LA CRISE JUSQU OÙ? Cette récession la pire depuis 1945 change le monde. 16 pages pour comprendre.

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1 MERCREDI 1 er AVRIL LA CRISE JUSQU OÙ? Cette récession la pire depuis 1945 change le monde. 16 pages pour comprendre. ù en sommesnous? Bientôt deux ans après le débutde l épidémie des «subprimes», six mois presque Ojourpour jour après la déflagration Lehman, la crise, ce mot gigogne, attrape-tout, que l on plaque sur les multiples incendies qui s allument dans la maison capitaliste, a changé de nature. A la sidération devant la débandade accélérée des banques et des marchés a succédé la prévisible mécanique de la récession, qui déroule ses enchaînements implacables d un bout à l autre de la planète : effondrement du crédit, contraction du commerce mondial, chute de la production industrielle, remontée en flèche du chômage. La séquence est bien en place. Le 19 mars dernier, le Fonds monétaire international en a donné le tempo. Les pays développés devront affronter un recul de leur PIB de 3 % cette année. Un chiffre inconnu depuis Un chiffre qui pourrait encore se détériorersiledélugedestatistiquescalamiteuses de ces derniers jours se poursuit. C est à ce moment de l histoire que se réunissent ce soir à Londres les chefs d Etat du G20. Avec pour mission de repenser la régulation financière, c est-àdire une partie de l avenir du modèle capitaliste, alors que toute leur énergie est aujourd hui concentrée sur l urgence du présent : celle de colmater les voies d eau dans leurs économies dévastées par l ouragan financier. Ce relatif anachronisme accroît le scepticisme sur la réussite de ce sommet. Peut-on sérieusement espérer rebâtir les fondations d une maison qui brûle? La question est loin d être anecdotique. Elle alimente les divisions entre les Etats sur la façon de gérer la crise. Malgré leur dimension spectaculaire au total, les Etats-Unis, l Europe et la Chine ont consacréensemble milliards d euros à leurs plans de relance, les initiatives des grands pays traduisent un manque de coordination, dont l UE a offert le spectacle jusqu à la caricature. Dans une large mesure, cette crise, historique, reste encore non pensée, dépourvue des analyses nécessaires à la construction d un corpus intellectuel qui permettrait d en sortir par le haut, c est-à-dire en réinventant un autre capitalisme. «Mon erreurestd avoir cru que l intérêt propre des banques les conduirait à protéger leurs actionnaires et leur capitaldanslesentreprises» : ce saisissant mea culpa d Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, devant des parlementaires américains en octobre dernier n a pas suffit à ouvrir le débat sur l alternative au laisser-faire imposé par les ultra-libéraux depuis l ère Reagan. La seule certitude pour l instant, c est que, en l absence d une idéologie contraire structurée, l économie de marché en restera le socle. C est en soi une bonne nouvelle. Pour l heure, on s en tient à guetter les prémices d un fragile printemps. Comme les deux mois de profit consécutifs annoncés par Citigroup en janvier et février. Une tendance confirmée par d autres grands établissements comme Bank of America ou Deutsche Bank qui pourrait signifier que, du côté des établissements de crédit, la crise financière a atteint un plancher. La reprise des constructions de logementsneufs aux Etats-Unis en février ou encore l engagement des banques centrales, comme la Fed qui a annoncé récemment son intention d augmenter de milliards de dollars son bilan pour acheter des actifs financiers, sont d autres signes positifs. Mais le plus encourageant est l accueil réservé par les marchés au plan Geithner de sauvetage des banques américaines la semaine dernière. Le mécanisme de reprise de leurs actifs toxiques proposé, d un montant initial de 500 milliardsde dollars, semble enfin à la hauteur du problème. Par sa forme la mise en place d un partenariat Etat-investisseurs privésdontlesengagementsserontgarantis qui évite la nationalisation pure et simple des banques un temps évoqué aux Etats-Unis et par son montant. A terme, ce nouveau plan pourrait absorber milliards d euros d actifs invendables. Or, depuis le début de la crise, les banques américaines ont déjà déclaré l équivalent de 850 milliards de dollars de pertes et dépréciations d actifs. Il reste que, selon les estimations du FMI, la facture totale pourraitatteindre milliards de dollars. Cela montre le chemin qui reste à parcourir. Et tempère le relatif vent d optimisme qui souffle par intermittence sur les marchés depuis trois semaines. Dans ce contexte incertain, il est plusquenécessairederendrecettecrisela plus lisible possible. C est l ambition de ce supplément. DANIEL FORTIN SOMMAIRE 1. Ce qui s est passé pages 8 à 11 Six mois qui ont changé le monde. AIG : le symbole d une déroute. Les gagnants et les perdants. L interview de Michel David-Weill. 2. Ce qui a changé pages 12 à 18 Les indicateurs dans le rouge. La crise en 11 questions. La finance après le choc. Pas le scénario de 1929, mais... L interview de Robert Castel. 3. Ce qui pourrait changer pages 19 à 22 Des modèles d entreprises à réinventer. Le consommateur impose unenouvelledonne. Unmondecondamnéàs entendre. Lesbombesàretardement. Les paradis fiscaux peuvent-ils disparaître? L interview de Pascal Lamy.

2 8 CE QUI S EST PASSÉ LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL Le géant Lehman Brothers s effondre Washington au secours des banques La valse des taux Chris Hondros/Getty Images/AFP Le monde entier est frappé de stupeur : Lehman Brothers, un des groupes financiers les plus puissants du monde, se déclare en faillite en ce lundi matin, foudroyé par l effet des «subprimes». On ne savait pas encore que l effondrement de cetétendardducapitalisme américain allait conduire à une apocalypse planétaire. Ses 613 milliards de dollars de dette et ses employés jetés du jour au lendemain sur le pavé ont dans l instant provoqué des réactions en chaîne qui ont balayétoutle«système»: panique sur les marchés, défiance vis-à-vis des C est du jamais-vu depuis le New Deal de Roosevelt. Les pertes pour créances douteuses se révèlent être un véritable tonneau des Danaïdes. Le FMI les estimera bientôt à milliards de dollars pour. Dans l urgence, les équipes du secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson (photo), annoncent un plan de 700 milliards de dollars permettant aux banques de se débarrasser de leurs créances toxiques accumulées dans l immobilier. Après bien des vicissitudes, le plan ne passera la rampe du Congrès qu en octobre avant que Paulson ne 15 SEPTEMBRE institutions financières et blocage des marchés monétaires. Le refus de l administration Bush de soutenir Lehman Brothers le jour même où elle facilitait le rachat de Merrill Lynch par Bank of America est aujourd hui souvent considéré comme une erreur. Mais la crise n attendait visiblement qu un déclencheur 19 SEPTEMBRE change de stratégie en décidant de transformer cette manne en fonds propres. Son successeur, Tim Geithner, propose en février de porter le plan Paulson jusqu à milliards. Jugé trop flou, il ne suscite guère d enthousiasme, alors que se développe outre-atlantique un débat inattendu : des républicains, et même Alan Greenspan, réclament la nationalisation des banques américaines. 8 OCTOBRE Joshua Roberts/Bloomberg Dermot Tatlow/PANOS-REA Les grandes banques centrales «vont au charbon». Il leur faut afficher une stratégie cohérente et répondre à l inextinguible soif de liquidités des banques et des entreprises. Pour assurer un retour à la normale de marchés interbancaires quasi asséchés, elles font la démonstration de leur force de frappe dans un mouvement qui ne s était vu qu au lendemain des accords du Plazza en 1986 et des attentats contre le World Trade Center de New York en Après avoir lâché des quantités colossales de liquidités sur les marchés, sept banques centrales baissent conjointement leurs taux directeurs d un demi-point de pourcentage et adoptent des mesures exceptionnelles pour normaliser le fonctionnement des marchés monétaires. Aujourd hui, les taux mondiaux sont dans la zone des taux zéro : la cible du taux directeur de la Fed a atteint 0-0,25 % en décembre ; et ceux de la BCE sont aujourd hui au plus bas niveau de son histoire, à 1,25 %. Six mois qui ont changé le monde De la faillite de Lehman Brothers en septembre dernier à l escroquerie montée par Bernard Madoff, en passant par le scandale AIG, retour sur les principaux épisodes qui ont émaillé six mois de crise. Pour contrer cette apocalypse planétaire, les Etats du monde entier multiplient les plans de relance. La France recapitalise ses banques La Chine entre dans la danse Le mégaplan de relance d Obama Pool/Hamilton/REA La pression des marchés est trop forte. Jugées sous-capitalisées, des banques françaises voient leurs titres attaqués. Mais fières de leur modèle de banques universelles qui leur permet de traverser la crise avec une moindre casse, elles ne peuvent se résoudre à faire appel à l Etat. Il viendra finalement à elles : avec l aval de Bruxelles, il injecte 10,5 milliards d euros de fonds propres dans le capital des six plus grandes banques françaises. En échange, elles s engagent à faireprogresserde«3à4%» le montant total de leur crédit aux entreprises, aux ménages et Les deux principaux moteurs de la grande machine exportatrice chinoise, l Europe et l Amérique, sont en panne et la croissance du pays vient de tomber à son plus bas niveau des cinq dernières années. La grogne sociale monte. Le gouvernement de Wen Jiabao annonce un gigantesque plan de relance de son économie. Il débloquera 465 milliards d euros jusqu à la fin Au programme : grands travaux d infrastructure, coup de fouet à la demande intérieure et coups de pouce fiscaux. Les banques chinoises emboîtent le pas à cette politique en libéralisant 20 OCTOBRE aux collectivités locales. 9 NOVEMBRE largement les conditions du L opération rapportera au crédit. Pékin semble estimer 23 NOVEMBRE passage 400 millions d intérêts à l Etat. Une deuxième tranche de recapitalisation sera débloquée à fin janvier. Maltraitées par la crise, les PME ne sont pas oubliées. Le 23 octobre, Nicolas SarkozydétailleàAnnecyun plan de soutien de 22 milliards d euros afin de prévenir les risques d assèchement du crédit des entreprises. avoir endigué sa propre crise, en renonçant, pour le moment, à lancer en ce printemps un plan encore plus important de quelque milliards d euros. Au total le gouvernement aura pris ses responsabilités, estiment les experts : le déficit budgétaire sera quasi multiplié par dix en, à 3 % Une révolution pour la Chine. Paul van Riel/HH-REA Joshua Roberts/Bloomberg News Face au désastre, l Amérique a vite pris le pli des mesures superlatives. Le président élu, Barack Obama, annonce un mégaplan de relance qui pourrait atteindre de 800 à milliards de dollars, soit 6 % du PIB, et le plus grand programme de dépenses budgétaires de l histoire américaine. Objectif : trouver un antidote à la récession en relançant la consommation et créer des millions d emplois à mesure que la crise en détruit dans la même proportion. Un gros tiers de ce plan est fait de baisses d impôt, un quart de dépenses directes et un tiers d aides. A l arrivée, le plan signé le 17 février dernier atteindra 787 milliards de dollars. L Europe n est pas en reste. Elle avalise du bout des lèvres début décembre un plan de relance de 200 milliards d euros dans lequel la Commission européenne additionne en fait les différents projets de relance nationaux. En mars, les Européens portent ce montant à 400 milliards. Mais Barack Obama leur demande de frapper plus fort. L Amérique au chevet des «big three» L «escroquerie du siècle» Le scandale AIG devient affaire d Etat Ludovic/REA General Motors est au bord de la faillite, Chrysler à bout de souffle, Ford en difficulté, et on s attend à un Salon de Detroit de misère. Les ventes sont en chute libre et l Amérique risque la disparition d un pan de son industrie automobile, dont dépend directement ou indirectement quelque 10 % de sa population active. Washington propose après bien des débats 15 milliards de dollars à une industrie qui en réclamait 34. Avec des conditions : présenter d ici au 31 mars un plan de restructuration viable, limiter au passage les salaires et primes La planète financière vit désormais au rythme des explosions de «bombes à retardement» de tout ordre, mais avec l escroquerie du siècle montée par Bernard Madoff, l année se termine en feu d artifice. L ancien directeur du Nasdaq, sacré «légende de Wall Street», aurait floué quelque clients à travers le monde pour un montant récemment réévalué à 65 milliards. Son truc : le montage d un «système Ponzi» de pyramides dans lesquelles l argent promis aux premiers investisseurs est celui versé par les suivants. Grandes fortunes et «people» sont 10 DÉCEMBRE des dirigeants, et liquider les jets privés. Trois mois plus tard, on sait que le plan devrait finalement friser les 40 milliards de dollars. Ford a décidé de s en passer. Chrysler s est allié avec Fiat, GM a renégocié des accordsderetraiteettentéde transformer sa dette en actions. Le 30 mars, les plans des deux constructeurs sont retoqués et le PDG de GM, Rick Wagoner, est contraint de démissionner. 11 DÉCEMBRE frappés, tout comme une multitude d épargnants, qui ignoraient tout de lui et de son fonds, le Bernard L. Madoff Investment Securities (BMIS). De grandes banques, dont la prestigieuse UBS en Suisse, sont touchées. Aujourd hui, 45 cabinets d avocats travaillent dans 25 pays sur le dossier pour le compte des spoliés. Madoff a plaidé coupable, affirme avoir agi seul, et risque 150 ans de prison. 15 MARS Jin Lee/Bloomberg News James Leynse/REA L assureur AIG, qui a proposé auxbanquesdesegarantircontre leurs éventuelles pertes sur leurs produits dérivés, devient le symboledelacrise.fautede régulation, on s aperçoit que le groupe ne disposait d aucune provision. Le 16 septembre dernier, pour éviter la faillite, l Etat injecte 85 milliards de dollars, prenant ainsi 79,9 % du capital. Puis multiplie les rallonges publiques, qui ont atteint 180 milliards de dollars. Le 2 mars, AIG annonce le versement de 165 millions de dollars de primes auxcadresàl originedesachute. La fureur de l opinion publique et de la classe politique est à son comble d autant qu AIG révèle que les aides publiques ont surtout servi à dédommager des banques européennes clientes. La Chambre des représentants vote d urgence l imposition à 90 % des primes, et le PDG d AIG annonce le changement de nom et le démantèlement d un groupe détenant encore pour milliards de dollars d exposition sur des contrats risqués. DANIEL BASTIEN

