurs années de recherche afin de connaître parfaitement le contexte et les acteurs locaux. Ceci permet d éviter de mener un projet qui irait à l encontre des pratiques de terrain. Madame Haguet rappelle que cette prise de connaissance des acteurs et du terrain est bien souvent négligée, alors même qu elle est essentielle dans la formation que reçoivent généralement les membres de l équipe projet. 7 AGORA 2013

8 Il semble nécessaire que toutes les parties prenantes du projet apprennent à travailler selon des références communes et partagées, afin d éviter de travailler «à l aveugle» à partir d apriori, de préjugés en ne s appuyant que sur le réseau que l on a pu se construire. Cette idée de partage de références faciliterait en outre, l élargissement de l équipe projet qui intégrerait des acteurs périphériques. Bilan 1 À partir de ces discussions, trois idées principales ont émergé : Prise en compte d un temps de recherche, d une phase exploratoire, qui permet de prendre connaissance du terrain et de ses réalités, et des recherches de financement. Création et développement de liens de coopération et de collaboration Nord/Sud, entre l équipe projet et les acteurs locaux. Mise en place de référentiels communs. Une question se pose, sont-ils construits ou faut-il les construire, voire les co-construire? Ce premier bilan fait apparaître plusieurs problématiques. En premier lieu, il convient de s interroger sur la place à donner aux bénéficiaires. Ce sujet est trop rarement évoqué alors que ces derniers devraient émerger dès le début du projet, en être à l origine ou en avoir fait la demande. Les participants de l atelier indiquent que dans de nombreux cas l écoute, l échange et la prise en compte de l expression des besoins par les bénéficiaires sont négligés. La formation peut-elle contribuer à résoudre ces «oublis»? Une autre problématique est évoquée, celle de la différence entre le besoin et la demande d une population. La première serait entièrement objective, par opposition à la demande qui, elle, serait subjective. 2) Propositions visant l amélioration de la formation des acteurs de la coopération internationale. Identifier les besoins. Éviter l amalgame trop fréquent entre «besoin» et «demande». L identification du besoin est un préalable indispensable et conduit à mieux cerner les contours, enjeux et parties prenantes du projet. Denis Paillard (Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) évoque le cas de parents qui considèrent que la scolarisation des enfants n est pas une nécessité. Au contraire, elle contrarie leur besoin de main d œuvre pour les travaux des champs. De même, on peut questionner le besoin des enfants ; ont-ils besoin d apprendre à lire ou d obtenir une qualification permettant un meilleur accès au travail? Il convient en amont de déterminer les outils nécessaires à cette détermination du besoin et de savoir les utiliser. De plus en plus de bénéficiaires et/ou demandeurs ont reçu une formation parfois semblable à celle dont a bénéficié l équipe projet. Une démarche de co-construction est donc possible et plus appropriée pour le choix des méthodologies et outils d identification à mettre en œuvre. Identifier les acteurs en présence L identification de toutes les structures existantes (locales, régionales, nationales) présentes sur le terrain, et des projets en cours (pilotés par l État ou par des ONG) est également prioritaire pour éviter que le projet n interfère avec d autres projets qui peuvent être réalisés à d autres échelles. Ainsi, la phase exploratoire s inscrit dans une volonté d articulation entre l approche et les outils. Négliger cette phase accentuerait les effets négatifs du projet. AGORA

9 S appuyer sur des études de cas Pour éviter ces effets néfastes, il est important de prendre connaissance d un ensemble de cas (en reprenant les principes et fondements des techniques marketing) et de s appuyer sur les rapports d évaluation, les rapports d ONG qui offrent une vision globale des cas. On doit s interroger non seulement sur des projets réussis, mais aussi sur des échecs. L exemple de la Ville de Poitiers est évoqué ; elle disposerait d un ensemble de cas de projets permettant de comprendre qu aucune solution n est applicable partout de la même manière et de rappeler la nécessité de la phase de recherche qui permet d adapter une idée à la réalité du terrain. Le transfert de compétence pour favoriser la gestion et la pérennité du projet est primordial.. Une méthode canadienne consiste à intégrer dès le début du projet tous les partenaires y compris les populations locales ; elle repose sur un schéma inverse aux méthodes habituelles et s appuie sur des réunions successives qui permettent de faire émerger tous les besoins, et de construire de façon commune les compétences des acteurs. Cette méthode demande plus de temps, et davantage de moyens humains et financiers. On comprend alors que le temps du projet intègre non seulement le temps de la réalisation du projet, mais aussi celui de