3 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI S EST PASSÉ 9 AIG : le symbole d une déroute Comment la dérive incontrôlée de sa filiale britannique AIG Financial Products, créée en 1987, a conduit le numéro un américain de l assurance au bord du démantèlement, avec près de 100 milliards de dollars de pertes. est sur un coin de table de cuisinequetout adémarré. La cuisine de l appartement de Howard Sosin, trente-cinq Cans, dans l Upper East Side, à Manhattan. C est là que cet ancien trader de Drexel Burnham Lambert avait échafaudé son plan de bataille, au printemps 1986, avec deux de ses collègues, Randy Rackson, trenteans, passionnéd art et d informatique, et Barry Goldman, titulaire d un PhD en économie. Un an plus tard, le trio faisait affaire avec «Hank» Greenberg, le légendaire patron d American Insurance Group (AIG), en signant un accord de joint-venture, le27janvier1987. Quipouvait imaginer que cette petite filiale AIG Financial Products, dont un autre ancien de Drexel Joseph Cassano reprendra la tête en 2001, allait devenirle monstrueuxlaboratoire de la déroute du leader mondial de l assurance? «Ladébâcled AIGestl histoire emblématique d une filiale qui échappe à tout contrôle et entraîne sa maison mère vers la faillite en spéculant de manière folle», résume Pierre- André Chiappori, professeur d économie à la Columbia University. En s alliant avec AIG l assureur à la note triple A, pour créer leur société initialementbaséedans le Connecticut, l idée de départ des trois anciens de Drexel était surtout d exploiter le gisement en pleinessordesproduits dérivés en offrant à leurs clients les moyens de se couvrircontrelahaussedestauxd intérêtet lesfluctuationsmonétaires.dès1990,financialproducts avait ouvertdes bureauxà Londres et Tokyo et disposait même d une filiale bancaire à Paris pour faciliter ses transactions européennes. Au fil du temps, le laboratoire du Connecticut devient très profitable. Après le départ de son trio de fondateurs, la filiale d AIG, que le «Washington Post» compare alors à un «caméléon», se met à plus que doubler ses profits, de 140 millions de dollars en 1995 à 323 millions en 1998, tout en minimisant encore la prise de risque. Relâchement du contrôle des risques Tout va changer avec l arrivée de Joseph Cassano à la tête d AIG Financial Products en 2001 et son grand saut dans le monde des «credit default swaps» (CDS), sorte de contrat d assuranceoù le vendeur d un swap s engageàrembourseràl acheteursespertes subies du fait de la défaillance d un tiers. Fils d un «flic» de Brooklyn, Joseph Cassano, travailleur acharné, est un excellent comptableet spécialisteduback-office.a partirde 2005, AIG Financial Products va se lancer à corps perdu dans l assurance de produits dérivés. Limogé en 2005, Maurice Greenbergassurequeladériveestpostérieureàson départ et coïncide avec un relâchement du contrôle des risques. Une chose est sûre : le patron de la filiale londonienne, Joseph Cassano,quitterasesfonctionsenmars,non sansavoirencaissé67,8millions dedollarsde salaires et bonus au cours des deux dernières années. En vendant aux souscripteurs de CDO («collateralized debt obligations») des «credit default swaps» (CDS), AIG les Chip Somodevilla/Getty Images/AFP Face aux contribuables en colère, Edward Liddy, le PDG d AIG, annonce le 18 mars dernier qu il va demander aux dirigeants de Financial Products de rendre la moitié de leur bonus. assure contre une baisse de la valeur du produit. En, AIG a déjà vendu pour 446milliardsdedollarsdeCDS,dont307milliards de dollars à des banques étrangères. Une somme pharaonique. Le marché total des CDS, que Warren Buffett a décrit comme des «armes de destruction massive financières»,est évalué parcertainsexpertsà milliards de dollars. N étant pas une banque, AIG n avait pas à se soucier de la réglementation bancaire en vigueur ni à provisionner les pertes éventuelles de son portefeuille. En outre, l assureur était prêt à dédommagersesclientsaumoyendecollatéraux, au cas où la valeur du produit assuré diminuait (ses concurrents préféraient attendrequ ilyaituneperteréelleavérée) et si jamais sa propre notation de crédit (initialement AAA)venaitàêtredégradée. Manque de chance pourl assureur : les deuxéventualités se sont produites. La crise financière commençantà se profiler à partir de l été, les produits dérivés assurésparaigvoientleurvaleurplongeret l assureurdoit répondre auxappelsdemarge de ses clients. A partir de mai, les banques refusent de lui prêter. Le 17 septembre, les autorités fédérales reprennent 80 % du capital de l assureur en échange d un prêt-relais de 85 milliards de Selon le sénateur Christopher Dodd, «lespartenaires d AIG (...) ont pris des risques énormes et irresponsables.» dollars. C est la première étape d une nationalisation qui ne dit pas son nom. Au cours du dernier trimestre, la dérivedusystèmebancaireaméricainrejaillit encoresurlasituationdésastreuse d AIGqui affiche 99 milliards de dollars de pertes sur l année.unrecordabsolu.legouvernement adû réinjecter quatrefois du capital, pourun totalde180milliardsdedollars.alami-mars, larévélation duversement de165millionsde dollars de bonus à quelque 418 salariés d AIG pour est la goutte d eau qui fait déborder le vase. Comment peut-on oser vouloir récompenser avec l argentdu contribuable ceux qui ont contribué à faire vaciller le système financier mondial? La direction d AIG invoque le caractère impératif des contrats négociés avant la déroute. Mais le vrai scandale est ailleurs : c est celui de la faillite de toute régulation. Officiellement, AIG Financial Products était soumis au contrôle de l Office of Thrift Supervision, l agence américaine decontrôle des caisses d épargne, l autorisation de la création d unefilialebancaire, BanqueAIG, à Paris en 1990 par la Commission bancaire lui ayant permis d ouvrir une succursale bancaire à Londres. La maison-mère du Delawaren étantpas unebanque, AIGFPa pu échapper à la régulation effective de la FSA à Londres. Pour Donn Vickrey, le fondateur de Gradient Analytics, un des premiersà tirerlasonnetted alarmesuraig dès février, l ampleur de la crise a été largement encouragée «par le laxisme des méthodes comptables, la faiblesse de la gouvernance et une supervision défectueuse». Réaction en chaîne Pour sauver AIG, laréservefédérale n aeu d autre solution que de racheter les produits dérivésassurésparaig, ce quilui permettait ensuite d annuler le «credit default swap» les protégeant. En mars, la situation éclate au grand jour. Les contribuables américains découvrent que 105 milliards de dollars de fonds publics ont été reversés à des banques américaines et étrangères Goldman Sachs, Deutsche Bank ou la Société Générale ayant ainsi perçu près de 12 milliards chacune. Celles-ci ont été dédommagées au prix fort, ce qui irrite les détracteurs del opérationquijugent quelafedauraitdû négocier au mieux. Pour le président de la commission des services financiers du Sénat, le sénateur démocrate Christopher Dodd, «les partenaires d AIG n étaient pas des victimes innocentes c étaient des investisseurs sophistiqués qui ont pris des risques énormes etirresponsables». Selonunrapport«strictement confidentiel» diffusé par AIG auprès des membres du Congrès, lafaillitede l assureur aurait entraîné «uneréactionenchaîne de proportions considérables ( ) avec un risquesystémique principalement centré surle secteur de l assurance-vie qui représente 2,3 millions d emplois». On a peut-être évité le pire. Mais la crédibilité du système de régulation financière mondial a pris un sérieuxcoup.pourl économistebradsetserdu Council of Foreign Affairs, d une certaine manière, «AIG a joué le rôle d assureur de dernier recours du système financier fantôme américain qui opérait offshore». PIERREDEGASQUETETVIRGINIEROBERT (À NEW YORK) LES MOTS «SUBPRIMES» Ces prêts hypothécaires de qualité inférieure et contraignants pour les emprunteurs sont à l origine de la crise financière. Le mécanisme ne pouvait fonctionner qu avec une hausse continue desprixdel immobilier,cequiaétévrai jusqu en Avec la baisse des valeurs des maisons, les défauts de paiement des ménages se sont multipliés, entraînant la chute des «subprimes» et du marché de la titrisation qui leur était lié. TITRISATION Cettetechniquequiconsiste à transformer des crédits bancaires en titres financiers et donc à diffuser lerisqueàlafinanceafinipar gangrener le système financier mondial. L encours en est gigantesque, plus de milliards de dollars aux Etats-Unis et environ le quart de ce montant en Europe. FONDS MONÉTAIRES DYNAMIQUES C était la surprise du chef aux premières heures de la crise des «subprimes». Ces fonds réputés sûrs ont révélé leur faiblesse dans leur partie dynamique. Pour améliorer leur performance, des gérants ont investi une part des encours dans des produits de titrisation. «HEDGEFUNDS» Lacrisedeconfiancegénéralisée a conduit les fonds dits «alternatifs» à vendre une partie très significative de leurs positions dans la précipitation pour satisfaire leurs clients-investisseurs qui demandaient le rachat de leurs parts. Leur taille, leur enregistrement dans des paradis fiscaux et l opacité de leur gestion inquiètent les régulateurs qui voient en eux la source d un risque systémique. «CREDITDEFAULT SWAP» (CDS) C est un contrat par lequel un prêteur s assure contre le risque de défaut. Si ce dernier intervient, le contrat prévoit soit le transfert de l obligation, soit un paiement en cash. La prime à payer est le «spread» (l écart) du CDS. L assureur AIG,grandpourvoyeurdecetype de contrats, ne s en remettra pas. COUPE-CIRCUIT La volatilité était telle sur les marchés que les systèmes de négociation de certaines Bourses ont été débordés. Plusieurs d entre elles ont fermé des journées entières. Sur Nyse Euronext, lorsqu une valeur tombe de 10 %, le cours est gelé quelques minutes. «SHORTSELLING» Cette vente à découvert consiste à emprunter des titres pour les vendre sur les marchés dans le but de les racheter à un cours plus bas et ainsi réaliser une plus-value. Au plus fort de la tourmente, des opérateurs ont oublié d emprunter les titres avant de les vendre à découvert. En septembre, les régulateurs ont interdit cette pratique sur les valeurs financières au plus mal. CHAMBRES DE COMPENSATION Ces infrastructures de marché interviennent après les Bourses. Sur les marchés réglementés de dérivés, elles s intercalent entre l acheteur et le vendeur pour contribuer à la liquidité et assumer le risque de contrepartie. Les intervenants doivent au préalable verser un dépôt de garantie pour négocier puis répondre aux appels de marge lorsque leurs positions sont perdantes. Elles ont atténué l impact de la faillite de Lehman Brothers, en septembre. «FAIR VALUE» La volatilité des cours et l absence de liquidité sur les marchés ont rendu compliquée la valorisation des actifs dans les comptes des banques et des entreprises. En l absence de référence de marché, et donc de la pertinence du «mark to market», la juste valeur d un titre s est estimé en «mark to model», c est-à-dire par une modélisation des prix. S. L. P. «Les100Motsdelacrisefinancière», de Bertrand Jacquillat et Vivien Levy-Garboua, Edition Que sais-je?

4 CE QUI S EST PASSÉ 10 Les gagnants et... LES ECHOS MERCREDI 1er AVRIL DU «SUBPRIME» À LA RÉCESSION : L ENGRENAGE 1. L Asie Du firmament aux gémonies, la crise a considérablement accéléré la chute de certains hommes du monde des affaires ou de la finance. Plus clairvoyants, d autres tirent néanmoins leur épingle du jeu. Petit tour d horizon. croule sous les réserves financières. Années Les taux d intérêt sont bas. Début 2000, l éclatement de la bulle Internet entraîne une politique monétaire laxiste. Les crises des pays émergents de la fin des années 1990 (Asie, Russie) incitent ces pays à accroître leurs réserves financières. Ils placent leurs excès d épargne en Occident. Innovations financières Jessica Rinaldi/Reuters Scott Eells/Bloomberg News Les possibilités d endettement se multiplient. Nouriel Roubini, l oracle Samuel Walton, le chanceux «Ecris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite», est-il écrit dans l Apocalypse. Mission accomplie pour l économiste Nouriel Roubini. Incroyablement sombres, terriblement précises, régulièrement vérifiées jusqu ici deux jours avant, il pronostiquait la chute de Lehman, ses prédictions font le miel des médias du monde entier, qui en ont fait un gourou. Pour avoir annoncé, le 7 septembre 2006, la crise des «subprimes», puis la récession dans l indifférence d une assemblée du FMI tout juste polie, cet Américain d origine turque, diplômé de Harvard, professeur à Yale puis à la Stern School of Business de l université de New York, est devenu l oracle de la crise. D. FO. Depuis son fief de Bentonville, dans l Arkansas, où son père, Sam, fonda le premier «shop» de l empire, le président de Wal-Mart, Samuel Robson Walton, dit Rob, soixante-quatre ans, contemple la crise d un œil serein. Durement touchées, les classes moyennes sont venues enmasse gonfler les rangs de ses magasins discount. Résultat, une hausse de 5,1 % des ventes de Wal-Mart sur le sol américain en février. Une santé insolente qui a conduit le conseil d administration du groupe à voter une hausse de 15 % du dividende annuel pour l exercice L an dernier Rob, son frère Jim et sa sœur Alice ont en outre réintégré le Top 10 des fortunes américaines selon «Forbes». La fête. D. FO. Réglementation financière permissive. débridées. 3. Une bulle de dettes se forme. Banques, entreprises, ménages s endettent pour investir ou consommer. Aux Etats-Unis, la dette privée atteint presque 3 fois le PIB, la dette brute du secteur financier atteint près de 120 % du PIB. 4. Le choc de. Adrian Moser/Bloomberg News Brendan Smialowski/Bloomberg News L effondrement du prix des maisons aux Etats-Unis met à jour les inconséquences du financement immobilier américain. Le monde découvre la bombe du «subprime». La titrisation s arrête, empêchant les banques de se refinancer. Celles-ci doivent purger les actifs toxiques. John, l autre Paulson Rupert Stadler, le miraculé John Paulson énerve même ses amis milliardaires. En, il a doublé sa fortune, à 6 milliards de dollars. S il y a un financier vainqueur de cette crise, c est ce New-Yorkais discret, dont on dit même qu il assortit ses s d un encodage qui empêche de les faire suivre. Sa stratégie n est pas politiquement correcte, c est le moins qu on puisse dire. John Paulson, président de Paulson & Co., àlatêtedemultiples«hedgefunds»,est devenu lastarabsoluedelafinanceen enpariantsur unéclatement de la bulle des crédits immobiliers «subprime» qui chasserait de leur maison des millions d Américains. Paulson contre Paulson,ensomme,ledeuxième, Henry aucunlien familial, étant secrétaire au Trésor. N. M. Si, il existe au moins un constructeur automobile heureux. Il s appelle Rupert Stadler et dirige depuis deux ans Audi, la riche filiale de Volkswagen. En, alors que le secteur retentit des quasi-faillites de General Motors ou d Opel, des chutes de production historiques de Renault et de PSA, son groupe s offre le luxe de dépasser le million de voitures vendues ( exactement, soit une hausse de 4,1 %) et d afficher un résultat opérationnel de 2,8 milliards d euros, en progression de 2,5 %. S il reconnaît souffrir en ce début, le patron d Audi estime avoir accumulé suffisamment de réserves pour éviter tout licenciement économique d ici à Qui dit mieux? D. FO. Août 5. Le crédit crunch. Le système bancaire se fige. Les banques ne se prêtent plus d argent et ne financent plus les agents économiques. Les investisseurs liquident leurs positions dans l urgence. Plans de sauvetage du système financier.... les perdants Baisse des taux d intérêt et injections de liquidités. Les entreprises ne peuvent plus financer leurs projets. Les investisseurs internationaux se retirent des pays émergents. Plans de relance : 800 milliards de dollars aux Etats-Unis, 26 milliards d euros en France, 50 en Allemagne Plans d aide internationaux (le FMI devrait voir sa capacité d intervention doubler à 500 milliards d euros). Les particuliers réduisent leur consommation. Norm Betts/Bloomberg A. Ashwood/Financial Times-REA Le patrimoine net des ménages américains a plongé de 17 % en, à milliards de dollars selon la Fed. Alan Greenspan, le repenti Fred Goodwin, la météorite «I was wrong.» En octobre dernier, devant une commission parlementaire du Congrès américain, Alan Greenspan a littéralement stupéfié l assistance. Lui, l ex-banquier central le plus adulé de la planète, faire ainsi acte de contrition? A ceuxquil accusentd être à l origine du choc des «subprimes» en raison de sa politique monétaire laxiste à la tête de la FED, il a répondu ceci : «Mon erreur est d avoir pensé que l intérêt propre des banques les conduirait à protéger leurs actionnaires et leur capital dans les entreprises.» Aujourd hui, Greenspan est un des plus fervents partisans de la nationalisation du système bancaire. Le monde ne tourne décidément plus rond. D. FO. Al été, àcinquanteans àpeine,ilestcélébrécommeleplus brillant banquier de sa génération. En moins d une décennie, lord Fred Goodwin a transformé à coups d acquisitions (26 au total!) la banque régionale Royal Bank of Scotland en une franchisedetaillemondiale.sonraidsur ABNAMROà71milliards d euros s annonce comme son grand œuvre. Mais, en quelques mois, RBS s effondre, lestée par un portefeuille d actifs toxiques gigantesque et des pertes de 24 milliards de livres fin. Il est sauvé par la Couronne au prix d une injection de 46 milliards de livres. Débarqué en octobre, Fred Goodwin refuse néanmoins de renoncer à sa retraite : livres par an jusqu à sa mort! F. V. 6. La récession économique s installe. C est la deuxième phase de la crise. Le monde entre en récession (- 3 % prévu en par le FMI dans les pays développés). Le commerce mondial s effondre. Tous les agents économiques, banques, entreprises, ménages sont touchés, accentuant le crédit crunch. Le cercle vicieux est enclenché. Sur lesechos.fr la chronologie complète de la crise idé / Source : «Les Echos» Bulles en blanc : interventions des pouvoirs publics.

5 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI S EST PASSÉ 11 INTERVIEW MICHEL DAVID-WEILL PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SURVEILLANCE D EURAZEO «Cette crise est le résultat d une hallucination collective» En2005, vous affirmiezque«l exigencede rentabilité de 15 % de certains investisseurs est dangereuse». Les faits vous ont donné raison J ai toujours pensé que, de temps en temps, on a une mauvaise décennie. Contrairementàl idéereçueavantlacrise,lestemps n avaient pas changé. On pensait être dans un monde différent, où, grâce à l action des régulateurs et de la réglementation, les crises seraient évitées. Où il fallait se fier à des instruments de mesure plus abstraits, plus informatiques, qui pouvaient à la fois créer des instruments de gestion et même prendre des décisions de gestion. Par instinct, tout cela me paraissait faux. Par instinct, c est-à-dire par les souvenirs accumulés, ceux de mes parents, ceux de mes grands-parents. Les catastrophes occasionnelles m ont toujours paru relativement inéluctables.celadit,jenepeuxpasdireque j avais prévu cette crise! Comment l analysez-vous? Ily adeux chosesqui secombinent. Ily ala crise financière, qui vient de l excès ou des excès du système bancaire. On a cru que, en amalgamant les crédits, on pouvait les rendre meilleurs et que, en regardant le passé, on pouvait prévoir l avenir à long terme. Les gouvernements, les banques centrales font beaucoup pour contrer la crise, je crois qu ils vont réussir. Il est évident que cela prendra un peu de temps, mais on y met tellement d argent que je pensequel effetseferasentir.quand? Probablement au cours de l année N y a-t-il pas une rupture plus structurelle? La crise financière est un aspect de la crise. L autre estbeaucoup plusprofond. La prospérité mondiale ces dernières années a été entraînée par les Etats-Unis. En tant que grand emprunteur, consommateur, inventeur de nouvelles techniques, ce pays a provoqué, dans les régions en voie de développement notamment, une prospérité nouvelle et sans égale. Or cette période est révolue. La réaction des consommateurs américains a été foudroyante. Regardez les ventes de voitures. Cela est sûrement très sain et, je crois, durable. Beaucoup de gens pensent qu on reviendra à la situation antérieure. Mais les effets de la crise, dont l aspect monétaire me semble en voie de résolution, seront longs. Je ne crois pas que je reverrai une période de vraie prospérité de mon vivant. Pourquoi pensez-vous que le retour à la prospérité sera si long? Le choc est immense. La ponction sur les gens riches aété considérable. La baissedes marchés actions a été telle que c est comme si on avait mis un impôt sur le capital de 50 %! Si on calcule le gain entre le point le plus bas delacrisede1929 etle plus haut du derniercycle,onaretracélamoitiédu chemin! Or, un des phénomènes de la période précédente, tout comme dans les années 1920, a été une exagération de la partielaplusrichedelasociété.celaest terminé. Bruno Levy pour «Les Echos» Michel David-Weill «LaFranceest un pays où les crises sont, historiquement, moins fortes et durent plus longtemps.» Mais tant qu on n a pas vendu, on n a pas perdu! C est de moins en moins vrai. Les Américainsontconsidérablementfinanciariséleur épargne. Psychologiquement, la crise est terrible. Voir samaisonvaloirmoins queles différents emprunts contractés dessus, cela change les habitudes de consommation! L espoir de M. Greenspan d un monde tellement globalisé qu il compenserait les déséquilibres entre pays que par exemple l un pourrait épargner beaucoup et l autre moins s est évanoui. L affaire Madoff est-elle symptomatique des dérives d un système? Non, il n y a pas de choc spécifique à mon sens. Cette affaire a été très désagréable évidemment, mais perdre de l argent à cause d un escroc ou de la baisse de la Bourse n est pas très différent. Pour moi, cela tend plutôt à montrer les dangers de la réglementation, qui font croire à un ordre apparent. Je ne crois pas aux réglementations, même si ce n est pas à la mode de dire cela.celarevientàprotégerlagrangeune fois qu elle a brûlé. Il y aura, dans trente, quarante ans, des crises qu on n aura pas prévues, alors qu on se sera garanti contre un événement passé. Laseulegarantiereste l honnêteté puérile. Il semble difficile de se fonder uniquement sur le bon sens des opérateurs. C est impossible. C est pourquoi je ne prêche pas l abandon de la régulation. Mais ilfaut êtreconscient qu ellenepeutaucunementsuffire.ilyauraitsansdoutedeschoses à faire pour que l intéressement des dirigeants dans leur gestion soit plus direct. Qu ils participent eux-mêmes à tel ou tel type d opérations financières par exemple. Chez Lazard, jedemandais souventà telou telassociés ilseraitprêtàpayerdesapoche le crédit qu il demandait pour son client. Lorsque les enjeux deviennent personnels, lesréflexeschangent. Voyez-vous des signes de redressement? Il y a dans les statistiques des signes de rétablissement, mais la crise s étend. La situation en Europe centrale est préoccupante. Il y a de plus un vrai risque politique. Regardez la Grèce ou les Antilles. Ce sont peut-être des signes avantcoureurs. La situation peut dégénérer en véritable crise, car nous ne sommes pas encore en Pour l heure, la crise est plus financière qu industrielle. Mais la réponse des Etats a été très rapide. Ce que l on peut craindre à mon sens est la stagflation : une croissance molle avec unehaussedel inflation. Etes-vous partisan des nationalisations de banques? C est un faux problème. Les Etats, malgré eux, sont en train de prendre le contrôle des banques. Ce n est en soi ni un problème majeur ni une solution. Que pensez-vous du procès fait aux banquiers? Je ne l approuve pas, mais je le comprends. Les banques qui ont fait des bêtises sont au final les plus aidées, et les banquiers qui y ont participé étaient rémunérés de façon exorbitante. C est normal qu il y ait une réaction. Mais les banques ne sont que des intermédiaires, un conduit. Il est vain de voir une conspiration des banquiers. Cette crise est le résultat d une hallucination collective. C est-à-dire? Tout le monde a cru à la possibilité d une prospérité permanente. Les banquiers étaient poussés par leurs actionnaires, à allerdeplusenplusloindanscequ ils faisaient. La responsabilité des actionnaires est considérable, notamment celle des institutionnels, théoriquement très responsables, qui gèrent les retraites, mais qui ont poussé dans la voie du profit maximal. Les Etats n ont pas été plus exemplaires, quand on voit les risques pris avec l encouragement du Congrès par des institutions publiques comme Fannie Mae, pour favoriserlecréditauxménagesles pluspauvres. Mais cette crise ne remet pas en cause le capitalisme, seul système connu qui permetted améliorerle niveaude vie. Accompagné, toutes les deux générations, d excès dont la correction est pénible. Mais, sans être parfait, il fonctionne mieux que tous les autres. Mieux réglementer les «hedge funds» et supprimer les paradis fiscaux, cela va-t-il dans le bon sens? Parfait. Mais cela n a aucun intérêt. Je ne vois pas en quoi ils ont contribué à lacrise, même si on peut être contre à d autres égards. Je pense que la correction va se faire naturellement. Les gens ne font pas les erreurs de leurs parents, mais celles de leurs grands-parents. Une telle crise ne se reproduira pas avant cinquante ou soixante ans. Que faut-il attendre du G20? Pasgrand-chose. Peut-êtreque, politiquement, cela a un intérêt de réglementer le passé. Mais l efficacité économique me paraît faible. La France est-elle mieux protégée que d autres contre la crise? Oui, il me semble. C est une permanence historique, c était déjà le cas en La France est un pays où les crises sont, historiquement, moins fortes et durent plus longtemps. Il n y a pas de raison de penser que cela se passera autrement. C est lié à l importance des dépenses publiques, à la façon dont les Français épargnent, moins engagés dans la modernité. Notre système de retraite en témoigne. PROPOS RECUEILLIS PAR LAURABERNY,ELSACONESA ET FRANÇOIS VIDAL LES RECORDS milliards de dollars : ce sont les pertes enregistrées sur les différentes Bourses dans le monde en octobre. «Lepiremoispourles marchés actions mondiaux de toute l histoire moderne», selonunanalyste de Standard & Poor s, qui publie ce chiffre. 3 % : c est la baisse estimée par l Insee du patrimoine net des Français en. Une première depuis trente ans. La chute de la Bourse et la morosité du marché immobilier ont eu raison d une hausse régulière de 10 % par an entre 2003 et 2006 et de 5,8 % en. 182 milliards de dollars : ce sont lespertesdesentreprises américaines inscrites dans l indice S&P 500 au quatrième trimestre, le pire résultat depuis Sur ce total, 134 milliards sont imputables aux sociétés financières. 3 % : c est la chute du PIB que pourrait atteindre la France en, selon les derniers calculs de l Insee. Le pire score depuis % : c est la hausse des créations d entreprise en France en février. Après une hausse 34,7 % en janvier par rapport à décembre, le nombre de créations d entreprise a de nouveau fortement augmenté en février(+29%pouruntotalde ). Une hausse liée au nouveau statut de l auto-entrepreneur mais aussi à la forte dégradation du marché du travail, avec emplois détruits en France pour le seul quatrième trimestre. 0,6 % : c est le chiffre de la récession mondiale en. Cette prévision de John Lipsky, numéro deux du FMI, est historique. Pour la première fois depuis 1945, l économie mondiale va subir un ralentissement. L économie américaine se contracterait de 2,6 %, celle de la zone euro de 3,2 %. 4,4 millions : c est le nombre d emplois perdus aux Etats-Unis entre fin et fin février. Avec un taux à 8,1 % (au plus haut depuis vingt-six ans), l Amérique renoueaveclechômagedemasse. 50 millions : c est le nombre de voitures qui devraient être vendues dans le monde cette année, après 63 millions en et 69 millions en. Il faut remonter à 1996, avant l explosion des pays émergents, pour trouver un si bas niveau. 1,22 milliard d euros : c est la perte d exploitation que devrait enregistrer Toyota pour son exercice bouclé fin mars. Il s agira de la première perte de son histoire depuis ses débuts dans l automobile en ,2 millions de barils jour : c est la diminution des quotas de production de l Opep annoncée le 17 décembre, la plus forte baisse de production de son histoire. L Agence internationale de l énergie (AIE) prévoit deux années de baisses consécutives de la consommation mondiale de pétrole 2,8 % : c est la chute de la consommation de carburants en France en, après une croissancede1,1%l année précédente, selon l Union française desindustriespétrolières(ufip).du jamais-vu : jusqu à présent, la consommation de carburants évoluait dansunefourchettede+ 1%à 1% augrédelaconjonctureéconomique. 33%:c estlachutedes livraisons d ArcelorMittal, premier sidérurgiste mondial, à ses clients au dernier trimestre, soit 17 millions de tonnes. Fin janvier, la production industrielle française était revenue à son niveau d il y a douze ans : c est la dernière fois que Dow Chemical avait réduit son dividende. Record effacé puisque le groupechimiqueadécidédeleréduire de 64 % cette année.

6 12 CE QUI A CHANGÉ LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL Lemondeavant...etaprès Croissance, production, chômage : en six mois, tous les indicateurs passent au rouge. La prospérité laisse la place à la récession. ETATS-UNIS JAPON CHINE ALLEMAGNE FRANCE Croissance du PIB, variation annuelle selon le FMI, en % 2 1,1 2,6 2,4 0,3 5, ,7 2,5 1,3 2,5 2,2 0,7 * 2,9 acquis 1 er semestre selon l'insee 1,9* Soldes publics et budgétaires, en % du PIB ,9 1,2 3,2 12, ,4 2,4 1,4 3, ,7 1 0,8 1, ,5 0,2 0,1 3, ,4 2,7 3,4 5,6 Dette publique, en % du PIB Production industrielle, variation annuelle en % 1,5 déc. 07 déc. 08 7,8 fév ,2 0,8 déc. 07 déc ,8 fév ,4 17,4 5,7 11 déc. 07 déc. 08 fév. 09 déc. 07 déc. 08 janv. 09 0,1 7,3 22,8 0,3 déc. 07 déc ,2 janv ,8 Taux de chômage, en % de la population active 4,6 5,8 8,1 fév. 09 3,9 4 4,1 janv ,2 4,2 déc. 08 8,4 7,7 7,9 fév. 09 8,8 7,9 DOM compris 8,2 4 T 06 4 T 07 4 T Réserves de change, en milliards de dollars fév. 09 fév. 09 janv. 09 fév. 09 fév. 09 8, ,9 7, ,6 Commerce mondial en variation annuelle, en % 9 Trafic aérien en variation annuelle, en % 5,7

7 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI A CHANGÉ 13 LE PRIX DES MATIERES PREMIERES L indice CRB Reuters Jefferies ROYAUME-UNI ITALIE RUSSIE BRESIL ,7 3,8 1,5 0,6 2,1 8,1 6,2 0,7 5,7 5,8 1,8 100 juin mars ,7 2, ,6 50 8, ,4 3,4 1,6 2,8 3, , ,3 1,9 1, L ALUMINIUM A 3 mois, en dollars par tonne juin mars 09 ET LE CUIVRE juin mars 09 7,7 5,9 6, ,9 déc. 08 janv. 09 déc. 07 déc. 08 janv. 09 5,7 déc. 08 fév. 09 6,3 déc. 08 janv. 09 déc. 07 3,1 déc. 07 déc. 07 5,2 9,3 11,4 6,3 6,5 6,1 11,7 21,9 6,7 5,6 10,3 13,2 8,1 8,1 9,3 14,7 6,8 17,2 8,2 LE PETROLE A NEW YORK WTI, en dollars par baril janv. 09 janv. 09 janv juin mars Trafic maritime, Indice Baltic Dry fév fév. 09 fév. 09 LE BLE 2 e échéance, en cents par boisseau idé juin mars 09 ET LE MAÏS juin mars «Les Echos» / Sources : FMI, OCDE, Banque Mondiale, Banques Centrales, Eurostat, Reuters, Insee, OMC, CIA, IATA et nationales. Chiffres arrondis. Chômage : données CVS pour l Europe. / Photos : Ciel et Espace, Andia, RÉA, Bloomberg, AFP.