sa construction, de plus en plus prise en compte et évaluée par la structure porteuse du projet. On ne doit pas oublier que la formation des acteurs locaux implique des fonds, sans quoi elle devient impossible. Madame Goussy (association Batik) présente ainsi l exemple d un projet de ramassage d ordures en Afrique, abandonné au moment des récoltes car les ramasseurs d ordures étaient mieux payés aux champs. L importance de la formation est d autant plus grande que le niveau d exigence des bailleurs de fonds est grand et que les associations ont de plus en plus de difficultés à y répondre, faute de compréhension de ces exigences. Ainsi, la mise en place de cette formation doit être totale et prendre en compte tout aussi bien le bénéficiaire que le bailleur de fonds. Bilan 2 À partir de ces discussions, trois propositions sont élaborées : Mise en place d une méthode d approche permettant de prendre connaissance du contexte, de la réalité du terrain. Mise en place d une méthode participative qui permet d intégrer et d impliquer l ensemble des acteurs. Méthodologie de co-construction du projet qui permet à chaque acteur de partager ses compétences afin qu aucun d entre eux n impose à l autre ses propres modèles Groupe 2 : LA FORMATION AUX PROJETS DE DÉVELOPPEMENT À L INTERNATIONAL 1) La question des besoins en formation On fait le constat d un grand besoin de formation sur place pour les bénéficiaires des projets. Impliqués et porteurs d idées nouvelles en matière de développement, ils manquent souvent d outils et ne définissent pas toujours clairement leurs propres besoins. Une formation technique est nécessaire car les ONG recherchent aujourd hui des expertises précises, des spécialistes. Le contenu de la formation implique la transmission, l expérience personnelle et humaine. Concernant la formation des acteurs en Midi-Pyrénées, Said Idrissi (association Aden-S) témoigne. Mal pensé dès le départ, son projet s est traduit par un échec. Il s agissait de faire don de livres au Maroc. D une 9 AGORA 2013

10 part, ces ouvrages ont été revendus, d autre part, une partie de la population locale a ressenti une forme d arrogance de la part des Européens venus «apporter le savoir». Les membres de l association ont réalisé qu ils avaient insuffisamment pris en compte le contexte local. Ils ont revu leur méthodologie de travail, par exemple en s adressant cette fois au chef de village, dans le respect des coutumes locales. Ceci est un exemple illustrant la nécessité de s intéresser aux enjeux culturels et sociaux des régions où l on souhaite établir un projet de solidarité internationale. C est un facteur primordial de réussite de projets. Claire Lesourd-Velay (Secours Catholique), rappelle que c est souvent ce genre d écueils qui se produisent. Les acteurs de la coopération internationale répètent les mêmes erreurs, par manque de formation. La formation des acteurs du projet aux besoins des populations locales est essentielle. Elle doit s adapter aux réalités du terrain ; le projet doit pouvoir évoluer entraînant ainsi un aller-retour continu entre la formation et l action. Le retour sur les pratiques et les actions est très important pendant toute la conduite du projet de développement. Pour que le projet soit viable et durable, cette formation doit être réalisée auprès des membres des organisations françaises qui ne doivent pas implanter des projets «tout faits», mais les adapter au contexte local, les faire évoluer, en partenariat avec les acteurs locaux. Un projet de coopération internationale ne s inscrit pas dans un cadre rigide, il doit être co-construit avec les personnes bénéficiaires du projet qui ont ainsi intérêt à être impliquées au maximum. Bilan 3 Trois idées forces ont été dégagées : Les représentations sur la formation. La relation entre acteurs et bénéficiaires d un projet de développement est inégale, mais elle n est pas que verticale ; la réciprocité est importante. Un projet se coconstruit. Tout projet demande l analyse des besoins de la population locale. L analyse du contexte est primordiale : le contexte politique, les rapports de pouvoir entre les acteurs, les traditions culturelles, etc. 2) Renforcement des compétences des acteurs de la solidarité internationale. Retours d analyse L analyse des écueils relevés dans les projets évoqués conduit aux propositions suivantes : établissement d une méthodologie et d un cadre de travail évolutif communs aux acteurs midipyrénéens, établissement d une liste de référents et/ou personnes ressources pour l aide au montage des projets, formation des acteurs visant la pérennité des projets (vision globale des enjeux sur le long terme). Par exemple, au lieu de faire don de matériels de foot, il faudrait trouver le moyen de créer un revenu pour le club, grâce auquel il peut investir. Et formation sur les aspects géopolitiques et culturels : sans relation avec les administrations et les élus, on ne peut rien faire qui soit durable. Les acteurs du développement sont amenés à désapprendre pour apprendre. Ils doivent être formés avant tout à l écoute de l autre, de ses besoins et de ses ressources, et donc au savoir-être. Il s agit ici de développer des questionnements et des compétences sur les plans humain, psychologique et sociologique, afin d appréhender les attentes et les besoins réels des populations du pays où l on intervient. AGORA