8 14 CE QUI A CHANGÉ LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL 1. Combien la crise a-t-elle coûté? Si l on comptabilise l ensemble des dépréciations d actifs et des provisions constatées par tous les établissements financiers dans le monde, la facture de la crise s élève pour l heure, selon les données récapitulées par l agence Bloomberg, à milliards de dollars. L Amérique est évidemment le continent le plus touché avec des pertes de près de 850 milliards de dollars, suivi par l Europeavec361milliards.Lesétablissements lesplusaffectéssontlabanqueaméricaine Wachovia et son repreneur Wells Fargo (plus de 125 milliards au total), Citigroup (88 milliards) et AIG (87 milliards). En Europe, c est le suisse UBS qui a perdu le plus d argent (50 milliards de dollars) et le britannique HSBC (42 milliards). A ces pertes correspondent des levées de capitaux qui, au total, ont atteint plus de milliards de dollars à ce jour. Mais la facture pourrait encore s allonger. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le total des pertes et dépréciations d actifs liées àlacrisepourraitdépasserles2.200milliardsde dollars (1.670 milliards d euros). En cause, les fameuxactifstoxiques, quiplanentcommeune terrible menace sur les comptes de la plupart des établissements. Et notamment les «credit defaultswaps» (CDS), ces produits de couvertureservant auxbanquesàseprotégercontrele risque de défaut de remboursement d une contrepartie, et échangés de gré à gré sur des marchés dérégulés : la banque Lehman Brothersenavaitfaitsonmielavantde sombrer,de mêmequel assureuraig.cemarchéest passé de milliards de dollars fin 2004 à quelque milliards de dollarsaujourd hui, etwarrenbuffetestime quelesrisquesdepertes liésà ce marché avoisineraient les milliards De quoi évidemment inciter les autorités à mettreenplacedes«badbanks»oùcantonner ces bombes à retardement en attendant un hypothétique retour à meilleure fortune L. B. 2. Les plans de relance sont-ils àlahauteur? Face à une crise sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements des pays développésontmisenplacedesplansdesoutienà l activité économique. Les moyens diffèrent selon les pays. En témoignent les 787 milliards de dollars aux Etats-Unis et les quelque 400 milliards d euros dans l Union européenne. Rapporté au produit intérieur brut, le plan américain équivaudrait à 11 %, tandis qu il ne serait que de 3,5 % pour l Europe. D où l agacement de Washington devant le peu de mobilisation européen pour relancer l économie, alors que le PIB des pays développésdevraitplonger de 3 % cette année. Toutefois, l ampleur réelle des plans fait toujours débat. Dans une note publiée par le Fonds monétaire international (FMI) mi-mars, les experts chiffrent à seulement 4,6 % du PIB l effort américain sur la période et à 3,5%pourlespayseuropéensmembresdu G20. Si le chiffre diffère, c est parce que le Fonds ajoute à la hausse des dépenses budgétaires supplémentaires l impact des stabilisateurs automatiques, c est-à-dire les pertes de recettes fiscales liées au ralentissement de l activité. Lacontribution britannique serait de 6%duPIB,celledel Allemagnede3%et celledelafrancede2,5%.selonlefmi,la croissance des dépenses budgétaires reste en deçà des 2 % du PIB qu il recommande. Compte tenu du ralentissement rapide de l activité mondiale, il préconise de maintenir l effort en R. H. 11 Q ES U TI O SN 3. Comment les Etats vont-ils rembourser leur dette? Pour la majorité des Etats, les multiples plans de relance se traduisent par une augmentation de leur endettement. Jusqu à présent, aucun pays n a présenté de scénario d après-crise. Mais les dettes accumulées ces derniers mois devront bel et bien être remboursées. Deux moyens s offrent aux gouvernements.lepremierconsistera,dèsleretour delacroissanceéconomique,àsurveillerdeprès les dépenses de l Etat et d affecter, en priorité, une bonne partie des recettes fiscales au remboursement de la dette. Maîtrise des dépenses couplée à une possible hausse des impôts pourrait constituer le bon cocktail. Le second moyen de rembourser une dette est beaucoup plus dangereux. Il consisterait à rembourseren«monnaiedesinge».enlaissant l inflation progresser, un Etat peut ainsi alléger ses échéances en remboursant avec une monnaie ne cessant de se déprécier en raison de la hausse des prix. Cette stratégie requiert toutefois que l Etat ait dans les mains le levier monétaire de la banque centrale. Or ce n est plus le cas aujourd hui. En outre, cette stratégie de «vol» a un coût : les taux d intérêt payés par l Etat augmenteraientconsidérablement, les investisseursdemandantunsurcroîtderémunération du fait d une inflation croissante. Autant dire que le premier moyen sera privilégié. R. H. 4. Un pays peut-il faire faillite? En théorie, oui, dès lors qu il ne peut plus faire face aux échéances de remboursement de sa dette extérieure. On parle alors de banqueroute. C est arrivé dans lepassé, à larussie en 1998 et à l Argentine en Depuis le début de la crise financière, toutefois, le pire a été évité. De nombreux Etats se sont certes retrouvés au bord du gouffre, pris de court par la fuite des capitaux et la chute de leur monnaie. Un cocktail explosif pour des économies endettées en devises étrangères. Après l incroyable cas d école islandais, plusieurs pays à l est de l Europe se sont retrouvés dans cette situation : la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, les paysbaltes. Dépourvus d un salvateurmatelas de réserves de change qui leur permettrait de traverser l orage, la plupart d entre eux ont eu recours à un autre remède, plus exigeant mais tout aussi efficace : le FMI. Déterminée à ne pas laisser un Etat faire défaut, la communauté internationale a systématiquement porté secours aux Etats montrant les premiers symptômes de l asphyxie. L Islande a bénéficié de 4,6 milliards de dollars au total, l Ukraine de 16,5 milliards de dollars, la Hongrie de 20 milliards d euros, la Lettonie de 7,5 milliards d euros, la Roumanie vient de signer pour un prêt de 20 milliards d euros AuConseileuropéendelami-mars,les Vingt-Sept ont doublé l enveloppe d aide destinée aux pays de l Est, pour la porter à 50 milliards d euros. Difficile eneffetd imaginer que l Union européenne laisse tomber l un de ses propres Etats membres. Un point d interrogation, toutefois : que feront les seize pays de la zone euro si les plus vulnérables d entre eux appelaient à l aide? Etonnamment, les traités interdisent tout secours d un Etat à un autre. De même qu ils interdisent à la BCE d acheter des bons du trésor émis parl un d eux une restriction qui pourrait être levée, selon certains économistes, si l Irlande ou la Grèce venait à perdre pied. C. C. 5. La zone euro peut-elle exploser? C est le grand fantasme des marchés financiers. Le risque d éclatement de la zone euro serait provoqué soit par un défaut de paiement de l un de ses Etats membres l Irlande, par exemple, soit par son incapacité à supporter les «primes de risque» sous forme de taux d intérêt élevés qu ils sont contraints à verser pour financer leur dette. D où la tentation que pourrait avoir un Etat membre ainsi «sanctionné» de sortir de la zone euro et retrouver la liberté de dévaluer sa nouvelle monnaie, regagnant ainsi un avantage compétitif perdu. Selon plusieurs économistes, il s agirait là d un «suicide économique», car une fois en dehors de la zone euro, la punition des marchés serait immédiate et les taux d intérêt 6. Faut-il nationaliser les banques? qu il aurait à payer pour se financer exploseraient. La zone euro a clairement agi comme un bouclier monétaire dans la crise. Et si les traités interdisent àun Etatmembredeporter assistance financière à un autre, et à la BCE d acheterdesobligationsdutrésordesetats membres (article du traité de l Union européenne dite «no bail out clause»), la solidarité est cependant prévue en cas d «événements exceptionnels» (article dutraitédel Union).Lesdéclarations rassurantes du ministre allemand des Finances, Peer Steinbruck, affirmant que «les autres Etats seraient obligés de secourir ceux qui rencontrent des difficultés» ont contribué à rassurer les plus inquiets. C. C. Plusieurs économistes américains et non des moindres, en particulier Paul Krugman et Nouriel Roubini, se sont faits l apôtre ces dernières semaines de la nationalisation. Les banques «existent mais ne peuvent plus octroyer de crédits. Donc l Etat doit intervenir et s il injecte tant d argent dans les banques ildevraitaussienprendre le contrôle»,a affirmé le premier. «Dans six mois, même les banques qui ont l air solvable aujourd hui ne le seront plus( ) Dansce cas, si vous les nationalisez toutes en même temps, vous faites moins de dommages que d en nationaliser deux maintenant en créant beaucoup de confusion, de panique et de nervosité», a surenchéri le second. Pour l instant, toutefois, Ben Bernanke, le patron de la Fed, et l administration Obama ont privilégiéuneautrevoie.etle bonaccueilfaitau plangeithnerassociantles investisseursprivésà la reprisedesactifs toxiquesdesbanquessemble avoir éloigné, du moins pour un temps, ce qui reste outre-atlantique un ultime recours. Malgré tout, plusieurs pays ont dû se résoudre à nationaliser certains fleurons (AIG aux Etats- Unis, RBS et Lloyd s Banking au Royaume- Uni) voire des pans entiers de leur industrie (Islande, Pays-Bas, Belgique) pour éviter les faillites. Mais de là à prôner une nationalisation générale, il y a un fossé que peu semblent vouloirfranchir. L exemple enfranceducrédit lyonnais reste dans les mémoires. L. B.

9 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI A CHANGÉ L assurance est-elle le prochain foyer de pertes? L effondrement d AIG a effectivement fait craindre le pire pour le monde de l assurance. Jusqu ici, l exnuméro un mondial du secteur, porté à bout de bras par les autorités fédérales américaines, en passe d être démantelé, est la seule grande victime de la crise dans l assurance. Et encore, il ne doit sa déchéance qu à la seule dérive de ses activités sur les produits «toxiques» Les turbulences sur les marchés financiers n ont pour autant pas épargné les autres grands acteursaméricains et européens. Leurs comptes ont été saignés à blanc, meurtris par d innombrables et importantes dépréciations d actifs. Certains poids lourds, comme le réassureur Swiss Re ou l anglais Aviva, sont même tombés dans le rouge. Le marché semble prêt 8. Pourquoi l industrie automobile est-elle la plus touchée? Parce qu il s agit d un bien cher que la grande majorité des clients achètent à crédit. Deuxième source de dépenses d un ménage après l immobilier, il n est pas étonnant, dans le contexte actuel du «credit crunch»,que les ventes se soient écroulées de 40 % aux Etats-Unis depuis janvier et de 30 % en Europe. «Lavoitureestunbiendont l achatpeutêtrerepoussédanstouslespays matures», note Patrick Pélata, directeur général délégué de Renault. «Lemarchépeut donc descendre très bas quand les choses vont mal.» Du côté de la production, la chute est tout aussi spectaculaire et obéit au même problème : le tarissement du crédit interdit aux constructeurs de financer leurs investissements. S ajoutent à ces facteurs une situation chronique de surcapacité de production et la maturité des marchés développés. En France, le taux d équipement des ménages est élevé et l âge moyen du parc en circulation est proche 9. La crise immobilière, jusqu à quand? Partie des Etats-Unis, la crise immobilière a fait tache d huile et n épargne plus aucun pays, hormis certaines zones d Amérique latine, tel le Brésil. Dixhuit mois après l explosion de la bulle des «subprimes», les dégâts sont immenses. Aux Etats-Unis, un sixième des propriétaires sont susceptibles d opter pour une saisie de leur logement, sa valeur de revente étant bien inférieure à l emprunt hypothécaire restant dû, selon une étude de Lucy Ellis dans «Bis Quaterly Review». En France, où le marché s est violemment retourné au second semestre, les ventes de logements neufs ont baissé de 38 % l an dernier. Dans l ancien, elles ont reculé de 20 %, et les prix de 10 % surunanauquatrièmetrimestreselonla Fnaim, qui anticipe une nouvelle baisse des prix de 10 % cette année. Depuis le début, une légère inflexion est cependant sensible. Le récent amendement Scellier offrant une réduction d impôt pour l investissement à envoyer à la casse les assureurs : depuis le débutdel année,l indicederéférence,le DJ Stoxx Insurance, a chuté de 23,6 %, soit 8 pointsde plus que l indice bancaire paneuropéen. Quant aux agencesde notation, elles ont commencé à sévir, sanctionnant notamment AXA et Generali. La profession rappelle depuis des moisqu elle n a aucun problème de liquidité, puisque les assureurs encaissent les primes avant d avoir à rembourser les sinistres. Elle se raccroche aussi à l idée que l assurance semble relativement à l abri d un possible «risque systémique». Seule une catastrophe naturelle d une ampleur inouïe comme Katrina, par exemple ou des rachats massifs de contrats d assurance-vie pourraient vraiment l ébranler. L. T. de huit ans. Autre facteur aggravant, la crise est venue envenimer une situation où l image même de la voiture était de plus en plus écornéedanscertainspays:accusationsde pollution, multiplication des radars, instauration du permis à points, les contraintes l emportent sur l aspect plaisir. Du coup, les arbitrages des particuliers tendent à changer. Il faudra plus que des mesures de primes à la casse, si intéressantes soient-elles, pour sortir le secteur de l ornière. «L évolution de l épargne des particuliers est un parfait reflet d une attitude de prudence accrue», souligne Thierry Dombreval, vice-président de Toyota Europe. Selon lui, l automobile devrait rester en crise pour un bon moment. «Une remontée progressive du marché européen au niveau de ne peut pas se faire en six mois. Il faudra probablement trois ans», estime-t-il. D. F. locatif semble en effet réveiller l immobilier neuf. Mais, comme pour les mises en chantier américaines, qui se sont redressées en février pour la première fois depuis sept mois, l embellie reste à confirmer. D autant que, sur le front des investissements mondiaux en immobilier d entreprise (bureaux, centres commerciaux, etc.), la situation reste sombre. Ils sont passés de 747 milliards d euros en à 288 milliards en, soit 61 % en douze mois, selon le conseil en immobilier Cushman & Wakefield, qui prévoit une nouvelle baisse de 5 % cette année. Et les investisseurs craignent maintenant la baisse généralisée des loyers de bureaux, sous la pression des entreprises locataires. Déjà,les loyers commencentà refluer à Londres et le même mouvement est attendu en France, où l immobilier d entreprise a chuté de 54 % l an dernier, à 13 milliards d euros. M. C. SU R LA C R I S E 10. Jusqu où l envolée du chômage en France? Depuis l automne, les corrections successives des prévisions de chômage pour n ont cessé de noircir le tableau. Derniers épisodes en date : le 11 mars, l assurance-chômage relevait à au moins son estimation du nombre de demandeurs d emploi supplémentaires en. L Insee table sur près de chômeursdeplusd icià juin. Mais ces chiffres paraissent très «optimistes». Car l envolée est déjà là. En janvier, Pôle emploi a enregistré chômeurs de catégorie A (tenus de faire des actes positifs de recherche d emploi et n ayant pas du tout travaillé ce mois-ci) de plus, soit un total de chômeurs. En février, ce nombre a encore progressé de L addition de ce début d année représente déjà les deux tiers de la hausse anticipée parl Insee au premier semestre Or les annonces de plans sociaux des derniers mois commencent seulement à se traduire dans les statistiques. Le gouvernement redoute en particulier la rentrée de septembre, avec l arrivéedequelque jeunes sur le marché du travail. Officieusement, l hypothèse de à chômeurs de plus cette année est sérieusement envisagée. Une chose est sûre : le seuil symbolique des 3 millions de chômeurs a de bonnes chances d être franchi. L. DE C. 11. Résistonsnous mieux que les autres? «Notre pays est lui aussi durement touché par les effets de la récession ; cependant, je le dis solennellement, il résiste mieux que d autres.» En introduisant le débat parlementaire sur le collectif budgétaire mercredi 18 mars à l Assembléenationale,laministredel Economie, Christine Lagarde, a répété ce qui est la position du gouvernement depuis le pic de la crise. Le gouvernement s appuyait alors sur la publication du chiffre de croissance au troisième trimestre, positif en France (+ 0,1 %), quand tous les grands partenaires affichaient un recul de leur activité. Cette position n est pas sans fondement. Dans une étude publiée à l occasion de l actualisation de ses prévisions («Les Echos» du 20 mars), l Insee juge que la France, «moins directement frappée par la crise financière et moins sensible au repli du commerce mondial, pâtirait d une contraction un peu moins marquée de son activité». L impact de la crise ne serait ainsi «que» de 4,3 points de croissance cette année, quand il atteindrait 5,5 points en Allemagne et aux Etats-Unis, 5,8 points au Royaume-Uni et jusqu à 7 points au Japon. Inconvénient : la meilleure résistance de la France risque de n être qu un pis-aller, les avantages cités aujourd huin étantsouvent que des lourdeurs associées au modèle français etcritiquées hier : poids élevé de la sphère publique et des prestations sociales, «rigidités» du marché du travail, compétitivité dégradée sur les marchés à l exportation, secteurs financier et immobilier moins concurrentiels. V. L. B.