11 Bilan 4 Trois idées forces ont été dégagées : Il faut établir une formation méthodologique en partant de l échange d expériences. Ne pas laisser les structures reproduire les mêmes erreurs. Il est nécessaire d apprendre à désapprendre, de déconstruire les préjugés. On doit mettre en place une formation géopolitique, autour de la notion d inter-culturalité. CONCLUSION DE L ATELIER 2 Durant cet atelier le besoin d un langage commun, d une culture commune a été confirmé, chacun-e ayant sa propre vision de la formation : pour qui? quel contenu? quel format? Et plus largement de la solidarité internationale : projet sous l initiative de qui? ici, là-bas? Qui est acteur? Qu est-ce qu un partenariat? Notions Nord/Sud... La nécessité de se doter d outils méthodologiques (formulation de projet, élaboration de cadre d intervention, gestion, outils de suivi-évaluation) et de partager les bonnes pratiques et les expériences s est également largement exprimée. L organisation d un atelier d échange de pratiques sur le transfert de compétences pourra être envisagé et organisé par Midi-Pyrénées Coopdev par le biais de la Commission Formation. 11 AGORA 2013

12 ATELIER 3 ÉDUCATION À LA SOLIDARITE INTERNATIOANLE Comment déconstruire nos représentations pour transformer le monde? conception animation restitution Commission Éducation au développement et à la solidarité internationale de Midi-Pyrénées Coopdev Benjamin Dumas (Communauté d agglomération Sicoval sud-est toulousain), Karine Esteves (CCFD-Terre solidaire), Bertrand Raffier (Crosi) Lola Boudreaux et Sofiane Hadine (étudiants du Master Développement économique et coopération internationale, Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Objectifs de l atelier : susciter des questionnements sur le concept d éducation au développement et à la solidarité internationale, ses objectifs et s interroger sur nos pratiques. Première partie : La rivière du doute Les personnes présentes sont invitées à se lever et à se mettre au centre de la pièce. Cet espace constitue «la rivière du doute». À gauche se trouve la rive «d accord», à droite la rive «pas d accord». À chaque question posée par l animatrice, les personnes se déplacent sur une rive ou sur l autre selon son point de vue. S ensuit un moment d échanges et de débat, où chaque côté de la rive défend ses positions. L objectif est de permettre l échange et d entrer dans le sujet de manière dynamique. question 1 : Peut-on changer le monde en restant devant son écran? Les arguments en faveur des nouvelles technologies utiles pour la gestion des projets de solidarité internationale et la facilitation de communication se sont vus mettre un bémol sur le risque de mettre de côté les personnes les moins à l aise. Un argument semble mettre tout le monde d accord : l écran peut couper la relation humaine, fondamentale pour changer le monde. Pour reprendre, on peut dire qu on peut être acteur de solidarité internationale en étant devant un écran : emploi dans le secteur, communication, gestion de projet, sensibilisation, formation, recherche et plaidoyer. Mais ce travail de bureau est de fait complémentaire avec un travail sur le terrain afin de ne pas être coupé de la réalité. question 2 : Un atelier de danse africaine, c est de l éducation à la solidarité internationale. Sur la rive «pas d accord», les participants pensent qu un atelier de danse africaine relève des activités de loisirs et ne permet pas d entrer dans une dynamique de solidarité internationale. Les autres pensent qu au contraire, cela peut être un déclencheur à l éducation, à l interculturel, et peut constituer un début de solidarité internationale. En effet, de manière générale, l éducation à la solidarité internationale ne peut se réduire à un atelier de pratique artistique mais une véritable démarche éducative peut être impulsée par un atelier sportif ou culturel. question 3 : Aller là-bas, c est se changer soi. Les différents échanges ont fait émerger un consensus sur le fait que le voyage permet de découvrir l autre et de se découvrir soit par la même occasion. Les voyages solidaires sont souvent un bon déclencheur d éducation à la SI en permettant d ouvrir son regard et donner l envie d agir pour la solidarité internationale. AGORA

13 Deuxième partie : Les débats participatifs Les participants sont réunis en quatre groupes d une petite dizaine de personnes et invités à réfléchir sur trois questions : Qu est-ce que l éducation à la solidarité internationale? À quoi sert l éducation à la solidarité internationale? Comment mener un projet d éducation à la solidarité internationale? Pour structurer le débat, chacun doit noter sur un post-it des mots ou expressions qu il associe à la question. Les post-it sont ensuite affichés sur un tableau et débattus oralement. En voici une synthèse. question 1 : Qu est ce que l éducation à la solidarité internationale? changer le regard ouverture sur le monde, pédagogie, sensibilisation, échange, transmission informer et sensibiliser le public français sur les problématiques que rencontrent les pays du Sud échange, curiosité, ouverture, rencontre, formation ouvrir les esprits à la différence avoir une autre vision du monde que celle des médias je ne sais pas question 2 : À quoi sert l éducation à la solidarité internationale? changer les comportements vers plus de solidarité pour éviter le mur changer le monde, prise de conscience, représentations, valeurs donner envie de s intéresser au monde et de participer à sa construction, son évolution lutter contre les préjugés, déconstruire des représentations, donner l envie d agir, lutter contre la passivité et le fatalisme agir dans son pays amoindrir les disparités, connaître l autre et ses difficultés, apprendre de soi et des autres à partir de la connaissance de l autre, au partage des richesses de cette planète pour pouvoir y vivre en paix et fraternité question 3 : Comment mener un projet d éducation à la solidarité internationale? témoigner, expliquer, débattre orienter, sensibiliser donner le moyen de voir les choses avec le regard de l autre, ses croyances, son quotidien informer, rendre acteur rendre compte et populariser les expériences vécues, bien choisir le public visé, comprendre ses spécificités, besoins et attentes, rassembler ou produire des documents adaptés, travailler dans l interactivité avec le public, évaluer pour adapter surtout ne pas vouloir donner une belle image de soi éviter le misérabilisme et la fausse charité évaluer l impact du message de sensibilisation s appuyer sur des exemples concrets comme outils pédagogiques efficaces 13 AGORA 2013

14 Conclusion DE L ATELIER 3 Après l illustration réussie d une démarche participative et concrète au travers de la Rivière du doute, les quatre groupes ont mené des échanges fructueux permettant de faire ressortir une importante hétérogénéité dans la connaissance et l appréhension des concepts d EAD-SI. Tous les participants ont montré un vif intérêt à exprimer leur vision et à prendre conscience que le changement du monde passait par une éducation efficace, basée sur une certaine conception des pratiques de développement et de solidarité internationale. Le temps imparti n a permis que d effleurer la dernière partie de l atelier qui avait pour but de faire émerger parmi des axes significatifs en phase avec la charte Éducasol distribuée en fin de séance. La Commission EAD-SI de Midi-Pyrénées Coopdev a pour projet de s en inspirer et de proposer aux membres qui mènent des actions d EAD-SI dans le cadre, notamment de l initiative Tandems solidaires, un document de référence pour la mise en œuvre des projets. Cet atelier a montré que les acteurs étaient prêts à partager leurs expériences, leurs visions, leurs limitations mais aussi à faire évoluer leurs pratiques. Ceci renforce la nécessité et la pertinence de poursuivre ce travail par une identification profonde sur tout le territoire, à la fois des pratiques existantes intéressantes ainsi que des manques et des besoins de supports. Il sera alors envisageable de mettre en place dans un second temps les outils permettant le relais des initiatives exemplaires, la réponse aux blocages identifiés et la construction partagée par les acteurs de référentiels communs sur l éducation au développement et à la solidarité internationale en Midi- Pyrénées. AGORA

15 ATELIER 4 RÉUSSIR SON PROJET DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE Les conditions d un projet abouti conception animation restitution François-Franz Cadet (Collectif Haïti des associations de Midi-Pyrénées) Jean-Barthélémy Lukusa-Makena (Cosimip) Théophile Yonga (Crosi Midi-Pyrénées) Assako Grosdidier et Lucile Badon (étudiants du Master Développement économique et coopération internationale, Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Objectifs de l atelier : réfléchir aux conditions d élaboration d un projet abouti, partager les pratiques efficaces et les expériences réussies pour s améliorer, créer les conditions pratiques pour que les acteurs puissent passer de l idée au projet.. préambule Ces dernières années ont été marquées par de vives critiques quant à l efficacité de l aide. Nombre d acteurs du développement ont pu être déçus quant à certains de leurs projets de développement ayant débouché sur des échecs. Les acteurs de la solidarité internationale souhaitent en apprendre d avantage sur les méthodes et pratiques existantes permettant l amélioration des projets. Par ailleurs, les grands rendez-vous internationaux, à l image de la Déclaration de Paris, lancent des directives globales sur la gestion de l aide et l accroissement de son efficacité. Ainsi, repenser l