10 16 CE QUI A CHANGÉ LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL La finance après le choc La violence de la tempête financière se lit dans l effondrement de la valeur boursière des grands groupes bancaires. 30 JUIN 20 MARS En milliards de dollars CITIGROUP 255,1 BANK OF AMERICA 216,9 ICBC 211,3 14,3 39,6 174,4 AIG 180,7 RBS 120,5 UBS 116,3 SANTANDER 115,9 16,9 13,7 33,2 57,6 BNP PARIBAS GOLDMAN SACHS AXA 107,6 100,4 89,0 SOCIÉTÉ GÉNÉRALE 80,0 Source : Bloomberg 39,2 49,1 26,6 23,1 Capitalisation boursière du 30 juin Dépréciation d actifs et pertes* Capitaux levés* Capitalisation boursière au 20 mars Citigroup Etats-Unis 255,1 88,3 109,3 14,3 Bank of America Etats-Unis 216,9 42,7 78,5 39,6 ICBC Chine 211,3 1, ,4 AIG Etats-Unis 180,7 87,3 65,6 16,9 RBS Royaume-Uni 120,5 20,8 48,8 13,7 UBS Suisse 116,3 50, ,2 Santander Espagne 115,9 4,9 19,4 57,6 BNP Paribas France 107,6 7,6 3,5 39,2 Goldman Sachs Etats-Unis 100,4 7,1 20,5 49,1 Axa France 89,0 1,9 2,0 26,6 Société Générale France 80,0 9,0 11,2 23,1 * Au 23 mars ÉVOLUTION DES PLACES BOURSIÈRES Variation du 30 juin au 26 mars, en % Hausse Baisse S&P ,60 DJ NASDAQ INDUS. COMP. -40,90-39,04 Mexico MXSE IPC -34,06 IGPA -19,88 S&P/TSX -35,31 Toronto New York Santiago BEL 20-61,56 FTSE100-40,60 AEX -58,99 Amsterdam OSLO AS DAX 30-51,94-46,81 WIG -61,58 RTS -60,34 EURO STOX -51,96 Oslo Moscou Londres SMI NIKKEI 225 Varsovie Bruxelles Francfort Zurich -46,07-52,39 CAC 40 Paris Madrid Istanbul ISE NAT. SHENZEN B -52,24-46,04-48,30 IBEX 35 Milan Tokyo TWN Tel Aviv -45,77 MIB 30 Taipei -39,36-58,80 TA 100 Shenzen +9,54-38,55 Hong Kong Bombay GS Caracas SENSEX -31,72 Singapour STI Jakarta -43,08 JSX -33,62 São Paulo BOVESPA Johannesbourg -23,15 FTSE/JSE Sydney ASX ,93-43,17 HANG SENG -35,20 CAPITALISATION DES PRINCIPALES PLACES FINANCIÈRES En milliards de dollars 30 juin NYSE Nasdaq Euronext London Stock Exchange Deutsche Börse Hong Kong Stock Exchange Tokyo Stock Exchange Shanghai Total* février Variation -47,60 % -51,03 % -60,51 % -60,22 % -58,18 % -40,98 % -45,25 % -3,60 % -50,02 % * Pour l ensemble des places boursières mondiales Idé /Source : World federation of exchanges

11 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI A CHANGÉ 17 Au moment de la destruction de Pompei en 79, le prix du pain s emballait. Mais, ensuite, la déflation et la misère ont détruit l Empire romain. Vista Photo/Compoint Après le krach de 1929, les manifestations se sont multipliées aux Etats-Unis, comme ici pour réclamer la hausse des allocations chômage. Roger-Viollet Commedanslesannées1930,lesfermeturesd usinesprovoquentaujourd hui la colère (ici les ouvriers de Continental). Les banquiers sont dénoncés. Benoît Tessier/Reuters Paslescénariode1929,mais Le choc actuel n a-t-il vraiment aucun précédent? A l inverse de ce qui s est passé en 1993 ou 1974, il est d abord financier. Pour comparer, il faut se référer à la Corée de 1997, l Amérique de 1929, voire à la fin de l Empire romain. ous sommes devenus des explorateurs de terres inconnues. Voilà ce que disent immédiatement les in- Ndustriels, les politiques, les financiers et les experts dès qu on les interroge sur ce que nous vivons aujourd hui. Un choc sansprécédent,à la fois dans sa brutalité, son ampleur et son étendue. Ce sentiment d inconnu engendre une anxiété elle aussi sans précédent. Il est donc urgent de voir à quoi ressemble cette crise qui n a pas encore de nom. Passons sur l éclatement de la bulle Internet en Bien sûr, les actions high-tech avaient perdu les quatre cinquièmes de leur valeur, comme aujourd hui cellesdesbanques. Mais, fin 2001, les Américains en étaient encore à se demander si leur économie était entrée en récessionalorsqu elle enétait déjà sortie. Et, en France, la croissance avait seulement faibli. Allons donc à la dernière récession française, en Comme aujourd hui, les Français avaient beaucoup emprunté les années précédentes. Une bulle immobilière avait explosé au début des années 1990, grevant les comptes des banquiers et des assureurs. Et, en 1993, les immatriculations de voitures ont dévissé de 18 % «On n a jamais vu ça», s effaraientalors lesconstructeurs.mais, malgré ces malheurs, malgré aussi des taux d intérêt élevésimportés d Allemagne, lesmises en chantier de logements avaient diminué de 27 % sur quatre ans, alors qu elles auront perdu autant cette fois-ci en deux ans. La production n avait baissé «que» de 1 %, alors que le recul risque de dépasser 3 % en. A l époque, si l Europe était malade, le monde était en pleine reprise. LE COMMERCE MONDIAL Exportations de marchandises, accroissement annuel en %, en volume : - 37 % 1975 : - 7 % : % idé / Source : Douglas Irwin, OMC Depuis les années 1930, jamais les échanges ne s étaient ainsi effondrés. LA CROISSANCE EN FRANCE PIB, accroissement annuel, en volume, en % 52 % (1946) : - 1 % 1993 : 10-1 % : % Cumul Cumul 1932 : % 1944 : % idé / Source : CGPC d après Lévy-Leboyer et Insee La chute de la production française en estlaplusviolentedepuis1944. LE CHOMAGE EN FRANCE Demandeurs d emploi, en millions (chiffres à fin septembre) 3,0 2,5 2,0 1,5 1,0 0,5 Années 1931 à 1936 : doublement du chômage Années 1970 à 1980 : multiplication par quatre 2,385 en février idé / Source : Euler-Sfac et ministère du Travail La grande montée du chômage ne s est pas produite en temps de crise aiguë. LA PRODUCTION AMERICAINE Production industrielle, accroissement depuis un an, en % 16 Début de la récession 12 Moyennes des récessions 8 observées 4 de 1887 à Cycle actuel débutant en décembre Mois idé / Source : Deutsche Bank Global markets research La récession aux Etats-Unis n a pas encore l ampleur des grands reculs du XX e siècle. L AUTOMOBILE EN FRANCE immatriculations, en millions 2,0 1,5 1,0 0, à 1935 : baisse de à , soit - 64 % 1993 : - 18 % idé / Source : Euler-Sfac, Insee, CCFA En période de crise, l appétit pour la voiture peut chuter brutalement. L INFLATION EN FRANCE Prix à la consommation, accroissement annuel en % Cumul 1931 à 1935 : - 26 % idé / Source : CGPL d après Lévy-Leboyer et Insee La déflation, typique des années 1930, n est pas là cette fois-ci. Ou pas encore? 1975 : un choc économique Il faut donc remonter plus loin dans le temps, au «choc pétrolier» de 1974, pour retrouver une crise qui frappe en même temps tous les pays industrialisés. Mais, si le quadruplement brutal du prix de l or noir avait créé un choc terrible après trois décennies de croissance échevelée, l activité mondiale n avait jamais ralenti à moins de 2 %, alors qu elle va diminuer cetteannée,pourlapremièrefoisdepuisla Seconde Guerre mondiale. En France, le repli avait été limité à 1 % en Et les pays pétroliers ont dépensé leur argent. Si le commerce mondial a reflué de 7 % en 1975,ilarebondide11 %l annéesuivante. La crise était économique, pas bancaire. Voilà pourquoi «nous n avions jamais vu ça» : personne n a le souvenir d un séisme financier. Du moins dans les grands pays développés. Car nombreux sont ceux qui ont essuyé une vraie crise financière, les Argentins en 2001, les Coréens en 1997, les Japonais en 1992, les Suédois en 1991 Deux économistes américains, Carmen Reinhart (université du Maryland) et KennethRogoff(Harvard) ontfaitlamoyenne de quinze de ces crises financières («The aftermath of financial crises», NBER, janvier ). Ils trouvent des ordres de grandeur qui commencent à rappeler ce qui se passe aujourd hui. Baisse des prix de l immobilier d un tiers, du cours des actions de plus de moitié. Montée du chômage de 7pointsencinqans enfrance,celanous emmènerait vers un taux à 14 %. Chute de la production de 9 %. Ces cataclysmes ont fait exploser en moyenne la dette publique de 86 %. Bruxelles n a pas fini de s étrangler sur les déficits publics! Des signes de déflation La comparaison ne peut cependant pas aller jusqu au bout. Car ces épisodes étaient nationaux ou régionaux, pas mondiaux. Les victimes ont pu redémarrer en accroissant leurs exportations vers le reste dumonde, commel ontfaitlespays d Asie à la fin des années Non, décidément, seulelacrisedesannées1930peut servirde référence. Après tout, la seule année où la Bourse de Wall Street avait reculé de plus de 40 %, avant, c était 1931! La crise est alors mondiale (le krach à New York est déclenché par le rapatriement de capitaux européens àla suitede la faillite d une caisse d épargne autrichienne). Elle commence dans la finance, se traduit par une chute de la production qui s amorce avant la tourmente financière, entraîne une dégringolade des échanges internationaux. Née d une orgie de dettes, elle provoque un affaissement du crédit, des faillites bancaires et des suicides. Et elle se produit dans un profond désarroi intellectuel, comme le montre le journaliste François Lenglet dans son livre «La crise des années 30 est devant nous» (Perrin, ). Mais, par chance, si nous n avons pas vu les années1930, nous enavons lamémoire. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, a passé plus d une décennie à les décortiquer. Du coup, il a ouvertengrandlerobinetmonétaire,alors que ses prédécesseurs l avaient refermé à partir de Il a organisé le sauvetage des grandes banques, à l exception de LehmanBrothers. Legouvernementaméricain accroît massivement la dépense publique, ce qu il avait tardé à faire jadis. Et, malgré quelques coups de canif, les pays résistent aujourd hui à la tentation protectionniste. Sans compter d autres différences, comme les amortisseurs que constituent la protection sociale et la dépense publique son poids dans la richesse nationale a plus que doublé en trois quarts de siècle. En réalité, si les sombres années d avant-guerre ont des points communs avec la fin des années 2000, il est encore trop tôt pour dire si la référence est bonne. Les milliers de milliards d euros injectés par les Etats vont-ils éviter la déprime des achats? Le sauvetage des banques est-il efficace? Continuerons-nous de résister à la tentation protectionniste? Surtout, allons-nouséviterla propagationdelabaisse des prix? Cette déflation, caractéristique des années 1930, avait asphyxié les consommateurs et les entreprises, car elle avait diminué les rentrées d argent desuns et des autres sans faire baisser leurs dettes, qui ont donc aspiré une part croissante des revenus. Or des signes de déflation sont présents aujourd hui. Mais, si le déroulé n est pas identique, la cause profonde est sans doute la même. Sous une crise d une telle violence, il y a toujours des forces telluriques en jeu, un glissement des plaques économiques du monde. En 1929, une double révolution était en cours. Révolution économique et monétaire,avec unleadership mondialqui traversait l Atlantique pour aller de l Europe vers les Etats-Unis. Révolution industrielle, avecl essord uneproductionde masse d une formidable efficacité. Aujourd hui aussi, une double révolution secoue le monde. Le leadership mondial traverse cette fois le Pacifique. Et la production bascule dans l ère numérique, avec un double défi le passage de la masse à la production sur mesure, du matériel à l immatériel. Au boutdecettequête,ledoute se glisse soudain. Et s il fallait aller chercher un parallèle beaucoup plus loin dans le passé? C était la suggestion d un livre publié il y a plus d une décennie, «Le Retour de la Très Grande Dépression» (Economica, 1997). Pour leurs auteurs, le consultant Maurice Décaillot et le journaliste Jean-Louis Gombeaud, nous vivons aujourd hui l apocalypse de la concurrence. Comme sous l Empire romain, comme au XIV e siècle, la rivalité entre producteurs s est développée à un rythme effréné. Dans les années 100 comme dans les années 1300, l essor du grand commerce fait s effondrer les prix. La misère emporte alors le monde dans un chaos qui dure de longues décennies. Bien sûr, la thèse paraîtextravagante.mais,pourcomprendre la crise actuelle, nous devrons changer notre façon de voir le monde, comme le firent nos aïeux dans les années JEAN-MARC VITTORI

12 18 CE QUI A CHANGÉ LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL INTERVIEW ROBERT CASTEL DIRECTEUR D ÉTUDES À L ECOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES «Onnepourraplusdirequeles régulationssocialessontringardes» Quelles seront, selon vous, les conséquences de la crise sur le champ social? Après y avoir pas mal réfléchi, j ai appelé mon dernier livre «La Montée des incertitudes». Parce que nous avons perdu la capacité de maîtriser l avenir, contrairement à la longue période de l après-guerre où nous pouvions dire que demain serait meilleur qu aujourd hui. Après la crise, on ne pourra plus dire que les régulations et la protection sociale sont ringardes. Certains pensent qu il suffirait de réguler le capital financier, de contrôler qu il n y ait plus d escrocs ou de gens qui font des fortunes scandaleuses pour résoudre cette crise. Mais le capitalisme financier international n est que la pointe avancée du capitalisme post-industriel, que j appelle ainsi pour le différencier de celui de l après-guerre où il a existé une véritable culture du social. C est cette dernière qui est menacée par les évolutions des trente dernières années. Et c est pour cela qu il faut penser cette crise de manière systémique. Croyez-vous que la tendance puisse maintenant s inverser? La crise actuelle s inscrit dans une dynamique qui a commencé au milieu des années Jusqu alors, nous avions connu ce que j ai nommé une construction continue de la propriété sociale. En devenant propriétaire d un certain nombre de droits sociaux, comme les indemnitéschômageouledroitàla retraite, le monde du travail s était progressivementextirpédelamisèrematérielle et de l indignité sociale. On était passéducontratdelouagedesdébuts de l industrialisation, autrement dit la loi du plus fort, au statut d emploi salarié. Ce qui permettait au travailleur de se projeter dans la durée (prédominance du CDI), de toucher un salaire décent, protégé par le droit du travail et assorti de protections sociales. Avec la crise pétrolière s est amorcé un changement de régime du capitalisme. Au nom du libre déploiement du marché, priorité a été donnée au productivisme et à la course à la compétitivité. Les propriétés sociales étaient désormais présentées comme une sorte de résidu archaïque des Trente Glorieuses, que ne pouvait plus garantir un Etat lui-même trop coûteux. De ce point de vue, si on ne peut pas dire que la crise actuelle soit un épisode heureux, elle sert de révélateur. On découvre qu un marché qui n est pas «domestiqué», pour reprendre le terme de Karl Polanyi, s emballe et s abandonne à sa démesure.ce n est pas du dedans qu il peut se réformer, il faut lui imposer du dehors des instances nationales et transnationales de régulation. Vous insistez sur la montée de la précarisation dans le nouveau capitalisme, mais n est-elle pas devenue indispensable pour amortir les chocs? Bruno Levy pour «Les Echos» «L accès au statut de l emploi, conçu comme avant, avec les protections et les droits sociaux qui y sont attachés, s avère de plus en plus difficile.» La précarisation du travail s inscrit dans la dynamique du nouveau capitalisme. Non seulement ce dernier n est pas capable de créer du plein-emploi, mais il n en n a pas besoin sous la forme statutaire que j évoquais plus haut. Son nouveau mot d ordre, c est la pleine activité. Le discours dominant aujourd hui est de dire que tout le monde doit travailler. Mais ce qu on ne dit pas forcément, sous des formes moins protégées, moins bien rémunérées. L accès au statut de l emploi, conçu comme avant, avec les protections et les droits sociaux qui y sont attachés, s avèrede plus enplusdifficile. Le travailleur moderne dans beaucoup de cas se doit d être mobile. Je partage l opinion d Alain Supiot qui plaide pour un statut du travailleur mobile. Il faudrait qu il puisse garder, même «flexible», des droits forts, ce que Supiot appelle des droits de tirage sociaux. Ce pourrait être le compromis social du nouveau capitalisme entre les intérêts légitimes mais souvent antagonistes du marché et des entreprises, d une part, et ceux du monde du travail, d autre part. Bien évidemment, c est plus facile à dire qu à faire. Robert Castel Réforme de l assurance-chômage, efforts de formation, développement du chômage partiel comme alternative au licenciement Pensez-vous que le nouveau compromis social que vous évoquez commence à se dessiner? Je pense que toute mesure de ce type est bonne à prendre. Mais ces mesures ne sont pas à l échelle du problème. Elles n empêchent pas la montée de la précarité, et certaines, comme le RSA, sont ambiguës et pourraient même y contribuer. On peut craindre qu une institutionnalisation des formes de sous-emploi installe de plus en plus le précariat dans nos sociétés. Il y a donc aussi un risque que le remède soit pire quelemal. Aujourd hui, la ligne de conduite du gouvernement est de confier systématiquement aux partenaires sociaux le soin de négocier les réformes sociales. Qu en pensez-vous? Historiquement, c est par l inscription dans des collectifs que le travailleur est sorti de sa situation de subordination totale à l employeur, telle que la décrivait Marx à la fin du XIX e siècle. C est par l action collective que l on est passé, avec le droit du travail, les conventions collectives et la protection sociale, à un nouveau rapport salarial à travers lequel le salaire cessait d être la rétribution ponctuelle d une tâche et donnait accès à un certain nombre de prestations hors travail. La puissance des syndicats a pu ainsi, pendant un «Nousavons perdu la capacité de maîtriser l avenir, contrairement à la longue période de l après-guerre où nous pouvions dire que demain serait meilleur qu aujourd hui.» certain temps, rééquilibrer les intérêts antagonistes du marché. Mais la nouvelle dynamique du capitalisme a conduit à une décollectivisation et une réindividualisation des rapports de travail. Des syndicats affaiblis ont perdu leur rôle de contre-pouvoir. La négociation sociale peut permettre de fonder une politique sociale plus juste, mais à la condition que soit rétabli un équilibre dans le rapport de forces entre les partenaires sociaux. Or, c est un fait, le chômage de masse et la précarisation de l emploi ne jouent pas en faveur des salariés. Si la négociation entre les partenaires sociaux n aboutit pas à un minimum d équilibre et de justice sociale, il appartient à l Etat, qui représente en quelque sorte le collectif des collectifs et est le garant de la cohésion sociale, de prendre le relais. La voie d une plus grande cohésion sociale passe-t-elle par une meilleure répartition des bénéfices au profit des salariés? La participation des salariés au bénéfice de l entreprise est un vieux discours gaulliste qui estresté un discours. Si on laisse la dynamique du système faire, pourquoi partagerait-il? On en revient à la question des régulations. Mais, de toute façon, je ne sais pas si c est utile de spéculer sur quelque chose qui n est qu une éventualité jusqu à présent. Le salariat reste la forme dominante et quasi hégémonique de l organisation du travail sous le capitalisme. Cela ne veut pas dire que d autres questions ne soient pas intéressantes, mais, pour l instant, le destin social de l immense majorité des travailleurs se joue par rapport au statut du salariat. PROPOS RECUEILLIS PAR LEÏLA DE COMARMOND ET HENRI GIBIER CRISE: QUI VA PAYER? VENDREDI 3 AVRIL LE NOUVEAU MAGAZINE EN VENTE AVEC LES ECHOS