élaboration d un projet de solidarité internationale et réfléchir aux conditions d un projet abouti s impose pour mettre en œuvre ces directives à un niveau micro par le partage d expériences réussies. Dans un contexte de recul du politique et, par effet de vases communicants, du rôle grandissant des ONG, la réflexion commune sur la réussite d un projet de développement et les conditions d un projet abouti, en partageant des expériences, erreurs, et réussites, constitue une expérience riche. Les participants ont commencé par s exprimer sur leurs attentes vis-à-vis de l atelier : certains sont en recherche d outils méthodologiques de suivi et d évaluation, d autres souhaitent s informer sur les erreurs à éviter, les bonnes pratiques, s assurer de la pertinence et de cohérence de leurs actions, d autres encore viennent comparer et partager leur expérience, progresser dans leur action Les échanges se sont articulés autour de 3 axes de réflexion animés par des intervenants. axe 1 : la démarche projet innovant L innovation sociale est généralement plus difficile à discerner que l innovation technologique. Elle ne signifie pas forcément l invention d une nouveauté, mais peut s apparenter à un retour au bon sens ou un retour au passé. Deux exemples sont cités. Le tramway qui est présenté actuellement comme une innovation a existé à Toulouse jusqu en De même, la tontine que l on semble redécouvrir aujourd hui vient de Monsieur Tonti qui vivait en Italie au XVIIe siècle. C est également une pratique ancienne en Afrique. Durant les échanges, les participants ont exprimé leur conception de l innovation qui remodèle la mise en œuvre d un projet de solidarité internationale. le passage de rapports relationnels de nature «coloniale», très critiqués, à un rapport de fraternité et d égalité des acteurs, une meilleure prise en compte des besoins locaux pour élaborer un projet (c est-à-dire le 15 AGORA 2013

16 contraire de la démarche qui vise à mettre en œuvre un projet conceptualisé ex ante), l apprentissage de la culture locale. la co-élaboration des projets qui rassemblent les concepteurs et bénéficiaires du projet. Exemple sur un projet d éducation au Sénégal : inclure la société civile, partenariat tridimensionnel qui comprend «les Sénégalais du Sénégal, les Sénégalais de France et les lycéens de France». la recherche de débouchés et de marchés pour les projets réalisés, notamment pour les projets créateurs de biens, la mise en place de l autoévaluation par les partenaires, la valorisation du travail des techniciens permanents par le biais d une rémunération, l introduction du critère de durabilité, nécessaire dans la conceptualisation d un projet, la mutualisation des ressources entre les associations pour faciliter l obtention de subventions. Bien que le terme d innovation recouvre une grande variété de définitions, ce terme qui fait parfois figure d injonction est à désacraliser. La véritable innovation réside en effet dans le passage d une verticalité (induisant une hiérarchisation) à une horizontalité des relations entre les partenaires. Cette transformation relationnelle invite à la découverte réciproque des cultures, paramètre indispensable dans l élaboration d un projet de solidarité internationale. axe 2 : entreprises et réussites Qu est-ce qu entreprendre un projet de solidarité internationale? une méthode qui suit avant tout ces différentes phases : planification, construction, mise en œuvre, évaluation, répondre à des attentes qui émergent de la base, des bénéficiaires ou des acteurs locaux, étudier en amont le contexte politique du pays pour être au plus près des réalités locales. Exemple : avant de créer un projet agricole, il est nécessaire de se renseigner sur les politiques agricoles du pays, définir les objectifs et les valider, car il est nécessaire de savoir précisément ce que l on va faire, ne pas craindre le temps long, qui est la meilleure posture pour éviter d éventuelles erreurs. Quels sont les facteurs de réussite? Pérennité du projet au-delà de sa mise en place (10-20 ans). Un débat s est créé autour de la notion de durée. Certains se positionnent pour la délimitation temporelle du projet afin d éviter de créer des situations de dépendance (les subventions n étant pas éternelles). Il s agit aussi de tenter d élaborer un projet autosuffisant à terme. Dans le cas d apport d outils techniques, il faut prendre en compte leur dégradation possible en formant une personne chargée de garantir leur entretien. Nous devons prendre en compte que les acteurs du Sud les plus compétents sont fréquemment sollicités et saisissent les opportunités qui leur sont offertes à l international. Dans ce cas, la solution est de renforcer et déployer plus encore le transfert de compétences vers des acteurs locaux moins susceptibles de quitter le territoire. associer les autorités locales sans pour autant se substituer à eux compte tenu de l existence de la corruption dans certains pays du Sud, étudier la faisabilité du projet, constituer un réseau de partenaires locaux, acteurs de leur propre développement. On sait quand un projet est réussi car il débouche généralement sur d autres demandes. La réussite d un projet nécessite de répondre aux besoins exprimés et de définir les objectifs de manière très précise. Il est important d évaluer le projet à travers sa pérennité, son autonomie, sa capacité à créer des ressources propres. Les autres indicateurs d évaluation sont l existence de transferts de technologies et l atteinte des objectifs. AGORA

17 axe 3 : les parties prenantes du projet Co-construire un projet avec les parties prenantes au Sud est essentiel. le fait déclencheur du projet est très lié aux parties prenantes du projet, partir du besoin : la première partie prenante ce sont les bénéficiaires du projet, veiller à ne pas proposer des besoins latents non exprimés, les partenaires locaux au Sud ont l expertise dans leur propre domaine et souvent la capacité locale est supérieure à celles des parties du Nord. D où la nécessité de co-construire le projet sur place en laissant les acteurs produire leur projet, pour une meilleure appropriation de celui-ci, tenir compte de la culture et des spécificités du pays ; les parties prenantes doivent être en contact régulier avec les autorités locales et respecter le cadre légal du pays, bien identifier les priorités puis les objectifs, et former les populations locales pour ne pas se rendre indispensable et construire les conditions de la pérennisation du projet. la diaspora peut être nécessaire pour les parties prenantes du Nord (travail avec les ambassades, alliances françaises). il est important de créer une mise en réseau d acteurs, de tisser des liens avec toutes les associations, afin de se fédérer sur le même projet. Un projet inclut des parties prenantes issues de pays différents avec des attentes et des moyens divergents. Il est important d associer équitablement toutes les parties prenantes sans oublier de s imprégner suffisamment de la culture et législation locales pour éviter l élaboration d un projet inadapté au contexte. Conclusion DE L ATELIER 4 En clôture de l atelier, Thierry Mulin, formateur à l Université de Toulouse le Mirail, fait une synthèse globale de ce qu il a observé dans les trois groupes et termine par une ouverture. Il dresse le constat d un socle commun, mais avec des animateurs avec trois styles différents : un animateur actif, un animateur semi-directif, et enfin un animateur directif tout au long de l atelier. Il y a un lien entre le style d animation et l accompagnement d un projet : plus l animation est directive, moins il y a d espace pour les acteurs locaux. Il faut donc veiller à laisser des marges de manœuvre aux acteurs locaux. Il rappelle ensuite une définition très générale du projet ; un projet doit comprendre trois éléments : une idée, un calendrier et un budget. Il termine sa synthèse sur deux conseils : en termes de méthodologie d innovation, la meilleure façon est de «s adapter» (à un contexte notamment). quant à la méthodologie technique, sa réussite repose sur le partage de pratiques innovantes. Ainsi, apparait un besoin de formation transversale sur la réussite d un projet de solidarité internationale. Il s agirait de faire le parallèle entre les méthodologies techniques, rédigées dans des manuels, et la pratique. L universitaire propose l idée d un lexique commun qu il invite à créer. 17 AGORA 2013

18 ATELIER 5 LE PARTENARIAT ONG-ENTREPRISES Comment construire un co-développement à l international? conception animation restitution Corinne Dubois, Météolien Jean-François Lafon, CCI Toulouse, Jehan de Woillemont, CCI Toulouse Zoé Münch et Martin Rauturier (étudiants du Master Développement économique et coopération internationale, Institut d études politiques - Sciences Po Toulouse) Objectifs de l atelier : Déconstruire les représentations des uns vis-à-vis des autres, faire émerger les motivations mutuelles et découvrir les possibilités d actions communes pour un partenariat gagnantgagnant. préambule Depuis ces deux dernières décennies, le secteur marchand est de plus en plus perçu par les bailleurs de fonds internationaux comme un acteur clé du développement, le soutien au secteur privé s affirme progressivement comme une priorité stratégique de l aide aux pays du Sud. Ong et entreprises se retrouvent ainsi sur les mêmes terrains d intervention avec des compétences et des savoir-faire possiblement complémentaires. Par ailleurs, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à prendre conscience de leur responsabilité sociétale et environnementale tandis que la baisse des fonds publics amène les Ong à se tourner vers les entreprises pour financer leurs actions. Si ces deux types d acteurs ont des intérêts communs et ont parfois du mal à se comprendre et à construire une relation pérenne. Dans un premier temps l atelier a proposé le témoignage de trois acteurs ayant une expérience de rapprochement entre les deux secteurs. Claude Dupuy, responsable du développement