13 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI POURRAIT CHANGER 19 Des modèles d entreprises à réinventer Les banques et les entreprises s adaptent à marche forcée. Segmentation accrue des marchés, carte du «low-cost», relocalisations des entreprises, quelquesoitlesecteur,lesalutpasseparunerévisiondesmodèleséconomiques. a photo est saisissante. En dixhuit mois, la crise a mis la finance sens dessus dessous et plongé le reste de l économie Ldans une profonde récession. S il est difficile de savoir aujourd hui ce qui sortira de ce chaos, une chose est sûre, la donne a changé et de manière radicale. La violence du choc a d ores et déjà contraint industriels et financiers à repenser tout ou partie de leur modèle économique. Elle les contraint aussi à s adapter au plus vite à un environnement dans lequel les relations aveclesautresacteurséconomiques, clients, investisseurs et aussi Etat, sont complètement bouleversées. Inventaire des dogmes qui ont été balayés et des nouvelles tendances qui émergent. Alareconquêteducash et des clients Pénurie de cash et disparition de bataillons de clients sont les deux manifestations les plus concrètes delacriseen cours. Cedouble phénomène a fait bondir les besoins de trésorerie. D autant qu il est intervenu au moment où nombre de grands groupes affichaient des ratios d endettement élevés. D où le défilé ininterrompu d entreprises de tous secteurs venues lever de l argent sur les marchés depuis le début de l année. Après avoir été considéré comme une «commodity», le cash est redevenu, sans doute pour longtemps, un bien précieux. Pour autant, même avec une forte prime, lalevéen est pasassurée. Aussi, pour assurer leurfinancement,lessecteurslesplusaffectés par la crise, comme l automobile ou la banque, doivent se tourner vers les Etats. Dans ce contexte, on comprend que les relations avec les actionnaires et plus largement avec les investisseurs aient radicalement changé. En matière boursière, c est sansdoutelafindudogmedel investisseurroi, auquel il fallait assurer coûte que coûte 15 %deretoursurinvestissement. Preuveen est, des stars de la cote comme General Electric ont renoncé au rachat d actions et réduit leur dividende. Une première dans l histoire du conglomérat industriel. Autre denrée rare, le client est courtisé et exigeant, ce qui accroît la tendance à la segmentation des marchés. L identité et la marque jouent à plein, mais seulement si la promesse est respectée. Apple s en sort plutôtbienparcequelapromessed innovation est au rendez-vous. Danone souffre moins car son repositionnement est clair : les produits laitiers, l eau et la nourriture pour bébés.lasegmentationpeutêtreencoreplus fine. Meilleur exemple, le yaourt. Le marché chute globalement, mais le bio explose. Les marquespuissantesrassurent,surtoutsurdes marchés solides comme les cosmétiques Attila Balazs/Epa Lego choisit de rapatrier sa production afin de mieux maîtriser la logistique. Premiers virages L accès au cash est devenu plus difficile. Son coût pour les entreprises a fortement augmenté. Les émissions obligataires de grands groupes se font avec des primes de plusde400pointsdebase(4pointsde pourcentage) sur les taux sans risque. Dividendes et rachats d actions ont été drastiquement réduits. D un point de vue commercial, la segmentation des marchés s est accrue. L identité et la marque jouent à plein. L Etat joue désormais un rôle central en matière de régulation, de localisation des sites de production et de rémunération. Banquiers et industriels réfléchissent à la nécessaire adaptation, voire à la révision de leur modèle économique. (L Oréal, Nivea). A l autre bout, le salut est dans le «low-cost». D où le succès des Aldi et autres Lidl dans la distribution. Vivreavecleretourdel Etat Le retour de l Etat au centre du jeu économique est l une des conséquences les plus visibles de la crise. A la fois prêteur et garant de la cohésion sociale, il est en mesure de dicter ses conditions, du moins le tente-t-il face à la colère des opinions publiques. En matière de régulation financière, il ne s enprivepas.pourcorrigerlesexcèsetles dérives des années 2004-, les pouvoirs publics sont déterminés à mettre en placeun corpus de règles plus contraignant et à donner aux autorités compétentes des pouvoirs élargis. La lutte engagée contre les paradis fiscaux s inscrit dans ce projet. Mais aucun pand activité etaucunopérateurnedevraity échapper : agences de notation, banques, «hedge funds», produits dérivés, comptabilité Plusieurs initiatives ont déjà été prises. Le Royaume-Uni, notamment, a enterré la sacro-sainte «light touch». Maisc est leg20 de Londres qui devrait dessiner les grandes évolutions futures dans ce domaine. Cette pression des Etats se traduit égalementparlesoucideprivilégierlesol national. Aux Etats-Unis, Barack Obama joue de l argument fiscal. En France, Nicolas Sarkozy menace. Résultat, dans l automobile par exemple, les fermetures d usines françaises ne sont plus à l ordre du jour. Mieux, certaines productions, comme la Clio, sont relocalisées. Mais l exemple le plus frappant de l influence retrouvée de l Etat concerne les rémunérations. Ouvert avec la question des bonus des traders et de la moralisation de la finance, le débat s est rapidement élargi. Il porte désormais sur la rémunération des dirigeants. Dans un climat des plus tendus. Les annonces successives du versement de bonusàdestradersd AIG,del attributionde stock-options aux dirigeants de la Société Générale ou du parachute doré accordé au patron démissionnaire de Valeo ont créé beaucoup d émoi. Pour le moment, la pratique est peu ou prou de supprimer toute rétribution autre que le salaire fixe dans les seules entreprises aidées. Reste à savoir si, souslapressionde l opinion,lesetatsnevont pas aller plus loin. Des banquiers en quête de modèle Le mouvement a déjà commencé. Toute l industrie des fonds d investissement, qui avait prospéré sur la bulle du crédit, doit se restructurer. C est vrai du monde du LBO, qui doitapprendreà vivreavecunedetteplus rare et une économie au ralenti. C est vrai surtout des «hedge funds», dont près d un tiers des effectifs ont déjà disparu dans la tempête. Pour cette toute jeune industrie, le salut passe sans doute par l émergence de firmes plus diversifiées gérant une base d actifs plus large avec moins de «leverage». Le modèle existe déjà, il s agit notamment de maisons comme Citadel ou Blackstone, par exemple. Dans la banque, c est toute l activité de banquedemarchéquiestàrepenser.redoutablesmachinesàprofitspendantlabulle, ces métierssontdevenusdespuitssansfondpour bien des établissements avec la dislocation desmarchés.refontedesmodèlesmathématiques, abandon de certains produits mal maîtrisés, relance de la titrisation, mise sous l éteignoir delagestion pour comptepropre, les chantiers sont nombreux et en cours. Des industriels qui s interrogent Dans l industrie aussi, les modèles économiques sont revus de fond en comble. Mais sous le signe des économies, de la réduction desfraisfixes.parfoiscelaconduitàaccélérer ladélocalisation (les prix baissent en Indeou en Chine), mais souventceseral inverse. On ne relocalise pas pour des raisons politiques mais de marché ou de coût. Lego ou Nokia rapatrient leur production pour mieux maîtriser la logistique. Dans la high-tech américaine, on évoque désormais ouvertement les risques de change, les problèmes de personnel, de propriété intellectuelle, voire d instabilitépolitiquepour justifierun rapatriement chez soi et parfois en interne d activités. L heure est à la sélectivité, plus auxmodes et au prêt-à-penser. Enfin, la crise crée aussi des opportunités pour tousceuxquien ontlesmoyens. C estle moment de mettre la main sur des actifs pas chers pour accroître ses parts de marché, éliminer un concurrent ou acheter de la diversification ou de l innovation. Certains sont d ailleurs déjà passés à l action. C est le cas deslaboratoirespharmaceutiquesaméricains, comme Pfizer, ou de l informaticien IBM, qui se propose d avaler l un de ses concurrents. Reste quelques inconnues. La première concerneles préoccupations environnementales. Vont-elles conduire les entreprises à accélérerleureffortfaceàun changementde comportement des consommateurs ou la baisse des matières premières et les difficultés économiques vont-elles remettre à plus tard ces belles résolutions? Obama se veut volontaire. En aura-t-il les moyens? L attitude vis-à-vis des employés changera-t-elle enprofondeur?lesrelationsaveclesactionnaires seront-ellesdifférentes? Et enfin, que sepassera-t-il silasituations aggraveau-delà de 2010 avec de gros risques géopolitiques? PHILIPPE ESCANDE ET FRANÇOIS VIDAL Le consommateur impose une nouvelle donne Avec la crise, les habitudes d achat ont changé dans l Hexagone, sonnant le glas de l hyperconsommation de ces dernières années. l Les Français ont tendance à se restreindre sur les produits du quotidien. Ils ont rendu l an dernier 2 visites en moins dansles hyper et supermarchés, retirant au final 23 produits de grande consommation de leurs paniers, selon TNS Worlpanel. l La recherche de prix bas est plus que jamais d actualité. Le hard-discount poursuit son ascension, avec 14,3 % de part de marché, selon TNS Worldpanel. Quant auxmarquesdedistributeurs,ellespoursuivent sur leur lancée et atteignent 29 % du marchéendansleshyperetsupermarchés, contre 26,5 % en l Les enseignes spécialisées dans le déstockage, notamment de produits comme les conserves ayant dépassé leur date limite d utilisation optimale mais ne présentant pas en principe de danger, profitent de la crise et de l engouement médiatique qu elles ont suscité. Résultat : sur les forums fleurissent les demandes entre Internautesdebonnesadressesprèsdechezeux. l Dans l automobile, l effet prix joue à plein,sous l impulsiondelaprime àlacasse et du bonus écologique. Le segment des voitures économiques et inférieures a ainsi atteint, en, 50,5 % du marché, contre 44,7 % seulement un an avant, selon le Comité des constructeurs français automobiles. Tips/Photononstop Année record pour le jeu vidéo. l En parallèle, la polarisation sur l entrée degammed uncôtéetlepremiumde l autresembles accentuer.entéléphonie, lephénomèneapermisàorangedevendre exemplaires de l Iphone d Apple entre novembre et mars. l Du côté du tourisme, de nouvelles habitudes s installent, avec une recrudescence des réservations de dernière minute moins pour trouver le meilleur prix possible que sous l effet d un certain attentisme, un raccourcissement des temps de séjour prévus et la recherche de destinationsétrangèresplusproches. l Dans ce monde de consommation plus circonspecte, il reste cependant de la place pour le divertissement. La fréquentation des salles de cinéma a progressé de 6,2 % dans l Hexagone. Quant à l univers du jeu vidéo, il a connu une année record selon GFK, avec une croissance de 19 % en. l Et le consommateur continue à accompagner la naissance de nouveaux segments nés de l évolution de ses modes de vie, comme celui des «netbooks». l Enmatièred argent,unebonnepartiedu public cherche la sécurité.entrele1 er janvier et fin février, plus de 5 millions de nouveaux livrets A, tout juste disponibles dans l ensemble des banques, ont été ouverts. Et sur le seul mois de janvier, la collecte de ce produit d épargne symbolique et du Livret de développement durable a atteint 19 milliards d euros, un record deux fois supérieur au précédent, remontant à décembre l En alimentaire, la recherche de la tradition, de repères et de plaisir reste forte. Bonne Maman et Cochonou sont les deux marques ayant le plus progressé cette année dans leur capacité à générer le plus d actes d achatparle plusgrandnombrede foyers, selon l étude Benchmarques de TNS Worldpanel. l Les préoccupations écologiques ont dépassé aujourd hui les déclarations d intention. Le développement du bio suffit à montrer que la tendance s est enclenchée. l Lelocalacquiertdel importance.il passe notamment par la recherche de fournisseurs de proximité, avec le développement des paniers de fruits et légumes préachetés chaque semaine àdes agriculteursproches, avecdesformulesplusoumoinsmilitantes. l Les Français retrouvent le goût du fait maison, à la fois pour des raisons économiques mais aussi par souci de développement durable. Yaourtières, machines à pain, presse-agrumes et autres robots ménagers ont vu leurs ventes largement progresser l an dernier. Autre signe : les gens apportent plus qu avant leur déjeuner sur leur lieu de travail. l Ils sont aussi de plus en plus nombreux à comparerles prixetàfaire leurs coursessur Internet.EBayFrancen apasconstatéde baisse de trafic sur son site, avec 14 millions de visiteursuniques par mois.et le nombre des transactions continue à progresser, selon le directeur général, Alexander Schirmeister. Particulièrement apprécié : le fait de pouvoir vendre pour acheter dans la foulée.si lacommercialisation desproduits d occasion reste la principale activité du site, la chasse aux bonnes affaires de produitsneufsvenduspardesprofessionnelsse porte bien. l LesgrosvolumesgénéréspareBay permettentde tirerles prix. Uneétuderéalisée l été dernier en Allemagne, France et Grande-Bretagne concernant les prix de douze catégories de produits de grande consommation, a mis en évidence un différentielde17%enmoyenneenfaveurdu site comparé aux tarifs pratiqués par la distribution traditionnelle. Difficileencoredeprédireaveccertitudece qui dans cette évolution des attitudes accéléréesparlacriseperdurera.maisnuldoute que le changement des habitudes de consommation lié à une plus grande attention au bon rapport qualité-prix et à des achats plus raisonnés continuera à avoir un impact dans les prochaines années. A suivre de près. CLOTILDE BRIARD ET VALÉRIE LEBOUCQ

14 20 CE QUI POURRAIT CHANGER LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL Un monde condamné à s entendre Fini l ordre ancien. La domination économique américaine est durablement remise en cause. Les trois grandes zones de l économie mondiale vont devoir retrouver le chemin d une croissance vertueuse. Comment? Un leadership américain àreconstruire Affaiblis par la tourmente mondiale, les Etats-Unis pourront-ils retrouver leur leadership d avant crise? Pour l économiste Anton Brender, leur domination économique est bel et bien atteinte. «Ils ont dû reconnaître que leur modèle d autorégulation financière était périmé. Ils n ont pas dirigé la manœuvre depuis le début de la crise, même s ils ont toujours de l influence.» Selon lui, il faut prendre conscience de la nouvelle réalité mondiale dans laquelle «personne n exerce plus vraiment de leadership». Michel Aglietta, professeur d université spécialiste des questions monétaires et financières, est nettement moins catégorique, mais il reconnaît que «Barack Obama doit repenser le leadership américain», se tourner davantage vers le multilatéralisme même si, à court terme, la nécessité l oblige à prôner un rôle accru du FMI. Rares sont les économistes qui croient à une sortie de crise rapide, soulignant la charge future des déficits. «Cela prendra des années et laissera des traces profondes», estime Anton Brender.«Dans une crise globale comme celle-ci, il y a une perte de production cumulée, ajoute Michel Aglietta, qui penche plutôt en faveur de l hypothèse d une stabilisation début A ce moment, «on peut penser que si le plan de sauvetage bancaire américain réussit et si le G20 débouche sur de vrais résultats en termes de régulation financière, les Etats-Unis et la Chine pourront alors renouer avec une certaine croissance». Les deux puissances ont deux importants points communs, fait-il valoir : D une part, toutes deux ont misé sur des plans de relance ambitieux axés sur «des activités d avenir, à moins forte intensité en carbone et en énergie». D autrepart,lesdeuxpaysontdécidéde transformer en profondeur leur système de santé qui, pour des raisons très différentes, souffrent d un rapport coût-performance désastreux. Autrefois tirée par une seule puissance dominatrice, l économie mondiale sera-t-elle, cette fois, sauvée par un tandem? L Europe à la recherche d un modèle de croissance Les Européens vont trouver le scénario un peu saumâtre, ils n auront d autre choix que de s y résigner. Les Etats-Unis ont eu beau infliger au reste du monde une crise financière sans précédent, leur économie sortira plus tôt et plusfort de la récession, ont déjà pronostiqué les économistes. Les raisons à cela? Les Européens sont entrésplus tard dans la crise et ont mis, depuis, moins d argent sur la table 1,7 % à 3,5 % du PIB, selon les données retenues. «Les Etats-Unis se sont positionnés pour être les premiers à sortir de la crise, tandis que les Européens se contenteront d être les passagers clandestins de l effort de relance américain», explique Jacques Cailloux, économiste chez RBS. La première économie de la région, l Allemagne, qui ne disposera, pour redémarrer, que du seul moteur de l exportation 40 % du PIB est condamnée à attendre sagement la reprise de la demande mondiale. Le fort ralentissement à venir des pays émergents en particulier à l est de l Europe, dont l Allemagne est le principal fournisseur, constituera un autre frein à la reprise. L Espagne restera durablement touchée par la crise de l immobilier tandis que l Italie souffrira, comme avant la crise, de sa compétitivité déclinante. Il estaussiàprévoirquelabanquecentrale européenne et la Commission de Bruxelles feront rapidement valoir les vertus du rééquilibrage budgétaire, réclamant des pays membres une politique de rigueur, tandis que les Etats-Unis chercheront plutôt à alléger le fardeau de leur dette en laissant filer l inflation sans danger pour un dollar qui reste la principale monnaie de réserve au monde. L Union européenne a-t-elle profité de la crise, comme elle s y était ellemême invitée, pour reconstituer un potentiel de croissance dans les secteurs d avenir? «Pas assez, et même pas du tout, si l on se place au niveau européen», souligne Véronique Riches-Flores, économiste à la Société Générale. Contrairement à l exemple américain, il n y pas eu la volonté politique pour répondre de façon coordonnée à la crise ni pour préparer l avenir dans les nouvelles technologies. L Asie doit s affranchir de sa dépendance Les pays occidentaux ne pouvant escompter une sortie rapide de la crise, l Asie a-t-elle une chance de devenir le nouveau moteur de la croissance mondiale? A première vue, l hypothèse semble crédible : non seulement les banques de la zone avaient peu investi dans le «subprime», mais en plus l Asie représente désormais plus d un tiers du PIB mondial, ce qui fait d elle un marché au potentiel immense. Pourtant, l évolution des pays asiatiques dans la crise actuelle invite à la prudence. Car tous, quel que soit leur degré de développement, ont pris de plein fouet la chute de la consommation aux Etats-Unis et en Europe, révélant ainsi le fait que leur dynamique économique reste, en grande partie, liée aux pays développés. C est le cas, bien sûr, de la Chine, dont la croissance pourrait tomber autour de 6,5 % cette année, selon la Banque mondiale, soit une division par presque deux de la vitesse de développement du pays. Dans le sillage de la Chine, l Asie du Sud-Est souffre également, puisqu une partie de son appareil industriel s était repositionné dans le rôle de fournisseur de l empire du Milieu. C est, par exemple, le sort que connaît aujourd hui la Thaïlande dont l économie pourrait se contracter de 3 % cette année. Plus étonnant encore, les cas de la Corée du Sud et du Japon prouvent que, même lorsqu ils deviennent des pays développés, les pays d Asie restent fortementdépendants de l économie occidentale. La Corée du Sud, qui connaissait jusqu à présent des croissances comprises entre 4 % et 5 %, a vu son PIB se contracter de 5,1 % au dernier trimestre. Quant au Japon, son excédent commercial enchaîne les contre-performances records et entraîne le PIB dans une chute abyssale : 12 % au dernier trimestre! Il ne fait pas de doute que la crise actuelle va fortement inciter les dirigeants d Asie à actionner le moteur interne de leurs pays. Le virage stratégique s impose. Mais il faudra alors s engager sur des terres inconnues. Et en Chine, cela prendra des années : le temps de mettre en place un véritable système de protection sociale. CATHERINE CHATIGNOUX, ANNE DENIS ET GABRIEL GRÉSILLON Lesquatrebombesàretardement 1La Russie, menacée par la grogne sociale 2L avenir de l Argentine suspendu au cours du soja 3La Hongrie, condamnée à des politiques impopulaires 4Le Pakistan, écrasé entre inflation et déficit La Russie traverse une très mauvaise passe, avec des indicateurs macroéconomiques en net recul, bien que susceptibles de faire encore bien des envieux. Le pays va troquer une croissance de 8 % l an dernier contre une récession de 2 % cette année. Son excédent commercial, jadis le quatrième du monde grâce aux cours du pétrole, est condamné à moyen terme, tandis queleroublesetrouvesouspression,quelafuitedes capitaux reprend, que l inflation dépasse 15 %, etc. Certes, le pays dispose d atouts solides, notamment une situation très assainie en matière de dette souveraine, et il peut se prévaloir des troisièmes réserves de change du monde, à près de 370 milliards de dollars. Mais ce qui inquiète le Kremlin, c est la montée de la grogne sociale, en raison du retour d un phénomène résorbé il y a huit ans, les arriérés de salaires, et de la multiplication desfermetures d usines. La conjoncture industrielle est catastrophique avec des carnets de commandes parfois en chute de 80 %, notamment dans l automobile. Les chantiers de BTP sont à l arrêt. En outre, les grands empires des fameux oligarques, spécialisés dans l exportation de matières premières, sont presque tous en situation nette négative ; ils ont LA CROISSANCE RUSSE Variation annuelle du PIB, en % 8,5 7,5 6,2 1,1 1T 08 2T 08 3T 08 4T 08 idé / Source : Comité d Etat aux statistiques 1T 09-2* * estimation financé ces dernières années leur croissance chimériquepardesdettesgagéessurdesactifsdontlavaleura chuté dramatiquement à la suite du repli du prix des hydrocarbures ou des métaux. Certains ne parviendrontpasrenégocierleursdettesaux banquesoccidentales et pourraient être démantelés. Le Kremlin ne restera sans doute pas les bras croisés devant la fin de sonrêvedecréationd unedemi-douzainede«champions nationaux». Mais ses ressources, en chute de 40 % cette année, ne lui permettront pas de jouer les sauveurs providentiels. Y. B. Quand, en octobre dernier, le gouvernement de la présidente Cristina Kirchner a annoncé sa décision de nationaliserlesfondsdepensionprivés, laméfiancedes marchés à l égard de l Argentine s est exacerbée, faisantresurgirle spectre du défaut souverain qui avait mis le pays à terre fin Depuis, Buenos Aires a envoyé des signaux rassurants, dont la restructuration des prêts garantis. Valérie Perracino, économiste chez BNP Paribas, estime que les besoins de financement pour sont «àpeuprèscouverts», évoquant des dépôts publics d une trentaine de milliards de pesos centralisés au Banco de la Nacion. Mais elle est beaucoup plus pessimiste pour Il faut dire que la chute des cours du soja dont les taxes à l exportation génèrent une bonne partie de l excédent primaire du pays alliée à un système bancaire fragilisé par la crise LE PRIX DU SOJA EN ARGENTINE En dollars par tonne (Puerto Risario) idé / Source : Dimeagro mars 09 et à une instabilité politique attisée par le conflit entre l Etat et les agriculteurs, place l Argentine dans une situation intenable à terme, d autant qu elle n a toujours pas accès aux capitaux extérieurs. La production industrielle chute, faisant craindre une explosion du chômageet,aprèsplusde8%decroissanceannuelle moyenne depuis 2003, la récession semble inévitable. Signerévélateur,l évasionfiscaleareprisavec,en, 23 milliards de dollars de capitaux envolés, soit près de 10 % du PIB. Certes, reconnaît Valérie Perracino, «la situation n est pas aussi critique qu en 2001, car la dollarisation du système bancaire et son exposition au risque souverain sont beaucoup plus faibles». Deux inconnues seront déterminantes : la date de la remontée des cours du soja et les élections législatives, avancéesàjuin2010,qui placentcristinakirchnerface à un dilemme : comment les gagner quand on n a plus aucunemargedemanœuvrebudgétaire? A. D. La Hongrie, qui fut le premier pays de l Union européenneàappelerlesbailleursdefonds internationaux au secours, reste, cinqmois après l accord qu elle a signé avec le FMI, la Banque mondiale et Bruxelles, l Etat qui suscite le plus d inquiétude. Non qu elle risque de faire faillite demain : en touchant la semaine dernière la deuxième tranche du FMI, d un montant de 2,35 milliards d euros, elle a retrouvé un peu d air. Son ministre des Finances, Janos Veres, a estimé que cela garantissait la solvabilité du pays jusqu à la fin Pour la suite, tout dépendra de la confiance que lui accorderont les marchés. La crise financière a mis au jour les vulnérabilités du pays. Sa dépendance aux financementsextérieurs,d abord,maisaussilefaitque cet endettement soit, à 60 %, en devises étrangères ce qui s avère intenable lorsque la devise nationale, le forint,dévisse. Or, précisément, le florinta perdu un tiers de sa valeur depuis juillet! Si bien que la banque centrale doit pratiquer des taux extrêmement élevés(9,5 %) pour rendreattractivesa monnaie.une politique indispensable mais très néfaste pour l activité dans le pays. Au final, le casse-tête est insoluble, puisqu il mêle une demande externe en berne pour causedechuteducommercemondial, etunedemande internegeléepourcausede«créditcrunch».le Premierministre,FerencGyurcsany,afini parprésenter sa démission le 21 mars. Les nouvelles autorités, quelles qu elles soient, n auront d autre alternative LA DETTE PUBLIQUE HONGROISE En % du PIB Prévisions Commission européenne 71,9 73, idé / Source : FMI que de pratiquer des coupes claires dans le budget. Et pour Juan Carlos Rodado, économiste chez Natixis, «il n y aura pas le moindre rebond tant que ne se produira pas un choc de confiance sur les marchés mondiaux. Le prêt du FMI, fondamentalement, ne résout pas le problème en profondeur». G. G. 74 LesbombesdedjihadistesexplosentauPakistan avec une cadence meurtrière. Mais d autres déflagrations, économiques et financières, proviennent de ce pays de 140 millions d habitants sur lesquels les chancelleries du monde entier jettent des regards inquiets en raison de son appartenance au club très fermé des puissances nucléaires. Le Pakistan est actuellement le pays du monde le plus menacé d un défaut de paiement cette année. Le coût d assurance de sa dette souveraine atteint aujourd hui le coût astronomique de 22 %, record du monde, contre 9 % fin septembre, ce qui revient LA BALANCE DES PAIEMENTS COURANTS AU PAKISTAN En % du PIB ,4 idé / Source : FMI - 3,9-4,8-8,7-6,4* * prévision pour les investisseurs à intégrer une très forte probabilité de banqueroute d ici à trois ans. Les réserves de change du pays ont été divisées par quatre en un an, pour ne plus représenter que 3,45 milliards de dollars, l équivalent d à peine un mois d importations. La balance des paiements a doublé l an dernier sous l effet de la flambée des cours du pétrole et de fuite d investisseurs effrayés par l instabilité politique etsécuritaire. Ce déficit est équivalent à 9 % du PIB environ. Autre indicateur macroéconomique inquiétant : l inflation dépasse 30 %, au plus haut depuis trente ans et plus mauvaise performance d Asie. Deux raisons d espérer toutefois : le pays chemine au bord du gouffre depuis si longtemps sans y tomber qu on peut imaginer qu il dispose de capacités de résistance hors du commun. En outre, les Etats-Unis et les Européens seront prêts à des efforts impressionnants pour éviter le pire dans un pays situé au cœur d une «tectonique des plaques» géostratégiques entre Inde, Chine, Iran et Afghanistan, et précieux de surcroît dans la lutte contre Al-Qaida. Y. B.