et des moyens de Ressources humaines sans frontières (RHSF) a présenté le travail de son association. RHSF défend le respect des droits humains au travail, son terrain d action étant l entreprise et sa chaîne de sous-traitance (sujet d actualité avec ce qui se passe au Bangladesh et au Qatar). Son objectif est de maintenir et de défendre le concept «d un travail décent». Pour cela, l ONG aide les donneurs d ordres à améliorer les ressources humaines chez leurs fournisseurs et/ou leurs sous-traitants. Claude Dupuy a exposé le cas particulier d un accompagnement d une PMI française dans la mise en place d une «bonne pratique» en matière de responsabilité sociale de l entreprise (RSE) envers son réseau de sous-traitants, et en particulier un sous-traitant chinois. D une manière générale, il existe des difficultés pour les entreprises donneuses d ordres pour mettre en place une politique d achats responsables car il existe des freins et des insuffisances de communication avec les sous-traitants. RHSF travaille d abord avec l entreprise donneuse d ordres qui, dans la majorité des cas, transmet ses conditions au sous-traitant sans tenir compte des spécificités culturelles. Pour cette raison, l association propose d accompagner le travail de l entreprise en prenant en compte les différences culturelles des pays de leurs sous-traitants. L association met ainsi à disposition des dossiers-types qui rassemblent les différentes lois, règles et spécificités propres à chaque pays. AGORA

19 À mesure que l association gagnait en expérience, elle s est aperçue que les audits qui avaient été prodigués à l attention des sous-traitants ne leur avaient pas fait changer de politique sociale. C est le cas notamment en Chine où l on remarque une véritable dérive sur l emploi à outrance des heures supplémentaires pour les ouvriers. RHSF a dès lors mis en place un système de questionnements qui rendrait compte de la «maturité» du sous-traitant concerné à prendre en compte de futurs changements. Une fois cette étape effectuée, RHSF pourrait entamer son travail de sensibilisation sur le volet social. Cependant, l étape de sensibilisation n est pas si facile car tout dépend des priorités que se donne le soustraitant : par exemple, un système informatisé ne parle pas immédiatement à une entreprise chinoise qui place la priorité ailleurs. La première étape est donc de convaincre cette entreprise. C est pourquoi RHSF privilégie des coopérations longue durée avec des sous-traitants et base son expérimentation sur le volontariat : son objectif étant de convaincre ses interlocuteurs que la diminution du temps de travail ne signifie pas baisse de la productivité, au contraire. Dans le cas du projet avec l entreprise chinoise, il y a eu un accroissement de la productivité de 43 %. Jacques Debuire a présenté l action de l entreprise Derichebourg qui conçoit, construit et exploite des usines de traitement d eau. Elle mène notamment un projet en Palestine dont le but est d apporter des compétences aux Palestiniens dans la gestion de l eau, notamment des eaux usées. Pour Jacques Debuire, la coopération entreprises-ong est avant tout une affaire d individus et de vision partagée du monde. Le succès ne peut être envisagé qu à partir du moment où les individus se comprennent. Le fait de partager cette fraternité est quelque chose d important car, même si cette notion peut paraitre évidente pour les ONG, elle l est beaucoup moins pour le monde de l entreprise. Les personnes qui participent à la coopération technique en entreprise doivent être animées par cette notion de solidarité, ainsi que par la volonté de sauvegarde de la planète. Une méthode de travail basée sur la modestie. Une personne a beau être reconnue comme expert chez elle, dans des contextes différents, ses certitudes ne tiennent pas longtemps. Elle doit faire face à l incompréhension, puis réfléchir pour apprendre : il faut chercher un enrichissement auprès des autres en acceptant de remettre en cause ses connaissances et ses propres certitudes dans le monde du travail. La phase d écoute pour construire est importante ; c est un état des lieux qui passe par un recensement des compétences techniques sur place. Ensuite, l objectif est de créer une dynamique avec le pays d accueil qui doit y participer. Le but est de faire naître des envies communes basées sur des projets réalistes afin de fédérer les acteurs autour d une idée globale et partagée du projet. Une fois que le projet existe, il y a des méthodes de travail : cahier des charges, appels d offres internationaux, analyses des offres, choix des constructeurs et construction d usines, comme ce fut le cas pour l usine de traitement des eaux en Palestine. Cependant, tout projet est soumis à des contraintes d ordre culturel ; pour le cas de la Palestine, la réutilisation de l eau est un concept qui n est pas ancré dans les mœurs. En Palestine, il ne suffit pas de construire uniquement une usine de traitement des eaux pour que le projet soit réussi. Il est important d intégrer la formation des acteurs. À Ramallah, c est le constructeur de l usine lui-même qui gère la structure pendant 5 ans (période renouvelable s il existe une demande palestinienne) avec des prix stables pendant 10 ans, et l obligation de former du personnel palestinien. Au bout de 5 ans, si les Palestiniens sont assez formés, le constructeur se retire. Thierry Perrocheau a travaillé en tant que logisticien pour Médecins du Monde avant de créer l entreprise Mécoconcept. Celle-ci identifie les besoins pour construire des habitats stables et efficaces à bas coût. C est une entreprise qui a vocation à travailler dans les pays du Sud. À partir de son expérience avec Mécoconcept, il désigne trois types d acteurs auxquels est confrontée l entreprise au quotidien : les marchés publics ou grands comptes, (ex : l Onu), des fonds souverains intéressés pour acheter une grande quantité de machines ; ce sont ceux avec lesquels il y a le plus d intérêt marchand pour l entreprise. 19 AGORA 2013

20 les grandes entreprises qui souhaitent faire figurer les machines de Mécoconcept dans leurs catalogues. les associations de villages ou de quartiers, ou les clubs services (Rotary Club, Lions Club) qui sollicitent l entreprise pour développer leur projet à l étranger. Thierry Perrocheau met en avant deux dimensions dominantes dans le développement: «donner du poisson ou apprendre à pêcher». Longtemps l approche européenne vis-à-vis de l Afrique a été «on donne du poisson». Ponctuelle et matérialiste, cette approche était une erreur. L idée d apprendre aux gens à pêcher est plus importante, mais il faut tenir compte des barrières culturelles qu on oublie parfois (on ne peut pas élever des cochons dans un pays musulman par exemple). Il est donc primordial de comprendre le contexte, de discuter avec les gens afin de comprendre la culture, les attentes. Il faut éviter «l arrogance de l Européen» et ne pas oublier que la finalité de l action n est pas pour soi. L atelier s est poursuivi par un échange avec l ensemble des participants Quelles relations de partenariat développer entre une entreprise et une ONG? claude dupuy : on cherche effectivement des fonds auprès de mécènes, mais pour faire des actions sur le terrain. On propose alors à l entreprise une collaboration, une offre de services, sous forme de partenariat ou de contrat. Dans le cadre de RHSF, ce travail de collaboration entre une ONG et l entreprise est effectué pour que cette dernière gère mieux ses ressources humaines. jehan de woillemont : Il n y a pas que l aspect «chèque» du partenariat entreprises-ong qui compte ; il ne faut pas simplement voir l entreprise comme une source de financement. On peut également imaginer des partenariats passant par la participation du chef d entreprise à titre gratuit, lors de son temps libre, ou sous forme de «compagnonnage». thierry perrocheau : les milieux associatifs et ceux de l entreprise sont différents. Ainsi, lorsqu on parle au chef d entreprise, il faut utiliser son langage. L association qui le démarche doit expliquer pourquoi il est indispensable de la financer. On doit appréhender le partenariat entre une ONG et une entreprise comme un échange ; par exemple, en échange d aides au financement, l entreprise peut bénéficier de réduction d impôts, l ONG en retour peut citer l entreprise dans sa communication. On peut également imaginer que l entreprise puisse proposer à ses «meilleurs» employés un séjour de bénévolat sur le projet que l entreprise a aidé. jacques debuire : Il ne faut pas uniquement se focaliser sur les grosses entreprises car il y a beaucoup de PME qui seront peut-être plus sensibles aux valeurs de fraternité et de solidarité véhiculées par les associations, les employés seront peut-être plus capables de dégager du temps à consacrer à ce partenariat. En dehors des partenariats d ordre financier, peut-il y avoir des partenariats dans le domaine du conseil ou de l expertise technique? ex : Un particulier fait état de son travail dans une ONG, il parle d études hydrogéologiques qu il a effectuées, mais aujourd hui, celui-ci n a pas les compétences pour analyser les résultats. Dans ce cas, peut-on et comment imaginer un partenariat avec une entreprise? jehan de woillemont rapporte un cas de compagnonnage industriel et de partenariat de sa connaissance. L entreprise a une culture, si elle n a pas su revaloriser son rapport avec ses agents, elle ne peut pas aller sur un terrain inconnu! Il faut organiser ce lien avec les ONG sur le rapport culturel (facteur clivant), les coopérations évoluent parce que les attentes (entre ONG et entreprises) sont différentes. C est là que les entreprises peuvent apporter ce qu on appelle un «mécénat de compétences» : c est-à-dire que les ONG peuvent apporter leurs expériences - puisqu elles travaillent avec des locaux - aux entreprises qui n ont pas forcément toutes les informations et les connaissances de la région en question. AGORA

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