15 LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL CE QUI POURRAIT CHANGER 21 Les paradis fiscaux peuvent-ils disparaître? Thème phare de la réunion des chefs d Etat du G20 à Londres, la lutte contre l évasion fiscale va-t-elle subir un simple lifting ou connaître un profond bouleversement? Pour l heure, il n est pas question d une suppression totale du secret bancaire mais d établir davantage de transparence. est devenu, en l espace de quelques jours, l une des attractions du G20, qui débute aujourd hui à Londres. Et Cl undessujetsquidivisentles Européens. Les paradis fiscaux seront l un des morceaux de choix de la réunion des chefs d Etat, l un des symboles, surtout, de la refonte du capitalisme que ceux-ci appellent de leurs vœux. Depuis plusieurs semaines, la pression est montée de toutes parts sur ces zones de dumping fiscal dont l absence de transparence, matérialisé par le refusde livrer des informationsfiscales à leurs voisins, a permis d attirer toujours plus de capitaux fuyant les fiscs nationaux. Plusieurs chefs d Etat, dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ont monté le ton, menaçant par exemple de contraindre les banques implantées dans les paradis fiscaux à accroître leurs provisions. Surtout, la crainte d être ostracisés par l ensemble de la communauté mondiale, qui menace de les inscrire sur la liste noire de l OCDE, a poussé un certain nombre de pays à s amender. Tour à tour, la Suisse, le Liechtenstein, le Luxembourg, Andorre ou encore Monaco ont indiqué leur volonté d assouplir le sacro-saint secret bancaire, principale arme aux mains des paradis fiscaux. Tous proposent peu ou prou le même type de mesures : supprimer ledit secret en cas d enquêtefiscale et multiplier les conventions bilatérales avec d autres pays, afin d établir davantage de transparence. Timides réformesouvraitournant? Pour l heure, nous sommes loin d une suppression totale du secret bancaire. Toutes les mesures avancées reviennent à rentrer dans les critères de l OCDE, qui préconise l échange d informations bancairesentrepaysencasdedemanded une autorité compétente. Une chose est sûre : «Lenouveausystèmefinancierinternational ne peut pas se reconstruire, en conservant de telles poches d opacité à travers le monde», assure-t-on à l OCDE. L enjeu Hors blanchimentd argentsale,lespertes fiscales dues à l évasion de capitaux dans les paradis fiscaux sont évaluées par la Banque mondiale entre 500 et 800 milliards de dollars. Pour la France seule, l évaporation serait de l ordre de 15 à 20 milliards d euros par an. Aux Etats- Unis, le manque à gagner est évalué à 100 milliards de dollars. «Cela correspond à l équivalent du programme pour la santé de l administration Obama», calcule Daniel Lebègue, président de Transparency International France. «Actuellement, il existe une opportunité historique de traiter cefléau.» Resteque, aujourd hui, la moitié des fonds placés à l étranger transite par desplacesoffshore. Les accusés Belgique, Autriche, Luxembourg, Suisse. Ces dernièressemainesl attention etles critiques se sont concentrées sur une poignée de pays, accusés de cumuler une fiscalité très avantageuse et une commune réticence à fournir des informations à d autres administrations fiscales. C est oublier que, dans la nomenclature habituelle, les paradis fiscaux sont beaucoup plus nombreux que cela. «A Londres, les grandes puissances demanderont à l OCDE d évaluer le degré de coopération de 84 pays et territoires accueillants», explique Daniel Lebègue. «Une fois cette nouvelle liste noire établie en avril, des sanctions, comme la non-reconnaissance des opérations financières effectuées là-bas, pourront être prises à l égard des récalcitrants.» Reste à s entendre sur une liste exhaustive. Un vrai problème alors que tous les pourfendeurs actuels des paradis fiscaux ne sont pas totalement irréprochables. «Plus ou moins complice des agissements des îles anglo-normandes, comme Jersey ou Guernesey, la position de la Grande-Bretagne peut sembler équivoque», estime Jérôme Turquey, expert en éthique et risque de réputation. «Sur le continent américain, l Etat du Delaware, où les sociétés ne règlent qu une taxe fixe dérisoire, continue d abriter de nombreux sièges sociaux.» Avant l administration Obama, les Etats-Unis ont plutôt toléré lespratiquesdescentresfinanciersdes Caraïbes, notamment des îles Caïman, Jan Peter Boening/Zenit-Laif-Réa RésidencedelafamilleprincièreauLiechtenstein. Quelques notions Paradis fiscal : pays ou territoire caractérisé par la quasi-absence de fiscalité directe, la faiblesse des activités économiques locales, l opacité des règles fiscales applicables et appliquées et l absence de transmission d informations aux administrations fiscales des autres pays, selon l OCDE. Echange d informations : entre deux Etats, il peut se situer à trois niveaux. Automatiquement, lors de l ouverture de comptes bancaires par des non-résidents, sur demande lors d investigations administratives suscitées par des soupçons d évasion ou de fraude fiscale, ou lors de commissions rogatoires judiciaires. Commission rogatoire : acte écrit par lequel un juge ou un procureur demande à un homologue étranger d exécuter une mesure(auditiond untémoin,remisede documents, blocage d un compte ) pour les besoins de sa propre procédure. des Bahamas et des Bermudes. Des multinationales d origine américaine y localisent fictivement une partie de leurs profits, sans exercer d activité. De leur côté, nos voisins du grand-duché de Luxembourg ne se privent pas de rappeler que la France compte deux des trois territoires figurant sur la liste noire de l OCDE : Monaco et Andorre. A côté de monseigneur Joan EnricVives, Evêque d Urgell, figure comme co-prince de cette dernière principauté le président Sarkozy. Le verrou du secret bancaire Dans l Union européenne, la règle de l échange automatique d informations ou de renseignements bancaires prévaut entre les Etats membres. Sauf au Luxembourg, en Autriche et en Belgique. «Le secretbancairefiguredans une loiaugrandduché, alors qu il est inscrit dans la Constitution en Autriche», remarque Lucien Thiel, l ancien président de l Association des banques à Luxembourg, qui siège maintenant au Parlement de son pays. En contrepartie de cette discrétion, ces trois pays d Europe appliquentune retenue à la source de 20 %, qui passera à 35 % en Aujourd hui, le secret bancaire est considéré comme le plus gros obstacle à lever pour améliorer la transparence fiscale. «Avec le grand-duché, il existe une difficulté en matière de coopération, pour l échange d informations sur la base de soupçons d évasion ou de fraude fiscale», regrette Didier Migaud, président de la commission des Finances à l Assemblée nationale. Réponse des Luxembourgeois : «Même l échange automatique d informations ne fonctionne pas bien entre les pays membres.» Le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, Malte et surtout Chypre se feraient tirer l oreille en matière de transparence et de coopération. En Suisse, l obligation de secret du banquier est consacrée par la loi fédérale sur les banques. Elle vient de subir un sérieux coup de canif sous la menace du fisc américain, l IRS (Internal Revenue Service), de retirer à UBS son agrément aux Etats-Unis si elle ne lui fournissait pas la liste de 300 clients soupçonnés de fraude. La banque a fini par obtempérer. Une autre demande portant cette fois sur ressortissants américains pourrait lui parvenir. Le tournant est de taille. Car, généralement,pouraccéderàdesinformations bancaires dans ces forteresses financières, les juges rencontrent de sérieux obstacles. «Au Luxembourg ou en Suisse, toute banque doit identifier le vrai bénéficiaire d un compte bancaire ouvert au nom d une société offshore parfaitement opaque. Mais la banque le conserve dans le plusgrandsecretaufonddesestiroirs», remarque lejuge RenaudVanRuymbeke. «En Asie, en particulier à Singapour, l hypocrisie atteint son comble. Sollicitées lors d enquêtes pénales, les autorités locales se disent prêtes à coopérer, confie un autre juge d instruction. Mais, en l absence de convention judiciaire entre Singapour et la France, il leur faut au préalable l accord du détenteur du compte en banque, pour lever le secret bancaire!» Les failles de la loi Dans l arsenal législatif actuel, il existe un moyen de contourner le secret bancaire. Ce sont, par exemple, les conventions fiscales signées entre deux pays. «En contrepartie de la levée du secret bancaire au Qatar, les ressortissants de cet émirat voient leurs plus-values immobilières exonérées pour leurs biens détenus en France», souligne Jean Arthuis, président de la commission des Finances au Sénat. Au niveau européen, la directive épargne oblige les Etats membres à échanger des informations sur les paiements d intérêts lors de placements réalisés par des non-résidents. Mais elle se limite aux obligations détenues par les seules personnes physiques dans les pays de l Union européenne. Imaginons des coupons obligataires perçus en Espagne ou au Portugal par un contribuable résidant en France. Ils passeront sous les fourches Caudines du fisc français. Afin d échapper à cette imposition, des investisseurs privés se cachent derrière des structures (fondations, trusts ), qui assurent l anonymat du bénéficiaire final. «Pour éviter cette déperdition de recettes fiscales, le projet de réforme de cette directive adoptée en février dernier englobe les personnes morales comme les fondations et même les contrats du type trusts», souligne François Terray, ancien avocat international. Cette réforme élargit également le champ de la directive aux actions et à l assurance-vie. Et, surtout, elle vise à mettre fin aux régimes dérogatoires de trois pays membres de l Union européenne : le Luxembourg, la Belgique et l Autriche. Et, par extension, de la Suisse. Taxation automatique des produits de placement rime donc avec communication immédiate au fisc des comptes bancairesouvertsparsesressortissantsdans un autre pays européen. L hypocrisie domine Même si l Union européenne s apprête à faireleménagefiscalensonsein,ilsera difficile d éviter un transfert rapide et massif de capitaux vers des cieux exotiques, plus discrets. Les Bahamas, Hong Kong et Singapour pourraient récolter une partie de cette manne. Et, sur le Vieux Continent, l arme du chômage de la place financière de Luxembourg est régulièrement brandie par des politiques du grand-duché et même de Moselle. Certes, l électiond Obama suscite un vrai espoir en matière de lutte contre les paradis fiscaux. Reste à savoir s il existe une véritable volonté politique au plan international pour mener ce combat de longue haleine. Pas de doute, la réunion dug20 àlondresconstituera un bon test. «Des petits Etats sans puissance économique et militaire parviennent à imposer leurs lois et leur manque de transparence à de grands Etats, qui y trouvent probablement un intérêt, analyse Renaud Van Ruymbeke, juge d instruction. Jusqu à maintenant, les grandes puissances ont plutôt fait preuve d hypocrisie, en se limitant à de simples déclarations d intention pour régler ce problème mondial, qui nécessite une régulation internationale.» Son de cloche similaire, au-delà des Alpes. «Ces offensives lancées formellement pour supprimer les trous noirs fiscaux dans le monde ne constituent pas une nouveauté. Cette guerre actuelle s apparente plutôt à une manœuvre de diversion, pour faire oublier le vrai problème de la crise financière, craint Bernard Bertossa, ancien procureur général de Genève. Et même si le G20 s empare du sujet, je doute que la Grande-Bretagne, par exemple, ait réellement la volonté de collaborer à la lutte contre l évasion fiscale (1).» De l autre côté de la Manche, le brouillard en effet reste dense. «Au Royaume-Uni, pays supposé coopératif, la City de Londres, premier centre financier européen, demeure imperméable à la communication des données bancaires», confie un expert. Dans ce jeu de donnant-donnant, la partie s annonce donc trèsserrée. «Lesparadis fiscaux ne disparaîtront pas par un coup de baguette magique. Et même s ils coopèrent plus entre eux, les pays pourront parfaitement conserver des fiscalités différentes», conclut Daniel Lebègue. Il n est pas question d harmoniser les impôts, mais seulement de faire preuve de transparence. MARTINE DENOUNE (1) Auteur, avec Agathe Duparc, de l ouvrage «La Justice, les Affaires, la Corruption», publié chez Fayard. Participez au chat avec le juge Renaud Van Ruymbeke, vendredi 3 avril de 15 heures à16heuressurlesite lesechos.fr. Thème:Après le G20, quels changements pour les paradis fiscaux?

16 22 CE QUI POURRAIT CHANGER LES ECHOS MERCREDI 1 er AVRIL INTERVIEW PASCAL LAMY DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE (OMC) «La vraie relance, c est le développement du commerce mondial» Comment qualifiez-vous la crise actuelle? Il s agit de la première crise globale de l humanité. Personne n est épargné, ce qui ne s était jamais produit auparavant. Je parcours la planète dans tous les sens et c est bien simple : les 153 pays que compte l OMC sont touchés. Aux Etats-Unis et en Europe, des responsables politiques décèlent déjà des signes de reprise Les dirigeants nationaux doivent convaincre que leurs plans de relance marchent, c est naturel. L endroit d où nous parlons, moi à l OMC, Dominique Strauss-Kahn au FMI, est différent. Nous avons des comptes à rendre aux Etats, pas à des opinions publiques. Et ce recul nous permet de dire que le préalable à toute reprise est l assainissementdessystèmesfinanciers.or,ce n est pas le cas. Nous nous enfonçons encore dans la crise. Je le constate, que ce soit en Corée, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique ou aux Etats-Unis, où je me suis rendu ces dernières semaines. Les pertes pour l ensemble du système bancaire sont évaluées à milliards de dollars, mais 800 seulement ont été révélées. Après la crise financière et économique, une crise sociale et politique menacet-elle? Evidemment! En Europe, plusieurs gouvernements sont tombés, entre la Belgique, la Lettonie, la République tchèque, la Hongrie... Quant au risque social, regardez la Chine, où 50 millions de paysans ont dû repartir dans leurs campagnes, où personne ne les attendait. Reste à voir si ces réactions sont contenues à l intérieur du système d alternance politique, qui permet aux gens d exprimer leur mécontentement, ou si cela se traduit par des ruptures qui menacent la paix et la sécurité au Pakistan ou en Afrique, par exemple. Que peut apporter le G20? L existence même du G20 est un progrès. Une réunion de chefs d Etat représentant 90 % de l économie mondiale est une nécessité puisqu il n existe pas d instance universelle légitime pour régler les problèmes posés. Mais ne lui faisons pasporter une responsabilité qui le dépasse! Les participants ne vont pas rentrer dans le détail des réformes, il faudra du temps pour cela, trouver des consensus. Et,surtout on l oublie, le G20 n a pas les moyens d imposer au monde entier ses décisions. Ce n est pas le gouvernement du monde Mais vous en attendez quand même quelque chose?! Bien sûr. Et d abord la coordination des plans de relance, car actuellement chacun joue dans son coin et essaie de profiter des plans des autres. Il faut aussi avancer sur la régulation financière, les règles de Bâle, les agences de notation, les paradis fiscaux et les fonds spéculatifs. L objectif est simple : éviter qu une crisedes«subprimes»nesereproduise. Aujourd hui, l Organisation internationale de la santé animale offre une protection supérieure à ce qu offre la régulation financière, puisque la viande ne franchit pas aussi facilement les frontières qu un produit financier toxique... Enfin, il faudra réaffirmer la ligne définie à Washington le 15 novembre sur le commerce international. AFP/Getty Images «Le préalable à toute reprise est l assainissement des systèmes financiers. Or, ce n est pas le cas.» Justement,un engagement avaitétépris contre le protectionnisme et il n a pas été respecté Ce n est pas si simple! Par exemple, le président américain Obama et son homologue brésilien Lula ont résisté aux pressions internes. Il est toutefois vrai qu un certain nombre de dérapages sérieux ont été constatés et je donnerai aux membres du G20 des informations précises qui leur permettront de se surveiller les uns les autres. Mais les dérapages ne sont pas de nature systémique, Pascal Lamy. parce que les Etats savent que le protectionnisme est la pire des formes de protection. En sont-ils vraiment convaincus? Oui, il n y a pas de courant intellectuel qui pense autre chose sauf peut-être en France, qui est un pays un peu exceptionnel sur ce sujet. D expérience, chaque pays sait que s il commence à se protéger, les autres feront de même. Et ce dont je suis convaincu, c est que le développement du commerce mondial est aujourd hui le meilleur moyen de soutenir la croissance, puisque ce sont les pays émergents, les seuls en croissance, qui dépendent le plus du commerce. La vraie relance, c est donc le commerce international. Nous devons ainsi résister au protectionnisme et conclure le cycle de négociations de Doha. Aujourd hui, ce sont les pays en développement qui poussent à la conclusion de ce cycle, tandis que les pays riches traînent un peu des pieds. Alors que, quand on a lancé les négociations en 2001, c était l inverse. Pourquoi?Parcequelespaysendéveloppement voient maintenant leur avantage. Une partie de l opinion juge pourtant qu ouverture des échanges et dérégulationsontresponsablesdelacrise Parce que l on confond trop souvent ouverture des échanges et dérégulation. Vous pouvez ouvrir et réguler. Le Canada est en libre-échange quasi complet avec les Etats-Unis et il n a pas connu d explosion dans son système financier. Pas parce qu il serait fermé, mais parce que le Canada régulait son système financier, contrairement aux Etats- Unis. Grâce aux échanges, 400 millions de personnes sont sorties de la pauvreté ces dernières années. Encore une fois, si ce sont les pays en développement qui veulent un nouvel accord sur le commerce, ce n est pas un hasard. L idée de recul de la mondialisation a-t-elle du sens? Je ne crois pas, parce qu il y a un mouvement quipousse vers la globalisation, et ce mouvement c est la technologie. General Electric explique que la plupart de ses produits sont fabriqués dans au moins six pays. Et la raison pour laquelle un morceau est fabriqué au Mexique, un autre en Colombie, un troisième en Inde, un quatrième aux Etats-Unis, etc., c est l efficience technologique.etcelanevapaschanger. Jusqu où pensez-vous que le modèle économique de ces dernières années sera remis en cause? Dans bien desendroits sur cette planète, le capitalisme de marché est remis en cause depuis longtemps. Beaucoup de dirigeants le disaient : socialement, ce n est pas tenable. D un point de vue environnemental non plus. La crise leur donne raison. J ai toujours pensé que ce système est intrinsèquement instable et producteur d inégalités et d injustices dont, d ailleurs, il se nourrit, même s il est un puissant moteur de croissance. L idée fait son chemin que le modèle de croissance de ces trente dernières années va devenir moins extravagant. Quelsrapportsdeforcesvont,selon vous, sortir de cette période? Il est clair que l Asie et l Amérique latine auront plus de poids dans vingt ans qu elles n en ont aujourd hui et ce sera probablement vrai aussi pour l Afrique. Et les Etats-Unis retrouveront une croissance forte plus vite que l Europe. Sur le plan politique, j observe aussi que le modèle social-démocrate nordique de la Suède ou du Danemark a plutôt bien digéré les crises précédentes, grâce à un équilibre entre ouverture des échanges et solidarité interne. PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE-CHRISTINE CORBIER ET DOMINIQUE SEUX Sur LesEchos.fr DECRYPTAGE Du «subprime» au marasme économique : l engrenage VIDEO Ce que la crise va changer : dix personnalités donnent leur avis De gauche à droite, F. Chérèque, secrétaire général de la CFDT, D. Kessler, PDG de la Scor, T. Glocer, PDG de Thomson Reuters, P. Manent, directeur d'études à l'ehess, H. de Jouvenel, directeur général de Futuribles, S. George, présidente d honneur d'attac France, P. Wahl, directeur général de RBS France, J. Delpla, membre du CAE, C. de Boissieu, président du CAE et R. Ricol, Médiateur du crédit. Photos : Réa, Bloomberg, Photononstop. Récession : trois scénarios pour la suite...

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